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UNIVERSITÉ DE ROUEN

École doctorale « Savoirs, Critique, Expertises »

ANALYSES LINGUISTIQUES DE LA COHÉRENCE


DANS L’EXPLICATION SCIENTIFIQUE
(LE CAS DU DISCOURS AGRONOMIQUE)

Perspectives didactiques au Vietnam

Volume 1

Thèse de doctorat en Sciences du Langage

Présentée et soutenue par

DIEP Kien Vu

Directeur de recherche:
Philippe LANE, Professeur des Universités
Co-directeur de recherche:
Thanh Ai TRAN, Maître de Conférences
Laboratoire d’accueil:
E.A. LiDiFra «Linguistique, Didactique, Francophonie»

Juin 2008
REMERCIEMENTS

Au terme de ce travail long et épuisant, mais qui constitue une étape décisive
dans ma formation personnelle et professionnelle, je voudrais adresser mes
sentiments de profonde reconnaissance à tous ceux qui ont contribué à la réalisation
de la présente thèse.
Je tiens en tout premier lieu à exprimer ma sincère gratitude à Monsieur le
Professeur Philippe LANE pour avoir accepté de diriger ma thèse. Il m’a initié à la
recherche scientifique et m’a guidé avec patience et bienveillance. Son soutien
chaleureux et sa direction sur les plans scientifique et méthodologique m’ont permis
de mener à bien ce travail.
J’adresse également mes profonds remerciements à mon co-directeur de thèse,
Monsieur TRAN Thanh Ai, Directeur du Département de Français (Université de
Cantho - Vietnam), pour sa première lecture minutieuse et pour ses conseils et
remarques pertinents.
Je voudrais aussi manifester toute ma reconnaissance à Monsieur le
Professeur François GAUDIN, directeur du Laboratoire LiDiFra «Linguistique,
Didactique, Francophonie» (Université de Rouen), à Monsieur Francis
GROSSMANN, Professeur à l’Université Stendhal (Grenoble 3) et à Madame
Jeannine RICHARD ZAPPELLA, Professeure à l’Université Picardie (Amiens), qui
m’ont fait l’honneur d’accepter d’être au jury de ma soutenance. Leurs observations
seront d’un précieux apport à mon travail de chercheur débutant.
Mes remerciements vont par ailleurs à l’Agence Universitaire de la
Francophonie (l’AUF) qui m’a accordé une bourse d’études me permettant de
réaliser la présente thèse a l’Université de Rouen, et au Laboratoire d’accueil
LiDiFra pour l’excellent accueil et les conditions matérielles favorables qui m’ont été
réservés lors de mon séjour en France.
Mes remerciements s’adressent aussi à Madame Roberte CORRE-LANE pour
avoir relu avec beaucoup de dévouement l’ensemble de ma thèse.
Enfin, cette thèse n’aurait jamais vu le jour sans les encouragements et les
aides de ma famille ainsi que de mes collègues au département de français de
l’Université de Cantho. Qu’il me soit permis d’exprimer envers eux tous mes sincères
remerciements.
SOMMAIRE
INTRODUCTION............................................................................................. 3
PREMIERE PARTIE: PROBLEMATIQUE DE L’ENSEIGNEMENT DU
FRANÇAIS DE SPECIALITE .................................................................... 18
Chapitre 1: Du français fonctionnel au français sur objectifs spécifiques:
problème terminologique .............................................................................. 20
Chapitre 2: L’enseignement du français de spécialité au Vietnam ............. 34
DEUXIEME PARTIE: CADRE CONCEPTUEL D’ANALYSE............... 41
Chapitre 3: Le discours scientifique ............................................................ 41
Chapitre 4: A propos de l’explication:le discours explicatif ...................... 66
Chapitre 5: L’organisation de la textualité, théorie de J-M.Adam ............. 79
Chapitre 6: La cohésion et la cohérence textuelles ................................... 103
TROISIEME PARTIE: ETUDE DU TERRAIN ....................................... 113
Chapitre 7: Coprus et démarche d’analyse................................................ 114
Chapitre 8: Analyse énonciative................................................................ 123
Chapitre 9: Analyse thématique - référentielle.......................................... 167
Chapitre 10: La visée argumentative......................................................... 214
Chapitre 11: La mise en texte linguistique ............................................... 225
Conclusion partielle .................................................................................. 262
Etude de la cohérence établie dans un article scientifique.................... 267
QUATRIEME PARTIE: LES ENJEUX DIDACTIQUES ....................... 276
Chapitre 12: Observations de productions d’étudiants.............................. 277
Chapitre 13: Propositions didactiques ...................................................... 336
CONCLUSION GENERALE ...................................................................... 359
BIBLIOGRAPHIE........................................................................................ 371

INDEX DES NOTIONS ...............................................................................386


INDEX DES AUTEURS ...............................................................................391
LISTE DES TABLEAUX............................................................................. 396
TABLE DES MATIERES ............................................................................398
ANNEXES .................................................................................................... 404

1
INTRODUCTION

2
INTRODUCTION

Aujourd'hui la demande sociale en français sur objectifs spécifiques est


en pleine croissance et attire toujours l'attention des didacticiens, des
pédagogues, des formateurs-enseignants … Les deux numéros spéciaux de la
revue "Le Français dans le monde" consacrés à la didactique dite fonctionnelle
(de 1990, Publics spécifiques et communication spécialisée et de 2004,
Français sur objectifs spécifiques: de la langue aux métiers) témoignent de
cette demande.

Cependant, du français scientifique et technique des années 1960 au


français de spécialité, appelé aujourd'hui le français sur objectifs spécifiques,
une question méthodologique est récurrente: Que doit proposer l'enseignant aux
apprenants qui veulent communiquer en français dans tel ou tel domaine de
spécialité ?

Parler de didactique fonctionnelle, c'est d’aborder les études sur


l'enseignement centré sur l'apprenant, sur ses demandes et ses besoins (Eurin
Balmet S. & Henao de Legge M.1992:61). Mais il ne s'agit pas ici d'apprenant
en général. Il s'agit de l'apprenant adulte voulant bénéficier d'un apprentissage
d'une langue étrangère et placé dans un cadre professionnel avec des objectifs
spécifiques à atteindre au bout de son apprentissage. Donc, quel que soit le
domaine de spécialité concerné, l'enseignement du français fonctionnel vise à
transmettre une compétence linguistique liée à un champ professionnel
particulier.

Cependant, en réalité, lorsque les enseignants de français doivent


élaborer un cours de langue pour des apprenants spécialisés, ils sont souvent
désemparés, tant par la demande du public que par le fait de devoir aborder des
domaines qui ne leur sont pas familiers. Confrontés à un tel public scientifique,
les enseignants sont souvent amenés à se poser des questions d'ordre très

3
différent dont la plus importante concerne le contenu d'apprentissage: Que faut-
il enseigner ? Comment déterminer les contenus d'enseignement susceptibles
de répondre aux besoins des publics scientifiques ? Quel matériel choisir ?

En ce sens, il nous semble que le problème de détermination du contenu


d'apprentissage continue à constituer un problème embarrassant pour la
didactique du français sur objectifs spécifiques. Partant de ce constat, nous
sommes tout à fait d'accord avec S. Eurin Balmet et M. Henao de Legge
(1992) lorsqu'elles proposent de déterminer, dans l'enseignement fonctionnel, le
contenu d'apprentissage suivant les besoins langagiers et non langagiers
sélectionnés au cours des analyses du système éducatif et du public apprenant:
"En tout état de cause, avec l'approche fonctionnelle, le contenu de la
formation est déterminé par les besoins langagiers et non langagiers du
public" (1992:62). Cette analyse des besoins est entendue, à l'instar de
J-M. Mangiante & C. Parpette (2004), comme "recenser les situations de
communication dans lesquelles se trouvera ultérieurement l'apprenant et
surtout à prendre connaissance des discours qui sont à l'œuvre dans ces
situations" (2004:22).

Par ailleurs, on s’aperçoit , à l’instar de R. Richterich (1985 :17) que


l'interrogation sur les besoins ne peut pas être dissociée de la définition des
objectifs de l'apprentissage. C'est une question générale qui se pose à propos de
tout apprentissage :

Quels que soient les approches développées et les domaines explorés par la pédagogie
et la didactique des langues étrangères, tous les efforts tendent toujours vers un seul
but: mieux enseigner pour aider à mieux apprendre. Dans cette quête constante du
mieux, la définition des objectifs et l'identification des besoins jouent un triple rôle.
Premièrement, elles sont des instruments permettant des choix et des décisions,
deuxièmement, elles donnent un sens à ceux-ci et aux actions d'enseignement et
d'apprentissage, troisièmement, elles sont un moyen d'établir et de négocier les
interactions entre les différentes composantes des systèmes.

4
Dans le cadre de ce rapport entre l'identification des besoins, la
définition des objectifs et du contenu de la formation, nous rejoignons plus
particulièrement S. Eurin Balmet & M. Henao de Legge (1992 :64) qui
indiquent qu'une procédure de détermination du contenu d'apprentissage réside
dans l'analyse du discours :

L'analyse de discours sera utile à l'enseignant pour déterminer les contenus.


Recueillant un corpus significatif du type d'écrit que les apprenants doivent
comprendre ou produire, on étudiera les régularités syntaxiques, morphologiques,
rhétoriques des textes d'un même domaine produits dans une situation donnée.

Les auteurs poursuivent un peu plus loin en précisant le rôle que joue
l'analyse du discours dans l'enseignement du français pour des publics
spécialisés:

En linguistique, un nombre important de recherches récentes ont pour thème l'analyse


des discours. Ces recherches ont mis en évidence, dans les productions langagières,
des formes linguistiques récurrentes qui semblent caractéristiques de certains
domaines et ont ainsi permis d'élaborer des schémas types, des matrices à partir
desquelles l'enseignement de FLE peut fonder son enseignement pour des publics
spécialisés. ( idem : 101).

En effet, l’un des caractères spéciaux de l'enseignement fonctionnel est


l'utilisation des documents authentiques car celle-ci permet d'ancrer
l'enseignement-apprentissage dans la réalité professionnelle où l'apprenant se
lance ou va se lancer. Néanmoins, l'exploitation de ces documents demande
une préparation particulière de la part de l'enseignant comme l'indique
D.Lehmann (1980:13) :

Il est évident que si ni la sélection des textes ni leur organisation d'ensemble ne


repose sur des critères linguistiques au sens stricts, le traitement pédagogique (…) a
nécessité préalablement une analyse linguistique minutieuse qui s'inspire largement et
librement de l'analyse du discours et de l'analyse textuelle. Il s'agit donc d'une analyse

5
de chacun des textes du dossier, que nous appelons "prépédagogique" car à la
différence des analyses linguistiques, elle ne vise pas à constituer ou à tester une
théorie, mais se fixe des objectifs didactiques: comprendre le fonctionnement
discursif du texte, faciliter la recherche de stratégies pédagogiques qui permettront, en
classe, d'aider l'apprenant à comprendre et à interpréter les textes.

L'utilisation des documents authentiques nécessite donc, en premier lieu,


une analyse de discours. Cette analyse vise l'étude des caractéristiques qui sont
spécifiques à un domaine de spécialité ou autrement dit elle permet de repérer
des régularités discursives propres à un genre de discours. Ce repérage ordonne
la sélection des documents authentiques pour enseigner en priorité les éléments
qui entrent en jeu dans le discours étudié ainsi que la programmation des
activités à réaliser à partir de ces documents. Elle permettra ainsi de mieux
préciser les contenus d'apprentissage.

Par ailleurs, dans le cadre de l’enseignement fonctionnel, il est important


de savoir dans quel genre de discours on se situe avant de l’enseigner, avant de
l’utiliser. Ceci dit, il est difficile d'enseigner des genres de discours pour
lesquels on manque de recul, d'observation, d'analyse, de possibilité d'une
présentation structurée. De ce fait, on peut trouver dans l'étude des typologies
discursives une voie de recherche intéressante et profitable à la didactique des
langues sur objectifs spécifiques, comme le souligne M. Pouliot (1993:121):

L'enseignant pourra puiser dans les travaux sur les typologies discursives des moyens
pour élaborer des stratégies didactiques, pour identifier les causes des erreurs des
apprenants et pour proposer des exercices de correction et d'entraînement efficaces.

et ceci, de manière à favoriser l'acquisition de la compétence de communication


écrite , une compétence que R. Bouchard (1989:160) a définie comme "une
capacité à produire des discours écrits bien formés y compris dans leur
organisation matérielle, appropriés à des situations particulières diversifiées".

6
Nous venons d'évoquer quelques réflexions préliminaires qui montrent
le lien explicite que la didactique fonctionnelle (notamment à l'écrit) établit
entre l'identification des besoins et des objectifs didactiques, la détermination
du contenu d'apprentissage et l'analyse du discours. La sélection des contenus
se fera donc en fonction, parmi d'autres critères, des opérations discursives et
des formes linguistiques récurrentes des discours. C'est à la suite de ces
réflexions que nous avons choisi d'entreprendre notre étude dont le sujet sera
formulé comme suit:

"Analyses linguistiques de la cohérence dans l’explication scientifique


(le cas du discours agronomique). Perspectives didactiques au Vietnam".

En exploitant ce domaine, nous avons constaté que les courants


scientifiques qui sous-tendent l'approche du français sur objectifs spécifiques
sont diversifiés. On peut citer par exemple la sociolinguistique, la psychologie,
la didactique, la logique, les sciences de la communication… Parmi ces
courants, les sciences du langage jouent un rôle prépondérant puisqu'il est
question d'enseigner et d'apprendre une langue fonctionnelle, et parce que le
discours est inhérent à l'élaboration et à la réalisation de cet
enseignement/apprentissage. Cela dit, l'approche fonctionnelle recourt sans
cesse à cette source prestigieuse et éclairante qu'est la linguistique. Nous
trouvons que l'implication de la linguistique à la didactique des langues,
notamment lorsqu'il s'agit d'un enseignement sur objectifs spécifiques, loin
d'être superficielle, est fortement nécessaire.

La recherche que nous allons entamer s'inscrira donc dans cette


perspective. Elle se situe à la croisée de deux domaines: l'un relève de la
didactique du français sur objectifs spécifiques (notamment à l'écrit) et l'autre
de la linguistique textuelle et plus précisément de l'analyse du discours.

7
Il convient de dire que la linguistique textuelle a connu, ces dernières
années, des évolutions sensibles à plusieurs niveaux de sa réflexion et de ses
pratiques, niveaux qui s’entrecroisent et interagissent pour faire surgir de
nouveaux questionnements. On peut citer par exemple le récent numéro 163 de
la revue Langages intitulé « Unité(s) du texte » dont les contributions
permettent de rendre compte de ces nouvelles recherches en linguistique
textuelle ou bien l’organisation du colloque thématique en mai 2008 du Cercle
Belge de Linguistique dont le thème portera sur les «Nouvelles approches en
linguistique textuelle » à l’ère numérique.

Notre recherche se situe aussi dans cette perspective du développement


de la linguistique textuelle. Elle tentera d’y apporter quelques éléments de
réflexion constructifs sur les apports théoriques importants de la linguistique
textuelle dans le domaine de l’enseignement du français sur objectifs
spécifiques.

"La science n'est ni enseignée ni diffusée identiquement partout"


(Lehmann D., 1993:43). C'est vrai que tout enseignant recherche sa propre
manière pour pratiquer un enseignement en fonction du contexte où il exerce sa
profession. Pour notre part, notre "science", si on peut l'appeler ainsi, c'est la
linguistique et la didactique du français sur objectifs spécifiques et notre
terrain, c'est l'Université de Cantho (Vietnam), institution jeune mais très
spécialisée, entre autres, en agronomie, puisqu’installée au cœur du delta du
Mékong.

Formulation de la problématique

Le présent travail prend comme point de départ une réflexion sur les
problèmes que rencontrent les apprenants scientifiques vietnamiens dans leur
rédaction des écrits professionnels. En effet, en tant qu'enseignant de français,
notamment auprès des publics scientifiques (enseignements sur objectifs

8
spécifiques), nous avons souvent l’occasion d’introduire, dans les cours de
français, des articles scientifiques. Il s'agit de documents extraits de revues
spécialisées, d'articles de vulgarisation scientifique, d'articles de presse…
relatifs au domaine de spécialité des apprenants. Comme l’a signalé J-F. Halté
(1988:8): "Le discours scientifique avec ses genres dont le discours de
vulgarisation et le discours didactique est en relation privilégiée avec
l'explication", les apprenants, à force de travailler régulièrement avec ces
documents, sont souvent amenés à lire et à rédiger de nombreux documents
d'explication scientifique. Or, au cours de notre enseignement, nous avons
constaté que les apprenants vietnamiens ont beaucoup de difficultés dans la
compréhension et surtout dans la production de ce genre de discours. La plus
grande, la plus tenace que nous avons pu relever, c'est qu'ils ont du mal à
produire une explication scientifique cohérente, bien articulée. Si leur
production est correcte sur le plan syntaxique et lexical, l'ensemble reste
toujours un peu étrange. Le texte étant difficile à suivre, l'impression globale de
la qualité de l'écrit n'est pas bonne.

Une autre remarque qui fait également l'objet de nos préoccupations,


c'est que les étudiants vietnamiens des filières universitaires francophones
(FUF) 1 mises en place par l’ Agence universitaire de la Francophonie (AUF),
doivent rédiger en français, à la fin de leur cursus (bac + 5), un mémoire dans
leur domaine de spécialité. Il est question dans ces mémoires de rapporter les
expériences de laboratoire ou d’expliquer des projets scientifiques (par exemple
le processus de fabrication ou de transformation de tel ou tel produit
alimentaire). Si pour cette rédaction, le lexique scientifique passe assez
facilement, c’est surtout le dysfonctionnement textuel qui pose problème.

Un simple exemple tiré d'un mémoire d'un étudiant des FUFs en agro-
alimentaire de l’Université de Cantho permet d'étayer cette affirmation:

1
une explication détaillée de ce programme de formation se trouvera dans les chapitres 2 et 12.

9
« Les bananes sont d'abord contrôlés et stockés en chambre (12-14oC). Pour la
fabrication, il faut éliminer les bananes pourries, moisies qui donnent mauvais goût.
Une seule banane pourries peut contaminer tout un lot de bananes en poudre. Il est
important de ne garder que des bananes saines et à maturité totale parce que les
bananes non matures ont moins de saveurs. » (mémoire de Tran Quang Son,
promotion 23)

Il en est de même dans l'extrait suivant:

"Selon les fruits, on peut obtenir du jus clair ou du jus trouble… mais pour obtenir le
produit final, d'abord, il faut extraire le jus. Pour choisir précisément la méthode
d'augmentation du rendement d'extraction du jus de fruit, on doit se baser sur les
caractères de la matière première et des demandes du produit fini afin de choisir une
préparation convenable. On peut élever le rendement d'extraction sans pour autant
diminuer la qualité du jus de fruit" (mémoire de Huynh Tan Dep, promotion 25)

Il est facile de se rendre compte que dans ces passages, si la construction


phrastique est généralement bonne, c’est la cohérence textuelle (en terme de
progression thématique ou de reprise référentielle) qui laisse beaucoup à
désirer.

Face à ces constats, nous avons voulu chercher l'origine de ces


dysfonctionnements. Nous savons que le français scientifique dispose des
caractéristiques qui lui sont propres, sans mentionner bien sûr le lexique
spécifique lié à son champ. C'est d'ailleurs ce que soulignent déjà F. Cicurel et
M. Doury (2001:11):

Une langue dite de spécialité est souvent perçue dans un premier moment comme
"différente" de la langue ordinaire en ce qu'elle fait appel à un vocabulaire spécifique
[…] et à un mode d'organisation textuelle qui lui est propre.

Cependant, nous avons remarqué que les problèmes que rencontrent nos
étudiants n'appartiennent pas essentiellement au domaine lexical ou morpho-

10
syntaxique (parce qu'ils maîtrisent bien la langue) mais c'est le fonctionnement
textuel qui se montre le plus problématique.

C'est pour cette raison que nous souhaitons orienter notre recherche vers
une perspective de linguistique textuelle. Notre question de départ est la
suivante: Quels sont les obstacles qui empêchent les étudiants vietnamiens
de produire un discours d'explication scientifique cohérent en français ?
Motivé par une perspective de la linguistique textuelle, nous tentons
d'expliquer ces problèmes en les mettant en rapport avec la capacité de
percevoir la construction de la cohérence dans un discours spécialisé. Cette
prise de position nous amène donc à une autre interrogation: Quelles sont les
composantes de la cohérence d'un discours spécialisé à visée explicative ?

Dans la recherche que nous entreprenons, le genre de discours qui


retiendra particulièrement notre attention, c'est l’explication scientifique à
thème agronomique. Le choix de ce domaine est justifié par deux raisons d'ordre
professionnel. D'une part, l'Université de Cantho, là où nous travaillons en tant
qu'enseignant de français, est située au cœur du Delta du Mékong, surnommé "le
Grenier à riz" du pays. Elle entreprend de nombreux projets de coopération
avec les universités françaises dans le secteur de l'agronomie ( au sens large,
englobant l'agro-alimentaire, l'aquaculture, la protection des plantes... ). Des
centaines de chercheurs-agronomes de l'Université de Can Tho suivent
actuellement des cours de français général et de spécialité. D'autre part, dans le
cadre du partenariat avec l'AUF (Agence Universitaire de la Francophonie), des
filières francophones sont mises en place au sein de la dite université dont l'une en
Agronomie/Agro-alimentaire permettant d'accueillir chaque année près de 100
étudiants.

11
Questions et hypothèses de recherche

Nous venons de présenter les motivations qui sont à l'origine du choix et


de l'intérêt du présent travail portant sur la cohérence dans les discours
d' explication scientifique (le cas du discours agronomique) et pour lequel de
nombreux questionnements ont été posés:

- Quels sont les traits de cohérence dans les explications du discours


scientifique (cas du discours agronomique)? Il nous semble que le discours
d'explication scientifique est fortement articulé et rigoureux dans sa cohérence
textuelle. La question essentielle est alors de se demander comment il construit
sa cohérence pour expliquer et transmettre des connaissances scientifiques.
Notre première hypothèse de recherche est qu’il existe des phénomènes
linguistiques spécifiques qui président à la cohérence du discours agronomique
en français et qui contribuent à la clarté de ses explications scientifiques.

- A supposer que la première hypothèse soit validée, c’est-à-dire que les


régularités, les traits spécifiques placés en hypothèse existent et soient repérés,
nous aimerions savoir comment nos apprenants vietnamiens s'y prennent pour
produire un document scientifique en français. De ce fait, nous sommes motivé
par la deuxième hypothèse selon laquelle le dysfonctionnement textuel
rencontré par les apprenants vietnamiens dans leur rédaction scientifique est dû
en grande partie à la prise de conscience insuffisante des phénomènes de
cohérence détectés.

- L'objectif visé par le présent travail porte sur l'étude des composantes
de cohérence dans un discours scientifique à dominante explicative et leur
appropriation par des apprenants vietnamiens dans la rédaction de documents
professionnels. Ce qui nous a amené à une autre interrogation: Les habitudes
langagières propres au vietnamien sont-elles un blocage à l'acquisition des
phénomènes de cohérence textuelle spécifiques au français ? Etant donné que le

12
vietnamien n'est pas de la même famille que le français, il existe des
différences entre ces deux langues en matière de réalisation linguistique, ce qui
nous permet d'émettre la troisième hypothèse : le vietnamien scientifique ne
dispose pas des mêmes procédés linguistiques que le français dans la
construction de sa cohérence textuelle et de ce fait, des interférences venant des
habitudes langagières en langue maternelle sont une des causes qui empêche de
produire une explication scientifique cohérente chez les apprenants
vietnamiens.

Structure de la thèse

Pour mener le présent travail de recherche en vue de vérifier les trois


hypothèses formulées ci-dessus, nous structurerons notre cheminement en 3
parties :

Dans la première partie, nous passerons en revue et analyserons les


différentes questions que l’on se pose généralement lorsqu’on aborde la
problématique de l’enseignement du Français sur objectifs spécifiques (FOS):
définitions terminologiques concernant les différentes appellations attribuées au
français fonctionnel; la relation problématique entre langue de spécialité et
langue générale; les concepts opératoires relatifs à la didactique des langues
spécialisées. Nous terminerons la partie en présentant des informations sur le
contexte dans lequel se situe cette recherche, celui de l’enseignement du FOS
au Vietnam.

La deuxième partie comportant quatre chapitres abordera le cadre


conceptuel dans lequel sera menée notre étude. Elle sera destinée à présenter
les notions opératoires dans le cadre de ce travail ainsi que les délimitations de
dimensions et de niveaux de recherche. Plus précisément, nous aborderons les
questions autour du discours scientifique pour nous arrêter sur un genre précis,
celui de l’explication scientifique. Nous présenterons ensuite le cadre d’analyse

13
qui est celui de la linguistique pragmatique et textuelle. Une réflexion sur les
notions clés de cohérence et de cohésion sera aussi abordée dans cette partie.

La troisième partie comprenant trois chapitres, est destinée à l’étude du


terrain, à savoir: le choix du corpus, la méthodologie de recueil de données et la
démarche d’analyse. En ce qui concerne le dépouillement du corpus, il
consistera à repérer et à analyser des régularités discursives qui président à la
cohérence établie dans les articles agronomiques relevant de l’explication
scientifique. L’investigation des textes se fera sur la base de leurs deux
composantes textuelles (selon la théorie de J-M. Adam de 1999 et 2005), à
savoir la configuration pragmatique et la structure compositionnelle. Ainsi, les
traits de la cohérence seront analysés dans leur dimension thématique,
référentielle, énonciative, argumentative et dans la mise en texte au niveau
séquentiel.

La dernière partie concerne les enjeux didactiques, partie inséparable de


tout travail de recherche à orientation pédagogique. Nous commencerons par
l'analyse d'un recueil de productions écrites des étudiants vietnamiens.
L'objectif est d'observer la manière dont nos apprenants s'approprient les
phénomènes de cohérence (que nous avons repérés dans la troisième partie)
dans leur rédaction scientifique. A l’issue de cette analyse, nous établirons un
bilan critique de la situation afin de comprendre les sources de difficulté qui
empêchent les étudiants de produire un texte scientifique de qualité. Et ce sera
grâce à ce bilan que nous confirmerons ou infirmerons nos hypothèses de
recherches. Le travail d’analyse du corpus de production d’étudiants sera suivi
d’orientations pédagogiques. Il s’agit là d’une présentation de quelques
principes générateurs de l’écriture professionnelle que viennent illustrer des
activités pédagogiques que nous proposerons.

14
Une fois que nos trois hypothèses de recherche auront été mises à
l’épreuve, nous dresserons le bilan de la thèse et envisagerons des perspectives
de recherche future.
******

En exploitant ce domaine, nous trouvons que l'étude de la cohérence


dans un discours d'explication scientifique est non seulement indispensable
pour les étudiants des filières universitaires francophones ( la question s'impose
fortement étant donné que nos étudiants sont de futurs rédacteurs de
communications scientifiques ou de travaux de recherche et l'expression écrite
doit faire partie de leur formation) mais aussi pour les scientifiques,
enseignants-chercheurs ou pour les professeurs vietnamiens francophones qui
vont travailler dans le cadre des Filières francophones. En effet, se documenter
à travers des revues scientifiques, expliquer un phénomène scientifique, écrire
un article de vulgarisation... représentent autant de situations où ces derniers
doivent tenir compte de cet aspect pour pouvoir accéder aux documents écrits
en français dans leur domaine spécifique. Or, dans la plupart des travaux
linguistiques consacrés aux discours scientifiques ou au français de spécialité,
on met surtout l'accent sur l'aspect lexical ou l'usage terminologique alors que
ce qui singularise un discours scientifique, ce n'est pas non seulement son
vocabulaire spécifique mais aussi ses propriétés textuelles en matière
d'énonciation, de connexions, d'organisation textuelle, de visée argumentative...

Voulant apporter une contribution si petite soit-elle à l'étude de ces


problèmes, nous nous décidons à nous engager dans ce travail de recherche.
Nous n'avons pas l'ambition d'étudier ici de manière exhaustive tous les
problèmes ayant trait à la cohérence textuelle. Nous espérons simplement
répondre, dans la mesure du possible, aux questions que nous nous posons dans
le cadre de ce travail en notre qualité d'enseignant de français langue étrangère
et ceci de manière à envisager des démarches pédagogiques plus appropriées à
l'enseignement du Français sur objectifs spécifiques au Vietnam. De là, nous

15
voudrions montrer aux apprenants vietnamiens que le français enseigné à
l'université n'est plus à considérer comme une langue de belles lettres mais
aussi comme une langue moderne et utile véhiculant des connaissances
scientifiques et techniques, une langue fonctionnelle qui sert à des objectifs
professionnels.

16
PREMIERE PARTIE

PROBLEMATIQUE DE L’ENSEIGNEMENT DU
FRANÇAIS DE SPECIALITE

- Chapitre premier : Du français fonctionnel au français sur


objectifs spécifiques : problèmes terminologiques.
- Chapitre 2: L’enseignement du français de spécialité au Vietnam.

17
Première partie:
PROBLEMATIQUE DE L' ENSEIGNEMENT
DU FRANÇAIS DE SPECIALITE

L'étude sur la construction de la cohérence dans les explications


scientifiques que nous allons mener se trouve inscrite dans la problématique
d’ensemble des langues spécialisées. Or, si l'on tente de nommer
l'enseignement/apprentissage du français spécialisé, on s'aperçoit qu' à côté du
français sur objectifs spécifiques (désormais FOS) existent de nombreux
termes. Ces dénominations recouvrent des réalités qui peuvent être assez
proches ou fort différentes comme l'indique D. Lehmann (1993) dans l'avant-
propos de son ouvrage "Objectifs spécifiques en langue étrangère":

L'enseignement du français aux publics dits spécifiques (en somme les publics
scientifiques, techniques et professionnels) n'est pas une question très neuve. Mais
c'est une question quelque peu empoisonnée, au point qu'on ne sait pas trop comment
la nommer: que certains emploient à son propos le terme de "langues de spécialité",
alors que d'autres parlent de "langues pour non spécialistes" […], voilà de quoi
alimenter la perplexité de chacun. (1993 : 7)

Face à ces appellations multiples, il est important de s'interroger sur la


raison de telles variations terminologiques. Les dénominations existantes
comportent-elles des contenus différents ?

Cette problématique nous convie à nous interroger sur ce que pourraient


recouvrir les dénominations. Notre objectif dans cette partie n'est pas de
retracer l'histoire de la didactique des langues spécialisées étant donné que la
méthodologie fonctionnelle ne fait pas vraiment l'objet de notre recherche.
Cependant, il nous semble nécessaire, avant d'entrer dans le cœur de notre

18
cadre conceptuel, de passer en revue l'évolution du français fonctionnel vers le
français sur objectifs spécifiques tout en essayant de clarifier les différentes
appellations attribuées au français de spécialité et d'apprécier par-delà les
appellations, les changements d'approches didactiques. Nous terminerons la
partie en présentant une vue globale de l'enseignement du FOS au Vietnam.

19
CHAPITRE 1:
DU FRANÇAIS FONCTIONNEL AU FRANÇAIS SUR
OBJECTIFS SPECIFIQUES: PROBLEMES
TERMINOLOGIQUES

1. Du français fonctionnel ……

Lancée au milieu des années 70, l'expression "français fonctionnel" est


utilisée par les tenants d'un renouveau de la politique culturelle de diffusion et
d'enseignement du français langue étrangère pour indiquer un
enseignement/apprentissage non pas pour lui même mais en fonction d'un
objectif préalablement déterminé:

Le français fonctionnel est celui que l'on enseigne en fonction d'un but, et en ce sens,
il dépasse largement "le français scientifique et technique" ou "les langues de
spécialité", même si ceux-ci en constituent un aspect essentiel. (Porcher L. 1976 : 78)
.
Ce type d'activité pédagogique est né pour amorcer une dynamique
nouvelle dans l'enseignement du français alors en crise dans le monde par une
politique volontariste de diffusion du français dans les milieux scientifiques. La
méthodologie mise en place prend prioritairement en compte le public
apprenant, dont les besoins, les attentes bien spécifiques doivent être analysés
avant que ne soient fixés les objectifs professionnels à atteindre: "Puisqu'une
méthodologie centrée sur la langue ne pouvait convenir à tous les apprenants,
on va maintenant s'intéresser à l'apprenant en le plaçant au cœur des
préoccupations.", ajoutent S. Eurin Balmet & M. Henao de Legge (1992:58) à
propos de cet enseignement.

Doté ainsi d'une nouvelle méthodologie avec l'apparition de nouveaux


concepts: "fonctionnel-notionnel", "analyse des besoins", "public", "actes de

20
parole"..., le français fonctionnel est ensuite en plein essor dans les années qui
suivent. Durant son existence, il va être investi de deux significations majeures:
enseignement du français à des publics spécialisés et démarche méthodologique
d'enseignement du français (G. Holtzer 2004:11). Il diffuse une méthodologie
articulée sur la notion de besoin, dont le principe central est l'adaptation au
public et à la situation d'enseignement-apprentissage. Selon cette méthodologie,
le français ne doit pas être appris pour lui-même. Il doit être enseigné comme
une langue véhiculaire pour transmettre des connaissances et comme un moyen
pour atteindre au plus vite un but fonctionnel visé.

Cependant, le français fonctionnel, par son appellation et sa conception,


fait l’objet de nombreuses critiques. Selon D. Coste (1980 : 27), ce terme a une
coloration plus politique que scientifique; cet enseignement du français à
l’attention des publics universitaires, élitistes était visé pour rehausser certaines
des actions de coopération dans les relations internationales. Par ailleurs, cette
expression "français fonctionnel" oppose d’un côté un français utilitaire,
pragmatique, en usage et de l’autre un français culturel, démodé, inadéquat face
à la concurrence réelle de l’anglais. D. Coste souligne "la fâcheuse opposition"
de cette appellation.

Le français fonctionnel est aussi la cible de critiques dénonçant son


ambiguïté comme le signale également D. Coste (1980:28): "Aujourd'hui, tous
les emplois de fonctionnel - ou presque - sont considérés potentiellement
ambigus". Un premier élément d'ambiguïté surgit avec la dénomination. En
effet, dans un fameux article intitulé "Monsieur Thibaut et le bec Bunsen",
L.Porcher (1976) y remarque que le français fonctionnel reçoit plusieurs "noms
de baptême" donnés comme des équivalents (français instrumental, français
scientifique et technique, français de spécialité) et que cette diversité contribue
à "brouiller les pistes". Dans cet article dont le titre même marque le sort de la
méthodologie SGAV (le structuro-global audio-visuel) en ce domaine: il ne
suffit pas de remplacer "Voici Monsieur Thibaut" par "Voici un bec Bunsen"

21
pour la mise en place d'une méthodologie d'enseignement du français
scientifique ; ce sont les pratiques, les méthodes et les stratégies qu'il faut
changer, L. Porcher démontre que ce n'est pas la langue qui doit être qualifiée
de fonctionnelle mais plutôt l'enseignement de cette langue. Ce point de vue a
été par ailleurs partagé par D. Lehmann (1993):

L'expression français fonctionnel n'a pas grand sens en termes didactiques,


contrairement à l'expression enseignement fonctionnel du français: par-delà les
différences de publics et de contenus, est fonctionnel tout enseignement mettant en
œuvre des pratiques qui sont en adéquation avec les objectifs assignés . Il n'y a donc
pas de langages et encore moins de langues, fonctionnels, mais des enseignements
plus ou moins fonctionnels de tel ou tel aspect langagier dans telle ou telle situation.
(1993:99)

En lançant l'expression "enseignement fonctionnel du français",


D.Lehmann a mis l'accent sur un enseignement adapté aux spécificités des
publics et à leurs besoins plutôt que sur les problèmes de langue. Et c’est dans
le contexte de la prise en compte de ces objectifs spécifiques à atteindre que le
français fonctionnel se voit attribuer plus tard une autre appellation, celle de
Français sur objectifs spécifiques.

Ainsi, les méthodologues utilisent de préférence l’expression


"enseignement fonctionnel du français" dont la définition met en jeu un
français que l'on enseigne en fonction d'un objectif et que l'on apprend pour en
faire un usage déterminé dans des contextes déterminés. Cet enseignement
renvoie plus à une problématique méthodologique qu'à des problèmes
linguistiques.

Comme nous l'avons pu remarquer, à côté du français fonctionnel, il


existe plusieurs appellations. Nous allons, de manière très succincte, passer en
revue ces notions parce qu'il n'est pas facile de différencier clairement les

22
termes "français scientifique et technique", "français instrumental", ou "langue
de spécialité/langue spécialisée" pour n'en retenir que les trois principaux.

1.1. Français scientifique et technique

Terme apparu dans les années 60, le français scientifique et technique


semble être la dénomination la plus ancienne. Il adopte une approche directe,
axée sur le contenu linguistique, sur la matière à enseigner. Au départ,
l'orientation est terminologique car c'est l'époque des descriptions de
vocabulaires spécialisés, la terminologie étant vue comme l'entrée centrale dans
une spécialité. On peut citer en exemple le célèbre Vocabulaire général
d'orientation scientifique (VGOS) (Didier-Credif 1971) dont le sous-titre,
notons-le, était: "Part du lexique commun dans l'expression scientifique". Ou
bien la publication du Français scientifique et technique (Hatier 1971), une des
premières méthodes spécialisées, ainsi que l'apparition des Dictionnaires
contextuels. La démarche méthodologique de cette première étape est
essentiellement fondée sur la diversité des lexiques spécialisés visés.
Renvoyant ainsi à la fois à des variétés de domaines et à des publics divers,
l'approche du "Français scientifique et technique" se heurte à une grande
difficulté, celle de la complexité des situations discursives. Le cas du VGOS en
est un exemple. Contrairement aux vocabulaires techniques spécifiques d'une
discipline, le VGOS se veut à la fois scientifique et général en proposant à
l'apprenant "les moyens d'exprimer les notions élémentaires qui sont communes
à toutes les spécialités (quantité, mesure, vitesse, etc.) et les opérations
intellectuelles comme l'hypothèse, la mise en relation, la déduction et
l'induction, la causalité, la vérification, etc." (Cuq J-P. 2003). Il ne peut pas
donc répondre aux diverses attentes des apprenants. Ainsi, la perspective
terminologique sera mise en retrait "sous l'influence conjuguée des études sur
les textes et les discours (linguistique textuelle, problématique des genres
discursifs…) et des recherches sur le fonctionnement des communications

23
spécialisées dans la lignée de l'interactionnisme et de l'analyse
conversationnelle" (Holtzer G. 2004:15)

Par ailleurs, avec l'expansion des filières francophones, face à une


diversification des disciplines enseignées en français (commerce, médecine,
sciences, tourisme…), le français scientifique et technique est alors "une
étiquette trop étroite pour contenir une telle diversité de domaines de savoir"
(Holtzer G. 2004:17). Une autre appellation plus couvrante, "langue de
spécialité" va être appelée à se généraliser. Ainsi, le français scientifique et
technique devient une composante du français de spécialité tout comme le
français juridique ou le français médical.

1.2. Français instrumental

Durant cette période, vers la fin des années 60, un autre courant s'est
développé en Amérique latine, sous l'appellation de "Français instrumental".
Utilisé au début comme un instrument ou un outil pour l'enseignement de
certaines sciences et techniques, le français instrumental est ainsi défini par le
Dictionnaire didactique de langue (Galisson R. & Coste D. 1976):

La langue qui sert de langue instrumentale à tel locuteur dont la langue maternelle est,
à tort ou à raison, considérée comme non apte à véhiculer des concepts d'ordre
technologique par exemple, doit pouvoir être un véhicule neutre, sans marques
culturelles ou idéologiques propres. (1976:308)

Par cette définition, on veut faire allusion au rôle du français dans les
anciennes colonies de France, pays où l'éducation nationale a dû recourir,
même après la décolonisation, au français dans l'enseignement de certaines
disciplines scientifiques, tâche que leur langue maternelle n'a pas pu assumer.

Dans une autre perspective, plus proche de la problématique de


l'enseignement du Français langue étrangère, D. Lehmann, cité par S. Eurin

24
Balmet et M. Henao de Legge (1992) définit le français instrumental comme
suit:

Terme lancé en Amérique latine dès le début des années 70 pour désigner un
enseignement du français ne se voulant ni culturel, ni usuel mais souhaitant mettre
l'accent sur la communication scientifique et technique. Sont concernées aussi bien
les "sciences dures" que "les sciences humaines ». (1992:58)

Ainsi, l'adjectif "instrumental" véhicule l'image d'une langue


d'information, d'une langue utile permettant d'exercer une activité
professionnelle et d'effectuer des opérations langagières dans une visée
pratique. (G. Holtzer, 2004:13). Il s'agit alors de prendre en compte, non
seulement la nature des savoirs en jeu (sciences et techniques), mais également
la nature du contexte d'enseignement/apprentissage et l'usage visé de la langue.

Il convient de dire que le français instrumental ne vise pas des objectifs


lointains et indéfinis mais un but immédiat et urgent. Il ne s'agit pas d'enseigner
la langue orale de la communication quotidienne mais la langue de
l'information scientifique. On s'intéresse au concept de réception plutôt qu'à
celui de production, à l'écrit plutôt qu'à l'oral. Ainsi en situation de classe,
l'accent est mis sur la compréhension de documents spécialisés comme en
témoigne D. Lehmann, cité par S. Eurin Balmet & M. Henao de Legge (op.cit):
"Dans les différents contextes intéressés par ce type d'objectif, le français
instrumental recouvre essentiellement la lecture de documents spécialisés".

Si le terme "instrumental" a pu, à l'époque, déplaire à certains en raison


de sa connotation "utilitariste", renvoyant à une "marchandisation" du savoir,
ce sont évidemment les limitations de l'approche (ciblée sur la lecture de textes
spécialisés) qui en ont limité la portée.

25
1.3. Langue de spécialité ou langue spécialisée

L'expression "langue de spécialité", principalement employée dans la


décennie 1963-1973, est utilisée pour définir un découpage linguistique
apparaissant dans des contextes de communication spécialisée, en opposition à
une langue générale. Selon le Dictionnaire de Didactique de langue (Galisson
R. & Coste D.1976:308), elle regroupe les langues scientifiques, les langues
techniques, les langues professionnelles...Cette appellation renvoie à une
méthodologie particulière, celle du structuro-global audio-visuel (SGAV).
L'accent est surtout mis sur des spécificités lexicales.

Néanmoins, l'expression "langue de spécialité" pose de nombreux


problèmes en raison de la multiplicité des catégories de langues regroupées
sous cette étiquette. En effet, cette acceptation a mis dans un même sac toute
cette diversité de domaines d'enseignement comme si cette dernière référait à
un même contenu ou démarche pédagogique. Ainsi de nombreuses questions se
posent: chaque profession aurait-elle sa langue propre distincte de la langue des
autres professions? Il existe autant de langues qu'il y a de domaines spécialisés?

A ce sujet, R. Kokourek (1991:12) conçoit que « la langue de spécialité


est une sous-langue de la langue dite naturelle, enrichie d’éléments
brachygraphiques, à savoir abréviatif et idéographique qui s’intègrent à elle et
respectent ses contraintes grammaticales ». L'auteur considère ainsi la langue
de spécialité comme une variété partiellement conforme au système
linguistique général dans la mesure où les règles syntaxiques sont reconnues
comme identiques mais que les ressources lexicales sont présentées comme
spécifiques.

Cependant, selon P. Lerat (1995 :19), il n’est pas exact de parler de


sous-langue. Il trouve inutile de vouloir chercher des spécificités linguistiques
sectorielles. Que l’on parle du français de tourisme, du français de

26
l’informatique, du français des mathématiques …, c’est toujours du français
que l’on utilise pour rendre compte des connaissances dans ces domaines. C’est
dans cet esprit que l’auteur accorde sa préférence à la "langue spécialisée" qu'il
définit comme "l'usage d'une langue naturelle pour rendre compte
techniquement de connaissances spécialisées" ou bien "une langue en situation
d'emploi professionnel […]. C'est la langue elle-même (comme système
autonome) mais au service d'une fonction majeure: la transmission de
connaissances." (Lerat P. 1995:21) Cette définition met l'accent sur le côté
"usages" de la langue et souligne que c’est une langue naturelle considérée en
tant que vecteur de connaissances spécialisées.

F. Cusin-Berche (2000:56), pour sa part, avance le point de vue suivant:


"la dépendance obligée du discours scientifique et technique relativement à la
langue dans laquelle il se tient fait que la dénomination "langue de spécialité "
semble inappropriée et fallacieuse". Elle propose de renoncer à l'appellation
« langue de spécialité » qui est dépourvue de tout fondement linguistique et la
remplace par « discours de spécialité » ou « discours spécialisé » permettant
une meilleure adéquation à l'objet d'étude.

Par ailleurs, sur le plan didactique, la dénomination « langue de


spécialité » ou le cas du français, "français de spécialité" fait également l'objet
de critiques comme le signalent à juste titre S. Eurin-Balmet & M. Henao de
Legge (1992:69): "Cette appellation n'a aucune signification en soi et n'est
d'aucun recours pour progresser dans la problématique de l'enseignement du
FLE". En effet, conçu plus comme une description de nomenclature des termes
employés dans chaque domaine spécialisé que comme une conception
méthodologique de l'enseignement, le français de spécialité n'a proposé aucune
idée directrice propre à lui-même, en ce qui concerne la démarche
pédagogique.

27
On constate ainsi de vifs débats autour de la notion langue de spécialité.
Les problèmes essentiels posés résident d’une part dans sa définition plus ou
moins large ou restreinte, et d’autre part, dans l’opposition de deux tendances :
il s’agit d’une langue différente de la langue ordinaire où les particularités
repérées ne sont que discursives, ce qui amène à privilégier la dénomination
discours de spécialité, (ou discours spécialisé), terme auquel F. Cusin-Berche
(2000:64) attribue les traits suivants: "Le discours spécialisé a donc comme
spécificité une relative homogénéité rhétorique, i.e. un mode de structuration
de l'information qui lui est propre" avec "le recours à un vocabulaire
spécifique", ajoute-t-elle.

****

Pour terminer avec le français fonctionnel, nous rejoignons G. Holtzer


(2004:12) qui explique clairement que ces différentes appellations mobilisent
des critères de définition hétérogènes: domaine du savoir (pour scientifique et
technique), code linguistique (français de spécialité / français général),
conception de la langue (langue outil dans "français instrumental) sans dire que
le critère linguistique établissant une distinction entre un français général et un
français de spécialité est toujours débattue jusqu'à présent. Aujourd'hui,
l'enseignement fonctionnel est remodelé par l'approche communicative mais
l'analyse des besoins comme base de détermination des contenus reste toujours
une démarche d'actualité. Cependant, la notion de besoins entre dans un sens
plus large. Outre les besoins langagiers, la notion rebaptisée comprend des
besoins de nature culturelle et des besoins d'ordre cognitif (stratégie
d'apprentissage, profil d'apprentissage).

28
2. Relation problématique entre langue de spécialité et langue
générale

Cette question, débattue dès l'origine par les linguistes et les


didacticiens, reste encore discutée actuellement. La langue de spécialité est
considérée par certains (R. Kokourek, 1991 par exemple) comme une sous-
langue de la langue commune, et par d’autres (P. Lerat, 1995) comme
appartenant pleinement à la langue commune ou réduite à de simples questions
de terminologie.

J. Binon et S. Verlinde (2003) avancent le point de vue suivant:


"Il n'existe pas de véritable dichotomie entre langue générale et langue de spécialité.
On pourrait comparer ce rapport à celui qui existe entre langue et parole, lexique et
vocabulaire. Le système linguistique, le code est le même pour tout le monde, mais
chaque locuteur procède à un découpage différent en fonction de la situation de
communication dans laquelle il se trouve, des opérations et des intentions de
communication qu'il se propose de réaliser." (2003: 19)

Ils soulignent ainsi la fonction pragmatique et nettement discursive


qu'entreprend ce rapport.

L. Chetouani, de son côté, dans un ouvrage intitulé "Vocabulaire


général d'enseignement scientifique" (1997:24), distingue la langue de
spécialité de la langue générale de manière suivante : "En réalité la langue
scientifique dispose de sa propre syntaxe et de ses propres caractéristiques
morpho-syntaxiques puisés dans celles de la langue commune". Elle souligne
ainsi que la langue de spécialité, à part ses ressources en commun avec la
langue usuelle, a aussi d'importantes ressources propres.

Pour notre part, nous adoptons la proposition faite par S. Eurin-Balmet


et M. Henao de Legge, (1992:74) selon laquelle, il n'existe pas à proprement
parler une langue scientifique différente d'une langue usuelle. Cependant nous

29
retenons qu'au niveau discursif, le discours scientifique se caractérise par des
opérations discursives très marquées: description, explication,
argumentation,… tout en privilégiant des phénomènes linguistiques qui lui
sont propres. Autrement dit, il n'existe pas d'un côté une "langue générale" et
d'un autre des "langues spécifiques" mais des pratiques langagières (ou
discursives) différenciées de la même langue.

3… Au français sur objectifs spécifiques

L'appellation "français fonctionnel", étant donné son ambiguïté et son


révélateur d'une "crise méthodologique" (J-P. Cuq & I. Gruca 2002:329), est
tombée rapidement en déclin et aujourd'hui, quand on parle de l'enseignement
du français de spécialité, c'est surtout le "français sur objectifs spécifiques",
donc le FOS qui représente l'usage actuel . Il est né du désir de répondre aux
demandes urgentes des publics adultes diversifiés, à leurs besoins spécifiques
liés à leurs activités professionnelles, à leur domaine de spécialisation.

Entré dans la terminologie didactique fin des années 1980, le français


sur objectifs spécifiques est calqué sur l'expression anglo-saxonne "Languages
for specific purposes", largement utilisée dans le domaine anglophone.
Comparée à "langue de spécialité", l'expression exprime bien l'idée qu'il ne
s'agit pas de langue particulière (un français qualifié "spécial"), mais d'usages
particuliers de cette langue. Elle a l'avantage de "couvrir toutes les situations,
que celles-ci soient ancrées ou non dans une spécialité" (Mangiante J-M. et
Parpette C. 2004:16). Il convient de dire que le passage du terme français de
spécialité au français sur objectifs spécifiques a permis de détacher cette notion
didactique d'un lien systématique avec une discipline donnée. La démarche
concerne non seulement une spécialité professionnelle ou universitaire, mais
aussi l'acquisition de compétences langagières transversales communes à de
nombreuses disciplines.

30
Le FOS met l'accent davantage sur les objectifs à atteindre que sur la
langue (qui n'est donc plus initialement affichée comme "spécifique"). Dans ce
contexte, la maîtrise de la langue française n'est pas l'objectif de la formation
mais le moyen d'atteindre un autre objectif qui est spécifique. A la suite du
Dictionnaire de didactique du français (CUQ J-P. (éd) 2003:110), le FOS se
caractérise par deux paramètres essentiels: des objectifs d'apprentissage très
précis et des délais de mise en œuvre limités (quelques mois plutôt que
quelques années).

Cependant, aujourd'hui, il convient de dire qu'il n'y a plus d'autre


enseignement du français langue étrangère que des enseignements à objectifs
spécifiques. On peut se demander même s'il existe un français sans objectifs
spécifiques ? Cette question est affinée par M. Drouère et L. Porcher (2003):

"Et, d'ailleurs, que signifierait aujourd'hui un enseignement sans objectif spécifique ?


Il n'y a plus de place pour la gratuité de l'apprentissage et sa non-utilisation dans la
vie concrète." (2003:8)

Néanmoins, sur les finalités de l'apprentissage, une distinction est faite


entre les "publics spécialistes" du français qui étudient la langue pour elle-
même ou pour l'enseignement et les "publics non spécialistes du français" ou
encore appelés "publics non captifs" qui ont besoin de cette langue pour des
objectifs autres que linguistiques. Ces derniers sont fortement motivés
puisqu'ils choisissent eux-mêmes l'apprentissage lié directement à leur champ
professionnel. Ce sont eux qui font donc l'objet de notre cadre de recherche.

Appliqué à la situation actuelle où le français a perdu son rôle de langue


diplomatique, et que des efforts gouvernementaux français ne cessent de se
manifester dans la politique linguistique en vue de donner au français un autre
statut international, plus pragmatique, plus adapté à la demande sociale, le
français sur objectifs spécifiques dans les milieux du français langue étrangère

31
ne désigne pas uniquement des programmes linguistiques répondant à une
demande précise, bien identifiée, mais aussi des programmes soutenus par la
politique linguistique gouvernementale française (le cas des filières
francophones universitaires, par exemple) .

4. Bilan

L’enseignement du français sur objectifs spécifiques a connu une forte


évolution et de vifs débats sous des dénominations diverses. Cet enseignement
reste toujours l’objet de nombreux questionnements, quant à sa nature, son
appellation, ses pratiques.

En guise de conclusion, nous rejoignons G. Holtzer (2004: 22) pour dire


que les termes "français instrumental" (l'accent est mis sur la langue) "français
fonctionnel", "français de spécialité " (sur le public et sur le domaine
concerné), "français sur objectifs spécifiques " (sur les objectifs), malgré des
dénominations différentes désignent une même notion. Sous l'appellation du
FOS ou sous une autre, "les variations constatées sont des déplacements
d'attention sur tel ou tel objet revisité, rediscuté (les notions de besoins, de
langue de spécialité …) plutôt que des ruptures fondamentales", ajoute-t-elle.
Les adjectifs (scientifique, instrumental, fonctionnel…) attribués à
l'enseignement du français professionnel renvoient moins à des secteurs
différents qu'à des stratégies d'apprentissage différentes. La diversité de ces
termes s'explique par le fait que depuis longtemps, on a cherché à rendre
compte d'une spécificité. Il s'agit de la spécificité non seulement des publics
mais aussi de leurs besoins, de leur formation, du contenu de formation…

Si les appellations terminologiques sont plus ou moins claires à définir,


la question de savoir ce qu’est exactement une langue de spécialité reste
toujours au centre des débats méthodologiques. Si le lexique avec sa fonction
désignatrice semble l’emporter dans une langue de spécialité, l’acquisition de

32
cette langue doit couvrir tous les niveaux (lexique, morphologie, grammaire,
phonétique) du système linguistique, et viser les compétences davantage écrites
qu’orales, comme le souligne P. Lerat. (1995:12): "La première spécificité des
langues spécialisées est en effet qu'elles relèvent d'une linguistique de l'écrit".
Elle se doit d’opérer au-delà de la phrase pour s’inscrire dans le discours, elle
prend alors en compte des conditions pragmatiques de la situation, à savoir
l’identité des interlocuteurs au cours de l’échange, la finalité énonciative, la
dimension référentielle, le dispositif de la communication… A cet égard, il
convient de dire que si les termes "discours spécialisé" ou "discours de
spécialité" ont remplacé peu à peu l'expression "langue de spécialité", ce n'est
pas seulement un changement d'étiquettes, mais un déplacement des objets
d'études soumis à l'analyse: On est passé de travaux portant sur le lexique dit
"spécialisé" à des travaux portant sur la diversité des discours produits dans un
domaine de spécialité: le discours des chercheurs, le discours de vulgarisation,
le discours des médias, etc.

Parcourant ainsi diverses dénominations, nous ne nous fixons qu'un seul


but, c'est de présenter quelques points de repère sur la problématique de
l'enseignement du français sur objectifs spécifiques avant d'entrer dans le cœur
des fondements théoriques.

33
CHAPITRE 2.
L’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS DE SPECIALITE AU
VIETNAM

A partir des années 80, avec la politique dite du "doi moi" (le
renouveau), le Vietnam cherche à s'ouvrir économiquement sur le monde
extérieur. Il est entré dans un cycle de réformes économiques et
institutionnelles touchant l'ensemble de ses secteurs d'activité. Cette ouverture
au monde du pays entraîne une forte demande pour l'enseignement des langues
étrangères dont le français. Ainsi on voit l'anglais et le français
progressivement réintroduits dans le système éducatif vietnamien .

Le redéploiement du français et de l'enseignement du français est


confirmé par l'adhésion du Vietnam au réseau des pays francophones car pour
le Vietnam "la francophonie était un moyen d'obtenir une reconnaissance
internationale et un soutien à sa politique d'ouverture et de rénovation" 2. Ce
pays a donc été choisi comme pays d'accueil du 7ème Sommet de la
Francophonie en 1997. Ce renouement avec le monde francophone, largement
soutenu par la France manifeste aussi un enjeu économique: Le Vietnam est
destiné à être la porte d'entrée de la France au sein de l'ASEAN (Association
des pays du Sud-Est asiatique) tout comme la France est celle du Vietnam au
sein de l'Union européenne.

Cependant, malgré ces fortes implications, on peut constater que la


question de la francophonie au Vietnam repose sur un paradoxe. Il est un
membre officiel à part entière de la Francophonie, mais tout le monde sait bien
qu'il n'est pas francophone au sens strict du mot: Le pays ne compte que 1% de

2
Communication présentée par la Région Poitou-Charentes aux Vèmes Assises des acteurs de la
coopération franco-vietnamienne - Toulouse octobre 2003. (www.ambafrance-vn.org)

34
francophones 3 On voit l'anglophonie s'emparer de tous les domaines quoique le
français y ait pris racine depuis très longtemps.

Face à cette réalité, beaucoup d'efforts bilatéraux se multiplient dans


l'enseignement et la coopération entre la France et le Vietnam. C'est dans ce
cadre que les échanges se développent entre de nombreuses institutions
spécialisées francophones et leurs homologues vietnamiens dans plusieurs
domaines : les sciences, les médias, la médecine, l'ingénierie… Une réelle
demande d'enseignement spécialisé du français se manifeste ainsi dans les
secteurs économiques (tourisme, hôtellerie) mais aussi dans la médecine,
l'administration… ou parmi les étudiants désireux de compléter leur bagage
linguistique, d'accéder à des formations francophones ou d'obtenir des bourses
d'étude en France. Cette émergence quoique tardive est très significative: elle
révèle la demande sociale devant la nouvelle perspective du pays.

A côté de ces échanges institutionnels, il faut compter aussi le nombre


croissant de touristes français venant au Vietnam pour diverses raisons:
nostalgie de l'ancienne Indochine, goût de l'exotisme, découverte du pays et de
sa culture… Ce développement implique une renaissance de la francophonie
dans le tourisme et l'hôtellerie car les touristes français occupent la deuxième
place après les Japonais. Cette perspective a fait naître chez les Vietnamiens un
besoin urgent d'apprentissage du français et notamment du français de
spécialité.

Pour répondre à cette demande, des établissements spécialisés ont été


créés. C'est ainsi qu'on voit dans les années 90 une "explosion" d'implantation
d'organismes franco-vietnamiens où le français sert aussi à acquérir les savoirs
spécialisés ainsi que les compétences professionnelles, par exemple le Centre
Franco-vietnamien de formation à la gestion qui dispense l'enseignement des

3
Communication présentée par la Région Poitou-Charentes aux Vèmes Assises des acteurs de la
coopération franco-vietnamienne - Toulouse octobre 2003. (www.ambafrance-vn.org)

35
sciences économiques en français, la Maison du droit d' Hanoi qui accueille à la
fois des étudiants et juristes pour leur formation continue, l'Ecole Lotus
d'Hochiminh-ville qui offre une formation en secrétariat et bureautique,
l'Institut Francophone d'Informatique (IFI) qui assure les formations
supérieures en informatique. .. A cela s'ajoute l'ouverture en 1994 du Centre de
formation continue en français de spécialité de Hanoi (CFC) qui offre des cours
couvrant tout l'éventail des spécialités (français économique et commercial,
français scientifique et technique, français juridique, français médical…).

Afin de favoriser cette promotion du français de spécialité, certains


matériels didactiques conçus pour le public scientifique vietnamien ont été
édités comme les méthodes "Sciences et Communication" (1993) élaborée en
collaboration avec le Centre de linguistique appliquée (CLAB) de Besançon ou
"Bonjour Vietnam" (1996) destiné au français du tourisme.

Conformément à la politique de diffusion du français visant une élite


vietnamienne dans les secteurs scientifique, technique, économique, le
développement du français de spécialité au Vietnam s'inscrit dans un projet
global auquel participent de nombreux partenaires dont les actions sont fort
variées. On peut citer le cas des filières universitaires francophones (FUF) de
l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF). Mises en place depuis 1994
au sein des universités de l'ensemble du pays, les FUF dont l'opérateur
principal est l'AUF, regroupent des étudiants de différentes disciplines telles
que Droit, Informatique, Agronomie, Génie civile, Chimie… Les étudiants
inscrits dans ces FUF suivent non seulement des cours dans le programme de
formation de leur université mais encore des cours de français et des matières
scientifiques dispensées en français. A partir de la 3e année (cursus de 4-5ans),
les cours de FOS (français sur objectifs spécifiques) sont introduits dans le
programme de l'enseignement du français et ceci, de manière à mieux répondre
aux besoins des étudiants pour qui le français sert à acquérir d'autres
connaissances scientifiques. Les étudiants des FUF participent également à des

36
programmes de recherches scientifiques francophones et rédigent leur mémoire
de fin de cursus en français .

Ce programme vise à former un contingent scientifique francophone de


haut niveau qui contribuera d'abord à construire leur pays et aussi à renforcer la
coopération scientifique francophone dans la région et dans le monde: "Le fait
de connaître le français est et sera un atout pour ces étudiants, une valeur
ajoutée que nous leur avons offerte", souligne NGUYEN Van Dung (2004),
coordinatrice des programmes d'enseignement du français, Bureau Asie-
Pacifique de l'AUF, à propos de ce côté fonctionnel du français dans les FUF.
Aujourd'hui 56 filières sont présentes dans 29 établissements et regroupent plus
de 4600 étudiants répartis dans les différents programmes de formation 4.

A l'Université de Cantho, la plus importante université d'Etat dans le


Delta du Mékong qui accueille chaque année plus de trente mille étudiants et là
où nous travaillons en qualité de professeur de français, on commence à
s'intéresser à l'enseignement du français sur objectifs spécifiques dès le début
des années 90. On enseignait "le français médical" dès la première année
universitaire aux étudiants en médecine (la médecine constituant toujours un
secteur privilégié dans la coopération franco-vietnamienne). Mais
l'enseignement du français sur objectifs spécifiques restait encore un domaine
nouveau, peu exploré. Pour certains, le français de spécialité n'est rien d'autre
que des listes lexicologiques. Faute de théories linguistiques et didactiques de
base permettant de s'orienter vers une démarche fonctionnelle, l'enseignement
s'arrêtait à une présentation du système de la langue: on choisissait des textes
de spécialité en français, on dressait des listes de lexique, on présentait des
éclairages grammaticaux en termes de grammaire explicite et des exercices
centrés sur cette grammaire pour l'illustrer.

4
(source: « L'action de la France dans le domaine de la formation des ressources humaines », Bulletin
de l'Ambassade de France au Vietnam, No 1, Editions 2003)

37
Les années qui suivent ont vu affluer les programmes de coopération
avec la France dans divers domaines de recherche: agronomie, informatique,
droit… Pour établir les échanges avec ses partenaires, l'Université encourage
l'apprentissage du français. Ainsi la priorité est donnée à l'enseignement sur
objectifs spécifiques. Les domaines les plus recherchés sont le français
médical, le français de l'agronomie, le français juridique … Or, les enseignants
qui assurent ce type d'enseignement sont pour la plupart recrutés parmi les
professeurs de FLE du Département de Français où la formation est
exclusivement centrée sur la langue et la civilisation sans aucune formation
spécifique pour le FOS. Ils sont donc dans l'ensemble très démunis par rapport
à l'enseignement qu'ils vont devoir assurer. Ce qu'ils font pour enseigner le
FOS, c'est improviser, se débrouiller avec les moyens du bord. Cette situation
fait surgir certaines questions d'ordre méthodologique qui sont à l'origine des
débats sur l'enseignement du FOS. Le point crucial est de savoir s'il est possible
de dispenser un cours de FOS quand on n'est pas spécialiste du domaine
concerné (car un enseignant de français médical ou de français des affaires est
bien avant tout un enseignant de langue et non un médecin ou un spécialiste du
marketing). Les réponses sont diverses et se partagent entre les avis négatifs et
positifs. Cependant, à notre avis, les enseignants de FLE peuvent très bien
assumer cette tâche car en réalité on enseigne le français de spécialité et non
pas la spécialité en français: les enseignants ne sont pas là pour diffuser les
connaissances scientifiques mais pour faire découvrir à leur public les
principales caractéristiques et le fonctionnement du discours spécialisé, le rôle
du FOS étant alors celui de l'accompagnement linguistique, pour reprendre le
terme de J-M. Mangiante & C. Parpette (2004:145).

Mais quoi enseigner ? comment mener un enseignement efficace ? Ces


questions reviennent tout le temps lorsqu'on instaure une classe de français
pour de tels publics et elles restent encore sans réponses satisfaisantes.

38
C'est pour cette raison que nous avons décidé de choisir, pour entamer
notre projet de recherche, ce domaine qu'est l'enseignement du français sur
objectifs spécifiques dans l'espoir que ce travail constitue une contribution aux
recherches effectuées sur un domaine qui reste encore nouveau dans notre
région où l'enseignement du français de spécialité s'est développé
considérablement ces dernières années.

39
DEUXIEME PARTIE

CADRE CONCEPTUEL D’ANALYSE

- Chapitre 3: Le discours scientifique


- Chapitre 4: A propos de l’explication : le discours explicatif
- Chapitre 5: L’organisation de la textualité, théorie de J-M.Adam
- Chapitre 6: La cohésion et la cohérence textuelle

40
Deuxième partie:
CADRE CONCEPTUEL D'ANALYSE

Avant de passer à l'analyse des articles scientifiques à visée explicative,


nous aborderons le cadre conceptuel dans lequel sera menée notre étude. Pour
ce faire, nous tenterons dans cette deuxième partie, de faire la mise au point
terminologique et de présenter les concepts qui sont en relation directe avec
l'objet de notre recherche. Ce travail nous permettra de préciser et d'éclaircir
notre problématique dans toute sa portée. Il servira à établir les fondements
théoriques en vue des analyses ultérieurement entreprises.

CHAPITRE 3:
LE DISCOURS SCIENTIFIQUE

Face à un document scientifique qu'on veut travailler en classe, il est


important d'identifier à quel genre de discours il se rattache et quels en sont les
caractéristiques. Nous nous intéresserons donc particulièrement aux notions
"genres discursifs" et "typologies du discours scientifique". Par ailleurs, notre
recherche porte sur l'étude de la cohérence dans les explications scientifiques à
travers le discours agronomique, lequel relève du champ de la vulgarisation et
qui est un genre du discours scientifique. Mais qu'entend-on par "discours" et
"discours scientifique" ? Ce chapitre vise donc deux objectifs principaux:
chercher des bases théoriques permettant de comprendre précisément ce que
représente un discours scientifique et exposer notre point de vue autour des
concepts liés aux champs de l'analyse de discours.

41
1. Le discours: un terme polysémique

En voulant aborder la question de la polysémie du terme "discours",


nous prenons le risque de revenir sur des notions connues de tous. Toutefois,
comme notre étude s'inscrit dans un domaine qui le prend pour objet (analyse
du discours), il nous est nécessaire de présenter ses multiples usages
linguistiques afin de préciser dans quel champ théorique nous allons nous
positionner.

Le terme de discours, tel qu'il apparaît chez Benveniste ou dans les


œuvres de Saussure, désigne la mise en œuvre du langage par des individus
dans des situations concrètes. Cependant, la notion de discours donne lieu, dans
le domaine des sciences du langage, à une extrême diversité d'acceptions.
Faisant référence au Dictionnaire d'analyse du discours (CHARAUDEAU P.,
MAINGUENEAU D. (éds) 2002 : 185), nous présentons ici les divers emplois
proprement linguistiques du terme "discours":

1. Dans l'acception linguistique classique, le discours est défini comme


équivalent de "parole" saussurienne. C'est le langage mis en action et assumé
par le sujet parlant. Le mot "discours" s'applique dans ce cas aux réalisations
écrites ou orales de la langue.

2. Il peut désigner une unité linguistique constituée d'une succession de


phrases. Dans ce sens, le discours est proprement intégré à l'analyse
linguistique puisqu'on le considère du point de vue des règles d'enchaînement
des suites de phrases composant l'énoncé. Z.S. Harris (1969) est le premier à
avoir proposé une procédure d'étude de ces enchaînements en définissant le
discours comme un tout spécifique consistant en une séquence de formes
linguistiques disposées en phrases successives. C'est dans cette acceptation que
Harris parle d' "analyse du discours" et que certains parlent de "grammaire du
discours"; aujourd'hui les linguistes préfèrent parler de "linguistique textuelle".

42
3. La notion de "discours" entre fréquemment dans une opposition
langue/discours. La langue est alors considérée comme un ensemble fini,
relativement stable d'éléments, ou encore "un système de valeurs virtuelles",
c'est dire qu'elle n'offre pas de visibilité directe: on ne peut avoir accès à la
langue qu'à travers ses manifestations concrètes en discours. Le discours est
en revanche entendu comme un lieu où s'exerce la créativité, lieu de la
contextualisation imprévisible qui confère de nouvelles valeurs aux unités de la
langue. Il en constitue l'actualisation, à travers la diversité des usages. On est
alors près de l'opposition saussurienne sur langue/parole.

4. L. Guespin (1971) oppose énoncé et discours dans une définition


réaliste:

L'énoncé, c'est la suite des phrases émises entre deux blancs sémantiques, deux arrêts
de la communication. Le discours, c'est l'énoncé considéré du point de vue du
mécanisme discursif qui le conditionne. Ainsi un regard jeté sur un texte du point de
vue de sa structuration "en langue" en fait un énoncé; une étude linguistique des
conditions de production de ce texte en fera un discours. (1971 : 10)

Cette distinction permet d'opposer deux modes d'appréhender des unités


transphrastiques: comme une unité linguistique (énoncé ) et comme un acte de
communication dans un contexte déterminé (discours).

5. Dans le cadre des théories de l'énonciation, F. Benveniste (1966)


distingue le récit du discours. Le récit, selon l'auteur, représente le degré zéro
de l'énonciation : tout se passe comme si aucun sujet ne parlait, les événements
semblent se raconter d'eux-mêmes; le discours se caractérise au contraire, par
une énonciation (le "moi-ici-maintenant" du sujet parlant), supposant ainsi un
locuteur et un interlocuteur et par la volonté du locuteur d'influencer son
interlocuteur. C'est "la langue en tant qu'assumée par l'homme qui parle, et
dans la condition d'intersubjectivité qui seule rend possible la communication
linguistique" (Benveniste F. 1966:266). C'est dans ce cadre que se trouve

43
développée l'opposition discours/récit marquant une frontière énonciative très
nette entre la dynamique interlocutive du discours (à l'écrit comme à l'oral) et
l'énonciation historique du récit.

6. Enfin, dans le cadre de ce travail de recherche, nous nous inspirons du


concept proposé par J-M. Adam (1999 et 2001) sur la notion de "discours" qu'il
explique clairement dans ces termes:

Un discours est un énoncé caractérisable certes par des propriétés textuelles, mais
surtout comme un acte de discours accompli dans une situation (participants,
institution, lieu, temps); ce dont rend bien compte le concept de "conduite
langagière" comme mise en œuvre d'un type de discours dans une situation donnée.
(2001:39)

Les discours sont donc des pratiques qu'il faut étudier dans leur
dimension textuelle et aussi dans leur dimension discursive-interactionnelle.
J-M. Adam (1999) propose le schéma suivant:

DISCOURS CONTEXTE
TEXTE
Conditions de production et
de réception-interprétation

Ce schéma montre clairement que le texte n'est pas un objet


complètement séparé du discours mais inclus dans le champ plus vaste des
pratiques discursives. Ce schéma n'implique pas non plus une
décontextualisation du texte. Cela pour dire aussi que le discours n'est pas autre
chose que le texte produit dans une situation d'énonciation concrète et qu'il
n'est pas question que le texte existe en tant que réalisations linguistiques hors
du cadre du discours mais sous l'effet d'un réseau complexe de déterminations

44
extralinguistiques (sociales, idéologiques…). Le discours est ainsi conçu
comme l'association d'un texte et de son contexte.

J-M.Adam, dans le Dictionnaire d'analyse du discours


(CHARAUDEAU P., MAINGUENEAU D. (éds) 2002 : 571) réaffirme encore
la complémentarité de ces deux concepts :

Il est préférable de distinguer texte et discours comme les deux faces


complémentaires d'un objet commun pris en charge par la linguistique textuelle - qui
privilégie l'organisation du cotexte et la cohésion comme cohérence linguistique,
"textverknupfung" (Stierle, 1977:172) - et par l'analyse de discours - plus attentive au
contexte de l'interaction verbale et à la cohérence comme "textzusammenhang" (id).
(2002 : 571)

Aujourd'hui, avec l'ajout de l'intentionnalité (axe de la production) et de


l'acceptabilité (axe de la réception-interprétation) du texte à l'observation des
faits co-textuels de texture et de structure, c'est-à-dire une importance de plus
en plus grande accordée aux données situationnelles et au rôle du récepteur
dans l'interprétation d'un texte, la distinction entre texte et discours ou entre
linguistique textuelle et analyse de discours devient moins nette dans la
pratique d'analyse textuelle des discours. (J-M. Adam 2005:29).

En résumé, à l'issue des acceptations classiques ou modernes, le discours


entretient une série de relations résumées ci-dessous:

DISCOURS

Discours= Discours/ Discours/ Discours/ Discours= Discours=


parole énoncé langue récit succession de phrases texte+contexte

45
Nous voyons ainsi que le terme de "discours" connaît de multiples
usages en linguistique. C'est à travers les différentes oppositions
terminologiques dans lesquelles il figure qu'il laisse le mieux apparaître ses
valeurs. Pour notre part, faisant référence aux définitions de J-M. Adam
(op.cit), nous considérons que le discours est un objet concret combinant des
propriétés textuelles et les caractéristiques d'un acte (ou d'une conduite
langagière) accompli dans une situation déterminée. Ce concept est celui que
nous adoptons pour notre cadre d'analyse car il situe résolument la linguistique
textuelle dans l'analyse du discours. La linguistique textuelle est considérée
ainsi comme "une théorie de la production co(n)textuelle de sens, qu'il est
nécessaire de fonder sur l'analyse de textes concrets." (J-M. Adam 2005:3)

2. Les genres de discours

L'analyse d'un discours quelconque implique de soulever la notion de


genres de discours comme l'indiquent P.Charaudeau & D.Maingueneau (2002):

Etant donné le point de vue spécifique de l'analyse du discours, elle ne peut se


contenter de typologies purement linguistiques ou purement situationnelles. Elle est
inévitablement amenée à privilégier les typologies qui associent des propriétés
linguistiques et des contraintes liées aux genres de discours. (2002 : 596).

C'est d'ailleurs ce que soulignait déjà M. Bakhtine (1984) lorsqu'il


insistait sur la complémentarité de la langue et du discours:

Apprendre à parler, c'est apprendre à structurer des énoncés (parce que nous parlons
par énoncés et non par propositions isolées et, encore moins, bien entendu, par mots
isolés). Les genres du discours organisent notre parole de la même façon que
l'organisent les formes grammaticales (syntaxiques). (1984:285)

Cependant, la définition du concept de genre ne fait pas l'unanimité


parmi les linguistes qui en explorent les pistes. C'est ce que notent fort

46
justement P. Charaudeau et D. Maingueneau (2002) dans le Dictionnaire
d'analyse du discours:

La diversité des points de vue montre la complexité de la question des genres, jusques
et y compris les dénominations puisque certains parlent de "genres du discours",
d'autres de "genres de textes", d'autres encore de "types de textes": J-M. Adam oppose
"genres" et "types de textes" (1999); J-P. Bronckart oppose "genres de texte" et "types
de discours" (1996); D. Maingueneau distingue, dans les rapports d'enchâssement,
"types de texte", "hypergenre" et "genre de discours" (1998); P. Charaudeau distingue
"genres et sous-genres situationnels" et, à l'intérieur de ceux-ci, des variantes de
genres de discours (2001). (2002:280)

Il existe ainsi différentes définitions de "genre" qui témoignent chacune


du positionnement théorique auquel elles se rattachent. Ces différents points de
vue s'appuient soit sur les fonctions de base de l'activité langagière
(R.Jakobson1963, M.A.K.Halliday 1973), sur les régularités compositionnelles
des textes (J-M. Adam 1999), sur les caractéristiques formelles des textes
produits (J-C. Beacco & S. Moirand 1995), sur l'ancrage social du discours
(P.Charaudeau 2000) ou sur la nature communicationnelle du discours
(M.Bakhtine, 1984) ou encore sur la sémantique interprétative (F.Rastier
1989). Selon P. Charaudeau et D. Maingueneau (op.cit), il existe deux
orientations majeures: celle qui est plutôt tournée vers les textes justifiant la
dénomination "genres de texte", celle plutôt tournée vers les conditions de
production du discours justifiant la dénomination "genres de discours".

Pour notre part, partant du principe que tout discours ne peut


véritablement être appréhendé qu'en additionnant "texte" et "contexte", nous
nous contenterons d'adopter les concepts proposés par M. Bakhtine (1984) et
J-M. Adam (1999 et 2001).

M. Bakhtine s'est particulièrement intéressé aux genres de discours et a


développé différents points. Rappelons ses principales conclusions: il existe des

47
genres de discours différents, chacun étant marqué par la spécificité d'une
sphère d'échange. La variété des genres de discours est inépuisable car elle est
en relation directe avec la variété des domaines de l'activité humaine toujours
en développement :

La richesse et la variété des genres du discours sont infinies car la variété virtuelle de
l'activité humaine est inépuisable et chaque sphère de cette activité comporte un
répertoire de genres du discours qui va se différenciant et s'amplifiant à mesure que se
développe et se complexifie la sphère donnée.(1984:265).

M. Bakhtine introduit la notion d'"attitude responsive" dite aussi


"responsivité active" de l'auditeur, c'est-à-dire que lorsque le locuteur introduit
son discours, il en attend une réponse; lorsque l'auditeur reçoit ce discours, il
adopte une attitude de réponse. La responsivité active de l’interprétant du sens
est différente dans les différents genres du discours. Bien que M. Bakhtine
fasse référence ici à l' auditeur et donc à la langue parlée et non écrite, il nous
semble que le principe de responsivité est valable également dans le cas d'un
discours écrit. Les genres de discours exercent pour l'individu une valeur
normative. Ils sont aussi indispensables que les formes prescriptives de la
langue commune. A ce titre, les énoncés ne sont pas une combinaison
absolument libre mais soumis aux genres de discours établis:

Nous apprenons à mouler notre parole dans les formes du genre et, entendant la
parole d'autrui, nous savons d'emblée, aux tous premiers mots, en pressentir le genre,
en deviner le volume (la longueur approximative d'un tout discursif), la structure
compositionnelle donnée, en prévoir la fin, autrement dit, dès le début, nous sommes
sensibles au tout discursif qui, ensuite, dans le processus de la parole dévidera ses
différenciations. Si les genres de discours n'existaient pas et si nous n'en avions pas la
maîtrise, et qu'il nous faille les créer pour la première fois dans le processus de la
parole, qu'il nous faille construire chacun de nos énoncés, l'échange verbal serait
quasiment impossible. (1984 :285)

48
Ainsi, il convient de dire que toute production verbale, qu'elle soit écrite
ou orale, se réalise dans le cadre d'un "genre du discours" et que ce cadre est
indispensable à l'apprentissage langagier. En d'autres termes, la compétence
discursive est aussi importante que la compétence linguistique. Par là, la notion
de genre dépasse le clivage supposé saussurien entre langue et parole, et
échappe au domaine de la littérature pour concerner toute production
langagière.

Sous l'éclairage de Bakhtine, J.M. Adam (1999, 2001) envisage une


autre approche de la notion de genre, plus centrée sur l'analyse des discours. Ce
linguiste, soulignant la complexité et l'hétérogénéité des textes, rompt avec
l'idée de classification des textes en "types de textes". En effet, cette idée de
typologie de textes refait régulièrement surface et mérite de ce fait un
traitement particulier en abandonnant son caractère trop formaliste. Il est donc
nécessaire d'y substituer une nouvelle analyse des faits de régularité textuelle.
J.M. Adam propose un modèle global et dynamique de structure
compositionnelle fondé sur une théorie des plans ou niveaux d'organisation de
la textualité et de la discursivité et qui remet au premier plan de la typologie les
notions de formation socio-discursive et de genre:

Si l'on tient à parler de "types" au niveau global et complexe des organisations de


haut niveau, il ne peut s'agir que de types de pratiques socio-discursives, c'est-à-dire
de genres (genres du discours littéraire, du discours journalistique, religieux, etc.)
Un genre est ce qui rattache - tant dans le mouvement de la production que dans celui
de l'interprétation - un texte à une formation socio-discursive. (2001:28).

Cette formation socio-discursive est entendue, à la suite de P. Lane


(2005:184), comme une situation d'énonciation-interaction impliquant des
participants, une institution, un lieu, un temps et les contraintes d'une langue
donnée. Elle est inséparable de l'interdiscours.

49
On s'aperçoit ainsi que "le genre est ce qui rattache un texte à un
discours" (F. Rastier 1989:40), ce qui signifie qu' un genre relie ce que
l'analyse textuelle parvient à décrire linguistiquement à ce que l'analyse des
pratiques discursives a pour but d'appréhender sociodiscursivement.

Toujours selon J-M. Adam (2001:40), un genre est constitué des


composantes suivantes:

- Une composante sémantique


- Une composante énonciative
- Une composante pragmatique
-Une composante stylistique et phraséologique (texture micro-
linguistique)
- Une composante compositionnelle (plans de textes, séquences…)
- Une composante matérielle
- Une composante péritextuelle (frontières du texte)
-Une composante métatextuelle (discours sur le genre propre à la
formation socio-discursive et aux théories développées sur le genre en
question).

A l'issue de ces descriptions, il est possible d'établir des réseaux de


genres et sous-genres. Cependant, du point de vue de l'organisation discursive,
le genre est une structure décomposable en parties, c'est-à-dire en séquences
reliées entre elles et au tout qu'elles constituent. Ainsi par exemple, dans une
brochure de vulgarisation, on peut trouver du descriptif, de l'explicatif et de
l'argumentatif. Celles-ci peuvent se suivre linéairement ou être insérées les
unes dans les autres. Il est donc préférable, à la suite de J-M. Adam (1992 et
1999), de situer les faits de régularité dits "récit", "argumentation",
"explication", … au niveau séquentiel.

50
3. Qu'est-ce qu'un discours scientifique ?

Le terme "discours scientifique" est une appellation pratique pour


désigner un macro-genre de discours. Nous retenons ici la proposition de
A-M. Loffler-Laurian (1983:8) qui définit le discours scientifique comme:
"l'ensemble des textes écrits et des productions orales ayant un contenu dit
scientifique, c'est-à-dire lié à la recherche, l'enrichissement et la diffusion des
connaissances sur la nature et le fonctionnement du monde minéral, végétal,
humain, etc.". Ainsi, à partir de cette définition, on peut établir des genres
construits sur le domaine concerné (discours scientifique médical, discours
scientifique agronomique, discours juridique...).

Cependant, on ne peut parler dans l'absolu du discours scientifique


médical ou discours scientifique chimique car selon qu'on écrit pour une revue
de spécialistes qui connaissent les bases du domaine scientifique en question ou
qu'on écrit dans une revue de vulgarisation, le type de langage ne sera pas le
même.

Alors, le discours scientifique est décrit comme un ensemble composé


de différents genres, classés en deux grandes catégories: celle de l'interlocution
interne (échanges entre spécialistes) et celle de l'interlocution externe (diffusion
et vulgarisation). Nous reviendrons sur ce point dans la partie qui suit en ce qui
concerne les typologies du discours scientifique .

En terme de définition, nous retenons également la proposition de


D.Jacobi (1986):

Par discours scientifique on entend communication de spécialiste destinée à d'autres


spécialistes. Il use d'une "langue" particulière, de terminologie. On le désignera
comme discours source , ésotérique et légitime. (1986 : 19)

51
Cette définition qui renvoie notamment au discours ésotérique (ou
discours scientifique primaire) est complétée et affinée dans "La
communication scientifique: discours, figures, modèles". Dans cet ouvrage,
D.Jacobi (1999:130) apporte les précisions suivantes en ce qui concerne le
discours scientifique:

- Le chercheur qui écrit prend beaucoup de précautions pour justifier ses


méthodes et la qualité des résultats qu'il a obtenus. Il se garde de toute
affirmation décisive.
- Il n'apparaît pas souvent dans son texte ou bien il se cache derrière on
ou nous
- Le choix des mots fait également partie de la particularité des discours
scientifiques. Il permet de distinguer les textes scientifiques de la langue de
tous les jours car les textes scientifiques mobilisent obligatoirement des
terminologies.

D. Jacobi poursuit un peu plus loin (1999:147) en signalant que "le


discours scientifique n'est ni une catégorie homogène de discours, ni
nécessairement reconnu d'emblée comme spécialisé par celui qui tente de s'en
saisir" et que "les discours scientifiques constituent un ensemble flou" dans
lequel il a proposé de distinguer trois pôles: le discours scientifique primaire, le
discours scientifique didactique et le discours scientifique de vulgarisation.
Nous rejoignons ce point de vue car nous considérons les discours scientifiques
comme une appellation générique pour désigner les discours de transmission
de connaissances, que ce soit discours de recherche, discours ésotérique ou
discours de vulgarisation.

Sous un angle communicatif, le discours scientifique, qui peut être oral


ou écrit, a des retombées terminologiques. A la suite de G. Holtzer (2004:16),
il entre dans la grande catégorie des "textes spécialisés" dits aussi
"communication spécialisée" ou "communication scientifique" ou "textes de

52
spécialité"…G. Holtzer cite D. Candel (1994:33) quant à la définition de ces
dénominations. Ce sont " tous les discours produits par des spécialistes sur
leur sujet de spécialité […] qu'ils s'adressent à des spécialistes du même
domaine ou d'un domaine voisin, à des spécialistes de leur niveau ou à des
apprenants, ou encore à des non-spécialistes".

Nous voudrions enfin préciser que seuls les discours scientifiques


écrits seront pris en compte dans notre recherche.

4. Typologies des discours scientifiques

Les discours scientifiques n'étant pas "une catégorie homogène de


discours" (D. Jacobi 1999:147), les recherches typologiques apparaissent
comme la base de travail nécessaire pour toute réflexion visant à des
applications pratiques, pour toute élaboration de matériel didactique. Ceci est
d'autant plus important que dans l'enseignement, il est essentiel de savoir dans
quel genre de discours on se situe afin de mieux identifier le "niveau de
langue", le "type d'énonciation", ou le choix de formulation et d'expression
approprié.

En ce qui concerne les discours scientifiques, les propositions de


typologies sont diverses et multiples.

4.1. Selon A-M. Loffler-Laurian

A-M. Loffler-Laurian (1983:10) propose deux méthodes d'approche de


typologies de discours scientifiques.

1. La première est fondée sur des critères extra-linguistiques: situation


de communication, personnalité des interlocuteurs (émetteur/récepteur), nature
du support du message. Le discours scientifique est alors décrit comme un

53
ensemble composé de différents genres. A-M. Loffler-Laurian distingue ainsi 6
genres de discours scientifiques dont les différences sont résumées dans le
tableau suivant:

Discours Emetteur (E) Récepteur (R) Message Support


Scientifique spécialisé chercheur scientifique chercheur domaine de revues spécialisées
scientifique spécialité de l'E
Semi-vulgarisation chercheur scientifique Public de niveau domaine de revues traitant de
scientifique journaliste spécialisé de formation spécialité de l'E et domaines multiples
universitaire non celui du R
Vulgarisation journaliste spécialisé grand public toutes sortes de revues d'accès
scientifique domaines facile
Scientifique enseignant élève/étudiant transmission de ouvrages
pédagogique savoirs d'ensemble sur un
domaine
Mémoire, thèse ... étudiant enseignant un champ précis documents
spécialiste / jury reprographiés
Scientifique officiel. chercheur spécialiste -institution communiqué -rapports brefs
administratif -administration d'informations -formulaires…

Ainsi, nous voyons que dans cette première approche, les genres
discursifs sont appréhendés dans une problématique interactionniste. Sous cet
angle, les discours scientifiques peuvent être classés en deux grandes
catégories: ceux de l'interlocution interne (échanges entre spécialistes, le cas du
discours scientifique spécialisé par exemple) et ceux de l'interlocution externe
(échanges entre le spécialiste et le public, le cas du discours de vulgarisation et
semi-vulgarisation). Quant aux discours de l'écrit de recherche (thèse,
mémoire…), ils manifestent une situation de communication particulière: ils
sont proches des discours scientifiques pédagogiques mais participent aussi des
discours scientifiques spécialisés. En ce qui concerne le dernier "type", celui dit
"discours scientifique officiel", à notre avis, il ne peut pas être classé parmi les
genres de discours scientifiques. En effet, puisqu'il s'agit des rapports destinés à

54
une administration (par exemple demande d'aide financière) ou des rapports de
travail, donc ne concernant ni un domaine théorique ni les implications
théoriques d'une expérience précise, on ne peut le considérer que comme un
rapport ou un communiqué écrit par un scientifique.

2. La seconde approche est une tentative de typologie à partir de critères


linguistiques internes, en l'occurrence la présence ou non d'énoncés
définitoires, et leur nature. En partant de l'idée que la définition doit jouer un
certain rôle dans les discours scientifiques et que ce rôle n'est peut-être pas le
même selon le genre de discours considéré, on obtient de cette façon 5 grandes
catégories définitoires dans les discours scientifiques:

- La dénomination:
Exemple: Cette phase d'initialisation s'appelle le "bootstrap" (ou chausse-pied)
- L'équivalence:
Exemple: La diffraction est la déviation ou l'étalement d'une onde lumineuse par le
bord d'un objet opaque.
- La caractérisation:
Exemple: Examinons pour le moment le tube-image noir et blanc: il s'agit d'une
ampoule de verre scellée dans laquelle on a fait un très bon vide.
- L' analyse:
Exemple: Les interactions de la lumière avec la matière condensée comprennent la
réflexion, la réfraction, la diffusion et l'absorption…
- Et la fonction:
Exemple: En 1980, Edouard Branly découvre le "cohéreur" permettant de détecter
ces ondes électromagnétiques.
(Ces exemples sont empruntés à A-M. Loffler-Laurian )

A-M. Loffler-Laurian (id:15) propose ainsi une deuxième approche de


typologies des discours scientifiques à partir des formes définitoires qui y
figurent. On distinguera donc:

55
1. Discours scientifique spécialisé: les définitions y sont extrêmement
rares. Quand il y en a, c'est en début de texte, et elles sont de différents types
sauf Fonction.
2. Discours de semi-vulgarisation: On y trouve surtout les définitions de
type Analyse et Fonction.
3. Discours de vulgarisation: les définitions y sont de différents types
excepté Caractérisation.
4. Discours pédagogique: les types de définition qui y sont utilisés sont
surtout la Dénomination, la Caractérisation et l'Analyse.

4.2. Selon J-C. Béacco

En partant de l'hypothèse que "c'est la location des discours dans de tels


ensembles topographiques, structurés par l'opposition intérieur/extérieur, qui
constitue les conditions de production et de circulation susceptibles de
configurer les formes discursives et leurs actualisations langagières",
J-C. Béacco (2000:17) fait la distinction , pour les discours scientifiques, entre:

- Le discours à l'intérieur de la communauté scientifique où les


actualisations langagières se caractérisent par des marqueurs admis ou
appropriés des opérations linguistiques en nombre limité qui donnent à ces
textes "une apparence vaguement formulaire"

- Et le discours extérieur à la communauté des scientifiques-pairs où les


actualisations langagières sont caractérisées par rapport aux formes canoniques
de l'exposé scientifique en mesurant les écarts par rapport à celui-ci. Si pour les
discours internes aux communautés scientifiques, la plus importante est
l'exactitude : "leur écriture semble dépendre fort peu des circonstances
scientifiques ou sociales de leur mise en circulation mais relève plutôt, par
exemple, des attentes d'un lectorat constitué de pairs ou d'égaux potentiels"
(Béacco J-C. 2000:17); les discours circulant à l'extérieur de celles-ci

56
s'intéressent avant tout à la circulation des connaissances (c'est-à-dire à en
assurer la lisibilité maximale pour des lectorats non scientifiques).

L'encadrement intérieur produit des genres discursifs homogènes,


destinés à assurer l'exposition des connaissances de manière conforme aux
exigences épistémologiques de diverses disciplines et à celles du débat
scientifique. En revanche, le discours extérieur est hétérogène, étant commandé
par les conditions de production, de circulation et de réception qui imposent de
nouveaux genres discursifs. Par exemple, sur des bases éditoriales, J-C. Béacco
(id:18) propose cette distinction en ce qui concerne les formes de diffusion du
discours scientifique hors communauté scientifique:

- la "littérature scientifique" pour des publics jeunes


- les ouvrages de nature encyclopédique
- les ouvrages signés par des scientifiques réputés
- les périodiques de divulgation
- la presse quotidienne.

4. 3. Selon D. Jacobi

En faisant une analyse systématique des contextes de production (le


scripteur, le lecteur, le but…), D. Jacobi (1999:147) divise les discours
scientifiques en 3 "pôles" que nous adoptons dans le cadre de notre recherche:

- Celui des discours scientifiques primaires (écrits par des chercheurs


pour d'autres chercheurs). Dans ce pôle, le scripteur et le lecteur sont des
spécialistes du même domaine (les scientifiques-pairs), ou bien le lecteur
connaît suffisamment le domaine pour ne pas se heurter à des difficultés de
compréhension. Le discours vise à publier les résultats originaux de la
recherche. La communication passe souvent par une revue spécialisée traitant

57
du domaine en question ou entretenant des relations étroites avec ce domaine;
elle ne s'adresse qu'à des spécialistes et a une diffusion restreinte.

-Celui des discours à vocation didactique (les textes des manuels


d'enseignement scientifique). Ce type de discours est représenté par les
ouvrages d'initiation ou d'enseignement approfondi rédigés par des enseignants-
chercheurs de haut niveau à l'usage des étudiants ou élèves.

- Le pôle que l'on peut appeler l'éducation scientifique non formelle


(vulgarisation, documents de culture scientifique ...) ou encore appelé discours
scientifique de popularisation . Le scripteur est un chercheur ou un journaliste
spécialiste d'un domaine scientifique. Le lecteur est théoriquement n'importe
qui (grand public d'un niveau général élevé ou non). Leur vocation est de
mettre un savoir à la portée de non-spécialistes. C'est pourquoi, le thème
concerne toutes sortes de domaines, aussi variés que peuvent l'être les intérêts
d'un grand public ou les thèmes d'inspiration scientifique à la mode.

On peut constater que les deux premiers pôles, les manuels et les
discours scientifiques primaires étant écrits et publiés dans des contextes de
production très précis, sont réservés à des usages limités. Les discours de
vulgarisation (et leurs équivalents plus valorisants tels que communication
scientifique, culture scientifique…) sont au contraire destinés à circuler de
façon large et non prédéterminée. Ce sont des discours scientifiques mais
publiés dans la presse, ou utilisés par d'autres médias plus ou moins populaires
en vue de la diffusion des connaissances scientifiques auprès du grand public.
C'est surtout ce dernier pôle qui fait l'objet de notre recherche.

Nous reprenons ici le tableau proposé par D. Jacobi (1999:149) pour


mieux caractériser ces trois pôles:

58
Trois contextes de production des discours scientifiques

support lecteurs Orientation But


revue savante chercheurs discours ésotérique produire de la
spécialistes connaissance
manuel élèves discours pédagogique enseigner/appren-
dogmatique dre la science
média de du spécialiste discours des médias populariser la
masse au novice science

D. Jacobi signale aussi que la caractérisation de pôles distincts de


discours ne signifie pas que ces derniers soient sans aucune relation l'un avec
l'autre. Ainsi par exemple, la relation entre la sphère du discours scientifique
savant et le discours de vulgarisation ou entre la popularisation et
l'enseignement scientifique est attestée dans certaines situations.

5. A propos du discours scientifique de vulgarisation

Nous avons choisi d'analyser dans notre corpus le plus bas niveau de
«scientificité», le discours scientifique de vulgarisation, et ceci pour les deux
raisons principales suivantes:

- La première est d'ordre méthodologique : souvent les discours de


vulgarisation sont à dominante explicative, ce qui convient parfaitement à
l'objet de notre recherche: repérer et analyser les phénomènes linguistiques qui
président à la cohérence dans les explications scientifiques.

- La deuxième raison est d'ordre didactique: Il y a en fait des similitudes


très grandes entre ce que pourrait être un texte de français sur objectifs
spécifiques (FOS), fréquemment exploité dans le cadre de notre enseignement

59
du FOS et un article de vulgarisation scientifique. Il s'agit de la même manière
de s'adresser d'une part à des non-spécialistes et d'autre part à des spécialistes,
mais en abordant leur discipline d'une autre manière. Vulgariser, c'est
apprendre à décrire, à définir, à expliquer en termes simples et clairs
compréhensibles pour un large public, à trouver les mots justes, à donner des
explications cohérentes. C'est exactement ce que nous recherchons dans les
cours de FOS. Ceci dit, le discours de vulgarisation, avec son caractère
éclectique et ses propriétés de passage du discours scientifique proprement dit
vers le discours quotidien représente un objet d'étude intéressant aussi bien
pour la linguistique que pour la didactique.

En analyse du discours, le discours scientifique de vulgarisation prend


place parmi les discours de transmission de connaissances . Comme le signale à
juste titre M-F. Mortueux (1988:119), il s'agit d'un discours second "dont la
production, le fonctionnement et la légitimité renvoient à des discours
"primaires" (dits parfois ésotériques), qui sont les publications par lesquelles
les chercheurs exposent à leurs pairs les résultats de leurs travaux". C’est
d’ailleurs ce que soulignait déjà D. Jacobi (1986 :15) lorsqu’il rappelait la
conception du discours de vulgarisation : « Est considérée comme vulgarisée
toute pratique discursive qui propose une reformulation du discours
scientifique ». L'objectif de cette reformulation, c'est "traduire la science pour
la rendre accessible au plus grand nombre. » (D. Jacobi 1987:29). Ainsi,
vulgariser est une pratique visant à rendre accessibles des connaissances à des
destinataires ne les possédant pas. Le fait que ces connaissances soient de
nature scientifique ou technique est une occurrence définissant leur nature mais
n’affecte en rien le mécanisme de transmission des connaissances, qui est
essentiellement un acte de communication, de médiation. D. Jacobi (1987 :31)
emploie même le terme de « traduction » et ses dérivés pour désigner la
vulgarisation scientifique, qui consisterait ainsi à traduire des données savantes
en un langage compréhensible au non-spécialistes.

60
Il poursuit en expliquant en ces termes:

La vulgarisation, partie de l'ensemble des pratiques de socio-diffusion de la science,


devient un moyen de décrire comment les concepts scientifiques se disent et
s'affichent dans les discours et les documents qui contribuent à la circulation du
savoir. (1987: 166).

Ce moyen pour le partage du savoir peut être assuré par le spécialiste


lui-même. Seulement, si le discours de l'expert, abstrait et hautement cohérent
dans son système de pensée, est directement compréhensible au sein du cercle
étroit des spécialistes, il devient inaccessible au grand public. Ainsi le problème
de la communication entre chercheurs et grand public nécessite l'intervention
de médiateurs qui font le pont entre eux et dont le rôle est de rendre
l'information scientifique intelligible à différents niveaux, qu'il s'agisse de
s'adresser à un large public ou des lecteurs plus ciblés (étudiants, entreprise…).
Dans cette rhétorique de médiation, interviennent donc trois acteurs avec deux
extrêmes: la science et le public lecteur et au milieu le vulgarisateur ou "le
troisième homme" (Terme employé par M-F. Mortueux 1985) qui tient son rôle
de gestionnaire discursif entre l'univers de la science et celui du public.

Il faut enfin rappeler que, d'après Y. Jeanneret (1994), la notion de


vulgarisation change en accord avec les interprétations dominantes de chaque
époque historique. A ce propos, nous sommes tout à fait d'accord avec
H.Calsamiglia (2000) lorsqu'elle engage une discussion sur la conception
traditionnelle de la tâche de vulgarisation comme un simple fait de
simplification, synthèse ou exemplification, ce qui connote négativement le
travail de vulgarisation. Elle émet l'hypothèse que les pratiques divulgatrices
consistent fondamentalement en une "recontextualisation" des connaissances
dans chaque situation de communication nouvelle et que celles-ci exigent une
modulation du discours en adéquation avec les relations spécifiques entretenues
par les "interactants". Elle apporte les précisions suivantes:

61
L'action divulgatrice, avec les difficultés et les tensions auxquelles se confronte la
personne qui vulgarise (scientifique ou médiateur), dépasse le fait de la popularisation
d'un contenu ou de la traduction entre registres pour se définir comme l'élaboration de
nouveaux discours, qui, loin de s'établir de haut en bas 5, circulent dans divers secteurs
sociaux (communauté scientifique ou universitaire, enseignants, citoyens en tant que
groupes ou secteurs intéressés à différents domaines). (2000:36)

Ce concept, qui donne un nouveau sens plus pragmatique au discours de


vulgarisation, permet de valoriser la tâche divulgatrice. Ainsi, à la suite de
H.Calsamiglia, chaque discours de vulgarisation est considéré comme une
création textuelle en fonction de finalités et de conditions de communication
différentes.

6. Les caractéristiques du discours scientifique

L'idée de caractériser les discours scientifiques nous semble une tâche


difficile étant donné qu'ils ne constituent pas une catégorie homogène.
Cependant, dans le cadre de notre recherche, il importe d'aborder quelques
particularités du discours scientifique qu'ont soulevées certains chercheurs,
notamment au niveau de son langage scientifique car notre investigation se fera
à travers une analyse linguistique (ou plus précisément une analyse textuelle)
du discours agronomique, lequel relève du discours scientifique.

Selon M. Tukia (1983:34), une caractéristique forte du discours


scientifique est qu'il est a priori tenu pour vrai: "son contenu, ses références,
voire son auteur font partie de l'univers de la science qu'il traite, et par ces
faits mêmes de tels discours sont acceptés par la communauté scientifique en
question". Les garants de cette véracité peuvent être identifiés à travers le nom
du chercheur, son grade, le nom du laboratoire auquel il appartient…

5
par conception "de haut en bas", nous entendons celle qui consiste en une "descente" d'un contenu
abstrait, élaboré et d'accès difficile, à un niveau concret, en adéquation avec les connaissances
générales.

62
Cependant, la caractéristique la plus évidente du discours scientifique
est le vocabulaire spécial qu'on y trouve. En effet, on s' aperçoit que la fonction
du discours scientifique est de transmettre une connaissance par une langue de
spécialité, une langue que F.Cicurel et M.Doury (2001) ont définie comme suit:

"Une langue dite de spécialité est souvent perçue dans un premier moment comme
"différente" de la langue ordinaire en ce qu'elle fait appel à un vocabulaire spécifique
(ainsi la langue médicale a ses termes, la langue administrative les siens) et à un mode
d'organisation textuelle qui lui est propre" (2001 : 11)

Il convient de dire ainsi que le lexique spécifique constitue une


caractéristique importante du discours scientifique. C'est d'ailleurs ce que
soulignait déjà D. Jacobi dans "La communication scientifique, discours,
figures, modèles" (1999:30): "Le choix des mots - même si ce n'est pas la seule
particularité des textes scientifiques- les distingue de la langue de tous les
jours: les textes scientifiques mobilisent obligatoirement des terminologies".

Force est de constater que de nombreuses recherches consacrées aux


discours scientifiques portent sur l'étude des termes, du lexique spécifique, ce
qui montre la place importante de cette particularité au sein de ces genres de
discours.

Mais ce qui singularise un discours scientifique, ce n'est pas non


seulement son vocabulaire ou sa terminologie mais aussi ses propriétés
textuelles en matière d'énonciation, de mode d'organisation textuelle, de visée
pragmatique…Ces propriétés se manifestent au travers de formes linguistiques
récurrentes: effacement des sujets énonciateurs, utilisation d'un présent à valeur
intemporelle, absence de modalités appréciatives… Prenons le cas de
l'effacement de l'énonciateur par exemple. De nombreux travaux (Mortueux M-
F. 1985, Kocourek R. 1991, Jacobi D. 1999) ont montré que dans les discours
scientifiques, l'auteur tend, en apparence, à disparaître du texte pour éliminer le
côté "affectif et personnel" de la pensée car souvent "pour la langue

63
scientifique et technique, la fonction dite cognitive ou référentielle est encore
plus importante" (Kocourek R. 1991:19) et qu'elle vise l'objectivité des faits
présentés. L'énonciateur s'efface donc souvent ou passe à l'arrière plan pour
laisser la place au contenu du discours.

7. Bilan

L'analyse d'un discours quelconque implique de savoir définir le genre


de discours; aussi le travail d'analyse ne peut-il être entrepris que sur un genre
précis dont on précisera les propriétés. Etant donné la diversité des points de
vue sur la question des genres, nous avons choisi de nous appuyer sur le
concept de J-M. Adam car notre travail s'inscrit dans une perspective de
linguistique textuelle considérant le discours comme l'inclusion d'un texte dans
un contexte. Le genre se définit ainsi à la fois par son appartenance à un
domaine, par son contexte externe de communication, par sa visée
pragmatique… et par sa structure interne.

Notre recherche porte sur l'étude de la cohérence dans les explications


scientifiques à travers le discours agronomique, un genre du discours
scientifique. Dans ce cadre, la notion de discours scientifique a été définie en
relation avec le domaine de la linguistique et de la didactique des langues. Par
ailleurs, l'étude de la typologie du discours scientifique nous permet de préciser
et de caractériser ses genres: discours scientifiques primaires, discours à
vocation didactique,... notamment discours de vulgarisation scientifique, le
pôle qui fait l'objet de notre étude. Cependant, nous croyons que tout discours
est polytypologique: la typologie du discours doit être comprise - comme dans
le cas des fonctions du langage établies par R. Jakobson (1963) - dans le sens
d'une dominante textuelle dans un type de production langagière.

Le discours scientifique n'est pas un texte en soi. Il est non seulement


inséré dans une action déterminée mais il s'organise différemment en fonction

64
des destinataires. D'où la nécessité d'adapter le discours au destinataire ciblé. Si
un scientifique doit rédiger un discours de vulgarisation adressé à un public
adolescent, son texte publié dans "Sciences et Vie Junior" ne sera pas écrit de la
même façon que son autre texte portant sur le même thème et publié dans
"Sciences et Vie" pour adultes.

Bien que la question des typologies de textes et de discours reste encore


discutée scientifiquement (Roulet E. 1991; Bronckart J-P. 1996; Adam J-M.
1999), les notions de genre et de type sont cependant intéressantes dans la
pratique de la classe de langue où il importe de pouvoir identifier et classer les
documents authentiques, de repérer leurs régularités discursives et de se les
approprier en qualité de scripteur, ceci de manière à permettre aux apprenants
un meilleur accès aux documents de leur spécialité, tant sur la compréhension
que sur la production.

65
CHAPITRE 4:
A PROPOS DE L'EXPLICATION:
LE DISCOURS EXPLICATIF

Nous avons posé comme objet de recherche l'analyse linguistique du


discours agronomique à dominante explicative dont le fil directeur est
d'observer comment il construit sa cohérence pour expliquer et transmettre des
connaissances scientifiques. Or, le terme "explication" peut désigner des
activités langagières très diverses comme le souligne C. Plantin dans le
Dictionnaire d'analyse du discours (P. Charaudeau et D. Maingueneau (éds)
2002:251): "Dans la langue courante, les mots "expliquer" et "explication"
renvoient à des scénarios, à des types de discours et d'interactions
extrêmement divers". Par ailleurs, une explication peut être appréhendée sous
différentes approches: psychologique, philosophique, sémiotique…Quant à
nous, en tenant compte de cette diversité de formes et d'approches, et étant
donné que notre projet s'intéresse au discours scientifique dans une perspective
didactique, nous allons traiter, dans ce chapitre, de la question de l'explication
scientifique d'un point de vue linguistique et didactique, c'est dire que notre
réflexion prend appui sur des travaux antérieurs portant sur la représentation
que l'on a de l'explication comme activité langagière didactique et sur la
représentation que l'on peut construire de l'explication scientifique comme
activité cognitivo-discursive. Car nous verrons avec S. Moirand (1999) que
dans le cadre des discours de transmission de connaissances, l'explication
constitue une catégorie discursive qui actualise, de manière privilégiée, les
dimensions cognitives et les dimensions communicatives du mode discursif
prototypique de certains genres qui y sont mobilisés.

Dans cette perspective, le discours explicatif peut être abordé sous trois
dimensions qui paraissent complémentaires: cognitive, discursive et
séquentielle .

66
1. Niveau cognitivo-communicationnel:

L'explication est basée sur l'acte d'expliquer, ou de "faire connaître",


"faire comprendre" quelque chose à quelqu'un. (Dictionnaire le Grand Robert
de la langue française 2001) .

Dans le domaine des sciences, le discours explicatif cherche à faire


comprendre un processus (phénomène naturel, expérience scientifique), à faire
que le lecteur enrichisse ses connaissances sur un sujet déterminé que l'on
suppose non connu ou peu connu par le lecteur. Il s'inscrit donc dans une
situation de communication précise. Il apparaît lorsque "le réel pose un
problème de l’ordre du savoir" (D. Coltier 1986: 4) et qu’un agent (individu ou
groupe ) se propose de remédier à ce manque et de “faire comprendre”. Faire
comprendre et non pas simplement dire, c’est-à-dire, agir sur l’autre au moyen
du discours:

Le texte doit dérouler un discours qui, sous l’apparence d’un raisonnement, conduit
d’une prémisse, la problématique initiale à une conclusion finale. (D.Coltier 1986 : 6)

Ce raisonnement explicatif prend donc son origine dans le constat d'un


phénomène incontestable. Ce phénomène initial se présente cependant comme
incomplet, ou comme requérant un développement, destiné à répondre aux
questions qu'il pose ou aux contradictions apparentes qu'il pourrait susciter. Le
développement est alors entrepris par un agent légitime, qui explicite les causes
ou les raisons de l'affirmation initiale, ainsi que celles des questions et
contradictions que cette affirmation suscite. Et à l'issue de ce développement, le
constat initial se trouve reformulé et généralement enrichi.

Ainsi, le discours explicatif traite de l’objet en question de manière


objective, en visant à restaurer une compréhension défaillante ou à modifier un
état de connaissance, qu'il s'agisse d'analyser un phénomène, d'en donner les

67
raisons, ou d'en reconstituer le déroulement afin d'apporter les clarifications
nécessaires au lecteur.

La situation de communication du discours explicatif peut être


représentée ainsi:

Référent: réel problématique

Emetteur → Message → Récepteur


(spécialiste d'un savoir) ↓ (ignorance d'un savoir)
But
faire comprendre d'une manière objective et logique

C'est d'ailleurs sensiblement la même acception de J-F. Halté (1988 : 5)


lorsqu'il explique: "Le discours explicatif survient lorsqu’un dysfonctionnement
lié à la compréhension d’un phénomène quelconque apparaît dans l’interaction
et la perturbe". Ainsi, l'explication suppose à son origine, dans la relation
communicative, un manque de savoir posant, face aux lecteurs qui ne possèdent
pas de représentation cognitive préexistante des phénomènes présentés, un
scripteur détenteur de ce savoir et souvent représentant qualifié de ce savoir
(spécialiste, professeur,…) qui va tenter de combler cette lacune. De ce fait, on
peut dire qu'en matière de statut et de savoir, le demandeur d'explication est en
position ordinairement basse, puisqu'il ne comprend pas, le scripteur en
position haute, puisqu'il possède du savoir pour le transmettre.

Dans la pratique des stratégies de lecture, on a souvent confondu


discours explicatif et discours informatif. A ce propos, la distinction entre
explicatif et informatif est clairement justifiée par B. Combettes, cité par
J.M.Adam (1992):

68
Expliquer nous semble constituer une intention particulière qui ne se confond pas
avec informer; le texte explicatif a sans doute une base informative, mais se
caractérise, en plus, par la volonté de faire comprendre les phénomènes: d'où,
implicite ou explicite, l'existence d'une question comme point de départ, que le texte
s'efforcera d'élucider. Le texte informatif, en revanche, ne vise pas à établir une
conclusion: il transmet des données, certes organisées, hiérarchisées[...], mais pas à
des fins démonstratives. Il ne s'agit pas , en principe, d'influencer l'auditoire, de le
conduire à telle ou telle conclusion, de justifier un problème qui serait posé. (1992 :
128)

Néanmoins, à notre avis, rares sont les situations où un scripteur


explique pour expliquer. L’explication se greffe presque toujours sur un autre
genre discursif. Le discours explicatif est dans ce cas mis en place au service
d’une stratégie de communication: on explique pour faire comprendre mais
aussi pour informer, pour décrire, pour convaincre, etc. A cet égard, nous
rejoignons A. Vergnioux (2003) lorsqu'il parle des tâches de l'explication:

"L'explication est d'abord une tâche d'élucidation, de description […], puis


d'exposition, d'interprétation, de reformulation pour soi même et pour autrui. A ce
titre, on peut la caractériser aussi et peut-être de façon originelle comme un travail de
la pensée sur elle-même et du langage sur lui-même." (2003:18)

De ce fait, on peut dire que le discours explicatif est traversé par une
dimension interactionnelle (il communique, il enseigne, il justifie) et par une
dimension cognitive (il explicite - développe et interprète - et il explique).

De même, notamment en ce qui concerne l'explication médiatique de la


science, S. Moirand (1999:145) a souligné que "l'explication, dans les discours
de transmission de connaissances, s'inscrit dans une structure complexe qui
oscille entre les dimensions communicatives de la représentation didactique de
l'explication et les dimensions de la représentation de l'explication comme
activité cognitive". Selon S. Moirand, l'acte d'expliquer place celui qui explique
dans deux positions différentes:

69
- soit dans une position de témoin (et non pas d'agent), ce qui serait le
propre des discours scientifiques de production de connaissances. On obtient
cette structure:
X explique Y

X et Y sont deux actants non animés: un fait explique un autre fait. Le


scientifique n'est dans ce cas qu'un témoin observateur.

- soit dans la position de transmettre des connaissances, y compris celles


produites par d'autres, ce qui l'inscrit dans une situation triangulaire, dans
laquelle le médiateur (enseignant ou vulgarisateur) reformule le discours
"savant" en fonction de ses destinataires. S. Moirand envisage la structure
suivante:

A explique à B que S dit que [X explique Y]

dans laquelle A représente le journaliste-médiateur, B le "grand public", S les


discours de la science , X et Y, deux actants non animés: un fait explique un
autre fait.

On peut constater que cette structure de la situation triangulaire


(médiateur-public-science) est considérée comme prototypique de la
vulgarisation scientifique dans les médias.

2. Niveau discursif

Envisager l'explication en tant qu'elle se manifeste sous la forme d'un


discours implique de déterminer des contraintes auxquelles elle est soumise car
tout discours ne peut être appréhendé que dans sa situation déterminée, dans ses
conditions de production:

70
Un type de discours - et cela est vrai du discours explicatif - n'a pas de réalité pris
isolément, c'est-à-dire sorti de son contexte, de ses rapports à d'autres discours, de la
situation qui le détermine et où il a ses effets. (M-J. Borel 1980:21)

Cela dit, les discours à fonction explicative ne sont identifiables comme


tels qu'à condition de les interpréter dans leur contexte particulier. A ce propos,
nous sommes d'accord avec J.F. Halté (1988: 7) que tenir un discours à
fonction explicative présuppose, outre le savoir nécessaire sur l'objet expliqué
et sur le rapport du locuteur à l'objet, des conditions sociales de légitimité: "On
n’explique pas n'importe quoi à n'importe qui".

Le discours explicatif adapte ainsi l'explication avancée en fonction d'un


interlocuteur particulier, tant il est vrai qu'on n'explique pas de la même façon
le même phénomène à un spécialiste et à un "non-spécialiste"; cela au niveau
des contenus, des choix lexicaux et du degré d'abstraction.

Cette évidence commande à l'explicateur de déterminer le groupe socio-


culturel (son âge, son milieu social, le niveau d'études, etc.) auquel il s'adresse
et de faire des hypothèses concernant les savoirs de ce groupe. La double
obligation - construire une explication fiable et la rendre compréhensible -
détermine les opérations à réaliser par l'énonciateur lors de la production du
discours.

Par ailleurs, dans une perspective discursive de la sémiologie, J.M.Adam


(1992:131) considère l'explication comme un "acte de discours" qui exige les
conditions pragmatiques suivantes:

- Le phénomène à expliquer doit être hors de contestation: c'est un


constat ou un fait bien établi et reconnu comme incontestable de l'ensemble de
la communauté scientifique

71
- Ce dont il est question est incomplet. C'est dire que le problème qu'on
cherche à expliquer se pose réellement.
- Celui qui explique est en situation de le faire. C'est dire qu' il doit avoir
les compétences cognitives voulues et qu'il se doit d'être objectif et
désintéressé.

C'est d'ailleurs sensiblement les mêmes conditions proposées par


M.Ebel, citée par J-B. Grize (1990:106) concernant les conditions à remplir
pour qu' un discours soit perçu comme une explication.

La fonction explicative du discours est mise en œuvre dans des types de


discours divers. Parmi ceux-ci, le discours scientifique avec ses genres, dont le
discours de vulgarisation et le discours de recherche est plus que tout autre, en
étroite relation avec l'explication: "Dans l'ensemble des discours explicatifs, les
plus représentatifs, les plus purs, les plus "objectifs", se rencontrent, par
définition, dans les discours scientifiques dont c'est précisément le but majeur
que d'expliquer." (J-F. Halté 1989:100). En effet, dans bien des cas, le recours à
l'explication permet au scripteur de se présenter comme un simple témoin ou un
observateur objectif des faits et non comme un agent de l'action (S. Moirand
1999), ce que nécessitent souvent les discours scientifiques. De ce fait,
l'explication revêt une visée pragmatique, comme l'indique fort justement
J-M. Adam (1992:134), "se donner pour celui qui n'évalue pas ce dont il parle,
mais qui en déploie en toute objectivité l'intelligence, tel est bien le sens de
toute stratégie explicative".

Toutefois, nous trouvons que dans les discours scientifiques, les deux
formes discursives: explication et description sont très souvent liées et
complémentaires. A notre avis, la description, dans le domaine de la
transmission de connaissances peut aussi avoir, dans certains cas, une fonction
explicative.

72
3. Niveau structurel

Au niveau de l'organisation séquentielle du discours explicatif, une


explication scientifique de base comporte 3 phases correspondant à la structure
envisagée par D. Coltier (1986 : 8):

Phase de questionnement + phase résolutive + phase conclusive

Bien entendu, ces trois moments du discours explicatif n’apparaissent


pas nécessairement, ni dans cet ordre. Pour ce qui est de l’ordre, il existe deux
façons au moins d’enchaîner les différents éléments qui composent le discours
explicatif: on peut, soit aller de la question à la solution, soit donner la solution
dès le début et enchaîner par un énoncé qui justifie cette solution. Dans ce
dernier cas, on obtient un texte qui se construit autour d’un “en effet” comme
dans cet exemple extrait du recueil de notre corpus:

" La molécule d'eau (H2O) est omniprésente dans l'Univers et il n'y a rien d'étonnant
à cela. En effet, les trois éléments les plus abondants sont d'une part l'hydrogène (H) et
l'hélium (He), formés dans les premières minutes qui ont suivi le big bang, et d'autre part
l'oxygène (O), fabriqué massivement dans les étoiles..."
(Science et Vie 1003, Avril 2001, p.92 )

J.M. Adam (1992:132) reprend cette structure à trois phases sous la


forme suivante en ajoutant la schématisation initiale facultative qu'il note
P.expl.O (macro-proposition explicative 0):

0. Macro-proposition explicative 0: Schématisation initiale


1. Pourquoi X ? Macro-proposition explicative 1: Problème (question)
(ou Comment?)
2. Parce que Macro-proposition explicative 2: Explication (réponse)
3. Macro-proposition explicative 3: Conclusion-évaluation

73
Dans cette structure séquentielle de base, le premier opérateur introduit
la première macro-proposition obligatoire P.expl.1 dans laquelle est explicitée
une question de l'ordre du pourquoi ou du comment, le second [parce que]
amène la deuxième macro-proposition obligatoire P.expl.2, c'est-à-dire
l'explication à proprement parler. Suit généralement une troisième macro-
proposition P.expl.3 qui reformule et complète éventuellement le constat initial.
L'ensemble est souvent précédé par une description qui correspond à une
schématisation initiale destinée à introduire l'objet problématique P.expl.0.

Il s'agit là d'un modèle prototype qui offre l'avantage de respecter, au-


delà de la linéarité phrastique, la logique et la dynamique textuelle.

Il convient de faire les remarques suivantes à propos du prototype de la


séquence explicative:

1. A noter que dans les séquences explicatives, la phase de


sensibilisation initiale aboutit souvent à une phase de questionnement, définie
comme exposant une problématique, dont la solution est fournie par la phase
explicative. Ce questionnement peut se poser:

∗ soit de manière explicite comme dans ces exemples pris dans notre
corpus:

"Comment les végétaux non photosynthétiques survivent-ils, alors qu'ils sont


incapables de produire les glucides nécessaires à leur croissance ? En trichant! Il y a quarante
ans, des scientifiques découvrent que certains de ces végétaux s'alimentent par parasitisme…"
(La Recherche 359, décembre 2002, p.16 )
"Pourquoi un plat pimenté est-il parfaitement toléré par certains alors qu'il enflamme
la bouche des autres ? "Grâce à la PIP2, ont constaté Elisabeth Prescott et David Julius de
l'université de Californie. Cette molécule est solidement… "
(Science et Vie 1030, juillet 2003 p.28)

74
La problématique de l'explication est circonscrite, dans ces cas par deux
questions principales: pourquoi (interrrogation sur les causes ou les raisons des
faits, des phénomènes) et comment ( demande sur les procédures à suivre ou la
chronologie des actions à effectuer). Nous pensons toutefois que qu'est-ce que
(anticiper une demande de clarification sur un terme ou sur un référent) joue le
même rôle. En voici un exemple:

"Qu'est-ce qu'un clone ? Le mot "clone" (du grec klon, jeune pousse) apparaît pour la
première fois en 1903 sous la plume du botaniste Herbert Webber. Il désigne alors les jeunes
plants obtenus par reproduction asexuée (par exemple, par bouturage) à partir d'une plante
mère…"
(La Recherche 385, avril 2005, p.73 )

∗ soit le plus souvent de manière implicite: c'est au lecteur de retrouver


la question à laquelle répond la suite de la séquence. Ainsi, dans le passage
suivant extrait de l’article "Ces autres insectes qui menacent":

"Il n'y a pas que les fourmis… Moustiques, blattes, criquets et autres chenilles
connaissent, eux aussi, une extension planétaire inédite. Un phénomène tel qu'il risque de
toucher de plus en plus nos campagnes, nos villes… et notre santé."
(Science et Vie 1030, juillet 2003 p.66)

après une présentation du constat initial (P.expl.0), ici un phénomène


incontestable: "Moustiques, blattes, criquets et autres chenilles connaissent,
eux aussi, une extension planétaire inédite…", se développe une question
implicite sur l'énoncé "Un phénomène tel qu'il risque de toucher de plus en plus
nos campagnes, nos villes… et notre santé." (P.expl.1): "pourquoi cela ?
comment et de quelle manière peuvent-ils menacer nos campagnes et notre
santé ?". L'ensemble de la réponse (P.expl.2) apparaît comme une séquence
complète, enchâssée dans le mouvement explicatif.

75
2. Quant à la phase explicative (appelée encore la phase résolutive), elle
expose un raisonnement-solution, qui trouve des causes ou des explications au
phénomène problématique. Pour ce faire, elle peut emprunter deux voies:

* Ou bien, la réalité problématique est détaillée dans ses composantes


comme par exemple dans l’article précité "Ces autres insectes qui menacent"
(Science et Vie, juillet 2003 p.66, voir le corpus 1 en annexe), la phase
résolutive (P.expl.2) est détaillée dans ses deux composantes correspondant aux
deux grandes problématiques :

- Pourquoi une telle menace ?


les moustiques, les blattes: → sur le plan sanitaire
criquets pèlerins, chenilles → sur les cultures en campagne
les termites → sur les meubles dans les maisons en villes
- Pourquoi une telle extension ?
les échanges commerciaux: → moustiques et autres cafards
le chauffage urbain: → blattes et termites
les modifications des pratiques agricoles: → criquet , chenille
le réchauffement climatique: → nouvelles espèces de
moustiques.

Le texte est ainsi assuré par une progression thématique à thèmes dérivés
qui lui permet d’expliquer les différentes menaces causées par les insectes ainsi
que l'origine de leur expansion.

* Ou bien, et alors la séquence explicative se rapproche du compte-


rendu d'expérience, la phase résolutive forme une séquence expérience se
subdivisant en: hypothèse de travail/expérience/résultat. Le texte "Les pommes
biologiques" dans notre corpus (La Recherche 345 septembre 2001, p.10) peut
illustrer clairement cette voie.

76
3. Enfin, la phase évaluative expose une prise de position de
l'énonciateur relative au phénomène problématique ou à la validité de
l'explication. Il va de soi que dans une séquence explicative, la conclusion se
termine souvent par une synthèse ou par une évaluation de la situation,
annoncée par ces termes: donc, ainsi, alors, tel(telle) que, en conclusion,…

Ainsi, à titre d'illustration, si on reprend l’article "Ces autres insectes qui


menacent", on peut obtenir la superstructure textuelle selon le schéma
prototypique suivant:

Séquence explicative

P.expl.O P.expl.1 P.expl.2 P.expl.3


Constat quelles menaces ? (a) conclusion
initial pourquoi telle extension ? (b) évaluation

2a1 2a2 2a3


santé cultures meubles

2b1 2b2 2b3 2b4


échanges chauffage pratiques réchauffement
commerciaux urbain agricoles climatique

On perçoit mieux ainsi que P.expl.2 est une réponse possible à deux
questions "quelles menaces ? pourquoi telle extension ?" dont le contenu est
manifesté dans la problématique de P.expl.1. Disons que P.expl.2 est
l'explication au problème posé en P.expl.1 alors que P.expl.3 sert de conclusion
qui expose une évaluation de la situation .

77
4. Bilan

Dans l'optique que "les approches textuelle-séquentielle et discursive


peuvent fort bien se compléter" (Adam J-M. 1992:134), il convient de dire que
nous retenons l'explication scientifique comme discours pour rendre compte de
ses dimensions pragmatiques et discursives tout en tenant compte de la
textualité dans laquelle s'inscrit une séquence explicative.

Au niveau discursif, l'explication est un acte de discours visant à


expliquer quelque chose à quelqu'un, à faire comprendre un processus ou un
phénomène, que l'on trouve surtout dans le discours scientifique, le discours
didactique, etc.

Au niveau séquentiel, on peut décrire l'explication comme une séquence


caractérisable par une superstructure typologique propre avec trois grands
nœuds textuels "questionnements", "résolution" "évaluation" et une phase de
constat initial facultative. Dans cette structure, l'explicatif nécessite souvent
une question posée, que ce soit implicite ou explicite. Cette question doit être
jugée pertinente, légitimée soit par la situation, soit par le discours lui-même,
de l'intérieur.

En ce qui concerne notre travail, nous prenons conscience qu' un écrit


scientifique est bien souvent un écrit hétérogène: un texte peut être constitué de
plusieurs zones séquentielles (descriptif, explicatif, argumentatif…) qui se
superposent ou se succèdent ou bien il est fréquent qu'une structure explicative
encadre une séquence narrative. Ainsi, la caractérisation "explicative" du
discours agronomique que nous envisageons dans notre travail doit être
comprise dans le sens d'une dominante explicative dans sa globalité.

78
CHAPITRE 5:
L'ORGANISATION DE LA TEXTUALITE,
THÉORIE DE J-M. ADAM

Nous inscrivons notre étude dans le cadre d'une linguistique


pragmatique et textuelle, à visée didactique majeure car notre préoccupation
première est d'aider nos étudiants vietnamiens à produire de façon cohérente un
texte scientifique. Or, la question de la cohérence textuelle est à voir dans la
textualité, dans la structure hiérarchique d'un texte car la clarté de l'organisation
textuelle est une composante importante de l'interprétation de la cohérence
discursive. Nous examinerons donc dans ce chapitre, les opérations de
textualité qui font de tout texte une totalité, un système au sein duquel chaque
unité linguistique entretient avec les autres des relations d'interdépendance.
Pour ce faire et pour des raisons de clarté, nous nous appuyons essentiellement
sur la théorie textuelle de J.M. Adam (1999, 2001, 2005) pour rendre compte
de la structuration d'un texte ainsi que de ses dimensions pragmatique et
textuelle. Nous préférons nous reporter aux travaux de J.M. Adam car ses
concepts conviennent parfaitement à notre cadre d'analyse. Selon ce linguiste,
tout texte est à concevoir comme une structure complexe fonctionnant
simultanément à des plans d'organisation différents mais complémentaires:
organisation configurationnelle (cohérence) et organisation
compositionnelle (cohésion d'une suite linéaire):

Un texte est, d'une part, une suite linéaire de parties (paragraphes correspondant à de
simples périodes ou à des séquences) formant une structure compositionnelle donnée,
c'est, d'autre part, un tout de sens sémantico-pragmatique, une unité
configurationnelle. (Adam J-M. 2001:34).

- Dans sa dimension configurationnelle, le texte se présente comme la


conjonction de trois "sous-systèmes en constante interaction" (J-M. Adam

79
192:21) à savoir l'ancrage énonciatif, la cohésion thématique (unité thématique)
et le macro-acte de discours (unité illocutoire).

- Dans sa deuxième dimension, la structure compositionnelle est


ordonnée par un plan de texte et elle est généralement catégorisable en termes
de dominante séquentielle (la séquentialité). Au niveau local (micro-niveau de
composition), une séquence est constituée de regroupements de propositions
appuyés sur deux types d'opérations: segmentation et liage.

1. Texture et structure compositionnelle d'un texte

Il est évident que tout enchaînement de mots ne donne pas forcément


une phrase. Il en est ainsi à l'échelle du texte. Un simple assemblage de
propositions indépendantes mises bout à bout ne fait pas un texte (M. Meyer
cité par J-M. Adam 2005:2). Pour que cet assemblage soit reçu comme texte, il
faudrait qu'il forme un tout structuré. La structuration textuelle est assumée,
selon J.M. Adam (2005), par deux types d'opérations de textualisation: d'une
part par segmentation (découpage de la chaîne verbale en unités
fonctionnelles) et, d'autre part par liage (les unités textuelles sont reliées entre
elles pour former des unités plus complexes). Ces deux types d'opérations
interviennent sur les trois niveaux d'organisation du texte: propositions
énoncées, périodes et/ou séquences et textes .

1.1. L' unité textuelle élémentaire et ses dimensions.

A la suite de J-M. Adam, les unités textuelles de base sont des


"propositions énoncées" (1999) ou "propositions-énoncés" (2005). Il justifie
cette appellation dans ces termes:

L'unité minimale que nous adopterons sera la proposition-énoncé. Nous la disons


"énoncé(e)" pour souligner le fait qu'il s'agit toujours du produit d'un acte

80
d'énonciation: elle est énoncée par un énonciateur à destination d'un destinataire-
interprétant ayant valeur de co-énonciateur. Nous la disons en même temps
"proposition" pour souligner le fait qu'il s'agit à la fois d'une micro-unité syntaxique
et d'une micro-unité de sens… ( 2005:65).

Ce concept est celui que nous adoptons dans notre travail car il permet
de rendre compte, en terme d'analyse du niveau pragmatique et linguistique des
énoncés.

A la suite de cette acceptation, toute proposition-énoncé comporte trois


dimensions complémentaires: référentielle-sémantique, énonciative, et
argumentative.

1.1.1. La dimension référentielle-sémantique

Produire un énoncé, c'est faire acte de référence, c'est parler de quelque


chose. Cet acte pose donc un thème (objet du discours) et développe une
prédication (état, action/événement). La forme la plus simple est la structure
associant un syntagme nominal et un syntagme verbal. Voici un exemple pris
dans notre corpus:

Exemple: Le riz / exige beaucoup de lumière (La Recherche 381, p.74)


En Chine, la pisciculture / est complémentaire d'une autre production
alimentaire phare: le riz (Science et vie 1044, p.113)

Toute proposition énonce un micro-univers sémantique, une


représentation discursive: "Enoncer ou lire une proposition, c'est construire
une représentation discursive" (Lane P. 1992:29). Cette représentation est
équivalente de ce que J.B. Grize (1996:79) appelle dans le cadre théorique de la
logique naturelle, "schématisation": "le concept clé de la logique naturelle
telle que je l'envisage est celui de schématisation, donc de représentation
discursive". L'énoncé ne présente pas seulement le monde extérieur, il le

81
représente. L'ensemble de ces représentations que l'individu a construites sur
son milieu physique, social, culturel, représentations présentes en mémoire
sous forme de notions, de prédicats, de schématisations, forme ce qu'on appelle
l'univers de discours (proche de la structuration des espaces mentaux de
G.Fauconnier 1984). Ce qui assure l'articulation entre l'univers représenté
qu'est le texte et l'univers connu du lecteur, c'est la cohérence référentielle-
sémantique.

1.1.2. La dimension énonciative

Une proposition-énoncé comporte également un acte d'énonciation


générateur d'une prise en charge énonciative. En effet, "Tout énoncé est pluriel,
il est rempli des échos et des rappels d'autres énoncés auxquels il est relié à
l'intérieur d'une sphère commune de l'échange verbal" (M. Bakhtine,
1984:298). Autrement dit, les énoncés contiennent plus ou moins de traces
d'autres voix. L'énonciation n'est donc pas individuelle, elle est de nature
sociale. A la suite de J-P. Bronckart (1996), on peut nommer cette opération
"la prise en charge énonciative", et son examen consiste à étudier:

- De quelle manière le scripteur s'énonce lui-même dans son texte, s'il y


est présent ou s'il se place derrière une autre instance énonciative (énonciateur,
narrateur...) ou derrière les faits représentés dans son texte;

- Comment il inscrit les autres dans son texte, s'il cherche à établir une
sorte de dialogue avec les lecteurs en anticipant leurs réactions: phénomène de
"dialogisme interactionnel" pour S. Moirand (1990:75), ou autrement dit,
comment il introduit dans le texte des voix différentes pour étayer sa position:
sa propre voix, celle de l'énonciateur, celle des personnages, celles des
instances externes au texte ("voix sociales" dans la terminologie de
J-P. Bronckart 1996:326)

82
- Comment il réagit à leur égard, c'est-à-dire quels commentaires ou
évaluations il émet à travers les opérations de modalisation. S. Moirand
(1990:82) en distingue trois grands types: les modalités logiques qui consistent
à présenter les éléments du contenu comme certains, probables, nécessaires,
éventuels ... Par exemple, le conditionnel est souvent utilisé dans les discours
médiatiques pour indiquer qu'une information n'est pas confirmée. Quant aux
modalités appréciatives, elles servent à marquer des jugements, exprimer des
opinions ou appréciations par rapport à ce qui est énoncé dans le texte. Enfin,
les modalités pragmatiques rendent compte des relations que le discours
instaure entre interlocuteurs et permettent ainsi de faire des hypothèses sur les
actes de parole sous-jacents aux énoncés produits (ordre, conseil, interdiction,
refus, promesse…).

Les différents phénomènes de la prise en charge énonciative se réalisent


par des procédés linguistiques. D'une manière générale, pour retrouver les
traces énonciatives dans un texte, selon J-P. Bronckart (1996) et J-M. Adam
(2005), il y a à examiner:

- Les indices personnels qui désignent les instances énonciatives: je/tu


ou nous/vous opposés à la troisième personne il/elle qui désigne le référent dont
on parle.

- Les indices spatio-temporels (ou les déictiques indictiels) comprenant


surtout des éléments qui font référence à la situation dans laquelle l'énoncé est
produit: les adverbes relatifs de temps et de lieu (ici, maintenant, hier, demain),
les syntagmes nominaux (ce matin,… ), les syntagmes prépositionnels (dans 5
minutes, ...)

- Les modalités:
+ les adverbes modalisateurs d'opinion (certainement, peut-être, sans
doute...)

83
+ les transformations modalisatrices: passif, interrogation, négociation,
... qui marquent l'intervention du sujet d'énonciation dans l'énoncé.
+ les verbes modaux (vouloir, devoir, pouvoir, falloir); et les verbes qui
peuvent fonctionner parfois comme modaux (aimer, désirer, penser...) et le
mode conditionnel.

- Les différents procédés syntaxiques de prédiction (opérations de


quantification, caractérisation, focalisation, comparaison, opposition...) qui, en
contexte, peuvent aussi servir de moyens pour des commentaires et évaluations.

- Les indications de "cadres médiatifs" (terme proposé par J-M. Adam


2005:73): marqueurs comme selon, d'après, pour… qui signalent qu'une
portion de texte n'est pas prise en charge par celui qui parle mais médiatisée par
une autre voix; ou bien les reformulations de type c'est en fait, en réalité …

- Les faits de polyphonie: la pluralité des voix dans l'énoncé. O. Ducrot


(1985) distingue entre le sujet parlant (producteur empirique de l'énoncé ), le
locuteur (responsable de l'acte de langage) et l'énonciateur (instance de parole
représentée). Un discours peut exhiber plusieurs voix dont les propos sont
rapportés, sous formes de citation, paraphrase ou allusion comme par exemple
IL(S)/ELLE(S) (citation d'autorité), ON (les maximes, dictons ou proverbes) ou
NOUS (discours scientifique) ...

-les différentes formes de discours relaté: direct, indirect, indirect


libre,...

1.1.3 Micro-acte de discours et visée argumentative

Toute proposition-énoncé véhicule un micro-acte de discours, témoin


de sa valeur illocutoire et de son orientation argumentative. Cette dimension
permet de comprendre en quoi une proposition peut être un argument en vue

84
d'une certaine conclusion. Cependant la force illocutoire d'un énoncé n'est pas
toujours liée à la langue, elle dépend plus généralement des facteurs extra-
linguistiques de l'énonciation tels que le contexte, les états de croyance
supposés. Il en résulte que l'interprétation de la valeur illocutoire d'un énoncé
n'est jamais simple. Ainsi, l'apparent constatif "Il fait froid dans cette salle"
vaut aussi bien pour un reproche ("vous auriez pu pousser le chauffage") que
pour un ordre déguisé ("allumez le chauffage" ou "fermez la fenêtre"). On peut
distinguer, à l'instar de J-M. Adam (2005:82), les différents actes de langage
suivants:

+ Assertifs-constatifs: Au moyen desquels, nous disons à autrui, de


manière vraie ou fausse, comment sont ou seront les choses. Exemple: Il pleut
dehors.
+ Directifs: Au moyen desquels nous essayons de faire faire quelque
chose à autrui. Exemple: Défense de stationner.
+ Engageants: Au moyen desquels nous nous engageons à faire telle ou
telle chose. Exemple: Je te promets de résoudre ce problème.
+ Déclaratifs: Simultanément énoncer et provoquer des changements
dans le monde. Exemple: "Je déclare le séminaire ouvert".
+ Expressifs: Au moyen desquels nous exprimons nos sentiments et nos
attitudes: Exemple: Bravo ! Quels succès !

En ce qui concerne l'orientation argumentative des énoncés, il convient


de dire que tout énoncé ou plus largement toute communication présuppose une
argumentation au sens de logique naturelle (J.B. Grize 1996) dont l'intention
est d'agir sur l'autre. Il suffit de lire ou d'écouter un discours didactique, un
discours de vulgarisation scientifique, un discours d'information médiatique
pour se rendre compte de la visée argumentative de chacun d'eux, le premier
vise à faire apprendre, le second à faire comprendre, le troisième à faire savoir.
Dès lors, énoncer ou communiquer, pour un locuteur, c'est transmettre
l'information mais c'est surtout chercher à agir sur l'autre, à modifier son

85
univers de croyance. Comprendre, pour un interlocuteur, c'est décoder le
message, mais c'est aussi repérer la visée intentionnelle de son locuteur. Ainsi,
tout échange verbal se réalise dans le cadre d'une co-intentionalité. Cette
nécessaire reconnaissance réciproque des contraintes de la situation de la
communication par les partenaires implique que les échanges verbaux sont
régis par "un contrat de communication". (P. Charaudeau 1997:67).

Dès lors, le texte ne peut plus être abordé en dehors des conditions de sa
production, il n'est plus une simple application de règles, de codes
linguistiques, il relève d'une façon plus ou moins évidente de la stratégie, de la
manipulation qui visent à adapter les objectifs de communication aux diverses
contraintes du cadre de communication contractuelle.

1.2. Les liages des unités de base.

Comme nous l'avons souligné, les unités textuelles élémentaires que


nous adoptons, avec J.M. Adam (2005) sont des propositions-énoncés. Chacune
entretient avec les autres des relations d'interdépendance au moyen de cinq
types d'opérations de liage:

- Liages du signifié: anaphores et isotopies


- Connexions: organisateurs et connecteurs argumentatifs
- Implicitations: ellipses, présupposés et sous-entendus
- Chaînes d'actes de discours: texte considéré comme structure
hiérarchique d'actes.
- Liages du signifiant: liages formels rythmiques: reprises de phonèmes,
de syllabes, reprises lexicales ou morphosyntaxiques.

Combinables entre elles, ces opérations assurent l'empaquetage des


propositions-énoncés dans des unités de rang supérieur que sont les périodes
(paquets de propositions non typés) et les séquences (paquets de propositions

86
souvent plus complexes et typés). Les premières se forment souvent par un
regroupement rythmique de propositions ou par un regroupement lié pris en
charge par des organisations ou des connecteurs. Les secondes sont classifiées
selon les cinq types de base que nous détaillerons un peu plus loin: séquence
narrative, séquence descriptive, séquence argumentative, séquence explicative
et séquence dialogale.

1.2.1. La continuité référentielle et l'isotopie

1.2.1.1. L'anaphore: L'anaphore est un dispositif assurant la continuité


référentielle d'un texte, par là-même sa cohésion. Nous ne rappelons ici que
succinctement les définitions de l'anaphore et ses classements. Pour un examen
détaillé, voir G. Kleiber (1994).

a. Définition de l'anaphore: D'origine grecque (ana-signifie "vers le


haut", "en arrière" et phorein, "porter"), la notion "anaphore" se définit en
général comme "la mise en relation interprétative, dans un énoncé ou une suite
d'énoncés, d'au moins deux séquences, la première guidant l'interprétation de
l'autre ou des autres" (Dictionnaire d'analyse du discours, 2002 : 46).

Soit l' exemple suivant cité par S. Eurin Balmet & M. Henao de Legge
(1992 :125):
" La bête immonde apparut un soir de brume glaciale et de vent hurlant. Elle
se mit à gémir doucement comme un enfant puis ses plaintes craintives se
transformèrent peu à peu en hurlements sauvages qui envahirent tout
l'espace..."

Dans ce passage, il y a bien co-référence entre une expression


anaphorique et un terme antérieur (son antécédent): ils désignent le même
référent: la bête → elle → ses.

87
A propos de ce phénomène, deux conceptions s'opposent aujourd'hui:
l'une dite textuelle et l'autre cognitive. La conception textuelle voit dans
l'anaphore un phénomène textuel. Elle définit une expression anaphorique
comme "une expression dont l'interprétation référentielle dépend d'une autre
expression mentionnée dans le texte et généralement appelée son antécédent"
(Kleiber G. 1994:22). Cette acception n'est pas, à notre avis, pertinente pour
les deux syntagmes nominaux interprétables de manière indépendante car
selon cette définition, la seconde expression n'est pas anaphorique mais
indépendante du fait que son interprétation se suffit à elle seule. L'exemple
suivant en donne une idée:

F.Miterrand est parti en voyage. Le président de la république


française a emmené trois ministres.

Le second syntagme nominal "Le président de la république française"


est déterminé et donc sémantiquement plein et autonome. Cela pose donc un
problème d'ambiguïté référentielle: Chacun des deux syntagmes nominaux
réfère de manière autonome mais différente à un référent extra-textuel sans
qu'aucun critère linguistique ne permette à l'interprétant de décider s'il y a
identité ou non entre ces deux référents extra-textuels. Seule la connaissance du
monde (les connaissances partagées des locuteurs) ou le contexte
extralinguistique serait en mesure de désambiguïser cette ambiguïté (si les deux
référents sont les mêmes ) au moment de l'énonciation.

Renonçant au critère textuel, la conception cognitive (ou mémorielle)


s'appuie sur le critère de la saillance. Cette dernière peut être fournie par le
contexte situationnel ou bien les connaissances partagées des locuteurs.
L'anaphore devient alors un processus qui indique une référence à un référent
déjà connu de l'interlocuteur, c'est-à-dire un référent "présent" ou déjà
manifeste dans la mémoire immédiate ou "la mémoire discursive"
(M-J. Reichler-Beguelin 1988). L'anaphore dans l'approche cognitive est ainsi

88
définie comme "une expression dont l'interprétation référentielle dépend
d'éléments déjà saillants ou manifestes" (Kleiber G.1994:27).

Prenons rapidement un exemple: Attention ! Ne t'approche pas. Il est


dangereux

Dans cet exemple, le pronom "Il" n'est pas reconnu comme expression
anaphorique selon la définition textuelle (qui exige la prise en compte de
l'antécédent comme condition de nécessité pour l'interprétation de l'expression
anaphorique) mais il l'est pour l'approche cognitive. Cela s'explique par le fait
que le référent n'est pas saillant par la mention antérieure (le cotexte) mais par
la situation d'énonciation elle-même: emploi de "il" sans antécédent prononcé
par le père dans la situation où le fils s'approche trop près d'un chien. Dans
cette situation, c'est l'environnement extra-linguistique qui alimente la mémoire
immédiate et permet de comprendre à quoi le pronom "il" se réfère.

L'avantage de cette définition en termes de continuité référentielle


cognitive est de renoncer à la nécessité d'un détour par une séquence antérieure
et donc d'admettre comme anaphorique des énoncés rejetés par la précédente
approche. Ainsi, il admet comme anaphoriques les emplois que la conception
classique n'envisage que comme déictiques.

On s'aperçoit ainsi qu'avec ces deux conceptions, l'identification de


l'antécédent s'appuie soit sur des données textuelles et discursives, soit sur des
informations fournies par le contexte extralinguistique ou soit par le recours
aux connaissances partagées des locuteurs.

89
b. Classification des expressions anaphoriques:

En se basant sur les catégories d'unités linguistiques, différents types


d'anaphores peuvent être distingués (les exemples donnés sont extraits de notre
recueil de corpus):

- L' anaphore pronominale: L'expression anaphorique est un pronom.


Exemple: La rizière irriguée, image universelle de cette céréale, domine en Asie
orientale et du Sud-Est. Elle suppose un gros travail de maîtrise de l'eau…
(La Recherche 381, p.74)

On peut trouver dans cette catégorie plusieurs types de pronoms:


pronoms personnels de la troisième personne, pronoms démonstratifs,
possessifs et relatifs…

- L'anaphore adverbiale: reprise d'un fragment de texte antérieur par un


adverbe comme ainsi, pareillement ou là .

Exemple: - Il n'existe pas un seul modèle d'élevage de poisson. Ainsi, les petites
exploitations des pays du Sud se caractérisent-elles surtout par leur polyculture.
(Science et vie 1044 p.112)
- Chez les lucioles du Nouveau Monde, la situation est très largement inverse. Là,
les femelles du genre Photuris, immobiles, attendent les mâles en répondant aux
appels que ceux-ci produisent en vol.(La Recherche 381 p.52)

- L'anaphore adjectivale: elle utilise les adjectifs tel ou pareil pour


représenter une proposition précédente.
Exemple: Les araignées, quand elles détectaient la toxine, lâchaient immédiatement
leur proie, quand elles ne faisaient pas immédiatement un bond en arrière. Une telle
réaction offre un bel exemple d'une stratégie standard dans la nature… (La Recherche
381 p.53)

90
- L'anaphore nominale: l'expression anaphorique est un syntagme
nominal
Exemple: Dans l'Univers, l'eau est très rarement à l'état liquide car, pour qu'elle
atteigne cet état, il faut la présence d'une atmosphère. (Science et Vie 1003, p.92)

Si nous mettons l'accent sur les relations sémantiques, nous pouvons


subdiviser la catégorie des anaphores nominales en quatre types d'anaphores
différents:

+ L' anaphore fidèle: reprise du lexème nominal de l'antécédent avec


simple changement de déterminant. (Souvent un indéfini suivi d'un défini, d'un
possessif ou d'un démonstratif).
Exemple: L'élevage piscicole produit chaque année dans l'Hexagone 55.000 tonnes de
poisson d'eau douce tandis que les fermes marines fournissent 6000 tonnes de
poissons de mer. Ces fermes n'excèdent pas la quarantaine en France et sont réparties
régulièrement sur tout le littoral (Science et vie 1044, p.112)

+ L' anaphore conceptuelle (ou résomptive): l'expression anaphorique


condense ou résume le contenu d'une proposition ou de tout un fragment de
texte antérieur.
Exemple: R14: La biolistique, par exemple, consiste à bombarder le tissu végétal
avec des particules recouvertes d'AND. Cette technique permet par ailleurs de cibler
le génome non plus du noyau, mais des organites cellulaires comme les chloroplastes.
(La Recherche 374, p. 79)

+ L'anaphore infidèle (ou présuppositionnelle): le lexème nominal de


l'expression anaphorique est différent du celui de la source
Exemple: Le glucose constitue un carburant d'excellence, et c'est d'ailleurs le seul
sucre que les cellules nerveuses sont en mesure d'utiliser. (La Recherche 338, p. 67)

Dans cet exemple, les deux groupes nominaux sont coréférentiels, ils
désignent le même référent mais cette coréférence n'est pas établie par des

91
voies linguistiques. C'est notre connaissance du monde qui nous permet de
savoir que le glucose est le sucre.

+ L'anaphore associative: Ce sont des syntagmes nominaux définis qui


doivent à la fois présenter une certaine dépendance interprétative relativement à
un référent préalablement introduit et ne pas entretenir de relation de
coréférence avec l'expression ayant introduit ce référent. La relation
anaphorique est indirecte: elle repose sur une relation de type partie-tout.
Exemple: Le riz "flottant", cultivé en eau profonde, peut ainsi atteindre 5 mètres.
Dans les autres types de culture, la tige mesure de 0,5 à 2 mètres. (La Recherche
381, p.74)

Cette association exige également un savoir extra linguistique.

1.2.1.2. Les isotopies

De même que les anaphores, les isotopies entretiennent également des


relations de co-référence, c'est-à-dire qu'elles représentent un même élément de
l'univers auquel réfère le texte tout en permettant la continuité référentielle et
en assurant la cohésion textuelle.

Pour des raisons de clarté, nous nous proposons de donner la définition


de cette notion en nous référant notamment à F. Neveu (2004). Lorsque l'on
étudie la cohésion d'un texte, on s'attache surtout aux mécanismes strictement
linguistiques qui régissent les relations entre syntagmes dans la phrase ou entre
phrases dans le texte. Le texte doit par ailleurs former une unité (chaque
élément nouveau doit se rattacher suffisamment à ce qui précède et conserver
suffisamment du sémantisme de ce qui précède), donc "une totalité de
signification" (Greimas A-J. 1966:53) tout en progressant vers une fin. Dans
cette optique, on considère la phrase "le tableau dort" comme inacceptable
parce qu'il n'existe pas de sème commun entre "tableau" et "dormir" (qui se dit
d'un être animé). La cohérence se vérifie sur l'axe syntagmatique du

92
déroulement linéaire du texte, si, entre les différents éléments, on peut observer
des répétitions de sèmes, (appelé encore classème: la récurrence de traits
sémantiques contextuels). Cette répétition de sèmes, qui fait défaut dans
l'exemple précité (des sèmes incompatibles) et qui est donc nécessaire à
l'intelligibilité du discours, est appelée isotopie. Prenons un autre exemple,
dans Claire se promène en sifflotant, on relève deux sèmes génériques
communs à Claire, se promène et sifflotant: les sèmes /animé/ et /humain/.
Cette récurrence sémique rend l'énoncé isotope.

En somme, l'isotopie peut être entendue comme "la constance d'un


parcours de sens qu'un texte exhibe quand on le soumet à des règles de
cohérence interprétative" (U. Eco cité par J-M. Adam 2005:97). Une telle
cohérence concerne principalement l'organisation sémantique du discours.

1.2.2. Les connexions: organisateurs et connecteurs textuels

En adoptant un point de vue pragmatique et textuel, on peut distinguer


dans la classe générale des connecteurs trois sortes de marqueurs de connexion
qui remplissent certes une même fonction de liage entre unités de rang différent
(propositions ou macro-propositions) mais qui soit assurent cette simple
fonction de connexion (les organisateurs textuels), soit ajoutent à cette
fonction un marquage de prise en charge énonciative (les marqueurs de prise
en charge énonciative ), soit complètent ces deux fonctions par une orientation
argumentative (les connecteurs argumentatifs).

1.2.2.1.- Les organisateurs textuels: les propositions peuvent être


reliées les unes aux autres grâce à des mots ou expressions que J-P. Bronckart
(1996) et J-M. Adam (2005) appellent les organisateurs textuels (la simple
connexion). Ceux-ci comprennent:

93
- Les organisateurs spacio-temporels: à gauche, à droite, devant,
derrière, plus loin… puis, ensuite, après trois jours, une semaine plus tard, …
- les organisateurs énumératifs: des marqueurs d'intégration linéaire
(d'une part, d'autre part, en premier lieu, puis, ensuite, d'un côté, enfin, en
conclusion,…); des marqueurs additifs (et, ou, aussi, également, de même, en
plus, ...)
- les marqueurs de changement de topicalisation qui signalent le passage
d'un objet du discours à un autre: quant à, en ce qui concerne
- les marqueurs d'illustration et d'exemplification: par exemple, en
particulier, notamment, comme, entre autres.

Notons enfin que les introducteurs d'univers de discours (selon, pour,


d'après, de source sûre...) que J-M. Adam (2005:73) appelle également "les
marqueurs de cadres médiatifs" ou "de sources du savoir" peuvent
éventuellement être classés dans cette catégorie. Ces marqueurs, combinés à
une prise en charge énonciative, signalent qu'une portion de texte n'est pas
prise en charge par celui qui parle mais énoncée par une autre voix ou un autre
point de vue.

1.2.2.2. Les connecteurs argumentatifs: Outre la fonction de


segmentation et de reliage des propositions-énoncés , ils assurent également
une prise en charge énonciative et une orientation argumentative de la chaîne
verbale en prenant les énoncés pour des arguments ou des conclusions ou
encore pour des contre-arguments. La force cohésive des connecteurs
argumentatifs est incontestable: leur distribution ordonnée, au fil du
déroulement d'un texte, permet au raisonnement de progresser. A la suite de
J-M. Adam dans le Dictionnaire d'analyse du discours (P.Charaudeau &
D.Maingueneau (éds) 2002:127), sont rangés dans cette catégorie les
connecteurs argumentatifs et concessifs (mais, pourtant, cependant, toutefois,
même...), les introducteurs d'explication et de justification (car, parce que,
puisque, si - c'est que...), le si des hypothétiques réelles et fictionnelles (si-

94
alors) ou les simples marqueurs d'un argument ( d'ailleurs, de plus, non
seulement, ...).

Les organisateurs et connecteurs textuels peuvent s'appliquer au plan


local pour marquer l'articulation entre les énoncés d'une séquence ou au plan
global pour expliciter les articulations du plan de texte: ils en délimitent les
parties constitutives et assument dans ce cas une fonction de segmentation. De
là, ils rendent le texte plus lisible. Toutefois, les emplois et la fréquence des
connecteurs varient selon les genres de discours. Ainsi par exemple, à la suite
de J-P. Bronckart (1996), les organisateurs à valeur temporelle apparaissent de
manière privilégiée dans les discours narratifs alors que les organisateurs
logiques sont plus fréquents dans les discours explicatifs et que les
organisateurs spatiaux sont caractéristiques des séquences descriptives.
Cependant, cette relation de correspondance n'est que partielle du fait que
certains organisateurs temporels peuvent apparaître dans des discours
explicatifs ou bien à l'inverse, certains organisateurs logiques peuvent
apparaître dans des discours narratifs.

1.2.3. Les implicitations

1.2.3.1. L'ellipse: L'ellipse est une figure de construction textuelle


caractérisée par la suppression d'un constituant attendu dans le discours mais
dont l'absence ne fait pas obstacle à l'interprétation de l'énoncé. C'est « une
règle du discours, en vertu d'une loi d'économie du langage qui permet de ne
pas tout dire" (J-M. Adam 2005:111). Voici un exemple pris dans notre corpus:

Dans cette culture traditionnelle, les paysans défrichent et [φ ] brûlent une parcelle,
puis [φ ] l'exploitent quelques années, le temps que le sol s'épuise. (La Recherche 381,
p.75)

95
Dans cet exemple, l'ellipse permet de ne pas répéter un pronom
personnel anaphorique. Le lecteur doit récupérer les éléments elliptiques pour
rétablir la dépendance entre les propositions. Ce faisant, il est invité à
construire du sens avec l'auteur de l'énoncé .

Il convient de dire que la cohérence coréférentielle établit une relation


entre des éléments textuels, mais elle est avant tout liée à la situation de
communication, aux conditions de production et de réception, aux relations
émetteur-récepteur. A propos de ce dernier, le récepteur du message doit
reconstituer lui même un certain nombre d'informations qui ne lui sont pas
toujours données explicitement. Il reconstruit l'implicite, qui est constitué de
deux catégories principales: les présupposés et les sous-entendus.

1.2.3.2. Les présupposés: On parle de présupposés dans le cas des


informations qui, sans être explicitement posées, sont pourtant présentes dans
le contenu sémantique des éléments textuels.

Exemple: Pierre a cessé de fumer.

Le verbe "a cessé" laisse entendre sous forme de présupposé que Pierre
fumait auparavant .

1.2.3.3. Les sous-entendus: On dit qu'il y a sous-entendu lorsqu'une


assertion apporte un élément d'information qui est indiscutablement posé
comme vrai, mais qui n'est pas véritablement pertinent par rapport au contexte,
de sorte que l'interlocuteur est amené à lui en substituer une autre qui, elle, n'est
pas explicitement manifestée. Dans l'exemple précité, il existe éventuellement
un sous-entendu: en prononçant cet énoncé, l'énonciateur veut probablement
reprocher à son interlocuteur de fumer ou l'inciter à arrêter à son tour. "Tu
ferais bien d'en faire autant".

96
Il est à souligner que présupposé et sous-entendu diffèrent sous
différents rapports: le sous-entendu, à la différence du présupposé qui se déduit
littéralement du sens de l'énoncé, dépend de la situation d'énonciation. Ensuite,
alors que la caractérisation présuppositionnelle dépend entièrement du locuteur,
l'inférence des sous-entendus est laissée à l'appréciation du destinataire. Cela
dit, du point de vue énonciatif, le présupposé est un implicite relatif à la
production, le sous-entendu un implicite relatif à la réception.

En tout état de cause, la compréhension globale d'un énoncé inclut celle


de ses présupposés, de ses sous-entendus et autres marques d’implicitation.

1.2.4. Les chaînes d'actes de discours.

Les micro-actes de discours que nous avons abordés au chap.5, point


1.1.3, correspondent en général au niveau proposition-énoncé. Par ailleurs, ces
actes de discours peuvent s'enchaîner et structurent un texte dans sa dynamique.
Ainsi, à la suite de J.M. Adam (2005 :129), un texte est envisagé comme une
structure hiérarchique d'actes illocutoires : "Un texte n'est pas une simple suite
d'actes d'énonciation possédant une certaine valeur ou force illocutoire […]
mais une structure d'actes de discours liés". C'est également ce que soulignait
D. Vanderveken (1992) à propos de cette dimension textuelle des actes de
discours:

Sur le plan de l'usage du langage, ce sont des actes illocutoires complets (et non pas
des propositions isolées) qui sont les unités de base de la signification dans la
poursuite du discours (qu'il soit oral ou écrit). (1992:61)

Il va de soi que le sens d'un énoncé réside fondamentalement dans la


continuation du discours qu'il rend possible. Il importe donc de ne pas s'arrêter
aux actes de discours accomplis (à la valeur illocutoire propre), mais de
considérer dans quel mouvement textuel ou stratégie discursive ils sont pris.

97
1.3. La séquentialité

Un texte forme généralement, du point de vue de sa composition, un tout


hétérogène. C'est dire que son appartenance à un genre permet certes de repérer
certaines régularités, des points qu'il partage avec d'autres textes, mais il
présente également des points non directement liés au genre. En effet, il nous
arrive souvent de voir des descriptions ou des dialogues dans une narration ou
des explications dans une argumentation. Il serait donc difficile de classifier un
texte en un seul type distinct. De ce fait, J-M. Adam (2001) propose la notion
de séquence qu'il définit comme l'une des unités compositionnelle de base d'un
texte:

Une séquence est, par définition, une unité compositionnelle de niveau de complexité
supérieur à la simple période puisqu'elle comprend deux niveaux hiérarchiques: les
propositions regroupées en un nombre donné de macro-propositions caractéristiques
du prototype de séquence, macro-propositions elles-mêmes regroupées dans l'unité
textuelle que forme la séquence. (2001:30)

La séquence est donc constituée d'une série de propositions (grâce aux


opérations de liage) et constitue à son tour des constituants d'une unité
supérieure dont la plus englobante est l'ensemble d'un texte. Elle est considérée
comme l'un des plans d'organisation de la textualité.

Définir le texte comme une structure séquentielle permet d'aborder son


hétérogénéité compositionnelle. J-M. Adam distingue ainsi cinq grands types
de séquences prototypiques: narrative, descriptive, argumentative, explicative
et dialogale (pour un examen détaillé de ces types, voir J-M. Adam 1992) .
Outre les cas particuliers de textes courts mono-séquentiels, il existe deux
modes principaux d'agencement des séquences:

- L'insertion de séquence qui définit une relation d'encadrement entre


deux types de séquence. Par exemple, dans le cadre de la présence d'une

98
description dans un roman, la relation d'insertion obéit à la convention
d'écriture suivante: (séq.narrative (séq.descriptive) séq.narrative).

- La dominante séquentielle qui met en oeuvre une liaison entre


séquences de différents types dont l'une peut être dominante. Ce mode
combinatoire fait apparaître une forme d'enchâssement régulier entre séquence
dominante et séquence dominée.

2. La structuration configurationnelle

Nous voyons ainsi qu'un texte n'est pas une simple suite de propositions.
Il possède une structure globale; il est formé de parties ou de séquences dont le
sens se définit par rapport à son sens global. Comprendre un texte, c'est donc
être capable de le comprendre comme faisant sens dans sa globalité
configurationnelle, c'est-à-dire être capable de passer de la séquence
(lire/comprendre les énoncés comme venant les uns après les autres
conformément à la contrainte de la linéralité de la langue) à la figure
(reconstruction de cette séquence comme un tout signifiant cohésif et cohérent)
(J-M. Adam 2005:189). Cette structure configurationnelle peut être abordée
sous deux angles complémentaires: la macro-structure (niveau sémantique ) et
le macro-acte de discours (niveau pragmatique).

2.1. La macro-structure sémantique : Ce terme est utilisé en analyse


du discours pour désigner "le thème d'un texte appréhendé dans son ensemble"
(D. Maingueneau 1996 : 84). En effet, un texte présumé cohérent est presque
toujours, quelle que soit sa longueur, sémantiquement résumé par un titre ou
par une proposition. J-M. Adam (2005) parle à ce propos de "thème-topic du
discours", établi soit à la production pour l'interprétation, soit lors de la lecture
d'un texte.

99
Dans ce sens, la macrostructure sémantique, qui va de pair avec
l'ancrage énonciatif, permet au lecteur d'un texte de percevoir la cohérence
sémantique du monde représenté et de comprendre ainsi ce qui est dit ou relaté,
c'est-à-dire le contenu du texte.

2.2. Le macro-acte de discours : La notion de macro-acte de discours


(ou macro-acte de langage) est utilisée en analyse du discours pour rendre
compte de la cohérence pragmatique d'un discours. Comme nous l'avons vu au
chapitre 5 point 1.2.4, un texte peut être envisagé comme une suite d'actes de
discours ne se limitant pas à une simple addition linéaire. Ces chaînes d'actes
liés constituent globalement un macro-acte de langage unifié. Ainsi, tout texte
représente un macro-acte de discours qui est, soit explicite, soit à dériver des
micro-actes de langage qui s'y trouvent. De ce fait, tous les énoncés du texte
sont argumentativement orientés par le scripteur, de telle manière à créer des
effets sur les représentations, croyances ou comportement d'un destinataire.

Il en résulte que comprendre un texte consiste également à pouvoir


répondre à une question pragmatique: pourquoi, dans quel but, quelle visée
argumentative ? Comprendre l'action langagière engagée en décrivant ainsi un
macro-acte de discours d'une suite plus ou moins hiérarchisée d'actes, c'est une
autre façon de résumer un texte et donc de l'interpréter dans sa globalité.

C'est dans ce sens que la linguistique textuelle peut être définie comme
une discipline auxiliaire à l'analyse du discours, un "sous-domaine du champ
plus vaste des pratiques discursives" (J-M. Adam 2005:19).

3. Bilan

Un texte constitue un tout cohésif et cohérent et cette cohérence générale


procède de la mise en oeuvre des mécanismes de textualisation. C'est ainsi que
dans ce chapitre 5, nous nous appuyons sur la théorie de J-M. Adam pour

100
rendre compte de l'organisation textuelle aux niveaux micro-structurel et
macro-structurel. Selon ce linguiste, un texte est d'une part pragmatiquement
(ou configurationnellement) organisé et d'autre part, c'est une suite d'unités
séquentiellement liées formant une structure compositionnelle donnée.
L'organisation configurationnelle englobe des dimensions de gestion du texte
qui définissent ses fonctions pragmatiques (argumentation, énonciation,
sémantique). Les suites de séquences sont quant à elles, doublement
organisées: organisation générale dont la grammaire de texte est responsable
d'une part et l'organisation spécifique par la séquentialité d'autre part. Chacune
de ces composantes définit les divers plans complémentaires d'organisation de
la textualité qui sont les suivants:

- L'orientation argumentative globale permet de définir tout texte comme


visant un but (explicite ou non): agir sur des représentations, des croyances ou
des comportements. Comprendre un texte, c'est saisir l'intention qui s'y exprime
sous forme d'un macro-acte explicite ou à dériver des chaînes d'actes de
discours liés . Localement, l'orientation argumentative peut être indiquée par
des micro-actes de langage, par les valeurs illocutoires des propositions-
énoncés.

- Un ancrage énonciatif global peut certainement être envisagé car il


confère à un texte une certaine tonalité énonciative d'ensemble. La prise en
charge des propositions constitue un élément essentiel de l'analyse pragmatique
et textuelle. Elle doit être envisagée en rapport avec l'étude de la polyphonie.

- La dimension sémantique globale est représentée par ce qu'on appelle


la macro-structure sémantique ou parfois le thème global du discours. Au
niveau local, la dimension sémantique-référentielle est analysable en termes
d'isotopies ou de continuité référentielle.

101
- L'organisation séquentielle de la textualité est considérée comme une
base de typologie. Définir le texte comme une structure séquentielle permet
d'aborder l'hétérogénéité compositionnelle en termes hiérarchiques. La
séquence, unité constituante du texte est constituée de paquets de propositions
(les macro-propositions), elles-mêmes constituées de propositions-énoncés.
Deux cas de figures se présentent dans la structure séquentielle d'un texte:
l'insertion de séquences hétérogènes et la dominante séquentielle.

102
CHAPITRE 6:
LA COHESION ET LA COHERENCE TEXTUELLES

Comme nous l'avons vu, un texte n'est pas qu'une simple suite d'énoncés
posés les uns à côté des autres sans aucun rapport mais c'est un tout signifiant
articulé et hiérarchisé qui doit obéir à certaines contraintes, généralement
classées sous les termes de cohésion et de cohérence. Nous tenterons ici de
préciser ce que ces deux concepts représentent ainsi que le rapport qu'ils
entretiennent entre eux.

1. La cohésion

La question de la cohésion a été abordée de façon globale et


systématique par M.A.K. Halliday et R. Hasan dans un ouvrage intitulé
"Cohesion in English" (1976). Partant de la conception du texte comme "unité
sémantique", ces auteurs s'intéressent particulièrement à des relations
sémantiques que certains éléments du texte entretiennent avec d'autres éléments
du même texte, autrement dit aux relations internes du texte. Le mot "cohésion"
est alors utilisé pour désigner l'ensemble des moyens linguistiques qui assurent
les liens intra et interphrastiques permettant à un énoncé oral ou écrit
d'apparaître comme un texte. En dépit d'un certain nombre de faiblesses
résultant du souci de donner une description exhaustive et raisonnée de
l'ensemble des ressources dont dispose une langue comme l'anglais pour
engendrer la cohésion, les travaux de M.A.K. Halliday et R. Hasan constituent
un apport capital pour les recherches ultérieures. A la suite de ces auteurs,
aujourd'hui, presque tous les chercheurs, quelles que soient leurs perspectives
(linguistique textuelle, pragmatique ou analyse du discours), s'accordent à
considérer la cohésion comme une notion essentiellement sémantique et donc
une propriété linguistique interne du texte (M. Charolles 1995; D.Maingueneau

103
1996; J-F. Jeandillou 1997; J-M. Adam dans P. Charaudeau et D. Maingueneau
2002, etc.). Citons les passages suivants pour illustrer ce propos:

La cohésion du discours repose sur les relations sémantiques, et plus largement


linguistiques qu'il instaure entre les énoncés. Les enchaînements syntaxiques, les
reprises anaphoriques, mais aussi les récurrences thématiques ou référentielles et
l'organisation temporelle des faits évoqués donnent au texte une forme dimension
cohésive. (J-F. Jeandillou, 1997:82).

La notion de cohésion du texte renvoie à la continuité sémantique qu'il constitue en


vertu de son organisation propre. (G-E. Sarfati 1997:28).

Partant de cette perspective, la notion de cohésion désigne les faits de


continuité sémantique et référentielle produits dans un texte ou plus largement
dans un discours, par un dispositif spécifiquement linguistique. Selon
D.Apothéloz (1995:10), entrent notamment dans ce dispositif trois formes de
continuité qui contribuent en même temps à assurer au texte sa cohésion. Il y a
en premier lieu la continuité référentielle dont les expressions responsables sont
connues sous le nom d'anaphores. Vient ensuite la continuité logique assurée
par les connecteurs et organisateurs. Il y a enfin la continuité de la signification
(ou la progression thématique), inséparable de la cohésion isotopique.

Nous voyons ainsi que la notion de cohésion renvoie davantage aux


fonctionnements internes et aux organisations propres des textes. C'est
également ce que précise J-M. Adam (dans P. Charaudeau et D. Maingueneau
2002:99), lorsqu'il indique que si l'étude de la cohérence engage des hypothèses
pragmatiques sur la visée du texte liées à sa pertinence situationnelle, l'étude de
la cohésion, elle, est plutôt attentive à la progression thématique et aux
marques d'organisation du texte. Ces marques de cohésion sont autant
d'indices d'une cohérence à construire par la compréhension et l'interprétation
des textes.

104
2. La cohérence

Si J-P. Bronckart (1996) continue à distinguer la cohérence (il y a la


cohérence thématique et la cohérence pragmatique du texte) de la cohésion
(nominale et verbale), d'autres chercheurs (S. Moirand 1982, D. Maingueneau
1991, J-F. Jeandillou 1997, F. Neveu 2004) préfèrent ne pas la considérer
comme une propriété du texte mais du discours et qu'elle est de l'ordre de
l'interprétation. J-M. Adam (dans P. Charaudeau et D. Maingueneau 2002: 100)
remarque que le jugement définitif de cohérence résulte de l'articulation du
texte avec le contexte socio-pragmatique de l'interaction, c'est-à-dire avec sa
dimension discursive englobante. La cohérence relève ainsi plutôt d'une
analyse de discours attentive au genre de discours, à la visée du texte dans le
contexte d'une situation donnée. De même, M. Charolles considère que la
cohérence n'est pas dans le texte, qu'elle est construite par le coénonciateur: "Le
besoin de cohérence est une sorte de forme a priori de la réception discursive"
(Charolles M. 1988:55). Cette conception souligne l'importance du rôle du
récepteur dans l'interprétation du texte.

Ainsi, les règles de cohérence exigent la prise en compte des paramètres


pragmatiques qui renvoient aux participants de l'acte de communication. Elles
dépendent des conditions d'interprétation selon un contexte donné:

Seul le jugement du récepteur permet d'évaluer l'adéquation de ce dernier (du texte)


par rapport à la situation d'énonciation. C'est l'acte de parole lui-même qui sera estimé
cohérent ou non en fonction d'une attente, d'une demande d'information. (Jeandillou
J-F. 1997:81).

Ce jugement face à l'efficacité d'un texte donné n'est pas seulement une
réflexion sur l'unité interne du texte mais encore, soulignons-le, sur son
adéquation à la situation dans laquelle il est produit. En effet, tout lecteur
abordant un texte aura certaines attentes face au texte qui lui est proposé. Les
considérations sur le contexte et le genre du discours peuvent fortement

105
influencer l'interprétation d'un texte. De ce fait, selon qu'un texte se présente
comme une publicité, une recette de cuisine, un article de vulgarisation…, sa
cohérence sera établie par des voies très différentes.

Dès lors, la notion de cohérence a une signification plus large que celle
de cohésion en ce qu'elle met en jeu les contextes situationnels et autres
configurations sémantiques comme le souligne D. Maingueneau:

En général, on considère que la cohésion résulte de l'enchaînement des propositions,


de la linéarité du texte, alors que la cohérence s'appuie sur la cohésion mais fait aussi
intervenir des contraintes globales, non linéaires, attachées en particulier au contexte,
au genre de discours. (1996:16)

En ce qui concerne le cadre de la présente recherche, étant donné que


notre préoccupation majeure est d'aider nos étudiants à produire de manière
cohérente un texte scientifique, nous nous intéressons particulièrement à la
notion de "cohérence" pour rendre compte de la dimension textuelle et
sémantico-pragmatique globale du discours. En effet, dans le domaine qu'est
l'enseignement de la compréhension et de la production écrite des textes
spécialisés, l'étude de la cohérence permet de resituer dans une démarche
proprement didactique l'examen des facteurs d'unification des textes et des
discours. L'intérêt est alors d'aider les apprenants à comprendre et à produire
des écrits qui articulent les caractéristiques internes des textes aux pratiques
discursives des genres dans lesquels ils s'inscrivent. De ce fait, nous pensons
que la cohésion et la cohérence sont, en linguistique textuelle, inséparables
l'une de l'autre. Si on utilise les termes de R.A de Beaugrande (1979), la
cohésion peut être considérée comme un aspect de la "grammaticalité" et la
cohérence comme un aspect de "l'acceptabilité". Ces deux aspects
complémentaires s'unissent et font l'unité du texte et du discours. A ce titre, la
question est de savoir quels outils peuvent utilement aider le scripteur à
produire un écrit, et plus particulièrement un écrit scientifique, susceptible
d'être jugé cohérent. Un texte scientifique fournit sans doute des instructions

106
précises quant à l'interprétation de sa logique qui permet au lecteur de le
percevoir comme une unité cohérente. Il nous faut alors être capable d'analyser
ces signaux textuels ou ces instructions pour savoir si la construction de la
cohérence dans les discours spécialisés échappe à la règle commune de
cohérence.

3. La continuité et la progression thématique

En linguistique textuelle, la notion de cohésion est inséparable de la


notion de progression thématique. En effet, pour qu'un texte soit dit cohérent et
cohésif, il doit comporter certains paramètres utiles à sa bonne formation:

Un texte est une séquence linguistique qui forme une unité informationnelle. Cette
unité, pour être reconnue comme telle par l'interprétation, doit satisfaire au moins à
deux règles fondamentales de la cohésion discursive: la règle de continuité
référentielle, qui assurent une forme de permanence thématique minimale dans le
texte (un texte ne saurait faire varier l'objet du discours à chaque phrase) et la règle de
progression des informations (un texte ne saurait développer la même information
d'une phrase à l'autre). (Neveu F. 2004:243).

Autrement dit, pour qu'un texte soit bien formé, il est nécessaire d'une
part qu'il conserve certains éléments sémantiques, mais également qu'il
progresse du point de vue de ses objets de discours et des prédications qui en
sont faites. Ces contraintes sont considérées comme des propriétés inhérentes
de l'organisation textuelle. Aussi, l'apport d'informations nouvelles sur le
thème, ou la progression thématique, s'impose comme une condition
fondamentale de la textualité. J. Cortès (1985:31) en fait la base même de la
cohérence textuelle: "On peut considérer la cohérence d'un texte comme le
développement de ce dernier à partir d'un thème de base". C'est pourquoi, pour
lui, "l'investigation textuelle consiste d'abord à analyser la progression
thématique" (op. cit).

107
La théorie de la progression thématique s'est élaborée dans les années 60
à partir des travaux de l'Ecole fonctionnaliste de Prague sur la dynamique
communicationnelle qu'illustre notamment l'opposition thème/rhème (travaux
de Mathesius et Danes). Dans le domaine français, la notion a été développée
par D. Slakta (1975), J-M. Adam (1977) et notamment par B. Combettes
(1983) et M. Riegel, J-C. Pellat et R. Rioul (1994). En grec Thèma signifie "ce
qui est posé" par le discours, ce qui apparaît donc comme un contenu connu (ce
que l'on note généralement par le terme "topic"). Rhèma signifie "ce qui est dit"
du thème (aussi appelé "propos" ou "commentaire"), ce que l'énoncé avance de
nouveau . La proposition énoncée peut s'analyser donc en deux parties:

- Le thème est ce dont parle le locuteur, ce sur quoi l'on parle, le support
de la communication et de l'énoncé
- Le rhème est ce que l'on dit du thème, l'apport d'information sur le
thème.

Si le couple thème/rhème nous apporte des éclaircissements intéressants


dans l'analyse de l'ordre des éléments de la phrase, un élargissement à la
dimension textuelle nous permet aussi de rendre compte de la construction et
du développement textuel. En effet, la progression d'un texte est provoquée par
la tension permanente entre la répétition-continuité de l'information et sa
nouveauté-développement, tension qui constitue la dynamique du texte: "Tout
texte est pris dans une tension entre cohésion (liée à la structure thématique, à
la connexion et à la concaténation des thèmes successifs) et progression."
(Adam J-M. 2005: 47). Ainsi, un texte se développe en continuité par la
présence d'éléments de rappel récurrents aux éléments présupposés connu de
l'interlocuteur à l'intérieur de l'énoncé et en expansion par l'introduction
d'éléments nouveaux.

Pour rendre précisément compte de cette dynamique et de ce mode


d'articulation d'un énoncé avec celui qui le précède, nous nous reportons à la

108
synthèse faite par P. Lane (dans P. Charaudeau et D. Maingueneau (éds) 2002 :
573) selon laquelle trois grands types de progression thématique sont à
distinguer. Nous proposons d'illustrer ces distinctions avec des exemples pris
dans notre corpus:

- La progression à thème constant: un même thème est repris d'une


phrase à l'autre et associé à des rhème différents, selon le modèle:

Exemple: La rizière irriguée, image universelle de cette céréale, domine en Asie


orientale et du Sud-Est. Elle suppose un gros travail de maîtrise de l'eau et de
préparation du terrain pour submerger la parcelle…En outre, elle atténue les
variations climatiques et assure la satisfaction des besoins hydriques de la plante. (La
Recherche 381 p.74)

- La progression linéaire simple: le thème d'une phrase est tiré du rhème


de la phrase précédente, selon le modèle:

Exemple: l'élevage de porcs fournit du fumier qui fertilise les graminées, lesquelles
servent, en partie, à nourrir les poissons herbivores. Ces derniers alimentent à leur
tour les espèces carnivores, qui forment, en se décomposant, une vase organique
bénéfique aux graminées… (Science et Vie 1044 p.112)

109
- La progression à thèmes dérivés: elle s'organise à partir d'un
hyperthème ou d'un hyperrhème dont différents sous-thèmes sont développés.

Exemples: - Les poissons, comme tous les animaux, ont des phases d'inactivité
durant lesquelles ils sont moins sensibles aux stimulations sensorielles. Certains
poissons comme le labre s'enfouissent dans le sable, d'autres tel le poisson-perroquet,
s'enveloppent d'une sorte de chemise de nuit, une enveloppe muqueuse dans laquelle
ils restent immobiles. (Science et Vie 1046 p.125)
- Au nord, dans ce qui sera la Chine, elle (la plante) donne naissance à deux
types distincts de japonica. L'un, à feuilles fines et grains plutôt arrondis, s'adapte au
climat tempéré, l'autre, à feuilles larges et gros grains allongés, préfère la chaleur et
les terrains secs. (La Recherche 381 p.73)

Toutefois, il nous arrive souvent de voir qu'un texte combine plusieurs


types de progression thématique à l'intérieur des séquences textuelles: une
progression à thème constant peut par exemple suivre une progression à thèmes
dérivés comme dans ce passage:

Toutes les méthodes de greffage (il en existe une centaine) repose sur un même
principe: la fusion des tissus du greffon avec ceux du porte-greffe. Le processus se
déroule en deux étapes. Une couche de cellules mortes se crée d'abord à la surface…
La deuxième étape se déroule au niveau du cal de jonction… (Science et Vie 1018
p.125)

4. Bilan

La cohérence et la cohésion sont, avec la connexité, des conditions


nécessaires à la bonne formation textuelle. Si la cohérence est une dimension

110
interprétative du discours (c'est dire qu'elle assurent à une séquence textuelle ou
discursive son interprétabilité), la cohésion en est la dimension linguistique et
sémantique. Ainsi définies, la cohésion est un objet d'étude de la linguistique
textuelle et la cohérence est une notion plus large qui se situe au croisement de
la linguistique textuelle et de l'analyse du discours.

Du point de vue de l'organisation textuelle, tout texte présente un


équilibre entre d'une part des informations présupposées et des informations
reprises de phrase en phrase, sur lesquelles les nouveaux énoncés prennent
appui (principe de cohésion-répétition assuré par les thèmes), et d'autre part,
l'apport d'informations nouvelles (principe de progression assuré par les
rhèmes). A ce sens, tout texte peut être défini comme un développement
progressif et cohérent de l'information communiquée à partir d'un thème donné.

Reste une question: comment l’explication scientifique (le cas du


discours agronomique) construit – il sa cohérence pour expliquer et transmettre
des connaissances scientifiques? Existe-t-il des phénomènes linguistiques
spécifiques qui président à la cohérence du discours spécialisé et qui
contribuent à la clarté des explications scientifiques ? Réussir à identifier ces
phénomènes, au moins dans leurs grands traits, nous fournira sans doute une
meilleure compréhension des problèmes rencontrés par nos apprenants et nous
permettra d’envisager des enjeux didactiques propres à la situation
vietnamienne comme en témoigne G. Vigner (1979):

Dans l'ensemble des discours produits ou susceptibles de l'être, le discours


scientifique bénéficie d'un statut sémiotique particulier, qui le distingue de toutes les
autres formes de discours. Il importe donc d'en reconnaître les traits pertinents, afin
d'adopter à son égard une conduite pédagogique cohérente. (1979 : 97)

Ces questions, qui forment en quelque sorte l'armature de notre


recherche, seront donc traitées dans les chapitres qui composent la troisième
partie qui suit.

111
TROISIEME PARTIE

ETUDE DU TERRAIN

- Chapitre 7: Corpus et démarche d’analyse


- Chapitre 8: Analyse énonciative
- Chapitre 9: Analyse thématique-référentielle
- Chapitre 10: Cohérence argumentative
- Chapitre 11: La mise en texte linguistique
- Conclusion partielle

112
Troisième partie:
ETUDE DU TERRAIN

Notre question de départ porte sur l'origine des problèmes de


dysfonctionnement textuel dans la production d'un texte scientifique de nos
apprenants vietnamiens. Motivé par une perspective de la linguistique
textuelle, nous tentons d'expliquer ces difficultés en les mettant en rapport avec
la capacité de percevoir la construction de la cohérence dans un discours
spécialisé. Cette prise de position nous conduit à émettre l'hypothèse qu' il
existe des phénomènes linguistiques spécifiques qui président à la cohérence du
discours scientifique en français et qui contribuent à la clarté des explications
scientifiques. Nous supposons aussi que le dysfonctionnement textuel dans les
écrits scientifiques constatés chez les apprenants vietnamiens provient en
grande partie de la maîtrise insuffisante de ces phénomènes.

Dans cette voie, la recherche que nous allons entamer procèdera en deux
étapes: l'une relevant de la linguistique textuelle et plus précisément de
l' analyse du discours, vise à repérer et à analyser des traits de cohérence
propres au discours scientifique à visée explicative en français et l'autre,
relevant de la didactique du français sur objectifs spécifiques (notamment à
l'écrit), étudiera l'appropriation de ces traits de cohérence par nos apprenants
dans leur production de documents scientifiques.

Aujourd'hui, il est évident que la didactique de l'écrit (y compris la


compréhension écrite) ne peut rester indifférente aux apports de la linguistique
textuelle. La construction du sens d'un texte doit alors s'appuyer sur le repérage
des réseaux de relation entre les unités textuelles. Dans cette perspective,
l'objectif de cette troisième partie est d'observer comment un discours
spécialisé, le cas du discours à thème agronomique, construit sa cohérence pour

113
expliquer et transmettre des connaissances scientifiques. Pour ce faire, il
convient de présenter les démarches auxquelles nous avons procédé pour le
recueil du corpus ainsi que celles que nous suivrons pour son analyse. En
d'autres termes, c'est de la méthodologie de recherche que nous parlerons dans
le chapitre qui suit.

CHAPITRE 7
CORPUS ET DEMARCHE D'ANALYSE

1. Choix du corpus

Pour vérifier nos hypothèses de recherche, nous avons décidé de


travailler sur un corpus préexistant. Il s'agit d'un recueil d'articles scientifiques
tirés de deux revues de vulgarisation en français: La Recherche et Science et
Vie. Le choix des articles scientifiques de vulgarisation n'est pas arbitraire. Il
résulte en fait d'une prise de conscience des objectifs de notre recherche:
souvent les articles de vulgarisation sont à dominante explicative, ce qui
convient parfaitement à l'objet de notre recherche: repérer et analyser les
marques de la cohérence dans les explications scientifiques. Et puis, comme
nous l'avons souligné dans le chapitre 3 point 5 de la deuxième partie, il y a des
similitudes très grandes entre ce que pourrait être un texte de français de
spécialité, fréquemment exploité dans le cadre de notre enseignement du
français sur objectifs spécifiques (FOS) et un article scientifique de
vulgarisation. Nous savions par expérience que ces derniers sont souvent
réutilisés par des étudiants (pour approfondir certains aspects de leur cours) et
surtout par des enseignants. Ils sont considérés comme des documents
authentiques, sources d'information ainsi que documents de lecture et de
production. Leur utilisation en classe de FOS permet de proposer une réflexion
en prise directe avec la réalité quotidienne et des activités professionnelles des
apprenants. Pour toutes ces raisons, le discours agronomique de vulgarisation,

114
avec son caractère éclectique et ses propriétés de passage du discours
scientifique proprement dit vers le discours quotidien représente un genre de
discours, un objet d'étude intéressant aussi bien pour la linguistique que pour la
didactique.

Nous tenons maintenant à apporter quelques précisions à propos des


revues La Recherche et Science et Vie. Celles-ci contribuent fortement à
motiver le choix de notre corpus.

La Recherche constitue en France un exemple remarquable de revue de


vulgarisation (ou plus précisément de semi-vulgarisation) à laquelle collaborent
bon nombre de chercheurs et universitaires. C'est une revue mensuelle (11
numéros par an dont 1 numéro double en juillet-août) éditée à Paris par la
Société d'Editions Scientifiques depuis 1970. De format 22x29, chaque
numéro imprimé en couleur compte environ 100 pages y compris la publicité.
C'est une revue pluridisciplinaire: tous les champs du savoir y sont abordés
(sciences de la terre, mathématiques, physique, santé, mais aussi archéologie,
astronomie, sciences humaines et cognitives,…). L'illustration abondante et le
style de mise en page lui donnent une lisibilité particulière. Le mensuel, dont
les articles sont rédigés par des journalistes scientifiques (qui sont assez
souvent d'anciens scientifiques) mais aussi par des chercheurs, des
universitaires, permet à ses lecteurs de parfaire leurs connaissances et de
cultiver leur passion à travers ses grandes rubriques: "Actualité de la recherche"
"Savoirs" "Pas si simple"… ou les dossiers spéciaux apparus dans certains
numéros .

Créé en 1913, Science et Vie est l'une des plus anciennes et des plus
connues des revues françaises de vulgarisation scientifique. Tout comme La
Recherche, Science et Vie est une revue ciblée sur la science en général, une
sorte de "pot pourri" de l'actualité scientifique. Ses parutions sont mensuelles,
avec des hors-séries trimestriels sur des thèmes variés. Elle traite de l'actualité

115
scientifique (les derniers développements de la recherche, les découvertes, les
dossiers thématiques…) avec des explications claires et lisibles. Son petit
format facilite la prise en main et sa mise en page est bien conçue avec des
illustrations judicieuses et éclaircissantes.

Les supports qui servent à notre analyse sont donc des articles
d'explication scientifique concernant majoritairement le domaine des sciences
agronomiques. Le choix de ce domaine est justifié par deux raisons d'ordre
professionnel. D'une part, l'Université de Can Tho, là où nous travaillons en
tant qu'enseignant de français, est située au cœur du Delta du Mékong,
surnommé "le Grenier à riz" du pays. Cela dit, elle est réputée (à l'échelle
nationale mais aussi internationale) pour la qualité de ses programmes de
formation et de recherche dans le domaine de l'agriculture. En matière de
partenariat, elle entreprend de nombreux projets de coopération avec les
universités et instituts de recherche français dans le secteur de l'agronomie
(CIRAD, INRA-Montpellier, Ecole Supérieure d'Agriculture d'Angers,
Université de La Rochelle...). Des centaines de chercheurs-agronomes de
l'Université de Can Tho suivent actuellement des cours de français général et
de spécialité. D'autre part, dans le cadre du partenariat avec l'AUF (Agence
Universitaire de la Francophonie), des filières francophones sont mises en place
au sein de la dite université dont l'une en Agro-alimentaire, permettant
d'accueillir chaque année près de 100 étudiants.

Il est à souligner que nous entendons "agronomie" au sens large du


terme, englobant différentes branches de ce secteur: agro-alimentaire,
aquaculture, protection des plantes, biologie végétale...; bref, toutes les activités
qui mènent "une étude scientifique des problèmes (physiques, chimiques,
biologiques) que pose la pratique de l'agriculture". (Dictionnaire Le grand
Robert de la langue française 2001, entrée Agronomie).

116
Pour diversifier notre échantillon et pour qu'il soit le plus représentatif
possible, nous avons choisi des articles extraits de différentes rubriques de La
Recherche et Science et Vie: les articles longs mais aussi les articles courts qui
évoquent brièvement une recherche récente qui soit personnelle ou non, les
articles élémentaires de vulgarisation regroupés sous le titre général "Bac to
basic" ou "Savoir" (La Recherche), les explications aux "Questions de lecteurs"
(Science et Vie), les dossiers consacrés à l'éducation non formelle (culture
scientifique) ou à des sujets où les enjeux sociaux et politiques interfèrent avec
les préoccupations scientifiques…Les articles recueillis portent tous une
visée explicative, c'est-à-dire, on peut y trouver, plus ou moins, la macro-
structure d'une séquence explicative, soit pour exposer le résultat d'une
recherche, soit pour répondre à une question d'un lecteur, soit ils "vulgarisent"
afin de faire partager le savoir détenu par la science au grand public.

Pour les articles longs, nous ne ferons pas d'analyse dans leur intégralité.
Nous avons préféré choisir un extrait où figure la séquence explicative afin de
procéder à une analyse approfondie de ces séquences.

Le corpus analysé comprend au total 40 articles et extraits d'articles à


thème agronomique récupérés sur 5 ans (2000-2005). Ils sont identifiés dans
notre dépouillement selon un code à 2 éléments: une lettre renvoyant au
magazine dont l'article est extrait (R renvoie à La Recherche, S renvoie à
Science et Vie) et un chiffre indiquant le numéro dans le classement du recueil.

Voici l'ensemble des textes du corpus :

117
Code Intitulé de l'article Source
S1 Connaissez-vous le plumcot ? Science et Vie 996, sept. 2000, p.15
S2 Pas de Terminator chez les truites Science et Vie 997, oct. 2000, p.22
S3 Qu'est-ce qu'un prion ? Extrait du dossier "Le prion en question",
Science et Vie 999, déc. 2000, p.128
S4 Pourquoi y a-t-il de l'eau sur Terre? Science et Vie 1003, avril 2001, p.92
S5 Qu'est-ce que le bio ? Extrait du dossier "L'agriculture Bio en
questions", Science et Vie 1009, octobre
2001, p.120
S6 Le riz va être surveillé par satellite Science et Vie 1016, mai 2002, p.40
S7 Comment la greffe prend-elle sur un Science et Vie 1018, juillet 2002, p.125
arbre ?
S8 Une prouesse qui tient à une simple Extrait du dossier "Le point sur …les
bactérie OGM", Science et Vie 1029, juin 2003,
p.112
S9 Une menace pour les autres Extrait du dossier "Le point sur …les
cultures ? OGM", Science et Vie 1029, juin 2003,
p.116
S10 Le goût du piment tient à une Science et Vie 1030, juillet 2003, p.28
molécule
S11 Ces autres insectes qui menacent Extrait du dossier "Insectes", Science et
Vie 1030, juillet 2003, p.66
S12 Pourquoi les feuilles tombent-elles à Science et Vie 1033, octobre 2003, p.127
l'automne ?
S13 Ce sont des levures qui donnent du Extrait du dossier "Le point sur …le
goût aux fèves chocolat", Science et Vie 1035, décembre
2003, p.140
S14 Qu'est-ce qui fait que le sel Science et Vie 1035, décembre 2003,
conserve les aliments ? p.156
S15 Sans ailes, la coccinelle est Science et Vie 1040, mai 2004, p.43
redoutable
S16 L'élevage de poissons échappe au Extrait du dossier "Le point sur… la

118
Code Intitulé de l'article Source
modèle unique pisciculture", Science et Vie 1044,
septembre 2004, p.112
S17 Les poissons dorment-ils ? Science et Vie 1046, nov. 2004, p.125
S18 Non, il ne fait pas grossir ! Extrait du dossier "Le point sur …le pain",
Science et Vie 1049, février 2005, p.104
S19 Un savoir-faire pétri de petits riens Extrait du dossier "Le point sur …le pain",
Science et Vie 1049, février 2005, p.106
S20 L'agriculture intensive n'offre pas Science et Vie 1050, mars 2005, p.33
les meilleurs rendements !

Tableau1: Liste d'articles tirés de la revue Science et Vie

Code Intitulé de l'article Source


R1 L'éclatement des fruits secs La Recherche 332 juin 2000, p.10
R2 Des pommes de terre pour La Recherche 333 juillet-août 2000, p.10
l'industrie

R3 Des riz résistants La Recherche 335 octobre 2000, p.10


R4 Pourquoi et comment les êtres Extrait de l'article intitulé "Le sucre", La
vivants consomment-ils du sucre ? Recherche 338 janvier 2001, p.66
R5 Comment manipule-t-on les gènes Extrait de l'article "Le génie génétique", La
des micro-organismes ? Recherche 342 mai 2001, p.53
R6 Pommes biologiques La Recherche 345 septembre 2001, p.10
R7 Les sols "biologiques" en meilleure La Recherche 356 septembre 2002, p.7
santé ?
R8 Champignons exploités sans La Recherche 359 décembre 2002, p.16
vergogne
R9 Un test ciblé contre les mycotoxines La Recherche 364 mai 2003, p.26
R10 Un bénéfice réel pour Extrait de l'article "Le bio est-il vraiment
l'environnement meilleur pour la santé", La Recherche 367
septembre 2003, p.37

119
Code Intitulé de l'article Source
R11 Tournesols très spéciaux La Recherche 368 octobre 2003, p.15
R12 Comment les transgènes peuvent-ils Extrait de l'article "Rendements: la guerre
modifier le rendement ? des chiffres", La Recherche 369 novembre
2003, p.45
R13 Un escargot en sa champignonnière La Recherche 373 mars 2004, p.58
R14 Qu'est-ce qu'un OGM végétal ? Extrait de l'article "Les OGM végétaux",
Comment l'obtient-on ? La Recherche 374 avril 2004, p.79
R15 Sur la piste des épines manquantes La Recherche 376 juin 2004, p.16
R16 Femmes fatales et reines La Recherche 381 décembre 2004, p.52
usurpatrices
R17 Existe-t-il plusieurs types de rizière Extrait de l'article "Le Riz", La Recherche
Qu'est-ce que le "riz blanc" ? 381 décembre 2004, p.74
R18 Qu'est-ce qu'un clone ? Extrait de l'article "Le clonage", La
Comment obtient-on des clones Recherche 385 avril 2005, p.73
végétaux ?
R19 Les rats font la fine bouche La Recherche 386 mai 2005, p.15
R20 Réchauffement: le double jeu des La Recherche 391 novembre 2005, p.16
arbres

Tableau2: Liste d'articles tirés de la revue La Recherche

2. Démarche d'analyse

Comme nous l'avons souligné plus haut, l'objectif que nous visons
principalement dans ce travail d'analyse est de voir comment le discours à
thème agronomique construit sa cohérence pour expliquer et transmettre des
connaissances scientifiques. Nous partirons plutôt à la quête de stratégies de
formation d'un discours scientifique cohérent. La finalité de notre travail n'est
pas de transformer nos apprenants scientifiques en journalistes vulgarisateurs
mais de les aider à être capables de repérer dans un genre discursif précis les

120
traits de cohérence textuelle, et ceci de manière à perfectionner leur écriture
scientifique. Car, à notre avis, l'appropriation d'outils théoriques sur la
formation textuelle peut aider à améliorer la qualité de rédaction d'un texte.

Pour atteindre ces objectifs, nous avons choisi d'inscrire notre étude dans
le cadre de la linguistique pragmatique et textuelle car nous pensons qu'un
discours doit sa cohérence non seulement à la dimension linguistique, mais
encore aux portées pragmatiques (énonciative, sémantique référentielle,
argumentative).

Dans ce cadre et dans la perspective didactique majeure que nous nous


sommes fixée, nous entreprendrons l'analyse du corpus de la façon suivante:
l'investigation des textes se fera sur la base de leurs deux composantes
textuelles (selon la théorie de J-M. Adam de 1999 et 2005), à savoir la
configuration pragmatique et la structure compositionnelle.
Configurationnellement, le texte sera traité selon ses dimensions thématique,
référentielle, énonciative, argumentative. Au niveau compositionnel, le texte
sera étudié dans sa dimension séquentielle, c'est-à-dire la mise en texte
linguistique au niveau micro-structurel et dans son prototype.

Dans l'analyse du corpus, l'étude des régularités, des phénomènes


linguistiques et pragmatiques propres à la cohérence dans les explications
scientifiques constituera le fil conducteur de notre travail. Pour ce faire, nous
nous servirons d'un inventaire de tableaux établis de manière à nous donner le
moyen de repérer ces régularités. Chaque analyse nous permettra de tirer des
observations et des conclusions sur le recueil du corpus et les exemples extraits
servent à étayer nos propos. Un bilan sera fait à la fin de chaque analyse qui
rend compte de ses résultats. Ces bilans permettent tant de vérifier les
hypothèses posées et d'évaluer le travail mené que de dégager les points
importants pour des propositions didactiques à adopter ultérieurement. Par
ailleurs, l'exploration du corpus sera accompagnée de commentaires nourris par

121
des présupposés et des réflexions didactiques que permet notre expérience des
classes de français sur objectifs spécifiques. Nous procéderons ainsi à une
description empirique, à une démarche inductive, en partant de l'analyse du
corpus de textes pour aboutir à des propositions théoriques. Toutefois,
l'investigation des textes se faisant à la lumière des cadres théoriques existants,
l'interprétation pratique sera imprégnée de points de vue théoriques
sélectionnés convenablement. La démarche sera alors déductive. Démarche
inductive et démarche déductive se trouvent donc présentes dans le parcours
d'analyse de notre corpus.

En ce qui concerne la répartition des chapitres, pour des raisons de


démarche méthodologique, nous répartissons les chapitres en fonction de la
configuration textuelle précitée. Les chapitres 8, 9, 10 étudient la configuration
pragmatique du texte respectivement dans ses aspects énonciatif, thématique-
référentiel, argumentatif. Le chapitre 11 porte sur la mise en texte linguistique,
notamment les phénomènes spécifiques qui participent à la construction du
sens du discours d'explication agronomique.

Enfin, dans le cadre de ce présent travail, la contrainte de pages ne nous


permet pas de relever tous les exemples dans le corpus pour illustrer notre
propos. Nous nous proposerons donc d'en choisir les exemples les plus
caractéristiques. Toutes les citations sont numérotées et indiquées selon l'article
d'où elles sont issues et selon leur ligne dans chaque extrait.

122
CHAPITRE 8:
ANALYSE ENONCIATIVE

L'étude énonciative de notre corpus d'articles scientifiques à thème


agronomique ne consiste pas à repérer toutes les marques d'énonciation
présentes dans le recueil ; mais s'agissant d'un discours d'exposition et de
transmission de connaissances, ce qui nous intéresse ici, c'est de repérer et
d'analyser les places énonciatives investies par l'instance de production par
rapport à celle de réception, ainsi que les formes langagières utilisées pour
assurer la bonne circulation du message entre ces deux instances, ce qui
contribue à l'établissement de la cohérence pragmatique du texte. Car nous
partageons le point de vue de J-C. Béacco et de S. Moirand à propos des
discours de transmission de connaissances:

Analyser la diversité des relations intra- et inter-discursives des discours qui


transmettent des connaissances renvoie inévitablement aux conditions de production,
de consommation et de circulation des textes et des interactions produits par des
groupes plus ou moins restreints à l'intention de destinataires plus ou moins bien
définis. (1995:32)

Il est à rappeler que nous retenons l'explication scientifique en tant que


discours dans le cadre des sciences du langage et plus spécifiquement dans le
champ de l'analyse du discours. Nous prendrons ainsi en considération
l'articulation entre des marques linguistiques et les acteurs de communication.
Le scripteur scientifique s'implique-t-il dans ses explications ou au contraire
s'efface-t-il par souci d'objectivité, de neutralité ? Le lecteur est-il présent dans
le discours du scripteur ou lui non plus ne laisse-t-il pas de trace? Y a-t-il
interaction entre le scripteur et ses lecteurs ? Si oui, comment se manifeste-t-
elle ? Quelles sont les formes langagières utilisées pour assurer la transparence
et l'intelligibilité du contenu ? Telles sont les questions auxquelles l'analyse
énonciative que nous mènerons doit répondre.

123
1. Les instances de production et de réception

Les acteurs principaux de communication dans une explication


scientifique comprennent d'une part l'instance de production qui poursuit la
mission de diffusion de connaissances pour le grand public par un
élargissement des accès à la science et d'autre part l'instance de réception qui, à
la quête d'une certaine information scientifique, cherche à être éclairée. Dans le
cadre de notre étude, l'instance de production est le journaliste scientifique,
auteur des articles agronomiques de La Recherche et Science et Vie dont
l'identité est bien déterminée et qui constitue le garant de l'article scientifique
qu'il signe de son nom. Il constitue le Je locuteur, face à l'instance de réception.
Cette dernière est le public, lecteur de ces articles, désigné par le Tu/Vous
destinataire.

1. 1. Les traces énonciatives des instances de production et de


réception

Après le dépouillement de l'ensemble du corpus, nous avons constaté


que la plupart (29/40) des articles sont signés du patronyme (nom et prénom)
de leur auteur. Pour le reste, quelques-uns (S1, S2, S6, S10…) se contentent de
mentionner leurs initiales; quelques autres (R1, R2, R3, R6, R7) restent
anonymes. Aucun de ces auteurs ne parle à la première personne du singulier, à
part une seule occurrence qui porte la marque explicite de la présence de
l'auteur (Je) :

1. J'aborde maintenant les deux derniers coups, à cinq et à six bandes, de toute cette
histoire (R16 - ligne 127)

On peut donc parler de l'absence presque totale des marques de la


personne du Je locuteur dans le corpus.

124
L'absence de marques de la première personne désignant le scripteur ou
l'explicateur, à notre avis, tire son explication de plusieurs facteurs:

- Premièrement, il s'agit ici, rappelons-le, des textes scientifiques à visée


explicative. L'explication, ayant pour mission de transmettre un contenu sans
risque d'ambiguïté dans l'interprétation du message, efface donc toute marque
du sujet énonciateur pour laisser la première place à l'exposé des données, de la
démarche de recherche et des résultats. Elle est évidemment dépourvue de toute
subjectivation, de toute personnalisation. Le scripteur donne l'impression "qu'il
se retire de l'énonciation, qu'il "objectivise" son discours en "gommant" non
seulement les marques les plus manifestes de sa présence (les embrayeurs)
mais également le marquage de toute source énonciative identifiable" (Vion R.
2001:334).

Observons ce passage:

2. Connues sous le nom de mycorhizes, les associations symbiotiques formées par un


champignon et les racines d'une plante verte permettent aux deux partenaires d'échanger des
éléments nutritifs. La plante fournit au champignon les glucides produits au cours de sa
photosynthèse; elle reçoit en échange l'eau et les sels minéraux puisés dans le sol par le
champignon. (R8 - ligne 26)

Dans cette forme d'explication, qui repose sur une structure à deux
actants non animés : X explique Y (Moirand S. 2004), c'est-à-dire qu’un fait
explique un autre fait, le locuteur scientifique se présente comme "un témoin"
reconnu capable de comprendre ce qui se passe dans le monde scientifique. En
tant que tel, il efface de la surface textuelle la trace de l'acte de langage
constitutif de son activité discursive, illustrant ainsi les traits d'objectivation qui
différencient l'explication de la justification.

- Vient ensuite l'hypothèse du genre même du discours - discours de


vulgarisation agronomique - dans lequel le journaliste, dans son rôle de

125
médiateur, s'efface en général pour faire ressortir les deux autres pôles de la
configuration à trois rôles (Mortueux M-F. 1985), qui sont la science et le
public lecteur. Il s'évertue donc dans l'effacement, à mettre les deux pôles en
contact.

- En troisième lieu, on peut mentionner la prudence de l'explicateur


scientifique, rédigeant sous l'œil "d'une autorité énonciative" (Maingueneau D.
1992), extérieure aux paramètres du cadre situationnel immédiat, de la
communauté scientifique en la matière qui est en mesure de le critiquer. Aussi
préfère-t-il prendre ses distances en s'effaçant de la scène. En effet, le discours
agronomique qu'il rédige s'adresse bien entendu au grand public, mais il faut
mentionner aussi le public scientifique des agronomes, des chercheurs. Ce
"surdestinataire, représentant archétypique des dominants d'une époque ou
d'une école" (Béacco J-C, Moirand S. 1995: 35) se mêle au public non-
spécialiste pour tenir à l'œil le texte scientifique que dispense le journaliste
vulgarisateur. Donc, il y a une volonté de dépersonnalisation, c'est à dire que le
scripteur joue un jeu comme s'il lui était possible de ne pas avoir de point de
vue, de disparaître complètement de l'acte d'énonciation, et de laisser parler la
science par elle-même.

S'il n'existe pas de traces du Je locuteur, les indices du Tu/Vous


destinataire ne sont pas non plus beaucoup présents: sur 40 textes du corpus, il
n'y a que deux occurrences de la deuxième personne désignant le Vous/lecteur
qui ont été décelées.

3. Regardez bien le long des routes ces peupliers aux feuilles en as de pique (R18-
ligne 84)
4. Donnez à un rat une nourriture dépourvue d'un acide aminé indispensable à son
organisme: après vingt minutes de goinfrerie, l'animal délaisse sa gamelle. (R19 - chapeau)

126
1.2. Les pronoms déictiques NOUS/ON

Nous avons vu ainsi que dans un discours agronomique à visée


explicative, le scripteur s'efface souvent, comme il est d'usage dans un discours
scientifique pour laisser la place à l'exposition des faits scientifiques. Peut-on
en conclure que l'auteur prend une distance totale pour garantir l'objectivité de
ses explications scientifiques? En fait, l'analyse menée sur notre corpus montre
que le scripteur ne reste pas totalement absent de son discours. Sa présence se
trouve manifestée par un jeu de déictiques que nous avons pu relever dans
plusieurs articles du corpus, notamment le recours à la première personne du
pluriel (NOUS) et au pronom neutre ON. (Voir le tableau 3 à la fin du
chapitre).

1.2.1. NOUS: La marque de la première personne du pluriel est


exprimée dans notre corpus notamment par le pronom personnel "Nous" et le
déterminant possessif. Le passage suivant en donne un exemple:

5. L'assemblage des différents éléments ne s'effectue pas spontanément et nécessite


l'énergie apportée sous forme lumineuse par les photons provenant du Soleil. C'est cette
énergie lumineuse, emmagasinée par les végétaux que nous mangeons, qui nous est
indirectement restituée lorsque le glucose est dégradé par notre organisme. (R4 - ligne 37)

Il est à noter que le pronom déictique "Nous" qui apparaît abondant dans
le recueil peut poser des problèmes de compréhension par ses valeurs variées:
un vrai pluriel d'énonciateurs (l'auteur et son équipe); un pluriel d'énonciation
(l'auteur et le lecteur), ou encore, moins fréquemment, une valeur dite de Nous
"modestie". Prenons ces extraits à titre d'illustration:

a. 6. Moustiques, blattes, criquets et autres chenilles connaissent, eux aussi, une


extension planétaire inédite. Un phénomène tel qu'il risque de toucher de plus en plus nos
campagnes, nos villes… et notre santé (S11 - chapeau)

127
Dans cet exemple, la marque de la première personne du pluriel englobe,
à notre avis, l'énonciateur et le destinataire. Le scripteur, dans son discours de
transmission de connaissances, dans le but d'expliquer ou d'exposer des faits
scientifiques, tente d'intégrer son lecteur dans sa sphère de sympathie,
d'affectivité ou dans le déroulement "temporel" de la pensée de l'auteur, tout en
actualisant la démonstration. L'emploi de "nous" constitue dans ce cas un
procédé pédagogique.

b. 7. Concernant notre propos, il a découvert qu'en truquant leurs messages attractifs


les femelles de Photuris obtenaient plus qu'un simple nutriment en dévorant les mâles d'une
autre espèce de lucioles, ceux du genre Photinus. C'est, en quelque sorte, le coup à quatre
bandes de notre histoire auquel nous arrivons maintenant. (R16 - ligne 90)

Dans cet extrait, en plus d'une valeur dite "modestie" de Nous (Nous =
Je), l'énonciateur s'efface pour masquer la parole individuelle sous une parole
collective, marque ainsi son appartenance à une communauté scientifique, ici
au groupe des chercheurs agronomes dont il fait partie.

c. 8. Choisissons un tel plasmide et coupons-le avec une enzyme de restriction. S'il


ne contient qu'un exemplaire du site de restriction, le plasmide n'est alors coupé qu'une seule
fois et devient linéaire, comme si l'on avait coupé un élastique d'un seul coup de ciseaux. (R5
- ligne 27)

Dans ce passage, la référence n'est pas opérée par la première personne


du singulier je. Le scripteur n'assume pas la singularité de sa position
énonciative. Le "nous" par lequel il réfère n'est pas un rituel d'auteur, mais un
collectif dont la référence englobe l'auteur en même temps que le lecteur et les
scientifiques dans une collectivité soucieuse du problème.

1.2.2. ON

De même que "nous", le pronom "on" est utilisé dans plusieurs articles
du recueil, notamment dans S2, S7, S9, S17, R5, R13, R14, R16, R17, R18 …

128
où la polyvalence de "on" lui permet d'être mis au service des stratégies
énonciatives diverses.

- le "on" réfère d'abord à la communauté scientifique, en particulier


comme sujet des verbes qui traduisent les activités des chercheurs (observer,
classer, identifier…) ou dans des assertions portant sur les résultats qui ont
acquis un statut consensuel: "on sait que" par exemple (modalité épistémique).

9. Ce qui signifie que l'on peut désormais savoir sûrement s'il n'y a aucun risque de
voir apparaître des mycotoxines (le gène est absent) ou si ce risque existe (le gène est présent)
(R9 - ligne 45)
10. Par exemple, on observe, chez certains descendants, une taille réduite des feuilles
et une floraison rapide, soit des traits considérés comme des adaptations à la sécheresse, et
que l'on retrouve chez H.deserticola. (R11 - ligne 41)

- Tout comme le "nous", le "on" peut s'utiliser pour exprimer une valeur
de "modestie" en remplacement du "Je" de l'explicateur scientifique :

11. Pour bien mettre en relief l'originalité de ce nouvel arrivant, on peut rapidement
rappeler les conditions de ce mutualisme qu'entretiennent insectes et champignons.(R13-ligne
22)

- Parallèlement, le "on" peut s'interpréter comme référent à la non-


personne, que ce soit un individu, un groupe ou un ensemble flou (les gens), un
"on" à valeur universalisante et indéfinie, englobant et dépassant les références
personnelles au scripteur et à ses lecteurs ("on le sait", "on comprend
mieux"…).

12. S'agit-il pour autant du sommeil classique, avec les enregistrements


électroencéphalographiques caractéristiques que l'on peut constater chez l'homme? (S17 -
ligne 17)
13. Ces invertébrés peuvent, comme l'on sait, très savamment et très
méticuleusement faire pousser des champignons. (R13 - ligne 7)

129
2. La polyphonie énonciative

Dans le recueil de textes que nous avons réunis, nous constatons


également, avec l'analyse approfondie du corpus, la fréquence du phénomène
de "dialogisme interdiscursif", c'est à dire des traces d'autres discours venus de
multiples sources énonciatives extérieures, donc des manifestations diverses
d'hétérogénéité énonciative mises en place dans les explications scientifiques.

2.1. Le discours d'autrui

Ce discours d'autrui, que l'on qualifie de discours premier (D1) est re-
produit, reformulé, reénoncé par le journaliste scientifique dans un discours
second (D2) (J. Authier 1982) et cela sur le mode du discours rapporté.

2.1.1. Les formes du discours rapporté

Le discours rapporté utilisé dans les textes agronomiques de notre


corpus prend différentes formes qu'on peut classer selon les appellations
proposées par P. Charaudeau (1997:181).

a. Le discours cité
Le discours cité correspond à ce que la forme traditionnelle appelle le
discours direct. C'est le cas lorsque le dit d'origine est reproduit tel qu'il a été
énoncé, avec des marques formelles qui le dotent d'une autonomie dans le dire
du rapporteur. Il est souvent en italique, placé entre guillemets, précédé ou
suivi par un verbe de communication

14: Pourquoi aucun champignon endomycorhizien n'était-il retrouvé dans les racines
de plantes épiparasites ? Probablement parce que "les chercheurs travaillent habituellement
dans l'hémisphère Nord.. Or, les plantes associées à ces champignons sont beaucoup plus
communes dans les forêts de l'autre hémisphère", explique Martin Bidartondo. (R8 - ligne 67)

130
15: "Il est intéressant de noter que le réchauffement dépend du type d'arbres mais
surtout de ce qu'ils remplacent, en l'occurrence la toundra", commente Frédéric Rémy, de
l'observatoire Midi-Pyrénées, à Toulouse. (R20 - ligne 61)

Avec la citation directe, le scientifique explicateur vise à rendre ses


explications authentiques, objectives et donc fiables.

b. Le discours intégré
Le discours intégré correspond aux discours indirect et discours indirect
libre. C'est le cas lorsque le dit d'origine est rapporté à la troisième personne
dans une construction qui l'intègre au dire du rapporteur, entraînant des
modifications dans l'énoncé d'origine au niveau des temps verbaux, des
catégories de personnes, des déictiques de temps, de lieu, etc.

16: nombre de biologistes considèrent que la spéciation par hybridation est peu
favorable à l'adaptation à de nouveaux milieux. Une position que contredisent les récents
résultats obtenus par Loren H.Rieseberg et ses collaborateurs de l'université de l'Indiana, pour
le tournesol. (R11 - ligne 5)
17: Une équipe européenne a montré, observations et simulations numériques à
l'appui, que les températures élevées en Europe et la sécheresse exceptionnelle de l'été 2003
ont fortement limité la croissance végétale. (R20 - ligne 76)

Avec la citation intégrée, le scripteur assimile le dit d'origine au sien


comme si leur point de vue se recoupait. Cette stratégie de la voix unifiée
relève de l'habileté interdiscursive de l'auteur: il ne donne pas de traces
explicites, il les laisse à l'appréciation du lecteur.

c. Le discours narrativisé
C'est le cas lorsque le dit d'origine est rapporté de telle sorte qu'il
s'intègre totalement, voire disparaît dans le dire du rapporteur et que le locuteur
d'origine devient l'agent d'un acte de faire.

131
18: En mai dernier, des chercheurs de Montpellier ont identifié des mutations
permettant aux moustiques Culex pipiens et Anopheles gambia de résister aux insecticides.
(S11 - ligne 111)

d. Le discours évoqué
C'est le cas lorsque le dit d'origine, configuré par un mot ou un syntagme
placé entre guillemets ou tirets, apparaît comme une touche évocatrice de ce
que le locuteur d'origine a dit ou a l'habitude de dire.

19. Pour les auteurs, l'amélioration des rendements de l'agriculture biologique dépend
désormais de "l'obtention de variétés végétales appropriées". (R7 - ligne 78)

Avec la citation évoquée, le journaliste explicateur souhaite entrer en


complicité avec le lecteur, complicité que permet le partage d'un même univers
de croyances socio-culturelles, politiques, sociales…

2.1.2. La double mise en scène énonciative

Par l'utilisation d'un cadre global de discours rapporté avec ses


différentes formes, le discours agronomique à dominante explicative s'entend
explicitement comme un discours de reformulation (discours second) d'un
discours antérieur. Et il le met en scène dans une double structure énonciative.

a. D2 montre D1

Le discours de l'explicateur, par la reformulation au moyen d'un discours


rapporté, montre le discours premier en le mentionnant à la fois comme la
source et l'objet de son activité discursive. Ce faisant, le discours second (D2)
prend une distance par rapport au discours premier (D1). En effet, il n'en est
pas une copie, mais une reénonciation, une reformulation qui, certes, y prend
appui, mais pour s'adapter au nouveau destinataire. Prenons quelques extraits
pris du corpus:

132
20: Or, de microscopiques champignons souterrains sont, eux aussi, victimes de ce
parasitisme, rapportent Martin Bidartondo et ses collègues de l'université de Berkeley, en
Californie (R8 - ligne 20)
21: nombre de biologistes considèrent que la spéciation par hybridation est peu
favorable à l'adaptation à de nouveaux milieux. Une position que contredisent les récents
résultats obtenus par Loren H.Rieseberg et ses collaborateurs de l'université de l'Indiana,
pour le tournesol. (R11 - ligne 5)

Dans ces passages, le scripteur, tout en soulignant les pôles énonciatifs


sources et en prenant appui explicitement sur le discours premier D1, le
reformule avec ses propres mots. Schématiquement, comme le montre
J.Authier (1982:36), le message n'est pas de la forme "de microscopiques
champignons souterrains sont…" ou "la spéciation par hybridation est …"
mais "tel ou tel scientifique dit / a dit / que de microscopiques champignons
souterrains sont…"

b. D2 se montre

Parallèlement, dans certains cas, le discours de l'explicateur se montre


lui-même dans sa propre énonciation tout en reformulant le discours de l'autre. .
22: Thomas Eisner est un très grand entomologiste. (…). Concernant notre propos, il
a découvert qu'en truquant leurs messages attractifs, les femelles de Photuris obtenaient plus
qu'un simple nutriment en dévorant les mâles d'une autre espèce de lucioles, ceux du genre
Photinus. C'est, en quelque sorte, le coup à quatre bandes de notre histoire auquel nous
arrivons maintenant. (R16 - ligne 86)

Ici, l'énonciation de D2 se manifeste dans l'affirmation de la voix du


reformulateur (Nous). On peut voir une rupture dans l'énonciation: le scripteur
cesse brusquement de désigner la communauté de chercheurs ou de référer à
l'impersonnalité de la science pour référer à ses propres travaux: "… de notre
histoire auquel nous arrivons maintenant".

133
L'ancrage dans l'énonciation de D2 est également marqué par le rapport
entre l'explicateur scientifique et le lecteur à travers l'emploi de la première
personne du pluriel Nous, du pronom personnel à valeur neutre On, lesquels
renvoient, de façon englobante, à l'explicateur , donc à l'auteur de D2, et à ses
lecteurs. En voici quelques exemples:

23: L'assemblage des différents éléments ne s'effectue pas spontanément et nécessite


l'énergie apportée sous forme lumineuse par les photons provenant du Soleil. C'est cette
énergie lumineuse, emmagasinée par les végétaux que nous mangeons, qui nous est
indirectement restituée lorsque le glucose est dégradé par notre organisme. (R4- ligne 37)
24: Choisissons un tel plasmide et coupons-le avec une enzyme de restriction (R12-
ligne 27)

Si dans l'exemple 23, la voix de l'auteur de D2 est affirmée par


l'utilisation du pronom NOUS impliquant sa trace et celle du lecteur, l'exemple
24 où la marque de la première personne du pluriel se manifeste sous une
forme impérative, désigne clairement l'ancrage énonciatif du discours second.

A ces déictiques de personnes qui embrayent sur l'énonciation de D2,


s'ajoute le jeu des questions-réponses s'inscrivant comme un dialogue entre les
lecteurs et l'auteur de D2. Voici quelques occurrences à titre d'illustration.

25: S'agit-il pour autant du sommeil classique, avec les enregistrements


électroencéphalographiques caractéristiques que l'on peut constater chez l'homme ? Rien ne
permet aujourd'hui de l'affirmer (S17 - ligne 17)
26: Qui saurait y résister ? (S19 - ligne 83)
27. Peut-on se permettre de conclure que les escargots ne sont pas aussi niais qu'on le
croit souvent ? (R13 - ligne 158)
28. Quels sont les événements moléculaires sous-jacents ? Plusieurs possibilités sont
envisageables… (R15 - ligne 82)

134
2.2. Le positionnement de l'explicateur face à l'hétérogénité
énonciative

Nous voyons ainsi que dans les explications scientifiques, la voix du


scientifique explicateur n'est pas la seule à se faire entendre. Nous entendons
par "voix" comme "les entités qui assument (ou auxquelles sont attribuées) la
responsabilité de ce qui est énoncé" (Bronckart J-P.1996:324). Cela dit,
l'énonciation dans le discours d'explication agronomique est comme une mise
en scène où la parole est donnée à plusieurs personnages (spécialistes, hommes
politiques et industriels, voix de l'institution ...). Cette énonciation
polyphonique, réalisée sur le mode du discours rapporté, vient alors modifier,
comme le signale S. Reboul-Touré (2004:198), l'écriture et le rôle du
journaliste qui "au lieu de rapporter des faits scientifiques comme pouvait le
faire le troisième homme, rapporte plutôt des discours sur les faits en faisant
circuler la parole de différentes personnes impliquées par le fait scientifique".
Cela dit, face au dit d'origine, l'explicateur se dote d'un certain pouvoir de
paroles en sélectionnant l'auteur du dit et ses propos, en les rapportant à sa
guise, de façon déformée ou fidèle.

L'instance de production (ici, l'explicateur) occupe donc une fonction


d'intermédiaire et de reformulateur. Intermédiaire, car il est disjoint des
scientifiques, tant sur le plan référentiel qu'énonciatif. En cela, il investit la
fonction du médiateur qui n'est pas un spécialiste du domaine. Reformulateur
car il se doit de situer la parole relatée par rapport à son propre discours, de
l'évaluer, non pas sous forme de jugement de valeur, mais de pertinence
discursive: il doit savoir à quel moment de son discours introduire l'autre, par
quels termes l'insérer dans son texte. Remplissant cette fonction, il est
susceptible de jouer plusieurs représentations qu'il peut donner de lui-même: il
peut adopter une position "haute" (au moyen de "nous", "on") qui tend à le
ranger dans la communauté scientifique légitimée par des paradigmes de
désignation comme les scientifiques, les spécialistes, les chercheurs (mais avec

135
risque de "rupture" avec le destinataire, donc ses lecteurs), ou une position
"basse", de non-appartenance à la communauté scientifique, qui l'associe aux
lecteurs avec un statut de passeur de connaissances.

Par ailleurs, le scientifique explicateur peut se retrancher derrière le


discours d'autrui pour dire ce qu'il pense sans en assumer la responsabilité.
L’effacement énonciatif porte ainsi une orientation argumentative nette comme
le soulignaient déjà F. Grossmann et F. Rinck (2004:48): «Dans l’article
scientifique, elle (la visée argumentative) repose directement sur la pluralité
des énonciateurs, et sur la figure d’un auteur qui, tout en se présentant comme
une caution de scientificité, instanciable en tant que telle à l‘envi, n’a de cesse
d’affirmer sa singularité ». A ce propos, D. Maingueneau (1991:136) va
jusqu'à dire que la citation est souvent "spéculaire", parce que "sous couleur de
donner la parole à d'autres discours, le discours citant ne fait en réalité que
mettre en oeuvre ses propres catégories". En effet, nous pouvons citer l'autre
pour qu'il nous serve de témoin, parce qu'il a une position d'autorité liée à sa
compétence, à son pouvoir de décision…C'est à la fois la non- implication du
rapporteur qui lui permet de se démarquer, de se désengager et la preuve d'une
certaine autorité que donne le fait de citer car "un texte dans lequel circulent
plusieurs voix peut, grâce à plusieurs points de vue, éclairer le thème
scientifique." (Reboul-Touré S. 2004:207). Revenons à ces extraits du corpus:

29: Pour diminuer les flux de transgènes entre PGM, cultures bio et ordinaires, les
experts recommandent d'instaurer des "zones tampon" mettant à distance les parcelles (S9 -
ligne 107)
30: Or, de microscopiques champignons souterrains sont, eux aussi, victimes de ce
parasitisme, rapportent Martin Bidartondo et ses collègues de l'université de Berkeley, en
Californie (R8 - ligne 20)

On assiste ici à une imbrication entre discours d'accueil et discours


accueilli qui mêle les deux voix (celle du journaliste explicateur et celle des
experts). Cette question du brouillage des repères énonciatifs dans l'explication

136
scientifique est sans doute l'aspect le plus marquant, le plus intéressant du
genre.

3. Le registre temporel

Des travaux spécifiques sur les temps employés dans le discours


scientifique (notamment Jacobi D. 1999, Jacobi D. & Schiele B. 1988) ont
montré que le présent de l'indicatif y est privilégié. Notre discours agronomique
à visée explicative ne fait pas exception à cet usage. En effet, dans l'ensemble
du recueil de notre corpus, nous constatons le choix massif du présent de
l'indicatif. En nous référant à D. Leeman-Bouix (1994:147) "Le présent dans
l'énoncé est le temps par lequel celui qui parle montre ce qu'il dit comme vrai,
comme existant, au moment où il le dit", l'emploi du présent dans ces cas est
justifié, à notre avis, par une valeur de vérité générale, caractère indispensable
dans une explication scientifique. Par ailleurs, le scripteur, par le recours au
présent, crée un effet particulier, un peu comme si l'action se déroulait au
moment de la lecture ou que le lecteur était le témoin de quelque chose en train
de se produire. C'est le cas de ce passage qui explique la méthode de greffage
sur un arbre:

31: Toutes les méthodes de greffage (il en existe une centaine) reposent sur un même
principe: la fusion des tissus du greffon avec ceux du porte-greffe. Le processus se déroule en
deux étapes. Une couche de cellules mortes se crée d'abord à la surface de la plaie ouverte
pour pratiquer la greffe. Au début, cette nécrose empêche les échanges entre les deux plantes,
mais forme une sorte de colle qui soude ensemble les tissus (S7 - ligne 13)

Dans ce passage, le scripteur cherche à ancrer son texte dans le présent


atemporel et même l'actualité immédiate. Comme si l'événement était en train
de se produire sous les yeux du lecteur.

137
En particulier, dans certains articles où sont rapportées des expériences,
le présent utilisé superpose deux moments, celui de l'expérience et celui où le
récit est rapporté:

32: Il y a quarante ans, des scientifiques découvrent que certains de ces végétaux
s'alimentent par parasitisme. (R8 - ligne 6)
33: Afin d'estimer l'impact écologique des systèmes agricoles, les chercheurs suisses
mesurent divers paramètres participant à une notion globale de "santé" du sol. Y concourent
la masse, la diversité et l'activité métabolique de la population microbienne, … (R7 - ligne 43)

Cette caractéristique du présent est interprétée comme la volonté de


l'énonciateur de replacer la situation évoquée par l'énoncé dans le monde
actuel.

Outre l'emploi dominant du présent, nous retenons également, avec


l'analyse du corpus, l'utilisation du passé composé (pour rapporter une
expérience réalisée dans le passé ou une évocation des travaux anciens qui vise
à souligner et renforcer l'originalité des recherches actuelles) et du futur
(remplissant une fonction prospective) dans certains articles, notamment dans
S9, S11, S15, S19, R3, R10, R13, R15…(voir le tableau 4 à la fin du
chapitre). Il est intéressant de voir que le futur et le passé composé, accentués
ou non par les unités de liaison, constituent, dans certaines occurrences un lien
entre l'énoncé donné et les énoncés précédents ou suivants:

34: Ni virus, ni bactérie, le prion […] est une particule infectieuse protéique qui
résiste à des traitements draconiens (formol, stérilisation classique, irradiations…). C'est ainsi
que l'Américain Stanley Prusiner (Nobel de médecine 1997) a baptisé en 1982 cet agent "non
conventionnel" (S3 - ligne 1)
35: Dix ans après la première application d'un transfert de gène dans la bactérie
Escherichia coli, en 1973, les OGM végétaux sont nés. Dès lors, la transgenèse, outil idéal
pour étudier la fonction et la régulation des gènes, jouera un rôle essentiel en recherche
fondamentale sur les végétaux. (R14 - ligne 9)

138
Par ailleurs, lorsque le scripteur anticipe les hypothèses que pourrait
formuler le lecteur ou lorsqu'il cherche à atténuer ses affirmations, l'utilisation
du conditionnel (voir le tableau 4) est non négligeable dans les explications
scientifiques:

36: Ce procédé, dont la mise en place est prévue à l'automne prochain, permettrait
d'évaluer la teneur en protéines des riz nippons, afin de décider du moment le plus propice de
la récolte. (S6 - ligne 5)
37: Cet insecticide, utilisé en agriculture biologique sous forme de pulvérisation, est
biodégradable et peu agressif pour la faune non ciblée. Son remplacement ne serait pas une
bonne opération écologique. (S9 - ligne 77)
38: Il semblerait que l'hybridation, elle aussi, puisse conférer de solides capacités
adaptatives. (R11 - chapeau)

4. Les indications de cadres médiatifs

Les expressions introductrices d'espaces de discours (M. Charolles


1994), que J-M. Adam (2005:73) appelle également "les marqueurs de cadres
médiatifs" ouvrent à l'intérieur du discours des cadres "qui peuvent être de
nature diverse mais dont certains pèsent sur l'interprétation vériconditionnelle
des unités qui en font partie". (Charolles M. 1994:309)

Dans notre corpus, nombreux sont les introducteurs d'univers de


discours (selon, pour, d'après… voir le tableau 3 à la fin du chapitre), les
verbes introductifs comme annoncer, affirmer, estimer, expliquer…

S2: Pour les chercheurs français, la truite arc-en-ciel n'est qu'un modèle…
S17: selon les spécialistes, ces expériences pourraient aujourd'hui aboutir à …
R12: Selon Monsanto, le rendement du maïs classique augmenterait...
R1: les chercheurs ont constaté que …
R10: Cela s'explique, soulignent les agronomes suisses, par le faible apport …
S11: il progresse au rythme de 6,25 km par an, estiment les chercheurs de l'Entente
interdépartementale …

139
Ces marqueurs signalent qu'une portion de texte n'est pas prise en charge
énonciativement par le scripteur mais médiatisée par une autre voix. Les
sources des divers savoirs que véhiculent les textes sont ainsi localisées et
différenciées:

39: Interrogés par Science, deux microbiologistes américains indiquent que, en la


matière, il y a eu plusieurs études aux résultats contradictoires. (R10 - ligne 42)
40: Les Japonais espèrent améliorer leur production rizicole en instaurant un
système de surveillance des cultures par satellite. .. En effet, la teneur en protéines est liée à la
fertilisation et donc, à la teneur en azote des cultures à partir de données satellitaires. (S6 -
ligne 1)

Prenons le dernier exemple (40). Ce passage véhicule une instruction


interprétative qui consiste à signaler que la vérité de l'assertion "Les Japonais
espèrent améliorer leur production rizicole " doit être relativisée aux seuls Japonais.

Cette indication ne s'applique qu'à cette seule phrase. Avec "En effet, la teneur en
protéine est liée à la fertilisation…" nous comprenons en effet que le scripteur

reprend la parole et donc se porte garant de la vérité des propos qu'il avance.

Par le recours au cadre médiatif, le rôle de médiateur de l'explicateur est


préservé et "représenté": l'auteur s'informe auprès de spécialistes dont la
présence est ainsi marquée, mais reformule lui-même pour ses lecteurs les
savoirs construits (ou en construction) du domaine ainsi légitimé. Cela
correspond à la représentation traditionnelle de la vulgarisation scientifique
dont relève notre discours agronomique, décrite comme une reénonciation du
discours de la science pour le grand public par un médiateur (voir M-F.
Mortueux 1982, D. Jacobi 1986).

140
5. L'impersonnalité du discours

a. Le recours au passif

Un grand nombre de verbes dans notre recueil de textes sont à la voix


passive avec effacement du complément d'agent (voir tableau 5 à la fin du
chapitre). Tant la tournure passive incomplète (aux compléments d'agent non
exprimés) que la tournure pronominale à valeur passive, toutes les deux à la
troisième personne, contribuent à l'impersonnalisation du discours. En effet,
grâce aux formes verbales passives, les choses semblent agir seules, ce qui
implique l'objectivité des faits scientifiques:

41. Enfin, le sel (chlorure de sodium) mérite une mention particulière. Ce réhausseur
d'arôme est ajouté lors de la fabrication du pain en quantité trop importante (S18 - ligne 99)
42.: A 10%, la croissance de la plupart des germes est bloquée. (S14 - ligne 48)
43: Rien d'impossible alors que la diffusion de cette toxine par la plante se fait à
faible dose et tout au long de sa croissance. (S9 - ligne 84)

On peut trouver les occurrences de ces constructions passives dans tous


les textes du corpus (à part R6), particulièrement dans S2, S3, S7, S19, R1, R4,
R5, R15, R17.

Par ailleurs, le recours à la voix passive s'explique par des contraintes


thématiques, par la nécessité de mettre en position de thème un élément déjà
annoncé et de laisser l'élément nouveau apparaître en fin de phrase, ce qui
permet de conserver la progression thématique suivie, la cohérence du texte.
(l'ordre informatif de la phrase: thème (connu) / rhème (apport d'information
nouvelle), comme dans ces extraits:

44: Le plumcot existe à l'état naturel dans le sud de l'Europe mais il est surtout
sélectionné en Californie. Il y est même recroisé avec la prune (pour donner le pluot) et avec
l'abricot (aprium) (S1 - ligne 2)

141
45: Après la récolte, le grain est encore recouvert de ses enveloppes siliceuses, les
balles. Il s'appelle "riz paddy" et est inconsommable. (…) Il est encore entouré de ses
enveloppes cellulaires qui lui donnent sa couleur. (R17 - ligne 112)

Et ceci de manière à mettre en relief les référents, les faits scientifiques à


expliquer et surtout les résultats obtenus, plutôt que l'auteur du texte ou
l'instance énonciative.

b. Les tournures impersonnelles

Les tournures impersonnelles (il faut, il s'agit de, il y a, il est possible,


c'est ... voir tableau 6 à la fin du chapitre) et les phrases avec des sujets
inanimés sont aussi très sollicitées dans le corpus et elles permettent également
d'exprimer l'effacement de l'énonciateur. Ce phénomène, tout en assurant le lien
intraphrastique, exprime la non-personnalisation ou la dépersonnalisation dans
les textes. Le passage suivant en donne une idée:

46: Fabriquer une plante génétiquement modifiée (PGM) relève de la prouesse


technologique. D'abord, il faut parvenir à introduire un gène dans le noyau des cellules
végétales sans trop les perturber. Puis, à partir de ces cellules, il s'agit d'obtenir des plantes
qui portent si possible dans leur génome une seule copie du gène inséré. Enfin, il faut que ce
gène soit traduit en protéine fonctionnelle, afin que la plante présente le caractère recherché.
(S8 - ligne 1)
47: La reproduction asexuée existe aussi dans le règne animal: c'est la
parthénogenèse. Elle est caractérisée par le fait que l'ovocyte est activé et se développe en
embryon sans avoir été fécondé par un gamète mâle. (R18 - ligne 55)

Dans ces extraits, on peut voir que la marque de présence du scripteur


est totalement effacée pour laisser la place aux sujets non humains "ce gène",
"la reproduction asexuée", "elle", ... ou aux sujets impersonnels « il s’agit de »,
"il faut", "c'est".. .On observe ainsi une stratégie objectivante de l'effacement
des sources de l'énonciation comme dans le cas de ces occurrences:

142
Syntagmes nominaux inanimés
S6: la mise en place est prévue à l'automne prochain …
S10: Ces résultats pourraient servir à …
S16: la pratique du système intégré "porcs-graminées-poissons" offre …
S17: des analyses moléculaires signaleraient …
S17: ces expériences pourraient aujourd'hui aboutir à …
R9: Cette méthode, qui utilise l'amplification génique, permet …
R10: l'étude souligne le rôle important…
R11:les expériences de sélection en milieu naturel montre que…

Bref, l'anonymat derrière lequel se réfugie souvent le scientifique


explicateur en choisissant la troisième personne mais également l'ensemble des
constructions passives et impersonnelles que nous avons relevées plus haut
contribuent largement à dépersonnaliser le discours.

6. Bilan

Le discours agronomique que nous étudions vise un but utilitaire. Il est


écrit pour être lu, par un destinataire plus ou moins ciblé et pour réaliser une
action précise: expliquer et transmettre de connaissances dans le domaine de
l'agriculture. Pour atteindre cet objectif, de quels moyens textuels dispose- t-il
sur le plan énonciatif ? L'étude énonciative nous a permis de retenir les points
suivants:

La cohérence énonciative du discours agronomique à visée explicative


se construit sur l'absence de marques du Je scripteur et du Tu/Vous lecteur dans
un souci d'objectivité et de distanciation. En rendant plus explicite le lien entre
effacement énonciatif et visée argumentative, elle met en évidence les effets
pragmatiques de l'absence des traces des instances énonciatives. C'est à dire
qu'il y a une volonté de dépersonnalisation de l'énoncé, comme si ce n'était pas
l'auteur qui s'exprimait mais la science qui parlait seule.

143
Cependant, l'analyse approfondie du corpus nous a révélé que le
scripteur ne reste pas totalement absent de son discours. Le recours fréquent à
la marque de la première personne du pluriel et au pronom neutre "on" désigne
l'activité énonciative de l'explicateur: soit il se fond dans le Nous/On référant à
la communauté scientifique, soit il se cache derrière un Nous/On réunissant
l'auteur et le lecteur.

Par ailleurs ce genre discursif est fortement polyphonique avec le


recours constant au discours d'autrui. Celui-ci se manifeste sous différentes
formes du discours rapporté. Ainsi, on repère une démultiplication des
intervenants convoqués dans l'exposition de la science: en plus de la voix de
l'explicateur sont entendues les opinions de spécialistes, les voix de chercheurs
ou d'institutions du domaine concerné. Dans ce cadre, partagé entre le pouvoir
de parole et les contraintes professionnelles, le scientifique explicateur doit
savoir gérer la pluralité des voix qui traversent son discours pour assurer à la
fois la scientificité du contenu et l'intelligibilité du discours.

Au niveau temporel, comme il est d'usage dans le discours scientifique,


l'énonciateur dans le discours d'explication à thème agronomique cherche à
ancrer son discours dans le présent et même l'actualité immédiate de manière à
valoriser le côté "réel" de ses explications et à créer un effet particulier comme
si les faits scientifiques était en train de se produire sous les yeux du lecteur.
Cependant, l'emploi du conditionnel est également fréquent dans plusieurs
articles du corpus pour atténuer les affirmations de l'explicateur ou pour
indiquer qu'une information n'est pas confirmée.

L'étude systématique des indications de cadres médiatifs (introducteurs


d'univers de discours et verbes introductifs de propos rapportés) dans le recueil
de textes confirme par ailleurs qu'il s'agit moins de demander au spécialiste
concerné d'"expliquer" lui-même que de donner, à travers sa présence ainsi
signalée, une représentation de la science.

144
Enfin, la fréquence élevée des tournures impersonnelles ou le recours à
la forme passive contribuent à dépersonnaliser le discours: les faits
scientifiques deviennent des acteurs autonomes qui agissent par eux-mêmes, ce
qui renforce l'objectivité des explications.

145
Tableau 3: Les marques de la présence des instances énonciatives
dans l’explication scientifique

Texte Ligne
Exemples
S1 - Côté hybrides, on connaît surtout le tangor […] ou le tangelo 13
S2 - on se défend d'avoir voulu mettre au point un poisson… 13
- pour peu qu'on leur fournisse une gonadolibérine 19
- L'objectif initial répond, selon le Scribe, à un souci écologique 30
- Pour les chercheurs français, la truite arc-en-ciel n'est qu'un modèle 41
S3 - l'Américain Stanley Prusiner […] a baptisé en 1982 cet agent "non conventionnel" 7
47
- ... souligne Corinne Lasmezas (CEA, Fontenay aux Roses)
52
- encore inaccessible à nos moyens d'investigation
S4 - On trouve enfin des hydroxydes (OH) dans des minéraux hydratés 12
S5
S6
S7 - on considère que la greffe est soudée 51
- Mais on sait déjà que … 61
- Mais on est loin ici des difficultés d'une greffe dans le règne animal 68
S8 - les chercheurs ont longtemps buté sur des techniques … chapeau
- les scientifiques utilisaient agents chimiques… 13
- les scientifiques tirent profit de ce transport naturel de gènes 30
- Ce que les chercheurs améliorent afin qu'elle s'attaque… 36
- les chercheurs s'évertuent toujours à viser le bon lieu … 47
S9 - on en restait aux controverses sur des risques potentiels 6
- on ne pourra le remplacer que par des produits plus toxiques 70
- On pourrait aussi transférer plusieurs gènes insecticides 101
- Les experts recommandent d'instaurer des "zones tampon" 109
S10 - Grâce à la PIP2, ont constaté Elisabeth Prescott et David Julius de l'Université de 5
Californie.
- Pour les chercheurs américains, cette propriété varie selon les individus 24
S11 - Il risque de toucher de plus en plus nos campagnes, nos villes … et notre santé chapeau
- Installé sur les cotes italiennes, à moins de 60 km de nos frontières, 8
- il progresse au rythme de 6,25 km par an, estiment les chercheurs de l'Entente 10
interdépartementale …
- Or un rapport de l'OMS de 2002 a révélé qu'il resurgissait… 28
- Plus près de nous, c'est le moustique Culex 31
- A tel point que Jean-Pierre Hervé, du Laboratoire de recherche … 35

146
Texte Ligne
Exemples
- la chenille processionnaire n'en a pas moins été identifiée en 2001 par la FAO 52
- Enfin, prévient encore l'OMS... 96
- des chercheurs de Montpellier ont identifié des mutations … 111
S12
S13
S14 - on utilisait le sel 1
- on peut lui ajouter désormais des nitrites … 58
S15 - La société Biotop a donc demandé à … 9
- Les chercheurs ont d'abord retenu des individus… 14
- Biotop commercialise les animaux à l'état de larves 24
- les coccinelles piétonnes ne peuvent avoir d'influence sur l'écosystème, assure le 35
fabricant
S16 - Un seul exemple: en Norvège, ou l'on produit 500000 tonnes de saumons … 39
- on dénombre plus de 3000 fermes marines 41
S17 - Tout dépend, en fait, de ce qu'on appelle "dormir" 1
- que l'on peut constater chez l'homme 20
- selon les spécialistes, ces expériences pourraient aujourd'hui aboutir à … 31
- on dispose d'électrodes suffisamment fines pour mesurer … 34
- Ils pourraient donc bien dormir sans qu'on le décèle 43
S18 - pour les nutritionnistes, le pain n'est finalement pas l'ennemi … chapeau
- il permet de couvrir une partie de nos besoins énergétiques chapeau
- il ne couvre plus qu'environ 15 à 20% de nos besoins énergétiques 23
- et de rééquilibrer le contenu de nos assiettes 37
S19 - on raccourcit, voire on supprime le pointage 60
S20 - Ils (les chercheurs) ont réussi à démontrer que… 11
R1 - Une équipe américaine vient de montrer que … 6
- les chercheurs ont constaté que… 29
R2 - on connaît deux enzymes, appelées SBE A et B 22
- les chercheurs d'Unilever avaient déjà tenté de modifier… 27
R3
R4 - C'est cette énergie lumineuse, emmagasinée par les végétaux que nous mangeons, qui 43
nous est indirectement restituée lorsque le glucose est dégradé par notre organisme
- Les petites molécules de sucre sont plus rapidement absorbées par notre intestin que 47
de grosses molécules
- on parle souvent de sucres rapides pour désigner les sucres simples 49
- D.Jenkins a, par exemple, montré que … 72
R5 - qu'on désire introduire dans une bactérie 2

147
Texte Ligne
Exemples
- on utilise comme vecteur un plasmide 10
- que l'on trouve naturellement chez de nombreuses bactéries 12
- Choisissons un tel plasmide et coupons-le avec une enzyme de restriction 27
- comme si l'on avait coupé un élastique d'un seul coup de ciseaux 31
- chaque extrémité de notre fragment peut alors être soudée 32
R6 - Non, répondent John Reganold et ses collègues de l'université de Washington, à 4
Pullman.
- Année après année, les scientifiques ont tout consigné 19
R7 - Les chercheurs suisses mesurent divers paramètres 44
- Pour les auteurs, l'amélioration des rendements de l'agriculture biologique dépend 78

R8 - Champignons de nos forêts… Chapeau
- Des scientifiques découvrent que … 6
- jusqu'à présent, on pensait que … 15
- impliquant des champignons bien connus de nos forêts tempérées 17
- rapportent Martin Bidartondo et ses collègues … 23
- Probablement parce que "les chercheurs… hémisphère", explique Martin 71
Bidartondo
- La triche entre les plantes est donc bien plus courante qu'on ne le pensait. 99
- Pour Marc-André Selosse, spécialiste des symbioses… 105
R9 - l'idée du laboratoire Biotransfer et de la société BASF Agro de rechercher et 36
d'amplifier le gène Tri 5
- l'on peut désormais savoir … 45
R10 - On remarque une grande variabilité d'une culture à l'autre 23
- Cela s'explique, soulignent les agronomes suisses … 29
- deux microbiologistes américains indiquent que… 43
R11 - nombre de biologistes considèrent que … 5
- on observe… et que l'on retrouve… 41

- Pour Olivier Raymond, ... 57

R12 - on peut imaginer que la plante utilise des ressources… 5


- Pour Yves Chupeau, président du centre… 8
- Selon Monsanto, le rendement du maïs classique augmenterait... 14
R13 - on rencontre des fourmis, des termites et autres coléoptères... 2
- On considérait ledit monopole comme exclusif. 4
- comme l'on sait 7
- C'est ce qu'ont découvert deux Américains… 18
- on peut rapidement rappeler 23

148
Texte Ligne
Exemples
- On sait qu'elles montrent une capacité contrôlée 30
- on rencontre dans les savanes africaines 37
- que les Anglo-Saxons appellent "ambrosia beetles". 46
- On peut le rencontrer avec une densité … 54
- que Brian Silliman et son équipe ont observé 74
- les biologistes se sont rendu compte que… 78
- que l'on peut concentrer sous forme de questions. 82
- les chercheurs ont mesuré que… 106
- sur lequel vont se développer ces champignons si nutritifs pour notre escargot marin 124
- On peut maintenant dérouler 126
- ce que les Anglo-Saxons appellent "top down control" 154
- Peut-on se permettre de conclure que…qu'on le croit souvent ? 158
R14 - Marc Van Montagu, de l'université de Gand… et Robert Horch, chercheur chez 1
Monsanto…
- On les appelle aussi PGM 12
- On parle aujourd'hui d'OGM de "seconde génération" 29
- une molécule que l'on veut ensuite recueillir 62
- On ne retient ensuite dans la descendance des plantes transformées … 95
- Outre le "gène d'intérêt" qui code le caractère que l'on veut donner à la plante, 74
R15 - les biologistes californiens ont obtenu… 40
- les auteurs suggèrent donc que… 62
- Selon Benoit Robert, directeur de l'unité de génétique moléculaire de la 66
morphogenèse à l'Institut Pasteur
- Pierre Capy, codirecteur du laboratoire "population, génétique et évolution"… cite 89
ainsi l'exemple de la drosophile
R16 - on ne pratique pas seulement le coup direct. On joue presque toujours… 1
- le coléoptère qui nous intéresse en est la parfaite illustration 6
- Le biologiste américain, James Lloyd, le premier l'a appelée "femme fatale" 8
- Elle est plus répandue qu'on ne le pense puisqu'on la retrouve chez les bactéries, les 16
algues, ...
- Un Hollandais est le premier à avoir consacré un livre … 22
- ainsi qu'on peut le percevoir lorsqu'on tient un ver… 23
- il s'agit de Thomas Bartholins, qui écrit, en 1647, De luce animalium. 25
- on recense environ 2000 espèces différentes dans le monde 31
- Pour les pêcheurs, ces arbres lumineux sont autant de phares naturels 44
- On se doute que ce signal lumineux est spécifique à chaque espèce. 59
- Thomas Eisner est un très grand entomologiste. Il suffit de se reporter à son ouvrage 86
For Love of Insects

149
Texte Ligne
Exemples
- Concernant notre propos, il a découvert … 90
- C'est, en quelque sorte, le coup à quatre bandes de notre histoire auquel nous 93
arrivons maintenant.
- T.Eisner les baptise du nom de "lucibafagines" 103
- Voici donc ce nouveau coup. Il va emporter notre admiration 111
- T.Eisner, bien sûr, a testé le comportement des prédatrices habituelles 117
- J'aborde maintenant les deux derniers coups 127
R17 - On rencontre quatre grands modes de culture dans le monde 1
- que l'on fait monter avec la croissance du riz 8
- on peut aussi le semer directement 18
- on cultive du riz "inondé" 32
- On l'appelle également riz "cargo" 118
R18 - …sous la plume du botaniste Herbert Webber. 3
- pour les biologistes, ces clones cellulaires présentent l'avantage… 14
- En 1958, l'immunologiste Franck Macfarlane Burnett garde au mot clone son sens 18
d'"ensemble d'individus"
- on appelle aussi "clone" une lignée d'animaux … 32
- Nous vivons d'ores et déjà dans un monde peuplé de clones. 40
- Qu'on pense par exemple aux rejets issus de racines-les drageons. 47
- Regardez bien le long des routes 84
- Comment se fait-il que l'on obtienne ainsi une plante entière? 93
- on peut reproduire un génotype donné à des milliers d'exemplaires 103
- que l'on trouve à l'extrémité des tiges et des bourgeons. 109
R19 - Donnez à un rat une nourriture chapeau
- L'équipe de Dorothy Gietzen s'est demandé si … 28
- on sait qu'une zone du cortex cérébral … 33
- explique Daniel Tomé, directeur du laboratoire 51
- suggère Daniel Tomé 73
R20 - une équipe nord-américaine a exploité… 21
- On parle de rétroaction positive 56
- commente Frédérique Rémy, de l'observatoire Midi-Pyrénées 65
- une équipe européenne a montré que … 76

150
Tableau 4: repérage des temps (outre l'emploi dominant du
présent) utilisés dans les textes du corpus

Texte Description Ligne


Exemples
S1

S2 - Ils pourraient contribuer à réduire les risques de pollution génétique conditionnel chapeau
- Elles ont été dotées d'un gène supplémentaire "en verlan" passé composé 23
- des poissons transgéniques qui se seraient échappés d'un élevage conditionnel 33
remplacent, à terme, une espèce sauvage.
S3 - l'Américain Stanley Prusiner […] a baptisé en 1982 cet agent "non passé composé 7
conventionnel"
- l'agent infectieux serait un petit agent nucléique conditionnel 49
- la preuve ultime […] sera obtenue quand les PrPsc que les chercheurs font futur 58
naître ainsi se montreront infectieuses futur
S4 - dans les premières minutes qui ont suivi le big bang passé composé 2
S5 - Au départ, c'était la biodynamie imparfait 2
- Le Règlement européen pour les productions animales en biologie (Repab)
n'a vu jour que le 19 juillet 1999 passé composé 38
S6 - Ce procédé […] permettrait d'évaluer la teneur en protéines conditionnel 6
conditionnel 16
- Il s'agirait donc d'évaluer la teneur en azote des cultures
futur 33
- Les photos prises par le sattelite commercial Ikonos seront comparées
S7 - le cerisier pourra s'épanouir futur 6
S8 - les chercheurs ont longtemps buté sur des techniques mécaniques passé composé chapeau
- les scientifiques utilisaient agents chimiques… imparfait 13
- Mais les parois des cellules étaient perforées imparfait 17
- le gène s'intégrait à la molécule d'AND, il l'était en plusieurs copies conditionnel 20
- 2% des cellules ainsi traitées donnaient une PGM imparfait 23
- Puis vint Agrobacterium, une bactérie du sol passé simple 25
- ce qui permettrait d'obtenir une plus grande efficacité conditionnel 50
S9 - on en restait aux controverses sur des risques potentiels imparfait 6
passé composé 18
- plusieurs laboratoires de l'Inra […] ont étudié ces risques
passé composé 31
- les plantes qui les ont acquis ont toutes les probabilités de ne pas les
transmettre aux générations suivantes
passé composé 45
- l'importance de ces flux de gènes s'est précisée
passé composé 48
- 950 producteurs de colza "bio" […] ont vu leur récolte délaissée
conditionnel 65
- une exposition permanente à cet herbicide […] aurait permis la sélection
naturelle de populations de mauvaises herbes résistantes

151
Texte Description Ligne
Exemples
- on ne pourra le remplacer que par des produits plus toxiques futur 70
- Son remplacement ne serait pas une bonne opération écologique conditionnel 80
- D'autres experts préféreraient limiter aux saisons à risque … conditionnel 97
- On pourrait aussi transférer plusieurs gènes insecticides conditionnel 101
- qu'il faudra bien prendre en charge à l'échelle nationale… futur 116
- la séparation des filières en Europe entraînerait un surcoût … conditionnel 121
- ... de la firme qui l'a créée ou de la coopérative qui le lui a vendue passé composé 127
S10 - Grâce à la PIP2, ont constaté Elisabeth Prescott et David Julius passé composé 5
- Ces résultats pourraient servir à la mise au point de nouvelles molécules conditionnel 30
S11 - ils ont colonisé les Etats-Unis, l'Amérique central, les Caraibes,… passé composé 4
- un spécimen a même été découvert dans le Val d'Oise passé composé 7
- Ce qui pourrait l'amener à gagner la Cote d'Azur dès 2010. conditionnel 14
- Le paludisme […] avait disparu de nos contrées. plus que parfait 25
- un rapport de l'OMS de 2002 a révélé qu'il resurgissait … PS + imparfait 28
- la chenille processionnaire n'en a pas moins été identifiée en 2001 passé composé 52
- elles ont été importées au Brésil en 1956 passé composé 63
- Une colonisation qui a déjà tué plus de 1500 personnes… passé composé 67
- un arrêté préfectoral décrétait même Paris "zone infestée" imparfait 73
- elles seraient responsables d'un nombre croissant d'allergies conditionnel 76
- c'est bien avec le développement du commerce que moustiques et autres
cafards ont pu […] étendre leurs territoires. passé composé 82
- La génération du chauffage urbain a également joué un rôle… passé composé 87
- les modifications des pratiques agricoles ont favorisé l'expansion du criquet passé composé 90
- le réchauffement climatique pourrait aggraver la situation. conditionnel 97
- les zones tempérées pourraient notamment attirer de nouvelles espèces… conditionnel 99
- des chercheurs de Montpellier ont identifié des mutations passé composé 111
S12 - chacune d'elles sera le siège d'un processus de vieillissement qui les futur 17
conduira à leur chute futur
- qui entraîneront la destruction des pigments futur 26
S13 - sans ce processus lent, le chocolat ne serait qu'amertum conditionnel chapeau
- l'odeur putride imprégnerait définitivement les fèves conditionnel 47
S14 - on utilisait le sel pour conserver la viande imparfait 1
S15 - La société Biotop a donc demandé à l'Institut national de recherche… passé composé 9
- les chercheurs ont d'abord retenu des individus aux muscles des ailes passé composé 14
atrophiés puis ils les ont croisés et sélectionnés… passé composé
- les adultes nés plus tard des larves viendront par achever le travail futur 31
S16
S17 - Les seules études quantitatives qui ont consisté dans les années 60 à passé composé 24

152
Texte Description Ligne
Exemples
mesurer … n'ont montré aucune différence …
- ces expériences pourraient aujourd'hui aboutir à des résultats différents conditionnel 32
- Ils pourraient donc bien dormir sans qu'on le décèle conditionnel 43
- Il faudrait en fait d'autres types d'études conditionnel 45
- Tandis que des analyses moléculaires signalerait la présence… conditionnel 51
- Si les résultats négatifs persistaient, cela prouverait que … conditionnel 55
S18 - le pain était mis à l'index par les nutritionnistes imparfait 2
imparfait 4
- Principal grief: il faisait grossir
passé composé 4
- Or, le corps médical a depuis révisé son jugement
imparfait 6
- les entretiens de Bichat signaient en France sa réhabilitation
plus-que- 9
- la progression de l'obésité avait suscité de nombreuses études
parfait 40
- lesquels devraient représenter environ 55% des apports caloriques
conditionnel 105
- L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments a donc proposé en
passé composé
2002 de réduire progressivement
S19 - mais ils développeront une saveur acidulée typique futur 29
futur 44
- la formation de gluten sera plus importante
futur 76
- et il en sortira mal développé et trop coloré
futur 77
- trop doux, et il sera plat et pâle
futur 78
- En l'absence de vapeur d'eau, sa croûte sera terne et épaisse
conditionnel 83
- Qui saurait y résister ?
S20 - Ils ont réussi à démontrer que … passé composé 11
R1 - Une équipe américaine vient de montrer que … passé récent 6
- les chercheurs ont obtenu une arabette transgénique passé composé 20
- les chercheurs ont constaté … passé composé 29
R2 - Les chercheurs d'Unilever avaient déjà tenté de modifier… plus-que-parfait 27
- ce qui a donné un amidon à 38% d'amylose passé composé 32
- ils ont bloqué l'expression des deux enzymes passé composé 33
R3 - les agriculteurs … ont planté selon un protocole identique … passé composé 13
- Quatre mélanges ont été testés passé composé 23
- Des parcelles témoins […] ont permis de constater que … passé composé 26
- des gains de productivité […] ont pu être mesurés passé composé 33
R4 - la notion d'index glycémique s'est substituée progressivement passé composé 65
- par rapport à l'augmentation qu'occasionnerait la même quantité d'un conditionnel 69
aliment choisi comme référence
- D.Jenkins a, par exemple, montré que … passé composé 72
- Ces constatations un peu surprenantes ont significativement remodelé …et passé composé 79
ont aussi réorienté les conseils diététiques passé composé

153
Texte Description Ligne
Exemples
R5 - certains plasmides ont été améliorés passé composé 17
- comme si l'on avait coupé un élastique d'un seul coup de ciseaux plus-que-parfait 31
R6 - Ils ont comparé quantitativement les trois pratiques… passé composé 6
- Leur expérience s'est déroulée sur six années passé composé 15
- Année après année, les scientifiques ont tout consigné passé composé 19
R7 - Les réponses à ces questions ont plus souvent résulté de préjugés passé composé 5
idéologiques
- Cela pourrait changer avec la publication d'une étude suisse conditionnel 8
- Quatre parcelles cultivées ont été observées passé composé 16
- Le bilan définitif de ces vingt et un ans d'étude a été récemment publié passé composé 23
- les rendements des parcelles biologiques ont atteint en moyenne 80% de passé composé 76
ceux des conventionnelles.
- celles utilisées pour l'essai représentaient en effet "un compromis entre les imparfait 82
agricultures conventionnelle et biologique"
R8 - Cette découverte inattendue pourrait modifier la vision … conditionnel chapeau
- on pensait que cette supercherie n'était possible imparfait 15
- seules les symbioses impliquant des champignons ectomycorhiziens
s'étaient révélées victimes d'un parasitisme. plus-que-parfait 54
- Pourquoi aucun champignon endomycorhizien n'était-il retrouvé dans les imparfait 67
racines
- les botanistes sont allés déterrer différentes plantes… passé composé 84
- le matériel génétique […] a été comparé passé composé 86
- elle pourrait exister sur tout le Globe conditionnel 104
R9 - aux lots qui présenteraient un risque élevé de contamination. conditionnel 62
- Les organismes collecteurs de céréales […] pourront donc connaître la futur 64
qualité de la production
- Il serait en effet possible de fournir aux professionnels… conditionnel 74
R10 - l'essai a démarré en 1978 passé composé 8
- quatre systèmes agraires ont été étudiés passé composé 9
- un apport en fumier organique a été joint aux traitements chimiques passé composé 12
- le rendement des deux parcelles bio a atteint en moyenne 80% de celui de passé composé 19
l'agriculture conventionnelle
- il y a eu plusieurs études aux résultats contradictoires passé composé 44
R11 - Il semblerait que l'hybridation, elle aussi, puisse conférer … conditionnel chapeau
- les chercheurs ont croisé H.annuus et H.petiolaris en laboratoire, puis ont passé composé 32
transféré leur descendance dans les habitats passé composé
R12 - un accroissement pourrait provenir conditionnel 1
- des ressources qu'elle aurait pu consacrer à sa croissance conditionnel 6

154
Texte Description Ligne
Exemples
- le rendement du maïs classique augmenterait ainsi de 1,1 % par an conditionnel 14
R13 - Une littorine, […] a établi une symbiose très particulière… passé composé chapeau
- On considérait ledit monopole comme exclusif conditionnel 4
- C'est ce qu'ont découvert deux Américains passé composé 18
- trois groupes d'animaux, tous terrestres, ont évolué indépendamment passé composé 26
- celles qui ont provoqué le plus de fascination passé composé 29
- qu'elles ont découpées et rapportées au nid. passé composé 31
-des études récentes ont montré qu'au contraire il se nourrissait d'une plante passé + 61
vivante, Spartina alterniflora imparfait
- Brian Silliman et son équipe ont observé la présence de champignons passé composé 74
- les biologistes se sont rendu compte que le petit mollusque déposait passé composé 78
résolument… imparfait
- D'où un certain nombre d'hypothèses que ces biologistes ont formées passé composé 81
- le comportement singulier du gastéropode ralentissait de manière imparfait 93
importante la croissance …
- les chercheurs se sont demandé s'ils ne pouvaient pas faire l'hypothèse PS + imparfait 95
suivante: n'y aurait-il pas là une sorte de mécanisme conditionnel
- les analyses les plus minutieuses ont été conduites passé composé 99
- L'équipe de Brian Silliman a opéré dans tous les sens passé composé 100
- s'il existait une modification de leur croissance imparfait 105
- les chercheurs ont mesuré que 48% des escargots connaissaient une passé composé 106
mortalité rapide s'ils vivaient sur des feuilles vertes … imparfait
- Ainsi, ils ont fini par se convaincre que … passé composé 111
- Fourmis et termites champignonnistes ont atteint un niveau … passé composé 141
- les nématodes et les mites qui pourraient venir les parasiter conditionnel 145
R14 - Marc Van Montagu et Robert Horsch annoncent avoir fait exprimer par des passé + 1
plantes un gène qui leur était étranger imparfait
- Dès lors, la transgenèse […] jouera un rôle essentiel futur 14
- Ces OGM dits de "première génération" ont été conçus passé composé 22
- pour évoquer des plantes qui, peut-être, produiront des médicaments, futur 30
présenteront des avantages nutritionnels ou gustatifs ou seront capables de
croître …
- elle n'a pu être mise en oeuvre que sur quelques plantes passé composé 63
- ces marqueurs étaient des gènes de résistance aux antibiotiques imparfait 79
- le gène de résistance pourrait-il passer dans les bactéries du sol conditionnel 81
- Ce danger potentiel […] devrait disparaître conditionnel 84
- aucune expérience n'a montré qu'un tel transfert était effectivement PS + imparfait 85
réalisable

155
Texte Description Ligne
Exemples
- Le gouvernement français s'est en effet engagé à ne plus accepter d'OGM passé composé 88
de ce type
R15 - la paléontologie a démontré qu'il s'agit d'une disparition passé composé 15
- Elle a débuté il y a environ 12000 ans … lorsque les épinoches marines ont passé composé 17
colonisé …et se sont adaptées à ce nouvel environnement
- son équipe vient d'identifier le responsable de cette régression passé récent 33
- les biologistes californiens ont obtenu une première génération d'hybrides passé composé 40
- ceux-ci ont engendré des animaux aux épines de toutes tailles passé composé 43
- 375 de ces derniers […] ont ensuite été utilisés pour déterminer passé composé 44
- les chercheurs ont ensuite retrouvé le gène Pitx1 passé composé 52
- la régression des épines proviendrait de changements … conditionnel 63
- Mais des mutations plus simples pourraient suffire... conditionnel 88
R16 - Le biologiste américain, James Lloyd, le premier l'a appelée "femme passé composé 8
fatale"
- Cette désignation est restée passé composé 11
- Quelque sept cents genres ont ainsi été dénombrés passé composé 19
- Bartholins a compris un point essentiel passé composé 27
- la femelle Photuris va montrer tous ses talents de "femme fatale" futur 72
- elle va se révéler comme une terrible "croqueuse d'homme" futur 76
- il a découvert qu'en truquant leurs messages attractifs… les femelles de passé composé 90
Photuris obtenaient plus qu'un simple nutriment imparfait
- T.Eisner, bien sûr, a testé le comportement passé composé 117
- Il a vérifié que toutes les "femmes fatales" nourries de mâles de Photinus passé composé 119
étaient bien protégées imparfait
- les araignées, quand elles détectaient la toxine, lâchaient immédiatement imparfait 121
leur proie…
R17 - l'importance de sa préservation a été reconnue passé composé 108
- il était traditionnellement transporté par voie maritime imparfait 120
- le grain a perdu environ un tiers de son poids initial passé composé 129
- Des pilons hydrauliques ont également été développés en Asie passé composé 134
R18
R19 - des travaux menés chez la levure avaient mis en évidence … plus-que-parfait 14

- L'équipe de Dorothy Gietzen, de l'université de Californie, s'est demandé passé composé 28


si la réponse comportementale des animaux passait par le même mécanisme imparfait
- Les biologistes américains ont injecté… passé composé 37
- les rongeurs ont commencé à se détourner de leur gamelle passé composé 43
- Les ARNt non chargés en acide aminé se sont-ils accumulés dans les passé composé 46
neurones ?

156
Texte Description Ligne
Exemples
R20 - Ce comportement paradoxal vient d'être révélé passé récent 10
- les étés ont gagné 3o à 4oC passé composé 16
- une équipe nord-éméricaine a exploité les mesures au sol passé composé 21
- quelque 11600 kilomètres carrés de toundra (soit 2,3% de sa surface) ont
été convertis en forêt passé composé 47
- Q'en sera-t-il à l'avenir, à mesure que les arbustes et les forêts grignoteront futur 67
la toundra ?
- une équipe européenne a montré que … passé composé 76
- les températures élevées en Europe ont fortement limité la croissance passé composé 78
végétale.
- La photosynthèse fut ralentie passé simple 82
- 500 millions de tonnes de carbone atmosphérique n'ont pas été piégés par passé composé 85
les écosystèmes européens.
- les forêts ne pourront plus jouer leur rôle de "puits de carbone" futur 92

157
Tableau 5: L'impersonnalité dans l’ explication scientifique:

le recours aux tournures passives

Texte
Exemples Ligne
S1 - mais il est surtout sélectionné en Californie 5
- Il y est même recroisé avec la prune et avec l'abricot 6
S2 - Ces OGM en écailles sont frappés de stérilité de façon réversible chapeau
- les risques de pollution génétique causée par d'éventuels élevages de poissons chapeau
transgéniques
- Elles ont été dotées d'un gène supplémentaire "en verlan" 24
- des poissons transgéniques qui se seraient échappés d'un élevage remplacent, à terme, 34
une espace sauvage.
- elle ne peut de toute façon se reproduire dans les rivières d'Europe. 43
S3 - le prion est uniquement la protéine qui s'accumule sous forme de plaques 17
- elle est impliquée dans la transmission de signaux entre cellules 29
- une faible quantité de protéines PrPc se transforme en un mauvais moule 32
- le mécanisme de conversion d'une protéine […] peut être reproduit in vitro 53
- la preuve ultime […] sera obtenue quand … 58
S4 - la météorite, au contraire, s'enfonce peu à peu dans le manteau… 16
- les hydroxydes se recombinent alors pour former de l'eau 19
S5 - c'est un mode de production porté par une idéologie 1
- l'agriculture est reliée aux forces cosmiques et telluriques
4
- sont bannis les OGM, produits chimiques de synthèse
10
- les traitements antibiotiques (curatifs) sont plafonnés sous peine de déclassement
15
- des dizaines de molécules sont autorisées tant en production…
17
- un poulet bio est tué à 81 jours
53
S6 - la mise en place est prévue à l'automne prochain 6
- la teneur en protéines est liée à la fertilisation 13
- Les photos prises par le sattelite commercial Ikonos seront comparées 33
S7 - et le tour est joué 5
- le processus se déroule en 2 étapes 17
- une couche de cellules mortes se crée d'abord à la surface de la plaie ouverte 18
- les cellules qui bordent la ligne de nécrose vont toutefois se transformer 25
- un tissu de protection-du liège-se développe, évitant la déshydratation 36
- on considère que la greffe est soudée 51
S8 - il faut que ce gène soit traduit en protéine fonctionnelle … 9

158
Texte
Exemples Ligne
- Mais les parois des cellules étaient perforées 17
- le cycle vital de la plante est peu perturbé 43
S9 - Les protéines agronomiques codées par ces transgènes ont peu de chance de s'exprimer 29
- l'importance de ces flux de gènes s'est précisée 45
- là où des millions d'hectares sont plantés depuis près de six ans 46
- ce sont les pratiques des fermiers qui sont pointées du doigt 60
- C'est d'ailleurs le même problème qui se pose… 73
- la diffusion de cette toxine par la plante se fait à faible dose 80
S10 - Pourquoi un plat pimenté est-il parfaitement toléré par certains… 1
- cette molécule est solidement ancrée aux récepteurs neuronaux 8
S11 - un spécimen a même été découvert dans le Val d'Oise 7
- Le paludisme […], véhiculé par l'Anopheles gambia… 25
- les cultures ne sont pas moins menacées par le développement inédit de certaines 42
espèces
- les zones où il pullule se multiplient 48
- la chenille processionnaire n'en a pas moins été identifiée en 2001 par la FAO 52
- elles ont été importées au Brésil en 1956 63
- l'arrivée en Europe du Sud d'Aedes aegypti, […] est redoutée 102
S12 - l'eau véhiculée par la sève brute 5
- Celui-ci est initié par les phytochromes 21
- Deux hormones […] sont alors sécrétées par les cellules de la feuille 25
S13 - ou bien ceux véhiculés par les insectes 5
- s'amorce alors un long processus 9
- des levures du groupe des Saccharomyces cerevisiae se développent 12
- permettant aux métabolites produits par les micro-organismes d'y pénétrer 24
- les réactions biochimiques ne sont pas toutes identifiées 26
- composants qui sont les précurseurs des arômes du cacao, ultérieurement libérés par la 31
torréfaction
- les tanins des fèves, des polyhydroxyphénols, se condensent au cours de la 38
fermentation
S14 - l'eau moins salée est attirée par la solution concentrée en sel 32
- Les micro-organismes se trouvent alors dans des conditions hypertoniques […], se 36
déshydratent et ne peut plus se développer
- A 10%, la croissance de la plupart des germes est bloquée. 48
- le salage traditionnel, lui, est souvent combiné avec le séchage 60
S15 - un animal incapable de voler, donc condamné à passer son existence sur le massif de 21
fleurs
S16 - Ainsi les petites exploitations des pays du Sud se caractérisent-elles surtout par leur 5

159
Texte
Exemples Ligne
polyculture.
- L'élevage de la carpe […] se mène parallèlement à celui du bétail terrestre 8
- Les poissons […] peuvent en effet être élevés dans les rizicultures 28
- Ces fermes sont réparties régulièrement sur tout le littoral 56
S17 - d'autres tel le poisson-perroquet, s'enveloppent d'une sorte de chemise de nuit 8
- ils sont contraints de se mouvoir longtemps 15
- le sommeil n'est décelé que sur les électroencéphalogrammes enregistrés dans le cortex 39
S18 - le pain était mis à l'index par les nutritionnistes 2
- Celles-ci se situent surtout à la périphérie du grain de blé 59
- les céréales contiennent des phytates, substances qui se lient à certains minéraux 89
- lorsqu'elles sont activées par la fermentation 94
- Ce réhausseur d'arôme est ajouté lors de la fabrication du pain 101
S19 - derrière ces qualités se cachent de complexes réactions physico-chimiques 9
- la "valeur boulangère" de la farine est liée à sa composition en protéines insolubles 15
- Les pains au levain sont ensemencés avec un morceau de pâte, le levain-chef 22
- Gliadines et gluténines s'organisent en réseau de gluten 37
- une forte densité d'alvéoles se forme dans une pâte issue d'un pétrissage intensifié 56
- ce qui se traduit par un gonflement des pâtons important 69
- La vigilance s'impose 79
S20 - sous les couches superficielles du sol occupées par les cultures 28
R1 - gousses, siliques et autres fruits secs se fendillent, se dessèchent et éclatent pour libérer 1
leurs graines.
- ce phénomène de déhiscence des fruits est contrôlé par deux gènes 9
- Composés de deux valves séparées par une fausse cloison … 11
- les cellules entourant ces zones de fragilité se rigidifient 17
- chez laquelle les deux gènes SHP1 et SHP2 sont inactivés. 21
- lorsqu' un seul de ces gènes est muté 24
R2 - La synthèse d'amylose n'est pas affectée et le rapport amylopectine/amylose est 36
totalement inversé
R3 - Quatre mélanges ont été testés. 23
- des gains de productivité pouvant aller jusqu'à 300% ont pu être mesurés. 33
R4 -Cette quantité lui permet de couvrir une grande partie de ses besoins énergétiques, le 5
reste étant apporté par les graisses.
- L'assemblage des différents éléments ne s'effectue pas spontanément et nécessite 37
l'énergie apportée sous forme lumineuse par les photons
- C'est cette énergie lumineuse, emmagasinée par les végétaux que nous mangeons, qui 43
nous est indirectement restituée lorsque le glucose est dégradé par notre organisme
- Les petites molécules de sucre sont plus rapidement absorbées par notre intestin ... 47

160
Texte
Exemples Ligne
- les sucres complexes sont qualifiés de lents 51
- Les sucres complexes doivent obligatoirement être dégradés en sucres simples 54
- Lorsqu'il est intégré seul … 56
- la notion d'index glycémique s'est substituée progressivement 65
- l'index glycémique est fixé à 100 71
R5 - soit un gène quelconque, porté par un fragment d'ADN 1
- la protéine codée par ce gène 3
- ce fragment doit être associée à un autre élément d'ADN 6
- certains plasmides ont été améliorés et optimisés par l'ajout d'éléments essentiels à leur 17
manipulation
- le plasmide n'est alors coupé qu'une seul fois 29
- chaque extrémité de notre fragment peut alors être soudée à chacune des extrémités du 32
plasmide
- Les cellules ainsi transformées sont ensuite cultivées en boite de Pétri 45
- les marqueurs portés par le plasmide. 48
R6
R7 - Quatre parcelles cultivées chacune selon une méthode différente […] ont été observées 16
- Le bilan définitif de ces vingt et un ans d'étude a été récemment publié 23
- qui sont d'ailleurs étroitement corrélés à la biomasse microbienne 61
R8 - vos microscopiques collègues souterrains sont logés à la même enseigne chapeau
- Certains de ces végétaux s'alimentent par parasitisme 7
- les associations symbiotiques formées par un champignon… 27
- l'eau et les sels minéraux puisés dans le sol par le champignon 36
- les glucides fabriqués par la plante photosynthétique. 66
- Pourquoi aucun champignon endomycorhizien n'était-il retrouvé dans les racines de 67
plantes épiparasites
- le matériel génétique extrait de leurs racines … a été comparé 86
- les épiparasites sont effectivement associées de façon très spécialisée à des Glomales 92
R9 - certaines toxines produites par des champignons […] se révèlent toxiques chapeau
- une même mycotoxine peut être produite par diverses espèces 19
-ces toxines ne sont pas produites en continu par les cellules fongiques 22
R10 - quatre systèmes agraires ont été étudiés 9
- un apport en fumier organique a été joint aux traitements chimiques 12
- une pratique bio qui s'accompagne de traitements spécifiques 17
- Cela s'explique […] par le faible apport de potassium en agriculture bio 29
- les légumineuses sont avantagées par leur aptitude à vivre en symbiose 33
- la nutrition minérale des plantes est ainsi améliorée 52
R11 - les récents résultats obtenus par Loren H.Rieseberg et ses collaborateurs 9

161
Texte
Exemples Ligne
- ce mécanisme d'adaptation évolutive […] se soit aussi produit chez d'autres plantes. 62
R12 - ces rendements inférieurs peuvent également s'expliquer par le processus de 9
fabrication des semences OGM
- les transferts de gènes sont réalisées sur des variétés intéressantes in vitro 10
R13 - un nouveau "fermier", totalement inattendu, vient de s'immiscer 11
- qui ne soit pas compris dans le phylum des insectes 21
- il se nourrissait d'une plante vivante, Spartina alterniflora 71
- les analyses les plus minutieuses ont été conduites 99
R14 - C'est en 1996 que sont commercialisés les premiers maïs, soja et coton transgéniques. 20
- Ces OGM dits de "première génération" ont été conçus pour résister à un herbicide 22
total
- le transgène s'exprime massivement 60
- elle n'a pu être mise en oeuvre que sur quelques plantes 63
- au lieu où s'insère le gène d'intérêt 67
- Le gène introduit dans le génome receveur est préalablement inclus dans une 71
construction génétique assez complexe.
- les deux gènes (marqueur et gène d'intérêt) ne soient pas contigus dans le génome. 92
R15 - 375 de ces derniers […] ont ensuite été utilisés pour déterminer … 44
- la régression des épines pelviennes est contrôlée en grande partie par une région 50
- le gène y est normalement exprimé 59
- L'analyse des régions régulatrices […] est vouée à un bel avenir 103
R16 - Elle est plus répandue qu'on ne le pense 16
- Quelque sept cents genres ont ainsi été dénombrés 19
- Ainsi chaque arbre s'allume et s'éteint d'un seul coup 43
- Il est émis par des organes luminescents situés à la base de l'abdomen 60
- le mâle ainsi grugé par ce message […] s'approche sans crainte 78
- Ces coléoptères […] sont protégés contre les araignées sauteuses 97
- toutes les "femmes fatales" […] étaient bien protégées 119
- qui sont ainsi défendus des prédateurs. 131
R17 - le riz pluvial de plateau est cultivé sans irrigation 42
- le temps que le sol s'épuise 51
- les matières organiques […] sont décomposées par des micro-organismes 91
- Ce biotope […] est aujourd'hui menacé par les produits phytosanitaires 100
- l'importance de sa préservation a été reconnue 108
- Sans qu' aucune mesure concrète ne soit avancée 109
- le grain est encore recouvert de ses enveloppes siliceuses 112
- il était traditionnellement transporté par voie maritime 120
- Il est encore entouré de ses enveloppes cellulaires 121

162
Texte
Exemples Ligne
- le décorticage est réalisé à la main 131
- Des pilons hydrauliques ont également été développés en Asie. 134
- Les brisures elles-mêmes sont vendues essentiellement en Afrique 142
R18 - les jeunes plants obtenus par reproduction asexuée 4
- comment une cellule productrice d'anticorps se divise en autant de cellules 22
- une lignée d'animaux obtenus par reproduction asexuée 32
- à la façon dont un fraisier se propage en émettant des tiges horizontales 49
- Elle est caractérisée par le fait que l'ovocyte est activé et se développe en embryon 57
sans avoir été fécondé par un gamète mâle.
- alors que les femelles sont produites par reproduction sexuée, les mâles, eux, sont 63
produits par parthénogenèse
- Tous ceux engendrés par une reine donnée 66
- ce sont les femelles qui sont produites par parthénogenèse 69
R19 - l'interrupteur moléculaire cérébral qui régit ce comportement vient d'être décrit chapeau
- Les ARNt non chargés en acide aminé se sont-ils accumulés dans les neurones 46
R20 - Ce comportement paradoxal vient d'être révélé par deux études indépendantes 10
- le réchauffement s'explique d'abord par une fonte des neiges de plus en plus précoce 31
- la toundra qui, elle, est repoussée vers le nord. 45
- quelque 11600 kilomètres carrés de toundra […] ont été convertis en forêt 47
- le réchauffement est accentué 55
- la hausse de température induite par cette mutation végétale reste modérée 57
- La photosynthèse fut ralentie 82
- 500 millions de tonnes de carbonne atmosphérique n'ont pas été piégés par les 85
écosystèmes européens.
- Si de telles vagues de chaleur se multiplient ... 91

163
Tableau 6: L'impersonnalité dans l’ explication scientifique:
le recours aux tournures impersonnelles

Texte Ligne
Exemples
S1 - Ce ne sont pas des hybrides mais des variétés de pêche 22
S2

S3

S4 - il n'y a rien d'étonnant à cela 1


- pour qu'elle atteigne cet état, il faut la présence d'une atmosphère 8
- c'est le dégazage 21
S5 - C'est un mode de production porté par une idéologie 1
- C'est une philosophie plus pragmatique 6
- C'est la fameuse "liaison au sol" chère aux bio. 31
- Mais il y a encore des ateliers "hors sol" 33
- C'est un accord minimaliste 44
S6 - Il s'agirait donc d'évaluer la teneur en azote des cultures 16
- C'est précisément la teneur en protéines qu'il devient possible d'estimer 27
S7 - Il en existe une centaine 13
S8 - D'abord, il faut parvenir à introduire un gène … 3
- Puis, à partir de ces cellules, il s'agit d'obtenir des plantes… 6
- Enfin, il faut que ce gène soit… 9
S9 - C'est le cas des études menées en Europe sur le maïs 9
- Il reste à savoir si les cultures Bt accélèrent ce problème de résistance 82
- Rien n'assure que cela soit efficace 94
- Il faut que chaque cultivateur joue le jeu 112
- cette organisation et ce suivi ont un coût et une complexité de gestion, qu'il 116
faudra bien prendre en charge à l'échelle nationale…
- il reste à résoudre un épineux problème. 124
- A savoir qui du paysan ayant planté une PGM… 124
S10
S11 - Il n'y a pas que les fourmis… chapeau
- il risque de toucher de plus en plus nos campagnes chapeau
S12
S13 - Il faut des micro-organismes et beaucoup de réactions chimiques chapeau
- il faut interrompre la fermentation par séchage… 43
S14 - Reste que l'évolution des goûts limite aujourd'hui les teneurs de sel… 51
S15 - il existe un insecticide redoutable: la coccinelle 4

164
Texte Ligne
Exemples
- il suffit de déposer de une à deux larves par colonie de pucerons 28
S16 - il n'existe pas un seul modèle d'élevage de poissons. 4
- Rien à voir avec les grandes exploitations intensives 32
S17 - Ce qui est sûr, c'est que les poissons, […] ont des phases… 2
- S'agit-il pour autant du sommeil classique 17
- Rien ne permet aujourd'hui de l'affirmer 21
- Il faudrait en fait d'autres types d'études 45
S18 - il faut dire qu'entre ces deux dates, la progression de l'obésité… 8
- il faut privilégier ceux qui apportent des sucres complexes 43
- à noter aussi que les céréales contiennent des phytates 88
- aucune raison, donc, de se priver du plaisir du bon pain 111
S19 - Il ne reste plus qu'à enfourner. 73
- Reste à laisser l'eau en excès s'évaporer 80
S20
R1
R2
R3
R4
R5 - il s'agit de cloner le gène et d'exprimer la protéine 5
- comme s'il s'agissait de son propre matériel génétique 8
- Reste à expédier la construction à l'intérieur d'une bactérie 36
- Il suffit alors de sélectionner les colonies de bactéries 48
R6 - Reste à renouveler l'expérience avec d'autres cultures 34
R7 - La croissance des plantes en bénéficie-t-elle ? Oui, semble-t-il 71
R8
R9 - C'est loin d'être suffisant 11
- s'il n'y a aucun risque de voir apparaître des mycotoxines 46
- Il serait en effet possible de fournir aux professionnels… 74
R10 - il y a eu plusieurs études aux résultats contradictoires. 44
R11 - les croisements interspécifiques sont, semble-t-il, assez courants 1
- Il semblerait que l'hybridation, elle aussi, puisse conférer de solides capacités chapeau
- Faut-il voir dans ces capacités adaptatives …ridation 27
- il est tentant de penser que… 62
R12 - une fois la transformation effectuée, il faut "introgresser", 12
R13 - Il s'agit d'un escargot 13
- Il s'agit de cultivars 34
- n'y aurait-il pas là une sorte de mécanisme primaire… 97

165
Texte Ligne
Exemples
- s'il existait une modification de leur croissance ... 105
- Il est nécessaire de constater immédiatement que … 136
- Ce sont des éleveurs hors pair 142
R14 - il est infiniment plus compliqué de faire appel … 35
- Reste que … le manque de précision 65
R15 - c'est un poisson fort commun 1
- la paléontologie a démontré qu'il s'agit d'une disparition 15
R16 - il faut d'abord mettre en place … 13
- Il est possible, par exemple, de ne pas se ruer immédiatement… 14
- il s'agit de Thomas Bartholins 25
- Ce sont de vrais signaux comme des messages codés… 35
- Il y a, dans cette situation, une grande disparité 50
- C'est en quelque sorte, une forme de dimorphisme sexuel 57
- C'est donc un coup à deux bandes 69
- Il suffit de se reporter à son ouvrage For Love of Insects 89
- C'est, en quelque sorte, le coup à quatre bandes de notre histoire 93
- Ce sont des pyrones stéroïdiennes 102
- Voici donc ce nouveau coup 111
R17 - C'est un écosystème artificiel mais complet 79
- Il ne reste alors que l'albumen 126
R18 - il existe deux modes de reproduction 42
- C'est la parthénogenèse 56
-Il y a toutefois chez ces derniers des phénomènes de clonage naturel 74
- Ce sont tous les clones d'un arbre importé 85
- Comment se fait-il que l'on obtienne ainsi une plante entière 93
- Il est aussi possible d'utiliser uniquement les méristèmes 106
R19 - Il semble donc bien que le système gouverne la détection des carences 68
R20 - de l'ordre de 2% ou 3% selon qu'il s'agit d'arbustes ou d'arbres 60

166
CHAPITRE 9:
ANALYSE THEMATIQUE-RÉFERENTIELLE

Dans ce chapitre, il est question d'entreprendre l'analyse thématique-


référentielle du corpus afin d'y repérer les traits de la cohérence. En effet, si la
cohérence est généralement considérée comme nécessaire à une appréciation
positive de la qualité textuelle, elle reste cependant difficile à cerner. Ceci est
d'autant plus problématique que la cohérence n'est pas une propriété du texte
mais elle est construite par le récepteur. Elle est de l'ordre de l'interprétation
discursive (M. Charolles 1988:55, J-M. Adam dans P. Charaudeau et
D.Maingueneau 2002:100). Aussi espérons-nous qu'une analyse de la
dimension thématique-référentielle d'un texte, notamment dans le cadre de
notre étude, d'un texte scientifique à thème agronomique permettra de mieux
cerner certains aspects qui contribuent à la perception d'une clarté textuelle.

1. La cohérence thématique

L'étude sur l'organisation textuelle du corpus que nous entreprenons par


le biais d'une analyse de sa structure thématique est associée à une réflexion sur
la notion de genre. S'agissant du discours agronomique à visée explicative,
existe-t-il des phénomènes d'organisation thématique spécifique d'une rédaction
scientifique de ce genre ? Comment l'information y est-elle traitée ? Quelles
sont les opérations permettant de transformer les objets de connaissance en
objets de discours ?

1.1. L'objet de discours

La cohérence thématique concerne bien sûr la question du thème dont on


parle, c'est-à-dire de l'objet de discours. En ce qui concerne l'objet de discours,
nous nous référons à S. Moirand dans Charaudeau P. et Maingueneau D.

167
(2002:406): "De manière intuitive, l'objet de discours est constitué de segments
verbaux qui, dans un texte ou une conversation, renvoient à ce dont il est
question, et la notion paraît proche alors de celles de thème ou de topique". Le
thème référentiel dont il est question dans notre corpus concerne tout ce qui
touche à l'agriculture: l'élevage, la riziculture, l'agroalimentaire, la biologie
végétale…Certains articles (S3, S5, S9, R6, R7, R10, R12, R14, R18, R20…)
abordent même des thèmes qui font l'objet d'un débat politique ou
environnemental ou qui sont au cœur des préoccupations des gens, notamment
des agriculteurs. Citons par exemple la crise de la vache folle; la question
récurrente du clonage ou de l'effet de serre; le débat autour des OGM
(Organismes génétiquement modifiés) ou des transgènes; le point sur
l'agriculture bio…

Pour construire une explication scientifique autour de ces thèmes et la


rendre compréhensible, le journaliste explicateur doit déterminer les opérations
à réaliser lors de la production du discours:

* Il détermine le thème à expliquer: C'est dire que le problème qu'il


cherche à expliquer se pose réellement. En effet, dans l'ensemble du corpus, les
sujets, qu'il s'agisse des explications portant sur l'élevage de poisson (S16), la
greffe de plantes (S7), la menace des insectes (S11) ou sur les riz résistants
(R3), les pommes biologiques (R6), les tournesols spéciaux (R11)…
proviennent du constat d'un phénomène réel. L'auteur suppose que ces faits
constituent un obstacle cognitif pour le lecteur et se livre donc à une boucle
explicative. L'explication sert alors à anticiper une demande de clarification sur
une notion ou un référent de type Qu'est-ce que c'est? (Qu'est-ce qu'un prion ?
Qu'est-ce que le bio?) ou bien une demande sur les procédures à suivre ou la
chronologie des actions à effectuer: Comment cela se passe t-il ? (Comment la
greffe prend-elle sur un arbre ? Comment les transgènes peuvent-ils modifier le
rendement?). Ou encore elle sert à répondre à une interrogation sur les raisons
des faits, des phénomènes ou des actions de type Pourquoi cela se passe-t-il

168
ainsi ? Comment est-ce possible ? (Pourquoi les feuilles tombent-elles à
l'automne ? Les poissons dorment-ils ?)

* Une fois déterminé le thème à expliquer, le scientifique sélectionne les


informations qu'il va apporter et cela, en fonction de plusieurs paramètres
parmi lesquels nous en présenterons ici deux principaux:

- Le point de vue adopté: l'auteur construit les objets de son discours


selon l'angle scientifique sous lequel est abordé le problème. Ainsi, non
seulement un biologiste et un agronome ne diront pas la même chose d'une
plante transgénique (ou de l'agriculture biologique) mais l'agronome lui même,
selon qu'il entreprend d'expliquer l'expérimentation en champ de cette plante,
son risque ou bénéfice pour l'environnement ou son rendement agricole,
évoquera des objets de discours différents.

- La connaissance partagée supposée: Élaborer une explication


scientifique présuppose que le scripteur a une certaine représentation des
connaissances du récepteur; l'explication ne peut partir de rien mais sous-
entend dans sa construction une base commune, un ensemble d'éléments
formant un point de départ commun au scripteur et au récepteur. Elle se déroule
à partir de ce qu'il est convenu d'appeler "la connaissance partagée supposée"
(Combettes B. 1986). Ainsi, les éléments de l'explication sont organisés en
fonction des savoirs supposés connus du destinataire: selon le public visé, le
scripteur ajoutera ou passera sous silence certaines informations. Cette
nécessité de sélectionner l'information en fonction du lecteur explique aussi que
le scripteur pose le problème dans les termes qui lui semblent être ceux
qu'emploierait ce dernier. Il établit l'état de la question tel qu'il s'imagine que le
feraient ses lecteurs. Dans notre corpus, nombreux sont les cas où non
seulement cette sélection permet d'articuler l'explication au savoir du lecteur
mais encore, en début de texte, elle permet de construire le référent à partir

169
duquel se déroulera l'explication. Le texte sur les truites transgéniques (S2)
dont voici un extrait en donne un exemple:

48: Les truites que vient de créer l'INRA ont un faux air de Terminator. Ces OGM
en écailles sont frappés de stérilité de façon réversible. Ils pourraient contribuer à
réduire les risques de pollution génétique causée par d'éventuels élevages de poissons
transgéniques. (S2 - chapeau)

* L'explicateur raisonne. Il établit entre les objets du discours des liens


logiques qui construisent progressivement la nouvelle représentation.
L'équilibre entre l'apport d'information nouvelle et le rattachement à une
information supposée connue est un des facteurs de cohérence qui est mis en
oeuvre dans la plupart des textes de notre corpus (nous reviendrons sur ce point
dans les pages qui suivent). Au cours de son explication, deux paramètres sont
à prendre en compte par le scripteur: les faits à expliquer et le besoin éventuel
d'une information annexe de la part du lecteur. Ainsi, dans le corpus, il arrive
souvent de voir que la chronologie des actes est interrompue pour que le
scripteur insère une information complémentaire nécessaire à la compréhension
globale du lecteur. Observons ce passage:

49: Soit un gène quelconque, porté par un fragment d'AND, qu'on désire introduire
dans une bactérie afin qu'elle se mette à fabriquer la protéine codée par ce gène. Selon
les termes appropriés du génie génétique, il s'agit de cloner le gène et d'exprimer la
protéine. En premier lieu, ce fragment doit être associé à un autre élément d'AND qui
permet de le "présenter" à la bactérie, comme s'il s'agissait de son propre matériel
génétique. Ce type d'élément est un vecteur de clonage. Très souvent, on utilise
comme vecteur un plasmide, une petite molécule d'ADN circulaire que l'on trouve
naturellement chez de nombreuses bactéries. Ces plasmides sont suffisamment
autonomes pour se maintenir dans la cellule bactérienne de génération en génération.
(R5)

Ce passage organise les éléments de l'explication en un ordre


chronologique, celui des actes réalisés pour manipuler les gènes des micro-

170
organismes. Cependant, l'explication de ces actes est souvent interrompue par
des informations d'un autre ordre: les savoirs que doit posséder le lecteur pour
comprendre parfaitement le déroulement des actes des manipulations. C'est
ainsi que viennent s'intercaler des précisions comme l'introduction des
exemples explicatifs ou la reformulation paraphrastique (Selon les termes …il
s'agit… Ce type d'élément est un vecteur… on utilise comme vecteur un
plasmide, une petite molécule…)

1.2. L'organisation informationnelle

Nous voyons ainsi que l'explication scientifique est donnée en un


discours où sont construits les objets formant l'univers de ce discours. Mais il
ne suffit pas de présenter ces objets ou le thème référentiel, il faut encore
observer comment le contenu informationnel se maintient et se développe le
long du discours agronomique pour assurer la continuité et la progression du
thème. Pour ce faire, nous nous appuierons sur la théorie de la "Perspective
Fonctionnelle de la Phrase", élaborée dans le cadre des travaux du second
Cercle linguistique de Prague et développée en linguistique textuelle par
B.Combettes (1983) et M. Riegel, J-C. Pellat et R. Rioul (1994). (cf. chapitre 6
point 3). Nous proposons, à titre d'illustration, une schématisation de la
structure informationnelle des éléments thématiques et rhématiques de 3
articles S1, S17 et R9.

171
P1: Th1 (le plumcot) → Rh1 (existe dans le sud de l'Europe)

Th1 (il) → Rh2 (sélectionné en Californie)

P2: Th1 (Il) → Rh3 (recroisé avec la prune et l'abricot)

P3: Rh4a (Pour débarquer ←Th2 (Ces hybrides) → Rh4b (progrès de productivité
en France) (Hyper-thème) et de taille)
P4: Th3 (hybrides) → Rh5 (le tangor + le tangelot)

P5: Rh6 (la nectarine + le brugnon) ←Th4 (non hybrides)

P6: Th4 (De même, le nashi) → Rh7 (une espèce à part


entière)

Structure informationnelle de S1

172
P1: Th1 (Certaines toxines) → Rh1 (toxiques pour hommes/animaux)

P2: Th1 (Quelques-unes) → Rh2 (objet d'une réglémentation en


France)
P3: Th1 (C') → Rh3 (loin d'être suffisant)

P4: Rupture Th2 (Une même espèce …) → Rh4 (produire plusieurs mycotoxines)

Th3 (Une même mycotoxine) → Rh5 (produite par diverses… )

P5: Th1 (Ces toxines) → Rh6 (production discontinue non pas


par cellules fongiques)
Th1 (elles) → Rh7 (réponse à des stimuli /des stress)

P6: Th4 (Les méthodes de détection) → Rh8 (indiquent l'état sanitaire)

Th5 (la production discontinue…) → Rh9 (dosage négatif → positif )

P7: Th6 (l'idée Biotransfert et BASF) → Rh10 (le gène Tri 5)

P8: Th7 (Ce dernier) → Rh11 (code pour une enzyme)

P9: Th8 (ce qui signifie ) → Rh12 (savoir sûrement le risque)


P10: Th7 (cette méthode) → Rh13a (repérer ce gène) + Rh13b (le
quantifier) + Rh13c (mesurer le risque)

P11: Th9 (au-delà de 2) → Rh14 (dosage plus précis)


P12: Th7 (le test Tri 5) → Rh15 (orienter les analyses)

P13: Rh16a (connaître la qualité) ← Th7 (en pratiquant ce test 8 jours avant)
Rh16b (prendre les mesures)
P14: Th7 (les résultats des tests) → Rh17 (fournis sous
24 heures)

Structure informationnelle de R9

173
P1: Th1 (Tout ) → Rh1 (dépend de ce qu'on appelle… )
P2: Th2 (les poissons) → Rh2 (des phases d'inactivité)
(hyper-thème)

P3: Th3 (Certains poissons) → Rh3 (s'enfouissent dans le sable


Th4 (d'autres) → Rh4 (s'enveloppent de chemise de nuit)
P4: Th5 (cette période de quiétude) → Rh5 (période de repos)

P5: Th5 (S'agit-il) → Rh6 (sommeil classique ?)

P6: Rh7 (rien ne permet) ← Th6 (l'affirmer)


P7: Th7 (études des années 60) → Rh8 (aucune différence entre
phase d'activité et de repos)
P8: Th7 (cela) → Rh9 (n'exclut pas la présence de sommeil)

P9: Th7 (ces expériences) → Rh10 (aboutir à des résultats différents)


P10: Th8 (le sommeil) → Rh11 (sur électroencéphalogrammes … une
partie absente chez les poissons

P11: Th9 (Ils) → Rh12 (dormir sans qu'on le décèle)


P12: R13 (d'autres types d'études) ← Th10 (trancher la question)
(hyper-rhème)

Th11 (des analyses génétiques) → Rh14 (si les poissons possèdent …)


P13: Th12 (des analyse moléculaires) → Rh15 (présence de
neurotransmetteurs)

P14: Th13 (les résultats négatifs) → Rh16 (prouverait que…)

Structure informationnelle de S17

174
Les deux premiers articles (S1 & R9) sont construits sur un schéma
assez simple: le référent principal, qui est aussi le thème global de tout le texte
("le plumcot" pour S1, "les toxines" pour R9) est donné dès le début du texte. Il
est constamment rappelé, presque toujours en position de sujet par des
anaphores pronominales ou des anaphores associatives. On voit dans S1 une
occurrence où le rhème du thème principal est repris comme nouveau thème
selon le type de progression linéaire et qui joue par la suite le rôle d'un hyper-
thème (P.3). On voit aussi dans R9 une rupture thématique par laquelle un
exemple est introduit pour éclaircir l'information donnée (P.4). Cependant, le
texte reprend, après la rupture, la progression continue et introduit un thème
"nouveau" (le test Tri 5) qui renvoie pourtant au référent global ou au thème-
topique de R9 (par thème-topique, nous entendons avec J-M.Adam (2005:189)
un thème global du texte, une macro-structure sémantique qui pourrait être
résumée par un titre, donné ou à déduire). Dans l'ensemble, on peut dire que
ces deux textes sont bâtis sur un schéma de progression à thème constant en
mettant en scène principalement le thème-topique ("le plumcot et les hybrides"
et "le test Tri 5 contre les mycotoxines"). Cependant, ils combinent également
les progressions de type linéaire (notamment R9). Sur le plan de l'agencement
des informations thématiques et rhématiques, l'article R9 suit assez
rigoureusement l'ordre Thème-Rhème (le thème avant le rhème) alors que le S1
alterne thème-rhème et rhème-thème ou rhème-thème-rhème.

Si les deux premiers articles sont caractérisés par une proportion


importante de progression à thème constant, le troisième (S17) opte tantôt pour
la progression constante, tantôt pour la progression dérivée. Cette dernière
semble particulièrement adaptée à l'organisation thématique de ce texte car
certaines explications avancées dans l'article S17 nécessitent un développement
de plusieurs points. L'objet décrit est ainsi détaillé à travers divers composants
et sous-composants. Par exemple, l'hyperthème "les poissons" est décomposé
en sous-thèmes "Certains poissons comme le labre… D'autres tels le poisson-
perroquet…" ou bien l'hyperhème "d'autres types d'études" est repris et

175
développé par des sous-thèmes "des analyses génétiques… des analyses
moléculaires…". Concernant l'ordre de présentation des informations, tout
comme l'article S1, le S17 alterne différents ordres: thème-rhème ou rhème-
thème.

Nous avons ainsi constaté dans notre corpus, comme le montrent de


manière exemplaire les trois articles examinés, la présence de trois principaux
types de progression thématique. C'est la progression à thème constant qui est
souvent utilisée suivie de la progression linéaire et la progression à thème
dérivé. Cela s'explique par le fait que la progression à thème constant est non
seulement liée à la nature explicative de ces textes (G-E. Sarfati 1997:31), mais
l'est également aux rapports existants entre le scripteur et les lecteurs. En effet,
s'agissant d'un discours spécialisé à visée explicative, l'auteur s'attend à
partager un degré élevé de connaissances avec le lecteur. Il n'a normalement
pas besoin de puiser dans les rhèmes afin d'augmenter le stock de
connaissances mutuelles. De ce fait, le même thème est maintenu tout au long
du texte, en même temps qu'il se développe par un apport d'informations
nouvelles au niveau du contenu sans que des contradictions viennent en
perturber la cohérence thématique. Toutefois, lorsque l'auteur veut introduire
une précision ou un complément d'information permettant d'approfondir des
idées "nouvelles" introduites lors d'une première évocation, il recourt à la
structure de progression à thème linéaire. De même, lors qu'il veut détailler les
composants d'un phénomène ou d'un fait scientifique, la progression à thème
dérivé est sollicitée. Ainsi, il nous arrive souvent de voir que les articles du
corpus combinent plusieurs types de progression au sein de la séquence
textuelle avec la présence dominante de la progression à thème constant.

En ce qui concerne l'ordre des informations thématiques et rhématiques


dans l'énoncé, nous avons constaté que dans la plupart des textes du corpus, la
structure informationnelle suit généralement l'ordre thème-rhème. Cependant,
l'ordre rhème-thème ou rhème-thème-rhème a aussi eu lieu. Il s'agit là d'une

176
centration sur l'information, c'est-à-dire que la répartition des éléments de
l'énoncé se fait suivant les degrés de dynamisme communicatif: des
informations principales, des informations secondaires et cela dans un but de
clarté et d'efficacité du contenu. Ainsi, le choix de l'ordre des éléments est
tributaire de l'intention du scripteur soucieux de faire passer l'information de la
façon la plus efficace possible. Ce faisant, il entretient la cohérence de ses
propos avec les conditions pragmatiques de la situation, dont la visée
intentionnelle.

2. La cohérence référentielle

Au niveau référentiel, l'objet du discours est représenté dans le texte par


le biais d'unités désignatrices que sont les termes agronomiques. En effet, pour
faire référence à la réalité extra-linguistique qu'est le monde agricole, le
discours agronomique utilise des termes spécifiques qui dénomment des
concepts propres à la question agronomique concernée et dont l'ensemble
constitue la terminologie agronomique. En ce qui concerne la terminologie,
nous nous référons à M-F. Mortueux (1997:111) qui l'a définie comme
l'ensemble des termes relatifs à un domaine qui s'applique à représenter de la
façon la plus fine possible les relations entre des concepts tous différents les
uns des autres mais co-présents dans le domaine concerné. Ainsi, l'agriculture
biologique, le prion, la transgenèse, la culture in vitro, la production asexuée,
l'OGM (organisme génétiquement modifié), l'agriculture intensive… sont des
termes appartenant à la terminologie agronomique.

Le scientifique auteur des articles agronomiques se propose donc


d'utiliser des termes ou du lexique de la langue de spécialité pour exposer des
notions, des concepts construits par la science agronomique. Mais, en
employant dans son discours des termes spécialisés, il redoute que les lecteurs
ne puissent en comprendre le sens. Ainsi, pour prévenir les difficultés d'accès
au sens du destinataire, le scripteur recourt à une série de mécanismes qui lui

177
permettent de mettre en relation les termes scientifiques avec les mots connus
de la langue commune. Etudier cette organisation langagière revient à se poser
la question de la cohérence référentielle-sémantique (qui vise à assurer
l'articulation entre l'univers représenté qu'est le texte scientifique et l'univers
connu du lecteur). Cependant, étant donné que l'aspect lexical ou
terminologique ne fait pas l'objet de notre étude ici, les termes du domaine
agronomique ne seront pas étudiés dans leur source de formation ou leur
composition mais, du fait que notre objectif primordial est d'observer comment
un discours agronomique construit sa cohérence pour expliquer et transmettre
la science, nous voudrions étudier ce qui facilite la transmission du savoir et
assure la communication des termes scientifiques. Quels sont les moyens
linguistiques utilisés par l'explicateur scientifique pour faire assimiler au
lecteur ce langage ésotérique des sciences agronomiques? Comment le
scripteur y construit–il son parcours du sens ?

2.1. La reformulation

En linguistique et en analyse du discours, la reformulation est une


relation de paraphrase. Elle consiste à "reprendre une donnée en utilisant une
expression linguistique différente de celle employée pour la référenciation
antérieure. Elle couvre les phénomènes d'anaphore, de chaîne de référence et
de coréférence". (Petit G. in P. Charaudeau & D. Maingueneau 2002 : 490). La
reformulation permet ainsi "d'expliciter le sens d'un mot ou d'un énoncé en
s'insérant dans la trame du discours, sans se confondre ni avec la première
formulation ni avec une répétition pure et simple" (Riegel M. & Tamba I.1987: 3)

L'analyse de l'ensemble des textes de notre corpus a indiqué que s'y


déploie une intense activité de reformulation (voir tableau 7 à la fin du
chapitre). Des relations d'équivalence sont établies entre un noyau référentiel
(une notion ou un concept que le texte se propose de diffuser) et d'autres termes
ou énoncés à caractère scientifique ou non. Au terme scientifique cible

178
correspond un (ou plusieurs) reformulant(s). Dans cette activité de
reformulation visant à un partage du savoir, les scientifiques explicateurs se
livrent à des procédés explicatifs qui présentent des marques plus ou moins
explicites. Dans le recueil de textes que nous avons réunis, nous avons choisi
de nous intéresser à l'utilisation de deux mécanismes de reformulation: la
définition et la paraphrase tant ils paraissent nombreux dans les explications
scientifiques .

2.1.1. La définition

Au terme de notre analyse, nous avons constaté que les articles


d'explication à thème agronomique que nous avons réunis font largement usage
de la définition. Ceci pourrait s'expliquer par le fait que pour faciliter la
communication du savoir, il ne suffit pas d'étiqueter le référent mais encore de
faire comprendre ce que dit le mot de la réalité qu'il dénomme. Il faut prendre
en compte la dimension culturelle des signes par une intrication lexicale qui est,
selon F. Gaudin (1995:234) un facteur de mise en culture des connaissances.
Ainsi, le journaliste explicateur cherche à expliciter les termes dits "pivots" en
utilisant des définitions afin de rendre l'objet de la science plus accessible au
lecteur. Observons quelques exemples de la définition pris dans notre corpus:

50: le mot "clone" définit tout ensemble de cellules dérivant par divisions successives
d'une cellule unique, et ayant donc exactement le même patrimoine génétique. (R18-ligne 10)
51: on appelle aussi "clone" une lignée d'animaux obtenus par reproduction asexuée
à partir d'un même parent, la technique utilisée étant quant à elle dénommée "clonage" (R18 -
ligne 32)
52: Certaines plantes non photosynthétiques arrivent en effet à tromper un
champignon déjà engagé dans une symbiose. Ces plantes, dites "épiparasites" forment avec le
champignon des mycorhizes (R8 - ligne 59)

La définition s'organise dans ces cas en deux fragments, l'un des deux
éléments est linguistiquement de grande extension (clone, clonage,

179
épiparasites), l'autre apporte un supplément d'information. L'élément qui définit
l'autre peut se trouver placé indifféremment avant ou après l'autre, la liaison
étant assurée par un verbe spécifique. Il s'agit le plus souvent des verbes
comme appeler, nommer, désigner, dire…

Pour définir le terme pivot, l'auteur des articles de notre corpus recourt
également à une définition fondée sur l'analogie. Ce procédé permet d'établir la
ressemblance par le jeu de l'imagination entre deux ou plusieurs objets de
discours. Ainsi pour décrire la littorine Littoraria irrorata (R13), on utilise les
termes suivants: le petit escargot marin; le "fermier" du club des animaux
agriculteurs; un gastéropode marin présent dans les marais salés; le petit
mollusque; une véritable champignonniste; le petit gastéropode américain. Ou
bien, pour expliquer ce qu'est la bioluminescence (R16), on fait appel au
procédé d'analogie par la métaphore: cette lumière "froide", de brefs flashs
lumineux, de vrais signaux, des messages codés, ce signal lumineux…

Ainsi à travers la définition par analogie, nous relevons l'utilisation


d'éléments lexicaux, retenus pour leur valeur éclairante et donc non spécifiques
à la discipline. Elle permet de mieux expliciter des concepts supposés inconnus
du lecteur par des mots ou des représentations familières. On observe alors une
coréférence parfaite dans la mesure où plusieurs termes ou syntagmes
désignent bien un seul et même référent. (le référent étant entendu ici comme
ce que l'on cherche à nommer ou désigner).

Particulièrement, nous constatons dans l'ensemble du corpus un usage


assez abondant du verbe copule "être". Ce verbe est souvent utilisé pour établir
une équivalence sémantique en vue d'une explication:

53: le prion […] est une particule infectieuse protéique qui résiste à des traitements
draconiens (formol, stérilisation classique, irradiations…) (S3 - ligne 1)

180
54: le sel - ou, plus exactement, le chlorure de sodium (NaCl) - est un agent
bactériostatique: il a le pouvoir de freiner la multiplication des micro-organismes
responsables de l'altération des aliments. (S14 - ligne 5)
55: L'amidon est un glucide constitué de deux polymères … (R2 - ligne 13)
56: Il est aussi possible d'utiliser uniquement les méristèmes, qui sont des amas de
cellules indifférenciées que l'on trouve à l'extrémité des tiges et des bourgeons. (R18 - ligne
106)

Pour établir une définition par équivalence, l'explication scientifique


utilise encore certains signes de ponctuation comme par exemple les
parenthèses:

57: les sécrétions d'éthylène et d'acide abcissique provoquent aussi la formation d'une
zone de fragilité à la base du pétiole (la partie rétrécie de la feuille qui la relie à la tige) (S12 -
ligne 43)
58: En effet, les deux méthodes d'agriculture biologique employées […] se montrent
plus efficaces en termes de rendement énergétique (quantité de matière sèche récoltée par
unité d'énergie dépensée). (R7 - ligne 27)
59: Ces OGM dits de "première génération" ont été conçus pour résister à un
herbicide total tel que le Round-Up et/ou produire des protéines "insecticides" (des toxines
sécrétées naturellement par la bactérie Bacillus thuringiensis (Bt) et utilisées dans de
nombreux insecticides) (R14 - ligne 22)

Dans ces exemples, l'activité métalinguistique est soulignée par


l'utilisation des parenthèses qui signalisent la commutation terme
pivot/expression coréférente: "le pétiole" est "la partie rétrécie de la feuille qui
la relie à la tige"; "le rendement énergétique" signifie "la quantité de matière
sèche récoltée par unité d'énergie dépensée"…Elle ajoute ainsi au terme
spécialisé supposé inconnu une expansion explicative comme un synonyme ou
une définition.

181
2.1.2. La paraphrase

Pour ce qui est de la cohérence référentielle, les termes agronomiques


qui renvoient au référent extra-linguistique ont comme particularités la
précision, la concision. Ce sont des termes scientifiques nécessaires mais peu
répandus, de circulation restreinte. Nous pouvons imaginer le découragement
du lecteur qui devrait constamment s'arrêter à chaque terme spécialisé et faire
appel au dictionnaire. En général, dans notre corpus, le spécialiste explicateur
évite le plus possible cet ésotérisme qui bien souvent pèse dans la
communication spécialisée, par des moyens linguistiques comme la définition
mais aussi la paraphrase.

Le terme paraphrase est utilisé pour désigner l'ensemble des mécanismes


textuels qui visent à ré-exprimer le terme-pivot: "La paraphrase est une
relation d'équivalence entre deux énoncés, l'un pouvant être la reformulation
ou non de l'autre. L'équivalence s'exprime en termes de coréférence, voire
d'anaphore." (Petit G. in P. Charaudeau & D. Maingueneau 2002:417). Ainsi,
le terme de paraphrase représente l'opération que le spécialiste scientifique
effectue pour donner à un terme pivot un autre terme ou un groupe nominal.

Ce phénomène de coréférence, très fréquent dans notre corpus, entre un


terme spécialisé et son équivalent par le biais de la paraphrase, permet de
construire précisément la signification du terme spécialisé, de traduire le jargon
scientifique en un langage courant. La notion nouvelle est ainsi éclairée par une
expansion explicative et parfois par la présence d'une structure définitoire.
Observons les exemples suivants extraits du corpus:

60: Les micro-organismes se trouvent alors dans des conditions hypertoniques (un
milieu de faible concentration d'eau), se déshydratent et ne peuvent plus se développer.
(S14 – ligne 36)

182
61: Ce dernier code pour une enzyme, la trichodiène synthase, qui catalyse la
première étape de la biosynthèse des trichothécènes, l'une des familles les plus importantes de
mycotoxines. Ce qui signifie que l'on peut désormais savoir surement s'il n'y a aucun risque
de voir apparaître des mycotoxines (le gène est absent) ou si ce risque existe (le gène est
présent). (R9 - ligne 39)
62: 70% de la production d'amidon a un destin industriel et la demande est forte pour
un amidon ayant des propriétés physico-chimiques particulières, c'est-à-dire enrichi en l'un
ou l'autre de ses composants. (R2 - ligne 7)

L'exemple 60 est une courte paraphrase explicative associée au terme


pivot spécialisé par une simple parenthèse. L'exemple 61 combine le même
procédé mais souligné et renforcé par l'utilisation d'un verbe métalinguistique :
"ce qui signifie". L'exemple 62 utilise un marqueur spécifique "c'est-à-dire"
pour reformuler le terme pivot spécialisé. Nous voyons ainsi que la
reformulation joue ici un rôle important dans la cohésion sémantique: elle
permet certes de relier des unités lexicales mais surtout de fixer le sens d'un
ensemble de propositions.

Dans le processus de transmission de connaissances scientifiques,


l'auteur d'un discours agronomique poursuit deux buts: informer et expliquer.
D'où deux nécessités s'imposent à lui: donner à une réalité déjà connue son
terme technique spécialisé, reformuler ce terme afin de s'assurer de la
compréhension du lecteur. L'apposition, dans ce cas devient un moyen efficace
pour réaliser cette tâche. Dans notre corpus, nombreux sont les phénomènes qui
touchent deux groupes nominaux juxtaposés:

63: Puis vint Agrobacterium, une bactérie du sol qui provoque une tumeur des
racines en transférant naturellement une partie de son AND aux chromosomes de certaines
plantes. (S8 - ligne 25)
64: Dès lors, la transgenèse, outil idéal pour étudier la fonction et la régulation des
gènes, jouera un rôle essentiel en recherche fondamentale sur les végétaux. (R14 - ligne 14)

183
65: Ces truites arc-en-ciel peuvent retrouver leur fertilité pour peu qu'on leur
fournisse une gonadolibérine, substance impliquée dans la maturation sexuelle...(S2-ligne17)

Développant avec son antécédent une relation de type "être",


l'apposition dans ces cas établit une sorte de reformulation ou d'équivalence:
« Agrobacterium» est "une bactérie du sol", « la transgenèse» est "un outil idéal
pour étudier la fonction et la régulation des gènes"... Il en est de même dans les
extraits suivants:

66: Côté hybrides, on connaît surtout le tangor, hybride de mandarine et d'orange


(S1- ligne 13)
67: elles amorcent notamment la dégradation des protéines contenues dans les fèves
en acides aminés et en peptides, composants qui sont les précurseurs des arômes du cacao…
(S13 - ligne 28)
68: le glucide majoritaire est pourtant l'amidon, un sucre dit lent (R4-ligne 77)

La reformulation fonctionne dans ces cas sur le mode de la simple


caractérisation: la première nomination étant jugée trop vague, trop générale,
une seconde vient la préciser. Ces appositions se présentent comme des
informations nouvelles et leur valeur textuelle apparaît bien comme
l'introduction d'un rhème secondaire.

Dans les opérations de reformulation paraphrastique, les scientifiques


explicateurs ont également recours à différents procédés typographiques. Ces
signaux (les parenthèses, les deux points, les guillemets, le soulignement...)
dont la fonction est métalinguistique sont les marques d'une activité de
reformulation et signalent au lecteur l'introduction d'apport d'information ou
d'exemple avec une valeur explicative :

69: En Chine encore, la pisciculture est complémentaire d'une autre production


alimentaire phare: le riz. (S16 - ligne 25)

184
70: le pain apporte à lui seul environ 30% des quantités recommandées (8g par
jour). (S18 - ligne 103)
71: une troisième cultivée purement bio (fumier, arrachage manuel des mauvaises
herbes, extraits de plantes pour combattre les ravageurs). (R10 - ligne 13)
72: Il s'agit d'un escargot : un gastéropode marin présent dans les marais salés
(R13 – ligne 13)

Ces phénomènes sont particulièrement fréquents dans les textes S9, S18,
S19, R10, R14, R15, R17, R18, R20…

En résumé, la reformulation dans les explications scientifiques apparaît


comme la superposition de plusieurs mécanismes élaborés. Aux tournures de
type paraphrastique s'ajoutent les procédés métalinguistiques avec l'emploi
fréquent de structures définitoires, ce qui correspond à ce que C. Fuchs
(1994:7) appelle la reformulation à visée explicative, c'est-à-dire la
reformulation qui entend étayer l'interprétation du texte-source dont elle
cherche à reconstruire et à expliciter le sens pour un lecteur potentiel.

2.2. La nominalisation et la substitution nominale

Dans le domaine des opérations de cohésion, nous observons sur


l'ensemble du corpus un taux élevé de nominalisation ou d'anaphore nominale
(voir tableaux 8 et 9 à la fin du chapitre). Cela nous amène à nous poser des
questions en matière de cohérence textuelle: Pourquoi choisir une
nominalisation dans les explications scientifiques? Pourquoi ne pas conserver
une succession de phrases indépendantes ? Nous examinerons ce phénomène
en mettant l'accent sur sa spécificité textuelle dans un discours scientifique.

Transformant une phrase verbale en syntagme nominal, la


nominalisation permet d'organiser en un seul énoncé ce qui aurait fait l'objet de
deux énonciations successives. Au lieu de dire:

185
- Un gène est inséré. Cela amène des modifications imprévues et néfastes
pour la plante
⇒ L'insertion d'un gène amène des modifications imprévues et néfastes pour
la plante (R12).
- Les gènes se transfèrent. C'est un processus qui dépend d'une série de
facteurs.
⇒ Le transfert de gène est, en effet, un processus qui dépend d'une série de
facteurs. (S9)

Le choix de cette structure nominale, dans la plupart des cas, est


commandé par des raisons liées à la cohérence dans la progression des
informations: faire une phrase verbale introduirait certains éléments en position
de rhème, sur le même plan que les autres rhèmes du passage (Un gène est
inséré. Cela amène des modifications imprévues et néfastes pour la plante ; Les
gènes se transfèrent. C'est un processus qui dépend d'une série de facteurs),
alors que la nominalisation (L'insertion d'un gène ; Le transfert de gène) place
ces éléments dans une position relativement secondaire: le groupe nominal n'est
pas supposé connu du lecteur, l'auteur l'introduit bien comme une réalité
nouvelle, mais ne choisit pas d'en faire une information principale en le
thématisant, c'est-à-dire en le plaçant en position de thème. Ce qu'il dit par
rapport à ce thème est ainsi mieux mis en valeur dans un rhème ne présentant
que des informations nouvelles et importantes.

La nominalisation est encore un puissant facteur de cohésion lexicale en


reprenant un élément antérieurement référencé (souvent un verbe). Elle se
présente alors comme reformulation de ce qui précède et souvent son nom a le
même radical que le verbe auquel il renvoie. Cette nominalisation, à fonction
de reprise anaphorique, entretient ainsi avec son antécédent une relation de
coréférence tout en établissant un rapprochement sémantique entre les énoncés.
Voici quelques exemples à titre d'illustration:

186
73: Comme son nom l'indique, le riz pluvial de plateau est cultivé sans irrigation sur
de hautes terres… Dans cette culture traditionnelle, les paysans défrichent et brûlent une
parcelle, puis l'exploitent quelques années… (R17-ligne 42)
74: Dans les zones non aménagées des plaines riveraines des grands cours d'eau… on
cultive du riz "inondé". […]. Cette culture, qui représente 32% de la surface plantée en riz,
nourrit tout de même des populations … (R17-ligne 26)
75: Deux hormones, l'éthylène et l'acide abcissique, sont alors sécrétées par les
cellules de la feuille qui entraîneront la destruction des pigments […]. Les sécrétions
d'éthylène et d'acide abcissique provoque aussi la formation d'une zone de fragilité à la base
du pétiole (S12-ligne 25)

Plus fréquent et plus intéressant est le cas de la substitution nominale qui


reprend tout un énoncé antécédent. Nous avons affaire ici à une anaphore
conceptuelle. C'est ce qui se passe lorsqu'un groupe nominal résume l'idée de
toute une séquence textuelle (propositions, paragraphe...). Dans ce cas,
l'anaphore se trouve souvent en début de phrase et en est le sujet. Ce faisant, la
reprise nominalisée permet un enchaînement sémantique dans l'expression du
scripteur. Elle apporte des informations qui complètent ou synthétisent les
propos déjà tenus ou introduit des explications complémentaires. Les extraits
suivants en donnent une idée:

76: Il faut des micro-organismes et beaucoup de réactions chimiques pour que les
fèves développent finalement un bon goût de cacao. Car sans ce processus lent, le chocolat ne
serait qu'amertum. (S13-chapeau)
77: La biolistique, par exemple, consiste à bombarder le tissu végétal avec des
particules recouvertes d'AND. Cette technique permet par ailleurs de cibler le génome non
plus du noyau, mais des organites cellulaires comme les chloroplastes. (R14-ligne 52)

Dans ces passages, les substituts nominaux, outre qu' ils donnent un
"nom" (ce procédé, cette technique…) et par là même garantissent l'existence
de ce qu'ils nomment, permettent dans certains cas de condenser ce qui a été
dit, "compacter" un ensemble de données qui, dans la suite de l'énoncé, devient
le thème central.

187
Nous avons ainsi constaté que les anaphores conceptuelles, au même
titre que les connecteurs, ont une fonction de liaison interphrastique. Elles
marquent très nettement la progression du texte en prenant en compte les
apports discursifs.

78: le gène de résistance pourrait-il passer dans les bactéries du sol ou dans celles de
la flore intestinale ? Ce danger potentiel - jusqu'à présent aucune expérience n'a montré
qu'un tel transfert était effectivement réalisable - devrait disparaître. (R14-ligne 82)
79:… Le mâle ainsi grugé par ce message lui indiquant une femelle de sa propre
espèce, s'approche sans crainte. Là, il se retrouve proprement dévoré. Douze espèces de
Photuris développent ce petit jeu. (R16-ligne 18)
80: les zones tempérées pourraient notamment attirer de nouvelles espèces de
moustiques et, déjà, l'arrivée en Europe du Sud d'Aedes aegypti, vecteur de la dengue et de la
fièvre jaune, est redoutée. Contre de telles invasions, l'homme ne dispose que d'une seule
arme: les pesticides. (S11-ligne 95)

Dans ces exemples, le recours à la nominalisation ou à la substitution


nominale offre au scripteur le moyen d'éliminer du champ de son propos ce qui
est inutile à l'explication, plus précisément, le choix d'un substantif, parmi
d'autres possibles, donne le moyen de sélectionner certains traits de l'objet
nécessaires à l'explication. Il n'est pas indifférent de substituer au syntagme « le
transfert de gène de résistance aux antibiotiques dans les bactéries du sol…" le
terme "ce danger potentiel" ou à "l'expansion planétaire des insectes" la
désignation "de telles invasions". (exemples 78, 80 précités). Le choix d'un
substitut manifeste le point de vue de l'énonciateur, oriente l'interprétation de
l'énonciataire en imposant une mise en perspective particulière de l'objet qui
devient, pour la suite de l'énoncé, l'unique référence admise.

Dans le corpus que nous avons réuni, nous constatons également un taux
élevé d'anaphores infidèles (la substitution lexicale) (Voir tableau 9):

188
81: Les truites que vient de créer l'INRA ont un faux air de terminator. Ces OGM en
écailles sont frappés de stérilité de façon réversible. (S2-chapeau)
82: Enfin, le sel (chlorure de sodium) mérite une mention particulière. Ce
réhausseur d'arôme est ajouté lors de la fabrication du pain en quantité trop importante.
(S18-ligne 99)
83: Des bactéries à l'homme, le glucose constitue un carburant d'excellence, et c'est
d'ailleurs le seul sucre que les cellules nerveuses sont en mesure d'utiliser. (R4-ligne 7)

Il existe, dans les énoncés ci-dessus, une relation de type "synonymique"


entre la première apparition, sous la force d'un fait (ou d'une notion) et sa
reprise, dans l'énoncé subséquent, par une anaphore infidèle. L'anaphore sert ici
en quelque sorte à paraphraser le terme ou l'idée qui précède et permet un
ajustement sémantique et référentiel dans le décodage, la compréhension du
lecteur. Cette reformulation se traduit, au niveau lexical, par le déploiement
d'un ensemble de désignations qui sont approximativement co-référentielles, ce
qu'on appelle le paradigme désignationnel (M-F.Mortureux 1993) du terme que
l'on imagine être le lieu d'une demande probable de clarification.

3. Bilan

La cohérence thématique concerne la question de la progression et de la


continuité du thème à l'intérieur d'un même texte. Le thème référentiel dont il
est question dans notre corpus concerne tout ce qui touche à l'agriculture:
l'élevage de poisson, la greffe de plantes, la menace des insectes, les riz
résistants, les pommes biologiques, la fabrication du pain. Désigné et maintenu
le long du texte, le thème progresse prioritairement selon le schéma du thème
constant (type de progression dominant). Cependant, les textes du corpus
combinent également les progressions de type linéaire ou dérivé. En ce qui
concerne l'agencement des informations thématiques et rhématiques dans
l'énoncé, nous avons constaté que dans la plupart des textes du corpus, la
structure informationnelle suit généralement l'ordre thème-rhème. Toutefois,

189
l'ordre rhème-thème ou rhème-thème-rhème a aussi eu lieu en fonction du
souci du scripteur de faire passer l'information de la façon la plus efficace
possible.

Au niveau référentiel, l'objet du discours est représenté dans le texte par


le biais d'unités désignatrices que sont les termes agronomiques. Autrement dit
le scripteur se propose d'utiliser un vocabulaire de la langue de spécialité pour
exposer des concepts spécialisés construits par la science agronomique. Pour
prévenir les difficultés d'accès au sens du lecteur, l'explicateur scientifique
recourt à une série de procédés qui lui permettent de mettre en relation les
termes scientifiques avec les mots connus de la langue commune: On peut citer
par exemple la reformulation qui apparaît dans le discours agronomique
comme la superposition de plusieurs mécanismes élaborés (paraphrase,
structures définitoires, procédés métalinguistiques...). Nous constatons
également l'utilisation de différents procédés typographiques ou l'usage
abondant du verbe copule "être".

Plus intéressantes sont les orientations sémantiques marquées par


l'utilisation des nominalisations ou des substitutions nominales. Ces moyens,
tout en paraphrasant le terme ou l'idée qui précède, permettent un ajustement
sémantique et référentiel dans le décodage, la compréhension du lecteur. Ils
marquent très nettement la progression du texte en prenant en compte les
apports discursifs.

190
Tableau 7: La cohérence thématique-référentielle: le recours aux
reformulations dans l’explication scientifique

Texte Exemples Description Ligne


S1 - ces hybrides doivent faire des progrès de productivité et de taille du fruit- signe typographique 10
celle d'une grosse mirabelle.
- on connaît surtout le tangor, hybride de mandarine et d'orange ou le apposition 13
tangelo: mandarine croisée avec le pamplemousse. signe typographique
- Quant à la nectarine (peau lisse et noyau libre) et au brugnon (peau lisse et signe typographique 18
noyau adhérent) …
- ce ne sont pas des hybrides, mais des variétés de pêche présentatif 22
- le nashi est une espèce à part entière verbe copule être 24
S2 - une gonadolibérine, substance impliquée dans la maturation sexuelle apposition 20
- L'objectif initial répond, selon le Scribe, à un souci écologique: circonscrire signe typographique 30
des transgènes…
- la truite arc-en-ciel n'est qu'un modèle verbe copule être 42
S3 - le prion […] est une particule infectieuse protéique verbe copule être 1
- l'Américain Stanley Prusiner […] a baptisé en 1982 cet agent "non verbe spécifique 7
conventionnel"
- qui provoque des "encéphalopathies spongiformes transmissibles" (EST), apposition 9
maladies, connues chez le mouton … signe typographique
- L'hypothèse dominante aujourd'hui: le prion est uniquement la protéine verbe copule être 16
- Nommée PrPsc […] ou PrPres… verbe spécifique 19
- Le rôle de cette protéine normale dite PrPc reste mal connu verbe spécifique 27
- l'hypothèse de Stanley Prusiner (prion=PrPsc) signe typographique 38
- l'agent infectieux serait un petit agent nucléique verbe copule être 49
- le mécanisme de conversion d'une protéine […] peut être reproduit in vitro signe typographique 53
(dans un tube à essai ou dans des cellules en culture)
S4 - les trois éléments les plus abondants sont d'une part l'hydrogène … verbe copule être 2
- les molécules les plus largement répandues sont donc les molécules … verbe copule être 6
- comme les argiles, constituants des météorites … apposition 13
- C'est le dégazage présentatif 21
S5 - c'est un mode de production porté par une idéologie. présentatif 1
- Au départ, c'était la biodynamie présentatif 2
- c'est une philosophie plus pragmatique, bien qu'intransigeante: mise en présentatif 6
valeur des ressources naturelles, maintien de la fraction… signe typographique
- c'est la fameuse "liaison au sol" chère aux bio. présentatif 32

191
Texte Exemples Description Ligne
- C'est un accord minimaliste présentatif 44
-Ainsi le Repabf fixe un seuil d'autonomie alimentaire de la ferme-élevage: signe typographique 48
50% minimum pour les bovins…
S6
S7 - Toutes les méthodes de greffage reposent sur un même principe: la fusion signe typographique 13
des tissus du greffon avec ceux du porte-greffe
- qui donne naissance à un amas cellulaire de cicatrisation, le cal apposition 29
- un tissu de protection-du liège-se développe, évitant la déshydratation signe typographique 36
- les cellules productrices de bois des deux plantes (cambium) s'unissent signe typographique 39
S8 - Avant d'améliorer Agrobacterium, une bactérie qui infecte les plantes apposition chapeau

- Puis vint Agrobacterium, une bactérie du sol … apposition 25


- Résultat: cette technique de transfert de gènes est… signe typographique 38
- Autres atouts: le cycle vital de la plante est peu perturbé signe typographique 42
S9 - le transfert de gènes dans la nature apparaît un processus complexe. verbe spécifique chapeau

- L'impact sur l'environnement des cultures issues du génie génétique verbe spécifique 1
demeure la principale pomme de discorde
- en particulier entre un colza tolérant au Round Up (un désherbant signe typographique 22
universel) et une parente sauvage, la ravenelle apposition
- Résultat: sans être nul, ce risque apparaît infime signe typographique 24
- le transfert de gènes est, en effet, un processus qui dépend … verbe copule être 38
- Le coût: plus de 14 millions de dollars signe typographique 53
- l'apparition de résistance de la pesse, une mauvaise herbe, à l'herbicide apposition 58
- L'ennui, c'est que si celui-ci n'est plus efficace, on ne pourra… marqueur 69
- Son remplacement ne serait pas une bonne opération écologique verbe copule être 80
- … un épineux problème: celui de la responsabilité environnementale. signe typographique 124
S10 - La PIP2 empêche la capsaïcine, substance responsable du "brûlant" du apposition 15
piment, de se fixer sur les récepteurs.
S11 - Aedes n'est pas un banal moustique : il est le vecteur de la dengue verbe copule être 17
- D'autres moustiques, tout autant propagateurs de redoutables maladies apposition 21
infectieuses, inquiètent les autorités sanitaires.
- C'est le moustique Culex, vecteur du virus du Nil occidental, apposition 31
- la chenille processionnaire n'en a pas moins été identifiée […] comme verbe spécifique 52
"migrateur le plus nuisible"
- un arrêté préfectoral décrétait même Paris "zone infestée" verbe spécifique 73
- l'arrivée en Europe du Sud d'Aedes aegypti, vecteur de la dengue … apposition 102
- l'homme ne dispose que d'une seule arme: les pesticides signe typographique 105
- Un atout génétique pour les insectes, ces vétérans de la planète apposition 115
- ce nouveau venu qu'est l'homme verbe copule être 120

192
Texte Exemples Description Ligne
S12 - les feuilles des arbres sont le siège d'une intense activité photochimique, la verbe copule être 1
photosynthèse apposition
- la fabrication de la lignine, constituant du bois. apposition 9
- chacune d'elles sera le siège d'un processus verbe copule être 17
- par les phytochromes, protéines dotées de propriétés photoréceptrices apposition 21
- Deux hormones, l'éthylène et l'acide abcissique, sont alors … apposition 25
- les autres pigments que sont les carotènes […] ou les xanthophylles… verbe copule être 33
- la chlorophylle est en fait la première à disparaître… verbe copule être 36
- la formation d'une zone de fragilité à la base du pétiole (la partie rétrécie de signe typographique 45
la feuille qui la relie à la tige)
- un "bouchon" de subérine (substance constitutive du liège) s'y forme signe typographique 49
S13 - des protéines contenues dans les fèves en acides aminés et en peptides, apposition 29
composants qui sont les précurseurs des arômes du cacao verbe copule être
- Elles détruisent aussi aux deux tiers les polyphénols des fèves, ces apposition 34
molécules responsables de leur âpreté
- Enfin, les tanins des fèves, des polyhydroxyphénols, se condensent … apposition 38
S14 - le sel - ou, plus exactement, le chlorure de sodium (NaCl) - est un agent signe typographique 5
bactériostatique verbe copule être
- le sel, dissout dans l'eau (saumure)… signe typographique 26
- un phénomène physique appelé osmose verbe spécifique 31
- des conditions hypertoniques (un milieu de faible concentration d'eau) signe typographique 38
- des bactéries anaérobies-celles qui se développent sans oxygène- et ralentit apposition. 44
celle des aérobies-qui ont besoin d'oxygène.
- le sel devient alors un agent conservateur verbe copule 49
- le sel n'est plus le principal conservateur verbe copule être 56
- il est également une étape préliminaire au fumage verbe copule être 63
S15 - il existe un insecticide redoutable: la coccinelle signe typographique 4
- Tout le problème est que l'insecte reste rarement sur place verbe copule être 5
- pour obtenir la coccinelle demandée: un animal incapable de voler signe typographique 19
S16 - En Chine encore, la pisciculture est complémentaire d'une autre production signe typographique 25
alimentaire phare : le riz
- la carpe principalement qui est une espèce herbivore d'eau douce, verbe copule être 29
S17 - d'une sorte de chemise de nuit, une enveloppe muqueuse … apposition 9
- cet épisode de quiétude aquatique est bien une période de repos verbe copule être 13
- mesurer l'activité électrique du cerveau de la tanche-un poisson d'eau douce signe typographique 25
à la peau sombre ou dorée-
- les électroencéphalogrammes enregistrés dans le cortex ("l'écorce du signe typographique 40
cerveau"), une partie absente chez les poissons. apposition
S18 - le pain n'est finalement pas l'ennemi d'une alimentation équilibrée verbe copule être chapeau

193
Texte Exemples Description Ligne
- Principal grief: il faisait grossir signe typographique 4
- ils fournissent du glucose, un carburant essentiel pour l'organisme apposition 16
- le pain reste la principale source d'énergie verbe copule 21
- Mais il ne couvre plus qu'environ 15 à 20 % de nos besoins énergétiques, apposition 23
une sous-consommation souvent compensée par…
- diminuer la part des lipides dans l'apport énergétique total-elle dépasse trop signe typographique 35
souvent les 35%-
- son premier constituant est l'amidon, un sucre complexe verbe être 48
+apposition
- faire baisser les taux de graisses-cholestérol et triglycérides-dans le sang signe typographique 73
- même s'il est pauvre en lysine, un acide aminé (constituant élémentaire des apposition 78
protéines) indispensable signe typographique
- les céréales contiennent des phytates, substances qui se lient à certains apposition 89
- Enfin, le sel (chlorure de sodium) mérite une mention particulière signe typographique 99
- environ 30% des quantités recommandées (8g par jour) signe typographique 104
S19 - Un pain blanc mérite une farine dite de type 55 verbe spécifique 12
- sa composition en protéines insolubles (gliadines et gluténines) signe typographique 16
- avec un morceau de pâte, le levain-chef, dans lequel levures sauvages apposition 23
(Saccharomyces minor) et bactéries induisent … signe typographique
- avec des levures de bière (Saccharomyces cerevisiae) signe typographique 27
- qui est un révélateur d'arôme verbe copule être 32
- un pétrissage mécanique intensifié (80 tours/min pendant 20 à 30 min) signe typographique 42
- Avec un pétrissage manuel ou mécanique lent (40 tours/min pendant signe typographique 47
environ un quart d'heure)
- les levures tirent leur énergie d'une première fermentation, le pointage. apposition 51
- avant de subir une seconde fermentation: l'apprêt. signe typographique 65
- reste à laisser l'eau en excès s'évaporer (le ressuage) signe typographique 80
S20 - celle d'une surface de 1,3 ha séparée en deux parcelles: 0,9 ha de blé et 0,4 signe typographique 15
ha de peupliers
R1 - chez l'arabette des dames (Arabidopsis) … signe typographique 7
- par deux gènes très similaires, SHP1 et SHP2. apposition 10
R2 - une pomme de terre enrichie en amylose-molécule qui … signe typographique 1
- pour un amidon ayant des propriétés physico-chimiques particulières, c'est- marqueur 9
à-dire enrichi en l'un ou l'autre de ses composants
- L'amidon est un glucide constitué de deux polymères: environ 20% à 30% verbe copule être 13
d'une chaîne linéaire de molécules de glucose, l'amylose et 70% à 80% signe typographique
d'amylopectine apposition
- on connaît deux enzymes, appelées SBE A et B verbe spécifique 22
- par la technique dite des ARN antisens verbe spécifique 35

194
Texte Exemples Description Ligne
- la pomme de terre est la deuxième plante transgénique … verbe copule être 45
R3 - un champignon pathogène très courant dans la région (Magnaporthe signe typographique 17
grisea)
R4 - en fabriquant le glycogène, une grosse molécule composée d'un … apposition 19
- les plantes ne trouvent pas directement les sucres dans leur environnement: signe typographique 25
elles doivent les fabriquer à partir de l'eau puisée …
- on parle souvent de sucres rapides pour désigner les sucres simples verbe spécifique 49
- le glucide majoritaire est pourtant l'amidon, un sucre dit lent. verbe être 77
+apposition
R5 - Ce type d'élément est un vecteur de clonage verbe copule être 9
- on utilise comme vecteur un plasmide, une petite molécule d'AND verbe spécifique 10
circulaire apposition
- par l'ajout d'éléments essentiels à leur manipulation: des sites de restriction, signe typographique 17
des séquences judicieusement positionnées …
- des gènes particuliers appelés marqueurs de sélection verbe spécifique 21
- cette étape est la transformation verbe copule être 37
- cette technique est l'électroporation verbe copule être 44
R6 - des vergers plantés de pommiers Golden Delicious (Malus x domestica) signe typographique 17
- un impact moindre sur l'environnement (six fois moins important que celui signe typographique 28
des pratiques conventionnelles)
R7 - quatre parcelles cultivées chacune selon une méthode différente[...] et signe typographique 16
biodynamique (une version particulière de l'agriculture biologique)
- en termes de rendement énergétique (quantité de matière sèche récoltée par signe typographique 33
unité d'énergie dépensée)
- avec des apports en nutriments et énergie moindre (inférieurs d'un tiers à la signe typographique 72
moitié)
- ce travail n'est cependant pas une première verbe copule être 89
R8 - de microscopiques champignons sont victimes de ce parasitisme verbe copule être 20
- Ce sont des champignons ectomyco-rhiziens. présentatif 43
- seules les symbioses impliquant des champignons ectomycorhiziens verbe spécifique 54
s'étaient révélées victimes d'un parasitisme.
- Ces plantes, dites "épiparasites", forment avec le champignon … verbe spécifique 62
R9 - Un nouveau test, le Tri 5, permet, en une seule analyse, de détecter les apposition chapeau

champignons parasites du blé, producteurs de dangereuses mycotoxines


- à des stress extérieurs (température, compétition entre souches) signe typographique 24
- Ce dernier code pour une enzyme, la trichodiène synthose, qui catalyse la apposition 39

première étape de la biosynthèse des trichothécènes, l'une des familles les


plus importantes de mycotoxines

195
Texte Exemples Description Ligne
- Ce qui signifie que l'on peut désormais savoir … verbe spécifique 45
- s'il n'y a aucun risque de voir apparaître des mycotoxines (le gène est signe typographique 46
absent) ou si ce risque existe (le gène est présent)
- les organismes collecteurs de céréales (coopératives et négoces signe typographique 64
agricoles)…
R10 - quatre systèmes agraires ont été étudiés: une parcelle en agriculture signe typographique 9
conventionnelle…
- une troisième cultivée purement bio (fumier, arrachage manuel des signe typographique 13
mauvaises herbes, extraits de plantes …)
- une quatrième en "biodynamique", une pratique bio qui s'accompagne … apposition 16
- l'étude souligne le rôle important de l'activité biologique […]: les micro- signe typographique 36
organismes du sol sont près de deux fois plus nombreux
- la densité des champignons formant des mycorhizes (symbiose avec les signe typographique 49
racines) est supérieure de 40% dans ces parcelles
R11 - trois, Helianthus anomalus, H. deserticola et H. paradoxus sont des apposition 14
hybrides issus du croisement verbe copule être
- les hybrides habitent des environnements extrêmes, inhospitaliers pour signe typographique 21
leurs géniteurs: des déserts pour H. deserticola …
- on observe […] une taille réduite des feuilles et une floraison rapide, soit marqueur 41
des traits considérés comme des adaptations à la sécheresse
- les seuls descendants capables de survivre sont ceux qui ont un génotype verbe copule être 53
de type "deserticola" signe typographique
R12 - il faut "introgresser", c'est-à-dire croiser la plante génétiquement modifiée marqueur 12
avec les variétés cultivées métadiscursif
R13 - Une littorine, petit escargot marin des Etats-Unis a établi … apposition chapeau

- Il réside dans l'étonnante "technique" que ces espèces partagent, bien sûr, signe typographique 6
avec l'homme: ces invertébrés peuvent […] faire pousser des champignons
- Il s'agit d'un escargot: un gastéropode marin présent dans les marais salés signe typographique 13
- Cette littorine […] est une véritable champignonniste. verbe copule être 15
- Ce mollusque est le premier exemple d'un animal éleveur verbe copule être 20
- Les fourmis du Nouveau Monde, membres de la tribu des Atta, apposition 28
- Il s'agit de cultivars, d'espèces de champignons bien domestiquées apposition 34
- que les Anglo-Saxons appellent "ambrosia beetles". verbe spécifique 46
- cet escargot des marais est l'un des plus abondants verbe copule être 52
- il se nourrissait d'une plante vivante, Spartina alterniflora apposition 62
- la présence de champignons, des ascomycètes des genres Phaeosphaeria apposition 75
- ce champignon est le mets préféré du gastéropode. verbe copule être 76
- Littoraria irrorata, l'escargot marin apposition 83
- Le champignon, lui, ne trouve-t-il pas là un double bénéfice ? En 87

196
Texte Exemples Description Ligne
obtenant… et ensuite, en recevant…
- faire l'hypothèse suivante: n'y aurait-il pas là une sorte de … signe typographique 96
- Ainsi, en d'autres termes, l'objectif premier de cette pratique, celle qui marqueur 118
consiste à érafler les feuilles … apposition
- ce sont des éleveurs hors pairs présentatif 142
- Littoraria irrorata est, lui aussi, un puissant contrôleur verbe copule être 153
- ce que les Anglo-Saxons appellent "top-down control" verbe spécifique 154
- La graminée […] est l'une des plantes les plus envahissantes verbe copule être 155
R14 - un gène de résistance à un antibiotique, la kanamycine. apposition 8
- On les appelle aussi PGM: plantes génétiquement modifiées. verbe spécifique 12
- la transgenèse, outil idéal pour étudier la fonction et la régulation … apposition 14
- Ces OGM dits de "première génération" verbe spécifique 22
- produire des protéines "insecticides" (des toxines sécrétées naturellement signe typographique 25
par la bactérie…)
- La technique de transgenèse végétale la plus employée actuellement (celle signe typographique 43
utilisée par les "découvreurs" des PGM) met à profit la capacité d'une
bactérie du sol, Agrobacterium tumefaciens apposition
- D'autres techniques, dites de transfert direct, permettent de… verbe spécifique 49
- ces marqueurs étaient des gènes de résistance aux antibiotiques verbe copule être 79
- d'où une vive polémique: le gène de résistance pourrait-il passer … signe typographique 81
- les deux gènes (marqueur et gène d'intérêt) ne soient pas … signe typographique 93
R15 - Un petit poisson, l'épinoche, fournit de précieux éléments de réponse apposition chapeau

- C'est un poisson fort commun que l'épinoche: Gasterosteus aculeatus est présentatif 1
présent dans les océans signe typographique
- Autrement dit, l'épinoche est un animal de choix pour étudier les bases marqueur 23
moléculaires d'un changement évolutif majeur (la régression d'un membre) signe typographique
R16 - Mais certaines, appelées "femmes fatales", détournent le code… verbe spécifique chapeau

- Voici une femelle de luciole, du genre Photuris présentatif 7


- James Lloyd, le premier l'a appelée "femme fatale" verbe spécifique 8
- car cette luciole américaine est la championne des usurpatrices verbe copule être 11
- la première, la bioluminescence, n'appartient pas en propre … apposition 15
- Ce travail est une curiosité historique verbe copule être 26
- Bartholius a compris un point essentiel: les lucioles attirent leurs signe typographique 27
partenaires sexuels par des flashs lumineux
- Ce sont de vrais signaux, comme des messages codés présentatif 35
- ces arbres lumineux sont autant de phares naturels verbe copule être 44
- C'est, en quelque sorte, une forme de dimorphisme sexuel lumineux ! présentatif 57
- C'est donc un coup à deux bandes qui permet… présentatif 69
- la femelle Photuris va montrer tous ses talents de "femme fatale" signe typographique 72

197
Texte Exemples Description Ligne
- elle va se révéler comme une terrible "croqueuse d'homme" verbe spécifique 76
- Thomas Eisner est un très grand entomologiste. verbe copule être 86
- en dévorant les mâles d'une autre espèce de lucioles,ceux du genre apposition 92
Photinus. présentatif 93
- C'est, en quelque sorte, le coup à quatre bandes de notre histoire présentatif 102
- Ce sont des pyrones stéroïdiennes. verbe spécifique 103
- T.Eisner les baptise du nom de "lucibafagines" verbe spécifique 108
- que les Anglo-Saxons nomment "Chinese toads" ou crapauds chinois. apposition 118
- le comportement des prédatrices habituelles de Photuris, des araignées. verbe copule être 128
- Le premier d'entre eux est que la femelle de Photuris est capable de … verbe copule être 132
- La "femme fatale" est ainsi une mère soucieuse de l'avenir verbe copule être 138
- Le monde des lucioles est donc un univers fascinant ...
R17 - La rizière irriguée, image universelle de cette céréale apposition 2
- et nourrit au maximum 30 habitants au kilomètre carré cultivable (soit signe typographique 60
l'ensemble "parcelles plus jachères")
- un seul actif peut cultiver 100 hectares et donc produire 500 tonnes, soit marqueur 74
mille fois plus qu'un paysan pratiquant la culture sur brulis
- c'est un écosystème artificiel mais complet verbe copule 79
- Autre particularité: les matières organiques accumulées dans … signe typographique 91
- d'où une forte émission de méthane, un gaz à effet de serre apposition 94
- Ce biotope, qui est aussi le coeur de tout un système … verbe copule être 100
- le grain est encore recouvert de ses enveloppes siliceuses , les balles. apposition 112
- On l'appelle également riz "cargo" verbe spécifique 119
- la proportion de brisures détermine la qualité du riz - un riz de qualité signe typographique 139
supérieure en comporte moins de 20%.
R18 - Il désigne alors les jeunes plants obtenus par reproduction asexuée verbe spécifique 4
- le mot "clone" définit tout ensemble de cellules dérivant par … verbe spécifique 10
- on appelle aussi "clone" une lignée d'animaux obtenus par … verbe spécifique 32
- la technique utilisée étant quant à elle dénommée "clonage" verbe spécifique 35
- chacun de ces animaux […] est le clone de son parent et de ses "frères". verbe copule être 37
- il existe deux modes de reproduction: l'un, sexué […], l'autre, asexué … signe typographique 42
-Qu'on pense par exemple aux rejets issus de racines - les drageons signe typographique 47
- en émettant des tiges horizontales, les stolons, qui vont s'enraciner … apposition 50
- c'est la parthénogenèse. verbe copule être 56
- ceux-ci sont le fruit de la scission fortuite verbe copule être 78
- les jumeaux ne sont pas les clones d'une personne préexistante verbe copule être 82
- Ce sont tous les clones d'un arbre importé d'Italie présentatif 85
- Ils sont le fruit d'une manipulation que connaissent bien les horticulteurs, le verbe copule être 87
bouturage apposition

198
Texte Exemples Description Ligne
- d'utiliser uniquement les méristèmes, qui sont des amas de cellules … verbe copule être 108
- Ces techniques […] sont une amélioration de bouturage. verbe copule être 110
R19 - certains d'entre eux (neuf chez l'homme) sont dits "indispensables": ils signe typographique 4
doivent impérativement figurer dans l'alimentation
- l'accumulation de la molécule qui véhicule l'acide aminé en question: un signe typographique 24
ARN dit "de transfert" ou ARNt. verbe spécifique
- une zone du cortex cérébral, appelée cortex piriforme antérieur (CPA), verbe spécifique 33
- une molécule empêchant un acide aminé essentiel, la thréonine, de se fixer apposition 39
à son ARNt.
R20 - C'est dans les régions arctiques que le réchauffement est le plus rapide: les signe typographique 14
étés ont gagné 3o à 4oC au cours des cinquante dernières années
- les mesures au sol (températures et albédo) signe typographique 21
- Premier constat: le réchauffement s'explique d'abord par une fonte des signe typographique 32
neiges de plus en plus précoce (2,5 jours d'avance tous les dix ans).
- les sols dénudés absorbent de plus en plus le rayonnement solaire (+ 3 signe typographique 36
watts par mètre carré et par décennie)
- L'avancée de la fonte des neiges a de profondes répercussions sur la signe typographique 41
végétation: des arbustes et des arbres colonisent peu à peu la toundra
- quelque 11600 kilomètres carrés de toundra (soit 2,3 % de sa surface) ont signe typographique 47
été convertis en forêt
- On parle de rétroaction positive verbe spécifique 55
- les forêts ne pourront plus jouer leur rôle de "puits de carbone" signe typographique 92

199
Tableau 8: La cohérence thématique-référentielle: présence des
nominalisations dans l’explication scientifique

Texte Ligne
Exemples
S1
S2 - les risques de pollution génétique causée par d'éventuels élevages de poissons chapeau
transgéniques
- le négatif du gène contrôlant indirectement le développement des gonades. 25
- … qui font l'élevage de poissons transgéniques 49
S3 - elle provient non de l'expression d'un gène…mais du mauvais repliement 21
- elle est impliquée dans la transmission de signaux entre cellules 29
S4 - il faut la présence d'une atmosphère 9
S5 - c'est une philosophie plus pragmatique, bien qu'intransigeante: mise en valeur des 6
ressources naturelles, maintien de la fraction…
- Les traitements antibiotiques (curatifs) sont plafonnés sous peine de déclassement. 15
S6 - la mise en place est prévue à l'automne prochain 6
- ce qui favorise la production de protéines 21
- et, partant, l'élaboration d'une carte de référencement pour les agriculteurs 30
S7 - Toutes les méthodes de greffage reposent sur un même principe: la fusion des tissus 13
du greffon avec ceux du porte-greffe
- cette nécrose empêche les échanges entre les deux plantes 21
- elles entrent dans une phase de prolifération 28
- un tissu de protection - du liège - se développe, évitant la déshydratation 36
- qui établit la liaison entre les partenaires 43
- … et permettent la circulation entre le porte-greffe et le greffon 47
- La croissance de la nouvelle plante peut alors commencer 52
- Comment le raccordement vasculaire se déroule-t-il exactement 54
- Les échecs peuvent également venir d'une contamination virale de l'une des … 65
S8 - cette technique de transfert de gènes est , aujourd'hui, … 39
- viser le bon lieu d'insertion du transgène dans l'AND hôte 48
S9 -le transfert de gènes dans la nature apparaît un processus complexe chapeau
- le transfert de gènes est, en effet, un processus qui dépend d'une série de facteurs 38
- à déplorer l'apparition de résistance de la pesse, une mauvaise herbe, à l'herbicide 57
- une exposition permanente à cet herbicide […] aurait permis la sélection naturelle.. 65
- … pour la résistance des insectes ravageurs aux toxines Bt 74
- Son remplacement ne serait pas une bonne opération écologique 80
- la diffusion de cette toxine par la plante se fait à faible dose et tout au long de sa 85
croissance

200
Texte Ligne
Exemples
- afin de permettre le croisement d'insectes sensibles et résistants à la toxine et ainsi, de 91
diluer cette résistance à l'insecticide
- limiter aux saisons à risque la diffusion de la toxine par les PGM 98
- et réduire l'apparition de populations résistantes 103
- Pour diminuer les flux de transgène entre PGM, cultures bio et ordinaires… 107
- cette organisation et ce suivi ont un coût et une complexité de gestion 116
S10 - qui détectent la présence de piment dans la bouche 11
- Ces résultats pourraient servir à la mise au point de nouvelles molécules … 31
S11 - Une situation qui appelle à une surveillance accrue 16
- En effet, la conquête d'autres territoires change la donne. 40
- … par le développement inédit de certaines espèces 43
- Une colonisation qui a déjà tué plus de 1500 personnes… 67
- cette invasion des insectes qui menace l'homme… 80
- c'est bien avec le développement du commerce que … 82
- la généralisation du chauffage urbain a également joué un rôle 87
- les modifications des pratiques agricoles ont favorisé l'expansion du criquet… 90
- le réchauffement climatique pourrait aggraver la situation 97
- l'arrivée en Europe du Sud d'Aedes aegypti, […] est redoutée 102
- des chercheurs de Montpellier ont identifié des mutations … 111
S12 - de la synthèse de ces derniers dépend la fabrication de la lignine. 8
- chacune d'elles sera le siège d'un processus de vieillissement 17
- qui détectent rapidement l'allongement des nuits 24
- qui entraîneront la destruction des pigments 28
- les sécrétions d'éthylène et d'acide abcissique provoque aussi la formation d'une 43
zone de fragilité
- conduisant à la formation de crevasses de plus en plus profondes 47
- la physiologie autorise la production constante de chlorophylle 59
S13 - le brassage introduit alors de l'oxygène… 17
- Certes, les réactions biochimiques ne sont pas toutes identifiées, mais elles amorcent 26
notamment la dégradation des protéines…
- il faut interrompre la fermentation par séchage afin d'éviter l'intervention de 43
bactéries…
S14 - il a le pouvoir de freiner la multiplication des micro-organismes… 8
- le développement dépend tout à la fois de la température… 20
- ce qui tend à égaliser les concentrations entre la solution de sel et l'eau de l'aliment 34
- une solution de 5% de sel interrompt la multiplication de la plupart des bactéries 42
anaérobies
- A 10%, la croissance de la plupart des germes est bloquée. 48

201
Texte Ligne
Exemples
- l'évolution des goûts limite aujourd'hui les teneurs de sel 51
- le salage traditionnel, lui, est souvent combiné avec le séchage 60
S15
S16 - L'élevage de la carpe […] se mène parallèlement à celui du bétail terrestre et à la 8
culture de céréales.
- la pratique du système intégré "porcs-graminées-poissons" offre aux populations une 13
nourriture variée tout en réduisant au minimum les achats d'aliments …
- l'élevage de porcs fournit du fumier qui fertilise les graminées 18
- Sur terre, l'élevage piscicole produit chaque année dans l'Hexagone 55000 tonnes de 51
poissons d'eau douce…
S17 - avec les enregistrements électroencéphalographiques caractéristiques 18
- cela n'exclut pas la présence de sommeil 30
- Tandis que des analyses moléculaires signalerait la présence éventuelle dans le 51
cerveau de neurotransmetteurs
- le repos du poisson relève en fait plus de la somnolence que du véritable sommeil 52
S18 - la progression de l'obésité avait suscité de nombreuses études 9
- Résultat: un apport excessif en graisses animales et en aliment sucrés 28
- un sucre complexe constitué de l'enchaînement d'un grand nombre de sucres simples 49
- Ces fibres non digestibles améliorent le transit intestinal 69
- Parce qu'elles modifient l'absorption intestinale des nutriments 71
- mais même modeste, leur apport est notable 87
- La panification au levain améliore ainsi notablement … 96
- Ce réhausseur d'arôme est ajouté lors de la fabrication du pain 101
S19 - Et pour cause: pétrissage, fermentation et cuisson mettent en oeuvre une cascade de chapeau
processus physico-chimiques
- Car de sa maîtrise des détails dépendent l'équilibre des arômes 5
- Tout commence par le choix des ingrédients 11
- Tout aussi stratégique est le choix du ferment 21
- la dureté de l'eau, son dosage […] influencent la consistance de la pâte 31
- le pétrissage qui assure le mélange et l'hydratation des constituants. 35
- la formation de gluten sera plus important 44
- La fermentation d'une pâte pétrie lentement donne une structure alvéolaire … 53
- ce qui se traduit par un gonflement des pâtons important 69
- Bien menée, la cuisson exalte les qualités du pain 74
S20 - la production d'un hectare de mélange peupliers-blé est équivalente à … 12
- qui préconise l'arrachage des arbres… 22
- l'arbre adopte un enracinement profond… 30
- en atténuant l'exposition au soleil et en favorisant la pénétration de l'eau 35

202
Texte Ligne
Exemples
- ce qui prévient le lessivage et limite l'érosion 38
R1 - qui permet d'inactiver à volonté l'expression de ces gènes 27
- ils codent des protéines redondantes, nécessaires à la différenciation des tissus de la 30
zone de déhiscence et au durcissement des cellules adjacentes.
- qui ouvrent la voie à la compréhension, utile pour la transgenèse, de la cascade 37
d'événements génétiques contrôlant la dessiccation des fruits.
- L'éclatement des gousses de colza est responsable d'une baisse annuelle des 41
rendements
R2 - Supprimer les ramifications de l'amylopectine revient donc à obtenir de l'amylose 20
- ils ont bloqué l'expression des deux enzymes 33
- La synthèse d'amylose n'est pas affectée 36
R3 - … la résistance globale de la culture 1
R4 - grâce à une succession de réactions biochimiques 10
- L'assemblage des différents éléments ne s'effectue pas spontanément 37
- l'absorption intestinale dépend assez largement des autres constituants […], et 59
notamment de la présence de fibres, de protéines et de graisses.
- Cet index évalue l'augmentation du taux de sucre sanguin après l'absorption d'un 67
aliment donné
R5 - par l'ajout d'éléments essentiels à leur manipulation 17
- des séquences judicieusement positionnées pour permettre l'expression de protéines 19
- ce qui facilite leur identification 25
- Reste à expédier la construction à l'intérieur d'une bactérie. 36
- Le positionnement du fragment au sein du plasmide doit… 53
- Des vecteurs disponibles dans le commerce facilitent aujourd'hui la réalisation des 56
constructions, la production et la purification de protéines
R6 - les scientifiques ont tout consigné: les apports de compost, ceux d'engrais … 20
- et même la quantité de fioul nécessaire au fonctionnement des machines. 24
R7 - Cela pourrait changer avec la publication d'une étude suisse 8
- La croissance des plantes en bénéficie-t-elle ? 70
- l'amélioration des rendements de l'agriculture biologique dépend désormais de … 78
- le début d'une reconnaissance pour l'agriculture biologique ? 94
R8 - Cette découverte inattendue pourrait modifier la vision des échanges … chapeau
- La triche entre les plantes est donc bien plus courante … 99
R9 - du fait de la production discontinue des mycotoxines, un dosage négatif peut se 32
révéler positif
- Cette méthode, qui utilise l'amplification génique, permet non seulement de … 52
R10 - l'essai a démarré en 1978 8
- un apport en fumier organique a été joint aux traitements chimiques 12

203
Texte Ligne
Exemples
- comme l'ajout de certaines herbes au fumier 18
- Cela s'explique […] par le faible apport de potassium en agriculture bio 29
R11 - l'adaptation à de nouveaux milieux écologiques est-elle le seul.. chapeau
- la spéciation par hybridation est peu favorable à l'adaptation à de nouveaux milieux. 6
- des hybrides issus du croisement […] de H.annuus et de H.petiolaris 16
- ... infiniment plus rapide que la sélection naturelle de mutations ponctuelles 63
R12 - un accroissement pourrait provenir… 1
- qu'elle aurait pu consacrer à sa croissance 6
- l'insertion d'un gène amène des modifications imprévues et néfastes pour la plante 7
- par le processus de fabrication des semences OGM 9
- les transferts de gènes sont réalisées sur des variétés intéressantes in vitro 10
R13 - Brian Silliman et son équipe ont observé la présence de champignons 74
- Littoraria irrorata, l'escargot marin, aide-t-il à la croissance des champignons sur 83
Spartina
- par l'application de ses boulettes fécales 85
- le comportement singulier du gastéropode ralentissait de manière importante la 93
croissance et le développement de la graminée
- une sorte de mécanisme primaire du contrôle de la croissance de Spartina ? 97
- s'il existait une modification de leur croissance 105
- Littoraria irrorata promeut le développement des ascomycètes 115
- Littoraria irrorata accélère tout d'abord le développement des champignons 127
- La production de champignons qui s'ensuit permet à l'escargot .. 131
R14 - Dix ans après la première application d'un transfèrt de gène … 9
- des caractères qui sont au croisement de voies métaboliques complexes 37
- le manque de précision […] peut empêcher l'expression de ce gène 66
- un tel transfert était effectivement réalisable 86
- au-delà de 2004 pour une homologation commerciale, au-delà de 2008 pour de 90
simples essais.
- par exemple l'utilisation d'un gène de sélection 99
R15 - la régression des épines pelviennes est contrôlée en grande partie par une région 50
- le gène Pitx2, connu pour son implication dans la réduction des pattes arrière chez 53
des souris mutées.
- la régression des épines proviendrait de changements dans les séquences régulatrices 63
- l'insertion de séquences d'AND mobiles dans les séquences régulatrices 86
-Mais des mutations plus simples pourraient suffire 88
- l'analyse des régions régulatrices est vouée à un bel avenir 103
R16 - Cette désignation est restée 11
- des rassemblements de milliers de lucioles mâles… 38

204
Texte Ligne
Exemples
- l'accouplement s'ensuit. 67
- … ajoutée à l'ajustement des messages copulatoires, … 68
- qui permet la réussite reproductrice de ces espèces. 70
- Elle est capable, dans la pratique de ce mimétisme agressif, 83
- T.Eisner, bien sûr, a testé le comportement des prédatrices habituelles 117
- Une telle réaction offre un bel exemple d'une stratégie standard 124
R17 - Elle suppose un gros travail de maîtrise de l'eau et de préparation du terrain 5
- que l'on fait monter avec la croissance du riz, empêche la respiration et la 8
photosynthèse des mauvaises herbes.
- elle atténue les variations climatiques et assure la satisfaction des besoins … 11
- mais le désherbage devient alors un travail de tous les instants 19
- cette culture nourrit plus de mille habitants 23
- la présence et la hauteur d'eau dans la parcelle varient au gré… 33
- la durée des jachères étant de plus en plus courte 54
- Plusieurs participent au contrôle des vecteurs de maladies, à la réduction des 85
mauvaises herbes et à la fertilisation des sols
- d'où une forte émission de méthane, un gaz à effet de serre 94
- la rizière favorise la rétention de l'eau de pluie sur les pentes et la recharge de la 96
nappe phréatique
- … la destruction des lieux de reproduction des poissons 102
- au cours de l'opération de blanchiment, ou usinage. 124
- le décorticage est réalisé à la main 131
- Ce traitement casse inévitablement certains grains 138
R18 - tout ensemble de cellules dérivant par divisions successives d'une cellule unique 10
- depuis la naissance de la brebis Dolly, en 1996 31
- il existe deux modes de reproduction: l'un, sexué, par pollinisation, fécondation et 42
formation d'un embryon contenu dans la graine; l'autre, asexué, par multiplication
végétative.
- qu'on pense par exemple aux rejets issus de racines 47
- La reproduction asexuée existe aussi dans le règle animal 55
- ceux-ci sont le fruit de la scission fortuite, en deux moitiés, d'un embryon… 78
- Ils sont le fruit d'une manipulation que connaissent bien les horticulteurs 87
- provoquer artificiellement l'enracinement d'un fragment 89
- D'où, par exemple, la pousse de racines sur un fragment de tige 99
- qui permet un contrôle total des conditions environnementales 101
- Ces techniques de micropropagation in vitro sont une amélioration de bouturage 110
- le facteur de multiplication d'un plant de départ 113
- en provoquant, à partir d'échantillons de tissus, la formation d'embryons… 116

205
Texte Ligne
Exemples
R19 - l'accumulation de la molécule qui véhicule l'acide aminé en question 22
- vingt minutes après injection, les rongeurs ont commencé à … 42
- le système gouverne la détection des carences. 68
R20 - le réchauffement actuel stimule la croissance végétale 3
- la flore est à son tour susceptible d'accélérer la montée du thermomètre 5
- le réchauffement est actuellement le plus rapide 15
- L'avancée de la fonte des neiges a de profondes répercussions 41
- les étendues arbustives, et a fortiori les forêts, réfléchissent encore moins le
rayonnement solaire que la steppe de la toundra 51
- la hausse de température induite par cette mutation végétale reste modérée 57
- les températures élevées en Europe […] ont fortement limité la croissance végétale. 78

206
Tableau 9: La cohérence thématique-référentielle: le recours à la
substitution nominale dans l’ explication scientifique

Texte Exemples Description Ligne


S1 - ces hybrides doivent faire des progrès de productivité anaphore fidèle 9
S2 - Ces OGM en écailles sont frappés de stérilité anaphore infidèle chapeau
- un organisme génétiquement modifié dans l'impossibilité… anaphore infidèle 4
- Ces truites arc-en-ciel peuvent retrouver leur fertilité anaphore fidèle 17
- Ce gène non-sens brouille le message de sa version en positif anaphore fidèle 27
- Le laboratoire entend poursuivre ainsi son expertise … anaphore infidèle 36
- D'où l'intérêt de ces travaux pour le Canada, les Etats Unis anaphore conceptuelle 46
S3 - l'Américain Stanley Prusiner […] a baptisé en 1982 cet agent "non anaphore infidèle 7
conventionnel"
- Le rôle de cette protéine normale dite PrPc reste mal connu. anaphore fidèle 27
- La mauvaise forme imprime-t-elle son empreinte seule ou … anaphore fidèle 36
S4 - pour qu'elle atteigne cet état, il faut… anaphore fidèle 8
S5
S6 Ce procédé […] permettrait d'évaluer la teneur en protéines anaphore conceptuelle 5
S7 - le cerisier pourra s'épanouir anaphore fidèle 6
- puisant toutes ses forces chez son solide cousin anaphore infidèle 7
- Le processus se déroule en deux étapes anaphore conceptuelle 17
- cette nécrose empêche les échanges entre les deux plantes anaphore infidèle 21
- une sorte de colle qui soude ensemble les tissus anaphore associative 23
- Ce cal grandit et absorbe les cellules mortes de la nécrose anaphore fidèle 30
- Les cellules vivantes des deux partenaires vont enfin … anaphore infidèle 32
- Ce cambium commence à développer des vaisseaux anaphore fidèle 45
- Toutes ces questions préoccupent encore la recherche en biologie… anaphore conceptuelle 68
S8 - Puis, à partir de ces cellules, il s'agit d'obtenir … anaphore fidèle 6
- une seule copie du gène inséré anaphore fidèle 8
- il faut que ce gène soit traduit anaphore fidèle 9
- les scientifiques tirent profit de ce transport naturel de gènes anaphore conceptuelle 30
- cette technique de transfert de gènes est… anaphore conceptuelle 39
- Autres atouts: le cycle vital de la plante est peu perturbé anaphore conceptuelle 42
S9 - plusieurs laboratoires de l'Inra […] ont étudié ces risques anaphore conceptuelle 18
- En outre, ces transferts ne sont pas stables anaphore fidèle 27
- Les protéines agronomiques codées par ces transgènes ont peu de anaphore infidèle 29
chance de s'exprimer
- l'importance de ces flux de gènes s'est précisée anaphore fidèle 45

207
Texte Exemples Description Ligne
- une exposition permanente à cet herbicide […] aurait permis la anaphore infidèle 65
sélection naturelle de populations
- cet insecticide […] est biodégradable et peu agressif anaphore infidèle 77
- si les cultures Bt accélèrent ce problème de résistance anaphore fidèle 82
- la diffusion de cette toxine par la plante se fait à faible dose anaphore infidèle 85
- Face à ce problème, l'agence américaine de l'Environnement … anaphore conceptuelle 88
- Or, cette organisation et ce suivi ont un coût et une complexité de anaphore conceptuelle 116
gestion
S10 - cette molécule est solidement ancrée aux récepteurs neuronaux anaphore infidèle 8
- cette propriété varie selon les individus. anaphore conceptuelle 25
- Ces résultats pourraient servir à la mise au point de … anaphore conceptuelle 30
S11 - un phénomène tel qu'il risque de toucher… anaphore conceptuelle chapeau
- un spécimen a même été découvert dans le Val d'Oise anaphore associative 7
- une situation qui appelle à une surveillance accrue anaphore conceptuelle 16
- Une colonisation qui a déjà tué plus de 1500 personnes anaphore conceptuelle 67
- cette invasion des insectes qui menace l'homme anaphore conceptuelle 79
- Contre de telles invasions, l'homme ne dispose que… anaphore conceptuelle 105
S12 - Ce phénomène automnal […] n'atteint pas les arbres à feuillage anaphore conceptuelle 56
S13 - Car sans ce processus lent, le chocolat ne serait qu'amertume anaphore conceptuelle chapeau
- l'éthanol finit par tuer les levures. anaphore fidèle 16
- Acetobacter et Gluconobacter métabolisent ainsi l'éthanol en acide anaphore infidèle 20
acétique et lactique.
- Ces acides détruisent la peau de pectine … anaphore fidèle 22
S14 - autant de micro-organismes dont le développement dépend… anaphore infidèle 19
- l'eau moins salée est attirée par la solution concentrée en sel anaphore fidèle 32
S15 - l'insecte reste rarement sur place anaphore infidèle 6
- les chercheurs ont d'abord retenu des individus aux muscles anaphore associative 14
- Biotop commercialise les animaux à l'état de larves anaphore fidèle 24
S16 - L'élevage piscicole produit chaque année dans l'Hexagone 55000 anaphore infidèle 51
tonnes de poissons d'eau douce…
- Ces fermes n'excèdent pas la quarantaine en France et sont réparties anaphore fidèle 56
régulièrement sur tout le littoral. anaphore associative
S17 - cet épisode de quiétude aquatique est bien une période de repos anaphore conceptuelle 13
- ces expériences pourraient aujourd'hui aboutir à … anaphore infidèle 32
S18 - Il faut dire qu'entre ces deux dates, la progression de l'obésité avait anaphore conceptuelle 8
suscité de nombreuses études
- Ces fibres non digestibles améliorent le transit intestinal anaphore fidèle 69
- Ces micro-nutriments étant surtout issus du germe… anaphore conceptuelle 83

208
Texte Exemples Description Ligne
- des enzymes qui […] détruisent ces phytates. anaphore fidèle 93
- la disponibilité de ces minéraux pour l'organisme anaphore fidèle 97
- Ce réhausseur d'arôme est ajouté lors de la fabrication du pain anaphore infidèle 101
- à la lumière de ces connaissances anaphore conceptuelle 110
S19 - derrière ces qualités se cachent de complexes réactions … anaphore conceptuelle 9
- l'architecture de ce réseau … anaphore fidèle 41
- Pour éviter que cette pâte mousseuse ne devienne impossible à .. anaphore fidèle 58
- Au détriment des arômes, qui naissent pendant cette phase anaphore conceptuelle 62
- Le boulanger divise ensuite la pâte en pâtons anaphore fidèle 63
S20
R1 - ce phénomène de déhiscence des fruits anaphore conceptuelle 9
- les siliques de cette crucifère s'ouvrent à maturité anaphore conceptuelle 13
- Ce phénomène est surtout du au fait que… anaphore conceptuelle 16
- les cellules entourant ces zones de fragilité se rigidifient anaphore infidèle 17
- les chercheurs ont obtenu… anaphore infidèle 20
- lorsqu' un seul de ces gènes est muté anaphore fidèle 24
- qui permet d'inactiver à volonté l'expression de ces gènes anaphore fidèle 27
- D'où l'intérêt de ces travaux anaphore conceptuelle 36
R2 - qui sont chargées d'accrocher ces branches anaphore infidèle 25
- ils ont bloqué l'expression des deux enzymes anaphore fidèle 33
R3 - l'originalité de ce programme de recherche anaphore conceptuelle 9
R4 - Cette quantité lui permet de couvrir … anaphore conceptuelle 5
- c'est d'ailleurs le seul sucre que les cellules nerveuses … anaphore infidèle 9
- Le foie et les muscles se chargent de cette tâche anaphore conceptuelle 17
- C'est cette énergie lumineuse, emmagasinée par les végétaux anaphore fidèle 20
- Pour cette raison, on parle souvent de sucres rapides anaphore conceptuelle 24
- Cet index évalue l'augmentation du taux de sucre sanguin anaphore fidèle 27
- Ces constatations un peu surprenantes anaphore conceptuelle 36
R5 - fabriquer la protéine codée par ce gène anaphore fidèle 3
- ce fragment doit être associée à un autre élément d'AND anaphore fidèle 6
- qui permet de le "présenter" à la bactérie anaphore fidèle 7
- Ce type d'élément est un vecteur de clonage anaphore conceptuelle 9
- Ces plasmides sont suffisamment autonomes anaphore fidèle 13
- Ces marqueurs permettent par exemple aux bactéries … anaphore fidèle 22
- le plasmide n'est alors coupé qu'une seul fois anaphore fidèle 29
- cette étape est la transformation anaphore conceptuelle 37
- cette technique est l'électroporation anaphore conceptuelle 44
R6 - Ils ont, pour la première fois, comparé quantitativement les trois anaphore conceptuelle 6

209
Texte Exemples Description Ligne
pratiques
R7 - Les réponses à ces questions ont plus souvent résulté de préjugés anaphore conceptuelle 5
- ce travail n'est cependant pas une première anaphore conceptuelle 89
R8 - Cette découverte inattendue pourrait modifier anaphore conceptuelle chapeau
- certains de ces végétaux s'alimentent par parasitisme anaphore fidèle 7
- cette supercherie n'était possible qu'avec le type de … anaphore conceptuelle 15
- … victimes de ce parasitisme anaphore fidèle 21
- permettent aux deux partenaires d'échanger des éléments anaphore infidèle 30
- La plante fournit au champignon les glucides anaphore fidèle 32
- l'eau et les sels minéraux puisés dans le sol par le champignon anaphore fidèle 36
- Ces plantes, dites "épiparasites", forment avec le champignon… anaphore fidèle 62
- le phénomène est encore plus général anaphore infidèle 109
R9 - ces toxines ne sont pas produites en continu anaphore fidèle 22
- si ce risque existe anaphore fidèle 49
- Cette méthode, qui utilise l'amplification génique, permet non anaphore conceptuelle 51
seulement de repérer ce gène, mais aussi de le quantifier anaphore fidèle
- en pratiquant ce test huit jours avant la moisson anaphore fidèle 73
R10 - l'essai a démarré en 1978 anaphore infidèle 8
- Cela s'explique, soulignent les agronomes suisses anaphore infidèle 25
- l'étude souligne le rôle important de l'activité biologique au niveau du anaphore fidèle 36
sol dans cette bonne productivité anaphore conceptuelle
- qui est à l'origine de cette diversité microbienne bienvenue anaphore conceptuelle 41
- supérieure de 40% dans ces parcelles anaphore fidèle 51
- pour promouvoir la recherche scientifique dans ce domaine anaphore conceptuelle 57
R11 - Une position que contredisent les récents résultats anaphore conceptuelle 8
- Faut-il voir dans ces capacités adaptatives anaphore conceptuelle 27
- les chercheurs ont croisé H.annuus et H.petiolaris en laboratoire anaphore infidèle 32
- dans les habitats de chacun des trois hybrides naturels anaphore conceptuelle 35
- Il est tentant de penser que ce mécanisme d'adaptation évolutive anaphore conceptuelle 62
R12 - ces rendements inférieurs peuvent également s'expliquer par le anaphore infidèle 9
processus de fabrication des semences OGM
R13 - On considérait ledit monopole comme exclusif. anaphore fidèle 4
- que ces espèces partagent, bien sur, avec l'homme anaphore fidèle 6
- ces invertébrés peuvent […] faire pousser des champignons anaphore infidèle 7
- dans ce club bien étroit des animaux agriculteurs anaphore infidèle 12
- Cette littorine […] est une véritable champignonniste anaphore infidèle 15
- Ce mollusque est le premier exemple d'un animal éleveur anaphore infidèle 20
- l'originalité de ce nouvel arrivant anaphore infidèle 22

210
Texte Exemples Description Ligne
- pour arriver à ce comportement champignonniste anaphore conceptuelle 27
- et trouvent, dans ces jardins, l'essentiel de leur nourriture anaphore infidèle 49
- cet escargot des marais est l'un des plus abondants anaphore infidèle 52
- à l'instar des crabes qui fréquentent ces milieux anaphore infidèle 60
- Lorsqu'il mange cette graminée anaphore infidèle 64
- il se nourrit des parties mortes qui entourent ces blessures anaphore fidèle 71
- C'est dans les parties ainsi éraflées anaphore fidèle 72
- ce champignon est le mets préféré du gastéropode anaphore fidèle 76
- les biologistes se sont rendu compte que le petit mollusque déposait... anaphore infidèle 77
- un certain nombre d'hypothèses que ces biologistes ont formées anaphore infidèle 81
- Cette action a-t-elle, en définitive, un effet positif sur la croissance de anaphore conceptuelle 86
cet escargot ? anaphore fidèle
- les chercheurs se sont demandés anaphore infidèle 95
- la croissance et le développement de la graminée anaphore infidèle 95
- l'objectif premier de cette pratique anaphore conceptuelle 119
- sur lequel vont se développer ces champignons si nutritifs pour notre anaphore infidèle 124
escargot marin anaphore infidèle
- Puis il poursuit cette action anaphore conceptuelle 129
- permet à l'escargot de croître anaphore infidèle 131
- cette symbiose entre l'escargot et le champignon anaphore conceptuelle 137
- ces espèces étant strictement mycophages anaphore infidèle 140
- le petit gastéropode américain n'en est pas là. anaphore infidèle 148
- Mais l'extraordinaire intérêt de cette découverte anaphore conceptuelle 149
- La graminée sur laquelle vit cet escargot anaphore infidèle 155
- l'activité du gastéropode peut abaisser anaphore infidèle 157
R14 - Ces OGM dits de "première génération" anaphore infidèle 22
- Cette technique permet par ailleurs de cibler le génome anaphore conceptuelle 54
- d'où l'intérêt de cette technique anaphore conceptuelle 60
- empêcher l'expression de ce gène anaphore fidèle 68
- cette construction comprend des gènes marqueurs anaphore fidèle 76
- ces marqueurs étaient des gènes de résistance anaphore infidèle 79
- le gène de résistance pourrait-il passer anaphore fidèle 82
- Ce danger potentiel … devrait disparaître anaphore conceptuelle 84
- n'a montré qu' un tel transfèrt était effectivement réalisable anaphore conceptuelle 86
- à ne plus accepter d'OGM de ce type anaphore infidèle 89
R15 - les épines proéminentes auxquelles l'animal doit son nom anaphore infidèle 10
- et se sont adaptées à ce nouvel environnement anaphore infidèle 21
- Ce projet de longue haleine anaphore conceptuelle 29
- son équipe vient d'identifier le responsable de cette régression anaphore fidèle 33

211
Texte Exemples Description Ligne
- les biologistes californiens ont obtenu … anaphore infidèle 40
- les chercheurs ont ensuite retrouvé le gène Pitx2 anaphore infidèle 52
- les auteurs suggèrent donc que … anaphore infidèle 62
R16 - Mais certaines… détournent le code visuel anaphore infidèle chapeau
- Cette désignation est restée anaphore conceptuelle 11
- car cette luciole américaine est la championne des usurpatrices anaphore fidèle 11
- la première, la bioluminescence, n'appartient pas en propre à ces anaphore fidèle 15
coléoptères
- avoir consacré un livre à cette lumière "froide" anaphore infidèle 22
- Ce travail est une curiosité historique anaphore conceptuelle 26
- elles utilisent cette bioluminescence pour produire… anaphore fidèle 32
- ces arbres lumineux sont autant de phares naturels anaphore fidèle 44
- Dans ce cas, ce sont donc les mâles qui jouent les attracteurs anaphore conceptuelle 45
- Il y a, dans cette situation, une grande disparité entre les deux sexes anaphore fidèle 50
- On se doute que ce signal lumineux est spécifique à chaque espèce. anaphore infidèle 59
- Cette capacité de bioluminescence… anaphore conceptuelle 68
- qui permet la réussite reproductrice de ces espèces. anaphore infidèle 70
- Maintenant, dans ce coup en "trois bandes" anaphore conceptuelle 76
- le mâle ainsi grugé par ce message anaphore fidèle 78
- Douze espèces de Photuris développent ce petit jeu. anaphore conceptuelle 80
- Mais la reine, la championne de ces "femmes fatales", anaphore fidèle 81
- Elle est capable, dans la pratique de ce mimétisme agressif, anaphore conceptuelle 83
- Ces coléoptères , grâce à leur action dissuasive chimique, sont … anaphore infidèle 97
- On retrouve ces substances chez Photinus ignitus anaphore fidèle 100
- Ces "femmes fatales", nativement, ne possèdent pas ces anaphore fidèle 112
lucibafagines.
- Une telle réaction offre un bel exemple … anaphore conceptuelle 123
- les deux derniers coups, à cinq et à six bandes, de toute cette histoire anaphore conceptuelle 127
- ces lucibafagines à ses propres oeufs anaphore fidèle 130
- La "femme fatale" est ainsi une mère soucieuse de l'avenir anaphore infidèle 132
R17 - La rizière irriguée, image universelle de cette céréale anaphore infidèle 2
- cette culture nourrit plus de mille habitants au kilomètre carré anaphore conceptuelle 24
- cette culture, qui représente 32% de la surface plantée en riz anaphore conceptuelle 37
- Dans cette culture traditionnelle, les paysans défrichent anaphore conceptuelle 47
- Machinisme et agrochimie […] caractérisent cette culture anaphore conceptuelle 68
- Dans ce système coûteux mais hyperproductif anaphore fidèle 73
- Ce biotope, qui est aussi le cœur de tout un système … anaphore conceptuelle 100
- le grain est encore recouvert de ses enveloppes siliceuses anaphore associative 112
- Après toutes ces opérations, le grain a perdu environ un tiers de son anaphore conceptuelle 128

212
Texte Exemples Description Ligne
poids initial anaphore associative
- les rizeries réalisent mécaniquement toutes ces opérations anaphore conceptuelle 136
- Ce traitement casse inévitablement certains grains anaphore conceptuelle 138
R18 - ces clones cellulaires présentent l'avantage… anaphore conceptuelle 14
- autant de cellules productrices de ce même anticorps. anaphore fidèle 23
- chacun de ces animaux … est le clone de son parent fidèle anaphore fidèle 37
- Beaucoup d'invertébrés utilisent ce mode de reproduction anaphore conceptuelle 61
- alors que les femelles … les mâles… anaphore associative 63
- Ces techniques de micropropagation in vitro anaphore conceptuelle 110
- Ces embryons sont dits "somatiques" anaphore fidèle 119
R19 - l'animal délaisse sa gamelle anaphore infidèle chapeau
- ce régime ne lui convient pas anaphore conceptuelle chapeau
- l'interrupteur moléculaire cérébral qui régit ce comportement anaphore conceptuelle chapeau
- Cette carence entraîne, dans la cellule, l'accumulation de la molécule anaphore infidèle 23
qui véhicule l'acide aminé en question anaphore fidèle
- si la réponse comportementale des animaux passait par le même anaphore conceptuelle 30
mécanisme
- Les biologistes américains ont injecté… anaphore infidèle 37
- les rongeurs ont commencé à se détourner de leur gamelle anaphore infidèle 43
- Or, ce produit augmente dans le cerveau de rats. anaphore fidèle 61
- des rongeurs transgéniques […] ne savent plus repérer un tel repas anaphore fidèle 64
R20 - Ce comportement paradoxal vient d'être révélé anaphore conceptuelle 10
- Pour préciser l'origine de ces changements … anaphore conceptuelle 20
- la hausse de température induite par cette mutation végétale anaphore conceptuelle 58
- … poursuit la climatologue anaphore conceptuelle 73
- Si de telles vagues de chaleur se multiplient anaphore infidèle 91

213
CHAPITRE 10 :
LA COHERENCE ARGUMENTATIVE

Le discours d’explication agronomique que nous étudions est, comme


tout discours, un macro-acte de langage unifié (cf. chapitre 5, point 2.2) témoin
de sa valeur illocutoire et de son orientation argumentative. Il vise un but
utilitaire. Il en résulte que comprendre l’action langagière engagée, c'est
également pouvoir répondre à une question pragmatique: pourquoi ? pour
accomplir quel but, quelle visée argumentative ? Autrement dit, étudier un
discours d'explication agronomique en tant qu'unité illocutoire revient à se
demander quelles sont les finalités de communication et la visée argumentative
propre à ce genre discursif.

1. Les finalités de communication

Il convient de dire, à l'instar de P. Charaudeau (1997:68) que "tout acte


de communication est ordonnancé en fonction d'un but, d'un objectif". La
finalité figure ainsi parmi les contraintes de tout acte de communication. En ce
qui concerne l'objet de notre étude, le discours agronomique a pour objectif à
priori de transmettre aux lecteurs des connaissances scientifiques en matière
d'agronomie. Il a donc une visée informative, il tend au faire-savoir. En
d'autres termes, dans ces textes d'information scientifique, on se trouve dans
une situation de transmission de connaissances qui renvoie fonctionnellement à
un "faire savoir " ou à un "faire en sorte que l'autre sache", pour reprendre les
termes de S. Moirand (1994). Le savoir transmis est un savoir quotidien,
expérimental, soucieux de répondre à la question "qu'est-ce que c'est ?" ou
"comment ça marche ?"

Ainsi, pour construire son propos, l'auteur d'un discours d'explication


agronomique mobilise l'ensemble des représentations cognitives qu'il a
construites sur le milieu physique, social, culturel. Tel un pédagogue, il

214
explique et transmet l'information qu'il détient et que les lecteurs n'ont pas afin
d'apporter les clarifications nécessaires à ces derniers. Il est pour cela en
position haute: il possède un savoir supérieur à celui de l'autre (le récepteur ou
lecteur), savoir réel ou supposé, savoir qu'il est obligé de faire partager ou bien
qu'il désire faire partager à l'autre. Il jouit ainsi d'un certain pouvoir de parole.
Quant au public récepteur, il est censé être motivé, il s'informe parce qu'il
estime être dépourvu de telle ou telle information qui lui sera utile.

En même temps qu'il vise au faire-savoir, le discours agronomique a


besoin de persuader le lecteur de sa crédibilité pour faire passer ce qu'il
explique comme vrai, il tend ainsi au faire-croire. La crédibilité, c'est ce qui
fonde la légitimité d'une explication scientifique d'autant plus que le lecteur
dispose de critères d'évaluation qui lui permettent de juger si ce qui lui est
expliqué est vrai ou faux, fiable ou non. L'auteur d'un discours agronomique
doit donc persuader le lecteur de la fiabilité de ses dires. Avec un discours non-
spécialisé, dans le cas d'un texte littéraire par exemple, il ne s'agit pas
d'envisager la référence en termes de vrai ou faux dans un cadre de vérité
logique, mais en termes de validité, c'est-à-dire de vérité relative à un
énonciateur. Mais avec un discours d'explication scientifique, il s'agit de
transmettre un savoir qui est instauré, établi par une communauté scientifique.
L'écart entre la signification en langue et le sens en discours doit y être réduit
au maximum pour garantir la véracité du dit. En fonction des paramètres
situationnels (contexte de l'échange verbal, partenaires, visée de
l'énonciation…), on cherche à faire croire par sa façon d'expliquer les choses,
par une organisation hiérarchisée des connaissances à transmettre, par un choix
d'arguments judicieux pour faire admettre sa thèse. Dès lors, produire un
discours agronomique à visée explicative, pour un scientifique explicateur, c'est
transmettre l'information mais c'est surtout chercher à agir sur l'autre, à
modifier l'univers de croyance de ce dernier. L'extrait suivant en donne une
idée:

215
84: Comment se fait-il que l'on obtienne ainsi une plante entière ? C'est parce que les
cellules d'un tissu végétal sont capables, sous certaines conditions, de se
dédifférencier, puis de se redifférencier en un ou plusieurs tissus. D'où, par exemple,
la pousse de racines sur un fragment de tige. (R18 - ligne 93)

Dans ce passage qui explique comment on obtient des clones végétaux,


la véracité des explications est assurée par une organisation hiérarchisée des
informations ( se dédifférencier, puis de se redifférencier ), par un choix pertinent
d'arguments (C'est parce que les cellules d'un tissu végétal sont capables…) et par le
recours à des moyens linguistiques spécifiques (exemplification, relation
causale) qui renforcent la fiabilité des propos.

Au cours de ses explications, l'auteur d'un texte agronomique doit aussi


rendre son information intelligible, accessible, afin que le lecteur saisisse
l'information. Aussi cherche-t-il à faire comprendre, soucieux de répondre à la
question "pourquoi?". Il doit pour cela assurer une double obligation -
construire une explication fiable et la rendre compréhensible. Le discours
d'explication agronomique porte donc une visée pragmatique sous-jacente:
faire en sorte que le lecteur puisse s'approprier des savoirs nouveaux. De ce
fait, il y a au-delà du dire une volonté d'expliquer, de mettre en rapport les
manières de dire et les manières de faire, d'établir des liens de cohérence entre
un fait ou un phénomène nouveau et les autres savoirs établis ou supposés chez
les récepteurs ou lecteurs. En un mot, le spécialiste met en avant une intention
didactique car s'il paraît clair que celui qui explique a compris les phénomènes
ou la solution, il n'en va pas automatiquement de même pour celui à qui on les
communique. Nous avons vu ainsi, dans les analyses effectuées dans les
chapitres précédents que plusieurs moyens textuels sont mobilisés à cet effet:
reformulation, exemplification, modalité spécifique d'énonciation, substitution
nominale…

En bref, le discours agronomique à visée explicative, comme nous


l'avons vu, vise plusieurs finalités, à savoir le faire-savoir, le faire-comprendre,

216
le faire-croire. On explique pour faire comprendre mais aussi pour informer,
pour décrire, pour convaincre, etc. Et de par ces objectifs, ce genre discursif
véhicule une visée didactique. A ce point, nous rejoignons S. Moirand
(1999:145) lorsqu'elle aborde la question de la didacticité de l'explication
médiatique de la science: "l'explication, dans les discours de transmission de
connaissances, s'inscrit dans une structure complexe qui oscille entre les
dimensions communicatives de la représentation didactique de l'explication et
les dimensions de la représentation de l'explication comme activité cognitive".
Cette didacticité se manifeste dans le discours d'explication agronomique,
comme nous l'avons remarqué, par l'utilisation de procédures de définition,
d'exemplification, d'explication, de clarification des termes ou des référents …

2. La visée argumentative

Il convient de dire que toute communication présuppose une


argumentation au sens de la logique naturelle dont la visée est d'agir sur l'autre
(J-P. Grize 1996). Ce concept est repris par D. Wolton (1995) en science de la
communication dans l'affirmation suivante:

Il est pourtant difficile de penser la communication, sans l'aide de l'argumentation qui


structure tout échange. Il est difficile de penser que les changements massifs qui ont
affecté la communication n'ont pas d'impact sur les conditions et les modalités de
l'argumentation ! En réalité, il n'y a pas de communication intersubjective sans
argumentation. On peut le dire autrement: sans argumentation, il n'y a pas de
communication. (1955 :11)

L'argumentation, prise dans ce sens, désigne l'ensemble de dispositifs et


de stratégies de discours utilisés par un locuteur dans le but de convaincre. Elle
suppose un enchaînement structuré d'arguments liés par une stratégie globale
qui vise à faire adhérer le récepteur à la thèse présentée par le locuteur.
D.Maingueneau (1991:228) va jusqu'à dire que l'argumentation constitue un
des facteurs privilégiés de la cohérence discursive. Dans le cadre du discours

217
d'explication agronomique qui fait l'objet de notre étude, les deux pôles de
communication (scripteur/lecteur) ne sont pas présents l'un en face de l'autre,
les temps de production et de réception sont décalés. Alors comment le
scripteur explicateur fait-il pour atteindre les finalités qu'il s'est attribuées et qui
sont de faire savoir, faire croire, faire comprendre ? Dans les chapitres
précédents, nous avons repéré et analysé certaines stratégies linguistiques et
pragmatiques utilisées par le scripteur au cours de ses explications. Il convient
de rappeler ici ces quelques moyens textuels à savoir la stratégie énonciative,
les axes thématiques, les connecteurs argumentatifs tant ils contribuent
largement à l'orientation argumentative d'un discours agronomique.

2.1. La stratégie énonciative

Problématiser un objet, apporter une réponse susceptible de modifier un


système de représentation et cela à travers un discours qui se veut tout à la fois
rationnel et adapté à un public spécifique, autant de propriétés d'une explication
scientifique qui ne sont pas sans effet au point de vue pragmatique. A ce sens,
les modalités d'énonciation sont directement réglées par ces propriétés.

Dans les chapitres précédents, notamment dans le chapitre 8, à côté des


dimensions cognitives du discours d'explication agronomique - à quoi on
réfère, comment on représente ce dont on parle et ce qu'on explique -, nous
avons pris en compte ses dimensions communicatives, c'est-à-dire:

- les places énonciatives que le discours agronomique construit des


énonciateurs présents ou cités , des destinataires présents ou virtuels, des
sources qu'il utilise.
- les représentations qu'il donne du discours des autres, les discours
antérieurs et ceux des énonciateurs à qui il donne la parole.

218
Ainsi, au niveau de la structuration linguistique, nous avons remarqué
que les textes du recueil sont quasiment écrits à la troisième personne. Pas de
traces du scripteur, à peine quelques occurrences du "nous" et du "on" avec des
effets spécifiques, comme nous avons pu l'analyser. Comment le scripteur,
absent de son texte, peut-il agir sur ses lecteurs ? Dans l'ensemble des textes du
corpus, force est de constater la présence dominante des énoncés assertifs. Le
passage suivant en donne un exemple:

85: " Dans l'univers, l'eau est très rarement à l'état liquide car, pour qu' elle atteigne
cet état, il faut la présence d'une atmosphère. Elle se présente donc surtout sous forme
de vapeur (dans les nuages de gaz interstellaires) ou de glace (dans ces mêmes nuages
et dans les comètes). On trouve enfin des hydroxydes (OH) dans des minéraux
hydratés , comme les argiles, constituant des météorites." (S4 - ligne 8)

Le caractère assertif dans cet extrait est caractérisé par des énoncés
affirmatifs, par une modalité logique qui consiste à présenter les éléments du
contenu comme certains. On peut trouver des énoncés assertifs comme tels
dans tous les textes du corpus. Si les auteurs ont choisi de neutraliser la
communication scientifique en privilégiant l'aspect assertif, c'est sans doute
pour des raisons de simplification et de transparence didactiques et
d'objectivation du discours. Ils visent ainsi à engager le locuteur à une certitude
de faits, à la véracité de leurs explications car comme le souligne
D. Maingueneau (1991: 116) "la vérité d'un énoncé n'est pas une propriété qui
lui soit attachée de manière évidente et stable, mais le produit d'une
énonciation, d'un processus de validation construit et garanti par un
énonciateur". Ainsi, construire une assertion, poser un énoncé comme vrai,
c'est, en plus transmettre une information scientifique, se porter garant de cette
vérité.

De plus, l'absence de verbes de communication performatifs "j'affirme


que, je vois que, je conclus que…" dans les textes du corpus explique la quasi-
totalité des énoncés à la troisième personne. Et justement, en évitant de

219
s'impliquer de la sorte, le scientifique explicateur donne l'impression d'être
objectif et par conséquent convainc mieux le lecteur de la véracité de ses
explications. Ainsi, en rendant plus explicite le lien qui peut exister entre
effacement énonciatif et visée argumentative, le discours agronomique met en
évidence les effets pragmatiques de l'absence des traces des instances
énonciatives, comme si ce n'était pas l'auteur qui s'exprimait mais la science qui
parlait seule; d'où la scientificité du contenu et l'intelligibilité du discours.

Par ailleurs, comme nous l’avons analysé dans le chapitre 8, le discours


d'explication agronomique est fortement polyphonique avec le recours constant
au discours d'autrui: on y voit des traces de la présence d'autres sources
énonciataires. Ainsi, on repère une démultiplication des intervenants convoqués
dans l'exposition de la science: en plus de la voix de l'explicateur sont
entendues les opinions de spécialistes, les voix de chercheurs ou d' institutions
du domaine concerné. Ceci de manière à rendre les explications plus fiables et
à éclairer le thème scientifique car, grâce à la présence de plusieurs points de
vue, le scripteur scientifique peut montrer qu'il n'est pas isolé dans ce qu'il
affirme et que ses assertions sont dignes de confiance. Le recours aux citations
dans ces cas vise un effet de langage, dans une certaine intention persuasive,
pour soutenir, de façon implicite ou explicite, la thèse que le scripteur cherche à
accréditer. Il assure donc une fonction d'"argumentation": citer pour protéger et
pour faire évoluer son propre discours. (R. Delamotte-Legrand:2002:39).

2.2. L'axe thématique

En ce qui concerne l'organisation du domaine du savoir et le traitement


des informations de la communication, les auteurs du discours d'explication
agronomique ont choisi d'organiser ce champ thématique selon un mode
d'organisation discursif propre à ce genre de discours. Reprenons le cas de
l'ordre des éléments dans l'énoncé. Nous avons remarqué que dans la plupart
des textes du corpus, la structure informationnelle suit généralement l'ordre

220
thème-rhème. Cependant, l'ordre rhème-thème ou rhème-thème-rhème a aussi
eu lieu (cf. chapitre 9). Il s'agit là d'une centration sur l'information, c'est à dire
que la répartition des éléments de l'énoncé se fait suivant le dynamisme
communicatif: des informations principales, des informations secondaires et
cela dans un but de clarté et d'efficacité du contenu. En effet, l'ordre des
éléments est régi par de nombreuses règles: focalisation de l'information, loi
des longueurs, souci d'équilibre rythmique…Que de normes, sémantiques,
syntaxiques, pragmatiques à prendre en compte et parmi lesquelles il faut
savoir choisir la meilleure, qui puisse répondre le mieux à la visée explicative.
Ainsi, le choix de l'ordre des éléments est tributaire de l'intention du scripteur
soucieux de faire passer l'information de la façon la plus efficace possible. Il
transporte donc une visée intentionnelle.

Par ailleurs, par volonté d'éviter des répétitions ou par souci de mieux
faire comprendre ses explications, le spécialiste n'hésite pas à reformuler les
termes scientifiques. Pour cela, il recourt à une série de mécanismes tels que la
paraphrase, la nominalisation, la substitution nominale… Dans les analyses
effectuées au chapitre 9, nous avons vu que le choix d'un substitut permet
d'introduire, en toute économie de moyens, l'appréciation du scripteur sur les
faits qu'il rapporte, oriente la représentation du lecteur en imposant une mise en
perspective particulière de l'objet qui devient, pour la suite de l'énoncé, l'unique
référence admise. Voici d'autres exemples extraits du corpus:

86: Les truites que vient de créer l'INRA ont un faux air de terminator. Ces OGM en
écailles sont frappés de stérilité de façon réversible. (S2 - chapeau)
87: Elle change la séquence de flashs propres à son espèce et mime ceux d'une autre
luciole, et cela à destination d'un autre mâle de la famille des Lampyridae […]. Elle est
capable, dans la pratique de ce mimétisme agressif, d'agir efficacement contre dix voire onze
autres espèces de mâles de lucioles. (R16 - ligne 73)

On voit ainsi que le choix de ces susbtituts "ce mimétisme agressif", "ces
OGM en écailles" parmi d'autres dénominations, permet d'exprimer le point de

221
vue du scripteur et engendre le sentiment que tel discours développe tel thème,
qu'il est au sujet de tel objet. Il assure donc une orientation de la réflexion chez
les lecteurs.

2.3. Les connecteurs argumentatifs

La valeur illocutoire du discours agronomique peut être encore perçue


avec l'emploi des connecteurs argumentatifs qui, parmi d’autres moyens,
contribuent à assurer la cohésion textuelle et à faciliter la compréhension du
texte. Faisant référence aux définitions de J-M. Adam (dans P. Charaudeau &
D. Maingueneau 2002:128), nous considérons que les connecteurs
argumentatifs jouent un rôle important dans l'orientation argumentative: "A la
différence des autres connecteurs, ils orientent argumentativement la chaîne
verbale en déclenchant un retraitement d'un contenu propositionnel soit comme
un argument, soit comme une conclusion, soit comme un argument chargé
d'étayer ou de renforcer une inférence ou encore comme un contre-argument".
Pris dans ce sens, les connecteurs argumentatifs ajoutent à la fonction de
segmentation des énoncés un marquage fort de prise en charge énonciative.

Dans notre corpus, nombreux sont les connecteurs d'intégration linéaire


(voir tableau 11 à la fin du chapitre):

88: Fabriquer une plante génétiquement modifiée (PGM) relève de la prouesse


technologique. D'abord, il faut parvenir à introduire un gène dans le noyau des cellules
végétales sans trop les perturber. Puis, à partir des ces cellules, il s'agit d'obtenir des plantes
qui portent si possible dans leur génome une seule copie du gène inséré. Enfin, il faut que ce
gène soit traduit en protéine fonctionnelle, afin que la plante présente le caractère recherché.
(S8 - ligne 1)
89: La molécule d'eau (H2O) est omniprésente dans l'Univers, et il n'y a rien
d'étonnant à cela. En effet, les trois éléments les plus abondants sont d'une part l'hydrogène
(H) et l'hélium (He) formés dans les premières minutes qui ont suivi le big bang, et d'autre
part l'oxygène (O), fabriqué massivement dans les étoiles. (S4 - ligne 1)

222
La production et la réception d'un discours ne sont pas des opérations
symétriques; si le scripteur peut planifier son texte en ayant présent à l'esprit
une visée plus ou moins élaborée de son propos, à l'inverse, le récepteur est
soumis au pas à pas, imposé par la linéarité de ce qu'il perçoit. Dans ce cadre,
les marqueurs d'intégration linéaire donnent au scripteur le moyen de prendre
en compte les contraintes de cette linéralité de la réception et, en même temps,
ils aident le lecteur à traiter les informations, à embrasser la totalité d'un
phénomène. Ils ont une fonction de guidage du lecteur.

Nous avons également noté dans le recueil du corpus l'importance


quantitative de mais, en effet, donc, par ailleurs, car…Ces connecteurs
argumentatifs signalent des relations de caractère fonctionnel entre des unités
ayant fait l'objet d'une énonciation: ils marquent que telle unité doit être
envisagée comme ayant pour finalité de justifier, expliquer, reformuler, etc. La
valeur illocutoire du discours d'explication agronomique devient alors
indiscutable. Prenons le cas du connecteur "par ailleurs" qui apparaît dans
certains textes de notre recueil (S9, S18, R3, R9, R10, R13, R14, R18…) dont
voici quelques extraits:

90: [P1] La biolistique, par exemple, consiste à bombarder le tissu végétal


avec des particules recouvertes d'AND. [P2] Cette technique permet par ailleurs de
cibler le génome non plus du noyau, mais des organites cellulaires comme les
chloroplastes. (R14 - ligne 52)
91: [P1] A commencer par sa richesse en fibres alimentaires…[P2] Par
ailleurs, le pain constitue une source protéique d'appoint intéressante, même s'il est
pauvre en lysine… (S18 - ligne 76)

Ce connecteur remplit une fonction de progression thématique (il


introduit toujours un élément nouveau) et argumentative. Nous pouvons dire
que l’efficacité de la stratégie argumentative impliquée par ce connecteur vient
du fait que l’énonciataire fait comme si, au moment où il dit [P1], il n’avait pas
prévu [P2], comme s’il donnait [P2] en plus. [P2] est présentée comme un

223
argument supplémentaire. Selon qu'il renvoie ou non de façon explicite à un
référent préalable, qu'il introduit une information faisant ou non l'objet d'un
développement ultérieur, l'intention argumentative du discours devient
évidente.

Sur ces liens de connexion dans les explications scientifiques, une


analyse plus détaillée se trouvera dans le chapitre qui suit.

3. Bilan

Le discours agronomique à dominante explicative vise les finalités d'un


discours de transmission de connaissances, il cherche à assurer le faire savoir,
le faire comprendre et le faire-croire, finalités qui fondent sa légitimité et sa
raison d'être.

Le discours agronomique a pour visée argumentative d'agir sur ses


lecteurs, les faire réagir, les transformer dans leur univers de croyances. Cette
visée se manifeste au niveau textuel par le choix d'un axe thématique, le
recours à des moyens discursifs tels que la reformulation, l'exemplification, la
définition… Elle fonctionne également au niveau du processus d'énonciation
avec l'emploi de certains connecteurs argumentatifs, la présence importante
d'énoncé assertifs, et par une stratégie d'hétérogénéité de voix (le recours
constant au discours d'autrui), ce qui a pour effet d'assurer l'objectivité et la
scientificité du contenu et par conséquent de mieux convaincre le lecteur de la
véracité des explications.

224
CHAPITRE 11:
LA MISE EN TEXTE LINGUISTIQUE

Notre travail de recherche se propose d'étudier les spécificités qui font


partie de la cohérence textuelle dans un discours d'explication agronomique en
partant de l'hypothèse qu'il existe des phénomènes de cohérence propres à ce
genre de discours. Nous avons au cours des chapitres précédents, étudié l'unité
thématique-référentielle et la visée argumentative, deux types d'opérations qui
déterminent la cohérence sémantico-pragmatique globale du discours
agronomique. Dans le chapitre qui suit, nous tenterons de repérer et d' analyser
des régularités discursives établies au niveau de la mise en texte linguistique,
donc des marques explicites de cohésion. Les phénomènes que nous allons
étudier relèvent plutôt du niveau macro-structurel (prototype) du texte, c'est-à-
dire la reconnaissance de la cohérence d'un texte par ces signaux est pour une
bonne part relative aux genres de discours auquel on le rattache (dans ce
travail, il s'agit de l'explication scientifique à thème agronomique).

Dans le cadre de notre étude, il n'est pas possible de faire l'analyse


détaillée du fonctionnement de toutes les marques de cohésion que nous avons
répertoriées. Nous avons choisi de nous attacher à quelques phénomènes dont il
est nécessaire de souligner l'importance.

1. Introduction et gestion des exemples

A partir de l'observation de notre corpus, nous avons remarqué que


parmi les régularités discursives qui président à la cohérence dans les
explications scientifiques figure le recours à l'exemplification (voir le tableau
11 à la fin du chapitre). Dans une perspective didactique majeure que nous
nous sommes fixée, nous trouvons intéressant d'étudier le rôle des exemples
dans la construction du sens d'un discours agronomique et de préciser comment

225
il permet de former une explication scientifique cohérente. Pour ce faire, nous
tenterons d'abord de repérer les différents moyens dont dispose le spécialiste
explicateur pour inscrire les exemples dans ses explications.

La procédure d'exemplification est une procédure textuelle, au sens où


elle implique une mise en relation entre différentes unités textuelles. Dans
l'ensemble des textes de notre corpus, les exemples se manifestent souvent par
des marqueurs: par exemple, comme, notamment, en particulier, ainsi (à
distinguer avec ainsi à valeur de reprise anaphorique ou ainsi à valeur
consécutive). Voici quelques extraits à titre d'illustration:

92: les cultures ne sont pas moins menacées par le développement inédit de certaines
espèces. Ainsi du criquet pélerin: sévissant en Afrique et en Asie, il aborde aujourd'hui les
côtes d'Espagne et d'Italie… Or un seul essaim peut engloutir 300 tonnes de végétaux par
jour ! (S11 - ligne 42)
93: Certains poissons comme le labre s'enfouissent dans le sable, d'autres tel le
poisson-perroquet, s'enveloppent d'une sorte de chemise de nuit… (S17 - ligne 6)
94: l'absorption intestinale dépend assez largement des autres constituants qui
composent l'aliment, et notamment de la présence de fibres, de protéines et de graisses. (R4
- ligne 59)
95: Beaucoup d'invertébrés utilisent ce mode de reproduction, en particulier chez les
insectes. (R18 - ligne 60)

L'exemple explicatif se présente dans ces passages comme une sorte de


parenthèse discursive permettant de clarifier une notion, un phénomène, tout en
évitant l'apparente implication du scripteur qui se donne alors pour un
observateur décrivant objectivement un fait. Il vise l'adhésion du destinataire à
la thèse qui lui est proposée, dans la mesure où la compréhension du discours
est une condition de l'effet de persuasion recherché au cours de la transmission
de la connaissance.

226
Parmi les marqueurs d'exemplification relevés, PAR EXEMPLE est
celui qui apparaît fréquent dans notre corpus, particulièrement dans R4, R11,
R14, R15, R16, R18…On peut le trouver soit en tête de proposition (il peut
commuter dans ce cas avec ainsi), soit à l'intérieur d'une proposition incise ( il
peut commuter avec d'autres marqueurs comme notamment, en particulier et
entre autres ) soit à l'intérieur d'un groupe nominal:

96: En deçà, l'industriel peut mentionner que les ingrédients sont bio (100%) à
condition que leur somme dépasse 70%. Par exemple, des anchois qui baignent dans de
l'huile bio ne peuvent pas revendiquer l'appellation bio (S5 - ligne 24)
97: En prévision d'une urgence énergétique, par exemple un effort intense,
l'organisme se doit de constituer des réserves de sucre en stockant le glucose excédentaire qui
afflue après chaque repas. (R4 - ligne 14)
98: Mais la séquence codante de Pitx 1 est intacte chez les épinoches du lac Paxton,
et le gène y est normalement exprimé dans, par exemple, le thymus ou la nageoire caudale.
(R15 - ligne 57)

On peut constater à travers ces extraits que le recours à l'exemplification


(manifesté par un marqueur explicite) permet au scripteur d'assurer la bonne
réception de son discours par le destinataire en éliminant ainsi des obstacles à
la compréhension de ce dernier. Particulièrement, à travers les exemples dans
ses explications, l'attitude du scripteur devient plus coopérative: il s'agit non
seulement de se garantir contre les éventuelles demandes de justification d'un
lecteur exigeant, mais encore de l'aider à accéder au sens de ce qui est dit et
ceci de manière à rendre ses explications plus claires, plus transparentes .

Par ailleurs, il est à souligner que dans certains cas, l'exemplification


apparaît dans les explications scientifiques comme une opération discursive qui
consiste à établir l'équivalence de deux énoncés dont l'un est présenté comme
un nom générique de classe et l'autre comme une liste paradigmatique
inachevée des éléments composant la classe et qui sont donnés comme autant
de faits ou choses vérifiables. Cette façon de considérer l'exemplification

227
comme l'établissement d'une relation d'identité entre énoncés et donc comme
l'établissement d'une paraphrase, est empruntée à C. Fuchs lorsqu'elle remarque
que l'exemplification est une forme particulière de la paraphrase: "cas où la
séquence Y qui reformule la séquence X se présente comme une sorte de cas
particulier, d'exemple illustratif de X" (1982 :107). Observons ces passages:

99: l'absorption intestinale dépend assez largement des autres constituants qui
composent l'aliment, et notamment de la présence de fibres, de protéines et de graisses. (R4
- ligne 59)
100: une pratique bio qui s'accompagne de traitements spécifiques, comme l'ajout de
certaines herbes au fumier. (R10 - ligne 17)
101: D'autres protocoles sont à l'étude, par exemple l'utilisation d'un gène de
sélection qui permette aux seuls plants transgéniques de croître sur un milieu particulier mais
anodin (R14 - ligne 98)
102: Mais il ne couvre plus qu'environ 15 à 20% de nos besoins énergétiques, une
sous-consommation souvent compensée par la surconsommation d'autres aliments: viandes,
chips, confiseries, sodas… (S18 - ligne 23)

Dans ces extraits, les exemples fonctionnent comme une reformulation


paraphrastique: le scripteur précise ce qu'il faut entendre par "autres
constituants" (exemple 99) ou par "traitements spécifiques" (exemple 100),
"autres aliments" (exemple 102)… Le listage actualise la signification d'un
terme général en précisant le contenu qui doit lui être attribué dans la séquence.
Le recours à l'exemplification dans ces cas a pour fonction d'éviter au lecteur
de s'interroger sur le sens d'un terme dont le scripteur pense que, dans un
contexte précis, il poserait problème. Résoudre ce problème par l'adjonction
d'un exemple, c'est permettre au lecteur d'accéder réellement au sens du texte.

Ainsi, prouver, illustrer, c'est fonder la validité des explications. Lorsque


le scripteur ne spécifie pas la fonction d'exemplification d'un énoncé par le
recours à un marqueur "clair" comme nous avons relevé ci-dessus, d'autres

228
éléments servent d'indices au repérage. Nous allons en dégager quelques-uns à
partir de l'observation de notre corpus: (voir tableau 11)

* expressions ou propositions construites à partir de marqueurs

C'est toute une proposition ou un groupe nominal qui sert à introduire


l'exemple. Voici quelques constructions, à titre d'illustration, extraites du
corpus:
103: Un seul exemple: en Norvège, ou l'on produit 500000 tonnes de saumons et de
truites par an, on dénombre plus de 3000 fermes marines du nord au sud du pays s'étendant
sur une moyenne de plus de 12000m2… (S16 - ligne 38)
104: D'où l'importance, pour l'animal, de savoir déceler une éventuelle carence.
C'est le cas du rat, qui change de nourriture avant que son taux sanguin en tel ou tel acide
aminé indispensable ne chute drastiquement… (R19 - ligne 10)
105: le coléoptère qui nous intéresse en est la parfaite illustration (R16 - ligne 6)
106: par rapport à l'augmentation qu'occasionnerait la même quantité d'un aliment
choisi comme référence, en l'occurrence le glucose dont l'index glycémique est fixé à 100
(R4 - ligne 69)

Remarquons que le caractère explicatif de l'exemplification utilisée dans


ces passages est signalé par le scripteur lui-même quand il écrit: "le coléoptère
qui nous intéresse en est la parfaite illustration" ou "un seul exemple: en
Norvège…". Ainsi, le recours à l'exemple permet au scripteur de régler la bonne
marche de la communication: il lui sert à légitimer ses arguments; il permet par
ailleurs d'éliminer des obstacles à la compréhension du lecteur.

* Les parenthèses, les deux points, les points de suspension comme


dans ces extraits:

107: La recette semble d'une simplicité biblique: de la farine, de l'eau, de la levure,


du sel… (S19 - ligne 1)

229
108: certaines toxines produites par des champignons qui attaquent les épis et les
grains de blé se révèlent toxiques pour les hommes et pour les animaux: effets
neurologiques, cancers du foie, perturbations de la lactation, etc. (R9 - ligne 1)
109: En revanche, des dizaines de molécules sont autorisées tant en production
(compost, guano, huiles essentielles végétales, pyrétroides, etc.) qu'en industrie (sel,
additifs…). (S5 - ligne 17)

Concernant le dernier exemple (Ex.109 avec l'emploi de la parenthèse


comme indice d'un exemple), des cas de figures se présentent:

- la parenthèse s'ajoute à un marqueur

110: puisque les agriculteurs peuvent choisir des essences à haute valeur ajoutée
(comme le poirier, l'érable ou le merisier) et espérer améliorer leurs revenus. (S20 - ligne 42)
111: Il désigne alors les jeunes plants obtenus par reproduction asexuée (par
exemple, par bouturage) (R18 - ligne 4)

- la parenthèse est annoncée par un mot introducteur, tels les mots


traitements draconiens ou mesure dans les citations suivantes:

112: le prion […] est une particule infectieuse protéique qui résiste à des traitements
draconiens (formol, stérilisation classique, irradiation…) (S3 - ligne 1)
113: Les organismes collecteurs de céréales […] pourront donc connaître et prendre
les mesures adéquates en cas de contamination (isolement des lots, traitements particuliers,
etc.) (R9 - ligne 64)

* Le passage du général au particulier. Prenons quelques exemples:

114: Ainsi, les petites exploitations des pays du Sud se caractérisent-elles surtout par
leur polyculture. L'élevage de la carpe ou du tilapia en Asie du Sud-Est et en Afrique se
mène parallèlement à celui du bétail terrestre et à la culture de céréales. (S16 - ligne 5)
115: Beaucoup d'invertébrés utilisent ce mode de reproduction, en particulier chez les
insectes. Chez les abeilles notamment, alors que les femelles sont produites par reproduction
sexuée, les mâles, eux, sont produits par parthénogenèse. (R18 - ligne 60)

230
116: D'autres techniques, dites de transfert direct, permettent de modifier certaines
plantes insensibles à Agrobacterium. La biolistique, par exemple, consiste à bombarder le
tissu végétal avec des particules recouvertes d'AND. (R14 - ligne 49)

L'énoncé "L'élevage de la carpe ou du tilapia en Asie du Sud-Est et en


Afrique se mène parallèlement à celui du bétail terrestre et à la culture de
céréales" exemplifie l'énoncé "les petites exploitations des pays du Sud se
caractérisent-elles surtout par leur polyculture". De même, l'énoncé "chez les
abeilles notamment…" exemplifie l'énoncé "Beaucoup d'invertébrés utilisent ce
mode de reproduction". Le passage du général au particulier dans ces exemples
est manifesté par le passage des termes génériques (invertébrés, d'autres
techniques…) à des termes particuliers (les abeilles , la biolistique…).

Ainsi, l'introduction et la gestion des exemples dans le discours


agronomique contribuent vraiment à la clarté et donc à la qualité de ses
explications scientifiques. La reconnaissance de ces marques d'exemplification
ainsi que leur rôle peuvent aider les étudiants à mieux les utiliser lors de leur
rédaction scientifique .

2. Les relations causales

Comme nous l'avons présenté, l'objectif des analyses menées dans ce


présent chapitre consiste à repérer des marques linguistiques spécifiques qui
déterminent la cohérence du discours d'explication agronomique dans son
parcours de construction du sens. Il nous paraît important d'y ajouter les
relations causales, qui participent elles aussi directement à cette cohérence et
qui font une des spécificités propres à l'explication scientifique. Ces relations
sont à entendre comme une "explication causale", dans les termes de
P.Charaudeau (1992:539), c'est-à-dire "le mouvement de pensée part de
l'existence de l'assertion A2, pour remonter jusqu'à son origine, c'est-à-dire
l'assertion A1, dont l'existence représente son principe, sa source". Ainsi, les

231
relations causales établissent une relation logique entre deux assertions (A1 et
A2), puisque "ce qui justifie que l'on pose A2, c'est l'existence de A1".

Ce type de relation apparaît de façon fréquente dans notre recueil


d'articles d'explication scientifique, notamment lorsqu'il s'agit de donner les
raisons d'un phénomène scientifique (voir tableau 12 à la fin du chapitre). En
voici quelques extraits à titre d'illustration:

117: Cependant, cela n'exclut pas la présence de sommeil. D'abord parce que selon
les spécialistes, ces expériences pourraient aujourd'hui aboutir à des résultats différents …
Ensuite, parce que même chez les vertébrés supérieurs, le sommeil n'est décelé que sur les
électroencéphalogrammes enregistrés dans le cortex, une partie absente chez les poissons. Ils
pourraient donc bien dormir sans qu'on le décèle. (S17 - ligne 29)
118: La triche entre les plantes est donc bien plus courante qu'on ne le pensait. En
fait, étant donné le pourcentage de symbioses impliquant des champignons
endomycorhiziens, elle pourrait exister sur tout le globe. (R8 - ligne 99)
119: L'automne arrivant, les jours raccourcissent et le mécanisme de la
photosynthèse devient donc de moins en moins productif, alors même que les feuilles
continuent de solliciter les minéraux de la sève brute. (S12 - ligne 11)

L'existence de ces relations causales est établie de deux manières: d'une


part par la "connaissance partagée du monde" que sont supposés partager les
auteurs et leur lecteur (le cas de l'exemple 119: L'automne arrivant, les jours
raccourcissent…), d'autre part par la présence de marqueurs linguistiques
(parce que, étant donné… dans les exemples 117, 118) qui viennent doubler la
"connaissance commune du monde" des participants à l'acte d'explication.

L'usage fréquent des relations causales dans l'explication scientifique


pourrait s'expliquer, pensons-nous, par le fait que expliquer, c'est établir une
relation de cause à effet (ou de cause à conséquence) entre deux faits. Dans le
cas d'une explication scientifique, c'est faire apparaître la trame logique derrière
les phénomènes scientifiques ou autrement dit c'est une procédure discursive

232
par laquelle on "rend raison" d'un fait scientifique en faisant particulièrement
appel à des causes. Les relations causales nous semblent donc jouer un rôle
fondamental dans la cohérence du discours d'explication scientifique, non pas
seulement au niveau de ce qu'il est convenu d'appeler la cohérence discursive
mais également à celui de la cohérence textuelle, étant donné qu'elles sont
souvent linguistiquement explicites. Leur présence à forte dose dans notre
corpus est typique d'un discours scientifique à visée explicative.

Le raisonnement scientifique se manifeste dans notre recueil de textes


par les moyens suivants: (voir le tableau 12)

- les connecteurs de cause (car, parce que, en effet, puisque, du fait de,
grâce à ...)

120: Contre de telles invasions, l'homme ne dispose que d'une seule arme: les
pesticides. Mais leur efficacité est limitée. En effet, le patrimoine génétique des insectes mute
rapidement, les rendant insensibles aux traitements. (S11 - ligne 105)
121: Grâce à un phénomène physique appelé osmose, l'eau moins salée est attirée
par la solution concentrée en sel (S14 - ligne 30)
122: du fait de la production discontinue des mycotoxines, un dosage négatif peut
se révéler positif quelque temps plus tard. (R9 - ligne 32)
123: On l'appelle également riz "cargo" car c'est sous cette forme qu'il était
traditionnellement transporté par voie maritime (R17 - ligne 119)

- les verbes au participe présent: cas de "étant"

124: Ces micro-nutriments étant surtout issus du germe et des enveloppes du grain,
leur teneur varie selon le type de pain. (S18 - ligne 83)
125: De nos jours, la durée des jachères étant de plus en plus courte du fait de la
pression démographique, la culture (sans intrants) produit moins d'une tonne par hectare
cultivé (R17 - ligne 53)

233
- Les expressions de causalité: être causé par, être responsable de, à
l'origine de, provoquer, …

126: les sécrétions d'éthylène et d'acide abcissique provoque aussi la formation d'une
zone de fragilité à la base du pétiole […], conduisant à la formation de crevasses de plus en
plus profondes (S12 - ligne 43)
127: Et pour cause: derrière ces qualités se cachent de complexes réactions physico-
chimiques (S19 - ligne 8)
128: L'éclatement des gousses de colza est responsable d'une baisse annuelle des
rendements de 20%, voire 50% en cas de mauvais temps. (R1 - ligne 41)

- Les signes typographiques: les deux points, les parenthèses

129: Mais on est loin ici des difficultés d'une greffe dans le règne animal: les
végétaux produisent peu d'anticorps, ce qui limite les phénomènes de rejet (S7 - ligne 68)
130: Et pas seulement sur le plan sanitaire: les cultures ne sont pas moins menacées
par le développement inédit de certains espèces. (S11 - ligne 41)
131: l'hélium étant chimiquement inerte (il ne s'associe que très rarement avec un
autre élément), l'hydrogène et l'oxygène se sont essentiellement combinés entre eux (S4-ligne 4)

- l'adverbe "d'où"

132: De nombreuses copies du génome chloroplastique cohabitant dans une même


cellule, le transgène s'exprime massivement - d'où l'intérêt de cette technique pour faire
produire par la plante une molécule que l'on veut ensuite recueillir (R14 - ligne 57)
133: Il ne reste alors que l'albumen, blanc, d'où le nom de riz "blanc" ou parfois
"usiné". (R17 - ligne 126)

Comme nous l'avons exposé dans le cadre théorique concernant le


discours explicatif (cf.chapitre 4 de la deuxième partie), une explication
scientifique expose un raisonnement-solution, qui trouve des causes ou des
raisons au phénomène problématique constaté. De ce fait, elle est caractérisée
par une organisation textuelle logique. C'est l'existence de relations causales

234
entre les faits scientifiques relatés qui établit cette cohésion. En marquant une
connexité entre deux unités sémantiques, elles structurent de façon étroite le
texte, tant au niveau des propositions à l'intérieur de l'énoncé qu'au niveau
interphrastique. Dans une perspective didactique, ne pas comprendre ou mal
comprendre la nature de ces relations reviendrait, pour les apprenants, à ne
percevoir qu'une suite de faits sans liens visibles entre eux et à commettre des
contresens probablement lourds de conséquence.

3. Les connexions

Il convient de dire que les connecteurs jouent un rôle déterminant dans


la structuration d'un texte, dans la constitution de sa cohésion, dans le processus
du décodage. Ils remplissent la fonction de liage sémantique et marquent les
relations qui existent entre unités de rangs différents (cf.chapitre 5, point 2.2).
Or, comme le signale à juste titre J-M. Adam (2005:117): "Les emplois et la
fréquence des connecteurs varient selon les genres de discours", l'usage et le
marquage de connexité varie en fonction des types de mise en texte. Ils sont
inhérents à un genre discursif précis. Concernant le genre qui fait l'objet de
notre étude, l'explication scientifique à thème agronomique, nous constatons, à
la suite de notre observation sur la fréquence d'apparition des connecteurs dans
le corpus, qu'il contient deux grandes catégories de marqueurs de connexion:

3.1. Les organisateurs textuels:

Les organisateurs relèvent du niveau de la texture d'un texte (voir J-M.


Adam 2005). Ils peuvent s'appliquer au plan local pour l'empaquetage des
phrases connexes (juxtaposition, coordination) ou l'enchâssement
(subordination). Au niveau du plan général du texte, ils rendent possibles les
segmentations, c'est-à-dire qu'ils signalent les transitions entre les propositions,
paragraphes, séquences. De là, ils contribuent au marquage des articulations du
texte et rendent ce dernier plus lisible. Par exemple, dans ce passage extrait du

235
corpus, la présence des organisateurs rend la structure logique de la séquence
tout à fait facile à reconnaître:

134: Fabriquer une plante génétiquement modifiée (PGM) relève de la prouesse


technologique. D'abord, il faut parvenir à introduire un gène dans le noyau des cellules
végétales sans trop les perturber. Puis, à partir des ces cellules, il s'agit d'obtenir des plantes
qui portent si possible dans leur génome une seule copie du gène inséré. Enfin, il faut que ce
gène soit traduit en protéine fonctionnelle, afin que la plante présente le caractère recherché
(S8 - ligne 1)

* Dans notre recueil de textes agronomiques, les organisateurs les plus


abondants sont des organisateurs temporels tels que alors, d'abord, ensuite,
puis,… (Voir tableau 10). Ces organisateurs structurent les différents moments
de longues descriptions et énumérations.

135: La météorite, au contraire, s'enfonce peu à peu dans le manteau terrestre jusqu'à
ce que la chaleur ambiante provoque sa fusion. Les hydroxydes se recombinent alors pour
former de l'eau qui est ensuite expulsée dans l'atmosphère par les volcans. (S4 - ligne 15)
136: Les chercheurs ont d'abord retenu des individus aux muscles des ailes
atrophiés puis ils les ont croisés et sélectionnés sur vingt générations pour obtenir la
coccinelle demandée. (S15 - ligne 14)
137: Littoraria irrorata accélère, tout d'abord, le développement des champignons
sur la graminée à travers une relative non-nutrition des parties éraflées de la plante. Puis il
poursuit cette action par une déposition de matière fécale. (R13 - ligne 127)

Les organisateurs jouent ici le rôle d' indicateurs temporels pour faciliter
la compréhension du texte dans son déroulement et souligner l'enchaînement
chronologique des faits scientifiques, tout ce qui est indispensable pour établir
une explication cohérente et transparente.

* Il faut citer aussi les marqueurs d'intégration linéaire (terme utilisé par
D. Coltier et G. Turco (1988) pour désigner les organisateurs énumératifs):
d'une part, d'autre part, en premier lieu, ensuite,…qui sont eux aussi, assez

236
présents dans une explication scientifique. En effet, l'explication détaillant les
composants d'un phénomène ou d'un fait scientifique, l'utilisation des
organisateurs énumératifs s'impose tout naturellement:

138: En effet, les trois éléments les plus abondants sont d'une part l'hydrogène (H)
et l'hélium (He) formés dans les premières minutes qui ont suivi le big bang, et d'autre part
l'oxygène (O), fabriqué massivement dans les étoiles (S4 - ligne 2)
139: D'abord parce que son premier constituant est l'amidon … Ensuite, parce
qu' il occupe un grand volume dans l'estomac … Enfin, parce qu'il est pauvre en graisses …
(S18 - ligne 47)
140: Le champignon, lui, ne trouve-t-il pas là un double bénéfice ? En obtenant,
dans un premier temps, un bon aliment… et, ensuite, en recevant un supplément de
nutriments. (R13 - ligne 87)

Ces marqueurs d'intégration linéaire ont une fonction de guidage du


lecteur. Ils aident ce dernier à traiter les informations, à embrasser la totalité
d'un phénomène. Sur le plan de la cohésion textuelle, ils servent à souligner la
configuration textuelle et structurer la linéarité du texte en une succession de
fragments complémentaires qui organisent l'interprétation .

* A mentionner enfin, comme nous l’avons déjà analysé au point 1 du


présent chapitre concernant l'introduction des exemples dans les explications
scientifiques, l'importance des marqueurs d'illustration et d'exemplification
comme par exemple, notamment, en particulier, comme, ainsi… Leur fonction
est d'introduire des exemples en donnant à l'énoncé un statut d'illustration d'une
assertion principale.

3.2. Les connecteurs argumentatifs

Quant au raisonnement que manifestent les explications dans le corpus,


il est marqué par le recours essentiel à des connecteurs argumentatifs. Ces
connecteurs sont à entendre, à la suite de J-M. Adam (2005) comme des

237
marqueurs qui associent les fonctions de segmentation, de prise en charge
énonciative et d'orientation argumentative des énoncés. Ainsi dans ce passage
extrait du corpus:

141: Pour diminuer les flux de transgènes entre PGM, cultures bio et ordinaires, les
experts recommandent d'instaurer des "zones tampon" mettant à distance les parcelles. Mais
pour que cela marche, il faut que chaque cultivateur joue le jeu et déclare ce qu'il plante. Et
que les pouvoirs publics assurent une vigilance sur le terrain. Or, cette organisation et ce
suivi ont un coût et une complexité de gestion, qu'il faudra bien prendre en charge à l'échelle
nationale et européenne… (S9 - ligne 107)

Dans ce passage, le scientifique explicateur raisonne en donnant des


arguments pour expliquer les mesures à prendre contre les flux de transgènes.
Ces arguments sont unis par les connecteurs logiques MAIS, POUR QUE, OR
et par l'organisateur additif ET…Ainsi, après avoir cité la recommandation des
experts comme argument pour diminuer les flux de transgènes, le scripteur
souligne une réserve. Le connecteur MAIS suivi de l'expression du but POUR
QUE est alors introduit pour marquer cette réserve (pour que cela marche) et
introduire la logique d'un premier point de vue à propos de la réserve en
question (il faut que... Et que…). Puis, le connecteur OR renverse cette
première logique en introduisant un nouvel argument (coût et complexité de
gestion) plus fort que le précédent qui mène à l'assertion-conclusion "il faudra
bien prendre en charge…". Du point de vue énonciatif, apparemment, ce
passage adopte un dispositif énonciatif qu'on peut dire "objectif" au sens où les
traces de la subjectivité sont gommées (absence de marques des instances
énonciatives). Mais en fait, le scripteur ne reste pas totalement absent de son
discours: les connecteurs MAIS et OR permettent de signaler le point de vue
énonciatif et le degré de prise en charge par le locuteur des énoncés. Ainsi,
l'utilisation des connecteurs argumentatifs dans ce passage permet de rendre
compte de la stratégie discursive comme d'une relation entre un acte de
concession et un acte d'orientation argumentative.

238
À la suite de notre observation du corpus (voir tableau 10), nous
retenons la fréquence de trois types de connecteurs argumentatifs présents dans
le discours d'explication agronomique:

- Les connecteurs marqueurs du contre-argument (mais, or, pourtant,


néanmoins, cependant…) qui servent notamment à renverser la logique
précédente en introduisant un nouvel argument. A cet effet, nous constatons
particulièrement l'usage dominant de mais et de or. En voici quelques
exemples:

142: Outre l'incompatibilité génétique, les échecs peuvent également venir d'une
contamination virale de l'une des deux plantes. Mais on est loin ici des difficultés d'une greffe
dans le règne animal: les végétaux produisent peu d'anticorps, ce qui limite les phénomènes
de rejets. (S7 - ligne 64)
143: Certes, les réactions biochimiques ne sont pas toutes identifiées, mais elles
amorcent notamment la dégradation des protéines contenues dans les fèves en acides aminés
(S13 - ligne 26)
144: Par exemple, les épines proéminentes auxquelles l'animal doit son nom […]
sont absentes chez plusieurs populations lacustres. Or, la paléontologie a démontré qu'il s'agit
d'une disparition, qui plus est très rapide à l'échelle de l'évolution. (R15 - ligne 10)
145: Végétation et climat entretiennent des liens étroits. Ainsi, preuve est faite que le
réchauffement actuel stimule la croissance végétale. Mais, plus inattendu, la flore est à son
tour susceptible d'accélérer la montée du thermomètre… (R20 - ligne 1)

- Les connecteurs argumentatifs marqueurs de l'argument. Lors de


son raisonnement en vue d'une explication, le scientifique explicateur établit
entre les faits (ou les objets du discours) des liens logiques qui construisent
progressivement la nouvelle représentation. Ces liens peuvent s'exprimer sous la
forme d'une cause , d'une condition ou d'une conséquence pertinente. L'explication
dans un discours agronomique fait donc largement usage des marqueurs de
l'argument. Cependant, étant donné que les marques qui expriment la relation
cause-conséquence (type de relation dominant dans une explication

239
scientifique) sont déjà traitées dans une partie à part (voir point 2 de ce présent
chapitre concernant les relations causales), nous ne relevons ici que des
connecteurs qui servent d'introducteurs d'explication ou de justification: En
effet, même, d'ailleurs, de plus, non seulement... En voici quelques exemples:

146: Complexe, le transfert de gènes est, en effet, un processus qui dépend d'une
série de facteurs (climat, nature du transgène, pollinisateurs…) (S9 - ligne 37)
147: Des bactéries à l'homme, le glucose constitue un carburant d'excellence et c'est
d'ailleurs le seul sucre que les cellules nerveuses sont en mesure d'utiliser… (R4 - ligne 7)
148: Cette méthode, qui utilise l'amplification génique, permet non seulement de
repérer ce gène, mais aussi de le quantifier et de mesurer le risque sur une échelle de 1 à 5
(R9 - ligne 51)
149: Avec un rendement de 1 à 2 tonnes par hectare (sans engrais), une fois par an,
cette culture qui représente 32% de la surface plantée en riz, nourrit tout de même des
populations de plusieurs centaines d'habitants au kilomètre carré. (R17 - ligne 35)

- Enfin, les connecteurs argumentatifs marqueurs de la conclusion:


donc, alors, ainsi… A cet effet, nous relevons un usage fréquent de donc

150: A la lumière de ces connaissances, aucune raison , donc, de se priver du plaisir


du bon pain (S18 - ligne 110)
151: Le test Tri 5, complémentaire des autres techniques existantes, permet donc
d'orienter les analyses en réservant le dosage précis …(R9 - ligne 58)
152: Ainsi, ils ont fini par se convaincre que Littoraria irrorata promeut le
développement des ascomycètes pour s'en nourrir (R13 - ligne 111)
153: Le monde des lucioles est donc un univers fascinant de truqueurs lumineux.
(R16 - ligne 138)

Les connecteurs argumentatifs dans les explications scientifiques


signalent donc les relations de caractère fonctionnel entre des unités de
différents rangs du texte. Ils marquent que telle unité doit être envisagée
comme ayant pour finalité de justifier, expliquer, reformuler, conclure, etc. La

240
visée argumentative (ou la valeur illocutoire) du discours d'explication
agronomique devient alors évidente.

4. Bilan

Sur le plan de la mise en texte linguistique, nous avons remarqué que le


discours d'explication agronomique renferme certaines régularités de cohésion
appartenant à son prototype. Dans l'impossibilité d'offrir un panorama complet,
nous nous sommes contenté de nous fixer sur quelques phénomènes dont il est
nécessaire de souligner l'importance dans la mesure où ces phénomènes
établissent les relations sémantiques et pragmatiques entre les unités de
différents rangs du texte et par là participent à la construction et à
l'interprétation de sa cohérence.

Au niveau de la connexion, nous tenons à souligner d'abord la fréquence


importante des organisateurs temporels et des marqueurs d'intégration linéaire
(alors, d'abord, ensuite, puis, d'une part, d'autre part, en premier lieu, enfin…).
En structurant la linéarité du texte en une succession de parties
complémentaires qui organisent l'interprétation, ils rendent l'explication plus
claire, lisible et plus accessible au lecteur. La cohérence du discours
agronomique peut être encore perçue avec l'emploi des connecteurs
argumentatifs qui sont également nombreux dans notre recueil d'articles
scientifiques où l'argumentation et le raisonnement tient une place importante
au cours des explications. Aux marqueurs qui expriment une relation causale
s'ajoutent les connecteurs marqueurs de l'argument ou du contre-argument, les
connecteurs indicateurs de justification…

Nous voudrions enfin insister sur le rôle important de l'exemplification


dans les explications scientifiques. A cet effet, le discours agronomique
dispose de différents moyens pour inscrire des exemples dans ses explications.
Nous voyons ainsi que l'exemplification est une trace de l'effort consenti par le

241
scripteur pour que son discours soit reçu comme il entend qu'il le soit. Elle lui
permet d'assurer la bonne réception de son discours par le destinataire.

242
Tableau 10: L'usage des connecteurs dans l’explication scientifique

Texte Exemples Ligne


S1 - mais il est surtout sélectionné en Californie 5
- Il y est même recroisé avec la prune et avec l'abricot 6
- De même, le nashi est une espèce à part entière 24
S2 - Mais à la station commune de recherche… 11
- qui reste néanmoins active 29
- Le laboratoire entend poursuivre ainsi son expertise sur la transgenèse 36
- elle ne peut de toute façon se reproduire dans les rivières d'Europe 43
S3 - C'est ainsi que l'Américain Stanley Prusiner […] a baptisé en 1982 cet agent "non 6
conventionnel"
- Toutefois, le mécanisme de conversion d'une protéine en son double anormal […] peut 53
être reproduit in vitro
S4 - en effet, les trois éléments les plus abondants sont d'une part l'hydrogène et l'hélium et 2
d'autre part l'oxygène …
- les molécules les plus largement répandues sont donc les molécules d'hydrogène gazeux 6
- car, pour qu'elle atteigne cet état, il faut… 8
- elle se présente donc surtout sous forme de vapeur 9
- On trouve enfin des hydroxydes (OH) dans des minéraux hydratés 12
- La météorite, au contraire, s'enfonce peu à peu dans le manteau terrestre 15
- les hydroxydes se recombinent alors pour former de l'eau qui est ensuite expulsée… 19
S5 - En revanche, des dizaines de molécules sont autorisées 17
- Mais il y a encore des ateliers "hors sol" 33
- Car si toute l'Union européenne est à la même … 36
-Ainsi le Repabf fixe un seuil d'autonomie alimentaire de la ferme-élevage 48
- Mais les dérogations […] permettent à un poulet européen d'être tué à 56 jours. 55
S6 - En effet, la teneur en protéines est liée à la fertilisation et donc, à la teneur en azote… 12
- Il s'agira donc d'évaluer la teneur en azote des cultures 16
- De fait, un taux trop élevé d'azote génère plus de chlorophylle, … mais donne un mauvais 19
goût au riz
S7 - De fait, la greffe permet d'obtenir des plantes plus robustes 8
- Une couche se cellules mortes se crée d'abord à la surface de la plaie ouverte 18
- … mais forme une sorte de colle 23
- les cellules qui bordent la ligne de nécrose vont toutefois se transformer 25
- Les cellules vivantes des deux partenaires vont enfin pouvoir entrer en contact 32
- La croissance de la nouvelle plante peut alors commencer 51
- Mais on sait déjà que … 60

243
Texte Exemples Ligne
- Mais on est loin ici des difficultés d'une greffe dans le règne animal 68
S8 - D'abord, il faut parvenir à introduire un gène … Puis, à partir de ces cellules, il s'agit 3
d'obtenir… Enfin, il faut que ce gène soit…
- Mais les parois des cellules étaient perforées 17
- Puis vint Agrobacterium, une bactérie du sol … 25
- Oui mais Agrobacterium n'infecte que quelques plantes 35
- Mais les chercheurs s'évertuent toujours à viser le bon lieu 47
S9 - En outre, ces transferts ne sont pas stables 27
- le transfert de gènes est, en effet, un processus qui dépend d'une série de facteurs 38
- Si bien qu'études et expérimentations à petites échelles ont du mal à restituer la réalité du 41
risque
- Mais cette fois, ce sont les pratiques des fermiers qui sont pointées du doigt 60
- Du coup, une exposition permanente à cet herbicide […] aurait permis la sélection 64
naturelle de populations …
- C'est d'ailleurs le même problème qui se pose 73
- Rien d'impossible alors que la diffusion de cette toxine par la plante se fait à faible dose 84
- Mais c'est techniquement que les scientifiques calent 105
- Mais pour que cela marche, il faut que chaque cultivateur joue le jeu 111
- Or, cette organisation et ce suivi ont un coût et une complexité de gestion 116
S10 - …alors qu'il enflamme la bouche des autres ? 3
- Plus la PIP2 est longue à se détacher du récepteur, plus il est inhibé … 19
S11 - un spécimen a même été découvert dans le Val d'Oise 7
- Or un rapport de l'OMS de 2002 a révélé … 28
- A tel point que Jean-Pierre Hervé […] redoute que… 34
- En effet, la conquête d'autres territoires change la donne. 39
- Or un seul essaim peut engloutir 300 tonnes de végétaux 49
- Tandis que les modifications des pratiques agricoles ont favorisé 90
- Enfin, prévient encore l'OMS,… 96
- Mais leur efficacité est limitée 107
-En effet, le patrimoine génétique des insectes mute rapidement 108
S12 - le mécanisme de la photosynthèse devient donc de moins en moins productif , alors 12
même que les feuilles continuent de solliciter les minéraux
- Deux hormones […] sont alors sécrétées par les cellules de la feuille 25
- les feuilles passent ainsi par divers stades de coloration 40
- l'arbre cesse alors de se développer pendant tout l'hiver 54
S13 - Pour l'acquérir, elles doivent d'abord fermenter 2
- S'amorce alors un long processus. 9
- Le brassage introduit alors de l'oxygène 17
- Certes, les réactions biochimiques ne sont pas toutes identifiées, mais elles amorcent 26

244
Texte Exemples Ligne
notamment la dégradation des protéines…
- L'amertum, elle, diminue à mesure que s'échappent les alcalcoïdes 36
- Enfin, les tanins des fèves, des polyhydroxyphénols, se condensent au cours de … 38
S14 - tandis que les bactéries lipolytiques … 14
- En outre, levures et moisissures détériorent aussi la matière 17
- il attire l'eau, la fixe et, du même coup, en prive les bactéries 24
- En effet, le sel, dissout dans l'eau […] forme une solution plus concentrée que l'eau 26
contenue dans l'aliment.
- Les micro-organismes se trouvent alors dans des conditions hypertoniques 36
- Du coup, le sel n'est plus le principal conservateur 56
S15 - La société Biotop a donc demandé à l'Institut national … 9
- les chercheurs ont d'abord retenu des individus aux muscles des ailes atrophiés puis ils 14
les ont croisés…
- un animal incapable de voler, donc condamné à passer … 20
S16 - Tandis que les pays du Sud intègrent la pisciculture… chapeau
- Les poissons […] peuvent en effet être élevés … 28
- tandis que les fermes marines fournissent … 54
- Elles peuvent se présenter sous forme de bassins avec pompage d'eau de mer, voire en 58
circuit fermé
S17 - Tout dépend, en fait, de ce qu'on appelle "dormir" 1
- Cependant, cela n'exclut pas la présence de sommeil. 29
- D'abord parce que selon les spécialistes, ces expériences pourraient aujourd'hui … 31
- Ensuite, parce que même chez les vertébrés supérieurs, le sommeil n'est décelé que … 37
- Ils pourraient donc bien dormir sans qu'on le décèle 43
- Il faudrait en fait d'autres types d'études 45
- Tandis que des analyses moléculaires signalerait … 51
- le repos du poisson relève en fait plus de la somnolence que du véritable sommeil. 57
S18 - Au contraire, il permet de couvrir … chapeau
- Or, le corps médical a depuis révisé son jugement 4
- Mais il ne couvre plus qu'environ 15 à 20 % de nos besoins énergétiques 23
- Celui-ci a donc toute sa place dans une alimentation équilibrée 46
- D'abord parce que son premier constituant est l'amidon 47
- Ensuite, parce qu'il occupe un grand volume dans l'estomac 52
- Enfin, parce qu'il est pauvre en graisses 55
- A commencer par sa richesse en fibres alimentaires 58
- Néanmoins, tous les pains en recèlent une quantité non négligeable 67
- Parce qu'elles modifient l'absorption intestinale des nutriments 71
- Par ailleurs, le pain constitue une source protéique d'appoint intéressante, même s'il est 76
pauvre en lysine

245
Texte Exemples Ligne
- mais même modeste, leur apport est notable 87
- La panification au levain améliore ainsi notablement la disponibilité de ces minéraux 96
- Enfin, le sel (chlorure de sodium) mérite une mention particulière 99
- Afassa a donc proposé en 2002 de réduire progressivement… 107
- aucune raison , donc, de se priver du plaisir du bon pain 111
S19 - Mais dès qu'il met la main à la pâte … 3
- mais ils développeront une saveur acidulée typique 29
- Enfin, la dureté de l'eau, son dosage et celui du sel … 31
- En revanche, une forte densité d'alvéoles se forme dans une pâte 56
- Le boulanger divise ensuite la pâte en pâtons 63
S20 - alors que la règle est d'arracher les arbres des champs, en planter améliore les rendements chapeau
- En fait, pour récupérer l'eau et les nutriments … 26
- Parallèlement, les arbres protègent les cultures 33
R1 - Nombre de plantes à fleurs colonisent ainsi leurs milieux. 5
- Ce phénomène est surtout du au fait que… 16
- En revanche, lorsqu' un seul de ces gènes est muté … 24
R2 - En effet, 70% de la production d'amidon a un destin industriel 6
- Supprimer les ramifications de l'amylopectine revient donc à obtenir de l'amylose 20
- Or, on connaît deux enzymes, appelées SBE A et B 22
R3 - Par ailleurs, des gains de productivité pouvant aller jusqu'à 300% ont pu être mesurés. 33
R4 - c'est d'ailleurs le seul sucre que les cellules nerveuses sont en mesure d'utiliser 9
- on parle souvent de sucres rapides pour désigner les sucres simples alors que les sucres 49
complexes sont qualifiés de lents.
- Toutefois, l'absorption intestinale dépend assez largement des autres constituants 59
- De plus, ce dernier présente un index inférieur à … 75
R5 - En premier lieu, ce fragment doit être associée à un autre élément d'ADN 6
- comme s'il s'agissait de son propre matériel génétique 8
- le plasmide n'est alors coupé qu'une seul fois 29
- comme si l'on avait coupé un élastique d'un seul coup de ciseaux 31
- chaque extrémité de notre fragment peut alors être soudée 32
- Ce dernier reprend donc sa forme circulaire 34
- Les cellules ainsi transformées sont ensuite cultivées en boîte de Pétri 45
- Il suffit alors de sélectionner les colonies de bactéries 48
- mais la réalité expérimentale est souvent plus complexe 52
R6 - les scientifiques ont tout consigné: les apports de compost, ceux d'engrais … et même la 20
quantité de fioul nécessaire au fonctionnement des machines.
- … et surtout une meilleure rentabilité à moyen et long termes. 32
R7 - En effet, les deux méthodes d'agriculture biologique employées laissent les sols en 27

246
Texte Exemples Ligne
meilleure santé
- qui sont d'ailleurs étroitement corrélés à la biomasse microbienne et à celle des lombrics 62
- celles utilisées pour l'essai représentaient en effet "un compromis entre les agricultures 82
conventionnelle et biologique"
- ce travail n'est cependant pas une première 89
- Il succède en fait à plusieurs études américaines, dont le résultat vont d'ailleurs dans le 90
même sens
R8 - Or, de microscopiques champignons sont, eux aussi, victimes de ce parasitisme 20
- elle reçoit en échange l'eau et les sels minéraux puisés dans le sol par le champignon. Ou 35
plutôt , par "les" champignons
- Pourtant, jusque-là, seules les symbioses impliquant des champignons ectomycorhiziens 54
s'étaient révélées victimes d'un parasitisme.
- La triche entre les plantes est donc bien plus courant qu'on ne le pensait. 99
- En fait, étant donné le pourcentage de symbioses impliquant des champignons 101
endomycorhiziens…
R9 - Par ailleurs, ces toxines ne sont pas produites en continu par les cellules fongiques 22
- Mais, du fait de la production discontinue des mycotoxines, un dosage négatif peut se 32
révéler positif
- Cette méthode, qui utilise l'amplification génique, permet non seulement de repérer ce 51
gène, mais aussi de le quantifier
- Le test Tri 5 […] permet donc d'orienter les analyses 58
- Les organismes collecteurs de céréales […] pourront donc connaître la qualité de la 64
production
- Il serait en effet possible de fournir aux professionnels… 74
R10 - les rendements des pommes de terre, en revanche, sont médiocres. 26
- Par ailleurs, les parcelles bio apparaissent en meilleure santé avec… 46
- De même, la densité des champignons formant des mycorhizes […] est supérieure de 40% 49
dans ces parcelles
- la nutrition minérale des plantes est ainsi améliorée 52
R11 - Mais la descendance hybride qui en résulte étant souvent malade 3
- Or, contrairement à ces deux dernières… 19
- Enfin, les expériences de sélection en milieu naturel montre que 50
R12 - alors qu'avec les végétaux classiques, les larves … 3
- A l'inverse, concernant les baisses de rendement … 4
R13 - Elle rejoint ainsi le club très fermé des animaux éleveurs chapeau
- Ces derniers forment alors l'objet de leur permanente moisson, et donc leur nourriture 9
essentielle.
- Or, un nouveau "fermier", totalement inattendu, vient de … 11
- De la même façon, on rencontre dans les savanes africaines 36

247
Texte Exemples Ligne
- des études récentes ont montré qu'au contraire il se nourrissait d'une plante vivante, 61
Spartina alterniflora
- Puis il se nourrit des parties mortes qui entourent ces blessures 71
- Or, ce champignon est le mets préféré du gastéropode. 76
- Par ailleurs, les biologistes se sont rendu compte que… 77
- Tout d'abord, Littoraria irrorata, l'escargot marin… 83
- En obtenant, dans un premier temps, un bon aliment … et, ensuite, en recevant un 90
supplément de nutriments …
- Enfin, après avoir constaté que …. 92
- Dans la nature d'abord, … En laboratoire ensuite… 101
- Ainsi, ils ont fini par se convaincre 111
- Littoraria irrorata accélère tout d'abord… Puis il poursuit cette action… 127
- En revanche, le bénéfice des champignons réside dans le fait 132
- Non seulement ils contrôlent la qualité de leur cultivar, … mais vont même jusqu'à 143
attirer…
- Mais l'extraordinaire intérêt de cette découverte réside dans … 148
- Or, l'activité du gastéropode peut abaisser de quelque 60% 157
R14 - Dès lors, la transgenèse […] jouera un rôle essentiel 14
- Par ailleurs, certains industriels (dont Monsanto) décide de parier sur la transgenèse 18
végétale
- Toutefois, il est infiniment plus compliqué de faire appel … 35
- Cette technique permet par ailleurs de cibler le génome non plus du noyau, mais des 54
organites cellulaires comme les chloroplastes.
- une molécule que l'on veut ensuite recueillir. 62
- Mais pour l'instant, elle n'a pu être mise en oeuvre que sur quelques plantes 63
- le gouvernement français s'est en effet engagé à … 88
- Une solution est de faire en sorte que les deux gènes (marqueur et gène d'intérêt) ne 92
soient pas contigus dans le génome.
- On ne retient ensuite […] que celles possédant uniquement le gène d'intérêt. 95
R15 - Pourtant, nombre de critères morphologiques, physiologiques et comportementaux 5
différencient les populations marines …
- Or, la paléontologie a démontré qu'il s'agit d'une disparition 14
- 375 de ces derniers… ont ensuite été utilisés 45
- les chercheurs ont ensuite retrouvé le gène Pitx1 53
- Mais la séquence codante de Pitx1 est intacte 57
- les auteurs suggèrent donc que la régression des épines … 62
- Mais des mutations plus simples pourraient suffire 88
R16 - Mais certaines, appelées "femmes fatales", détournent le code visuel… chapeau
- Il est possible, par exemple, de ne pas se ruer immédiatement sur sa proie mais, plutôt, 4

248
Texte Exemples Ligne
d'utiliser des voies obliques.
- Mais, pour comprendre tout le sel de sa malice, il faut d'abord mettre en place … 12
- mais Bartholins a compris un point essentiel 27
- pour produire non une lumière continue ou intermittente […] mais pour émettre de brefs 32
flashs lumineux.
- Cela de plusieurs manières, mais toutes en relation avec le moment de reproduction. 36
- ce sont donc les males qui jouent les attracteurs 45
- Ces derniers, en effet, sont beaucoup plus nombreux que leurs partenaires féminines. 55
- C'est, en quelque sorte, une forme de dimorphisme sexuel lumineux 57
- C'est donc un coup à deux bandes qui permet… 69
- mais les choses ne s'arrêtent pas là 71
- mais la reine, la championne de ces "femmes fatales", appartient à l'espèce Photuris 81
versicolor.
- C'est, en quelque sorte, le coup à quatre bandes de notre histoire 93
- elles marquent donc un double bénéfice. 114
- Tout d'abord elles se nourrissent et, de surcroît, elles absorbent la substance protectrice 115
- qui sont ainsi défendus des prédateurs 131
- La "femme fatale" est ainsi une mère soucieuse de l'avenir 132
- Le monde des lucioles est donc un univers fascinant de truqueurs lumineux. 138
R17 - En outre, elle atténue les variations climatiques 11
- mais le désherbage devient alors un travail de tous les instants 19
- cette culture […] nourrit tout de même des populations … 37
- les paysans défrichent et brûlent une parcelle, puis l'exploitent quelques années 49
- Ils la laisse alors en jachère 52
- Certains micro-organismes établissent même une relation symbiotique avec le riz. 88
- Enfin, la rizière favorise la rétention de l'eau de pluie 96
- Il ne reste alors que l'albumen 126
R18 - Il désigne alors les jeunes plants obtenus par reproduction asexuée 4
- Puis, lorsque les biologistes commencent à faire des cultures … 7
- Par ailleurs, chacun de ces animaux […] est le clone de son parent et de ses "frères". 37
- Tous ceux engendrés par une reine donnée sont donc clones les uns des autres. 66
- Mais chez les pucerons, c'est l'inverse 68
- Il y a toutefois chez ces derniers des phénomènes de clonage naturel 74
- Toutefois, ceux-ci sont le fruit de la scission fortuite… 77
- S'ils ont donc tous les deux le même patrimoine génétique…, les jumeaux ne sont pas les 80
clones d'une personne préexistante.
R19 - Il n'est pas repu, mais quelque chose lui indique que ce régime ne lui convient pas. chapeau
- Mais comment le ressent-il ? 16
- les rongeurs ont commencé à se détourner de leur gamelle pourtant garnie en thréonine. 43

249
Texte Exemples Ligne
- Or, ce produit augmente dans le cerveau de rats confrontés à un repas carencé 61
- Il semble donc bien que le système gouverne la détection des carences. 68
R20 - Mais, plus inattendu, la flore est à son tour susceptible d'accélérer la montée du 5
thermomètre
- le réchauffement s'explique d'abord par une fonte des neiges de plus en plus précoce 31
- Si bien que la température grimpe en surface 39

250
Tableau 11: L'introduction des exemples
dans l’explication scientifique

Texte Exemples Indices au Ligne


repérage
S1 Côté hybrides, on connaît surtout le tangor […] ou le tangelo marqueur 13
S2 - Des carpes génétiquement modifiées évoluent déjà en toute liberté dans les indice lexical 51
rivières chinoises
S3 - des traitements draconiens (formol, stérilisation classique, irradiation…) signe typographique 5
- l'agent infectieux serait un petit agent nucléique (AND ou ARN) signe typographique 49
S4 - elle se présente donc surtout sous forme de vapeur (dans les nuages de gaz signe typographique 9
interstellaires) ou de glace (dans ces mêmes nuages et dans les comètes).
- On trouve enfin des hydroxydes (OH) dans des minéraux hydratés, comme les marqueur 12
argiles, constituants des météorites.
S5 - Sont bannis les OGM, produits chimiques de synthèse (pesticides, engrais signe typographique 10
minéraux, régulateurs de croissance,…)
- des dizaines de molécules sont autorisées tant en production (compost, guano, signe typographique 17
huiles essentielles végétales, pyrétroides,etc.) qu'en industrie (sel, additifs …)
- Un produit transformé (biscuit, dessert, etc.) est bio si… signe typographique 21
- Par exemple, des anchois qui baignent dans de l'huile bio … marqueur 27
- Ainsi le Repabf fixe un seuil d'autonomie alimentaire de la ferme-élevage: marqueur 48
50% minimum pour les bovins…
- Autre exemple: un poulet bio est tué à 81 jours marqueur 53
S6
S7
S8 - Au mieux, 2% des cellulles ainsi traitées donnaient une PGM marqueur 22
S9 - C'est le cas des études menées en Europe sur le maïs, le colza et la betterave marqueur 9
- plusieurs laboratoires de l'Inra, notamment à Dijon et à Rennes, ont étudié ces marqueur 18
risques
- le transfert de gènes est, en effet, un processus qui dépend d'une série de signe typographique 38
facteurs (climat, nature du transgène, pollinisateurs…)
- Ainsi, 950 producteurs de colza "bio" de la province canadienne du marqueur 48
Saskatchewan ont vu leur récolte délaissée
- grâce à des constructions génétiques agissant en fonction de la température, marqueur 98
par exemple
S10 - Ainsi, certains sont sensibles à de très petites doses de piments et d'autres marqueur 27
particulièrement résistants.
S11 - Moustiques, blattes, criquets et autres chenilles connaissent, eux aussi, une énumération chapeau

251
Texte Exemples Indices au Ligne
repérage
extension planétaire inédite
- ils ont colonisé les Etats-Unis, l'Amérique central, les Caraïbes,… énumération 4
- …propagateurs de redoutables maladies infectieuses… Le paludisme… terme générique → 22
terme particulier
- …le développement inédit de certaines espèces. Ainsi du criquet pélerin: Cas général → 43
sévissant en Afrique et en Asie,… cas particulier
- les zones où il pullule se multiplient (Maroc, Yémen et Chypre) signe typographique 48
- elle ne cesse de progresser en Europe (Espagne, Portugal et France) signe typographique 58
- Tandis que les modifications des pratiques agricoles ont favorisé l'expansion signe typographique 90
du criquet (déboisement, augmentation de la taille des exploitations) et de la
chenille (monoculture des résineux, comme le pin d'Alep au Maghreb)
S12 - Parmi eux, la chlorophylle, majoritaire, de couleur verte… marqueur 31
S13 - mais elles amorcent notamment la dégradation des protéines… marqueur 28
- afin d'éviter l'intervention de bactéries comme Escherichia coli, Pseudomonas marqueur 44
ou Enterobacter…
S14 - Car les bactéries protéolytiques (comme les pseudomonas) attaquent … marqueur 12
- tandis que les bactéries lipolytiques (telles que les micrococcus)… marqueur 14
S15 - Contre les pucerons qui dévastent rosiers, tomates, concombres et fraisiers, énumération 1
S16 - Artisanal ou industriel, pratiqué en eaux chaudes ou froides, …: il n'existe pas énumération 1
un seul modèle d'élevage de poissons.
- Ainsi, les petites exploitations des pays du Sud se caractérisent … marqueur 5
- … par leur polyculture. L'élevage de la carpe […] se mène parallèlement à cas général → 8
celui du bétail terrestre et à la culture de céréales. cas particulier
- Les poissons, la carpe principalement qui est une espèce herbivore d'eau terme générique → 28
douce, peuvent en effet être élevés… terme particulier
- Un seul exemple: en Norvège, ou l'on produit 500000 tonnes … marqueur 38
S17 - Certains poissons comme le labre s'enfouissent dans le sable, d'autres tel le marqueur 6
poisson-perroquet, s'enveloppent…
- d'autres types d'études pour trancher la question, comme des analyses marqueur 45
génétiques
- certains gènes exprimés durant le sommeil (des gènes du métabolisme marqueur 48
notamment)
- la présence éventuelle dans le cerveau de neurotransmetteurs typiques du marqueur 52
sommeil, comme la sérotonine
S18 - Ce n'est pas par hasard que les produits céréaliers-à commencer par le pain- indice lexical 12
sont à la base de l'alimentation des sociétés humaines
- un carburant essentiel pour l'organisme, en particulier pour le cerveau marqueur 17

252
Texte Exemples Indices au Ligne
repérage
- la surconsommation d'autres aliments: viandes, chips, confiseries, sodas… énumération 26
- avec, à la clé, de nombreuses pathologies: obésité, diabète, maladies cardio- énumération 30
vasculaires…
- au profit des aliments glucidiques (fruits, légumes, céréales…) signe typographique 39
- ce qui est le cas du pain indice lexical 45
- substances qui se lient à certains minéraux comme le magnésium marqueur 90
S19 - La recette semble d'une simplicité biblique: de la farine, de l'eau, de la levure, signe typographique 1
- si le boulanger a forcé sur la levure et les additifs (conservateur, émulsifiant, signe typographique 70
etc.)
S20 - des essences à haute valeur ajoutée (comme le poirier, l'érable ou le merisier) marqueur 44
R1
R2
R3
R4 - En prévision d'une urgence énergétique, par exemple un effort intense marqueur 14
- des réserves de sucre, en particulier sous forme d'amidon marqueur 22
- Ainsi, en combinant six molécules de gaz carbonique (6CO2) à six molécules marqueur 29
d'eau (6H2O), la plante peut synthétiser une molécule …
- Les petites molécules de sucre sont plus rapidement absorbées par notre marqueur 47
intestin que de grosses molécules comme l'amidon.
- … dépend assez largement des autres constituants qui composent l'aliment, et marqueur 59
notamment de la présence de fibres, de protéines et de graisses.
- en l'occurrence le glucose dont l'index glycémique est fixé à 100. marqueur 71
- D.Jenkins a, par exemple, montré que … marqueur 72
R5 - Ces marqueurs permettent par exemple aux bactéries qui abritent le plasmide marqueur 22
de devenir résistantes …
- Choisissons un tel plasmide et coupons-le marqueur 27
R6 - de performance horticole (taille, calibre et maturité des fruits, croissance des parenthèses 10
pommiers…et des fruits, etc.)
R7 - Sans parler de paramètres physiques comme la stabilité et la granulométrie marqueur 59
R8 - des champignons bien connus de nos forêts tempérées, comme les marqueur 17
chanterelles.
- Certains, les chanterelles par exemple, entourent les racines de la plante marqueur 41
R9 - certaines toxines […] se révèlent toxiques pour les hommes et pour les énumération 1
animaux: effets neurologiques, cancers du foie, perturbations de la lactation, etc.
- Par exemple, une même espèce de champignon peut produire jusqu'à plusieurs marqueur 15
dizaines de mycotoxines
- Ainsi, au-delà de 2, un dosage plus précis apparaît indispensable marqueur 56

253
Texte Exemples Indices au Ligne
repérage
- et prendre les mesures adéquates en cas de contamination (isolement des lots, signe typographique 69
traitements particuliers, etc.)
R10 - une pratique bio qui s'accompagne de traitements spécifiques, comme l'ajout marqueur 17
de certaines herbes au fumier.
- les parcelles bio apparaissent en meilleure santé avec, par exemple, trois fois marqueur 46
plus de vers de terre …
R11 - Par exemple, on observe, chez certains descendants, une taille réduite des marqueur 40
feuilles et une floraison rapide
- les seuls descendants capables de survivre dans, par exemple, un milieu marqueur 53
désertique
R12 - Dans le cas des OGM "insecticides", un accroissement pourrait provenir de.. indice lexical 1
R13 - Certaines espèces d'insectes, parmi lesquelles on rencontre des fourmis, des marqueur 1
termites et autres coléoptères,
- Certaines d'entre elles, comme celles qui appartiennent au genre Macrotermes, marqueur 39
- Exemple moins populaire, celui des coléoptères, des scolytes, indice lexical 44
R14 - certains industriels (dont Monsanto) décide de parier sur la transgenèse parenthèses 18
végétale.
- pour résister à un herbicide total tel que le Round-Up marqueur 24
- des caractères qui sont au croisement de voies métaboliques complexes marqueur 37
(comme la résistance à la sécheresse) que des caractères qui ne dépendent que
d'un seul gène (comme la résistance à un herbicide ou à un insecte).
- La biolistique, par exemple, consiste à bombarder le tissu végétal.. marqueur 52
- des organites cellulaires comme les chloroplastes. marqueur 56
- elle n'a pu être mise en oeuvre que sur quelques plantes, dont le tabac. indice lexical 63
- D'autres protocoles sont à l'étude, par exemple l'utilisation d'un gène de marqueur 98
sélection …
- par exemple un milieu contenant du mannose marqueur 103
R15 - Par exemple, les épines proéminentes auxquelles l'animal doit son nom marqueur 9
- le gène y est normalement exprimé dans, par exemple, le thymus ou la marqueur 59
nageoire caudale.
- par exemple, comme chez certaines plantes, l'insertion de séquences d'AND marqueur 84
mobiles dans les séquences régulatrices
- Pierre Capy […] cite ainsi l'exemple de la drosophile marqueur 89
R16 - Il est possible, par exemple, de ne pas se ruer immédiatement… marqueur 4
- le coléoptère qui nous intéresse en est la parfaite illustration Cas général → 6
cas particulier
- Quelque sept cents genres ont ainsi été dénombrés parmi treize phylums marqueur 19

254
Texte Exemples Indices au Ligne
repérage
- comme dans le cas de leurs larves, les vers luisants marqueur 33
- Par exemple, en Malaisie, les rives de la rivière Selangor montrent… marqueur 37
- Ainsi, chaque arbre s'allume et s'éteint d'un seul coup marqueur 42
- Ces coléoptères sont protégés contre les araignées sauteuses, par exemple, ou marqueur 97
les grives qui leur trouvent un goût répugnant
- Une telle réaction offre un bel exemple d'une stratégie standard dans la nature indice lexical 123
- C'est ainsi le cas de Photuris quadrifulgens qui gruge ses proches … marqueur 135
R17 - Dans les zones non aménagées des plaines riveraines des grands cours d'eau marqueur 26
comme la vallée du Mékong, la vallée et le delta…
- Outre le riz, elle peut accueillir plus de cent espèces végétales et animales, indice lexical 80
dont des poissons
R18 - Il désigne alors les jeunes plants obtenus par reproduction asexuée (par marqueur 4
exemple, par bouturage)
- Qu'on pense par exemple aux rejets issus de racines-les drageons. marqueur 47
- Beaucoup d'invertébrés utilisent ce mode de reproduction, en particulier chez marqueur 61
les insectes.
- Chez les abeilles notamment, alors que les femelles… Cas général → 62
cas particulier
- La parthénogenèse existe également chez quelques vertébrés, comme les marqueur 71
poissons, les amphibiens et les lézards…
- Il y a toutefois chez ces derniers des phénomènes de clonage naturel, dans le indice lexical 74
cas des jumeaux monozygotes (ou vrais jumeaux).
- qui consiste à provoquer artificiellement l'enracinement d'un fragment (de tige marqueur 90
par exemple)
- D'où, par exemple, la pousse de racines sur un fragment de tige. marqueur 98
R19 - C'est le cas du rat, qui change de nourriture … indice lexical 12
R20 - Ainsi, preuve est faite que le réchauffement actuel stimule la croissance marqueur 2
végétale

255
Tableau 12: Les relations causales dans l’explication scientifique

Texte Exemples Description Ligne


S1
S2 - les risques de pollution génétique causée par d'éventuels élevages de indice lexical Chapeau
poissons transgéniques
- Pour les chercheurs français, la truite arc-en-ciel n'est qu'un modèle: elle ne signe typographique 41
peut de toute façon se reproduire dans les rivières d'Europe
- D'où l'intérêt de ces travaux pour le Canada, les Etats-Unis ou la Chine cas de "d'où" 46
S3 - C'est ainsi que l'Américain Stanley Prusiner […] a baptisé en 1982 cet marqueur 6
agent "non conventionnel"
S4 - En effet, les trois éléments les plus abondants… marqueur 2
- l'hélium étant chimiquement inerte […], h'hydrogène et l'oxygène se sont cas de "étant" 4
essentiellement combinés entre eux
- l'eau est très rarement à l'état liquide car, pourqu'elle atteigne cet état... marqueur 8
- jusqu'à ce que l'ambiance provoque sa fusion verbe spécifique 18
S5 - les traitements antibiotiques (curatifs) sont plafonnés sous peine de indice lexical 15
déclassement
- Car si toute l'Union européenne est à la même … marqueur 36
S6 - En effet, la teneur en protéines est liée à la fertilisation marqueur 12
S7 - Mais on est loin ici des difficultés d'une greffe dans le règne animal: les signe typographique 68
végétaux produisent peu d'anticorps, ce qui limite…
S8 - une bactérie du sol qui provoque une tumeur des racines… verbe spécifique 26
- les scientifiques tirent profit de ce transport naturel de gènes pour créer des signe typographique 30
PGM: le gène à insérer remplace ceux que …
S9 - difficile de le savoir tant le transfert de gènes apparaît un processus marqueur Chapeau
complexe
- le transfert de gènes est, en effet, un processus qui dépend d'une série de marqueur 38
facteurs
- 950 producteurs de colza "bio" […] ont vu leur récolte délaissée à la suite marqueur 48
de contaminations par des cultures transgéniques
- grâce à des constructions génétiques agissant en fonction de la température marqueur 98
S10 - Grâce à la PIP2 marqueur 5
- La PIP2 empêche la capsaïcine [… ] de se fixer sur les récepteurs. verbe spécifique 15
- contre les douleurs chroniques dues au dérèglement de récepteurs à la marqueur 33
chaleur
S11 - Car Aedes n'est pas un banal moustique : il est le vecteur de la dengue marqueur + signe 17
typographique

256
Texte Exemples Description Ligne
- Le paludisme (plus de 1,5 million de morts par an dans le monde) signe typographique 24
- pas seulement sur le plan sanitaire: les cultures ne sont pas moins menacées signe typographique 41
- En effet, la conquête d'autres territoires change la donne. marqueur 39
- elles seraient responsables d'un nombre croissant d'allergies… indice lexical 77
- Car c'est bien avec le développement du commerce que … marqueur 82
- en transitant par les soutes des avions … gérondif 85
- Devenant plus chaudes et humides, les zones tempérées pourraient apposition 98
notamment attirer de nouvelles espèces…
- En effet, le patrimoine génétique des insectes mute rapidement marqueur 108
S12 - l'automne arrivant, les jours raccourcissent proposition participe 11
- De plus en plus coûteuse, chacune d'elles sera le siège d'un processus de apposition 16
vieillissement
- Deux hormones […] sont alors sécrétées par les cellules de la feuille qui verbe spécifique 25
entraîneront la destruction des pigments
- Plus fragile, la chlorophylle est en fait la première à disparaître apposition 36
- les sécrétions d'éthylène et d'acide abcissique provoque aussi la verbe spécifique 43
formation d'une zone de fragilité à la base du pétiole
S13 - Car sans ce processus lent, le chocolat ne serait qu'amertum marqueur Chapeau
- Ce sont les micro-organismes présents sur les mains des ouvriers […] qui gallicisme 4
inoculent naturellement la pulpe sucrée
S14 - le sel […] est un agent bactériostatique: il a le pouvoir de freiner la signe typographique 5
multiplication des micro-organismes…
- Car les bactéries protéolytiques (comme les pseudomonas) attaquent les marqueur 12
protéines
- Grâce à un phénomène physique appelé osmose marqueur 30
- En effet, le sel, dissout dans l'eau […] forme une solution plus concentrée marqueur 26
- Du coup, le sel n'est plus le principal conservateur: on peut lui ajouter signe typographique 56
désormais des nitrites …
S15 - incapables de migrer, les coccinelles piétonnes ne peuvent avoir apposition 34
d'influence…
S16 - Car l'élevage de porcs fournit du fumier qui fertilise les graminées… marqueur 18
- La France, elle, occupe une position intermédiaire: les piscicultures sont signe typographique 44
souvent de petites tailles
S17 - puisque les poissons l'allongent lorsqu'ils sont contraints de se mouvoir marqueur 14
longtemps.
- D'abord parce que selon les spécialistes …aboutir à des résultats différents marqueur 31
(on dispose d'électrodes suffisamment fines pour …) signe typographique 33
- Ensuite, parce que même chez les vertébrés supérieurs … marqueur 37

257
Texte Exemples Description Ligne
S18 - la progression de l'obésité avait suscité de nombreuses études, à l'origine lexique de causalité 9
d'un regard neuf sur la nutrition
- Riches en sucres complexes, ils fournissent, une fois digérés, du glucose apposition 15
- D'abord parce que son premier constituant est l'amidon marqueur 47
- Ensuite, parce qu'il occupe un grand volume dans l'estomac marqueur 52
- Enfin, parce qu'il est pauvre en graisses marqueur 55
- Parce qu'elles modifient l'absorption intestinale des nutriments marqueur 71
- car le corps humain est incapable de le fabriquer marqueur 80
- Ces micro-nutriments étant surtout issus du germe et des enveloppes du cas de "étant" 83
grain, leur teneur varie selon le type de pain
S19 - Les qualités d'un pain tiennent autant à ses ingrédients tout simples qu'à verbe spécifique Chapeau
chacune des étapes de sa préparation
- Et pour cause: pétrissage, fermentation et cuisson mettent en oeuvre une indice lexical chapeau
cascade de processus physico-chimiques
- Car de sa maîtrise des détails dépendent l'équilibre des arômes marqueur 5
- Et pour cause: derrière ces qualités se cachent de complexes réactions indice lexical 8
physico-chimiques
- Bien menée, la cuisson exalte les qualités du pain apposition 74
- En l'absence de vapeur d'eau, sa croûte sera terne et épaisse lexique de causalité 78
S20 - Les arbres protègent les cultures en brisant le vent, en atténuant gérondif 33
l'exposition
- puisque les agriculteurs peuvent choisir des essences … connecteur 42
R1 - Ce phénomène est surtout du au fait que les cellules entourant ces zones marqueur 16
de fragilité se rigidifient
- grâce à un interrupteur génétique … marqueur 26
- L'arabette fait partie de la famille du colza. D'où l'intérêt de ces travaux cas de "d'où" 35
- L'éclatement des gousses de colza est responsable d'une baisse annuelle indice lexical 41
des rendements…
R2 - En effet, 70% de la production d'amidon a un destin industriel marqueur 6
R3 - les cultures mixtes résistent mieux aux attaques fongiques que les autres: signe typographique 28
aucune souche pathogène dominante ne s'y installe…
R4 - grâce à une succession de réactions biochimiques marqueur 11
- En prévision d'une urgence énergétique, par exemple un effort intense, indice lexical 14
l'organisme se doit de constituer des réserves de sucre
- Pour cette raison, on parle souvent de sucres rapides pour désigner les indice lexical 49
sucres simples
- les cerises pourtant réputées sucrées, mais contenant des fibres de pectine, proposition participe 73
possèdent un index glycémique bien moins élevé

258
Texte Exemples Description Ligne
R5
R6
R7 - en effet, les deux méthodes d'agriculture biologique employées laissent les marqueur 27
sols en meilleure santé
- puis qu'avec des apports en nutriments et énergie moindres […], les marqueur 72
rendements des parcelles biologiques ont atteint en moyenne 80% …
R8 - D'où l'idée du laboratoire Biotransfer et de la société BASF cas de "d'où" 36
- Car tous n'interviennent pas de la même façon marqueur 39
- Probablement parce que "les chercheurs… hémisphère", explique Martin marqueur 71
Bidartondo
- Dans l'espoir d'identifier quelques champignons microscopiques… indice lexical 79
- étant donné le pourcentage de symbioses impliquant des champignons marqueur 101
endomycorhiziens…
R9 - Absorbée régulièrement, certaines toxines […] se révèlent toxiques pour apposition 1
les hommes et pour les animaux.
- C'est loin d'être suffisant: la famille des mycotoxines est grande, et la signe typographique 11
problématique du contrôle sanitaire, complexe
- du fait de la production discontinue des mycotoxines, un dosage négatif marqueur 32
peut se révéler positif
- Il serait en effet possible de fournir aux professionnels… marqueur 74
R10 - les rendements des pommes de terre, en revanche, sont médiocres, l'écart proposition participe 26
atteignant de 30 à 40% en défaveur du bio.
- car les légumineuses sont avantagées par leur aptitude à vivre en symbiose marqueur 33
R11 - Mais la descendance hybride qui en résulte étant souvent malade, voire cas de étant 3
stérile, nombre de biologistes considèrent que…
R12 - car ce dernier est présent en permanence dans la plupart des organes de la marqueur 2
plante
- l'insertion d'un gène amène des modifications imprévues et néfastes pour la verbe spécifique 7
plante.
R13 - dans laquelle il pénètre facilement grâce aux éraflures, et, ensuite, en marqueur 90
recevant un supplément de nutriments supplémentaires grâce aux fèces de
l'escargot
- ces espèces étant strictement mycophages. cas de "étant" 140
R14 - De nombreuses copies du génome chloroplastique cohabitant dans une proposition participe 58
même cellule, le transgène s'exprime massivement
- le transgène s'exprime massivement - d'où l'intérêt de cette technique cas de "d'où" 60
- ces marqueurs étaient des gènes de résistance aux antibiotiques, d'où une cas de "d'où" 79
vive polémique: le gène de résistance pourrait-il passer dans les bactéries …

259
Texte Exemples Description Ligne
- Le gouvernement français s'est en effet engagé à ne plus accepter d'OGM marqueur 88
de ce type…
R15 - Ce projet de longue haleine […] porte aujourd'hui ses fruits: son équipe signe typographique 29

vient d'identifier le responsable de cette régression


R16 - car cette luciole américaine est la championne des usurpatrices marqueur 11
- puisqu' on la retrouve chez les bactéries, les algues, … marqueur 17
- Ces derniers, en effet, sont beaucoup plus nombreux que leurs partenaires marqueur 55
féminines.
- Ces coléoptères , grâce à leur action dissuasive chimique, sont protégés marqueur 97
- car elles sont proches, du point de vue de leur structure chimique, de marqueur 105
stéroïdes…
- toutes les "femmes fatales" nourries de mâles de Photinus étaient bien signe typographique 119
protégées: les araignées, quand elles détectaient la toxine…
R17 - Le riz garde la tête hors de l'eau car, ayant grandi 20 à 25 jours en marqueur 14
pépinière avant d'être repiqué dans la rizière … + participe présent
- la durée des jachères étant de plus en plus courte du fait de la pression cas de "étant" 54
démographique, la culture (sans intrants) produit moins d'une tonne / hectare + marqueur
- les matières organiques accumulées dans le sol sous l'effet de la indice lexical 91
submersion sont décomposées par des micro-organismes, d'où une forte + cas de "d'où"
émission de méthane
- On l'appelle également riz "cargo" car c'est sous cette forme qu'il était marqueur 119
traditionnellement transporté par voie maritime
- Il ne reste alors que l'albumen, blanc, d'où le nom de riz "blanc" cas de "d'où" 126
R18 - ces clones cellulaires présentent l'avantage d'être parfaitement homogènes, marqueur 14
car composés de cellules toutes identiques.
- les biologistes se mettent à répliquer des fragments d'ADN …, d'où cas de "d'où" 27
l'expression "cloner un gène"
- Mais chez les pucerons, c'est l'inverse: ce sont les femelles qui sont deux points 68
produites par parthénogenèse.
- qui consiste à provoquer artificiellement l'enracinement d'un fragment verbe spécifique 90
- C'est parce que les cellules d'un tissu végétal sont capables […] de se marqueur 94
dédifférencier, puis de se redifférencier en un ou plusieurs tissus. D'où, par + cas de "d'où"
exemple, la pousse de racines sur un fragment de tige.
- La culture in vitro permet également de cloner des végétaux en verbe spécifique 115
provoquant, à partir d'échantillons de tissus, la formation d'embryons…
R19 - … car l'organisme ne peut les synthétiser. D'où l'importance, pour marqueur 8
l'animal, de savoir déceler une éventuelle carence. + cas de "d'où"
- Cette carence entraîne, dans la cellule, l'accumulation de la molécule qui verbe spécifique 22

260
Texte Exemples Description Ligne
véhicule l'acide aminé en question
R20 - Comme les étendues arbustives, et a fortiori les forêts, réfléchissent encore marqueur 51
moins le rayonnement solaire que la steppe de la toundra, le réchauffement
est accentué.

261
CONCLUSION PARTIELLE
(Troisième partie)

En partant de l'hypothèse que le discours d'explication scientifique


construit sa cohérence autour des phénomènes linguistiques et pragmatiques
qui leur sont propres, notre travail de recherche dans cette troisième partie vise
deux objectifs: d'une part, observer comment un discours spécialisé, le cas du
discours à thème agronomique, construit sa cohérence pour expliquer et
transmettre des connaissances scientifiques et d'autre part, repérer des
régularités, des traits spécifiques du discours en déterminant comment ils
peuvent intervenir dans l'interprétation et dans l'établissement de cette
cohérence .

Or, la cohérence résulte, certes, des enchaînements linéaires mais aussi


de contraintes qui portent sur l'ensemble de la séquence, du discours, ce que
l'on peut appeler la dimension configurationnelle des textes car "la cohérence
n'est pas dans le texte, offerte au regard, elle suppose l'activité d'un interprète
qui, s'appuyant sur un réseau complexe d'indices, va activer et faire interagir
un ensemble de savoirs linguistiques, interdiscursifs et encyclopédiques pour
construire son parcours", souligne D. Maingueneau (1991:209). Partant de ce
concept, qui est par ailleurs clairement expliqué par J-M. Adam (2005),
l'investigation des textes de notre corpus s'est fait à divers niveaux: énonciatif,
sémantique-référentiel, argumentatif. Après le dépouillement du recueil
d’articles de La Recherche et Sciences et Vie, que pouvons-nous dire en
conclusion, concernant les traits de cohérence du discours d'explication
agronomique ?

Au niveau énonciatif, s'agissant d'un discours spécialisé qui recherche


l'objectivité et la neutralité, le discours d'explication agronomique ne fait pas
exception à des usages d'un discours scientifique: effacement des marques de

262
présence des instances énonciatives, choix massif du présent de l'indicatif, taux
faible d'appréciatifs et d'évaluatifs, recours fréquent à la forme passive et aux
constructions impersonnelles, bref toute stratégie qui vise à accroître
l'objectivité du discours et donc la scientificité des explications. Cependant,
l'explication scientifique dispose également de stratégies énonciatives
spécifiques qui sont au service de sa visée argumentative. En effet, l'analyse du
corpus nous a révélé que l'auteur d'une explication scientifique ne reste pas
totalement absent de son discours: soit il se fond dans le Nous/On référant à la
communauté scientifique (dont il fait partie) soit il se cache derrière un
Nous/On réunissant le scripteur et le lecteur. De ce fait, il convient de dire que
l'explication scientifique exhibe à tout moment sa construction énonciative et
marque dans certains cas la subjectivité de son auteur. Par ailleurs, ce genre
discursif est fortement polyphonique car constamment traversé par une
hétérogénéité de voix qui prend la forme du discours rapporté et qui prend
ancrage dans le plan de l'énonciation du discours: en plus de la voix de
l'explicateur, on repère celle des spécialistes du fait scientifique dont il rapporte
les propos ou la voix d'institutions du domaine concerné. En ce qui concerne le
registre temporel, nous remarquons également dans ce discours destiné à
expliquer la science l'usage fréquent du conditionnel assurant une fonction
d'affirmation atténuée.

Au niveau thématique-référentiel, s'agissant d'une communication


spécialisée, le thème (ou l'objet du discours) est toujours clairement désigné
dans les 40 textes du corpus de façon à assumer la continuité thématique. Il
progresse prioritairement selon le schéma de progression à thème constant
(type de progression dominant) et selon l'ordre thème-rhème de la structure
informationnelle. Cependant, les progressions de type linéaire et dérivé sont
également présentes en fonction du souci du scripteur de faire passer
l'information de la manière la plus efficace possible. Au niveau référentiel, le
discours d'explication agronomique fait référence au monde agricole par des
unités désignatrices que sont les termes agronomiques. Pour expliciter ce

263
langage ésotérique et afin de rendre le référent ou l'objet de la science plus
accessible au lecteur, il assoit sa cohérence sur son parcours du sens par une
série de procédés textuels: paraphrases, structures définitoires, l'usage du verbe
copule être ou des signes typographiques, nominalisation, substitution
nominale (notamment anaphore conceptuelle et infidèle). Nous voyons ainsi la
présence d'une intense activité de reformulation dans les explications
scientifiques. Elle manifeste, au niveau pragmatique, une adaptation nécessaire
du discours à ses destinataires.

Sur le plan argumentatif, nous avons passé en revue les différentes


finalités que souhaite atteindre le discours d'explication agronomique à savoir
le faire-savoir, le faire- comprendre et le faire-croire, finalités qui fondent sa
légitimité et sa raison d'être. Elle assoit sa visée argumentative sur des énoncés
à forte valeur illocutoire et surtout sur une énonciation implicite porteuse d'une
orientation argumentative .

Au niveau de la mise en texte linguistique, l'explication scientifique est


marquée par des régularités liées à la cohésion dans son parcours de
construction du sens, dont entre autres l'exemplification, les relations causales
et les relations sémantiques établies par les connecteurs. Ainsi par exemple
dans le domaine des opérations de connexion, outre la fréquence des marqueurs
d'introduction d'exemple ou des marqueurs d'intégration linéaire, nous notons
l'importance quantitative des connecteurs argumentatifs : mais, en effet, or,
donc…

Bref, l'étude du corpus nous a montré quels sont les outils linguistiques
spécifiques dont dispose un discours agronomique pour construire une
explication scientifique cohérente. Très certainement, ces régularités ne sont
pas exhaustives, les contraintes de page et de temps dans le cadre de cette étude
ne nous permettant qu'une étude globale. Aussi espérons-nous qu'une analyse
détaillée d'un article en son entier que nous allons mener ci-après

264
permettra de valider les résultats mentionnés ci-dessus. Par ailleurs, il est à
souligner que certains des traits de cohérence relevés sont des régularités
spécifiques du genre étudié alors que d'autres sont des phénomènes
transversaux que l'on retrouverait également dans d'autres genres de discours
(les reformulations paraphrastiques, les substitutions nominales par exemple).
Cependant, ces derniers sont retenus comme des traits caractéristiques aux
explications scientifiques de par leur usage fréquent, par leur valeur spécifique
dans le genre étudié et par leur rôle déterminant dans l'interprétation de sa
cohérence. De cette analyse, le constat général que nous pouvons tirer est le
suivant: les traits de cohérence répertoriés (qui permettent au discours
agronomique à visée explicative de se démarquer du discours usuel) relèvent
davantage de sa configuration pragmatique, à savoir la dimension référentielle,
la finalité argumentative, le processus d'énonciation plutôt que de la portée
linguistique.

Nous avons conscience que nous n'avons pas entrepris une analyse de
discours au vrai sens du terme. Nous suivons plutôt une perspective didactique
dans la mesure où l'analyse du corpus est limitée à l'investigation textuelle en
vue de la perception des traits de cohérence du discours d'explication
agronomique, et ceci de manière à aider les apprenants à améliorer leur
production de documents scientifiques. Partant de là, nous rejoignons A. Toma
(2005) lorsqu'elle écrit: "Dans une perspective didactique, comprendre la
structure d'un discours scientifique présente un double intérêt: d'une part, elle
assure l'apprentissage des connaissances existantes, d'autre part, elle permet
de mieux exprimer nos propres connaissances". Aussi les exemples tirés du
recueil servent-ils plutôt à étayer nos propos.

Mais ce qui nous préoccupe, en tant qu'enseignant du français sur


objectifs spécifiques, c'est autant la prise en considération de ces phénomènes
spécifiques que la manière dont nos apprenants de français s'y prennent pour
produire un discours professionnel cohérent. Dans la partie qui suit, à partir des

265
observations sur les productions écrites des étudiants vietnamiens, nous allons
étudier la manière dont les apprenants vietnamiens s'approprient ces aspects de
cohérence dans leur production de documents scientifiques, ceci de manière à
envisager des démarches pédagogiques plus appropriées à la situation
vietnamienne .

266
ETUDE DE LA COHERENCE
ETABLIE DANS UN ARTICLE SCIENTIFIQUE:
"Les poissons dorment-ils ?" (Science et Vie no 1046)

En guise de synthèse, dans un seul texte, des analyses menées dans la


troisième partie sous différentes approches: thématique, référentielle,
énonciative, argumentative…, nous avons choisi de procéder à l'analyse d'un
article intitulé "Les poissons dorment-ils ?" édité en novembre 2004 dans la
revue Science et Vie No 1046. Il s'agit d'un article d'explication scientifique,
signé par Xavier Muller, dans la rubrique "Questions et réponses". Cet article a
été choisi du fait que sa structuration thématique (notamment son schéma de
progression thématique) a été étudiée en partie dans le chapitre 9 et puis parce
qu'il possède une longueur convenable (ni trop long, ni trop court).

1. Etude énonciative

Comme il est d’usage dans les discours scientifiques, l'article s'écrit


quasiment à la troisième personne avec des sujets inanimés. On peut constater
ainsi l'absence totale des marques des instances énonciatives (le JE/NOUS du
scientifique explicateur et le VOUS du lecteur destinataire) dans l'article. Il y a
donc une volonté de dépersonnalisation du discours, comme si ce n'était pas le
scientifique qui expliquait mais la science qui parlait seule. L'effacement de la
présence des marques énonciatives est également manifesté par l'utilisation des
tournures impersonnelles:

Ce qui est sûr, c'est que les poissons, comme tous les animaux, ont des phases
d'inactivité (ligne 2)
S'agit-il pour autant du sommeil classique… (ligne 17)
Cependant, cela n'exclut pas la présence de sommeil. (ligne 29)
Il faudrait en fait d'autres types d'études…(ligne 45)

267
Au lieu d'utiliser les verbes de communication performatifs "j'affirme
que les poissons comme tous les animaux, ont des phases d'inactivité", "nous
nous interrogeons si c'est du sommeil classique", "nous aurions besoin
d'autres types d'études…", le recours aux constructions impersonnelles ici
permet à l'explicateur d'éviter de s'impliquer dans le discours et de ce fait, il
donne l'impression de disparaître totalement de l'acte d'énonciation pour faire
ressortir les faits scientifiques, ce qui renforce l'objectivité des explications.

Cependant, l'absence des marques énonciatives explicites dans le texte


ne signifie pas l'absence d'une visée communicationnelle. En fait, l'interaction
entre le scientifique explicateur et le lecteur a aussi lieu, d'abord à travers
l'emploi du pronom ON dans cet énoncé au début du texte: "Tout dépend, en
fait, de ce qu'on appelle "dormir". Dans cet énoncé où le ON englobe le
lecteur et un collectif soucieux du problème, l'auteur tente d'intégrer le lecteur
dans son acte d'explication, comme une réponse à la question posée par ce
public potentiel: "Les poissons dorment-ils ? - Tout dépend de ce que vous
appelez "dormir".

L'interaction entre le scripteur et le lecteur se manifeste aussi par cette


question-réponse s'inscrivant comme un dialogue dans l'explication: " S'agit-il
pour autant du sommeil classique, avec les enregistrements
électroencéphalographiques caractéristiques que l'on peut constater chez
l'homme ? Rien ne permet aujourd'hui de l'affirmer". Ici, le scientifique joue le
rôle d'un locuteur sceptique qui s'enquiert dans un besoin de savoir mis au
service du grand public.

L'ancrage énonciatif dans le texte est également marqué par les


manifestations diverses d'hétérogénité énonciative. Cette énonciation
hétérogène est d'abord réalisée au moyen du pronom On.

268
On dispose d'électrodes suffisamment fines pour mesurer l'activité d'un seul neurone
(ligne 34)
Ils pourraient donc bien dormir sans qu'on le décèle. ((ligne 43)

En utilisant le "on" référant à la communauté scientifique, l'auteur se


retranche derrière le discours d'autrui pour rapporter les faits sans en assumer la
responsabilité. Il en est de même dans l'utilisation du cadre médiatif "selon les
spécialistes, ces expériences pourraient aujourd'hui aboutir…". Les énoncés
couverts par ce cadrage médiatif ne sont ni assertés sous l'autorité du scripteur-
explicateur ni pris en charge par lui. L'auteur s'informe auprès de spécialistes
mais reformule lui-même pour ses lecteurs les savoirs construits du domaine. Il
a cité la communauté scientifique (par "on","les spécialistes") pour qu'elle
serve de témoin, pour différencier les sources du savoir et pour se porter garant
de la vérité des propos qu'il avance et ceci de manière à rendre ses explications
plus fiables.

Au niveau temporel, il est généralement admis que le discours


scientifique utilise souvent le présent à valeur intemporelle. Le texte que nous
examinons n'échappe pas à cette règle: force est de constater que le journaliste
explicateur cherche à ancrer son texte dans le présent à valeur de vérité
générale pour valoriser le côté "réel" de ses explications. Cependant, outre
l'emploi dominant du présent, nous relevons également dans ce texte certaines
occurrences du conditionnel qui ont pour effet d'atténuer les affirmations de
l'auteur au cours de ses explications.

Ces expériences pourraient aujourd'hui aboutir à des résultats différents (ligne 32)
Ils pourraient donc bien dormir sans qu'on le décèle (ligne 43)
Il faudrait en fait d'autres types d'études pour trancher la question (ligne 45)
Tandis que des analyses moléculaires signaleraient la présence … (ligne 51)

269
Le conditionnel sert ici, pour des raisons de clarté, à indiquer que les
informations citées ne sont pas affirmées. Il vise ainsi à engager le lecteur à la
transparence et à la scientificité des explications.

2. Référence et structuration textuelle

Au niveau thématique-référentiel, le thème dont il est question dans


l'article concerne l'explication sur les phases d'inactivité constatées chez les
poissons. Il provient d'un constat réel: Est-ce-que les poissons dorment?
L'explication sert ici à anticiper une demande de clarification sur la raison d'un
fait scientifique (le sommeil des poissons). Ce référent à partir duquel se
déroulera l'explication est construit en début de texte: "Tout dépend, en fait, de
ce qu'on appelle dormir". Il établit entre les objets du discours (poissons -
phases d'inactivité – sommeil - aide de la génétique) des liens logiques qui
construisent progressivement la nouvelle représentation. Pour ce faire, le texte
opte tantôt pour la progression constante, tantôt pour la progression dérivée
(revoir le schéma à la page 174 pour la progression thématique de ce texte).
Cette dernière vise à présenter certaines explications nécessitant un
développement de plusieurs points. Ainsi, l'hyperthème "les poissons ont des
phases d'inactivité" est décomposé en sous-thèmes "Certains poissons comme
le labre… D'autres tels le poisson-perroquet…" ou bien l'hyperhème "Il
faudrait d'autres types d'études " est repris et développé par des sous-thèmes
"des analyses génétiques… des analyses moléculaires…". La progression
linéaire est aussi présente dans le texte pour introduire une précision sur des
informations introduites lors de la première évocation (Rh2→Th5,
Rh8→Th7…). La cohérence thématique du texte est ainsi assurée par une
combinaison de plusieurs types de progression avec la prédominance de la
progression à thème constante.

Nous remarquons aussi que le mouvement explicatif dans cet article est
de temps en temps interrompu par des informations d'un autre ordre: les savoirs

270
que doit posséder le lecteur pour comprendre le déroulement des faits. C'est
ainsi que viennent s'intercaler des précisions telles que l'introduction des
exemples explicatifs:

Tandis que des analyses moléculaires signaleraient la présence éventuelle dans le


cerveau de neuro-transmetteurs typiques du sommeil, comme la sérotonine. (ligne 51)
Il faudrait en fait d'autres types d'études pour trancher la question comme des
analyses génétiques pour préciser si…Tandis que des analyses moléculaires ... (ligne 45)

Si l'exemple explicatif (manifesté par le marqueur explicite comme ) se


présente dans le premier exemple comme une sorte de parenthèse discursive
permettant de clarifier la notion "neuro-transmetteurs typiques du sommeil",
dans le deuxième cas, l'exemple fonctionne comme une reformulation
paraphrastique: le scripteur précise ce qu'il faut entendre par "d'autres types
d'études…". Le recours à l'exemple permet dans ces deux cas de régler la bonne
marche de la communication: Il permet d'éliminer des obstacles à la
compréhension du lecteur et vise l'adhésion de ce dernier à la thèse qui lui est
proposée.

Par ailleurs, par souci de mieux faire comprendre ses explications, le


scientifique explicateur n'hésite pas à reformuler les termes scientifiques. On
relève ainsi dans le texte les marques habituelles de la reformulation dans une
explication scientifique: la relation d'équivalence (entre un noyau référentiel et
son reformulant) marquée par le verbe Être: "Cet épisode de quiétude est bien une
période de repos" ou l'utilisation des signes typographiques qui permettent de
construire précisément la signification du terme: "les électroencéphalogrammes
enregistrés dans le cortex ("l'écorce du cerveau"), une partie absente chez les
poissons" ou encore une paraphrase explicative associée au terme pivot
spécialisé par un indice typographique et par une apposition: "…à mesurer
l'activité électrique du cerveau de la tanche - un poisson d'eau douce à la peau
sombre ou dorée-". La reformulation ajoute dans ces cas au terme scientifique
une expansion explicative. Dans ce sens, on peut la traiter comme un moyen

271
d’assurer la cohésion sémantique dans la mesure où elle ne marque pas
seulement des relations entre termes mais la continuité séquentielle-textuelle.

En terme de cohérence référentielle, nous relevons également dans le


texte les reprises nominales sous forme d’anaphores infidèles ou conceptuelles.
Elles permettent un enchaînement sémantique dans l'explication du scripteur en
apportant des informations qui complètent les propos déjà tenus:

…. Cet épisode de quiétude aquatique est bien une période de repos


… Ces expériences pourraient aujourd'hui aboutir à des résultats différents

Les reprises nominales jouent ici un rôle important dans la cohésion


sémantique: elles permettent certes de relier des unités lexicales mais surtout de
fixer le sens d'un ensemble de l'énoncé (Cet épisode de quiétude aquatique…,
ces expériences… ). Elles assurent également une fonction de thématisation.

3. Analyse pragmatique

Il y a, au niveau pragmatique, un cadrage polémique entre ce que l'on


peut appeler les phases de repos et le véritable sommeil du poisson. Le titre et
la première phrase du texte instaurent d'emblée la nécessité de clarifier cette
problématique. Le discours produit peut dès lors s'analyser en autant d'actes
explicatifs et justificatifs qu'en manifestent les connexions argumentatives du
texte.

Nous relevons d'abord la présence des connecteurs qui marquent les


relations causales:

… Nocturne ou diurne selon les espèces, cet épisode de quiétude est bien une période
de repos puisque les poissons l'allongent lorsqu'ils sont contraints de se mouvoir longtemps
(ligne 12)

272
… Cependant, cela n'exclut pas la présence de sommeil. D'abord parce que selon les
spécialistes, ces expériences pourraient aujourd'hui aboutir … Ensuite, parce que même chez
les vertébrés supérieurs… (ligne 29)

L'existence de ces relations causales, établies par les marqueurs de


cause parce que et puisque, structure de façon étroite le texte en marquant une
connexité entre des unités sémantiques. Elle fait apparaître la trame logique
derrière les phénomènes scientifiques.

Quant au raisonnement que manifestent les explications, il est marqué


par le recours aux connecteurs logiques. Observons par exemple le deuxième
paragraphe de l'article:

"Les seules études quantitatives…


… Ils pourraient donc bien dormir sans qu'on le décèle".

Dans ce passage, le scientifique explicateur raisonne en donnant des


arguments pour expliquer la présence éventuelle du sommeil chez les poissons.
Ces arguments sont unis par les connecteurs qui relient des idées soit en
valorisant leur enchaînement logique (cause-conséquence) soit en soulignant
leurs contradictions, en cas de contre-argumentation. Ainsi, après avoir rappelé
les résultats des études des années 60 sur le sommeil des poissons, l'auteur
souligne une réserve. Le connecteur CEPENDANT est alors inséré pour
marquer cette réserve (cependant cela n'exclut pas la présence de sommeil).
Ce connecteur ne relie pas seulement deux segments d'énoncé contraires, mais
il introduit la logique d'un nouvel argument à propos de la réserve en question
et une conclusion supérieure en force et en valeur illocutoire à l'argument et la
conclusion qui le précède. Le nouvel argument abordé est manifesté par les
marqueurs d'intégration linéaire suivi de l'expression de cause D'abord parce
que … Ensuite parce que… lesquels, tout en visant à segmenter la séquence en
fragments (paquets de propositions) qu’ils placent au même niveau
hiérarchique, aident le lecteur à construire un tout cohérent sur la base de la

273
progression induite par ces marqueurs. La séquence se termine par un
connecteur marqueur de la conclusion: DONC (Ils pourraient donc bien
dormir…) qui suppose l'éventualité d'un sommeil chez les poissons. On voit
ainsi que les connecteurs cependant, parce que, donc mis en place permettent
de signaler le point de vue du scripteur et donc de son orientation
argumentative et cela, afin de mieux faire savoir son objectif.

En matière de connexion, nous relevons également dans le texte des


connecteurs marqueurs de l'argument. Le marqueur "en fait" par exemple, sert
d'introducteur à un nouvel argument:

Tout dépend en fait de ce qu'on appelle "dormir" (ligne 1)


Il faudrait en fait d'autres types d'études (ligne 45)

Le texte se termine par l’utilisation d’un « si » hypothétique « Si les


résultats négatifs persistaient... » qui oriente argumentativement toute la chaîne
verbale en déclenchant un retraitement d'un contenu propositionnel à la fois
comme un argument chargé de renforcer une inférence et comme une
conclusion. Ce « si » hypothétique est consolidé par un marqueur de
reformulation EN FAIT « le repos du poisson relève en fait plus de la
somnolence... » en clôture de séquence qui souligne une reprise méta-
énonciative (modification de point de vue).

Bref, pour atteindre les finalités d'une explication scientifique qui sont
de faire savoir, faire croire et faire comprendre, dans cet article qui aborde la
question du sommeil des poissons, la véracité des explications est assurée par
une organisation hiérarchisée des informations ( d'abord parce que… ensuite
parce que… ou le développement des hyperthèmes par des sous-thèmes), par
un choix pertinent d'arguments (puisque… parce que… il faudrait en fait…) et
par le recours à des moyens linguistiques spécifiques (exemplification, relation
causale) qui renforcent la fiabilité des propos.

274
QUATRIEME PARTIE

LES ENJEUX DIDACTIQUES

- Chapitre 12: Observations de productions d’étudiants


- Chapitre 13: Propositions didactiques

275
Quatrième partie:
LES ENJEUX DIDACTIQUES

Dans la partie précédente, nous avons repéré et analysé les phénomènes


spécifiques dont dispose un discours agronomique pour construire une
explication scientifique cohérente. A la lumière de ces résultats d'analyse, nous
aimerions savoir comment nos apprenants vietnamiens s'y prennent pour
produire un document scientifique en français. Car, comme nous l'avons
signalé dans l'introduction de cette thèse, au cours de notre enseignement du
français sur objectifs spécifiques, nous avons souvent remarqué que, dans une
production écrite d'étudiant, si le texte reste correct sur le plan syntaxique et
lexical, l'ensemble reste toujours un peu étrange. Le texte étant difficile à
suivre, l'impression globale de la qualité de l'écrit n'est pas bonne. Ainsi,
l'objectif, dans cette quatrième partie, est d'étudier la manière dont les
apprenants vietnamiens (le cas des étudiants en sciences agronomiques)
s’approprient, dans leur production de documents scientifiques, les aspects de
cohérence détectés dans la troisième partie et ceci, de manière à vérifier
l'hypothèse que nous avons avancée au début de notre recherche: le
dysfonctionnement textuel constaté chez les apprenants scientifiques
vietnamiens est dû en grande partie à la maîtrise insuffisante de ces
phénomènes spécifiques de cohérence. Par ailleurs, en mettant ces observations
en relation avec la langue vietnamienne, nous voudrions également éclairer la
question que nous nous sommes posée: les habitudes langagières propres au
vietnamien sont-elles un blocage à l'acquisition de ces traits de cohérence ?

Sur la base de ces éclaircissements, nous ferons part de nos réflexions


pédagogiques et proposerons une remédiation possible grâce à des activités
adéquates.

276
CHAPITRE 12:
OBSERVATIONS DE PRODUCTIONS D'ETUDIANTS

Comme la fiabilité des résultats d'une recherche dépend en grande partie


des modalités de recueil des données et des procédés d'analyse des éléments
obtenus, il est pour nous utile et indispensable de faire mention des procédures
adoptées pour la conduite de notre investigation dans cette partie.

1. Choix du corpus de productions d'étudiants

Pour mener à bien la tâche précitée, nous avons choisi de traiter les
mémoires de fin du cursus des étudiants de la Filière universitaire francophone
d'Agro-alimentaire. A rappeler que les filières universitaires francophones
(FUF) sont des cursus d'enseignement supérieur mis en place par l'Agence
universitaire de la Francophonie (l'AUF) à l'intérieur de grandes universités du
Vietnam; les étudiants inscrits dans ces FUF suivent non seulement des cours
dans le programme de formation de leur université mais encore des cours de
français général et français de spécialité. L'objectif premier du projet est de
permettre aux étudiants d'atteindre un niveau de langue suffisant pour
accomplir un cursus francophone dans leur discipline, et d'être en mesure pour
cela de suivre des cours et de rédiger en français des documents à caractère
professionnel. Au bout de 4 années d'études, certains de ces étudiants sont
retenus, après un test linguistique, pour rédiger en français un mémoire de fin
du cursus dans leur spécialité et le soutenir devant un jury francophone
international (Belgique, Canada, France, Vietnam…). A la sortie du cursus, les
étudiants obtiennent un diplôme national dans leur discipline (Bac + 4) et une
certification francophone qui leur ouvre l'accès au 3e cycle des universités
francophones partenaires de l'AUF. Il existe ainsi au Vietnam une trentaine de
filières FUF réunies en 8 pôles dont "Génie civil et urbain", "Sciences de la
gestion", "Santé", "Droit", "Agro-alimentaire et Biotechnologie"…

277
Il s'agira donc, pour la constitution de notre deuxième corpus (le premier
étant des articles scientifiques français traités dans la troisième partie), de
travaux écrits d'étudiants réalisés dans le cadre d'un mémoire effectué à la fin
de leur formation. Nous avons choisi de traiter les mémoires plutôt que les
devoirs en classe ou dans le cadre d'un atelier d'écriture de type "rédigez un
texte pour expliquer tel processus, tel phénomène…" car ces derniers mettent
souvent l'apprenant en position de locuteur solitaire. L'étudiant a en face de lui
non pas un récepteur en quête d'informations, mais son professeur qui est
appelé moins à le lire qu'à le corriger, le sanctionner, lui mettre une note. Quant
au mémoire de fin d'études, il permet de mettre l'étudiant en situation
professionnelle. Il s'agit d'une vraie situation de communication où celui-ci sera
contraint d'adapter ses propos aux conditions pragmatiques de la production de
son écrit. En effet, dans ce travail de rédaction scientifique, l'étudiant est appelé
à jouer le rôle d'expert scientifique dans la mesure où c'est lui qui doit expliquer
et transmettre des connaissances spécialisées à un lecteur moins informé (le
jury et des lecteurs d'un niveau scientifique général qui, tout en n'étant pas
forcément spécialistes du domaine en question, sont imprégnés d'une certaine
culture scientifique). L’étudiant sera donc davantage poussé à produire un texte
organisé et cohérent de façon à ce que son récepteur puisse suivre le
développement de son argumentation. Ainsi l'évaluation de la cohérence
textuelle du professeur de français sur la production d'étudiant intervient dans
une situation de communication authentique. Il joue dans la mesure du possible
le rôle d'un véritable lecteur. Son appréciation de la clarté de l'organisation
textuelle est ainsi étroitement liée à sa compréhension du texte, réalisant la
condition d'une véritable communication.

De même que pour les analyses menées dans la 3ème partie de cette
recherche sur le corpus de coupures d'articles scientifiques, nous avons décidé,
pour le dépouillement du corpus de productions d'étudiants, d'adopter une
approche qualitative plutôt que quantitative. Nous avons renoncé à une analyse
quantitative – dont la réalisation semblait dépasser largement nos capacités en

278
raison de la masse volumineuse du corpus écrit dont nous disposons pour
adopter définitivement une analyse qualitative, qui concerne un nombre limité
d’écrits mais qui sera intensive et détaillée. Cela dit, nous n'allons pas faire une
analyse des mémoires d'étudiants dans leur intégralité mais nous préférons
choisir des extraits où figure l’explication scientifique afin de procéder à une
analyse approfondie de ces productions. Nous sommes aussi conscient que
dans une telle perspective, « se poser le problème de la représentativité en soi
[...], c’est s’imposer une contrainte difficile à satisfaire et souvent inutile »
(Ghiglione R. et Matalon B. 1998 :53). Cependant, selon un postulat du travail
ethnographique qui vaut aussi pour le travail linguistique (M-C. Penloup
1995:215) « l’universel est bien au coeur du particulier », la méthode
qualitative adoptée ne sera pas totalement exempte de caractère de
représentativité dans la mesure où l’analyse minutieuse du corpus de
productions d’étudiants dégagera des régularités du groupe étudié (étudiants de
l’Université de Cantho), lesquelles appartiennent aussi à un ensemble global
plus grand (étudiants vietnamiens en général en formation en Français sur
objectifs spécifiques).

Le corpus recueilli comprend donc 20 extraits de mémoire produits de


2001 à 2005 par les étudiants de la FUF Agro-alimentaire de l'Université de
Cantho (de 5 promotions: 22, 23,24,25,26). Il est question dans ces mémoires
d’expliquer des résultats d’expérimentation en laboratoire ou des processus de
transformation des produits alimentaires (par exemple, fabrication de jus de
carotte de haute qualité ; conservation des longanes séchées ; fabrication
d'alcool de riz gluant sans distillation,...) ou d’expliquer des phénomènes, un
fait, un projet scientifique (isolement des microbes dans la fabrication du vin ;
extraction de l'huile essentielle d'orange ; influence des conditions de
fermentation sur la qualité des graines de cacao…). Les jeunes rédacteurs sont
dans leur dernière année de formation (bac + 4). Il s'agit d'étudiants motivés,
ayant de solides bases de français (4 années d'études). Ils ont de bonnes
connaissances des règles grammaticales et un vocabulaire adéquat.

279
Afin de favoriser le dépouillement du recueil, chaque extrait de mémoire
sera codée de la lettre C suivi d'un chiffre indiquant le numéro dans le
classement du corpus. Toutes ces copies sont reproduites en annexe. Le résumé
de chaque mémoire (réalisé par les étudiants eux-mêmes) se trouvera
également en annexe en vue d'une compréhension globale des projets menés.

Voici l'ensemble des extraits :

Code Titre de mémoire Extrait choisi Auteur


C1 Isolement des microbes dans la « Principe d'isolation d'une LE Van Bang
fabrication du vin souche pure» Promotion: 22
C2 Isolement des microbes dans la « Méthode » LE Van Bang
fabrication du vin Promotion: 22
C3 Etude de la fermentation des sous- « Discussion » NGUYEN Bao Loc
produits de crevettes Promotion: 22
C4 Etude de la fabrication de la purée « Processus de fabrication NGUYEN T. Hong
de banane en poudre par un prévu » Phuong
procédé de séchage Promotion: 22
C5 Etude de la fermentation alcoolique « Explication du schéma de la VO Van Phong
du riz gluant fermentation alcoolique » Promotion : 22
C6 Etude de la fermentation de la « Fabrication de la sauce de NGUYEN Xuan
sauce de soja soja » Nhan Promotion : 23
C7 Etude de la fabrication d'un produit « Produits traditionnels de la LE Thanh Hoang
restructuré à partir des poissons pêche » Promotion : 23
"kanagurla cuvier scombride"
C8 Etude de la transformation et de la « Processus de fabrication des TRAN Quang Son
conservation des longanes séchées longanes séchées » Promotion : 23
C9 Etude de la transformation et de la « Processus de fabrication » HUYNH Ngoc Thanh
conservation des ananas séchés Tam. Promotion: 23
C10 Extraction de l'huile essentielle "Facteurs influençant les LE Bao Quoc
d'orange performances de l'extraction" Promotion: 24
C11 Elaboration d'un procédé de "Présentation du corossol" PHAN Thanh Son
transformation du nectar de Promotion: 24
corossol

280
C12 Etude d'amélioration de capacité "Eau et son interaction avec les PHAM Van Hau
de rétention d'eau dans les protéines des crevettes" Promotion: 24
crevettes cuites à la vapeur
C13 Etude de la fabrication de conserve "Le procédé de la LE Thi Cam Linh
du grain de lotus transformation fondamentale" Promotion: 25
C14 Transformation du cocktail de jus " Présentation du fruit de la PHAM Ngoc Nhi
de fruits passion" Promotion: 25
C15 Etude de la modification des "Application des pectinases HUYNH Tan Dep
composants nutritifs dans la dans la fabrication du jus de Promotion: 25
fabrication du jus limpide de fruit"
banane
C16 Etudes de facteurs influençant la "le soja" NGUYEN Tan Vinh
qualité de tofu souple Promotion: 25
C17 Etude de l'influence des conditions "De la cabosse à la fève" NGUYEN Ngoc
de fermentation sur la qualité des Tuyen
graines de cacao. Promotion: 26
C18 Etude de l'influence des conditions "séchage" NGUYEN Ngoc
de fermentation sur la qualité des Tuyen
graines de cacao. Promotion: 26
C19 Etude du changement de qualité du "Conservation du miel" NGUYEN Minh
miel au cours de la conservation et Hang
son activité antibiotique Promotion: 26
C20 Application de la technique "Extraction de l'huile TRAN DUONG
d'atomisation dans la fabrication essentielle" Xuan Vu
de la poudre de kumquat Promotion: 26

2. Démarche d'analyse

Dans l'enseignement du français au public spécifique, pour le cas du


Vietnam, la priorité accordée à l'écrit (compréhension/expression écrite)
s'impose d'emblée. Et ceci, non seulement parce que l'écrit est un des objectifs
les plus sollicités dans une formation de français professionnel, mais surtout
parce qu'il est le lieu où se révèlent le plus de défaillances chez nos apprenants

281
vietnamiens. Le recueil de productions écrites que nous avons rassemblé porte
sur une activité écrite précise, au sein d'un type de rédaction particulier: les
explications scientifiques réalisées dans le cadre d'un mémoire. De nature
synchronique, il n'a certes pas l'avantage d'un corpus diachronique qui aurait
montré l'appropriation de l'écrit chez les étudiants dans leur parcours
d'apprentissage. Mais il offre l'intérêt de voir comment les apprenants s'y
prennent pour produire en français sur un genre précis à un moment précis du
cursus d'apprentissage. Il reflète de manière assez exemplaire l'état des
compétences en langue écrite de nos apprenants scientifiques vietnamiens.

Comme les difficultés sont problématiques, il est évident que nous


insisterons davantage sur les défaillances que sur les réussites textuelles. Ainsi,
le dépouillement du corpus permettra, nous l’espérons, de discerner des lacunes
en matière de dysfonctionnements textuels dans les productions d'étudiants
scientifiques et d'en distinguer la cause: s'agit-il d'une maîtrise insuffisante de
la langue, d'une défaillance venant des interférences linguistiques ou d'autres
facteurs. Toutefois, il nous serait difficile de traiter en détail chaque copie.
Nous essayerons donc de repérer des constantes au travers des productions en
nous limitant exclusivement aux difficultés portant sur le dysfonctionnement
textuel, en particulier sur la cohérence du texte. Quant aux erreurs n'ayant pas
un rapport direct avec la cohérence, comme l'orthographe, la conjugaison, les
exceptions grammaticales,... elles ne seront pas traitées dans le cadre de ce
travail car il ne s'agit pas de notre propos ici. Ainsi, le corpus de productions
d'étudiants sera examiné de manière synthétique et transversale, en fonction des
mêmes critères d'analyse que nous avons fixés pour l'étude de notre corpus de
coupures d'articles scientifiques (Cf. troisième partie de ce travail), à savoir les
dimensions pragmatique (référentielle, énonciative, argumentative) et
linguistique.

En nous penchant sur les sources de difficultés rencontrées par nos


jeunes rédacteurs, à un niveau global d'organisation textuelle, nous espérons

282
pouvoir fournir quelques pistes susceptibles d'être exploitées par les
didacticiens dans les cours de Français sur objectifs spécifiques. Après
l’analyse de chacun des aspects textuels, nous ferons part de nos réflexions
didactiques. L'examen des problèmes de dysfonctionnement textuel dans cette
quatrième partie sera ainsi considéré dans une visée pédagogique.

3. Analyse énonciative

L'analyse des productions écrites d'étudiants dans leur dimension


énonciative revient à se poser des questions, entre autres, sur l'implication des
instances énonciatives dans le discours, sur les différentes modalités
énonciatives et sur les formes d'hétérogénéité discursive.

3.1. Les instances de production et de réception.

Le discours qu'ont écrit les étudiants est de type scientifique à visée


explicative. On s'attend donc à une écriture objective, neutre. L'objectivité sur
le plan énonciatif se manifeste par l'absence de traces d'implication du sujet
écrivant dans son propre discours pour laisser la place aux faits scientifiques
qui parlent d’eux-mêmes (Cf.chapitre 8 de la troisième partie). Dans la plupart
des extraits examinés, les étudiants ont su assumer cette contrainte en rédigeant
leur texte à la troisième personne du singulier avec effacement des sources
énonciatives. Toutefois, nous remarquons également la présence de marques de
la première personne (Je/Nous) dans quelques copies: une occurrence de JE
"j'ai examiné…" dans C2, et quelques occurrences de NOUS dans C3,C4,C5,
C6,C7,C9,C11,C16. Concernant ce dernier cas, alors que dans C3,C4,C6,C7,
C9,…le NOUS renvoie à un NOUS=JE qui masque, pour des raisons
d'insécurité énonciative, la parole individuelle sous une parole collective, le
NOUS utilisé dans C11, C16 inclut l'auteur et le lecteur:

283
C11: De nos jours, toutes les expéditions se font par la voie aérienne plutôt que la
voie maritime pour conserver la qualité des fruits.
C16: Le soja contient les protéines semblables aux protéines animales, fournit 8 dans
9 acides aminés essentiels pour notre santé.

A notre avis, le recours au pronom NOUS dans ces deux passages


manifeste une réussite énonciative car sous la forme de NOUS, l'étudiant -
jeune rédacteur implique le récepteur dans son discours, le prend à témoin,
inférant par là que le destinataire, donc un public lecteur potentiel est informé
de ce qui est dit.

Particulièrement, dans C3 on trouve une expression de l'opinion


personnelle explicitée par la locution: « d'après moi ».

C3: D'après moi, il y a ce contraire parce que dans l'étape de préparation des
matières premières, elles sont contaminées par les microorganismes et pendant l'étape du
cuvage, les microorganismes décomposent les protéines en acides aminés et en NH3-N.

Dans ce passage, l'étudiant s'autorise à montrer sa propre voix, sa propre


construction intellectuelle. Il prend ce risque sans doute parce qu'il possède un
certain savoir, une certaine expertise en la matière et qu'il souhaite afficher un
point de vue qui soit le sien. Cette prise de risque est d'autant plus méritante
qu'elle est réussie énonciativement.

Concernant l'implication des instances énonciatives, nous relevons en


plus la fréquence des occurrences de "On" qui sont présentes dans 12 sur 20
extraits. Dans les copies examinées, deux cas de figure sont constatés:

- On=Je, c'est-à-dire un ON qui semble totalement assumer le rôle du JE

C1: Cependant, chez certaines souches, on observe des formes variées de cellules.

284
C2: On répète trois fois ces opérations de repiquage et d'incubation pour obtenir des
souches pures. On n'est pas sur que les souches pures obtenues sont exactement des levures. Il
est donc nécessaire de passer un test de détection de levure.
C5: A cette étape, on effectue l'examen des variations du pH, de la matière sèche, du
sucre réducteur pendant la fermentation et on étudie la durée de fermentation selon le degré
alcoolique.

- On=Je + collectif, c'est-à-dire un ON qui manifeste l'opinion générale


ou celle d'un groupe dont fait partie l'énonciateur.

C7: On peut préparer du surimi à partir de différentes espèces de poissons maigres ou


gras.
C19: Il vaut mieux qu'on entrepose le miel dans les endroits sombres et fait attention
à la lumière.
C20: Normalement, à partir de 1000kg de déchets, on peut obtenir environ 500-700
litres de solution de pectine à 10o Brix.

Cependant, ce qui pose des problèmes en matière de dysfonctionnement


textuel, c'est l'emploi abusif du pronom ON dans certaines copies, ce qui
alourdit parfois les énoncés et conduit à la redondance. On peut voir ces
malformations textuelles particulièrement dans C2, C4,C5, C15, C17, C20:

C4: Après la réception, on pèle la banane au couteau… Puis, on coupe les bananes en
morceaux et on les trempe dans l'eau qui contient un produit chimique pour empêcher la
réaction de brunissement. On utilise l'acide ascorbique ou le métabisulfite de sodium.
C5: A l'étape d'inoculation de la moisissure, on examine la proportion optimale et la
durée d'inoculation de la moisissure. Puis on prépare la fermentation. A cette phase, on
calcule la proportion de l'eau ajoutée dans le mout de fermentation et on étudie la proportion
optimale de levain. Ensuite, c'est la phase de fermentation. A cette étape, on effectue l'examen
des variations du pH, de la matière sèche, du sucre réducteur pendant la fermentation et on
étudie la durée de fermentation selon le degré alcoolique.
C17:On procède: avec un couteau dans le sens de la longueur ou perpendiculairement
au grand axe en frappant les cabosses sur une pierre ou une bille en bois. On extrait ensuite
les fèves et on les sépare du placenta avec 2 doigts… On extrait les fèves que l'on débarrasse
de leur pulpe blanche ou du placenta.

285
Quand ils écrivent en français, les apprenants vietnamiens mobilisent en
général leurs efforts sur le contenu des informations à faire passer, sur la forme
linguistique de l'énoncé au détriment du processus d'énonciation. Ils ne sont pas
conscients qu'un choix énonciatif puisse avoir un impact très fort sur le
récepteur du message. Dans le passage C5 précité par exemple, le recours
abusif au pronom « on » avec une succession de faits à la forme active a
transformé cette séquence, qui se veut être explicative au début, en une
séquence injonctive, c'est à dire qui vise à dire de faire, "d'inciter directement à
l'action" (J-M. Adam 1987 : 66). Le ON dans les exemples mentionnés aurait
pu être remplacé par un sujet inanimé dans une construction passive, ce qui
permettrait de mettre en valeur l'aspect énonciatif du discours et respecter
mieux le "style" du langage scientifique car "Tout document professionnel a ses
normes propres, standardisées, conventionnelles, prévisibles des lecteurs. Être
cohérent sur le plan énonciatif consiste à respecter le style professionnel
auquel son discours appartient" (Nguyen Thi Ngoc Suong 2000:176).

La réticence des étudiants à l'emploi de la forme passive ne vient pas


d'une méconnaissance de la structure: notre expérience dans l'enseignement du
FLE et du FOS permet de dire qu'ils peuvent très bien faire des exercices
mécaniques de transformation active/passive. Quelques-uns mêmes maîtrisent
parfaitement l'usage de la voix passive dans l'écriture scientifique comme on
peut le voir dans quelques copies du recueil (C1,C12,C14,C18…). Mais le
choix de la construction active avec la prédominance du pronom "on" que nous
avons constaté dans bon nombre de copies d'étudiants est dû, pensons-nous, à
une habitude langagière propre à la langue maternelle: le vietnamien a une forte
prédilection pour la phrase active car les verbes vietnamiens n’impliquent pas
une claire notion de « voix » dans le sens grammatical. Nguyen Van Hoang
(2001), dans sa thèse de doctorat portant sur l'analyse contrastive du passif en
français et en vietnamien , va jusqu'à dire qu' il n'existe pas de forme ni de voix
passives en vietnamien (NGUYEN Van Hoang:149). D'après cet auteur, pour
exprimer le passif en vietnamien, on ajoute les verbes modaux "Bị" ou "Được"

286
qui permettent de reconnaître , par leur signifié et leur valeur modale, le sens
passif de la phrase. Prenons ces exemples:

1. Thầy khen Bảo (actif) → Le professeur félicite Bao


SN1 V SN2
2. Bảo được khen bởi thầy (passif) → Bao est félicité par le professeur
SN2 V (par) SN1

Dans l'usage courant du vietnamien, c'est la construction active (1) qui


est la plus usuelle. L'énoncé (2) qui semble correspondre à une structure
passive en français (S + être + p.p + par + c.d'agent) peut se comprendre mais
surprend sans doute tout locateur natif car cet énoncé s'avère un peu bizarre,
peu naturel, sinon jamais utilisé. On utilise plutôt une autre structure passive
plus naturelle, plus usuelle dans laquelle le complément d’agent se place avant
le verbe:

3. Bảo được thầy khen


SN2 SN1 V

Mais cette phrase, quoi qu'elle garde le sens passif, n'est pas
sémantiquement identique à la phrase active (1) surtout du point de vue
pragmatique: (1)"Thầy khen Bảo" affirme une action, un état de chose sans
mentionner aucune valeur modale, tandis que (3)"Bảo được thầy khen" explicite,
outre une affirmation, une modalité très nette, inséparable de l'information
contenue dans l'énoncé.

Quant au linguiste Nguyen Phu Phong (1976), il affirme que la phrase


passive existe en vietnamien mais sa forme est différente de ce qu’elle est dans
les autres langues (NGUYEN Phu Phong : 93). Observons cet exemple :

287
a. Ba đường thẳng tạo nên hình này (actif)
SN1 V SN2
a' (Trois lignes droites forment cette figure)
b. Hình này tạo nên bởi ba đường thẳng (passif)
SN2 V (par) SN1
b' (Cette figure est formée de trois lignes droites).

Dans cet exemple, la forme verbale reste la même dans la phrase active
vietnamienne que dans la phrase passive, il ne subit aucun changement
morphologique en passant au passif. Dans ce cas, pour les Vietnamiens, c’est la
phrase active (a) qui est préférée dans l’usage, la construction passive (b) ne
pouvant être acceptée que dans le langage scientifique, ce qui n’est pas le cas
pour le français : la phrase passive (b') est plus compatible.

L’existence d’une telle prédilection à la forme active en langue


maternelle serait à l’origine des lacunes en terme d’ancrage énonciatif
constatées dans les productions d’étudiants (l’emploi répétitif du pronom On
dans les énoncés actifs au détriment des constructions passives qui sont, de
l’usage, largement utilisées dans les discours scientifiques).

3.2. Les modalités énonciatives

Les étudiants, auteurs des extraits de mémoire que nous avons recueillis
ont compris que les finalités de la production requise sont l'information
objective et y ont répondu de façon assez satisfaisante. Dans l'ensemble, ils ont
tenu à donner un ton neutre à leur production, en privilégiant les sujets non
animés et en utilisant des constructions impersonnelles telles que: il faut (C1,
C4,C10), il y a (C12,C16,C18), il s'agit (C13), il existe (C15,C17)... On voit
parmi ces constructions impersonnelles, certaines expressions de modalisation
(notamment les modalités logiques qui consistent en une évaluation de certains
éléments du contenu thématique). Les quelques exemples suivants le prouvent:

288
Il est nécessaire de surveiller le pH… (C2)
Il est important de ne garder que des bananes saines et à maturité totale…(C4)
Il est difficile de cerner de façon simple l'influence …(C10)
Il est possible que les acides pectiniques..(C12)
Il importe de ne pas blesser l'arbre… (C17)
Il se peut que le séchage rapide raccourcisse… (C18)
Il vaut mieux qu'on entrepose le miel dans les endroits sombres …(C19)

Toutefois, à part les expressions de modalité relevées, dans l’ensemble,


la rédaction des étudiants reste limitée à des énoncés avec des phrases simples,
verbales, actives de type sujet + verbe +complément, sans avoir recours à des
modalités énonciatives spécifiques. Cela s'explique à notre avis par une
habitude d'écriture conditionnée par la langue maternelle où le sujet suivi de
prédicat constitue la structure dominante en syntaxe (Diep Q.B.1989 :157;
Nguyen H.Q. 1994:218), selon le modèle suivant:

Việt nam là quê hương của cây lúa (Vietnam / est un pay du riz)
S P
Người ta dùng đậu xanh để ủ giá (On / utilise le haricot mungo pour
S P fabriquer des pousses de soja).

La prédilection en langue maternelle pour cette construction en sujet +


prédicat, avec l'explicite verbal serait à l'origine des problèmes interférentiels
qui conduisent à certaines lacunes constatées dans les copies d'étudiants. Voici
quelques exemples qui montrent bien la trace de ces interférences:

C3: Le résultat de nos expérimentations / a confirmé cela.


C2: On / répète trois fois ces opérations de repiquage et d'incubation pour obtenir des
souches pures.
C9: nous / ajoutons un peu de sucre et agiter. Nous / répétons toute l'immersion.

Quelques rares copies (C1, C2, C4, C14, C18, C19), échappent à cette
écriture routinière avec l’utilisation de la forme passive qui permet de gommer

289
l’agent et donc d’objectiver le discours ou avec le déplacement des
compléments en début de l'énoncé.

Par contre, dans la majorité des copies, l'emploi du présent de l'indicatif,


temps privilégié dans les discours scientifiques, a été assurée avec justesse pour
présenter des actions dans leur aboutissement.

3.3. L’hétérogénéité énonciative

Sur la base des observations que nous avons menées dans la troisième
partie du présent travail concernant l'analyse énonciative, force est de constater
que le discours d'explication scientifique est un genre marqué par une véritable
intrication entre discours d'accueil et autres discours venus de multiples sources
énonciatives extérieures, donc une polyphonie forte. Selon R. Delamotte-
Legrand (2005), ce renvoi au discours d'autrui, effectué par le biais d'une
citation ou par celui d'une reformulation…est encore plus explicité dans un
discours de recherche, compte tenu de sa dimension fondamentalement
dialogique: "Le discours de recherche est un dialogue permanent entre le
chercheur et la communauté scientifique dans laquelle il s'inscrit. Autrement
dit, on convoque, dans un discours de recherche, des voix différentes sur le
fond desquelles ou en contrepoint desquelles on fait entendre sa propre voix.
C'est dans cette mesure qu'on dit qu'il est "polyphonique" (R. Delamotte-
Legrand 2005: 31) .

Par ailleurs, sur un plan pragmatique, les citations viennent rompre la


monotonie de la page et maintiennent l’intérêt du lecteur comme le soulignent
F. Boch et F. Grossmann (2001):

“L’art citationnel est donc d’abord un art formel, dans le sens où il joue avec les
formes, qu’il introduit le discontinu dans le continu, qu’il donne à voir des fragments
là où règne la monotonie paragraphique” (2001:99)

290
Or, ces éléments sont à peine perceptibles dans notre recueil de
productions d'étudiants qui relèvent pourtant du discours de recherche et qui
portent une visée explicative. Il n'y a que 4 (C3,C11,C16,C18) sur 20 copies
qui ont recours aux formes d'hétérogénéité, ce qui dévalorise dans certaines
mesures l'aspect argumentatif de leur rédaction. Alors que le recours au
discours d'autrui (par le discours rapporté ou par les citations par exemple)
aurait fait l'affaire, aurait permis d'agrémenter, de valider leur propos, leur
explication. (cf. chapitre 8 de la troisième partie).

Pourquoi cette réticence? Par notre expérience d'enseignement,


l'explication tient à un manque d'assurance dans la mise en texte en langue
cible chez l'apprenant. En effet, l'introduction d'éléments intertextuels
soulèvent la question de savoir comment situer la parole relatée par rapport à
son propre discours: dans quelle partie du texte l'introduire, par quels termes
l'insérer, il faut choisir le bon mode de citation, contrôler les transformations
syntaxiques imposées par le discours rapporté. Elle appelle une mise en mot
supplémentaire qui, mal maîtrisée, peut provoquer des malformations
discursives. Une autre explication vient d'un comportement linguistique selon
lequel nos apprenants vietnamiens, lorsqu'ils écrivent, appliquent souvent leur
attention sur les formes linguistiques au détriment de la configuration
pragmatique. Ils ont été habitués à l'idée que pour rédiger un document
professionnel en français, il faut écrire correctement, de façon conforme à la
morpho-syntaxe en négligeant ainsi la visée argumentative. Ils n'ont pas tenu
compte du fait que la polyphonie permet de légitimer leur discours, d’assurer la
scientificité du contenu et de cette manière, de mieux convaincre le lecteur de
la véracité des explications.

Les auteurs de quelques rares copies ont pensé à appuyer leur propos par
le recours à l'intertextualité:

291
C16: D'après plusieurs résultats de recherche, le soja a l'effet de régénérer et
développer la membrane cellulaire..
C11: Venkataranam (1959) a rapporté que des espèces d'anones produisent
habituellement des fleurs 4-5 ans après plantation.
C18: De Vos (1956) a mesuré les températures de graine dans un processus de
séchage de 2 étapes …

Bref, en ce qui concerne l'aspect énonciatif, l'impression qui domine à la


suite de notre observation sur les productions d'étudiants est que nos jeunes
rédacteurs ont eu quelque mal à respecter des contraintes instituées par le genre
étudié. S'agissant d'un discours scientifique à visée explicative, les auteurs ont
adopté une position énonciative d'experts discrets en choisissant en tant que
scripteurs de s'effacer pour garantir l'objectivité de leur propos. Cependant, si la
dimension énonciative est assez réussie, il reste quelques maladresses: le
pronom neutre ON est largement utilisé au détriment de l'emploi des
constructions passives, la question du rapport au discours d'autrui n'est pas mise
en valeur, d'où des textes à polyphonie faible.

3.4. Réflexions didactiques

L’analyse énonciative a révélé chez nos étudiants scientifiques des


lacunes au niveau de la maîtrise des stratégies énonciatives dans leur rédaction
scientifique. Ceci dit, il faut revoir le modèle d’apprentissage qui privilégie
l’énoncé au détriment du processus d’énonciation. La grande difficulté
détectée, nous l’avons vue plus haut, réside dans la gestion des discours
sociaux, dans le recours à l’intertexte (citation, reformulation). Quelles sont
donc les démarches pédagogiques pour aider les étudiants à gérer la polyphonie
énonciative dans leur rédaction scientifique ?

A notre avis, enseigner aux étudiants à citer, à paraphraser, à gérer leur


relation aux textes d’"experts" qu'ils doivent lire à l'université ne doit pas
devenir une activité technique et doit rester étroitement lié aux activités

292
d'apprentissage de la lecture théorique qu'ils doivent faire. Puisqu'il s'agit d'une
activité discursive fondamentale, celle-ci doit être travaillée fréquemment.
L’objectif vise à proposer régulièrement des exercices pour que les étudiants
prennent conscience des enjeux scientifiques dans lesquels joue la polyphonie
énonciative. Il faut offrir aux étudiants la possibilité de manipuler les diverses
voix en jeu, de voir toute la complexité de cette polyphonie inhérente à un
travail de recherche. Concrètement, comme le souligne S.Moirand (2004), il
faut que les étudiants prennent en compte les places énonciatives que le
discours construit des énonciateurs présents ou cités, des destinataires présents
ou virtuels, des sources qu'il utilise, etc.; les représentations qu'il donne du
discours des autres, les discours antérieurs et ceux des énonciateurs à qui il
donne la parole...

Par ailleurs, face au problème dû à l’influence de la langue maternelle,


les activités portant sur les études contrastives peuvent jouer un rôle
déterminant dans l’établissement des progressions, des contenus à enseigner,
dans la construction des exercices précorrecteurs des interférences
linguistiques. En ce sens, le recours aux discours authentiques comme le
support essentiel du matériel pédagogique s’avère indispensable pour
l’entraînement à l’écriture scientifique. Les enseignants peuvent par exemple
mettre à profit les récurrences énonciatives du genre de discours étudié.
L'important est surtout d'analyser les points qui peuvent entraîner les difficultés
de production et de travailler avec les étudiants sur ces problèmes précis par
des exercices spécifiques.

4. Analyse thématique

L'analyse thématique consistera à étudier comment l'information se


maintient et se développe dans les productions d'étudiants, comment ce qui est
nouveau vient s'articuler sur ce qui est déjà connu. Elle nous permettra de juger
de la clarté ou de la lisibilité de leur écrit au niveau de l'organisation des

293
informations. Par le biais de cette analyse, nous espérons mieux cerner
certaines difficultés qu'ont nos apprentis-rédacteurs à gérer la structure
thématique de leurs textes scientifiques quand ils rédigent en français.

4.1. La progression thématique

Il est à signaler tout d'abord que nos étudiants n'ont jamais été initiés, au
cours de leur apprentissage du français, aux procédés des différents schémas de
progression thématique. Si leur production adopte tel ou tel schéma, c'est
vraiment par pur hasard.

A la suite des observations sur les extraits constituant le corpus, nous


avons constaté dans les copies examinées l'existence de trois principaux types
de progression thématique préconisée par la Perspective Fonctionnelle:
progression à thème constant, progression linéaire et progression à thèmes
dérivés. Dans la plupart des copies (C2, C3, C8, C9, C11, C12, C14, C16,
C20…), les étudiants ont choisi de faire progresser leur texte suivant le schéma
constant, avec le référent en position d'agent actif. Voici quelques exemples
illustrant l'usage de ce type de progression par les étudiants:

C12: Le lotus appartient à la famille de Nelumbonaceae…Le lotus est originaire


d'Asie, part d'Inde, puis se propage en Chine et au Nord-Est de l'Australie. Il est planté partout
dans le monde, notamment en Inde, en Chine …
C2: Les différentes souches de levures y existent, se multiplient et effectuent la
fermentation naturelle. Elles se déplacent au cours de la fermentation selon la variété de la
souche de levures sur la vendange …
C20: La pectine est un agent de coagulation, elle est utilisée communément dans le
secteur agro-alimentaire. En outre, elle peut lutter contre les maladies comme les maladies de
l'intestin, et éliminer les métaux lourds du corps. C'est pourquoi, elle est aussi utilisée en
pharmacie. Actuellement, la pectine est commercialisée sous deux formes: en solution et en
poudre.

294
Selon G. Vigner (1982:53), la progression à thème constant est le
schéma préféré des apprenants, "compte tenu du faible degré d'intégration des
phrases". Il semblerait que ce soit pareil pour le cas de nos étudiants qui
choisissent ce type de progression parce qu'il est relativement facile à
manipuler. Cependant, l'instauration et le maintien d'une progression à thème
constant dans les écrits d'étudiants ne vont pas sans poser de problèmes.
Observons ces extraits pris du corpus:

C17: On procède: avec un couteau dans le sens de la longueur ou


perpendiculairement au grand axe en frappant les cabosses sur une pierre ou une bille en bois.
On extrait ensuite les fèves et on les sépare du placenta avec 2 doigts… On extrait les fèves
que l'on débarrasse de leur pulpe blanche ou du placenta.
C5: A l'étape d'inoculation de la moisissure, on examine la proportion optimale et la
durée d'inoculation de la moisissure. Puis on prépare la fermentation. A cette phase, on
calcule la proportion de l'eau ajoutée dans le mout de fermentation et on étudie la proportion
optimale de levain. Ensuite, c'est la phase de fermentation.
C15: Pour choisir précisément la méthode d'augmentation du rendement d'extraction
du jus de fruit, on doit se baser sur les caractères de la matière première et des demandes du
produit fini afin de choisir une préparation convenable. On peut élever le rendement
d'extraction, sans pour autant diminuer la qualité du jus de fruit.

Dans ces extraits, il nous semble que les auteurs emploient à tort la
progression à thème constant. En choisissant par exemple de thématiser
abusivement le pronom ON, non seulement le schéma à thème constant peut
être rendu responsable d'une certaine monotonie, mais il donne aussi
l'impression qu'il s'agit d'un déroulement chronologique, un certain ordre
narratif et non pas une explication, ce qui est peu approprié dans le contexte des
écrits scientifiques.

Quelques copies (C6,C12,C14…) ont combiné avec succès les différents


types de progression, le constant étant destiné à décrire, la progression linéaire
à expliquer et le schéma éclaté à construire des explications nécessitant une

295
énumération de plusieurs points. Voici à titre d'illustration un exemple extrait
de C7 qui a particulièrement réussi avec ce procédé.

C7: Deux procédés sont utilisés pour la préparation de la sauce de soja. L'un
traditionnel, consiste en une fermentation avec des micro-organismes. L'autre est une méthode
chimique qui utilise certains acides pour hydrolyser le substrat. La méthode chimique offre un
gain de temps et de prix de revient. En revanche, elle présente de nombreux désavantages
notamment sur le plan nutritionnel et gustatif.

On retrouve dans ce passage la combinaison de tous les trois types de


progression thématique selon le schéma suivant:

P1: Hyper-thème Th1 → Rh1


P2: Th2 → Rh2
P3: Th3 → Rh3
P4: Th4 → Rh4

P5: Th4 → Rh5

Toutefois, nous avons pu repérer de nombreuses ruptures en terme de


continuité thématique dans les textes du recueil. Dans l'exemple suivant extrait
de C10, non seulement l'emploi du pronom personnel ON est peu approprié
dans le contexte d'un écrit scientifique comme nous l'avons souligné plus haut,
il introduit de plus une rupture dans la trame du discours:

C9: Après le lavage, les ananas sont épluchés, éliminés les yeux et le coeur en
couteau, ensuite ils sont coupés en morceaux et on les traite par le blanchiment ou congélation
ou non traitement physique.

Dans cet exemple, après avoir mis en position de thème dans la première
phrase le groupe nominal "les ananas" qui est le sujet général, l'auteur de C9
introduit une progression par thème constant "ils sont coupés en morceaux".
Cependant, ensuite dans la phrase juxtaposée, nous assistons à une rupture,

296
avec la thématisation du pronom "on". Il en est de même dans le passage
suivant:

C5: D'abord, le riz doit être lavé pour isoler les sons qui influence fortement sur
l'arôme et la couleur de produit fini. Ensuite, on réalise le trempage du riz dans l'eau pendant
2 heures et la cuisson à la vapeur pendant 45-60 minutes…

L'introduction d'un référent personnel en position de thème provoque ici


une rupture dans la progression thématique préalablement établie. Il aurait été
plus logique de continuer la progression par thème constant en thématisant par
exemple le nominal "les ananas" ou "le riz" dans une construction passive. La
construction active entraîne une rupture thématique complète puisqu'elle
présente comme thème un référent nouveau qui n'a pas été mentionné. Le
passif en revanche permet à l'élément annoncé d'être placé là où il sera
interprété comme thème, et à l'élément nouveau d'apparaître en fin de phrase.
Ce qui est expliqué par rapport à ces thèmes est ainsi mieux mis en valeur dans
un rhème ne présentant que des informations nouvelles. Ces maladresses qui
tendent à rompre la progression de l'information apparaissent de manière assez
fréquente dans les rédactions des étudiants. Elles empêchent chez le lecteur une
appréciation de la clarté ou de la cohérence de leur écrit. Regardons, par
exemple, l'extrait suivant pris du corpus:

C18: L'acidité est due à la présence des acides volatils et non-volatils et il est évident
en soi que sécher n'influencera pas les acides non-volatils, dont l'acide lactique est le plus
important. Par conséquent, l'acidité excessive due à l'acide lactique ne sera pas changée par le
processus de séchage, mais l'acidité due à l'acide acétique volatil sera influencée par le
séchage.

Dans cet exemple, il est difficile au lecteur de reconnaître une


progression de l'information à cause de sa rupture thématique. Etabli d'une
façon arbitraire, l'enchaînement entre les énoncés nous apparaît déroutant, et
par conséquent la lecture devient difficile à suivre.

297
Particulièrement, ces passages extraits de C11, C3 et C15 nous semblent
très décousus en terme de continuité thématique:

C11: Le fruit a une forme de coeur ou légèrement allongée et mesure entre 15 et 20


cm de diamètre. Avant maturité, le corossol est de couleur vert sombre puis vire au vert clair
pendant le mûrissage. La peau n'est pas comestible. Le fruit a une peau relativement dure
avec d'épaisses épines sur la surface. Lorsque le fruit est mur, la peau mesure de 1 à 2 mm
d'épaisseur. La chair est blanche avec des fibres tendres qui contiennent beaucoup de pépins.
La majorité des corossols commercialisés pèsent entre 0,5 et 3 kg.
C15: Selon les fruits, on peut obtenir du jus clair ou du jus trouble… mais pour
obtenir le produit final, d'abord, il faut extraire le jus. Pour choisir précisément la méthode
d'augmentation du rendement d'extraction du jus de fruit, on doit se baser sur les caractères de
la matière première et des demandes du produit fini afin de choisir une préparation
convenable. On peut élever le rendement d'extraction sans pour autant diminuer la qualité du
jus de fruit.
C3: Un bon cuvage de sous-produit de crevettes est évalué sur la base d'une
caractérisation visuelle et analyse chimique. Un succès pour la conservation des sous-produits
de crevettes est d'avoir un bon arôme et une couleur rose. L'évolution chimique pendant toute
la durée cuvée est le résultat d'une série d'activités biologiques. Cette série est essentiellement
dominée par une fermentation des bactéries lactiques. L'acide lactique du cuvage est
caractérisé par un pH bas, notamment inférieur à 4,5.

Il est facile de remarquer dans ces passages l'absence de hiérarchisation


des contenus informationnels. En procédant à un changement permanent de
thèmes en position de sujet syntaxique, le texte donne l'impression que les
contenus sont donnés dans des propositions indépendantes, qu'ils sont dotés
d'une valeur informationnelle identique, d'où le sentiment éprouvé à la lecture
que le texte "n'avance" pas et par conséquent une progression thématique
cohérente semble difficile à établir.

En plus de la rupture dans la continuité thématique, nous remarquons


également dans les productions d'étudiants des dysfonctionnements liés à une
progression thématique illogique. Il s'agit des passages difficiles à lire car les
enchaînements thématiques ne semblent nullement répondre à une organisation

298
thématique préconçue. Ainsi, dans un premier temps, le lecteur est dans
l'incapacité d'appréhender une progression thématique cohérente. Voici un
extrait à titre d'illustration:

C16: Le soja est un des plantes les plus anciennes d'humanité avec la dénomination
scientifique de Glycine Max (L) Merril. Il y a beaucoup de sortes de graine de soja de
couleurs différentes comme jaune, vert, gris … mais les graines de couleur jaune sont les
meilleures, les plus répandues, donc elles sont consommées les plus nombreuses. Il y a aussi
beaucoup de formes de graine de soja comme ovale, rond…
Le soja est planté largement dans le monde…

Dans cet extrait, les problèmes organisationnels liés à la fois aux


enchaînements désordonnés et au nouveau départ mal signalé font que cet
extrait est très difficile à suivre. La première phrase semble introduire le
topique en thématisant le soja comme une plante. Nous attendons donc dans les
propositions qui suivent l'apport d'informations sur cette plante. Cependant, au
lieu de nous fournir ces détails, l'auteur procède à un changement de thème en
décrivant la graine de soja. Le thème initial n'est repris que dans le début d'un
autre paragraphe "Le soja est planté largement…". Il aurait été plus logique
d'avoir mis cette phrase juste après la première phrase: "Le soja est un des
plantes les plus anciennes d'humanité…Il est largement planté dans le
monde…". De cette manière toutes les informations concernant le soja comme
plante seraient apparues dans les deux premières.

De même, dans le passage suivant:

C17: Il existe généralement deux grandes périodes de récolte dans les pays
producteurs. Les cabosses sont alors cueillies à intervalles réguliers de 10 à 15 jours, 3
semaines au maximum. On utilise un couteau ou une machette bien affûtés pour les cabosses
accessibles.

Après avoir pris connaissance qu'il y a deux grandes périodes de récolte


annoncées dans la première phrase, nous attendons dans la proposition suivante

299
une énumération de ces périodes. Cependant, au lieu de s'enchaîner dans la
deuxième phrase avec ces informations, l'auteur préfère parler de la manière
dont on cueille les cabosses. Ainsi, dans un premier temps au moins, le lecteur
est dans l'incapacité d'appréhender une progression thématique logique et
d'attribuer une cohérence à ce passage.

4.2. Ordre des éléments

Comme nous avons pu constater à travers les analyses menées sur les
articles scientifiques français (cf. chapitre 9 de la troisième partie),
l'agencement des informations thématique et rhématique dans un énoncé
(l'ordre thème-rhème, ou rhème-thème) met en avant la façon dont l'énoncé est
intégré à la situation réelle dans laquelle il est produit. Il dénote le souci du
scripteur de faire passer l'information de manière la plus efficace possible.

Dans les extraits de mémoire qui constituent notre corpus, nous


constatons que les énoncés suivent généralement l'ordre sujet + verbe +
complément selon un découpage en sujet et prédicat. Aussi, l'ordre des
éléments préconisé par la théorie de la Perspective fonctionnelle de l'Ecole de
Prague (cf. chapitre 6) est-il totalement étranger à nos apprenants vietnamiens.
Ces derniers conçoivent difficilement que le rhème puisse être plus important
que le thème sur le plan informationnel, que le rhème puisse constituer à lui
seul l'énoncé ou que le thème soit rejeté en fin de phrase.

En vietnamien, l'ordre des éléments constitue essentiellement la syntaxe


vietnamienne (Nguyen Duc Dan 1997:179). En d'autres termes, l'arrangement
des mots suivant un ordre déterminé est la principale façon d'exprimer les
relations syntaxiques. Aussi les éléments à l'intérieur d'une phrase peuvent-ils
changer de sens, de catégorie grammaticale en fonction de leur positions
respectives. Ainsi,

300
Ông An / đã đến (Monsieur An est arrivé)
diffère de
đã đến / ông An (Être arrivé chez Monsieur An)

L’ordre sujet-prédicat est privilégié dans la construction d’une phrase


vietnamienne. Le sujet anticipe l'apparition du prédicat, ce dernier est
conditionné par le premier, non pas sur le plan morphologique mais sur le plan
sémantique et communicatif.

Pour revenir à notre corpus, dans les copies examinées, les étudiants
privilégient l'ordre thème + prédicat. Ils sont familiarisés dans l'apprentissage
de leur langue maternelle au découpage syntaxique en sujet + prédicat, lequel
correspond généralement au découpage informationnel thème+rhème. Ainsi,
les inversions rhème-thème pourraient constituer un vrai problème pour un
apprenant vietnamien, car dans sa langue maternelle, ces phénomènes sont
différents comme nous l’avons vu plus haut. Si l'ordre habituel, c'est-à-dire
thème avant rhème n'est pas respecté, l'enchaînement risque de dérouter. Dans
le cas suivant, par exemple:

C10: Les solvants les plus utilisés sont l'hexane, l'éthanol, l'acétone, les
polychlorométhanes et les éthanes. L'hexane a un prix de revient relativement bas mais il a
l'inconvénient d'être inflammable. La législation actuelle réglemente sévèrement l'emploi de
certains autres solvants comme le benzène.

nous constatons une certaine confusion dans l'ordre de présentation des


informations exposé dans la dernière phrase "La législation actuelle réglemente
sévèrement …". En effet, ce passage semble adopter une progression à thème
dérivé à partir d'un hyper-thème "les solvants". L'introduction du groupe
nominal "la législation actuelle…" en position de sujet (que nous supposons au
début être le nouveau référent thématique) dans la dernière phrase est donc
totalement inattendue. L'auteur ne l'a pas mentionné dans l'énoncé précédent.
Toutefois, en poursuivant la lecture de cette phrase, nous tombons sur le groupe

301
nominal "l'emploi de certains autres solvants", des éléments déjà évoqués
antérieurement. Ainsi, l'ordre de présentation des éléments dans ce cas précis
(rhème avant thème) ne semble pas être approprié. L'interprétation de cette
phrase aurait été plus facile si le thème était apparu avant la mention d'une
nouvelle information: "L'emploi de certains autres solvants comme le benzène est
sévèrement réglementé par la législation actuelle."

Bref, l'analyse thématique du corpus a montré chez nos apprenants


scientifiques vietnamiens une propension affirmée au schéma de progression à
thème constant et au découpage de la phrase en thème/prédicat qui est plutôt
d'ordre syntaxique alors que selon l'approche de la Perspective Fonctionnelle de
la phrase, le thème n'occupe pas obligatoirement la position de sujet
grammatical; le rhème qui véhicule le plus d'informations ne correspond pas
toujours au prédicat, il peut être en début de phrase sous forme de complément
et antéposé au thème. L’analyse nous a également montré un certain nombre de
difficultés rencontrées par les étudiants à gérer la construction thématique de
leur écrit scientifique: les questions d'organisation informationnelle semblent
avoir été laissées de côté avec de nombreuses ruptures dans la continuité
thématique; les maladresses portant sur des progressions illogiques ne
permettent pas au lecteur une appréciation de la clarté ou de la cohérence de
leur écrit; les informations sont rajoutées dans le désordre sans effort de
hiérarchisation ou d'organisation des données.

4.3. Réflexions didactiques

Une sensibilisation à la dimension thématique de l'organisation textuelle


auprès des apprenants scientifiques est donc fortement recommandée dans les
cours de Français sur objectifs spécifiques. Cette sensibilisation doit passer par
une présentation des principaux types de progression thématique et par un
rappel des structures syntaxiques qui permettent tout particulièrement de jouer
avec la structuration thématique. Elle constitue un mode d'entrée efficace pour

302
appréhender la cohérence d’un texte aussi bien en compréhension qu’en
production écrite :

- En compréhension, le fait d'entraîner les étudiants à utiliser la


progression thématique en tant qu'entrée textuelle nous permettra de canaliser
leur attention, habituellement concentrée sur le décodage des mots, sur
l'analyse des relations thématiques qui unissent les phrases successives dans la
chaîne textuelle. Une fois que cette canalisation de l'attention devient un
automatisme chez les étudiants, leur portée de vue lors de la lecture d'un texte
ne sera plus limitée à des mots ou groupes de mots, mais élargie au niveau des
phrases prises dans leur interrelation avec les autres du même texte. Et cela
facilitera l'intégration des informations traitées et par conséquent la
compréhension globale du texte.

- En production écrite, la maîtrise du fonctionnement de ces schémas de


progression thématique permettra sans doute à nos étudiants de répondre à la
finalité de l'activité d'écriture en question, d'assurer la cohérence thématique de
leur production et améliorer ainsi leurs écrits. A cet effet, des exercices
spécifiques pourraient être envisagés dans un cours de FOS. Par exemple,
l'organisation thématique d'un texte et en particulier l'aspect "donné/nouveau"
peut fort bien recevoir une exploitation pédagogique. Les étudiants pourraient
analyser une partie d'un texte en fonction des critères de "donné" et de
"nouveau", ou repérer et souligner les thèmes et les rhèmes des énoncés dans
un extrait de leur propre rédaction et en établir un schéma montrant les
différents types de progression qui y figurent. L'enseignant les aidera ensuite à
interpréter les résultats et à proposer des améliorations dans l'organisation de
leur rédaction.

303
5. Analyse référentielle

5.1. Les reprises anaphoriques

L'impression de la lisibilité, de la cohérence et donc de la qualité d'un


écrit scientifique comme de bien d'autres genres discursifs, repose beaucoup
sur l'emploi des expressions dites référentielles ou anaphoriques, dont le rôle
est, en gros, d'assurer le rappel de l'information "déjà disponible" dans les
représentations partagées par les interlocuteurs en vue d'une continuité
référentielle (cf. chapitre 5, point 2.1).

Cependant, à la suite de notre observation sur le corpus de productions


d'étudiants, nous constatons que la question des opérations anaphoriques est
loin d'être maîtrisée par nos étudiants vietnamiens. Pour assurer la continuité
référentielle, dans la plupart des copies qui constituent notre corpus dont
particulièrement C2, C4, C5, C8, C14, C16, C19, les étudiants ont recours à la
répétition pure et fidèle des référents à la place de l'usage des reprises
anaphoriques, ce qui conduit dans certains cas à une stabilité excessive des
désignations qui provoque chez le lecteur un effet de monotonie perturbant
l'appréciation de la qualité du texte. Voici quelques extraits illustrant nos
observations:

C4: "A la réception, les bananes sont d'abord achetés contrôlés et stockés en chambre
(12-14oC). Pour la fabrication, il faut éliminer les bananes pourries, moisies, qui donnent
mauvais goût. Une seule banane pourrie peut contaminer tout un lot de bananes en poudre. Il
est important de ne garder que des bananes saines et à maturité totale parce que les bananes
non matures ont moins de saveur."
C8: " Après le blanchiment, les longanes sont lésés à l'air libre jusqu'à la température
des longanes est égale à la température ambiante. Les longanes sont ensuite immergés dans
la solution de sucre saturé, la solution de sucre saturé additionnée de bisulfite de sodium et de
chlorure de calcium avec les différentes concentrations et les différents niveaux de temps."

304
C15: On peut élever le rendement d'extraction, sans pour autant diminuer la qualité
du jus de fruit. Le rendement d'extraction dépend de l'osmose de cellule du tissu de fruit, les
caractéristiques physico-mécaniques de la matière première, …

Dans ces exemples, on voit bien qu'une récurrence systématique des


mêmes désignateurs lexicaux n'est pas de nature à garantir un fonctionnement
satisfaisant de la référence, même dans les textes à visée explicative. Ce
dysfonctionnement est dû, pensons-nous, à une habitude langagière en langue
maternelle chez les apprenants vietnamiens laquelle préfère les répétitions aux
substituts nominaux. En effet, en vietnamien, on omet souvent de reprendre un
nom par une anaphore. Aussi, quand la reprise est indispensable pour la clarté
du sens, on préfère répéter le nom lui-même. Le passage suivant en donne une
idée:

Đậu xanh là cây của vùng nhiệt đới trồng được ở đồng bằng và miền núi. Đậu xanh
còn được gọi là đậu chè hay đậu tằm; Tên khoa học Vigna radiata L.Wilezek (Phaseolus
radiatus L.) thuộc họ đậu Fabaceae. Người tiêu dùng thích đậu xanh vì thành phần dinh
dưỡng (chủ yếu ở hạt) cao: hạt chứa 14% nước; 23,4% protid; 2,4% lipid; 53,10% glucid;
4,7% celluloz. Còn có các nguyên tố vi lượng Ca, P, Fe và các vitamin tiền sinh tố
A,B1,B2,PP,C… và một số gốc phosphat. Hạt đậu xanh có vị ngọt, hơi lạnh, tính mát, thanh
nhiệt, giải độc. Vì các tính vị, tác dụng nêu trên, đậu xanh dùng ủ giá.
(Article de Nguyen Thi Dao, « Fabrication des germes de soja », Revue vietnamienne
Sciences pour tous, No16, Mai 2002)

A comparer avec le français (notre traduction): Le haricot mungo, plante


tropicale, est cultivé dans la montagne ou dans la plaine. Il est encore appelé « dau che » ou
« dau tam ». Son nom scientifique est Vigna radiata L.Wilezek var.radiata (Phaseolus radiatus
L.) de la famille des Fabaceae. Les consommateurs le préfèrent en raison de sa haute teneur
nutritive (essentiellement dans les graines). Chaque graine de haricot mungo contient : eau
(14%), protides (23,4%), lipides (2,4%), glucides (53,10 %), cellulose (4,7%) ainsi que les
oligoéléments tels que Ca, P, Fe ou les prévitamines A, B1, B2, PP, C … et certains
phosphates. Les graines de haricot mungo sont légèrement sucrées, rafraîchissantes et
désintoxicantes. Grâce à ces propriétés, elles servent à fabriquer des pousses de soja.

305
Dans cet exemple tiré d'un article scientifique vietnamien (Revue
vietnamienne Sciences pour tous), le syntagme nominal "đậu xanh" (haricot
mungo) est répété cinq fois de suite alors que le français le remplacerait plutôt
par des formes anaphoriques: il, le, son... La différence d'emploi pour les
reprises entre les deux langues est donc importante.

Par ailleurs, la pronominalisation, un procédé massivement utilisé en


français, permet de ne pas répéter le nom du référent en question et d'assurer la
liaison inter-phrastique. Cependant, le procédé de remplacement d'un mot, d'un
groupe de mots en position de sujet, notamment s’il s’agit d’un nom de chose,
par un pronom personnel est souvent mal assumé par nos étudiants
vietnamiens. Les exemples ne manquent pas:

C8: Les longanes d'expérimentation doivent être murs et tout fraîches. Les longanes
d'expérimentation doivent être celles intactes et ne dégradent pas ou n'ont pas été les parasites
agricoles. Ces longanes ne sont pas traitées par les produits chimiques.
C2: Les pectines sont des molécules polymères présentes sous diverses formes dans
les végétaux. Dans les végétaux, les pectines sont souvent liées à la cellulose, notamment
dans les parois cellulaires...
C16: "Le soja est riche en protéine de qualité élevée et acides gras essentiels,
particulièrement l'Omega-6. Le soja contient les protéines semblables aux protéines animales,
fournit 8 dans 9 acides aminés essentiels pour notre santé."

Ici, au lieu de remplacer les syntagmes nominaux "longanes" "pectines"


"soja" par les pronoms personnels correspondants "elles" ou "il", les étudiants
préfèrent répéter les termes. Pourquoi cette réticence ? en français, le fait de
remplacer un sujet inanimé par un pronom personnel est tout à fait normal, ce
qui n'est pas toujours le cas dans la langue vietnamienne: l'anaphore
pronominale n'est pas un procédé usuel pour assurer la continuité référentielle.
Si la reprise par les pronoms personnels sujets existe, elle sert plutôt à
remplacer un nom de personne et rarement une notion ou un nom de chose.
Cela pourrait expliquer l'usage fréquent de la répétition pure et simple des

306
termes, des notions dans les textes scientifiques en vietnamien. Deux extraits
suivants pourraient illustrer cet usage de la langue vietnamienne :

Exemple 1 : Cô Thương có cách kể chuyện riêng, sau mỗi mẫu thông tin là kèm vài
ba câu bình luận nghe tếu và bất ngờ. Cô không có pha trò (…). Cô lại hay cười, mắt long
lanh như có nước.
( Quand on est jeune, recueil de nouvelles de Phan Thi Vang Anh, Editions Tre,
Hochiminh ville)

Mlle Thuong avait une manière très personnelle de raconter des histoires car elle les
concluait toujours par un commentaire soit cocasse, soit inattendu. Elle faisait avec naturel,
sans chercher les effets comiques. (…). De plus, elle souriait très souvent et quant elle
souriait, ses yeux brillaient comme deux gouttes d’eau.
(Traduit en français par Kim Lefèvre, Quand on est jeune, Editions P.Picquier)

Exemple 2: Ốc hương (babylonia areolata Link) tên tiếng Anh Periwinkle, là loài
nhuyễn thể thuộc lớp chân bụng (Gastropoda). Ốc hương có phẩm chất thịt thơm ngon, giàu
dinh dưỡng và lớp vỏ ốc còn dùng làm mặt hàng mỹ nghệ giá trị từ đó ốc hương được xem là
loài thuỷ đặc sản có giá trị kinh tế và xuất khẩu.
("Particularités biologiques de l'escargot des parfums", revue vietnamienne Sciences
pour tous, No 18, avril 2005)

Notre traduction: L'escargot des parfums (babylonia areolata Link), en anglais


Periwinkle, est un gastéropode, une classe de mollusques. L'escargot des parfums a une chair
tendre et délicieuse, riche en teneur nutritive et sa coquille sert à fabriquer des objets d'art.
Grâce à ces qualités, l'escargot des parfums est considéré comme un produit aquatique de
haute valeur pour l'exportation

Dans le premier exemple où le référent indique un nom de personne


« Cô Thuong » (Melle Thuong), ce dernier peut être repris par le substitut du
pronom personnel du sujet « cô » ( elle ). Mais dans le deuxième exemple, le
référent renvoyant à un nom de chose « l'escargot des parfums », le vietnamien
préfère répéter le nom lui-même plutôt que de le remplacer par un pronom
personnel "nó" (la troisième personne du singulier).

307
Si l'anaphore existe dans les productions d'étudiants, ce sont surtout des
anaphores fidèles qui sont des répétitions des noms utilisés dans les
désignations de départ avec simple changement de déterminant:

C4: Quand on a passé l'étape de séchage, on utilise le broyeur pour faire le broyage
jusqu'à une dimension très fine. La dimension fine du produit final est une norme de
fabrication pour évaluer la qualité du produit.
C8: Les longanes d'expérimentation doivent être celles intactes et ne dégradent pas
ou n'ont pas été les parasites agricoles. Ces longanes ne sont pas traitées par les produits
chimiques.
C3: L'évolution chimique pendant toute la durée cuvée est le résultat d'une série
d'activités biologiques. Cette série est essentiellement dominée par une fermentation des
bactéries lactiques.
C15: Dans la fabrication du jus pulpeux, on diminue la texture du fruit par la
méthode mécanique. Cette méthode demande des équipements couteux…
C12: Par exemple, après le lavage des crevettes, il y a une couche d'eau à la surface.
Cette couche d'eau est très importante pour deux raisons…

Nous remarquons que dans ces cas de l'anaphore fidèle, la reprise


lexicale est souvent déterminée par l'adjectif démonstratif (ce N). Nous
comprenons la préférence que portent les étudiants pour le déterminant
démonstratif car ce dernier est très présent dans leur langue maternelle sous les
formes "này, ấy, đó, kia". C'est la seule forme qui puisse déterminer le
substantif anaphorisé, alors précédé d'un classificateur et suivi d'un des
éléments démonstratifs.

Ainsi, pour maintenir la continuité référentielle, il paraît que dans


plusieurs cas, le vietnamien préfère répéter les noms plutôt que les remplacer
par des relations anaphoriques, ce qui montre le rôle important des mots
lexicaux dans la syntaxe, et expliquerait d'une part le dysfonctionnement en
terme de cohérence référentielle dans les écrits scientifiques des apprenants
vietnamiens et d'autre part leur réflexe de se baser sur le sémantisme

308
(traduction mot à mot) plutôt que sur le grammatical ou sur la cohérence
textuelle pour traiter le sens aussi bien en lecture qu'en écriture.

5.2. La nominalisation

Parmi les marques de cohésion qui font partie des spécificités du


discours d'explication scientifique, nous avons souligné la condensation
syntaxique par la nominalisation, laquelle consiste à reprendre par un substantif
un nom, un groupe nominal, ou un énoncé entier. (cf. chapitre 9 de la troisième
partie). Cependant, ce procédé linguistique est difficilement maîtrisé par les
apprenants vietnamiens dont la langue maternelle se construit principalement
sur le noyau verbal: Autant d'actions, autant de verbes. Dans le recueil du
corpus, certaines copies nous montrent le recours à ces constructions verbales
par les étudiants:

C8: Pour la pulpe des longanes séchées, il faut tout d'abord éplucher les longanes. Ce
procédé est réalisé par la main.
C4: La quantité d'eau contenue dans la banane en poudre est suffisamment faible pour
que les micro-organismes ne se développent pas. Il faut donc protéger la banane en poudre de
l'humidité utile et la protéger de la poussière. Le stockage en boite ou en sachets de
polyéthylène étanches est pour ces raisons le plus adapté.
C15: Pour choisir précisément la méthode d'augmentation du rendement d'extraction
du jus de fruit, on doit se baser sur les caractères de la matière première

Ces constructions verbales, qui ne permettent pas de faire la part entre


une information de premier plan et une information de second plan, auraient pu
être reliées par le procédé de condensation syntaxique de la nominalisation. On
aurait alors:

L' épluchage des longanes se fait à la main (pour l'exemple C8 précité)


Le stockage en boîte ou en sachets de polyéthylène étanches est le plus adapté pour la
protection de la banane en poudre contre l'humidité et la poussière. (pour C4)

309
Le choix précis de la méthode d'augmentation du rendement d'extraction du jus de
fruit est basé sur les caractères de la matière première (pour C15)

En vietnamien, la nominalisation apparaît souvent sous une forme


combinatoire. Elle s'effectue non par l'utilisation des affixes comme on le fait
souvent en français mais par l'ajout devant le mot à nominaliser (souvent un
adjectif ou un verbe) une de ces unités: điều, sự, việc, chuyện, cái … Ainsi:

đẹp (belle) → cái đẹp (la beauté)


lao động (travailler) → việc lao động (le travail)
sản xuất (se produire) → sự sản xuất (la production).

Cependant, dans la réalité, la nominalisation n'est pas préférée en


vietnamien tant à l'oral qu'à l'écrit car d'une part, le bon choix de ces mots
nominalisateurs điều, sự, việc, chuyện, cái varie avec le contexte et il n'est
pas toujours facile; d'autre part, la nominalisation peut être parfois sentie
comme une lourdeur pour la phrase. Aussi, de par leur habitude linguistique qui
préfère la construction verbale, nos élèves ont-ils du mal à maîtriser la
nominalisation, ce qui amènerait à certaines maladresses comme le montrent
les exemples suivants:

C11: Le processus de maturation se produit pendant la respiration climatérique avec


quelques modifications en composition chimique... Savoir ceci est très important pour la
manipulation après moisson
C18: L'acidité est due à la présence des acides volatils et non volatils et il est évident
en soi que sécher n'influencera pas les acides non-volatils.

Par ailleurs, le bon choix d'un élément anaphorique suppose une


maturité linguistique qui permet de comprendre le sens de l'élément ou de
l'énoncé antérieurement actualisé et de le reprendre par une nominalisation
adéquate. Pour éviter ce risque, au lieu de procéder à une reprise nominalisée
(une anaphore conceptuelle) pour résumer ou condenser ce qui a été dit

310
antérieurement, les étudiants préfèrent utiliser tout simplement le pronom
neutre ceci ou cela. Les exemples suivant tirés du corpus permettent d'illustrer
notre observation:

C3: L'acide lactique du cuvage est caractérisé par un pH bas, notamment inférieur à
4.5. Le résultat de nos expérimentations a confirmé cela.
C3: Mais l'acide lactique des deux premiers traitements ne se maintient pas jusqu'au
15è jour de cuvage, tandis que celui des quatre autres se maintient jusqu'au 21è jour de
cuvage. Cela signifie que les deux premiers traitements …
C3: L'arôme du produit est influencé par le composant d'azote ammoniacal dans le
cuvage […]. Ceci confirme le résultat de …
C18: Le processus de séchage est une suite de l'étape oxydante de la fermentation et
ceci joue un rôle important en réduisant l'amertum et l'astringence …
C19: À côté de cela, on ne pose pas le miel près de l'essence ou des aliments qui
possède une odeur défavorable…

Dans ces exemples, au lieu d'effectuer la reprise en employant un


syntagme nominal apte à condenser les informations à reprendre, les étudiants
ont opté pour les pronoms neutres qui présentent certes moins de risques mais
ne permettent pas des apports discursifs d'information et cela au détriment de la
valeur argumentative de l'énoncé (voir chapitre 10 point 2.2). Ainsi, parvenir à
utiliser correctement et judicieusement la nominalisation demande de nos
apprenants vietnamiens des efforts coûteux, d'autant plus que leur langue
maternelle n'en facilite pas la tâche. Là où le français utilise la nominalisation,
le vietnamien opère spontanément par construction verbale. Le passage suivant
extrait d'un article scientifique en vietnamien en donne une idée:

"Sau khi thâm nhập vào tế bào của tôm nuôi, WSSV tự nhân bản dựa trên cơ sở vật
chất và năng lượng của tế bào làm số lượng của chúng tăng lên rất nhanh. Vào giai đoạn này,
nếu quan sát dưới kính hiển vi, nhân của các tế bào bị nhiễm vi rút WSSV to hơn bình
thường, làm ảnh hưởng đến hoạt động sống của tế bào. WSSV tiếp tục phát triển đến giai
đoạn làm vỡ nhân và giết chết tế bào, lan truyền ra môi trường nước và vi rút tiếp tục đi tìm
ký chủ khác."

311
("La maladie "tâche blanche", revue vietnamienne Sciences pour tous No 13, avril
2002)

Notre traduction littérale: Après avoir pénétré dans les cellules des crevettes, le virus
WSSV se reproduit grâce à l'énergie des cellules, ce fait augmente rapidement sa quantité. A
cet instant, si on l’observe sous le microbe, le noyau des cellules contaminées du virus WSSV
est plus grand qu'ordinaire, cela affecte les activités vitales des cellules. Le virus WSSV
continue à se développer jusqu'à ce qu'il casse le noyau et tue la cellule, se propage dans l'eau
et le virus continue à chercher d'autres cibles.

Ce passage que nous traduisons littéralement, illustre en quelque sorte la


prédilection de la langue vietnamienne à la construction verbale : autant
d’actions, autant de verbes. Autant de verbes, autant de phrases. Il montre que
la structure nominale n'est pas un procédé usuel dans la langue vietnamienne.
Face à ces divergences, les étudiants transfèrent inévitablement ces habitudes
qu'ils ont acquises dans leur langue maternelle vers le français, comme le
montrent les quelques exemples suivants:

C15: Selon les fruits, on peut obtenir du jus clair ou du jus trouble… mais pour
obtenir le produit final, d'abord, il faut extraire le jus. Pour choisir précisément la méthode d'
augmentation du rendement d'extraction du jus de fruit, on doit se baser sur les caractères de
la matière première et des demandes du produit fini afin de choisir une préparation
convenable.
C20: Pour obtenir la poudre de pectine, on précipite la solution de pectine par l'alcool
95o en filtrant pour séparer la pectine. Le précipité de pectine est lavé par l'alcool 95o.
Ensuite, on le sèche à la température 60-70oC, jusqu'à l'humidité 3-4%, puis on le broie et on
le stocke.

On voit bien que dans ces exemples, les constructions verbales


l'emportent de loin sur les constructions nominalisées.

312
5.3. Les reformulations paraphrastiques

L'analyse du corpus d'articles scientifiques dans la troisième partie nous


a montré que les reformulations paraphrastiques sont un outil permettant aux
rédacteurs scientifiques de préciser la signification du terme spécialisé ou
d'expliciter le référent en question (un concept, une notion) avec une expansion
explicative et de cette manière d'assurer la bonne réception de leurs
explications par les lecteurs. Elles participent ainsi à la clarté et à la valeur
explicative du discours scientifique. Les résultats d'analyse nous ont également
révélé que la reformulation apparaît dans les explications scientifiques comme
la superposition de plusieurs mécanismes élaborés. Aux tournures de type
paraphrastique s'ajoutent les procédés métalinguistiques avec l'emploi fréquent
de structures définitoires, l'utilisation de différents procédés typographiques ou
le recours au verbe copule "être". Or, tout porte à croire que nos apprenants
vietnamiens ne prennent pas en compte ces phénomènes dans leur production
scientifique, les reformulations paraphrastiques étant rares dans l'ensemble des
copies. De tout le recueil de 20 extraits de mémoire, seules quelques copies
(C1, C3, C7, C14) s'en servent, dont voici des exemples:

C7: Le surimi qui désigne la chair de poisson broyée et lavée ....


C3: Cela signifie que les deux premiers traitements ne prolongent pas la durée de
conservation…
C1: Avant d'isoler, il faut avoir une souche amassée (souche accumulée), c'est-à-dire
une souche enrichie en cellules portant les caractères désirés.
C14: Le fruit de la passion est le fruit de la passiflore, une plante grimpante
originaire du Brésil.

Un texte cohésif suppose l’utilisation des procédés anaphoriques pour


assurer sa continuité thématique. Il s’ensuit que sur le plan textuel, un terme
important pour la compréhension du texte doit faire partie d’une des chaînes de
référence et que le lecteur, s’il ne connaît pas ce terme, pourra trouver au cours
du développement de la chaîne de référence en question des termes équivalents
susceptibles d’élucider le terme inconnu. Toutefois, dans notre situation

313
didactique, la grande difficulté semble être liée à la compétence de l'étudiant à
prendre en compte son lectorat. Souvent il n'arrive pas à fournir les
informations nécessaires à son lecteur, soit parce qu'il évalue mal les
connaissances partagées (il semble vouloir s'adresser uniquement à un public
chercheur scientifique), soit parce que, dans sa concentration sur les mots qui
se trouvent devant lui à un niveau phrastique ou peut-être dans son désir d'aller
vite, il ignore les besoins du lecteur au niveau du texte global. Or, comme nous
avons pu le remarquer, la cohérence d’un discours d’explication scientifique
est à la fois tributaire de la capacité de gestion des indices de cohésion
superstructurelle, de progression thématique et d’énonciation mais aussi de la
capacité d’entendement du lecteur (connaissances encyclopédiques, intérêt
pour le sujet, développement cognitif, etc.).

Si la reformulation existe dans les productions d'étudiants, ce sont


surtout des structures définitoires établies au moyen du verbe copule Être.

C4: Le traitement au métabisulfite de sodium est un prétraitement de conservation


C1: Une souche pure est celle qui se multiplie à partir d'une cellule initiale.
C12: L'eau de la surface du corps est une mince couche d'eau qui colle sur la surface
des crevettes.
C11: Le corossolier est un petit arbre au feuillage clair

Quant aux appositions nominales, très fréquentes dans l'activité de


reformulation scientifique, elles sont quasiment absentes dans les copies
examinées.

5.4. Réflexions didactiques

Pour assurer la cohésion référentielle, il est à remarquer que les moyens


linguistiques et textuels en vietnamien ne coïncident pas toujours avec ceux du
français, ce qui rendrait le transfert de la compétence textuelle difficile pour les
apprenants vietnamiens. Si le français emploie la définitivisation, la

314
pronominalisation, la nominalisation…comme les principaux éléments de
cohésion dans les discours d'explication scientifique, il n'est pas sûr qu'un
apprenti-rédacteur vietnamien les utilise facilement car ces phénomènes
n'existent pas dans sa langue maternelle ou y apparaissent autrement. Surtout
les pronoms anaphoriques français semblent constituer une difficulté fréquente,
étant donné que le vietnamien utilise peu de pronoms. Lorsque la reprise est
indispensable, c'est la reprise fidèle (notamment la répétition fidèle du nom du
référent) qui sera privilégiée parmi d'autres procédés.

Une autre difficulté que nous avons pu détecter en matière de cohésion


référentielle réside dans la négligence des reformulants pour la référenciation
antérieure. Alors que la reformulation d'énoncés est particulièrement présente
dans les explications scientifiques, les observations menées sur le recueil de
productions d'étudiants montrent que l'appropriation de cette technique n'est
pas prise en compte à sa juste valeur chez nos apprenants vietnamiens.

Face aux problèmes soulevés, l’entraînement systématique des étudiants


à l’appropriation et au traitement de ces phénomènes textuels constituera
certainement un des remèdes efficaces leur permettant de produire des
rédactions scientifiques de qualité.

* Travail sur la nominalisation et les reprises anaphoriques

Comme nous l'avons pu constater, la nominalisation et les reprises


anaphoriques jouent un rôle prépondérant dans la cohésion référentielle d’un
texte scientifique, en même temps qu'elles requièrent de la part des sujets qui
les utilisent une compétence spécifique. Une mauvaise maîtrise de ces procédés
peut être rendue responsable d'un nombre considérable de malformations
textuelles dans les écrits d’étudiants. Cependant, longtemps dépourvue de
préoccupations grammaticales excédant le cadre strict de la phrase,
l’enseignement du français sur objectifs spécifiques au Vietnam n'a pas encore

315
suffisamment pris en charge les difficultés que les apprentis-rédacteurs
éprouvent à gérer l'apport et le rappel d'information dans leur discours écrit,
tandis que la maîtrise d’une habileté à interpréter les relations anaphoriques
permettra aux étudiants de repérer plus facilement le réseau de relations entre
les unités textuelles à l'intérieur d'un texte et d'accéder ainsi plus aisément à la
construction du sens aussi bien en compréhension qu’en expression écrite.

Pour remédier à ces lacunes, les activités suivantes sont à envisager lors
de l'exploitation des documents scientifiques:

- aborder les procédures de nominalisation dans leur fonction


d'organisation logique du texte ;
- faire réfléchir les étudiants sur le rôle anaphorique de la
nominalisation ;
- faire repérer l'antécédent verbal (le référé) du nom anaphorique et
faire chercher les points de contacts ou de divergence entre l'idée de référence
exprimée par le verbe et celle que reprend le nom verbal;
- amener les étudiants à employer les procédures de nominalisation pour
construire des énoncés et des séquences et articuler leur argumentation ;
- faire reconstituer un texte découpé en parties placées dans le désordre
et justifier cette reconstitution à l’aide des expressions anaphoriques ;
- quand il s'agit d'anaphore conceptuelle, un travail sur les
parasynonymes et les hyperonymes (à partir de texte "troués") peut devenir
passionnant s'il est effectué en groupe.

* Travail sur les reformulations

Les activités de reformulation sont indispensables en classe de langue,


particulièrement pour un public scientifique car dans le cadre de leur rédaction
scientifique, les occasions de reformulation sont nombreuses et variées: on peut
être amené à préciser un terme trop vague ou ambigu ou avoir à expliquer une

316
notion qui n'est pas accessible à son interlocuteur parce que trop spécialisée.
L’entraînement à la reformulation signifie dès lors aider les apprenants
scientifiques à la production de discours cohérents à la fois au niveau interne
(hiérarchisation des données) et au niveau externe (adaptation du discours à un
public visé).

6. Analyse argumentative

Les productions d'étudiants que nous avons rassemblées étant des


discours scientifiques à visée explicative, les deux finalités que l'on attend de la
situation d'écriture sont l'information et l'explication scientifiques, appelées à
s'articuler entre elles. Pour les accomplir, les étudiants doivent réaliser, à notre
avis, trois tâches à savoir:

- une présentation ordonnée et claire d'arguments servant à expliquer.


- une construction syntaxique élaborée assurant un enchaînement
cohérent du contenu informationnel conforme aux enjeux argumentatifs.
- la gestion des contenus convoqués.

Or, à la suite de notre observation sur corpus, ces tâches ne sont pas
assumées de manière satisfaisante chez nos jeunes rédacteurs. En effet, dans
certains passages du corpus recueilli, nous avons constaté que les explications
avancées par les étudiants ne facilitent pas l'interprétation car elles sont floues
et incomplètes; elles sont peu convaincantes car le raisonnement n'est pas
justifié.

Passons en revue quelques arguments avancés dans les copies:

C5: D'abord, le riz doit être lavé pour isoler les sons qui influencent fortement sur
l'arôme et la couleur du produit final.

317
C6: La méthode chimique offre un gain de temps et de prix de revient. En revanche,
elle présente de nombreux désavantages notamment sur le plan nutritionnel et gustatif.
C8: Après avoir épluché, les longanes sont tout de suite blanchis dans l'eau bouillante
de 96oC additionnée de l'acide citrique de 0,2%.
C16: Avec ses bons caractères tels que: bonne qualité, bon marché, facile à cultiver…
la consommation de soja est de plus en plus élevée.
C17: Il existe généralement deux grandes périodes de récolte dans les pays
producteurs. Les cabosses sont alors cueillies à intervalles réguliers de 10 à 15 jours, 3
semaines au maximum.

Que peut-on dire de ce contenu qui constitue les arguments, si ce n'est


qu'il est flou, inapte à assurer sa validité ? Le lecteur aurait aimé savoir quelles
sont précisément les influences des sons sur l'arôme ou la couleur du produit
(C5), quels désavantages représente la méthode chimique (C6), à quoi sert
l'ajout de l'acide citrique dans de l'eau bouillante (C8), quels sont les chiffres
qui montrent la hausse de la consommation du soja (C16), quelles sont ces
deux grandes périodes de récolte (C17). Un scripteur qui a à expliquer et à
transmettre aux lecteurs des connaissances scientifiques doit faire en sorte que
son intention soit acceptée de ce dernier. S'il cherche à emporter l'adhésion du
lecteur, il doit le persuader de la fiabilité de ces dires. Pour ce faire, il doit faire
appel aux arguments qui eux-mêmes se nourrissent de contenus, de
connaissances convaincantes. Les arguments convoqués doivent être complets,
valides, soumis à une vérification éventuelle par le lecteur et pertinents, c'est-à-
dire spécifiquement adaptés à la situation, ce qui n'est pas le cas dans les
exemples précités.

On peut donc s'interroger sur les raisons de l'absence d'informations


pertinentes et du flou des contenus développés dans les écrits d’étudiants. A
notre avis, la première raison tient à la compétence de l'étudiant à prendre en
compte son lectorat. Nos jeunes rédacteurs semblent oublier que dans une
situation écrite, le scripteur doit prévoir le maximum d'explications (grâce aux
différents moyens textuels tels que la reformulation, la définition,

318
l'exemplification… que nous avons relevés aux chapitres 9 et 11 de la troisième
partie) pour guider le lecteur dans l'interprétation du message. La deuxième
raison est liée au niveau limité de la langue utilisée: soumis généralement à des
contraintes de temps et de rédaction dans une langue étrangère, les étudiants
sont davantage mobilisés sur la correction syntaxique en négligeant le côté
pertinent de certaines informations à faire passer. Ils auraient certainement fait
preuve de plus de densité informationnelle s'ils avaient à rédiger dans leur
langue maternelle.

Si le contenu des savoirs énoncé dans certains extraits de corpus de


mémoire reste vague et insuffisant au détriment de la visée argumentative,
l'appropriation des stratégies spécifiques auxquelles a recours un discours
d'explication scientifique pour manifester son intention argumentative
(stratégie énonciative, recours aux connecteurs argumentatifs, choix d'un axe
thématique…exposées dans le chapitre 10) n'est pas prise en compte à juste
valeur par les jeunes rédacteurs. Observons maintenant comment ces moyens
textuels se manifestent dans les écrits d’étudiants.

6.1. La stratégie énonciative

Comme nous l'avons remarqué dans les analyses énonciatives des


productions d'étudiants (cf. point 3 de ce présent chapitre), quand ils écrivent
en français, les apprenants vietnamiens mobilisent en général leurs efforts sur
le contenu à faire passer, sur la forme linguistique de l'énoncé au détriment du
processus d'énonciation. Ce défaut conduirait à l'absence de visée
argumentative dans les situations d'écriture. Le raisonnement que manifestent
les explications scientifiques est limité à l'énoncé avec des phrases simples,
verbales, actives de type sujet + verbe +complément, sans avoir recours à des
modalités énonciatives spécifiques. Les passages suivants illustrent encore une
fois notre propos:

319
C5: A l'étape d'inoculation de la moisissure, on examine la proportion optimale et la
durée d'inoculation de la moisissure. Puis on prépare la fermentation. A cette phase, on
calcule la proportion de l'eau ajoutée dans le mout de fermentation et on étudie la proportion
optimale de levain. Ensuite, c'est la phase de fermentation. A cette étape, on effectue l'examen
des variations du pH, de la matière sèche, du sucre réducteur pendant la fermentation et on
étudie la durée de fermentation selon le degré alcoolique.
C17: L'écabossage a lieu maximum dans les 2 à 4 jours qui suivent la cueillette. Les
cabosses sont ouvertes sur place dès la récolte, on transporte ensuite uniquement les fèves.
L'écabossage est une opération manuelle. Tous les essais de mécanisation se sont révélés
décevants.

Il est facile de remarquer dans ces passages un mode d’écriture


simpliste, juxtaposé, les arguments n’étant pas présentés de manière cohérente,
connectée. Qu'est-ce qui fait blocage ? La réticence et la difficulté de nos
étudiants vis-à-vis de l'argumentation sont non seulement mises en compte du
niveau de langue limité mais elles viennent aussi quelque peu, il nous semble,
de notre comportement culturel. Un apprenant vietnamien écoute plus qu'il ne
parle (ou écrit) et lorsqu'il écrit, il structure son argumentation de façon plus
souple, moins formelle, pas aussi systématique qu'un Français, c'est-à-dire de
façon moins rigoureuse, moins ordonnée. En quelque sorte, il laisse au
récepteur la charge de réussir l'interprétation de son message. De ce fait, la
logique de pensée vietnamienne est très différente de la logique française.

Par ailleurs, comme nous avons pu souligner à la suite des analyses


énonciatives menées sur les articles scientifiques français (cf.chapitre 8 de la
troisième partie), le recours au discours d'autrui dans les explications
scientifiques (par le discours rapporté ou par les citations par exemple) assure
une fonction d'argumentation du discours car il permet d'agrémenter, de valider
ses propos, ses explications. On cite "pour faire évoluer son propre discours"
(R.Delamotte-Legrand:2002:39). Or, ces éléments sont à peine perceptibles
dans notre recueil de productions d'étudiants. La question du rapport au
discours d'autrui n'est pas mise en valeur, d'où des textes à polyphonie faible.
Il n'y a que 4 (C3,C11,C16,C18) sur 20 extraits de mémoires qui ont recours

320
aux formes d'hétérogénéité, ce qui dévalorise dans certaines mesures l'aspect
argumentatif de leur rédaction. Nos jeunes rédacteurs n'ont pas tenu compte
que la polyphonie permet de légitimer leur discours, de situer leur propos
individuel dans ceux du discours social, comme le signalent à juste titre
F.Grossmann et F. Rinck (2004 : 37) : «Le discours rapporté et le dialogisme,
aux fondements de la posture de surplomb de L1/E1 6, peuvent en effet être
envisagé comme participant d’une visée argumentive légitimant le discours,
c’est-à-dire montrant sa qualité et sa pertinence scientifiques».

6.2. L'axe thématique

Pour réussir une explication, il y a lieu de bien articuler les propos


développés avec les visées argumentatives. Cette articulation se manifeste dans
la perception d'une clarté textuelle avec un raisonnement bien rédigé.
Autrement dit, elle nécessite, en plus d'un choix pertinent d'arguments, une
organisation hiérarchisée des informations à transmettre. Or, à la suite des
observations menées sur les productions d'étudiants en matière de cohérence
thématique (cf. point 4 de ce présent chapitre), nous avons constaté un certain
nombre de difficultés rencontrées par les étudiants à gérer la structure
thématique de leur écrit: la question d'organisation textuelle laisse beaucoup à
désirer avec de nombreuses ruptures dans la continuité thématique, des
progressions illogiques, ou avec l'absence de hiérarchisation des arguments…
Ces maladresses empêchent chez le lecteur une appréciation de la clarté ou de
la cohérence de leur écrit et risqueraient fort de ruiner l'effet de persuasion
recherché, ainsi la fonction argumentative du discours n'est pas assumée de
façon satisfaisante. Rien que ces passages suivants extraits du corpus illustrent
clairement notre observation:

C18: L'acidité est due à la présence des acides volatils et non-volatils et il est évident
en soi que sécher n'influencera pas les acides non-volatils, dont l'acide lactique est le plus

6
L1/E1 : locuteur/énonciateur primaire (A.Rabatel 2004)

321
important. Par conséquent, l'acidité excessive due à l'acide lactique ne sera pas changée par le
processus de séchage, mais l'acidité due à l'acide acétique volatil sera influencée par le
séchage.
C15: Selon les fruits, on peut obtenir du jus clair ou du jus trouble… mais pour
obtenir le produit final, d'abord, il faut extraire le jus. Pour choisir précisément la méthode
d'augmentation du rendement d'extraction du jus de fruit, on doit se baser sur les caractères de
la matière première et des demandes du produit fini afin de choisir une préparation
convenable. On peut élever le rendement d'extraction sans pour autant diminuer la qualité du
jus de fruit.

Dans ces exemples, nous avons l'impression que l'étudiant se livre à ses
explications sans s'inquiéter du tout des réactions de son lecteur potentiel.
L'accumulation de faits nous gêne en tant que lecteurs car nous ne voyons pas à
première vue comment ils sont liés. Il nous semble que le texte "tourne en
rond". La structure thématique étant en général difficile à saisir, l'effort exigé
du lecteur pour suivre le déroulement du discours semble excessif, de ce fait
l'orientation argumentative du discours devient moins convaincante.

6.3. L'usage des connecteurs argumentatifs

Tout discours, pour explicatif qu'il soit, a une visée argumentative, dans
le sens où le locuteur cherche à agir sur son destinataire. C'est également ce que
souligne D. Coltier (1988) lorsqu'elle aborde le lien entre l'explication et
l'argumentation:

Expliquer permet de convaincre. On ne s'étonnera pas de cette intrication:


argumentation et explication ont souvent partie liée. Qui explique, fût-ce une théorie
en sciences dites exactes, doit et le sait, fournir un gros effort pour convaincre. La
clarté de l’exposé, l’objectivité affichée, font partie des moyens d’obtenir l’adhésion.
(1988 :31)

Cela dit, une explication bien élaborée, bien construite exige des
arguments enchaînés, connexés. Les connecteurs argumentatifs jouent à cet

322
effet un rôle déterminant (cf.chapitre 11 de la troisième partie). Ils assurent, en
plus d'une fonction de connexion, une fonction d'orientation argumentative en
marquant que tel énoncé doit être envisagé comme ayant pour finalité de
justifier, reformuler, conclure…Ils constituent une sorte de complément adjoint
à la structure hiérarchique pour compléter l'interprétation du discours.
Toutefois, l'observation que nous avons menée sur le recueil de productions
d'étudiants souligne que l'utilisation de ces connecteurs logiques est souvent
négligée par les étudiants. Le raisonnement du point de vue langagier est limité
par un mode d'écriture simpliste, peu élaboré, se confinant à une juxtaposition
linéaire de constructions verbales. Les exemples ne manquent pas:

C15: Dans la fabrication du jus pulpeux, on diminue la texture du fruit par la méthode
mécanique (anabolisme). Cette méthode demande des équipements coûteux (haute
technologie) et le jus pulpeux ne sont ni suffisamment fin, ni anabolisant et est facilement
séparé la classe dans la conversation. Pour éviter la séparation du jus, on emploie une
préparation de la pectinase spéciale, cette pectinase pure décompose la pectine dans
l'intercellulaire, il n'existe pas de pectine soluble maintenant la situation trouble du jus.
C3: Un bon cuvage de sous-produit de crevettes est évalué sur la base d'une
caractérisation visuelle et analyse chimique. Un succès pour la conservation des sous-produits
de crevettes est d'avoir un bon arôme et une couleur rose. L'évolution chimique pendant toute
la durée cuvée est le résultat d'une série d'activités biologiques. Cette série est essentiellement
dominée par une fermentation des bactéries lactiques. L'acide lactique du cuvage est
caractérisé par un pH bas, notamment inférieur à 4,5.

Pour l'enchaînement des énoncés, ces passages ont simplement recours à


la juxtaposition de constructions verbales. Les connecteurs qui sont de l’usage
dans une explication scientifique (la justification, la paraphrase, la relation
cause-conséquence, l’exemplification...) manquent totalement. De ce fait, la
question du raisonnement argumentatif est peu convaincante du fait du seul
listage d'arguments allant dans le même sens.

Par ailleurs, les productions d'étudiants que nous étudions relèvent du


discours d'explication scientifique qui prétend communiquer des connaissances

323
sur le monde scientifique. Le scripteur, par définition, détient un savoir et un
savoir-faire qui ne sont pas (ou pas encore) partagés par le récepteur et qui sont
en principe, l'objet même du discours. Or, le succès de l'acte de communication
exige que cette dissymétrie de connaissances soit clairement mesurée et prise
en compte par le scripteur. L'emploi de certains connecteurs logiques et
argumentatifs dans les productions d'étudiants nous en fournira un exemple a
contrario:

C2: Le milieu "mout de raisin gélosé" est utilisé parce qu'il est destiné en oenologie.
Pour que le milieu soit favorable à l'isolement, la sélection et la conservation, il est donc,
nécessaire de surveiller le pH, le niveau gélosé et le régime optimum de stérilisation
permettant d'éviter une recontamination du milieu.
C15: La banane verte a des tissus fermes ce qui rend le jus difficile à extraire. La
banane mure est très tendre et donne une masse pateuse, dont on ne peut pas extraire le jus.
Sous l'action de la préparation de pectinases, la pectine et la viscosité diminuent, donc, le
rendement d'extraction augmente.

Dans un texte scientifique, l'emploi d'un « donc » devrait conduire à


méditer sur les attentes du lecteur et sur l'état présumé du savoir partagé. En
disant p donc q, le locuteur présuppose en effet que les relations entre p et q
(inférence) sont déjà admises comme vraies par les interlocuteurs. Or, si tel
n'est pas le cas, l'interprète est confronté à un coup de force présuppositionnel.
Dans les passages précités, le remplacement de donc par un connecteur
reformulatif serait de nature à faciliter la compréhension, tout en accroissant la
visée argumentative du texte.

En somme, l'étude du corpus de production d'étudiants a révélé des


défaillances en terme d'orientation argumentative dans la plupart des écrits de
nos jeunes rédacteurs. La question du raisonnement argumentatif est peu
convaincante du fait du seul listage d'arguments allant dans le même sens, ou
en absence d'une organisation hiérarchisée des informations à transmettre. Ces
lacunes pourraient s'expliquer par un niveau de langue limité mais aussi par la

324
prise en compte insuffisante par les étudiants de l'importance de la valeur
argumentative dans leur rédaction scientifique.

6.4. Réflexions didactiques

L'étude de la portée argumentative dans les productions d'étudiants est


un lieu de réflexion féconde sur l'enseignement des textes spécialisés. Les
faiblesses relatives à la configuration pragmatique du texte sont à mettre en
compte d'un enseignement qui, involontairement, par ignorance ou par manque
d'assurance, omet l'exploitation de la dimension pragmatique de la production
et qui, en conséquence, se mobilise sur l'aspect linguistique. Il faudra donc
penser à mettre l'apprenant en situation professionnelle, où il sera contraint
d'adapter ses propos aux conditions pragmatiques de la production de son écrit,
à savoir le destinataire, la finalité, l'orientation argumentative de l'énoncé.

Les buts qui devront être poursuivis par une didactique de


l’argumentation dans un cours de FOS sont notamment les suivants:

- Développer la compétence inférentielle des apprenants en les rendant


sensibles à l'implicite du discours et au retraitement sémantique de
l'information co-textuelle, dans la mesure où les enchaînements logico-
argumentatifs ne portent pas toujours sur les contenus littéraux assertés.

- Entraîner l’étudiant à exprimer à partir, non de son point de vue, mais


du point de vue du récepteur. Cette décentration s'effectue à deux stades du
travail de production du texte:

+ avant la rédaction: il s'agit de se décentrer pour imaginer l'état des


connaissances et les possibilités d'abstraction du destinataire visé.

325
+ en rédaction: il s'agit de se décentrer pour écrire le texte du point de
vue de l'autre: un texte clair pour le scripteur qui y retrouve toujours ce qu'il a
voulu dire, est parfois beaucoup moins intelligible pour le lecteur.

7. La mise en texte linguistique

Dans les parties précédentes, nous avons procédé à l'analyse des


productions d'étudiants dans leur configuration pragmatique, c'est-à-dire dans
leurs dimension référentielle, énonciative, argumentative. Nous allons
maintenant étudier comment ces productions ont été mises en texte. Les
résultats des analyses menées dans la troisième partie nous ont montré que sur
le plan de la mise en texte linguistique, le discours d'explication scientifique
renferme certains phénomènes liés à la cohésion dans son parcours de
construction du sens (cf. chapitre 11 de la troisième partie). Nous allons donc
observer comment ces propriétés se manifestent dans les productions
d'étudiants. Pour ce faire, nous nous intéressons tout particulièrement à deux
stratégies discursives spécifiques du discours d’explication scientifique: l'usage
des connecteurs argumentatifs et le recours à l'exemplification, deux pierres
angulaires dans la mise en texte scientifique .

7.1. Les connexions textuelles

Il convient de dire qu'un discours d'explication scientifique ne se


présente pas comme une accumulation aléatoire de propositions vraies. Il lui
faut manifester, par une organisation particulière de ses propositions, les liens
établis entre les faits dénotés. L'articulation entre ces faits peut se faire au
moyen des connecteurs et articulateurs. L'étude du corpus d'articles
scientifiques français que nous avons menée dans la troisième partie nous a
révélé que les marques de connexion utilisées dans l’explication scientifique en
français sont nombreuses, qu’elles soient à fonction énumérative, temporelle,
causale ou argumentative... Elles rendent l'explication plus claire, lisible et plus

326
accessible au lecteur et participent par là à la construction et à l'interprétation
de la cohérence du discours.

Toutefois, dans les documents rédigés par les étudiants, comme nous
l'avons remarqué à plusieurs reprises, la question des connecteurs n'est pas
prise en considération par ces derniers: pour l'enchaînement inter-phrastique,
beaucoup de copies ont simplement recours à la juxtaposition de constructions
verbales sans articulation entre les énoncés. Voici deux autres exemples pris du
corpus pour illustrer notre propos:

C4: On fait le séchage par les séchoirs à cylindre ou à l'air chaud. L'objectif du
séchage est de diminuer la disponibilité de l'eau dans l'aliment à un niveau tel qu'il n'y ait pas
de développement de micro-organismes, la vitesse des réactions biochimiques est minimale et
le stockage du produit est facilité.
C9: Nous utilisons les produits chimiques: le bisulfite de sodium, l'acide citrique,
CaCl. L'immersion au bisulfite de sodium est un prétraitement de conservation. Les ananas
sont immergés dans la solution de sucre saturé à la température laboratoire.

Dans chacun de ces passages, si les propositions considérées séparément


sont correctes, l'ensemble constitue un dysfonctionnement en matière de
connexion et de continuité thématique. En effet, l'absence des marques de
connexions et le changement permanent de thèmes rendent ces passages
difficiles à lire et interrompent ainsi l'enchaînement et donc la cohérence du
discours.

Nous voyons ainsi que le rôle des connecteurs dans le suivi de la


structuration thématique est important. Ils permettent au lecteur d'anticiper sur
le contenu du texte, de repérer les relations entre les informations exposées.
Particulièrement, quand il s'agit de l'instauration d'un nouveau référent en
position de thème, leur présence s'avère indispensable. Cependant,
l'introduction brutale de nouveaux référents thématiques constatée dans certains
passages du recueil nous a fourni un exemple à contrario. Dans l'extrait suivant

327
par exemple, un soudain changement thématique effectué dans la troisième
phrase est déroutant pour le lecteur:

C15: La banane verte a des tissus fermes ce qui rend le jus difficile à extraire. La
banane mure est très tendre et donne une masse pateuse, dont on ne peut pas extraire le jus.
Sous l'action de la préparation de pectinases, la pectine et la viscosité diminuent, donc le
rendement d'extraction augmente.

Les éléments introduits dans le thème de cet énoncé "Sous l'action de la


préparation de pectinases, la pectine et la viscosité diminuent" véhiculent de
nouveaux référents. Toutefois, le nouveau départ souhaité par le rédacteur
semble très brusque. En ajoutant un connecteur de concession du type
"cependant" par exemple, le rédacteur aurait prévenu le lecteur du changement
de direction. En l'absence de cette connexion, le lecteur a du mal à interpréter
ces nouvelles informations comme continuité thématique.

Au cours de notre analyse, nous avons aussi constaté des emplois


erronés de connecteurs qui, au lieu de favoriser la compréhension du lecteur,
finissent par l'entraver. Dans l'extrait suivant, par exemple, le choix du
connecteur « en effet » est inapproprié:

C14: Le fruit de la passion à la fois sucré et acidulé possède une saveur


exceptionnelle, riche d'arômes multiples. Il renferme en effet 8,5g de glucides (sucre) aux
100g: c'est là une teneur relativement modérée (la plupart des fruits affichent des teneurs de
l'ordre de 9 à 12g aux 100g). Mais une bonne fraction de ces glucides est constituée par du
fructose, au pouvoir sucrant particulièrement élevé (1,3 à 1,7, si l'on prend pour référence 1
pour le saccharose): la saveur du fruit de la passion est donc nettement sucrée, en dépit de son
apport glucidique plutôt modeste.

Le connecteur "en effet" est habituellement employé pour réaffirmer ou


même justifier un propos qui précède. Or ici il semblerait que l'étudiant
souhaite introduire un nouveau point qui signale une contradiction: après avoir
informé que le fruit de la passion est à la fois sucré et acidulé, l'auteur signale

328
sa faible teneur en glucide (sucre). Il aurait préférable de l'avoir omis ou bien
d'avoir employé un connecteur plus approprié tel "néanmoins".

Particulièrement, les copies C8 et C15 sont marquées par l'absence de


rapports logiques entre les faits dénotés. Elles n'indiquent à aucun moment les
liens établis entre les faits auxquels elles renvoient, et contrevient par là, à ce
que l'on attend d'un discours d'explication scientifique: qu'il manifeste à l'aide
de connecteurs le réseau de relations logiques (causalité, consécution,
opposition, etc.) construit entre des faits jusque là indépendants. L'organisation
globale de ces copies qui optent pour des structures simples, juxtaposées,
dépourvues de connecteurs semble vouloir mettre en avant la finalité
informative plutôt que la cohérence logique des faits.

On peut voir dans quelques copies du recueil (C6, C9, C5, C8, C17,
C20) des marques de connexions mais souvent sous forme d’ organisateurs
énumératifs: d'abord, puis, ensuite,…D'autres connecteurs exprimant des
relations logiques, les relations causales par exemple qui sont pourtant
fréquentes dans les explications scientifiques, sont très peu utilisés par les
étudiants dans leur rédaction. On n'en voit que quelques occurrences dans C10,
C14, C3, C12, C19.

7.2. Le recours à l'exemplification

L'analyse du corpus d'articles scientifiques français dans la troisième


partie (cf.chapitre 11) nous a révélé que l'exemplification est un bon moyen
destiné à donner du poids à une explication dans un discours scientifique.
Introduite dans le texte sous la forme de marqueurs, de formules construites à
partir des marqueurs ou de marques typographiques, elle permet de concrétiser
l’information et d’en faciliter la compréhension. Elle contribue ainsi à la
cohérence et à la qualité des textes scientifiques. Ces quelques rappels mettent
en évidence le rôle que joue le recours à l'exemple dans l’explication

329
scientifique. Or l'analyse du corpus de productions écrites de nos apprenants
nous a montré que l'exemplification n'a pas été prise en compte à sa juste valeur
dans leurs écrits scientifiques. Seuls les auteurs de quelques rares copies (C2,
C11, C15, C16) ont pensé à appuyer leur propos par des exemples explicatifs:

C11: D'autre part, quelques pratiques culturelles telles que la taille ou la


synchronisation de la pollinisation à main pourraient changer la période de la moisson.
C16: Avec ses bons caractères tels que bonne qualité, bon marché,… la
consommation de soja est de plus en plus élevée.
C19: La rapidité de la dégradation dépend de la composition du produit ainsi que des
conditions de sa conservation. Ainsi, étant très hygroscopique, le miel confiné en atmosphère
humide absorbe l'eau rapidement. Ce phénomène gagne plus vite en profondeur et le miel
hydraté acquiert une structure très fragile.

Nous avons ainsi constaté que l'inscription des exemples dans les
explications est presque négligée par les étudiants dans leur rédaction
scientifique. Les illustrations par des données de sources extérieures (chiffre,
pourcentage…) sont également absentes. Or on n'écrit pas un texte scientifique
comme on écrit un roman. Il s'agit ici de transmettre un savoir qui est instauré
par une communauté scientifique. La fiabilité, c'est ce qui fonde la légitimité
d'une explication scientifique, d'autant plus que le récepteur est ici considéré
comme celui qui ne laissera passer aucune affirmation non fondée. Néanmoins,
l'absence de l'illustration ou de l'exemplification dans certaines affirmations
avancées par les étudiants nous en fournira un exemple a contrario. Les extraits
suivants le prouvent:

C6: La méthode chimique offre un gain de temps et de prix de revient. En revanche,


elle présente de nombreux désavantages notamment sur le plan nutritionnel et gustatif.
C16: Avec ses bons caractères tels que: bonne qualité, bon marché, facile à
cultiver… la consommation de soja est de plus en plus élevée.

Les explications dans ces passages sont peu convaincantes à cause des
assertions non justifiées. Le lecteur aurait aimé savoir quels sont précisément

330
les désavantages que représente la méthode chimique (C6), ou quels chiffres
montrent la hausse de la consommation du soja (C16). Répondre à cette
demande par l'adjonction d'un exemple qui permet une expansion explicative,
c'est d'aider le lecteur à assurer sa bonne réception du discours produit.

La cause de cette négligence par les étudiants vis-à-vis de l'usage des


exemples dans leur écrit scientifique s'expliquerait, à notre avis, par leur
manque d'assurance dans la mise en mots en langue cible. En effet,
l'introduction des exemples soulève la question de savoir dans quelle partie du
texte les insérer, comment les introduire. Elle donne encore lieu à des
problèmes d'ordre lexical et syntaxique. Avec l'exemplification, il faut savoir
passer du générique au spécifique, maîtriser la mise en mots supplémentaire et
tenir compte de l'adéquation de l'exemple, ce qui demande un grand effort de la
part des apprenants. L’introduction de l’exemple dans le passage suivant en
donne une idée :

C12: L'eau de la surface du corps est une mince couche d'eau qui colle sur la surface
des crevettes . Par exemple, après le lavage des crevettes, il y a une couche d'eau à la surface.

L'emploi de l'exemple dans ce passage ne s'avère pas efficace. La


difficulté est de nature cognitive, l'exemple reformule, quasiment en les
répétant, les énoncés qui précèdent. Seul le marqueur peut faire croire à un
exemple, mais c'est un leurre. Cette répétition qui ne fait guère avancer le texte
est peut-être à comprendre comme un essai, une tentative pour trouver un
exemple mais qui avorte.

7.3. Réflexions didactiques

A l’issue des observations menées plus haut et dans une perspective


didactique, une bonne maîtrise des marqueurs inhérents à la mise en texte du
discours scientifique aidera efficacement les étudiants à mettre en lumière le

331
plan d'organisation des informations dans un texte et, en production, à
construire un texte scientifique cohérent .

* Travail sur la connexion textuelle

Il est à préciser que les marqueurs de connexion sont déjà connus de nos
étudiants à travers leurs cours de grammaire. Ainsi, faire de ces éléments
linguistiques un objet d'enseignement n'est pas une chose nouvelle. Pourtant,
dans ces cours de grammaire, les marqueurs de connexion n'ont pas été
enseignés en rapport avec les savoir-faire en écriture, mais seulement comme
des connaissances linguistiques pures. Ces dernières se limitent d'ailleurs pour
la plupart du temps au niveau phrastique. Ce qu'il nous reste à faire pour un
cours de FOS sera donc d’aider les étudiants à reconnaître l'emploi des
marqueurs de connexion à des niveaux supérieurs à la phrase et à prendre
conscience de leur rôle important dans l'écriture scientifique, et ceci tout en
insistant sur les marqueurs fréquemment employés dans une explication
scientifique (organisateurs temporels et d'intégration linéaire, connecteurs
argumentatifs…). L’entraînement systématique à l’appropriation de ces
marqueurs de connexion permettra sans doute aux étudiants de savoir
construire le réseau des relations entre les informations présentées dans leur
texte, d’établir la chaîne argumentative du discours produit.

* Travail sur l'exemplification : Les analyses que nous avons menées sur
les productions d’étudiants ont montré des lacunes quant à l’usage des exemples
dans leur rédaction scientifique alors que le recours à l’exemplification permet au
scripteur d'assurer la bonne réception de son discours par le destinataire. La
reconnaissance de ces marques d'exemplification ainsi que leurs rôles peuvent
faciliter la lecture de documents et permettraient aux apprenants de mieux les
utiliser lors de leur production scientifique. Des exercices d'entraînement centrés
sur ce point sont donc fortement recommandés afin de sensibiliser les étudiants à
ce point particulier. On peut, par exemple, à partir d'un texte scientifique

332
comportant des exemples, proposer le texte en deux parties: l'un dans lequel les
exemples ont été supprimés, l'autre constitué par ces seuls exemples. L'exercice
consiste en une reconstitution qui a alors deux objectifs: d'une part, vérifier la
perception de l'adéquation d'un exemple à ce qu'il illustre, d'autre part, faire
utiliser des formules variées pour l'introduction des exemples dans le corps du
texte.

En faveur de ces exercices, nous pouvons également emprunter les activités


proposées par I. Delcambre (1996:69) dans un article concernant la didactique de
l'exemplification dans une séquence didactique. Il s’agit, à travers des exercices de
type de production de texte assistée ou de révision de texte, d’utiliser les exemples
issus de textes-sources pour alimenter le texte à écrire. On peut ainsi travailler sur
les valeurs argumentatives et sur la gestion métadiscursive de l’exemple.

8. Bilan

En guise de synthèse, les observations menées sur des extraits de rédaction


scientifique d'étudiants nous ont permis de retenir les points suivants :

La production d'un texte qui se veut cohérent n'est pas seulement une
affaire de mise en texte linguistique, elle suppose en plus la prise en compte de la
configuration pragmatique du discours, à savoir les dimensions thématique,
énonciative, argumentative. L'analyse des productions de nos apprenants
vietnamiens montre une forte focalisation sur la dimension linguistique au
détriment des autres aspects.

- La dimension énonciative est celle où les étudiants réussissent quelque


peu. Face à un document scientifique à visée explicative, nos jeunes rédacteurs
choisissent en tant que locuteur de s'effacer pour garantir l'objectivité de leur
propos. Ils ont su opter pour un positionnement objectif, impersonnel, pour
expliquer un fait scientifique. Il reste toutefois quelques maladresses: le pronom
neutre "on" est largement utilisé au détriment de l'emploi des constructions

333
passives qui, par l'effacement de l'agent, accroît l'objectivité des faits expliqués; la
question de la dimension intertextuelle (citation, données de sources
extérieures…), importante dans une explication scientifique, n'est pas prise en
considération.

- La dimension thématique-référentielle est par contre moins réussie. Les


étudiants ont souvent du mal à gérer la construction thématique de leur écrit
scientifique: les questions d'organisation textuelle semblent avoir été laissées
de côté avec de nombreuses ruptures dans la continuité thématique; les
maladresses portant sur des progressions illogiques ne permettent pas au lecteur
une appréciation de la clarté ou de la cohérence de leur écrit; les informations
sont rajoutées dans le désordre sans effort de hiérarchisation ou d'organisation
des données. Nous constatons également chez nos apprenants de grosses lacunes
quant à la reprise des références. La construction des relations sémantiques est
limitée, confinée à des répétitions pures et simples des éléments référentiels, à
quelques rares reformulations paraphrastiques. Les substituts nominaux, les
anaphores conceptuelles sont presque absents. C'est également le lieu où se
manifestent le plus les interférences avec la langue maternelle

- La dimension argumentative est peu satisfaisante. On remarque une


grosse lacune concernant l'absence d'une visée argumentative dans les copies.
Si le contenu des savoirs énoncé dans les textes reste vague et insuffisant, la
question du raisonnement est peu convaincante pour la plupart des copies du
fait d'un listage d'arguments allant dans le même sens. Les phénomènes
linguistiques mobilisés sont limités aux constructions verbales de type
syntagme nominal + syntagme verbal, aux structures simples, indépendantes,
juxtaposées. De telles habitudes d'écriture s'explique d'une part par un niveau
de langue limité, d'autre part par des interférences linguistiques et culturelles du
vietnamien sur la langue cible.

334
- Dans la mise en texte, le dysfonctionnement est marqué par une faible
présence des connecteurs, surtout les connecteurs logiques qui marquent des
relations (la justification, la paraphrase, la récapitulation, l’extension...
notamment les relations causales, pierre angulaire de l'exposition scientifique).
Elle laisse voir la grande négligence par les étudiants dans l'utilisation des
exemples dans leur rédaction scientifique.

L'observation menée nous a montré que les apprenants vietnamiens, en


élaborant leur texte, mobilisent leurs efforts sur la formation linguistique,
notamment au niveau linéaire du texte, au détriment de la configuration
pragmatique. Elle nous a permis de confirmer notre hypothèse de départ: Le
dysfonctionnement textuel dans la production de document scientifique des
étudiants vietnamiens vient en grande partie de la maîtrise insuffisante des
phénomènes de cohérence propres à l'explication scientifique tels que la
nominalisation, la reformulation paraphrastique, le recours à la forme passive, les
connexions, l'usage des exemples explicatifs,...et cette lacune est due dans certains
cas, aux habitudes langagières propres en langue maternelle

L'analyse du corpus de productions écrites d'étudiants nous permet de


mieux connaître, surtout avec le recul dont nous bénéficions aujourd'hui, où sont
les difficultés des apprenants scientifiques vietnamiens et comment améliorer
notre enseignement pour remédier à leurs faiblesses. La tâche nous est encore très
vaste car cette observation ne donne pas évidemment une image exhaustive des
difficultés rencontrées par nos apprenants. Cependant, les résultats obtenus nous
ont permis d'envisager quelques démarches didactiques qui permettront aux
apprenants vietnamiens, nous l'espérons, de pouvoir produire des documents
scientifiques de qualité dans leur domaine. Sur la base des données et des
conclusions partielles tirées des parties précédentes, ce sont donc des
propositions pédagogiques concernant l’enseignement de la cohérence aux
apprenants scientifiques vietnamiens tenu dans un cours de FOS dont nous
parlerons dans le chapitre qui suit.

335
CHAPITRE 13:
PROPOSITIONS DIDACTIQUES

Notre problématique, on l'a vu aux chapitres 7 et 12 est posée sur un


double plan: linguistique et didactique. Sur le premier plan, il s'agit d'observer
la construction de la cohérence dans un discours d'explication scientifique (le
cas du discours agronomique) en partant de l'hypothèse qu'il existe des traits de
cohérence propres à ce genre de discours. Sur le second, il s'agit d'étudier
l'appropriation de ces traits de cohérence dans les écrits scientifiques de nos
étudiants, en partant de l'hypothèse que les problèmes de dysfonctionnement
textuel constatés dans les productions d’étudiants proviennent en grande partie
de la prise en compte insuffisante des phénomènes relevés et des interférences
venant des habitudes langagières en langue maternelle. Les analyses effectuées
sur les deux volets de corpus nous ont apporté des éléments de nature à éclairer
notre questionnement posé en hypothèses (cf. bilans des résultats d'analyse
dans la conclusion partielle et à la fin du chapitre 12) et nous ont permis de
dégager quelques pistes de réflexion en vue d'une optimisation de cet
enseignement du Français sur objectifs spécifiques, notamment à l’écrit, au
public vietnamien. Ce sont donc des orientations didactiques afin d’améliorer la
qualité des écrits scientifiques d’étudiants dont nous parlerons dans les pages
qui suivent. Nos propositions didactiques ne doivent pas être vues comme
définitives, mais comme des hypothèses d’intervention que la mise en pratique
et la recherche continueront à améliorer. Elles reposent tant sur notre pratique
d’enseignant que sur les résultats de la présente recherche.

Toutefois, avant d'en venir aux propositions didactiques concrètes en


vue d'aider nos apprenants à produire une explication scientifique, et plus
général un discours scientifique cohérent, il est nécessaire de présenter
quelques principes qui régissent tacitement l'enseignement du FLE et du
Français sur objectifs spécifiques à l'écrit, principes qui, dans notre situation

336
didactique, nous semblent pouvoir nous aider dans la conception des activités
de remédiation. Nous allons donc, dans un premier temps, présenter quelques-
unes de nos réflexions concernant les principes méthodologiques généraux
relevant à la fois de la linguistique, de la didactique de l’écrit en FLE, et de
l'enseignement du Français sur objectifs spécifiques et, dans un second temps,
formuler nos propositions didactiques fondées sur certaines notions empruntées
à la linguistique textuelle.

1. Quelques principes méthodologiques pour l'enseignement du


Français sur objectifs spécifiques (FOS) à l'écrit

A propos du FLE, L. Porcher (1999) souligne l'importance pour la


didactique de prendre en compte les composantes majeures de l'apprentissage,
à savoir les besoins et les objectifs, l'autonomie, les composantes linguistiques
de l'apprentissage, les objectifs spécifiques et l'évaluation. Il poursuit dans ces
termes:

L'apprentissage des langues est aujourd'hui, compte tenu de l'internationalisation


croissante des échanges, à visées utilitaristes. Les apprenants ne cherchent plus à
"connaître" ou à "savoir" une langue, mais à pouvoir s'en servir pour les besoins de
l'interlocution: comprendre et se faire comprendre, à l'oral et à l'écrit. (1999:30)

Le contexte actuel de l'apprentissage des langues justifie à juste titre


cette vision globalisante. Cependant, en ce qui concerne le FOS, un apprenant
qui s'inscrit à un cours de français spécifique ne veut pas seulement que le
cours réponde à ses "buts fonctionnels", c'est-à-dire aux besoins langagiers
objectifs que l’apprenant éprouve pour sa (future) carrière, mais aussi qu'il ait
pour but tout d'abord d'apprendre la langue, et par conséquent "la langue est, au
moins transitoirement, le but poursuivi (car on ne peut supposer qu'il s'inscrive
pour apprendre ce qu'il connaît beaucoup mieux que le professeur (…). De
plus, la raison d'être du cours est d'abord d'enseigner la langue étrangère, que

337
celle-ci soit considérée comme un moyen ou une fin" (H. Besse 1980 :77).
Ainsi, un même apprenant peut avoir à la fois des besoins de communication
scientifique précis et des besoins généraux, culturels ou autres, liés ou non liés,
à sa spécialité.

Dans ce sens-là, la démarche d'enseignement du Français sur objectifs


spécifiques que nous poursuivrons ne serait pas très différente de la démarche
d'enseignement du FLE, car il faudrait partir dans les deux cas des situations
d'action langagière les plus pertinentes pour chaque public, que ce soit un
public plus spécifique ou un public plus général. Cependant, dans le cas du
FOS, les activités seront plus centrées sur l’analyse des récurrences du discours
(énonciatives, référentielles...), sur le travail d’appropriation des normes
pragmatiques, du style professionnel propre à chaque genre discursif, à chaque
écrit professionnel.

Par ailleurs, plus encore que celle du français général, la problématique


de l'enseignement du Français sur objectifs spécifiques a mis au premier plan
des préoccupations la centration sur l'apprenant, sur ses demandes et ses
besoins (S. Eurin Balmet & M. Henao de Legge, 1992:61). L'accent se déplace
de l'enseignement à l'apprentissage pour permettre à l'apprenant de construire
son propre savoir et savoir-faire. En ce sens, nous sommes convaincu de la
nécessité de passer d'une pédagogie à orientation transmissive et normative à
une pédagogie de type agentif et appropriatif (J-F. Halté 1987), c'est-à-dire,
pour que la langue ne devienne pas un simple objet d'étude abstrait et surtout
pour qu'il concoure à une plus grande maîtrise de la langue écrite par
l'apprenant, sa démarche ne doit pas se fonder sur la réception passive par
l'apprenant des connaissances transmises par l'enseignant, mais sur la
découverte par un apprenant actif guidé par un enseignant attentif, du
fonctionnement de la langue apprise : les principes linguistiques du
fonctionnement textuel, la visée pragmatique du discours, la distribution des
divers éléments d'un énoncé, ... sont autant de critères de cette découverte.

338
En ce qui concerne l'enseignement du FOS, la connaissance des
caractéristiques les plus marquantes des discours scientifiques est importante
pour l'apprenant en production: il faut en effet "connaître avec précision les
formulations essentielles dans telle ou telle branche. Il ne suffit pas de savoir
dire quelque chose, il faut savoir le dire de la façon la plus proche possible
dont l'aurait dit un natif" (Tukia M. cité par Cuq J-P.2002 :330). L'analyse de
discours joue donc un rôle incontestable dans la méthodologie du Français sur
objectifs spécifiques en apportant une aide très importante pour le repérage de
ces caractéristiques .

Dans le cadre de ce lien explicite que la didactique fonctionnelle


(notamment à l'écrit) établit entre l'identification des besoins et des objectifs
didactiques, la détermination du contenu d'apprentissage et l'analyse du
discours, on mentionnera ainsi l'approche "réaliste" de S. Eurin-Balmet et
M.Henao de Legge (1992), qui, plus précisément, est une "démarche de
traitement d'une demande de formation en français spécialisé" et qui comporte
trois étapes:

1. Analyse: analyse de la demande et des publics;


2. Sélection des contenus: à effectuer en fonction de: domaines
disciplinaires, types de communication, opérations discursives, formes
linguistiques récurrentes des discours;
3. Mise en place de savoir-faire langagiers, cognitifs et pratiques: par
exemple observer, repérer, classer ; les marques de la modalisation, les
articulateurs logiques, les stratégies de lecture, etc.

Ce traitement en trois temps se retrouve également dans la démarche de


N. Spanghero-Gaillard (2003) que nous reproduisons ici:

Une langue de spécialité se définit par le domaine d'activité qu'elle sert à désigner et
par les techniques, les procédures et les savoir-faire qu'elle permet de nommer de

339
façon univoque. Parler de langue de spécialité revient donc à définir les situations de
communication caractéristiques d'un domaine d'activité et à rendre compte des
adaptations et des créations verbales et paraverbales des hommes et des femmes
oeuvrant dans ce domaine. Enseigner une langue étrangère dans un cours spécialisé
passera, par conséquent, par la définition du domaine d'activité visé qui permettra de
rendre compte de situations spécifiques. Ces situations analysées, l'enseignant
proposera des exercices pour amener les apprenants à en percevoir les spécificités. Du
côté des apprenants, cette démarche facilitera l'appropriation des moyens
linguistiques et paralinguistiques utilisés par les natifs. (2003 :324)

Cette analyse métalinguistique de l’objet-langue effectuée généralement


en amont de la mise au point d’un programme de formation finalisé est
nécessaire à l’enseignant qui, en possédant une bonne connaissance de la
situation, peut en mener l’analyse avec des outils conceptuels appropriés,
sélectionner les documents et les répartir dans le temps suivant une progression
fixée en fonction des objectifs d’enseignement/apprentissage. Cependant, dans
une perspective didactique, nous pensons que la description linguistique de
l’objet-langue doit être étroitement liée au travail d’appropriation de la langue-
cible par les apprenants dans leur contexte interne.

S’imposent alors à l’enseignant de langues étrangères les trois axes


d’activités suivants :

- Le premier axe: compréhension du fonctionnement linguistique de la


langue à enseigner (concepts, activités métalinguistiques, conceptualisation...)
qui est indissociable de la maîtrise de la langue ;
- Le deuxième axe: capacité de choisir du corpus de données adéquates,
voire pertinentes en fonction du public ;
- Le troisième axe: stratégie de présentation du contenu à enseigner, ce
qui implique la stratégie de faire découvrir, d’orienter les apprenants à
participer de façon active à l’activité d’apprentissage et à assumer l’acquisition
des connaissances.

340
2. Vers une application de la linguistique textuelle dans
l'enseignement du français sur objectifs spécifiques

Compte tenu de notre hypothèse de recherche de départ sur le rôle


positif des connaissances en linguistique textuelle dans l'enseignement/
apprentissage de l'écrit (lecture/écriture) en FOS et suite au résultat des
analyses de corpus, nous considérons la linguistique textuelle comme un
domaine de référence théorique important sur lequel nous pouvons nous
appuyer pour déterminer et structurer les objets à enseigner dans un cours de
FOS. L’existence de tel domaine de référence (conçus souplement dans une
visée didactique) pourrait faire avancer de façon décisive la didactique de notre
discipline en donnant un appui plus rationnel à l’enseignement du français de
spécialité.

Ceci est d'autant plus important que l'enseignement du français à des


scientifiques, comme le soulignent T. Lebeaupin, C. Le Ninan & P-H. Schmitt
(1992), ne consiste pas en une simple verbalisation française d'un symbolisme
particulier ou un apprentissage d'un lexique spécifique mais il doit permettre à
l'apprenant «d'être l'architecte de sa pensée et de sa créativité en français de
façon que, dans une visée communicative, celles-ci fassent écho chez le
destinataire» (1992 :148). En d’autres termes, posséder une compétence
linguistique et communicative en français sur objectifs spécifiques, pour ne
parler que de l’écrit, exige une maîtrise des différents aspects que recouvrent
les notions de la linguistique textuelle et pragmatique (cohésion textuelle, prise
en charge énonciative, visée argumentative, ...); cela implique notamment
d'intégrer cette problématique au plus tôt dans le cursus d'apprentissage.
Cependant, d'après notre expérience, bon nombre d’enseignants de français, en
FOS mais aussi en FLE ne sont pas suffisamment sensibilisés aux problèmes
liés à l'organisation textuelle au sens large alors que la notion d'une compétence
textuelle globale qui dépasse le simple souci de corriger le texte à un niveau
phrastique devrait être une notion essentielle pour l'enseignement. Partant de

341
ces réflexions, notre perspective didactique nous amène à suggérer des pistes
mettant en évidence ces notions, tant au niveau de la compréhension qu'à celui
de la production, les objectifs visés étant d'initier les apprenants à la saisie et à
la tenue des rédactions scientifiques cohérentes adaptées à des situations et à
des publics donnés. Pour ce faire, notre approche se fait sur deux plans: d'une
part l’acquisition d'une compétence visant la cohérence textuelle; sous cet
angle, nous reprenons et tentons d'expliciter différents points déjà soulevés au
cours des analyses de corpus tels que la thématisation, l’exemplification , la
causalité, la nominalisation, les temps verbaux ... d'autre part, l’initiation à la
cohérence discursive, ce qui permettra aux étudiants de saisir différentes
procédures employées pour la production de textes scientifiques adaptés au
contexte communicationnel et à l’orientation argumentative du discours.

Par ailleurs, un enseignement / apprentissage de la cohérence textuelle à


partir d'une typologie discursive permet à l'apprenant d'identifier à quel genre
de discours appartiennent les documents authentiques et de se sensibiliser aux
stratégies et compétences diversifiées auxquelles fait appel le discours réel. En
effet, sur le plan de l’organisation des contenus, le texte apparaît d’autant plus
cohérent qu’il est conforme aux lois du genre, comme l’a bien noté S.Carter-
Thomas (2000) :

A chaque genre sont associées des stratégies interprétatives spécifiques qui se


manifestent par des instructions intrinsèques. Notre interprétation de la cohérence
passera par la facilité que nous avons à suivre ces instructions et à arriver ainsi à une
interprétation de la cohérence textuelle au sein du genre en question. (2000 :35)

L'apprenant, conscient des exigences propres à chaque genre de


discours, sera ainsi mieux outillé pour produire des discours appropriés à
diverses situations de communication. Pour ce faire, il faut souligner, comme le
font J-P. Cuq et I. Gruca (2002:329) que l'analyse de discours peut aider les
apprenants, tout comme l'enseignant, à appréhender les caractéristiques
discursives de tels documents. Les auteurs empruntent à S. Moirand (1992)

342
deux critères généraux utiles à l'élaboration de descriptifs, que nous
reproduisons ci-dessous:

- La structuration discursive: une première analyse permet de repérer la


structuration discursive privilégiée (narrative, explicative, descriptive…). On
déterminera ensuite des "séquences discursives différentes à l'intérieur d'un
même document".

A ce propos, il est à souligner que l'organisation super-structurelle des


textes est à prendre en compte sérieusement dans la production. L'unité
textuelle est rarement mono-séquentielle, ou faite de séquences homogènes. De
ce fait, nous reprochons à certaines activités d'écriture, d'ailleurs reléguées à
une simple activité de prolongement de la compréhension d'un texte, de vouloir
limiter la production à un seul paragraphe pour des raisons de temps et de
simplification de la tâche. Du genre: "Rédigez un paragraphe de 10 à 12 lignes
pour expliquer les opérations de la culture du riz dans votre région” 7. C'est une
activité de production à laquelle ont été soumis les étudiants, après avoir traité
en compréhension un texte sur la culture du riz.. A la longue, les étudiants en
arrivent à croire que le texte se résume à une seule séquence, et qu'il est soit
descriptif, soit explicatif, soit injonctif, etc. C'est une pratique qui se veut
progressive, allant du simple au complexe ou qui se veut simplifiante, faisant
travailler par bribes de textes. C'est, à notre avis, une erreur pédagogique: en
pédagogie, il n'y a pas d'objectifs simples, d'objectifs complexes, on travaille en
termes d'objectifs prioritaires. Et en formation professionnelle, pour ne parler
que de l'écriture qui doit être comprise comme une compétence à part entière,
la priorité est à la production de documents professionnels conformes à
l'organisation séquentielle, à la rhétorique propres à un style professionnel.

- La visée pragmatique : Selon S. Moirand (opt.cit.), l’analyse de la


visée pragmatique du discours permet de dégager les fonctions "privilégiées"
7
Cours d’Introduction au FOS. Document polycopié édité par l’Agence universitaire de la
Francophonie, 2004

343
par chacun des textes retenus: est-ce de l'ordre du "faire-part" ou du "faire-
faire", du "faire-croire", du "faire-dire", du "faire-savoir" ou du "faire-agir" ?
En effet, si par exemple en sciences le but du discours est d'exposer des idées,
de formuler des hypothèses, de raconter des expériences, de commenter des
résultats de recherche, il est en revanche en affaires de "faire agir ou faire
réagir l'autre"; les discours des affaires étant, selon S. Moirand, « des discours
d'action dans lesquels la persuasion et la négociation prennent le pas sur le
raisonnement hypothético-déductif des discours de la science (y compris des
sciences humaines)". L’analyse permettra ensuite de dégager des séquences où
l’une de ces fonctions prend le pas sur les autres.

Une fois compris les principes linguistiques du fonctionnement textuel,


et les normes qui régissent ces principes, les apprenants peuvent s’en servir
pour produire cohéremment des textes scientifiques de qualité.

De ce qui précède, nous pouvons conclure que dans la situation


didactique qui est la nôtre, les notions empruntées à la linguistique textuelle,
particulièrement à l’analyse de discours pourra légitimement faire l'objet d'une
transposition didactique pour être introduite dans le contenu d'enseignement
des cours de français sur objectifs spécifiques. Il est à noter que ce concept de
transposition didactique est entendu, avec P. Jonnaert (1996 :122) comme «la
transformation d’un objet de savoir en un objet d’enseignement », étant bien
entendu que celui-ci «se transformera au cours de la relation didactique en un
objet d’apprentissage» (op.cit.). Nous aimons bien l’idée que la transposition
didactique ne prend pas fin avec la préparation d’un cours, mais qu’elle
continue durant sa prestation : «Toute transposition didactique se prolonge
donc dans la relation didactique elle-même» (op.cit). Bien entendu, pour que
les éléments du savoir puissent devenir objets d’enseignement et jouer un rôle
dans le processus d’apprentissage, la sélection de savoir à enseigner et des
transformations adaptatives sont à envisager, comme l’indique Y. Chevallard
(1991:39) : «Un contenu de savoir ayant été désigné comme savoir à enseigner

344
subit dès lors un ensemble de transformation adaptatives qui vont le rendre
apte à prendre place parmi les objets d’enseignements».

3. Propositions d'activités

Cette dernière section de notre thèse expose, en quelques lignes


essentielles, des propositions d’activités tenues dans le cadre de l’enseignement
du français aux apprenants scientifiques. Ces activités sont à concevoir non
comme une fin en elles-mêmes, mais surtout comme des points de départ ou
des suggestions pour que les enseignants de français puissent en constituer
d'autres, plus faciles ou plus complexes, au gré des besoins si variables de leurs
publics.

Notre projet didactique, visant l’acquisition du savoir-écrire, va


s'appuyer sur deux compétences.

3.1. La compréhension du document scientifique

Le fait que tout scientifique est avant toute chose un grand lecteur
d'articles, de documents, d'ouvrages de différents genres relatifs à sa spécialité
montre qu'il y a là un domaine important de la pratique de lecture qu'il n'est pas
possible d'ignorer. Par ailleurs, il ne fait pas de doute que la lecture constitue
une aide particulièrement utile à l'écriture. Et cette façon de procéder, associant
lecture et écriture, activité de compréhension et activité de production, nous
parait susceptible d'amener progressivement l’apprenant à prendre efficacement
ses distances par rapport à sa propre production, de façon à être capable d'y
déceler lui-même, à la relecture, d'éventuelles malformations et d'y apporter
spontanément les retouches nécessaires.

C'est dans cette perspective que nous décidons d'accorder, dans notre
projet didactique, de la place aux exercices de lecture avant de passer aux

345
activités d’écriture, l’objectif étant d'attirer l'attention des étudiants sur la
cohérence d’un texte scientifique et les phénomène textuels qui y participent, le
rôle important de ces phénomènes dans la construction de la cohérence. En
d’autres termes, cette phase vise à entraîner systématiquement les étudiants sur
les spécificités linguistico-textuelles du discours d’explication scientifique leur
permettant de mieux les utiliser lors de l’étape de la rédaction.

Pour ce faire, nous partirons toujours d'un texte ou d'un fragment de


texte authentique comme support. Dans un premier temps, l'acquisition des
procédés textuels et discursifs apparaissant dans le texte scientifique peut
privilégier une vision plutôt analytique des problèmes posés. Cependant, après
des années d'expérimentation, nous avons pu constater que cette activité
didactique centrée sur l'analyse textuelle avait besoin d'être complétée par une
autre pratique facilitant la mise en place d'une vision plus synthétique du
discours, afin de schématiser l’activité amenant à la production écrite.

En ce sens, et sur la base de la démarche proposée par S. Eurin Balmet


& M. Henao de Legge (1992:154) nous proposons les activités suivantes pour
la phase de compréhension de documents scientifiques :

1.Repérage d’un certain nombre d’ indices grâce au péritexte:

+ le contexte (origine du document, date, nom de l’auteur) : Grâce à ces


premiers éléments, on peut connaître la nature du document (s’agit-il d’un texte
pédagogique, scientifique, spécialisé ou de vulgarisation, à quel type de lecteur
ce document s’adresse-t-il ?)
+ hypothèses de lecture à partir du titre et sous-titre.
+ confirmation ou infirmation de certaines de ces hypothèses de lecture
à l’aide d’autres éléments (chapeau, aspects visuels: illustration, graphiques,
schémas, tableau).
+ mise en relation des titres et des illustrations.

346
+ synthèse : de quoi est-il question dans le texte ?

2. Travail sur l’ organisation générale du texte :

+ faire repérer les différentes séquences, les marques spécifiques qui


articulent les séquences et les mots clés.
+ faire procéder à une lecture balayage de chaque séquence, en
s’appuyant sur les éléments iconographiques les plus importants.
+ observation de l'organisation textuelle: faire ressortir la structure du
texte en vue de l’écriture d’un autre texte du même type.

3. Analyse linguistique : repérage et identification des récurrences, des


moyens qui assurent la cohésion textuelle: des anaphores, des expressions de
cause ou de conséquence, des articulateurs logiques … employés dans le texte.
Des séquences didactiques à part consacrées à la reconnaissance de ces
spécificités de cohérence textuelle pourront également être envisagées.

4. Synthèses des observations et des remarques :

+ faire le point sur le thème , le genre, l’ organisation textuelle du texte


ainsi que les moyens linguistiques utilisés en vue de servir à sa cohérence.
+ faire une synthèse méthodologique relative aux stratégies de lecture.

A remarquer que ces différentes étapes ne sont pas toujours abordées


dans l’ordre ci-dessus, ceci de manière à rendre l’enseignement plus varié et
surprenant pour les étudiants. Ils n’ont pas l’impression d’être impliqués dans
une exploitation de routine au détriment de leur intérêt pour le texte à étudier.

En ce qui concerne les modalités de réalisation des exercices de cette


phase, nous recommandons que ceux-ci soient menés sous forme de travail de
groupes et de préférence en classe. Ensuite, les étudiants sont invités à faire une

347
synthèse sur ce qu'ils croient avoir acquis au niveau des phénomènes textuels
auxquels ils ont été sensibilisés. C'est par ce travail de synthèse que nous
espérons systématiser les connaissances linguistico-textuelles des étudiants, qui
sont jusqu'alors présentées de manière implicite.

3.2. La production écrite

Comme nous avons pu constater à la suite de notre travail d’analyse réalisé


dans la troisième partie, la production d’un discours comportant des explications
scientifiques suppose un ensemble de savoirs et de savoir-faire multiples:

- pragmatiques, d'abord: il faut être capable de préciser très exactement


le but du discours (on explique pour quoi ?), son destinataire (on explique pour
qui ?), les conditions mêmes de l'énonciation (le discours est tenu où ? quand ?
la trace de la présence des acteurs de communication).
- discursifs: il s'agit là, essentiellement, d'être capable de sélectionner les
informations à communiquer et de les organiser suivant des procédés
d’organisation propres au genre discursif à produire.
- linguistiques: ces savoirs mettent en oeuvre la maîtrise des outils
linguistiques permettant la mise en texte conforme aux règles de formation
textuelle.

Il est important de souligner que la notion d'orientation argumentative


doit être évoquée pour que l’étudiant, apprenti-rédacteur, puisse gérer au mieux
ses idées. L’étudiant doit prendre en conscience que l’orientation
argumentative sera importante car cette intention déterminera:

- le choix de certains arguments prioritairement retenus pour conduire à


une conclusion précise.

348
- le choix des connecteurs qui relieront des idées soit en valorisant leur
enchaînement logique (cause-conséquence) soit en soulignant leurs
contradictions, en cas de contre-argumentation.

Les savoirs et savoir-faire sont donc nombreux; cependant, c'est


essentiellement aux activités visant à développer chez l’apprenant la
compétence de production d’un discours d’explication scientifique cohérent
que nous consacrerons les lignes qui suivent. Il s’agit d’ amener les étudiants à
s’ exprimer d’ abord de façon guidée, ensuite plus librement, de manière à
permettre le réinvestissement des acquisitions, à savoir le prototype, le système
énonciatif, les organisations textuelles et les structures sur lesquels ils ont déjà
travaillé au cours de la lecture du document.

3.2.1. Les exercices d’écriture guidés :

Les activités proposées aux apprenants pourraient être les suivantes:

- Texte lacunaire : L'enseignant choisit dans un texte, selon un objectif


fixé, un certain nombre de mots qu'il va effacer dans l'exemplaire remis aux
élèves. Ces mots peuvent être choisis pour leur faire travailler sur la structure et la
logique du texte scientifique (articulateurs logiques ou organisateurs temporels,
par exemple). L'objectif est d'amener l'apprenant à formuler des hypothèses sur les
mots manquants en s'appuyant sur le contexte (nature et sens) et à proposer un ou
plusieurs termes possibles (corrects quant à la forme et pertinents quant au fond).

- Reconstituer un texte découpé en parties placées dans le désordre:


Cet exercice a pour objectif de faire prendre conscience de l'importance des
connecteurs, des marqueurs de temps, des anaphores, dans la logique d'un texte
scientifique. Il aide l’étudiant à savoir reconstruire le plan d’organisation des idées
dans un texte et donc la représentation globale de celui-ci et savoir rétablir la
chaîne argumentative développée, savoir repérer la relation entre les paragraphes

349
ou les parties d’un texte. Les apprenants peuvent commencer par la lecture du titre
et la formulation d'hypothèses sur le contenu de l'article. On s'attache ensuite à
faire repérer les articulateurs, les éléments anaphoriques. La première fois, les
apprenants peuvent chercher ensemble le premier paragraphe en faisant justifier
chaque proposition. L'exercice est ensuite fait individuellement et corrigé
collectivement. Nous reproduisons ici un exemple de ce type d’activité proposé
par S. Eurin Balmet et M. Henao de Legge (1992) dans Pratique du français
scientifique:

Consigne: Toutes les phrases composant ce texte ont été mélangées.


Recomposez-le en s'appuyant sur l'organisation textuelle logique du texte (anaphores,
connecteur logiques, relation causale...)
Le renouvellement des cellules
a. Il s'en forme continuellement dans la moelle rouge de l'extrémité des os
longs et à l'intérieur des os plats: 150 à 200 milliards par jour !
b. Voici quelques exemples du renouvellement cellulaire:
c. Les autres cellules sanguines, c'est-à-dire les diverses catégories de globules
blancs, sont elles aussi remplacées grâce à une production incessante réalisée au
niveau de la moelle osseuse.
d. Les globules rouges, cellules sanguines spécialisées dans le transport des
gaz, ont une durée de vie très limitée (120 jours en moyenne)
e. On a évalué que l'épiderme se renouvelle ainsi totalement en quelques
dizaines de jours.
f. Les cellules de l'épiderme se renouvellent rapidement
g. Sur une coupe de peau par exemple, on peut voir que l'épiderme est formé
de plusieurs couches: la couche basale prolifère par des divisions cellulaires
repoussant en permanence les couches supérieures qui sont finalement éliminées par
une desquamation des cellules mortes les plus externes.

Par ailleurs, ce type d'exercice permet également de travailler sur les


notions de macro-structure, de super-structure, introduites par la linguistique
textuelle et extrêmement sollicitées dans la reconnaissance ou la production de
documents professionnels. A propos de ces notions de macro-structure, de super-

350
structure, nous retenons les définitions suivantes proposées par M-F. Ehrlich,
A.Charles et H. Tardieux (1992 :185) : « La macrostructure traduit l’organisation
globale du texte : c’est une représentation sémantique de la signification du texte
considéré comme une totalité [...]. La superstructure est une structure
conventionnelle, commune à certains types de textes appartenant à une certaine
culture. Les superstructures sont des principes d’organisation des textes. »

Nous proposons, à titre d’exemple, un exercice suivant:

Consigne : Remettez dans l’ordre ce texte en s’appuyant sur le schéma


d’organisation du texte explicatif (ou en respectant la superstructure du texte
explicatif).

a. La crème va ensuite être ensemencée avec des bactéries, cette étape, qui
s’effectue dans une température allant de 12 à 18 C° va permettre sa maturation.
b. A la sortie de la centrifugeuse, la plupart des crèmes sont pasteurisées, et ce
à une température de 95 à 98 C° pendant 30 secondes pour s’assurer de l’absence de
tout microbes.
c. Comme le beurre, elle provient de l’écrémage du lait.
d. La façon dont cette étape est réalisée va agir sur la texture, le goût et
l’acidité de la crème et lui donner ainsi toutes ses caractéristiques propres.
e. L’obtention de la crème est le résultat d’un processus naturel.
f. Lorsque le lait repose, les globules de matière grasse plus légers que l’eau,
remontent à la surface et forment une couche de crème. Qu’il suffit de récolter.

- Activités de reformulation: La reformulation d'énoncés consiste en


des retours sur le déjà dit, des anticipations, des remplacements, des
explicitations, des paraphrases par le biais d'éléments métalinguistiques. Ces
procédés sont particulièrement présents dans les discours de spécialité, de
vulgarisation ou d’explication scientifique comme nous l'ont montré les
analyses dans la troisième partie (cf. Chapitre 9). Ils mettent en avant le
caractère polyphonique des énoncés. La maîtrise de la paraphrase, par exemple

351
peut constituer un objectif stylistique: comment peut-on dire la même chose de
plusieurs façons en fonction du public? Comment dire un maximum
d'informations avec un minimum de mots ?

De même, dans le cadre des activités d’écriture des textes scientifiques,


les occasions de reformulation sont nombreuses et variées. Une bonne maîtrise
des procédés de reformulation permettra donc aux étudiants de se doter des
moyens sûrs pour l'adaptation d'un discours à son public. A cet effet, on peut
par exemple demander aux étudiants de traduire un langage spécialisé en un
langage commun afin de les sensibiliser à la nécessité d'adapter les propos au
lecteur en fonction de son fond de savoir, son niveau de langue...Les deux
exercices suivants tirés de la méthode « Sciences-techniques.com »
(Z.Lahmidi :2005) nous en donnent un exemple :

1. Reliez les éléments de la colonne A et ceux de la colonne B :

Termes Définitions
Biosphère Regroupe deux éléments indissociables réagissant l’un sur
l’autre : la biocénose, une communauté animale et végétale, et
le biotope, le milieu que cette communauté occupe
Photosynthèse Une zone qui entoure le globe et où la vie se maintient grâce à
l’énergie solaire et dont les éléments sont relativement
indépendants les uns des autres
Ecosystème Processus par lequel l’énergie lumineuse est transformée en
énergie chimique

2. Lisez le texte suivant. Développez une argumentation en réorganisant


les idées essentielles du texte pour démontrer l’hypothèse selon laquelle le
mode de vie moderne serait une cause première de la maladie de l’asthme.

352
Asthme et pollution urbaine : un lien controversé

Maladie commune et souvent très spectaculaire, l’asthme - qui peut être


mortel - augmente en nombre de cas de 6 à 10% par an chez les enfants des pays
d’Europe de l’Ouest. Si la population urbaine et industrielle constitue de façon
indéniable un facteur aggravant, elle ne serait pas la cause première de cette
augmentation au fil des ans. En effet, remarque le Pr.Michel Aubier, chef du service
de pneumologie de l’hôpital Bichat à Paris, « depuis 20 ans, la population urbaine a
considérablement diminué dans les pays développés, alors que la fréquence de
l’asthme a accompli un mouvement inverse »
Des enquêtes récentes ont en effet montré qu’il y a autant d’asthme en Arles
qu’à Fos-sur-Mer et Munich, ville très verte, compte davantage d’asthmatiques que la
très industrielle Leipzig. Ce spécialiste rappelle que l’homme « moderne » passe en
moyenne 92% de son temps dans les locaux (bureaux, usines, maisons), 5% dans les
transports et 3% seulement à l’air libre. Pour le Pr.Aubier, l’augmentation brutale de
cette affectation respiratoire s’expliquerait par une conjugaison de facteurs, parmi
lesquels : la vie en milieu confiné et de plus en plus souvent climatisé,
l’accroissement de l’exposition aux allergènes de l’habitat (acariens, chiens, chats,
moquettes), la consommation d’aliments trop salés, le manque de fruits frais,de
vitamines et de magnésium.
Une autre constatation a été faite par les pneumologues : il y a plus de
maladies infectieuses dans les pays de l’Europe de l’Est que dans ceux d’Europe de
l’Ouest, mais nettement moins d’asthme. Une observation qui conforte, selon le
Pr.Aubier, l’hypothèse du rôle des vaccinations dans la recrudencence de cette
affection respiratoire (voir cette chronique, mars 1997).

Revue Découverte, No 253, décembre 1997

Utilisez les articulateurs logiques pour exprimer :

Une concession
Une explication par comparaison
L’addition + l’opposition
Une énumération des arguments
Un dernier argument pour conclure

353
- Résumer un texte: Cette activité a pour objectif d'aider les étudiants à
s'entraîner à la production de leurs propres discours scientifiques. Il s'agit ici d'une
épreuve ouverte permettant aux étudiants de réinvestir le lexique scientifique et les
acquisitions telles que la progression thématique, l'exemplification, l'utilisation des
reformulations, des connecteurs, des nominalisations,... En effet, un résumé ou un
compte-rendu de lecture suppose un travail de reformulation des idées de l'auteur
avec ses propres mots. Il faut donc trouver des expressions, des termes équivalents
et posséder des techniques de condensation syntaxique qui permettent de réduire le
texte sans en trahir le sens global. Par ailleurs, comme nous l’avons dit plut haut,
les exercices de résumé proposés aux étudiants supposent de repérer les exemples,
d'apprécier justement leur statut et de les traiter en conséquence au moment de la
rédaction du résumé. De même, la contraction de textes se prête parfaitement à une
vérification de l'emploi spontané de nominalisations par les étudiants.

Dans ce type d’activité, il s'agit de garantir l'efficacité du discours au


niveau global, ce qui requiert une aptitude non seulement à organiser les
informations apportées par le texte - en gros, savoir calculer ce qui doit être dit
d'abord pour assurer l'accessibilité de ce qui est dit ensuite - mais à effectuer un
ensemble de "micro-opérations" telles que choisir les éléments lexicaux,
changer de mode d'énonciation, gérer les éléments qui introduisent les relations
(connecteurs et marqueurs d'organisation textuelle), formuler une conclusion...

- Sensibilisation à la cohérence textuelle d'un écrit scientifique

On peut proposer l'exercice suivant à titre d’illustration:

1. Voici cinq affirmations:

- La fermentation est un des plus vieux exemples de ce que l'on appelle aujourd'hui
biotechnologie
- Il existe plusieurs types de fermentation
- Le yaourt est fabriqué à partir de l'ensemencement du lait avec les deux ferments
lactiques

354
- La fermentation du lait entraîne toute une série de modifications intéressantes.
- Dans le cas des laits fermentés, c'est le lactose qui est transformé par les ferments
lactiques en acide lactique.

Ecrivez un court texte contenant toutes ces propositions et rien qu'elles;


mettez-les dans l'ordre qui vous parait le mieux convenir et rattachez-les à l'aide de
mots de liaison.
Texte A:

2. Voici maintenant trois définitions de termes que vous avez employées dans
votre texte A:

- fermentation: l'ensemble des transformations qui s'effectuent sous l'influence de


micro-organismes.
- biotechnologie: le recours à des micro-organismes vivants pour produire certains
aliments
- lactose: sucre du lait

Réécrivez votre texte A en y intégrant les définitions ci-dessus sans supprimer


les termes définis; vous pouvez adapter leur formulation si vous le jugez nécessaire.
Texte B:

3. Voici maintenant quelques informations complémentaires:

- On distingue deux types de fermentation: la fermentation alcoolique et la


fermentation lactique
- Le yaourt doit contenir deux bactéries lactiques: le Lactobacillus Bulgaricus qui lui
apporte son acidité et le streptococcus Thermophilus qui développe ses arômes.
- La fermentation du lait rend le produit plus digeste, conduit à la formation de
vitamines supplémentaires et rend certains minéraux plus faciles à assimiler.

Réécrivez votre texte en y intégrant ces informations. Vous respecterez autant


que possible leur formulation.
Texte C:

355
Cet exercice vise successivement à mettre en œuvre les trois capacités
suivantes:

- capacité à élaborer un texte cohérent à partir d'une série de propositions, à


l'aide de mots de liaison appropriés.
- capacité à introduire dans un texte cohérent les définitions de certains
termes à l'aide de marqueurs de reformulation, par exemple.
- capacité à introduire dans un texte cohérent des exemples à l'appui de
certaines assertions.

3.2.2. La rédaction d’un texte scientifique

Les activités de rédaction réalisées dans cette phase sont destinées à


assurer une appropriation efficace de la cohérence textuelle: du fonctionnement
singulier des articulateurs aux pratiques de réécriture qui mettent en jeu tous les
marqueurs de cohérence. Elles visent le réinvestissement des savoirs et des
savoir-faire, acquis lors de la phase précédente, dans la production. Elles
mettent en jeu des compétences qui ne relèvent pas seulement d'un français de
spécialité mais de l'usage de la langue dans son ensemble et plus
particulièrement d'aptitudes à saisir, dans un discours, ce qu'un concept a
d'indispensable et d'utile. Ces aptitudes concernent la caractérisation, la
hiérarchisation, la thématisation, la paraphrase, la reformulation; bref, la
compétence à structurer une pensée en français au sein d'un discours construit
et socialement adapté. C’est-à-dire qu’elles exigent que les étudiants sachent
utiliser des connaissances linguistico-textuelles synthétisées lors des phases
précédentes pour accomplir les tâches d'écriture demandées. Nous espérons
également que ces exercices permettront aux étudiants de recontextualiser le
processus de construction d'un texte, c'est-à-dire de prendre conscience
comment un texte avant de se présenter comme produit fini est construit par le
scripteur et pourquoi il est ainsi construit. Partant de là, les étudiants seront plus

356
convaincus de l'importance et de l'efficacité des moyens linguistiques assumant
la transmission de savoirs acquis dans les phases précédentes.

357
CONCLUSION GENERALE

358
CONCLUSION GENERALE

Cette partie de notre travail ne peut conclure qu’une étape de recherche,


une première que nous avons entreprise dans un laps de temps déterminé et
dans des conditions particulières. C’est donc une conclusion pour ne pas
conclure.

Au terme de cette thèse, nous voudrions faire un rappel synthétique des


objectifs et du cheminement de notre recherche, évaluer les résultats et les
apports qu’elle a permis d’établir et tracer enfin quelques perspectives pour un
prolongement possible.

Notre travail de recherche s’inscrivait pleinement dans un mouvement


très vivant qui se développe depuis quelques années dans les universités
vietnamiennes : l’enseignement du français sur objectifs spécifiques. Il prenait
comme point de départ une réflexion sur les problèmes de dysfonctionnement
textuel que rencontrent les apprenants vietnamiens dans leur rédaction
scientifique en français. Partant de ce constat, nous avons trouvé dans l’analyse
des productions d’étudiants une voie de recherche intéressante et profitable à la
didactique des langues sur objectifs spécifiques comme le souligne M-J.
Béguelin (2000) :

En matière de langue écrite, les besoins en formation évoluent rapidement, au gré du


renouvellement des publics concernés et des types de texte à maîtriser. Pour ne pas se
laisser distancer, les responsables de l'enseignement sont conduits à repenser en
permanence, en termes d'efficacité, les contenus d'enseignement/apprentissage
proposés dans les différentes filières de formation. L'analyse d'erreurs représente, à
notre sens, une phase importante dans ce processus d'adaptation. (2000 :106)

Notre travail s’est donc fixé pour objectifs de trouver une nouvelle piste
d’intervention didactique pertinente et de concevoir une démarche didactique

359
selon la piste déterminée afin d’améliorer la qualité de
l’enseignement/apprentissage de l’écrit tenu dans un cours de français sur
objectifs spécifiques.

Nous rappelons brièvement les trois hypothèses qui motivent le présent


travail de recherche :

- Le sujet de notre recherche impose en premier lieu une étude sur la


cohérence dans les écrits visant à expliquer les faits scientifiques produits par
les étudiants scientifiques vietnamiens. Pour comprendre en quoi leur écrit est
considéré comme discohérent, il va de soi que nous devons étudier la
construction de la cohérence dans un discours d’explication scientifique en
français. Ce qui nous a amené à une première question : comment le discours
d’explication scientifique (cas du discours agronomique) construit-il sa
cohérence pour expliquer et transmettre des connaissances scientifiques.

- En partant de l'hypothèse qu'il existe des procédés spécifiques


constituant la cohérence et la clarté des explications scientifiques en français,
nous aimerions savoir comment nos apprenants vietnamiens s'y prennent pour
produire un document scientifique en français. Nous sommes motivé par la
deuxième hypothèse selon laquelle le dysfonctionnement textuel rencontré par
les apprenants vietnamiens dans leur rédaction scientifique est dû en grande
partie à la prise en compte insuffisante des phénomènes de cohérence détectés.

- Les langues naturelles, malgré certains traits universaux qui se


recoupent ont chacune des caractéristiques linguistiques et textuelles propres
qui ne seront pas automatiquement transférables dans une autre langue, surtout
dans le cas des langues très éloignées comme le français et le vietnamien, ce
qui nous a amené à une troisième hypothèse: le vietnamien scientifique ne
dispose pas de mêmes procédés linguistiques que le français dans la
construction de sa cohérence textuelle et des interférences venant des

360
habitudes langagières en langue maternelle constituent un blocage pour les
étudiants à l'acquisition des phénomènes de cohérence textuelle spécifiques au
français.

Ce sont ces trois hypothèses de travail qui ont servi de fil conducteur à
nos réflexions et que nous devions vérifier en mettant en place des moyens
d’investigation. Pour ce faire, nous avons recueilli un ensemble de corpus qui
est constitué de deux sources principales :

- Le premier volet est constitué des articles scientifiques à visée


explicative issus de revues scientifiques françaises. Ce sont les données qui
nous ont paru les plus appropriées pour atteindre notre premier objectif de
recherche: cerner avec précision les composantes de la cohérence d'un discours
spécialisé à visée explicative. Quant à la démarche d’analyse adoptée, il
importe d’étudier le recueil de textes non seulement dans sa dimension
textuelle au niveau micro-structurel et macro-structurel, mais encore dans sa
configuration pragmatique, sous ses aspects thématique, énonciatif,
argumentatif.

- Le deuxième volet de corpus est constitué des productions écrites des


étudiants de la filière agro-alimentaire rédigées en français dans le cadre de leur
mémoire de fin du cursus. Les hypothèses que nous avons formulées sur la
nature de l'objet de notre étude ainsi que ses impacts sur les productions
d'étudiants nous ont fait rapidement éliminer une enquête par questionnaire à
volonté statistique qui nous a semblé peu pertinente, voire dénué de sens dans
le contexte qui nous concerne. En effet, cet instrument d’observation, défini
comme « une interrogation particulière portée sur une situation comprenant
des individus, et ce, dans un but de généralisation » (Ghiglione R. et
Matalon B. 1998 :11) ne nous fournit pas de données utiles pour la vérification
des hypothèses; celle-ci exige au contraire un travail d’analyse intensive
portant sur une situation contrôlée avec un public bien déterminé, donc un

361
champ bien restreint, d’où le caractère peu adéquat d’une enquête par
questionnaire, comme le soulignent R. Quivy et L. Van Campenhoudt (1995):

Si le chercheur étudie le contenu d’articles de presse, l’usage d’un questionnaire n’a


aucun sens. Si ses hypothèses lui imposent de mener un travail d’analyse intensive
portant sur un champ restreint, par exemple une seule entreprise, l’usage du
questionnaire peut être tout à fait insatisfaisant et, le plus souvent, absolument inutile
et injustifié. (1995 :188)

Les analyses de deux volets de corpus nous ont permis de dégager tout
un réseau d’indices nous conduisant à émettre, dans les bilans respectifs, des
constats susceptibles de servir aussi bien de réponses aux interrogations qui
nous ont été posées par la problématique que de repères pour l’élaboration d’un
projet didactique visant à améliorer la qualité de notre enseignement.

L’analyse du corpus d’articles scientifiques français nous a permis de


confirmer notre hypothèse de départ: le discours d’explication scientifique
construit sa cohérence textuelle autour de certains phénomènes spécifiques qui
lui sont propres :

- Au niveau énonciatif, outre des phénomènes linguistiques


caractéristiques de la représentation qui est faite du discours scientifique
(effacement des marques de présence des instances énonciatives, choix massif
du présent de l'indicatif, taux faible d'appréciatifs et d'évaluatifs, recours
fréquent à la forme passive et aux constructions impersonnelles, bref toute
stratégie qui vise à accroître l'objectivité du discours et donc la scientificité des
explications), l'explication scientifique dispose également de stratégies
énonciatives spécifiques qui sont au service de sa visée argumentative:
présence implicite du scripteur dans ses explications, énonciation implicite
fondée sur un univers de références communément partagé entre les partenaires
de l’échange verbal, hétérogénéité de voix, usage fréquent du conditionnel
assurant une fonction d'affirmation atténuée.

362
- Au niveau thématique, l’objet du discours est clairement désigné dans
les textes de façon à assumer la continuité thématique et il progresse
prioritairement selon le schéma de progression à thème constant (type de
progression dominant). Cependant, les progressions de type linéaire et dérivé
sont également présentes en fonction du souci du scripteur de faire passer
l'information de manière la plus efficace possible. Au niveau référentiel, le
discours d'explication agronomique assoit sa cohérence sur son parcours du
sens par une série de procédés textuels: présence d'une intense activité de
reformulation dans les explications scientifiques : paraphrases, structures
définitoires, usage du verbe copule être ou des signes typographiques ;
nominalisation, substitution nominale (notamment anaphore conceptuelle et
infidèle).

- Sur le plan argumentatif, le discours d'explication agronomique


souhaite atteindre différentes finalités à savoir le faire-savoir, le faire-
comprendre et le faire-croire, finalités qui fondent sa légitimité et sa raison
d'être. Elle assoit sa visée argumentative sur des énoncés à forte valeur
illocutoire et surtout sur une énonciation implicite porteuse d'une orientation
argumentative .

- Quant à la cohérence au niveau de la mise en texte linguistique, elle


repose sur des relations sémantiques qui sont établies sur des relations causales,
des marqueurs d’exemplification et sur des connecteurs argumentatifs et des
marqueurs d'intégration linéaire.

Ce travail d'analyse nous a révélé que le discours d’explication


scientifique, pour être considéré comme un tout global et cohérent, doit être
décrit dans sa configuration pragmatique et dans son organisation textuelle. Il a
remis en question nos habitudes d'enseignement jusqu'alors focalisées sur la
dimension linguistique pour nous ouvrir aux perspectives pragmatiques de la
cohérence textuelle.

363
Après avoir obtenu la validation de la première hypothèse de recherche,
c’est-à-dire que les traits spécifiques de cohérence supposés ont été détectés,
nous avons poursuivi notre étude avec une deuxième analyse sur les
productions d’étudiants. L’objectif est de mettre en évidence les difficultés de
nos étudiants scientifiques face à l’écriture et d’en déterminer les causes qui ont
servi de fondement et de déclencheur à nos propositions de remédiation.

L'analyse du corpus de productions d'étudiants nous a amené aux


conclusions suivantes: Si l'appropriation des règles grammaticales au niveau de la
construction phrastique est généralement bien assurée chez les apprenants
vietnamiens, celle de la textualité est plus problématique, qui s'explique par une
prise en compte insuffisante des outils de cohérence propres au discours
scientifique et par des interférences venant des habitudes langagières en langue
maternelle :
- le pronom neutre "on" est largement utilisé au détriment de l'emploi des
constructions passives ;
- la question de la dimension intertextuelle (citation, données de sources
extérieures…), importante dans une explication scientifique, n'est pas prise en
considération ;
- les questions d'organisation textuelle semblent avoir été laissées de
côté avec de nombreuses ruptures dans la continuité thématique;
- les maladresses portant sur des progressions illogiques ne permettent
pas au lecteur une appréciation de la clarté ou de la cohérence de leur écrit.

Nous constatons également chez nos apprenants de grosses lacunes quant à


la reprise des références. La construction des relations sémantiques est limitée,
confinée à des répétitions pures et simples des éléments référentiels, à quelques
rares reformulations paraphrastiques. Les substituts nominaux, les anaphores
conceptuelles sont presque absents. Si le contenu des savoirs énoncé dans les
textes reste vague et insuffisant, la question du raisonnement est peu
convaincante pour la plupart des copies du fait d'un listage d'arguments allant
dans le même sens, ce qui dévalorise la visée argumentative du discours. Au

364
niveau des connexions, l’analyse nous a montré des insuffisances relatives à
l’usage des connecteurs, surtout les connecteurs logiques qui marquent des
relations (la justification, la paraphrase, la récapitulation,... notamment les
relations causales, pierre angulaire de l'exposition scientifique).

Nous sommes conscient que les résultats obtenus à travers cette analyse
de productions d’étudiants sont contextualisés car ils se rapportent uniquement
à la réalité de la situation d’enseignement du FOS à l’Université de Cantho.
Nous espérons cependant que les données obtenues au moyen de cette analyse
représenteront une source de connaissances utiles pour tous ceux qui
s’intéressent à la situation, notamment pour les futurs chercheurs dans ce
domaine.

Enfin, en partant du souci personnel de savoir quelle démarche on


pourrait adopter pour remédier à ces faiblesses des apprenants vietnamiens,
nous avons abouti à nos propres suggestions méthodologiques pour entraîner
les étudiants à un meilleur accès aux documents écrits dans leur domaine de
spécialité. Les activités proposées, considérant la linguistique textuelle comme
un domaine de référence théorique important, sont conçues non comme une fin
en elles-mêmes, mais surtout comme des points de départ ou des suggestions
pour que les enseignants de français puissent en constituer d'autres, plus faciles
ou plus complexes, au gré des besoins si variables de leurs publics.

Arrivé au terme de ce travail, nous pensons avoir atteint dans une


certaine mesure les objectifs fixés, en n’oubliant jamais que l’ambition est
toujours plus grande que la capacité personnelle. Mener une recherche, pour
apprendre à faire de la recherche, est pour nous un intérêt majeur. Etape par
étape, nous avons découvert des choses passionnantes mais aussi reconnu les
maladresses que nous avons commises au cours de notre travail. En terminant
ce travail, un recul est nécessaire pour comprendre ce qui a été bien fait, ce qui
mérite d’être rectifié, avant de nous engager dans une nouvelle investigation.

365
Comme nous avons eu l’occasion de le dire, étant donné la complexité
de la question posée, notre investigation ne peut pas englober tous les aspects
de la cohérence du discours pour dégager toutes les données impliquées. C’est
pourquoi, certaines questions n’ont pas été abordées ou partiellement abordées
lors de la conception de ce travail: la question du paratexte, la question de
l’interculturel, la méthodologie fonctionnelle, l’étude contrastive entre les deux
langues de spécialité 8 : le français scientifique et le vietnamien scientifique, les
questions théoriques liées à la didactique de l’écrit...Toutes ces questions
ouvrent des champs de recherches qui dépassent la capacité individuelle d’un
chercheur. Un travail d’équipe à envisager, la complémentarité et
l’interdisciplinarité deviennent une nécessité pour aller plus loin.

Il est encore à souligner le caractère bien délimité de notre recherche:


nos hypothèses nous imposent de mener un travail d’analyse intensive portant
sur un champ restreint (des articles scientifiques français à thème agronomique
et des mémoires en français produits par un nombre limité d’étudiants
vietnamiens dans un cadre bien précis), travail qui a donc lieu d’être une étude
de cas. Dans cette perspective, nous rappelons encore que l’usage d’une
enquête par questionnaire n’a aucun sens car une telle entreprise s’avère inutile
et injustifiée dans la mesure où elle vise un ensemble de répondants, le plus
souvent représentatif d’une collectivité, d’une communauté. Notre choix de
travailler à partir des documents existants, en quelque sorte, à notre recherche,
s’inscrit donc dans ce constat de R. Quivy et de L. Van
Campenhoudt (1995:209): « Le choix entre les différentes méthodes de recueil
de données dépend des hypothèses de travail et de la définition des données
pertinentes qui en découlent ».

8
Nous avons entamé dans ce présent travail une première comparaison entre le vietnamien
scientifique et le français scientifique mais nos réflexions restent encore intuitives et se fondent sur les
observations. Les études plus approfondies et plus scientifiques à ce sujet sont à envisager.

366
Dans ce contexte, le recueil de données a été effectué dans un cadre
limité, auprès d’un échantillonnage restreint. Par conséquent, les résultats de
cette recherche n’ont pas de vocation généralisante. Toutefois, nous avons pu
nous en servir pour dégager des marques de cohérence utilisées dans un
discours d’explication scientifique et pour nous rendre compte des difficultés
de nos apprenants scientifiques quant à l’appropriation de ces outils dans leur
rédaction.

Perspectives de recherche

Ce travail de recherche est loin d’être un aboutissement final. Il reste


encore de nombreux travaux à conduire dans la continuité de cette thèse. Nous
présentons donc, pour clore cette dernière partie de la thèse, quelques
perspectives didactiques mais aussi de recherche qui s’inscrivent dans le
prolongement du présent travail.

L’étude de la cohérence d’un discours d’explication aurait pu être menée


selon une orientation comparative entre deux langues de spécialité. Il y a dans
les études comparatives de domaines de spécialité, à notre avis, une voie de
recherche intéressante et profitable à la didactique des langues étrangères sur
objectifs spécifiques. Cependant, si nous savons, après ce travail de recherche,
comment est construite la cohérence d’un discours agronomique en français,
nous ignorons beaucoup du discours scientifique vietnamien. Cette étrangeté
tient du fait que le vietnamien de spécialité jusqu’à présent ne figure pas parmi
les préoccupations prioritaires des linguistes vietnamiens: il y a très peu de
recherche dans ce domaine. Maîtrisant désormais la méthode d'exploration de
textes de spécialité, nous pourrions dans l'avenir entreprendre une étude plus
approfondie sur le vietnamien scientifique. On pourrait s'attendre à des
contrastes pragmatiques et discursives qui font justement la spécificité et la
légitimité de chaque langue. De plus, mieux connaître les divergences et les
similitudes entre la langue vietnamienne et la langue française nous permet

367
d’améliorer la qualité de notre enseignement en tenant compte de la spécificité
de la langue maternelle des étudiants.

Une autre perspective sera de mener des projets de recherche portant sur
la relation texte/image dans les explications scientifiques car on s’aperçoit de
l’omniprésence de l’iconographie dans le paratexte des documents
scientifiques. C’est un outil qui sert à aider le lecteur à s’approprier des notions
ou des concepts scientifiques et qui participent également à la construction de
la cohérence des explications scientifiques. L’étude des images dans la
transmission des connaissances scientifiques est intéressante pour son côté
esthétique dans la mise en forme mais aussi pour l’orientation dans la
perception d’un texte scientifique.

Surgit ensuite un autre point épistémologique à éclaircir : est-il vrai que


le discours scientifique, en particulier le discours d’explication scientifique est
neutre en composante culturelle, comme le pensent beaucoup ? D. Lehmann
(1993 : 40) dit non à cette question, en estimant que « la communication
spécialisée est un bouillon de cultures » et que « les spécificités culturelles ne
concernent pas que les relations dans le travail; elles affectent également les
conceptions de la science, une histoire des idées forgées à l’ombre d’un
Descartes produit une physique française différente de la physique allemande
sous l’influence, elle, de la philosophie de Kant » (idem 1993 :44). Pour ce
faire, nous pensons qu’il sera utile de constituer une équipe de recherche
collective sur le terrain pour apporter des approfondissements à ce projet.

Enfin, à l’ère numérique où un certain nombre de communications


scientifiques passe par le réseau internet, le développement des corpus textuels
informatisés pose aussi de nouveaux questionnements. Quelles sont les
caractéristiques de cette nouvelle forme de communication? S'agit-il de
nouveaux genres de discours ? Dans l'analyse de ces nouvelles pratiques
discursives, faut-il appliquer des méthodes déjà existantes ? Peut-on baliser les

368
discours rapportés ? les séquences ? Ces questions font déjà l’objet d’un
colloque thématique en mai 2008 du Cercle Belge de Linguistique consacré aux
«Nouvelles approches en linguistique textuelle». En ce qui concerne notre
projet, parmi les phénomènes susceptibles d'intéresser aussi les chercheurs de
cette nouvelle forme de transmission de connaissance relevant de la
communication scientifique médiatisée par internet, nous pensons notamment à
la prise en charge énonciative des énoncés ainsi qu’aux aspects liés à
l'organisation de l'information. Ou bien, l’étude de la question de
l'hétérogénéité des genres sur laquelle J.-M. Adam n'a eu de cesse d'insister
dans ses travaux, nous paraît aussi intéressante pour cette nouvelle forme de
communication scientifique.

********

Le présent travail a été le lieu de questionnements concernant nos


préoccupations de pédagogue à la recherche de solutions remédiatrices aux
difficultés d’écriture de nos apprenants en français. Les investigations
entreprises au cours de ce travail peuvent être certes insatisfaisantes,
insuffisantes, mais elles ont du moins le mérite de nous avoir permis de prendre
du recul par rapport à nos savoirs épistémologiques, à notre travail de terrain, et
de réfléchir à notre intervention didactique. En tout état de cause, la formation
linguistique dont nous avons bénéficié est très instructive. Enfin, en ce qui nous
concerne, ce travail de thèse a constitué l’étape décisive dans notre formation
personnelle. Il nous a initié aux problèmes fondamentaux de la recherche
scientifique : problématisation, méthodologie, bibliographie, effort et prudence.
Surtout, nous voyons ce qu’il exige et aussi ce qu’il peut coûter.

Un travail qui arrive à son terme est pour son auteur un grand plaisir.
Mais le vrai plaisir qu’il en attend est que sa recherche soit utile. Nous espérons
que la nôtre le sera pour les travaux à venir.

369
BIBLIOGRAPHIE

370
BIBLIOGRAPHIE

ADAM J-M. (1977), "Ordre du texte, ordre du discours", Pratiques 13, Metz,
pp.103-111.
ADAM J-M. (1987), "Types de séquences textuelles élémentaires", Pratiques 56,
Metz, pp.54-79.
ADAM J-M. (1992), Les textes: types et prototypes, Nathan.
ADAM J-M. (1999), Linguistique textuelle, des genres de discours aux textes,
Nathan.
ADAM J-M. (2001), "En finir avec les types de textes" in BALL