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la protection des libertés publiques par les juridictions

Libertés publiques élargissement de la protection à des autres instances

Plan du cours :

Introduction :

Section 1 : définition de la liberté publique. Libertés publiques :


Libertés au pluriel et liberté au singulier Introduction :
Liberté publique et droit de l’homme Avant de présenter la définition de libertés publiques, il est primordial de se poser quelques questions.
-Quelles sont les libertés par rapport à la liberté ?
La définition de liberté publique
-Que veut dire l’adjectif public ?

-Qu’est ce qui distingue les libertés publiques du droit de l’Homme ?


Section 2 : classification des libertés publiques.
1- libertés au pluriel et liberté au singulier :
1. Les principales classifications doctrinales La liberté pour l’homme c’est le pouvoir d’agir de façon autonome en heurtant parfois un certain
1. La classification bipartite : les libertés individuelles et les nombre de règles qui découlent de son appartenance à cette société et dont la complexité et le degré de
contrainte dépendent de l’organisation sociale. La liberté n’est donc jamais illimitée.
libertés collectives
2. La classification tripartite : libertés physique, libertés Quelle que soit la société, la liberté est fonction de deux exigences :

intellectuelles, libertés relationnelles -toute société n’accorde pas aux individus et aux groupes qui la compose la liberté totale de faire ce
qu’ils veulent en s’accordant généralement à souligner que la liberté s’exerce dans les limites de la loi
2. La classification opérée par le conseil constitutionnel
ou des règles qui régissent la société ou bien en affirmant que l’un ne doit porter atteinte à la liberté
1. Les Libertés fondamentales d’autrui.
2. Les libertés ordinaires -dans toute société des groupes ou des individus sont constamment en contradiction avec les contraintes
de leur société. Il est intéressant de voir la réponse de la société à l’égard de ces contradictions et au
Section 3 : environnement national et international de liberté principe même des contradictions, attitude qui diffère en fonction de la nature de contradiction et des
moyens qu’elle utilise.
publique.
La liberté sociale et politique est de ce fait un principe en perpétuelle tension dont le contenu évolue
entre les contraintes de la société et les exigences des individus et des groupes qui la compose.
Section4 : libertés publiques dans le droit marocain.
Les libertés au pluriel forment une vision parcellaire. Généralement, le juriste s’intéresse moins à la
les procédés (la constitution, la loi, le règlement) liberté qu’aux libertés, davantage qu’aux règles qui forment les libertés et le cas échéant qui freine les
libertés.
les techniques de protection de liberté publique
2-libertés publiques et droits de l’Homme :
la sanction

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La doctrine s’accorde généralement à distinguer les deux notions. Les deux notions ne se situent pas L’article 46 de la constitution considère également que les droits individuels et collectifs énumérés
sur le même plan. sont du domaine de la loi.

Les droits de l’Homme relèvent de l’idée selon laquelle l’homme possède un ensemble de droits Le préambule de la constitution de 1996 stipule que « le Royaume du Maroc adhère aux droits de
inhérents à sa nature et qu’on ne peut méconnaitre sans porter atteinte à celle-ci. l’homme tels qu’ils sont universellement reconnus ».

Ces droits naturels de l’homme dit droits de l’Homme ont une existence indépendante qu’ils soient -régime juridique de protection à l’égard des pouvoirs publics.
consacrés ou non par le législateur. L’expression des droits de l’Homme est au-delà des textes.
La grande caractéristique des libertés publiques est de faire l’objet d’une protection renforcée. Il s’agit
Les libertés publiques sont des pouvoirs d’autodétermination consacrés par le droit positif. Elles de la précision retenue dans l’article 10 de la constitution : « Nul ne peut être arrêté, détenu ou puni que
dépendent de la liste fixée par le législateur et qui varie dans le temps comme dans l’espace. dans les cas et formes prévus par la loi ».

Il peut arriver parfois que l’on confonde les deux notions mais il est dans l’ordre des choses de parler Le domicile est inviolable : les perquisitions en vérification ne peuvent intervenir que dans les
davantage de libertés publiques quand on étudie des pays donnés et plutôt des droits de l’Homme conditions et formes prévus par la loi.
lorsqu’on traite de la communauté internationale, car la définition précise et la réglementation des
libertés sont toujours faciles dans un cadre étatique que dans un cadre interétatique. -même à l’égard des puissances publiques.

La protection renforcée dont jouissent les libertés publiques est d’autant plus précieuse qu’elle s’impose
Chapitre 1 :définition des libertés publiques : non seulement aux personnes privées mais également aux pouvoirs publics.
La doctrine s’accorde à donner la définition suivante : -la protection renforcée des libertés à l’égard des pouvoirs publics peut s’avérer moins évidente. Une
« Les pouvoirs d’autodétermination qui visent à assurer l’autonomie de la personne humaine, définition classique oppose en effet, Etat de police et Etat de droit.
sont reconnus par des normes à valeur au moins législatives et bénéficient d’un régime juridique Dans l’Etat de police, les règles protectrices de libertés publiques ne s’imposent aux personnes privées,
de protection renforcée même à l’égard des pouvoirs publics ». alors que dans l’Etat de droit, elles s’imposent aussi aux pouvoirs publics.
1-les pouvoirs d’autodétermination : Les libertés publiques ne peuvent donc se développer pleinement dans un Etat de droit.
Ce sont des pouvoirs que l’homme exerce sur lui-même sans que l’intervention d’autrui et notamment Au Maroc, comme en autre pays, le pouvoir exécutif et l’administration doivent respecter sous le
de l’Etat soit nécessaire. Les pouvoirs d’autodétermination n’exigent d’autrui qu’une attitude contrôle du juge, les puissances publiques puisqu’elles ont au moins une valeur législative.
d’abstention et non d’entrave.
En définitive, on peut dire à l’inverse des autres disciplines juridiques, les libertés publiques ne
Cet élément permet d’exclure les libertés publiques, certains pouvoirs de la société lesquels exigent au revendiquent aucune autonomie.
contraire d’autrui un comportement positif pour s’accomplir, exemple : droit de la santé, droit au travail,
droit à la culture. Ces exemples nécessitent une intervention de l’Etat pour les mettre en place. Elles ont une vocation transversale, celle d’envisager l’ensemble de la règle juridique sous l’angle des
libertés.
-l’Etat joue un rôle accessoire à l’égard des premiers et un rôle second vis-à-vis des seconds.
Ainsi, le droit constitutionnel devra être utilisé dans les garanties institutionnelles (suprématie de la
-assurer l’autonomie de la personne humaine. On estime généralement que les pouvoirs constitution, la séparation des pouvoirs) mais aussi pour les droits subjectifs qu’on peut épuiser
d’autodétermination visent nécessairement à assurer l’autonomie de la personne humaine. En d’autres (prérogatives des citoyens, étendu des libertés).
termes, ils correspondent inévitablement à la logique de la liberté d’autonomie.
De même le droit administratif offre des techniques de protection et définit le statut des administrés.
-des normes à valeur législative
Le droit pénal offre des exemples voisins. Il s’agit de déterminer avec précision comment et à quelle
-le 3ème élément a pour fonction de rendre compte de la valeur juridique qu’on reconnait au Maroc aux condition peut être infligé les atteintes à la liberté individuelle.
libertés publiques.
Ces exemples donnent une idée de l’ampleur du champ des libertés publiques.
Traditionnellement, les libertés publiques sont reconnues par des normes de valeur législative. Cette
tradition se perpétue de nos jours, puisque l’article9 stipule : « aucune limitation à l’exercice de la
liberté ne peut être apporté que par la loi ».

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Les libertés publiques se trouvent ainsi au carrefour de plusieurs disciplines. Cette multidisciplinarité Elle est défendue par le professeur Burdeau, Colliard, Rivereau, et Jacques Robert ; distingue les
présente l’avantage de briser les cloisons et les frontières qui séparent artificiellement et cachent l’unité libertés physiques, intellectuelles et autres libertés. D’une façon générale, ces auteurs s’accordent sur la
profonde du droit. détermination des deux premières libertés publiques mais divergent sur le contenu de la troisième.

Chapitre2 : classification des libertés publiques : Les deux premières libertés reposent plus ou moins consciemment sur une adhésion à la distinction
chrétienne de l’âme et du corps.
Pour comprendre la notion de libertés publiques, il ne suffit pas d’en connaitre la définition et les
fondements idéologiques. Ces deux facteurs sont en effet communs à toutes les libertés publiques. Il est La liberté physique permet à l’homme de se réaliser pleinement en tant que créature charnelle et au
important de voir dans quelle mesure les libertés publiques coexistent et s’entrecroisent pour illustrer contraire les libertés intellectuelles sont des libertés de l’âme. Exemple :le droit de disposer de son
leurs richesses et leurs diversités. Elles apportent toutes un éclairage différent de la notion de libertés corps, le droit à la liberté physique (contre la torture), le droit à la sureté (ne peut être incarcéré
publiques c'est-à-dire aucune classification n’est suffisante. arbitrairement), le droit à la vie privée.

a- Les classifications bipartites : libertés individuelles et libertés collectives Les libertés intellectuelles sont la liberté d’opinion et d’expression, liberté religieuse, liberté de la
presse, liberté d’enseignement.
Cette classification est défendue par les professeurs Madiot et Morange. Elle consiste à distinguer les
libertés individuelles et les libertés publiques. Les libertés publiques sont celles qu’un individu peut Mais le véritable problème de cette distinction réside dans son incapacité à embrasser l’ensemble des
exercer en solitaire sans se joindre à autrui, il s’agit notamment de droit à la vie privée, la liberté d’aller libertés. On peut discerner en effet, un ensemble de libertés qui ne sont ni physiques ni intellectuelles.
et de venir et la liberté d’opinion, au contraire, les libertés publiques sont celles que les individus ne Monsieur Rivereau et Robert évacuent du cadre des libertés de travail, le droit de propriété et
peuvent exercer qu’en commun, il s’agit pour l’essentiel de la liberté de réunion, d’association, de la d’entreprendre pour les étudier dans d’autres cours.
presse, syndicale…
Cela leur permet de regrouper les deux libertés restantes ; liberté de réunion et d’association sous le
Quel est l’intérêt de cette classification ? vocable liberté d’action collective.
1) Elle offre l’avantage de la simplicité : la distinction entre l’individuel et le collectif est aisément Monsieur Bordeau et Colliard procèdent différemment, ils n’écartent aucune liberté mais considèrent
compréhensible, presque toutes les libertés peuvent être rangées sans hésitation dans l’une ou l’autre que l’hétérogénéité des libertés interdit de les laisser ensemble. C’est pourquoi, il y a trois catégories :
catégorie. Il ya toutefois quelques exceptions : la liberté religieuse est inclassable car elle regroupe
deux facettes : individuelle d’abord de croire à une divinité, collective : le fait de participer à la 1- Droits économiques et sociaux (liberté de travail, propriété, entreprendre)
prière de vendredi. La liberté d’expression peut poser également un problème car elle implique 2- Liberté de réunion
normalement la participation d’autrui pour dialoguer ou du moins écouter l’autre, c’est pour cela 3- Et d’association
que la jurisprudence française les range dans les libertés collectives, le droit de propriété constitue
Les libertés méritent d’être regroupées car on peut déceler entre elles un lien de parenté pour s’en
un autre exemple de la difficulté à choisir entre les deux catégories. Est-ce que c’est un droit qui
convaincre. Il faut les comparer aux libertés physiques et aux libertés intellectuelles.
peut s’exercer dans la solitude d’une façon radicale si l’on considère que la propriété est par essence
une institution sociale. Le simple fait de l’exercer est donc la manifestation d’une vie en collectivité. c-classification du conseil constitutionnel français :
On peut donc hésiter à la ranger dans les libertés individuelles.
2) Cette classification contribue à éclairer l’histoire de l’apparition des libertés publiques. Au départ, Le conseil constitutionnel français a opéré une distinction entre libertés publiques fondamentales et les
dans la déclaration française 1789, il n’est fait référence qu’à la liberté individuelle, ce n’est que plus autres.
tard, à partir de 1791, que la notion de liberté collective est apparue avec la consécration de la liberté
Les libertés publiques fondamentales sont celles qu’il estime les plus importantes, c’est pourquoi il leur
des cultes et de la liberté de réunion.
accorde une protection spéciale différente de celles des autres libertés.
3) Cette classification correspond au sentiment de la conscience collective qui existe une primauté de
l’individu sur la société. Cette protection repose sur trois principes :
4) Et à ce titre il faut distinguer les libertés individuelles des libertés collectives, les premières étant
plus fondamentales que les secondes. Cette classification met en avant la primauté de l’individu sur Le 1er : il est interdit de soumettre à un régime d’autorisation préalable. Exemple : liberté d’association.
la société, il n’y a donc pas de liberté collective sans liberté individuelle. 2ème : la loi ne peut intervenir que pour étendre l’exercice de la liberté fondamentale et non de la
b-classification tripartite : restreindre.

Mais ce principe supporte toutefois une exception.

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La loi peut restreindre l’exercice d’une liberté fondamentale lorsqu’elle a pour but de la concilier avec S’agissant de son contenu, la déclaration universelle a été adoptée sous la forme juridique d’une
un autre principe fondamental qui est celui de l’ordre public. résolution « texte non obligatoire ».

3ème : les libertés fondamentales doivent être appliquées d’une manière uniforme sur tout le territoire. Ce texte reproduit largement la conception libérale des libertés publiques qui s’explique par l’influence
américaine au moment
Exemple : liberté de la presse, d’association, d’enseignement etc.
La déclaration est un texte de 30articles précédés d’un préambule et contenant deux parties :
A l’inverse de ces libertés fondamentales, il semble que le droit de propriété est simplement une liberté
publique ordinaire car le conseil constitutionnel français admet que la loi peut intervenir pour restreindre -de l’article 1à 27 inclus : énoncer les libertés traditionnelles individuelles et collectives, civiles et
l’exercice de ce droit. politiques : non discrimination, interdiction de l’esclavage, la torture, droit à la vie…

Exemple : la possibilité qui est offerte à l’Etat de nationaliser des biens étrangers se trouvant dans le -de l’article28 à30 : précise les liens entre les individus et la société, proclame les devoirs de l’individu
pays. envers la communauté et envers les autres hommes. Il doit respecter les droits et libertés d’autrui et
accepter l’exercice de ces droits, les limitations imposées par les exigences de la morale, de l’ordre
Le conseil constitutionnel reconnait leurs valeurs constitutionnelles mais ajoute que ces libertés ne sont
public et du bien être général dans la société démocratique.
ni générales ni absolues mais qu’elles ne peuvent exister que dans le cadre d’une réglementation
instituée par la loi. Les rédacteurs de la déclaration ont du concilier tant dans la forme que le fond les conceptions
occidentales et libertés publiques.
En conclusion, la classification de conseil constitutionnel français peut paraitre plus simple mais il faut
dire qu’elle risque de fragiliser les libertés physiques jugées non fondamentales. Au niveau de la forme, on y trouve des formulations occidentales et marxistes des libertés publiques.

Chapitre3 : l’environnement des droits de l’homme : La méthode occidentale apparait dans l’utilisation des formules générales comme celles utilisées par la
déclaration française 1789.
Paragraphe1 : Environnement international des droits de l’homme :
« Tous les êtres humains sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres
L’action internationale en faveur des droits de l’homme date de la fin de la 2 ème guerre mondiale. Elle dans un esprit de fraternité.
est menée par l’organisation des nations unies dont la charte réitère le principe des droits fondamentaux
La méthode marxiste se trouve moins poétique, elle entend préciser par quels moyens la liberté
de l’homme de la dignité et la valeur de la personne humaine.
proclamée sera réellement mise en œuvre.
Les libertés de droit légal et de la femme …, l’action de l’ONU est prolongée à l’échelle européenne,
Exemple : liberté religieuse, liberté d’association.
africaine et américaine par des textes portés régionaux.
Mais ce compromis formel est considéré par certains comme décevant du fond, les droits proclamés
Membre de l’ONU depuis 1956 est engagé par les actes juridiques de cette organisation.
par la déclaration universelle sont d’une grande diversité mais la déclaration est silencieuse sous deux
Cet engagement est concrétisé par le préambule de la constitution révisée du 1996 qui dispose : libertés : droit de grève, liberté d’entreprendre.
« Conscient de la nécessité d’inscrire son action dans le cadre des organisations internationales dont il
On peut relever également que plusieurs droits proclamés ne sont que de façon ambiguë : droit de
est un membre actif et dynamique, le Royaume du Maroc souscrit en principe droits et obligations
propriété, droit d’un procès équitable.
découlant des chartes dit organismes et réaffirme don attachement aux droits de l’Homme tel qu’ils sont
universellement reconnus ». Le droit de propriété est consacré par des termes qui prétendent réconcilier la propriété privée des
sociétés occidentales et la propriété collective.
- La déclaration universelle des droits de l’homme :

Cette déclaration universelle parce qu’elle est adoptée au sein de l’ONU organisation à vocation
mondiale, elle est également universelle par sa destination, elle entend rallier l’adhésion de l’ensemble -les pactes internationaux relatifs aux droits de l’homme :
du pays et s’applique à tous les êtres humains. Elle est enfin universelle par son contenu, elle considère
que les droits politiques, économiques, juridiques, matériels et culturels sont indivisibles et nécessitent La déclaration universelle n’ayant pas de force juridique obligatoire, il était devenu nécessaire de
une protection légale. reprendre sous une forme contraignante les droits qui y sont proclamés.

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C’est l’objet des deux pactes adoptés à l’unanimité par l’assemblée générale de l’ONU le 16 décembre -les libertés peuvent être reprises dans les principes fondamentaux reconnus par les lois de la
1966 et entrés en vigueur en 1976. République auquel se réfère le préambule de la constitution 1946.

Le premier protocole concerne les droits civils et politiques habilite le comité des droits de l’homme Au Maroc, le caractère constitutionnel a été conféré aux libertés publiques à partir de 1962 avec la
créé en vertu de ce pacte à recevoir et à examiner les communications émanant des particuliers qui promulgation de la 1ère constitution.
prétendent être victimes de violations et de l’un quelconque des droits énoncés dans le pacte.
Depuis, les principales libertés ont été reprises dans divers textes.
Le 2ème protocole vise à abolir la peine de mort. Chaque protocole établit des procédures par lesquelles
les organes des nations unies peuvent contrôler l’application par des Etats parties des droits protégés. Un Depuis la promulgation de la constitution de 1992, ce dispositif est intégré dans le cadre international
comité des droits économiques et sociaux a été créé par le conseil économique et social. puisque le préambule de celle-ci dispose que le Royaume de Maroc… « Réaffirme son attachement
aux droits de l’homme tel qu’elles sont universellement reconnus ».
Paragraphe2 : l’environnement national des libertés publiques :

S’il est acquis aujourd’hui que les droits et libertés devraient être consacrés par la constitution, il n’est
Dès lors, il est devenu possible d’assimiler les règles constitutionnelles marocaines relatives aux
pas nécessaire qu’ils figurent dans le corps même de la loi fondamentale ou d’une déclaration
indépendante. libertés publiques aux dispositions classiques figurant dans les constitutions d’Etats occidentaux.

Pour certains auteurs : « en consacrant cette nouvelle disposition dans la constitution de 1972. La
L’affirmation ou la proclamation des droits de l’homme surtout les plus importants relève à l’évidence
constitution marocaine confère au préambule la même force juridique que les autres articles de la
du niveau constitutionnel car la constitution est le texte disposant de la plus forte valeur juridique. Il est
donc normal et indispensable que les droits de l’homme et libertés publiques est un encrage constitution ».
constitutionnel très affirmé. Pour ces mêmes auteurs, le préambule fait partie intégrante de la constitution et le conseil
constitutionnel a eu l’occasion de soutenir cette position.
La constitution traduit le contrat social d’une société déterminée. Il reste toutefois une controverse
existe à propos de la hiérarchie en norme juridique. Une controverse a opposé les tenants de la Paragraphe1 : les libertés publiques et la loi :
supranationalité aux autres.
Selon l’article 46, sont du domaine de la loi outre les matières qui lui sont expressément dévolues par
Le conseil d’Etat français a estimé que les déclarations de droit n’avaient pas de valeur juridique par les autres articles de la constitution : Les droits individuels et collectifs énumérés au titre 1 de la
elles mêmes et seulement les principes qu’elles contenaient devaient être retenus comme des règles constitution.
coutumières ou principes généraux avec une valeur juridique au moins égale à celle des droits
ordinaires. La constitution a proclamé un certain nombre de liberté, elle a réservé à la loi la compétence de
réglementer leur exercice.
S’agissant du préambule, la doctrine et la jurisprudence ont estimé qu’il avait une valeur de texte
juridique et force de loi. Elle a inscrit dans le domaine de la loi un certain nombre de matières qui lui sont traditionnellement
réservées comme délimitation des infractions et des peines, la procédure pénale, le statut général de la
Le conseil d’Etat français ne considère pas le préambule comme un texte juridique d’application fonction publique etc.
directe par lui-même mais que ses dispositions peuvent être néanmoins considérées comme des
principes généraux de droit de valeur législative. Dans ces conditions, la compétence de la loi dans le domaine des libertés est considérée comme une
garantie fondamentale pour leur exercice dans la mesure où elle est votée par la loi mais aussi parce que
Depuis la promulgation de la constitution française de1958, le préambule dont la valeur la loi est sensée assurer l’égalité entre les citoyens dans la jouissance des libertés et ne devrait introduire
constitutionnelle a été renforcée, renvoie pour la formulation des libertés publiques à 4 points que les restrictions nécessitant la protection des intérêts personnels.
différents :
Le problème qui reste poser est celui relatif aux droits et libertés proclamés par la constitution et qui
-les libertés peuvent être inscrites dans le corps même de la constitution. nécessite l’intervention de la loi pour les rendre effectifs.
-les libertés peuvent avoir été proclamées dans la déclaration de 1789. C’est le cas de l’article 14 de la constitution qui stipule : « le droit de grève demeure une garantie. Une
loi organique… »
-les libertés peuvent avoir été ajoutées dans le préambule de 1946.

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A ce jour, aucune loi organique n’a été adoptée. Rappelant que le gouvernement a présenté à plusieurs pouvoirs de police. Ce qui légitime des mesures exceptionnelles qui ne le sont pas en période normale
reprises aux partenaires sociaux plusieurs projets de lois organiques mais ces textes n’ont pas encore (éloignement des repris de justice et des individus de la zone de l’Etat de siège/ perquisition des jours et
réunis le consensus nécessaire pour leur adoption. des nuits le domicile des citoyens/ordre de remise des armes et des missions/interdiction de publication
et de réunion jugées de nature à exciter ou à entretenir le désordre).
Cette lacune persiste alors que nous enregistrons deux textes réglementant le droit de grève dahir du
19janvier 1946 qui autorise uniquement après épuisement des procédures de négociation d’arbitrage, et L’Etat de siège élargi la compétence des tribunaux militaires qui peuvent commettre des infractions
le décret du 5 février 1958 qui interdit aux fonctionnaires le droit de grève. commises par les civils.

Ce décret a été adopté avant la constitution de 1962 est considéré comme institutionnel. Sur le plan pratique, cette situation concerne la substitution de l’autorité militaire à l’autorité civile
c'est-à-dire assurer la sûreté intérieure du pays et contrôler l’exercice des libertés individuelles et
Le dahir du 1946 est problématique même s’il est considéré par la doctrine comme un texte collectives en leur permettant de procéder à des perquisitions et de décider l’éloignement des personnes
constitutionnel. d’une région à l’autre. Ce régime autorise les conseils militaires à juger les personnes accusées de crime
En définitive, l’élaboration du droit organique sur la grève permettra de lever l’équivoque des grèves ou de délit contre la sûreté de l’Etat, les institutions ou l’ordre public.
légales et des grèves illégales et donnera aux citoyens l’occasion d’exercer librement un droit garanti par Depuis l’indépendance, il n’y a pas eu de déclaration de l’Etat de siège.
la constitution.
2- le régime de l’article 35 (Etat d’exception) :
*la compétence législative en période normale :
L’article 35 est l’équivalent de l’article 16de la constitution française 1958. Il constitutionnalise les
En période normale, la loi bénéficie d’une compétence du droit commun en matière des libertés crises majeures qui touchent à la sauvegarde de l’Etat.
publiques.
Mais l’article 35 est en deçà des dispositions de l’article 16 français. Ce dernier prévoit la consultation
En revanche, le gouvernement et l’administration ont une fonction seconde. Il leur incombe d’exécuter
par le président de la République de l’ensemble du conseil constitutionnel sur la décision du recours à
la loi sous le contrôle du juge et ceci pour l’application du principe selon lequel : « la liberté est la l’Etat d’exception ainsi que sur chaque mesure, il sera amené à prendre
règle, la restriction est l’exception ».
En vertu de l’article 35, le roi peut s’accaparer tous les pouvoirs y compris le pouvoir législatif.
L’administration ne peut prendre l’initiative de supprimer une liberté. Toute interdiction générale et
absolue d’une liberté est inacceptable. Elle ne peut que réglementer l’exercice des libertés. Toutefois à partir de la constitution de 1992, l’Etat d’exception n’entraine pas la dissolution du
parlement.
En l’absence d’une loi spéciale, le pouvoir de l’administration est limité par la notion même de police et
par l’idée de liberté. Sur le plan pratique, le régime introduit par l’article 35 inscrit les libertés dans un cadre restreint. Sur ce
point, l’article 16 français est plus libéral dans la mesure où le parlement français siège de plein droit et
C’est l’objectif de l’ordre dans la cité qui justifie la présence de la police et cette présence doit être
d’autre part, la rédaction de l’article 35 permet toutes les interprétations possibles et laisse une grande
nécessaire proportionnée à l’importance du désordre.
marge de manœuvres au chef de l’Etat dans la mesure où il lui appartient de juger l’opportunité qu’il y à
*la compétence en période exceptionnelle : recourir ou non à l’article 35.

Il est évident qu’en période exceptionnelle, la recherche compromit entre la préservation de libertés Le texte marocain ne mentionne pas également l’impossibilité d’une suspension ni d’une dissolution
publiques et le maintien des libertés publiques. postérieure à la proclamation de l’Etat d’exception contrairement à la constitution française. La question
reste posée de savoir si la chambre des représentants concerne la totalité de ses attributions notamment
1-l’Etat de siège : de voter une mention de censure contre le gouvernement.

Il s’agit d’un régime général de police justifié par l’idée de péril ou danger public. Le champ Rappelons que le roi a eu recours en 1965à l’Etat d’exception en invoquant le manque de majorité
d’application peut concerner l’ensemble du pays ou uniquement dans certaines parties du territoire. parlementaire comme condition suffisante de son utilisation. Ce qui lui a permis de conserver les
pouvoirs exceptionnels pendant la période de 5ans.
L’article49 de la constitution a prévu que l’Etat de siège est déclaré après une délibération en conseil
des ministres par dahir pour une durée de 30jours.

Est prévu la possibilité de prolongation après autorisation par le parlement. La conséquence de l’Etat Le gouvernement peut intervenir en deux niveaux :
de siège est de substituer les autorités militaires aux autorités administratives pour l’exercice des

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-dans le cadre de l’exercice de son pouvoir autonome (article47 de la constitution). Les procédés de nomination de ses membres ne présentent pas des garanties susceptibles de la protéger
contre l’intervention des autorités politiques.
-dans le cadre de l’exécution des lois (pouvoir réglementaire et parlementaire).
A partir de 1992, a été mise en place une institution indépendante dénommée conseil constitutionnel à
En raison de ses compétences dans le domaine du maintien de l’ordre public, l’administration dispose sui ont été transférées les compétences de la chambre constitutionnelle.
de deux missions : l’une répressive et l’autre préventive.
Le conseil est également consulté par le Roi en cas de proclamation de l’Etat d’exception.
Elle réprime les actes qui portent atteinte à l’ordre public (sécurité, tranquillité et salubrité) et prévient
ou interdit les troubles avant qu’ils ne se produisent les actes de police administratifs peuvent être En 1996, la composition du conseil est passée de 9 à 12membres dont 6 sont nommés par le Roi y
d’ordre national ou local. Dans le 1er cas, le 1er ministre prend des mesures par décret sur l’ensemble du compris le président.
territoire national et peut déléguer une partie de son pouvoir au ministre concerné surtout au ministre de
l’intérieur pour prendre les mesures que nécessite la mission de police sous forme d’arrêté Les particuliers n’ont pas accès à la procédure du contrôle de la constitutionnalité de lois limitée aux
réglementaire. Sur le plan local, c’est le gouverneur dans les provinces et préfectures qui est habilité à autorités publiques. Elle peut être saisie avant la promulgation de la loi, comme elle peut être saisie
assurer l’ordre public. Tandis que c’est aux pachas et aux caïds dans les localités de moindre importance avant le vote de la loi avant l’expiration du délai de 30jours prévu par l’article 26 de la constitution pour
et sous l’autorité du gouverneur qu’est impartie cette mission. la promulgation de la loi.

En période normale, le pouvoir réglementaire varie selon qu’il existe une loi spéciale ou non : 2-la protection des libertés publiques à l’égard de l’administration :

Avant la promulgation de la loi relative au tribunal administratif, le régime juridique applicable au


- S’il existe une loi spéciale, le pouvoir de police est limité par les règles qui définissent ou aménagent
l’exercice d’une liberté. Dès lors toute prescription plus rigoureuse que celle prévue par la loi Maroc était celui de l’ « unité de juridiction » c'est-à-dire que le juge ordinaire arbitrait à la fois les
constitue un excès de pouvoir. différends entre particuliers et les différends entre ces derniers et l’administration.
- En l’absence d’une loi spéciale, le pouvoir d’administration est limité par la notion même de police Depuis la promulgation de la loi du 17 septembre1993 relative au tribunal administratif, ce sont les
et par l’idée de liberté. Alors dans ce cas, la mesure de police doit : juridictions qui se prononcent sur la liberté des actes administratifs.
- Etre nécessaire c'est-à-dire répondre à une menace réelle et sérieuse de désordre.
- Etre proportionnée à l’importance du désordre qu’elle vise à prévenir. Le procès pour excès de pouvoir est une procédure majeure dans la protection de droits et libertés
- Le pouvoir de police ne doit pas en principe interdire de manière générale ou absolue l’exercice personnels. Bien qu’elle ne conduise pas à la suspension des actes administratifs, elle permet néanmoins
d’une liberté. aux personnes lésées de défendre leurs droits en demandant l’annulation des actes illégaux.

Section2 : techniques de protection des libertés : Dans les cas extrêmes, le juge peut suspendre l’exécution de ces actes au cas où il pourrait porter
gravement préjudice aux victimes sans que des éventuelles indemnités ne puissent les réparer.
1-protection des libertés publiques à l’égard du législateur :
Le juge administratif est aussi protecteur des libertés publiques face aux actions de l’administration. Il
Toute règle juridique dont la violation n’entraine pas une sanction demeure imparfaite et inefficace en exerce un contrôle d’égalité des actes et examine les dommages causés par les activités de
pratique. La sanction normale de la règle juridique est le recours au juge. l’administration et qui sont susceptibles d’engager sa responsabilité.

En matière de libertés publiques, c’est le juge qui est appelé a assuré le respect de droit et à censurer la
violation. La sanction est donc principalement juridictionnelle. Rappelons que les 3 constitutions qui
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ont précédé la constitution de 1992 ont prévu un organe spécial : la chambre constitutionnelle dont la
compétence est de contrôler la constitutionnalité des lois organiques et des règlements intérieurs des Conseil national des Droits de l'Homme (CNDH),
assemblées parlementaires avant leur entrée en vigueur.
Rabat- Le Dahir portant création du Conseil national des Droits de l'Homme (CNDH), en tant que

La chambre constitutionnelle intervient en cas de conflit entre le gouvernement et le parlement sur le mécanisme national de promotion et de protection des droits de l'Homme et des libertés, a
veillé à l'indépendance de cette institution, avec une composition pluraliste et rationalisée, à
caractère réglementaire ou législatif d’une proposition de loi. Elle veillait également à la régularité des
l'élargissement de ses compétences, et au renforcement de son efficacité en cohérence avec les
opérations électorales et référendaires.
standards internationaux dans ce domaine et notamment des " principes de Paris ".

Le président de la chambre était consulté par le Roi en ca de dissolution de la chambre des


représentants mais cette chambre n’était pas indépendante, elle faisait partie de la cour suprême.

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Cette institution aura ainsi pour missions "la consultation, la surveillance, l'alerte précoce et Les membres sont répartis en 05 catégories, à savoir 08 membres choisis par Sa Majesté le Roi

l'évaluation de la situation des droits de l'Homme ainsi que la réflexion et l'enrichissement des parmi les personnalités reconnues pour leur grande expertise et leur apport méritoire, à l'échelle

débats sur les questions des droits de l'Homme à travers l'ensemble du territoire national et nationale et internationale, en matière de protection et de promotion des droits de l'Homme, 11

l'élaboration d'un rapport annuel et des rapports spéciaux ou thématiques soumis à la Haute membres proposés par les organisations non gouvernementales actives dans le domaine des

Attention de Sa Majesté le Roi ". droits de l'Homme et reconnues pour leur travail sérieux en la matière, 08 membres dont la

Dans ce cadre, le Conseil pourra à son initiative ou sur la base de requêtes, diligenter des candidature est portée par les présidents des deux chambres du Parlement (selon les modalités

enquêtes et examiner les situations d'atteinte ou d'allégations de violations de droits de fixées par le texte), deux membres proposés par les instances institutionnelles religieuses

l'Homme et convoquer, le cas échéant, toute personne susceptible de témoigner à cet effet. supérieures et un membre proposé par l'Amicale Hassania des magistrats.

Le conseil pourra également intervenir en tant que mécanisme d'alerte précoce dans toute Ainsi, pour le Président de la Chambre des Représentants, deux membres sont choisis parmi les

situation de tension susceptible d'entraîner des violations des droits de l'Homme et entreprend parlementaires après consultation des groupes parlementaires et deux membres sont choisis

toute action de médiation ou de conciliation susceptible de prévenir lesdites violations. parmi les experts marocains exerçant au sein des instances internationales concernées par les

Il aura pour mandat, en tant qu'institution nationale, la possibilité de visiter les lieux de droits de l'Homme.

détention et les établissements pénitentiaires et de contrôler les conditions des prisonniers. En ce qui concerne le Président de la Chambre des conseillers, quatre membres sont proposés

Le Conseil est également chargé d'étudier l'harmonisation des textes législatifs et par le ou les organismes respectivement représentatifs des professeurs universitaires et des

réglementaires en vigueur avec les traités internationaux relatifs aux droits de l'Homme et au journalistes professionnels, l'Ordre national des médecins et l'Association des barreaux du

droit international humanitaire à la lumière des observations et recommandations émises par les Maroc. Dans l'exercice de leurs fonctions, le président et les membres jouissent de protections

organes des traités et de participer à la mise en œuvre des mécanismes prévus par les leur garantissant l'exercice indépendant de leurs missions. Ils sont tenus d'une obligation de

instruments internationaux relatifs aux droits de l'Homme. réserve et de confidentialité.

Il contribue à l'élaboration des rapports nationaux présentés aux organes de traités et Les travaux du conseil sont placés sous la responsabilité d'un président et d'un secrétaire

encourage le gouvernement à poursuivre l'application de leurs observations finales et de leurs général nommés par Dahir. A leur cotés un bureau exécutif composé des présidents de groupes

recommandations. Dans le cadre du renforcement de la démocratie, le conseil contribue à de travail et des rapporteurs assure les missions qui lui sont dévolues par le conseil.

l'observation des opérations électorales. Le conseil jouit de la capacité juridique et l'autonomie financière. A ce titre, des crédits sont

En vue d'enrichir les débats sur les questions de droits de l'homme et de la démocratie, le inscrits au budget de l'Etat pour couvrir ses dépenses de fonctionnement et d'équipement.

conseil assure le relais entre les associations nationales, les organisations internationales non Le Conseil dispose de représentations régionales du Conseil qui travaillent en collaboration avec

gouvernementales ainsi qu'avec les organes de l'Organisation des Nations Unies et organise des les associations locales actives et sont chargées, du suivi et du contrôle, du traitement des

forums nationaux, régionaux et internationaux des droits de l'Homme à l'occasion desquels est requêtes relatives aux violations des droits de l'Homme.

décerné le " prix national des droits de l'Homme ". Les réunions du Conseil sont de quatre sortes: -celles tenues sur Ordre de Sa Majesté le Roi en

Le texte a veillé à ce que la composition du conseil allie ainsi entre le pluralisme, la compétence vue d'examiner une question que lui soumet Sa Majesté pour consultation et avis, -les sessions

et l'expertise, la représentativité de la femme et la représentativité régionale. ordinaires qui se tiennent quatre fois par an au maximum , -celles tenues à l'initiative des deux

Aussi, outre le président, le secrétaire général, le responsable de l'institution chargée de la tiers au moins des membres du Conseil : -celles qui se tiennent pour des besoins d'urgence à

promotion de la communication entre le citoyen et l'Administration et les présidents des l'initiative du président du Conseil.

commissions régionales en place, le CNDH comprend 30 membres nommés pour un mandat de Le règlement intérieur fixe les modalités de fonctionnement et l'exercice des attributions ainsi

4 ans renouvelable. que la tenue des réunions et des délibérations du conseil. Le président du Conseil soumet à Sa

Les membres sont choisis après consultation parmi les personnalités représentant les forces Majesté le Roi un rapport annuel sur l'état des droits de l'Homme ainsi que sur le bilan et les

vives de la société (associations, des syndicats, du parlement, des figures de la pensée, du perspectives d'action du Conseil.

corps de la magistrature, des professeurs de l'enseignement supérieur et des experts marocains Ce rapport est publié au Bulletin officiel. Le président du Conseil informe l'opinion publique, les

auprès de l'ONU) et agissant dans les domaines des droits de l'Homme, et justifiant d'une organisations et les instances nationales et internationales concernées par les droits de

expertise et d'expérience en la matière. l'Homme, du contenu dudit rapport.

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ll présente devant chacune des chambres du Parlement, en séance plénière, un exposé séance plénière, d'un exposé synthétique du contenu du rapport, et ce, après en avoir saisi

synthétique du contenu dudit rapport, et ce, après en avoir saisi leurs présidents respectifs. leurs présidents respectifs.

Les rapports, les avis, les recommandations et les propositions du Conseil sont publiés et Le souci du législateur d'assurer une plus grande convergence avec les principes de Paris

diffusés à grande échelle, après qu'ils aient été portés à la Haute Connaissance de Sa Majesté le apparaît clairement à cet effet. Inter : Les principes de Paris

Roi. Ainsi les principales innovations introduites par le dahir , par delà le changement de Approuvés par la Commission des droits de l'homme des Nations unies, en mars 1992

dénomination (Conseil National au lieu de Conseil consultatif) concernent le renforcement de la (résolution 1992/54), et l'Assemblée générale de l'organisation internationale (résolution

conformité avec les principes de Paris et la pratique internationale des Institutions nationales AIRES/481134 du 20 décembre 1993), les principes de Paris concernant le statut et le

des DH, l'intégration, la capitalisation et la consolidation des acquis depuis la création (20 ans), fonctionnement des institutions nationales de protection et de promotion des droits de l'homme.

la réorganisation (10 ans) et l'intégration des nouvelles préoccupations en matière des DH Selon ces recommandations, une institution nationale, qui est investie de compétences de

(Droits Economiques, Sociaux, Culturels, Environnement, ...). protection et de promotion des droits humains, est dotée d'un mandat aussi étendu que

Ces innovations portent également sur la couverture d'un large éventail des DH (Droits possible, et clairement énoncé dans un texte constitutionnel ou législatif, déterminant sa

catégoriels et droits thématiques), le renforcement des attributions en matière de monitoring composition et son champ de compétence.

des DH, le renforcement de l'auto saisine, la réception et traitement des requêtes, les visites et Parmi ses attributions, l'institution nationale est appelée à fournir à titre consultatif au

le contrôle qu'il est autorisé à effectuer dans les lieux de détention et les établissements gouvernement, au parlement et à tout autre organe compétent, soit à la demande des autorités

pénitentiaires, et son rôle en matière d'alerte précoce et d'intervention en cas d'urgence et ce concernées, soit en usant de sa faculté l'autosaisine, des avis, recommandations, propositions et

qui concerne la médiation et la conciliation. rapports concernant toutes questions relatives à la protection et à la promotion des DH.

En outre le Conseil s'est vu renforcer les attributions en matière d'harmonisation, de suivi de la Elle se doit aussi de promouvoir et veiller à l'harmonisation de la législation, des règlements et

pratique conventionnelle (Monitoring du suivi des Observation Finales et des recommandations des pratiques nationaux avec les instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme,

des organes de traités ) et de mise en œuvre des mécanismes prévus par les instruments auxquels l'Etat est partie, et à leur mise en œuvre effective.

internationaux des DH auxquels a souscrit le Maroc. L'institution est chargée, entre autres, d'encourager à la ratification desdits instruments ou à

Outre le rôle de relais entre l'Etat avec ses institutions et la société civile nationale et l'adhésion à ces textes et s'assurer de leur mise en œuvre, ainsi que contribuer aux rapports

internationale Le Conseil a vu se Renforcer son interactivité du Conseil avec le système que les Etats doivent présenter aux organes et comités des Nations Unies, ainsi qu'aux

international des DH et dans le débat sur DH et la construction démocratique, avec notamment institutions régionales, en application de leurs obligations conventionnelles, et le cas échéant,

une incitation à la créativité en matière des DH par le biais d'organisation d'un prix des DH, tout émettre un avis à ce sujet, dans le respect de leur indépendance.

comme il consacre la contribution du CNDH à l'observation des élections. S'agissant des modes de désignation de ses membres, par voie élective ou non, la composition

Les membres du Conseil répondent en plus à des critères déterminés par le dahir, à savoir des de l'institution nationale doit être établie selon une procédure présentant toutes les garanties

personnalités notoirement connues pour leur impartialité, leur probité morale, leur attachement nécessaires pour assurer la représentation pluraliste des forces sociales (de la société civile)

sincère aux valeurs et principes des droits de l'Homme, leur compétence intellectuelle et leur concernées par la protection et la promotion des droits de l'homme, notamment par des

expertise, avec une représentation des principales forces vives de la société agissant dans les pouvoirs permettant d'établir une coopération effective avec, ou par la présence, des

différents domaines des DH représentants des organisations non gouvernementales compétentes dans ce domaine.

Outre les garanties d'indépendance le CNDH jouit de la capacité juridique et de l'autonomie Pour la stabilité du mandat des membres de l'institution, sans laquelle il n'est pas de réelle

financière, avec des crédits alloués au budget général de l'Etat et des règles d'organisation indépendante, leur nomination est faite par un acte officiel précisant, pour une période

financière et comptable spécifiquement dédiées. Concernant la relation à l'opinion publique, le déterminée, la durée du mandat. Il peut être renouvelable, sous réserve que demeure garanti le

texte prévoit la publication au Bulletin officiel du Rapport annuel soumis à Sa Majesté le Roi, et pluralisme de sa composition.

l'information par le président du Conseil de l'opinion publique, des organisations et des Les principes de Paris comportent, en outre, garantissent à l'institution national la possibilité

instances nationales et internationales concernées par les droits de l'homme, du contenu du d'examiner librement toutes questions relevant de sa compétence, obtenir toutes informations

rapport, outre la présentation par le président devant chacune des chambres du Parlement, en et tous documents nécessaires, s'adresser directement à l'opinion publique ou par

l'intermédiaire de tous organes de presse, particulièrement pour rendre publics ses avis.

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D'autre part, une institution nationale peut être habilitée à recevoir et examiner des plaintes et l'administration, et ce par référence aux règles de la primauté du droit et aux principes de
requêtes concernant des situations individuelles. Elle peut être saisie, par des particuliers, leurs justice et d'équité.
représentants, des tierces parties, des organisations non gouvernementales, des associations et Le médiateur, qui est nommé par dahir pour une période de cinq ans, renouvelable une seule
syndicats et toutes autres organisations représentatives. fois, est choisi parmi les personnalités reconnues pour leur probité, leur compétence, leur
impartialité et leur attachement aux règles de la primauté du droit et aux principes de la
justice et de l'équité.
Le Médiateur est assisté, dans l'exercice de ses missions, de délégués spéciaux placés sous
L’Institution du Médiateur, son autorité et de délégués régionaux qui en relèvent et dénommés médiateurs régionaux,

Rabat, 05/04/11- Le Dahir n° 1- 11-25 du 12 rabii II 1432 (17 mars 2011) portant création de ainsi que, dans le cas échéant, de délégués locaux. Les délégués spéciaux qui assistent le
l'Institution du Médiateur vient de paraître au Bulletin officiel n°5926. Médiateur sont le délégué spécial chargé de faciliter l'accès aux informations administratives,
celui chargé du suivi de la simplification des procédures administratives et de l'accès aux
La création de l'institution du médiateur, qui substitue à l'institution Diwan Al Madalim, services publics ainsi que le délégué spécial chargé du suivi de l'exécution des décisions
permet d'accompagner la réforme profonde des institutions que connaît le Royaume en vue de judiciaires rendues à l'encontre de l'administration.
consolider les acquis de Diwan Al Madalim et de l'habiliter à remplir des missions élargies, Les médiateurs régionaux exercent, dans la limite de leur ressort territorial, reçoivent les
avec une nouvelle structuration tout en assurant la complémentarité avec le conseil national plaintes, les doléances et les demandes de règlement des différends dont est saisi le Médiateur
des droits de l'Homme (CNDH) dans le cadre des compétences que lui sont dévolues. par des personnes physiques ou morales, marocaines ou étrangères.
Ils procèdent aux actes d'enquêtes et d'investigation sur les plaintes et les doléances,
renseignent et orientent les citoyens et incitent l'administration à établir une communication
Conformément à ce Dahir, le médiateur est une institution nationale, indépendante et efficiente avec eux, proposent les mesures et les dispositions à même d'améliorer les
spécialisée qui a pour mission, dans le cadre des rapports entre l'administration et les citoyens, structures d'accueil et le contact avec l'administration.
de défendre les droits, de contribuer à renforcer la primauté du droit et à propager les Les délégués régionaux doivent également soumettre au médiateur, tous les trois mois, des
principes de justices et d'équité, de procéder à la diffusion des valeurs de la moralisation et de rapports périodiques sur le bilan de leurs activités. Afin de garantir les meilleurs conditions de
la transparence dans la gestion des services publics. coordination, de communication et de suivi entre l'administration et les services de
Elle veillera également à promouvoir une communication efficiente, entre d'une part, les l'Institution du Médiateur, l'administration désigne parmi les responsables qui en relèvent des
personnes qu'elles soient physiques ou morales, marocaines ou étrangères, agissant à titre interlocuteurs permanents de cette institution, qui jouissent du pourvoir de décisions au sujet
individuel ou collectif, d'autre part, les administrations publiques, les collectivités locales, les des plaintes et des doléances qui leur sont transmises par ladite institution.
établissements publics, les organismes dotés de prérogatives de la puissance publique ainsi Il est également créé entre l'institution et les administrations des comités permanents de
que touts autres entreprises et organismes soumis au contrôle financier de l'Etat. coordination et de suivi au sein desquels siègent leurs représentants.
Le Médiateur est chargé d'instruire, soit de sa propre initiative conformément aux modalités Les attributions et les modalités de fonctionnement desdits comités sont fixées dans le
fixées dans le règlement intérieur de l'Institution, soit sur plaintes ou doléances dont il est règlement intérieur de l'Institution.
saisi, les cas qui porteraient préjudices à des personnes physiques ou morales, marocaines ou L'administration concernée par les plaintes ou les doléances dont elle est saisie par
étrangères en raison de tout acte de l'administration, qu'il soit une décision implicite ou l'institution du Médiateur, par l'un de ses délégués spéciaux ou par un médiateur régional, doit
explicite, une action ou une activité, considéré contraire à la loi, notamment lorsqu'il est informer l'institution de son avis sur requêtes des plaignants ou des requérants, de toutes les
entaché d'excès ou d'abus de pouvoir, ou contraire aux principes de justice et d'équité. dispositions ou mesures qu'elle a prises au sujet des plaintes dont elle est saisi ou, selon le cas,
Le Médiateur, qui est, de droit, membre du CNDH, procède, de sa propre initiative ou sur des solutions qu'elle suggère au plaignant ou au requérant, afin de remédier au préjudice, à
demande de règlement de différend présentée par l'administration ou le plaignant, à toute l'arbitraire ou à l'abus dont il est victime.
médiation et conciliation en vue de rechercher des solutions équitables et équilibrées au
différend entre les parties à même de remédier au préjudice causé au plaignant du fait de

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Le Médiateur informe régulièrement le Premier ministre de tous les cas où l'administration Pour leur part, le gouvernement et les différents organes de l'administration concernée,
s'est abstenue de donner suite à ses recommandations, en lui faisant part de ses observations chacun dans la limite de ses attributions, soumettent à l'Institution du Médiateur des rapports
au sujet de la position de l'administration et des mesures qu'il propose de prendre. spéciaux sur les mesures qu'ils ont prises pour l'exécution des recommandations et des
Dans le but d'enraciner les principes de la gouvernance administrative et d'améliorer l'action propositions dont ils ont été saisis par l'Institution.
de l'administration, le Médiateur présente au Premier ministre, dans le cadre de ses Cette nouvelle structure jouit, en tant qu'institution nationale indépendante et spécialisée, de
attributions et en tant que force de proposition, des rapports spéciaux comprenant ses la pleine capacité juridique et de l'autonomie financière. Elle dispose d'une structure
recommandations et ses propositions qui tendent notamment à enraciner les valeurs de la administrative, composée d'un secrétariat général, de divisions et d'unités administratives et
transparence, de la moralisation et de la gouvernance dans la gestion des services publics et à techniques dont l'organisation et les attributions sont fixées dans le règlement intérieur de
simplifier les procédures et les mesures administratives afin de faciliter l'accès des citoyens ladite Institution.
aux prestations de l'administration dans les meilleures conditions. D'autre part, le Médiateur est chargé de promouvoir les relations de coopération et de
L'institution du Médiateur assure également l'organisation de forums nationaux, régionaux ou partenariat, notamment dans les domaines de la formation, de l'échange d'expertise et de la
internationaux ayant pour objectif d'enrichir la pensée et le dialogue sur les questions de la diffusion des valeurs et objectifs poursuivis par les institutions d'ombudsman et de médiation
bonne gouvernance et de la modernisation des services publics dans le cadre de la primauté et de la diffusion de la culture des droits de l'Homme dans son domaine de compétence et de
du droit et des principes de justice et d'équité. coordonner les efforts déployés à cette fin, notamment avec les institutions similaires de
Elle contribue aussi à la consolidation de l'édifice démocratique, à travers son action tendant à médiation et d'Ombudsman étrangères ainsi qu'avec les organisations, les associations et les
moderniser les structures et les procédures de l'administration, à enraciner les valeurs de organismes nationaux, régionaux et internationaux.
l'administration citoyenne et à s'imprégner les règles de déontologie des services publics.
Le Médiateur contribue également à la création de réseaux de communication et de dialogue
entre les organismes nationaux et étrangers ainsi qu'entre les experts qui ont apporté des
contributions significatives dans le domaine de la bonne gouvernance administrative.
Le Médiateur soumet à SM le Roi un rapport annuel sur le bilan d'activités et les perspectives
d'action de l'institution. Ledit rapport comprend notamment un inventaire du nombre et de la
nature des plaintes, des doléances et des demandes de règlement des différends, l'indication
des affaires sur lesquelles il a été statué, des enquêtes et des investigations menées par
l'institution et les conclusions qui en découlent pour le traitement des plaintes et doléances et
la défense des droits des plaignants, ainsi que des affaires pour lesquelles l'institution s'est
déclarée incompétente ou a déclaré l'irrecevabilité ou le classement.
Ce rapport fait état aussi des différents dysfonctionnements et défaillances qui affectent les
rapports de l'administration avec les citoyens et indique les recommandations du Médiateur et
les mesures qu'il propose de prendre en vue notamment de simplifier les procédures
administratives, d'améliorer le fonctionnement des organes de l'administration, de corriger les
dysfonctionnements qui les affectent et de réviser les textes législatifs et réglementaires
régissant les missions de l'administration, ainsi que les axes du programme d'action de
l'Institution à court et à moyen termes et le résumé de la situation de sa gestion financière et
administrative.
Le Médiateur présente devant le parlement, en séance plénière, un exposé synthétique du
contenu du rapport annuel.

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