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Ecole Nationale d’Ingénieurs de Tunis Laboratoire de Modélisation

en Hydraulique et Environnement

MECANIQUE DES FLUIDES


ENVIRONNEMENTALE
______________________
I – MODELISATION DYNAMIQUE
DES MILIEUX LACUSTRES ET MARINS, ET
DE DISPERSION DE POLLUANTS

Salinité (g/l)
35.0
32.0
29.0
26.0
23.0
0.001
20.0
17.0
14.0
11.0
8.0
1.5 5.0
2.0

par :

Mahmoud MOUSSA
Professeur en Hydraulique
à l'Ecole Nationale d'Ingénieurs de Tunis
(mahmoud.moussa@enit.rnu.tn)

– Janvier 2016 –
Ecole Nationale d’Ingénieurs de Tunis B.P. 37 le Belvédère 1002 Tunis Tunisie - Email : Enit@ enit.rnu.tn
Tél. : 216 71 874 700 Fax : 216 71 872 729 – www.enit.rnu.tn – www.lmhe -enit.com
Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Avant - Propos
_____________________________

Ce document de "Mécanique des Fluides


Environnementale" est principalement adressé aux étudiants de
troisième Année Génie Civil, option "Hydraulique et Environnement",
de l'Ecole Nationale d'Ingénieurs de Tunis. Néanmoins, il est aussi très
utile aux étudiants en Mastères de "Modélisation en Hydraulique et
Environnement" et de "Hydrodynamique et Modélisation des
Environnements Côtiers" de l'Ecole Nationale d'Ingénieurs de Tunis, et
aux étudiants en Mastère de "Production et Ecosystèmes Aquatiques"
de l'Institut National d’Agriculture de Tunisie.

Signalons que les pré-requis du cours de "Mécanique des


Fluides Environnementale" sont principalement les modules de
Mécanique des Fluides, et d'Hydraulique Générale.

Dans ce document, nous rappelons le rôle de la mécanique des


fluides dans l’étude de l’évolution spatio-temporelle des principales
caractéristiques des hydrosystèmes ainsi que la démarche adoptée en
vue de leur modélisation. Nous présentons aussi les équations de base
des modélisations dynamiques (hydrodynamique et dispersion de
polluants) des écosystèmes aquatiques continentaux et littoraux.

Ce document est aussi enrichi par une série d’exemples de


modélisation de quelques cas de milieux aquatiques tunisiens que nous
avons traités à l’ENIT : Les lacs Nord et Sud de Tunis, le future lac de
Hergla, la lagune de Bizerte, la lagune de Bou Ghrara, le port de Tunis,
le Golfe de Tunis et près des côtes tunisiennes (traité à l’INSTM).

Par ce polycopié, nous espérons contribuer à l’enrichissement


de la bibliographie mise à la disposition des étudiants de l'ENIT et de
l’INAT, et éventuellement des étudiants dans autres établissements
universitaires.

Mahmoud MOUSSA
Professeur en Hydraulique
à l'Ecole Nationale d'Ingénieurs de Tunis

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

SOMMAIRE

INTRODUCTION

CHAPITRE 1 : LES BASES DES M ODELES DE T RANSPORT A 3


DIMENSIONS
1.1 - Equations locales instantanées
1.1.1 - Position du problème
1.1.2 - Equations de Navier-Stokes
1.1.3 - Equations de transport de la Concentration et de la Température
1.1.4 - Résolution des équations des variables instantanées

1.2 - Introduction à la turbulence


1.2.1 - Stabilité des écoulements laminaires
1.2.2 - Caractéristiques d'un écoulement turbulent
1.2.3 - Les moyens d'étude des écoulements turbulents

1.3 - Equations locales moyennées


1.3.1 - Les moyennes temporelles
1.3.2 - Equations de Reynolds
1.3.3 - Equations de transport des grandeurs moyennes

1.4 - Equations de l'énergie cinétique


1.4.1 - Equation de l'énergie cinétique du mouvement moyen
1.4.2 - Equations de l'énergie cinétique du mouvement fluctuant
1.4.3 - Cascade de l'énergie

1.5 - Aperçu sur les techniques expérimentales


1.5.1 - Nécessité de mesures des vitesses instantanées
1.5.2 - Mesures des vitesses instantanées locales
1.5.3 - Mesures de la répartition spatiale des vitesses instantanées

1.6 - Modélisation des écoulements turbulents


1.6.1 - Nécessité des modèles en écoulements turbulents
1.6.2 - Les bases de la modélisation de la turbulence
1.6.3 - Les modèles à zéro équation
1.6.4 - Les modèles à une équation
1.6.5 - Les modèles à deux équations
1.6.6 - Autres modèles

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

CHAPITRE 2 : LES M ODELES INTEGRES DES HYDROSYSTEMES


2. 1 - Position du problème
2. 2 - La moyenne spatiale d'une équation de bilan
2.2.1 - Choix du domaine d'intégration
2.2.2 - Définition de la moyenne spatiale
2.2.3 - La moyenne spatiale des équations de transport

2. 3 - Les modèles intégrés sur la hauteur


2.3.1 - La base des modèles 2D
2.3.2 - Les équations des modèles hydrodynamiques à 2D
2.3.3 - Les équations de transport à 2D

2. 4 - Les modèles intégrés dans la section


2.4.1 - La base des modèles 1D
2.4.2 - Les équations des modèles hydrodynamiques à 1D
2.4.3 - Les équations de transport à 1D

2. 5 - Autres modèles intégrés dans l'espace


2.5.1 - Particularité des modèles verticaux
2.5.2 - Les modèles verticaux à 2D
2.5.3 - Les modèles verticaux à 1D

CHAPITRE 3 : EXEMPLES DE M ODELES REALISES


Introduction
3.1 - Le lac Nord de Tunis
3.2 - Le Lac Sud de Tunis
3.3 - Le Futur Lac de Hergla
3.4 - La Lagune de Bizerte
3.5 - La Lagune de Bou Ghrara
3.6 - Le Port de Tunis
3.7 - Le Golfe de Tunis
3.8 - Circulation des eaux près des Côtes Tunisiennes

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

CHAPITRE 4 : UTILISATION DE LOGICIELS – TP DE MODELISATION

4. 1 - Présentation et Utilisation du Logiciel "CORMIX "


4. 2 - Présentation du Logiciel "SCREEN3"
4. 3 - Présentation et Utilisation du Logiciel "SM S"

BIBLIOGRAPHIE

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Quelques Notations

a : Célérité du son
Ch : Coefficient de Chézy
Cf , Cd : Coefficients de frottement et de traînée
D : Diamètre de la conduite
Dh : Diamètre hydraulique
e : Epaisseur de la conduite
E : Elasticité de la conduite
g : Accélération de la pesanteur
h : Hauteur d'eau ou la demi-hauteur du canal
H , H* : La charge hydraulique ou totale, la charge statique
I : Pente du canal
J, j : Pertes de charge, pertes de charge par mètre linéaire
KS , K : Coefficients de Strickler, de pertes de charge singulière
ks : Rugosité de la conduite
L : Longueur
l : Largeur au miroir
lm : Longueur de mélange de Prandtl
P , P* : La pression, la pression statique
Pm : Périmètre mouillé
p' : Fluctuation de la pression
Q : Débit volumique
R : Rayon de la conduite
Rh : Rayon hydraulique
Re : Nombre de Reynolds
r : Distance de l'axe de la conduite circulaire
S , Sm : Section de la conduite, section mouillée
t : Temps
U,V,W : Les composantes de la vitesse
u',v',w' : Les fluctuations de la vitesse
u* : Vitesse de frottement
Uo : Vitesse maximale
<U> : Vitesse moyenne ou débitante
− ρu ' i u ' j : Tenseur de Reynolds
x, y, z : Les coordonnées dans un repère orthonormé
zf : La cote du fond du canal

α : Coefficient de dispersion perte de charge


β : Inclinaison de la conduite
δ : Epaisseur de la couche limite
κ : Constante de Von Karman (≈ 0,4 )
χ : Compressibilité de l'eau
λ : Coefficient de perte de charge
ν : Viscosité cinématique du fluide
νt : Viscosité turbulente
ρ : Masse volumique du fluide
τ : Cisaillement ou frottement
τo : Frottement pariétal
τ ij : Tenseur des contraintes totales

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

INTRODUCTION

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

INTRODUCTION
___________________________________________

Dans ce document on se propose d'introduire quelques notions indispensables pour une analyse
phénoménologique des systèmes aquatiques (lagunes, lacs naturels ou artificiels, rivières, zones
côtières ou marines), et atmosphériques, visant à une approche prédictive de leur évolution
"naturelle" ou en interactions avec les activités humaines.

On s'intéresse donc aux aspects mécaniques et thermodynamiques, mais on s'intéresse aussi aux
aspects physico-chimiques, biochimiques et biologiques. De ce point de vue, la mécanique des
fluides (et/ou l'hydraulique) a un rôle spécifique important à jouer dans ce domaine, c'est la
mécanique des fluides environnementale (ou appliquée à l'environnement).

• L'étude des écosystèmes pourquoi ?

Actuellement, du fait de l'accroissement de la population, de l'évolution du niveau de vie, du


développement de l'agriculture (engrais, mécanisation) et du développement de l'industrie, la
pollution rejetée dans la nature a largement augmenté. Cette pollution est généralement rejetée soit
dans l'eau (les rivières, les oueds, les nappes, la mer), soit dans l'air (l'atmosphère). L'eau et l'air
constituent en effet deux milieux récepteurs idéaux à cause de leur abondance et de leur fluidité
(une grande capacité de dispersion de la pollution). Contradictoirement, ces deux fluides sont
indispensables à toute vie (humaine, végétale et animale) sur terre. Ainsi, par une vision plus globale
et régionale, le choix des solutions à adopter doit tenir compte aussi des exigences
environnementales pour garantir un développement durable.

Le développement durable, un nouveau concept défini en 1988 par la Commission Mondiale sur
l'Environnement et le Développement, est d'imaginer des modèles de développement qui répondent
aux besoins des générations actuelles tout en préservant les possibilités de satisfaction des
besoins des générations à venir, tant du point de vue social et économique qu’écologique.

Dans un contexte de développement durable, la gestion des milieux aquatiques joue alors un rôle
crucial pour la protection de l'environnement. La gestion écologique des ressources en eau est ainsi
devenue une nécessité qu'accentuent les besoins nouveaux en aquaculture, organisation des loisirs.

C'est dans leur complexité écologique que les systèmes aquatiques jouent un rôle fondamental dans
l'environnement humain. Ils interviennent en effet dans les cycles thermodynamiques et biologiques de
notre milieu environnemental, à des échelles allant du local au planétaire (exemple : plans d'eau et
microclimat, eaux de surface et bilan du C02 atmosphérique).

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

L'industrialisation, l'urbanisation ont placé ces systèmes en interactions profondes avec les activités
humaines : les usages multiples de l'eau constituent un potentiel important de perturbation qu'il faut
appréhender en amont des décisions de développement, d'aménagement et non en aval, en se
contentant de décrire ou répertorier les dégâts.

• La modélisation pourquoi ?

Une approche rationnelle ne peut se fonder uniquement sur l'analyse descriptive traditionnelle
conduisant à des inventaires des états des systèmes aquatiques. Une telle approche s'avère
insuffisante pour comprendre la dynamique des systèmes, et pour fournir à l'ensemble des décideurs
les moyens techniques de prévision, de maîtrise de l'évolution des systèmes aquatiques.

Ils existent de nombreux exemples (en gestion des lagunes méditerranéennes, en aménagement des
zones côtières), d'investissements très importants d'aménagements de systèmes sans véritable étude
d'impact quantitative, conduisant ainsi à des interventions contradictoires.

Le développement de la modélisation doit permettre d'améliorer les moyens de gestion en créant


des outils de simulation capables, sinon d'optimiser, du moins de comparer, quantitativement
différentes hypothèses d'aménagement ou d'utilisation des systèmes aquatiques.

L'hydraulique classique a depuis longtemps mis en place une telle approche en créant des modèles
de gestion des débits, des hauteurs et des volumes. Actuellement, la mécanique des fluides permet
aussi la mise au point de modèles de prédétermination de la variation spatiale et temporelle des
différentes variables. L'approche écologique, en augmentant le nombre de variables, augmente les
difficultés méthodologiques. Pourtant, en tentant de surmonter ces difficultés, on contribue à une
meilleure maîtrise des moyens de gestion des ressources en eau.

• Quelle démarche pour une modélisation ?

L'approche par modélisation de systèmes complexes ne peut être réduite à l'écriture formalisée de
principes de base de la physique, puis à la mise en place du traitement numérique de cas. On peut
tenter de dégager quelques étapes dans la construction d'un modèle, chaque étape se
développant en interaction avec les autres.

− L'Analyse du Système :
Il s'agit de l'étude préalable du système qui doit conduire au choix des variables d'état et des échelles
d'espace et de temps de la modélisation. C'est certainement l'étape la plus délicate et la plus décisive
pour le succès de la modélisation. Il est sûr que l'analyse des données existantes constitue un des
outils de base, l'objectif étant de trouver l'ensemble minimum de variables capables de caractériser
les phénomènes de base et les échelles de temps et d'espace correspondantes.

− La Construction d'un Modèle :


Dans une approche mécaniste et déterministe l'écriture du modèle s'appuie sur la formulation des
lois de bilan de la physique exprimant la conservation de la quantité de mouvement, de l'énergie, de

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

la masse et l'évolution de l'enthalpie, et sur la formulation de lois constitutives traduisant la


phénoménologie du transport turbulent (diffusion, dispersion en liaison avec le choix d'échelles) de
l'ensemble des bio-cinétiques décrivant les interactions internes dans l'écosystème et l'ensemble des
forçages extérieurs au système (gravité, rayonnement, échanges aux frontières du système).

Le choix d'une méthode de résolution numérique permet la mise au point de l'outil de simulation
après calibration du modèle.

− Calibration du Modèle :
La formulation des lois constitutives et de forçage extérieur exige en général la connaissance de
constantes qui seront prédéterminées soit à partir d'expériences de laboratoires (isolant en général tel
phénomène particulier) soit à partir d'expériences in-situ. L'opération de calibrage est une opération
très délicate dans la mesure où les méthodes d'identification de paramètres dans des modèles
complexes sont encore relativement peu évoluées. C'est souvent la simulation directe et comparaison
à l'expérience qui constituent la méthode de calibration courante.

− Validation du Modèle et Simulations de Scénarios :


Le modèle calibré doit être qualifié (ou vérifié) sur des observations de terrain différentes de celles
qui ont conduit au calibrage des paramètres. On peut alors introduire le modèle dans la gestion en
l'utilisant pour la simulation de scénarios d'intervention ou d'aménagement.

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Chapitre 1 :

LES BASES DES MODELES DE

TRANSPORT A 3 DIMENSIONS

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

LES BASES DES MODELES DE TRANSPORT


A 3 DIMENSIONS
____________________________

1. 1 - Equations locales instantanées


1.1.1 - Position du problème
1.1.2 - Equations de Navier-Stokes
1.1.3 - Equations de transport de la Concentration et de la Température
1.1.4 - Résolution des équations des variables instantanées

1. 2 - Introduction à la turbulence
1.2.1 - Stabilité des écoulements laminaires
1.2.2 - Caractéristiques d'un écoulement turbulent
1.2.3 - Les moyens d'étude des écoulements turbulents

1. 3 - Equations locales moyennées


1.3.1 - Les moyennes temporelles
1.3.2 - Equations de Reynolds
1.3.3 - Equations de transport des grandeurs moyennes

1. 4 - Equations de l'énergie cinétique


1.4.1 - Equation de l'énergie cinétique du mouvement moyen
1.4.2 - Equations de l'énergie cinétique du mouvement fluctuant
1.4.3 - Cascade de l'énergie

1.5 - Aperçu sur les techniques expérimentales


1.5.1 - Nécessité de mesures des vitesses instantanées
1.5.2 - Mesures des vitesses instantanées locales
1.5.3 - Mesures de la répartition spatiale des vitesses instantanées

1.6 - Modélisation des écoulements turbulents


1.6.1 - Nécessité des modèles en écoulements turbulents
1.6.2 - Les bases de la modélisation de la turbulence
1.6.3 - Les modèles à zéro équation
1.6.4 - Les modèles à une équation
1.6.5 - Les modèles à deux équations
1.6.6 - Autres modèles

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1.1 - Equations locales instantanées : (Rappel de Mécanique des Fluides)

1.1.1 - Position du problème

Nous nous limitons, dans le cadre de ce cours, aux fluides Newtoniens , de caractéristiques
physiques constantes (la viscosité cinématique ν , la diffusivité moléculaire Dc, la chaleur massique à
pression constante Cp, la conductivité thermique λ).

Bien que la température du fluide ainsi que la concentration du fluide en un élément quelconque
(traceur massique) peuvent être variables, nous supposerons que la masse volumique des fluides
varie peu autour d'une valeur de référence ρo. Nous adoptons ainsi, pour les écoulements traités,
l'hypothèse (ou l'approximation) de Boussinesq.

Hypothèse de Boussinesq :
Cette hypothèse consiste à négliger l'effet de la variation de la masse volumique du
fluide (due à la variation de la température ou de la concentration) dans tous les termes
des équations instantanées de transport sauf dans le terme de gravité.

Cette hypothèse est tout à fait justifiée dans les écoulements dans les géofluides (océans, mers,
lagunes, lacs, rivières, atmosphère) où les températures, les concentrations et la pression ne peuvent
pas varier énormément. Dans la suite, nous décomposons donc la masse volumique locale et
instantanée du fluide ~ ρ en deux grandeurs : ~ ρ = (ρo + ~ ρ1 ), où ρo est la masse volumique de
~
référence, qui est constante, et ρ1 est l'écart instantané à la valeur de référence.

Rappelons que la viscosité cinématique de l'eau est généralement prise égale à 1.10-6 m2/s et celle
de l'air est de 1,5.10-5 m2/s. En ce qui concerne la masse volumique de référence, nous suggérons
ρ o = 1000 Kg/m3 pour l'eau (qui correspond à l'eau douce à environ 4°C) et ρ o = 1,23 Kg/m3 pour
l'air.

1.1.2 - Equations de Navier-Stokes

Les caractéristiques hydrodynamiques de l'écoulement d'un fluide, dans les géofluides (dans un
~r (dont les trois composantes
écosystème ou en atmosphère), sont la vitesse locale instantanée U
~ ~ ~
sont notées U, V et W , respectivement, suivant les axes Oxyz d'un système de coordonnées
Cartésiennes, où Oz est l'axe vertical ascendant) et la pression locale instantanée ~
P.

La variation spatio-temporelle de ces caractéristiques est régie par les équations de Navier-Stokes.
En tenant compte de l'approximation de Boussinesq, rappelons que ces équations instantanées
s'écrivent :

• Le principe de la conservation de la masse (ou équation de continuité) :

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

~ ~ ~
~
∂U ∂V ∂W r
~ ∂U j
+ + = 0 (ou div U = 0 ; ou encore = 0, j = 1,2 et 3) (1.1)
∂x ∂y ∂z ∂x j

• Les équations de bilan de quantité de mouvement :

~ ~ ~ ~ ~
∂U ~ ∂U ~ ∂U ~ ∂U 1 ∂P ~ ~
+U +V +W = − + ν ∆U + Fx (1.2)
∂t ∂x ∂y ∂z ρo ∂x
~ ~ ~ ~ ~
∂V ~ ∂V ~ ∂V ~ ∂V 1 ∂P ~ ~
+U +V +W = − + ν ∆V + Fy (1.3)
∂t ∂x ∂y ∂z ρo ∂y
~ ~ ~ ~ ~ ~
∂W ~ ∂W ~ ∂W ~ ∂W 1 ∂P ~ ( ρ o + ρ1 ) ~
+U +V +W = − + ν ∆W − g + Fz (1.4)
∂t ∂x ∂y ∂z ρ o ∂z ρo

I II III IV V

∂2 ∂2 ∂2
Avec : ∆ = + + , le Laplacien
∂x 2 ∂y 2 ∂z 2

~
Notons que, dans ces équations, nous avons exprimé le tenseur des contraintes visqueuses σ ij
par la loi de Newton (puisque le fluide est supposé newtonien) en fonction du tenseur des
~
gradients de vitesses U ij :

~ ~ ~
1  ∂U i ∂U j 
~ ~
1 ∂σ ij ∂ U ij ∂2 U i ~ ~
=2 ν =ν = ν ∆U i ; puisque U ij =  + (1.4a)
ρ o ∂x j ∂x j ∂x j ∂x j 2  ∂x j ∂x i 

r ~ ~ ~
Dans les équations (1.2) à (1.4), le terme ~ F , de composantes Fx , Fy et Fz , représente les forces
volumiques externes en dehors de la pesanteur. Ce terme représente en général l'accélération de
Coriolis liée à la rotation de la terre qui s'expriment par :
r
~ r ~r
F = − 2Ω ∧ U (1.4b)
r
Où "∧ " désigne l'opérateur vectoriel, et Ω est la vitesse angulaire de rotation de la terre dont le
module est : Ω .sinϕ , avec ϕ la latitude du milieu et Ω la vitesse angulaire de rotation de la
terre (Ω = 2 π / Tjour = 7,29.10-5 s -1). Rappelons que les côtes tunisiennes se trouvent entre les
latitudes 33° et 38°.

Dans le système de coordonnées utilisé ici, les composantes de l'accélération de Coriolis sont : ~
Fx =
~ ~ ~ ~
2.Ω.sinϕ. V ; Fy = − 2.Ω.sinϕ. U et Fz = négligeable.

Nous retrouvons, dans les équations (1.2) à (1.4), respectivement, les termes de variation temporelle
(I), de transport convectif (II), de pression (III), de transport diffusif moléculaire (IV) et des forces
volumiques externes (V).

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Le système formé des équations (1.1) à (1.4) permet de déterminer les 4 caractéristiques de
~ ~ ~
l'écoulement ( ~
P , U, V et W ). Il faudrait néanmoins le compléter par une équation d'état donnant
l'expression de la masse volumique en fonction des caractéristiques du fluide.

1.1.3 - Equations de transport de la Concentration et de la Température

Dans le cas où on voudrait modéliser l'évolution spatio-temporelle d'une concentration quelconque


dans le fluide, ou de la température, il faut ajouter les équations de transport de ces grandeurs. Le
~
constituant doit être un traceur (de fraction massique C << 1) pour ne pas mettre en cause la
validité des équations de l'écoulement. Ce constituant peut être physique, chimique ou biologique
(salinité, oxygène, DBO, azote, phosphate, algues, phytoplancton, zooplancton, sédiments, etc.).

~
• L'équation instantanée de transport d'une concentration C :

~ ~ ~ ~ ~
∂σ
∂C ~ ∂C ~ ∂C ~ ∂C j ~ ~
+U +V +W = − + Si + Se (1.5a)
∂t ∂x ∂y ∂z ∂x j

Dans cette équation, ~ Si et ~


Se désignent, respectivement, les apports (ou les retraits) internes et
~
externes de C . Le terme de diffusion moléculaire est exprimé en utilisant la loi de Fick :

~
∂σ ~
j ∂2C ~
= − Dc = − D c ∆C (1.5b)
∂x j ∂x j ∂x j

Où Dc est la diffusivité moléculaire du constituant (en m2/s). A titre d'exemple, rappelons que la
diffusivité moléculaire Dc du sel dans l'eau est généralement prise égale à 1,1.10-9 m2/s.

Ainsi, l'équation de transport d'un traceur massique devient :

~ ~ ~ ~
∂C ~ ∂C ~ ∂C ~ ∂C ~ ~ ~
+U +V +W = D c ∆ C + Si + Se (1.6)
∂t ∂x ∂y ∂z
I II III IV V

~ ~
Le terme S i , qui dépend de la nature du constituant C et de son cycle biologique spécifique,
représente les apports internes (production, production par photosynthèse, croissance, excrétion,
minéralisation, biodégradation, etc.) et les retraits internes (consommation, mortalité ou disparition,
transformation, respiration, minéralisation, etc.). Rappelons que pour les constituants conservatifs
~
(comme le sel), ce terme est nul : S i = 0. Nous reviendrons aux expressions de ce terme, avec plus
de détails, dans le chapitre 4 de ce document.

~ ~
Le terme S e , qui dépend aussi de la nature du constituant C , représente les apports et les retraits
externes aux limites du domaine du milieu : les apports terrestres (rivières, rejets, stations d'épuration,
collecteurs d'eaux usées, émissaires, usines, diffusion ou relargage à partir du fond, etc.) et

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

atmosphériques (cheminées, usines, aération, etc.), et les retraits terrestres (sorties, prises d'eau,
dépôts au fond, etc.) et atmosphériques (dégagement des gaz ou de l'oxygène, etc.).

• L'équation instantanée de bilan de l'énergie interne (ou enthalpie) :

 ∂~ ~ ~ ~ ∂~
T ~ ∂T ~ ∂T ~ ∂T  qj
ρo C p  +U +V +W  = − + ~
ϕ m + ~r (1.7a)
 ∂ t ∂ x ∂ y ∂ z  ∂ x j

Où ~T est la température locale instantanée, Cp est la chaleur massique à pression constante, ~r est
l'apport externe d'énergie interne par rayonnement et ϕ~ est l'échauffement ( ϕ ~ ≥0) interne par
m m
la dissipation intrinsèque visqueuse (ou moléculaire) définit par :

~ ~
~ = 2νρ U
ϕ m o ijU ij (1.7b)

En utilisant la loi de Fourier, le terme de diffusion moléculaire de l'équation (1.7a) s'exprime par :
∂~qj ∂2T
~
~
= −λ = − λ ∆T (1.7c)
∂x j ∂x j ∂x j
où λ est la conductivité thermique , qui est liée à la diffusivité thermique k’ par la relation
suivante : λ = ρ o Cp k’. Rappelons que, pour l'eau, la diffusivité thermique k’ est égale à 1,4.10-
7
m2/s et la chaleur massique Cp à pression constante est, à la température de 20°C, égale à
environ 4200 Joules/Kg/°C.

~
Ainsi, l'équation de transport de la température locale instantanée T s'écrit :

~ ~ ~ ~ ~ ~r
∂T ~ ∂T ~ ∂T ~ ∂T ~ ϕ
+U +V +W = k ' ∆T + m + (1.8)
∂t ∂x ∂y ∂z ρoCp ρoCp

I II III IV V

Dans les équations (1.6) et (1.8), nous retrouvons, respectivement, les termes suivants : la variation
temporelle ou accumulation (I), le transport convectif par la vitesse ou la convection forcée (II), le
transport diffusif moléculaire (III) et les apports (ou retraits) internes (IV) et externes (V).

• L'équation d'état (ou expression de la masse volumique )

La résolution de l'équation (1.4) nécessite une loi de fermeture, une équation d'état, donnant
l'expression de la masse volumique ~ ρ1 (qui est l'écart instantané entre la masse volumique
~ ~ ~
instantanée ρ et celle de référence ρo) en fonction de T et de C . Cette équation d'état est sous la
forme suivante :
~
ρ1 = ~ [
~ ~
ρ − ρ o = ρ o − α (T − To ) + β(C − C o ) ] (1.9)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-16


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Où ρo est la masse volumique de référence (à la température de référence To et la concentration de


référence Co), α est le coefficient de dilatation du fluide (en °C-1) et β est un coefficient
traduisant l'effet de la concentration sur la variation de la masse volumique.

Pour l'eau, le coefficient α est égal à (en °C -1) : 1,4 10-4 (à 15°C) ; 2,1 10-4 (à 20°C) et 2,6 10-4 (à
25°C). Pour une concentration de référence Co=0, le coefficient β sera égal à 0,001 (pour l'eau).

1.1.4 - Résolution des équations des variables instantanées

Les équations (1.1), (1.2), (1.3), (1.4), (1,6), (1.8) et (1.9) sont paraboliques, non-linéaires et
n'admettent pas de solution analytique générale, mise à part dans des configurations d'écoulements
très simples (en particulier les écoulements permanents à une dimension de l'espace).

Néanmoins, l'utilisation d'une méthode numérique (différences finies, éléments finis, caractéristiques,
etc.) peut conduire à des solutions numériques de ces équations. Il s'agit en effet de discrétiser le
domaine de résolution (maillage ou partition en éléments) ainsi que le temps, et de calculer des
valeurs discrètes des différentes variables en des points particuliers (appelés noeuds) et, en
transitoire, à des instants particuliers.

Toutefois, la résolution de ces équations nécessite la connaissance des :

− Conditions initiales, en transitoire : Introduire la valeur de toutes les variables du problème à


l'instant du début de la simulation (à t = 0).

− Conditions aux limites : Imposer la valeur (conditions de Dirichlet), ou le gradient (conditions


de Neumann), de toutes les variables du problème aux frontières du domaine de résolution (au fond,
à la surface libre, aux berges, aux entrées et sorties, au large, etc.).

Cependant, notons que les conditions aux limites les plus difficiles à imposer (ou à
connaître avec précision) sont celles aux frontières ouvertes avec le large en cas
de simulation d’une zone côtière quelconque ou d’un golfe.

Par ailleurs, rappelons que des nombres non-dimensionnels sont aussi définis. Ces nombres, qui sont
caractéristiques du fluide, sont principalement :
ν
• Le nombre de Prandtl moléculaire : Pr =
k'
ν
• Le nombre de Schmidt moléculaire : Sc =
Dc

Le nombre de Prandtl moléculaire pour l'eau est Pr ≅ 7, et le nombre de Schmidt moléculaire pour
le couple eau/sel est Sc ≅ 900.

Pour caractériser l'effet du gradient vertical de la masse volumique, on définit aussi le nombre de
Richardson de gradient par :

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-17


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∂ρ
Ri = −
g ∂z
ρo 2
1  ∂U i ∂U j 
 + 
2  ∂x j ∂x i 
1.2 - Introduction à la turbulence :

1.2.1 - Stabilité des écoulements laminaires

Les équations présentées plus haut (§1.1), qui sont valables à chaque instant, peuvent être résolues,
numériquement, dans le cas des écoulements laminaires. Par contre, dès que l'écoulement devient
turbulent la résolution se complique énormément (nous y reviendrons plus loin, en §1.6).

Plusieurs expériences et résultats expérimentaux illustrent bien le changement du régime


d'écoulement ou la transition du régime laminaire vers un autre régime tout à fait différent,
appelé "turbulent".

a - Expérience de Reynolds

L'expérience de Reynolds consiste à injecter un liquide coloré au sein d'un autre liquide en
mouvement dans un tube en verre (voir la figure ci-dessous). En manipulant le robinet de vidange,
on peut faire varier la vitesse d'écoulement dans le tube.

• Tant que la vitesse reste faible, le filet de colorant reste stable et net jusqu'à l'extrémité du tube.
Ceci montre que le liquide en mouvement est formé de filets restant parallèles : c'est le régime
laminaire.

• En augmentant la vitesse, le filet coloré va osciller et vibrer, l'écoulement est alors transitoire.

• En augmentant encore plus la vitesse, le colorant se répartit dans le tube et devient invisible :
l'écoulement est alors dit turbulent, caractérisé par une "certaine agitation" et une structure
tourbillonnaire qui fait répartir le colorant dans la section du tube. En tout point, la vitesse devient
alors fluctuante (voir figure).

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Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-19


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b - Les pertes de charge

Les mesures des pertes de charge montrent que celles-ci sont plus importantes dans un écoulement
turbulent que dans le cas d'un écoulement laminaire (voir la courbe j(U) ). En effet, la structure
tourbillonnaire de l'écoulement (ou l'agitation turbulente) fait dissiper de l'énergie qui se traduit par
des pertes de charge supplémentaires.

c - Mesures des vitesses

Les mesures des vitesses, en permanent, montrent que les grandeurs présentent des variations
instantanées et aléatoires en écoulements turbulents, ce qui n'est pas le cas en écoulements
laminaires (voir figure). Ces fluctuations sont généralement de hautes fréquences (jusqu'à

Par ailleurs, rappelons qu'en écoulement laminaire permanent et homogène en x, le profil de vitesse
longitudinale dans une conduite circulaire (de rayon R) ou dans une conduite rectangulaire (de
hauteur 2.h) a une forme parabolique. La vitesse est alors donnée par :

U( r ) =
a

[
R 2 − r2 ] ou U ( y) =
a y 
ν 
h −
y
2 
(1.10a)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-20


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Où a est le gradient longitudinal de la pression (a = −ρ-1 dP / dx).

Par contre, quand l'écoulement devient turbulent, le profil de vitesse "moyenne" est loin d'être
parabolique. Les mesures montrent en effet qu'il est plus uniforme, à cause de la capacité de
brassage intense (ou de mélange) entre différentes zones par la structure tourbillonnaire de
l'écoulement turbulent. Le profil de vitesse moyenne dans ce cas peut être lissé par une loi de type:
1
y
U( y ) = U Max   n (1.10b)
 R

La transition laminaire-turbulent est due principalement à une perte de stabilité de l'écoulement


laminaire par une perturbation quelconque (rugosité de la paroi, les conditions aux limites, impureté
dans l'eau, etc.) qui s'amplifie ensuite d'une manière aléatoire.

C'est Reynolds (en 1883) qui est le premier à mettre en évidence, expérimentalement, le critère de
similitude de la transition dans une conduite circulaire. Ce critère se base sur un nombre
adimensionnel, qui permet de caractériser le régime d'écoulement, appelé nombre de Reynolds
(noté Re ) définit par :

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-21


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<U> D
Re = (1.11)
ν
Où D est le diamètre du tube et <U> est la vitesse débitante (=Débit/Section).

Si Re < 2 000 : l'écoulement est laminaire

Si Re > 3 000 : l'écoulement est généralement turbulent

Entre les deux régimes (2 000 < Re < 3 000), il existe une zone de transition.

Il est en effet difficile de déterminer expérimentalement un nombre de Reynolds critique (Recr) précis
et universel pour lequel l'écoulement laminaire devient turbulent. On admet en général que Re cr ≅
2 300.

Ce résultat a été ensuite généralisé au cas des écoulements dans n'importe quel milieu en remplaçant
le diamètre de la conduite circulaire D, qui intervient dans l'expression du nombre de Reynolds, par
le diamètre hydraulique DH définit par :

S
DH = 4 . R H = 4 (1.12)
Pm

Où RH est le rayon hydraulique, S est la section de l'écoulement et Pm est le périmètre mouillé.


Notons que pour le cas d'écoulement dans un milieu très large par rapport à sa hauteur h (milieu
lagunaire ou marin), le rayon hydraulique est RH ≅ h.

Un bref calcul : a)- Dans une conduite de diamètre 1,250 m, la vitesse de l'eau (de
viscosité cinématique ν = 10-6 m2/s), en régime laminaire , doit être inférieure à 1,6 mm/s. Il
faudrait alors 2 ans pour que l'eau puisse parcourir la distance de 100 Km (entre le Barrage
Kasseb et Tunis, puisque ce barrage alimente Tunis en eau potable) !!!.
Avec une vitesse de 1 m/s, par contre, l'écoulement est turbulent (puisque Re = 1,25.106) et il
faudrait seulement 28 heures pour la même distance.

b)- Dans un lac de profondeur moyenne h = 2,5 mètres, la vitesse de l'eau doit être
inférieure à 0,2 mm/s pour que l'écoulement soit laminaire (eau presque stagnante) !!!.
Si h = 25 m (zone marine), la vitesse doit être inférieure à 0,02 mm/s (eau stagnante)
!!!.

Actuellement, plusieurs théories existent sur la transition : les théories de la stabilité des écoulements
laminaires. Ces théories sont basées sur l'introduction d'une perturbation (généralement sinusoïdale)
de l'écoulement laminaire parallèle et d'étudier ensuite son évolution. Si l'écoulement est stable
(laminaire), la perturbation s'amortie, alors que si l'écoulement est instable (peut devenir
turbulent) la perturbation s'amplifie.

1.2.2 - Caractéristiques d'un écoulement turbulent

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Proposition d'une définition de la turbulence : "L'écoulement turbulent est une condition naturelle
et fréquente du mouvement d'un fluide visqueux, dans lequel les diverses grandeurs présentent
des variations aléatoires dans l'espace et dans le temps, de telle sorte que des valeurs
moyennes statistiquement distinctes puissent être définies".

Caractéristiques de la turbulence :

• Le mouvement turbulent se caractérise par la présence, au sein de l'écoulement général, de


mouvements secondaires (une structure tourbillonnaire de différentes tailles) et désordonnés,
ne présentant aucune organisation régulière ou périodique. C'est ce qu'on appelle aussi de
l'agitation turbulente.

~ ~ ~ ~ ~ ~
• Dans un écoulement turbulent, toutes les grandeurs caractéristiques ( U, V, W, P, T, C, etc. )
présentent des variations spatio-temporelles aléatoires, liées à cette structure tourbillonnaire.

• L'écoulement turbulent est toujours tridimensionnel, même si le mouvement moyen est mono ou
bidimensionnel.

• La turbulence est un phénomène diffusif, c'est un autre mode de transport par le mouvement
d'agitation.

• La turbulence est un phénomène dissipatif, en raison des mouvements des tourbillons et sous
l'action des forces de viscosité.

• La turbulence est un phénomène non linéaire, le découplage entre mouvement moyen et


mouvement turbulent n'est pas possible.

• La turbulence se caractérise en tout point, principalement, par l'énergie cinétique associée au


mouvement d'agitation.

• Le fluide en écoulement turbulent peut toujours être considéré comme un milieu continu.

Les principales conséquences de ces caractéristiques, comme nous l'avons indiqué plus haut, sont les
pertes de charge, qui sont plus importantes dans les écoulements turbulents, et les profils de
toutes les grandeurs moyennes, qui sont plus uniformes dans la section de l'écoulement, à cause
de la diffusion turbulente (ou le mélange par les tourbillons).

1.2.3 - Les moyens d'étude des écoulements turbulents

Toute étude de la "turbulence en mécanique des fluides" est confrontée aux deux traits suivants :
l'évidence du phénomène et la diversité de ses manifestations. En effet, la quasi-totalité des
écoulements de fluides, rencontrés dans la nature ou dans le secteur industriel, sont turbulents.
Contrairement à d'autres phénomènes de la physique macroscopique, l'observation de la turbulence
en mécanique des fluides relève d'expériences de la vie courante. De fait, c'est sous ce régime que se
présentent la plupart des écoulements "naturels" des fluides usuels que sont l'air et l'eau.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-23


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Cette évidence du phénomène parait plus paradoxale en regard des difficultés de compréhension et
de modélisation de ces écoulements. L'autre élément majeur est l'extrême diversité des
manifestations de la turbulence dans les mouvements de fluides.

La nature est la première à fournir une très grande variété d'illustrations des écoulements turbulents
à travers, par exemple : les mouvements de fluides "biologiques" (tels que le sang) et les mouvements
de "géofluides" (vent atmosphérique, courants fluviaux, lacustres et marins, rivières débouchant en
mer, etc.).

Le monde industriel et celui de laboratoire apportent eux aussi une extrême diversité des
écoulements turbulents dans des secteurs tels que : l'hydraulique (hydrodynamique des ouvrages, des
conduites, des machines, ...), l'aéronautique (aérodynamique externe des avions et autres engins,
aérodynamique interne des moteurs, ...), l'énergétique et la thermique (combustion, machines
thermiques, échangeurs, ...) et le génie des procédés (génie chimique, génie pétrolier, génie nucléaire,
...).

Ainsi, tant par la nature des fluides mis en jeu que par les conditions de mouvement, il existe une très
grande variété d'écoulements turbulents. En dépit de cette diversité, ils présentent tous un certain
nombre de propriétés communes, ce qui justifie de considérer qu'ils constituent un même régime de
mouvement : des écoulements turbulents où les divers paramètres caractéristiques présentent des
variations spatio-temporelles aléatoires. Ce phénomène confère à ces écoulements le caractère
tridimensionnel, même si le mouvement moyen est mono ou bidimensionnel, et induit ainsi des
difficultés de compréhension et de modélisation.

D'autre part, une caractéristique importante de la turbulence réside dans son effet de "mémoire
spatio-temporelle". Ainsi, les fluctuations observées en un point du champ et à un instant donné ne
sont pas décorrélées de celles situées dans un certain "voisinage", au double sens d'une localisation
dans l'espace et dans le temps. De ce fait, l'étude de la turbulence ne peut se réduire aux seules
grandeurs statistiques définies en un seul point : il faut prendre en compte une description "multi-
points".

L'étude, l'analyse et la prédiction de ces écoulements ont constitué et constituent toujours des
problèmes majeurs posés aux ingénieurs et aux chercheurs : la connaissance du mouvement moyen
d'une part et la connaissance du mouvement fluctuant d'autre part. En effet, la turbulence contrôle
aussi le transfert d'énergie et de masse au sein de ces écoulements, par la diffusion générée par le
mouvement d'agitation.

Les moyens d'étude dont nous disposons actuellement :

− Les modèles physiques

Ces méthodes (prototype grandeur nature, modèle réduit) induisent des coûts élevés, parfois
excessifs, et sont techniquement peu envisageables : difficultés d'obtention d'une similitude totale et
d'une bonne reproduction des conditions aux limites.

− Les solutions analytiques et les lois empiriques

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-24


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Ces méthodes sont à une portée très limitée aux écoulements simples avec peu de paramètres. Elles
restent aussi limitées aux écoulements à 1D avec des hypothèses incompatibles avec la réalité dans
certains cas.

− Les modèles mathématiques numériques

Il s'agit des méthodes modernes de prédétermination des écoulements en général, incluant les
écoulements turbulents. Ces nouvelles voies, qui sont actuellement largement utilisées, ont été
rendues possibles principalement grâce à l'avènement des ordinateurs de plus en plus puissants et le
développement des méthodes numériques.

Le développement considérable des techniques de mesures expérimentales (les anémomètres à fil et


film chauds, les anémomètres Laser, la vélocimétrie ultrasonore, les images numériques par des
caméras vidéo CCD, etc.) a permis une analyse physique fine des écoulements sur laquelle s'appuie
la mise au point de modèles numériques dans des configurations de plus en plus complexes.

1.3 - Equations locales moyennées :

1.3.1 - Les moyennes temporelles

a )- Définition :

Puisque toutes les grandeurs présentent des variations instantanées et aléatoires. Elles ne sont pas
alors observables (ou vérifiables) expérimentalement. Ainsi, on définit des moyennes temporelles de
toutes ces caractéristiques qui sont plus facilement accessibles.

~ ( X, t ) un champ scalaire, vectoriel ou tensoriel instantané, où X = (x, y, z). On appelle G la


Soit G
~ ( X, t) :
valeur moyenne dans le temps de G

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-25


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

En pratique, on intègre sur un temps to suffisamment important pour filtrer (ou masquer) toutes les
fluctuations liées à la turbulence (soit quelques dizaines de secondes).

La définition de moyenne (1.13a) n'a vraiment de sens que pour les écoulements permanents en
moyenne pour lesquels G = G (X). Ils existent, cependant, des écoulements pour lesquels les
grandeurs moyennes ne sont pas indépendantes du temps (exemple : la vitesse d'échange entre une
lagune et la mer soumise à la marée de période 12 heures). En pratique, on conçoit qu'on puisse
substituer à (1.13a) la définition suivante de la moyenne temporelle G (X, t) :

t +t o ~
1 ~ ( X, t ' ) dt ' ∂G ∂G
G( X, t ) =
to
∫ G avec
∂t
<<
∂t
(1.13b)
t

Dans laquelle le temps d'intégration to doit être énorme par rapport à te (une échelle de temps
caractéristique de la turbulence, liée aux "gros tourbillons"), pour filtrer les fluctuations
turbulentes, et très faible devant t1 (une échelle de temps caractéristique de l'instationnarité
"lente" du mouvement moyen), pour garder le caractère transitoire des grandeurs moyennes :

te << to << t1

Exemple : Si U ~ 0,2 m/s et h ~ 5 m, alors te ~ h/U ~ 25 secondes,


et si t1 ~ 12 heures, la condition ci-dessus est réalisée
si on prend : to ~ 5 minutes.

b )- Décomposition des grandeurs instantanées :

~ ( X, t ) est alors décomposée en deux grandeurs :


Chaque grandeur instantanée et aléatoire G

~ ( X, t ) = G (X, t) + g' (X, t)


G (1.14)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-26


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

~ à cette moyenne
Dans laquelle G est la valeur moyenne, définie par (1.13), et g' est l'écart de G
(ou la grandeur fluctuante liée à la turbulence). Notons que, par définition, la moyenne de g' est
nulle : g' = 0.

~ ~ ~ ~ ~ ~
En écoulement turbulent, toutes les grandeurs instantanées ( U, V, W, P, T, C, etc. ), décrites par
les équations locales instantanées (présentées en §1.1), sont décomposées, selon (1.14) en valeurs
moyennes dans le temps et valeurs fluctuantes :

~ ~ = V + v' , ~ = W + w'
U = U + u' , V W

~ ~ ~
P = P + p' , T = T + T' et C = C + c'

[
ρ1 = ρ o −α (T − To ) + β(C − C o ) ] et ρ'1 = ρ o [ − α T '+β C ']

c )- Caractéristiques de l'opérateur de moyenne :

Rappelons que la moyenne temporelle des grandeurs fluctuantes est nulle ( u' i = 0 , p' = 0 , etc.),
mais que les corrélations doubles (ou les termes quadratiques) ne peuvent pas être nulles (les
grandeurs instantanées, aléatoires, sont généralement décorrélées) :

u'i 2 ≠ 0 ; u'i u' j ≠ 0 ; etc. ∀ i, j

Par définition, l'opérateur de la moyenne temporelle définit par (1.13) a les propriétés suivantes :

U i + U j = Ui + U j ; Ui u ' j = 0 ; a . U i = a. U i si a = constante

Ui . U j = Ui . U j ; U i . U j = U i . U j + u'i u ' j ∀ i, j

et ∂ Ui / ∂s = ∂ U i / ∂s pour s = x , y , z ou t (1.15)

−u' i u' j
Notons que les rapports ( ) sont appelés les coefficients d'intercorrélation.
Ui U j

1.3.2 - Equations de Reynolds

Nous reprenons maintenant les équations locales instantanées (équations 1.1 à 1.4) dans lesquelles
~ par sa décomposition ( G +g'). Ensuite, nous faisons la
nous remplaçons chaque grandeur G
moyenne temporelle des équations (la turbulence étant un phénomène du continu, en chaque
point de l'espace et à chaque instant sont vérifiées les équations de mécanique des fluides, elles le

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-27


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

seront en moyenne sur un temps d'intégration to). Nous retrouvons alors les équations que doivent
vérifier les grandeurs locales moyennes U, V, W et P (appelées aussi équations de
Reynolds ) :

• L'équation de continuité :

∂U ∂V ∂W
+ + = 0 (1.16)
∂x ∂y ∂z

• Les équations de quantité de mouvement :

∂U ∂U ∂U ∂U 1 ∂P  ∂u'u' ∂u'v' ∂u'w' 


+U +V +W =− + ν∆U −  + + + F (1.17)
∂t ∂x ∂y ∂z ρo ∂x  ∂x ∂y ∂z  x

∂V ∂V ∂V ∂V 1 ∂P  ∂v'u' ∂v' v' ∂v'w' 


+U +V +W =− + ν∆V −  + + + F (1.18)
∂t ∂x ∂y ∂z ρo ∂y  ∂x ∂y ∂z  y

∂W ∂W ∂W ∂W 1 ∂P ∂w'u' ∂w' v' ∂w'w'  ρo + ρ1


+U +V +W =− + ν∆W −  + + − g + Fz (1.19)
∂t ∂x ∂y ∂z ρo ∂z  ∂x ∂y ∂z  ρo

Nous remarquons que, dans ces équations, des termes nouveaux apparaissent à cause de la non-
linéarité des équations de départ, provenant des corrélations entre les fluctuations turbulentes
( − u 'i u ' j ). Ces termes, composantes d'un tenseur symétrique appelé tenseur de Reynolds, sont
alors six inconnues supplémentaires. Ils représentent les contraintes turbulentes (dues à la
turbulence) qui sont, en général, plus importantes que les contraintes visqueuses (ou les interactions
moléculaires), donc ne peuvent pas être négligés.

Ainsi, nous ne disposons en effet que de 4 équations (1.16 à 1.19) avec 10 inconnues ( U i , P et
− u 'i u ' j ). Le nombre d'inconnues étant supérieur au nombre d'équations, les équations de Reynolds
n'ont pas de solution directe.

On est donc confronté à un problème de fermeture où la principale difficulté réside dans la


formulation adéquate du tenseur de Reynolds. Il faut alors faire appel à des modélisations physiques
des termes (−ρu'i u' j , notés aussi rij ) pour obtenir les équations complémentaires nécessaires :
C'est la modélisation de la turbulence.

1.3.3 - Equations de transport des grandeurs moyennes

De la même manière, nous retrouvons les équations de transport locales moyennées de la


concentration moyenne C et de la température moyenne T .

• L'équation de transport de la concentration moyenne C :

∂C ∂C ∂C ∂C  ∂c' u' ∂c' v' ∂ c' w' 


+U +V +W = D c ∆C −  + +  + Si + Se (1.20)
∂t ∂x ∂y ∂z  ∂ x ∂ y ∂ z 

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-28


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• L'équation de l’évolution de la température moyenne T :

∂T ∂T ∂T ∂T  ∂T' u' ∂T' u' ∂T' u' (ϕm + ϕt ) r


+U +V +W = k' ∆T −  + + + + (1.21)
∂t ∂x ∂y ∂z  ∂x ∂y ∂z  ρoCp ρoCp

Dans les équations (1.20) et (1.21), apparaissent aussi des nouveaux termes ( −c' u' i et −T' u' i ).
Ces termes, qui traduisent la diffusion turbulente, respectivement, de la concentration et de la
température (ou le transport par la structure tourbillonnaire de l'écoulement), sont des inconnus
supplémentaires du problème. En écoulements turbulents, ils sont, en général, plus importantes que
les termes de diffusion moléculaire, et ne peuvent donc pas être négligés.

D'autre part, un autre nouveau terme apparaît dans l'équation (1.21) "ϕ t " qui représente
l'échauffement interne du fluide par la dissipation turbulente ( ϕ t ≥0) :

ϕ t = 2 ρ o ν U'ij U 'ij

Ce terme d'échauffement interne est, en écoulement turbulent, très important devant celui de
l'échauffement par la dissipation visqueuse ( ϕ t >> ϕ m ). En effet, la dissipation due à l'agitation
turbulente (qui est macroscopique) est beaucoup plus importante que la dissipation due à l'agitation
moléculaire (qui est microscopique). Cette dissipation turbulente ϕ t est aussi une inconnue
supplémentaire du problème thermique.

Ainsi, avec une équation de chaque concentration (1.20), nous avons 4 inconnues ( C et −c' u' i ),
et avec une seule équation de la température (1.21), nous avons 5 inconnues ( T , −T' u' i et
ϕ t ). Le nombre d'inconnues étant supérieur au nombre d'équations, ces équations n'admettent pas
de solution directe.

Là aussi, nous sommes confrontés à un problème de fermeture et il faut faire appel à des
modélisations physiques de ces termes pour obtenir les relations complémentaires nécessaires à la
résolution du problème.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-29


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1.4 - Equations de l'énergie cinétique :

1.4.1 - Equation de l'énergie cinétique du mouvement moyen

L'énergie cinétique du mouvement moyen (notée K) est définie par :

1 1
K = Uj Uj = (U 2 + V 2 + W 2 ) (1.22)
2 2

L'équation de transport (ou de bilan) de l'énergie cinétique du mouvement moyen peut être obtenue
en multipliant les équations de Reynolds, de conservation de quantité de mouvement (équations 1.17,
1.18 et 1.19), respectivement par U, V et W , et en faisant ensuite la somme des trois équations.

L'équation de l'énergie cinétique du mouvement moyen s'écrit alors :

∂K
∂t
+ Uj
∂K
∂xj
∂ P
( )  (ρ + ρ )
= −  Uj + u'i u'j − 2ν Uij .Ui  − 2ν Uij.Uij + u'i u'j Uij − o 1 g Ui δi3 + Fi.Ui
∂xj ρo ρo
(1.23)

I II III IV V VI VII

L'interprétation physique de chaque terme de cette équation est la suivante :

(I) : L'évolution temporelle (ou l'accumulation).


(II) : Le transport convectif (ou la convection forcée).
(III) : Le transport diffusif de K (par la pression, la turbulence et la viscosité).
(IV) : Les pertes ( ≤ 0 ), la dissipation par le mouvement moyen
(Échauffement irréversible).
(V) : La transformation de K (≤ 0) en énergie cinétique turbulente (ou production).
(VI) : L'effet de la pesanteur (ou la flottabilité).
(VII) : L'effet de l'accélération de Coriolis.

1.4.2 - Equation de l'énergie cinétique du mouvement fluctuant

L'énergie cinétique turbulente, ou du mouvement fluctuant, (notée k) est définie par :

1 1
k = u' j u' j = (u' 2 + v' 2 + w' 2 ) (1.24)
2 2

L'équation de transport (ou de bilan) de l'énergie cinétique turbulente peut être obtenue en
multipliant les équations instantanées de Navier-Stokes, de conservation de quantité de mouvement
~ ~ ~
(équations 1.2, 1.3 et 1.4), respectivement par U, V et W , et en faisant ensuite la somme des trois
équations. Il suffit alors de faire la moyenne temporelle de l'équation et d'en déduisant l'équation de
l'énergie cinétique du mouvement moyen (1.22).

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-30


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

L'équation de l'énergie cinétique de turbulence s'écrit alors :

∂k ∂k ∂ p' u' j u'i u'i u' j  ρ' u'


+ Uj =−  + − 2ν U'ij u'i − 2ν U'ij U'ij − u'i u'j Uij − 1 i g δi3 + f 'i u'i (1.25)
∂t ∂xj ∂xj  ρo 2  ρo

I II III IV V VI VII

L'interprétation physique de chaque terme de cette équation est la suivante :

(I) : L'évolution temporelle (ou l'accumulation).


(II) : Le transport convectif (ou la convection forcée).
(III) : Le transport diffusif de k (par la pression, la turbulence et la viscosité).
(IV) : Les pertes (≤ 0 ) de k par agitation turbulente (échauffement irréversible),
ou taux de dissipation turbulente.
(V) : La production de k (≥0) par l'énergie cinétique du mouvement moyen K.
(VI) : L'effet des fluctuations liées au gradient de densité (ou à la flottabilité).
(VII) : L'effet des fluctuations liées l'accélération de Coriolis.

Généralement, le terme de production de l'énergie cinétique turbulente par le mouvement moyen


est noté " Prod " :

Pr od = − u'i u'j Uij ≥ 0 (1.26a)

Les mesures expérimentales confirment bien que ce terme est toujours positif, et qu'il est en général
beaucoup plus important que les pertes par dissipation visqueuse :

Pr od = − u'i u' j Uij >> 2 ν Uij.Uij

D'autre part, le terme de dissipation turbulente est noté " ε " :

ε = 2 ν U'ij U'ij ≥ 0 (1.26b)

1.4.3 - Cascade de l'énergie

L'analyse des équations de l'énergie cinétique (1.23 et 1.25) d'une part, et de l'équation de bilan de
l'énergie interne (1.21) d'autre part, permet d'expliquer quelques phénomènes physiques liés aux
caractéristiques des écoulements turbulents.

En effet, les pertes d'énergie cinétique du mouvement moyen par dissipation visqueuse (le terme
(IV) qui est négatif dans l'équation 1.23) se transforment en énergie interne et nous le retrouvons
sous forme d'échauffement interne (c'est le terme ϕ m ≥ 0 ) dans l'équation (1.21). Ce transfert
d'énergie est dominant principalement en écoulements laminaires.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-31


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

En écoulements turbulents, d'autres modes de transferts d'énergie sont dominants. D'une part, les
pertes d'énergie cinétique turbulente par dissipation turbulente (le terme −ε = 0 dans l'équation
1.25) se transforment en échauffement interne (c'est le terme ϕ t ≥ 0 dans l'équation 1.21).
Comme nous l'avons signalé, cet échauffement interne est beaucoup plus important que celui de la
dissipation visqueuse. Ceci explique d'ailleurs le caractère dissipatif des écoulements turbulents.

D'autre part, les pertes d'énergie cinétique du mouvement moyen par la production de la
turbulence (le terme −Prod = 0 , dans l'équation 1.23) se transforment en énergie cinétique
turbulente, et nous le retrouvons sous forme production (c'est +Prod = 0) dans l'équation (1.25).

Ce terme de transfert d'énergie, qui est nul en écoulements laminaires où les grandeurs ne sont pas
fluctuantes, explique comment la turbulence est alimentée par le mouvement moyen. Ainsi,
quand un écoulement devient turbulent, il le restera tant que le mouvement moyen existe. La
turbulence ne s'amplifie pas à cause de la dissipation turbulente.

En écoulement turbulent, l'échauffement interne se fait donc principalement à partir du mouvement


moyen via l'énergie cinétique turbulente : l'énergie passe des grandes échelles vers les petites échelles
qui sont dissipatives. Sur la figure suivante, nous schématisons tous ces transferts d'énergie au
sein des écoulements turbulents.

Cascade de l'énergie en écoulement turbulent.

Notons aussi que, dans les écoulements turbulents permanents (turbulence développée), nous
retrouvons un équilibre entre les moyennes spatiales (par exemple, dans la section d'une
conduite, en écoulement homogène) des termes de production de la turbulence et de la dissipation
turbulente :

< Prod > = < ε >

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-32


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

1.5 - Aperçu sur les techniques expérimentales :

1.5.1 - Nécessité de mesures des vitesses instantanées

Rappelons que la tendance mondiale actuelle de l'étude des écoulements turbulents s'oriente vers la
mise au point de modèles numériques de prédétermination de ces écoulements. Cette modélisation
se base sur la proposition de lois de fermeture pour compléter les équations présentées en §1.3.

Malgré les nombreux développements de ces modèles, nous ne disposons pas actuellement d'un
modèle "universel" capable de représenter tous les écoulements turbulents. En effet, l'agitation
turbulente au sein de l'écoulement lui confère une structure complexe, et tous les phénomènes de
transferts d'énergie et de masse sont actuellement loin d'être tous maîtrisés.

A ce propos, et à titre d'exemples, nous pouvons citer quelques configurations d'écoulements


complexes d'eau encore mal compris : les interactions ondes-mouvement moyen-turbulence sous les
vagues de vent dans les eaux de surface, les interactions dynamiques fluide-fluide et fluide-paroi et
de la turbulence dans les écoulements diphasiques à fort taux de présence de gaz, les transferts de
quantité de mouvement et de masse aux interfaces en milieu réactif et en particulier dans les réacteurs
gaz-liquide largement utilisés en génie des procédés, etc. Dans le domaine de l'énergétique, d'autres
écoulements complexes attirent toujours les chercheurs de part le monde : la ventilation à l'intérieur
des parois de bâtiments, la convection mixte en cavité ouverte pour mieux cerner les lois d'échanges
fluide-paroi, la convection naturelle de type Rayleigh-Bénard, les écoulements instationnaires en
milieu réactif comme pour le cas de la combustion, etc.

Rappelons que pour proposer de nouveaux modèles de prédétermination des écoulements turbulents
ou des nouvelles lois de fermeture dans des configurations de références, on s'appuie généralement
sur l'analyse expérimentale. En effet, le seul moyen de validation de ces modèles demeure la
comparaison des résultats numériques à ceux que fournit l'expérience. C'est la démarche générale
adoptée pour la mise au point de nouveaux modèles ou pour tester des nouvelles idées théoriques.

D'autre part, dans plusieurs configurations, l'analyse expérimentale permet aussi de compléter les
modèles en spécifiant les conditions aux limites particulières de chaque configuration, c'est la
démarche générale.

Ainsi, actuellement, la mesure des vitesses et des caractéristiques turbulentes des écoulements ne
s'est jamais avérée autant indispensable pour constituer des banques de données expérimentales.
Ces données permettent de mieux comprendre la structure de la turbulence et ses phénomènes d'une
part, de développer et faire progresser l'approche de modélisation d'autre part.

Dans ce qui suit, nous allons présenter les principales techniques de mesures des vitesses
instantanées disponibles actuellement, ainsi que le principe de base de leur fonctionnement. Pour plus
de détails concernant ces techniques expérimentales, nous renvoyons le lecteur aux documents
spécialisés dans ce domaine (voir, par exemple, Moussa, 1999).

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-33


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

1.5.2 - Mesures des vitesses instantanées locales

Actuellement, les grandeurs instantanées des vitesses sont, expérimentalement, accessibles par
plusieurs techniques. Le calcul numérique (ou statistique) permet ensuite d'en déduire les grandeurs
moyennes, les grandeurs fluctuantes et les écarts types. Parmi les techniques de mesures locales nous
citons les anémomètres à fils et films chauds et les anémomètres Laser à effet Doppler.

a) - L'anémomètrie à fils et films chauds :

La technique des "fils et films chauds " (ou H.W.A : "Hot Wire Anemometry") a eu un grand
succès et a permis l'accès expérimentalement à toutes les caractéristiques de l'écoulement : grandeurs
moyennes et fluctuantes, énergie cinétique turbulente ou les composantes du tenseur de Reynolds, et
de déduire des estimations du taux de dissipation turbulente.

Le principe général du fonctionnement des anémomètres à fil chaud (ou à film chaud) est basé sur le
bilan thermique autour d'un élément thermo-résistant porté à une température supérieure à celle du
fluide en mouvement. Il s'agit d'un fil conducteur chauffé par un courant électrique et placé dans
l'écoulement. L'élément sensible (fil en Tungstène ou en platine de diamètre 5 à 1 µm, ou film en
Nickel), qui est fixé entre 2 broches métalliques, est maintenu à résistance constante par
asservissement (un pont Wheatstone) et les variations du courant (de la tension E) sont seulement
fonctions des variations de la vitesse du fluide.

~
Après l'étalonnage de la sonde, la valeur instantanée de la tension linéarisée E fournie par
~
l'anémomètre permet de déduire la composante normale instantanée de la vitesse U n . En utilisant
des sondes à 2 fils perpendiculaires (ou 3 fils), on peut mesurer 2 composantes (ou 3 composantes)
de la vitesse locale. Le traitement statistique des valeurs instantanées permet ensuite d'accéder aux
vitesses moyennes et aux éléments du tenseur de Reynolds.

Cette technique a été largement utilisée et a ainsi contribué aux développements remarquables
observés des modèles de turbulence. En revanche, l'inconvénient de cette technique, tout comme les
tubes de Pitot et les moulinets, est la présence de la sonde au sein de l'écoulement qui génère des
perturbations non négligeables altérant toute mesure.

b) - L'anémomètrie Laser à effet Doppler :

Le développement de techniques non intrusives est devenu alors indispensable. Dans ce but,
l'optique s'est montrée très créative. L'arrivée du laser, dans les années 50, était un élément très
important dans ce domaine. Une de ces techniques est l'Anémométrie Laser à effet Doppler (ou
L.D.A : "Laser Doppler Anemometry"), dont le potentiel d'application est particulièrement vaste
(de l'ordre du cm/s jusqu'aux écoulements subsoniques). Elle permet d'accéder à l'information
concernant une composante de la vitesse, deux composantes et même trois composantes.

Le croisement des deux faisceaux issus du même laser (généralement à Argon) en un point
d'intersection (appelé "volume de mesure", de dimension quelques dixièmes de millimètre) permet de
créer un système de franges d'Young. La vitesse instantanée d'une particule située dans le volume de
mesure est donnée par la fréquence Doppler (c'est la différence entre la fréquence source et celle
qui est émise par la particule). Il faut aussi placer un récepteur (appelé "photomutiplicateur") pour

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-34


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

recueillir la lumière diffusée par les particules. L'analyse en fréquence du signal (par des techniques
de comptage, par exemple) permet ensuite d'accéder à la vitesse instantanée.

L'utilisation, en même temps, des radiations laser de différentes couleurs (bleu, vert et violet) et
des filtres interférentiels (au niveau des récepteurs) permet de mesurer 2 ou 3 composantes de la
vitesse instantanée. Notons enfin que les anémomètres laser nécessitent des parois et un fluide
transparents à la lumière, ce qui est une limitation importante du champ d'utilisation de cette
technique.

1.5.3 - Mesures de la répartition spatiale des vitesses instantanées

Toutes les méthodes citées plus haut se limitent aux études locales des écoulements, ce qui limite
considérablement leur champ d'utilisation. Ainsi, le développement de techniques de mesures de la
répartition spatiale des vitesses instantanées est devenu aussi indispensable pour l'analyse
expérimentale de bon nombre d'écoulements complexes.

a) - La vélocimétrie ultrasonore :

Une autre utilisation de l'effet Doppler a été ensuite adaptée aux mesures des vitesses instantanées
dans les fluides : Il s'agit de la Vélocimétrie Doppler Ultrasonore (ou U.D.V : "Ultrasound
Doppler Velocimetry"). Cette technique, qui est aussi non intrusive, présente en effet, par rapport à
l'Anémométrie Laser, deux avantages fondamentaux. Le premier avantage c'est quelle peut être
utilisée pour mesurer des vitesses à l'intérieur des conduites (ou canaux) à parois non transparentes
(quelque soit le type de matériau) et dans les fluides non transparents. Le second avantage est l'accès
direct à la répartition axiale des vitesses instantanées. En effet, la vélocimétrie ultrasonore permet de
déterminer tout un profil de vitesses dans un axe (et sur une profondeur) préalablement choisi. Ces
vélocimètres sont surtout utilisés actuellement pour la mesure du débit.

Comme son nom l'indique, la Vélocimétrie Doppler Ultrasonore est basée sur l'effet Doppler : la
variation de fréquence entre une onde acoustique (ou électromagnétique) émise par une source et
celle reçue par un récepteur (la fréquence des ondes rétrodiffusées par les particules dans le fluide en
mouvement). La mesure de la fréquence Doppler permet de remonter jusqu'à la valeur de la vitesse
instantanée de la particule.

b) - La vélocimétrie par images de particules :

Plus récemment, vers la fin des années 70, des méthodes optiques complémentaires à la précédente
ont été créées, permettant d'obtenir des informations qualitatives et quantitatives sur l'évolution
spatio-temporelle des écoulements. Celles-ci exploitent des enregistrements d'images de particules
que l'on éclaire avec un plan de lumière (le laser à impulsion), à des instants parfaitement maîtrisés :
ce sont les techniques de "Vélocimétrie par Images de Particules" (ou P.I.V : "Particle Image
Velocimetry").

Le fluide en mouvement est préalablement ensemencé en fines particules qui sont utilisées comme
traceurs (en polyamide Nylon, en verre, en polymère, en farine de froment, en fumée d'huile, etc.),
Ces particules doivent être de densité proche de 1 et de faible diamètre (entre 1 et 80 µm), pour

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-35


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

assurer un suivi fidèle du fluide. Elles doivent aussi avoir une grande capacité de diffusion de la
lumière.

La P.I.V connaît en ce moment un développement considérable. Les différentes raisons de ce


développement sont liées d'une part aux progrès de l'informatique et à l'arrivée des images
numériques directement obtenues par les caméras vidéo CCD ("Charge Coupled Device"), pour le
stockage d'images, et d'autre part aux besoins, tant pour les laboratoires que pour les industriels, de
connaître rapidement l'ensemble d'un champ de vitesses de l'écoulement. Cette technique a conduit à
affiner la connaissance des phénomènes par une compréhension plus détaillée de bon nombre
d'écoulements.

1.6 - Modélisation des écoulements turbulents :

1.6.1 - Nécessité des modèles en écoulements turbulents

La résolution numérique des équations complètes instantanées présentées en §1.1 est relativement
simple pour les écoulements laminaires. Pour le cas des écoulements turbulents, par contre, cette
résolution se heurte à deux difficultés.

a) - Difficulté numérique :

Les équations instantanées, qui sont aux dérivées partielles du second ordre et non linéaires,
nécessitent une certaine technique de discrétisation qui conditionne la stabilité du schéma de
résolution numérique adopté. Cette stabilité dépend principalement du nombre de Reynolds, ce qui
fait que les techniques classiques de résolution numérique sont généralement non stables en
écoulements turbulents.

b) - Difficulté physique :

D'une part, les écoulements turbulents ont une structure tourbillonnaire à très petites échelles (en
présence de gros tourbillons mais aussi de micro-tourbillons) dont la dimension caractéristique peut
aller jusqu'à 0,1 mm. D'autre part, les divers paramètres présentent des fluctuations de très hautes
fréquences (jusqu'à quelques kHz). Ces caractéristiques imposent à tout modèle de résolution
numérique des équations instantanées un maillage de l'espace très fin (tout au plus de l'ordre de
0,1 mm) et un pas de temps très faible (tout au plus de l'ordre de 0,001 s). Ces contraintes,
surtout pour les écoulements tri-dimensionnels, imposent l'utilisation de super calculateurs : rapidité
de calcul (sinon il faudrait un temps de calcul énorme) et une très grande capacité de mémoire (pour
stocker les résultats).

Compte tenu de ces difficultés, il est actuellement très difficile de résoudre les équations instantanées.
Les résolutions numériques des équations moyennées (présentées en §1.3) sont, par contre, tout à
fait envisageables actuellement. Ces nouvelles voies ont été rendues possibles grâce à l'avènement
des ordinateurs de plus en plus puissants.

Toutefois, la résolution de ces équations passe inévitablement par la modélisation de la turbulence.


Un modèle de turbulence est un système d'équations, contenant les corrélations en nombre
suffisant pour permettre l'obtention de la solution. Ainsi, la modélisation de la turbulence consiste

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-36


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

à trouver des équations ou des relations algébriques supplémentaires pour fermer les équations
moyennées (c'est-à-dire avoir autant d'équations que d'inconnues).
Signalons enfin que la résolution des équations instantanées, ou les simulations numériques
directes (D.N.S. ou "Direct Numerical Simulation"), pour un bon nombre d'écoulements,
commencent à gagner du terrain mais elle est actuellement au niveau de la recherche.

1.6.2 - Les bases de la modélisation de la turbulence

Rappelons que la modélisation de la turbulence consiste, en plus des équations moyennes (1.16 à
1.21), à trouver des équations ou des relations algébriques supplémentaires pour fermer le
problème. En effet, ces équations moyennées contiennent des termes de contraintes turbulentes, ou
de diffusion turbulente, qui sont non négligeables et des inconnues supplémentaires.

La démarche qui est généralement adoptée pour la mise au point de modèles de turbulence
nécessite les trois étapes suivantes, avec des allées et retours :

• Choix et formulation des hypothèses (équations ou relations supplémentaires)


• Résolution numérique du système d'équations ainsi fermé
• Comparaison des résultats numériques avec l'expérience.

Dans ce qui suit, nous allons principalement présenter les bases des modèles de turbulence par
fermeture au point.

La modélisation des termes supplémentaires, des équations moyennées, de contraintes turbulentes


(ou de diffusion turbulente) se base sur l'analyse physique de leur effet. Puisque ces termes jouent les
mêmes rôles dans les bilans que les termes de contraintes visqueuses (ou de diffusion visqueuse), il
s'agit en général de leur donner la même forme en introduisant les caractéristiques de la turbulence de
l'écoulement à la place des caractéristiques moléculaires du fluide.

Ainsi, les contraintes turbulentes de Reynolds, qui apparaissent dans les équations (1.17) à (1.19),
sont exprimées suivant l'hypothèse de gradient de Boussinesq, en fonction du tenseur de
déformation Uij associé au champ de vitesse moyenne et en introduisant le concept de viscosité
cinématique turbulente (ou diffusivité turbulente) ν t :

 ∂U ∂U j 
− u'i u ' j = ν t  i +  − 2 k δ ij (1.26)
 ∂x j ∂x i  3

Ainsi, tout le problème de fermeture des équations de Reynolds est ramené à la détermination de la
viscosité turbulente ν t.

De la même manière, et par analogie avec la diffusion moléculaire, les termes de diffusion
turbulente qui apparaissent dans les équations (1.20) et (1.21) sont exprimés par des lois de
fermeture de type gradients :

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-37


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

 ∂C 
− c' u ' j = D t  
 (1.27)

 j
x

 ∂T 
− T ' u ' j = a t  
 (1.28)
 ∂x j 

Où Dt et at (en m2/s) sont, respectivement, le coefficient de diffusion turbulente et la diffusivité


thermique turbulente.

Ainsi, le problème de fermeture des équations (1.20) et (1.21) est ramené à la détermination de Dt
et at.

En général, en turbulence développée, ces grandeurs turbulentes sont énormes devant les propriétés
physiques (moléculaires) du fluide :

ν << ν t
Dc << Dt
k’ << at

Les grandeurs turbulentes (ν t , Dt et at), introduites dans ces lois de fermeture, ne sont pas des
propriétés physiques du fluide mais des caractéristiques des champs de variables au sein de
l'écoulement (les effets de l'agitation turbulente). Elles sont sensibles, en particulier, aux conditions
aux limites. Par exemple, près des parois ou près d'interfaces de densité, la turbulence est détruite
alors que les gradients (de vitesses, de température ou de concentrations) sont importants. Dans ces
conditions : ν t , Dt , at → 0.

Des nombres non-dimensionnels, propriétés de l'écoulement, sont aussi définis :

νt
• Le nombre de Prandtl turbulent : Prt =
at

νt
• Le nombre de Schmidt turbulent : Sc t =
Dt

Généralement, pour simplifier le problème de fermeture des équations moyennées, on admet que ces
nombres sont égaux à des constantes (voire égaux à 1, pour les cas d'écoulements où les effets
des gradients de densité sont très faibles ou quand la température et la concentration sont
passifs vis-à-vis de la turbulence), d'où le rôle important que joue la viscosité cinématique
turbulente.

La modélisation de la diffusion turbulente par les lois de gradient (1.26 à 1.28) constitue une des
fermetures au point les plus simples : elle suppose qu'un équilibre local est réalisé, c'est à dire, en
général, que le transport convectif-diffusif des champs fluctuants (ou de l'énergie cinétique turbulente)
est peu important.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-38


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

La multiplicité des modèles : Elle est due à l'inexistence actuelle d'un modèle de turbulence
"universel", capable de représenter tous les écoulements turbulents. En effet, pour chaque cas, ou
classe, d'écoulement on tente d'élaborer un modèle.

Ainsi, on distingue les modèles à zéro, à une, à deux (qui se basent sur les lois de gradient
présentées plus haut) ou à plusieurs équations de transport. Ces derniers modèles se basent sur
l'écriture des équations de transport des tenseurs d'ordre deux de diffusivité, pour tenter de
représenter l'anisotropie de l'écoulement. En général, on fait coïncider les directions principales des
tenseurs avec les directions "privilégiées" de l'écoulement moyen.

Dans ce qui suit, nous allons présenter une revue des principaux modèles de turbulence tout en
se limitant aux cas de validité des hypothèses de fermeture de type gradient.

1.6.3 - Les modèles à zéro équation

Dans les modèles de turbulence à zéro équation, il s'agit d'utiliser une formulation algébrique de
la viscosité cinématique turbulente ν t. Ainsi, aux équations moyennées présentées plus haut aucune
équation de transport supplémentaire n'est ajoutée.

Dans le cas général, cette viscosité turbulente devrait être en fonction de (x, y, z, t). Plusieurs
expressions de ν t ont été proposées dans la littérature, suivant le cas étudié. Néanmoins, ces
expressions sont surtout proposées pour des écoulements permanents plans ou de symétrie de
révolution, parallèles ou quasi-parallèles (en moyenne).

Près d'une paroi solide, existe une zone appelée "zone logarithmique" où le profil perpendiculaire
de la vitesse longitudinale moyenne est donné par la loi logarithmique suivante :

U 1 z u*
= Ln ( ) + 5,5 (1.29a)
u* κ ν

Où κ est la constante de Von Karman (κ = 0,4), u* est la vitesse de frottement définie par:
u * = τ p / ρ , avec τ p est le frottement à la paroi (ou cisaillement pariétal). La zone
z u*
logarithmique est définie par : 50 ≤ ≤ 200. Dans cette zone, la viscosité turbulente à
ν
l'expression suivante :

ν t = κ u* z (1.29b)

Par analogie avec les phénomènes de diffusion moléculaire (ce qui est fondamentalement erroné),
Prandtl a introduit le concept de longueur de mélange l m tel que pour les écoulements cisaillés
parallèles ou quasi-parallèles :

∂U
ν t = l 2m (1.30)
∂z

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-39


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

L'expression de la longueur de mélange est connue seulement pour quelques cas d'écoulements
simples (jets, zone de mélange, sillage, zone de paroi). Pour des écoulements à 3 dimensions,
l'expression (1.30) est loin d'être vérifiée.

1.6.4 - Les modèles à une équation

Dans les modèles à une équation, on cherche à prendre en compte les propriétés de transport de la
turbulence en introduisant des équations d'évolution de grandeurs caractéristiques du champ des
fluctuations. Deux grandeurs jouent un rôle fondamental dans les mécanismes de dégradation et
dissipation de l'énergie cinétique du mouvement moyen : ce sont l'énergie cinétique turbulente k
et le taux de dissipation turbulente ε .

(k, ε ) caractérisent, dans le concept de cascade d'énergie les grandes échelles responsables de
l'extraction de l'énergie au mouvement moyen, (ε , ν ) caractérisent les petites échelles responsables
de la transformation de l'énergie de fluctuation en énergie interne.

Dans ces conditions, l'analyse dimensionnelle suggère que la viscosité turbulente ν t soit exprimée en
fonction de l'énergie cinétique turbulente k et de la dissipation turbulente ε par l'hypothèse de
Prandtl-Kolmogorov :

k2
ν t = Cµ (1.31)
ε

Où Cµ est attendue comme constante (Cµ = 0,09), ce qui n'est pas vrai quand la diffusion turbulente
est dominante.

Le transport diffusif turbulent représenté par (1.31) est assuré par des "tourbillons" de taille l
contrôlées par (k, ε ) soit :

k 3/ 2
l ≈ (1.32a)
ε

Ce qui exprime ν t sous la forme :

ν t = C' µ k1/2 l (1.32b)

Où C'µ est une constante empirique (valeur suggérée = 0,30).

Les modèles à une équation sont fondés sur l'expression (1.32b) de ν t, des expressions de l'échelle
de longueur l (on admet généralement que l est ≈ l m) et l'équation de transport de l'énergie
cinétique turbulente k (1.25).

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-40


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Le terme diffusif (le terme III, de l'équation 1.25) est fermé aussi par une hypothèse de gradient, et
le taux de dissipation turbulente ε est exprimé par (1.32a) :

k 3/2
ε = CD ; où CD est une constante = 0,30 (1.32c)
l

Ainsi, l'équation de l'énergie cinétique turbulente devient (en négligeant aussi l'effet de la
fluctuation liée à l'accélération de Coriolis) :

∂k ∂k ∂  ν t ∂k  3/2
+ Uj =   + Prod − C D k − G (1.33)
∂t ∂x j ∂x j  σ ∂x  l
 k j

La constante σ k est généralement prise égale à 1, et G est le terme de flottabilité définit par :

ρ '1 u ' i
G= gδ i 3
ρo

Les équations moyennées, complétées par des lois de fermeture de gradient, de l'équation (1.33) et
des relations phénoménologiques exprimant l sous forme algébrique, constituent le modèle de
turbulence à une équation. La principale difficulté dans l'utilisation de ces modèles réside justement
dans la recherche d'une expression adéquate de l.

1.6.5 - Les modèles à deux équations

Pour éviter les problèmes posés par la recherche d'une relation algébrique exprimant l'échelle de
longueur utilisée dans les modèles de turbulence à une équation, il s'agit d'ajouter une équation de
transport : celle du taux de dissipation turbulente ε .

En effet, pour les grands nombres de Reynolds, dans les conditions d'isotropie locale, on peut
obtenir l'équation de ε à partir des équations de transport de l'intensité de fluctuation de la vorticité.
Dans cette équation apparaissent aussi des termes qui nécessite une fermeture de type gradient
(fermetures classiques) : le terme de diffusion turbulente et moléculaire de ε , le terme de
production de ε (incluant le double effet de l'étirement tourbillonnaire du champ fluctuant de
vorticité, d'une part par la déformation turbulente, d'autre part par le champ moyen de déformation)
et le terme de destruction de ε (qui contient les effets de la dissipation visqueuse du champ fluctuant
de vorticité).

Ainsi, dans les modèles de turbulence à deux équations (appelés aussi "les modèles k-ε "), l'énergie
cinétique turbulente et de la dissipation turbulente sont prédéterminées par leurs deux équations de
transport et la viscosité turbulente ν t est exprimée par l'hypothèse de Prandtl-Kolmogorov (1.31).

Ces modèles ont été largement utilisés, avec succès, en mécanique des fluides pour étudier un bon
nombre d'écoulements turbulents à trois dimensions. Ils constituent, actuellement, le modèle
minimum pour l'étude des écoulements 3D dans les milieux lacustres ou atmosphériques.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-41


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

L'apparition, sur le marché, de plusieurs logiciels commerciaux de calcul en mécanique des fluides
(modèles k-ε à 3D) a facilité l'accès, à ces modèles, aux utilisateurs dans le secteur industriel.
Citons, à titre d'exemple, le code de CFD PHOENICS qui est disponible à l'ENIT.

L'ensemble des équations, modélisées, des modèles de turbulence à deux équations est regroupé
dans la page suivante (d’après Rodi, 1980).

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-42


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

∂ Uj
• = 0
∂ xj

∂U i ∂U i 1 ∂P ∂  ∂Ui ∂U ∂U j  ρ o + ρ1
• + Uj =− + ν + νt ( i + ) − g δ i3 + Fi
∂t ∂x j ρo ∂x i ∂x j  ∂x j ∂x j ∂x i  ρo

∂C ∂C ∂  ∂C 
• + Uj = ( D c + D t )  + Sint + Sext
∂t ∂x j ∂x j  ∂x j 

∂T ∂T ∂  ∂T  (ϕm + ρoε) r
• + Uj = (k'+a t )  + +
∂t ∂xj ∂x j  ∂x j  ρoCp ρoCp

k2
Avec : ν t = Cµ ; Fx = 2.Ω.sinϕ V ; Fy = −2.Ω.sinϕ U et Fz ≅ 0
ε

[
ρ1 = ρ o −α (T − To ) + β(C − C o ) ] et ρ'1 = ρ o [ − α T '+β C ']

∂k ∂k ∂  ν t ∂k 
•  
∂t
+ Uj
∂x j
=
∂x j  σ ∂x  + Prod − ε − G
 k j

∂ε ∂ε ∂  ν t ∂ε 
 + C ε1 ε ( Pr od + G)(1 + C ε 3 R i ) − C ε 2 ε
2
• +Uj = 
∂t ∂x j ∂x j  σ ∂x 
 ε j k k

 ∂U ∂V 2  ∂U ∂W 2  ∂V ∂W 2  ∂U 2  ∂V 2  ∂W 2 


Où : Prod = νt  +  +  +  +  +  +2  +2  +2  
 ∂y ∂x   ∂z ∂x   ∂z ∂y   ∂x   ∂y   ∂z  
 

∂ρ
ρ '1 u ' i g ∂z
G= gδ i 3 et Ri = −
ρo ρo 2
1  ∂U i ∂U j 
 + 
2  ∂x j ∂x i 

Les valeurs "habituelles" des constantes sont :

Cµ = 0,09 ; σk = 1,0 ; σε = 1,3

Cε1 = 1,44 ; Cε2 = 1,92 ; Cε3 = 0,80

Ensemble des équations du modèle de turbulence (k-ε) : Système I

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-43


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Rappelons que les conditions aux limites qui sont généralement utilisées, près des parois solides ou
dans la zone logarithmique, sont :

− Pour les vitesses moyennes : profils logarithmiques (expression 1.29a).

− Pour l'énergie cinétique turbulente : une constante (kp = u 2* / C µ ).

u *3
− Pour le taux de dissipation turbulente : la loi ε p =
κz

1.6.6 - Autres modèles

Les modèles de turbulence présentés plus haut ne sont pas actuellement les seuls disponibles ou
utilisés. A ce propos, on peut citer les modèles de turbulence au second ordre, ou à 7 équations de
transport (incluant les équations de transport des tenseurs de Reynolds et de la dissipation
turbulente), pour tenter de représenter l'anisotropie la turbulence au sein de l'écoulement.

D'autres modèles plus modernes existent aussi telles que les simulations des grandes échelles
(L.E.S. ou "Large Eddy Simulation"), où il s'agit de reproduire numériquement, par les modèles,
toutes les grosses structures tourbillonnaires, dans les écoulements turbulents, liées à l'agitation
turbulente.

Par ailleurs, les simulations numériques directes (D.N.S. ou "Direct Numerical Simulation")
constituent aussi des nouvelles voies qui sont rendues de plus en plus possibles grâce à l'avènement
des ordinateurs de plus en plus puissants.

Toutefois, signalons que ces modèles ne sont pas actuellement adaptés aux écoulements dans les
milieux naturels de grandes étendues (dans les écosystèmes lacustres ou marins).

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-44


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Chapitre 2 :

LES MODELES INTEGRES


DES HYDROSYSTEMES

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-45


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

LES MODELES INTEGRES DES HYDROSYSTEMES


_________________________________________

2. 1 - Position du problème

2. 2 - La moyenne spatiale d'une équation de bilan


2.2.1 - Choix du domaine d'intégration
2.2.2 - Définition de la moyenne spatiale
2.2.3 - La moyenne spatiale des équations de transport

2. 3 - Les modèles intégrés sur la hauteur


2.3.1 - La base des modèles 2D
2.3.2 - Les équations des modèles hydrodynamiques à 2D
2.3.3 - Les équations de transport à 2D

2. 4 - Les modèles intégrés dans la section


2.4.1 - La base des modèles 1D
2.4.2 - Les équations des modèles hydrodynamiques à 1D
2.4.3 - Les équations de transport à 1D

2. 5 - Autres modèles intégrés dans l'espace


2.5.1 - Particularité des modèles verticaux
2.5.2 - Les modèles verticaux à 2D
2.5.3 - Les modèles verticaux à 1D

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-46


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

2.1 - Position du problème :

La modélisation des phénomènes de transport convectif diffusif dispersif dans les systèmes
aquatiques (ou hydrosystèmes : lacs, lagunes, rivières, zones côtières ou marines) s'appuie sur les
équations locales instantanées de bilans de masse, de quantité de mouvement, d'énergie interne
et de concentration (présentés en §1.1), que l'on aura préalablement simplifié et traité par une
intégration temporelle pour aboutir aux équations locales moyennées (présentées en §1.3).

Rappelons que les simplifications découlant de ces intégrations font apparaître une perte
d'informations (concernant la variabilité instantanée des variables), qui se manifeste par l'apparition
de termes diffusifs turbulents qui constituent des inconnues supplémentaires. Il faut exprimer
ensuite ces termes en fonction des grandeurs moyennes introduites pour fermer l'ensemble des
équations (c'est l'objectif de la modélisation de la turbulence présentée en §1.6).

La résolution numérique des équations locales du mouvement moyen (à trois dimensions), introduites
dans le chapitre 1 de ce document, pour une grande étendue d'eau (ce qui correspond au cas des
hydrosystèmes), et de grandes échelles de temps (quelques mois, un cycle annuel, voire quelques
années) est, sinon impossible, du moins économiquement irréaliste, compte tenu de la capacité des
calculateurs et des temps de calcul qu'elle nécessite.

Il est en effet difficile de résoudre l'ensemble des ces équations locales par rapport aux trois variables
d'espace et à la variable temps. Par ailleurs, compte tenu des caractéristiques de l'hydrosystème
étudié, nous n'avons pas besoin forcément une modélisation à 3 dimensions des phénomènes de
transport : une telle modélisation n'est pas économiquement et/ou scientifiquement justifiée.

L'opération classique de simplification des équations locales consiste à privilégier une ou deux
coordonnées d'espace, sur lesquelles les répartitions des différentes grandeurs ne s'écartent pas trop
de la moyenne spatiale. Ainsi, en s'intéressant à des moyennes sur une section droite ou sur une
direction, on peut abaisser le nombre de variables indépendantes du problème et aboutir à un
système d'équations qu'on peut résoudre aisément, pour de grandes échelles de temps, en utilisant
des micro-ordinateurs.

Le caractère turbulent des écoulements dans les hydrosystèmes joue un rôle important dans ce sens :
l'agitation turbulente se traduit par une homogénéisation des grandeurs étudiées dans le domaine
d'intégration et impose des faibles variations des grandeurs autour des moyennes spatiales. Ainsi, la
turbulence permet de justifier le passage aux moyennes spatiales des différentes grandeurs.

2.2 - La moyenne spatiale d'une équation de bilan :

2.2.1 - Choix du domaine d'intégration

Comme support du domaine d'intégration, quelques axes ou plans peuvent être adoptés. Néanmoins,
le choix de ce support doit être justifié pour chaque cas d'application.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-47


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

• L'axe vertical :
Ce sont des modèles utilisant les équations à deux dimensions du plan horizontal (x, y). Ces
modèles sont intégrés sur la verticale (sur la hauteur d'eau h de l'hydrosystème). Ils s'appliquent
généralement aux cas des estuaires peu profonds et des zones côtières peu profondes.

La notion de faible profondeur est ici "relative", elle désigne généralement l'absence de stratification
verticale de densité. Dans ces modèles, on perd bien entendu l'information sur la verticale.

• L'axe horizontal :
Ce sont des modèles intégrés sur l'axe perpendiculaire à la direction du courant moyen (sur la
largeur transversale L de l'hydrosystème), utilisant les équations à deux dimensions du plan
vertical : l'axe vertical et l'axe de l'écoulement (x, z). Ces modèles sont surtout utilisés pour les
écoulements stratifiés (les cas des estuaires profonds où la dimension transversale est faible devant
la dimension longitudinale).

• Le plan vertical :
Ce sont des modèles intégrés sur le plan vertical perpendiculaire à la direction du courant moyen :
le domaine est une section droite. Ces modèles utilisent ainsi les équations à une dimension de
l'espace : l'axe de l'écoulement moyen ( x ). Ces équations s'appliquent alors aux cas des rivières et à
certains lacs peu profonds, pour lesquels une dimension horizontale est grande devant l'autre.

• Le plan horizontal :
Ce sont des modèles intégrés sur le plan horizontal. Ils utilisent ainsi les équations à une
dimension de l'espace : l'axe vertical ( z ). Ces modèles, qui s'appliquent aux lacs très profonds,
sont utilisés dans les cas où on s'intéresse tout particulièrement à l'évolution verticale des
phénomènes et notamment à la stratification en densité et à la stabilité du système considéré.

Choix du domaine d'intégration :

Pour choisir et justifier le domaine d'intégration, la géométrie de l'hydrosystème est un paramètre clé :
la forme générale, la hauteur, la largueur, la longueur et la location des entrées/sorties.

Outre la géométrie du système étudié, la connaissance préalable des courants, l'analyse des
différentes concentrations dans l'eau (oxygène, salinité, température, azote, etc.) et les buts de l'étude
entreprise aideront à choisir et justifier le domaine d'intégration.

2.2.2 - Définition de la moyenne spatiale

Soit une grandeur locale moyenne (il s'agit ici de la moyenne temporelle) quelconque G( t , x , y , z) .

On définit alors la moyenne spatiale de cette grandeur moyenne, sur un domaine D, par :

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-48


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

1
G( t , s) = < G( t , x, y, z) > = ∫ G ( t, x, y, z) dD
D D
(2.1)

Dans la suite, et principalement pour l'alléger l'écriture


des équations, la moyenne spatiale d'une variable
quelconque, < G( t , x , y , z) > , sera simplement notée G.

Comme la moyenne temporelle, la moyenne spatiale définie par (2.1) est un opérateur linéaire.
On peut donc décomposer toute grandeur G en mettant en évidence l'écart à la moyenne spatiale
g" tel que :

G = < G > + g" = G + g" , avec <g"> = 0 (2.2a)

De plus, si G 1 et G 2 sont deux grandeurs à moyenner, on a la relation suivante :

< G 1 . G 2 > = < G 1 > < G 2 > + <g"1 g"2> = G1 . G2 + <g"1 g"2> (2.2b)

2.2.3 - La moyenne spatiale des équations de transport

Dans les équations moyennes, nous allons remplacer chaque grandeur locale par la somme de sa
moyenne spatiale et de l'écart à la moyenne spatiale. Il faut ensuite faire la moyenne spatiale (ou
l'intégration spatiale) des équations des moyennes temporelles. Cette opération de moyenne se fait
en utilisant la règle de Leibnitz suivante :

∂G ∂
∫ ∂t dD = ∂t [ D. < G >] + M (2.3a)
D

Où M représente les échanges de G à travers les frontières du domaine d'intégration D.


M est, en effet, fonction :

− des conditions aux limites de G sur la frontière,


− de la déformation même de la frontière.

Remarque : Si le domaine d'intégration est une section de conduite fermée (constante), M=0.

Les équations moyennées sur le domaine D s'écrivent, dans le cas général :

• Bilan de Masse :

∂D ∂( D U j )
+ = Mm ; j = 1 à 2 (ou 1) (2.4a)
∂t ∂x j

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-49


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

• Bilan de Quantité de Mouvement :

∂(D Ui ) ∂(D UU
+
i j)
= − −
[
1 ∂( D P) ∂ D < u'i u'j > +D < u"i u" j > ρ +ρ ]
− D o 1 gδi3 + D Fi + Mu (2.4b)
∂t ∂xj ρo ∂xi ∂xj ρo i

• Bilan de la Concentration :

∂(D C) ∂(D CUj )


+ = −
[
∂ D < c' u' j > +D < c" u" j > ]
+ D < Sint > +D < Sext > + Mc (2.4c)
∂t ∂xj ∂x j

• Bilan de la Température :

∂(D T) ∂(D TUj)


+ = −
[
∂ D < T' u' j > +D < T" u" j > <ϕ >
+D t +D
<r> ]
+ MT (2.4d)
∂t ∂x j ∂x j ρoCp ρoCp

Où M m , Mui , Mc et MT représentent respectivement les échanges de masse, de quantité de


mouvement, de la concentration et de la température aux frontières du domaine d'intégration D
(positifs pour les apports et négatifs pour les retraits).

On remarque aussi, dans les équations (2.4), l'apparition de nouveaux termes croisés qui sont les
produits des variations spatiales des grandeurs considérées. Ces termes <g" u"j >, qui sont dus à
la non uniformité des vitesses et de la grandeur G dans le domaine d'intégration, traduisent le
transport dispersif de G . Ce mode de transport est généralement plus important que les
transports diffusifs moléculaire et turbulent :

<g" u"j > >> < g' u' j >

Ces nouveaux termes, qui sont des inconnues supplémentaires du problème, nécessitent aussi une
fermeture. Les lois de fermeture utilisées généralement sont de type gradient :

∂G
< g" u"j > = − Dg (2.5)
∂x j

Où Dg sont des coefficients de dispersion (en m2/s) de G sur lesquels est rejetée la fermeture.
Généralement, la valeur de ces coefficients est déterminée soit par des mesures expérimentales,
soit par calage du modèle en se basant sur des mesures in-situ.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-50


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Remarque :

Nous avons introduit jusqu'à présent trois types de coefficients qui ont la même unité (en m2/s) :
les coefficients de diffusion moléculaire, les coefficients de diffusion turbulente, les coefficients
de dispersion.

En écoulements turbulents, nous savons que les coefficients de diffusion moléculaire sont
négligeables devant les coefficients de diffusion turbulente. Avec le passage aux moyennes
spatiales, les coefficients de diffusion turbulente, à leur tour, sont généralement négligeables
devant les coefficients de dispersion. Ainsi :

( ν , Dc , k' ) << ( ν t , Dt , at ) << ( Dui , Dci , DTi ).

Exemple : Pour l'eau, • ν = 10-6 m2/s,


• ν t : de 10-4 à 10-1 m2/s, (en milieu naturel)
• Dux : de 0 à 100 m2/s, (en milieu naturel).

Les coefficients de dispersion dépendent principalement du système considéré : ses caractéristiques


géométriques, l'état de la répartition spatiale des variables, etc..

Dans la suite de ce document, nous allons donc négliger les termes de transport diffusif (moléculaire
et turbulent) devant le terme de dispersion.

2.3 - Les modèles intégrés sur la hauteur :

2.3.1 - La base des modèles 2D

Il s'agit des modèles utilisant les équations à deux dimensions du plan horizontal (x, y). Ces
modèles sont donc intégrés sur la verticale (sur la hauteur d'eau h de l'hydrosystème). Ils
s'appliquent généralement aux cas des estuaires peu profonds et des zones côtières peu profondes,
où aucune stratification verticale de densité n'est observée. C'est en effet le cas de toutes les lagunes
et zones côtières tunisiennes.

La modélisation de l'hydrodynamique des eaux de surface peu profondes se base sur l'hypothèse
d'une répartition hydrostatique de la pression :

∂P
= −ρg ; soit : P = ρ g (Zs − z) + Patm (2.6a)
∂z

∂P ∂ Zs ∂P ∂ Zs
d'où : = ρg et = ρg (2.6b)
∂x ∂x ∂y ∂y

dans lesquelles ρ est la masse volumique de l'eau, g est l'accélération de la pesanteur, ZS est la cote
de la surface libre et Patm est la pression atmosphérique.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-51


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

La modélisation des phénomènes de transport convectif diffusif dispersif dans les systèmes
aquatiques s'appuie sur les équations locales instantanées de bilans de masse et de quantité de
mouvement (équations de Navier-Stokes) que l'on aura préalablement simplifié et intégré dans le
temps (pour aboutir aux équations de Reynolds). Ces équations sont ensuite intégrées sur la
verticale, pour aboutir aux modèles à 2 dimensions, elles s'appliquent aux estuaires peu profonds,
non stratifiés.

Chaque grandeur locale G( t , x , y , z) est alors remplacée par G(t, x, y), sa moyenne sur la hauteur
h, définie par l'expression suivante :

Zs
1
G( t , x, y) =
h ∫ G(t , x , y , z) dz (2.7)
Zf

Où Zf est la côte du fond et la hauteur d'eau est h = ZS − Zf.

2.3.2 - Les équations des modèles hydrodynamiques à 2D

Des lois de fermeture de type gradient sont utilisées pour exprimer les termes de flux turbulents
diffusifs et dispersifs. On aboutit ainsi aux équations de base des modèles 2-D intégrés sur la hauteur
h.

• L'équation de continuité :

∂ h ∂ ( hU) ∂ (hV )
+ + = mo (2.8a)
∂t ∂x ∂y

• Les équations de quantité de mouvement suivant Ox et Oy :

∂ (hU) ∂ (hUU) ∂ (hUV) ∂ Zs ∂  ∂U ∂  ∂U 


+ + = −g h +  h D xx  +  h Dxy 
∂t ∂x ∂y ∂ x ∂x  ∂x  ∂y  ∂y 
(2.8b)
1
+ ( τ Ix − τ px ) + fVh
ρ

∂ (hV) ∂ (hVU) ∂ (hVV) ∂ Zs ∂  ∂V ∂  ∂V


+ + = −g h +  h D yx  +  h D yy 
∂t ∂x ∂y ∂ y ∂x  ∂x  ∂y  ∂y 
(2.8c)
1
+ (τ Iy − τ py ) − fUh
ρ

Où mo : Flux massique à l'interface (évaporation, précipitations) et au fond (infiltration).


(positif si apport, négatif si retrait), en m/s.
U et V : Composantes suivant l'axe des x et des y de la vitesse horizontale (intégrées
sur la hauteur d'eau), en m/s.
Dxx , Dxy et Dyy : Coefficients de dispersion (en m2/s).

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-52


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

τI : frottement interfacial dû au vent, de composantes τIx et τIx (en Pa).


τp : frottement au fond, de composantes τpx et τpy (en Pa).
f : paramètre de Coriolis, lié à la rotation de la terre (f =2.Ω .sinϕ ; ϕ est la latitude).
Ω : la vitesse angulaire de rotation de la terre (Ω = 2 π / Tjour = 7,29.10-5 s -1).

Ces équations sont complétées par des lois de fermeture donnant les expressions du cisaillement à la
surface libre τI et le frottement au fond du lac τp, qui représentent les échanges de quantité de
mouvement aux frontières du domaine d'intégration (qui sont ici la surface de l'eau et le fond). Les
lois généralement adoptées pour ces termes sont les suivantes :

• Cisaillement à la surface libre :

Le cisaillement à l'interface eau/atmosphère τ I, généré par le vent, est donné en fonction de la


masse volumique de l'air ρa et la vitesse du vent W par l'expression suivante:

τI = Erreur ! CI ρa W2 (2.9a)

La direction du vent est donnée par un angle θ qu'il fait avec l'axe Ox :

τIx = τI cos θ et τIy = τI sin θ (2.9b)

La fermeture est alors rapportée sur le coefficient de frottement interfacial CI. Nous avons
proposé, pour ce coefficient, la formule suivante :
W3
CI = 10-3 a Ms0,2 avec Ms = (2.9c)
g νa
Dans laquelle ν a est la viscosité cinématique de l'air et a est un paramètre qui dépend
principalement du fetch du vent (des dimensions du lac).

• Cisaillement au fond :

Le frottement au fond du lac τ p est déduit des caractéristiques du fond et de la vitesse


d'écoulement par une formule de type Chézy :

ρg ρg
τpx = U U2 + V2 et τpy = V U2 + V2 (2.10)
C 2h C 2h

Où Ch est le coefficient de Chézy qui dépend de l'état (la rugosité) du fond.

Les valeurs des coefficients de frottement (Ch et a), ainsi que celles des coefficients de
dispersion (Dxx, Dxy et Dyy) doivent être déterminées par calage du modèle sur des mesures in-
situ. Notons que, dans le cas du lac Nord de Tunis, des tests numériques de sensibilité ont montré
que les termes de dispersion sont négligeables devant l'advection.

Les équations (2.8) sont ensuite résolues en utilisant une méthode numérique (exemples : la méthode
des différences finies, la méthode des éléments finis) dans un domaine discrétisé et défini par la
géométrie de l'hydrosystème à simuler, avec les conditions aux limites appropriées : flux nuls

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-53


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

(frontières imperméables), vitesses imposées (débits des rejets terrestres) ou hauteurs connues
(la marée au niveau des communications avec la mer, par exemple). Ainsi, la résolution numérique
conduit aux valeurs de h, U et V, en chaque nœud (ou point de calcul) du domaine. Rappelons qu'il
s'agit de vitesses (U et V) moyennées sur la hauteur d'eau.

2.3.3 - Les équations de transport à 2D

De la même manière, nous pouvons aussi écrire les équations de transport intégrées sur la verticale
(ou à 2D) de la concentration C et/ou de la température T moyennées sur la hauteur. Des lois de
fermeture de type gradient sont aussi utilisées pour exprimer les termes de dispersion.

• L'équation de transport de la Concentration :

∂ (hC) ∂ (hCU) ∂ (hCV) ∂ ∂C ∂  ∂C


+ + =  h Dcx  +  h Dcy  + h < Sint > +h < Sext > +Mc (2.11)
∂t ∂x ∂y ∂x  ∂x ∂y  ∂y 

• L'équation de transport de la Température :

∂ (hT) ∂ (hTU) ∂ (hTV) ∂ ∂T ∂  ∂T h < ϕt > h < r >


+ + =  h DTx  +  h DTy  + + + MT (2.12)
∂t ∂x ∂y ∂x  ∂x ∂y  ∂y ρ Cp ρ Cp

Dans les équations (2.11) et (2.12), Dcx , Dcy , DTx et DTy sont, respectivement, les coefficients
de dispersion de la concentration et de la température (suivant Ox et Oy). Les termes M c et M T
représentent les échanges aux limites du domaine d'intégration (à la surface et au fond, en dehors du
rayonnement solaire) : dépôt, relargage, rejet d'une centrale électrique, refroidissement, dégagement,
aération, etc..

Les valeurs des coefficients de dispersion (Dcx , Dcy , DTx et DTy) doivent être déterminées par
calage du modèle sur des mesures in-situ. En pratique, le terme d'échauffement interne par
dissipation turbulente ( ϕ t ) est généralement négligeable.

Les équations (2.11) et (2.12) doivent être couplées aux équations du modèle hydrodynamique (2.8)
et ensuite résolues, simultanément, en utilisant une méthode numérique dans le domaine discrétisé.
Ainsi, la résolution numérique devrait conduire aux valeurs de h, U, V, C et T en chaque nœud (en
fonction de t, x et y) du domaine. Rappelons aussi qu'il s'agit de grandeurs (U, V, C et T)
moyennées sur la hauteur d'eau.

Remarque :
Pour simplifier encore plus le problème, on peut utiliser quelques hypothèses supplémentaires:
− Les coefficients de dispersion sont des constantes.
− Les coefficients de dispersion : Dxx = Dxy = Dyy = Constante.
− Les coefficients de dispersion : Dcx = Dcy = Constante, et/ou DTx = DTy = Constante.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-54


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Différents modèles 2D (ou logiciels) sont disponibles actuellement sur le marché. La liste est très
longue, et juste à titre indicatif, nous citons quelques-uns uns : MEFHYD, SMS, MIKE21,
TRISULAT2D, TELEMAC2D, etc..

2.4 - Les modèles intégrés dans la section :

2.4.1 - La base des modèles 1D

Dans de nombreux secteurs industriels ou environnementaux on rencontre des problèmes


d'écoulements parallèles ou quasi-parallèles, le plus souvent en régime turbulent. Ce sont, par
exemple, les écoulements d'eau en rivières, dans les canaux découverts, dans les réseaux d'égouts,
dans les lagunes allongées où existe une direction privilégiée de l'écoulement, etc..

Ces secteurs offrent un large éventail de situations où l'approche intégrale de l'hydraulique s'avère
très fructueuse pour la modélisation et le calcul des écoulements. En effet, deux traits importants
caractérisent ces écoulements :
r
− D'une part, il existe une direction privilégiée R (que sera noté, dans la suite, l'axe Ox) suivant
laquelle la section de passage A de l'écoulement varie progressivement et qui indique
approximativement la direction de l'écoulement.

− D'autre part, à cause (ou plutôt grâce) à la turbulence, la distribution des grandeurs dans la
section A est relativement homogène, les gradients étant concentrés au voisinage des frontières.

On est ainsi conduit à introduire des grandeurs moyennées dans le temps et dans la section
(perpendiculaire à la direction principale de l'écoulement : ⊥ à Ox) et à chercher un modèle
d'évolution pour ces grandeurs dans l'espace, suivant Ox, et dans le temps. Cette approche a
évidemment l'avantage d'éviter la fermeture et résolution des équations locales (équations moyennées
dans le temps seulement).

Il s'agit donc des modèles utilisant les équations à une dimension de l'espace ( x ) où le domaine
d'intégration est la section transversale A. On se base aussi sur l'hypothèse d'une répartition
hydrostatique de la pression.

Chaque grandeur locale G( t , x , y , z) est alors remplacée par G(t, x), sa moyenne dans la section
A, définie par l'expression suivante :

1
G (t, x ) = ∫ G (t , x, y, z) da
A A
(2.13)

2.4.2 - Les équations des modèles hydrodynamiques à 1D

Des lois de fermeture de type gradient sont utilisées pour exprimer les termes de flux dispersifs. On
aboutit ainsi aux équations de base des modèles 1-D, intégrés dans la section, où les inconnues sont
la section A(t, x) et la vitesse moyenne U(t, x).

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-55


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

• L'équation de continuité :

∂ A ∂ ( AU)
+ = ml (2.14a)
∂t ∂x

• L'équation de quantité de mouvement suivant Ox :

∂ (AU) ∂ (AUU) ∂h ∂ ∂ U
+ = −gA +  A Dx  + g A (I − J) + A M a (2.14b)
∂t ∂x ∂x ∂x  ∂ x

Où ml : flux massique aux frontières : à la surface et au fond (en m3/s/m).


U : la vitesse suivant l'axe Ox (intégrée dans la section A), en m/s.
A : la section transversale (en m2).
h : la hauteur d'eau (qui dépend de la section A).
Dx : coefficient de dispersion (en m2/s).
I : la pente du fond (en m/m).
J : la perte de charge, qui dépend du frottement à la paroi τp (en m/m).
Ma : apport de quantité de mouvement due aux entrées/sorties (en m/s2).

Notons que dans l'équation (2.14b) le frottement interfacial dû au vent ainsi que l'accélération de
Coriolis ont été négligés, ce qui est généralement justifié dans les cas d'application des modèles 1D.

Ces équations sont complétées par une loi de fermeture donnant l'expression de la perte de charge J,
qui représente les échanges de quantité de mouvement aux frontières du domaine d'intégration (qui
sont ici les parois) : J = τ p / (ρ g RH).
Les lois généralement adoptées pour ce terme sont les suivantes :

Q2
J= : Formule de Manning-Strickler (2.15a)
A 2 K 2s R 4/3
H

Q2
J= : Formule de Chézy (2.15b)
A 2 C 2h R H

Dans ces formules, Q est le débit (Q=A.U, en m3/s), RH est le rayon hydraulique (RH=A/Pm), Pm
est le périmètre mouillé (ou le périmètre solide de la section A), Ch est le coefficient de Chézy et
Ks est le coefficient de Manning-Strickler qui dépendent de l'état (la rugosité) du fond.
Rappelons que Ch varie de 10 à 70, et que Ks varie de 30 à 90.

La valeur du coefficient de frottement (Ch ou Ks), ainsi que celle du coefficient de dispersion (
Dx ) doivent être déterminées par calage du modèle sur des mesures in-situ.

La résolution numérique des équations (2.14) devrait conduire aux valeurs de A et U, en chaque
nœud (ou point de calcul) du domaine. La hauteur d'eau h n'est pas une inconnue du problème, elle
est donnée par les caractéristiques géométriques du système (généralement, elle est liée à la section
A).

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-56


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

2.4.3 - Les équations de transport à 1D

De la même manière, nous pouvons aussi écrire les équations de transport intégrées dans la section
A (ou à 1D) de la concentration C et/ou de la température T moyennées dans la section transversale
à l'écoulement principal. Des lois de fermeture de type gradient sont aussi utilisées pour exprimer les
termes de dispersion.

• L'équation de transport de la Concentration :

∂ (AC) ∂ (ACU) ∂  ∂ C
+ =  A Dcx  + A < Sint > + A < Sext > + Mc (2.16)
∂t ∂x ∂x ∂ x

• L'équation de transport de la Température :

∂ (AT) ∂ (ATU) ∂  ∂ T < ϕt > <r >


+ =  A DTx  + A + A + MT (2.17)
∂t ∂x ∂x ∂ x ρ Cp ρ Cp

Dans les équations (2.16) et (2.17), Dcx et DTx sont, respectivement, les coefficients de
dispersion longitudinale de la concentration et de la température. Les termes M c et M T
représentent les échanges aux limites du domaine d'intégration (aux parois de la section A, en dehors
du rayonnement solaire) : dépôt, relargage, rejet d'une centrale électrique, refroidissement,
dégagement, aération, etc..

Les valeurs des coefficients de dispersion (Dcx et DTx) doivent être déterminées par calage du
modèle sur des mesures in-situ. En pratique, le terme d'échauffement interne par dissipation
turbulente ( ϕ t ) est généralement négligeable.

Les équations (2.16) et (2.17) doivent être couplées aux équations du modèle hydrodynamique
(2.14) et ensuite résolues, simultanément, en utilisant une méthode numérique dans le domaine
discrétisé. Ainsi, la résolution numérique devrait conduire aux valeurs de A, U, C et T en chaque
nœud du domaine (en fonction de t et x). Rappelons aussi qu'il s'agit de grandeurs (U, C et T)
moyennes dans la section transversale de l'eau.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-57


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

2.5 - Autres modèles intégrés dans l'espace :

2.5.1 - Particularité des modèles verticaux

Les modèles intégrés et présentés plus haut (§2.3 et §2.4) ne peuvent pas être utilisés pour l'étude
des milieux hydriques stratifiés (lacs ou zones marines). En effet, dans de tels milieux, on s'intéresse
tout particulièrement à l'évolution des phénomènes et notamment à la stratification en densité, à la
stabilité du système considéré et son évolution saisonnière.

En dehors des modèles à 3D, incluant la modélisation de la turbulence, l'étude de ces hydrosystèmes
stratifiés peut être abordée par des modèles verticaux. Dans ces modèles, le domaine d'intégration
peut être soit l'axe transversal (la largeur L) soit le plan horizontal (la section S). En tout cas, il
faudrait garder dans le modèle l'évolution des variables suivant l'axe vertical Oz.

Notons qu'en Tunisie il n'y a pas de milieux très stratifiés (où la stratification contrôle l'évolution du
système), en dehors des zones marines relativement éloignées des côtes. En effet, les hydrosystèmes
stratifiés sont généralement profonds (voire très profonds).

Généralement, les systèmes stratifiés (profonds) peuvent être représentés le plus schématiquement
possible par la superposition de trois couches :

− La 1ère Couche, une couche de surface, qui


est bien mélangée sous l'action du vent. Elle est
à température presque constante et qui dépend
fortement de la température ambiante : C'est
l'épilimniom.

− La 3ème Couche, une couche de fond, qui


est aussi bien mélangée sous l'effet de la paroi
: C'est l'hypolimniom. Dans cette couche, la
température est presque constante et
indépendante du climat.

− La 2ème Couche, une couche intermédiaire,


lieu d'un fort gradient thermique. Elle limite les
échanges entre les couches 1 et 3 : C'est la
thermocline.

Dans ces hydrosystèmes, il faudrait tenir compte évidemment des variations de la masse volumique
avec la température et la concentration. Notons à ce propos que la masse volumique de l'eau est
maximale (ρ max ) à 4°C. Ainsi, dans les lacs très profonds (> 200 m) et dans les océans, la
stratification se fait de telle sorte que les couches basses soient au point de la masse volumique
maximale ρ max (la température du fond est alors d'environ 4°C).

En effet, la courbe de variation de la masse volumique en fonction de la température a l'allure


suivante :

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-58


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

• Autour de ρ max , généralement, on peut


approximer la variation de la masse volumique en
fonction de la température par un polynôme de
second degré :

ρ 1 (T) = ρ o [ − α ' (T −To)2] = g(T)

• Dans les pays chauds (comme la Tunisie) ou dans


les milieux de profondeur moyenne, par contre, la
température descend rarement au-dessous de 10°C.
Dans ces cas, on peut approximer la variation de la
masse volumique en fonction de la température par
une loi linéaire :

ρ 1 (T) = ρ o [ − α (T −To)] = g(T)

D'une manière générale, et en tenant compte de la concentration, la masse volumique sera notée
comme suit :

ρ (T, C) = ρ o (To, Co) + ρ 1 (T, C)

Avec : ρ 1 (T, C) = ρ o [ g(T) +β (C −Co)] = f(T, C) (2.18)

Dans les modèles verticaux des eaux de surface, l'hypothèse de répartition hydrostatique de la
pression est toujours maintenue. Ainsi, l'équation de bilan de quantité de mouvement suivant l'axe
vertical (Oz) se ramène à l'hydrostaticité de la pression :

1 ∂P (ρ + ρ1 )
− − g o = 0 (2.19a)
ρo ∂ z ρo

En tenant compte de (2.18), l'intégration de (2.19a) donne alors l'expression de l'évolution verticale
de la pression :
Zs
P( z) = ρ o g (Z s − z) − ρ o g ∫ f (T, C) dz' (2.19b)
z

2.5.2 - Les modèles verticaux à 2D

Ces modèles sont applicables quand la largeur de l'hydrosystème est relativement faible devant la
longueur et en présence de stratification de densité. Le domaine d'intégration est alors la largeur
transversale L. Ainsi, chaque grandeur locale G( t , x , y , z) est remplacée par G(t, x, z), sa
moyenne sur la largeur transversale L, définie par l'expression suivante :

1
G ( t , x, z ) = ∫ G ( t , x , y , z) dL
L L
(2.20)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-59


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

L'intégration des équations locales permet d'aboutir aux équations de base des modèles 2-D intégrés
sur la largeur L : ce sont les modèles (t, x, z). Des lois de fermeture de type gradient sont utilisées
pour exprimer les termes de flux dispersifs. Les équations de ce genre de modèles sont les suivantes :

• L'équation de continuité :

∂ ( LU) ∂ ( LW)
+ = qo (2.21a)
∂x ∂z

• Les équations de quantité de mouvement suivant Ox et Oz :

∂ (LU) ∂ (LUU) ∂ (LUW) ∂ Zs ∂  ∂U  ∂  ∂U 


+ + = −g L +  L D xx  +  L Dxz 
∂t ∂x ∂z ∂ x ∂x  ∂x  ∂z  ∂z 
 Zs  (2.21b)
∂ ∂  Lτ px 
+ gL  ∫ f(T, C)dz +  
∂x  Z  ∂z  ρo 
 f 

Zs
P( z) = ρ o g (Z s − z) − ρ o g ∫ f (T, C) dz' (2.21c)
z

Où qo : Flux massique, surfacique, latéral (drainage, infiltration), en m/s.


U et W : Composantes suivant l'axe des x et des z de la vitesse (intégrées
sur la largeur du système), en m/s.
Dxx et Dxz : Coefficients de dispersion (en m2/s).
τpx : frottement à la paroi latérale, (en Pa).

Ces équations sont complétées par une loi de fermeture donnant l'expression du cisaillement à la
paroi latérale en fonction de sa rugosité et de la vitesse longitudinale.

La valeur du coefficient de frottement ainsi que celles des coefficients de dispersion (Dxx et Dxz )
doivent être déterminées par calage du modèle sur des mesures in-situ.

La résolution numérique des équations (2.21) conduit aux valeurs de P, U et W, en chaque noeud
(ou point de calcul) du domaine. Rappelons qu'il s'agit de vitesses (U et W) moyennées sur la
largeur L.

Nous pouvons aussi écrire les équations de transport intégrées sur la largeur transversale L (ou à
2D) de la concentration C et/ou de la température T moyennées sur L, avec des lois de fermeture de
type gradient, pour exprimer les termes de dispersion.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-60


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

• L'équation de transport de la Concentration :

∂ (LC) ∂ (LCU) ∂ (LCW) ∂ ∂C ∂  ∂C


+ + =  L Dcx  + L Dcz  + L < Sint > +L < Sext > (2.22)
∂t ∂x ∂z ∂x  ∂x ∂z  ∂z 

• L'équation de transport de la Température :

∂ (LT) ∂ (LTU) ∂ (LTW) ∂ ∂T ∂  ∂T L< r(z) >


+ + =  L DTx  + L DTz  + + MT (2.23)
∂t ∂x ∂z ∂x  ∂x  ∂z  ∂z  ρo Cp

Dans les équations (2.22) et (2.23), Dcx , Dcz , DTx et DTz sont, respectivement, les coefficients
de dispersion de la concentration et de la température (suivant Ox et Oz), qui doivent être
déterminées par calage du modèle sur des mesures in-situ. Les termes M c et M T représentent les
échanges aux limites du domaine d'intégration (à la paroi latérale, en dehors du rayonnement solaire).
Dans (2.23), il faut tenir compte de la pénétration (ou plutôt de la décroissance) du rayonnement
solaire en fonction de la profondeur.

Les équations (2.22) et (2.23) doivent être couplées aux équations du modèle hydrodynamique
(2.21) et résolues simultanément pour aboutir aux valeurs de P, U, W, C et T en chaque nœud (en
fonction de t, x et z) du domaine. La largeur transversale L n'est pas une inconnue du problème,
elle est donnée par les caractéristiques géométriques du système (elle est en fonction de x et z).

2.5.3 - Les modèles verticaux à 1D

Il s'agit des modèles utilisant les équations à une dimension de l'espace ( z ) où le domaine
d'intégration est la section horizontale S. Ces modèles sont applicables principalement quand on
s'intéresse à l'évolution verticale de l'hydrosystème et notamment à son évolution saisonnière : par
exemple, le déplacement ou l'enfoncement de la thermocline. Dans ces modèles, le domaine
d'intégration est alors la section horizontale S du système. Ainsi, chaque grandeur locale
G( t , x , y , z) est remplacée par G(t, z), sa moyenne dans la section horizontale S, définie par
l'expression suivante :

1
G ( t , z) = ∫ G ( t , x , y , z) ds
S S
(2.24)

Par intégration des équations locales sur la section S et en utilisant des lois de fermeture de type
gradient, pour exprimer les termes de flux dispersifs, on aboutit aux équations de base des modèles
verticaux 1-D, où les inconnues sont la pression (t, z) et la vitesse verticale moyenne W(t, z).

• L'équation de continuité :

∂ (SW )
= q l (z ) (2.25a)
∂z

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-61


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

• L'équation de quantité de mouvement suivant Oz :

Zs
P( z) = ρ o g (Z s − z) − ρ o g ∫ f (T, C) dz' (2.25b)
z

Où ql : Flux massique aux frontières : aux parois de la section S (en m3/s/m).


W : La vitesse suivant l'axe Oz (intégrée dans la section S), en m/s.
S : La section horizontale (en m2).

La résolution numérique des équations (2.25) devrait conduire aux valeurs de P et W, en chaque
nœud (ou point de calcul) du domaine. La section horizontale S n'est pas une inconnue du
problème, elle est donnée par les caractéristiques géométriques du système (elle est en fonction de
z).

De la même manière, nous pouvons aussi écrire les équations de transport intégrées dans la section S
(ou à 1D) de la concentration C et/ou de la température T moyennées dans la section horizontale du
système. Des lois de fermeture de type gradient sont aussi utilisées pour exprimer les termes de
dispersion.

• L'équation de transport de la Concentration :

∂ (SC) ∂ (SCW) ∂  ∂ C
+ =  S D cz  + S < Sint > + S < Sext > (2.26)
∂t ∂z ∂z ∂ z

• L'équation de transport de la Température :

∂ (ST) ∂ (STW) ∂  ∂ T < r ( z) >


+ =  S D Tz  + S + MT (2.27)
∂t ∂z ∂z ∂ z ρo C p

Dans les équations (2.26) et (2.27), Dcz et DTz sont, respectivement, les coefficients de
dispersion verticale de la concentration et de la température, qui doivent être déterminées par
calage du modèle sur des mesures in-situ. Les termes M c et M T représentent les échanges aux
limites du domaine d'intégration (aux parois de la section S, en dehors du rayonnement solaire). Dans
(2.27), il faut aussi tenir compte de la pénétration du rayonnement solaire en fonction de la
profondeur.

La résolution numérique des équations (2.25), (2.26) et (2.27) devrait conduire aux valeurs de P,
W, C et T en chaque nœud du domaine (en fonction de t et z).

Néanmoins, notons que compte tenu des informations fournis par ce type de modèles (seulement la
répartition verticale), ils ne peuvent être intéressant que dans des cas très rares.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-62


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Chapitre 3 :

EXEMPLES DE MODELES

REALISES

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-63


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

EXEMPLES DE MODELES REALISES


____________________________

Introduction

3.1 - Le lac Nord de Tunis

3.2 - Le Lac Sud de Tunis

3.3 - Le Futur Lac de Hergla

3.4 - La Lagune de Bizerte

3.5 - La Lagune de Bou Ghrara

3.6 - Le Port de Tunis

3.7 - Le Golfe de Tunis

3.8 - Circulation des eaux près des Côtes Tunisiennes

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-64


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Introduction

Le problème de la maîtrise de la qualité des eaux dans les hydrosystèmes de surface continentaux et
littoraux recouvrent des enjeux importants et majeurs en Tunisie en liaison notamment avec
l’environnement, le développement urbain et touristique de la zone côtière.

En effet, les lagunes tunisiennes, comme la quasi-totalité des lagunes méditerranéennes, sont
caractérisées par : des faibles échanges avec la mer, un faible taux de renouvellement, une stagnation
quasi-totale des eaux, des faibles profondeurs, une forte évaporation, une faible pluviométrie et des
températures importantes. Ces facteurs les rendent très vulnérables. Ainsi, les activités humaines
(rejets terrestres d’eaux usées domestiques et industrielles, drainage des eaux pluviales, etc.) ont (ou
avaient) considérablement altérés l’équilibre écologique de ces écosystèmes aquatiques très
sensibles. Ces milieux ont ainsi, au cours des années, atteint des niveaux d’eutrophisation extrêmes
qui se manifestent (ou se manifestaient) par le développement excessif d’algues nitrophiles, le
dégagement de mauvaises odeurs, l’apparition d’eaux rouges et la mortalité massive de poissons.
C’est aussi le cas de plusieurs zones côtières. Il est devenu alors de plus en plus urgent de maîtriser
la qualité des eaux dans ces lagunes et zones côtières. Ainsi, il existe une forte demande en Tunisie
sur les problèmes liés à l’aménagement, la maîtrise et l’évolution de la qualité des eaux de ces
milieux.

La mécanique des fluides, par le biais de la modélisation et au-delà de l'approche descriptive, peut
fournir des outils de contrôle et de gestion de ces écosystèmes. Dans ce domaine, l’équipe du
Laboratoire d’Hydraulique de l’ENIT a acquis, depuis plusieurs années, une certaine
compétence qui lui a permis d’être fortement impliquée dans des actions contractuelles sur des
problèmes d'hydrodynamique de milieux lacustres et marins tunisiens.

Le point de départ de ces études par modélisation à l’ENIT était, depuis 1981, le lac Nord de
Tunis. Depuis, plusieurs autres milieux aquatiques ont été étudiés par modélisation : Le lac Nord de
Tunis, le Lac Sud de Tunis, le Golfe de Tunis, la lagune de Ghar El Melh, la lagune de Bou
Ghrara, la lagune Lella Hadhria (Jerba), la lagune de Bizerte, Le lac Ichkeul, le Complexe
Lagunaire Ivoirine (les lagunes de Lahou, Aby et Ebrié), Sabkhet Soliman, Sabkhet Ben
Ghayadha (Mahdia), Sabkhet El Marsa (Kélibia), Sabkhet Korba, Sabkhet Radès, les
Ports Puniques de Carthage, le port de Tunis et le port de plaisance de Hammamet-Sud.
Les objectifs de ces études diffèrent selon le cas traité (aménagement, environnement, valorisation,
tourisme, pêche, gestion, recherche, etc.). Quelques milieux ont été même aménagés suite à ses
prédictions par simulations numériques (les lacs Nord et Sud de Tunis, le port de plaisance de
Hammamet-Sud, la lagune de Bou Ghara), et d’autres sont prévues. La réussite des projets
réalisés a renforcé l’utilité (voire la nécessité) des études par modélisation.

Dans ce chapitre, nous présentons quelques exemples récents de modélisations de milieux


aquatiques tunisiens . Il s’agit principalement de simulations de leurs fonctionnements
hydrodynamiques couplés, pour quelques cas, à la simulation de la dispersion de polluants.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-65


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

3.1 - Le Lac Nord de Tunis

Le Lac Nord de Tunis est une étendu d'eau située à l'Est de la ville de Tunis, dont la superficie était
de 30 km2 environ et la profondeur moyenne était de l'ordre de 0,9 m. Cette lagune est peu
communicante avec la mer. De tout temps, ce lac a constitué l'exutoire naturel des eaux usées et
pluviales de la ville de Tunis. Il a subi ainsi rythme intense et croissant d'eutrophisation qui se traduit
régulièrement par des situations anaérobies très critiques pour la ville de Tunis et ses environs et pour
les activités piscicoles : déséquilibres aigus du biotope et des biocénoses, apparition d'algues rouges,
dégagement de mauvaises odeurs irrespirables aux alentours du lac et fortes mortalités de poissons.
Au fil des années, un important stock de matières nutritives (azote et phosphore) s'est constitué au
fond du lac atteignant, dans certaines zones, deux mètres d'épaisseur. La faible profondeur du lac, le
fort ensoleillement et surtout le faible taux de renouvellement des eaux du lac ont constitué des
facteurs d'amplification des conséquences de l'eutrophisation du milieu (Moussa, 1986).

Les nouveaux projets d'urbanisation des berges du lac ainsi que la volonté politique d'améliorer
l'environnement tunisois, ont conduit à poser avec force les problèmes de contrôle et de la gestion de
la qualité de cet écosystème. Ainsi, un large programme de restauration de ce plan d'eau a été
réalisé entre 1985 et 1988 : arrêt des déversements des eaux usées, réduction de la surface du lac,
approfondissement du lac principalement par dragage des sédiments du fond qui sont noirs et
anaérobies, construction d'une digue dans le lac pour canaliser l'écoulement d'eau à l'intérieur de la
lagune, installation de clapets à sens unique au niveau du canal de Khéreddine qui sont actionnés par
la marée, et la fermeture des autres communications du lac avec le canal de navigation.

C'est en fait un problème type de génie de l'environnement qu'il faut maîtriser, au-delà de l'approche
descriptive, par la mise au point d'outils de prédétermination et de simulation du fonctionnement
écologique dans son ensemble qui passe évidemment par la construction préalable d'un modèle
hydrodynamique. Le modèle hydrodynamique permet en effet de comprendre et de mieux gérer le
fonctionnement hydrodynamique de la lagune et de prévoir l'impact de différents scénarios
d'aménagements.

Nous avons alors mis au point un premier modèle de simulation de l'hydrodynamique du lac de
Tunis, avant les travaux. Ce modèle, validé sur des mesures de niveaux et des débits échangés à
travers les communications avec le milieu extérieur, nous a permis de comprendre le fonctionnement
de la lagune (Moussa, 1986) : l'hydrodynamique du lac de Tunis est essentiellement contrôlée par le
vent (par l'activation de la circulation interne et le basculement du plan d'eau) et la marée (qui agit
directement sur débits échangés avec la mer). Nous avons ensuite simulé les échanges avec la mer et
la circulation dans le lac, pour différentes conditions climatiques, en vue de tester et comparer
l'efficacité de quelques scénarios d'aménagements proposés pour contrôler la circulation interne et le
taux de renouvellement des eaux du lac.

Suite aux aménagements du lac nord de Tunis, un nouveau système de circulation d'eau a été
donc mis en place, géré par des clapets à sens unique installés dans le canal de Khéréddine : l'eau de
mer rentre par la partie nord du canal en marée haute et sort par la partie sud en marée basse. La
surface du lac nord de Tunis est actuellement d'environ 22 km2 seulement (figure 1).

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-66


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figure 1 : Les lacs Nord et Sud de Tunis après aménagements

Après l'achèvement des travaux, nous avons réalisé d'autres campagnes de mesures dans le lac de
Tunis : les niveaux d'eau dans quelques points du lac ainsi que les débits échangés avec la mer (Ben
Charrada, 1988). Le modèle MEFHYD, basé sur une résolution numérique des équations par la
méthode des éléments finis, a été ensuite mis au point et a été calé sur les nouvelles mesures réalisées
in situ.

Le fonctionnement de l'hydrodynamique du lac, avec sa nouvelle forme et sous différentes conditions


météorologiques (principalement de vent et de marée), a été simulé. L'objectif majeur étant de tester
l'efficacité des aménagements vis-à-vis de l'hydrodynamique du lac : homogénéisation du milieu et
taux de renouvellement des masses d'eau (Ben Charrada et al., 1989).

Ces simulations ont été ultérieurement actualisées, en utilisant le code SMS à 2 dimensions (figure
2) (Rezgui, 2005) : La bathymétrie de 2003 et un nouveau calage en s’appuyant sur des mesures
réalisées en 2005. Les simulations montrent que le champ de vitesse moyenne dans le lac est
homogène : pas de zones de stagnation des eaux. A titre d'exemple, nous présentons, sur les figures
3 et 4, les champs des vitesses moyennes dans le lac, respectivement, au cours du remplissage
(marée ascendante) et au cours de la vidange du lac (marée descendante) avec une marée moyenne
et un vent du secteur ouest de 8 m/s. En ce qui concerne le temps de séjour moyen des eaux dans
le lac, il s'est amélioré considérablement par rapport à celui avant les aménagements : pour une
marée d'amplitude moyenne, il varie de 19 à 25 jours en fonction du vent.

Le modèle hydrodynamique présenté ici a constitué une étape nécessaire et importante dans
l'élaboration du modèle hydro-écologique du lac nord de Tunis que nous avons réalisé et qui est

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-67


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

présenté dans la seconde partie de ce document. Quelques résultats de la dispersion de l’eau douce
rejetée par les déversoirs d’orages à l’Ouest du lac sont aussi présentés sur les figures 5 à 7.

0.08

1.5

-0.001 -0.001

Figure 2 : Maillage du Lac Nord de Tunis (3654 éléments, 7727 nœuds), (24 Km2)
(Rezgui, 2005)

Vitesses (m/s)
0.73 m/s
0.73 m/s
0.00 m/s
0.00 m/s

0.08
0.08

1.5

0.001
0.001

Figure 3 : Vitesses dans le lac Nord en marée ascendante (Rezgui, 2005)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-68


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Vitesses (m/s)

0.65 m/s
0.65 m/s
0.00 m/s
0.00 m/s

0.08
0.08

1.5

0.001
0.001

Figure 4 : Vitesses dans le lac Nord en marée descendante (Rezgui, 2005)

Salinité (g/l)
35.0
32.0
29.0
26.0
23.0
0.001
20.0
17.0
14.0
11.0
0.001
8.0

1.5 5.0
0.001 2.0

-0.001 -0.001

Figure 5 : Distribution de la salinité, 1 jour après une crue de 15 m3/s

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-69


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Salinité (g/l)
35.0
32.0
29.0
26.0
23.0
0.001
20.0
17.0
14.0
11.0
0.001
8.0

1.5 5.0
0.001 2.0

-0.001 -0.001

Figure 6 : Distribution de la salinité, 5 jours après une crue de 15 m3/s

Salinité (g/l)
35.0
32.0
29.0
26.0
23.0
0.001
20.0
17.0
14.0
11.0
0.001
8.0

1.5 5.0
0.001 2.0

-0.001 -0.001

Figure 7 : Distribution de la salinité, 10 jours après une crue de 15 m3/s

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-70


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

3.2 - Le Lac Sud de Tunis

Le Lac Sud de Tunis a connu le même sort que le lac Nord de Tunis. De profondeur moyenne
0,7 m et de superficie environ 11 km2, il était caractérisé par une situation d'eutrophisation extrême
causée par les rejets des eaux usées, domestiques et industrielles, et pluviales. Dans le but de
restaurer ce plan d'eau et lui donner un caractère attractif, comme c'est le cas du lac nord de Tunis,
un projet d'aménagement est été aussi réalisé. Le choix d'un scénario d'aménagement de ce lac, en
se basant sur une série de simulations du fonctionnement hydrodynamique du futur lac, nous a été
confié.

Ce travail a été commencé par une étude expérimentale et par modélisation du fonctionnement actuel
du lac Sud de Tunis. L'analyse critique des résultats montre bien le faible taux de renouvellement
des masses d'eau ainsi que la présence de grandes zones de stagnation des eaux à l'intérieur du
lac, principalement coté Tunis et coté Radès. Cette situation a accéléré le processus de dégradation
de la qualité des eaux.

Plusieurs scénarios d'aménagements ont été ensuite testés, dont les orientations de base sont les
suivantes :

− L'implantation d'un nouveau système de régulation des échanges d'eau avec la mer,
fonctionnant avec la marée, avec une seule entrée contrôlée à coté de Radès (à travers le Canal de
Radès) et une seule sortie contrôlée à coté de Tunis (à travers le Canal de Tunis). Le contrôle du
sens de l'écoulement des eaux est assuré par des clapets actionnés par le niveau de la marée.

− L'approfondissement du lac basé à la fois sur les exigences concernant la qualité des
eaux, par le dragage des sédiments du fond qui sont très riches en nutriments et en métaux lourds, et
une orientation des peuplements potentiels qui se développeraient dans le lac.

− Aménagement et rectification du tracé des berges afin de créer des superficies de terrain
urbanisables.

− Augmentation de la fréquence de renouvellement des eaux du lac et la suppression des


zones d'eaux stagnantes pour éliminer tout risque de retour à l'eutrophisation du lac à moyen et long
termes.

La réussite de tout programme d'aménagement de ce plan d'eau passe inévitablement par l'arrêt de
tous les déversements des eaux usées domestiques et industrielles et des eaux pluviales dans ce lac.

Compte tenu des orientations présentées plus haut, plusieurs variantes d'aménagements ont été
simulées par le modèle hydrodynamique. Ces variantes se distinguent particulièrement par la
superficie du plan d'eau à préserver, la profondeur d'eau ainsi que les caractéristiques des canaux de
Radès et de Tunis (largeurs et profondeurs) assurant les échanges avec la mer ou le canal de
navigation (Moussa, 1992). La prédétermination du fonctionnement hydrodynamique de ces
variantes nous a permis de proposer le meilleur scénario d'aménagement.

Une solution d'aménagement de ce lac a été alors retenue : il s'agit d'un lac d’environ 700 hectares
de surface et de profondeur moyenne uniforme de 2 mètres (soit un fond plat calé à quasiment la
côte –2,0 mètres par rapport au Zéro Hydrographique). Les deux seules communications avec le

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-71


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

milieu extérieur sont : le canal de Radès assurant l'entrée des eaux du Golfe de Tunis et le canal de
Tunis assurant la sortie des eaux vers le canal de navigation (Moussa, 1992). Ces deux canaux, qui
seront équipés de clapets à sens unique, auront une largeur de 50 mètres et une profondeur de 3
m. L’aménagement ainsi proposé, et qui a été ensuite réalisé en 2001, est présenté sur la figure 1.

Les résultats des simulations ont montré que le temps de renouvellement des eaux du lac serait
inférieur à 10 jours même avec des conditions de vent et de marée très défavorables. Ce temps de
renouvellement, très faible par rapport à celui du lac nord après aménagements, permettrait un
rafraîchissement continu des eaux du lac, un lessivage rapide de toute pollution éventuelle qui se
déverserait dans le lac et, d'après les écologistes, un non-retour à la situation d'eutrophisation du lac.
Par ailleurs, les simulations montrent aussi que le champ des vitesses moyennes à l'intérieur du lac est
uniforme indiquant ainsi une bonne homogénéisation des eaux et l'absence de zones de stagnation.

Après la fin des travaux d’aménagement, des mesures ont été réalisées (niveaux, débits, bathymétrie)
et nous ont permis d’actualiser la simulation du fonctionnement hydrodynamique du Lac Sud de
Tunis à l’aide du code MEFHYD (figure 8). A titre d'exemple, nous présentons, sur les figures 9
et 10, les champs des vitesses moyennes dans le lac, respectivement, au cours du remplissage
(marée ascendante) et au cours de la vidange du lac (marée descendante) avec une marée
d'amplitude 0,20 m et un vent calme (Jouini, 2003). Ces simulations confirment les prédictions de
1992.

Nord

5000
2908 Element - 1569 Noeuds

4000
Y(m)

3000

Tunis Rades
2000

Megrine
1000

0
0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000
X(m)

Figure 8 : Maillage du Lac Sud de Tunis (700 ha) (Jouini, 2003)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-72


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Lac Sud de Tunis :


6000
Vitesse Maximale de Remplissage
Nord

5000

4000
Y(m)

3000

Tunis Rades
2000

Megrine Eche lle de Vitesse :

1000 0.2 m/s

0
0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000
X(m)

Figure 9 : Vitesses dans le lac Sud en marée ascendante (Jouini, 2003)

Lac Sud de Tunis :


6000
Vitesse Maximale de Vidange
Nord

5000

4000
Y(m)

3000

Rades
2000

Tunis Megrine Echelle de Vitesse :

1000 0.2 m/s

0
0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000
X(m)

Figure 10 : Vitesses dans le lac Sud en marée descendante (Jouini, 2003)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-73


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

3.3 - Le Futur Lac de Hergla (ENIT/DIRASSET, 2004)

Un projet d'aménagement d’une station touristique intégrée à Hergla, d'environ 13000 lits, tire
amplement profit de ses potentialités paysagères. Elle s'organise autour d'un lac artificiel, de
superficie 55 ha, qui représente "l'évènement" paysager majeur de la station (figure 11).

Le lac de Hergla sera creusé dans une partie de la sebkha qui longe actuellement la côte au Nord de
Hergla, et il communiquera avec la mer par deux canaux : Un canal au Nord et un canal au Sud. Ces
deux canaux devraient permettre un échange d'eau entre le lac et la mer, en utilisant le phénomène de
marée. La réussite de ce projet d'aménagement nécessite inévitablement la garantie d'une "bonne"
qualité des eaux du lac, par un renouvellement fréquent des eaux, pour la baignade, les activités
aquatiques et l'aspect paysager.

Nous avons simulé le fonctionnement hydraulique de ce lac, à l'aide d'un modèle hydrodynamique
SMS à deux dimensions, intégré sur la hauteur (figure 12). Les résultats des simulations réalisées
montent que le temps de renouvellement moyen des eaux est acceptable. Par ailleurs, les résultats
confirment l'absence de zones de stagnation des eaux à l'intérieur du lac (figures 13 et 14).

Erreur ! Des objets ne peuvent pas être créés à partir des codes de champs de mise en
forme.
Figure 11 : Situation du lac de Hergla (55 ha) et de la station touristique

Station Touristique

Mer Méditerranée

Lac

Hergla

Figure 12 : Maillage du Future Lac de Hergla (55 ha)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-74


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

1600 Lac de Hergla : Vitesses lors du R emplissage (Clapets Ouverts)

N
1200
Y(m)

Canal Nord

Clapets Ouverts
800

Mer
Canal Sud
Echelle des Vitesses :
400
2 cm/s

2000 2400 2800 3200 3600


X(m)

Figure 13 : Vitesses dans le lac de Hergla, en marée ascendante

1600
Lac de Hergla : Vitesses lors de la Vidange (Clapets Fermes)

N
1200

Canal Nord
Y(m)

800 Clapets Fermes

Mer
Canal Sud

400 Echelle des Vitesses :

2 cm/s

0
2000 2400 2800 3200 3600
X(m)

Figure 14 : Vitesses dans le lac de Hergla, en marée descendante

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-75


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

3.4 - La Lagune de Bizerte (ENIT/IHE, 2004)

La lagune de Bizerte est située au Nord de la Tunisie (figure 15) et communique avec la mer à
travers le goulet (ou le canal de Bizerte). Elle est de superficie 128 km2 et d’une profondeur
moyenne de l’ordre de 7 m (la bathymétrie varie de – 1 m à – 12 mNGT) (figure 16).

Le fonctionnement hydrodynamique de cette lagune a été aussi simulé en utilisant le logiciel SMS, à 2
dimensions. Puisque la lagune est relativement profonde, elle a été bien étudiée à l’INSTM (2002)
par un code à 3D. Notre travail n’est donc qu’une approche simplifiée de son fonctionnement
hydrodynamique par une modélisation intégrée sur la hauteur.

Le maillage utilisé est présenté sur la figure 17. L’hydrodynamique de la lagune a été alors simulée
en fonction de la marée (figures 18 et 19) et/ou en fonction de vents de différentes directions
(figure 20).

La lagune N
de Bizerte

Figure 15 : Situation de la lagune de Bizerte

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-76


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figure 16 : Bathymétrie de la lagune de Bizerte (mNGT)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-77


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figure 17 : Maillage de la lagune de Bizerte (2951 éléments, 6128 nœuds)

0.65 m/s
0.00 m/s

Figure 18 : Vitesses dans la lagune de Bizerte, en marée ascendante

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-78


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

0.65 m/s
0.00 m/s

Figure 19 : Vitesses dans la lagune de Bizerte, en marée descendante

0.44
0.00
m/s
m/s

Vent

Figure 20 : Vitesses dans la lagune de Bizerte avec un vent NO de 8 m/s

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-79


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

3.6 - La Lagune de Bou Ghrara (ENIT/ERI, 2002)

La lagune de Bou Ghrara est située dans le sud-est de la Tunisie. C’est la lagune la plus grande en
Tunisie, sa superficie est d’environ 421 km2, et elle est entourée par l’île de Djerba au Nord et par
le continent au sud et à l’ouest (figure 21). La profondeur de la lagune varie de 0,5 m à 19 m, avec
une moyenne sur toute la lagune de l’ordre de 5,2 m (figure 22). Elle communique avec la mer par
deux communications : Le canal d’Ajim (large et profond) au nord-ouest, et le canal d’El Kantara
(de 13 m de large et de profondeur de l’ordre de 3 m), situé au nord-est de la lagune et traversant la
chaussée romaine.

Cette lagune a connu, durant les dernières décennies, une dégradation continue et remarquable de la
qualité de ses eaux. Cette dégradation, qui est principalement due à la pollution terrestre et à celle
provenant du golfe de Gabès, a entraîné une diminution remarquable de la production de la pêche
dans la lagune. Ainsi, et à titre d’exemple, la production de la pêche dans la lagune a chuté de 4000
tonnes en 1992 à 1000 tonnes seulement en 1998.

Figure 21 : Situation géographique de la lagune de Bou Ghrara (Encarta, 2005)

Les simulations du fonctionnement hydrodynamique de la lagune de Bou Ghrara, à l’aide d’un code
à 2 dimensions intégré sur la hauteur (MEFHYD et ensuite SMS) (figure 23) et calé sur des
meures in situ, ont montré que les débits échangés à travers le canal d’El Kantara sont négligeables
bien que l’amplitude de la marée soit importante dans le golfe de Gabès.

Afin d’améliorer son fonctionnement hydrodynamique, et améliorer en conséquences la qualité de


ses eaux et la production de la pêche, nous avons proposé d’élargir le canal d’El Kantara à 150
mètres. Avec cette nouvelle largeur, nous présentons, sur les figures 24 et 25, les champs des
vitesses moyennes dans la lagune, respectivement, au cours de la vidange (marée descendante) et au

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-80


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

cours du remplissage de la lagune (marée ascendante) et ce avec une marée moyenne d'amplitude
0,80 m et un vent calme (Fezaï, 2006). Notons que cette proposition a été retenue et les travaux
d’élargissement d’El Kantara ont été réalisés en 2006.

Bathymétrie (mNGT)
-1.0

-3.0

-5.0

-7.0

-9.0

-11.0

-13.0

-15.0

-17.0

-19.0

Figure 22 : Bathymétrie de la lagune de Bou Ghrara

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-81


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Ajim

El Kantara

Figure 23 : Maillage de la lagune de Bou Ghrara et localisation des communications

Vitesse Maximale en vidange d'El Kantara-Marée Moyenne L 150 m


1.25 m/s
1.25 m/s
0.00 m/s
0.00 m/s

Figure 24 : Vitesses maximales lors de la vidange (Marée moyenne, Largeur 150 m)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-82


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Vitesse Maximale en remplissage d'El Kantara-Marée Moyenne L 150 m


1.48 m/s
1.48 m/s
0.00 m/s
0.00 m/s

Figure 25 : Vitesses maximales lors du remplissage (Marée moyenne, Largeur 150 m)

3.7 - Le Port de Tunis (ENIT/SERAH, 2006)

Le port de Tunis, qui est actuellement très pollué, sera transformé en port de plaisance. Un plan
d’aménagement de ce port est alors proposé avec un plan de dragage spécifique permettant de
recevoir des bateaux de plaisance (figure 26). La superficie du port ainsi prévue est d’environ 38
ha.

Cependant, pour assurer la réussite de ce projet, il faudrait garantir le renouvellement continu des
eaux des différents bassins du port par injection d’eau. Pour ne pas gêner les bateaux, les injections
seront réparties dans les deux bassins.

Ainsi, nous avons proposé d'injecter un débit total de 1,5 m3/s dans le bassin OUEST (central) et un
débit total de 2,7 m3/s dans le bassin SUD. Ces débits seront injectés aux coins et aux milieux des
deux bassins (soit 3 x 0,5 m3/s dans le bassin central, et 3 x 0,9 m3/s dans le bassin Sud). Les
emplacements proposés pour ces injections sont indiqués sur la figure 27. Le débit total injecté dans
le port de Tunis sera alors de 4,2 m3/s (soit 362 880 m3/jour). Ce débit, d'eau "propre" provenant
du lac sud de Tunis, permettrait, à lui seul, de renouveler les eaux du port en 5,5 jours.

Des simulations de l’hydrodynamique de la variante proposée ont été ensuite réalisées pour vérifier
l’absence de zones de stagnation dans les bassins du port (figure 28). Les résultats des simulations
(figures 28 et 29) montrent bien que toutes les eaux du port seront renouvelées et l’on pourra
garantir une bonne qualité des eaux.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-83


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Avec la solution proposée pour l'aménagement hydraulique du port de Tunis, nous avons tenté de
simuler l'évolution d'une pollution accidentellement rejetée en différents points du port.

Ainsi, dans ce qui suit et à juste titre d'exemple, nous avons supposé qu'une pollution est rejetée dans
le bassin central et le bassin sud du port après son aménagement. Nous avons supposé que la
pollution (dont la concentration est 100 fois plus que la concentration initiale dans le port) est
rejetée durant 24 heures à la suite desquelles le rejet s'arrête.

L'objectif de cette simulation est de prédire le comportement de ce polluant pendant et après la fin
du rejet pour tester la capacité des injections d’eau propre à évacuer rapidement ce polluant vers le
canal de navigation.

Les figures 30 à 33 montrent l'évolution de la distribution du polluant dans le port durant le rejet
(soit après 3 et 24 heures de rejet) et après l'arrêt du rejet (soit après 2 à 4 jours de l'arrêt du rejet).

Ces figures montrent en particulier que les injections d'eau permettent l'évacuation totale de la
pollution, après l'arrêt du rejet, au bout d'environ 6 jours seulement, bien que la pollution soit
importante (soit 100 fois celle initiale du port) et que le rejet a duré 24 heures ce qui est un cas très
défavorable.

Ces résultats confirment donc la capacité des injections d’eau proposées à maintenir une bonne
qualité des eaux dans les différents bassins du futur port de plaisance de Tunis.

Bathymétrie (mNGT)
-3.00

-3.50

-4.00

-4.50

-5.00

-5.50

-6.00

Figure 26 : Plan d’aménagement du Port de Tunis

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-84


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figure 27 : Maillage du Port de Tunis (3289 éléments et 6862 nœuds )

0.08
0.5

0.5

Echelle de Vitesse
0.11 m/s 0.9
0.00 m/s 0.9
0.9

Figure 28 : Vitesses dans le port de Tunis en marée descendante, avec injection de 4,2 m3/s

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-85


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

0.5 0.08

0.5

Echelle de Vitesse
0.11 m/s 0.9
0.00 m/s 0.9
0.9

Figure 29 : Vitesses dans le port de Tunis en marée ascendante, avec injection de 4,2 m3/s

0.5

0.5 0.08

0.5
Pollution
10.00
9.00
8.00
7.00
6.00
5.00
4.00
3.00
2.00 0.9
1.00 0.9
0.9

Figure 30 : Distribution de la pollution dans le port de Tunis, après 3 heures de rejet

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-86


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

0.5

0.5 0.08

0.5
Pollution
10.00
9.00
8.00
7.00
6.00
5.00
4.00
3.00
2.00 0.9
1.00 0.9
0.9

Figure 31 : Distribution de la pollution dans le port de Tunis, après 24 heures de rejet

0.5

0.5 0.08

0.5
Pollution
10.00
9.00
8.00
7.00
6.00
5.00
4.00
3.00
2.00 0.9
1.00 0.9
0.9

Figure 32 : Distribution de la pollution dans le port de Tunis, 2 jours après l'arrêt du rejet

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-87


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

0.5

0.5 0.08

0.5
Pollution
10.00
9.00
8.00
7.00
6.00
5.00
4.00
3.00
2.00 0.9
1.00 0.9
0.9

Figure 33 : Distribution de la pollution dans le port de Tunis, 4 jours après l'arrêt du rejet

3.8 - Le Golfe de Tunis (ENIT/IHE, 2005)

Le golfe de Tunis occupe une position géographique importante par sa proximité de Tunis et ses
banlieues et par la forte urbanisation de ses côtes (1850 km2). Avec l’augmentation continue du flux
des rejets urbains dans le golfe de Tunis (eaux usées traitées ou non, eaux industrielles), il est de plus
en plus menacé par la pollution et risque de poser des problèmes environnementaux.

Pour sauvegarder ce milieu marin très sensible, il faudrait déterminer la capacité de ce golfe à
absorber la pollution rejetée pour ne pas la dépasser. C'est dans cet objectif que nous proposons
cette étude du fonctionnement hydrodynamique ainsi que l'impact sur de la pollution rejetée
(principalement par le Canal Khalij et à travers l'oued Méliane) dans le golfe, par modélisation.

Le Golfe de Tunis est profond vers le large (jusqu’à 100 m) et il est très probablement stratifié. Il
nécessite alors l’utilisation d’un modèle à 3D principalement pour affiner son comportement loin des
côtes. Néanmoins, les logiciels 3D sont encore très coûteux (en acquisition, en temps de calcul et en
temps d’ingénieur). Ainsi, nous avons utilisé, dans le cadre de cette étude, un modèle bidimensionnel,
intégré sur la hauteur, pour la simulation de l’hydrodynamique de golfe bien qu’il soit moins adapté
aux écoulements loin des côtes (dans les zones profondes). Cependant, dans les zones qui nous
intéressent, soit près des côtes (jusqu'à des profondeurs d'environ 20 mètres où la stratification des
eaux est peu probable et a peu d’effet sur la dynamique de ces zones), les résultats des modèles
bidimensionnels restent tout à fait valables et acceptables.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-88


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Ainsi, pour la simulation du fonctionnement hydrodynamique de Golfe de Tunis et de la dispersion de


polluant, nous avons utilisé le logiciel « Surfacewater Modeling System » (ou SMS) (figures 34
et 35).

La première étape, en vue de simuler la dispersion de polluant dans le golfe de Tunis, a consisté à
simuler son fonctionnement hydrodynamique moyen. En effet, la dispersion du polluant se fait
principalement par transport convectif (par les courants). Le fonctionnement hydrodynamique du
golfe de Tunis a été alors simulé en fonction des différents forçages terrestres (rejets du Canal Khalij
et des centrales électriques, les rejets des oueds, les échanges avec les lagunes et le Canal de
Navigation, etc.) et météorologiques (vent dominant, marée moyenne). L'objectif principal de ces
simulations est de prédire la structure générale de la circulation des eaux à l'intérieur du golfe
(figures 36 à 39).

La seconde première étape, a consisté ensuite à simuler la dispersion de la DBO rejetée par
l’ONAS par le Canal Khalij (figures 40 et 41) et à travers l’Oued Méliane (figures 42 à 44).

L'objectif principal de ces simulations est de tenter de prédire la distribution spatiale, dans le golfe,
de la pollution rejetée.

Figure 34 : Maillage de Golfe de Tunis (8087 Eléments -16588 Nœuds), (1850 Km2)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-89


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

elevation
-5

-15

-25

-35

-45

-55

-65

-75

-85

-95

-105

Figure 35 : Bathymétrie du Golfe de Tunis (mNGT)

0.8856
-60
8.48
0.5709

Ech. Vitesses
-0.69
0.48 m/s
0.00 m/s

0.01
Figure 36 : Vitesses dans le Golfe de Tunis en Marée Haute

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-90


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

0.8856
-60
8.48
0.5709

Ech. Vitesses
-0.69
0.48 m/s
0.00 m/s

0.01
Figure 37 : Vitesses dans le Golfe de Tunis en Marée Basse

0.8856
-60
8.48
0.5709

Ech. Vitesses
-0.69
0.45 m/s
0.00 m/s

0.01
Figure 38 : Vitesses dans le Golfe de Tunis en Marée Haute, avec un vent Est de 6 m/s

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-91


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

0.8856
-60
8.48
0.5709

Ech. Vitesses
-0.69
0.45 m/s
0.00 m/s

0.01
Figure 39 : Vitesses dans le Golfe de Tunis en Marée Basse, avec un vent Est de 6 m/s

constituent 1- : 239.500
90.0
84.0
78.0
72.0
66.0
60.0
54.0
48.0
42.0
36.0
30.0
24.0
18.0
12.0
6.0
0.0

Figure 40 : Diffusion de la DBO du canal Khalij dans le golfe après 10 jours, sans vent

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-92


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

constituent 1- : 239.500
90.0
84.0
78.0
72.0
66.0
60.0
54.0
48.0
42.0
36.0
30.0
24.0
18.0
12.0
6.0
0.0

Figure 41 : Répartition de la DBO du rejet du canal Khalij après 10 jours, avec vent NO

constituent 1- : 239.500
90.0
84.0
78.0
72.0
66.0
60.0
54.0
48.0
42.0
36.0
30.0
24.0
18.0
12.0
6.0
0.0

Figure 42 : Diffusion de la DBO de l’Oued Méliane dans la baie après 10 jours, sans vent

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-93


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

constituent 1- : 239.500
90.0
84.0
78.0
72.0
66.0
60.0
54.0
48.0
42.0
36.0
30.0
24.0
18.0
12.0
6.0
0.0

Figure 43 : Répartition de la DBO de l’Oued Méliane dans la baie après 10 jours, avec vent NO

constituent 1- : 239.500
96
90
84
78
72
66
60
54
48
42
36
30
24
18
12
6
0

Figure 44 : Répartition de la DBO de l’Oued Méliane dans la baie après 10 jours, Vent Est

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-94


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

3.9 - Circulation des eaux près des Côtes Tunisiennes (INSTM,


2004)

L’INSTM (plus précisemment le Laboratoire de Milieu Marin) dispose d’un logiciel insipré du
modèle POM (Princeton Ocean Model) qui est basé sur les équations primitives de circulation et
de la thermodynamique (INSTM, 2004).

C’est un modèle à 3 dimensions qui permet de simuler la surface libre en utilisant les coordonnées
sigma (s). La grille horizontale peut être curviligne orthogonale de type Arakawa C. Pour la
fermeture des équations de bilan de quantité de mouvement, un calcul de l’évolution de l’énergie
cinétique turbulente (notée q2) et du produit de la longueur de mélange par l’énergie cinétique (q2 l )
est utilisé dans le modèle. Il permet de simuler l’évolution des courants, de la température, de la
salinité et même d’autres paramètres de qualités, en fonction de différents forçages externes (vents,
pression atmosphérique, etc.).

Ce modèle a été utilisé pour la simulation de la circulation le long des côtes tunisiennes ainsi que dans
la lagune de Bizerte.

Les figures suivantes (figures 45 à 54) présentent quelques résultats des simulations de la
dynamique le long des côtes tunisiennes (courants de surface, sanlinités de surface, températures de
surface et quelques profils verticaux de températures et de courants).

Figure 45 : Maillage de la zone côtière tunisienne (INSTM)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-95


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figure 46 : Courant de surface dans la zone côtière tunisienne, en Janvier (INSTM)

Figure 47 : Courant de surface dans la zone côtière tunisienne, en Juillet (INSTM)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-96


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figure 48 : Salinité de surface dans la zone côtière tunisienne, en Janvier (INSTM)

Figure 49 : Salinité de surface dans la zone côtière tunisienne, en Juillet (INSTM)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-97


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figure 50 : Température de surface dans la zone côtière tunisienne, en Janvier (INSTM)

Figure 51 : Température de surface dans la zone côtière tunisienne, en Juillet (INSTM)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-98


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figure 52 : Profils verticaux de la température dans le golfe de Tunis, en Mai (INSTM)

Figure 53 : Profils verticaux de la température au nord du golfe de Tunis, en Avril (INSTM)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-99


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figure 54 : Evolution des profils verticaux de courant au détroit de Sicile (INSTM)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-100


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Chapitre 4 :

UTILISATION DE LOGICIELS
TRAVAUX PRATIQUES DE MODELISATION

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-101


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

MECANIQUE DES FLUIDES


ENVIRONNEMENTALE
______________________

TRAVAUX PRATIQUES DE
MODELISATION

UTILISATION DE LOGICIELS

4.1 - Présentation et Utilisation du Logiciel "CORMIX "

4.2 - Présentation du Logiciel "SCREEN3"

4.3 – Présentation et Utilisation du Logiciel "SMS"

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-102


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

4.1 – Présentation et Utilisation du Logiciel "CORMIX"

1 – Introduction

Le logiciel CORMIX ("Cornell Mixing Zone Expert System") est un système expert informatisé
qui permet :

- d’analyser et de prédire la dilution d’un rejet liquide toxique dans un milieu récepteur
aquatique en fonction des conditions ambiantes et de décharge,

- d’optimiser la conception de l’émissaire en fonction des normes environnementales


nationales en matière de qualité des eaux.

Le milieu récepteur peut être un cours d’eau, une rivière, un fleuve, un lac, un estuaire ou une zone
côtière. Une description de la théorie et de l’application de CORMIX est fournie par :

Jirka, G.H., R.L. Doneker and S.W. Hinton (1996). User’s manual for CORMIX : A hydrodynamic
mixing zone model and decision support system for pollutant discharges into surface waters. Office
of Science and Technology, U.S. Environmental Protection Agency (EPA), Washington D.C., 152
p.

Le logiciel CORMIX est actuellement disponible au Laboratoire d’Hydraulique de l’ENIT.

Le logiciel CORMIX comprend trois sous systèmes experts :

- CORMIX1 : pour l’analyse du rejet d’un diffuseur sous-marin à un orifice.


- CORMIX2 : pour l’analyse du rejet d’un diffuseur sous-marin à plusieurs orifices.
- CORMIX3 : pour l’analyse du rejet en surface à partir du littoral.

Cette section du cours présente le système expert CORMIX (1 et 2) qui traite de la situation la plus
courante c’est-à-dire le rejet d’un effluent à partir d’un diffuseur sous-marin muni d’un orifice. La
section 2 expose de façon qualitative la dilution de l’effluent. La section 3 décrit les données d’entrée
nécessaires à l’utilisation du logiciel et la section 5 illustre une application de CORMIX2 à deux cas
d’étude. Les utilisateurs sont ensuite invités à se familiariser avec CORMIX2 en traitant quelques
problèmes de décharge d’effluents pollués dans la zone côtière.

2 – Dilution de l’effluent

La dilution d’un effluent liquide, injecté de façon continue dans un milieu aquatique, peut être
envisagée comme étant un processus de mélange qui s’échelonne dans le temps et sur deux régions
bien distinctes : une région proche de l’orifice du diffuseur et une région lointaine (figure 1). Dans la
région proche de l’orifice, le mélange est contrôlé principalement par les conditions de décharge

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-103


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

alors que dans la région lointaine, le mélange est plutôt contrôlé par les conditions ambiantes du
milieu récepteur.

Les conditions de décharge se rapportent à la géométrie de l’orifice (diamètre, élévation au-dessus


du fond, orientation de la décharge par rapport à la côte et l’écoulement), et aux caractéristiques des
flux de volume, de mouvement et de flottaison de l’effluent sortant de l’orifice. Par exemple, le flux
de flottaison mettra en rapport la différence entre les densités de l’effluent et du milieu récepteur et
l’accélération de la gravité. L’effluent montera vers la surface lorsque la flottaison sera positive ou
plongera vers le fond lorsque la flottaison sera négative.

Les conditions ambiantes se rapportent plutôt au milieu récepteur. Elles sont déterminées d’une part
par des considérations spatiales (profondeur de rejet, aire de la section d’écoulement, proximité de
la rive, etc.) et d’autre part par des considérations dynamiques (vitesse des courants, densité du
milieu, vents, etc.).

Il est à noter que les calculs de dilution effectués par CORMIX1 sont basés, entre autres, sur les
hypothèses suivantes :

- les conditions ambiantes sont stationnaires (constantes dans le temps);


- la profondeur de l’eau ne change pas en fonction de la distance de l’émissaire;
- les différences de densité entre l’effluent et l’eau ambiante sont négligeables sauf pour le
terme de flottaison (approximation de Boussinesq).

2.1 Région proche.

On distingue dans la région proche deux sous régions de mélange :

- la région du jet submergé


- la région des parois (fond et surface)

La région du jet submergé

Normalement, un effluent sort d’un diffuseur sous-marin sous forme d’un jet pur, d’une plume ou
d’un jet flottant c’est-à-dire muni d’une flottaison positive (figure 2a). Un paramètre important dont
dépend la dilution d’un effluent issu d’un diffuseur sous-marin est le nombre de Froude densimétrique
FD :

FD = u 0 / ( g '0 D)

Ici, u0 est la vitesse de décharge à l’orifice, D est le diamètre de l’orifice et go est la gravité
réduite définie par:
g '0 = g (ρ a − ρ 0 ) / ρ a

où ρ a est la densité ambiante, ρ o est la densité de l’effluent et g est l’accélération de la gravité.


C’est un nombre sans dimension qui met en rapport les forces inertielles aux forces de flottaison.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-104


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Selon la valeur de FD, la décharge de l’effluent adoptera la forme d’un jet (FD >1), d’un jet flottant
(FD ~ 1) ou d’une plume (FD < 1).

La dilution de l’effluent se fait par échange turbulent entre l’effluent et le milieu récepteur. Il en résulte
un processus d’entraînement par lequel l’effluent absorbe de l’eau ambiante à son périmètre et se
dilue.

La figure 2b montre un effluent sortant de l’orifice d’un diffuseur sous forme de jet flottant dans un
milieu stagnant (u = 0) et de densité supérieure (ρ a > ρ 0). On distingue une zone d’établissement de
l’écoulement et une zone d’écoulement établit. Dans la zone d’établissement, de longueur
approximative L = 6D, la vitesse au centre augmente légèrement sur la ligne du centre et diminue
vers l’extérieur. La zone d’écoulement établit débute lorsque la turbulence aux parois atteint la ligne
du centre. La vitesse au centre est égale à la vitesse de sortie et diminue graduellement ensuite au
dépend de l’expansion du cône de diffusion.

Lorsque la vitesse de sortie est faible, un effluent de flottaison positive subira une déviation rapide
vers la surface et se mélangera par entraînement de l’eau ambiante lors de sa progression vers la
surface. C’est le cas d’une plume pure.

Dans un milieu récepteur de densité homogène et stagnant, l’orientation relative de la sortie du jet par
rapport à celle de la flottaison pourra donner lieu à une trajectoire verticale ou courbée. Par
exemple, lorsque la sortie du jet est inclinée (figure 3a), sa trajectoire sera inchangée dans la zone
d’établissement, mais elle sera déviée par la flottaison dans la région d’écoulement établi.

Le mélange d’un jet flottant est en plus affecté par la présence de courants ambiants et par la
stratification verticale de la densité du milieu récepteur. Le rôle des courants sera de faire dévier le
jet flottant, ou la plume, dans la direction des courants (figure 3b et 3d). Ceci occasionne un mélange
additionnel par entraînement. Le rôle de la stratification sera d’empêcher la progression verticale de
l’effluent, et éventuellement le piéger à un niveau terminal qui peur être sous la surface. Le cas d’un
jet et d’une plume piégés est présenté sur la figure 3c.

L’avantage de concevoir un diffuseur sous-marin muni de plusieurs ports de décharge est que le
mélange initial associé à chaque port dans la région d’établissement s’ajoute aux mélanges initiaux
des autres ports, augmentant ainsi le mélange initial total dans la région d’écoulement établi.

La région des parois

Un milieu récepteur comprend invariablement une paroi supérieure, la surface de l’eau, et une paroi
inférieure, le fond de l’eau. Lorsque le milieu récepteur est stratifié en densité, les therrmoclines
(couches de variation rapide de densité) constituent aussi des parois internes.

L’interaction du jet (ou de la plume) avec ces parois constitue une zone de transition entre les
processus de mélange associés à la région submergée et à la région lointaine (figure 1). Le mélange
aux parois dépend fortement de la profondeur au site d’injection, du flux de mouvement associé à la
sortie de l’effluent (jet ou plume), de la stratification et des courants dans le milieu récepteur. Il peut
être graduel ou vigoureux et peut influencera la stabilité des conditions de décharge (figures 4).

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-105


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Par exemple, des conditions de “décharge stable” se manifestent lorsque le flux de mouvement est
faible, la stratification est forte et la profondeur est grande (figures 4 a, c). Dans le cas contraire, on
peut s’attendre à des conditions de “décharge instable” (figures 4 b, d).

La figure 5 illustre le cas particulier de quelques interactions avec les parois d’un jet flottant issu d’un
orifice sous-marin en fonction de l’intensité des courants et de la profondeur. De façon générale, en
présence de courants relativement forts, le jet flottant est courbé par les courants et approche la
surface de façon graduelle, avec peu de mélange additionnel au contact. Le contact avec les parois
peut prendre une des formes suivantes :

(a) Lorsque l’écoulement (jet ou plume) est flottant, il formera une couche stable en surface (figure
5a).
(b) Par faible courant ambiant, cette couche en surface pourra avoir une extension vers l’amont
(figure 5b).
(c) Si la flottaison du jet est faible ou si sa vitesse est relativement forte, une situation instable peut se
développer près de l’orifice en présence de forts courants ambiants. Cette situation se traduit par
une circulation secondaire en aval de l’orifice (figure 5c) qui permet à des eaux déjà mélangées
d’être entraînées à nouveau dans le jet.
(d) Finalement, si dans le cas (c) les courants ambiants sont faibles, une circulation secondaire peut
se développer des deux côtés du jet, avec une légère progression du panache vers l’amont en
surface (figure 5d).

Deux autres types d’interaction avec la paroi du fond peuvent se manifester lorsqu’un jet se
décharge très du fond, dans un milieu stagnant ou en mouvement (figures 6) :

(a) Dans un milieu en mouvement, les courants ambiants font dévier le jet de sorte qu’il peut
“s’attacher” au fond (figure 6a).
(b) Dans un milieu stagnant, un jet sortant d’un orifice horizontal peut aussi demeurer attaché au
fond par la diminution de pression résultante de la demande d’entraînement (figure 6b). C’est
l’attachement de “ Coanda ”.

2.2 Région lointaine

Une fois mélangé dans la région proche de l’émissaire, l’effluent prend la forme d’un panache. Il est
alors soumis, au début de la région lointaine, à l’advection longitudinale par les courants ambiants et
à une diffusion latérale.

Diffusion latérale du panache flottant.

Un panache flottant s’étendra en direction latérale à cause de la différence entre sa densité et celle
des eaux avoisinantes. En l’absence de vent, ceci constitue un mécanisme de transport latéral
efficace. Selon les conditions ambiantes de stratification verticale et des courants ambiants, le
panache s’étend en surface, près du fond ou à un niveau intermédiaire de la colonne d’eau.

La figure 7 présente les distributions horizontale et verticale d’un panache en surface, au début de la
région lointaine. L’étalement latéral se comporte comme un courant de densité, avec un processus
d’entraînement aux frontières latérales du panache. Durant cette progression, le mélange est
relativement faible. En présence de stratification verticale dans le milieu ambiant, l’épaisseur du
panache diminue.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-106


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Diffusion ambiante passive

Plus loin, surtout en présence de vents, la turbulence du milieu récepteur et l’advection par les
courants ambiants, si présents, deviennent les facteurs dominant de mélange du panache. Celui-ci
augmente en largeur et en épaisseur (figure 8) jusqu’au moment où il entre en contact avec le fond
et/ou la rive.

2.3 Calcul de la dilution

Les facteurs affectant la dilution sont donc multiples et chaque combinaison possible donnera lieu à
une classe de conditions hydrodynamique différente. Le système expert CORMIX1 classifie le type
de mélange associé à chacune de ces combinaisons et ensuite calcule la dilution de l’effluent en
fonction de ces divers facteurs, c’est-à-dire les conditions de décharge, les conditions ambiantes,
l’espace et le temps. Le calcul de dilution est effectué à partir de trois variables :

- le flux de masse : Q0 = (π / 4) D2 u0 [L3 T-1]


- le flux de moment : M0 = u0 Q0 [L4 T-2]
- le flux de flottaison : J0 = g0 Q0 [L4 T-3]

Lorsque le milieu ambiant est en mouvement à une vitesse ua, celle-ci devient une variable
additionnelle. Finalement, lorsque le milieu ambiant est stratifié, la stratification de la densité peut être
représentée par un gradient de flottaison ε définit par :

ε= - g / ρ a (d ρ a / d z) [T-2 ]

où z est la coordonnée verticale. Cette définition suppose que la vitesse de sortie u0 est uniforme,
que la vitesse ambiante ua est constante dans l’espace et que le gradient de densité est linéaire, avec ε
constant.

Toute variable dépendante Φ dans la zone proche, tel que la vitesse de l’effluent ou la dilution, est
ensuite calculée par CORMIX1, en fonction de ces variables et de la distance s le long de la ligne
centrale de l’effluent :

Φ = f (Q 0, M0, J0, ua, ε, s)

À titre d’exemple, la dilution S le long de la ligne centrale d’un jet flottant à une distance s de
l’orifice sera :
1/2
S = c1 M0 s / Q0

où c1 est une constante déterminée par des expériences en laboratoire. Dans le cas d’une plume,
cette dilution S sera :
1/3 5/3
S = c2 J0 z / Q0

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-107


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

où c2 est aussi une constante déterminée en laboratoire, et ainsi de suite pour toutes autres variables
dépendantes.

Dans la zone lointaine, lorsque la flottaison du panache devient négligeable, le mélange est calculé par
une simple équation de transport du type :

∂ ∂C ∂C
(−c 3 ) + ua + kC = 0
∂y ∂y ∂x

où y est l’axe perpendiculaire à la direction x du courant ua et c3 est une constante empirique.

3 – Données du logiciel

Les données d’entrée du logiciel CORMIX1 sont divisées en quatre classes :

3.1. Identification de la simulation


- Nom du site
- Identification des conditions
- Nom de fichier

3.2 Conditions ambiantes


- Géométrie : limité ou semi-limité (figure 9)
- Profondeur : profondeur moyenne, HA (m)
- Profondeur : profondeur locale proche de la décharge, HD (m)
- Courants ambiants : constants ou reversibles, marée
- Courants ambiants : Vitesse UA (m/s)
- Friction au fond : Type de friction au fond spécifiée (Manning N ou Darcy-Weisbach
‘f’)
- Friction au fond : Valeur Manning N (entre 0.01 à 0.02) ou (entre 0.01 et 0.2)
- Densité ambiante : uniforme ou stratifiée (figure 10)
- Densité ambiante : Eau douce ou non
- Densité surface RHOAS (1020 kg/m3)
- Densité fond RHOAB (1022 kg/m3)
- Vent : vitesse UW (entre 2 et 15 m/s)

3.3 Conditions de décharge (figure 11)


Choix de CORMIX1, CORMIX2 ou CORMIX3
- Distance de l’orifice du bord (DISTB, m)
- Géométrie : orifice est à droite ou à gauche du bord en regardant vers l’aval
- Géométrie : angle de décharge (H0, entre 90=vers le haut et -45 vers le bas)
- Géométrie : angle de décharge par rapport au courant (THETA, 0=même que le
courant, 90° à gauche en regardant l’aval, 180°= opposé au courant)
- Orifice : Diamètre (D0), rayon (R0) ou surface de l’orifice (A0)

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-108


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

- Orifice : Valeur du diamètre, du rayon ou de la surface de l’orifice


- Orifice : hauteur de l’orifice par rapport au fond (H0)
- Effluent: flux de volume (Q0) ou vitesse (U0)
- Effluent : valeur du flux ou vitesse
- Effluent : eau douce ou non
- Effluent : densité ou température
- Effluent : valeur de densité (RHO0) ou de température (T0)
- Effluent : type de calcul, température (KS) ou non (KS=0)
- Effluent : spécifier unités
- Effluent : concentration du polluant (unités spécifiées)
- Effluent : polluant conservateur ou non
- Effluent, si non conservateur, spécifier le taux de réduction (KD, entre 0 et 10 unités
par jour).

3.4 Conditions de toxicité, (Toxic dilution zone, TDZ)


- Toxicité : Effluent toxique ou non
- Toxicité : Valeur CMC (Criterion Maximum Concentration) en unités spécifiées
- Toxicité : Valeur CCC (Criterion Continuous Concentration) en unités spécifiées,
CCC<CMC)
- Toxicité : Il y-a-t-il un RMZ (Regulatory Mixing Zone), répondre Non.
- Ouvrage à protéger : distance (ROI) de l’ouvrage (e.g. plage, côte, oiseaux, etc.) ou
zone de calcul.

Les données d’entrée du logiciel CORMIX2 (émissaires à plusieurs orifices) sont les mêmes, avec
plus de détails concernant la géométrie des orifices :

- Nombre d'orifices et leur diamètre


- Longueur de répartition des orifices (LD)
- Orientation des orifices : angle avec le fond (THETA=0° : horizontal ; THETA=90°:
vers le haut) et angle avec le courant marin (SIGMA=0° : parallèle à la côte ;
SIGMA=90° : perpendiculaire au courant marin) (figures 12).
- Angle, forme et type des orifices par rapport à l'émissaire ((figures 13).

Toutes ces données sont à connaître AVANT de commencer une session de CORMIX1 ou de
CORMIX2.

Rappelons à ce propos que, actuellement, les émissaires à plusieurs orifices sont les plus
utilisés. En effet, le fait de répartir l'effluent sur plusieurs orifices permet d'augmenter la
dilution dans le milieu récepteur.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-109


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figure 1 : Illustration des régions proche et lointaine.

Figure 2.a : Comportement de l'effluent à la sortie de l'émissaire :


A) panache ; B) combinaison panache – jet ; C) jet pur.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-110


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figure 2.b : Caractéristiques d'un jet à la sortie de l'émissaire

Figure 3 : Exemples de combinaison des effets de la stratification du milieu,


de la quantité de mouvement du jet, du débit et de la flottaison.

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figures 4 : Exemples de comportement de l'effluent dans la région proche,


en cas de profondeurs limitées.

Figures 5 : Exemples de jets libres et de jets attachés au fond.

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figures 6 : Exemples d'interactions avec la surface en cas de profondeur limitée.

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Figure 7 : Diffusion d'un effluent léger dans la région proche.

Figure 8 : Processus de diffusion de l'effluent avec advection, dans la région lointaine

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-114


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figure 9 : Exemples de schématisation des profondeurs du milieu récepteur

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figure 10 : Différentes approximations de la stratification du milieu récepteur

Figure 11 : Géométrie de l'émissaire pour CORMIX1

Figure 12 : Géométrie des orifices pour CORMIX2

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-116


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figure 13 : Différentes configurations possibles des orifices

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-117


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

5 – Etudes de Cas

Deux cas de dimensionnement d'émissaires sont présentés et peuvent être traités : L'émissaire en mer
des eaux usées traitées par la STEP de Mahdia et l'émissaire en mer des eaux usées de la STEP de
Sfax Nord.

Ces 2 cas peuvent être traités dans le cadre du cours en modifiant, par exemple, les débits
rejetés ou les caractéristiques géométriques des émissaires.

5.1 Emissaire en mer de la STEP de Mahdia

a) – Données du modèle :
Conditions ambiantes :
- Plan vertical perpendiculaire au rivage = semi renfermé (milieu marin).
- Profondeur moyenne = 14.0 m.
- Profondeur au niveau de l’orifice = 14.0 m.
- Vitesse du courant aval = 0.2 m/s, Permanent
- Coefficient de Manning = 0.02.
- Milieu récepteur : Non-Homogène, Stratification Linéaire, type A
- Densité des eaux en surface = 1035 Kg/m3.
- Densité des eaux au fond = 1037 Kg/m3.
- Vitesse du vent (vent calme) = 2 m/s.

Conditions de décharge : (Emissaire de ∅ 800 mm PRFV et de longueur en mer 1500 m)


- Rivage à droite dans le sens du courant.
- Longueur de l'élément diffuseur = 100 m (élément des orifices)
- Distances de cet élément de la côte = de 1400 m à 1500 m.
- Alignement de l'émissaire (GAMMA) = 90 degrés (perpendiculaire à la côte).
- Nombre d'orifices = 20 orifices
- Types d'orifices : Individuels (ou séparés) et Unidirectionnels
- Diamètre des orifices = 0.130 m.
- Coefficient de contraction = 1. (Orifices longs).
- Angle vertical de décharge (THETA) = 90 degrés (orifices verticaux).
- Débit total des eaux traitées = 0.515 m3/s.
- Hauteur de sortie des orifices = 0.8 m.
- Densité des eaux usées rejetées = 1005 Kg/m3.
- Concentration des coliformes totaux à la sortie = 240000 coliformes par 100 ml.
- Coefficient d’extinction = 0 (pas de dégradation).

Condition de zone de dilution toxique :


- Polluant Toxique.
- Critère Exceptionnel de Concentration (TDZ ou CMC) = 1000 coliformes / 100 ml.
- Critère Continu de Concentration (CCC) = 500 coliformes / 100 ml (norme de baignade à
ne pas dépasser jusqu'à 1000 mètres en face de la plage).
- Pas de zone de régulation (ou zone de mélange préalable au rejet).

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-118


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

- Région d'intérêt (ou distance de calcul) = 4000 m (à partir de la sortie de l'émissaire), dans
le sens du courant.
- Nombre de points d'impression des résultats = 10.

b) – Résultats du modèle :

Les figures 14 à 15 montrent l'évolution de la concentration en coliformes totaux dans la région


lointaine (figure 14 : Vue en plan ; figure 15 : coupe transversale).

Les figures 16 à 17 montrent le comportement de l'effluent (plus léger que l'eau de mer) dans la
région proche des orifices (figure 16 : Vue en plan ; figure 17 : coupe transversale).

La figure 14 montre en particulier qu'une concentration en coliformes totaux supérieure à 500/100 ml


n'est observée qu'au-delà de 1000 mètres de la plage.

Figure 14 : Evolution de la concentration en Coliformes – Région Lointaine, Vue en Plan

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figure 15 : Evolution de la concentration en Coliformes – Région Lointaine, Vue en Profil

Figure 16 : Evolution de la concentration en Coliformes – Région Proche, Vue en Plan

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-120


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figure 17 : Evolution de la concentration en Coliformes – Région Proche, Vue en Profil

5.2 Emissaire en mer de la STEP de Sfax Nord

a) – Données du modèle :

Conditions ambiantes :
- Plan vertical perpendiculaire au rivage = semi renfermé (milieu marin).
- Profondeur moyenne = 3.0 m.
- Profondeur au niveau de l’orifice = 3.0 m.
- Vitesse du courant aval = 0.2 m/s, Permanent
- Coefficient de Manning = 0.02.
- Milieu récepteur : Non-Homogène, Stratification Linéaire, type A
- Densité des eaux en surface = 1034 Kg/m3.
- Densité des eaux au fond = 1035 Kg/m3.
- Vitesse du vent (vent calme) = 2 m/s.

Conditions de décharge : (Emissaire de ∅ 800 mm PRFV et de longueur en mer 6000 m)


- Rivage à droite dans le sens du courant.
- Longueur de l'élément diffuseur = 30 m (élément des orifices)
- Distances de cet élément de la côte = de 5970 m à 6000 m.
- Alignement de l'émissaire (GAMMA) = 90 degrés (perpendiculaire à la côte).

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-121


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

- Nombre d'orifices = 16 orifices


- Types d'orifices : Individuels (ou séparés) et Unidirectionnels
- Diamètre des orifices = 0.150 m.
- Coefficient de contraction = 1. (Orifices longs).
- Angle vertical de décharge (THETA) = 90 degrés (orifices verticaux).
- Débit total des eaux traitées = 0.535 m3/s.
- Hauteur de sortie des orifices = 0.4 m.
- Densité des eaux usées rejetées = 1003 kg/m3.
- Concentration des coliformes totaux à la sortie = 106 ou 5.106 Coliformes par 100 ml.
- Coefficient d’extinction = 1.5 /jour (étude d'impact).

Condition de zone de dilution toxique :


- Polluant Toxique.
- Critère Exceptionnel de Concentration (TDZ ou CMC) = 1000 coliformes / 100 ml.
- Critère Continu de Concentration (CCC) = 500 coliformes / 100 ml (norme de baignade à
ne pas dépasser jusqu'à 1000 mètres en face de la plage).
- Pas de zone de régulation (ou zone de mélange préalable au rejet).
- Région d'intérêt (ou distance de calcul) = 20 000 m (à partir de la sortie de l'émissaire),
dans le sens du courant.
- Nombre de points d'impression des résultats = 10.

b) – Résultats du modèle :

Les figures 18 à 19 montrent l'évolution de la concentration en coliformes totaux dans la région


lointaine et ce pour des concentrations des eaux traitées rejetées de 106 et 5.106 coliformes totaux
par 100 ml d'eau, respectivement. Il s'agit de vues en plan.

La figure 19 (le cas le plus défavorable) montre en particulier qu'une concentration en coliformes
totaux supérieure à 500 / 100 ml n'est observée qu'au-delà de 4000 mètres de la plage.

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Figure 18 : Evolution de la concentration en Coliformes – Région Lointaine, Vue en Plan,


pour une concentration du rejet de 106 Coliformes/100ml

Figure 19 : Evolution de la concentration en Coliformes – Région Lointaine, Vue en Plan,


pour une concentration du rejet de 5.106 Coliformes/100ml

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

4.2 – Présentation du Logiciel "SCREEN3"

1 – Introduction

Le logiciel SCREEN3 est mis au point par l’EPA (ou ”Environmental Protection Agency” des
USA). Il permet d’estimer le champs des concentrations au niveau du sol en tenant compte des
caractéristiques atmosphériques (stabilité, vitesse du vent, etc.), des caractéristiques de la source
(géométrie, débit d’émission) et de la configuration du terrain naturel.

Ce logiciel permet de simuler la dispersion d’un polluant gazeux injecté par différents types de
sources continues :
− Une source ponctuelle (une cheminée isolée) ;
− Une source de chaleur ;
− Une source de surface ;
− Une source de volume.

Suivant le type de source, le logiciel SCREEN3 exige des paramètres spécifiques d’entrée. Il calcule
ensuite la distribution de la concentration en polluant au niveau du sol.

2 – Equations de base du modèle

La dispersion d’un polluant gazeux dans l’atmosphère est régie par les équations de la mécanique
des fluides. Il s’agit alors d’en déduire des solutions simples sous quelques hypothèses. Le plus
souvent, les méthodes actuelles utilisées pour l’estimation des taux de pollution à partir d’une
cheminée industrielle isolée font le plus souvent appel à une formule de surhauteur et une formule de
dispersion.

Il s’agit alors de remplacer la source réelle S par une source fictive S’, plus élevée que la source
réelle S de ∆h, et située en amont de celle-ci d’une distance X0. La cote h de la source fictive S’ est
alors la somme de la cote h0 de la source S et de la surhauteur ∆h : h = h0 + ∆h (figure 1).

Figure 1 : Modèle de diffusion utilisé dans les logiciels usuels.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-124


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Il faut noter que la distance X0 est en fait mal connue, mais cela a peu d’importance, car elle est
généralement très petite vis-à-vis des dimensions longitudinales auxquelles on s’intéresse.

Par contre, plusieurs formules ont été proposées pour la détermination de la surhauteur ∆h parce que
son impact sur la dispersion de l’effluent gazeux est très important.

La formule de calcul de la surhauteur utilisée par le logiciel SCREEN3 est celle proposée par Briggs
(ces hypothèses consistent à choisir les paramètres physiques les plus significatifs et à utiliser
l’analyse dimensionnelle) et qui dépend du flux des forces de poussée d’Archimède.

Ce flux est défini par la formule suivante :

Ts − Ta
Fb = g.ds .Vs
4.Ts

Dans laquelle g est l’accélération de la pesanteur (en m/s2), ds est le diamètre de la cheminée (en m),
Vs est la vitesse à la sortie de la cheminée (en m/s), Ts est la température de l’effluent à la sortie de la
cheminée (en °K) et Ta est la température de l’air ambiant (en °K).

Dans ce cas, ∆h s’écrit comme suit :

X2/3
∆h = 2 F
1/3
b
Ua

Où X est la distance de la source et Ua est la vitesse du vent à la hauteur d’émission (en m/s).

A partir de cette source fictive S’, l’équation qui décrit l’évolution dans l’espace de la concentration
C(X, Y, Z) en régime stationnaire est la suivante :

∂C ∂C ∂C ∂  ∂C  ∂  ∂C  ∂  ∂C 
U +V +W = Kx  +  Ky  + Kz − k c .C
∂X ∂Y ∂Z ∂X  ∂X  ∂Y  ∂Y  ∂Z  ∂Z 

Dans laquelle U, V et W sont les composantes du vecteur vitesse des particules d’effluent suivant les
trois axes X, Y et Z respectivement, kx, ky et kz sont les diffusivités turbulentes dans les directions
OX, OY et OZ respectivement, et kc est le taux de disparition éventuel du polluant.

Tous les logiciels de simulation de la dispersion de polluant atmosphérique proposent des solutions
simplifiées ou particulières de cette équation de transport (vent constant, diffusion longitudinale
négligeable, vitesses transversales et verticales négligeables, etc.)

La formule utilisée par le logiciel SCREEN3 pour calculer la concentration dans la direction du vent
(direction X), qui est déduite de celle proposée par Pasquill, est la suivante :

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

  1 2  1 2
exp  − 2 ( (Zr − h ) / σz )  + exp − 2 ((Zr + h)/ σz )  
    
   1 2  
 exp  − 2 ( (Zr − h − 2NZm ) / σz )   
     
Qm 
   1 2 
C(X,Zr) =  k  + exp  − ( (Zr + h − 2NZm ) / σz )   
2 π σy σ zU a   2  
 ∑
+ 
  1 2  
 + exp  − ( (Zr − h + 2NZm ) / σz )  
N =1
 
   2  
   1 2  
  + exp  − ( (Zr + h + 2NZm ) / σz )   
   2  
Dans cette formule :
C: La concentration en (X, Zr) ;
X: La distance de la cheminée ;
Zr : Hauteur du récepteur au-dessus du sol ;
h : Hauteur effective de la cheminée ;
Ua : Vitesse du vent au niveau de la sortie de la cheminée ;
Qm : Débit massique rejeté par la cheminée ;
σz : Paramètre de dispersion verticale ;
σy : Paramètre de dispersion latérale ;
Zm : Hauteur de mélange ;
k : Sommation de multiples réflexions du panache au sol et à l’inversion du relief.

Les paramètres de dispersion σz et σy dépendent de la distance X de la cheminée, de la structure


de la turbulence de l’atmosphère et de la vitesse du vent. Ils sont exprimés en fonction de la classe
de stabilité de l’atmosphère. Les différentes classes de stabilité (notées par les lettres A, B, C, D, E
et F) sont les suivantes :
Classe A : Très Instable Classe D : Neutre
Classe B : Instable Classe E : Stable
Classe C : Légèrement Instable Classe F : Très Stable
La classe de stabilité de l’atmosphère est déterminée en fonction de la vitesse du vent et du
rayonnement solaire (pendant le jour) ou la nébulosité (ou couverture nuageuse, pendant la nuit)
comme indiqué dans le tableau suivant :

JOUR NUIT
Vitesse Rayonnement solaire Modérément couvert
du Vent incident ou nébulosité Nébulosité
(à 10 m) Fort Modéré Faible entre 4/8 et 7/8 ≤ 3/8
< 2 A A–B B F F
2–3 A–B B C E F
3–5 B B–C C D E
5–6 C C–D D D D
> 6 C D D D D

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Dans le cas où l’on dispose de mesures du rayonnement solaire incident, les appellations de fort,
modéré et faible sont définies par :
− Rayonnement Fort signifie : ≥ 600 W/m2 ;
− Rayonnement Modéré signifie : 300 à 600 W/m2 ;
− Rayonnement Faible signifie : ≤ 300 W/m2.

Le tableau suivant montre les combinaisons des vitesses du vent et les stabilités utilisées par le logiciel
SCREEN3.

Vent à 10 m du sol (m/s)


Classe de
Stabilité 1 1.5 2 2.5 3 3.5 4 4.5 5 8 10 15 20
A x x x x x
B x x x x x x x x x
C x x x x x x x x x x x
D x x x x x x x x x x x x
E x x x x x x x x x
F x x x x x x x

Dans le logiciel SCREEN3, nous avons les trois possibilités pour l’introduction et la prise en compte
des conditions météorologiques suivantes :

(1) − On peut utiliser toutes les classes de stabilités et toutes les vitesses de vent. Dans ce
cas, le logiciel donne les résultats les plus défavorables pour toutes les classes de
stabilité et pour toutes les vitesses de vent ;
(2) − On peut choisir une seule classe de stabilité et toutes les vitesses de vent. Dans ce
cas, le logiciel donne les résultats les plus défavorables pour toutes les vitesses de
vent mais pour la classe donnée seulement ;
(3) − On peut choisir une seule classe de stabilité et une vitesse de vent. Dans ce cas le
logiciel calcule pour seule la classe et le vent désirés.

Les résultats du logiciel SCREEN3 sont des courbes de variations de la concentration C au niveau
du sol et suivant la direction du vent (X).

3 – Les données du modèle

Pour le cas d’une cheminée industrielle isolée, les données nécessaires au modèle, en plus des
données climatologiques (classe de stabilité et vent) sont :

− Débit massique en polluant (en g/s) ;


− Hauteur réelle de la cheminée (m) ;
− Diamètre interne de la cheminée (m) ;
− Vitesse ou débit des fumées à la sortie de la cheminée (en m/s ou en m3/s) ;
− Température des fumées rejetées (en °K) ;
− Température de l’air ambiant (en °K) ;
− Zone Urbaine ou Rurale.

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

4.3 – Présentation et Utilisation du Logiciel "SMS"


1 – Objectifs de la modélisation dynamique
La modélisation hydrodynamique des systèmes lagunaires est devenue, depuis le développement des
méthodes de résolution numérique, très importante pour comprendre leur fonctionnement
hydraulique. En effet, en fonction du degré de complexité du problème et de son objectif, la
modélisation peut mettre à notre disposition des résultats qui peuvent aider à bien gérer ou bien
aménager des écosystèmes aquatiques. D'autre part, les résultats des simulations de
l'hydrodynamique peuvent être utiles pour d'autres modèles tels que les modèles de dispersion de
pollution et les modèles écologiques

C’est dans cet objectif que se situe la modélisation hydrodynamique des milieux lagunaires et côtiers.
En effet, elle nous permet, d'une part, de comprendre le fonctionnement hydrodynamique actuel du
milieu, et, d'autre part, de simuler et comparer l'impact de quelques aménagements envisagés pour en
proposer le meilleur scénario.

Dans le cadre des études de modélisation hydrodynamique des milieux peu profonds, le logiciel
"Surface-Water Modeling System" (ou SMS), disponible à l’ENIT, peut être utilisé. C'est un
modèle à 2 dimensions, intégré sur la hauteur d'eau, bien adapté aux milieux peu profonds et non
stratifiés. Dans ce qui suit nous allons présenter ce logiciel, ses équations de base et ses différents
modules.

2 – Présentation du modèle

Pour élaborer des études de modélisation hydrodynamique des milieux côtiers et lagunaires peu
profonds, nous proposons d'utiliser le logiciel "Surface-Water Modeling System" (ou SMS) qui est
un modèle qui utilise la méthode des éléments finis pour la résolution des équations de l'écoulement et
qui comprend, outre le module de calcul hydrodynamique, des modules pré-processeur pour le
maillage et post-processeur pour l’analyse des résultats.

Les modules utiles de ce logiciel sont le module «GFGEN » qui est le module de maillage, qui
permet d'introduire la géométrie et la bathymétrie du domaine d’étude et ensuite de créer et éditer le
maillage du domaine, le module « RMA2 » qui est le module de simulation de l'hydrodynamique à 2
dimensions et qui permet de résoudre les équations de l’écoulement, et le module « RMA4 » qui est
le module de simulation de la dispersion d'un polluant quelconque dans le milieu.

2.1 − Equations de base du modèle hydrodynamique

Les modèles hydrodynamiques à 2 dimensions s’appuient sur les équations locales de bilans de
masse et de quantité de mouvement intégrées sur la hauteur d’eau. Dans ces équations, l'hypothèse
d'une répartition hydrostatique de la pression est adoptée.

Dans un repère orthogonal (O, x, y), les équations de base des modèles 2-D, intégrés sur la hauteur
h, sont les suivantes (SMS, 2000) :

• L'équation de bilan de masse :

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

∂h ∂u ∂v ∂h ∂h
+h ( + ) + u +v = m0 (1)
∂t ∂x ∂y ∂x ∂y

• L’équation de bilan de quantité de mouvement suivant Ox :


∂u ∂u ∂u  ∂ 2u ∂ 2u   ∂a ∂h  g u n 2 2 1/2
2
h + hu + h v − h  Exx 2 + E xy 2  + gh  +  + 1/3 ( u + v )
∂t ∂x ∂y  ∂x ∂y   ∂x ∂x  h
ρ (2)
− ζ a Va2 cos ϕ − 2h ω vsin φ = 0
ρ

• L’équation de bilan de quantité de mouvement suivant Oy :


∂v ∂v ∂v  ∂2 v ∂2 v   ∂a ∂h  g v n 2
+ h u + h v − h E xx 2 + E xy 2  + g h  +  + 1/3 ( u2 + v2 )
1/2
h
∂t ∂x ∂y  ∂x ∂y   ∂y ∂y  h
ρ (3)
− ζ a Va2 sin ϕ + 2h ω usin φ = 0
ρ
Dans lesquelles :
h : La hauteur d’eau ;
u et v : Les vitesses, intégrées sur la hauteur, suivant les axes Ox et Oy ;
t : Le temps ;
x, y : Coordonnées cartésiennes ;
ρ : La masse volumique de l’eau ;
ρa : La masse volumique de l’air ;
mo : Echanges d’eau en surface (pluie, évaporation) ou au fond (infiltration) ;
Eij : Les coefficients de dispersion ;
g : L’accélération de la pesanteur ;
a : La cote du fond ;
n : Le coefficient de rugosité du fond de Manning ;
ζ : Le coefficient de cisaillement du vent ;
Va : La vitesse du vent ;
ϕ : La direction du vent par rapport à l’axe Ox ;
ω : La vitesse de rotation angulaire de la terre ;
φ : La latitude du milieu.

Les équations (1) à (3) sont complétées par des conditions aux limites du domaine de calcul : flux nul
(frontière imperméable), niveau d’eau imposé (exemple : la marée en mer), débit imposé (exemple :
rejets d'eaux pluviales, rejets d'eaux usées, rejets d'une centrale électrique ou une usine, etc.).

Ces équations, où les inconnues sont u, v et h, n’admettent pas de solutions analytiques. Elles sont
alors résolues numériquement, pour aboutir à un modèle numérique.

En principe, quand des données expérimentales de terrain sont disponibles, la valeur de quelques
paramètres (Eij ; n ou Ch et ζ) devrait être déterminée par calage du modèle sur ces mesures in-situ
(ajustement des valeurs de ces paramètres jusqu’à l’obtention, avec le modèle, des données
expérimentales de terrain).

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-129


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

2.2 − Structure de SMS

Le logiciel SMS (version 10) est un modèle numérique de simulation incluant des modules de pré-
processeur, pour le maillage, et post-processeur, pour l’analyse des résultats. Il est adapté à des
milieux de grandes superficies et de géométrie très complexe mais peu profonds. Il admet un nombre
de mailles presque illimité (jusqu'à des centaines de milliers d'éléments).

Des interfaces sont spécifiquement conçues pour faciliter l'utilisation de plusieurs modèles numériques
intégrés dans SMS. Chaque modèle numérique est conçu pour résoudre une classe spécifique de
problèmes (SMS, 2003) :

§ Calculer les caractéristiques hydrodynamiques, telles que les élévations de la surface de


l'eau et les vitesses du courant ;

§ Traiter la migration des concentrations en polluants ou en sédiments en suspension;

§ Traiter l’état stable et l’analyse dynamique ;

§ Traiter les courants supercritiques et sub-critiques.

Chaque modèle numérique crée des dossiers de la solution qui contiennent les différents résultats des
calculs, à chaque nœud, cellule ou section.

En dehors de sa convivialité, puisqu’il fonctionne sous Windows, le logiciel SMS permet :

§ De lire les résultats des modèles et créer des représentations graphiques (des lignes
d’iso-valeurs, des champs de vitesses) et même des animations (évolution temporelle des
vitesses ou des concentrations) ;

§ D’être utilisé comme un pré ou post-processeur pour d’autres codes de calcul tant que
ces programmes peuvent lire et/ou écrire des dossiers dans un format compatible avec SMS.

L’interface "Fast TABS" permet la communication rapide, en interactif, avec l’utilisateur :


introduction des données, lecture et visualisation des résultats.

Le logiciel SMS comporte plusieurs modules parmi lesquels nous allons utiliser :

• Le module GFGEN : C’est le module de maillage, qui contient des outils pour créer et éditer
le maillage du domaine ;

• Le module RMA2 : C’est la module de modélisation hydrodynamique à 2 dimensions, qui


permet de résoudre les équations de l’écoulement.

• Le module RMA4 : C’est la module de simulation de la dispersion de polluants, qui permet de


résoudre l’équation de transport d’un constituant quelconque couplée au modèle hydrodynamique.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-130


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

La structure générale du logiciel SMS est schématisée sur la figure 1. Cette figure illustre aussi le
schéma de fonctionnement du logiciel. Les modules nécessaires sont encadrés par des traits épais,
les autres modules sont facultatifs.

RMA4

Figure 1 : Schéma de fonctionnement du logiciel SMS (SMS, 2003)

2.3 − Le module GFGEN

Le module GFGEN (ou "Geometry File GENeration") a pour rôle de générer le maillage en
éléments finis du domaine. Ce module peut générer soit un maillage triangulaire quadratique à 6
nœuds, soit un maillage rectangulaire à 8 nœuds.

Il génère ensuite des fichiers de définition de la géométrie du maillage. Ces fichiers seront utilisés
comme entrée aux autres programmes de calcul (RMA2). Il exécute aussi des diagnostics habituels
du maillage et permet de le corriger, le modifier ou l’améliorer.

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-131


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Ainsi, le module GFGEN permet de (SMS, 2003) :


• Définir les nœuds (numéros et coordonnées) et les éléments (numéros et les nœuds
correspondants), et construire le maillage ;

• Identifier des erreurs potentielles dans le maillage définit ;

• Re-numéroter le maillage, en omettant les nœuds et/ou les éléments non utilisés ;

• Créer un fichier de données binaires, qui contient toutes les informations qui concernent
le maillage et la géométrie, dans un format convenable pour permettre son utilisation par les
autres modules de simulation.

2.4 − Le module RMA2

Le module RMA2 est un modèle hydrodynamique numérique bidimensionnel (sur le plan horizontal
définit par O, x, y). RMA2 résout numériquement les équations de bilans de masse et de quantité de
mouvement intégrées sur la hauteur d’eau. Il s’agit des équations (1) à (3).

Ces équations, où les inconnues sont u, v et h, sont résolues numériquement par la méthode des
éléments finis. Les dérivées temporelles sont remplacées par des approximations aux différences
finies non linéaires. Pour chaque pas de temps, on suppose que les variables varient sous la forme :

f ( t ) = f ( 0) + a t + b t c t 0 ≤ t ≤ t 0 + ∆t où a, b et c sont des constantes.

La solution est totalement implicite et les équations non linéaires de l’écoulement sont résolues
simultanément par la méthode itérative de Newton-Raphson. Il est donc conçu pour traiter les
problèmes d’écoulements où les accélérations verticales sont négligeables (milieux peu profonds) et
les vecteurs vitesses se pointent dans la même direction sur toute la hauteur de la colonne d'eau à
tout instant (pas de stratification dynamique).

Le frottement au fond est exprimé en fonction du coefficient de Manning (ou de Chézy), qui
schématise la rugosité du fond, et la turbulence et la dispersion sont exprimées à travers des
coefficients de dispersion (Eij). Les problèmes d'écoulements permanents (stables) ou transitoires
(instables ou dynamiques) peuvent être résolus.

Ainsi, en utilisant les conditions aux limites, RMA2 calcule, en chaque nœud du maillage et à chaque
pas de temps, les valeurs numériques des deux composantes des vitesses horizontales (u et v) ainsi
que la hauteur d’eau (h). Le module RMA2 permet de (SMS, 2003) :

• Introduire et modifier les paramètres de calcul : coefficient de Manning ou Chézy,


coefficients de dispersion, la vitesse de vent, conditions aux limites ouvertes du domaine,
précision des calculs, nombre d’itérations de calcul, pas de temps en transitoire, les
paramètres d’assèchement ou de remise en eau, etc. ;
• Identifier des erreurs éventuelles dans le réseau de maillage ;
• Calculer u, v et h en chaque nœud ;
• Calculer le courant à travers une ligne de contrôle (communication avec la mer) ;

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-132


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

• Tenir compte de l’effet du vent (ou du frottement généré par le vent) à la surface de l’eau
et des tempêtes ;
• Simuler les événements humides et secs des marais (assèchement ou mise en eau de
quelques zones).

2.5 − Le module RMA4

Le module RMA4 permet de calculer l’évolution spatio-temporelle des concentrations en polluants


ou en sédiments en suspension. C’est aussi un modèle bi-dimensionnel, où les concentrations sont
moyennées sur la hauteur d’eau.

Pour le calcul des valeurs numériques des concentrations en chaque nœud du maillage, le module
RMA4 utilise les résultats du modèle hydrodynamique (résultats de RMA2) car il utilise les vitesses
calculées par ce dernier au niveau des nœuds et des éléments du maillage pour simuler la dispersion
du polluant dans le milieu considéré.

Il s’agit donc d’une résolution numérique de l’équation de transport d’un constituant quelconque
couplée aux équations de l’hydrodynamique (1) à (3). Cette équation est la suivante :

∂(hC) ∂(hUC) ∂(hVC) ∂2C ∂2C


+ + = hD 2 + 2  − khC
∂t ∂x ∂y  ∂x ∂y 
(4)

Dans laquelle :
C : La concentration en polluant, moyennée sur la hauteur d’eau.
D : Le coefficient de dispersion du polluant.
k : Le taux de disparition du polluant dans le milieu.

3 – Etapes d'utilisation du logiciel

L'utilisation du logiciel SMS pour l'étude de l'hydrodynamique d'un milieu aquatique quelconque se
fait en deux étapes : La construction du modèle ; Les simulations.

3.1 − La construction d'un modèle

Dans cette phase, il s'agit d'introduire la géométrie du milieu, de discrétiser de l’espace (maillage du
domaine), d'introduire la bathymétrie et de localiser les conditions aux limites (les frontières fermées,
les différents rejets, les lieux des échanges, les communications avec la mer, etc.).

L'introduction de la géométrie à l'échelle réelle et de la bathymétrie du milieu peut se faire de


plusieurs manières :

– Sur l'écran, point par point sur la fenêtre de SMS ;


– En important la carte établie par AutoCAD, fichier *.dwg ou *.dxf ;
– En important une image scannée de la carte (fichier.JPG) si l'on connaît les
coordonnées (X, Y) de 3 points sur la carte ;

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-133


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

– En important un fichier texte de bathymétrie sous format (X, Y, Z). L'avantage de


ce fichier est l'introduction simultanée des coordonnées (X, Y) et de la bathymétrie
(Z) issue par exemple d'un récent levé bathymétrique dans le milieu ;
– Etc.

3.2 − Les simulations

Une fois le modèle construit, la deuxième étape consiste à simuler et analyser le fonctionnement
hydrodynamique du milieu. On peut ainsi faire le diagnostic de la situation actuelle, et ensuite utiliser
le modèle pour la simulation de différents scénarios d'intervention ou d'aménagement. L'analyse des
résultats de ces simulations peut alors nous orienter vers le choix du meilleur scénario
d'aménagement.

Pour réaliser une simulation, l'introduction de quelques données est nécessaire :

– Caractéristiques des éléments (coefficients de Chézy et de Dispersion) ;


– Les conditions aux limites (débits imposés, niveaux imposés, etc.) ;
– Durée de la simulation, pas de temps, précision des calculs, calcul en transitoire ou
en permanent ;
– Niveau initial de la surface libre, vent, température, Coriolis, etc.

L'exemple de l'aménagement prévu de Sabkhet Kélibia peut être traité en cours (Figure 2).

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Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

X = 106 m ; Y = 88 m

X = 50 m ; Y = 79 m

X= 68 m ; Y= 43 m

X = 17 m ; Y= 10 m

Figure 2 : Schéma de l'aménagement de Sabkhet Kélibia

Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-135


Mécanique des Fluides Environnementale : Modélisation Dynamique

Bibliographie
____________

CARLIER M. : " Hydraulique générale et appliquée " - Edition Eyrolles, 1980.

CHASSAING P. et HA MINH H. : " Turbulence " - Polycopié INPToulouse, 1990.

CHASSAING P. : " Turbulence en mécanique des fluides : Analyse du phénomène dans


une perspective de modélisation à l'usage de l'ingénieur " -
Polycopié I.N.P.-Toulouse, 1992.

FORTIER A. : " Mécanique des fluides " -


Collection Techniques de l'Ingénieur -Paris VI, 1974.

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Mahmoud MOUSSA Janvier 2016 Page I-136

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