Vous êtes sur la page 1sur 9

Coco Chanel

Gabrielle Bonheur Chanel dite Coco Chanel née le 19 août 1883 à Saumur et décédée
le 10 janvier 1971, à Paris, est une créatrice, modiste et styliste française célèbre pour ses créations
de haute couture et de parfum. Elle est à l'origine de la maison de haute couture Chanel,
« symbole de l'élégance française.

Biographie
Enfance

Elle est issue d'une lignée de marchands forains cévenols, de Ponteils-et-Brésis près
[2]
d'Alès . Elle est la fille d'Albert Chanel, un camelot originaire du Gard et de Jeanne Devolle,
couturière originaire de Courpière, tous deux établis à Saumur.

La mère de Coco Chanel meurt à trente-trois ans à peine, épuisée par des grossesses
successives, la tuberculose et par le travail qu'elle effectue sur les marchés, dans le froid. La jeune
fille n'a alors que douze ans. Son père, camelot bourru et volage, l'abandonne pour aller faire fortune
en Amérique (invention de Gabrielle qui fait de son père un aventurier) et elle se retrouve ainsi seule
avec ses deux sœurs, Julia-Berthe, treize ans, et Antoinette, huit ans, dans un orphelinat dans
l'abbaye cistercienne d'Aubazine en Corrèze : elle y mène une vie austère et rigoureuse pendant six
années qui marqueront profondément le style révolutionnaire de la future styliste. Elle s'est inspirée
de ce lieu pour créer des vêtements aux lignes épurées harmonieuses (à l'instar de l'architecture
sobre et géométrique de l'abbaye), aux couleurs neutres (noir et blanc comme les uniformes des
sœurs et des pensionnaires, beige comme les couleurs des murs) ou pour former son logo (voir les C
entrelacés des vitraux de l'abbatiale). Ses deux frères Alphonse et Lucien sont, quant à eux, placés
par l'Assistance publique à l'âge de dix et six ans dans une ferme comme garçons à tout faire.

À l'âge de dix-huit ans, Gabrielle est confiée aux dames chanoinesses de l'institut
Notre-Dame de Moulins, qui lui apprennent le pointilleux métier de couseuse. Elle y retrouve sa
cousine Adrienne, qui avait le même âge et, surtout, la même ambition de s'en sortir. En 1903,
habile à manier le fil et l'aiguille, elle est placée en qualité de couseuse à la Maison Grampayre,
atelier de couture spécialisé en trousseaux et layettes.
Gabrielle devient « Coco »

Vers 1907-1908, très courtisée, Gabrielle, qui ne compte pas partager le sort anonyme
des « cousettes », est prête à prendre des risques. Lors d'un voyage à Vichy, chez son oncle, en quête
d'un avenir dont elle refuse qu'il se limite à broder sur des draps de coton, elle se met à poser sur la
scène du Beuglant de la Rotonde, un café-concert où elle fait ses premières apparitions, silencieuses.
La Rotonde est notamment fréquentée par les officiers du 10e régiment des chasseurs à cheval.
Bientôt, elle ose pousser la chansonnette et se met à rêver de music-hall. Âgée de vingt-quatre ans,
elle se produit en spectacle devant les officiers qui la surnomment « Coco », parce qu'elle a pour
habitude de chanter Qui qu'a vu Coco dans l'Trocadéro ? (paroles de Baumaine et Blondelet,
musique de Deransart). Ce surnom ne la quittera plus.

Admirée par une horde de jeunes garçons fortunés ou titrés, sa jolie silhouette séduit
Étienne Balsan, un homme du monde, riche gentilhomme qui vient de rendre ses galons d'officier
pour se consacrer à l'élevage de chevaux et aux courses. Il lui fait découvrir la vie de son château, le
domaine de Royallieu près de Compiègne resté malheureusement célèbre pour son histoire pendant
la Seconde Guerre mondiale. Pendant près d'un an, elle apprend les arcanes de la haute société, mais
l’idylle ne dure que quelques mois : elle se rend compte qu’elle ne l’aime plus, elle s'ennuie et
pleure. Elle a vingt-cinq ans et nulle part où se réfugier. Elle s'échappe alors en jodhpurs, et galope
dans la forêt de Compiègne en essayant de défier son avenir.

Heureusement, les fréquentations de Balsan lui font rencontrer son premier amour,
l'anglais Arthur Capel, surnommé « Boy ». On le dit fils naturel du banquier Pereire. Boy est un
riche homme d'affaires qui fera fortune dans les frets charbonniers durant la Grande Guerre. Il est
aussi un homme de cheval possédant une écurie de polo. Ce sera un amour irrégulier (il épousera
malgré tout une Anglaise) et sincère qui durera dix ans, jusqu'à un accident de voiture en 1919
auquel il ne survivra pas.
Une modiste à contre-courant

Coco Chanel ne reste cependant pas oisive. Comment oublier les rudiments, enseignés
à Moulins, du maniement du fil et de l’aiguille ? Saisissant la balle au bond, c’est peut-être par la
couture qu’elle franchira l’obstacle qui mène à la liberté et l’indépendance. Ne perdant pas de temps,
elle s’imprègne de l’enrichissante initiation prodiguée par Lucienne Rabaté, célèbre modiste du
moment. Elle se confectionne de petits chapeaux originaux qu’elle pose très bas sur son front. Pour
assister aux mondaines courses de chevaux, elle n’arbore pas les robes des grands couturiers mais
ses propres réalisations. Jeune femme charmante mais au style décalé, tantôt écolière en tenue sobre
et sage noire et blanche, tantôt garçonne n’hésitant pas à porter polo, cardigan, jodhpurs et
pantalons, elle invente déjà un nouveau style, une nouvelle allure. Ses créations avant-gardistes, très
sobres, contrastent avec celles que portent les élégantes de l’époque

En 1909, sur les conseils de Boy Capel, son artisanat débute Boulevard Malesherbes,
dans la garçonnière parisienne de son protecteur Étienne Balsan. Les chapeaux qu'elle propose à ses
clientes ne sont que des déclinaisons de ceux qu'elle fabrique pour elle-même et qui, au château de
Royallieu, près de Compiègne, ont séduit ses amies, des demi-mondaines qui fréquentaient le lieu.
Balsan ne croit pas à un succès commercial.

N'ayant pas de formation technique, ni d'outils de fabrication, dans un premier temps


Gabrielle achète ses formes de chapeaux dans les grands magasins puis les garnit elle-même, avant
de les revendre. La nouveauté et l'élégance de son style font que, très vite, elle doit faire appel à sa
tante Adrienne, et à sa sœur Antoinette, pour la seconder. Ses créations de chapeaux, débarrassées
des grandes plumes d'autruches ou autres froufrous volumineux, commencent à être appréciées pour
leur exquise simplicité et leur sophistication retenue.

Ouverture des premières boutiques

Devenue la compagne de Boy Capel, Coco Chanel développe ses activités avec l’aide
de ce dernier. En 1910, son amant britannique lui prête les fonds nécessaires à l'achat d'une patente
et à l'ouverture d'un salon de modiste au 21 rue Cambon à Paris, sous le nom de « CHANEL
MODES ». À l’été 1913, alors que le couple séjourne à Deauville, Boy Capel loue une boutique
entre le casino et l’Hôtel Normandy. Comme à Paris, elle est modiste mais l’enseigne est changée en
mentionnant son nom complet : « GABRIELLE CHANEL » ; la boutique ne désemplit pas. En
1915, à Biarritz, elle ouvre sa troisième boutique et première vraie maison de couture. Suivant sa
seule inspiration, elle raccourcit les jupes et supprime la taille. A l'instar de Paul Poiret qui supprima
le corset en 1906, elle libère le corps de la femme. Ses boutiques bénéficient de la clientèle de toute
la société élégante qui s’est repliée pendant la guerre dans ces deux stations balnéaires.

Naissance d'un style : « la reine du genre pauvre »

Dès 1915, l'étoffe manquant, elle taille des robes de sport à partir des maillots de
garçons-d'écurie en jersey, ces tricots de corps pour les soldats, qu'elle a depuis longtemps adoptés.
Libérant le corps, abandonnant la taille, Chanel annonce cette « silhouette neuve » qui lui vaudra sa
réputation. Pour s'y conformer, les femmes s'efforcent d'être « maigres comme Coco », qui, d'un
coup de ciseaux libérateur, devient une des premières femmes aux cheveux courts à créer des
vêtements simples et pratiques, dont l’esthétique s’inspire d'une vie dynamique et sportive qui aime
jouer avec les codes féminins/masculins.
En 1916, elle utilise la belle et élégante Adrienne comme mannequin à Deauville, qui
est alors un lieu de villégiature à la mode. Elle y promène aussi sa propre silhouette androgyne, en
testant ses nouvelles tenues contrastant avec leur extrême simplicité et leur confort sous les yeux
d'aristocrates européennes encore très couvertes d'apparat et maintenues dans des corsets rigides. La
pénurie de tissus due à la Première Guerre mondiale, ainsi que la pénurie relative de main-d'œuvre
domestique ont créé de nouveaux besoins pour les femmes. Chanel, femme libre et active, perçoit
ces besoins. Elle achète à Rodier des pièces entières d'un jersey utilisé à l'époque uniquement pour
les sous-vêtements masculins.

En 1918, immédiatement après la guerre, elle commence à édifier peu à peu l’une des
maisons de couture les plus importantes de l’époque, elle emploie plus de 300 ouvrières, et
rembourse enfin Boy Capel refusant à jamais le statut de femme entretenue. La guerre terminée, Boy
doit prendre femme, selon les codes de l'aristocratie anglaise. Coco en éprouve une insupportable
humiliation. Mais, comme sa mère, elle accepte le pire au nom de l'amour. Elle aimera sincèrement
Boy jusqu'à cette nuit du 22 décembre 1919 où, réveillée à 4 heures par un messager, on lui apprend
qu'il s'est tué la veille sur la route. « En perdant Capel, je perdais tout. » avouera-t-elle 50 ans plus
tard.

Profondément affectée par la mort de son amant, afin de ne pas sombrer dans le
chagrin, elle se raccroche à son travail comme une forcenée. Cette attitude sera payante, car le
succès de ses modèles va grandissant et l'incite à développer encore sa maison.

Le succès continue

Coco Chanel et le Duc de Westminster

Dès 1921 à Paris, à côté de la luxueuse Place Vendôme, Coco Chanel annexe en
quelques années les numéros 27, 29 et enfin 31 de la rue Cambon. Une adresse mythique où se
trouve aujourd'hui encore la célèbre maison de couture qui porte son nom. Elle dispose en outre de
ses propres fabriques de tissus en Normandie et s'associe avec les propriétaires de la marque
Bourjois — les frères Wertheimer — afin de diffuser commercialement ses parfums. Ses liaisons
masculines lui donnent souvent de beaux motifs d’inspiration, c’est ainsi qu’elle crée des robes à
motifs slaves lorsqu'elle a une liaison amoureuse avec le Grand-duc Dimitri Pavlovitch de Russie,
cousin du dernier tsar de Russie en exil qui lui aurait inspiré la forme du flacon de son célèbre N°5
(flasque de vodka des troupes russes). Elle fut aussi la maîtresse du poète Pierre Reverdy, avant que
celui-ci de plus en plus mystique ne se retire à l'abbaye de Solesmes. Elle héberge Stravinski et les
siens pendant deux ans à Garches. Plus tard, elle emprunte à son nouvel amant, le Duc de
Westminster, réputé l’homme le plus riche d’Angleterre, des éléments de costume masculin, comme
le chandail, la pelisse, le béret de marin ou la veste en tweed. Elle les adapte ensuite à la panoplie
vestimentaire de la femme qu’elle souhaite moderne et dynamique, sachant allier le confort à
l’élégance.

Elle est l'une des premières à lancer la mode des cheveux courts, elle s’oppose
résolument à la sophistication prônée par Paul Poiret (qui accusait Chanel de transformer les femmes
en « petites télégraphistes sous-alimentées ») (D'après la télésuite « Coco Chanel », elle aurait
répliqué en disant qu'elle ne voulait pas de femmes ayant l'air d’« esclaves échappées de leur
harem » en se référant à la mode orientaliste de l'époque). Elle privilégie une simplicité
soigneusement étudiée, des tenues pratiques, comme le pyjama, à porter sur la plage comme en
soirée ; les premiers pantalons, la jupe plissée courte, le tailleur orné de poches. Une mode qui
s'inspire du vêtement de sport en lieux balnéaires (golf, tennis, plage, nautisme). Elle propose des
cardigans en maille jersey sur des jupes courtes, le tout surmonté d'un chapeau cloche. De même les
robes de soirée taille basse s'arrêtant au-dessus du genou, que l'on peut associer aux danses
charleston populaires entre 1925 et 1935.

En 1926, la célèbre petite robe noire (couleur jusqu’alors exclusivement réservée au


deuil), fourreau droit sans col à manches 3/4, tube noir en crêpe de Chine, correspondent
parfaitement à la mode « garçonne » effaçant les formes du corps féminin. Maintes fois copiée, cette
« Ford signée Chanel » faisant référence à la populaire voiture américaine, ainsi que devait la
qualifier le magazine Vogue, ne tardera pas à devenir un classique de la garde-robe féminine des
années 1920 et 30.

Récusant le qualificatif de « genre pauvre » souvent accolé à ses créations, Chanel


entend distinguer la véritable sobriété du dépouillement : si la toilette féminine doit être simple,
celle-ci, en revanche, doit être agrémentée d’accessoires. Chanel recourt, par exemple, à de faux
bijoux mêlant pierres semi-précieuses, strass et fausses perles, ainsi qu’à des bracelets ornés d’un
motif « croix de Malte », ou encore à des broches d’inspiration byzantine ou à motifs d’animaux, de
fleurs ou de coquillages — à la création desquels ont présidé Étienne de Beaumont, Paul Iribe et
surtout, entre 1929 et 1937, Fulco di Verdura, qui a su conférer aux bijoux de Chanel leur identité
propre.

En 1927, elle fait construire à Roquebrune Cap-Martin, une maison appelée la Pausa.
Elle demande à l'architecte Robert Streitz de la dessiner en intégrant quelques éléments, l'escalier et
le cloître, rappelant son enfance à l'orphelinat d'Aubazine. Elle la meublera essentiellement de
mobilier anglais et espagnol du XVIe et XVIIe siècle. Elle y accueillera le duc de Westminster, Jean
Cocteau, Pierre Reverdy, Paul Iribe, Salvador Dali, Luchino Visconti. Une partie de la maison a été
recréée au Dallas Museum of Art lors de la donation de la collection Reves.

L'Empire Chanel

Parallèlement, Chanel est la première couturière à lancer ses propres parfums. Avec
l’aide de son parfumeur Ernest Beaux qui conçoit : No5 (1921), qui connaîtra une célébrité
mondiale, mais aussi No22 (1922), Gardénia (1925) Bois des Îles (1926) et Cuir de Russie (1926).
Pour diffuser internationalement son produit, Chanel fait appel à l'expérience commerciale des frères
Pierre et Paul Wertheimer qui dès 1924 possèdent 70 % des parfums Chanel. Leurs descendants
Alain et Gérard Wertheimer possèdent l'intégralité de la maison Chanel aujourd'hui.

Chanel saura s’adapter aux mutations des années 1930, au cours desquelles elle
affrontera à la fois les revendications syndicales de ses ouvrières et l’étoile montante de la Haute
Couture parisienne qu'était Elsa Schiaparelli. Privilégiant alors une silhouette plus épurée, Chanel
présente notamment des robes du soir légères et transparentes en mousseline de soie, en tulle ou en
laize de dentelle, le plus souvent dans des couleurs faussement neutres (blanc, noir ou beige), parfois
brodées de perles ou de strasse. Comportant une combinaison cousue à l’intérieur, la coupe très
simple de ces robes permet à la femme du monde de s’habiller sans l’assistance d’une domestique.
Un peu plus tard, elle crée les premières robes à balconnet, puis, en 1937, le style « gitane ».

Féminine, Mademoiselle ne se déplaçait jamais sans ses perles et avait un goût très
prononcé pour les bijoux. Dès 1924, elle ouvre donc son atelier de bijoux fantaisie. Comme à son
habitude, la créatrice sait s'entourer : Étienne de Beaumont puis le duc Fulco de Verdura contribuent
au développement des bijoux de la maison. Mais, c'est en 1932 que Gabrielle Chanel défraie à
nouveau la chronique. À la demande de la Guilde internationale du Diamant, Coco crée Bijoux de
Diamants sa première collection de Haute Joaillerie. À l'honneur, les diamants sont montés sur
platine, une extravagance que seule Coco peut se permettre après le krach de 1929.

En 1939, elle était alors à la tête d'une entreprise de 4 000 ouvrières qui fournissaient
28 000 commandes par an.

La guerre : fermeture de la maison

À l’annonce de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, elle présente une


collection «bleu-blanc-rouge» puis ferme subitement sa maison de couture et licencie l'intégralité du
personnel, se consacrant uniquement à son activité dans le domaine des parfums. Elle profitera alors
de la confusion et de l’antisémitisme ambiant pour tenter de récupérer la marque de parfum Chanel
No5. La célèbre fragrance dont elle ne détient les droits qu’à hauteur de 10 % est en fait la propriété
d'une famille juive, les Wertheimer. Elle attire l’attention des pouvoirs publics sur la fausse
« arianisation » de la société Bourjois qui protège leurs intérêts alors qu’ils sont réfugiés aux États-
Unis.

Installée à l'Hôtel Ritz, entourée de ses paravents en laque de Coromandel, elle y vit
durant la Seconde Guerre mondiale de 1941 à 1944 avec Hans Gunther von Dincklage, ancien
attaché d'ambassade allemand, dont certaines sources affirment qu'il servait les renseignements
militaires de son pays. Ils auront une liaison amoureuse au cours de laquelle, comptant sur son
amitié avec Churchill, Chanel tentera d'œuvrer en faveur de la conclusion d'une paix séparée entre
l'Allemagne nazie et la Grande-Bretagne (1943) par l'intermédiaire de Walter Schellenberg[11], mais
l'opération, baptisée « Chapeau de couture » (appelée « Modelhut » en Allemagne), échouera. Seule
l'amitié de Winston Churchill, qu'elle avait connu pendant sa liaison avec le duc de Westminster, lui
évite de graves ennuis à la Libération.

L'après-guerre, l'exil en Suisse

En septembre 1944, Coco Chanel est brièvement interrogé par les FFI (Forces
française de l'intérieur) mais aussitôt relâchée. Elle décide alors de s'installer en Suisse, sur les hauts
de Lausanne, au bord du lac Léman. Elle en fera pendant 10 ans sa résidence principale tout en
séjournant encore occasionnellement à Paris. Elle se fait soigner à la clinique Valmont, et l'on peut
souvent la rencontrer au salon de thé Steffen, sur les hauts de Montreux, lieu de rencontre de
nombreuses célébrités. Pendant ce temps, à Paris, le « New Look » de Christian Dior fait fureur :
taille de guêpe et seins pigeonnants obtenus par la pose d'un corset ou d'une guêpière. Elle est
effondrée. Tout son travail de libération du corps de la femme serait-il réduit à néant ?

Le retour à Paris, le triomphe du tailleur en tweed gansé

Pourtant, en 1954, âgée de 71 ans, elle accepte de rouvrir sa maison sur l'insistance de
ses commanditaires, les frères Wertheimer, qui comptent sur sa présence pour relancer la vente des
parfums. Par ce biais, elle renoue avec la création. Sa première collection est pourtant mal accueillie,
dans la mesure où elle s’inscrit résolument à contre-courant du style de Christian Dior. Négligeant
les balconnets et les formes bouffantes qui faisaient le succès de ce style d'après-guerre, Chanel
impose de nouveau des robes près du corps, une silhouette androgyne au service de vêtements
sobres et raffinés.

Le tailleur de tweed, dont la veste à quatre poches – d'inspiration militaire – est


décorée de boutons-bijoux et ornée d’une ganse de couleur contrastée, complété par une blouse de
soie réalisée dans le même tissu que la doublure, des chaussures bicolores et un sac matelassé à
chaîne dorée, façonnent la nouvelle silhouette Chanel qui deviendra un classique.

Son style est copié partout dans le monde. Elle habille les actrices du moment,
notamment Romy Schneider ou Jeanne Moreau dans Les Amants (1958) de Louis Malle, et
Delphine Seyrig dans L'Année dernière à Marienbad (1961) d’Alain Resnais. Jackie Kennedy portait
un tailleur Chanel rose lors de l'assassinat de son mari John F. Kennedy.

À partir de 1954, la création de bijoux est confiée à Robert Goossens. Parallèlement,


de nouveaux parfums sont créés sous l’impulsion d’Henri Robert, nouveau « nez » de la maison, qui
lance Pour Monsieur (1955), No 19 (1970) et Cristalle (1974).

Coco Chanel n'a pas d'appartement, ni de maison, elle ne se sent pas chez elle dans le
petit deux pièces situé dans sa maison de couture. Elle s'installe alors dans une suite de l'Hôtel Ritz,
pour des raisons pratiques tout d'abord, car l'hôtel est entre la Place Vendôme et la Rue Cambon –
juste à côté de la maison Chanel –, et certainement pour la luxueuse discrétion qu'offrent les grands
palaces. Elle y séjournera fidèlement pendant une quinzaine d'années.

Mais Chanel est encore plusieurs fois confrontée à l’Histoire. Après les deux guerres
mondiales, c'est la minijupe popularisée autour de 1965 par Mary Quant et Courrèges qui a fait
l'effet d'une bombe et la met en colère. Rien n'y fera, « Mademoiselle » ne relèvera pas la jupe au-
dessus du genou, car elle pense que les genoux sont laids. Elle continue donc de varier son classique
tailleur avec des jupes sous le genou, faisant fi de la mode des midinettes de l'époque, qui
importaient des apparences anglaises et américaines, véhiculées par la musique pop. Les défilés de
haute-couture ont toujours eu lieu dans les salons du 1er étage du 31 rue Cambon dans un silence
religieux, Coco, comme à son habitude, est assise sur les marches de l'escalier qui mène à l'étage
supérieur, elle observe les réactions de ses clientes par le biais de miroirs qui tapissent les parois de
l'escalier.
Fin de carrière

Aux événements de mai 1968, la vague hippie change la donne de la mode. Chanel
affirmait que les modes n’étaient bonnes que lorsqu’elles descendaient dans la rue, et pas quand
elles en venaient. Chanel devient tyrannique, s’enferme dans son monde, fait d’essayages, de défilés,
de mannequins et de courtisanes.

Sèche et acariâtre, Coco Chanel est très seule, elle est accompagnée dans ses
dernières années par sa confidente de longue date Lilou Marquand. Elle souffre de blessures intimes
jamais cicatrisées que masque mal sa renommée professionnelle de femme de fer ne montrant pas
son désespoir.

Le 10 janvier 1971, à l'âge de 87 ans, elle meurt dans sa suite de l'Hôtel Ritz à Paris.
Elle est enterrée au cimetière du Bois-de-Vaux à Lausanne, Suisse.Elle est morte de viellesse.

Boutique Chanel Joaillerie, en face de l'Hôtel Ritz, place Vendôme, à deux pas de la
rue Cambon.