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UNE PETITE

ENCYCLOPEDIE
DU VERRE

Fabrication du verre creux Gérard Pajean*

La fabrication du verre creux,


évoque le travail du souffleur de
verre qui, au cours de nombreu-
ses décennies, a effectivement
su trouver et optimiser les
étapes essentielles du formage
d’une pièce. Ces étapes com-
portent le cueillage d’une
goutte de verre, la formation
par soufflage d’une préforme, et
son gonflage dans un moule à
la forme de l’article désiré. Les
évolutions réalisées depuis, ont
en définitive consisté surtout à
mécaniser ces pratiques
manuelles de façon à augmen-
ter la reproductibilité et la pro-
ductivité horaire des fabrica-
tions. Ainsi nous sommes Figure 1. Formation de la paraison
passés de quelques articles éla-
borés à l’heure, à plus de 40 000 des types de produits à élaborer; s’envisager que pour des arti-
sur les machines les plus puis- on distingue en effet dans l’in- cles ayant une symétrie de
santes pour le marché de la dustrie du verre creux plusieurs révolution
bière. Il est néanmoins intéres- segments de marché comme : - les verres à pieds et autres (cer-
sant de signaler que cette méca- - les bouteilles pour l’emballage tains gobelets), demandant une
nisation a eu dans un premier des boissons alimentaires et les surface sans défauts et sans
temps pour conséquence une flacons pour la parfumerie, se marques de joints de moule, et
dégradation de la qualité de la caractérisant tous les deux par utilisant une technologie asso-
peau de verre, et donc des pro- une bague étroite, utilisant ciant pressage pour l’ébauche et
priétés mécaniques de l’article, majoritairement un procédé rotation de l’ébauche pendant
si bien qu’il a fallu alourdir les appelé Soufflé-Soufflé le soufflage dans le moule
bouteilles pour obtenir le même - les pots pour les produits ali- finisseur : procédé appelé Pressé-
niveau de qualité. Depuis, des mentaires secs et pâteux et ceux Soufflé-Tourné
progrès ont été réalisés mais le de grande capacité pour les jus - les produits d’ornementation
soufflage à l’air et dans des de fruits, avec une bague plutôt de très haute qualité, souvent
moules en bois (voir encadré), large, autorisant un procédé en cristal, et utilisant encore des
toujours pratiqué pour des pro- appelé Pressé-Soufflé procédés manuels ou semi-
duits de très haut de gamme, - les articles de table, verres, automatiques.
donne encore le meilleur état de gobelets, assiettes, saladiers… Dans cette rubrique, nous trai-
surface. donc sans bague et élaborés par terons plus particulièrement
une technologie de pressage des procédés industriels dédiés
LES DIFFÉRENTS PROCÉDÉS dans un moule, ou par une tech- aux bouteilles, pots et flacons
DE FABRICATION nologie plus récente de centrifu- en verre qui représentent
Progressivement, les procédés gation grâce à la rotation rapide aujourd’hui, en tonnage, la
de fabrication se sont dévelop- du moule : cette dernière tech- majorité des productions de
pés et spécialisés en fonction nologie ne peut évidemment verre creux.

*Membre du Comité scientifique et technique de la revue Verre

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FORMATION DE Ce résultat est obtenu grâce un de lames en acier réfractaire


LA PARAISON système assez complexe repré- - et un système de distribution
La première étape de la fabrica- senté par le schéma de la des gouttes de verre ainsi for-
tion consiste à élaborer une figure 1 qui comporte : mées vers les moules de formage.
goutte de verre appelée paraison - un canal de distribution
ayant un poids bien précis connecté au four délivrant un FORMAGE DE L’ARTICLE
(celui de l’article final) et une filet de verre homogène chimi- Cette goutte de verre, ou parai-
température bien fixée (d'envi- quement et thermiquement, son, est dirigée vers le moule
ron 1150°C), à une cadence qui est régulé au degré près ébaucheur. Dans le procédé
synchrone de celle de la - un mécanisme de coupe du filet soufflé-soufflé, ce dernier est
machine porteuse des moules. fait d’un véritable ciseau muni équipé dans sa partie inférieure

Figure 2. Opérations unitaires


en procédé Soufflé-Soufflé

Figure 3. Opérations unitaires


en procédé Pressé-Soufflé

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d’un poinçon de 2 à 3 cm que le de calories et rigidifier définiti- En résumé, le tableau suivant


verre recouvre grâce à l'énergie vement l’article. Le moule donne les avantages et inconvé-
cinétique qu'il a acquise pen- finisseur est alors ouvert et l’ar- nients des 2 procédés et leur
dant sa chute libre (ou guidée) ticle est transféré sur un domaine d’utilisation :
depuis la coupe jusqu’à
l’entrée du moule. Par Procédé Soufflé-Soufflé Procédés Pressé-Soufflé
la formation d'une
empreinte dans le verre se Avantages (+) - s’adapte à toutes les - très bonne définition de la
termine la phase de charge- formes de bouteille géométrie de l’ébauche
ment. Le moule est ensuite - peau interne sans défauts : - donc bon contrôle des épaisseurs
fermé par un fond ébau- pas de contacts métalliques de verre
cheur et de l’air est immé- - donc procédé recommandé pour
diatement introduit à tra- des articles allégés
vers ce fond pour pousser - seul procédé pour les articles à
le verre autour du petit large ouverture
poinçon et former ainsi la Inconvénients (-) - répartitions d’épaisseur du - possibilités de contaminations
bague de la future bou- verre plus irrégulières et de la peau interne du verre
teille: c’est la phase de com- très sensible aux par le poinçon
pression. Le poinçon peut hétérogénéités thermiques - difficultés avec des articles hauts
alors se retirer légèrement du verre et étroits demandant des
pour permettre un pre- - donc convient mieux aux géométries de poinçon difficiles à
mier soufflage à l’air com- articles lourds élaborer
primé de l’empreinte : le
verre va alors se déformer
et occuper l’espace libre du convoyeur qui l’amènera vers ECHANGES THERMIQUES
moule ébaucheur. C’est la phase les étapes ultérieures de la En définitive, la fabrication
de formation de l’ébauche (per- fabrication, comme la recuis- d’un article en verre se résume à
çage). Au contact du moule, son et l’application de traite- une mise en forme par défor-
refroidi en permanence, l’ébau- ments de surface. mation du verre et à une extrac-
che se refroidit en surface, à Cette description est exacte- tion rapide des calories pour le
environ 750–800°C, et acquiert ment celle du procédé Soufflé- rigidifier. Cette extraction, réali-
une rigidité suffisante pour être, Soufflé (figure 2) : soufflage dans sée simplement par le moule
après ouverture du moule ébau- le moule ébaucheur pour refroidi à l’air, est en réalité
cheur, transférée dans le moule former l’ébauche et soufflage conditionnée par des phéno-
finisseur en attente en position dans le moule finisseur pour mènes complexes de transferts
ouverte : c’est la phase de trans- former l’article. thermiques (voir figure 4) :
fert de l’ébauche. Dans le procédé Pressé-Soufflé, la - transfert des calories à l’inté-
Dans le moule finisseur fermé, formation de l’ébauche dans le rieur de l’épaisseur du verre, du
l’ébauche s’allonge sous son moule ébaucheur s’effectue par cœur vers la surface (transfert par
propre poids et sa surface se pressage à l’aide d’un poinçon rayonnement et conduction)
réchauffe par un transfert des nettement plus grand que pour - transfert thermique du verre
calories du cœur de l’ébauche le procédé Soufflé-Soufflé, qui vers le moule (transfert par
vers sa surface : c’est l’opération est animé d’un mouvement ver- rayonnement et conduction à
importante de réchauffage qui tical relativement important de travers une couche d’interface)
homogénéise les températures, bas en haut : comme on peut le - transfert des calories à l’inté-
et donc les viscosités des cou- comprendre sur le schéma de la rieur du moule (transfert par
ches de verre de l’ébauche ; dès figure 3, ce poinçon forme conduction)
que l’ébauche touche le fond l’ébauche en une seule étape, - transfert des calories de la sur-
du finisseur, l’opération de avec une meilleure maîtrise de face extérieur du moule à l’air
gonflage se met en action, jus- l’épaisseur de verre qui est par- de ventilation (transfert par
qu’à la mise en contact du faitement définie par l’espace convection).
verre avec la surface complète libre entre le moule ébaucheur Au cours du cycle, ces transferts
du moule finisseur : ce contact et le poinçon en position finale modifient donc continuelle-
est maintenu quelques secon- haute. Ce procédé convient ment les températures de tous
des pour extraire suffisamment donc plutôt aux articles légers. les éléments actifs du processus,

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c'est-à-dire le verre et l'ensemble durées de toutes les phases du degrés d’angle par rapport à un
des composants de la moulerie. cycle décrites précédemment et, cycle complet de 360°.
La maîtrise des transferts ther- en particulier, les temps de
miques joue évidemment un contact avec les moules MATÉRIAUX DE MOULERIE
rôle très important sur la qua- - les températures de surface des Les performances de la fabrica-
lité de l’article fabriquée, en par- moules tion du verre creux dépendent
ticulier sur la répartition finale - les temps de ventilation des fortement des matériaux utili-
du verre et sur la cadence de moules sés pour les moules (ébaucheurs
fabrication. Ces transferts sont - les températures de l’air de et finisseurs) et pour les acces-
donc gérés et contrôlés via ventilation, soires (poinçons, moule de
divers paramètres de réglage du - etc. bague.). Ces matériaux doivent
processus de fabrication À titre d’exemple, les temps ver- posséder des caractéristiques
comme : riers de toutes les phases de la bien particulières au niveau de :
- la température de départ de la fabrication d’une bouteille en - la résistance à l’usure à haute
paraison Pressé-Soufflé sont représentés sur température (appréhendée par
- les temps verriers c’est-à-dire, les la figure 5 où ils sont exprimés en la dureté à chaud et la tenue à la

Figure 4. Transferts thermiques verre/moule/air

Figure 5. Cycle de formage en P/S

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fatigue thermique) PRODUCTIVITÉ DES même du poids de l’article selon


- la conductibilité de la chaleur MACHINES VERRIÈRES la relation assez précise suivante:
(évaluée par la conductibilité La productivité des machines cadence (nombre d’articles
thermique) de formage du verre creux est fabriqués /cavité moulante
- l’usinabilité un des paramètres écono- /minute) = K/poids
- l’aptitude au démoulage miques essentiels de cette Ainsi par exemple :
(mesurée par la résistance à industrie. Elle se décline sui- - pour une bouteille bière de
l’oxydation). vant deux indicateurs : 130 g, cadence = 15 articles/
Les matériaux les plus utilisés à - le rendement de fabrication, cavité /minute
ce jour sont les fontes, les c’est-à-dire le rapport entre le - pour une bouteille champagne
aciers, les alliages de cuivre et nombre d’articles bons à la de 900 g, cadence = 8 articles/
les alliages de nickel et cobalt. vente et le nombre de gouttes cavité /minute
Voici les performances compa- de verre utilisées pour cette En général, l’unité de fabrica-
ratives de ces différentes fabrication; en moyenne ce rap- tion est constituée d’un moule
familles de matériaux : port se situe entre 85 et 95 % ébaucheur et d’un moule finis-
seur positionnés sur un bâti
Conductibilité Fatigue Résistance à Dureté métallique appelé section.
thermique thermique l’oxydation Chaque section peut comporter
Fontes élevée très faible faible faible de 1 à 4 moules ébaucheurs et
finisseurs et donc fabriquer de
Aciers moyenne élevée faible faible
1 à 4 articles en même temps,
Alliages cuivre très élevée élevée faible moyenne selon la taille de ces derniers.
Alliages nickel faible faible élevée élevée Plusieurs sections peuvent être
associées en ligne sur une même
L’aptitude des matériaux de selon la complexité de l’article ; machine (on parlera alors de
moulerie au démoulage du verre les pertes de production de 5 à machine à sections individuel-
constitue une des propriétés cri- 15 % sont constituées de les en ligne ou machine IS)
tiques pour ce processus auto- défauts de pâtes de verre (inclu- ou en cercle sur une machine
matisé de fabrication du verre sions gazeuses,
creux. Cette aptitude au particules non
démoulage est la conséquence fondues…) et de
de phénomènes physicochi- défauts de fabri-
miques pouvant se traduire par cation (épais-
un véritable collage du verre dans seurs de verre
le moule. Avec les matériaux à insuffisantes,
base de fer, ce problème n'est micro défauts de
pas encore complètement surface, défauts
résolu, à ce jour : à la suite d'un dimensionnels…)
contact prolongé avec le verre, - la production
le moule s'oxyde et établit alors horaire de la
des liaisons chimiques machine, c'est-à-
métal/verre, d’où le collage. dire le nombre
Pour diminuer cette sensibilité d’articles pou-
deux solutions sont possibles : vant être élaborés
- interposer entre le verre et le théoriquement
moule une couche d’air, de par heure, par
vapeur d’eau ou de gaz : c’est le une même
rôle du graissage des moules, machine. Cet
opérations encore manuelles indicateur est évi-
mais en cours d’automatisation. demment fonc-
- utiliser des matériaux ou des tion du type de
revêtements particulièrement machine et de la
inoxydables comme le nickel cadence de fabri-
ou le cobalt. cation, laquelle
dépend elle-
AIS 12 Section 6 1/4" DG, Servo Extraction. © Emhart Glass

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rotative. Sur une machine = cycle/cavité/mn x 4 x 12


IS, ce nombre de sections x 60 = 15 x 48 x 60
(N) varie par exemple de 6 = 43 200 articles/heure.
à 12 (mais 2 machines Pour une bouteille lourde,
peuvent être assemblées on ne pourra utiliser
en série, constituant une qu’une machine IS à 2
machine tandem, pour paraisons et 10 sections
avoir jusqu’à 2 x 10 sec- d'où la productivité :
tions), ce qui donne habi- - production horaire
tuellement pour le nombre “champagne” = cycle/
de cavités moulantes (ébau- cavité/mn x 2 x 10 x 60
cheurs ou finisseurs), les = 8 x 20 x 60 = 9600 arti-
configurations indiquées cles/heure.
dans le tableau ci-dessous. Le choix d’une taille de
Pour reprendre les exem- machine pour une tran-
ples précédents, on pourra che de fabrication donnée,
ainsi fabriquer une petite c’est-à-dire pour un
bouteille bière avec une nombre d’articles à fabri-
machine du type IS à 4 quer sans interruption,
paraisons et 12 sections aura donc un impact
d’où la productivité : important sur le prix de AIS 12 Section 6 174" DG – Côté soufflage. © Emhart Glass
- production horaire bière revient de cet article ■

Nombre de 6 8 10 12 16 20
sections N
Nombre de 1 6 8
paraisons 32 40
2 12 16 20 24
par section
3 24 30 36

4 40 48

Le moule en bois, une innovation relativement récente


Georges Bontemps écrivit en 1868 dans son célèbre Guide du verrier (p. 567-569): «Ce n'est guère que de nos jours que commencèrent les
visites internationales d'usines. Les fabricants de chaque pays, confiants dans leurs douanes prohibitives, se souciaient généralement peu du
mode de travail des étrangers; cependant il vint heureusement un temps où l'éveil des concurrences étrangères poussa à exercer sa salutaire
influence; les efforts des associations pour la défense du travail national en Angleterre, en France, en Allemagne, associations qu'on aurait pu
appeler d'associations contre les consommateurs nationaux, ne donnèrent plus une sécurité suffisante aux chefs d'industrie; on commença
à s'inquiéter du mode et des conditions de travail des étrangers. À l’époque dont nous avons parlé, tous les voyageurs qui revenaient des eaux
d'Allemagne en rapportaient ces mille produits, variés de forme et de couleur, de l'industrie verrière de Bohême, prohibés par la douane, mais
dont chaque voyageur avait la faculté de rapporter quelques échantillons, par tolérance, et avec un droit excessivement élevé. La contrebande
avait aussi réussi à en introduire dans les magasins; l'attention fut donc attirée sur cette fabrication; plusieurs directeurs de cristalleries fran-
çaises allèrent visiter les verreries de Bohême, et le résultat le plus saillant de leur voyage fut l'importation du moulage en bois. »
P.R.

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