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Module : Sémiotique narrative

Semestre 6
Année universitaire 2020 / 2021
Filière : Etudes françaises
Professeure Zahra CHELLAT
Faculté Polydisciplinaire Errachidia

Cours de sémiotique narrative


I. Repères historiques
Fondée entre la fin de XIXe et le début de XXe siècle, la sémiotique vient du grec
“Sêmein“ qui veut dire signe.
Il s’agit d’abord, d’un terme de médecine désignant l’étude des symptômes.
La sémiotique est une manière de pratiquer les sciences de l’Homme, un ensemble de concepts
et de références qui, depuis le début du XXe siècle, marque les études littéraires, linguistiques,
anthropologiques, philosophiques et esthétiques.
Elle tend à traiter ces disciplines comme des parties d’un tout offrant, malgré les différences
une certaine cohérence.
L’objet empirique de la sémiotique est le produit signifiant et tout système de signe :
texte, image, production, multimédias, les signaux routiers, la vie quotidienne… C’est-à-dire
ce qui véhicule du sens. Donc l’objet d’étude constitue une unité faite de formes signifiantes et
des contenus.
La réalité du sens est liée à l’esprit humain, au langage et aux autres moyens de communication
qui font que les êtres humains partagent des idées, des émotions et des interprétations.

1. sémiotique et Sémiologie
Le terme « sémiologie » désigne la science des signes, il a été créé par Émile Littré. Pour
lui la sémiologie se rapportait à la médecine. Il a ensuite été repris et élargi par F.Saussure pour
qui la sémiologie est : « la science qui étudie la vie des signes au sein de la vie sociale. » Cours
de linguistique générale, p33.
Cette définition sera progressivement étendue pour devenir une science générale de la
communication.
Le terme « sémiotique » a été inventé par Charles Sanders Peirce, quelques années auparavant
recouvrant la même idée.
La nuance qui existe entre sémiotique et sémiologie est la même que celle qui est entre
phonétique et phonologie. Une nuance entre la science de la substance est celle de la forme.
Pour Benveniste, la sémiotique désigne le mode signifiance qui est propre au signe linguistique
et qui le constitue comme unité. (Problèmes de linguistique générale, p64-65).

2. Les deux grands courants sémiotiques


C’est à Peirce (1839-1914) et à Saussure (1847-1913) qu’il revient d’avoir fondé la sémiotique
moderne. L’originalité de Saussure est qu’il a pensé la sémiotique à partir de la linguistique. En
revanche, la sémiotique de Peirce est inséparable de l’ensemble de sa philosophie. Les deux
fondateurs de la sémiotique, à peu près à la même époque mais indépendamment, chacun a
donné naissance à l’un des deux courants principaux. Ces deux auteurs contemporains, on les
oppose en raison de leur conception de signe abordé sous un angle différent : Saussure est un
linguiste et Peirce est un mathématicien, physicien et philosophe. D’un côté nous avons une
théorie linguistique, de l’autre une théorie de la connaissance.

 Le signe chez Saussure


Saussure décompose le signe linguistique en deux faces :
- Signifiant l’image acoustique le contenant la forme.
- Signifié le concept le contenu le sens du signe.

 Le signe chez Peirce


Peirce propose une structure triadique :
1- Representanem le signifiant
2- L’interprétant le signifié
3- L’objet le référent.

3. L’histoire sémiotique greimassienne


Il existe plusieurs théories sémiotiques associées à des noms célèbres, Saussure, Peirce,
Hjelmslev, Barthes, Jakobson, Mounin…
La sémiotique française et généralement européenne s’est formée dans les années 50 et 60 à la
rencontre de la linguistique (Barthes et Greimas) de l’anthropologie (Levi-Strauss) et de
différents courants formalistes, les uns issus de la critique littéraire et les autres de la logique
mathématique.

 Hjelmslev : Expression et contenu


En 1943, le linguiste Danois développe la glossématique qui reprend le développement de
signe chez Saussure pour l’intégrer à une représentation plus large du fonctionnement de la
langue.
Hjelmslev voit la langue comme étant une mise en forme conjointe d’unités sur le plan
conceptuel (la pensée, les idées) et sur le plan phonique (les sons).
Le signifiant et le signifié saussuriens correspondent à peu près chez Hjelmslev à la forme
de «l’expression » et la forme du « contenu ». La relation de solidarité qui existe entre ces deux
formes est la fonction sémiotique.
La relation de solidarité qui existe entre ces deux formes est la fonction sémiotique.

 Greimas, La sémantique structurale


Un linguiste, sémanticien et sémioticien d’origine lituanienne (Russie) et d’expression
française, fondateur de la sémiotique structurale d’inspiration saussuro-Hjelmslevienne. La
sémantique structurale est l’ouvrage fondateur de la théorie sémiotique publiée en 1966 dans
lequel Greimas reprend le postulat d’Hjelmslev sur lequel il s’appuie pour construire les
fondements d’une sémiotique structurale qui est une théorie de la signification ayant pour but
la description de la structure du plan de l’expression (signifiant).
La sémiotique greimassienne est l’un des grands courants sémiotiques modernes,
développée en France à partir du groupe de recherches en sémio-linguistique appelé : École de
Paris.

 Théorie sémantique d’Umberto Eco


Eco présente une théorie œcuménique où il inscrit les propositions de Peirce sur le signe dans
un dialogue avec la réflexion philosophique.

 Barthes ou la sémiologie de la signification


Héritier de Saussure (1915-1980) et de Hjelmslev, il se détache des prétentions de Greimas pour
constituer ce qui s’apparente plus à une esthétique principalement littéraire mais également
socio-discursive.

 Propp : Origine de la sémiotique narrative


Propp (1895-1970) inaugure l’analyse structurale de conte. Il fonde la morphologie du conte
sur un corpus de contes traditionnels russes. Il s’attache à repérer le jeu des “variables“ (noms
et attributs des personnages) et des “constantes“ (les fonctions qu’ils accomplissent).
Il conclut que le conte merveilleux a une structure unique. Il établit une liste de 31 fonctions
qui s’enchaînent dans un ordre identique même si elles ne sont pas toutes présentes. Ce qui
change ce sont les noms et non pas les actions et les fonctions.
Propp considère que ce sont les fonctions des personnages qui remplissent le rôle des
constantes dans une morphologie du conte.
La principale objection de Greimas vis-à-vis du modèle morphologique de Propp est liée à la
dénomination des fonctions. Greimas propose d’utiliser la notion d’actant qui permet
d’indiquer la simple valeur syntaxique des éléments.
Il distingue l’actant sujet et l’actant objet. La relation qu’entretiennent deux actants sera dite «
jonction » :
- Si elle est positive elle sera dite conjonction : S ∩ O
- Si elle est négative, elle sera dite disjonction : S U O

Exemple :
- Je mange du pain.
- Je suis fatigué.
- J’ai soif.

Les exemples cités supra sont considérés comme états de conjonction, c'est-à-dire la relation
(sujet / objet) est conjonctive. Elle est décrite narrativement par la formule suivante : S ∩ O

Exemples :
- elle n’a pas peur.
- Elle n’a pas de voiture
- Ils ne partent pas

Ces exemples sont des états disjonctifs et la relation (sujet / objet) est disjonctive. Elle est
décrite narrativement par la formule suivante : S U O

L’énoncé : elle n’a plus de voiture : présuppose qu’elle avait une voiture mais qu’une
action a été entreprise et qui l’en a privé. Ce n’est plus un état mais deux :
L’état 1 : état initial de conjonction avec la voiture.
L’état 2 : état final de disjonction avec la voiture.

En sémiotique greimassienne, on dira qu’entre ces deux états il y a transformation. Il s’agit


d’un énoncé de faire.

L’énoncé : il est mort : l’état 1 n’est pas manifesté dans l’énoncé (il était vivant) mais
il doit avoir existé pour que l’énoncé soit possible.
On dira que l’état 1 est présupposé par l’état 2 et qu’inversement, l’état 2 présuppose
l’état1.

Autre cas : il été emporté par une longue maladie. : narrativement, on a toujours le
même schéma :
Etat 1 : le Sujet (il) est conjoint à l’Objet (la vie).
Etat 2 : le Sujet est disjoint de l’Objet.
On peut considérer alors que la maladie est la cause de la mort, c’est à dire que l’action de la
maladie a causé la mort.
Narrativement, on pourra représenter cela à l’aide d’une nouvelle formule qui fait intervenir
une nouvelle fonction c’est la relation factitive, le faire. Et un nouvel actant qui est le sujet
de faire.
On représentera donc la formule suivante :

F S1 (S2 U O) où :

S1 : la maladie
S2: il
O: la mort

La transformation conjonctive s’écrira :

F S1 (S2 ∩ O) Ex : l’enfant est guéri.

La transformation est considérée comme la fonction narrative de base, d’où le “F“ indiquant
qu’il s’agit d’une fonction. En sémiotique, un énoncé de faire régit un énoncé d’état.
On distingue deux types de sujets. Celui qui réalise l’action est le sujet de faire appelé : sujet
opérateur (qui opère la transformation) et celui qui bénéficie de l’action ou qui la subit est le
sujet d’état.)
L’analyse narrative va consister pour une part à repérer dans le texte les énoncés de faire qui
régissent les énoncés d’état.

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