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M2.4 Toute cette eau pourquoi ? La plante gaspilleuse ! 


Les plantes sont de grandes consommatrices d’eau.​ Savez-vous par exemple que la production d’un 
kilo de blé coute approximativement de 500 à 4000 litres d’eau ? Toute l’eau que capte la plante 
n’est donc pas stockée : elle ne fait que la traverser, un peu comme pour nous, humains. La plante perd 
l’eau par ses stomates: ces ouvertures microscopiques à la surface des feuilles à travers lesquelles l’eau 
s’évapore. Les stomates sont aussi le lieu de la captation du CO2 de l’air qui va permettre aux plantes 
de croître et de se développer. Lorsqu’ils s’ouvrent, les stomates acquièrent du CO2, mais perdent donc 
aussi de l’eau.  

L’irrigation sert donc à éviter que la plante soit en stress hydrique et ne ferme ses stomates​. En 
effet, en fermant ses stomates, la plante n’acquiert plus de carbone et ne peut plus grandir ou bien 
fonctionner. L’effet du stress hydrique sur la plante peut l’amener jusqu’à la mort. Néanmoins, même 
sans arriver à des situations aussi extrêmes, un stress hydrique même léger peut affecter les 
rendements. Un aspect important à retenir est qu’une contrainte hydrique aura un effet extrêmement 
différent suivant le stade de croissance de la plante. Le ​déficit hydrique​ est représenté par 1- le 
rapport entre l’évapotranspiration réelle et l’évapotranspiration maximale. Si l’évapotranspiration 
réelle est maximale, le rapport est 1 et le déficit est donc de 0. La perte de rendement est 
représentée par 1- le rapport entre le rendement réel et le rendement maximal. Plus la pente est forte, 
plus une contrainte hydrique aura un effet négatif sur le rendement final, fonction du stade de 
développement de la plante. ​La pente de ces courbes ​est appelé​ Ky​ par la FAO, dans son guide 66 
Crop yield response to water​. Pour le maïs, la floraison est l'étape critique pour le rendement avec un 
Ky de 1,5 à 2,3. Par contre, d’autres stades comme le mûrissement ont des pentes plus petites que 1, ce 
qui montre une moindre sensibilité. 

Évidemment, ​différentes cultures ont des coefficients Ky différents​, démontrant ainsi des sensibilités 
différentes à la sécheresse. Par exemple, la banane, les pois ou le blé de printemps sont très sensibles 
alors que le coton ou le sorgho sont, eux, plutôt tolérants. Lorsqu’on irrigue dans des conditions limitées 
en eau il est donc extrêmement important de connaitre les périodes sensibles afin d’éviter toute 
période de stress à ce moment qui affecterait de façon importante les rendements. De même, en 
fonction de l’eau disponible, le choix d’une espèce ou d’une variété plus résistante peut aussi aider à 
augmenter les rendements. Afin que la plante ne souffre pas de stress il est important qu’elle ait en 
continu ​accès à la quantité d’eau dans le sol qui puisse couvrir son besoin transpiratoire​. Afin que 
cela soit le cas, ​tout calcul de la dose d’irrigation doit prendre en compte l'évapotranspiration réelle 
de la culture​. 

Nous avons vu auparavant le calcul de l'évapotranspiration de référence, ET0. Si on veut pouvoir 


estimer l'évapotranspiration potentielle d’une culture particulière appelée ETc​, c’est-à-dire l’ET de 
cette culture en condition normale, sans stress hydrique ou autre, nous avons besoin de pouvoir lier l’ET0 
à l’ETc. Les différences entre un gazon et une autre culture seront de 4 origines : la hauteur de la 
culture -​qui influencera la résistance aérodynamique-​ , sa réflectance -​qui influencera son albedo​-, la 
résistance au transfert de vapeur de la canopée -​qui influencera la résistance stomatique​- et enfin, 
l'évaporation du sol -​suivant le degré de couverture de la culture​-. 
 
La méthode la plus courante est de lier ET0 à ETC par un coefficient appelé ​coefficient cultural Kc​. On 
a ETc = Kc x ET0. Ce coefficient cultural dépend principalement du type de culture et du stade de 
développement de celle-ci. A mi-saison, les cultures hautes et plus resserrées ont des Kc plutôt plus 
grands que 1, ce qui signifie qu’elles transpirent plus par m² qu’un gazon. Les cultures de petites tailles 
ou plus espacées ont un Kc < 1. Le Kc change aussi pour une culture en fonction du stade de 
développement. Au départ, durant la période initiale, le Kc est relativement faible, il augmente ensuite 
jusqu’à un maximum K​c,mid​ puis diminue sur la fin, en raison du flétrissement des feuilles.  

Des tables existent pour évaluer, pour chaque type de culture, les différents Kc et la durée des phases. 
Par ailleurs, il est important de savoir que les valeurs données par la FAO des Kc sont des estimations 
qui peuvent être affectées par le climat, la fréquence de l’irrigation ou la variété de culture choisie. 
Notez enfin que l’état de santé de la plante et les rendements dépendent aussi d’autres facteurs que 
l’humidité du sol.  

La plante peut souffrir de nombreux autres stress​. Nous avons déjà parlé de la ​salinité ​qui peut 
induire un stress salin, mais il peut aussi y avoir des ​maladies, des carences en nutriments ou des 
éléments toxiques​ dans l’eau qui peuvent affecter la bonne croissance des plantes. Un stress important 
à considérer lorsqu’on irrigue, est ​l’anoxie ou le manque d’oxygène​. Les problèmes d'aération du sol 
peuvent subvenir en cas de saturation du sol. Ils dépendent des doses d’irrigation, de la conductivité du 
sol, de sa porosité et de son éventuelle compaction. On considère qu’il est important de garder 10 à 5 
% du volume poral libre pour permettre le mouvement d’air et la bonne respiration des racines. L’effet 
d’un manque d’oxygène dépend de la sensibilité de chaque espèce de plante, mais il peut mener à 
des problèmes de croissance et même à la mort de la plante. C’est pourquoi ​tout projet d’irrigation 
doit toujours comporter une réflexion sur les problèmes d'aération​ et éventuellement être 
accompagné de mesures pour améliorer le drainage. 

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