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c Sambre et Meuse »
Assodefion sans but lucratif

Le
Guetteur
Wallon

REVUE TRIMESTRIELLE

50** année

u.-_ioofc. 1974 -
LE GUETTEUR WALLON
Organe de la Société Royale

et ÏÏUu&e
(A.S.B.L.)

IN MEMORIAM

Fernand DANHAIVE
Joseph CHOT
Chanoine Evariste HAYOT
Abbé René BLOUARD

HAUT PATRONAGE
M. René CLOSE, Gouverneur de la Province de Namur.
M. Robert GRUSLIN, Gouverneur honoraire de la Province de Namur.
Monseigneur A. M. CHARUE, Révérendissime Evêque de Namur.
M. F. PIELTAIN, ancien bourgmestre de la ville de Namur.

COMITE D'HONNEUR
Monseigneur Philippe DELHAYE, Prélat de la Maison de S.S., Professeur à la
Faculté de Théologie de Louvain, Membre C* de l'Académie Royale de
Belgique.
M. Félix ROUSSEAU, Président de la Commission Royale d'Histoire, Membre
de l'Académie Royale de Belgique.
M. Emile DAVE, Vice-président délégué de l'Institut International pour les Pro
blèmes humains du Travail, Membre C* de la Commission Royale de Folklore.

CONSEIL D'ADMINISTRATION
Président : M. Joseph ROLAND, Directeur de la revue « Le Guetteur Wallon ».
47, Avenue de la Pairelle, 5000 Namur.
Vice-Présidents : MM. Ernest MONTELLIER, et Georges TURC.
Rédacteur en chef : M. Emile DAVE, 117, Avenue Gouverneur Bovesse, 5100 Jam
bes.
Secrétaire : M. Jean BAUDHUIN, 47, rue Melchior, 5002 Saint-Servais.
Trésorier :
M. François LEMPEREUR, rue de la Pépinière, 60, 5000 Namur.
Membres : Mlle Louise-Marie DANHATVE, Mme JACQUET-LADRIER, Messieurs
J. BOVESSE, R. CLINIAS, A. DULIERE, J. FICHEFET, F. JACQUES, W.
LASSANCE. L. LEONARD, J. MULLER, P. THOMAS-DELFORGE.

Cotisation ordinaire : 200 frs.


Cotisation de soutien : 300 frs.
C.C.P. 505262 au nom de Sambre et Meuse — Le Guetteur Wallon, 5000 Namur

SOMMAIRE

Marcel PAQUOT : Un grand patriote : François Bovesse.


Hector MAGOTTE : Treignes. Histoire de la paroisse et de son église (suite).
Jules HERBILLON : Notes de toponymie namuroise.
XL. Poilvache, à Houx.
XLL Loyabe, La Hiaupe.
Anniversaires.
Avis important.
Comptes rendus.
Un grand patriote :

François BOVESSE
« Le bilinguisme en Wallonie avec une Flandre flamande,
c'est la Belgique entière dominée par la Flandre ».
François Bovesse
dans La Défense wallonne du 22 février 1931.

Homme très simple et bon, capable d'associer dans un idéal de


noblesse et de paix, toutes les volontés sincères, le namurois François
Bovesse chantait de sa belle voix grave :

Je t'aime mon pays pour ta fine lumière


Qui met des reflets doux sur le bleu de nos toits,
Et des baisers dorés sur nos maisons de pierre
Oh de simples bonheurs parlent un lent patois.

Et
Moi, mon domaine n'est qu'un bout de sol wallon.

Une association s'est fondée en 1946, « Les Amis et Disciples


de François Bovesse », pour encourager les lettres, les sciences et les
arts. N'oublions pas à ce sujet que Namur est la cité natale de Féli
cien Rops et que Bovesse fut échevin des Beaux-Arts de sa ville.
L'association organise à la Maison de la Culture, Avenue Golenvaux,
5000 Namur, une exposition François Bovesse en souvenir de sa
tragique mort le 1er février 1944.

François Bovesse naît le 10 juin 1890, il descendait par sa


mère d'un officier lorrain ayant servi durant les guerres de la pre
mière République française. Après des études au Collège des Jésuites
et à l'Athénée royal de Namur, il suivit les cours de la faculté de
droit à l'Université de Liège. En 1910, on le trouve soldat au 14°
régiment de ligne ; en août 1912, il fonde le journal Sambre et
Meuse auquel collaboreront Louis Boumal (en commentant Charles
Van Lerberghe), Félix Rousseau Richard Dupierreux et René Pou-
ret ; le 14 septembre, il se marie à celle qui sera sa dévouée compa
gne ; le 23 juillet 1914, il est proclamé docteur en droit, et quelques
jours plus tard, le 4 août, alors qu'il vient de perdre son oremier
enfant, il est rappelé par le service militaire et défend Liège aux
abords du fort d'Evegnée.

Soldat au 14° de ligne, dans la compagnie du commandant

— 81 —
Debrez, il appartenait au bataillon du major Gillain, qui ne fui pas
touché par l'ordre de retraite du général Léman, lequel se trouvait
à la tête de la troisième division d'armée. Le bataillon étant encerclé,
son chef envoya six soldats connaissant le terrain, dont François
Bovesse, demander des ordres au général Léman. Ils étaient au fort
de Loncin, auprès du général, lorsque le fort sauta. Ayant pu s'é
chapper, ils portèrent à leur major l'ordre de chercher à rejoindre
l'armée de campagne ; cet exploit fut accompli et les six soldats se
virent nommés chevalier de l'Ordre de Léopold le 25 août 1914 pour
action d'éclat.

La guerre continue. Bovesse se bat vaillamment comme pa


trouilleur. Blessé par un éclat d'obus, le 29 septembre 1914. à Ca-
pelle-au-Bois, à l'ouest de Malines, lorsque nous fîmes une sortie
du camp retranché d'Anvers pour attirer sur nous le plus d'Alle
mands possible, pendant que les Français se battaient sur la Marne,
Bovesse ne se laissa pas évacuer. Il fit la dure retraite d'Anvers à
l'Yser. Là ses blessures s'enveniment. Tremblant de fièvre, il revient
volontairement prendre sa place dans les tranchées de Ramscapelle
d'où on le retire épuisé. Le 17 novembre, reconnu inapte au service
actif, il devient substitut de l'Auditeur militaire de Calais.

Démobilisé, François Bovesse s'inscrivit au barreau de Namur


et fut, de 1918 à son entrée à la Chambre des représentants en 1928,
chargé du cours de législation militaire à l'Ecole belge de guerre.
En 1920, il obtint la Légion d'honneur.

A l'occasion des Fêtes de Wallonie, en 1928, La Gaillarde


d'argent lui fut attribuée, ainsi qu'au talentueux compositeur Ernest
Montellier, actuellement membre titulaire de la Société de langue et
de littérature wallonnes, pour un poème que j'ai conservé. Les Jeux
Floraux que Namur organise à l'instar de ceux célèbres que Clé
mence Isaure aurait, selon la légende, institués à Toulouse, au 15e
siècle, valent aux lauréats une gaillarde d'or ou d'argent. Voici ce
texte de Bovesse, mis en musique par Montellier.

LA MEUSE WALLONNE

L'Allemagne a le Rhin, l'Escaut est à la Flandre,


Fleuves mâles qui vont par leurs pays germains.
Si j'évoque leurs noms il me parait entendre
Des peuples forts chantant une chanson d'airain.
Mais toi, Meuse au doux nom, fleuve-femme, harmonie
Qui donne à mon pays et son rythme et son sens
O Meuse de chez nous, Meuse de Wallonie,
Ma lèvre dit ton nom d'amante en frémissant.

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Devant tes ponts au dos courbé, aux jambes rondes,
Les barrages d'acier peignant tes eaux d'argent,
Nous ne méditons point de conquérir le monde
Hissés sur des vaisseaux qui vont la voile au vent ;
Notre regard s'arrête aux cimes des collines
Dont la courbe bientôt cerne nos horizons ;
Nos cœurs et nos esprits à la douceur inclinent,
Notre âme est faite au bleu du toit de nos maisons.

Et nos parlers sont clairs comme des eaux qui chantent,


O fleuve ceint de fleurs qui glisse nonchalant
De la ville d'ardoise à la roche qui plante
Son reflet d'or dans l'ombre brune d'un chaland.
Paysages, patois, tout se fond sur ses berges,
La chanson des enfants, les toits de nos maisons,
Nous voulons à jamais garder ton âme vierge
O Meuse de chez nous, ô Meuse des Wallons.

François Bovesse avait fondé en 1921 le Comité des Fêtes de


Wallonie. Pour célébrer le cinquantenaire de cet événement et le
premier hommage rendu cette année-là aux héros de 1830 et de
1914-1918, plusieurs manifestations furent alors organisées, notam
ment un cortège évoquant l'histoire de Namur, une visite au cime
tière de la ville rassemblant plusieurs milliers de pèlerins, un dépôt
de gerbes par les autorités aux monuments des illustres héros, un
pèlerinage de milliers d'enfants venus piquer sur chaque tombe de
soldat belge ou allié, une gaillarde de sang et d'or, et comme apo
théose spirituelle, une messe en wallon dans l'église Saint-Jean.

Saint-Jean, clocher bulbeux


Au-dessus des toits bleus,

chantait dans sa ferveur François Bovesse.


Devenu en 1931 ministre des Postes-Télégraphes-Téléphones,
puis ministre de la Justice, et enfin ministre de l'Instruction oubli-
que, ce qui lui permit sur ma suggestion, Jules Duesberg étant rec
teur, de venir fêter à Liège lors de sa promotion à l'éméritat, le
grand romaniste Maurice Wilmotte, il fut le 13 avril 1937, nommé
par le roi gouverneur de la province de Namur. En 1938, il fonda
la revue Les Lettres mosanes, qui n'eurent malheureusement que
trois numéros, car l'invasion allemande se produisit.
Conformément aux ordres reçus, Bovesse se replie avec l'admi
nistration provinciale au midi de la province, puis vers la France, et

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on le nomme Haut commissaire belge dans le département de l'Hé
rault, où il se prodigue en faveur des réfugiés. Rentré en Belgique
avec ceux-ci, il est révoqué par l'autorité occupante et redevient
avocat au barreau de Namur.

A la Noël de 1941, arrêté par les Allemands sous le soupçon


d'avoir dit du mal d'eux, il fut incarcéré jusqu'au 3 juillet 1942, à la
prison de Saint-Gilles. Puis au cours de 1943, il servit d'otage
comme moi sur les trains allemands. Le 1er février 1944, il est as
sassiné dans sa maison, 2, rue Cardinal Mercier à Namur, un peu
avant sept heures du matin, par quatre individus, des rexistes fla
mands, trois en uniforme hitlérien et un en civil. Plus de huit mille
personnes saluèrent la dépouille du martyr, de splendides couronnes
s'ajoutant à d'humbles bouquets, et quinze mille assistants, malgré
le froid et la neige, l'accompagnèrent le 4 février, jour de ses funé
railles, au cimetière namurois de Belgrade. Toute la ville pleura son
citoyen ; les catholiques aussi rendant hommage à ce libre penseur.

Son souvenir est demeuré vivace. Chaque année, l'anniversaire


de sa mort est célébré. En 1970, une délégation des plus grands
mutilés des deux guerres alla fleurir la tombe de François Bovesse
en présence de René Close, gendre du disparu, gouverneur actuel
de la province et, à ce titre, sucesseur de Robert Gruslin, le compa
gnon fidèle de François. Le lendemain, à l'endroit même du drame,
en présence de Fernand Pieltain, bourgmestre de Namur et de
nombreuses personnalités, Félix Rousseau, le vieil ami, évoqua la
chère mémoire du grand wallon et Jacques Calozet, le fils de l'écri
vain dialectal Joseph Calozet, fleurit le mémorial édifié au chantre
de la douceur mosane. Et qui oublierait sa défense du français, de
l'intégrité wallonne et de la mise en état de la frontière de l'est ?

Je ne me propose pas de rappeler son action politique, un


livre de Robert Hicguet, publié en 1945, chez Labor, s'en est chargé ;
mais je veux dire, pour y avoir été associé, son action en faveur de
l'école française et de l'étude de l'anglais dans les classes du degré
moyen.

Faisant le point en écrivant à Paul-Emile Janson le 16 novem


bre 1937, Bovesse déclare : « Les provinces de langue flamande vi
vront, quoi qu'on en pense dans certains milieux, une vie purement
flamande, aussi flamande qu'est française la vie de la Wallonie... Je
crois, si nous n'y mettons le holà, à la formation d'une Belgique
complètement flamandisée au nord, en large mesure colonisée au
sud, et plus que midelmatique à Bruxelles. Le sud, pense-t-on, se
fera à la nécessité et à l'opportunité de la double culture. Et ce jour-
là il y aura des Belges, mais il n'y aura plus de Wallons. Tant mieux

— 84 —
me diront certains. Peut-être, mais ce jour-là, voyez-vous, il n'y aura
plus de Paul-Emile Janson, ni d'Albert Mockel, ni de Jules Destrée,
ni de Charles Magnette ». Ni de Maurice Wilmotte, ni d'Olympe
Gilbart, ni de Gustave Charlier, ni de Félix Magnette, ni de Georges
Thone, ajouterai-je volontiers. « Voulons-nous cesser d'être ce que
nous sommes ? Voilà pour moi le problème », pensait avec raison
François Bovesse.

Déjà dans le journal Sambre et Meuse, il défendait les idées


pour le succès desquelles il combattra toujours. Et Maurice Barrés
ainsi que Jules Destrée féliciteront les jeunes cens qui écrivent dans
ce journal. Je lis d'autre part dans l'éditorial de la revue Les Lettres
mosanes, que François fonda en 1938, ces lignes à retenir :

« Tous ceux du bassin mosan ont des mœurs identiques, des


sentiments communs, une commune façon de penser, de vibrer et
d'agir. Il les faut réunir, il faut les célébrer, il faut pieusement garder
ce qu'ils ont créé à sa gloire dans l'espace et le temps. Il faut main
tenir et développer par la pensée continue, la méditation créatrice
et l'étude active, son influence et sa signification... La Meuse est la
messagère puissante et délicate d'une vieille civilisation à exalter...
La Meuse est un chemin ; du nord au sud les invasions l'ont dévasté,
du sud au nord la civilisation l'a fleuri. Elle est force, beauté, dou
ceur. Nous tenterons de définir sa douceur, d'exalter sa beauté,
d'affirmer sa force. Nous suivrons, au moment où nous abordons
cette œuvre, le conseil que nous donne une inscription gravée au
fronton d'une porte de notre citadelle : Nec jactantia nec metu...
Fils de la Meuse, nous voulons agir en bon fils ». Albert Mockel,
Paul Claudel, Jean Giraudoux, collaborèrent brillamment aux Let
tres mosanes.

L'œuvre littéraire de François Bovesse, Meuse, La Douceur


mosane, Molière notamment, a fait l'objet d'une étude dans le livre
Visages namurois d'André Dulière, en 1974. Je me tiendrai donc à
mon seul propos.

François Bovesse voulait réunir dans un musée des Beaux-Arts


les œuvres des peintres de la Meuse, de Félicien Rops, le confident
de Charles Baudelaire, lequel a dit de l'Eglise Saint-Loup que c'était
un « catafalque terrible et délicieux, brodé de noir et d'argent », et
de Henri Bodart, le peintre de sa ville. Ce serait à côté du Musée
archéologique, du trésor célèbre des Sœurs de Notre-Dame, de la
Cathédrale Saint-Aubain, et de plusieurs églises de la cité, un en
semble qui ferait de Namur une ville artistique. Si bien qu'on pour
rait déclarer de François Bovesse ce qu'il proclamait lors d'une ma
nifestation à la mémoire de son ami Marcel Grafé : « II est pour

— 85 —
juger les hommes un seul critère, ce n'est pas la place qu'ils occu
paient vivants, c'est celle qu'ils laissent morts ».
La vie de François Bovesse fut une vie de sacrifice au bien de
tous et d'amitié pour les plus humbles. Il a bien servi son pays et la
Wallonie. Francophile passionné, il nous donne un grand exemple.
Mais je ne saurais mettre fin à cet éloge sans parler de notre ami,
l'historien Félix Rousseau. Il a montré l'un des premiers que le pays
mosan avait constitué un des foyers de la civilisation de l'Europe
occidentale et que c'est la langue française qui unit tous les Wallons.
« Ceux-ci ont eu la chance qu'un dialecte de la même famille lin
guistique que leurs propres dialectes, est devenu une langue de haute
culture d'un rayonnement international », écrit-il dans La Wallonie,
terre romane.

Marcel PAQUOT.

— 86 —
TREIGNES
Histoire de la paroisse
et de son église (suite)

CHAPITRE III — LA NOUVELLE EGLISE.

Le bâtiment

Que l'on découvre Treignes de n'importe quel côté, il n'est


personne qui n'admire l'imposant sanctuaire plus ressemblant à une
cathédrale qu'à une église de village.
On peut s'interroger sur la nécessité ressentie par nos prédéces
seurs de construire un nouvel édifice religieux et de lui donner pa
reille dimension.
En 1849 déjà, le conseil communal ayant constaté « que plu
sieurs grosses poutres qui soutiennent une partie de la voûte en bri
ques de la grande nef sont pourries et menacent ruine ainsi qu'une
partie de la charpente qui repose sur quelques-unes de ces poutres
s'affaisse au point qu'un éboulement de briques et la chute d'une
partie de l'édifice peut avoir lieu incessamment », estime qu'il faut
d'urgence procéder aux réparations nécessaires. La grande nef et
le chœur sont abandonnés et on célèbre la messe par mesure de pré
caution dans une des petites nefs (1).
La vétusté du bâtiment, nonobstant les réparations effectuées en
1850, ne fait qua s'aggraver au point qu'en 1866, selon le conseil
communal, un simple coup de vent pourrait culbuter la toiture qui ne
repose plus que sur quelques rares corbeaux calcinés et rongés par
le temps et les gelées. (2).
De plus, le bâtiment ayant été conçu initialement pour desservir
une communauté beaucoup plus réduite, l'exiguité des lieux se fait
sentir.
Mais pourquoi cette immense construction paraissant dispropor
tionnée par rapport aux dimensions du village ?
Il ne faut pas perdre de vue que nous nous trouvons, à l'époque,

(1) Registre des délib. du conseil communal du 23 oct. 1849 et du 7 déc. 1849. Le
conseil demande à la Députation Permanente l'autorisation d'abattre dix chênes dans
la coupe dite «Gros Bois» pour effectuer les réparations.
(2) Archives communales : Lettre du conseil au gouverneur de la province du 30 déc.
1866.

— 87 —
au seuil de l'expansion démographique de plusieurs villages, expan
sion due en ordre principal au développement industriel, à l'exploita
tion des carrières de grès et d'ardoises et à la nouvelle voie ferrée
Walcourt-Treignes.

C'est ainsi que la population de Treignes est passée de 550


habitants en 1815 à 750 en 1857. Ne possédant que des éléments
rudimentaires de la prospective, les promoteurs de la construction de
la nouvelle église étaient fondés de croire à un développement irré
versible de la population.
Cette espérance s'est réalisée jusqu'à la guerre de 1914, période
fatidique qui, en plus des malheurs qu'elle a engendrés, a amené le
déclin de la prospérité de la plupart des zones rurales dans lesquelles
n'ont pu subsister les entreprises aux dimensions réduites et insuffi
samment mécanisées. C'est en 1915, que la population de Treignes
ctiieint son chiffre record avec 1.002 habitants alors qu'au 1er janvier
1973 elle n'en compte plus que 733. (1).
L'importance de l'église réalisée en fonction de prévisions à long
terme n'était donc pas déraisonnable et l'on ne peut reprocher aux
bâtisseurs de ne pas avoir tenu compte d'événements imputables à
des faits imprévisibles.
1870 est aussi l'époque de l'Eglise triomphante extériorisant
manifestement sa puissance.
Il n'est pas question non plus, de reconstruire en roman, style
d'une époque obscure et primitive, on réalise donc un plagiat en néo
gothique.
L'importance de l'œuvre, la décoration sculpturale, la hauteur
des voûtes et du clocher, la qualité des matériaux, rien n'a été épar
gné à un point tel que la deputation permanente du conseil provincial
de la province de Namur, trouva la dépense exagérée et la compara
avec celle exposée par d'autres communes aussi importantes que
Treignes. Dans une lettre au conseil communal, le commissaire d'ar
rondissement cite en exemples la commune d'Emines dont la popu
lation est de 912 âmes et qui construit une église pour 45.500 frs,
celle de Moignelée de 850 âmes pour 30.000 frs et celle de Moustier
de 1011 habitants pour 44.000 frs, tandis que pour une population
de 762 âmes, le devis de l'église de Treignes s'élève à 83.032 frs. (2).

( I ) Les renseignements sur les variations du chiffre de la population sont extraits du


Dictionnaire historique et géographiques des communes belges par E. DE SEYN.
Vol. 2. Verbo Treignes. p. 1274, également du livre de GERARD. Les cantons de
Philippeville et Couvin, édité chez Bourdeaux-Capelle à Dinant. 1958. p. 120; et
aussi de renseignements aimablement communiqués par Monsieur V. Deforge, bourg
mestre et Monsieur M. Hurion, secrétaire communal honoraire.
(2) Archives communales : Construction de l'église — Lettre du commissaire d'arron
dissement au conseil communal du 7 octobre 1870.

— 88 —
La députation permanente refusa tout subside à la commune lui
conseillant de faire appel à la générosité des habitants « puisque la
construction intéresse aussi vivement la population ». (1).
Devant ce refus entraînant le rejet de la demande de subsides de
l'Etat, le conseil communal prit l'engagement de pourvoir seul à la
dépense.

Et cependant, c'est à la requête pressante du gouverneur de la


province, en septembre 1865, une fois le vœu émis par le conseil
communal de construire une nouvelle église, que le collège fut invité
à ne pas trop différer le projet.
Le conseil communal répondit au gouverneur « qu'il reconnais
sait que la construction d'une église nouvelle à Treignes était chose
très désirable et qu'il est impossible d'agrandir l'édifice actuel, mais
que la situation financière ne lui permettait guère d'entreprendre une
construction aussi dispendieuse et qu'enfin il priait l'autorité supé
rieure de vouloir bien lui accorder quelque temps pour préparer les
moyens financiers, seul obstacle qui l'empêchait de mettre immédia
tement la main à l'œuvre ». (2).

A une nouvelle invitation du gouverneur, le mois suivant, le


conseil communal répondit qu'il avait décidé d'ajourner le projet
jusqu'à la vente des produits du bois de futaie. (3).
La vente eut lieu en avril 1866. Son produit étant satisfaisant,
Monsieur Degreny, architecte provincial, fut chargé de dresser les
plans et devis.

Le 29 décembre 1866, le conseil communal décide :


1° D'approuver les plans et devis, dressés par Monsieur Degre
ny ;

2° De voter la somme nécessaire à cette fin ;


3° De solliciter l'autorisation de démolir l'édifice actuel ;
4° De prendre, pour emplacement de la nouvelle église celui de
l'actuelle et de l'ancien cimetière sauf que le portail donnera
sur la place communale de manière que l'axe longitudinal de
la nouvelle église forme avec celui de l'ancienne un angle
d'environ 45°. (4).

Le conseil de fabrique de son côté prend une résolution confor


me à celle du conseil communal.

( |.) Archives communales : Lettre du Commissaire d'arrondissement du 7 octobre 1870.


(2) Archives communales : Mémorandum imprimé adressé par le collège des bourgmestre
et échevins de Treignes au Conseil Provincial de Namur le 26 juin 1867
(3) Ibidem.
(4) Ibidem.

— 89 —
Nous avions tout lieu d'espérer que bientôt la commune de
Treignes se trouverait dotée d'une église convenable, dit Monsieur
Defraire, bourgmestre. Il nous paraissait logique de supposer,
qu'ayant pris cette importante résolution sur les pressantes sollicita
tions de Monsieur le Gouverneur, nous verrions notre œuvre sanc
tionnée par l'autorité provinciale : « et forts de notre droit et du
sentiment de notre conscience, appuyés sur les vœux presque unani
mes des habitants de la commune, nous méprisions les ténébreuses
machinations de la chicane et de l'esprit de parti » mais par une
dépêche du 19 janvier 1867, Monsieur h Gouverneur nous mandait :
« Qu'ensuite d'une réclamation lui adressée par quatre conseillers
communaux de Treignes, il nous retourne le dossier relatif à notre
construction, avec ordre de le soumettre aux délibérations du nou
veau conseil communal ». (1).

Le collège demanda aussitôt communication de cette réclama


tion ce que le gouverneur refuse en ajoutant toutefois que les récla
mants trouvent l'édifice projeté trop court pour sa largeur, très coû
teux et peu commode et qu'ils n'approuvent pas qu'on veuille la pla
cer de biais par rapport aux routes et aux autres constructions du
village sur un emplacement très accidenté. (2).

Mis en demeure d'exécuter les ordres du gouverneur, le bourg


mestre réunit le conseil le 10 mars 1867 et communique, spéciale
ment aux quatre signataires présumés des plaintes au gouverneur, les
pièces relatives à la construction do la nouvelle église. Ces derniers
ne purent apporter aucun motif sérieux pour soutenir leurs alléga
tions, et se retranchèrent derrière la question du chiffre, argument qui
ne peut tenir devant l'exposé de la situation financière de la commu
ne. Dès à présent, dit le bourgmestre, la commune peut consacrer
52.000 frs à la construction de l'église et elle ne risque pas de s'obé
rer puisque chaque année elle a de forts excédents de recettes. (3).

Devant les récriminations du gouverneur, le collège fait dresser


un autre plan par Monsieur Vincks, architecte provincial à Walcourt
avec un maximum de dépenses de 60.000 frs.

Un troisième plan fut commandé à Monsieur Charles Almain


fils, architecte à Bruxelles, par quatre conseillers à l'insu du bourg
mestre Defraire et de l'autre partie du conseil.

Présenté à la séance du conseil du 13 octobre 1869, il fut

(1) Archives communales : Mémorandum du collège au conseil provincial, déjà cité du


26 juin 1867.
(2) Ibidem.
(3) Ibidem.

— 90 —
approuvé séance tenante par quatre voix et enlevé immédiatement
par l'échevin Bayenet sans le laisser à l'examen des personnes inté
ressées.

Le conseil de fabrique n'ayant pas été consulté se réunit en


assemblée extraordinaire le 17 octobre sous la présidence de Pierre
Magotte et suspend les effets de sa délibération antérieure concédant
l'emplacement de l'ancienne église et du vieux cimetière, propriétés
de la fabriqua pour l'exécution d'une nouvelle église. Ce faisant, le
conseil de fabrique déjouait les manœuvres des quatre conseillers dis-
sidants. (1).
Les deux projets de Messieurs Vincks et Almain furent rejetés
par la Commission Royale des Monuments, l'un et l'autre de ces
projets exigeant des expropriations trop onéreuses. (2).

Comme Monsieur Almain s'étonnait auprès du Ministère de la


Justice du rejet de son plan par la Commission Royale des Monu
ments, il lui fut répondu que le projet de Monsieur Degreny avait
un mérite artistique « relatif », motif pour lequel on lui avait accordé
la préférence. (3).

L'architecte Almain assigna la commune de Treignes et réclama


des honoraires pour le plan dressé et non exécuté. En sa séance du
30 novembre 1871, le conseil refusa de payer, le bourgmestre esti
mant que si certains conseillers ont pris sur eux de commander un
troisième projet d'église, ils n'ont engagé que leur responsabilité per
sonnelle. (4).

La commune fut cependant condamnée à payer les honoraires


réclamés mais s'en tira finalement par une transaction en accordant
une somme de 1.000 frs à Monsieur Almain. (5).

Finalement, un arrêté royal du 5 avril 1871 permet à la com


mune d'ériger une nouvelle église et la Députation Permanente
accorde l'autorisation de démolir le vieux sanctuaire « à la condition
que l'ancienne croix avec la statue du Christ et celles des apôtres
placées dans le chœur soient transférées dans l'église à construi
re ». (6).

(1) Archives communales : Rapport du conseil de fabrique du 17 oct. 1869, signé Ma-
gniette, curé, Magotte, N. Colin, Baiet, Pieret, Defraire, Coupatez.
(2) Archives comirrvunales : Construction de l'église, lettre du I juil. 1870 de la Commis
sion Royale des Monuments au Ministère de la Justice.
(3) Idem. Lettre du 21 déc. 1870 de la Commission Royale des Monumsnts au Ministère
de la Justice.
(4) Arch. com. Rég. des délib. du cons. corn, du 30 nov. 1871.
(5) Arch. com. Rég. des délib. du cons. com du 25 mai 1873 et 4 mars 1875.
(6) Arch. Com. Construction de l'église : Lettre du 14 avril IS7I du corn, d'arrondisse
ment à l'administration communale.

92
Le travail fut adjugé à Monsieur François Massaux entrepre
neur de travaux publics à Namur pour la somme de 89.000 frs. (1)
Les travaux commencèrent aussitôt, l'entrepreneur jouissant
gratuitement de la carrière communale dite du Lavaux pendant 5
ans exclusivement dans la mesure des besoins de la construction.

Monsieur le Curé Magniette bénit la première pierre en présen


ce de nombreux prêtres en la fête de Saint Ruffin, le 14 juin 1871.
Dans cette pierre, fut scellée une fiolle renfermant le procès verbal
de la manifestation et diverses monnaies de l'époque. (2).

Pendant les travaux, une chapelle provisoire fut aménagée à


l'école des garçons dont le faîte du toit fut surmonté d'un clocheton
dans lequel on plaça une petite cloche. Ce clocheton a été enlevé
vers 1960.

La construction dura deux ans et demi sous la surveillance offi


cielle du curé Magniette délégué par l'administration communale.

Deux pierres commémoratives sont scellées sur les faces nord et


sud du clocher à hauteur de la toiture des nefs. Elles portent toutes
deux le millésime de 1872, date d'achèvement du gros œuvre. Sur
celle du nord, on peut lire les noms du bourgmestre Defraire et des
échevins Gravy et Lafarge. Sur celle du sud on lit les noms du pré
sident du conseil de fabrique, Pierre Magotte, du curé Magniette et
du secrétaire Pieret, LDY représentant le sigle de l'architecte L. De-
greny.

La bénédiction du nouveau sanctuaire eut lieu le 26 novembre


1874, en même temps que le mariage de Théophile Magotte et de
Joséphine Scailteux. (3).

Le conseil communal et le conseil de fabrique n'étaient pas au


bout de leurs peines. Déjà, différents travaux supplémentaires exécu
tés en 1875 et 1876 avaient augmenté le montant du devis initial de
12.707 frs lorsque le 12 mars 1876, un ouragan d'une violence inouïe
enleva la flèche du clocher qu'on avait oublié d'ancrer. Sous les
yeux de la paroisse toute entière, elle balança et s'écrasa sur le tran
sept gauche. La charpente et le plafond furent réduits en poussières.
Le curé Magniette relate l'accident en ces termes : « J'étais là, trem-

(I) Arch. Corn. Construction de l'égi'se : Créance hypothécaire du 16 fév. 1871. Fr.
Massaux constitue ses biens en gage et présente deux cautions pour assurer la bonne
fin des travaux.
(2) Cure de Treignes : Manuscrit de l'abbé Magniette.
(3) Cure de Treignes : reg. des mariages. Le mariage de mes larrière-grands-parents fut
ainsi le premier à être célébré dans la nouvelle église.
(4) Arch. Com. Construction de l'église : Acte d'adjudication et rég. des délib. du
cons. com. du 2 mars 1871.

— 92 —
blant, les yeux mouillés de larmes, craignant au plus grand désastre.
Je forçai les portes de l'église afin de mettre en secret le Saint Sacre
ment et failli être écrasé. Dans mon trouble, j'ignore comment j'en
suis sorti. » (1).

Les travaux de réparation furent exécutés conformément aux


plans et conditions du cahier des charges primitif ce qui provoqua
une dépense supplémentaire de 16.000 frs. (2).

La commune supporta seule le coût total de l'édifice, soit


117.707 frs. C'est la raison pour laquelle, la Députation permanente
l'autorisa à exploiter la coupe de réserve dite « Gros Bois ». (3).

Cette importante construction absorba 3.067 mètres cubes de


moellons, 376 mètres cubes de pierres de taille ainsi qu'une quantité
innombrable d'arbres coupés dans les bois communaux. (4).

Le bâtiment est une reconstitution d'un style gothique mélangé


d'éléments ressortissant à la période rayonnante et flamboyante. Par
ticularité intéressante, la longueur du transept égale en dimension
celle de toute l'église, tour non comprise.

Le jour est diffusé par de larges baies, ce qui donne beaucoup


de clarté à l'intérieur de l'édifice composé d'une nef principale et
de deux nefs latérales. Dans la nef latérale gauche est aménagée la
chapelle de la Sainte Vierge, dans celle de droite la chapelle de
Saint Nicolas. Derrière chaque chapelle, se trouve une sacristie mu
nie chacune d'une trappe dissimulant un escalier qui conduit aux
sous-sols.

Terminant les bas-côtés, à gauche, une petite pièce servant de


débarras et à droite, une place cachant l'escalier de la tour dans les
murs de laquelle sont scellées les pierres funéraires d'anciens curés de
Treignes.

Au premier étage de la tour, un vaste jubé terminé par une


balustrade en saillie sur la nef principale, n'est plus occupé depuis
les dernières réformes conciliaires.

Décoration intérieure

Tout l'intérieur de l'église est enduit, plafonné et peint sans


grand art. La vétusté de l'édifice et les intempéries ont fortement en
dommagé la partie intérieure sud-ouest où se trouve la chapelle

(1) Cure de Treignes : Manuscrit Magniette.


(2) Arch. Com. Rea. aux dél. du cons. com. du 19 mai 1876.
(3.) Idem du 31 décembre 1874.
(4,) Arch. Com. Construction de l'église.

— 93 —
Saint-Nicolas. Par fortes pluies, l'eau dévale en cascade le long des
murs intérieurs. En mars 1974, le Conseil Communal a approuvé
un projet de 3.135.000 frs pour effectuer les réparations nécessaires.
Le pavement est composé de grandes dalles uniformes de mar
bre noir.

Les vitraux

Grâce à sa générosité et à celle de certains de ses paroissiens, le


curé Rase a fait placer dans 13 travées, des vitraux coloriés qui n'of
frent aucune particularité artistique si ce n'est la reproduction de
visages d'êtres chers disparus que la piété des parents survivants a
voulu perpétuer de cette façon ou le souvenir de certaines manifes
tations. Tels sont ceux dans le chœur de :
Saint Valère, offert par le curé Rase en souvenir de ses 35 années
de prêtrise, 1901-1936, avec reproduction du curé en médaillon.
Saint Ruffin, offert par le même, en souvenir de ses trente années
de rectorat à Treignes : 1908-1938, avec aussi une reproduction du
donateur en médaillon.
Saint Jean, offert par la famille Collinet-Masson en mémoire de leur
fils Jean, décédé à l'âge de 14 ans en 1920, saint Jean ayant la tête
du défunt. Donné en 1921.
Saint Joseph, en mémoire du même, mais que la famille Collinet-
Masson a fait établir également en 1921 à l'occasion du 50e anniver
saire du Patronat de Saint-Joseph. (1).
Dans la chapelle de la Sainte Vierge, un vitrail représentant la
Vierge et Saint Joseph, don de la famille Lambert-Baret en souvenir
de A. Baret 1860-1906 et de L. Lambert, 1887-1919.
Dans la chapelle de Saint-Nicolas, un vitrail dédié au Sacré-
Cœur de Jésus, don du curé Rase en 1922.
Sur le bas-côté gauche, une sainte Thérèse de Lisieux, don de
Esther Gilot en 1938.
Du même côté, une autre travée est ornée d'un vitrail dédié à
la Vierge et l'enfant entourés de part et d'autre par saint Jean Bosco
et un groupe d'adolescents dans lesquels on reconnaît la figure
d'Hector Magotte avec la mention « En mémoire de Théophile et
Hector Magotte, Treignes, 1938 ».
Dans la nef de droite, un vitrail dédié à sainte Barbe, don de la
confrérie Sainte-Barbe à leur patronne : Hosteaux, président.
Un autre, représentant saint Eloi, don de la Société Saint-Eloi,
Treignes 1938.
Les autres vitraux ne portent aucune indication.

(I) li s'agit de la confrérie de Saint-Jo:eph.

— 94 —
L'horloge.

L'horloge communale fixée à la tour de l'ancienne église pré


sentait une importance capitale pour nos parents qui ne disposaient
dans les villages d'aucun moyen pratique de déterminer l'heure de
façon précise.

C'est ainsi qu'à de multiples reprises, lors de dérèglements de


l'horloge au cours du XIXe siècle, les habitants réclamèrent sa ré
paration rapide car toute la vie du village en était dépendante. Les
travailleurs aux champs ne rentraient plus à temps, les ménagères
préparaient les repas ou trop tôt ou trop tard et le garde-champêtre
ne savait plus à quelle heure il devait sonner la retraite. (1).

Lors de la construction de la nouvelle église, on a incorporé


dans chaque face de la tour une horloge sonnant les heures et les
demies. Celle qui est fixée à la face ouest porte les mots « Decaene
anno 1874 ».

Jusqu'aux environs de 1935, le conseil de fabrique a veillé à


l'entretien et au bon fonctionnement des horloges. Il nommait à
cette fin un préposé qui devait chaque jour remonter les deux contre
poids d'une pesanteur respectable. Il portait le titre ronflant de
« Directeur de l'horloge » et percevait en 1880 un salaire annuel de
lOOfrs. (2).

Les cloches.

L'ancienne église possédait au moins deux cloches car en 1851,


le conseil communal vote un crédit de 750 frs pour remplacer une
cloche fêlée. (3).

En 1592, l'abbaye de Florennes, gros décimateur, promet aux


habitants représentés par leur curé Jean Gillart, de leur fournir une
cloche de 500 livres. Si la cloche fournie pèse davantage, les parois
siens paieront le surplus. (4).

En 1873, le bourgmestre de Treignes, répondant à une lettre


du commissaire d'arrondissement, lui signale que la fabrique d'église
ne possède qu'une cloche qui est brisée et qu'il est temps de la rem
placer par une autre d'un poids tel qu'on puisse l'entendre de Mati-

{I ) On appelait « retraite », le moment à partir duquel il était interdit de faire du


bruit en rue avec obligation pour les cabaretiers de fermer leur établissement. Elle
se sonnait à la cloche de l'église à 22 heures en été et à 21 heures en hiver. Cette
pratique a persisté jusqu'à la veille de la guerre de 1914.
(2) Le dernier «directeur de l'horloge» fut Théophile Magotte père décédé en 1936.
(3) Arch. Corn. Rég. des Dél. du cons. corn, du 25 mai 1851.
(4) A.E.N. Tre:gnes : Archives ecclésiastiques.

— 95 —
gnolles. La commune de son côté possède une cloche avec laquelle
on sonne la retraite, les incendies et autres événements extraordinaires
et qui se trouve également dans le clocher de l'église. Le conseil de
fabrique ayant sollicité le concours de la province pour le remplace
ment de la cloche brisée reçoit un subside de 1.000 frs pour une
dépense de 5.072 frs. (1).
L'église possède actuellement trois cloches emportées par l'oc
cupant allemand pendant la guerre de 1940 et retrouvées peu après
presqu'intactes.
Le curé Rase fit électrifier le système de sonnerie vers 1950. (2).

Les meubles.

Un devis estimatif de la dépense à faire pour la fourniture et


le placement du mobilier est établi en février 1873. (3). C'est ainsi
que le maître autel avec ses statues, placement compris est estimé à
la somme de 5.000 frs, les deux autels latéraux, ensemble, à
4.500 frs, la chaire de vérité, 2.900 frs, les deux confessionnaux, en
semble, 2.700 frs, le tout exécuté en chêne russe dit « Wagenschut »,
bien profilé et « sculpture rigoureusement fouillée », polychromie
sur fonds or fin « dans le genre de la peinture de la Sainte Chapelle
à Paris ». Le banc de communion et la balustrade du jubé seront exé
cutés au prix de 752 frs. (4).
En 1874, l'autorité de tutelle signale à l'administration commu
nale que l'ameublement corriplet se montant à 17.600 frs, le crédit
voté de 6.000 frs n'est pas suffisant. La députation permanente veut
bien intervenir pour 1.000 frs et demander un subside à l'Etat du mê
me montant, mais la commune devra suppléer. Celle-ci insiste, ar
guant de l'importante dépense de la construction de la nouvelle égli-
nale que l'ameublement complet se montant à 17.600 frs, le crédit
se, mais la députation permanente répond que la dépense aurait pu
être réduite des 5/8 si on avait voulu s'en tenir au strict nécessaire.
D'autre part, la députation permanente fait remarquer que la com
mune de Treignes est l'une des mieux dotées de la province. Sa si
tuation financière lui permet de négliger la perception des deux
centimes additionnels aux contributions foncière et personnelle
La commune ne désirant pas s'engager, l'offre de subside est
retirée. (5).

(1) Arch. Corn. Construction de l'église. Lettre du 29 mai 1873 du bourgmestre au com
missaire d'arrondissement.
(2) Jusque vers 1955 le village de Treignes était approvisionné par une petite centrale
électrique, située rue de la gare, et qui dispensait du courant continu en quantité
insuffisante. C'est ainsi que la lueur des lampes d'éclairage dans les habitations va
cillait lorsque le système de sonnerie électrique des cloches était ibranché.
(3J Arch. Com. Construction de l'église : ameublement, devis estimatif.
(4) Article figurant déjà au devis de l'église.
(5) Arch. Com. Construction de l'église : ameublement. Lettre du com. d'ar. au conseil
com. du 19 décembre 1874.
— 96 —
A la suite de nombreuses démarches, le curé Magniette reçoit
les plans du mobilier approuvés par le Ministère de la Justice, en
février 1880. Le même insiste à plusieurs reprises auprès du conseil
communal pour obtenir le vote de la totalité de la dépense. Le 11
mars 1880, le conseil communal approuve la délibération du conseil
de fabrique du 7 mars en vue de faire exécuter le mobilier par Mon
sieur Goyer de Louvain.
Mais le crédit n'est toujours pas voté. En 1886, à une nouvelle
requête du conseil de fabrique, le conseil communal répond que le
moment n'est pas favorable à cause de la crise économique. (1).
Le curé Magniette ne verra pas l'achèvement de son œuvre à
Treignes puisqu'il quitte la paroisse en 1891. Il avait fourni de ses
deniers, du linge, des ornements et l'harmonium, en exprimant l'es
poir qu'un de ses successeurs dote l'église de grandes orgues, capa
bles de faire retentir les voûtes de l'édifice et d'exalter la plus grande
gloire de Dieu. (2).
C'est finalement sous le pastorat de l'abbé Rase vers 1910 que
l'église reçut son mobilier actuel. (3).
Ces reconstitutions néo-gothiques qu'on affectionnait particu
lièrement au siècle dernier peuvent nous paraître relever d'un goût
douteux. Il ne faut pas en accuser le desservant ou le conseil de fa
brique mais bien la Commission Royale des Monuments qui détenait
le pouvoir de décision. Il suffit de lire certaines lettres dans lesquelles
ce collège exige que le mobilier des édifices consacrés au culte soit
conforme à leur architecture et « aux règles de l'art ». (4).
Outre ce mobilier « moderne » qui ne nécessite aucune descrip
tion, quelques pièces de l'ancienne église ont trouvé place dans la
nouvelle : l'ancien calvaire situé au-dessus du banc de communion,
la cuve baptismale, les anciens bancs, le pied de l'ancienne chaire
de vérité qui sert de lutrin au chœur, les statues de la Sainte Vierge,
des saints Patrons Ruffin et Valère, de saint Gorgon, deux anges
provenant des anciens autels et fixés aux deux colonnes du transept
côté chœur, et un grand Christ en bois polychrome fixé au mur du
chœur, côté épître.
Pour terminer, il faut ajouter un chemin de croix, œuvre des

(1) Arch. Com. Rég. des dél. du cons. com. du 20 janvier 1886.
(2) Curé de Treignes : Manuscrit Magn'ette.
(3) Toutes ces longues démarches pendant 30 ans qui ont nécessité tant de dévouement
et de privations de la part des dés ervants successifs et de !a population sont
60 ans plus tard, réduites à néant, par l'effet de certaines modifications liturgiques
parfois nécessaires mais surtout intempestives. C'est ainsi que les autels sont désaf
fectés, la chaire à prêcher inutilisée, !e banc de communion déplacé, le jubé fermé
et plusieurs statues de saints reléguées dans les caves.
(4) Arch. Com. Construct. de l'éqlise : lettres de la C.R.M. des 12 oct. 1873 et 23 févr.
1874.

— 97 —
comtesses de Villermont au début de ce siècle. Les encadrements sont
dus au ciseau de Jean-Baptiste Hulot, ébéniste à Treignes. (1).

CHAPITRE IV — CHAPELLES ET PRESBYTERES.

La chapelle de Matignolles.

Distant de deux bons kilomètres, le hameau de Matignolles est


une section de la commune de Treignes composé de quelques mai
sons et de deux fermes dont l'une fut l'ancienne résidence seigneuriale.
Contigiie à ce petit manoir, une chapelle, construite dans le
courant du XVIIe siècle, servait d'église paroissiale à la petite com
munauté de Matignolles. Il n'y eu jamais de desservant attitré, le
curé de Treignes ou son vicaire en assumait le service.
La plupart des membres de la famille de Tellin, qui occupèrent
la maison pendant les deux derniers siècles de l'ancien régime, y ont
été baptisés, mariés, et y ont reçu les derniers honneurs.
La chapelle dont l'autel est consacré à la Sainte Vierge (2), est
un bâtiment d'environ 13 mètres de long sur 6 de large, composé
d'une seule nef percée jadis de six fenêtres romanes, et terminée par
un chœur arrondi. Il ne subsiste à ce jour que deux croisées, trois
autres ont été rendues aveugles, une autre a disparu.
Une porte d'entrée cintrée donnant sur le chemin a aussi été
murée. Dernier vestige d'un bâtiment consacré autrefois au culte, la
croix, sommant le chœur, a été enlevée il y a quelques années, sans
l'autorisation de l'administration communale de Treignes, proprié
taire de la chapelle.
Une visite de l'archidiacre de Famenne nous donne du sanctu
aire, une description peu flatteuse : « L'autel n'est pas consacré, on
y célèbre sur une pierre portable qui n'est pas bénie. La chapelle est
très indécente et il n'existe aucun pavement. C'est pourquoi nous
donnons trois mois aux habitants pour réparer et rendre leur chapelle
plus décente, faute de quoi nous interdirons d'y célébrer. » (3).
Le même jour, le visiteur, après avoir vu l'église de Treignes,
ordonne aux habitants de Matignolles de contribuer aux dépenses de
réparation de l'église de Treignes. (4).
Il ne semble pas que les habitants de Matignolles aient pris fort

( I.) Renseignement aimablement communiqué par 'Monsieur Auguste wauthier


(2) M. Jamagne. L'Antiquaire, n° 4 — 1965 p. 103. Matignolles.
(3) Archives au Grand Séminaire de Liège. Visitationes de l'archidiaconat de Famenne
du 20 juin 1727.
(4) A.E.N. Arch. eccl. de Tre;gnes : fonds 2542 Eglise. n° 7-1727.

— 98 —
au sérieux les menaces de l'archidiacre visiteur car à l'heure présente
le sol est toujours de terre battue et on n'y trouve aucune trace d'au
tel.

Cette chapelle en avait remplacé une autre. En effet, le 14 juin


1362, les habitants de Matignolles s'engagent à intervenir dans les
réparations de l'église de Treignes bien qu'ils ne l'aient jamais fait, à
condition qu'ils aient le droit de s'y réfugier en temps de guerre sauf
le cas de guerre entre le seigneur de Treignes et celui de Matignol
les. (1).

S'ils n'intervenaient pas avant dans ces frais de réparation, n'est-


ce-pas parce qu'ils possédaient leur propre oratoire dont l'entretien
était à leur charge ?

La paix n'a pas régné tous les jours dans les relations entre le
seigneur de Matignolles et le curé de Treignes. Nous n'en voulons
pour preuve que cette attestation au sujet d'injures et de violences
dont se plaignent réciproquement le curé de Treignes, Jean Fran-
cisci et le seigneur de Matignolles Pierre Sébastien de Tellin. Ce
dernier se montre arrogant et en 1663 malmène le pauvre curé Fran-
cisci qui s'est montré si bon et si dévoué pour lui. Un jour, quand le
curé vient pour dire la messe à la chapelle, de Tellin est parti en
cachant le calice et défend à sa faible femme de le montrer, ce qui,
à la grande indignation du curé, a privé ses manants de la messe
d'obligation. (2).

Un texte de 1675 précise cependant que les habitants de Ma


tignolles remplissent leurs devoirs religieux à Treignes, ce qui tend à
prouver l'utilisation sporadique de la chapelle comme sanctuaire. (3).
Lorsque fin du siècle dernier, Monsieur Quevrin occupait la
ferme, il remisait ses grains après le battage, dans la chapelle. Quand
elle en était débarrassée, elle lui servait d'oratoire pour le soir, on y
disait la prière et on y allumait des bougies. Il est donc probable
qu'elle n'était pas encore alors dépouillée de toutes ses images reli
gieuses. (4).

Bien qu'elle soit enclavée dans les bâtiments de la ferme, la cha


pelle est toujours propriété communale. Elle sert aujourd'hui de re
mise aux machines agricoles.

(I) A.E.N. Arch. eccl. de Treignes, fonds 2542. Eglise n° 1-1362.


(2.) C. de Villemont : Monographie de la famille de Tellin. Br'uxelles-Dewit 1925.
(3) A.E.N. Arch. eccl. de Treignes.: fonds 2542 Eglise, n° 6-1675.
(4) Archives personnelles: Lettre du Chanoine Roland au curé de Treignes du 26
février 1913.
Le fermier Quevrin ayant perdu la vue, la croyance populaire considéra cette infir
mité comme un châtiment résultant de la profanation de la chapelle.

— 99 —
La chapelle Saint Roch.
Cette chapelle qui se trouve à l'ouest du village, au bout de la
rue Saint-Roch, à l'ombre de deux tilleuls imposants a été bâtie vers
1870. Avant d'entrer dans le domaine de l'A.S.B.L. « Les œuvres du
doyenné de Philippeville », ele fut la propriété de la famille Hulot
qui la fit construire puis par succession passa à la famille Hosselet
qui en fit don à l'A.S.B.L.
De forme hexagonale, seuls trois de ses côtés étaient primitive
ment fermés ; l'aspect actuel date de l'époque de la première guerre
mondiale.
L'intérieur de la chapelle ne laisse apercevoir aucune décora
tion. Un autel de bois sans caractère supporte deux statues de Saints
en bois et polychromes : saint Roch, invoqué par les habitants du vil
lage qui, sur le chemin de la forêt, le priaient pour obtenir une bon
ne récolte de bois mort, et saint Ghislain, invoqué pour obtenir la
guérison de maladies d'enfant. Une troisième statue, sainte Renelde,
fort rare et très ancienne a disparu depuis peu d'années. (1).
Au mur, la croix de bois polychrome n'est autre que celle de
l'ancien maître autel de l'église, remplacé au début du siècle.

Autres chapelles.
A l'extrémité Ouest du village, on trouve sur la route de Vierves,
une chapelle sans style, dépourvue de toute ornementation tant inté
rieure qu'extérieure à l'exception d'une croix démunie de son Christ.
(2).
A l'extrémité opposée de la commune, sur le chemin de Mazée,
on aperçoit la chapelle dite de Saint Jean, occupée par quelques sta
tues de plâtre, entourées de vases aux coloris les plus douteux. Une
pierre de façade porte la date de 1887.

L'ancienne cure.
L'ancien presbytère situé à proximité de l'église est une maison
qui servait d'habitation à la fois au curé et au vicaire. On aperçoit
toujours les deux entrées séparées dans la façade du bâtiment qui
cependant est couvert par le même toit.
Le 10 novembre 1793, le conseil municipal demande aux auto
rités du département l'autorisation de transformer le presbytère en
maison communale. (3).

(1) Un ancien du village, très au courant des vieilles pratiques rel'gieuses, Monsieur
Auguste Wauthier, pense qu'il ne s'agissait pas de Sainte Renelde, mais bien de
Saint Hermel, saint assez peu connu ma s invoqué en la collégiale de Molhain, dis
tante d'à peine 5 kms de Treignes. Les trois statues étaient protégées par des niches
qui ont été détruites.
(2) Cette chapelle a été remise à neuf et est entretenue des deniers et du dévouement
de Monsieur et Madame Marc Hurion. Qu'ils en soient remerciés. Le fait est assez
rare pour être souligné en cette période d'apostasie et de simonisme.
(3) A.E.N. Arch. eccl. de Treignes: Fonds 2542 Eglise - 10 nov. 1793.

— 100 —
Désaffectée au début du XIX' siècle, la maison servit d'appen
dice de brasserie puis fut abandonnée et longtemps inoccupée. Cette
vieille demeure qui menaçait ruines a été restaurée vers 1960 par
les soins du curé actuel, le chanoine Sevrin (1).
La date de 1787 se retrouve à deux endroits : au fronton de
la porte centrale et au-dessus de la porte extérieure de la cave. Le
linteau de la porte de droite en façade laisse apparaître les lettres
T.C. surmontées du sigle connu IHS (Jésus hominum salvator) tandis
que le linteau de la porte de gauche est gravé des lettres I.A.C.
surmonté du même sigle I.T.S. (2).
La maison comportait grange, écurie et dépendances (3). Elle
est aujourd'hui propriété de l'A.S.B.L. « les œuvres du doyenné de
Philippeville » et sert de local aux œuvres paroissiales.

Le nouveau presbytère.

La cure actuelle construite en 1828 (4) est un beau bâtiment en


pierres de taille agrémenté d'un jardin et qui fit l'objet de divers
parachèvements et réparations. (5).

CHAPITRE V — LES CIMETIERES,

L'ancien cimetière.

Les plans cadastraux de 1843 montrent clairement que le cime


tière dessinait un enclos autour de l'église et qu'il affectait une
forme circulaire, bien différente des autres parcelles.
Le cimetière, autant par sa découpe parcellaire que par son
relief et la hauteur de ses murailles servait de retranchement avancé
à l'église et au donjon et le bétail y était parqué en cas de conflit.
Dans un texte de 1572, déjà cité, le célèbre archiviste et histo
rien Félix Rousseau trouve que le mot « cymetere » est la plus an-

(1) II est regrettable que l'ardoise de Fumay ait fait place au carré d'éternit mais ia
bonne volonté locale, même si ce problème l'a inquiété a été limitée par un budget
restreint.
(2) Hector Magotte. Hubert Bonaventure Robert, prêtre et seigneur. Le Guetteur
Wallon n° 2 — 1971 — p. 46.
(3) Les seuls documents traitant de l'ancien presbytère sont des conbentions datées de
1711, 1741 et du 7 février 1782 par lesquelles les curés Gaïe et Robert s'engagent
envers la communauté de Treignes à réparer le presbytère moyennant certaines
indemnités. A.E.N. Arch. eccl. de Treignes fonds 2542.
(4) Archives de l'évéché de Namur : farde D. Rapport du curé Augustin Dagnely sur
la situation matérielle de la paroisce.
(5) Archives communales: Rég. des dél. du cons. corn. Séances des 26 juillet 1846 et
14 novembre 1850. Réparations des portes, fenêtres de la pompe et approfondisse
ment du puits qui doit être « muraille ».

— 101 —
cienne mention d'un cimetière fortifié dépendant d'une église rura-
le (1).

Le nouveau cimetière

Le 5 février 1855, le gouverneur de la province de Namur ayant


appris qu'une épidémie de thyphoïde régnait à Treignes, invite le
conseil communal à procéder au déplacement du cimetière situé en
plein village.
En sa séance du 11 février 1855, le conseil tend à expliquer
que la situation du cimetière n'est la cause d'aucune maladie endé
mique.
« Considérant que la maladie dont il est question ne présente
pas de gravité mais qu'elle perd plutôt de son intensité, considérant
que cette maladie n'a atteint que des habitants de la même rue et
que cette rue basse étant voisine de la rivière, dite Viroin, cette situa
tion d'habitation peut être cause d'insalubrité, considérant que le
cimetière de cette commune qui est isolé des maisons d'habitation
paraît assez spacieux eu égard à la population, qu'étant très élevé
et clôturé par de hautes murailles, il paraît qu'il n'y a lieu de craindre
que sa situation soit nuisible à la salubrité publique puisqu'il est re
connu depuis longtemps que de toutes les personnes qui en ont
habité le voisinage, bien peu ont été atteintes de maladies épidémi-
ques et qu'elles ont joui d'une bonne santé et d'une longue vie, que
par conséquent il est à souhaiter que la commune ne soit pas obligée
de déplacer son cimetière que quand il y aura nécessité car si ce dé
placement devait avoir lieu maintenant il causerait beaucoup d'em
barras à la commune parce qu'elle ne possède pas de terrain conve
nable pour faire un nouveau cimetière, qu'il serait difficile d'en ac
quérir à des particuliers qu'à très grand prix. »
Le gouverneur de la province n'aura pas pris en considération
l'argumentation du conseil communal car le 23 novembre 1855, ce
même conseil prie la députation permanente de bien vouloir accorder
l'autorisation de faire un nouveau cimetière « vu la situation de l'ac
tuel au centre du village qui peut être nuisible à la salubrité publi
que. » (2).
En août 1857, le cimetière est désaffecté et transféré dans un
terrain de 16 ares appartenant à la commune et situé à un endroit
appelé « Au delà de l'eau », au lieu-dit « Cautron ».

(I) A.E.N. Treignes-Commune-liasse n" I et F. Rousseau dans A.S.A.N. T. 46 1952,


p. 255.
(2.) Remarque étonnante car pendant des décades, les habitants du dessous de l'église
ont utilisé l'eau provenant d'un puits creusé à proximité do l'ancien cimetière. Le
puits a seulement été comblé vers 1950 et la pompe enlevée.

— 102 —
Il fut agrandi dans la suite en 1875 du jardin de Jean Magotte
et en 1881 du jardin d'un sieur Alardin. (1).
En 1971, la place faisant défaut, la commune a fait enlever les
anciens monuments funéraires. Les plus vieux dataient de 1867 et
abritaient les tombes des familles Pieret, Hulot et Hottiaux.
En 1884, le conseil communal accorde l'autorisation au léga
taire universel de feu Tonton, curé à Soumoy et originaire de Trei-
gnes de faire construire dans le cimetière un calvaire, qui resterait
la propriété exclusive de la commune. (2). C'est là que sont inhumés
les corps du curé Tonton et de ses parents. La chapelle était en pi
teux état lorsque le Chanoine Collart, doyen de Dinant, la fit res
taurer il y a quelques années, et aménager pour y être inhumé.

Les croix.

Depuis les temps les plus reculés, les populations comme les
familles ont eu à cœur de commémorer les décès extraordinaires qui
venaient rompre la monotonie de leur vie calme et simple, en de
hors des périodes d'agitation principalement militaires. Peu de ces
croix ont dans notre commune échappé au vandalisme des siècles et
aux injures du temps.
A l'intersection des sentiers qui vont de Treignes à Niverlée et
de Mazée à Matagne-la-Petite, se trouve une croix aujourd'hui bri
sée sur laquelle on lit une inscription difficile à rétablir. En consul
tant le registre des décès de la paroisse de Mazée, nous apprenons
que c'est en revenant de Matagne-la-Grande, le 14 décembre 1747
que Hubert Waslet est tombé mort en cet endroit.
Dans la profondeur de la forêt, là où les sentiers de Treignes et
de Mazée se rencontrent dans la direction du Mesnil-Saint-Martin,
une petite croix rappelle que là fut tué par la foudre, le 18 juin
1829, Hupert Jérôme Dineur de Treignes âgé de 16 ans.
A l'endroit où le chemin de Matignolles rejoint celui de Mazée,
dans un champ cultivé, se trouve aussi une croix portant cette ins
cription : Joseph Fifis est décédé accidentellement en ce lieu le 7
octobre 1850 à l'âge de 16 ans. D'après la tradition, le jeune impru
dent s'était hissé sur un brancard de son tombereau et ayant perdu
l'équilibre, il tomba si malencontreusement qu'une roue du véhicule
lui écrasa la tête. (3).

Statue.

Une statue en bois de la vierge portant l'enfant Jésus se trouve

(1) Arch. Corn. Rég. des dél. du cons. corn, des 31 juillet 1875 et 6 octobre 1881.
(2) Arch. Com. Rég. des dél. du cons. corn, du 5 avril 1884.
(3) J. Quertinier : VERS L'AVENIR du 25 décembre 1935: Sur les bords du Viroin.

— 103 —
dans une niche fermée, encastrée dans la façade de la maison de
Monsieur Clicheroux, rue Grande, surmontant une pierre millésimée
anno 1567.
Une autre petite statue de la vierge orne une niche aménagée
au-dessus de la porte du corps de logis de la ferme de Monsieur
FIFIS, route de Mazée.

Pierres funéraires.
Six pierres tombales provenant de l'ancienne église sont con
servées encastrées dans le mur de la pièce qui donne accès au jubé.
Ce sont celles de : Jean Francisci, curé de Treignes depuis 1645,
décédé en 1692. — Jacques Gaye, curé de Treignes depuis 1692,
décédé en 1728. — Barthélémy Martial, curé de Treignes depuis
1747, décédé en 1781. — Jean Laurent Herbert, curé de Treignes
depuis 1798, décédé en 1830. — Marie Joseph Salmy, épouse de
Charles Joseph Godernaux, décédée en 1846. La sixième est une
pierre collective commémorant le souvenir d'Alexis Henroz, rece
veur des contributions, décédé en 1846, de ses beaux-parents, Hu
bert Tonton et Marie Collin et de quatre de ses enfants morts pré
maturément.
Une croix de bronze est posée contre le mur de la pièce et rap
pelle le souvenir de deux importants propriétaires terriens, Dieu-
donné Dechosse, mort en 1837 et Agnès Dechosse, sa sœur, décédée
en 1856, âgée de 99 ans.
Aucune décoration ne distingue ces pierres si ce n'est un blason
assez fantaisiste gravé sur celle du curé Jacques Gaye. Il s'agit d'un
écu coupé, en chef accompagné de trois étoiles à cinq rais, rangées,
en pointe, un chevron entouré dans les trois cantons de merlettes. Le
timbre est constitué d'une tête d'ange et le cimier d'un calice. Il n'y a
pas d'émaux.

Aspect actuel de la chapelle.


— 104 —
CHAPITRE VI — LA VIE RELIGIEUSE DE LA PAROISSE.

Fêtes et processions.

Jusqu'avant le concile « Vatican II », trois processions émail-


laient la vie religieuse de la paroisse.

La première, celle en l'honneur de la Fête-Dieu, sortait b di


manche suivant le jeudi de la Fête-Dieu ; la seconde, en l'honneur
des saints patrons Ruffin et Valère avait lieu le dimanche suivant le
14 juin, date à laquelle Ruffin et Valère sont nommés dans les an
ciens martyrologes ; la troisième était destinée à célébrer l'Assomp
tion de la Sainte Vierge, le 15 août.

Les trois processions suivaient le même parcours : de l'église on


descendait la route de Mazée où se trouvait un premier reposoir face
à la rue des Juifs, ensuite on empruntait toute la rue des Juifs, la
rue Saint-Roch avec halte au reposoir de la chapelle Saint-Roch, on
remontait vers la chapelle du Calvaire où était établi un troisième
reposoir, pour redescendre finalement à l'église.

Les habitants des quartiers traversés par les processions met


taient leur point d'honneur à fabriquer le plus beau reposoir. Cer
tains se levaient à 4 heures du matin pour aller couper des brancha
ges dans le bois et monter l'autel provisoire qui devait avoir la déco
ration la plus fouillée.

Ces manifestations de foi populaire ont été jugées anachroni


ques et ont malheureusement disparu, victimes des interprétations
abusives des décisions conciliaires récentes.

Quant aux fêtes, outre celles des saints patrons Ruffin et Va


lère, il faut signaler que dans le calendrier de l'Adoration perpétuelle
du diocèse de Namur, le jour attribué à la paroisse de Treignes est
le 28 novembre.

La plus grande fête religieuse qu'a connue la paroisse fut cer


tainement le congrès eucharistique de 1939. Préparé de longue date
par toute la population, cet événement fut célébré de manière gran
diose avec toute la pompe de l'époque, en présence de Monseigneur
Heylen, évêque de Namur. Des arcs de triomphe avaient été installés
à chaque entrée du village et une foule considérable suivit les offices
religieux.

L'enseignement religieux.

Pendant tout l'ancien régime, aux termes des lois canoniques,


l'enseignement religieux fut dispensé par les prêtres ou les marguil-

— 105 —
liers qui à Treignes étaient souvent prêtres. (1). Cet état de chose
perdura au-delà de l'indépendance du pays.
En 1879, l'instituteur et l'institutrice réclamèrent le pouvoir de
donner l'enseignement religieux. Le conseil communal, se confor
mant aux directives gouvernementales, décide que les cours de reli
gion seront donnés à l'église par le curé suivant l'avis de l'unanimité
des parents des élèves et prie par conséquent le corps enseignant de
laisser sortir les enfants des écoles après l'enseignement scientifique
et littéraire afin qu'ils puissent se rendre immédiatement à l'église
pour l'enseignement religieux. (2).
En 1880, nouvelle réclamation de l'instituteur Leclef pour ob
tenir l'indemnité allouée à la diffusion de l'enseignement religieux et
qui s'oppose à laisser partir les élèves après l'enseignement scientifi
que et littéraire. Le conseil communal répond catégoriquement que
cet enseignement religieux est donné à Treignes à l'église par le cler
gé le matin pendant la première demi-heure de la classe et l'après-
midi, pendant la dernière demi-heure et que tous les enfants des deux
sexes y assistent. (3).
En 1884, le conseil décide finalement que l'enseignement de la
religion et de la morale fera partie du programme de l'école com
munale et donné par les instituteurs. (4).

Pratique religieuse et confréries.


La vie de nos pères était véritablement marquée et même con
ditionnée par les fêtes liturgiques et leur cortège de cérémonies, mê
me si la ferveur n'était pas toujours très profonde.
La religion présidait à toutes les fêtes de la communauté et les
confréries s'honoraient de venir en corps prendre part aux grandes
solennités religieuses de la paroisse. Ces choses-là ont vieilli, disait
déjà le comte de Villermont à la fin du siècle dernier. L'esprit de
progrès a substitué aux anciens statuts chrétiens des statuts confor
mes aux principes dits de la société moderne. On a remplacé les
messes solennelles et l'assistance aux processions par le bal obliga
toire dont aucune restriction humiliante ne vient gêner les bachiques
éventualités. (5).

(1) A.E N. Treignes-Arch. eccl. Marguillerie - lettre du bourgmestre Jean Magotte è


l'archidiacre de Famenne. Voir aussi « Une Marguiiler'e au XVIII*1 siècle » par H.
Magotte - Le Guetteur Wallon - 1973 n" I.
(2) Arch. Com. de Treignes. Rég. des dél. du cons. com. du 9 octobre 1879.
(3.) Idem du 29 juin 1880. L'horaire de l'enseignement religieux permet aux élèves qui ne
sont pas de confession catholique de venir plus tard le matin à l'école et de la
quitter plus tôt l'après-midi. Circulaire du 15 août T846 du Ministre de l'intérieur
aux inspecteurs de l'enseignement primaire.
(4) Arch. Com. de Treignes. Rég. des dél. du cons. com. du 27 septembre 1884.
(5) C. de Villermont: Couvin et sa chatellenie-Namur Wesmael-Charlier 1876 - p. 300.

— 106 —
La croyance à l'existence des sorcières, des jeteurs de mauvais
sorts et de maléfices a subsisté longtemps dans la population. Le doc
teur Fernand Rase, neveu du curé Rase raconte qu'une fois pendant
les vacances qu'il passait au presbytère de Treignes, il fut réveillé
par une personne qui désirait absolument voir d'urgence Monsieur le
Curé. Son enfant était tenu, disait-elle. On lui avait jeté un sort, il
pleurait la nuit toujours à la même heure et ne se développait pas
bien. Le curé ne manquait jamais de se lever la nuit dans des cas
similaires. Il se rendit dans une pauvre masure. Il y faisait noir
comme dans un four. Le curé avait emporté un cierge bénit, du buis
et le récipient d'eau bénite. Le curé exorcisa l'enfant mais ne man
quait jamais à toutes occasions de reprocher aux parents leur indif
férence religieuse.
Les visites épiscopales ont toujours constitué un événement
important dans la paroisse. Un crédit spécial était même accordé par
le conseil communal. Ainsi celle de 1879 coûta la somme de 285,67
frs. (1).
Quant aux confréries, on relève dans les archives de la cure,
celle des fidèles trépassés qui existait en 1741, celle de Sainte Barbe,
dont Monsieur Hosteaux était président en 1938, celle de Saint Eloi
existant à la même époque, celle du Mont-Carmel dont la fête est
célébrée le 16 juillet, ainsi que celle de Saint Joseph fondée en 1871.
Toutes ces confréries sont tombées en désuétude.
Il y a lieu de citer également la mutuelle Sainte Thérèse fondée
vers 1927 et qui est toujours en activité.
Les jours de procession, on remarquait entre toutes, la bannière
de Sainte Thérèse magnifiquement brodée à la main par les Carmé
lites de Matagne-la-Petite. H. MAGOTTE.

Ancienne potale
(I) Arch. corn. Rég. des dél. du cons. com. du 17 octobre 1878.
— 107 —
Notes de toponymie namuroise

XL* Poilvache, à Houx,

Poitvache (en wallon : pwèlvatche), à Houx [D 22], ruine de


la plus formidabe forteresse de la vallée de la Meusee dont elle dominait
le cours, est situé à 7 km en aval de Dînant ; ce château-fort, « en
ruine depuis 1430, n'a pas manqué, en raison de son importance et
de sa situation pittoresque, de frapper l'imagination populaire pour
devenir dans le Namurois le château légendaire où les quatre paladins
[les Quatre fils Aymon] bravèrent la colère de Charlemagne ; d'abord
luxembourgeois puis namurois, il passait, à juste titre, pour un fort
mauvais voisin et pour cette ville [Dinant] et pour les terres liégeoises
du Condroz » (1). Poilvache donna son nom à tout un district qui,
semé d'enclaves liégeoises, s'étendait sur la rive droite de la Meuse, au
sud de la forêt d'Arche.

Le toponyme est cité depuis le XIIIe siècle ; en voici quelques


attestations :

XIIIe s. « Orta etiam his diebus contentione inter Johannem episcopum


et comitem Waleranum causa castri quod Smaragdus vel Pilans Vac-
ca (2) ab incolis terrae ilHus vocatur non longe distans a fluvio Mos2
et oppido Dyonanto » (A0 1238) Gilles d'Orval, dans MGH, Script.,
VII, p. 125.
1237 « Poilvache » Ann. Soc. avchéol. Namur, t. 21 (cité par Aug.
Vincent, Les noms de lieu de la Belg., p. 156).
1238 (orig.) « castri de Poilevache » Cartul. St-Lambett de Liège, I,
p. 401.

1243 « Poilevache » Ernst, Hist. du Limbourg, VI, p. 227.


1263 « Meraude son chastiaul que on nomme communément Poilvai-
che » Rev. de Numismatique belge, VI, p. 365.

1309 « la terre de Poylevache » Dd. Brouwers, Cens et Rentes Namur,


I, p. 292.

XIVe s. « Polevache » Chroniques de Jean d'Outremeuse, V, p. 414.


Pour l'interprétation du nom, il convient de citer ce qu'en dit
un contemporain (lro moitié du XIIIe siècle, Philippe Mouskes, dans
sa Chronique rimée, vers 29755 et suiv., éd. de Reiffenberg, I. p.
639 •

(1) F. ROUSSEAU, dans Mélanges... El. Legros, 1973. ,p. 404, 406. Pour la bibliographie,
cf. Em. BROUETTE, Topo-bibliographie de la prov. de Namur, 1947, p. III.
(2) GOD. KURTH. La frontière ling. I. p. 375, corrige en Pilans Vaccas ; certes l'accu
satif serait plus attendu, mais dans les toponymes du type Chanteraine, le nom est
au vocatif ; cf. J. Feller, Les noms de lieu du type « Crève-cœur », dans Bull. Comm.
Topon. Dial., 6, 1932, p. 187-196.

— 108 —
Mais par convenance et ban Si l'apeloient par corine
Remest par deviers Waleran Poilevaque, et par grand haine
Poilevake, li fors castiaus, Pour çou que devant leur estaces
Ki silla mices et gastiaus. Prendoient lor pors et lor vaces
Li duc de Lembore l'ot jremé Et trestoute lor autre proie.
Ses pères et bien acesmé Par itant l'uns a l'autre proie
Et s'el fist nommer Esmeraude, Qu'Esmeraude soit apielés
Mais la gent enviouse et baude, Poilevake d'aus en tous lés.
Cil de Hui et cil de Dinant, Mais en la tiere Waleran
Ki la entor ièrent manant Très çou qu'il fut fondés par ban
Le tenoient a mal voisin Fu il Esmeraude nommés :
Ne n' el prisoient i roisin, Enci est li castiaus remés. (1).

■:■.

Que signifie le toponyme ? Au premier abord, on interprète


Poilvache pat « pille (les) vaches (du voisin) », d'autant plus volon
tiers que cette explication concorde avec ce qu'on disait au XIIIe siè
cle ; aussi est-ce cette glose que l'on trouve dans G. KURTH, loc.
cit., Aug. VINCENT, op. cit., p. 157, Alb. CARNOY, Origines des
noms des communes... p. 549, Alb. HENRY, Testi walloni. p. 85.
Mais ni les formes anciennes, ni w. pwèlvatche ne conviennent à
fr. piller ; ajoutons que fr. piller « dépouiller quelqu'un de ce qu'il a,
les armes à la main » n'est attesté que depuis le XIVe siècle : W. von
Wartburg, Franz. Etymol. Wôrterbuch, 8, p. 499 b.
Sans aucun doute, Poilvache ne peut convenir qu'à lat. pilare
« peler », d'où « enlever le poil ou la peau, plumer, tondre, écorcher »,
cf. le FEW, 8, p. 488 a. Il y a plus de cinquante ans que les dialecto-
logues wallons ont adopté cette explication ; J. FELLER, Note sur
l'origine de Poilvache, dans Bull. Soc. verviétoise archéol. et hist., 14,
1920, 2" fasc, p. 493-495 ; Aug. BAYOT, dans Bull. Comm. Topon.
Dial., 10, 1936, p. 266 ; J. HAUST, ibid., 16, 1942, p. 299 ; El.
LEGROS, dans Mélanges... EL Legros, 1973, p. 40 ; c'est du reste
celle qu'adoptait Aug. VINCENT lui-même, Topon. de la France,
1937, p. 187, pour Petlevoisin et Pelleouaille.
Poilvache rentrerait ainsi dans la série bien étoffée des toponymes
wallons hwèce-vatche, hivèce-vê (écorche-vache, écorche-veau), hîre-
vatche (déchire-vache) qui désignent des endroits exposés au vent
violent qui « écorche » les bêtes en pâturage (2).
Faut-il en conclure que Poilvache est simplement le nom de pareil
le hauteur et n'a rien à voir avec des expéditions de pillage ? El. Legros,
dans Mélanges... El. Legros, 1973, p. 40, pencherait vers cette solu
tion : « Poilvache... plutôt que de représenter un nom de défi de

(1) Cf. dans la Chronique de Floreffe (1462-1463), éd. de Reiiffenberg, Monuments pour
servir à l'histoire des prov. de Namur, de Hainaut et de Luxembourg, p. 81, à propos
de Marie d'Artois, comtesse de Namur :
Celle damme, en son vesvé, Par sa bonne gouverne et grâce,
Gouverna moult bien le comté Une fortresse moult gaillarde
De Namur ; s'acquist Poillevace, Qu'on soloit nommer Esmerade.
(2) Cf. encore: 1436 «aile ovra^ge [de charbonnage] en cortil Poilhweal » R. VAN
DER MADE, Invent., chartrier des Guillemins de Liège, p. 128.

— 109 —
hobereau féodal, pourrait être un de ces noms de hauteurs battues par
les vents ; plume-coq, écorche-veau... ». Pour notre part, nous hésite
rions fort à écarter le témoignage du contemporain Philippe Mouskes ;
nous croyons qu'il y a moyen de concilier les deux explications. Poil-
vache (écorche-vache) serait bien un surnom donné au château par les
Liégeois qui souffraient des razzias du seigneur, mais le surnom aurait
été formé sur un type toponymique traditionnel ; la figure « écorcher »
peut s'appliquer aussi bien au pillage du bétail qu'à l'action du vent
violent sur la peau.

Nous relevons ici d'autres mentions de Poilvache dans la topo


nymie belge ; certaines proviennent de transfert du toponyme de
Houx ; d'autres peuvent en provenir.
A Mozet [Na 98] : « chemin de Poilvache », qui reliait direc
tement les forteresses de Samson et de Poilvache : R. BLOUARD,
Mozet, 1939, p. 97 et note.
A Faulx-Les-Tombes ( [Na 99] : « Poilvache », dans le domai
ne d'Arville : ibid., et R. BLOUARD, Mont-Ste Marie, p. 33.
A Rance [Th 62] ; « champ Poilvache », etc., depuis 1608 :
Bull. Comm. Topon. DiaL, 10, 1936, p. 266.
A Tellin [Ne 7] : « Poilvache » carte militaire.
A Juprelle [L 23] : XV" s. « à pelle vaixhe [lire : vaiche] »
Arch. Etat Liège. St-Christophe, reg. 2, fol. 135 v° ; 1533 « Rogier
de Poilvache » ibid., Cathédrale, reg. 745, fol. 102.
En pays flamand, à Dormaal (prov. de Brabant) : XIVe s.
« Poelvaetse » A. WAUTERS, Canton de Léau, p. 78 1).

XLL Loyabe, La Hiaupe*

L'origine de ce toponyme ne pose pas de problème, mais il peut


n'être pas sans utilité de le documenter et d'en rappeler l'étymologie.
Le lieu-dit est bien attesté dans la province de Liège, aux environs de
Huy (Ampsin, Ben-Ahin), à Sprimont, etc. Pour la province de Na-
mur, nous disposons des mentions suivantes :
à Evrehailles [D 8] : « a loyaube » cadastre ;
à Maffe [D 33] : « cour de Loyable », relevant de Durbuy : Le Pays
gaumais, 23, 1962, p. 67-68 ;
à Flawinne [Na 73] et Belgrade [Na 74] (commune détachée de
Flawinne) : w. l'ayaube ; XIVe s. « L'ailarbre », XVe s. « L'allau-
be », XVIe s. « L'aliarbe », 1662 « L'ayarbe », « L'ayable », « L'ay
aube » Le Guetteur wallon, 1926, 25 avril, p. 63 ; « La Haube » ca
dastre ; « La Hiaupe » Dictionn. des communes par Guyot.

Un « Jehan Polevaque » est cité en 1312 dans R. DEBRIE, Répertoire des noms de
personnes de la région d'Amiens ; un « Frankins Poilenavial » (pèle-navet), en 1289,
dans Dd. BROUWERS, Cens Rentes Namur I, 2e p., p. 41.

— 110 —
L'explication est simple ; c'est, avec agglutination de l'article
dans Loyabe, le nom d'arbre w. nam. ayaube « érable » ; le terme est
devenu archaïque et est remplacé par le néologisme w. étâbe (adapta
tion du français) à côté de w. bwès d'pouye (proprement : bois de pou
le), cf. L. Léonard, Lexique namurois, p. 57.
Sur le terme, lat. acerabulus, cfr. W. von Wartburg. Franz.
Etymol. Wôrterbuch, 24, I, (1973), p. 99-100, et J. Haust, Dictionn.
fr.-liégeois, v° érable ; on notera la forme hutoise doyâ qui provient
de (bwès) d'oyâbe. Le toponyme est bisn expliqué par Alb. Garnoy,
Origines des noms des communes..., p. 317, mais se basant sur une
forme fautive « La Hilpe » et méconnaissant le dialecte, H. Dittmaier,
Das-Apa-Problem, 1955, p. 30, veut y voir un hel-apa.
Jules HERBILLON.

ANNIVERSAIRES
UN PEINTRE DU XVIe SIECLE : J. PATINIER
La Ville de Dinant et la Société des amis de l'art de Wallonie, commission
artistique de la Fondation Charles Plisnier, commémoreront ensemble, le ieudi 21
novembre 1974, le 450e anniversaire du décès de l'illustre peintre dinantais JOA-
CHIM LE PATINIER né à Dinant vers 1470, décédé à Anvers quelques semaines
avant le 16 juin 1524.
Après un dépôt de fleurs au monument de Patinier, une séance académique
aura lieu à l'Hôtel de Ville de Dinant sous les auspices des autorités communales.
M. André Piron décrira l'importance de Joachim Le Patinier dans l'histoire de la
peinture et la valeur de son art. Les principales œuvres du maître seront montrées
en couleurs sur l'écran.

UN COMPOSITEUR DU XIV<> SIECLE : G. DU FAY


La Fondation Charles Plisnier par sa commission artistique : La Société des
amis de l'art de Wallonie est en pourparler avec les autorités communales de la
Ville de Soignies pour la commémoration prochaine à Soignies du 500e anniversaire
du décès de l'illustre compositeur Guillaume DU FAY né à Soignhs vers 1399,
décédé à Cambrai en 1474. Voir : d'Albert LOVEGNEE, Soignies lieu de naissance
de Guillaume Du Fay. Liège, 1974, éd. Fondation Charles Plisnier. Commission
artistique S.A.D.A.W.

AVIS IMPORTANT
En raison de l'augmentation croissante des charges diverses et en .particulier des frais
d'impression de la revue, le Conseil d'Administration a décidé de majorer comme suit
le montant des cotisations pour 1975 :
Cotisation ordinaire : 300 Fr.
Cotisation de soutien : 500 Fr.
à verser au C.C.P. n° 000-0505262-86 de SA'MBRE ET MEUSE — LE GUETTEUR WAL
LON, 5000 NAMUR. Avant le 3 1 mars 1975.
Passé cette date, les membres, non en règle après un rappel, ne recevront plus la
revue.

Les membres qui ont déjà versé, pour 1975, une cotisation inférieure sont priés
d'effectuer un versement complémentaire.
Nous espérons que nos aimables lecteurs comprendront le bien-fondé de ces déc'-
îions. Nous les en remercions d'avance.

— 111 —
Comptes Rendus.
FOLKLORE DE BELGIQUE.

Guide des manifestations et des musées. Groupe Clio 70. Bruxelles. Difédit, 1974.
286 pages, nombreuses illustrations.

Le groupe Clio est « un groupe de recherche et de communications histori


ques » qui travaille sous la direction du professeur A. d'Haenens de l'U.C.L.

En avant-propos, le directeur précise que ses collaborateurs occasionnels « ont


voulu simplement mettre à la disposition de tous un inventaire descriptif des mani
festations spectaculaires cycliques et des musées consacrés, entièrement ou en
partie, à la vie populaire de notre pays ».

L'ouvrage se présente donc comme un catalogue, où après une Introduction


due à J.M. Pierret qui explique ce qu'il faut entendre aujourd'hui par « Fol
klore », on trouve dans l'ordre alphabétique des localités, les manifestations qui
s'y déroulent et pourraient intéresser le touriste. La seconde partie est consacrée
aux Musées et Collections de Folklore. Enfin, un Index analytique ainsi qu'un
Calendrier des cérémonies terminent le volume.
L'ouvrage ainsi conçu, d'une utilisation aisée, peut rendre de grands services
à ceux qui, en cette année consacrée au Folklore, désirent mieux connaître les
réjouissances collectives de leur pays. Quant aux différents articles, ils ont été
rédigés « en quelques mois », la plupart du temps à la suite d'une enquête auprès
des syndicats d'initiative ou auprès des administrations communales ; il en résuit;
qu'ils sont d'inégale valeur, malgré la bonne volonté des collaborateurs. On y
relève des imprécisions, des omissions, voire des erreurs. Ainsi, page 22, parmi
les revues de folklore citées, pourquoi avoir omis Le Folklore brabançon qui a
réuni une documentation considérable pendant plus de vingt-cinq années. Comme
exemple de bibliographie par province on cite le Catalogue de l'exposition d'art
religieux du Luxembourg, St-Hubert, 1958. Mais on ignore La Bibliographie du
Folklore luxembourgeois de Louis Gueuning, parue dans le Bulletin Trimestriel
annexé aux Annales de l'Institut archéologique du Luxembourg, lne année, n° 2,
1925, 46 pages. Et pour le Namurois : A travers le Livre, l'Art populaire et le
Folklore au pays de Namur. Maison de la Culture, 1972, 37 pages ; et surtout Le
Folklore et les Folkloristes wallons de F. Rousseau, paru en 1921, où sont re
censés 1380 numéros ! Sans doute, l'intention des auteurs n'était pas d'être cx^au:-
tifs à ce point de vue, mais il y a une échelle de valeurs.
Au sujît des « marches militaires », il suffisaft de recourir à l'ouvrage de
Clocherieux, G. Thibaut et L. Sainthuile : A l'heure des tambours et des fifres.
On le cite, mais il semble n'être connu que de seconde main. Dire que les escortes
armées assuraient la sécurité des processions, c'est satisfaire notre logique ac
tuelle, mais au XVIe et XVIIe s. lorsqu'il y avait du danger, les reliques étaient
mises en sécurité et on ne les sortait pas. Il ne faudrait plus confondre garde
de protection et garde d'honneur ! Dire que les compagnies qui accompagnent la
procession de sainte Rolande sont revêtues d'unijformes du Premier et du Second
Empire est exagéré. C'est encore l'une des « marches » où l'on en voit le moins !
Quant à la mâchoire de la sainte gerpinnoise, elle est renfermée dans un reli
quaire en argent et non dans une châsse. Au sujet du grand feu de Bouge, il a
lieu le 1er dimanche de la quadragésime appelé « dimanche du grand feu ». Les
brandons sont tout autre chose : ce sont des feux individuels transportés par des
jeunes gens à travers les vergers pour obtenir de bonnes récoltes de fruits. (Voir
Doppagne, Legros et Pinon). Jambes-lez-Namur a été oublié et cependant depuis

— 112 —
plusieurs années, la « Frairie des Masuis et Cotelis jambois » forme un groupe
fort sympathique de danseurs.

Que l'Université se décide à publier des catalogues ou des ouvrages de vul


garisation, très bien ; mais il conviendrait de ne pas sacrifier la rigueur scientifique
au rythme actuel de la vie !

Corinne HOEX. Saint Walhère. Culte-Vie-lconogxaphie. Collection Wallonie,


Art et Histoire, n° 21. Chez Duculot à Gembloux. 66 pages, seize illustrations dont
trois en polychromie, une carte hors-texte.
Les membres de « Sambre-et-Meuse » qui ont assisté à l'assemblée générale
de janvier dernier et ont entendu la conférence très documentée de Mme Hoex
sur les saints populaires namurois protecteurs du bétail seront heureux d'apprendre
la sortie de presse de ce livre. Le culte de saint Walhère d'Onhaye, que l'on
appelle parfois, à tort selon l'abbé Janus, saint Vohi ou Wohi, s'étend surtout
dans le Namurois et dans quelques villages des provinces voisines. L'auteur a mené
son enquête dans 136 paroisses. Elle analyse l'iconographie du saint, représenté
souvent avec une rams, qui ressemble plus à une bêche et qui fait allusion à
l'arme de son martyre ; il est représenté aussi au milieu d'animaux domestiques,
parce que, selon sa légende, les chevaux attelés au chariot qui devait le conduire à
sa dernière demeure, refusèrent d'avancer ; il fallut atteler deux génisses blanches,
laissées sans guide qui s'arrêtèrent au lieudit Bon-Air, à Onhaye, révélant ainsi
la volonté du saint d'être inhumé à Onhaye ; enfin on l'honore aussi pour être
soulagé des maux de tête, car c'est à la tête qu'il fut mortellement blessé. Sa
fête se célèbre le 23 juin et attire toujours une foule de pèlerins. Une bibliographie
dite sommaire, mais très complète, termine ce beau volume..

: .: 11
André DULIERE. Visages namurois. (1693-1970). Un volume de 220 pages, illustré,
des Presses de l'Avenir, 1974. 320 Fr.

Après nous avoir donné : Les Fantômes des rues de Namur (1956) et Pierre
Darrigade, chirurgien aux armées de la Révolution (1972), A. Dulière, infatigable
ment, nous présente quatre « visages namurois », dont deux sont probablement in
connus d'un grand nombre : J.-A. Romagnesi et Félix Ravaisson, et plus proches
de nous, François Bovesse et Arthur Masson.

L'auteur répond lui-même à une objection qui vient tout naturellement à l'es
prit : ce rapprochement n'est-il pas insolite ? Non ! car ces quatre namurois sont
tous des écrivains, professionnels ou amateurs. « Unité du sujet », relative ; mais
« unité de méthode pour cerner chacun d'eux » et ici, nous r .'pondons : oui ! et
cela pourrait suffire de justification.

L'œuvre de Romagnesi est uniquement théâtrale, celle de Ravaisson est philo


sophique et archéologique, celle de François Bovesse est extrêmement variée, celle
d'Arthur Masson est essentiellement romanesque. Les deux premiers ont quitté très
tôt leur ville natale, tandis que les deux autres ont trouvé le meilleur de leur inspi
ration dans l'amour du terroir.

Romagnesi fut baptisé en l'église Saint-Jean-l'Evangéliste le 15 avril 1693. Il ne


séjourna guère à Namur. Orphelin de père à sept ans, il fut accueilli par son oncle
à Paris, joua la comédie et écrivit de nombreuses pièces, peintures souvent carica
turales d'une époque frivole. Romagnesi fut « le chantre d'un aimable libertinage
qui faisait oublier les misères du temps ».

Félix Ravaisson est né à Namur en 1813 et est mort à Paris en 1900. Son

— 113 —
père Ambroise, né en 1782 quitta sa ville natale du Quercy pour s'installer à Paris,
comme employé de poste. Il y épousa Pauline Mollien, apparentée au ministre du
Trésor. Il arriva à Namur avec le titre de trésorier-payeur pour le département de
Sambre et Meuse, en 1811 probablement. Félix Ravaisson ne vécut que quelques
mois à Namur ; ses parents fuirent devant l'avance des « Alliés », dont les pre
miers entrèrent dans notre ville le 24 janvier 1814.
Le jeune Ravaisson fit de brillantes études au Collège Rollin à Paris, puis il
s'adonna à l'art pictural dans le sillage d'Ingres et s'engagea ensuite sur le terrain
philosophique.
A. Dulière, on l'a dit, justifie son choix par l'unité de méthode et c'est vrai !
Mais en quoi consiste-t-elle cette méthode ? A travers l'analyse des œuvres, c'est
l'auteur qu'il s'agit de découvrir dans l'intimité de ses pensées, de ses dilections, de
sa quête de l'inifini, de l'absolu. Mais es n'est pas seulement Romagnesi, Ravaisson,
Bovesse et Masson que l'on apprend à mieux connaître, c'est A. Dulière lui-
même qui se livre au lecteur attentif.
Déjà l'enfant pose, à sa manière, le problème éternel qui se formule ainsi :
qu'y a-t-il au-delà des apparences sensibles ? au-delà de ce mur où siège la méta
physique ? Toutes les réponses possibles ont été proposées. L'une d'elles nous sa
tisfait-elle ?
Voilà un ouvrage qu'on lit avec plaisir parce qu'il est bien écrit, parce qu'il est
édifiant, et on se promet de le relire tant sont nombreuses les réflexions et les cita
tions qui méritent qu'on s'y arrête et qu'on les médite. Jh. R.
Jean-Louis VAN BELLE. Braine-k-Château. Coll. « Wallonie, Art et Histoire »,
n° 22. 72 pages, 16 planches hors-texte dont 3 en polychromie.
Ce petit livre se veut une monographie d'un village en roman pays de Brabant
où le passé a léguS de multiples témoignages. Il est rare, en effet, de rencontrer
en un territoire aussi exigu autant de monuments d'où émergent : le pilori, le châ
teau féodal, la maison du Bailli, le moulin banal, devenu musée de la meunerie, etc..
Il tente non seulement de faire le point des connaissances relatives au passé de ce
coin de pays aux marches de la francophonie, mais encore de situer dans son con
texte historique cet ensemble étonnant de témoignages du passé.
Christiane PIERARD. L'architecture civile à Mons, XlV-XXe siècles. Coll. « wal-
lonie, Art et Histoire », ri" 23. 72 pages, 16 illustrations, dont 3 en polychromie.
Ce petit livre a le mérite de tracer les lignes générales de l'évolution stylistique
de l'architecture civile dans une ville d'importance moyenne au niveau des Pays-
Bas ; mais qui fut capitale du comté de Hainaut puis de la province. De l'architec
ture en bois, si importante au Moyen âge, il ne reste pas de vestiges apparents ;
par contre l'architecture gothique en pierre a laiss; des exemples importants (XVe-
XVI" s.) tandis que la Renaissance classique a laissé peu de traces, s'étant rapide
ment muée en baroque ; cette période a été très féconde et les bâtiments qui illus
trent ce style sont nombreux et originaux (beffroi). Dès le XVIIP s. apparaît l'influ
ence française due à l'occupation par Louis XIV ; cette influence va se traduire dans
un style local adapté aux matériaux et aux goûts des Montois, avec un retard chro
nologique de 25 à 50 ans sur le modèle de France, qu'il s'agisse de style Louis XIV,
Louis XV ou Louis XVI. Le XIXe et le XXe s. sont passés rapidement en revue et
un paragraphe est consacré à l'architecture militaire qui a laissé d'intéressants ves
tiges dans cette ville qui fut une des places-fortes les plus réputées des Pays-Bas.
Madeleine FOUSS. La vie romaine en Wallonie. Coll. « Wallonie, Art et Histoire »,
n° 24. 64 pages, plus 19 illustrations dont 3 en polychromie.

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La vie romaine en Wallonie s'adresse aux profanes curieux de l'archéologie
et peut servir d'initiation à la connaissance d'un passé encore trop ignoré. Pourtant,
celui-ci se révèle à nous par la toponymie, par des fouilles parfois spectaculaires,
souvent modestes et austères, et par des objets de musée dont la conception fonc
tionnelle aussi bien que la beauté de la forme nous étonnent.
Ce petit ouvrage présente un éventail de trouvailles recueillies au cours de
fouilles poursuivies pendant plus d'un siècle aux quatre coins de la Wallonie.
Le lecteur découvrira, avec surprise parfois, la richesse archéologique d'une
région qu'il croyait bien connaître et tel paysage familier se chargera désormais
d'une signification beaucoup plus profonde.
La vie romaine en Wallonie intéressera tout particulièrement les enseignants
chargés d'introduire l'étude de l'histoire par une exploitation de leur milieu naturel.
Ils trouveront, au fil des chapitres, de nombreux renseignements qu'ils pourront
utiliser dans leurs cours.

Josy MULLER. Bouillon, Duché-Ville-Château. Coll. « Wallonie, Art et Histoire »,


n° 25, 64 pages, illustrations et plans en hors-texte.

Au cours du moyen âge est née une petite principauté indépendante jusqu'à
la Révolution française : le duché de Bouillon. Il est issu, ainsi que la ville du
même nom, de son château, le plus grand château féodal de Wallonie, très impor
tant point de passage fortifié entre la haute et la basse Lotharingie, entre la
Lorraine et la Wallonie. Ce livre décrit l'origine, la construction et les fonctions
de ce château d'où sont nés la ville et le duché de Bouillon.
Chaque volume de la Collection peut être obtenu en s'adressant aux Presses
de Belgique, 25, rue du Sceptre, 1040 Bruxelles, ou dans les librairies, au prix de
90 Fr.

MELANGES DE FOLKLORE ET D'ETHNOGRAPHIE


dédiés à la mémoire d'Elisée Legros.
publiés par le Musée de la Vie Wallonne. Liège, 440 pages, 100 illustrations (1)

Cet important ouvrage remarquablement illustré représente l'hommage des


folkloristes wallons au grand maître liégeois qui nous a quittés voici quatre ans
déjà. Plus de vingt articles abordant des domaines très variés font de ce volume
aux multiples aspects un livre très attachant. Comme l'ont souvent mis en relief
avec raison les études et publications d'Elisée Legros (dont nous trouvons en
appendice une bibliographie complète), le folklore recouvre maintes disciplines. Une
preuve évidente en est encore apportée ici. Citons, à ce sujet, quelques titres signi
ficatifs : « La clouterie à la main dans la région de Ham-sur-Heure » (Willy Bal)
— « Pays lointains et imaginaires dans la tradition wallonne » (Jules Herbillon) —
« Les formes à beurre du Musée de la Vie Wallonne » (Léon Dewez) — « Mots
latins en borain » (Pierre Ruelle).

D'autres chapitres aux intitulés insolites étonneront peut être agréablement le


lecteur : « Géographie du baiser » (André Goosse) ■— « La colombophilie dans
quelques communes du Centre » (Robert Dascotte) — « Météorologie et littéraiture
populaire... veaux de mars et biquets d'avril » (Jean-Marie Pierret) — « Cafama,
cafouma... curieuse dénomination du jeu de colin-maillard » (Roger Pinon).

On accordera une attention toute particulière aux articles destinés à approfondir


et à couronner en quelque sorte des recherches antérieures. Ainsi celui de Maurice
Piron sur « L'origine italienne du théâtre liégeois des marionnettes » s'inscrit natu-

— 115 —
Tellement à la suite de son étude sur « Tchantchès et son évolution dans la tradi
tion liégeoise » (2) ; l'auteur y esquissait déjà un parallèle entre marionnettes
liégeoises et marionnettes siciliennes. Une enquête précise et détaillée portant sur
ces liens de parenté nous conduit dans le vaste domaine italien des « pupi » et
permît d'établir avec certitude l'origine et les jalons de la filiation existant entre
les marionnettes italiennes et leurs proches cousines du quartier d'Outre-Meuse.
D'autre part, Joseph Roland dont on connaît les recherches ethnographiques et
historiques sur les « Marches Militaires » (3) se penche sur un phénomène qui
frappe actuellement bien des gens : les mutations que subissent les manifestations
folkloriques. En suivant essentiellement l'histoire des « Escortes armées » et ce,
pendant sept siècles, l'auteur nous montre en se penchant sur de nombreux exem
ples concrets que cette évolution existait déjà autrefois mais à un rythme moins
rapide qu'aujourd'hui. Ses conclusions objectives et réalistes mettent en lumière
les causes de l'engouement actuel dont les marches militaires sont l'objet dans nos
régions.

Les folkloristes namurois sont bien représentés dans ces Mélanges et, tandis
que Félix Rousseau nous livre le résultat de ses recherches sur la valeur docu
mentaire des « Légendes de la Meuse » de Henri de Nima!, Jacques Beckman nous
entraîne dans les arcanes ensorcelés des « ...Grimoires et trésors cachés à Malmé-
dy et à Marbais, au XVIIP' siècle ».

Le même ouvrage contient également un « Hommage à Elisée Legros »


d'Edouard Remouchamps, directeur du Musée de la Vie Wallonne ainsi qu'un
émouvant portrait du grand savant dû à Louis Remacle. Ce dernier souligne le
dynamisme et la rigueur scientifique de celui qui a représenté la dialectologie et
le folklore wallon avec une autorité indiscutable.

Enfin sur le plan pédagogique, on s'attachera à un article de grande valeur du


défunt : « A l'école du dialecte ». Il s'agit d'une leçon donnée par E. Legros à
l'Ecole Normale d'Andenne en 1948 (dont le texte n'avait pas été publié jusqu'ici).
Un exposé n'ayant jamais cessé d'être actuel et dont pourrait tirer grand profit
bien des établissements d'enseignement.

En résumé, un ouvrage de haut niveau scientifique... et qui dépasse de loin


les livres rédigés et publiés à la hâte à l'occasion de l'année du folklore.
J. Willemart.

E. POUMON, auteur de « Les châteaux de Wallonie » dont nous avons rendu


compte dans le n° 1 de 1974, page 40 nous prie d'apporter les corrections suivan
tes à son ouvrage :
Mielmont (à Onoz, près de Namur) Au sud de Gembloux-Aux comtes de
Beaufort - Mobilier ancien, collections.
Modave (prov. de Liège) Au sud de Huy sur le Hoyoux. en Condroz - Mobilier
ancien, collections, parc. A la Cie intercommunale bruxelloise des eaux.

C'est dommage que ces rectifications n'ont pu être introduites avant la diffu
sion.

(1) Ce volume forme également le T. XII des Enquêtes du Musée de la Vie Wallonne
n° 133-144, 1969 à 1971 ; il peut être acquis au Musée, Cour des M;ne-jrs à Liège
(540 frs) - C.C.P. 1240.04.
(2) Mémoire couronné par l'Académie Royale de Belgique, Bruxelles, 1950.
(3) Escortes armées et marches folkloriques, Commission Royale Belge de Folklore,
Collection Folklore et Arts populaires de Wallonie, Vol. IV, Bruxelles, 1973.

— 116 —
les
Bons d'épargne
CGERB
ça rapporte!
CAISSE GENERALE D'EPARGNE ET DE RETRAITE

Agence de Namur : rue de l'Ange, 2.


Agence d'Andenne : Place des Tilleuls, 50.
Agence de Gembloux : Grand Rue, 21.
Agence de Tamines : rue de la Station, 10.
Agence de Salzinnes : rue Patenier, 73.
Vépargne au

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Ilir I,. BOI «l>«il I-Cil-BLl.K - VINAXT

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