Vous êtes sur la page 1sur 6

La modalité assertive

Dans les grammaires traditionnelles, on arrive souvent à parler de façon confuse tantôt
d’affirmation, tantôt d’assertion pour désigner le même type de réalité. On y parle encore de
l’existence d’une assertion positive ou affirmation et d’une assertion négative. Cette acception
suit les études frégéennes conformément auxquelles tout acte de langage est une affirmation. La
négation serait une affirmation d’un contenu négatif. Pour ce qui est de notre cours, nous allons
parler de l’existence d’une assertion ou d’une modalité assertive et d’une négation ou d’une
modalité négative. Les deux types de modalités ont un comportement particulier, retrouvable
d’une façon ou d’une autre à l’intérieur des autres modalités.
Phénomène complexe, l’assertion est une modalité qui a un contenu propositionnel ou bien
vrai, ou bien faux. C’est une vérité vérifiable ontologiquement ou d’après d’autres critères
d’analyse. Un énoncé comme :
Il fait terriblement chaud aujourd’hui
peut être vérifié en regardant par la fenêtre, en sortant dans la rue ou en consultant la météo. On
peut constater que l’assertion peut exprimer le « propos sur le monde » (P. Charaudeau : 1994 :
553) que le locuteur tient dans son acte de communication. Le locuteur dit ce en quoi il croit.
L’assertion devient un acte de langage (délocutif pour Charaudeau) dans le sens que
asserter, c’est imposer à l’interlocuteur un objet du réel auquel on pense. Une simple phrase
comme :
Maman vient ce soir
peut signifier beaucoup de choses lorsqu’elle est introduite dans un contexte précis : un constat
(l’arrivée de maman), une annonce (Maman vient ce soir, donc il faut l’attendre à la gare), une
menace (Maman...., tu vas voir les conséquences de ton comportement), etc.
L’assertion est, au fond, un acte de volonté. (v. Descartes, Sechehaye, Searles)
On peut sans doute conclure que l’assertion est toujours un acte énonciatif qui a pour but
de modifier l’univers de croyance du destinataire.
L’univers de croyance est défini par Robert Martin (1983, 1992) comme l’ensemble
indéfini des propositions que le locuteur, au moment où il parle, tient pour vraies ou qu’il veut
accréditer comme telles, afin de changer l’univers de l’interlocuteur. Dire :
Je suis Brigitte Bardot
c’est un énoncé métaphorique, vrai de mon point de vue parce que je partage le même amour pour
les chiens que celle-là. L’énoncé peut être faux du point de vue du destinataire qui ne connaît cet
aspect de ma personnalité.

1
Plusieurs aspects sont à prendre en considération à l’analyse de l’assertion :
1 Dimension logique
On a déjà souligné que, logiquement, l’assertion désigne un contenu qui peut être vrai ou
faux, qui peut être vérifié.
2. Dimension syntaxique :
-aspect phonétique
La phrase assertive se caractérise par une courbe intonatoire au moins binaire, formée
d’une intonation ascendante, suivie d’une intonation descendante :

Marie lisait un livre


Dans le code écrit, l’assertion est marquée par le point ou par le point-virgule. Une phrase
assertive complexe peut être formée par plusieurs groupes rythmiques, marqué chacun par une
courbe ascendante ou descendante :
Le petit enfant demandera pardon pour toutes les fautes
On a affaire ci-dessus à trois groupes rythmiques : le petit enfant (1), demandera pardon (2),
pour toute les fautes (3). Deux courbes sont ascendantes et la troisième est descendante.
- aspect formel
La phrase assertive peut se présenter :
- sous forme organisée, étant composée d’une structure complète, stable : sujet +
prédicat : Les ennuis passent
- sous forme inorganisée, contenant uniquement un élément non saturé grammaticalement :
un substantif, un pronom, un adjectif, etc. : Silence. Terrible silence.
- sous formes d’un adverbe de substitution ou de phrase, lorsqu’elle apparaît en réponse à
une question : Tu dors ? – Oui, certainement, assurément, sans doute, etc. Si la question est
formulée négativement, alors la réponse affirmative est si : Tu ne dors pas ? – Si ! (utilisé pour
contrecarrer l’attente du sujet qui pose la question.
D’autres marques peuvent jouer le rôle d’une réplique affirmative : soit, d’accord, bien,
o.k., voire, etc.

3. Dimension sémantico-pragmatique
l’emploi de certaines marques peut amener des nuances de sens :
-vérité acceptée provisoirement ou avec peu de conviction :
Tu prétends dire la vérité. Soit, mais je serai toujours sur tes traces.
- vérité mise en doute par le sujet parlant :

2
Il dit que pauvreté n’est pas vice. Voire !
- vérité niée ou mise en doute par le sujet parlant, au nom de l’argument utilisé par
l’interlocuteur pour prouver la vérité de ses dire : justement, précisément, ou pour renchérir sur la
vérité : absolument, on ne peut mieux dire :
C’est justement la raison pour laquelle je vous écris
C’est comme vous dite. On ne peut mieux dire
- le sujet parlant donne son accord à l’assertion de son interlocuteur : d’accord, O.K
affirmatif, bien sûr, mais aussi la relativisation de l’accord : peut-être, probablement, je crois, etc.
4. Dimension discursivo-argumentative
L’assertion peut jour le rôle d’une stratégie argumentative. Elle apporte dans le discours
des arguments ayant diverses fonctions :
-explication causale : on présente la raison pour laquelle un événement, une discussion peut
avoir lieu ou non :
Tous les malheurs peuvent être dépassés. Dieu nous a donné la force.
- réfutation des arguments formulés par d’autres :
- Tu peux travailler toute la nuit
- Oui, si j’étais robot
Cet effet se retrouve très souvent dans la publicité écrite ou orale basée sur les discours
contradictoires.
L’assertion peut être exprimée d’une façon implicite : tous les énoncés affirmatifs ; d’une
façon explicite, en se servant des verbes explicatifs du type : affirmer, dire, croire, etc. :
J’affirme qu’il a perdu la mesure des choses.
Le rôle complexe de l’assertion ressort du fait qu’elle se combine avec tous les types
facultatifs : emphatique, passif, impersonnel.

L’expression de l’emphase
La phrase emphatisée apparaît comme un type de structure discursive par l’intermédiaire
de laquelle on met en évidence certains constituants de la phrase simple et de la phrase complexe.
Structure phrastique facultative, l’emphase peut se combiner avec tous les types essentiels de
phrase :
- assertion – emphase : C’était pour avoir tant pleuré que ses yeux étaient rouges. (mise
en évidence du circonstantiel de cause : pour avoir tant pleuré) ;
- interrogation – emphase : C’est de lui que tu m’as parlé ? (compl. du vb. : de lui)

3
- injonction – emphase : Bougre, bouge ton cul !; Hé ! toi ! ta gueule !
- négation – emphase : Lui, il ne disait plus rien ; Ce n’était pas grâce à elle qu’il avait
gagné le concours ;

Dimension syntaxique :
-aspect phonétique
Les éléments suprasegmentaux qui contribuent à marquer l’emphase sont l’accent
d’insistance ainsi que l’intonation variable, complexe, réunissant les courbes ascendantes et
descendantes organisées en fonction des unités du discours mis en évidence, de leur place dans
l’économie de la phrase.
L’accent d’insistance est différent de l’accent d’intensité. Ce dernier caractérise le groupe
rythmique, tandis que le premier sert à individualiser telle ou telle unité de discours. Le but du
locuteur est celui de souligner un certain mot. L’accent d’insistance est utilisé à l’oral.
L’intonation montante caractérisant un certain mot peut conduire à le mettre en évidence tout en
l’individualisant dans un ensemble donné (la phrase). Dans un énoncé simple comme :
Marie va à l’école
chacun de ces éléments peut être mis en évidence par l’accent d’insistance. La désambiguïsation
peut se faire en imaginant des contextes appropriés :
Marie va à l’école (et non Paul)
_ _/ _ _ _ _ (accent sur Marie)
_ _ _/ _ _ _ (accent sur le verbe : elle n’en revient pas)
_ _ _ _ _ _/ (accent sur école : et non pas au théâtre)

Le plus souvent, les éléments suprasegmentaux s’accompagnent d’éléments segmentaux,


surtout à l’écrit où on ne peut saisir la valeur de l’accent d’insistance.
Marqueurs segmentaux de l’emphase :
a) la pronominalisation, c’est-à-dire la reprise anaphorique (avant) ou cataphorique (après)
du constituant emphatisé, suivi par une pause (virgule) de détachement. Soit la phrase :
Je ne pourrais pas admettre une autre fin de cette histoire
L’insistance sur un certain terme peut se réaliser par sa sélection et par son déplacement à
l’une des extrêmes (en tête ou à la fin) de la phrase. Cela amène son isolement par une virgule et
sa reprise par un pronom correspondant :
Une autre fin de cette histoire, je ne pourrais pas l’admettre.
Cette histoire, je n’en pourrais pas admettre une autre fin.

4
Lorsque le mot à souligner est un pronom, celui-ci est repris par un pronom personnel
forme tonique (pronom disjoint). Accompagné par le renforceur même, le pronom ne se détache
plus par la virgule :
Il m’a raconté son histoire
Lui, il m’a raconté son histoire
Il m’a raconté son histoire, lui
Lui-même m’a raconté son histoire
b) isolement des constituants soulignés par des gallicismes ou présentatifs : voilà, voici, il y
a, c’est...qui, c’est...que.
Voici, voilà peuvent mettre en évidence une structure complète (une phrase), suivis le plus
souvent par une structure relative introduite par qui / que :
Voilà le printemps arriver !
Voilà notre gamin qui se met à pleurer (présente une situation nouvelle)
Ces deux gallicismes sont souvent précédés par la préposition en :
En voilà une belle histoire d’amour !
Voici, voilà peuvent être employés seuls comme des interjections ou substituts de phrase
(réponse à un question, exclamations) :
L’addition, s’il vous plaît ! – Voilà / voici !
L’opposition proximité / distance qui pourrait être devinée dans la composition de ces deux
présentatifs est aujourd’hui effacée. Voilà renvoie à ce qui précède (Tu ne sortiras pas
aujourd’hui. Voilà ce que j’ai eu à dire.) Voici anticipe sur ce qui va suivre (Voici ce que je veux
te dire : tu ne sortiras pas aujourd’hui.)
Dans une assertion, ils ne peuvent pas être niés, mais il l’admettent dans une interrogation :
*Ne voilà personne / mais : Ne voilà-t-il pas son intérêt ? (sens vieilli)
Ils peuvent être suivis par un comparatif ou superlatif relatif : En voilà le plus intéressant

Les présentatifs c’est...qui, c’est...que servent à mettre en évidence tous les constituants de
phrase à l’exception du verbe au mode personnel (prédicat) :
C’est moi qui ai pris la voiture (attention à l’accord du verbe avec le sujet souligné)
C’est une maison qu’il s’est achetée (COD)
Ce fut pour des on dit qu’il s’est fait mauvais sang

5
Rem. En général, le verbe être faisant partie de la structure du présentatif varie en temps et
me mode, gardant pourtant une certaine préférence pour le présent de l’indicatif. Dans la langue
soutenue, il peut aussi varier en nombre, surtout à la 3-ème personne :
Ce sont / c’est eux qui viennent
Tout de même, le pluriel est exclu avec les pronoms vous et nous :
*Ce sont nous qui venons / C’est nous qui venons
Dans certaines structures construites sur le 3-ème pers. il est de mise d’employer le
singulier : est-ce eux ? (struct. Interrog.). Ce n’est pas eux ; c’est dix euros (pour marquer le prix,
un numéral) ; fût-ce les dieux...(de-ar vrea zeii) (hypothèse avec inversion du sujet en phrase
indépendante) ;

Le gallicisme il y a marque l’emphase surtout lorsqu’il fonctionne :


- avec des indéfinis (adj. / pron. ) : Il y a beaucoup de gens qui savent nager ; Il y a un
verre de cassé (qui est cassé) ;
- dans une négation restrictive construite avec que : Il n’y a que toi qui manquais !
Il y a ne peut fonctionner seul ; il est toujours accompagné par une complémentation
(COD, indication spatiale, temporelle, circonstantielle), même lorsqu’il exprime l’existence.
C’est une structure impersonnelle et il pose l’existence d’un référent : Il y a quelqu’un dans la
chambre

c) d’autres marqueurs d’emphase : quant à, pour (ce qui est de), pour ma (var.) part, en ce
qui me (var.) concerne :
Quant à la leçon, elle n’est pas difficile.
Assez souvent l’emphase est caractérisée par cumul de marqueurs.

Une autre modalité qui va retenir notre attention sera la négation, vue sous ses aspects
morpho-syntaxiques et sémantico-pragmatiques.

Vous aimerez peut-être aussi