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LORENZACCIO, un drame romantique :

comme les drames romantiques, LORENZACCIO mêle sublime et grotesque


pour mettre en scène un héros désespéré qui connaîtra, au dénouement, une
fin tragique.

Lorenzaccio et la difficulté de vivre


Lorenzaccio domine la pièce de sa forte présence. Personnage complexe en quête
de son identité, être pur englué malgré lui dans la débauche, il apparaît comme une
sorte de double de Musset.
Un être multiple
Ambiguité de la personnalité de Lorenzaccio. En quête d'identité, il donne de lui-
même une image brouillée, instable. Il ne parvient pas à trouver son équilibre
psychique.
Ses différents noms reflètent le caractère trouble du personnage - comme autant de
masques :
Lorenzo de Médicis ( I, 4 ) = nom prestigieux du descendant d'une famille noble.
Nom utilisé par le Duc.
Lorenzino ( II, 4 ), terme utilisé par Marie, est le nom tendre utilisé pour l'enfant
d'autrefois.
Renzino ( le duc, II, 4 ) = surnom trop familier donné au compagnon de débauche.
Lorenzetta ( le duc, I,4) = diminutif ambigu qui convient à l'être efféminé.
Lorenzaccio (Lorenzo, III,3) = terme péjoratif qui s'applique à l'individu dangereux
maudit par les gens honnêtes.
Lorenzaccio perd son âme, à jouer ainsi avec les apparences.

De la pureté à la débauche

L'ambiguité de Lorenzaccio est celle du héros romantique - être frêle,. ange déchu
qui garde la nostalgie de l'innocence perdue. Déchiré entre les aspirations à l'idéal
( pureté, vertÉ) et l'attirance pour les plaisirs.
Sa morale et son comportement sont marqués par cette contradiction. Tourné vers
le beau et le bien, mais désespéré de ne pas les trouver ici-bas, Lorenzaccio incarne
ce mal du siècle proprement romantique, de cette difficulté d'être de toute une
génération consciente de l'absurdité du monde, de la perversion de l'homme.
Utilisant la débauche pour atteindre son but politique, Lorenzaccio s'y englue peu à
peu, car cette même débauche lui est devenue indispensable, pour lui permettre d'
oublier son irrémédiable déchéance.
Jeune homme pur et tranquille décidé à régénérer, à lui tout seul, une humanité
impuissante et médiocre, il succombe sous l'ampleur de cette tâche surhumaine,
conscient de l'inutilité de son geste et de l'impasse où il s'est engagé. Lucidité
amère.
Le double de Musset
Lorenzaccio = reflet de l'auteur, double qui lui ressemble comme un frère. A travers
lui, Musset exprime sa vision du monde. Comme son personnage, Musset est
conscient de l'inutilité de l'action qui, par ailleurs, ne peut que conduire à la
compromission et ternir l'idéal : Philippe, le penseur, a les "mains pures" parce qu'il
n'agit pas, tandis que Lorenzo a goûté à cette "vilaine cuisine" de l'engagement.
( III, 3 ).
Cette identification de Musset à son personnage influe sur le style qu'il lui prête : en
effet, alors que l'écriture théâtrale est, par nature impersonnelle, parce qu'elle ne
donne la parole qu'aux personnages et ne permet pas à l'auteur d'intervenir
directement, les propos de Lorenzaccio sont empreints d'un lyrisme digne de la
poésie de MussetÉA travers Lorenzaccio, Musset fait entendre ses cris de
souffrance, manifeste ses sentiments.
Dramaturgie : Lorenzaccio, principal fil conducteur de la pièce
Au vu de l'importance du personnage auquel s'identifie Musset, il n'est donc guère
étonnant que, dans la grande complexité du système dramatique qui régit la pièce,
le fil conducteur essentiel de ce drame soit celui de Lorenzaccio : c'est lui qui
donne le titre à la pièce, où il occupe 19 scènes sur 38. Il y incarne l'engagement
total de l'être ( intelligence, sensibilité et corps ) dans l'action, et, par voie de
conséquence, il est l'exemple de la destruction de l'être qui s'ensuitÉ
Musset prend soin de dissimuler le plus longtemps possible la double personnalité
du jeune homme : totalement cachée (I,1), soupçonnée ( I,4 - cf. le cardinalÉ),
suggérée (I,6), annoncée (II,2, quand Lorenzo parle du "jour de (ses) noces" ),
soulignée ( II,6, cf. le vol de la cotte de mailles ), enfin révélée (III, 1, quand
Lorenzo dit à Scoronconcolo : "Tu as deviné mon mal, j'ai un ennemi.").
Cette double personnalité et la situation qui s'y rattachent sont donc exposées de
façon dynamique, grâce à l'utilisation de l'effet de surprise reposant sur le jeu des
apparences et de la réalité, et grâce aussi, à l'insertion habile, dans l'exposé des
faits, du vol de la cotte de mailles et de la lutte avec Scoronconcolo - deux éléments
qui font déjà partie de la conduite de l'intrigue.
Une fois mis en place tous les éléments nécessaires à la compréhension des faits,
Lorenzaccio va se trouver partagé entre
- la préparation de son plan ( III,4; IV, 3,5,6 ).
- - les efforts de dissimulation de son projet au duc
- ( IV, 1 et 10 )
- - les avertissements donnés aux républicains ( III,3 ; IV,7 ).

Trois embryons de coups de théâtre viennent modifier quelque peu


l'orientation de l'action :
- le refus des républicains de prendre Lorenzaccio au sérieux ( IV, 7 ) avec de
graves conséquences sur l'action entrepriseÉ
- - la méfiance du duc devant la disparition de sa cotte de mailles ( IV, 1)É
- - les avertissements du cardinal ( IV, 10 ) qui auraient pu influer davantage sur le
cours des événements, s'ils avaient été davantage développés.
- Peu de rebondissements, donc, dans l'action qui rend parfaitement compte de la
logique implacable avec laquelle Lorenzaccio conduit ses desseins.
Trois scènes seulement sont consacrées au dénouement, qui se déroule pourtant en
deux temps : à la scène 2 de l'acte IV, c'est la disparition de l'obstacle avec
l'assassinat du duc ; à la scène 6 de l'acte V, c'est la mort de Lorenzo dont la tête
avait été mise à prix ( V, 2 ).
La fin de Lorenzo est significative car elle prouve que le véritable obstacle, ce
n'était pas le duc ( ni politiquement, puisqu'il est aussitôt remplacé, ni
personnellement, puisque le mal de Lorenzo est à l'évidence tapi au fond de son
âme. )