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Procédés reconnus destinés au traitement

de l’eau potable

Impressum

© Office fédéral de la santé publique (OFSP)


Editeur : Office fédéral de la santé publique
Parution : août 2010

Complément d’information :
OFSP, Protection des consommateurs, Division Sécurité alimentaire, 3003 Berne
Téléphone +41 31 323 31 05, fax +41 31 322 95 74
E-mail: pierre.studer@bag.admin.ch, www.bag.admin.ch

Cette publication est également disponible en allemand et en italien

Chefs de projet : Adrian Auckenthaler (OFSP) et Urs von Gunten (EAWAG)


Réalisation : Matthias Sturzenegger (EAWAG), avec la collaboration de Markus Boller,
Thomas Egli, Wouter Pronk et Pierre Studer

Mise en page et illustrations : Silversign, visuelle Kommunikation, Berne


Photographies : Fotolia

Numéro de publication OFSP: VS 08.10 1200 d 400 f 100i 40EXT1011

Diffusion:
OFCL, Diffusion publications,CH-3003 Berne
www.publicationsfederales.admin.ch
Numéro de commande : 311.150.f

Imprimé sur papier blanchi sans chlore


Traitements de l’eau destinée à
la consommation
Table des matières
1. Avant-propos 2
2. Introduction 3
Evaluation des risques sur le bassin d’alimentation 3
Qualité de l’eau brute 3
Analyse des données disponibles 7
Campagne de mesures 7
Bilan physiochimique et microbiologique de l’eau brute
Description de l’eau brute 8
Offre et demande en eau 8
Tests initiaux : du laboratoire à l’installation pilote 8
3. Microorganismes 10
Introduction 10
Bactéries 10
Virus 12
Protozoaires 14
Comparatif des procédés 15
4. Substances contenues dans l’eau 17
Introduction 17
Substances contenues dans l’eau brute et secondaires à son traitement 17
Composés organiques naturels et synthétiques 25
5. Procédés de potabilisation de l’eau 34
Introduction 34
Prétraitement 36
Filtration 41
Desinfection, oxydation 50
Autres procédés utilisés dans la potabilisation de l’eau 68
Combinaison de procédés 72
6. Monitorage et instrumentation 75
Chlore 75
Dioxyde de chlore 75
Conductivité 76
Ozone 76
Particules 76
pH 77
Oxygène dissous 77
Absorbance/transmittance UV 77
Turbidité 78
7. Homologation des nouveaux procédés 79
Micropolluants 81
Microorganismes 84
8. Bases légales 86
1. Législation suisse sur l’eau potable 86
1.1 Exigences en matière d’eau potable 86
1.2 Exigences en matière de production d’eau potable 87
1.3 Exigences en matière d’eau potable en temps de crise 87
2. Extraits des textes de loi concernant l’approvisionnement
en eau potable 87
9. Glossaire 95
10. Bibliographie 100
11. Valeur juridique 104

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1. Avant-propos

L’eau potable répond à de très grandes exigences de qualité. Cependant, les eaux
brutes qu’elles soient souterraines ou superficielles ne remplissent pas toujours
les critères requis en termes de qualité chimique et microbiologique. C’est la rai-
son pour laquelle l’eau doit être traitée avant d’être consommée. Souvent pourtant
- comme le savent bien les responsables de stations de traitement, les services
cantonaux concernés et les bureaux d’ingénieurs conseil - choisir le traitement le
mieux adapté à un type d’eau peut poser problème, car il existe en général plu-
sieurs procédés possibles, chacun avec ses avantages et ses inconvénients. Les
faits montrent d’ailleurs que malgré le traitement qu’elle subit, l’eau potable du ré-
seau enregistre régulièrement des dépassements de valeurs de tolérance, surtout
en matière de microorganismes.

Ce guide pratique s’adresse avant tout aux exploitants de stations, aux bureaux
d’ingénieurs et aux services cantonaux. Il décrit notamment quels procédés choisir
pour éliminer certaines substances et microorganismes, quelles conditions préa-
lables une eau brute devra remplir pour être efficacement traitée par un procédé
particulier, quelle surveillance doit être mise en place, etc. Il permettra de mieux
planifier les nouvelles installations et de vérifier l’efficacité des autres. Il permet-
tra aussi de mieux cibler les contrôles en les adaptant aux risques particuliers de
chaque installation.

Ce guide a été rédigé sous la direction de l’OFSP, en étroite collaboration avec


l’Institut fédéral pour l’aménagement, l’épuration et la protection des eaux
(IFAEPE) et ses spécialistes du traitement de l’eau. Nous espérons qu’il sera large-
ment utilisé afin d’améliorer davantage encore la qualité de l’eau de boisson et afin
d’harmoniser aussi l’application de la législation dans les cantons.

Office fédéral de la santé publique


Michael Beer

2 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


2. Introduction

Produire une eau potable de bonne constituent les sites contaminés, les
qualité - le but premier d’un service eaux usées, les transports, l’industrie et
d’approvisionnement en eau - pose l’agriculture.
des exigences élevées en termes C’est essentiellement du type d’eau
de planification et d’exploitation des brute que dépendra son degré de vulné-
installations. Décider des procédés qui rabilité face à ces dangers potentiels.
rendront potable une eau souterraine
ou superficielle exige de connaître en Qualité de l’eau brute La composition
détail les facteurs qui influencent la En Suisse, l’eau brute traitée pour et les propriétés
zone de captage (bassin d’alimenta- devenir potable provient des nappes des eaux super-
tion), l’origine et les caractéristiques aquifères et des eaux superficielles : ficielles sont très
de l’eau brute, ainsi que les besoins sa composition et ses propriétés sont diverses
en eau. Cette décision sera précédée donc très diverses. Elle peut contenir
de l’analyse des données déjà dispo- toutes sortes de contaminants à élimi-
nibles et, si nécessaire, de nouvelles ner, transformer ou inactiver, tels que
investigations : autant d’éléments qui microorganismes pathogènes ou non,
permettront, d’une part, de déterminer composés organiques ou inorganiques,
de combien il faudra réduire le taux de dissous ou en suspension, composés
substances et de microorganismes des chimiques inoffensifs ou toxiques,
eaux à traiter et, d’autre part, de décrire etc. La composition et les propriétés
clairement les contraintes à respecter de l’eau brute sont donc les facteurs
par le traitement. qui détermineront son traitement.
Seule une telle formulation des objec- Connaître sa provenance permettra déjà
tifs permettra de bien choisir l’approche une première estimation des moyens
et les méthodes de traitement. Nous à engager et des méthodes à utiliser.
allons brièvement passer en revue ici Parfois aucun traitement ne sera néces-
les facteurs à prendre en compte dans saire, notamment si l’eau brute provient
ce choix. d’une nappe souterraine de grande
qualité. Dans les autres cas, le traite-
Evaluation des risques sur le bassin ment pourra aller de la simple désinfec-
d’alimentation tion jusqu’aux procédés multi-étapes,
Bien adapter une station de traitement comme pour les eaux superficielles ou
de l’eau potable à la qualité de l’eau les nappes exposées aux influences de
brute exige, en premier lieu, de délimi- surface.
ter la zone d’alimentation du captage
par des méthodes hydrogéologiques. Aquifères en roches meubles
Cette procédure est décrite en détail sont formés de dépôts rocheux d’ori- forte porosité,
dans les instructions pratiques de l’Of- gine diverse (alluvions, moraines, grande capacité
fice fédéral de l‘environnement (OFEV). gravats d’éboulement et de glissement d’accumulation
On considère comme facteur de risque de terrain, etc.) dont la composition et lenteur
tout élément susceptible d’affecter la minérale est très variable. Ils se ca- d’écoulement
qualité et la quantité de l’eau brute du ractérisent par une forte porosité, de
bassin d’alimentation – et donc aussi grandes capacités d’accumulation et un
son traitement. Il s’agit là surtout des écoulement lent.
sources potentielles de pollution que

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2. Introduction

Autres dangers auxquels ils sont expo-


sés : les canalisations, réservoirs, sites
contaminés et eaux d’infiltration (eaux
Niveau de la de chaussée, polluants de l’air, sel de
nappe
déneigement).
Les aquifères en roche meuble dont les
captages se trouvent à proximité d’un
cours d’eau présentent une particulari-
té. En effet, en cas de crue, les cap-
tages peuvent débiter une forte propor-
tion d’eaux de surface jeunes provenant
Figure 1 : Aquifère en roche meuble. L’une de leurs des infiltrations. Ces dernières ne sé-
particularités est l’hétérogénéité de facteurs tels journent que brièvement dans l’aquifère
que porosité, vitesse d’écoulement et composition
minérale au sein d’un même aquifère.
(de quelques heures à quelques jours),
ce qui favorise la présence de polluants
On trouve au sein d’une même nappe et de microorganismes dans le captage.
en roche meuble des conditions redox Les opérateurs devraient donc tou-
variables, aussi bien oxydatives que jours évaluer la qualité de l’eau, qu’elle
réductives. Le pH y varie fortement, lui soit souterraine ou potable, en tenant
aussi, selon les conditions et la compo- compte du facteur météorologique,
sition locale de la roche. Ces aquifères ce qui est pourtant rarement le cas de
sont très souvent recouverts d’un sol manière habituelle. Un seul prélève-
assez robuste et biologiquement actif. ment ne pourrait suffire à décrire l’état
Ils présentent ainsi une forte capacité du système en cas de crue : il en faut
d’adsorption, de rétention et d’autoépu- plusieurs, parfois à quelques heures
ration. Leur grande capacité de filtration d’intervalle, et leur examen doit porter
et la durée de séjour de l’eau - qui y est sur plusieurs paramètres.
plus longue que dans les autres aqui-
fères - sont à l’origine d’une turbidité Aquifères fissurés et karstiques
très faible (généralement très infé- ils se caractérisent par un réseau
rieure à 2 UTN), d’une qualité chimique tridimensionnel de fissures, fentes, double régime
constante (pH, température, polluants, failles et autres cavités. On y trouve d’écoulement
etc.) et d’un taux de pollution microbio- typiquement un double régime d’écou-
logique limité. S’ils sont bien abrités lement, l’un sur des zones de grandes
contre les influences extérieures, les dimensions où l’eau s’écoule lentement
impuretés qui parviennent à s’y infiltrer
peuvent y demeurer pendant long-
temps, et les assainir demande de gros
moyens. Ils sont souvent situés dans Niveau de la
des régions à forte activité agricole nappe

et donc exposés à de fortes concen-


trations de nitrates et de pesticides.

Figure 2 : Aquifère karstique avec double régime


d’écoulement, lent dans les fentes étroites et rapides
dans les grosses anfractuosités

4 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


(durée de séjour de plusieurs semaines) événements météorologiques (montée
et où la capacité de purification est rapide de l’eau, forte charge solide,
élevée, l’autre au contraire sur des hausse rapide de la turbidité, charge
zones de taille relativement réduite où microbiologique généralement élevée,
l’eau s’écoule rapidement et n’est que MON, etc.). Les vitesses d’écoulement
faiblement filtrée. peuvent aller de plusieurs centaines de
Le flux et la qualité de l’eau sont mètres à quelques kilomètres par jour,
essentiellement régis par les voies la qualité de l’eau diminuant avec la vi-
d’écoulement lent en saisons sèche tesse qui augmente. Comme le montre
et rapide pendant les pluies et la fonte la figure 3, seules les mesures centrées
des neiges. Par ailleurs, les aquifères sur l’événement météorologique per-
fissurés et karstiques ne reçoivent que mettent de relever la charge réelle en
peu voire pas du tout d’eau infiltrée au polluants des sources karstiques.
travers du sol et leur capacité d’ad-
sorption et de rétention est faible. Leur Contrairement aux aquifères karstiques,
teneur en agents polluants ne diminue les aquifères fissurés se trouvent
souvent que par dilution. Il y règne en principalement dans les roches cristal-
général des conditions aérobies. Leur lines (plus rarement dans les calcaires
pollution microbiologique – par l’agri- non karstifiés, la marne ou l’ardoise),
culture, la faune sauvage et les eaux ce qui se reflète dans la composition
usées – est souvent supérieure à celle minérale de leurs eaux (moins calcaires
des aquifères en roche meuble, du et pH souvent légèrement acide). Leur
fait de leur faible capacité de filtration. capacité de purification de l’eau varie
De même, ils captent rapidement les fortement avec la taille des fissures
contaminants des décharges et des et la vitesse d’écoulement. Selon leur
exploitations agricoles et forestières degré de fissuration, la qualité de leurs
(pesticides, engrais, huiles minérales, eaux correspondra à celle des aquifères
etc.), qui s’y propagent aisément. Les karstiques bien formés ou à celle des
aquifères karstiques se caractérisent aquifères en roche meuble.
avant tout par une réaction rapide aux

1,0 0

Précipitations
E. coli
0,8 4
Entérocoques
Débit
Turbidité
Précipitations [mm/j]

0,6 8
C/Cmax

0,4 12

0,2 16

0,0 20

06.12. 07.12. 08.12. 09.12. 10.12. 11.12. 12.12. 13.12.

Figure 3: Réponse d’une source karstique à un événement pluviométrique. On notera la forte corrélation
de chaque événement avec le débit et la turbidité, ainsi que, comme on le voit ici, avec la teneur en E. coli
et en entérocoques. La charge en microorganismes persiste durablement, ce qui montre clairement qu’en
l’occurrence, les capacités de filtration du sous-sol sont plutôt limitées.

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2. Introduction

Eaux superficielles sence de mécanismes de filtration per-


La qualité des eaux brutes de surface mettent aux solides, dissous ou non, de
dépend fortement des phénomènes se propager très rapidement : d’où la
saisonniers (prolifération des algues qualité très fluctuante des eaux super-
et des planctons, etc.) et des événe- ficielles. Leur pollution microbiologique
ments météorologiques. Leur capacité est généralement très importante.
qualité très d’adsorption très limitées (réduites aux Les dangers proviennent des eaux de
fluctuante interactions eau - sédiments) et l’ab- ruissellement sur les surfaces d’ex-

[°C, pH, mg O2/L]


0 0 2 4 6 8 10 12

10

Température
20
pH
Profondeur de l’eau [m]

Concentration d’O2
30 Conductibilité
Turbidité

40

50

60

70

0 25 50 75 100 125 150


[µS 20°C, NTU]

[°C, pH, mg O2/L]


0 0 5 10 15 20 25

10

20
Profondeur de l’eau [m]

30

40

50
Température
pH
60 Concentration d’O2
Conductibilité
Turbidité
70

0 50 100 150 200 250


[µS 20°C, NTU]

Figure 4: Profil classique d‘un lac en cours de stratification au printemps resp. en automne (graphique
supérieur) et durant la période estivale (graphique inférieur). Les conditions en profondeur (ici > 25 m)
restent relativement constantes, malgré les variations saisonnières en surface.

6 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


ploitation agricole et forestière (pesti- l’offre et les besoins en eau, les carac-
cides, fertilisants, engrais de ferme), téristiques météorologiques du bassin
des déversements d’eaux usées, de la versant, etc. Dans ce contexte, on
sédimentation des polluants de l’air et s’intéressera tout particulièrement aux
des accidents. données à long terme et aux épisodes
de crues et de fortes pluies, qui per-
L’eau des lacs est généralement cap- mettront d’établir les fluctuations, de
tée en profondeur, dans les couches dégager les tendances ou encore de
situées au-dessous de la thermocline constater l’apparition de nouvelles
estivale (le plus souvent > 30 m). Là, substances dans sa composition. Les
le retentissement des variations saison- données provenant des mesures de
nières et des événements météorolo- routine (2 à 6 mesures par année) ne
giques est très étouffé, ce qui garantit suffisent généralement pas à établir
une eau brute aux qualités constantes des prévisions solides ; elles peuvent
en termes physico-chimiques. Les néanmoins fournir un premier aperçu
variations de qualité peuvent survenir des propriétés et problèmes potentiels.
essentiellement au printemps et en En cas notamment d’agrandissement
automne, lors du brassage des eaux du des installations, beaucoup de données
lac qui donne lieu à une forte proliféra- disponibles peuvent être exploitées.
tion d’algues.
Campagne de mesures
Les cours d’eau sont plus sensibles aux L’évaluation complète d’une situation
influences externes et propagent très nécessite toute une batterie de me-
rapidement les polluants. Par ailleurs, sures. On relèvera le plus possible de paramètres
leur débit, donc leur offre en eau, peut paramètres en continu (turbidité, tem- mesurés en
fortement fluctuer. C’est la raison pour pérature, conductivité électrique, etc.) continu
laquelle on ne les exploite pas directe- ou à intervalles rapprochés (microor-
ment, en Suisse, comme eaux brutes à ganismes, polluants organiques, etc.).
traiter, mais indirectement par infiltra- Les intervalles de mesures doivent être
tion des rives ou, après prétraitement, ajustés au rythme des variations de la
pour alimenter les nappes souterraines. qualité de l’eau. Ainsi, par exemple,
relever les pics de pollution dans un
Pour objectiver la qualité d’une eau aquifère karstique ou dans un captage
brute destinée à être distribuée, il faut à proximité d’un cours d’eau exigera
évaluer les données hydrogéologiques certainement plusieurs prélèvements
et les résultats d’analyses dont on dis- par jour. Inversement, des relevés à fré-
pose, puis procéder, le cas échéant, à quence hebdomadaire suffiront proba-
de nouvelles mesures avant d’interpré- blement pour des captages de nappes
ter l’ensemble des données. en roche meuble bien abritées. Ce sont
tout particulièrement les fluctuations
Analyse des données disponibles et les événements extrêmes qui seront
La première étape d’une étude consiste déterminants dans la conception et le
toujours à analyser et vérifier les don- dimensionnement d’une installation de
nées déjà disponibles. On rassemblera, traitement de l’eau. Les mesures ne
Analyser les pour les évaluer, toutes les informa- porteront pas uniquement sur les fluc-
données déjà tions concernant la réalité hydrogéo- tuations à court terme, mais également
disponibles logique, la composition chimique et sur les variations saisonnières, comme
microbiologique de l’eau, par exemple celles des besoins en eau

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2. Introduction

ou du taux de polluants organiques Offre et demande en eau


(pesticides, etc.). Les mesures s’éten- La planification d’une installation de
dront donc sur une période minimale traitement de l’eau doit aussi bien s’in-
d’un an téresser à la quantité d’eau qu’à sa qua-
lité. L’offre et la demande jouent donc
Bilan physicochimique et microbio- un rôle important ; là aussi, l’amplitude
logique de l’eau brute de leurs fluctuations et les extrêmes
La caractérisation d’une eau brute enregistrés seront des paramètres
repose d’une part sur ses paramètres déterminants. Ainsi, les maxima dis-
Caractérisation physico-chimiques de base (tempéra- ponibles en termes de quantité d’eau Niveau d’une
d’une eau brute ture, pH, conductivité, etc.) et, d’autre dépendront, par exemple, du niveau nappe ou débit
part, sur sa composition chimique et minimal d’une nappe ou du débit d’une d’une source
microbiologique complète. Ses com- source. Autre élément à prendre en
posants indésirables détermineront compte : la consommation d’eau des
les méthodes de traitement à appli- processus de purification eux-mêmes,
quer. Parallèlement, les substances qui peuvent à eux seuls nécessiter
contenues dans l’eau influenceront les jusqu’à 15% de volume supplémen-
méthodes et procédés mis en œuvre. taire, comme dans le cas de la filtration
Ainsi, par exemple, le carbone orga- rapide ou membranaire.
nique assimilable (COA) peut constituer
un nutriment en cas de réviviscence mi- Tests initiaux : du laboratoire à
crobienne dans le réseau d’eau potable. l’installation pilote Une installa-
Une trop grand turbidité réduit l’effica- Après avoir sélectionné les procédés tion pilote pour
cité de la désinfection chimique ou par de traitement, il peut s’avérer judicieux les procédés
UV. Une teneur élevée en matériel orga- de les tester d’abord en laboratoire puis complexes et
nique naturel (MON) diminue la teneur en usine pilote, surtout s’il s’agit de multi-étapes
en agents oxydants, ce qui augmente la procédés complexes et multi-étapes.
formation de sous-produits indésirables Les tests de laboratoires donnent
comme les trihalométhanes (THM). une bonne idée de la manière dont un
Les conséquences en sont une baisse procédé particulier fonctionnera en
d’efficacité de la désinfection et une uti- présence de l’eau brute à traiter. Ce-
lisation accrue de produits chimiques. pendant, les conditions de laboratoire
Le MON concurrence également les mi- ne sont pas toujours généralisables
cropolluants sur les sites d’adsorption aux conditions réelles. Une installation
du charbon actif. Les données doivent pilote présente l’avantage de tester
être analysées sous forme de dia- le ou les procédés sélectionnés en
grammes, afin de bien visualiser l’évolu- situation réelle (eau brute, dimension-
tion temporelle et de pouvoir identifier nement, etc.). Par ailleurs, suivre une
et interpréter les relations éventuelles installation pilote sur une longue durée
entre paramètres. permet de prendre en compte d’autres
facteurs, tels que les processus de
maturation et d’usure. Les installations
pilotes doivent donc être conçues de
sorte qu’elles intègrent les paramètres
qui prévaudront dans l’usine grandeur

8 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


nature, comme par exemple la durée
de séjour et de contact ou encore le
dosage des additifs. Cette approche
permet de réunir des données pré-
cieuses concernant l’installation gran-
deur nature, et d’anticiper à temps les
problèmes éventuels.

Les procédés pré/post-traitement


Conditions introduisent souvent de nouvelles
annexes contraintes à prendre en compte,
notamment en cas d’agrandissement
d’une installation. Par ailleurs, le choix
du procédé dépendra aussi de toute
une série d’autres paramètres, notam-
ment relatifs aux ressources humaines
(taille et qualification du personnel), à la
superficie, à l’élimination des résidus,
à l’emploi de réactifs chimiques ou
encore à l’ampleur des études prélimi-
naires.

Les chapitres qui suivent donneront un


aperçu des substances et des microor-
ganismes que l’eau peut contenir ; ils
décrivent également les moyens de les
traiter le plus efficacement possible. Ils
aideront à réaliser une évaluation som-
maire et guideront la prise de décision.
Mais il va sans dire que chaque situa-
tion exige un examen détaillé, qui seul
permettra d’évaluer l’adéquation d’un
procédé.

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3. Microorganismes

Introduction Tableau 1: Résumé des valeurs de tolérance fixées


Ce sont les contaminations microbiolo- par l’OHyg pour les microorganismes présents dans
l’eau potable traitée et non traitée (état 1er avril
giques de l’eau et leurs sérieuses con- 2007). La valeur de tolérance est la même pour E.
séquences sanitaires pour l’homme qui coli et pour les entérocoques, que l’eau potable soit
sont à l’origine des premières recher- traitée ou non.
ches sur la production d’eau potable. Valeur de
L’évaluation de la charge microbiolo- tolérance
gique de l’eau, brute ou potable, repose E. coli nd/100 ml
sur le principe de l’indicateur microbien. germes aérobies
L’idée est qu’il est possible d’extrapoler mésophiles au captage 100/ml
le degré de pollution microbiologique germes aérobies
de l’eau - et donc le danger sanitaire mésophiles avec traitement 20/ml
germes qu’elle représente pour l’homme - en germes aérobies mésophiles
indicateurs ne se basant que sur l’analyse de dans le réseau de distribution 300/ml
quelques germes particuliers. Ces Entérocoques nd/100 ml
germes indicateurs doivent présenter nd : non détectable
les mêmes propriétés que les germes
pathogènes en termes de prévalence, Bactéries
d’expansion, de résistance, de sensibi- Germes aérobies mésophiles (GAM)
lité aux désinfectants, etc., et doivent Ce terme générique regroupe tous les
par ailleurs être faciles à détecter. microorganismes d’origine naturelle
Nous décrirons brièvement ici les ou anthropogène (bactéries, levures,
microorganismes (bactéries, virus, champignons) qui croissent sur substrat
protozoaires) les plus fréquents en nutritif non spécifique aux conditions
Suisse et aussi les plus importants en standard (30°C, oxygène de l’air ambi-
matière d’hygiène. Cette liste n’est pas ant, 72h). Il s’agit là d’une mesure de
exhaustive : elle contient uniquement la charge globale en microorganismes
les microorganismes qui peuvent servir dans l’eau brute et l’eau potable. L’OHyg
d’indicateurs et ceux qui font l’objet fixe à 20/ml la valeur de tolérance des
de prescriptions légales spécifiques. GAM dans l’eau potable après traite-
Il existe bien sûr bon nombre d’autres ment. Un taux allant jusqu’à 300 GAM/
germes pathogènes susceptibles d’être ml est encore toléré dans le réseau de
véhiculés par l’eau, mais il est alors distribution après réviviscence microbi-
quasiment certain que leur présence enne. Les GAM ne représentent qu’une
dans l’eau est toujours associée à celle faible proportion des germes présents
des microorganismes ici décrits. Le ta- dans l’eau. En effet, le nombre total de
bleau 1 résume les valeurs de tolérance germes, quantifié par cytométrie de flux,
fixées par l’ordonnance sur l’hygiène peut atteindre des valeurs 1000 fois
(OHyg) du DFI en matière de microorga- plus élevées. Les résultats issus de ces
nismes. deux méthodes ne présentent pas de
corrélation entre eux, ou alors seule-
ment très faible, si bien que les GAM ne
donnent qu’une mesure partielle du taux
de désinfection réalisé par la station de
traitement.

10 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Campylobacter ques espèces sont dangereuses pour
Les campylobacters sont des bactéries l’homme en raison des toxines qu’elles
flagellées à Gram négatif, en forme de produisent. Les clostridies ou leurs
bâtonnets de 0,2-0,5 µm de diamètre toxines sont les agents de la gangrène
et de 0,5-5 µm de longueur. Elles se gazeuse, du tétanos, du botulisme et de
transmettent de l’animal à l’homme certaines entérites. Ils peuvent servir
(zoonotiques), leur hôte étant surtout d’indicateur fécal, et, du fait de la gran-
boeuf, mouton, le bœuf, le mouton, le porc, la volaille de résistance de leurs spores, on envi-
porc, volaille et et le gibier. Les animaux infectés sont sage de les utiliser, à l’instar des spores
gibier comme la plupart du temps asymptomatiques, de B. subtilis, comme indicateurs de
hôtes donc non diagnostiqués. Les campylo- l’inactivation de Cryptosporidium, de
bacters colonisent la paroi intestinale Giardia et d’autres spores bactériennes.
et provoque des diarrhées (entérite),
vraisemblablement provoquées par Entérocoques
leurs entérotoxines. Campylobacter Les entérocoques sont des lactobacilles
jejuni en est responsable dans 90% à Gram positif, anaérobies facultatifs,
des cas. Il est par ailleurs résistant à se présentant souvent par paire ou
plusieurs antibiotiques. Les campylo- en chaîne courte. On les trouve dans
bacters se transmettent le plus souvent l’environnement, dans le système dige-
par le biais d’aliments d’origine anima- stif de l’homme et de l’animal, ainsi que dans
le, surtout viandes et laitages (intoxi- dans les aliments (produits laitiers, char- l’environnement,
cation alimentaire). En Suisse, ils sont cuterie). Leur résistance à la chaleur est dans le système
fréquents dans les eaux de surfaces et élevée. Ils assurent le rôle d’indicateur digestif de
on peut aussi les trouver dans les eaux fécal dans le domaine alimentaire, et l’homme et de
brutes des sources karstiques après notamment dans l’eau de boisson. Ils l’animal, ainsi
des épisodes pluvieux. La survie des ne conviennent pas à l’évaluation des que dans les
campylobacters dans l’eau va de plu- capacités de désinfection en raison de aliments
sieurs semaines (bâtonnets cultivables) leur faible résistance aux désinfectants.
à plusieurs mois (forme coccoïde). Par Leurs effets pathogènes ne surviennent
contre, ils ne peuvent se multiplier hors chez l’homme qu’en présence, essen-
d’un hôte. Leur détection est très labo- tiellement, d’une immunodépression.
rieuse et prend beaucoup de temps. Ils peuvent provoquer des infections du
sang (septicémie), de la paroi cardiaque
Clostridium (endocardite) ou des voies urinaires.
Les clostridies sont des bactéries Les entérocoques sont de plus en
anaérobies flagellées à Gram positif, en plus résistants aux antibiotiques, ce
forme de bâtonnets de 1 µm de diamè- qui constitue un sujet de préoccupati-
tre et de 3-8 µm de long. Elles peuvent on. L’OHyg stipule que leur présence
former des endospores résistantes à dans l’eau potable doit être réduite à
de nombreux stress environnementaux. un niveau non détectable dans 100 ml
La plupart des bactéries ubiquitaires du (valeur de tolérance).
genre Clostridium (surtout présentes
dans le sol et les voies digestives de Escherichia coli
l’homme et des animaux) ne sont pas E. coli est une bactérie à Gram négatif
pathogènes, donc sans danger pour anaérobie facultative, présente natu- bactérie de la
l’homme et souvent utilisées à des rellement dans les voies digestives flore intestinale
fins biotechnologiques. Seules quel- de l’homme et de l’animal. C’est l’une de l’homme

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3. Microorganismes

des principales bactéries de la flore Shigella


intestinale de l’homme, mais certaines Les shigelles sont des bactéries en bâ-
souches peuvent être pathogènes hors tonnets à Gram négatif, le plus souvent
de l’intestin. Sa longévité est parfois aérobies. Elles mesurent 1-6 µm de
importante dans de bonnes conditions, longueur et 0.3-1 µm de diamètre. Elles
mais sa résistance aux désinfectants n’infectent apparemment que l’homme
est très faible. E. coli peut provoquer et se transmettent principalement par seulement chez
plusieurs types d’infections, notamment l’eau souillée, par la nourriture et par l’homme
urinaires et méningées (nourrisson). voie féco-orale. Toutes les espèces
Une attention croissante est portée aux connues provoquent la shigellose (dy-
souches d’E. coli produisant la véro- senterie bacillaire), qui se caractérise
toxine (VTEC, synonymes : STEC ou par une atteinte de la muqueuse inte-
EHEC). Ces souches se transmettent à stinale et des crampes douloureuses.
l’homme par voie alimentaire (denrées Les personnes les plus susceptibles de
d’origine animale) et provoquent des développer la maladie sont les enfants,
infections aux complications sérieuses les personnes âgées et les sujets im-
(colite hémorragique, syndrome hémo- munodéprimés. Par ailleurs, certaines
lytique et urémique). E. coli est le prin- espèces produisent des shiga-toxines
cipal indicateur fécal dans l’eau brute, à l’origine d’intoxications graves. Les
mais ne se prête pas bien à l’évaluation shigelles meurent à relativement court
des procédés de désinfection, du fait de terme hors de l’intestin : leur présence
sa faible résistance aux désinfectants. dans l’eau potable indique donc une
L’OHyg stipule que la présence d’E. contamination très récente. Les shigel-
coli dans l’eau potable traitée doit être les présentent une résistance crois-
réduite à un niveau non détectable dans sante aux antibiotiques.
100 ml (valeur de tolérance). Il en va de
même pour l’eau potable du réseau. Vibrio cholerae
V. cholerae est une bactérie flagellée
Salmonella à Gram négatif, anaérobie facultative.
Les salmonelles sont des bactéries à Il s’agit du vecteur du choléra. Elle se
Gram négatif anaérobies facultatives multiplie très rapidement dans l’intestin
(2-5 µm de long et 0.8-1.5 µm de diamè- et produit une entérotoxine très active.
tre), très proches du genre Escherichia. Sans traitement, le choléra est mortel
Les maladies qu’elles provoquent (gas- dans un cas sur deux. L’infection se
troentérite, typhus) sont des zoono- transmet essentiellement par voie orale
ses très souvent transmises par voie en présence de mauvaises conditions
alimentaire. Les cas graves surviennent hygiéniques (eau, alimentation). V. cho- habitat naturel
essentiellement chez les nourrissons lerae a pour habitat naturel les côtes et les eaux de
et les enfants en bas âge, ainsi que les eaux de surface, ainsi que certains surface
transmission chez les personnes âgées et immuno- animaux marins (surtout les moules).
alimentaire déprimées. Les salmonelles peuvent
survivre des semaines entières hors Virus
de l’organisme humain ou animal. Elles Adénovirus
sont néanmoins sensibles aux UV, à la Les adénovirus sont pathogènes pour
chaleur et aux désinfectants chimiques l’homme. Ils sont dénués d’enveloppe,
(élimination des agents pathogènes). ce qui leur confère une grande stabi-

12 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


lité face aux influences physiques et L’absence d’enveloppe leur confère une
chimiques de l’environnement. C’est la bonne résistance faces aux influences
raison pour laquelle ils sont capables de environnementales. Trois groupes
survivre longtemps hors de leur hôte. sont pathogènes pour l’homme (les
Leur taille se situe entre 70 et 90 nm. norovirus humains), qui constitue leur
Les adénovirus se transmettent par seul réservoir. L’infection se manifeste
contact direct (infection par des goutte- typiquement par une gastroentérite.
lettes, par exemple) ainsi que par voie Les norovirus sont la cause la plus fré-
féco-orale, parfois via l’eau souillée. Ils quente d’infections digestives d’origine
provoquent des infections respiratoires non bactérienne. Leur transmission se
allant du simple refroidissement à la fait généralement par voie féco-orale, 10 à 100
bronchite et à la pneumonie. Ils peuve- via les aliments, l’eau et les particules particules virales
nt également infecter la sphère ORL, aérosol. Leur infectiosité est élevée, suffisent à provo-
les yeux et les voies digestives. puisque 10 à 100 particules virales quer l’infection
suffisent à provoquer l’infection. Dans
Entérovirus l’environnement, les norovirus sont sou-
Plusieurs groupes appartiennent au vent détectés dans les eaux épurées,
genre des entérovirus, principalement les eaux de surface et, parfois, dans
les poliovirus, les coxsackie virus et les sources karstiques. Leur fréquence
les echovirus. Leur dimension, 20- augmente pendant les mois d’hiver.
30 nm, fait d’eux les plus petits virus
animaux. Ils sont très résistants dans Rotavirus
très l’environnement, notamment à l’acidité, Ce sont des virus à ARN non enve-
résistants dans et conservent longtemps leur potentiel loppés, de 50-70 nm. Ils sont excepti-
l’environnement infectieux hors de leur hôte. L’homme onnellement résistants aux influences résistants à la
est le seul réservoir connu des entéro- environnementales, notamment aux désinfection
virus. L’infection se produit générale- désinfectants, aux UV et au chlore. par les UV et le
ment par contact direct (infection par Ils gardent leur infectiosité dans l’eau chlore
des goutelettes), par voie féco-orale ou pendant plusieurs semaines. Les rota-
par des aliments souillés. Le tableau virus sont très répandus dans le règne
clinique des infections à entérovirus est animal et les infections qu’ils véhiculent
très large : grippe, méningite, encé- exerce un impact économique impor-
phalite, hépatite, pneumonie ou encore tant sur l’élevage du bétail (du veau en
poliomyélite (paralysie infantile, par at- particulier). Chez l’homme, l’infection
teinte du système nerveux central). Les provoque vomissements, fièvres et
entérovirus sont souvent détectés dans diarrhées. Les rotavirus se transmettent
les eaux usées, les nappes phréatiques, essentiellement par voie féco-orale,
les cours d’eau et les lacs. Leur con- via l’eau et les aliments contaminés.
centration augmente essentiellement Quelques particules virales suffisent à
de l’été à l’automne. provoquer l’infection, dont les compli-
cations concernent surtout les enfants,
Norovirus (virus de Norwalk, les personnes âgées et les sujets im-
Norwalk-like virus) munodéprimés. En Suisse, les rotavirus
Les norovirus (précédemment appelés sont souvent présents dans les eaux
Norwalk-like virus) sont des virus à épurées et les eaux superficielles et
ARN. Ils sont dénués d’enveloppe et souterraines.
leur taille est de 25 à 40 nm.

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3. Microorganismes

Protozoaires (eau de boisson ou de baignade), ainsi


Cryptosporidium que par voie féco-orale, notamment
Les cryptosporidies sont des parasites alimentaire. Les trophozoïtes adhèrent
de 4-6 µm que l’on trouve partout dans à la muqueuse intestinale, affectant
le monde. C’est Cryptosporidium par- son fonctionnement et provoquant
vum qui concerne le plus l’homme. Ces une inflammation. Il en résulte des
protozoaires sont des agents zoono- diarrhées, des flatulences et un peu de
tiques dont le veau est l’un des princi- fièvre. Les cas graves s’accompagnent
paux réservoirs avec d’autres vertébrés. de symptômes de malnutrition. Les
C’est au stade de l’oocyste (~3 µm) que kystes sont très résistants dans
Oocystes en eau ce protozoaire est infectieux. Sa trans- l’environnement : ils peuvent survivre
souillée mission passe généralement par l’eau plusieurs mois en eaux superficielles et
souillée ou par contact féco-oral direct. quelques semaines dans un sol humi-
L’infection se caractérise par un peu de. On en détecte régulièrement dans
de fièvre, des vertiges, des coliques et les eaux de surface en Suisse. Giardia
de la diarrhée. Dix oocytes suffisent à est éliminé par filtration membranaire
provoquer l’infection chez l’adulte en (ultrafiltration, nanofiltration) et par dés-
bonne santé. Celle-ci peut évoluer en infection à l’ozone et aux UV.
colite chronique grave chez les perso-
nnes immunodéprimées. Les oocystes
de Cryptosporidium survivent très bien
dans l’environnement et restent viables
pendant plusieurs mois dans l’eau. En
Suisse, ils peuvent se trouver dans les
eaux superficielles et souterraines, ainsi
que dans les sources karstiques. Leur
grande résistance aux désinfectants chi-
miques pose des problèmes en termes
de traitement de l’eau, mais la filtration
membranaire et la désinfection par UV
s’avèrent efficaces.

Giardia
Giardia est un parasite facultatif du
groupe des Flagellés. Il se caractérise
par deux stades, l’un prolifératif (tropho-
zoïtes, 11-19 µm), l’autre quiescent (ky-
stes, 10-15 µm). L’espèce qui concerne
principalement l’homme est G. lamblia
(synonymes : G. intestinalis et G. duo-
denalis). Parmi ses hôtes nombreux,
on compte notamment des vertébrés,
dont l’homme, les ruminants, les chats,
les chiens, les chevaux, les porcs et les
rongeurs. Les doses infectieuses sont
très faibles : 1 à 10 kystes suffisent à
déclencher l’infection. La transmission
Hôtes possibles se fait par contact avec de l’eau souillée

14 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Comparatif des procédés
Les tableaux qui suivent présentent un
aperçu des méthodes de séparation et
de neutralisation des microorganismes
décrits plus haut. Les procédés utili-
sés seront décrits dans les prochains
chapitres.

Tableau 2 : Méthodes de séparation des microorganismes décrits dans le texte. L’efficacité de la méthode
de séparation repose uniquement ici sur la taille des microorganismes. Chaque cas nécessite toutefois des
examens approfondis.

Séparation
Bactéries SED FR FLS CA MF∆ UF NF OI
Germes aérobies mésophiles - +* + +/- + ++ ++ ++
Campylobacter - +* + +/- + ++ ++ ++
Clostridium - +* + +/- + ++ ++ ++
Entérocoques - +* + +/- + ++ ++ ++
Escherichia coli - +* + +/- + ++ ++ ++
Salmonella - +* + +/- + ++ ++ ++
Shigella - +* + +/- + ++ ++ ++
Vibrio Cholerae - +* + +/- + ++ ++ ++

Virus
Adénovirus - +/-* + - - ++ ++ ++
Entérovirus - +/-* + - - ++ ++ ++
Norovirus - +/-* + - - ++ ++ ++
Rotavirus - +/-* + - - ++ ++ ++

Protozoaires
Cryptosporidium - +* + +/- + ++ ++ ++
Giardia - +* + +/- + ++ ++ ++

SED : Sédimentation ++ : bien adapté


FR : Filtration rapide + : adapté
FLS : Filtration lente par le sable +/- : en partie adapté
CA : Charbon actif - : pas adapté
MF : Microfiltration
UF : Ultrafiltration * : avec produit de floculation
NF : Nanofiltration ∆
: dépend beaucoup du diamètre des pores
OI : Osmose inverse

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3. Microorganismes

L’efficacité d’inactivation présentée désinfectant doivent être adaptés à la


indice c*t au tableau 3 est exprimée par l’indice durée d‘exposition. Par analogie l’indice
c*t, à savoir le produit de la concen- c*t, l‘efficience d‘une désinfection au
tration efficace de désinfectant c par moyen de rayons UV est donnée par la
la durée t d’exposition à ce produit. dose UV, établie sur la base de la puis-
La durée d’exposition habituelle dans sance du rayonnement et de la durée
les stations de traitement est de 5 à d‘exposition.
10 minutes. Les concentrations en

Tableau 3: comparatif des procédés de neutralisation des microorganismes basé sur l’indice c*t [mg*min/L]
resp. la dose UV [J/m2], qui permet d‘inactiver 99% des microorganismes présents. La turbidité ete les sub-
stances contenues dans l‘eau influencent fortement l‘efficacité de la désinfection. Les données portent sur
un pH neutre et une température de 5°C. Il s‘agit de valeurs indicatives. Si l’indice c*t manque, le signe (++)
signifie que le procédé est bien adapté à la neutralisation. Par contre, le signe (-) signifie que le procédé est
pratiquement inefficace.

Microorganismes Neutralisation (indices c*t, doses-UV


resp. aptitude à la neutralisation)
Bacteries Chlore Dioxyde de chlore Ozone UV
Germes aérobies mésophiles 0.08 0.13 0.02 ++
Campylobacter jejuni ++ ++ ++ 34
Entérocoques ++ ++ ++ ++
Escherichia coli 0.03 - 0.05 0.04 - 0.08 0.01 - 0.02 30 - 80
Salmonella ++ ++ ++ 20 - 120
Shigella ++ ++ ++ 12 - 49
Vibrio cholerae ++ ++ ++ 14


Virus
Adenovirus 0.7 – 2.5 450 - 1050
Enterovirus 1.1 – 4.0 6.7 – 12.8 0.1 – 0.8 70 - 180
Norovirus +/- ++ ++ +
Rotavirus 0.01 -0.05 0.2 – 2.1 0.01 – 0.06 150 - 190

Protozoaires
Cryptosporidium 510 - 7200 40 - 120 5 - 10 < 10 - 58
Giardia 12 - 630 7.2 - 42 0.3 – 2.0 < 20 - 100

16 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


4. Substances contenues dans l’eau

Introduction denrée alimentaire est jugée impropre à


Les eaux naturelles contiennent tou- l’alimentation humaine. »
jours un mélange de substances d’une _ « La valeur de tolérance est la concen-
grande diversité. Ces dernières peuvent tration maximale au-delà de laquelle la
parvenir dans les eaux superficielles ou denrée alimentaire est considérée comme
souterraines par des voies naturelles, souillée ou diminuée d’une autre façon
notamment par la dissolution des roches dans sa valeur intrinsèque. »
ou par le biais d’une activité biologique. Nous allons brièvement présenter ici les
La composition de l’eau varie fortement principales substances contenues dans
selon sa provenance. Certaines subs- l’eau et expliquer leur pertinence dans
tances, comme l’arsenic, peuvent at- le contexte du traitement de l’eau. La
teindre spontanément des concentrations manière dont elles répondent aux traite-
dangereuses pour l’homme. Mais nombre ments les plus courants sera résume dans
d’entre elles n’intègrent le cycle de l’eau les deux tableaux concluant ce chapitre.
qu’au travers de l’activité humaine. Il
peut s’agir de substances déjà présentes Substances principales et secondaires
naturellement dans l’eau (comme le sel), L’eau brute arrivant à l’installation
et dont l’activité humaine ne fait qu’ac- de traitement contient de nombreux
croître la concentration ; il peut s’agir éléments et composés chimiques,
également de substances synthétiques familles de composés, gaz dissous, etc.
(comme les pesticides ou le MTBE) dont L’installation de traitement elle-même
l’origine est exclusivement humaine. y ajoutera d’autres substances, essen-
Beaucoup d’entre elles peuvent nuire à tiellement des agents désinfectants et
la santé de l’homme. La législation sur réducteurs, ainsi que certains sous-pro-
les denrées alimentaires fixe les valeurs duits de réaction.
tolérées et les valeurs maximales de
certaines substances indésirables. Idéa- Aluminium
Valeur limite lement, ces substances ne devraient pas L’aluminium est le métal le plus abon-
et valeur de s’introduire dans l’eau brute. Lorsqu’elles dant de la croûte terrestre. Il ne se
tolérance y parviennent malgré tout, les mesures trouve jamais dans la nature sous
appropriées doivent être mises en œuvre forme native, mais généralement sous
pour les en extraire ou les transformer. forme de silicates et d’oxydes (p. ex.
Certaines substances sont produites par la bauxite). Il est mobile en sols acides
le traitement même de l’eau. Le choix et peut être lessivé dans les eaux
de la méthode de traitement devra donc souterraines. L’aluminium n’est pas
inclure cet élément important. Lorsqu’il un élément essentiel pour l’organisme
n’est pas possible d’éviter la formation de humain. A haute dose, il perturbe le
telles substances, leur concentration doit métabolisme, notamment l’absorption Al(III)) utilisé
être maintenue au-dessous de maxima d’autres métaux tels que le magné- comme floculant
définis par la loi. sium et le fer. L’aluminium (AL(III)) est
L’ordonnance du Département fédéral de souvent utilisé comme floculant dans le
l’intérieur (DFI) sur les substances étran- processus de traitement de l’eau, ce qui
gères et les composants dans les den- peut entraîner une hausse malvenue de
rées alimentaires (OSEC) définit comme sa teneur dans l’eau potable.
suit la notion de valeur de tolérance et de L’OSEC fixe à 0.2 mg/l la valeur de
valeur limite (art. 2, al. 3 & 4) : tolérance de l’aluminium dans l’eau po-
_ « La valeur limite est la concentration table. L’objectif de qualité du MSDA est
maximale au-delà de laquelle la moins de 0.05 mg/l dans l’eau brute.

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4. Substances contenues dans l’eau

Arsenic Plomb
L’arsenic est un métalloïde. Il est es- Le plomb est un métal lourd que l’on
sentiellement présent dans la nature trouve essentiellement sous forme de
sous forme de sulfures ou d’arséniate sulfure (PbS, galène) en milieu naturel.
lié à l’oxyde ou à l’hydroxyde de fer Le plomb est classé comme toxique
(III). L’arsenic contenu dans l’eau brute et dangereux pour l’environnement.
solubilisati- provient principalement de sa solubi- Les formes solubles de ce métal sont
on dans les lisation dans les aquifères. L’arsenic particulièrement toxiques. Il s’accumule
aquifères interfère avec le métabolisme cellu- dans le corps, dans les os en particulier.
laire, ainsi qu’avec les mécanismes de Son absorption chronique est nocive,
transport et de réparation cellulaire. Sa même à des quantités relativement
toxicité chronique se manifeste par des limitées. Il affecte le développement du
lésions cutanées et vasculaires, et par système nerveux et la formation des
des cancers. Sa valeur limite fixée par cellules sanguines ; il est également
l’OSEC pour l’eau de boisson est de toxique pour les reins. La présence de
50 µg/l ; elle est de 10 µg/l dans l’UE. plomb dans l’eau potable est essentiel-
En Suisse, les taux moyens d’arsenic lement due à des problèmes de canali-
dans l’eau brute se situent autour de sation et de robinetterie. Sa concentra-
2 µg/l, mais des maxima de 100 µg/l tion est généralement négligeable dans
ont déjà été mesurés. Des études de l’eau brute. L’OSEC fixe la valeur limite
l’OFSP ont récemment montré qu’ali- du plomb à 0.01 mg/l pour l’eau du
gner nos valeurs limites sur les normes robinet tirée après 5 minutes d’écou-
européennes serait problématique dans lement. L’objectif de qualité du MSDA
certaines régions alpines (Valais, Tessin, est de moins de 0.001 mg/l.
Grisons).
Bore
Baryum Le bore est un métalloïde présent dans
Le baryum est un métal alcalinoterreux la nature sous forme de composés
qui se trouve essentiellement sous contenant tous des atomes d’oxygène.
forme de barytine (BaSO4) en milieu na- Les fortes concentrations de bore,
turel, mais qui peut se substituer au cal- considérées comme nocives pour la
cium et au potassium dans de nombreux santé, provoquent nausées, vomisse-
minéraux. Tous ses composés solubles ments et troubles cardiovasculaires.
dans l’eau sont toxiques. Le baryum agit Il présente une bonne mobilité et son
sur les muscles (crampes, arythmies) potentiel de transformation n’est que
et sur le système nerveux (paralysies). très faible, d’où une probabilité de pro- le bore provient
Sa présence dans l’eau brute est essen- pagation relativement élevée. surtout des eaux
tiellement d’origine géologique, mais Le bore provient surtout des eaux usées
il peut parvenir dans l’environnement usées et se retrouve à faibles concen-
via les eaux usées (industries du verre trations dans la plupart des eaux
et de la céramique, boues de forage, superficielles et souterraines suisses.
feux d’artifice, etc.). Il est très présent L’OSEC ne lui fixe pas de valeur limite ;
sous forme de traces en Suisse. L’eau il est de 0.5 mg/l dans les directives de
brute en contient une moyenne de 35-40 l’OMS.
µg/l, alors que les pics de concentration
se situent autour de 750-800 µg/l. La Brome (bromure, bromate)
Suisse n’a pas fixé de valeur limite pour Le brome appartient à la famille des
le baryum ; la valeur indicative fixée par halogènes et se trouve essentiellement
l’OMS est de 0.7 mg/l. sous forme de bromure à l’état naturel

18 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


(sel de potassium). Lors du traitement (Ca2+) sous forme dissoute. Le calcium
de l’eau brute par ozonation, le bromure est essentiel chez l’être humain et joue
se transforme en bromate, ce qui n’est aussi un rôle important dans la struc-
pas souhaitable puisque le bromate est ture des os et des dents. Il s’introduit
potentiellement cancérigène. Le bro- dans l’eau brute par désagrégation
mate est difficile à éliminer, si bien que minérale. Il y est le principal cation pré-
sa formation doit être limitée par une sent et détermine la dureté de l’eau. Le
oxydation contrôlée. La valeur de tolé- calcium affecte le goût de l’eau lorsque
rance du bromate issu du traitement sa concentration dépasse 200 mg/l. La
de l’eau est de 0.01 mg/l dans l’eau Suisse et l’OMS ne lui ont pas fixé de
potable. Le traitement de l’eau produit valeurs maximales.
également des composés organobro-
més lors de la chloration. L’OSEC fixe Chlore (chlorure, chlorate, chlorite)
en particulier une valeur limite aux trois Le chlore appartient à la famille des
THM suivants : bromo-dichlorométhane halogènes. Du fait de sa réactivité, il
(CHCl2Br : 0.015 mg/l), dibromo-chloro- se trouve principalement sous forme
méthane (CHClBr2 : 0.1 mg/l) et bromo- d’anion (chlorure, Cl-) en milieu naturel.
forme (CHBr3 : 0.1 mg/l). Les sels de chlorure sont très solubles
dans l’eau ; non toxiques, ils sont es-
Cadmium sentiels pour l’organisme. Le chlorure
Le cadmium est un métal lourd classé présent dans l’eau brute est surtout
comme très toxique et à forte dangero- géogène, même si des teneurs élevées
sité pour l’environnement. Il n’a aucune peuvent provenir de ruissellements (sel
fonction connue dans l’organisme de déneigement, etc.), du déversement
humain. La prise orale chronique de ou de l’infiltration d’eaux usées, ou en-
faibles quantités de cadmium provoque core de procédés industriels. L’objectif
des perturbations de l’homéostasie de qualité du MSDA est de moins de 20
minérale et des lésions rénales. Le mg/l dans l’eau brute non polluée. Le
cadmium de l’environnement provient goût du chlorure est perceptible à partir
essentiellement de l’industrie métallur- de 200 mg/l, l’OMS fixe donc sa te-
gique (extraction du zinc, du plomb et neur indicative à 250 mg/l. On utilise le
du cuivre), mais on le trouve également chlore sous forme gazeuse ou soluble
dans des pesticides et comme impure- (hypochlorite) dans la désinfection in-
té dans les engrais minéraux phospha- dustrielle de l’eau. Le dioxyde de chlore
tés. Il est très mobile, contrairement offre une alternative, puisqu’il se dis-
aux autres métaux lourds. De ce fait, socie en chlorite et chlorate. Tous deux
l’OSEC fixe la valeur limite du cadmium sont suspectés d’être toxiques pour le
à 5 µg/l ; l’objectif de qualité du MSDA sang. Leur valeur de tolérance est fixée
est de 0.5 µg/l. L’enjeu du cadmium est par l’OSEC à 0.2 mg/l dans l’eau potable
mineur dans l’eau potable en Suisse. traitée. Celle du chlore libre est fixée à
0.1 mg/l. Du fait de la limitation des te-
Calcium neurs en chlorite et chlorate, le dosage
Le calcium se présente surtout sous maximal du dioxyde de chlore est limité
forme de carbonate et de sulfate (p. à 0.4 mg/l.
ex. le gypse) ou comme cation bivalent

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4. Substances contenues dans l’eau

Chrome La concentration de COD est une


Le chrome se trouve le plus souvent à mesure de la matière organique na-
l’état d’oxydation +III et +VI. Ce der- turelle (MON) ; elle inclut notamment
nier [Cr(VI)] est extrêmement toxique les acides humiques et fulviques, les
et cancérigène. Il est très soluble dans graisses, les protéines, les glucides
l’eau, contrairement au chrome trivalent et une infinité d’autres composés de
qui l’est très peu et qui se lie surtout à structure inconnue, essentiellement
des particules. Les sources de pollution issus de processus métaboliques ou
sont principalement l’industrie d’affi- de dégradation. La teneur en MON de
nage du fer et de l’acier (galvanoplas- l’eau, mesurée en COD, détermine
tie, p. ex.) et les tanneries. Le chrome aussi la coloration de celle-ci. Les fortes
pollue donc souvent les eaux de surface concentrations de COD se retrouvent
via les eaux usées, mais également par par exemple dans les sols marécageux,
infiltration et par les sites contaminés. les forêts, les zones humides ou encore
On le trouve parfois dans les eaux sou- en présence d’un fort développement
terraines. La valeur limite du chrome VI d’algues. Le carbone organique assi-
est fixée par l’OSEC à 20 µg/l et l’objec- milable (COA) est une composante
tif de qualité du MSDA à moins de du COD qui constitue l’alimentation
1 µg/l. principale des microorganismes dans
l’eau : le CAO influe donc directement
Cyanures sur la stabilité microbiologique de l’eau
On compte parmi les cyanures tous potable traitée. Pour le MSDA, une
les sels et autres composés de l’acide concentration de COD <1 mg/l indique
cyanhydrique (HCN). Beaucoup d’entre une eau non polluée. On mesure sou-
eux sont très toxiques du fait précisé- vent encore l’oxydabilité au permanga-
ment qu’ils dégagent du HCN. La toxi- nate de potassium (KMnO4) à la place
cité de ce dernier provient du fait qu’il du COD. Elle doit être < 3 mg/l dans
inhibe une enzyme de la chaîne respira- l’eau non polluée, selon le MSDA. Le
toire. Les cyanures sont très répandus taux indicatif de COD pour l’eau brute,
en milieu naturel (noyaux d’abricot et de donné par les « Instructions pratiques
cerise, manioc, euphorbes, etc.). Une pour la protection des eaux souter-
augmentation de leur concentration raines », est de moins de 2 mg/l.
dans l’eau signale généralement une
pollution d’origine industrielle (princi- Fer
palement minière). La valeur limite du Contrairement au fer (III), le fer divalent
cyanure (basée sur la teneur en HCN) [Fe(II)] est soluble dans l’eau. Le Fe(II)
est fixée en Suisse à 0.05 mg/l. La va- se trouve exclusivement dans les eaux
leur indicative pour l’eau brute, donnée réduites ; il affecte le goût de l’eau
par les « Instructions pratiques pour la comme aussi sa couleur, par contact
protection des eaux souterraines », est avec l’oxygène de l’air. Il précipite en
de moins de 0.025 mg/l. station de traitement et dans les cana-
lisations. La concentration de fer total
Carbone organique dissous (COD) dans les eaux souterraines suisses se
estime la teneur Comme son nom l’indique, ce para- situe, en moyenne, entre 35 et 40 µg/l.
en matière mètre regroupe toute la matière orga- Des concentrations de plusieurs mg/l
organique nique dissoute dans une eau. Dissoute peuvent être mesurées dans les eaux
dissoute signifie également la présence de parti- souterraines réduites. La valeur de
cules de taille inférieure à 0.45 µm. tolérance du fer dans l’eau de boisson
est de 0.3 mg/l (OSEC).

20 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Fluor Cuivre
Le fluor se trouve principalement sous Le cuivre est un métal lourd, oligo-élé-
forme de fluorures dans l’environne- ment essentiel pour l’homme. Sa toxi-
ment. Ces sels sont présents à faible cité aiguë est plutôt faible. Sa toxicité
concentration dans de nombreuses chronique provient d’une absorption
eaux naturelles. Le fluor est un élément excessive, dépassant les capacités
essentiel pour l’organisme ; toutefois, d’élimination du foie. Les consé-
ses concentrations élevées provoquent quences peuvent en être une hépatite,
des troubles osseux, dentaires (fluo- une cirrhose et une anémie. Les nour-
rose) et enzymatiques. C’est la raison rissons et les enfants en bas âge sont
pour laquelle l’OSEC fixe à 1.5 mg/l sa particulièrement sensibles à l’excès
valeur de tolérance. de cuivre, puisque les mécanismes de
détoxication hépatiques ne se mettent
Hydrazine complètement en place que dans les
L’hydrazine est un composé d’azote premières années de la vie. Des cas
(N2H4) qui est toxique et potentielle- de cirrhose hépatique chez l’enfant en
ment cancérigène. Elle est extrême- bas âge ont été observés en présence
ment toxique pour les organismes d’eau de boisson à forte teneur en
vivant dans l’eau. L’hydrazine est cuivre (>10mg/l). Le Cu (II) est la forme
essentiellement utilisée comme réactif la plus stable dans l’eau. Ce métal ne
dans l’industrie chimique et comme pose pas de problème dans l’eau brute
combustible de fusée. Prise à haute aux conditions normales. Une concen- évoque un site
dose par voie orale (intoxication aiguë), tration élevée évoque généralement contaminé à
elle provoque chez l’homme des vomis- la présence d’un site contaminé sur concentration
sements, convulsions, troubles de la le bassin versant. La concentration élevée
conscience et coma. L’hydrazine réagit de cuivre peut parfois augmenter de
très vite et parfois violemment avec manière significative dans le réseau de
beaucoup d’agents oxydants. Sa valeur distribution, notamment en cas d’immo-
limite fixée par l’OSEC est de 5 µg/l. bilité de l’eau, de canalisation contenant
du cuivre, de pH acide, etc. L’eau prend
Potassium un goût amer à partir de 2.5 mg par
Le potassium se trouve sous forme de litre. Les eaux souterraines suisses en
cation monovalent (K+) en milieu natu- contiennent une moyenne de 4 µg/l,
rel. Il s’agit d’un métal essentiel pour avec des maxima atteignant 500 µg/l.
l’organisme, notamment par son rôle La valeur de tolérance du cuivre est
dans la régulation du potentiel membra- fixée en Suisse à 1.5 mg/l.
naire. On le trouve dans les eaux brutes
non polluées à des concentrations Magnésium
généralement faibles. Il y parvient prin- Le magnésium se trouve en milieu natu-
cipalement via des infiltrations de mica rel sous forme généralement minérale
et de feldspath potassique ou de sels (carbonate, silicate, chlorure, sulfate)
potassiques. Une part anthropogène ou dissoute (Mg2+). Le magnésium est
peut provenir de l’utilisation d’engrais le deuxième responsable de la dureté
et de jus de décharge. La loi suisse ne de l’eau, après le calcium. Il s’agit d’un
fixe pas actuellement de maxima pour métal essentiel, dont les fortes concen-
le potassium. trations peuvent néanmoins provoquer
des diarrhées et modifier le goût de
l’eau. L’OSEC ne fixe pas de valeurs
maximales pour le magnésium ; l’OMS
n’en mentionne pas non plus.

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4. Substances contenues dans l’eau

Manganèse Nickel
Le manganèse est un élément essentiel Le nickel est un élément trace de la fa-
pour l’homme. Sa présence dans l’en- mille des métaux lourds. Ingérés à forte
vironnement est très souvent associée dose, sous forme de sel, il peut affec-
à celle du fer. Sa forme réduite [Mn(II)] ter les reins, la rate, les poumons et la
est soluble dans l’eau, c’est la raison moelle osseuse. Les personnes pré-
pour laquelle le manganèse se trouve sentant déjà une allergie de contact au
essentiellement dans les nappes où nickel peuvent développer un eczéma
dominent les conditions de réduction. sur ingestion de ce métal. Le nickel se
Le Mn(II) s’oxyde en Mn(IV) au contact trouve dans la nature sous forme, gé-
de l’air, entraînant des suspensions et néralement divalente, de minerai mixte
des dépôts de couleur noire. Le man- de sulfures ou d’arséniures. Seuls
ganèse sous forme de permanganate certains de ses composés sont solubles
de potassium (KMnO4) est un puissant dans l’eau, comme le chlorure et le
agent oxydant, que l’on utilise souvent carbonate de nickel. Les rejets anthro-
dans le processus de traitement de pogéniques de nickel proviennent de
l’eau. En Suisse cependant, l’emploi sources diverses : combustion, indus-
du KMnO4 n’est autorisé que dans le trie métallurgique et galvanique, mais
cadre de la démanganisation. La toxicité également engrais phosphatés. Les
aiguë du manganèse est très faible. matières organiques adsorbent le nickel
L’absorption chronique de hautes doses assez facilement. Sa présence dans
provoque des effets délétères sur le l’eau potable relève essentiellement de
système nerveux (convulsions, états problèmes de conduites et de robinet-
psychotiques, etc.) Les concentrations terie. L’OSEC ne fixe pas de maxima
moyennes de manganèse dans les eaux pour le nickel dans l’eau potable ; l’UE
souterraines sont très faibles, même si le fixe à 0.02 mg/l et l’OMS à 0.07 mg/l.
des extrêmes dépassant 800 µg/l ont
déjà été observés. La valeur de tolé- Phosphates
rance du manganèse dans l’eau potable On regroupe généralement sous le
est de 0.05 mg/l (OSEC). terme de phosphates tous les sels de
l’acide phosphorique (H3PO4).
Sodium A l’état naturel ils se trouvent principa-
Le sodium est un métal alcalin que l’on lement sous forme de minéraux phos-
trouve dans des sels sous forme de ion phatés et de composés organophos-
Na+. Il est très soluble dans l’eau et se phorés. Ils sont très peu mobiles dans
trouve à concentrations plutôt faibles le sol. Le phosphate est un nutriment
dans les eaux brutes. Plusieurs sources important qui joue un rôle essentiel
anthropogènes alimentent en sodium dans la structure de l’ADN et de l’os,
les eaux souterraines et superficielles : comme aussi dans le métabolisme
(sel de déneigement, eaux usées, jus de énergétique. Les concentrations natu-
décharges, etc.). Sa concentration peut relles de phosphate dans les nappes
augmenter sensiblement lors du proces- et dans l’eau de source sont généra-
sus d’échange d’ions en station de trai- lement < 0.01 mg/l. Des teneurs plus
tement. Il affecte les qualités organolep- élevées évoquent l’infiltration d’une
tiques de l’eau lorsque sa concentration eau de surface ou une contamination
dépasse 200 mg/l. L’OSEC ne fixe pas de par des eaux usées ou des engrais. La
limites légales pour le sodium. L’objectif valeur de tolérance de l’OSEC pour le
de qualité du MSDA est néanmoins de 20 phosphate est de 1 mg/l d’eau chaude
mg/l et l’UE fixe son taux maximal à 200 (addition de produit de protection anti-
mg/l dans l’eau potable.

22 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


corrosion) et se calcule en phosphore. dans l’eau potable. Le MSDA recom-
Le MSDA recommande une teneur mande néanmoins une teneur de 10-50
< 0.05 mg/l dans l’eau brute. mg/l dans l’eau potable en l’absence
de pollution anthropogénique et une
Mercure teneur > 200 mg/l dans le cas contraire.
Le mercure est le seul métal liquide Cette valeur tient compte de la vulné-
aux conditions normales. Ses rejets rabilité des matériaux à la corrosion par
anthropogéniques proviennent de la le sulfate. L’OEaux fixe à 40 mg/l sa Corrosion par le
combustion du charbon, de la produc- teneur dans les eaux du sous-sol utili- sulfate
tion du ciment, de l’industrie du chlore, sées comme eau potable ou destinées
de l’extraction de l’or, etc. Le mercure à l’être. Le sulfure se forme dans des
contenu dans l’eau et les aliments conditions anaérobies, par la réduction
est toxique pour l’homme, qu’il soit du sulfate en sulfure d’hydrogène (H2S).
sous forme de liquide, de vapeurs ou Ce composé se caractérise par son
de sels. Ses composés organiques, odeur d’œuf pourri. L’OSEC ne fixe pas
comme le méthylmercure, peuvent de maxima pour le sulfure dans l’eau
être produits par certaines bactéries potable, mais stipule qu’il ne doit pas
présentes dans les eaux polluées, ce y être décelable en termes organolep-
qui leur confère une importance particu- tiques.
lière. Le méthylmercure est nettement
plus toxique que le mercure anorga- Sélénium
nique, parce qu’il est bien absorbé par Le sélénium (semi-métal) est un oligo-
voie orale ; par ailleurs sa demi-vie est élément essentiel pour l’organisme
longue et il traverse facilement les bar- mais toxique à haute dose. Seuls
rières hématoencéphalique et placen- certains composés de ce métalloïde
taire. Il est fortement neurotoxique et sont solubles dans l’eau, comme par
affecte le développement du cerveau ex. l’acide sélénique. Les intoxications
(déficit moteur et mental chez le nou- au sélénium sont rares et provoquent
veau-né). L’OSEC fixe à 1 µg/l la valeur vomissements, maux de ventre et diffi-
limite du mercure dans l’eau potable ; il cultés respiratoires. L’OSEC fixe à 0.01
s’agit également de la valeur indicative mg/l la valeur limite du sélénium ; il
de l’OMS. s’agit également de la valeur indicative
de l’OMS.
Soufre (sulfate, sulfure)
Le soufre, élément essentiel pour Silicium
l’organisme, entre dans la composition Le silicium est un semi-métal, le deu-
de plusieurs acides aminés et de nom- xième élément chimique le plus abon-
breux enzymes. En milieu naturel, on le dant sur terre. On le trouve dans quan-
trouve dans les minerais sulfureux (type tité de minéraux. Ses composés sont
pyrite) et dans les minerais de sulfates très peu solubles dans l’eau. Le silicium
(type gypse). Les sources naturelles se trouve essentiellement sous forme
de sulfate (SO42-) dans les eaux brutes dissoute d’acide silicique [Si(OH4)] en
sont la solubilisation des roches sulfa- milieu aqueux, à des concentrations
tées, l’oxydation des minéraux sulfurés, considérées comme sans danger pour
ainsi que la décomposition de la bio- l’homme. La solubilité des liaisons de
masse. Ses sources anthropogéniques silicium est très faible. Aux concentra-
sont les engrais, les dépôts humides tions naturelles de silicium peuvent ve-
(pluies acides), les eaux usées et les nir s’ajouter des rejets anthropogènes
jus de décharge. L’OSEC ne fixe pas de provenant de jus de décharges et de
concentration maximale pour le sulfate l’industrie métallurgique, chimique ou

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4. Substances contenues dans l’eau

électronique. de nitrate sont d’origine biologique,


agricole (engrais), urbaines et indus-
Azote (ammonium/ammoniac, trielles (eaux usées). Par conséquent,
nitrate, nitrite) une hausse de la teneur en nitrate est
Les composés de l’azote jouant un rôle le plus souvent le signe d’une influence
prédominant dans les systèmes aqua- anthropogénique. Le nitrite est essen-
tiques sont l’ammonium/ammoniac, tiellement issu de la réduction microbio-
le nitrate et le nitrite. L’ammonium/ logique du nitrate dans des conditions
ammoniac de l’environnement pro- anaérobies, que ce soit dans l’environ-
vient du métabolisme naturel des êtres nement ou dans le corps humain. Le
vivants, de l’agriculture et des procédés nitrite (NO2) peut également provenir
chimiques. Sa teneur normale dans les d’un processus de nitrification installé
eaux souterraines est très faible lorsque dans un réseau de distribution. Le ni-
celles-ci sont oxydées (µg/l), bien plus trite est toxique et peut provoquer une
élevée lorsqu’elles sont réduites (mg/l). méthémoglobinémie, chez les enfants
Des concentrations plus élevées en en particulier. Le nitrite est par ailleurs
ammonium/ammoniac peuvent indi- suspecté d’être impliqué dans des
quer la présence d’une pollution (eaux réactions produisant les nitrosamines,
usées ou utilisation agricole). La portée composés cancérigènes. La pertinence
sanitaire de l’ammonium dans l’eau de de ces réactions n’est toutefois pas
boisson est très limitée, puisque ses encore établie. L’OSEC fixe la valeur de
effets toxiques n’interviennent qu’à tolérance du nitrate à 40 mg/l et celle
partir de 200 mg/kg de poids corporel. du nitrite à 0.1 mg/l
La teneur en ammonium joue néan-
moins un rôle important dans le traite- Zinc
ment de l’eau, puisqu’il interfère avec Le zinc est un métal figurant parmi
la chloration pour former de la chlora- les oligo-éléments essentiels pour
mine, dont le pouvoir désinfectant est l’homme. Il est néanmoins considéré
nettement réduit. L’effet désinfectant comme dangereux pour l’environne-
du chlore disparaît complètement à ment. Bien que la charge naturelle en
partir d’un ratio chlore:ammonium de 6. zinc soit généralement faible, sa teneur
Autres éléments critiques : d’une part peut fortement augmenter dans les
la chloramine formée affecte le goût de canalisations du fait de leur zingage et
l’eau et, d’autre part, l’ammonium est de la solubilisation. Sa concentration
transformé en nitrite, qui est toxique moyenne en Suisse est de 30 µg/l, avec
(cf. plus bas). L’OSEC fixe la valeur de des pics mesurés à 4.5 mg/l. La valeur
tolérance de l’ammonium à 0.1 mg/l de tolérance de l’OSEC est de 5 mg/l.
dans les eaux potables, à l’exception de
celles de type réduit (0.5 mg/l). Pour ce
qui est du nitrate, les eaux brutes des
régions agricoles ou à forte densité de
population en contiennent souvent des
teneurs non négligeables (≥ 10 mg/l),
qu’elles soient souterraines ou super-
ficielles, tandis que les concentrations
naturelles de nitrite sont très faibles en
milieu naturel. Les principales sources

24 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Composés organiques naturels et dans l’organisme du fait de leur facilité
synthétiques d’adsorption. Leurs sources anthropo-
Les substances organiques peuvent géniques sont principalement les eaux
parvenir dans l’eau potable soit par voie usées industrielles, les sites conta-
naturelle (métabolisme, dégradation bi- minés et les pesticides halogénés.
ologique), soit par rejets anthropogènes L’exigence chiffrée de l’OEaux pour
(eaux usées, industrie, combustion, l’ensemble des AOX est de 0.01 mg/l ;
etc.) La diversité des composés orga- elle est exprimée en équivalent chlore.
niques est si grande qu’il est impos-
sible de les considérer un à un. Par Acide éthylènediamine-tétracétique /
conséquent, c’est par catégories qu’ils acide nitrilotriacétique (EDTA/NTA)
seront traités ici, à quelques exceptions L’EDTA est un agent complexant parmi
près. les plus utilisés (détergents, aliments,
cosmétiques, purification industrielle,
Acrylamide industrie du papier, etc.). Il parvient
L’acrylamide présent dans l’eau potable dans le milieu naturel via les eaux usées agent
provient essentiellement de l’utilisation essentiellement. L’EDTA se dégrade complexant
de polyacrylamide comme floculant. Il difficilement dans l’environnement et
agent floculant s’agit d’un produit potentiellement can- adhère très peu aux surfaces minérales
cérigène. Les techniques actuelles de à pH neutre, d’où sa mobilité élevée
traitement de l’eau ne permettent pas dans les eaux souterraines. Sa toxicité
d’extraire l’acrylamide de l’eau traitée. pour l’homme est faible et provient du
Sa concentration doit donc être con- fait qu’il chélate les métaux essentiels
trôlée en termes de teneur en acryla- pour l’organisme, comme par ex. le
mide dans le floculant et de floculant zinc. L’OSEC fixe sa valeur de tolérance
ajouté. L’OSEC ne fixe pas de valeur à 0.005 mg/l et sa valeur limite à 0.2
limite pour l’acrylamide dans l’eau pota- mg/l.
ble ; l’OMS conseille 0.5 µg/l. Le NTA est, lui aussi, un chélateur
puissant, qui forme un complexe stable
Composés organiques halogénés avec les ions métalliques en milieu
(AOX) aqueux. Il est parfois inclus comme
AOX est un paramètre cumulatif qui adoucissant dans les lessives. Il se
englobe tous les composés organiques dégrade facilement en général, ce qui
chlorés, borés et iodés adsorbés sur peut provoquer la mobilisation indésira-
charbon actif. Si ce paramètre donne ble de métaux lourds. Le NTA dissout
une idée de la charge de ce type de dans les cours d’eau forme souvent
composés dans un échantillon, il ne un complexe avec le calcium et le fer.
permet pas d’évaluer son caractère On le suspecte d’être indirectement
toxicologique. L’AOX englobe donc tout cancérigène. L’OSEC fixe sa valeur de
à la fois des composés quasi inoffen- tolérance à 3 µg/l et sa valeur limite à
sifs et très toxiques (dioxine, furanes, 0.2 mg/l.
PCB, DDT). Ces derniers sont souvent
cancérigènes, peu dégradables et bio-
accumulables, puisqu’ils s’accumulent

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4. Substances contenues dans l’eau

Hydrocarbures halogénés volatils chlorure de vinyle, très volatil, est le


(HHV) plus toxique d’entre eux. L’OSEC fixe
Il faut distinguer ici les HHV formés les valeurs limites suivantes pour ces
dans le processus de traitement de composés : PER 0.04 mg/l, trichloréthy-
l’eau (comme p. ex. les trihalométhanes lène 0.07 mg/l et 1,1-dichloroéthylène
[THM]) de ceux d’origine industrielle 0.03 mg/l. L’OSEC fixe une valeur limite
(tétrachloroéthylène [PER], chlorure de à toute une série d’autres HHV indus-
vinyle, trichlorométhane, etc.). L’OSEC triels, notamment : 1,2-dichloroétha-
fixe, d’une part, la valeur de tolérance ne 3 µg/l ; 1,1-dichloroéthylène 0.03
de 0.02 mg/l pour la somme de tous mg/l ; 1,2-dichloroéthylène 0.05 mg/l ;
les HHV issus du traitement de l’eau dichloro-méthane 0.02 mg/l ; tétrachlo-
et, d’autre part, la valeur de tolérance rométhane 2 µg/l ; 1,1,1-trichloroéthane
de 8 µg/l pour tous ceux provenant de 2 mg/l.
l’environnement. Ces sommes sont cal-
culées en chlore. Les THM proviennent Agents tensioactifs
essentiellement du chlorage. La forma- Il s’agit de composés organiques (p. ex
tion de THM augmente lorsque l’eau les tensides) dotés d’une partie hy-
brute contient du brome ou de l’iode. drophile (hydrosoluble) et d’une autre
Les THM sont potentiellement cancé- hydrophobe (liposoluble). Ils peuvent
rigènes. L’OSEC fixe une valeur limite être naturels (p. ex. la lécithine) ou syn-
pour les quatre THM chlorés ou thétiques. Ils ont la propriété d’abaisser
bromés : trichlorométhane (CHCl3) : la tension superficielle d’un liquide en
0.04 mg/l ; bromodichlorométhane s’accumulant à sa surface. La valeur de
(CHCl2Br) : 0.015 mg/l, dibromochloro- tolérance pour le total des agents tensi-
méthane (CHClBr2) : 0.1 mg/l ; bromo- oactifs est fixée par l’OSEC à 0.1 mg/l.
forme (CHBr3) : 0.1 mg/l. Le tétrachlo-
roéthylène (ou aussi perchloréthylène, Hydrocarbures
PER) est un hydrocarbure chloré volatil Les hydrocarbures (HC) regroupent
(HCCV), utilisé principalement dans tous les composés formés uniquement
le dégraissage et le nettoyage à sec. d’atomes de carbone et d’hydrogène.
Il est ininflammable et sa densité est Leur structure peut être linéaire (alca-
supérieure à celle de l’eau (DNAPL) ; sa nes, alcènes, alcynes, etc.) ou circulaire
biodégradation est très lente. En raison (p. ex. les composés aromatiques). Ils
de son usage très répandu (industrie, entrent essentiellement dans la compo-
artisanat), le PER figure parmi les sition du gaz, du pétrole et du charbon.
principaux polluants des eaux souter- Ils ne sont généralement pas solubles
raines. Sa dégradation par réduction dans l’eau. Certains HC sont toxiques
suit la chaîne trichloréthylène (Tri) et cancérigènes (p. ex. les HC aroma-
- dichloréthylène - chlorure de vinyle tiques polycycliques). L’OSEC fixe à
- éthène/éthane. Comme le PER, ces 1 µg/l la valeur de tolérance des HC
intermédiaires chlorés sont toxiques hydrosolubles et à 20 µg/l celle des HC
et potentiellement cancérigènes. Le peu solubles.

26 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Méthyl-tert-butyléther (MTBE) breux HAM sont biodégradables aux
Le MTBE est un liquide incolore, conditions aérobies et parfois aussi
légèrement volatil et soluble dans anaérobies. Leurs principales sources
seuil l’eau. Son seuil organoleptique est bas, de rejets dans l’environnement pro-
organoleptique puisqu’il se situe entre 2 et 50 µg/l. Il viennent des erreurs de manipulation
entre 2 et 50 µg/l est utilisé principalement comme agent et d’élimination, ainsi que des fuites
antidétonant dans l’essence, en rem- dans les installations de stockage et
placement du tétraéthyle de plomb. les conduites. L’OSEC fixe la valeur de
Sa toxicité aiguë est faible, mais il tolérance du benzène à 1 µg/l. L’OEaux
présente un potentiel cancérigène. Le fixe l’exigence de 1 µg/l pour chaque
MTBE se décompose en l’espace de HAM dans l’eau brute.
quelques jours dans l’air, mais, étant
peu biodégradable, sa demi-vie peut Phénols
atteindre plusieurs années en eaux sou- Les phénols se composent d’un noyau
terraines. Ce problème est aggravé par aromatique portant un ou plusieurs
la bonne solubilité du MTBE dans l’eau groupes hydroxyles (-OH). Le salicylate,
et par sa grande mobilité dans le sol. l’adrénaline, les tanins et certains
Sa présence fréquente dans les eaux arômes (vanilline, aldéhyde cinnamique,
souterraines provient essentiellement etc.) sont des phénols bien connus. Les
des fuites de réservoirs et de condui- composés phénoliques sont souvent
tes, et, dans une moindre mesure, de peu solubles dans l’eau et peu biodé-
l’air par le biais des précipitations. En gradables. Ils sont classés comme dan-
Suisse, il n’existe pour l’instant qu’une gereux pour les eaux, dont ils peuvent
seule valeur indicative pour le MTBE, déjà altérer le goût à très faible concen-
2 µg/l, donnée par les « Instructions tration. L’OSEC donne deux types de
pratiques pour la protection des eaux valeurs de tolérance pour les phénols,
souterraines ». L’OMS propose un ma- l’une fixée à 5 µg/l par substance et
ximum de 10 µg/l. l’autre, pour les phénols entraînables
par la vapeur d’eau, fixée à 10 µg/l et
Hydrocarbures aromatiques calculée en phénol.
monocycliques (HAM) Les chlorophénols se forment pendant les chloro-
Les HAM se trouvent principalement le chlorage des eaux brutes contenant phénols se
dans les combustibles (benzine, diesel, des phénols et rendent l’eau imbuva- forment pendant
kérosène, mazout, etc.) et s’utilisent ble du point de vue organoleptique. Le le chlorage des
souvent comme composés de base des pentachlorphénol (PCP) est un autre eaux brutes
produits synthétiques. Ils sont vola- composé de ce groupe. Très toxique et
tiles et peu solubles dans l’eau. Ils ne peu biodégradable, il est utilisé dans
se dispersent donc pas dans la masse le traitement du bois et des textiles.
d’eau (souterraine) mais se confinent à L’OMS le classe comme potentielle-
la surface de niveau et dans les zones ment cancérigène. Le MSDA attribue
non saturées. Les principaux composés donc aux chlorophénols une valeur
de ce type sont le benzène, le toluène, directrice distincte, qui est de moins de
l’éthylbenzène et le xylène (BTEX). 1 µg/l.
Le benzène en particulier est héma-
totoxique et cancérigène. De nom-

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4. Substances contenues dans l’eau

Hydrocarbures aromatiques Algicides Algicides


polycycliques (HAP) Produits utilisés pour empêcher la pro-
Les HAP sont des composés orga- lifération des algues. Il s’agit souvent
niques généralement neutres et apo- des mêmes agents que ceux utilisés
laires, formés de deux ou plusieurs comme désherbants (p. ex. atrazine
noyaux benzène soudés. Ils sont peu et diuron). Ils sont surtout utilisés dans
solubles dans l’eau, et plus leur poids les zones urbaines pour protéger les
moléculaire augmente, plus leur volati- peintures de façade et les isolants. Ils
lité diminue. Les HAP sont quasiment entrent directement dans les eaux de
tous toxiques et cancérigènes. Ils surface par le biais des peintures de
proviennent d’une combustion incom- protection des bateaux (antifouling).
plète et parviennent dans le sol et les
eaux en s’y déposant. L’OSEC fixe à la Bactéricides Bactéricides
somme des HAP la valeur de tolérance Produits détruisant les bactéries. Il
de 0.2 µg/l. Cette somme intègre les s’agit essentiellement des antibiotiques
substances suivantes : benzo[a]pyrène, et des désinfectants.
fluoranthène, benzo[b]fluoranthène,
benzo[k]fluoranthène, benzo[ghi] Fongicides Fongicides
perylène et indéno[1,2,3-cd]pyrène. Produits détruisant les champignons
L’exigence de l’OEaux est de 0.1 µg/l parasites. Certaines classes de sub-
pour chaque HAP dans l’eau brute. stances, comme les triazoles ou les
benzimidazoles, sont très solubles dans
Pesticides l’eau et constituent donc un danger
La notion de pesticides inclut toute particulier pour les eaux souterraines et
une série de composés chimiques superficielles.
aux propriétés diverses, utilisés pour
protéger les plantes et lutter contre Herbicides
les parasites. L’OSEC ne prend pas en Produits détruisant les mauvaises her- Herbicides
les pesticides compte chacun d’entre eux individuelle- bes. Leur mode d’action cible divers
incluent toute ment, mais fixe d’une part la valeur de mécanismes de la plante : hormone
une série de tolérance de 0.1 µg/l par substance pour de croissance, photosynthèse, germi-
composés les « pesticides organiques et individu- nation, etc. Ils présentent une grande
chimiques ellement à leurs métabolites, produits de diversité en termes de composition
dégradation et de réaction pertinents », chimique, d’où un impact différencié
et, d’autre part, la valeur de tolérance sur l’environnement. A titre d’exemple,
de 0.5 µg/l pour la somme de tous les les anilides (très toxiques), les sulfona-
pesticides organiques. tes (persistants et solubles dans l’eau)
Les pesticides se classent selon leur ou encore les triazines (adsorption très
cible. Nous résumons ci-dessous les faible, souvent présents dans les nap-
principales catégories. pes en Suisse)

Acaricides Insecticides Insecticides


Acaricides Produits utilisés pour détruire les aca- Produits détruisant les insectes à leurs
rienset les arachnides. Ils sont utilisés différents stades de développement. Ils
principalement dans l’agriculture (arbori- peuvent agir après ingestion, par contact
culture fruitière et viticulture). ou par inhalation. Ils sont neurotoxiques
pour la plupart. Parmi les classes les
plus connues figurent les carbamates
(toxiques, persistant plusieurs semaines
dans l’environnement), les organophos-

28 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


phorés (dégradation rapide, forte toxicité) Nématicides Nématicides
ou les pyréthrinoïdes (très toxiques pour Produits contre les nématodes et autres
les poissons). nuisibles vivant dans le sol. Ils sont soit
gazeux soit solubles dans l’eau.
Molluscides Molluscides
Produits contre les escargots et les
limaces. Ils contiennent souvent du
sulfate d’aluminium ou du phosphate
de fer.

Tableau 4 : Les principaux pesticides utilisés en Suisse, ainsi que leur métabolites (META) et leurs concentrations dans les eaux
souterraines et superficielles.

Famille moléculaire Concentrations en Suisse [µg/l] Occurrence en Suisse


Eaux souterraines Eaux superficielles Eau de boisson Eaux souterraines Eaux superficielles
(NAQUA)
[%] sur n [%]
échantillons
Alachlore Anilides < 0.005 - 0.05 < 0.01 - 0.03 - 0.4 270 -
acide aminométhyl-
phosphonique
(AMPA) META glyphosate < 0.05 - < 0.04 - - -
Atrazine Triazines < 0.002 - 0.97 < 0.009 -1.5 < 0.007 - 0.12 33.0 1114 22.0
Bentazon Benzothiadiazone < 0.01 - 0.06 < 0.01 - 0.64 - 13.0 15 2.0
Chlortoluron Phenylurées < 0.002 - 0.199 - - 0.4 510 -
Cyanazine Triazine < 0.001 - 0.138 - - 4.0 421 -
Déséthylatrazine META atrazine < 0.002 - 1.17 < 0.001 - 0.3 < 0.005 - 0.22 39.7 1114 12.0
Déséthylterbuthylazine META terbutylazine < 0.005 - 0.013 - - 68.8 32 -
Désisopropylatrazine META atrazine < 0.005- 0.147 - < 0.02 7.2 1101 -
Diuron Phénylurées < 0.001 - 0.57 < 0.001 - 1.1 - 1.1 981 1.0
Glyphosate Aminophosphonates - - < 0.03 - - -
Isoproturon Phénylurées < 0.001 - 0.38 < 0.04 - 10.0 - 0.4 970 12.0
Mécoprop (MCPP) Aryloxacides < 0.01 < 0.001 - 3.9 - 0 15 33.0
Métolachlore Anilides < 0.002 - 0.16 < 0.001 - 1.3 - 2.4 595 3.0
Métolachlore ESA/OXA META métolachlore < 0.002 -0.48/0.15 - - 47/18 - -
Simazine Triazines < 0.002 - 0.128 < 0.001 - 0.6 - 18.0 1114 2.0
Sulcotrione Tricétones < 0.05 - - 0 217 -
Terbuthylazine Triazines < 0.001 - 0.13 < 0.001 - 1.2 - 2.9 1114 1.0

Concentrations en eaux souterraines (NAQUA) : 2002 - 2003, 2006


Occurrence en eaux souterraines (NAQUA) : 2003
Concentrations en eaux superficielles (AG, ZH) : 1999 - 2003
Occurrence en eaux superficielles (AG, ZH) : 1999 - 2003
Concentrations dans l’eau de boisson (AG, BE, SH, TG, ZH) : 2005 - 2007

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 29


4. Substances contenues dans l’eau

Les tableaux 5 et 6 indiquent le degré


d’adéquation de chacun des procédés de
séparation et d’oxydation utilisés ac-
tuellement dans le traitement de l’eau,
selon le type d’élément/composé conte-
nu dans l’eau.
Tableau 5 : Procédés de séparation utilisés pour extraire de l’eau les éléments/composés inorganiques.

Séparation
Eléments/composés
composés SED FR FLS CA MF UF NF OI EI
Arsenic - ++* ++* - +/-* +* ++* ++* ++
Plomb souvent insignifiant dans l’eau brute
(problèmes de conduites et de robinetterie)
Brome
Bromure - - - - - - - ++ -
Bromate minimiser sa formation lors du traitement de l’eau
Cadmium +/-* ++* ++* - - - - + ++
Calcium - - - - - - + ++ ++
Chlore
Chlorure - - - - - - - ++ +
Chlorate minimiser sa formation lors du traitement de l’eau
Chrome - - - - - - - + ++
Cyanures - - - - - - - + -
COD - +/-# +# ++§ - - + ++ -
Fer +/- + ++ -
∆ ∆ ∆
+ +
∆ ∆
+ ++ +/-

Fluor - - - + - - +/- + +
Hydrazine - - - - - - - +/- -
Cuivre souvent insignifiant dans l’eau brute
(problèmes de conduites et de robinetterie)
Magnésium - - - - - - + ++ ++
Manganèse +/-∆ +∆ +∆ - + ∆ + ∆ +/-∆ + +
Nickel souvent insignifiant dans l’eau brute
(problèmes de conduites et de robinetterie)
Mercure - - - +/- - - +/- ++ -
Soufre
Sulfure - - - - - - - + -
Sulfate - - - - - - + ++ ++
Silicium - - - - - - - ++ -
Azote
Ammonium - +/- +° +° - - - ++ +
Nitrate - - - - - - + ++ ++
Nitrite - - - - - - + ++ +
Zinc souvent insignifiant dans l’eau brute
(problèmes de conduites et de robinetterie)

30 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Tableau 5 (suite) : Procédés de séparation utilisés pour extraire de l’eau les composés organiques.

Composés organiques Séparation


Eléments/composés
composés SED FR FLS CA MF UF NF OI EI
Acrylamide - - - - - - - + -
AOX - - - ++§ - - - ++ -
EDTA/NTA - - - - - - - ++ -
HHV
Bromoforme - - - +/- - - - ++ -
Bromodichlorméthane - - - +/- - - + ++ -
Dibromchlorméthane - - - +/- - - + ++ -
Chloroforme - - - +/- - - + ++ -
Tétrachloroéthylène - - - + - - + ++ -
Trichloréthylène - - - + - - + ++ -
Dichloroéthylène - - - + - - + ++ -
Agents
tensioactifs - - - - - - ++ ++ -
MTBE - - - - - - - + -
Benzène - - - ++ - - + ++ +
Phénols - - - ++ - - + ++ +
HAM - - - ++ - - + ++ +
Pesticides dépend beaucoup de leurs propriétés
physicochimiques (solubilité, polarité, etc.)
Médicaments dépend beaucoup de leurs propriétés
physicochimiques (solubilité, polarité, etc.)

SED : Sédimentation ++ : bien adapté


FR : Filtration rapide + : adapté
FLS : Filtration lente par le sable +/- : en partie adapté
CA : Charbon actif - : pas adapté
MF : Microfiltration # : fraction biodégradable
UF : Ultrafiltration § : adsorption sur CA frais
NF : Nanofiltration * : avec floculation/sédimentation
OI : Osmose inverse ° : bioactif
EI : Echange d’ions ∆
: avec oxydation

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4. Substances contenues dans l’eau

Tableau 6 : Procédés d’oxydation utilisés pour extraire de l’eau les éléments/composés.

Oxydation
Eléments/
composés Chlore ClO2 O3 UV AOP
Arsenic (III) ++ + ++ - ++
Plomb problèmes de conduites et de robinetterie
Brome
Bromure + - + - ++
Bromate minimiser sa formation lors du traitement de l’eau
Cadmium - - - - -
Calcium - - - - -
Chlore
Chlorure - - - - -
Chlorate minimiser sa formation lors du traitement de l’eau
Chlorite + - ++ - ++
Chrome (VI) - - - - -
Cyanures ++ + ++ - ++
COD + + ++ - ++
Fer (II) ++ ++ ++ - ++
Fluor
Fluorure - - - - -
Hydrazine + * ++ - ++
Cuivre problèmes de conduites et de robinetterie
Magnésium - - - - -
Manganèse +/-° ++ ++ - ++
Nickel problèmes de conduites et de robinetterie
Mercure - - - - -
Soufre
Sulfure ++ ++ ++ - ++
Sulfate - - - - -
Silicium - - - - -
Azote
Ammonium ++ - - - -
Nitrate - - - - -
Nitrite ++ + ++ - ++
Zinc problèmes de conduites et de robinetterie

32 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Tableau 6 (suite) : Procédés d’oxydation utilisés pour extraire de l’eau les composés organiques.

Composés organiques Oxydation


Eléments/
composés Chlore ClO2 O3 UV AOP
Acrylamide - - - - -
AOX
EDTA/NTA dépend du complexe formé
HHV
Bromoforme - - - - +/-
Bromdichlorméthane - - - - +/-
Dibromchlorméthane - - - - +/-
Chloroforme - - - - +/-
Tétrachloroéthylène - - - - +/-
Trichloréthylène - - +/- - +
Dichloroéthylène - - + - ++
Agents tensioactifs
MTBE - - - - +
Benzène - - +/- - ++
Phénols + ++ ++ +/- ++
HAM +/- * + * ++
Pesticides selon leurs propriétés de - à ++
Médicaments selon leurs propriétés de - à ++

++ : bien adapté
+ : adapté
+/- : en partie adapté
- : pas adapté
* : pas de données
° : seulement en surface (hétérogène)

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5. Procédés de potabilisation
de l’eau
Introduction Les procédés de potabilisation de l’eau
La filière de traitement d’une station peuvent se classer, selon leur fonction,
de potabilisation de l’eau dépend d’une en prétraitement, filtration, désinfec-
part de l’eau brute elle-même (prove- tion/oxydation et traitement supplémen-
nance, substances contenues, qualité taire.
intrinsèque) et, d’autre part, du cadre Le tableau 7 donne un aperçu de ceux
législatif et réglementaire régissant qui sont autorisés en Suisse. Ils seront
l’eau de boisson (OSEC, OHyg, etc.). De décrits plus bas de manière systéma-
leur côté, les procédés doivent répond- tique.
re chacun à des conditions particulières
qui assureront leur bon fonctionnement.
Tous ces éléments doivent être pris
en compte dans le choix des procédés
d’une chaîne de traitements. Cette ap-
proche globale s’applique aussi bien à la
conception des nouvelles stations qu’à
l’agrandissement ou à la modernisation
des anciennes.

34 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Tableau 7 : Procédés de potabilisation de l’eau décrits en détail dans le texte. Cet aperçu mentionne leur but
d’utilisation sans donner une évaluation de leur efficacité. Seuls des tests approfondis permettront de savoir si
un procédé est bien adapté à une eau brute spécifique. (°: combiné par exemple avec de l’H2O2)

Elimination des microorganismes par biodégradation


Elimination de substances dissoutes

Adsorption de substances dissoutes

(++ grande, + moyenne, - petite)


Elimination des particules

Elimination des nitrates

Taille de la station
Adoucissement
Biodégradation

Dessalemant
Désinfection

Coagulation
Oxydation

pH
Procédés /
But d’utilisation
Floculation/précipitation x x x x -/+/++
Sédimentation x +/++
Filtration lente sur sable x x x x +/++
Filtration rapide x x x -/+/++
Filtration membranaire x x x x x x -/+/++
Chloration x x -/+/++
Dioxyde de chlore x x +/++
Ozonation x x x +/++
UV x x° -/+/++
Charbon actif x x x -/+/++
Echange d’ions x x x x x -/+
Désacidification/
adoucissement x x x -/+/++
Oxydation avancée x -/+/++

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5. Procédés de potabilisation de l’eau

Prétraitement également des microorganismes et


Lorsqu’elle est fortement polluée ou des algues. Le dosage des floculants
qu’elle varie beaucoup en qualité, l’eau se situe généralement entre 0.1 et 1
brute demande souvent un prétraite- mg/l. Ils réduisent notablement (40 -
ment qui lui permettra de poursuivre 60%) les doses de coagulant requises
la filière de potabilisation. Le prétrai- à l’étape précédente. D’autres réactifs,
tement consiste essentiellement à tels que les agents oxydants ou les
séparer les particules en suspension et bases, précipitent certaines substances
à réduire la teneur de certaines subs- comme le calcaire, le fer, le manga-
tances dissoutes. nèse, etc. Le type d’additif, la manière
de les ajouter à l’eau puis de brasser
Floculation et précipitation celle-ci sont déterminants pour le suc-
cès de la floculation. L’addition du coa-
But : coagulation des particules en gulant sous brassage rapide permet la
suspension et précipitation des subs- formation des microflocs. Ensuite, c’est
tances dissoutes et colloïdales sous agitation lente et à l’aide de flocu-
La floculation aide à éliminer les parti- lants que doit se dérouler la croissance
cules colloïdales finement distribuées des microflocs en flocs de grande taille
et difficiles à retirer de l’eau brute. Elle (« macrofloculation »), ce qui accélère
les coagule en agglomérats de plus l’élimination des particules. Espacer de
grande taille permettant leur meilleure 30 secondes au moins les deux étapes
élimination par sédimentation, flottation permet de limiter les doses de flocu-
ou filtration. Pour des raisons tech- lants (polymères).
niques, la floculation est généralement
couplée à une sédimentation ou à une Difficultés
filtration dans la même unité. Ce type Le bon déroulement d’une floculation
de processus, intégrant floculation puis dépend beaucoup du dosage, des
séparation des flocs, permet de traiter conditions de brassage et des temps
les eaux brutes dont la turbidité est de réaction. Le dosage des réactifs est
de l’ordre de 5 à 200 UTN. Certains souvent problématique lorsque l’eau
produits chimiques, surtout les sels brute varie beaucoup en qualité (eau de
de Fe(III) et d’Al(III), permettent de rivière, aquifère karstique ou fissuré).
neutraliser les forces de répulsion qui Le dosage exact doit être établi en
écartent les particules les unes des laboratoire (jar-test) ou par des essais
autres (charges superficielles néga- en station. L’efficacité de la floculation
tives), si bien que celles-ci peuvent dès diminue avec des doses trop faibles
lors s’agglomérer. Les doses de sels comme avec des doses trop élevées.
de Fe et d’Al se situent typiquement L’utilisation de la floculation est tou-
entre 0.6 et 12 mg/l. Ensuite, l’addition jours liée à l’introduction de produits
de floculants, tels que les polymères chimiques indésirables (fer, aluminium,
organiques (polyacrylamide ou amidon), polyacrylamide, etc.), dont la concen-
facilite la formation de flocs de grande tration doit êtres réduite à un minimum
taille et accélère donc leur élimination (valeurs de tolérance) au cours de la
à l’étape suivante. Les flocs intègrent floculation ou des étapes ultérieures.

36 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Les excédents de floculants peuvent exige, en revanche, un brassage très lent,
être éliminés avant une filtration atte- sans quoi les flocs seraient désagrégés
nante par l’addition d’un supplément par les forces de cisaillement.
de coagulant : il s’agit de la post-flocu-
lation. Par principe, on choisira les coa- La floculation-filtration procède par
gulants et les floculants qui mènent aux injection du floculant directement à
objectifs voulus à moindre concentra- l’entrée du bassin de filtration ; la flo-
tion. La prise en charge des boues sera culation se déroule donc directement
également planifiée, notamment leur au-dessus des filtres. Ce procédé ne
stockage, leur déshydratation et leur convient cependant qu’aux eaux brutes
élimination. Si l’eau contient encore des à faibles taux de colloïdes dissous.
résidus d’agents oxydants lorsque les
floculants y sont ajoutés, ces derniers
sont requis à plus haute dose et la réac- Pré/post-traitements possibles
tion génère des sous-produits. La floculation est souvent l’une des
premières étapes de traitement lorsque
Bassins l’eau brute contient de fortes teneurs
L’addition du coagulant se déroule en matières en suspension (eau super-
dans un bassin séparé assurant un bon ficielle). L’élimination des flocs se fait
brassage de l’eau (figure 5). La durée par sédimentation ou par filtration. Ces
de séjour de l’eau y est de quelques étapes combinées ne suffisent pas à
minutes. C’est là que se déroule la coa- produire une eau potable de bonne qua-
gulation (« microfloculation »). L’injec- lité, mais elles permettent néanmoins
tion du floculant se déroule en général de poursuivre le traitement par d’autres
dans la conduite sortant du bassin de interventions (filtration sur sable,
coagulation. Le floculant y est injecté procédés membranaires, désinfection,
perpendiculairement au flux (débit ≥ etc.). La pré-ozonation peut faciliter
0.5 m/s). Celui-ci est nécessairement la floculation et réduire la demande en
turbulent, afin d’accélérer le mélange et réactifs chimiques, voire même rendre
d’assurer sa bonne distribution. ces derniers inutiles.

Pour optimiser l’incorporation du flocu- Valeurs limites/valeurs de tolérance


lant dans l’eau, on l’injecte en solution L’emploi d’agents de floculation,
la plus diluée possible (~ 0.1 vol.%). La comme les sels de Fe(III) et d’Al(III),
floculation qui suit (« macrofloculation ») impose de mesurer leur teneur rési-

Mélange Floculation Séparation

Addition de Addition de
coagulant floculant

Sédimentation Filtration

Figure 5 : Schéma d’une unité de floculation avec séparation attenante des flocs (sédimentation, filtration)

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 37


5. Procédés de potabilisation de l’eau

duelle après filtration. L’OSEC fixe à 0.3 Produits et précautions


mg/l la valeur de tolérance du fer total Les réactifs utilisés sont généralement
et à 0.2 mg/l celle de l’aluminium. En des coagulants anorganiques auxquels
cas d’emploi de polyacrylamide comme on associe souvent des polymères or-
floculant, on veillera à réduire au maxi- ganiques comme agents floculants. Les
mum la teneur résiduelle d’acrylamide coagulants anorganiques (« floculants
non polymérisé (monomère), puisque primaires ») sont des sels hydrolysables
l’OFSP le considère comme cancé- de fer et d’aluminium. Ils sont dispo-
rigène probable. L’acrylamide n’est nibles sous forme de sulfate, chlorure,
pas encore soumis, en Suisse, à une hydroxychlorure, hydroxysulfate ou
teneur maximale dans l’eau potable. encore en mélange de ces derniers.
L’OMS recommande un taux de 0.5 µg/l Ces sels sont très acides en solution
et l’UE fixe à 0.1 µg/l son maximum (pH 2-3) et diminuent de ce fait la capa-
autorisé. Ces valeurs se situent cepen- cité tampon de l’eau, éventuellement
dant autour des limites de détection aussi son pH. Les anions demeurent
et leur interprétation demande donc dans l’eau traitée au terme du proces-
une certaine prudence. Une approche sus. En ce qui concerne les floculants
plus fiable se basera, d’une part, sur la organiques, il s’agit essentiellement
teneur en acrylamide monomérique de de polyélectrolytes (polyacrylamide
la solution concentrée injectée dans le anionique, cationique ou non ionique)
système et, d’autre part, sur sa dilution solubles dans l’eau. Leur action repose
subséquente dans l’eau traitée. sur une adsorption superficielle irré-
versible. Il est donc nécessaire de les
Monitorage du procédé disperser de la manière la plus rapide et
Le dosage des agents de coagulation homogène possible. Ces floculants sont
et de floculation doit être proportionnel conservés sous forme de poudre ou de
au débit de l’eau : celui-ci doit donc être granulés. Ils sont utilisés, si nécessaire
mesuré en continu. On surveillera de et selon la demande, dans de l’eau
même leur concentration dans les solu- traitée non désinfectée. Une fois en so-
tions concentrées. En cas de floculation lution, les polymères ont une durée de
utilisant des sels de métaux, il faudra conservation limitée (perte d’efficacité)
déterminer, à intervalles réguliers (p. et sont susceptibles d’être contami-
ex. chaque mois), la teneur résiduelle nés par des microorganismes (surtout
de ces sels après élimination des flocs, s’il s’agit d’amidons). Leur durée de
afin d’ajuster leur dosage. Il en va de conservation en solution ne doit pas
même des floculants de type polyacryla- dépasser une semaine au maximum.
mide. L’absorbance UV à 254 nm (CAS Leur préparation nécessite par contre
254, cf. ci-dessous) permet d’évaluer un temps d’attente. Celui-ci est indiqué
l’élimination de la MON et fournit donc par le fabricant car il varie selon le pro-
une mesure du niveau de purification duit ; il se situe généralement autour de
obtenu dans cette étape du traitement. quelques heures.

38 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Procédé : sédimentation l’eau en bassin de sédimentation est
typiquement de quelques heures. En
But : élimination des matières Suisse, cette phase de sédimentation
solides est peu utile du fait de la bonne qualité
L’étape de sédimentation sert à élimi- des eaux brutes. Elle présente néan-
ner la plupart des matières en suspen- moins un intérêt dans le traitement de
sion par l’effet de la gravitation. Au plan l’eau de lavage des filtres.
technique, ce procédé est plutôt simple
et consomme peu d’énergie. Son utilité Difficultés
se limite cependant aux eaux brutes à Les particules en suspension dans l’eau
forte teneur en matières en suspension brute varient en termes de forme, de
et présentant une bonne décantabilité taille et de densité. Le fait de ne pas
(densité élevée, cf. figure 6). connaître ces paramètres empêche
toute estimation fiable de l’effica-
1,0 cité d’une phase de sédimentation.
Expérimentalement, la décantabilité
0,1 de l’eau ne peut se déterminer qu’en
globalité, en reproduisant les conditions
Vitesse [m/s]

0,01 présentes en station, notamment en


termes de substances et floculants
0,001 contenus dans l’eau, flux, etc. Ce type
d’expérimentation doit prendre en
0,0001 compte toutes les propriétés particu-
0,01 0,1 1,0 10
Diamètre particulaire [mm]
100
laires (distribution des tailles, densités,
etc.). Les bassins de sédimentation
Figure 6 : Vitesse de sédimentation en fonction
occupent une grande superficie, ce qui
du diamètre particulaire (densité constante peut poser parfois des problèmes (zone
de 2650 kg/m3) habitée, stations de petite dimension,
etc.).
On note une nette diminution de la
vitesse de sédimentation des particules Bassin
de diamètre < 0.1 mm. La sédimenta- Dans le bassin de sédimentation, le flux
tion ne convient donc pas aux suspen- doit être le plus laminaire possible et
sions très fines. La distribution des vi- la durée de séjour doit varier le moins
tesses de sédimentation des particules possible entre chaque couche d’eau.
et la géométrie du bassin sont les deux Le dimensionnement du bassin repose
principaux facteurs déterminant la sédi- sur la notion de charge surfacique V =
mentation. Celle-ci peut être améliorée Q/S, où Q est le débit traversier et S la
d’une part en modifiant les propriétés surface de sédimentation (largeur fois
particulaires (utilisation de floculant) longueur du bassin). Lorsqu’une parti-
et, d’autre part, en diminuant la hau- cule sédimente à la vitesse v, le temps
teur tout en augmentant la surface de t qu’elle mettra pour parcourir la hau-
sédimentation (décantation lamellaire, teur h du bassin est t = h/v. La vitesse
p. ex.). Le temps de séjour moyen de

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 39


5. Procédés de potabilisation de l’eau

de sédimentation se situe habituelle- stade, puisque généralement d’autres


ment autour de 0.5 m/h en l’absence de procédés suivront la sédimentation. En
coagulants/floculants et de 5 - 10 m/h cas de floculation intégrée, les teneurs
en leur présence. Ces éléments per- résiduelles en agents coagulants/flocu-
mettent théoriquement de déterminer lants (aluminium, fer, polyacrylamide,
les dimensions du bassin. En pratique etc.) seront mesurées après sédimen-
cependant, les conditions d’écoulement tation et leur dosage sera corrigé en
ne sont jamais idéales et le rapport amont, si nécessaire.
largeur/longueur du bassin ne peut être
choisi de manière arbitraire. La décanta- Produits et précautions
tion doit être le moins possible pertur- Les bassins de sédimentation tradi-
bée par les réalités hydrauliques. A cet tionnels sont généralement de forme
effet, le bon dimensionnement du bas- rectangulaire ou circulaire. Lorsqu’ils
sin (stabilité du flux, pas de resuspen- sont rectangulaires, l’écoulement suit la
sion, disposition des zones d’admission longueur. Quant aux bassins circulaires,
et de sortie, etc.) permettra d’éviter les ils peuvent être alimentés par une
courts-circuits hydrauliques. entrée d’eau centrale ou périphérique.
L’évacuation des sédiments se fait en
Pré/post-traitements possibles continu. On utilise des cuves spéciales
La sédimentation est très souvent combi- lorsque sédimentation et floculation
née à une floculation/précipitation ; celle- sont combinées. Elles se composent
ci modifie à tel point la décantabilité des généralement d’une zone de mélange à
particules, qu’elle permet leur élimination brassage rapide et d’une zone de sédi-
rapide et extensive. La sédimentation mentation à écoulement réduit.
seule ne suffit pas toutefois à produire La sédimentation traditionnelle peut
une eau potable de bonne qualité. En être améliorée par l’introduction de
effet, la teneur en suspensions rési- lamelles ou de tubes dans le bassin
duelles reste trop élevée et empêche de de sédimentation, ce qui diminue le
procéder à une désinfection fiable. Son parcours et accroît considérablement
intérêt se limite donc à établir les condi- la surface de décantation et la charge
tions idéales (turbidité/teneur particulaire hydraulique applicable. Ces décanteurs
réduite et très constante) en vue des lamellaires fonctionnent généralement
étapes suivantes (filtration, procédés à contre-courant (eau-boue). On peut
membranaires). également utiliser du gravier à la place
des lamelles. Même si ce type d’ins-
Monitorage du procédé tallation est appelé « filtre à gravier »,
Le résultat de la sédimentation est son mécanisme repose malgré tout sur
vérifiable par néphélométrie. Cette la sédimentation. Les filtres à graviers
mesure renseigne sur l’élimination des sont rincés du haut vers le bas avec de
matériaux particulaires ; elle suffit à ce l’eau s’écoulant à vitesse élevée.

40 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


zone d’admission Longueur du bassin zone de sortie

raclage continu
des boues

évacuation des boues

Figure 7 : Schéma d’un bassin de sédimentation à écoulement longitudinal avec zone d’admission et de sortie,
chaîne de raclage et cône d’évacuation des boues.

Filtration Filtration sur structure plane


La filtration sert à éliminer les matières Les particules y sont retenues par une
en suspension de la future eau de bois- fine surface faisant office de tamis (figure
son. L’eau résultant de la filtration est 8). Le principe de séparation repose es-
le filtrat - ou le perméat s’il s’agit d’une sentiellement sur des forces mécaniques.
filtration sur membrane. Les unités de Du fait de la taille fixe de leurs pores, ces
filtration fonctionnent de manière discon- filtres établissent un seuil de séparation
tinue, chaque filtre étant périodiquement très précis. La perte de charge augmente
retiré du circuit pour en éliminer le réten- exponentiellement avec l’épaisseur du
tat et qu’il garde son efficacité. Plusieurs rétentat. Les microtamis et les filtres à
critères permettent de caractériser les tissu sont des exemples de filtres plans.
performances d’un filtre : différence Les procédés membranaires forment là
de pression, qualité du filtrat (turbidité, une catégorie particulière subdivisée, se-
nombre de particules), durée de fonction- lon la taille des pores, en microfiltration,
nement du filtre, etc. Le filtre est nettoyé ultrafiltration, nanofiltration et osmose
lorsque la différence de pression dépasse inverse.
la charge utile et/ou d’exploitation, ou
lorsque la qualité du filtrat ne suffit plus. Filtration sur lit
Les procédés de filtration peuvent se Les particules sont retenues par une
classer sommairement en filtration sur matrice poreuse, tant par des forces
structure plane et filtration sur lit. physiques que chimiques (figure 9). La
filtration rapide, la filtration lente sur
sable et la filtration sur charbon actif en
eau brute sont des exemples. L’efficacité de la
filtration dépendra essentiellement des
filtrat propriétés des particules (taille, forme,
chimie superficielle),des propriétés du
Figure 8 : Schéma d’une filtration sur structure plane.
Les particules sont retenues sur une surface plane où liquide ambiant (substances dissoutes,
elles forment un gâteau de filtration adsorption, etc.) et de celles du filtre

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 41


5. Procédés de potabilisation de l’eau

lui-même (porosité, rapidité du flux, entraînant une biodégradation significa-


taille, forme, etc.). La séparation porte tive de composés organiques biologi-
sur toutes les dimensions particul- quement assimilables (COA). On notera
aires ; elle passe par une étape de tout spécialement, dans ce contexte, le
transit et une d’incrustation. biofilm (ou « membrane biologique ») de
quelques centimètres d’épaisseur qui se
eau brute forme à la surface du filtre. Il s’y déroule
notamment des processus de filtration,
de nitrification et de minéralisation de
substances organiques. Ainsi, ce pro-
cédé présente de très bonnes perfor-
filtrat mances de purification du fait de la lon-
gue durée de filtration et de la finesse
Figure 9 : Schéma d’une filtration sur lit. Les particu- du sable. La simplicité du dispositif (pas
les pénètrent dans le matériau de filtration, où elles
sont retenues par des processus physicochimiques.
de composante mobile, pas de produits
chimiques, écoulement naturel) et de
son exploitation font de la filtration lente
La concentration particulaire augmente sur sable un procédé particulièrement
dans le filtrat au fur et à mesures que bien adapté aux stations de petite taille
les particules s’accumulent dans le ou de pompage d’eau de lac. Par contre,
filtre ; cette augmentation des parti- l’espace requis est important. Pour un
cules dans le filtrat suit une courbe fonctionnement optimal, la turbidité
dite « courbe de percée ». La perte de doit être ≤ 10 UTN et /ou la teneur en
charge est quasi linéaire lorsque le filtre matières solide ≤ 10 mg TSS/l (le mieux
est correctement conçu. est de ne pas dépasser 3 mg TSS/l). On
peut, à la rigueur, prétraiter l’eau par
Filtration lente sur sable sédimentation ou par filtration rapide.
De même, préozoner ou inclure dans le
But : extraction et sorption de lit de filtration une couche de géotextile
particules, biodégradation non tissé peut grandement améliorer
Ce procédé (figure 10) permet l’ex- les performances et le fonctionnement
traction extensive des particules par du dispositif. La filtration lente sur sable
passage de l’eau sur un lit de sable fin peut produire un abattement bactériolo-
(~0.1 - 1 mm) à la vitesse de 0.06 - 0.3 gique de 3 - 4 logs. Le biofilm doit être
m/h (typiquement 0.1 - 0.2 m/h). Il s’agit périodiquement décapé. Le dispositif ne
souvent de la dernière étape de traite- retrouve alors son efficacité biologique
ment avant la protection du réseau. Du qu’après quelques semaines de régé-
fait de la longue durée de séjour de l’eau nération et pour autant que la teneur en
dans le lit de sable (5 - 10 h, épaisseur oxygène de l’eau brute soit suffisante. A
0.7 - 1.2 m), l’extraction des impuretés priori, plus le filtre fonctionnera long-
dissoutes et particulaires conjugue tami- temps, plus ses capacités de purification
sage, filtration et sorption. Parallèlement seront élevées.
s’y déroule une destruction de microor-
ganismes pathogènes (par manque de
nutriments, température, prédation,
etc.) et se crée une activité biologique

42 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Eau brute surnageante

Biofilm (membrane biologique)

Filtre
(Sable avec grains de Ø 0,1-1 mm
hauteur > 0,7 m)

Couche de soutien échelonnée

Système de drainage

Figure 10: Schéma d’un filtre lent sur sable. Le biofilm est une membrane biologique constituée d’une grande
variété de microorganismes très actifs qui dégradent les impuretés. La couche de sable fin sous-jacente filtre l’eau
par voie physico-chimique.

Difficultés du filtre. Ce phénomène provoque une


Du fait du faible débit et de la longue (sur)saturation d’oxygène avec déga-
durée de redémarrage après nettoyage, zage dans les zones de sous-pression
ce dispositif demande une surface du filtre et obturation totale de ce
importante : environ 0.3 m2 par mètre dernier. Mais le développement rapide
cube d’eau traitée par jour. Par ailleurs, de la biomasse peut également aug-
les algues et les substances contenues menter l’utilisation d’oxygène dans la
dans l’eau tels que le fer, le manganèse membrane biologique (biodégradation),
et les agents de dureté peuvent s’ag- avec, pour conséquence, l’instauration
glutiner, se minéraliser et entartrer le de conditions anaérobies dans le filtre.
filtre, d’où perte de charge et dévelop- L’absence d’oxygène n’est pas souhai-
pement de courts-circuits hydrauliques. table, puisqu’elle a notamment pour
Les germes ne sont pas tous extraits conséquences le lessivage des bac-
de l’eau brute et une désinfection téries, la ressolubilisation du fer et du
est parfois nécessaire, car en fonc- manganèse et des problèmes d’odeur
tionnement continu, les organismes et de goût. La durée d’activité du filtre
vivant dans le sable (champignons, est généralement de 3 à 24 mois, mais
protozoaires, vers, etc.) peuvent être peut s’étendre à plusieurs années en
lessivés dans le filtrat. Dans certains cas de prétraitement intensif de l’eau
cas, une désinfection peut s’avérer né- brute. Ce prétraitement (cf. ci-dessous)
cessaire. La percée de germes dans le est d’ailleurs indispensable si on sou-
filtrat peut augmenter à basse tempéra- haite raccourcir la durée de filtration.
ture (4°C) et à vitesses de filtration de
plus de 0.3 m/h. Les bassins ouverts ou Pré/post-traitements possibles
éclairés favorisent l’activité biologique Les mesures à prendre contre le colma-
(surtout la prolifération des algues) tage du filtre et l’excès de croissance
dans la couche d’eau surnageante. Il des algues consistent essentiellement à
en résulte, d’un côté, des processus prétraiter l’eau brute par sédimentation
bienvenus de biotransformation et de ou filtration rapide, à utiliser des nattes
biodégradation, mais, d’un autre côté, filtrantes (en synthétique non tissé) et à
un développement trop conséquent de recouvrir ou assombrir les installations.
la biomasse, avec colmatage rapide de Notons que les filtres à gravier consti-
la première couche tuent un prétraitement très simple,

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 43


5. Procédés de potabilisation de l’eau

spécialement adapté aux eaux dont microbiologiques (comme par exemple


la teneur en matières en suspension ceux pointés par l’OHyg : E. coli, en-
est importante et/ou très variable. La térocoques et germes aérobies méso-
préozonation peut d’une part oxyder philes).
une partie de la matière organique
naturelle (MON) et la rendre biodégra- Produits et précautions
dable, d’autre part elle peut oxyder les La filtration lente sur sable se fait géné-
particules organiques et faciliter leur ralement en bassin de béton, recouvert
coagulation. La préozonation entraîne ou non selon les conditions. Du fait des
également l’oxydation complète du fer grandes surfaces de lit qu’impose ce
et du manganèse; elle décolore aussi procédé, on ne l’inclut dans les nou-
l’eau et inactive les algues (cf. ozona- velles installations que s’il s’agit de
tion). On peut, dans certains cas, insé- petites distributions d’eau. Le matériau
rer une couche de charbon actif dans de filtration est le plus souvent le sable;
le filtre, comme protection contre des les grains sont de 0.1 à 0.4 mm et les
impuretés imprévisibles (pic de charge). plus réguliers possibles (U < 5; mieux:
Ce type de protection n’est efficace que U < 3). Pour que le sable ne soit pas
pendant quelques mois. lessivé dans les drains, une couche de
soutien soigneusement étagée doit le
Monitorage du procédé séparer du système de drainage.
Le monitorage de la filtration lente sur
sable doit obligatoirement passer par Filtration rapide
une mesure continue de la turbidité,
qui doit être < 1 UTN (OSEC). Cette But : élimination des particules
mesure, qui permet de détecter les La filtration rapide permet essentielle-
percées éventuelles, peut être complé- ment le prélavage extensif des eaux
tée par une analyse particulaire, afin de brutes à forte turbidité ou à teneur par-
mieux caractériser le filtrat, notamment ticulaire élevée (pics de charge ≤ 50 mg
le nombre de particules qu’il contient et TSS/l). L’abattement particulaire atteint
leur distribution en termes de taille. Ces alors 80 - 90 % et concerne les parti-
éléments donnent à leur tour une idée cules organiques et anorganiques, les
de la charge bactérienne du filtrat. On microorganismes et les polluants liés
peut procéder à la mesure de l’oxygène aux particules. La taille des particules
dans le lit du filtre pour mieux connaître extractibles est > 1 µm. Par ailleurs,
son milieu, notamment en termes ce procédé peut s’accompagner de la
d’activité biologique. La résistance biodégradation partielle de matières
hydraulique du filtre doit être surveillée organiques comme les COA. La filtra-
en continu. Elle est déterminée par la tion rapide est rarement utilisée en
hauteur de l’eau surnageante. Lorsque l’absence d’autres traitements (désin-
celle-ci atteint sa cote maximale - co- fection, sédimentation, filtration lente
lonne d’eau de 1 à 2 m en général - il sur sable ou procédés membranaires).
faut procéder au décapage de la mem- Selon la qualité de l’eau brute et les ob-
brane biologique (1-3 cm). Le filtre sera jectifs à atteindre, ce procédé reposera
ainsi régénéré, c’est-à-dire qu’il recou- sur l’emploi d’un lit à une ou plusieurs
vrera toute son activité biologique. couches de matériaux divers, la vitesse
Des données récentes révèlent l’intérêt de filtration se situant généralement
du monitorage régulier des paramètres entre 6 et 20 m/h (elle ne peut dépas-

44 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


ser 15 m/h qu’avec un filtre à pression). Valeurs limites/valeurs de référence
Dans les dispositifs à deux ou plusieurs La turbidité des filtrats d’une filtra-
couches, les couches supérieures sont tion rapide devrait être fixée à moins
les plus poreuses et servent à éliminer de 0.2 UTN. Les valeurs de tolérance
les plus grosses particules, alors que concernant les substances contenues
les couches inférieures assurent la dans l’eau ne sont pertinentes que
filtration fine. Dans la filtration sur lit, lorsqu’une floculation est intégrée dans
les forces de séparation sont aussi bien le processus. En cas d’adjonction de
physiques que chimiques. L’adjonction sels de fer ou d’aluminium pour une
de faibles quantités de floculant peut floculation, il s’agira de respecter les
améliorer considérablement les perfor- valeurs de tolérance de l’OSEC, à savoir
mances de la filtration. Ainsi, combiner 0.3 mg de Fe/l et 0.2 mg d’Al/l.
un filtre à deux couches avec l’addition
de floculant permet de réduire la charge Prétraitements et post-traitements
bactérienne de 1 - 1.5 logs et la charge possibles
de protozoaires de 2 logs. Lorsque la turbidité de l’eau brute est
< 5 UTN, une seule étape de filtration
Difficultés permettra généralement de répondre
Lorsque l’eau brute est très polluée, aux exigences de turbidité. Cependant,
les fréquents rétrolavages des filtres seule l’adjonction de coagulants (sels
chargent en boues de grandes quantités de Fe[III] et d’Al[III]), éventuellement
d’eau de lavage et de premier filtrat (re- complétés par des floculants (polyélec-
démarrage après rétrolavage). La forte trolytes) permettra d’aboutir à l’élimi-
augmentation des MON ou des microor- nation extensive des particules indési-
ganismes dans l’eau de lavage néces- rables du point de vue hygiénique. En
site souvent un traitement distinct. présence de taux de matières solides
Le volume d’eau du rétrolavage et du excédant constamment 30 mg TSS/l, un
premier filtrat ne devrait pas dépasser prétraitement sera nécessaire. Il pourra
5% du volume du filtrat. L’élimination s’agir, par exemple, d’une floculation-
des colloïdes stables est généralement sédimentation, d’une microfiltration,
insuffisante en l’absence de floculants. d’une flottation ou encore d’une filtra-
Un rétrolavage incomplet ou mal ajusté tion sur gravier. C’est là un moyen de
peut provoquer le bouleversement des prolonger la durée d’exploitation des
couches de filtrage et de protection, filtres, comme aussi de diminuer la fré-
et, de ce fait, grandement affecter les quence des rétrolavages - et donc aussi
performances. Il est possible de remé- les pertes de filtrat. La préozonation
dier aux courants de paroi (courants améliore la filtration de manière géné-
préférentiels) en intégrant des éléments rale en provoquant une microfloculation.
structurels lors de la construction. L’adjonction de doses d’ozone trop
L’aménagement d’une installation de élevées agira par contre en sens in-
filtration rapide demande passablement verse. En ce qui concerne le post-traite-
de moyens : outre les filtres eux-mêmes ment, tout le registre des procédés est
(plusieurs unités de filtration parallèles), envisageable (oxydation, filtration sur
il nécessite des bassins pour l’eau de charbon actif, filtration lente sur sable,
lavage et pour les eaux boueuses, ainsi désinfection, etc.), selon les étapes
qu’un réservoir d’air comprimé pour les encore nécessaires :
lavages aux jets d’air.

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 45


5. Procédés de potabilisation de l’eau

par exemple l’élimination des micropol- Produits et précautions


luants, la désinfection, la stabilisation On trouve une grande variété de
biologique, etc. matériaux de filtration : sable quart-
zique, pierre ponce, basalte, anthracite,
Monitorage schiste et argile expansé, charbon
C’est le contrôle continu de la turbidité actif, calcaire, et dolomite. On utilise
qui permet de suivre l’efficacité de la essentiellement aujourd’hui le sable
filtration rapide. Le filtre est généra- dans les filtres monocouches et une
lement lavé (rétrolavage) à intervalles combinaison de sable et de pierre
réguliers, ce qui permet de limiter l’ac- ponce et/ou d’anthracite dans les filtres
tivité biologique, comme aussi le risque multicouches. Le choix des matériaux
d’agglutination et la perte de charge. doit se faire en fonction de la qualité
Lorsque le lavage ne se fait pas à inter- de l’eau brute et de l’objectif visé. Les
valles réguliers mais dépend de la résis- différentes densités des matériaux
tance du filtre, il se déclenche automa- permettent de stabiliser le lit. Le degré
tiquement dès qu’un niveau maximal d’hétérogénéité de leur forme ne doit
est atteint. Celui-ci, fixé par des critères pas dépasser 1.5. Le rétrolavage du
techniques et économiques, se situe filtre se fait normalement avec le filtrat,
entre 1 - 2 m de colonne d’eau pour les ce qui préserve les conditions régnant
filtres ouverts, et 4 - 6 m pour les filtres dans le filtre (pH, potentiel rédox,
à pression. Le lavage doit être effectué concentration de désinfectant, etc.) et
avant que ne survienne une percée. Les évite les réactions indésirables (préci-
débits de l’eau brute et du filtrat four- pitation, etc.). L’eau du rétrolavage est
nissent également des informations sur généralement évacuée sur une station
le fonctionnement du filtre. L’examen d’épuration.
optique de l’eau de lavage permet de
se faire une idée de l’état de l’installa- Filtration membranaire
tion (buse de rétrolavage défectueuse,
etc.) et du filtre (présence d’agglutina- But : élimination des impuretés parti-
tions, etc.). Par ailleurs, on observera la culaires et dissoutes
surface de l’eau pendant le lavage, afin La filtration membranaire permet
de détecter d’éventuelles inégalités au l’élimination extensive de particules
niveau du bouillonnement (p. ex. dans comme aussi de substances dissoutes.
la sortie de l’air ou dans l’expansion du Elle est souvent utilisée comme un
lit). Le rétrolavage du filtre se fait en lavage plus poussé. Du fait de la taille
injectant de l’eau ou un mélange d’eau prédéfinie des pores, les seuils de cou-
et d’air. L’adjonction d’air permet de pure sont extrêmement précis. On choi-
mieux ameublir le milieu filtrant, ce qui sira le type de filtration selon l’objectif
favorise l’élimination des impuretés. recherché (figure 11) :

46 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


• microfiltration (MF) : diamètre des Les membranes sont montées en mo-
pores 0.1 - 10 µm (MWCO [Molecular dules ; les particules et les molécules
Weight Cut-Off] > 500 kDa) ; élimina- retenues par les membranes finissent
tion des particules de taille > 0.1 µm ; par colmater ces dernières (fouling, sca-
pression transmembranaire de 0.5 - 3 ling), ce qui augmente la pression trans-
bar ; élimination restreinte des COD membranaire et nécessite des lavages
; élimination de certains microorga- réguliers. Les pressions transmembra-
nismes (bacttéries, virus, protozoaires) ; naires maximales dépendent des pro-
• ultrafiltration (UF) : diamètre des pores priétés du matériau et sont fixée par le
1 – 10 nm (MWCO 1 - 500 kDa) ; élimi- fabricant. Les membranes doivent aussi
nation des macromolécules (composés recevoir régulièrement un traitement
organiques de poids moléculaire élevé), chimique pour être nettoyées, tel que
des virus, protozoaires et bactéries ; chlore, acides, bases, H202, détergents,
pression transmembranaire de etc. C’est la seule manière de conser-
1 - 8 bar ; réduction partielle des COD ; ver durablement leur perméabilité.
• nanofiltration (NF) : diamètre des pores
0.5 - 7 nm (MWCO 100 - 1‘000 Da) ; Difficultés
élimination de molécules organiques et Les eaux brutes à forte teneur en
de certains ions (Ca2+, Mg2+) ; pression matières solides favorisent l’encrasse-
transmembranaire de 5 - 12 bar ; peut ment, ce qui impose des lavages plus
être utilisée pour adoucir l’eau et élimi- fréquents, d’où davantage d’énergie
ner les sulfates et les nitrates (> 95 %), consommée et perte de filtrat. La fré-
ainsi que les COD et les micropolluants ; quence des lavages peut atteindre cinq
• osmose inverse (OI) : diamètre des par heure lorsque l’eau brute est tur-
pores < 1 nm (MWCO < 100 Da) ; élimi- bide, et leur volume se situe alors entre
nation des ions (dessalement de l’eau de 5 et 15 % du filtrat. C’est un élément
mer, recyclage de l’eau, etc.) ; pressions à prendre en compte lorsque l’offre en
maximales de 30 - 100 bar (selon la pres- eau est limitée (source à débit variable,
sion osmotique). faible niveau d’eau, etc.).
Une forte charge organique (MON),

Substances
comp. organiques

sels dissous colloïdes

macromolécules organiques sable

Microorganismes

algues

protozoaires

bactéries

virus

Mode de séparation
osmose inverse filtration sur sable

nanofiltration microfiltration

ultrafiltration

0,0001 0,001 0,01 0,1 1 10 100


Diamètre des particules [µm]

Figure 11: Procédés de séparation appliqués selon la tailles particulaire. Les frontières ne sont pas précises,
mais consistent en zones de chevauchement.

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5. Procédés de potabilisation de l’eau

mesurée en COD, favorise le fouling. Pré/post-traitements possibles


Les polysaccharides et les substances L’ampleur du prétraitement et sa
humiques sont déterminants dans ce nécessité sont dictées par la qua-
contexte. Une forte teneur en COA lité de l’eau brute. Celle-ci détermine
expose au risque de formation d’un bio- aussi le débit de passage de l’eau et
film, donc de biofouling, avec colmatage la fréquence des lavages. Une charge
des pores et hausse de la résistance du élevée et constante de matières solides
filtre. Le biofouling peut être limité par peut justifier un prétraitement avant
des nettoyages chimiques fréquents et ultrafiltration, nanofiltration ou osmose
par l’addition de désinfectant dans l’eau inverse : il s’agira, en général, d’une
de lavage. Les agents oxydants peuvent floculation/filtration pour éliminer les
endommager les membranes, selon les particules à l’origine de la turbidité, et
matériaux entrant dans la composition d’une correction du pH pour empêcher
de ces dernières. Les solutions chlo- les précipitations sur la membrane.
rées utilisées pour laver les membranes La microfiltration n’est pratiquement
peuvent produire des trihalométhanes jamais utilisée dans la potabilisation de
(THM) et des composés organiques l’eau. L’ultrafiltration et la nanofiltration
halogénés (AOX), un élément qu’il fau- peuvent être placées en fin de filière
dra prendre en compte lorsque les eaux de traitement, parce qu’elles retiennent
boueuses du lavage seront évacuées. Il intégralement les microorganismes et
existe d’autres moyens de prévenir le les virus. La présence de teneurs éle-
(bio)fouling, tels que limiter l’accumula- vées en COA dans l’eau traitée expose
tion des agents colmatants à la surface celle-ci au risque de réviviscence bacté-
de la membrane ou encore ajouter du rienne. Une protection du réseau peut
charbon actif en poudre à l’arrivée au être mise en place dans ce type de
filtre (procédé CRISTAL). situation afin d’assurer la qualité hygié-
nique de l’eau. L’adjonction de charbon
Valeurs limites/valeurs de tolérance actif en poudre (CAP) avant la filtration
En Suisse, l’OSEC fixe à 1 UTN la valeur membranaire peut réduire la teneur
de tolérance de la turbidité de l’eau de en COD et donc limiter le fouling. Ce
boisson, ce qui ne pose aucun pro- procédé élimine également certains
blème en cas de filtration membranaire, micropolluants, mais il augmente aussi
quelle que soit la technique utilisée. Par les frais d’exploitation. Le CAP élimine
ailleurs et conformément à l’OHyg, les mal les polysaccharides, qui contribuent
entérocoques et E. coli doivent être in- aussi au colmatage des membranes. La
détectables dans 100 ml d’eau potable floculation permet, selon la composition
(traitée ou non) et les germes aérobies de l’eau brute, de prolonger la durée
mésophiles ne doivent pas dépasser 20/ d’exploitation des filtres et d’augmenter
ml dans l’eau potable traitée : là aussi, l’efficacité des rétrolavages. La micro-
ces valeurs de tolérance ne posent floculation par préozonation fournit des
pas de problème en cas de filtration résultats similaires. Il faut néanmoins
membranaire, pour autant que les mem- que l’eau arrivant au filtre ne contienne
branes soient intactes. plus d’ozone, puisque celle-ci attaque
souvent les membranes en polymères.

48 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Monitorage du procédé Produits et précautions
Mesurer la turbidité ne donne pas Lors de la mise en place d’une unité de
beaucoup d’information sur le fonc- filtration membranaire, de nombreux
tionnement d’une unité de filtration essais s’imposent pour établir avec
membranaire. En effet, la turbidité du précision les paramètres du dimension-
filtrat est toujours si faible, que seule nement (matériel, diamètre des pores,
une mesure des particules et des para- superficie membranaire, pression des
mètres d’hygiène renseigneront sur l’in- pompes, etc.) et de l’exploitation (mode
tégrité des membranes. Le rétrolavage de filtration, fréquence et besoins en
se fait à intervalles réguliers. Mesurer eau des lavages, désinfectants, etc.).
en continu la différence de pression Ces travaux devront tenir compte
transmembranaire procure une sécurité des aspects les plus contraignants de
supplémentaire. l’eau brute à traiter. Plusieurs types de
membranes entrent en ligne de compte
Test de l’intégrité membranaire selon les objectifs définis. On distin-
Hormis les mesures particulaires, il guera, selon leur forme, les membranes
existe d’autres moyens de vérifier tubulaires (fibres creuses, capillaires)
l’intégrité des membranes. Le test et les membranes planes. Alors que
du maintien de la pression, ou test de les fibres creuses sont assemblées en
diffusion, consiste à appliquer une pres- faisceaux, les membranes planes sont
sion d’air sur une face de la membrane empilées en mille-feuilles ou enroulées
et à mesurer la diminution de la pres- sur elles-mêmes en spirale. Il existe
sion sur un laps de temps fixé. Ce test deux modes de filtration : frontale et
porte donc sur la diffusion de l’air au tangentielle. Dans la filtration frontale
travers de la membrane. Il est d’abord (figure 12), l’eau brute s’écoule perpen-
effectué sur des modules complets, diculairement à la membrane, au travers
puis sur les éléments individuels en de laquelle elle est pressée. Les be-
cas de suspicion. Un autre test, utilisé soins énergétiques sont faibles et c’est
pour déceler les défectuosités des la raison pour laquelle le mode frontal
membranes à fibres creuses, consiste à est le plus utilisé dans le domaine de
placer de l’eau sur un côté du filtre et à l’eau potable.
appliquer une pression d’air de l’autre.
Les fibres défectueuses se distinguent alimentation

par l’apparition de petites bulles d’air perméat

et sont alors remplacées. Plus sensible


Figure 12 : Schéma d’une filtration frontale.
que le test du maintien de la pression, L’intégralité de l’eau brute passe au travers de la
le test du déplacement d’eau consiste à membrane qui retient les particules
appliquer une pression d’air sur le filtre
côté filtrat et à mesurer, côté eau brute,
le volume d’eau déplacé. Dans la filtration tangentielle, en re-
vanche, l’eau brute longe la membrane
et le perméat la traverse (figure 13). Le
mode tangentiel est plutôt indiqué en
cas de forte turbidité de l’eau brute,
puisque le courant longeant continuelle-
ment la membrane emporte avec lui les
résidus.

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 49


5. Procédés de potabilisation de l’eau

recirculation repose sur les méthodes de séparation


alimentation
membranaires, telles que l’ultrafiltration
perméat ou la nanofiltration.

Désinfection
Figure 13 : Schéma d’une filtration tangentielle. La désinfection se définit comme la
L’eau brute longe la membrane et ne traverse que destruction des microorganismes pa-
partiellement la membrane par pression ou succion.
Les particules sont en partie évacuées.
thogènes (bactéries, virus, protozoaires)
sans leur élimination physique. C’est la
manière d’éviter que l’eau de boisson
On distingue également la filtration ne véhicule des maladies transmis-
sous pression de celle par succion, sibles. Dans ce contexte, la résistance
selon que l’eau brute est pressée de de spores, ookystes et autres formes
l’extérieur vers l’intérieur de la fibre de survie de certains agents patho-
creuse ou extraite de l’intérieur vers gènes revêt une importance croissante.
l’extérieur. Les membranes sont fabri- Dans la préparation de l‘eau potable, la
quées à partir de polymères organiques désinfection est l’étape la plus fré-
(dérivés de cellulose, polysulfones, etc.) quente, la plus importante - et parfois
ou de composés inorganiques comme aussi la seule. Il peut s’agir d’une dé-
la céramique. Pour éviter d’endomma- sinfection basée sur l’emploi d’agents
ger les membranes et pour les exploi- oxydants (ozone, chlore, dioxyde de
ter au mieux, il faut absolument tenir chlore, etc.) ou sur celui du rayonne-
compte de leurs propriétés, notamment ment UV. Mais quel que soit le moyen
en termes de résistance mécanique et utilisé, le désinfectant doit pouvoir agir
de stabilité chimique (agents oxydants). par contact direct avec les microorga-
Ces caractéristiques membranaires sont nismes pour les détruire ou les inacti-
données par le fabricant. ver. Ces derniers bénéficient cependant
d’un abri efficace contre ce contact
Désinfection/oxydation lorsqu’ils peuvent adhérer à des parti-
Outre leur action biocide, les agents cules en suspension ou s’entourer d’un
désinfectants réagissent aussi avec de biofilm. Par conséquent, pour qu’elle
nombreuses substances chimiques pré- soit fiable, la désinfection doit impéra-
sentes dans l’eau. Ces effets tant biolo- tivement porter sur une eau claire et
giques que chimiques de la désinfection dénuée de particules (< 1 UTN). Dans
de l’eau ne peuvent être traités séparé- ce contexte, on notera la distinction à
ment. Seuls seront utilisés les produits faire entre turbidité et transmittance.
et procédés explicitement autorisés, Une eau présentant une transmittance
en Suisse, comme traitement de l’eau élevée peut encore contenir des taux
de boisson. Ils figurent dans la lettre significatifs de matières solides, ce qui
d’information no 109 de l’OFSP (juillet signifie que sa désinfection n’est pas
2005). On compte parmi eux le chlore automatiquement assurée. L’efficacité
(Cl2, HOCl), le dioxyde de chlore (ClO2), d’un désinfectant dépend également de
l’eau oxygénée (H2O2), l’ozone (O3), le la capacité de résistance de l’organisme
permanganate de potassium (KMnO4) qu’il vise, de sa concentration efficace
et les UV. On distingue donc fondamen- et de sa durée de contact. On l’exprime
talement la désinfection chimique (O3, aujourd’hui par le produit c*t, où c est
ClO2, etc.) et la désinfection physique la concentration du désinfectant et t
(UV). Une troisième approche possible est le temps de contact. Le c*t est une

50 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


donnée qui dépend du désinfectant, du La matière organique naturelle réagit
microorganisme ciblé et du taux d’abat- avec les agents oxydants, dont elle ré-
tement voulu (p. ex. 99 %) ; il est ex- duit, par conséquent, les concentrations
primé en mg*min/l. Par analogie, il est efficaces dans l’eau. De même, certains
aussi possible de déterminer la dose composés anorganiques, tels que le
nécessaire pour caractériser une désin- Fe(II), le Mn(II) ou les sulfures, décom-
fection au moyen de rayons ultraviolets posent rapidement les désinfectants
( par multiplication de l’intensité de la et diminuent donc la durée d’action de
radiation et de sa durée). La littérature ces derniers dans l’eau. Puisque chaque
spécialisée contient des valeurs en J/m2 eau à traiter présente ses propres
pour obtenir une réduction significative particularités en matière de demande
d’un germe donné. Les c*t établis en en produits désinfectants, on tiendra
laboratoire doivent être utilisés avec compte de ce facteur dans le calcul de
précaution en station, puisque les la concentration effective c du désinfec-
organismes de l’environnement présen- tant. C’est aussi la raison pour laquelle
tent souvent une autre sensibilité aux des essais doivent être menés sur l’eau
désinfectants, et notamment une plus brute elle-même. Dans la pratique, c’est
grande résistance. Autres paramètres en mesurant la concentration résiduelle
de l’eau dont dépendra la fiabilité d’une du désinfectant à la sortie de l’unité (fin
désinfection : son pH, sa température, de la durée de réaction) que l’on peut
ses composés inorganiques et ses surveiller et répartir ce dosage et juger
COD. Les processus de désinfection s’il est suffisant. Autre élément fonda-
dépendent très fortement de la tem- mental pour la désinfection : les para-
pérature. Quant au pH, il détermine la mètres structuraux et hydrauliques du
10,0 bassin et des points d’injection, puisque
la durée de contact avec le désinfec-
NH2Cl
1,0
tant dépendra de ces paramètres. Le
brassage du désinfectant doit se faire
chlore [mg/L]

OCl- rapidement et tous les volumes d’eau


0,1
successifs doivent enregistrer la même
0,01
durée de séjour dans le bassin. Les
HOCl unités classiques comportent plusieurs
compartiments (bassins de contact
0,001
0,1 1,0 10 100 1000 interconnectés). Mais seule une cuve
Temps [min]
avec plug-flow parfait (écoulement à
Figure 14 : Efficacité de désinfection de diverses
piston) permet théoriquement des du-
espèces chlorées (acide hypochlorique [HOCl], rées de séjour identiques. Les paquets
hypochlorite [OCl-], monochloramine [NH2Cl] pour d’eau se déplacent alors en flux laminaire
l’inactivation d’E. coli à 99 %.
sans se mélanger. En pratique, c’est
vers ce type d’écoulement à piston que
spéciation des oxydants dans l’eau. Ce doivent tendre les stations. Les essais
point est particulièrement important en en unités pilotes permettent d’optimiser
ce qui concerne le chlore, puisque ce- les paramètres hydrauliques des bassins
lui-ci se présente aussi bien sous forme grâce à l’insertion de dispositifs mini-
très active (HOCl) que moins active misant les courts-circuits hydrauliques.
(OCl-) dans la fourchette de pH de l’eau L’évaluation exhaustive de la qualité
potable (figure 14). hygiénique de l’eau brute ne peut se
passer de tests microbiologiques. Ceux-

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 51


5. Procédés de potabilisation de l’eau

ci doivent s’étendre sur le long terme (advanced oxidation processes, AOP)


(> 1 an) et doivent inclure des périodes la formation secondaire de radicaux OH
de mauvais temps. Les désinfectants à sert à oxyder les micropolluants qui
base de chlore se caractérisent par le fait réagissent peu ou pas du tout avec les
que leur action se maintient durablement autres agents oxydants.
dans l’eau. C’est la raison pour laquelle
seuls le chlore et le dioxyde de chlore Chloration
sont utilisés pour la protection du réseau. But : désinfection, oxydation

Oxydation Désinfection
Dans le traitement de l’eau destinée à La chloration s’utilise pour inactiver les
la consommation, l’oxydation sert à mo- virus et les bactéries végétatives : le c*t
difier les matières organiques et inorga- est alors < 1 mg*min/l. En revanche,
niques de l’eau, ce qui permet ensuite le chlore n’inactive ni les spores bac-
de les en extraire, de les biodégrader tériennes ni les protozoaires (p. ex. les
ou de les détoxiquer. La complexité et kystes de Giardia lamblia ou les oo-
la diversité de la composition des eaux kystes de Cryptosporidium parvum) : on
brutes entraînent toujours, cependant, utilisera là de préférence l’ozonation, la
la formation de sous-produits d’oxyda- désinfection UV ou la filtration (notam-
tion. Si certains d’entre eux sont inof- ment membranaire). La turbidité doit
fensifs et ne portent pas atteinte à la être < 1 UTN, pour que les microor-
qualité de l’eau, d’autres, en revanche, ganismes ne soient pas protégés du dé-
deviennent toxiques ou gagnent en toxi- sinfectant en s’agrégeant aux particules
cité au travers de cette réaction. La for- en suspension.
mation de trihalométhanes (THM) résul-
tant de la chloration en est un exemple. Oxydation chimique des composés
Un autre exemple est la transformation inorganiques
du bromure en bromate par ozonation. Il Le chlore convient à l’oxydation de
est donc indispensable de tenir compte certains composés chimiques à l’état
des sous-produits éventuels lors du réduit, tels que le Fe(II), les nitrites, les
choix d’un procédé. La cinétique joue sulfites, les sulfures, etc. Le manga-
un rôle déterminant dans les réactions nèse Mn(II) ne s’oxyde que très lente-
d’oxydation. Elle détermine la vitesse ment en solution homogène. L’oxyda-
d’une réaction et la vitesse à laquelle tion sera alors facilitée par l’utilisation
l’agent oxydant se décompose. La d’un filtre recouvert d’oxyde de Mn(IV)
concentration de celui-ci diminue géné- instaurant des conditions hétérogènes.
ralement selon une réaction de pseudo- Mais le chlore ne produit pas unique-
premier ordre. Lorsque l’agent oxydant ment des réactions bienvenues de ce
est de type sélectif (p. ex. ozone, chlore type, puisqu’il oxyde également les
ou dioxyde de chlore), cette vitesse de bromures et les iodures, ce qui entraîne
réaction dépend pour beaucoup aussi parfois la formation de sous-produits
du composé oxydé (partenaire de réac- bromés ou iodés. Il réagit rapidement
tion). C’est donc de la composition de avec l’ammonium pour produire des
l’eau brute à traiter que dépendront la chloramines, dont les propriétés désin-
durée de séjour et la durée de contact fectantes sont très inférieures à celles
dans les unités d’oxydation. du chlore.
Dans le processus d’oxydation avancée

52 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


C’est la raison pour laquelle l’eau doit débuter dès que le COD dépasse 2
contenir le moins possible d’ammonium mg/l. En Suisse, pour évaluer la concen-
avant la chloration ; cette condition tration de ces toxiques produits par
est généralement remplie par les eaux chloration, on prend comme indicateurs
brutes en Suisse, qui en contiennent les trihalométhanes (THM) chlorés et
très peu. En présence d’un ratio de bromés, dont on mesure la teneur. La
masse chlore : ammonium (Cl2 : NH4+) chloration des eaux contenant de l’iode,
de 6, l’action oxydante du chlore dispa- rares en Suisse, peut également engen-
raît complètement (figure 15). drer des THM iodés. Le chlore stocké
(eau de Javel) voit sa teneur en chlore
actif diminuer en fonction de sa concen-
8 tration et de la température.
chlore ajouté
Concentration de Cl2 [mg/L]

6
Valeurs limites/valeurs de référence
chlore libre
La législation suisse fixe à 0.1 mg/l la
4
valeur de tolérance du chlore résiduel
libre dans l’eau potable. Ce taux est
2
point critique essentiellement justifié par des raisons
chloramines
organoleptiques ; en effet, les consom-
0
mateurs suisses acceptent très mal le
0 2 4 6 8 10 12
Ratio Cl2/NH4+ goût du chlore dans l’eau. Certaines
personnes peuvent même le perce-
Figure 15 : Formation de chloramines en fonction de voir à des concentrations plus faibles.
la concentration d’ammonium. L’action désinfectante
L’OSEC fixe par ailleurs les valeurs de
disparaît lorsque le ratio des masses se situe autour
de six. tolérance des hydrocarbures halogé-
nés volatils (HHV), notamment ceux
Composés organiques provenant de la chloration de l’eau : les
Le chlore ne convient pas à l’oxyda- THM. La valeur de tolérance des THM
tion des micropolluants organiques, est de 0.02 mg/l. Il s’agit d’une somme
puisqu’il en résulte alors des produits globale calculée en chlore si l’eau a été
chlorés souvent plus toxiques que traitée au chlore. L’OSEC fixe égale-
les composés dont ils sont issus. Ce ment une valeur limite individuelle pour
processus pourrait également avoir des chacun des quatre THM chlorés ou bro-
conséquences olfactives et gustatives més : trichlorométhane (chloroforme,
(en cas de chloration de phénols, par CHCl3) : 0.04 mg/l ; bromodichloromé-
exemple). thane (CHCl2Br) : 0.015 mg/l, dibromo-
chlorométhane (CHClBr2) : 0.1 mg/l ;
Difficultés bromoforme (CHBr3) : 0.1 mg/l.
L’utilisation du chlore pour la désin-
fection et l’oxydation est toujours liée Monitorage
à des réactions collatérales avec la La concentration de chlore doit être
matière organique naturelle (MON). Les mesurée en continu par des senseurs
conséquences sont doubles : d’une part électrochimiques. La fourchette de me-
le chlore est rapidement consommé sure et le calibrage des appareils sont
et, d’autre part, ces réactions produi- des éléments déterminants, qui seuls
sent de nombreux composés chlorés pourront garantir le bon déroulement de
et bromés souvent toxiques. Ainsi, les la chloration et la bonne qualité de l’eau
problèmes liés à la chloration peuvent qui en résulte. La limite de mesure de la

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 53


5. Procédés de potabilisation de l’eau

plupart des appareils commercialisés se chlore gazeux, avant que l’eau ne soit
situe autour de 0.05 mg/l. Des valeurs entreposée ou injectée dans le réseau.
plus basses peuvent être indiquées, Le dioxyde de chlore est généralement
mais elles ne sont plus quantifiables. Le ajouté à l’eau sous forme de solution
calibrage doit être refait à intervalles régu- aqueuse. Il se décompose relativement
liers, selon les instructions du fabricant. Il vite dans les eaux brutes à forte teneur
ne peut être effectué sur une fourchette en MON (surtout les eaux de surface). Il
de concentration basse, vu la limite de est décelable organoleptiquement à partir
0.05 mg/l. La mesure photométrique la de 0.05 mg/l environ. Contrairement au
plus utilisée est la méthode DPD, qui est chlore, la spéciation et la réactivité du
également commercialisée en kit. dioxyde de chlore ne dépendent pas du
pH ; seules quelques réactions de dis-
Produits et précautions proportionnement doivent être prises en
Plusieurs formes de chlore peuvent compte à pH élevé ou bas.
servir au chlorage de l’eau potable : la
forme gazeuse (Cl2), la forme dissoute Désinfection
(hypochlorite de l’eau de Javel [OCl-]) Le dioxyde de chlore a de bonnes
ou la forme solide (chlorure de chaux propriétés désinfectantes. Il agit effica-
[CaClOCl]). L’utilisation de chlore sous cement contre de nombreux microorga-
forme gazeuse exige des mesures de nismes courants dans l’eau, notamment
protection particulières visant à évi- les bactéries et les virus ; son effica-
ter les fuites, puisque ce gaz est très cité est par contre moins bonne contre
agressif et corrosif. Le personnel doit certains protozoaires (ookystes de
être formé et les unités doivent être Cryptosporidium, par exemple). Com-
sécurisées conformément au règle- paré à l’effet désinfectant du chlore,
ment. La VME du chlore gazeux est celui du dioxyde de chlore est meilleur à
de1.5 mg/m3 (SUVA). L’utilisation du concentration égale. On utilise le pro-
chlore n’est pas adaptée aux stations duit c*t pour déterminer son activité. La
de petite taille, en raison des problèmes dose nécessaire dépend beaucoup de
de manipulation que cette approche la demande en chlore de l’eau brute. La
implique. Si la désinfection au chlore turbidité de celle-ci doit absolument être
est choisie malgré tout, on utilisera inférieure à 1 UTN pour une désinfection
alors de préférence l’eau de Javel, dont fiable. Le dioxyde de chlore est particu-
les solutions sont plus faciles à entrepo- lièrement bien adapté à la protection du
ser et à doser. Le chlorure de chaux est réseau, du fait de sa grande stabilité dans
moins facile à doser en continu du fait l’eau traitée.
de sa forme solide, mais il peut s’utili-
ser pour la désinfection des réservoirs Oxydation chimique des composés
par exemple. Une autre option consiste inorganiques
à produire le chlore sur place, par élec- Le dioxyde de chlore oxyde bien le Fe(II)
trolyse d’une solution de sel. et le Mn(II) en les transférant sur des
composés peu solubles, donc facilement
Dioxyde de chlore (ClO2) séparables par filtration. Il n’oxyde pas
But : désinfection, oxydation le bromure (Br-), donc ne produit pas de
Le dioxyde de chlore est aussi efficace bromates ni de composés organobromés.
pour la désinfection de l’eau que pour Un autre de ses avantages face au chlore
l’oxydation sélective de certaines subs- est qu’il ne réagit pas avec l’ammonium
tances en solution. On l’utilise souvent (NH4+) et donc qu’il n’est pas décomposé
en Suisse en fin de filière, à la place du par les eaux brutes riches en NH4+.

54 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Oxydation chimique des composés leur valeur de tolérance. Le dioxyde
organiques de chlore dégage une odeur piquante
Le dioxyde de chlore oxyde généra- lorsque sa concentration dépasse 0.05
lement les composés organiques par - 0.1 mg/l. L’oxydation de composés
transfert d’électrons. Le radical orga- phénolés et humiques peut entraîner la
nique ainsi formé réagit à son tour avec coloration jaune de l’eau (formation de
une molécule de dioxyde de chlore ou quinones et de leur sous-produits). Ce
avec d’autres composés présents dans phénomène survient en cas d’oxydation
l’eau. Le dioxyde de chlore présente incomplète d’eaux brutes généralement
aussi l’intérêt d’oxyder de manière riches en substances humiques. Il peut
sélective les composés précurseurs être évité en déterminant précisément
de substances porteuses de goût et le dosage de ces dernières ou en réa-
d’odeur (par exemple les phénols). Il ne lisant une préoxydation. Autres sous-
produit pas de trihalométhanes (THM), produits des réactions du ClO2 avec
contrairement au chlore. Par ailleurs, la MON : les composés oxygénés de
il décolore efficacement les acides types aldéhydes et cétones, qui peu-
humiques et fulviques. vent provoquer une hausse des COA.

Autres facteurs Pré/post-traitements possibles


Selon la composition de l’eau, le Tous les prétraitements peuvent être
dioxyde de chlore pourra faciliter la flo- mis en œuvre, selon la composition de
culation des agents de turbidité, donc l’eau brute. La préoxydation (chloration,
améliorer une filtration subséquente. ozonation) augmente notablement la
durée de vie du dioxyde de chlore. En
Difficultés cas d’ozonation préalable sans filtration
Le dioxyde de chlore est un gaz toxique subséquente, on prendra garde au fait
souvent produit sur place. Il est explosif que le dioxyde de chlore et le chlorite
à partir de 10 vol. %. Cet élément doit s’oxydent en chlorate au contact de
être pris en compte en présence de l’ozone. Si le dioxyde de chlore parvient
solutions aqueuses de plus de 8 g/l. Par aux filtres de charbon actif, il y est
ailleurs, les solutions de chlorite sont réduit en chlorite. En milieu aérobie, le
inflammables et peuvent réagir avec les chlorite et le chlorate ne sont pas trans-
substances organiques inflammables. formés plus avant dans ces filtres.
Aux pH courants dans les stations
de traitement de l’eau, le dioxyde de Valeurs limites/valeurs de référence
chlore se transforme essentiellement Pour des raisons organoleptiques,
en chlorite (hémotoxique) et seulement l’OSEC fixe à 0.05 mg/l la valeur de
partiellement en chlorate. Tous deux tolérance du dioxyde de chlore dans
sont indésirables dans l’eau. Il est l’eau potable. Cette valeur est fixée à
donc nécessaire de ne pas dépasser 0.2 mg/l pour le chlorate (ClO3-) et pour
la dose de 0.4 mg ClO2/l pour garder le chlorite (ClO2-) issus du traitement de
le chlorite et le chlorate en deçà de l’eau.

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 55


5. Procédés de potabilisation de l’eau

Monitorage du procédé en général qu’associé à d’autres traite-


Injecter la solution de dioxyde de chlore ments, notamment la filtration lente sur
à la dose correcte impose de mesurer sable, la filtration rapide ou encore le
en continu le débit de l’eau. Dans l’eau charbon actif. L’ozone est peu soluble
traitée aussi, les concentrations du dans l’eau ; il y est par ailleurs instable
chlore et du dioxyde de chlore doivent et se dissocie en formant des radicaux
être mesurées en continu, ce qui peut libres OH. Cette particularité est ex-
se faire au moyen de senseurs élec- ploitée dans les procédés d’oxydation
trochimiques. On pourra ainsi vérifier, avancée (AOP). L’ozone ne convient pas
d’une part, si les valeurs de tolérance à la protection du réseau en raison de
sont respectées et, d’autre part, si le sa courte demi-vie.
dioxyde de chlore a été ajouté au bon
dosage. Si l’eau brute présente une tur- Désinfection
bidité > 1 UTN, elle doit être prétraitée L’ozone est un désinfectant efficace ; il
avant toute désinfection. détruit les bactéries et les virus (polio,
rotavirus, etc.) et certains protozoaires
Produits et précautions (Giardia, Cryptosporidium, etc.). La des-
Tous les produits chimiques néces- truction de Cryptosporidium exige néan-
saires à la production du dioxyde de moins des valeurs c*t suffisamment
chlore sont dangereux. Les règles de élevées, qui doivent tenir compte des
sécurité doivent être respectées. Le maxima autorisés (valeur de tolérance
dioxyde de chlore est généralement de l’ozone : 0.05 mg/l). Les excédents
produit sur place à partir du chlorite de d’ozone peuvent être éliminés sur
sodium. Il existe essentiellement deux charbon actif, par exemple. Pour que
réactions possibles. La première est la désinfection soit efficace, elle doit
le procédé chlorite/chlore, dans lequel se faire en quasi absence de turbidité
le chlorite est oxydé par le chlore pour (< 1 UTN). Le pouvoir désinfectant est
fournir le dioxyde de chlore ; lorsque de évalué par le paramètre c*t (concentra-
l’acide est ajouté dans la réaction, on tion c multipliée par durée de contact
parle de procédé à trois composantes. moyenne t).
Dans le deuxième procédé, acide/chlo-
rite, le chlorite se transforme à pH acide Oxydation chimique des composés
en dioxyde de chlore et chlorure (Cl-) inorganiques
par disproportion. En raison du risque L’oxydation des composés inorganiques
d’explosion, l’acide (HCl) ne doit pas se fait soit directement par l’O3 (sé-
entrer en contact direct avec la solution lective), soit par la formation secon-
de chlorite de sodium. Les réservoirs daire de radicaux OH (non sélective).
d’entreposage des solutions de dioxyde L’ozone oxyde rapidement et directe-
de chlore doivent toujours être munis ment les polluants inorganiques tels
d’aérateurs et d’évents. La VME du que le fer, le manganèse, les cyanures,
dioxyde de chlore gazeux est de les sulfures ou l’arsenic. L’oxydation
0.3 mg/m3. des sulfures en sulfates retire l’odeur
d’œuf pourri. En présence d’eau brute
Ozonation contenant du brome, l’oxydation du
But : désinfection, oxydation bromure produit de l’acide hypobro-
L’ozone convient bien à la préoxydation meux (HOBr/BrO-), qui peut réagir pour
et/ou à la désinfection primaire après donner des bromates indésirables, ainsi
prétraitement d’élimination des parti- que des composés organobromés.
cules et de la turbidité. On ne l’utilise

56 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Dans ce contexte, l’usage proportionné Cet effet peut être exploité dans le but
d’ozone ne pose pas de problèmes d’augmenter l’efficacité d’une filtration
de bromates en Suisse, puisque les ou d’une sédimentation. Toutefois l’ef-
teneurs en bromure des eaux brutes se fet contraire peut se produire en
situent entre 10 et 20 µg/l. Une ozo- cas de doses d’ozone trop élevées
nation bien maîtrisée permet de rester (0.5 - 2.0 mg O3/ mg COD). Des essais
en deçà de la valeur de tolérance du permettront d’établir la dose optimale
bromate, 10 µg/l, lorsque les concen- d’ozone.
trations de bromure de l’eau brute sont
inférieures à 50 µg/l. Difficultés
L’ozone est un gaz nocif et explosif à
Oxydation chimique des composés haute concentration (> 9.5 vol. %). Sa
organiques stabilité dans l’eau dépend beaucoup du
La réaction de l’ozone avec la matière pH et de la teneur en COD, ce qui peut
organique naturelle (MON) dissoute, compliquer son dosage en présence
mesurée en COD, donne, par oxyda- d’eaux brutes mélangées (de lac et de
tion partielle, des composés polaires source, par exemple) ou de qualité très
de poids moléculaire plus faible (aldé- variable (source karstique). Son dosage
hydes, cétones, acides organiques, sera donc guidé par la mesure de sa
etc.). Ces composés organiques assi- concentration résiduelle en sortie de
milables (COA) sont plus facilement cuve.
biodégradables que leurs précurseurs,
mais par contre moins bien retenus La production d’ozone consomme de
par les filtres à charbon actif. Seule l’énergie : 12 - 18 kWh/kg d’O3 à partir
une étape de traitement biologique du de l’air et 6 - 10 kWh/kg à partir de l’O2.
type charbon actif biologique ou filtra- Lorsque l’ozone est produit à partir
tion lente sur sable peut parvenir à les de l’air, la réaction génère des oxydes
diminuer efficacement. L’ozonation ne d’azote qui se transforment en acide
doit donc pas intervenir en fin de filière nitrique (HNO3) au contact de l’eau. Or,
de traitement. L’ozonation permet par il est nécessaire de limiter la concen-
ailleurs d’éliminer la couleur, l’odeur et tration d’acide nitrique pour prévenir la
le goût de l’eau. Il génère peu de sous- corrosion du système. A cet effet, l’air
produits. La chloration subséquente utilisé dans la production de l’ozone
(protection du réseau) produira moins est desséché. Les oxydes d’azote et
de composés organochlorés qu’après l’ozone résiduel doivent être détruits
chloration directe. dans l’évacuation d’air.

Autres facteurs
Les fortes teneurs en MON accélèrent Pré/post-traitements possibles
la dissociation spontanée de l’ozone. L’ozonation est généralement réalisée
Inversement, l’ozone est stabilisé par en début de filière (préozonation) ou
les fortes teneurs en HCO3- des eaux au milieu (ozonation intermédiaire). La
très dures de nappe ou de source. préozonation vise la désinfection et la
L’ozone favorise la microfloculation microfloculation. Le fait que la dissocia-
lorsqu’il est faiblement dosé tion spontanée de l’O3 soit captée par
(0.2 - 0.5 mg O3/mg COD). la MON est un phénomène bienvenu,
puisqu’il favorise les étapes subsé-
quentes de désinfection chimique.

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 57


5. Procédés de potabilisation de l’eau

Par ailleurs, cette oxydation des MON méthode à l’indigo, cf. ci-dessous). On
produit des composés qui sont biodé- les utilise aussi pour calibrer les sondes
gradables et donc éliminés notamment ampérométriques.
par les filtres biologiques (diminution
des COA). En présence d’une eau brute Produits et précautions
turbide, le bon contrôle de la désinfec- L’ozone est produit par émission d’un
tion exigera l’élimination préalable des effluve électrique, qui consiste à
particules par floculation/sédimenta- soumettre à une décharge électrique
tion, filtration, etc. Les filtres à charbon un flux d’air sec ou d’oxygène pur.
actif permettent d’éliminer les restes Cette production se fait directement
d’ozone, qu’ils reconvertissent en oxy- sur place. Les systèmes de dissolution
gène. de l’ozone sont bien sûr essentiels
: il peut s’agir d’injecteurs, de diffu-
Valeurs limites/valeurs de référence seurs ou de mélangeurs statiques. Les
L’OSEC fixe à 0.05 mg/l la valeur de restes d’ozone de l’effluent gazeux
tolérance de l’ozone. La réaction de sont détruits par catalyse ou par cha-
l’ozone et des radicaux libres OH avec leur. L’ozone gazeux peut exploser au
le bromure peut entraîner la formation contact de matières organiques (char-
indésirable de bromate. La valeur de bon actif, graisses, caoutchouc, etc.)
tolérance de ce dernier est de 0.01 mg/l. La VME de l’ozone est de 0.2 mg/m3
La synthèse de l’ozone à partir de l’air (SUVA). Du fait de sa production et
s’accompagne d’une production d’acide de sa manipulation relativement com-
nitrique, qui, lorsqu’il est dissous dans plexes, l’ozone convient mieux aux
l’eau, augmente la concentration de grandes stations de pompage
nitrate. Par conséquent, en présence
d’une eau brute riche en nitrate, on s’as- Ultraviolets
surera que celui-ci demeure en deçà de But : désinfection, oxydation
sa valeur de tolérance de 40 mg/l NO3-. Si les rayons UV constituent en tout
premier lieu un mode de désinfection,
Monitorage ils détruisent aussi, selon leur dose,
Le monitorage de l’unité d’ozona- certains micropolluants. On peut égale-
tion impose la mesure continue de la ment les combiner avec l’eau oxygénée
concentration d’ozone dissous. Cette (H2O2) pour oxyder d’autres substances
mesure se fait par ampérométrie. contenues dans l’eau. Ils peuvent aussi
L’ozone résiduel à la sortie de l’unité s’utiliser sans autre traitement si la
doit être en concentration suffisamment composition de l’eau brute le permet
élevée pour attester de l’effet désinfec- : en cas, par exemple, d’eau de nappe
tant. A titre d’exemple, on appliquera ou de source de très bonne qualité. Les
pour inactiver les cryptosporidies la UV endommagent le code génétique
valeur c*t de 5 -10 min*mg/l, soit 1 mg (ADN ou ARN) des microorganismes,
d’O3/l mesuré à la sortie de l’unité pour d’où perturbations métaboliques et
un temps d’écoulement de 10 min. perte de leur aptitude à proliférer. Le
Il existe également des procédés pho- rayonnement est faiblement énergé-
tométriques permettant de mesurer tique et ne produit pas de modification
l’O3 sur prélèvement d’eau (p. ex. la photochimique significative des MON.

58 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


La dose UV est le facteur déterminant sure de la transmittance) valident les va-
pour caractériser la capacité de désin- leurs mesurées. Or, des microorganismes
fection. La SSIGE exige une dose UV vivants peuvent se trouver protégés par
minimale de 400 J/m2. Cette puissance les particules et accéder, de ce fait, au
est liée à quatres facteurs déterminants: réseau d’eau potable. Voilà pourquoi la tur-
à savoir le débit de l’eau (qui détermine le bidité devrait être mesurée systématique-
temps d’exposition), les condition hydrau- ment en amont de l’unité UV, surtout si
liques dans la chambre de rayonnement, l’eau brute est de qualité très variable (eau
la transmittance UV de l’eau à traiter et karstique, par ex.). L’intensité du rayon-
la puissance mesurée par un senseur UV nement émis par les lampes UV diminue
standardisé dans la chambre de rayon- progressivement du fait du vieillissement
nement. La puissance de traitement est de celles-ci et de dépôts sur les man-
influencée par la capacité nominale de chons. Il est donc nécessaire de procéder
l’installation, l’âge de la lampe, l’éven- à leur nettoyage régulier et de changer les
tuelle formation d’un dépôt sur le tube, lampes à temps. Lorsque le rayonnement
ainsi que par la transmittance de l’eau. est de longueur d’onde inférieure à 235
La turbidité de l’eau brute ne doit pas nm, les fortes concentrations de nitrate
dépasser 1 UTN (ou mieux : 0.3 UTN). donnent du nitrite. Ce dernier est toxique
Contrairement au chlore et au dioxyde pour le sang et donc indésirable dans
de chlore, la désinfection par UV détruit l’eau de boisson. Ce phénomène peut
efficacement les agents pathogènes être évité en recourant à des tubes filtrant
tels que Cryptosporidium, Giardia, les les fréquences inférieures à 235 nm.
amibes, etc., avec un taux d’abatte-
ment atteignant 4 logs. Mais le principal Réacteur UV
avantage des UV réside dans le fait Les paramètres hydrauliques jouent un
qu’ils ne génèrent pratiquement aucun rôle déterminant dans les procédés UV.
sous-produit et n’utilisent aucun produit Les lampes sont contenues dans un man-
chimique. Par ailleurs ils n’ajoutent pas chon de quartz et peuvent être disposées
d’odeur ni de goût à l’eau. En revanche, perpendiculairement ou en parallèle au
les UV ne protègent pas le réseau de courant. L’eau et les substances qu’elle
distribution : pour prévenir la recrois- renferme absorbent davantage le rayon-
sance bactérienne, il faudra soit une eau nement UV que le rayonnement visible.
biologiquement stable, soit une protec- Les lampes doivent donc être dispo-
tion du réseau par addition de chlore ou sées de manière relativement dense. La
de dioxyde de chlore. couche d’eau irradiée ne mesure que
quelques centimètres d’épaisseur (max.
Problèmes 50 cm). Les paramètres hydrauliques (tur-
Pour que la désinfection soit efficace, bulence, prévention des courts circuits,
les UV doivent agir directement sur les etc.) doivent autoriser une durée d’expo-
microorganismes. Ces derniers sont donc sition suffisamment longue et le passage
susceptibles d’être protégés s’ils sont de chaque microorganisme dans le champ
fixés ou agrégés à des particules en sus- d’action des lampes. La géométrie du
pension (effet de bouclier). C’est la raison réacteur est généralement dictée par le
pour laquelle la turbidité de l’eau doit être fabricant. Celui-ci doit également attester
la plus faible possible (< 1 UTN) avant irra- de l’efficacité de l’installation en produi-
diation UV. On constate, en pratique, que sant des mesures biodosimétriques. En
les unités disposant de rayonnement à termes de certification des installations
forte intensité (> 400 J/m2) acceptent par- UV, deux normes sont reconnues par la
fois de l’eau relativement trouble, car les SSIGE : l’Ö-Norm M5873 et la DVGW
capteurs UV contrôlant le processus (me- W294.

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 59


5. Procédés de potabilisation de l’eau

Pré/post-traitements possibles Par ailleurs la durée de fonctionnement


C’est selon le degré de pollution de et le nombre de cycles d’arrêt/allumage
l’eau qu’il faudra éliminer les particules/ doivent être consignés. La durée de
la turbidité avant désinfection UV. fonctionnement affecte principalement
Aucun prétraitement n’est requis si la les performances des lampes à faible
turbidité ne dépasse pas 1 UTN et si pression. La durée d’exploitation de
la pollution microbiologique est faible celles-ci est de 4000 à 10 000 heures ;
- conditions que remplissent générale- celle des lampes à moyenne pression
ment les eaux de nappe et de source. se situe autour de 10 000 heures (une
Par contre, l’élimination des particules description des types de lampes figure
sera souvent nécessaire s’il s’agit d’une ci-dessous à la section Produits et pré-
eau de surface et toutes les méthodes cautions).
seront alors envisageables : filtration La durée minimale du séjour de l’eau
rapide, filtration lente sur sable ou filtra- dans le réacteur est réglée par le débit.
tion membranaire. Cependant, les anciennes installations
ne permettent pas toujours d’optimiser
Valeurs limites/valeurs de référence celui-ci. Par ailleurs, certaines installa-
La concentration de nitrite doit être tions ne disposent pas d’un contrôle
surveillée si l’eau brute est riche en automatique de la turbidité, ce qui peut
nitrate. L’OSEC fixe à 0.1 mg/l la valeur entraîner la présence d’impuretés dans
de tolérance du nitrite et à 40 mg/l celle l’eau de boisson, surtout si celle-ci
du nitrate. La valeur de tolérance des provient d’une eau de source à fortes
matières en suspension (turbidité) est variations de débit et de turbidité.
de 1.0 UTN.
Test biodosimétrique
Monitorage du procédé Le test biodosimétrique se base sur
L’efficacité de désinfection d’une instal- la sensibilité - en laboratoire - des
lation se contrôle par le débit maximal, spores de Bacillus subtilis à des doses
par la transmittance et par la dose d’UV. données d’UV (durée * intensité du
Des tests de biodosimétrie, effectués rayonnement). Il est réalisé aux fins
par des experts qualifiés, permettent de certification ou de vérification des
de quantifier ces paramètres. L’autori- performances des installations UV.
sation d’exploiter l’unité dépend de ces Pour ce faire, on introduit en amont de
résultats ; ils font partie des éléments l’unité UV des spores de B. subtilis à
sur lesquels se fonde l’autorisation la concentration de 3 x 103/ ml. Après
d’exploiter. L’unité doit dispenser, selon brassage sur écoulement constant, on
la SSIGE, d’une dose d’énergie d’au prélève cinq échantillons au moins en
moins 400 J/m2 (fluence). La sur- aval de l’unité UV, les prélèvements
veillance se fait en continu par le biais étant espacés d’une minute chacun.
de capteurs UV vérifiant la présence de Les échantillons sont ensuite incubés
la dose minimale. Dans les installations sur plaques à 37°C pendant 24 h. On
à lampes multiples, il est rarement trace alors une courbe d’inactivation
possible d’asservir un capteur à chaque basée sur la réduction des spores de
lampe. Le fonctionnent des lampes est B. subtilis actifs (log(N/N0) en fonction
donc surveillé par le biais de l’énergie de l’intensité du rayonnement dans le
emmagasinée. réacteur.

60 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Les valeurs établies par ce biais sont celles à basse pression. La planification
toujours valables pour une combinaison des installations UV doit également
précise de débit (durée d’exposition) et prévoir l’élimination des lampes défec-
de transmittance. Ces tests peuvent tueuses ou périmées : elles contien-
être affinés en modifiant deux types nent de grandes quantités de mercure
de paramètres. D’une part, on réduit la liquide ou lié.
transmittance de l’eau en y ajoutant du
sulfonate de lignine, mais on maintient Traitement extensif
l’émission d’UV à son maximum (condi- Certaines impuretés de l’eau brute ne
tions d’émission et d’absorption éle- peuvent être éliminées par filtration et
vées). D’autre part, on réduit l’émission par oxydation seules. Un traitement
d’UV à 70 % (ou moins) du maximum, supplémentaire est alors requis : il de-
dans de l’eau aux conditions de trans- vra toujours cibler certaines substances/
mittance naturelles (conditions d’émis- paramètres spécifiques et sera conçu
sion et d’absorption faibles). L’évalua- à cet effet bien précis. Ces traitements
tion déterminante est celle reposant sur seront tout particulièrement néces-
le moins bon résultat. saires pour assurer les critères de qua-
lité des eaux brutes fortement polluées
Produits et précautions par l’homme. Chaque procédé décrit
La désinfection UV de l’eau de boisson ci-dessous doit être considéré comme
utilise des lampes à faible ou moyenne une étape intégrée dans une filière de
pression. Les lampes à moyenne traitements multiples. De manière gé-
pression émettent à 200 - 300 nm et nérale, aucun d’eux n’est utilisé seul.
consomment relativement beaucoup
d’énergie : 100 W par cm de rayon- Charbon actif
nement. La température à la paroi est But : adsorption, filtration
de 900°C environ. Leurs avantages Le charbon actif sert surtout à éliminer
résident dans leur très forte intensité et les traces de composés organiques
dans la simplicité et la rapidité de leur dissous lourds ou difficilement dégra-
réglage. Ce type de lampes convient dables (pesticides, molécules odorantes
surtout aux installations à gros débits. ou sapides, hydrocarbures chlorés,
Les lampes à basse pression émettent etc.). On l’utilise également comme
à 253.7 nm et consomment 0.5 - 3 W/ protection contre les irruptions sou-
cm avec des températures de 50 - daines d’impuretés. Les molécules
90°C. L’unité UV doit être adaptée à la adsorbant le mieux au charbon actif ont
qualité de l’eau à traiter. La baisse de
100,0
performance du rayonnement doit être PER

surveillée et les lampes doivent être


atrazine
changées à temps. Toutes les lampes 10,0
Charge [poids %]

doivent essentiellement présenter phénol

la même durée d’utilisation. Prendre 1,0

garde au fait que les lampes, une fois MTBE

allumées, ont besoin de quelques 0,1

minutes pour déployer leur pleine


puissance : 3 - 6 min pour les lampes 0,01
1,0 10 100 1000 10000
à moyenne pression, 15 - 30 min pour Concentration [µg/l]

Figure 16: Isotherme d’adsorption de certains


composés organiques à du charbon actif frais non
chargé, sans présence concurrente de MON.

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 61


5. Procédés de potabilisation de l’eau

une polarité nulle ou faible (figure 16), L’emploi du CAP se justifie surtout
sont peu solubles dans l’eau ou présen- lorsqu’il s’agit de remédier à un pro-
tent un fort coefficient de partage oc- blème passager ou périodique, comme
tanol/eau (koe). On utilise également le par exemple les problèmes saisonniers
charbon actif pour éliminer les résidus de goût et d’odeur. Lorsqu’il dispose
d’agents oxydants et désinfectants, et de réserves d’adsorption suffisantes, le
comme support de croissance des mi- charbon actif garantit une qualité d’eau
croorganismes servant à la biodégrada- constante, même en cas d’alimentation
tion des composés organiques assimi- fluctuante.
lables (COA). Dans ce dernier cas, trois
à neuf mois sont nécessaires à l’ins- Difficultés
tauration de l’activité biologique. Cette L’arrivée d’une eau à forte teneur en
biodégradation est souhaitable dans la MON diminue notablement la capacité
mesure où elle décompose les nutri- du charbon actif à adsorber les impu-
ments des microorganismes et diminue retés organiques, parce que celles-ci
donc le risque de recroissance dans le concourent avec les MON pour les
réseau de distribution. L’élimination de même sites d’adsorption sur le char-
la matière organique naturelle (MON) bon actif. Le choix du charbon actif
atteint initialement 90 % (charbon actif peut quelque peu remédier à ce pro-
frais), mais diminue rapidement pour se blème. Du fait de sa capacité d’ad-
situer autour de 30 % après 3 à 6 mois sorption limitée, le charbon actif doit
en l’absence d’autre adsorbant (biodé- être régénéré lorsqu’il est saturé. Il est
gradation). Si le charbon actif n’est utili- alors retiré des filtres et sa réactiva-
sé que pour éliminer les micropolluants, tion est effectuée par le fabricant dans
la durée de vie des filtres n’est que de des fours spéciaux. Cette réactivation
quelques mois à une année. Cette lon- s’accompagne d’une perte de masse
gévité réduite est essentiellement due de 10 % qui sera remplacée par du
à la concurrence - donc à la saturation - matériau frais. Des pertes significatives
des sites d’adsorption du charbon et au sont dues à l’abrasion, soit lors du
colmatage des pores par les MON. Les fonctionnement normal des colonnes
matériaux filtrés s’accumulent sur le lit d’adsorption soit lors des lavages des
de charbon, ce qui s’accompagne d’une filtres à lit. Les abrasions continuelles
perte de pression continue et d’un peuvent contaminer le filtrat. Il n’est
risque de percée. Les filtres doivent pas possible de connaître à l’avance le
donc être nettoyés régulièrement : plu- profil d’adsorption d’un charbon actif en
sieurs fois par semaine en cas de forte regard d’une eau brute spécifique, no-
turbidité, mensuellement en cas de tamment quelles substances contenues
turbidité faible. Le charbon actif granu- dans cette eau vont concourir pour les
laire (grains de 1 - 3 mm) s’utilise soit sites d’adsorption. C’est la raison pour
dans un lit de filtration soit dans des laquelle de nombreux essais doivent
colonnes d’adsorption. Le charbon actif être préalablement effectués en unité
existe également sous forme de poudre pilote. C’est seulement par ce biais
(CAP), auquel cas il est ajouté dans qu’il sera possible de connaître la capa-
l’eau pour le traitement puis éliminé par cité d’adsorption de chaque substance
sédimentation ou par filtration membra- à retirer de l’eau brute et d’organiser
naire (procédé Cristal). l’installation en vue des besoins spéci-
fiques.

62 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Pré/post-traitements possibles fois par mois. L’élimination de la MON
Du point de vue économique, il est pré- est mesurée par absorption UV (CAS254,
férable de réduire les taux de particules cf. ci-dessous).
et de certaines matières organiques
avant filtration sur charbon actif. La pré- Produits et précautions
ozonation oxyde une partie de la MON Le charbon actif est un matériau po-
en COA. L’emploi de CAP doit, quant reux, formé de paillettes de graphite
à lui, être suivi d’une sédimentation présentant une surface interne très
ou d’une filtration membranaire, cette importante (600 - 1500 m2/g de char-
dernière constituant une alternative bon actif). Il est fabriqué par traitement
plus moderne. Cependant le charbon thermique sous vide de houille, de
actif est souvent ajouté au matériau tourbe, de coque de noix de coco ou
filtrant dans le cadre des procédés de encore de bois. Les produits diffèrent
filtration sur lit. La diminution des COD beaucoup en termes de propriétés et
et des microorganismes est encore doivent donc être testés avec l’eau pure
plus importante lorsque l’on fait suivre à traiter. A titre d’exemple, éliminer des
cette étape par une filtration lente ou substances de poids moléculaire élevé
membranaire. L’activité biologique peut demandera un charbon actif à forte
essaimer certains microorganismes proportion de pores de grande taille.
dans l’eau potable (les Pseudomonas Voilà pourquoi seuls des essais pilotes
en particulier). C’est ce qui justifie la reproduisant le plus fidèlement possible
désinfection ou la filtration membra- les conditions de la future installation
naire (UF, NF ou OI) après l’étape du (types d’unités, composition de l’eau,
charbon actif. etc.) seront en mesure de fournir des
informations précises sur les perfor-
Monitorage du procédé mances des différents produits. La
Surveiller le degré de saturation du durée de contact de l’eau et du charbon
charbon actif par les polluants exige de actif est habituellement de 5 - 20 mi-
mesurer la teneur de certains d’entre nutes. L’emploi de filtres à composante
eux (pesticides, hydrocarbures, cya- biologique s’accompagne d’un risque
notoxines, etc.) dans l’eau brute et de percée de microorganismes et donc
dans le filtrat. Passé un seuil prédéfini, de recroissance dans le réseau : c’est
le charbon actif devra être régénéré. un risque à prendre en compte. L’ozone
La lente augmentation des polluants gazeux étant très réactif, son contact
dans le filtrat suit une courbe appelée avec le charbon actif sec peut provo-
« courbe de percée » qui correspond quer des réactions violentes, parfois
à la saturation du charbon actif. Un même explosives. Il suffit néanmoins
rétrolavage est nécessaire lorsque le de respecter les consignes de sécurité
colmatage du filtre entraîne une perte pour éviter ce type de problème.
de pression critique.
Echange d’ions
La fréquence des rétrolavages dépend But : adoucissement, dessalement,
de la qualité de l’eau brute ; elle peut élimination du nitrate et des métaux
s’échelonner d’une fois par jour à une lourds.
En Suisse, l’échange d’ions s’emploie
plutôt dans la sphère domestique et
pratiquement jamais dans les stations
de traitement communales.

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 63


5. Procédés de potabilisation de l’eau

Lorsqu’une station utilise l’échange plus important que la teneur de l’ion à


d’ions, c’est essentiellement pour adou- échanger est élevée dans l’eau brute.
cir l’eau et en retirer le nitrate (NO3-) et Le sulfate concurrence le nitrate pour
les acides humiques. L’adoucissement les sites d’adsorption et diminue donc
de l’eau repose sur l’élimination du Ca2+ l’élimination de ce dernier. La résine
et du Mg2+ en échange d’ions sodium peut être le siège d’une prolifération de
(Na+). Les ions libérés dans l’échange microorganismes capables d’augmenter
(Na+, H+, OH-, Cl-, etc.) demeurent dans la teneur en germes de l’eau traitée
l’eau traitée. L’échange d’ions se limite ou d’affecter son goût. Par ailleurs, du
à une zone dans laquelle s’établit un nitrite peut se former en conditions
front de concentration (figure 17). La anaérobies. La solution éluée lors de la
colonne doit donc être plus haute que régénération devra être éliminée sépa-
cette zone pour éviter qu’une fuite rément, ce qui constitue une consom-
ionique ne se produise d’emblée. Le mation d’eau supplémentaire. L’adou-
volume d’eau traité est exprimé en cissement de l’eau procède en général
volume de lit (VL), où VL = 1 m3 de par échange de sodium contre calcium
liquide/m3 de résine. Le débit se situe et magnésium (2 mM de Na+ ajoutés [~
habituellement entre 20 et 40 VL/h 40 mg/l] contre 1 mM de Ca2+ retiré). Or
(~10 - 30 m/h). La résine doit être ré- le sodium augmente la pression arté-
générée lorsque sa capacité d’échange rielle et favorise l’insuffisance rénale. Il
est épuisée. Plusieurs types de pro- affecte aussi le goût de l’eau à partir de
duits peuvent être utilisés à cet effet : 200 mg/l.
les plus fréquents sont le chlorure de
sodium NaCl, l’acide chlorhydrique HCl, Pré/post-traitements éventuels
l’acide sulfurique H2SO4 ou l’hydroxyde L’eau arrivant à l’échangeur d’ions
de sodium NaOH. ne doit pas contenir de matières en
Les besoins en régénérant représentent suspension ni de précipité. Elle sera
1.5 à 5 fois la capacité d’échange de la préalablement traitée selon sa compo-
résine. L’échange d’ions peut provoquer sition (floculation, précipitation, filtra-
une variation significative du volume du tion), l’échangeur d’ions se situant le
lit de filtration (jusqu’à 30 %). plus souvent en fin de filière. L’échange
d’ions n’a pas pour effet d’améliorer
Difficultés les paramètres hygiéniques. Par contre,
Régénérer à 100 % un échangeur l’implantation d’une activité biologique
d’ions n’est pas envisageable pour des dans la résine peut induire une re-
raisons économiques. La capacité de croissance bactériologique dans l’eau
régénération diminue à chaque cycle potable. Par conséquent, si un échan-
régénératif, les ions échangés demeu- geur d’ions fait partie de la chaîne de
rant peu à peu captifs de la résine. traitements, il sera toujours suivi d’une
L’utilisation de résines régénérées s’ac- étape de désinfection avec protection
compagne d’une fuite d’ions à échan- du réseau.
ger dans l’eau purifiée, soit parce que
l’échange ne se produit pas, soit parce
que la résine ne retient plus les ions
échangés. Ce phénomène est d’autant

64 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Valeurs limites/valeurs de référence composés alors de matériaux de type
L’OSEC fixe la valeur de tolérance du silicates d’aluminium tels que zéo-
nitrate à 40 mg/l et celle du nitrite à 0.1 lithe ou montmorillonite (échangeurs
mg/l. Le MSDA recommande une te- cationiques) ; il peut s’agir également
neur en sodium et en chlorure de moins de résines synthétiques de type poly-
de 20 mg/l. mères d’hydrocarbures (polystyrène,
etc.). Le type et la charge de ses ions
Monitorage du procédé fixes déterminent le comportement de
Détecter à temps la saturation de l’échangeur.
l’échangeur impose de mesurer la Les matériaux utilisés doivent être explici-
concentration des ions à échanger tement agréés pour le traitement de l’eau
(Ca2+, Mg2+, NO3-, etc.) à la sortie destinée à la consommation, afin de ga-
de l’échangeur. Le taux de saturation rantir qu’aucune substance nocive n’est
est ensuite obtenu par le biais d’une relâchée dans l’eau. La taille des grains
courbe de percée. Maintenir constante est généralement de 0.3 - 1.5 mm.
la qualité de l’eau implique de régé-
nérer l’échangeur avant toute percée. Les échangeurs se présentent le plus
Si l’échange d’ions vise le nitrate, il souvent sous forme de colonnes (lit
peut être judicieux de contrôler aussi la fixe), mais il existe également des pro-
teneur en nitrite. cédés sur lit mobile (procédé continu à
contre-courant). L’avantage des co-
Produits et précautions lonnes réside dans le bon rendement de
On utilisera un échangeur cationique leur capacité d’échange et donc dans
ou anionique selon la charge des ions l’abattement élevé des ions à élimi-
échangés (figure 18). Il existe éga- ner. Les grains de résine peuvent être
lement des échangeurs amphotères munis d’un noyau dense afin d’amélio-
d’anions et de cations. Les échan- rer leurs performances (MIEX, p. ex.).
geurs peuvent être d’origine naturelle, Le dessalement de l’eau procède par

+
– +

–+
+–
+– – –
+– + +
+–
Na+
+– –+
– +– Na+
Na+
+

Ca2+ Echange d’ions
+– – –
Na+ +
Na+ –
–+
Na+ –+ +
+
– –+ Ca2+
+
Régénération – – –+
+ – anion fixé

+
Ca2+ + + cation échangé

chaîne de polystyrène

+
Figure 17 : Echange de cations schématisé au niveau d’un grain de résine (purification et régénération).

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 65


5. Procédés de potabilisation de l’eau

un échange cationique (type H+) suivi Si, par contre, l’eau est sursaturée en
d’un échange anionique (type OH-) en Ca2+ et enCO32-, le calcaire tend alors à
série. Autre possibilité : les procédés à se détacher pour s’incruster ou bou-
lit mixte dans lesquels les deux résines cher les canalisations. Pour réduire les
sont mélangées. concentrations des ions responsables
de la dureté de l’eau, on peut procéder
Désacidification/adoucissement/ de plusieurs manières :
décarbonisation
But : instauration de l’équilibre • par une résine d’échange du Ca2+ et
calcaire-acide carbonique du Mg2+ contre Na+ ou H+ ;
Dans le traitement de l’eau, les proces- • par précipitation du calcium par
sus de désacidification, d’adoucisse- sursaturation de calcaire, en ajoutant
ment et de décarbonatation servent à de la soude (Na2CO3), de la chaux vive
établir l’équilibre : ou éteinte (CaO ou Ca[OH]2) ou de la
CaCO3(s)+CO2(g)+H2O n Ca2++2HCO3 soude caustique (NaOH) ;
En présence du dioxyde de carbone • par nanofiltration ou osmose inverse
dissous dans l’eau, le calcaire se dis- (procédés membranaires éliminant le
sout en calcium et en acide carbonique. Ca2+, l’HCO3-, etc.).
Mais un excédent d’acide dans l’eau
favorise la corrosion des installations et Aucune station suisse ne procède à
du réseau. Il en résulte une réduction l’adoucissement de l’eau, cet enjeu
de leur durée de vie et, en présence de étant plutôt mineur à l’heure actuelle.
conduites en cuivre ou en acier zingué, On y recourt cependant au niveau
des piqûres de corrosion et une hausse domestique et industriel (eau froide,
de métaux lourds dans l’eau de bois- systèmes d’eau chaude, etc.).
son. On évite ce problème en créant
une légère sursaturation de calcaire
à pH neutre, ce qui produira une fine
couche de protection dans les canali-
sations. L’excédent d’acide dans l’eau
brute peut être neutralisé de plusieurs
manières :
• filtration sur carbonate de calcium ou
sur matériaux dolomitiques, ce qui
dissout le calcaire (consommation
d’acide) et équilibre le pH ;
• extraction du dioxyde de carbone par
ventilation de l’eau brute ;
• désacidification par addition de soude
(Na2CO3) ou d’hydroxydes (NaOH,
Ca[OH]2), qui rehaussent le pH et le
neutralisent.

66 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Difficultés Après adoucissement de l’eau, il peut
La désacidification des eaux brutes très s’avérer nécessaire de neutraliser le pH
acides par NaOH ou Na2CO3 peut aug- par adjonction d’acide.
menter fortement la concentration de
sodium, ce qui n’est pas souhaitable au Valeurs limites/valeurs de référence
plan sanitaire. L’utilisation d’hydroxyde Le pH de l’eau potable doit être
de calcium (Ca[OH2]) offre une alterna- neutre : le MSDA recommande un
tive évitant cette hausse de sodium, pH de 6.8 - 8.2. Concernant le calcium,
mais elle a pour effet secondaire de le MSDA recommande un maximum de
durcir l’eau, à l’instar de la filtration sur 200 mg/l (seuil organoleptique) et, pour
matériaux dolomitiques ou calcaires le sodium, un taux < 20 mg/l.
(introduction de Ca2+, Mg2+ et HCO3-).
Enfin, un dernier problème peut résul- Monitorage du procédé
ter du mélange d’eaux de différentes La désacidification se guide par la me-
provenances et salinités. Ce type de sure continue du pH. L’adoucissement
problème peut être limité en équilibrant peut se contrôler via les taux de Ca2+ et
les concentrations de certaines subs- de Mg2+.
tances dans les eaux mélangées.
Produits et précautions
Pré/post-traitements possibles Dans le processus d’adoucissement de
Les procédés de désacidification et l’eau, on distingue fondamentalement
d’adoucissement s’intègrent générale- l’élimination du Ca2+ et du Mg2+ (dimi-
ment dans une filière de traitements, nution de la dureté de l’eau) et l’élimi-
souvent après élimination particulaire. nation du HCO3- (décarbonatation). Les
Celle-ci est en effet nécessaire avant processus suivants sont utilisés à cet
un échange d’ions ou une filtration effet : échange d’ions avec Na+, H+ ou
membranaire. L’adoucissement par OH-, adoucissement par membrane,
précipitation requiert de toute façon décarbonatation physique, lente, rapide
une filtration subséquente pour retirer ou encore acide. Adoucissement et
le précipitat ; mais celle-ci ne doit pas décarbonatation s’effectuent souvent
entraver le débit, dont seules de faibles en n’utilisant qu’une partie de l’eau, qui
variations sont autorisées. On ajoute est ensuite remélangée à l’autre partie.
généralement des floculants pour ac- Ce procédé permet d’ajuster la dureté
célérer la sédimentation et améliorer la et la salinité de l’eau potable. L’une des
séparation. Une autre possibilité réside applications possibles de la filtration sur
dans l’emploi de sable (grain de 0.5 à matériaux alcalins est le « redurcisse-
1 mm) agissant par contact (accumula- ment » du perméat issu des procédés
tion de calcaire à la surface). Excepté membranaires. On réintroduit ainsi
la nanofiltration et l’osmose inverse, dans l’eau les minéraux nécessaires.
qui éliminent efficacement les germes,
la désacidification, l’adoucissement et
la décarbonatation n’ont, en soi, aucun
impact sur les paramètres d’hygiène.
Une désinfection est toujours néces-
saire par la suite.

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 67


5. Procédés de potabilisation de l’eau

Autres procédés utilisés dans la po- Nitrification


tabilisation de l’eau But : diminution de l’ammonium/
Les méthodes décrites brièvement ammoniac
ci-dessous sont spéciales et moins fré- L’ammonium et l’ammoniac des eaux
quemment utilisées dans le traitement brutes proviennent essentiellement
de l’eau destinée à la consommation. de l’agriculture. Dans la nitrification
Elles sont peu généralisables et ne microbiologique, des bactéries oxy-
doivent pas être mises en pratique sans dent les composés d’ammonium en
avoir été soigneusement évaluées et nitrates. Cette réaction passe par le
ajustées au cas particulier. nitrite comme étape intermédiaire. La
nitrification demande de l’oxygène en
Procédés d’oxydation avancés suffisance, ce que l’on réalise souvent
But : oxydation de micropolluants dans les procédés de traitement de
Les procédés d’oxydation avancés l’eau par de simples cascades d’aéra-
(advanced oxydation processes, AOP) tion. Les bactéries implantées peuvent
s’appuient sur la formation de radicaux ainsi disposer de tout l’oxygène néces-
libres OH formés secondairement à saire. L’oxydation chimique transforme,
l’oxydation. Ils combinent par exemple elle aussi, l’ammonium en nitrate.
l’ozone et l’eau oxygénée, les UV et L’ammonium revêt une importance
l’ozone ou les UV et l’eau oxygénée. particulière lorsque le chlore est utilisé
Les radicaux hydroxyles réagissent de comme désinfectant, puisque ces deux
manière non sélective. La MON, l’HCO3- composés réagissent pour former des
et le CO32- sont de puissants capteurs chloramines, dont les propriétés désin-
de radicaux OH dans l’eau et réduisent fectantes sont très inférieures à celles
donc la concentrations de ces derniers. du chlore (chloration au point critique,
Les micropolluants (pesticides, médi- voir plus haut). L’élimination de l’ammo-
caments, etc.) qui ne réagissent que niac peut également se faire par strip-
partiellement avec les autres oxydants page, celui-ci étant extrait de l’eau sous
peuvent être oxydés par AOP. Ce procé- forme gazeuse par injection d’air ou
dé engendre néanmoins des sous-pro- de vapeur dans l’eau. Cependant, ces
duits provenant des réactions avec des procédés demandent beaucoup d’es-
composés de la matrice. Des étapes de pace et sont donc réservés aux stations
traitement supplémentaires, telles que de grande capacité. L’élimination de
la filtration (rapide, lente ou sur char- l’ammonium peut également s’effec-
bon actif), visant à diminuer les taux de tuer, mais à dimension plus restreinte,
COA, à éliminer les sous-produits par nanofiltration, électrodialyse ou
(p. ex. NO2-) ou les oxydants (eau oxy- échange d’ions.
génée, ozone) sont indispensables pour
l’obtention d’une eau potable stable.

68 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Dénitrification Electrodialyse
But : diminution du nitrate But : dessalement, diminution du
A l’instar de la nitrification, la réduc- nitrate et de l’ammonium
tion des nitrates en azote élémentaire L’électrodialyse est un procédé de
(dénitrification) se fait également par séparation électrochimique dans lequel
voie microbiologique. Ce processus se des ions, sous l’influence d’un poten-
déroule en anaérobie. Dans l’unité de tiel électrique, passent une membrane
dénitrification, les microorganismes semi-perméable pour aller d’une solu-
peuvent être cultivés sur un support tion moins concentrée (diluat) dans une
leur servant également de source de solution plus concentrée (concentrat).
carbone (mulch, paille, polymérisats Dans l’idéal, la membrane ne laisse
organiques en granulés, etc.) ou sur un passer qu’une seule sorte d’ions (p. ex.
support inerte (sable, argile expansée, NO-). Pour que ce procédé fonctionne,
pierre ponce, styropor, etc.) exigeant toutes les particules de taille supérieure
l’addition de substrats (matériaux à 10 µm doivent avoir été préalable-
organiques, H2, etc.). Ce support peut ment éliminées. Le prétraitement passe
se présenter sous forme de lit fixe par une floculation/ précipitation, une
ou fluidisé. Les lits fixes doivent être filtration ou un traitement au charbon
régulièrement nettoyés pour éliminer actif. Pour des raisons techniques,
la biomasse qui s’y forme. Les autres l’électrodialyse est mise en œuvre à
substrats (PO43-, Fe2+, etc.) sont ajou- grande échelle uniquement, surtout
tés si nécessaire sous forme liquide ou pour le dessalement de l’eau de mer
gazeuse avant l’entrée de l’eau dans et des eaux saumâtres (y compris pour
l’unité. La dénitrification est précédée, la production de sel), ainsi que pour
dans l’unité, par une désoxygénation de traiter les eaux industrielles. Dans ce
l’eau. Puis, une fois les nitrates réduits, contexte, elle est souvent utilisée pour
on procède à sa réoxygénation (air, O2). laver les échangeurs d’ions.
La dénitrification demande des struc-
tures complexes qui sont plutôt réser- Déferrisation/démanganisation
vés aux stations de grande capacité. But : diminution du fer et/ou du man-
Dans les stations de plus petite dimen- ganèse
sion, les nitrates devraient être élimi- Le fer et le manganèse pénètrent gé-
nés par échange d’ions ou par procédés néralement dans les eaux souterraines
membranaires (nanofiltration et osmose par solubilisation de leur forme oxyde/
inverse). hydroxyde ; cette solubilisation se
produit lorsque prédominent des condi-
tions réductrices et anaérobies.

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 69


5. Procédés de potabilisation de l’eau

Le fer et le manganèse sont solubles sont oxydés par la biomasse implantée


dans l’eau lorsqu’ils se trouvent sous généralement dans deux filtres sépa-
forme divalente. Ils en sont extraits en rés. Ces procédés demandent d’une
combinant oxydation et précipitation/fil- part des bassins supplémentaires et,
tration. Cette extraction peut se faire de d’autre part, l’élimination des métaux
l’une des manières suivantes : précipités. Avec le procédé in situ,
• par oxydation chimique après captage, de l’eau aérée est directement injec-
puis élimination des oxydes par sédi- tée dans le sous-sol, où se déposent
mentation/filtration. l’oxyde/hydroxyde de fer et de manga-
• par oxydation biologique après cap- nèse. Le risque de colmatage est faible,
tage, puis élimination des oxydes par puisque ceux-ci sédimentent sur des
sédimentation/filtration. surfaces de sable ou de gravier. Com-
• par procédé in situ : oxydation du paré aux procédés conventionnels en
Fe(II) et du Mn(II), puis séparation station, les installations souterraines
souterraine des oxydes avant captage. présentent l’intérêt d’être d’envergure
relativement modestes et de ne pas
Les procédés post-captage exigent exiger l’évacuation de boues. Un autre
les unités de traitement en station. avantage de l’approche in situ réside
Pour l’oxydation chimique du fer, on dans le fait que les cornes de rabatte-
utilise l’oxygène, le chlore, l’ozone ou ment ne peuvent se boucher du fait
le permanganate de potassium ; pour que le fer et le manganèse sont précipi-
l’oxydation chimique du manganèse on tés bien avant.
utilise l’ozone et le permanganate de
potassium. L’oxydation est suivie d’une
sédimentation/filtration. Dans le cas de
l’oxydation biologique, on injecte de l’air
dans l’eau puis le fer et le manganèse

70 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Tableau 8 : Contrôle des procédés
Etape du procédé Paramètre Concentration maximale Mesure Fréquence des contrôles
Eau brute Eau potable
Floculation/ dosage de concentration de - 0.3 mg Fe/L concentration hebdomadaire à mensuelle
précipitation l’agent/adjuvant l’agent/adjuvant 0.2 mg Al/L Messung,
de floculation de floculation 0.5 µg Acrylamid/L Turbidité
Départiculation Turbidité 5 - 200 NTU < 1 NTU Turbidité continue
Sédimentation Départiculation Turbidité - < 1 NTU Turbidité continue
Filtration lente Départiculation Turbidité < 10 NTU < 1 NTU Turbidité continue
sur sable
Filtration rapide Départiculation Turbidité < 30 NTU < 1 NTU Turbidité continue
Filtration Départiculation nombre de particules - < 1 NTU analyse particulaire continue
membranaire Départiculation sur/sous-pression - - test d’intégrité : annuelle
test du maintien de
la pression/
élimination des microorganismes - GAM: 20/mL test de diffusion hebdomadaire à mensuelle
microorganismes (E.coli, GAM, E.Coli: nd/100 mL examen
(UF, NF) entérocoques, etc.) EC: nd/100 mL microbiologique
Chloration dosage du chlore chlore résiduel à - 0.1 mg/L concentration par continue
dans l’unité la sortie de l’unité mesure
électrochimique
Dioxyde de chlore dosage du ClO2- & Cl- - 0.05 mg/L concentration par continue
dioxyde de chlore résiduels à la mesure électro-
sortie de l’unité chimique
oxydation concentrations de 0.4 mg/L 0.05 mg/L concentration par continue
chlorure et de chlorite mesure électro-
à la sortie chimique
Ozonation dosage d’ozone O3-résiduel à la - 0.05 mg/L concentration par continue
sortie de l’unité mesure électro-
chimique
oxydation concentration de < 50 µg Br-/L 10 µg BrO3-/L concentration hebdomadaire à mensuelle
bromide et de bromure
UV inactivation Turbidité/transmittance 1 UTN - Turbidité et continue
à l’entrée transmittance

désinfection Rayonnement spatial/ - - capteurs UV continue
insuffisante fluence dans le réacteur (min. 400 J/m2)
Charbon actif adsorption Concentration de - selon polluant concentration hebdomadaire
polluant à la sortie
Echange d’ions échange d’ions Concentration - selon ions concentration des hebdomadaire
Désacidification/ Ajustement de à la sortie 6.8 – 8.2 ions problématiques
adoucissant l’équilibre pH à la sortie pH
Désacidification/ instauration de pH à la sortie - 6.8 - 8.2 pH continue
adoucissement l’équilibre

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 71


5. Procédés de potabilisation de l’eau

Combinaison de procédés
Lorsque l’eau d’une nappe ou d’une les différents schémas de traitement
source est de bonne qualité, elle est en fonction de la provenance de l’eau.
souvent potable d’emblée ou nécessite Nous présenterons ci-dessous, en les
juste une désinfection et/ou une pro- commentant, quelques exemples de
tection du réseau. S’il s’agit, par con- stations en service en Suisse. Il s’agira
tre, d’une eau provenant d’une source d’un descriptif non exhaustif. Les
karstique (forte turbidité, qualité très in- filières de traitement doivent toujours
égale, etc.) ou d’une nappe souterraine être conçues et dimensionnées en fonc-
réduite (teneurs élevées en Fe[II] et/ou tion du cas particulier.
en Mn[II]), elle exigera encore d’autres
traitements. Enfin les eaux de surface
suivent une filière multi-étapes axée sur
leurs particularités. La figure 18 résume

traitement multi-étapes
eau superficielle

floculation/
précipitation
sédimentation
filtration
oxydation
enrichissement
désinfection
artificiel en eau
souterraine charbon actif
qualité insuffisante échange d’ions
• forte turbidité adoucissement
• présence de Fe(II)
et Mn(II) désacidification

injection dans
eau de nappe ou de source désinfection
le réseau

une seule étape de traitement

Figure 18: Schéma des filières de traitement des eaux souterraines, superficielle ou de source.

72 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Traitement à étape unique garantir la conformité de l’eau avec le
Le traitement à une seule étape consi- cadre législatif sur l’hygiène. Si la désin-
ste uniquement à désinfecter l’eau par fection se fait par UV, la faible turbidité
voie physique (figure 19) ou chimique. sera une condition fondamentale ; si la
Ce cas particulier, qui concerne surtout désinfection est chimique, ce sera alors
l’eau de nappe ou de source, vise à la faible teneur en matière organique
qui sera essentielle.

Désinfection Filtration
aux UV membranaire

eau brute eau brute

eau potable eau potable

Figure 19 : Options de traitement à une seule étape : désinfection physique par UV ou par filtration membranaire

Traitement classique multi-étapes La station de pompage de Lengg, qui


d’une eau de lac alimente en eau la ville de Zurich, nous
La chaîne de traitement sert à potabili- servira d’exemple (figure 20). L’eau du
ser une eau de lac polluée ; elle intègre lac de Zurich y est captée à une tren-
généralement une filtration, visant à taine de mètres de profondeur puis
éliminer les particules, ainsi qu’une oxy- désinfectée à l’ozone. Après correction
dation/ désinfection ; d’autres étapes du pH, elle subit une étape de filtration
viennent compléter la filière en fonction rapide. Suivent ensuite une ozonation
des particularités de l’eau. La structure intermédiaire puis une filtration sur
et la chronologie des étapes peuvent charbon actif. La filtration lente sur
grandement varier, puisque de nou- sable, qui vient achever la chaîne de
velles étapes de traitement viennent traitement, assure la stabilité biologique
souvent s’ajouter et compléter la filière de l’eau.
d’origine.

Préozonation Filtration Ozonation Charbon


correction rapide intermédiaire actif
eau brute du pH
Filtration lente
sur sable

eau potable

Figure 20: Schéma simplifié de la chaîne de traitement d’eau de lac de la station de Lengg (approvisionnement
en eau de la ville de Zurich).

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 73


5. Procédés de potabilisation de l’eau

Traitement classique multi-étapes destinée à leur traitement intègrera plu-


d’une eau karstique sieurs étapes d’élimination de particu-
Les eaux karstiques présentent, comme les et de composés, de transformation
les eaux superficielles, des fluctuations de ces composés et de désinfection.
de qualité relativement importantes. La figure 21 illustre la filière de l’une
De ce fait, une station typiquement d’elles, celle de Röschenz (BL).

Floculation/sédimentation Filtration Ozonation Filtration sur Chloration


rapide charbon actif
eau brute

flocula- sédimen- eau potable


tion tation.

Figure 21 : schéma simplifié de la chaîne de traitement d’eau de source karstique de Röschenz (BL).

Traitement moderne multi-étapes A titre d’exemple, la station de pompa-


d’une eau de lac ge de Männedorf (ZH), intégralement
Les stations multi-étapes modernes nouvelle, dans laquelle l’eau du lac est
tendent à réduire le nombre de pro- d’abord ozonée (figure 22) puis filtrée
cédés tout en les modernisant - en sur charbon actif et enfin sur membra-
incluant notamment des procédés ne (ultrafiltration).
membranaires.

Ozonation Filtration Ultrafiltration


sur charbon actif
eau brute

eau potable

Figure 22: schéma simplifié de la chaîne de traitement d’eau de lac de la station de pompage de Männedorf (ZH).

74 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


6. Monitorage et instrumentation

Le bon déroulement des procédés de sont souvent munies d’un pH-mètre


potabilisation, présentés au chapitre 5, et d’un thermomètre effectuant une
exige un monitorage dont nous allons compensation mathématique des
décrire brièvement les méthodes et résultats. Il est possible de réaliser une
l’appareillage. Nous nous concentrerons mesure sélective en protégeant les
sur le dosage des principaux réactifs électrodes par une membrane semi-
dissous dans l’eau traitée (chlore, dio- perméable : les substances que l’ont
xyde de chlore, ozone) et sur la mesure veut mesurer diffusent ainsi au travers
des principaux paramètres de l’eau de la membrane et sont réduites sur la
(conductivité, turbidité, transmittance cathode. La mesure dépend donc du
UV, etc.). pH. L’étalonnage se fait par colorimétrie
(p. ex., méthode DPD). On veillera à
Chlore changer régulièrement la membrane et
Par colorimétrie (méthode DPD) la solution d’électrolyte (selon instruc-
Cette méthode permet de mesurer la tion du fabricant).
teneur en chlore libre. La DPD (diéthyl-p-
phénylènediamine) oxydée par le chlore Dioxyde de chlore
prend une couleur rosée à très rouge qui Par colorimétrie (méthodes DPD et
est mesurée par photométrie (510-530 TMB)
nm ; loi de Beer-Lambert) Une courbe La méthode DPD permet de quanti-
d’étalonnage détermine la concentration fier le dioxyde de chlore de la même
du chlore. Cette méthode permet de manière que le chlore (cf. ci-dessus).
prouver des concentrations d’oxydation Pour les concentrations très faibles, on
très basses. Le DPD réagit également remplacera la DPD par la tetraméthyl-
avec le dioxyde de chlore et l’ozone, benzidine (TMB). La TMB oxydée par
un élément à prendre en compte si la le dioxyde de chlore prend une couleur
filière de traitement comporte plusieurs jaune, dont l’absorption est mesurée
étapes. Les taux de chlore relatifs au à 440 nm. Cette méthode n’est pas
traitement de l’eau de consommation sélective puisque la TMB réagit aussi
se situent entre 0.02 et 1 mg/l ; le seuil avec d’autres agents oxydants : on
de détection de la méthode DPD est s’assurera donc que les échantillons à
d’environ 0.05 mg/l : cette méthode est mesurer n’en contiennent plus.
donc très sensible. Le prélèvement doit
être dilué si sa teneur en chlore dépasse Par ampérométrie
4 mg/l. L’étalonnage se fait par solutions Le principe est le même que pour le
standardisées de permanganate de po- chlore (cf. ci-dessus). Les cathodes
tassium ou de chloroisocyanurate. utilisées pour le dioxyde de chlore sont
généralement en or et les anodes en
Par ampérométrie argent. Une membrane sépare le liquide
Cette méthode consiste à mesurer le ambiant de l’intérieur de l’électrode em-
courant produit par le chlore captant plie de solution électrolyte. Des sondes
un électron entre deux électrodes, en thermiques intégrées compensent
présence d’un potentiel électrochi- les résultats en ajustant le calcul. La
mique constant. Le courant mesuré mesure ampérométrique du dioxyde de
est proportionnel à la concentration chlore présente une sensibilité croisée
du chlore transformé. Les résultats avec le chlore et l’ozone. Le seuil de dé-
dépendent beaucoup de divers pa- tection se situe entre 0.01 et 0.02 mg/l
ramètres de l’eau, tels que le pH, le et la méthode enregistre des concentra-
débit et la température. Les sondes tions allant jusqu’à 2 mg/l.

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 75


6. Monitorage et instrumentation

Conductivité Les effets du chlore résiduel peuve-


La conductivité de l’eau est déterminée nt être limités par l’addition d’acide
par les ions libres qu’elle contient. On malique. D’autres composés tels que
mesure le courant (la résistance) entre l’oxyde de manganèse et le brome
une anode et une cathode complète- peuvent perturber la mesure et doivent
ment immergées dans l’eau. La con- être pris en compte.
ductivité se définit comme l’inverse de
la résistance spécifique entre les deux Par ampérométrie
électrodes. Un senseur thermique est Le principe est le même que celui
toujours intégré puisque la conductivité utilisé pour le chlore (cf. ci-dessus). La
est thermodépendante. On l’exprime cathode est généralement en platine.
généralement pour une température de L’électrode est soit ouverte, soit immer-
25°C. La linéarité est incertaine à con- gée dans une solution électrolyte pro-
centrations ioniques très basses et très tégée par une membrane (électrode de
élevées, ce qui empêche parfois les Clark). On utilise une eau sans ozone
mesures précises. On peut cependant pour caler le point zéro.
remédier à ce problème en choisissant
le matériel et l’appareillage adapté à la Particules
fourchette de conductivité à mesurer. Mesure continue
Un courant alternatif permet de diminu- Ce principe repose sur la diffraction de
er la polarisation induite. L’étalonnage la lumière par les particules en suspen-
repose sur des solutions standards dont sion. Un rayon lumineux très mince
la conductivité est connue. On veillera à (rayon laser, p. ex.) traverse un capil-
étalonner dans la même fourchette de laire dans lequel passe l’eau à analyser.
conductivité que celle anticipée. Lorsqu’une particule traverse le rayon,
elle soustrait celui-ci à un photodé-
Ozone tecteur placé vis-à-vis de la source
Par colorimétrie (méthodes indigo) lumineuse. Le signal mesuré dépend
La méthode indigo repose sur la déco- des caractéristiques particulaires. La
loration très rapide du carmin d’indigo concentration de particules est donc
trisulfonate par l’ozone. La réaction distribuée selon la taille, la surface ou
est stoechiométrique. Elle est réalisée le volume particulaire. Chaque particu-
dans l’eau acidifiée, afin d‘éviter la le est classée par analogie avec une
décomposition de l’ozone. Le degré de sphère de diamètre défini produisant la
décoloration est mesuré par absorption même absorption. Le seuil de détection
à 600 nm et par rapport à un échantillon se situe entre 1 et 3 µm de diamètre ;
de référence (loi de Beer-Lambert). Le le diamètre des particules que contient
résultat est converti en concentrati- l’eau à traiter se situe généralement
on d’ozone. Les réactifs sont ajoutés entre 1 et 100 µm. Les problèmes po-
directement lors du prélèvement et la tentiels sont liés à des concentrations
mesure doit être effectuée dans les 4 particulaires trop élevées, des particula-
heures qui suivent. rités optiques (structure, transparence,
forme des particules) ou encore à la
variation du débit.

76 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Mesures ponctuelles Par titrimétrie (méthode de Winkler)
De nouvelles méthodes telle que la cy- On forme d’abord un précipité
tométrie de flux reposent sur le même d’hydroxyde de manganèse (II) qui
principe que les mesures en continu, est alors oxydé en Mn(III) et Mn (IV)
mais permettent en plus de distinguer par l’oxygène dissous dans l’eau. Le
les microorganismes vivants des morts. manganèse est ensuite réduit par
A cet effet, ceux-ci sont marqués sur l’addition d’acide et d’iode, ce qui libère
différentes structures (paroi cellulaire, l’iode en quantité équivalente à celle de
ADN, ARN) et sont ensuite analysés l’oxygène dissous. Il suffit alors de titrer
individuellement. C’est une méthode la concentration d’iode libéré au moyen
qui ne peut s’effectuer que de manière d’une solution de thiosulfate. On veille-
ponctuelle, puisque le marquage des ra à éviter toute évaporation ou aération
microorganismes ne peut être réalisé en des prélèvements d’eau.
continu. La microscopie classique est
une autre méthode de mesure ponctu- Par luminescence (LDO)
elle qui permet l’analyse qualitative des On utilise de plus en plus aujourd’hui la
particules et des microorganismes. mesure optique de l’oxygène par sonde
LDO (Luminescent Dissolved Oxygen).
pH Celle-ci contient un capteur sensible à
Le pH se mesure par potentiométrie, au l’oxygène. Ce capteur réagit également
moyen de deux électrodes protégées à la lumière bleue, émise par une diode
par une membrane de verre. L’échange (DEL), en renvoyant de la lumière rouge
de protons (H+) sur la membrane (luminescence). Or, l’oxygène interfère
entraîne une différence de potentiel. avec la formation de cette lumière rou-
Le pH-mètre utilisé doit convenir aux ge. La durée et l’intensité de la lumière
solutions à basses températures et peu rouge (mesurée par une photodiode)
tamponnées. Pendant les mesures, est donc inversement proportionnelle
on veillera à ce que les prélèvements à la concentration d’oxygène dissous
ne changent pas de température et ne dans l’eau (mg d’O2/l).
perdent pas de gaz dissous (CO2). Le
pH mesuré est corrigé en fonction de Absorbance/Transmittance UV
la température (mesurée séparément). Cette méthode consiste à mesurer
Le pH-mètre est étalonné au moyen la perte d’énergie d’un rayonnement
de solutions tampons de pH connu. On traversant un liquide. L’absorption (plus
le réétalonne généralement tous les justement appelée absorbance) est
3 mois en suivant les instructions du la quantité de lumière retenue par les
fabricant. particules et les substances organiques
dissoutes dans l’eau. La mesure est
Oxygène dissous effectuée en continu par un photomètre
Par ampérométrie ; celui-ci se compose d’une source d’UV
Le principe est le même que celui utilisé et d’une cellule photoélectrique qui se
pour le chlore (cf. ci-dessus) et repose font face en encadrant une fenêtre de
sur la polarisation d’une cathode en mesure. On mesure ainsi le coefficient
platine (électrode de Clark). La précision d’absorption de l’eau à 254 nm (CAS254)
de la mesure est affectée par de fortes et les résultats obtenus permettent de
concentrations de CO2 (modifiant le pH déduire, par corrélation, la teneur en
de la solution électrolyte) et de sulfure carbone organique dissous (COD) et la
d’hydrogène (H2S). Les mesures se situ- demande chimique en oxygène (DCO).
ent dans l’ensemble entre 0 et 20 mg/l. En effet, les substances humiques

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 77


6. Monitorage et instrumentation

ayant une forte proportion de groupes L’ampleur de cette réflexion dépend de


aromatiques, elles absorbent beaucoup la densité et des propriétés des parti-
d’UV. La transmission (plus justement cules (forme, taille, couleur). Ce sont
appelée transmittance) repose sur le essentiellement les particules mesurant
même principe, puisqu’elle mesure 0.1 - 1 µm qui sont responsables de
l’énergie lumineuse traversant une la turbidité. Les mesures utilisent un
épaisseur d’eau sans être diffusée ni rayonnement infrarouge de 860 nm.
absorbée (figure 23). La transmittance La mesure porte sur l’intensité de la
est surtout utilisée dans le monitorage lumière réfléchie à 90° de la source
des unités UV. On mesure ainsi le lumineuse (figure 24). Les résultats
coefficient d‘absorption/d‘atténuation sont exprimés soit en FNU soit en UTN
de l‘eau à 254 nm (CAS254/CTS254). La (unités utilisées par l’agence américaine
valeur CTS254 comprend aussi bien la pour la protection de l’environnement
distribution des particules insolubles [EPA]). Notons que ces unités sont
que l‘absorption pour l‘ensemble de équivalentes lorsque les normes de me-
sure sont respectées (longueur d’onde,
angle de mesure, etc.), auquel cas
Source/ Capteur UV
diode 1 UTN = 1 FNU = 1 FTU = 1 TE/F 90° =
1 JTU. L’étalonnage se fait par solu-
tions standard de formazine ; celles-ci
sont commercialisées mais peuvent
Particule en Substance dissoute
également se fabriquer. On utilise en
suspension général une solution de 400 UTN. Pour
les faibles turbidités (< 1 UTN), la pré-
Figure 23 : Principe de la transmittance (transmis-
sion lumineuse). Le paramètre mesuré est l’énergie cision de mesure doit être de 0.02 UTN
lumineuse qui parvient au capteur sans avoir été (MSDA). Lorsque la turbidité de l’eau
absorbée ni réfléchie par l’échantillon d’eau est faible, l’emploi d’une lumière de
longueur d’onde de 550 nm donne une
l‘échantillon. Par contre, la valeur CAS254 plus grande diffusion et donc une meil-
après filtration de l‘echantillon ne com- leure reproductibilité des mesures. La
prend que l‘absorption des substances limite de mesure de l’appareil dépend
dissoutes. Au contraire des valeurs de ses caractéristiques. En cas de forte
CTS254 et CAS254, la transmission UV turbidité, il peut s’avérer judicieux de
dépend de l‘épaisseur de la couche du diluer l’échantillon prélevé.
fluide irradié. Par corrélation, il est pos-
sible de déduire la teneur en carbone Détecteur
organique dissous (COD) et la demande
chimique en oxygène (DCO).

Turbidité Source/
La turbidité d’un milieu correspond à sa diode
teneur en matières en suspension. Elle
indique combien d’énergie émise dans
ce milieu est réfléchie par les particules
qu’il contient. La turbidimétrie consis-
Particule en Substance dissoute
te à mesurer l’intensité de la lumière suspension
réfléchie par un liquide. Une partie de
Figure 24 : La turbidimétrie mesure la lumière
la lumière percutant une particule est réfléchie avec un angle de 90° par rapport à la source
toujours réfléchie par cette dernière. lumineuse.

78 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


7. Homologation des nouveaux
procédés
La population suisse est très attachée d’une part les preuves scientifiques de
à l’excellente qualité de son eau po- l’efficacité du procédé contre le polluant
table. Or la qualité de l’eau brute est ou le microorganisme visé, et d’autre
souvent affectée par l’activité humaine part, les preuves de son innocuité. Pour
(agglomérations, industrie, agriculture, qu’ils soient considérés comme des
circulation, etc.). Rester fidèle aux preuves scientifiques, les éléments
attentes que suscite l’eau potable exige avancés doivent remplir les critères
de s’adapter aux évolutions de la socié- suivants :
té et aux situations nouvelles - comme • Les essais doivent être réalisés par
par exemple l’apparition d’un nouveau une institution reconnue (laboratoire,
polluant. Ce qui suppose d’adapter les organisation, etc.) et l’efficacité doit
stations existantes et d’y introduire être confirmée par un second organis-
de nouveaux procédés de traitement. me indépendant ;
Lorsqu’il s’agit de potabiliser une eau • Les essais doivent recourir à des
superficielle, une eau de source ou une méthodes connues ; les sources
eau provenant d’une nappe en roche d’information seront indiquées expli-
meuble, on cherchera, autant que citement et les expériences décrites
possible, à en préserver les propriétés de telle sorte qu’elles puissent être
initiales et à minimiser l’adjonction de reproduites par l’organisme indépen-
produits. dant ;
En Suisse, l’eau potable est soumise • Les bases d’analyse (lois, normes,
à la législation sur les denrées alimen- etc.) doivent être clairement établies
taires. C’est donc l’ordonnance du DFI et seront rédigées dans un langage
sur l‘eau potable, l‘eau de source et accessible aux experts qui se charge-
l‘eau minérale (RS 817.022.102) qui ront de l’évaluation ;
règle les conditions d’homologation • Les données fournies doivent permet-
d’un nouveau procédé de préparation tre à des spécialistes indépendants de
de l’eau potable. L’art. 6 al. 5 stipule en reproduire les procédés et d’obtenir
effet que « les procédés de traitement la même efficacité que celle observée
et de désinfection de l’eau potable sont lors des essais initiaux ;
soumis à l’autorisation de l’Office fédé- • Les résultats doivent être repro-
ral de la santé publique (OFSP) ». ductibles en situation réelle, c’est-à-
Cette disposition vise à s’assurer que dire en station de traitement. Dans
seuls seront utilisés les produits et ce contexte, on attachera beaucoup
procédés efficaces, sûrs et dénués d’importance aux particularités de
d’effets délétères sur la santé des con- l’eau brute et au dimensionnement
sommateurs. Pour pouvoir être utilisés des unités de traitement (paramètres
dans la production d’eau potable, les hydrauliques, durées de séjour, etc.).
produits chimiques sont d’abord sou-
mis à une autorisation qui dépend de la Les listes de contrôle et arbres décisi-
législation suisse sur les produits chi- onnels qui suivent visent à faciliter la
miques, puis, dans un second temps, à constitution du dossier de demande
une autorisation de l’OFSP. Un dossier d’homologation d’un nouveau procédé de
très complet devra accompagner la traitement de l’eau. Ils permettront égale-
requête pour permettre aux services ment de vérifier si le procédé en question
compétents d’évaluer le nouveau est réellement adapté à la problématique.
procédé. Le requérant y présentera La liste de contrôle 1 concerne les infor-

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 79


7. Homologation des nouveaux procédés

mations générales. La figure 25 et la liste ants ; la figure 26 et la liste de contrôle 3


de contrôle 2 concernent les demandes concernent les demandes pour nouveau
pour nouveau traitement de micropollu- traitement de microorganismes.

Liste de contrôle 1: Informations générales requises dans le cadre d’un dossier de demande d’homologation
d’un nouveau traitement de l’eau

Information requise Détails à fournir Fait


Informations Requérant Nom et adresse complète q
générales du requérant
Renseignements Nom et adresse complète de la per- q
sonne à contacter pour tout
renseignement
Station Dénomination précise de la station q
concernée : alimentation en eau,
adresse, données techniques-
But But recherché, modification d’une q
station ou construction d’une
nouvelle unité
Information Nom de marque Dénomination précise permettant q
sur les d’identifier le produit :
produits nom du produit
Type de traitement Pour quel type de traitement le q
procédé sera utilisé : séparation
ou transformation de substance,
désinfection
Promoteur Nom et adresse complète du q
promoteur
Fabricant Nom et adresse complète du
fabricant
Renseignements Nom et adresse complète de la q
personne à contacter pour
renseignements
Certification/ Type de certification, numéro q
enregistrement d’enregistrement du dossier,
numéro d’autorisation
Documentation Description détaillée de la station, q
technique instructions techniques

80 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Micropolluants

1
Eau brute : Eau brute :
Ressource A Ressource B

5
2 Autres
Traitement procédés

3 4
Séparation Transformation

6 7 8 9
Procédé Adsorption Oxydation Réduction
membranaire chim./biol. chim./biol.

Figure 25: Arbre décisionnel servant à classer les nouveaux procédés de traitement de micropolluants. La
liste de contrôle correspondante (no 2) indique les informations requises dans le cadre de cette procédure
d’homologation.

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 81


7. Homologation des nouveaux procédés

Liste de contrôle 2 : Constitution d’un dossier de demande d’homologation d’un nouveau traitement de
micropolluants

Information requise Détails à fournir Fait


Ressource Composition chi- Résultats des analyses chimiques q
d’eau mique de l’eau brute (programmes d’analyses)
comme base de
décision
Alternatives testées Analyse des ressources d’eau al- q
ternatives et des autres possibilités
d’approvisionnement
Traitement Description des Quels éléments ou composés sont q
éléments ou indésirables et quelle est leur
composés ciblés concentration
Evaluation du type Base de décision, description du q
de procédé procédé : séparation, transformati-
on, autres procédés
Séparation Mécanisme Définition du mode de séparation : q
adsorption, procédé membranaire,
autre procédé
Réactifs utilisés Description de leurs propriétés q
physicochimiques
Problèmes Substances ou sous-produits q
problématiques, problèmes poten-
tiels tels que corrosion, lessivage,
fouling, activité biologique
Restrictions Exigences de l’eau brute, sub- q
stances concurrentes pour le site de
liaison, critères/restrictions d’emploi
Autres facteurs Effets des autres composants sur le q
procédé (concurrence pour les sites
d’adsorption, fouling, etc.)
Paramètres ciblés Définition des élément/composés q
et des paramètres ciblés, fournir la
preuve que le procédé les cible bien

82 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Liste de contrôle 2 (suite) : Constitution d’un dossier de demande d’homologation d’un nouveau traitement de
micropolluants

Information requise Détails à fournir Fait


Transformation Paramètres ciblés Définition des élément/composés q
et des paramètres ciblés, fournir la
preuve que le procédé les cible bien
Réaction Description de la transformation (chi-
mique, physique, biologique), des q
mécanismes impliqués, concentrati-
on des réactifs utilisés
Réactifs utilisés Description des réactifs utilisés, q
avec une évaluation de leur tolérabi-
lité par l’eau brute, de leur toxicité et
de leurs effets sur la santé q
Sous-produits Descriptions des sous-produits
indésirables des réactions
Autres facteurs Réactions avec les autres compo- q
sants, répercussions sur la stabilité
des agents oxydants
Restrictions Exigences de l’eau brute, sub- q
stances concurrentes pour la réac-
tion, critères/restrictions d’emploi
Autres Type de procédé Description détaillée du procédé q
procédés global, de son but, de son mode
d’action, de ses sous-produits et
déchets

Les autorités d’homologation développeront un formulaire ad hoc pour


chaque procédé.

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 83


7. Homologation des nouveaux procédés

Microorganismes

1
Eau brute : Eau brute :
Ressource A Ressource B

5
2 Autres
Traitement procédés

3 4
Séparation Désinfection

6 7 8 9
Procédé Filtration Désinfection Désinfection
membranaire chimique physique

Figure 26: Arbre décisionnel servant à classer les nouveaux procédés de traitement de microorganismes. La
liste de contrôle correspondante (no 3) indique les informations requises dans le cadre de cette procédure
d’homologation.

84 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Liste de contrôle 3 : Constitution d’un dossier de demande d’homologation d’un nouveau traitement de
microorganisme.

Information requise Détails à fournir Fait


Ressource Composition micro- Résultats des analyses microbiolo- q
d’eau biologique de l’eau giques (programmes de mesures)
brute comme base
de décision
Autres solutions Analyse des autres ressources d’eau q
testées et possibilités d’approvisionnement
Traitement Description des Quels microorganismes sont q
organismes ciblés indésirables et quelle est leur
concentration ?
Evaluation du type Base de décision, description du q
de procédé procédé : séparation, désinfection,
autres procédés
Séparation Mécanisme Définition du mode de séparation : q
procédé membranaire, filtration
Réactifs utilisés Description des propriétés
physicochimiques
Problèmes Rétention incomplète, percée de q
microorganismes
Autres facteurs Effet des autres composés sur le q
procédé (fouling, etc.)
Désinfection Mode d’action Désinfection chimique ou physique q
Mode d’inactivation Structure ciblée sur les microorga- q
nismes, effets sur ces derniers
Produits utilisés Description des produits utilisés, q
avec une évaluation de leur tolérabi-
lité par l’eau brute, de leur toxicité et
de leurs effets sur la santé
Sous-produits Descriptions des sous-produits q
désirables et indésirables
Autres facteurs Réaction avec les autres compo- q
sants, stabilité du désinfectant,
bouclier pour les microorganismes
Restrictions exigences de l’eau brute, sub- q
stances concurrentes, critères/
restrictions d’emploi
Autres Type de procédé Description détaillée du procédé q
procédés global, de son but, de son mode
d’action, de ses sous-produits et
déchets

Les autorités d’homologation développeront un formulaire ad hoc pour


chaque procédé.

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 85


8. Bases légales

1. Législation suisse sur l’eau potable soumise à la législation sur les den-
L’eau potable est vitale et c’est une rées alimentaires, dont la structure est
denrée alimentaire. Elle est donc représentée en figure 27.

Peuple Art. 97 de la Constitution fédérale


Protection des consommatrices et des consommateurs
CONSEIL
NATIONAL LOI SUR LES DENRÉES ALIMENTAIRES
CONSEIL DES
ÉTATS

Conseil fédéral Ordonnance sur les denrées Ordonnance sur le tabac


alimentaires et les objets usuels

Ordonnance sur l’hygiène Ordonnance sur les substances Ordonnance sur les additifs
étrangères et les composants

Ordonnance sur les denrées alimentaires Ordonnance sur Exécution de la législation


génétiquement modifiées l’étiquetage et la sur les denrées alimentaires
publicité des denrées
alimentaires

DÉP.
FÉDÉRAL
DE L’INTÉRIEUR

OFSP Manuel suisse des denrées alimentaires Lettres d’information, bulletins OFSP, travaux de la
SSCAE, etc.

Figure 27 : Structure de la législation suisse sur les denrées alimentaires à partir de 2005.

1.1 Exigences en matière d’eau consommées par l’homme. Elle doit


potable être salubre sur les plans microbiolo-
« Par eau potable, on entend l’eau qui, gique, chimique et physique, de plus
à l’état naturel ou après traitement, son goût, son odeur et son aspect
convient à la consommation, à la cuisson doivent être irréprochables. Elle ne doit
d’aliments, à la préparation de mets et pas contenir de microorganismes, de
au nettoyage d’objets entrant en contact parasites, ni de substances en nombre
avec les denrées alimentaires. » (art. 2 ou à concentration représentant un dan-
de l’ordonnance du DFI sur l’eau potable, ger potentiel pour la santé de l’homme.
l’eau de source et l’eau minérale). L’eau Le distributeur est responsable de la
potable est également nécessaire pour qualité de l’eau jusqu’au raccordement
fabriquer, traiter et conserver certaines privé (compteur), après quoi cette res-
denrées alimentaires destinées à être ponsabilité incombe à l’exploitant ou au
propriétaire.

86 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


1.2 Exigences en matière de 1.3 Exigences en matière d’eau
production d’eau potable potable en temps de crise
La production d’eau potable est un En cas de crise, l’eau que reçoit la po-
processus continu. Contrairement aux pulation doit normalement répondre aux
autres denrées alimentaires, l’eau ne exigences en matière d’eau potable,
peut être rappelée en cas, par exemple, même si cette eau est acheminée par
de non-conformité à une norme. L’eau voies alternatives (réseaux provisoires,
potable est une denrée essentielle et réservoirs, citernes de ravitaillement).
perpétuellement requise en grande En cas de doute, ou sur instruction de
quantité. Elle se distingue aussi des l’organe responsable, l’eau distribuée
autres denrées alimentaires par le fait sera encore désinfectée (addition de
qu’elle doit être produite localement, à désinfectant ou cuisson).
partir de ressources naturelles situées
à proximité de son lieu de consomma-
tion. En effet, les quantités requises 2. Extraits des textes de loi concer-
sont telles qu’elles seraient difficile- nant l’approvisionnement en eau
ment transportables sur de grandes dis- potable
tances. Or, l’intégrité de ces ressources
est souvent menacée par leur exposi- 2.1 Loi du 9 octobre 1992sur les
tion à l’environnement et à la pollution, denrées alimentaires (LDAI) ;
ainsi que par les différentes exploita- RS 817.0
tions dont elles peuvent faire l’objet. (état au 1er avril 2008)

Les facteurs à même d’influer sur la qua- Art. 23 Autocontrôle


lité de l’eau potable sont les suivants : 1
Quiconque fabrique, traite, distribue,
• la protection des ressources naturelles importe ou exporte des denrées alimen-
contre toute forme de pollution ; taires, des additifs et des objets usuels,
• l’exploitation durable de l’eau potable doit veiller, dans le cadre de ses activi-
• l’état technique et structurel des tés, à ce que les marchandises soient
installations ; conformes aux exigences légales. Il
• les moyens techniques mis en œuvre est tenu de les analyser ou de les faire
pour traiter l’eau ; analyser, selon les règles de la bonne
• la propreté des installations (aspect pratique de fabrication.
hygiénique) ;
• la formation des fontainiers 2
Le contrôle officiel ne libère pas de
• le sens des responsabilités de tous les l’autocontrôle.
intervenants

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 87


8. Bases légales

2bis
Quiconque constate que des den- 2
L’obligation d’annoncer ne s’applique
rées alimentaires ou des objets usuels pas à la remise occasionnelle de den-
qu’il a importés, fabriqués, transformés, rées alimentaires dans le cadre limité
traités ou distribués peuvent présenter d’un bazar, d’une fête scolaire ou d’une
un danger pour la santé doit veiller à ce autre situation analogue.
qu’il n’en résulte aucun dommage pour
les consommateurs. Si ces denrées ali- 3
Doivent également être annoncés les
mentaires ou objets usuels ne se trou- changements d’activité importants et la
vent plus sous son contrôle immédiat, cessation d’activité.
il doit informer sans délai les autorités
d’exécution compétentes et collaborer Art. 47 Hygiène
avec elles. 1
La personne responsable doit veiller à
ce que :
3
Le Conseil fédéral règle les conditions a. les denrées alimentaires et les objets
auxquelles on peut renoncer à l’analyse usuels ne subissent pas d’altération
dans un cas précis. préjudiciable sous l’effet de microorga-
nismes, de substances étrangères ou
5
Le Conseil fédéral peut définir la docu- d’autres causes ;
mentation à fournir en relation avec b. les denrées alimentaires dont elle
l’autocontrôle. a la responsabilité soient propres à la
consommation humaine, compte tenu
de l’usage prévu.
2.2 Ordonnance du 23 novembre
2005 sur les denrées alimentaires 2
Elle doit prendre toutes les précau-
et les objets usuels (ODAlOUs) ; tions et mesures nécessaires pour maî-
RS 817.02 (état au 1er avril 2008) triser les risques d’atteinte à la santé
humaine.
Art. 3 Personne responsable
1
Il y a lieu de désigner, pour chaque 3
Les récipients, les appareils, les ins-
établissement du secteur alimentaire, truments, les emballages, les moyens
une personne qui, outre la direction de de transport, etc. intervenant dans la
l’entreprise, assume la haute responsa- manipulation de denrées alimentaires
bilité de la sécurité des produits (perso- ainsi que les locaux destinés à la fabri-
nne responsable). cation, à la conservation et à la vente
de denrées alimentaires doivent être
2
A défaut, la sécurité des produits relè- propres et en bon état.
ve de la responsabilité de la direction de
l’entreprise.
Chapitre 5 : Contrôles
Art. 12 Obligation d’annoncer
1
Toute personne qui fabrique, trans- Section 1 : Autocontrôle
forme, traite, entrepose, transporte,
remet, importe ou exporte des denrées Art. 49 Principe
alimentaires est tenue d’annoncer son 1
La personne responsable veille, dans
activité à l’au-torité cantonale d’exécu- le cadre de son activité, à ce que les
tion compétente. exigences légales s’appliquant aux den-

88 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


rées alimentaires et aux objets usuels Art. 51 Hazard Analysis and Critical
soient respectées à toutes les étapes Control Points (méthode HACCP)
de la fabrication, de la transformation et 1
Toute personne qui fabrique, trans-
de la distribution, et en particulier à ga- forme, traite, entrepose, transporte ou
rantir la protection de la santé humaine, remet des denrées alimentaires doit
la protection contre la tromperie ainsi mettre en place et appliquer une ou
que l’utilisation des denrées alimen- plusieurs procédures de surveillance
taires et des objets usuels dans des permanente fondées sur les principes
conditions hygiéniques. HACCP, visant à maîtriser les risques
biologiques, chimiques et physiques.
2
La personne responsable est tenue à L’art. 53 est réservé.
l’autocontrôle pour satisfaire aux exi-
gences de l’al. 1. 2
Ce système d’assurance-qualité doit
inclure les fonctions suivantes :
3
Les instruments importants de l’auto- a. identifier et analyser les risques qu’il
contrôle sont notamment : s’agit de prévenir, d’éliminer ou de ra-
a. la maîtrise des procédures (bonnes mener à un niveau acceptable (« hazard
pratiques d’hygiène, bonnes pratiques analysis », HA) ;
de fabrication) ; b. identifier, dans la chaîne des proces-
b. le recours à des procédures sus, les points critiques nécessitant
conformes aux principes de la méthode un contrôle pour prévenir, éliminer ou
HACCP (art. 51) ; ramener à un niveau acceptable les
c. la traçabilité ; risques alimentaires (« critical control
d. le prélèvement d’échantillons ainsi point(s), CCP », points critiques de
que l’analyse des denrées alimentaires contrôle) ;
et des objets usuels. c. établir, dans cette chaîne de proces-
sus, des valeurs indicatives qui différen-
Art. 50 Traçabilité cient l’acceptabilité de l’inacceptabilité
1
Les denrées alimentaires, les animaux pour la prévention, l’élimination ou la
de rente destinés à l’obtention de réduction des dangers identifiés ;
denrées alimentaires, ainsi que toutes d. établir et mettre en oeuvre un
les substances susceptibles d’être système efficace de surveillance des
transformées en denrées alimentaires points critiques ;
doivent être traçables à toutes les e. établir les mesures correctives à
étapes de la fabrication, de la transfor- prendre lorsque la surveillance révèle la
mation et de la distribution. L’art. 5 de perte de maîtrise d’un point critique ;
l’ordonnance du 23 novembre 2005 sur f. établir la procédure visant à vérifier
la production primaire est réservé. le respect des mesures prévues aux
let. a à e; les procédures de vérification
2
Toute personne qui fait le commerce doivent être exécutées régulièrement,
des produits visés à l’al. 1 doit pouvoir ainsi que lors de tout changement de
indiquer aux autorités cantonales d’exé- production susceptible d’avoir une
cution compétentes : incidence négative sur la sécurité des
a. de qui elle a reçu les produits, et denrées alimentaires ;
b. à qui elle les a livrés; fait exception la
remise directe au consommateur.

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 89


8. Bases légales

g. établir une documentation à même Art. 54 Remise de denrées alimen-


de démontrer l’application effective des taires et d’objets usuels présentant
dispositions visées aux let. a à f; cette un danger pour la santé humaine
documentation doit correspondre à la 1
SSi la personne responsable constate
nature et à la taille de l’entreprise; elle ou a des raisons de supposer que des
doit être tenue à jour et archivée pen- denrées alimentaires ou des objets
dant une période appropriée. usuels importés, fabriqués, transfor-
més, traités ou remis par son établis-
3
La méthode HACCP doit être appli- sement ont mis en danger la santé
quée proportionnellement au risque humaine ou sont susceptibles de pré-
alimentaire encouru et au volume de senter un tel danger, et que ces den-
production. rées alimentaires ou ces objets usuels
ne sont plus sous le contrôle immédiat
4
Le DFI peut réduire ces exigences de de son établissement, elle doit immé-
manière appropriée pour les détaillants. diatement:
a. informer les autorités cantonales
Art. 52 Guide des bonnes pratiques d’exécution compétentes ;
1
L’industrie alimentaire peut établir un b. prendre les dispositions nécessaires
guide des bonnes pratiques fondées sur pour retirer du marché les produits
les principes de la méthode HACCP. Il concernés (retrait), et
doit être approuvé par l’OFSP. c. rappeler les produits qui auraient déjà
pu parvenir jusqu’aux consommateurs
2
Ce guide doit : (rappel) et informer ceux-ci de manière
a. permettre l’application correcte des claire et précise sur les motifs du rappel.
dispositions de la présente section ainsi
que des autres dispositions relevant de 2
Si elle apprend ou a des raisons de
l’hygiène des denrées alimentaires; supposer l’apparition d’un foyer de
b.tenir compte des codes d’usages per- toxi-infection alimentaire en relation
tinents du Codex Alimentarius, et avec son établissement, elle veille à
c. être élaboré en concertation avec les ce que des échantillons des denrées
milieux concernés. alimentaires en cause ou des souches
d’agents infectieux soient conservés et,
si nécessaire, mis à la disposition des
Art. 53 Preuves des bonnes pratiques autorités d’exécution.
La personne responsable doit pouvoir
fournir à l’autorité cantonale d’exécu- 3
Elle est tenue de collaborer avec les
tion compétente la preuve : autorités d’exécution.
a. qu’une procédure conforme à la mé-
thode HACCP est appliquée, ou
b. pour autant qu’un guide des bonnes
pratiques approuvé par l’OFSP soit exis-
tant, que son activité est conforme à ce
guide des bonnes pratiques.

90 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


2.3 Ordonnance du 23 novembre Art. 4 Etiquetage
2005 sur l’eau potable, l’eau de Il est interdit de faire figurer sur les
source et l’eau minérale récipients d’eau potable destinés à être
(état au 27 décembre 2005)) remis au consommateur :
a. toute indication relative à un lieu où
Section 2 : Eau potable est exploitée une source, tout nom de
source ainsi que tout dessin, illustration
Art. 2 Définition ou dénomination susceptible de créer
Par eau potable, on entend l’eau qui, une confusion avec une eau minérale
à l’état naturel ou après traitement, naturelle ou une eau de source ;
convient à la consommation, à la cuis- b. une quelconque mention publicitaire
son d’aliments, à la préparation de mets relative à la santé.
et au nettoyage d’objets entrant en
contact avec les denrées alimentaires. Art. 5 Information
Toute personne qui exploite des infras-
Art. 3 Exigences tructures d’eau potable pour remettre
1
L’eau potable doit être salubre sur de l’eau potable aux consommateurs
les plans microbiologique, chimique et est tenue d’informer ceux-ci au moins
physique. une fois par année, de manière ex-
haustive, au sujet de la qualité de l’eau
2
Elle est réputée telle, à l’endroit où potable.
elle est mise à disposition du consom-
mateur : Art. 6 Infrastructures, moyens et
a. lorsqu’elle répond aux critères hygié- procédés pour l’eau potable
niques et microbiologiques fixés pour 1
Les infrastructures d’eau potable com-
l’eau potable dans l’ordonnance du DFI prennent les ouvrages de captage ou de
du 23 novembre 2005 sur l’hygiène ; traitement, de transport, de stockage et
b. lorsqu’elle ne dépasse pas les va- de distribution d’eau potable à des tiers.
leurs de tolérance ni les valeurs limites
fixées pour l’eau potable dans l’ordon- 2
Toute personne qui entend construire
nance du 26 juin 1995 sur les subs- ou modifier des infrastructures d’eau
tances étrangères et les composants, potable doit l’annoncer préalablement à
et l’autorité cantonale d’exécution compé-
c. lorsque son goût, son odeur et son tente.
aspect sont irréprochables.
3
Les ouvrages, appareils et équipe-
ments des infrastructures d’eau potable
doivent être aménagés, exploités,
agrandis ou modifiés conformément
aux règles reconnues de la technique.
L’exploitant est tenu de les faire contrô-
ler et entretenir régulièrement par du
personnel spécialement qualifié.

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 91


8. Bases légales

4
Les ouvrages, appareils, équipements 5
Lorsque les circonstances le justifient,
et procédés servant au traitement de une valeur de tolérance et une valeur
l’eau potable ne peuvent être exploités limite sont établies pour une même
que si l’eau potable traitée répond en substance.
tout temps aux critères fixés à l’art. 3.
6
Les valeurs de tolérance et les valeurs
5
Les procédés de traitement et de dé- limites sont fixées dans les listes an-
sinfection de l’eau potable sont soumis nexées à la présente ordonnance.
à l’autorisation de l’Office fédéral de la
santé publique (OFSP). 2.5 Ordonnance du 23 novembre
2005 sur l’hygiène (OHyg) ;
2.4 Ordonnance du 26 juin 1995 sur RS 817.024.1 (état au 1er avril 2008)
les substances étrangères et les
composants dans les denrées ali- Art. 5 Critères microbiologiques, va-
mentaires (OSEC) ; RS 17.021.23 leurs limites et valeurs de tolérance
(état au 1er avril 2008) pour les microorganismes
1
Un critère microbiologique est un cri-
Art. 1 Principe tère qui définit l’acceptabilité d’un pro-
Les substances étrangères et les duit, d’un lot de denrées alimentaires,
composants (substances) ne doivent d’un procédé ou d’un objet usuel, sur
être présents dans ou sur les denrées la base de l’absence, de la présence
alimentaires qu’en quantités technique- ou du nombre de microorganismes
ment inévitables et ne présentant pas ou de la quantité de leurs toxines, par
de danger pour la santé. unité fixée. Une différenciation est faite
entre:
Art. 2 Concentration maximale, va- a. critère de sécurité des denrées ali-
leurs de tolérance et valeurs limites mentaires ;
1
Il faut entendre par concentration b. critère d’hygiène du procédé.
maximale la concentration d’une subs-
tance et de ceux de ses produits de 2
Un critère de sécurité des denrées
dégradation qui ont une importance alimentaires définit l’acceptabilité d’un
toxicologique, admise dans ou sur une produit mis sur le marché.
denrée alimentaire déterminée.
3
Un critère d’hygiène du procédé in-
2
La concentration maximale d’une dique l’acceptabilité du fonctionnement
substance sera exprimée en tant que du procédé de production. Son dépas-
valeur de tolérance ou en tant que sement exige des mesures correctives
valeur limite. appropriées destinées à maintenir
l’hygiène du procédé. Les critères
3
La valeur de tolérance est la concen- d’hygiène ne sont pas applicables aux
tration maximale au-delà de laquelle produits mis sur le marché.
la denrée alimentaire est considérée
comme souillée ou diminuée d’une 4
Les critères microbiologiques sont
autre façon dans sa valeur intrinsèque. exprimés par des valeurs limites et des
valeurs de tolérance.
4
La valeur limite est la concentration
maximale au-delà de laquelle la denrée
alimentaire est jugée impropre à l’ali-
mentation humaine.

92 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


5
Une valeur limite exprime le nombre 2
Le recours à l’eau potable est indis-
de microorganismes au-delà de laquelle pensable dès lors que toute contamina-
un produit est réputé dangereux pour la tion des denrées alimentaires doit être
santé. évitée.

6
Une valeur de tolérance exprime le 3
L’eau traitée pour servir à la transfor-
nombre de microorganismes dont on mation de denrées alimentaires ou pour
admet empiriquement qu’il ne doit servir d’ingrédient ne doit présenter
pas être dépassé lorsque les matières aucune source de risque microbiolo-
premières sont choisies avec soin, gique, chimique ou physique et doit
que les règles de bonnes pratiques de satisfaire aux mêmes exigences que
fabrication sont respectées et que le l’eau potable.
produit est conservé dans des condi-
tions appropriées. Lorsque la valeur de 4
La glace entrant en contact avec les
tolérance est dépassée, le produit est denrées alimentaires ou susceptible de
réputé amoindri dans sa valeur mar- contaminer celles-ci doit être fabriquée
chande. à partir d’eau potable. Elle doit être fa-
briquée, manipulée et entreposée dans
Art. 6 Méthodes d’analyse des conditions excluant toute contami-
1
L’analyse microbiologique des échan- nation.
tillons doit être effectuée conformé-
ment aux méthodes d’analyse micro- 5
La vapeur entrant directement en
biologiques de référence figurant dans contact avec des denrées alimentaires
le Manuel suisse des denrées alimen- ne doit contenir aucune substance
taires. présentant un risque pour la santé ou
susceptible de contaminer lesdites
2
D’autres méthodes d’analyse sont denrées.
admises pour autant qu’elles soient
validées par rapport à la méthode de ré- 6
L’eau non potable utilisée pour la
férence, conformément aux protocoles lutte contre l’incendie, la production de
reconnus au niveau international, et vapeur ou la réfrigération, ou à d’autres
qu’elles aboutissent aux mêmes évalua- fins analogues, doit circuler dans un
tions que les méthodes de référence. système séparé et être dûment identi-
fiée en tant que telle. Le système d’eau
Art. 17 Alimentation en eau non potable ne doit en aucun cas être
1
Les établissements du secteur ali- raccordé au réseau d’eau potable ni
mentaire doivent disposer, en quantité pouvoir refluer dans ce réseau.
suffisante, d’eau potable conforme à
l’ordonnance du DFI du 23 novembre Cette ordonnance contient en annexe
2005 sur l’eau potable, l’eau de source des listes spécifiant certaines limites
et l’eau minérale. autorisées pour l’eau potable.

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 93


8. Bases légales

2.6 Autres lois et ordonnances


concernant la qualité de l’eau
potable (sélection)

Domaine des denrées alimentaires :


Ordonnance du 23 novembre 2005 sur
les objets et matériaux ; RS 817.023.21.

Domaine de la protection des eaux :


Ordonnance du 28 octobre 1998 sur la
protection des eaux (OEaux) ;
RS 814.201.

Domaine des maladies:


Loi du 18 décembre 1970 sur les
épidémies ; RS 818.101.

Domaine des situations de crises :


Ordonnance sur la garantie de l’appro-
visionnement en eau potable en temps
de crise (OAEC) du 20 novembre 1991
RS 531.32.

2.7 Manuel suisse des denrées


alimentaires

Chap. 27A « Eau potable », édition


1985 (version 2000)
Le MSDA décrit et recommande cer-
taines méthodes d’analyse de l’eau
potable ; il conseille sur l’interprétation
des résultats d’analyse ; il recommande
des normes physiques et chimiques
pour les eaux destinées à la consom-
mation et naturellement peu ou pas
polluées par l’homme ou par le milieu
naturel.

94 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


9. Glossaire

AOP: Advanced Oxidation Processes : méthode d‘oxydation poussée basée sur la


formation secondaire de radicaux libres OH

BDOC (Biodegradable Dissolved Organic Carbon) : carbone organique dissous


biodégradable

Biodosimétrie, test biodosimétrique: test d‘évaluation de l‘efficacité des ap-


pareillages de désinfection par UV. Le principe du test repose sur l‘emploi de
microorganismes (B. subtilits) dont la sensibilité aux UV est connue

Biofouling: colmatage progressif des membranes de filtration par des microorga-


nismes vivants qui prolifèrent sur les membranes (cf. également fouling).

BTEX: paramètre cumulatif regroupant les quatre hydrocarbures aromatiques ben-


zène, toluène, éthylbenzène et xylène.

C*t (produit): paramètre permettant de standardiser l‘efficacité des désinfectants


chimiques ; il s‘agit du produit de la concentration efficace c du désinfectant multi-
plié par la durée de contact t.

CAP: charbon actif en poudre (PAC, Powdered Activated Carbon).

Capside: enveloppe des virus renfermant le génome viral. Elle est formée par
l‘assemblage complexe de protéines.

Chlore libre: Le chlore libre est l’addition du chlore actif ou acide hypochloreux,
c’est-à-dire le chlore disponible pour agir dans l’eau. Le chlore lié est la part en
chlore qui a réagi avec des composés azoté, comme la chloramine, et dont le pou-
voir désinfectant est fortement diminué. La somme du chlore libre et lié donne la
teneur en chlore total.

COA: carbone organique assimilable (AOC, Assimilable Organic Carbon).

COD: carbone organique dissous : somme du carbone organique dissous d‘origine


naturelle ou anthropogène (DOC, Dissolved Organic Carbon).

Coefficient d’uniformité: Caractéristique granulométrique d’un matériau filtrant :


c’est le rapport entre le diamètre qui laisse passer des 60 % particules et celui qui
en laisse passer 10 % : U = d60/d10.

Colonne d’adsorption: (lit fluidisé) masse de grains très fins maintenus en suspensi-
on dans un milieu liquide par un courant gazeux ou liquide orienté de bas en haut.

Dalton: (Da) unité de masse atomique correspondant à la masse d‘un atome


d‘hydrogène (soit 1/12 de la masse du carbone 12C ; 1 Da = 1,6605655 • 10-27 kg).

Dénitrification: réaction chimique consistant à réduire le nitrate (NO3-) en azote


élémentaire (N2).

DFI: Département fédéral de l‘intérieur.

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 95


9. Glossaire

Disproportionnement: réaction redox au cours de laquelle un réactif se trouve


simultanément sous forme d‘oxydant et de réducteur ; ainsi, avant la réaction
il se trouve dans un état d‘oxydation moyen et après la réaction dans un état
d‘oxydation en partie plus positif et en partie plus négatif

DNAPL: Dense Non Aqueous Phase Liquids : liquides denses en phase non
aqueuse : phase liquide de substances organiques (polluants) de densité supéri-
eure à celle de l‘eau (> 1 kg/l)

Dose UV: la dose UV (exprimée ne J/m2) est le produit de l‘intensité du rayonne-


ment et de sa durée. Elle caractérise la puissance de désinfection des appareils UV

DPD: diéthyl-p-phénylènediamine : méthode colorimétrique permettant de mesurer


la concentration de chlore libre

Eau brute: eau souterraine ou superficielle dont le traitement donnera de l‘eau


potable

Eau potable: eau qui, à l’état naturel ou après traitement, convient à la consom-
mation, à la cuisson d’aliments, à la préparation de mets et au nettoyage d’objets
entrant en contact avec les denrées alimentaires (ordonnance du DFI sur l’eau
potable, l’eau de source et l’eau minérale, RS 817.022.102)

Eau souterraine: eau emplissant les cavités naturelles du sous-sol de manière


continue et s’écoulant uniquement par gravité

ECEH Escherichia coli: entéro-hémorragique (EHEC, Enterohemorrhagic E. Coli).

Endogène: Substances, maladies ou agents pathogènes qui prennent naissance à


l‘intérieur du corps ou d‘un organisme

Entartrage: obstruction d‘une membrane de filtration par précipitation/cristallisati-


on de substances contenues dans l‘eau (scaling)

Entérite: inflammation de la muqueuse intestinale

Féco-orale (voie): voie de transmission de microorganismes excrétés par les fèces


puis ingérés (aliments, eau potable)

Fouling: dépôt se formant sur une membrane de filtration (surface et/ou pores) et
entravant le passage de l‘eau

GAM: germe aérobie mésophile

Gastroentérite: inflammation gastro-intestinale

HCC: hydrocarbures chlorés

96 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Ion: atome ou molécule qui a acquis une charge positive ou négative et qui n‘est
donc plus électriquement neutre

Jar-test: Méthode d‘évaluation de la floculation en laboratoire, au moyen d‘un


bécher et d‘un agitateur

Kyste: forme encapsulée et très résistante de certains protozoaires

LDAl: Loi fédérale sur les denrées alimentaires et les objets usuels (RS 817.0)

Leaux: Loi fédérale sur la protection des eaux (RS 814.20)

Lessivage: processus d‘entraînement par l‘eau des substances solubles contenues


dans le sol (leaching)

Lit fixe: amas de matériau solide (particules, sables, gravier, etc.) qui reste im-
mobile pendant une filtration ou un échange d‘ions, par exemple, alors que l‘eau
passe au travers

Lyse: Destruction d‘une cellule par dissolution ou lésion membranaire ; le milieu


intracellulaire est alors libéré dans le milieu ambiant

Microtamis: tamis en acier ou en toile dont le diamètre des pores est de


0.016 - 0.05 mm. Un rétrolavage continu empêche l‘obstruction du dispositif

MON: matière organique naturelle : composés humiques, etc. (NOM, Natural


Organic Matter)

MSDA: Manuel suisse des denrées alimentaires : ouvrage officiel regroupant des
recommandations concernant la manière dont les denrées alimentaires, les additifs
et les objets usuels doivent être analysés et évalués. L‘application de ces recom-
mandations est parfois obligatoire

MWCO: Molecular Weight Cut-Off : pouvoir de coupure d‘une membrane de filtra-


tion défini en termes de poids moléculaire et exprimé en Dalton (Da)

NAQUA: Observation nationale des eaux souterraines

Nitrification: oxydation biologique de l‘ammonium (NH+) en nitrate (NO-)

ODAlOUs: Ordonnance sur les denrées alimentaires et les objets usuels


(RS 817.02)

OEaux: Ordonnance sur la protection des eaux (RS 814.201)

OFEV: Office fédéral de l‘environnement

OFSP: Office fédéral de la santé publique

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 97


9. Glossaire

OHyg: Ordonnance du DFI sur l’hygiène (RS 817.024.1)

Oocyste (ookyste): forme encapsulée et très résistante de l‘œuf de certains


protozoaires

Organoleptique: Qui stimules les organes des sens (p. ex. l‘odorat et le goût)

OSEC: Ordonnance sur les substances étrangères et les composants


(RS 817.021.23)

Pathogène: qui peut provoquer une maladie

Perméat: liquide issu de la filtration membranaire, donc débarrassé de certaines


substances

Persistant: difficilement éliminable par procédés physiques, chimiques ou


biologiques

Prédation: activité des prédateurs consistant à se nourrir de proies

Préparation de l‘eau potable: traitement de l‘eau brute pour en faire une eau de
boisson conforme au cadre légal

Pression transmembranaire: pression s‘exerçant sur une membrane de filtration :


différence entre pression pré-membranaire (côté eau brute) et post-membranaire (côté
perméat)

Recroissance (reviviscence): bactérienne croissance de microorganismes dans le


réseau d‘eau potable (réservoirs, conduites, etc.)

Spéciation: distribution des différentes formes sous lesquelles se présente un


élément chimique donné dans un environnement donné

Spore: forme que peuvent prendre certaines bactéries et qui est très résistante
aux conditions défavorables

SSIGE: Société Suisse de l’Industrie du Gaz et des Eaux

Stabilité biologique: mesures qui permettent de diminuer de manière significa-


tive la croissance de bactérie, par exemple ne réduisant la quantité de matière
organique assimilable par le traitement de l‘eau. La stabilité biologique de l‘eau
potable dépend en particulier de la concentration en éléments nutritifs, de la con-
centration en désinfectant et de la température de l‘eau

STEC: Escherichia coli produisant des shigatoxines

SUVA: institution suisse d‘assurance contre les accidents (Schweizerische


Unfallversicherungsanstalt)

98 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


THM: Trihalométhane, méthane triplement halogéné, potentiellement cancérigène

TMB: tétraméthylbenzidine : méthode colorimétrique de quantification du dioxyde


de chlore

Transmission: elle représente le pourcentage de rayonnement à une longueur


d‘onde donnée qui traverse un fluide. Elle dépend de la couche de fluide: plus
l‘épaisseur des importante, plus la transmission faiblit. En général, la transmission
UV indiquées est mesurée à une longueur d‘onde de 254 nanomètres

TSS: total des particules en suspension dans l‘eau (Total Suspended Solids)

UNF: unité néphélométrique de formaline : unité de turbidité utilisée pour la


lumière de longueur d‘onde 880 nm diffusée à 90° selon la norme DIN EN ISO
7027 ; cf. UTN pour les conversions (FNU, Formazine Nephelometric Unit)

US-EPA: Agence américaine pour la protection de l’environnement (United States


Environmental Protection Agency)

UTN: unité de turbidité néphélométrique : unité de turbidimétrie pour la lumiè-


re diffusée à 90° selon les critères de l’Agence américaine pour la protection de
l’environnement (EPA) ; 1 UTN = 1 UFN = 1 UTF = 1 TE/F 90° = UTJ aux conditions
de mesures spécifiées (NTU, Nephelometric Turbidity Unit)

Valeur de tolérance: concentration maximale au-delà de laquelle la denrée alimen-


taire est considérée comme souillée ou diminuée d’une autre façon dans sa valeur
intrinsèque (OSEC, art. 2, al. 3)

Valeur limite concentration maximale au-delà de laquelle la denrée alimentaire est


jugée impropre à l’alimentation humaine (OSEC, art. 2, al. 4)

VME: valeur limite moyenne d’exposition : concentration moyenne maximale au-


torisée sur le lieu de travail (MAK-Wert en allemand) ; la SUVA fixe une VME pour
chaque substance toxique

VTEC: Escherichia coli produisant des verotoxines

OMS Organisation mondiale de la santé : l‘une des agences de l‘ONU (WHO,


World Health Organization)

Zoonose (zoonotique): maladie transmissible de l‘animal à l‘homme et vice versa

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 99


10. Bibliographie

Introduction

OFEV (2004) : Instructions pratiques pour la protection des eaux souterraines.


L‘environnement pratique, Office fédéral de l’environnement, Berne

OFEG (2005) : Hydrogéologie. Les eaux souterraines sous la loupe. Aquaterra


2/2005 (téléchargeable sur le site de l’OFEV)

Gujer W. (2002): Siedlungswasserwirtschaft, 2.Auflage, Springer Verlag Berlin


Heidelberg New York

WHO (2004): Guidelines for drinking-water quality, Vol. 1, Recommendations. – 3rd ed.

Microorganismes

Auckenthaler A., Huggenberger P. (2003): Pathogene Mikroorganismen im


Grund- und Trinkwasser, Birkhäuser Verlag, Basel Boston Berlin

Botzenhard K. (1994): Die Beherrschung mikrobiologischer Belastungen bei der


Oberflächenwasseraufbereitung nach der SWTR (USA), GWF Wasser/Abwasser
135: 201 - 206

Cook K.L., Bolster C.H. (2006): Survival of Campylobacter jejuni and Escherichia
coli in groundwater during prolonged starvation at low temperatures, Journal of
Applied Microbiology 103: 573 - 583

LeChevallier M.W., Au K.-K. (2004): Water treatment and Pathogen Control: Pro-
cess Efficiency in Achieving Safe Drinking Water, World Health Organization

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Hazardous Materials 146: 479 - 486

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Survival and viability of Heliobacter pylori after inoculation into chlorinated drinking
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Schoenen D. (1996): Die hygienisch-mikrobiologische Beurteilung von Trinkwasser,


GWF Wasser/Abwasser 137: 72 - 82

Snozzi M. (1999): Prüfung und Zertifizierung von UV-Anlagen, Gas Wasser Abwas-
ser, 5/99

Suslov T.V. (2001): Water disinfection: A practical approach to calculating dose va-
lues for preharvest and postharvest applications, Agriculture and natural resources,
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100 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Thurston-Enriquez J.A., Haas C.N., Jacangelo J., Gerba C.P. (2003): Chlorine In-
activation of Adenovirus Type 40 and Feline Calicivirus, Applied and Environmental
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OMS (2004): Directives de qualité pour l‘eau de boisson, vol. 1, Recommandations. –


3e éd. (téléchargeable sur le site de l’OMS)

Substances contenues dans l’eau

OFEV (2004): Instructions pratiques pour la protection des eaux souterraines.


L‘environnement pratique, Office fédéral de l’environnement, Berne (téléchargea-
ble sur le site de l’OFEV)

OFEV, OFEG (2004): NAQUA - Qualité des eaux souterraines en Suisse 2002/2003,
Berne (téléchargeable sur le site de l’OFEV)

Chaabane H. (2005): Influence of soil properties on the adsorption-desorption of


sulcotrine and its hydrolysis metabolites on various soils, Journal of agricultural and
food chemistry 53: 4091 - 4095

Berné F., Richard Y. (1991): Water Treatment Handbook, Vol. 1 & 2, 6th Edition,
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Schmidt C. K. (2005): Datenbank zum Verhalten organischer Spurenstoffe bei der


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von Gunten U. (2000): Bromat im Trinkwasser: Ein Problem in der Schweiz?; Gas
Wasser Abwasser 10: 705 - 710

OMS (2004): Directives de qualité pour l‘eau de boisson, vol. 1, Recommandations. –


3e éd. (téléchargeable sur le site de l’OMS)

Procédés de potabilisation de l’eau

Berné F., Richard Y. (1991): Water Treatment Handbook, Vol. 1 & 2, 6th Edition,
Lavoisier Publishing, Paris

Bolto B. Gregory J. (2007): Organic Polyelectrolytes in water treatment, Water


Research 41: 2301 - 2324

Botzenhard K. (1994): Die Beherrschung mikrobiologischer Belastungen bei der


Oberflächenwasseraufbereitung nach der SWTR (USA), GWF Wasser/Abwasser
135: 201 - 206

Conradin F. (1999): Wasserversorgungs- und Abwassertechnik, 6. Ausgabe, Band


2, Vulkan-Verlag, Essen

Damakouka I. (2007): Application of HACCP principles in drinking water treatment,


Desalination 210: 138 - 145

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 101


10. Bibliographie

Gujer W. (2002): Siedlungswasserwirtschaft, 2. Auflage, Springer Verlag Berlin


Heidelberg New York

Jerman D. (2006): Interplay of different NOM fouling mechanisms during ultrafilt-


ration for drinking water production, Water Research 41: 1713 - 1722

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Oxychlorine Compounds, Ann Arbor Science Publishers Inc, Ann Arbor, Michigan

Pianta R., Boller M., Janex M.-L., Chappaz A., Birou B., Ponce R., Walther J.-L.
(1998): Micro- and ultrafiltration of karstic spring water, Desalination 117: 61 - 71

Rosenfeldt, E.J., Linden K.G., Canonica S., von Gunten U. (2006): Comparison
of the efficiency of OH radical formation during ozonation and the advanced oxida-
tion processes O3/H2O2 and UV/H2O2, Water Research 40: 3695 - 3704

Schmidt C. K. (2005): Datenbank zum Verhalten organischer Spurenstoffe bei der


Uferfiltration; DVGW-Technologiezentrum Wasser (TZW), Karlsruhe

Spellman F. R. (2000): The Drining Water Handbook, Technomic Publishing Com-


pany, Inc., Lancaster

SUVA (2009): Valeurs limites d’exposition aux postes de travail 2009


(téléchargeable sur le site de l’OMS)

Uhl W. (2000): Simultane biotische und abiotische Prozesse in Aktivkohlefiltern der


Trinkwasseraufbereitung; TU-Berlin Universitätsbibliothek, Berlin

von Gunten U. (2003): Ozonation of drinking water: Part I. Oxidation kinetics and
product formation, Water Research 37: 1443 - 1467

Wang G.-S. et al. (2007): Cancer risk assessment from trihalomethanes in drinking
water, Science of the Total Environment 387: 86 - 95

OMS (2004): Directives de qualité pour l‘eau de boisson, vol. 1, Recommandations. –


3e éd. (téléchargeable sur le site de l’OMS)

Monitorage et instrumentation

Damikouka I., Katsiri A., Tzia C. (2007): Application of HACCP principles in drin-
king water treatment, Desalination 210: 138 - 145

Lumpp R. (1993): Entwicklung eines optisch-chemischen Sensors zur kontinuier-


lichen Nitratbestimmung in Trink- und Grundwasser, Dissertation, Kernforschungs-
zentrum Karlsruhe GmbH, Karlsruhe

Meissner H. (1955): Über die Chlorbestimmung im Wasserwerksbetrieb und die


Eichmethode zur Bestimmung kleiner Chlormengen auf elektrometrischem Wege,
Dissertation, TH Karlsruhe, Karlsruhe

102 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Roeske W. (1999): Betriebsmessgeräte zur Kontrolle der Wassergüte, Teil 1, bbr
Wasser und Rohrbau 12/1999

Roeske W. (2000): Betriebsmessgeräte zur Kontrolle der Wassergüte, Teil 2, bbr


Wasser und Rohrbau 1/2000

Schoenen D. (1996): Die hygienisch-mikrobiologische Beurteilung von Trinkwasser,


GWF Wasser/Abwasser 137: 72 - 82

Snozzi M. (1999): Prüfung und Zertifizierung von UV-Anlagen, Gas Wasser Abwas-
ser, 5/99

SSIGE (2005): W1 - Directives pour la surveillance qualité de la distribution d‘eau,


Société Suisse de l’Industrie du Gaz et des Eaux, Zurich (téléchargeable sur le site
de la SSIGE)

Homologation des nouveaux procédés

DVGW (2007): Geschäftsordnung zur DVGW-Zertifizierung von Produkten

Snozzi M. (1999): Prüfung und Zertifizierung von UV-Anlagen, Gas Wasser Abwas-
ser, 5/99

SSIGE (2005): W1 - Directives pour la surveillance qualité de la distribution d‘eau,


Société Suisse de l’Industrie du Gaz et des Eaux, Zurich (téléchargeable sur le site
de la SSIGE)

Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 103


11. Valeur juridique

Statut juridique de cette publication


Ce guide pratique est une aide à la mise en application de la législation sur l’eau
potable, dont l’OFSP est l’autorité de surveillance. Il est avant tout destiné aux
exploitants de stations, aux bureaux d’ingénieurs et aux services cantonaux et
concrétise tout particulièrement l’art. 6 de l’ordonnance sur l’eau potable. Son utili-
sation contribuera dans une large mesure à la sécurité du droit. Par ailleurs, utiliser
ce guide permet de partir du principe que la législation fédérale est correctement
mise en application.

104 | Traitement de l’eau destinée à la consommation


Office fédéral de la santé publiqu (OFSP) | 105
Procédés reconnus destinés au traitement
de l’eau potable

Impressum

© Office fédéral de la santé publique (OFSP)


Editeur : Office fédéral de la santé publique
Parution : août 2010

Complément d’information :
OFSP, Protection des consommateurs, Division Sécurité alimentaire, 3003 Berne
Téléphone +41 31 323 31 05, fax +41 31 322 95 74
E-mail: pierre.studer@bag.admin.ch, www.bag.admin.ch

Cette publication est également disponible en allemand et en italien

Chefs de projet : Adrian Auckenthaler (OFSP) et Urs von Gunten (EAWAG)


Réalisation : Matthias Sturzenegger (EAWAG), avec la collaboration de Markus Boller,
Thomas Egli, Wouter Pronk et Pierre Studer

Mise en page et illustrations : Silversign, visuelle Kommunikation, Berne


Photographies : Fotolia

Numéro de publication OFSP: VS 08.10 1200 d 400 f 100i 40EXT1011

Diffusion:
OFCL, Diffusion publications,CH-3003 Berne
www.publicationsfederales.admin.ch
Numéro de commande : 311.150.f

Imprimé sur papier blanchi sans chlore