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Vidal Eléonore

MSP Madeleine Brès


7 rue Porte Madeleine
45000 Orléans
coordinationmspoc@gmail.com
Monsieur Emmanuel Macron
Président de la République
Palais de l’Elysée
55 rue du Faubourg-Saint-Honoré
75008 Paris, France

Orléans, le 12 avril 2022

Lettre Ouverte à Monsieur Emmanuel Macron, Président de la République

Monsieur le Président,

“Je suis Colette, j’ai 63 ans, et je meurs.

Monsieur le président entendez moi !


Je suis Colette, j’ai 73 ans, je suis malade. Je suis malade et on me laisse mourir.
On me laisse mourir en silence, dans mon appartement, à Orléans.
Mon médecin vient de partir en retraite. Et personne ne peut le remplacer. Mon médecin
venait me soigner à mon domicile. Il prenait le temps de venir me soigner parce-que je ne
peux plus me déplacer. Je suis faible, mes genoux ne me portent plus. J’ai chuté dans mon
appartement parce-que je ne pouvais me mouvoir. L’hématome lié à ma chute a migré vers
mon pied, et mes orteils sont noirs. Je souffre terriblement.

Monsieur le président, entendez-moi!


Je sens des ganglions sous les bras, et je souffre. J’ai peur que mon cancer soit de retour,
mais à mon âge je ne suis pas prioritaire, on ne peut rien faire pour moi.

Monsieur le président, entendez-moi!


J’ai peur.
Mes aides à domicile n’ont pas le temps de s’occuper de moi, je reste parfois toute la journée
en pyjama et je ne suis pas lavée. Je n’ai plus goût à la vie. On ne me voit plus, on ne m’entend
plus, je suis seule.

Monsieur le président, entendez-moi!


plus aucun médecin ne peut prendre le temps de m’écouter, ni de me soigner.
On me dit d’aller au service d’urgences. Mais j’ai peur.
Là-bas on meurt dans les couloirs par manque de moyens.
Monsieur le président, entendez-moi!
Depuis plusieurs semaines j’ai un abcès dentaire, je souffre terriblement. Aucun dentiste ne
prend de nouveau patient à Orléans. Il n’y a pas d’urgence dentaire. Et comme je n’ai plus
de médecin traitant, aucun autre médecin ne veut me prescrire d’antibiotique pour me soulager
temporairement. J’ai perdu beaucoup de poids car la douleur m’empêche de manger.
Finalement, c’est peut-être aussi pour ça que je ne tiens pas sur mes jambes.
Pas seulement mes crises d’arthrose. Mais comme il n’y a pas de rhumatologue disponible
avant l’année prochaine, je ne peux pas non plus soigner mes articulations.

Monsieur le président, écoutez-moi!


Je suis fatiguée. J’ai peur de mourir, seule, sans soin. Comme un animal.
Ou plutôt non. Pire qu’un animal. Un animal, on lui permet d’avoir une injection létale pour
ne pas souffrir. Moi je souffre. J’ai mal, je suis seule, et je pleure.
Je pleure comme tous ces soignants épuisés et démunis. Ceux qui aimeraient pouvoir me
soigner, et qui ne le peuvent plus car ils n'en n’ont plus les moyens.

Monsieur le président, je suis rassurée. Je ne suis pas seule.


Nous sommes 2, 4, 10, 1000, 2000, 3000, 4000 dans mon cas, à avoir été soigné par
ce même médecin parti trop tôt en retraite parce qu’il était épuisé.
Et parce que nous sommes des dizaines de milliers, dans mon cas à Orléans et partout en
France, dans notre pays de l’égalité, de la liberté, de se soigner et de vivre dignement, parce-
que vous êtes un président de la République compétent, vous allez enfin vraiment parler de la
problématique de santé qui nous touche tous.

Monsieur le président, nous comptons sur vous pour réagir.


Parce-que l’accès à la Santé est un droit universel.
L'Article 25 de la Déclaration universelle des droits de l'homme dispose que « toute
personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de
sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi
que pour les services sociaux nécessaires… ».
Monsieur le président, nous comptons sur vous.”

Je vous prie d’agréer Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très


haute considération.

Eléonore Vidal,
Coordinatrice
De Maison de Santé
En Région Centre Val de Loire,
D’une équipe formidable
Qui n’a plus les moyens de soigner,
Qui crie son désarroi
Malgré un surinvestissement,
Face à l’abandon
Du système politique
Vis-à-vis de la santé.

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