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Audit comptable et financier Les scandales financiers

Introduction:

Les scandales financiers qui ont secoué les places financières aux Etats-Unis remettent en
cause la crédibilité de l’information financière publiée par les sociétés et engagent la
responsabilité des cabinets d’audit et d'expertise comptable, des agences de Rating et des
analystes financiers. Les scandales ne sont pas le résultat d’agissements frauduleux de quelques
uns. Il s’agit de scandales financiers mettant en cause le fonctionnement de tout un système
économique.

La fin de l’année 2001, et plus précisément le début de l’année 2002, ont donné lieu à de
nombreux scandales financiers dont l’importance a entamé la confiance placée dans l’économie
et le fonctionnement des sociétés cotées. Différentes pratiques sont ainsi apparues au grand jour
comme l’immixtion des cabinets d’audit dans le conseil financier, la réalisation de montage
juridico-financiers et l’utilisation de la technique de la croissance externe pour cacher des déficits
faramineux, … De tels agissements ayant donné lieu à de nombreux abus, surtout de la part de
dirigeants de tels groupes, on assiste à une remise en cause de l’autorégulation et du
gouvernement d’entreprise pratiqué jusqu’alors.

Dans ce présent rapport, nous allons en premier lieu lever un coin du voile sur les principaux
scandales financiers qui ont connu les principales places financières au monde (notamment aux
Etats-Unis et en Europe), puis nous examinerons les conséquences majeures de ces scandales à
savoir les nouvelles lois (Sarbanes-Oxley aux Etats-Unis, Loi de Sécurité Financière en France)
qui ont pour objectif d’apporter plus de transparence à la qualité de l'information financière et
comptable publiée par les entreprises.

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I. Les principaux scandales financiers :

Les scandales financiers ne sont pas seulement issus des fraudes dissimulées des dirigeants
d'entreprise, mais, parfois ils sont les soubassements d'une mauvaise situation économique et
financière des grandes entreprises portant un coup aussi fort sur la confiance des investisseurs et
des marchés boursiers.

Les fraudes comptables des sociétés sont le produit direct d'un boom économique américain
profondément biaisé, entre 1995 et 2000, un boom qui a été fortement stimulé par un envol
historique du prix des actions et non l'inverse. La raison en était simple: camoufler la réalité d'une
tendance des profits des entreprises de plus en plus sombre. En offrant l'apparence de gains sans
cesse en expansion, les comptes annuels truqués permettaient au cours des actions de continuer à
grimper. Cela autorisait les sociétés de lever des capitaux et d'accroître l'investissement en
l'absence de profits. Les PDG pouvaient amasser des fortunes fabuleuses grâce aux stock-options,
même si leur firme tanguait vers la faillite et que les surcapacités augmentaient dangereusement.
La bulle historique du cours des actions allait donc se gonfler encore plus et le boom des
investissements inadéquats s'accroître, rendant le krach qui s'ensuivra et la récession d'autant plus
sévères.

Entre 1997 et 2000, au moment même où l'expansion économique américaine tant vantée avait
atteint son sommet, les profits des sociétés en termes absolus et en taux de retour sur le stock de
capital (bâtiments, équipement, programmes informatiques, etc.) dans le secteur non financier de
l'économie chutaient fortement: de 15 à 20%. Dans des circonstances normales, en conséquence
du déclin des profits et de la rentabilité, les firmes se seraient retrouvées elles-mêmes avec des
surplus réduits à disposition tout en obtenant moins de fonds de l'accumulation du capital pour
chaque dollar investi. Elles auraient aussi connu une incitation plus petite à investir dans la
mesure où le taux de profit réalisé constitue pour les sociétés la jauge fondamentale pour
anticiper la dynamique du taux de profit attendu. La croissance des investissements aurait donc
diminué et l'expansion économique aurait connu une décélération.

Toutefois, tel qu'il en alla, même alors que les profits déclinaient, le cours des actions grimpait
jusqu'au ciel. En 1995, les Etats-Unis optèrent pour une politique du dollar élevé. Aussi bien
comme cause que conséquence de cette politique, l'argent en provenance du monde entier se
déversa sur les Etats-Unis, poussant à la baisse les taux d'intérêt à long terme et déclenchant le
premier mouvement à la hausse du cours des actions. La banque centrale américaine a prolongé

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ce mouvement en refusant d'élever les taux d'intérêt à court terme durant quatre ans et en
facilitant le crédit. Les firmes du secteur non financier en particulier ont profité de ce régime de
crédit à bon marché, en empruntant massivement afin de racheter leurs propres actions dans des
quantités énormes, poussant ainsi à la hausse leur cours.

En conséquence de l'envolée impétueuse du cours de leurs actions, les firmes étaient capables
d'échapper à la réalité amère du déclin de leur rentabilité. Elles pouvaient accéder à des
capitaux avec une facilité sans précédent, soit en émettant des actions à des prix gonflés, soit en
empruntant aux banques, en ayant comme garantie la masse des actions au prix surévalué. Sur la
base de cette ascension de l'investissement, la croissance du produit intérieur brut, de l'emploi et
même des salaires s'est accentuée jusqu'au milieu de l'année 2000.

Des profits croissants rapidement sont normalement nécessaires non seulement pour financer et
susciter des investissements accrus, mais aussi, un jour ou l'autre, pour justifier et soutenir des
cours d'actions qui s'envolent. Or, des profits en hausse, c'était précisément ce qui manquait. Face
à la crise accrue des profits et de la rentabilité, les directeurs des grandes sociétés se trouvaient
sous une pression décuplée afin de maintenir, par tous les moyens, le cours des actions au
plafond. Et dans la mesure où une partie de leur rémunération était très liée à la valeur de leurs
options sur titres, ils faisaient face à une tentation irrésistible à agir de la sorte. Une grande
société après l'autre spécialement dans la «nouvelle économie», c'est-à-dire le secteur de la
technologie, des médias et des télécommunications (TMT), a simplement falsifié ses comptes afin
d'exagérer ses gains à court terme et de gonfler le cours des actions de la société.

Ces sociétés ont reçu une aide de la part des grandes banques généralistes de Wall Street qui
récoltaient d'énormes commissions pour organiser l'émission d'actions, le lancement d'emprunts
obligataires et agencer des rachats et fusions. Si les sociétés utilisaient les services des banques
d'investissement, en contrepartie des crédits seraient mis à leur disposition.

Ces firmes se sont aussi assuré l'aide inestimable «d'analystes financiers» des banques, qui
pronostiquaient des perspectives de revenu aux acheteurs potentiels afin de pousser à la hausse le
cours des actions. En outre, les cabinets d'audit «indépendants» qui en sont arrivés à servir de
consultants pour des investissements au même moment où ils étaient supposés contrôler les livres
de comptes des sociétés.

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Les pratiques frauduleuses de ces cabinets ont été facilitées par le gouvernement lui-même. En
effet, au début des années 1980, le gouvernement fédéral a démantelé le système de régulation
financière, qui avaient pour fonction de prévenir des formes spécifiques de corruption et de
conflits d'intérêts (par exemple, en ayant à la fois la fonction de contrôleur et de conseiller en
placement), qui avait été mis en place à l'occasion du New Deal, suite à la dernière grande bulle
spéculative et à son explosion.

Le maquillage des bilans des compagnies a aidé à la poursuite de l'expansion, mais jusqu'à un
certain point. Lorsque la réalité de la défaillance des profits s'est petit à petit imposée en 2000 et
2001, le cours des actions a atteint son sommet, les investisseurs peu à peu ont pris conscience et
le cours des actions s'est retourné. Alors, l'effet de richesse, lié à la hausse boursière, s'est inversé.
Les emprunts et les émissions d'actions des firmes se sont contractés. Les investissements dans de
nouvelles entreprises et biens d'équipement déclinèrent. Le chômage augmenta de manière
exponentielle. L'économie s'engagea dans une récession.

De la faillite du courtier en énergie ENRON au scandale du géant des télécoms WORLD COM,
une longue série d'affaires liées à des manipulations comptables a donné lieu à l'ouverture
d'enquêtes criminelles et entamé la confiance des investisseurs dans les pratiques américaines en
matière de gestion d'entreprise.

I.1 Le scandale ENRON :

La société avait été considérée comme un modèle d'évolution passant de l'économie industrielle à
la nouvelle économie. D'une activité industrielle de production d'électricité à une activité de
négoce d'énergie Société mineure de production d'électricité au Texas elle s'était dessaisie de ses
actifs industriels aux Etats Unis pour devenir un leader mondial de négoce de l'énergie.

ENRON a commencé le négoce d'électricité en Juin 1994 et deviendra le plus important


intervenant sur ce marché aux Etats-Unis.

En novembre 1999, ENRON lance ENRON on line, le premier site global de négoce de matières
premières (commodity trading) sur le net. Elle a ainsi été un leader dans le développement des
places de marché électronique qui ont eu leur heure de gloire

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Cette plate-forme avait fait d'ENRON une société emblématique de l'Internet. Elle a à la fois
contribué au développement de la bulle Internet et profité du phénomène. Elle est présentée
comme la plus importante société du Net.

ENRON affiche une augmentation de son résultat qui passe de 40,1 Milliards USD en 1999 à
100.8 USD en 2000 sur une envolée de son chiffre d'affaires par des contrats d'achat et de vente
en matière d'électricité et de gaz naturel.

En 2000 ENRON engrange 101 milliards de dollars de chiffre d’affaires et emploie 21000
personnes à travers le monde. Le 20 août 2000, en pleine euphorie Internet, l'action ENRON
atteint 90 USD.

Toutefois, les comptes étaient tenus de façon obscure et certaines opérations financières auraient
eu pour objectif de berner les investisseurs. Les managers d'ENRON ont mis hors bilan une après
l'autre des filiales afin de camoufler leurs gigantesques dettes et ainsi de dilater frauduleusement
leurs gains. Les gains artificiellement gonflés ont assuré la hausse des actions, permettant à la
société de se développer et aux dirigeants initiés (c'est-à-dire au courant de la réalité) d'obtenir
des rémunérations gigantesques en vendant leurs actions (avant le retournement).

Il n’est pas à négliger le rôle de partenaire indispensable joué par Citigroup et J.P. Morgan Chase
première et deuxième banque des Etats-Unis au côté de Merrill Lynch (autre grande banque),
pour mettre en place les comptes outrageusement truqués d'ENRON. Ce gigantesque conglomérat
financier a créé un ensemble de compagnies écrans (des coquilles vides) offshore dans le seul but
de fonctionner comme des simulacres de partenaires pour le négoce d'énergie et pour aider
ENRON à camoufler son endettement.

Les compagnies coquilles vides ont ainsi pu effectuer des prêts bancaires à ENRON à hauteur de
8 milliards de dollars en six ans. Toutefois, dans la comptabilité, ces prêts apparaissaient comme
des versements pour des achats. Peut-être que l'exemple le plus étonnant de ces manipulations fut
“l'achat” de trois centrales électriques montées sur des péniches (barges) stationnée sur la côte du
Nigeria, par Merrill Lynch en décembre 1999, pour la somme de 12 millions. Cela a permis à
ENRON de passer dans ses comptes un profit supplémentaire de 12 millions dans son rapport
financier de fin d'année (important pour soutenir le cours des actions). En échange Merrill Lynch
recevait d'ENRON une commission de 250000 dollars et 15% d'intérêt sur ce qui était en réalité

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un prêt devant être remboursé dans les six mois. En effet, à cette échéance, Merrill Lynch rendait
les barges au partenaire contrôlé par ENRON: la société LJM2.

Au travers de telles opérations ENRON présentait ce qui était en fait des dettes comme des actifs,
sous-évaluant ses dettes de 40% et surévaluant sa marge brute d'autofinancement de 50%; de la
sorte ENRON rehaussait la position de ses actions et sa capacité d'emprunteur. De leur côté
Citigroup et J.P. Morgan Chase ramassaient 200 millions en commission pour leur peine et, de
façon tout sauf étonnante, manigancèrent des combines similaires pour plus de 20 sociétés en
première ligne dans le secteur de l'énergie.

En mai 2001, alors que la société était en train de courir à la faillite , la Citigroup mieux placée
que quiconque pou le savoir, lance un grand emprunt obligataire pour ENRON. Pour cette raison,
dans tout le pays des fonds de pension qui avaient acheté des obligations, poursuivent en justice
Citigroup. Avec Merrill Lynch et J.P. Morgan Chase, Citigroup est l'objet d'une enquête menée
par une commission du Congrès et du procureur général de l'Etat de New York.

16 octobre 2001 ENRON annonce des pertes de 638 millions de dollars pour le
troisième trimestre et révèle qu'il a inscrit une charge de 1,2 milliard
relative à des fonds propres liés à des partenariats gérés par le
directeur financier Andrew Fastow

31 octobre 2001 ENRON annonce que l'ouverture d'une information par la SEC se
transforme en enquête formelle

9 novembre 2001 Dynegy annonce son intention de racheter son grand concurrent
ENRON pour plus de 8 milliards de dollars en actions

19 novembre 2001 ENRON confirme ses pertes du 3e trimestre et révèle qu'il va tenter
de restructurer une obligation de 690 millions de dollars dont le
délai est échu au 27 novembre

20 novembre 2001 L'action ENRON atteint son plus bas à Wall Street en près de dix
ans avec une chute de plus de 22%

21 novembre 2001 ENRON conclut un accord de rééchelonnement de sa dette de 690


millions

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26 novembre 2001 l'action ENRON perd 15%, s'établissant à 4,01 dollars

28 novembre 2001 Dynegy abandonne son projet de fusion après que Moody's dégrade
la note de la dette à long terme d'ENRON en "junk bond"
(investissement à haut risque). L'action ENRON chute à moins de 1
dollar

2décembre 001 Autrefois classée 7e société américaine, ENRON se place sous la


protection du chapitre 11 du code des faillites et attaque Dynegy
pour rupture abusive de projet de fusion

9 janvier 2002 le Département de la Justice confirme l'ouverture d'une enquête


pénale sur ENRON

24 janvier 2002 David Duncan, chargé de superviser l'audit des comptes d'ENRON
pour le cabinet Arthur Andersen, refuse de témoigner devant une
commission d'enquête de la Chambre des représentants.

Sur le "scandale ENRON" est alors venu se greffer le "scandale Andersen", qui a révélé les
pratiques comptables pour le moins acrobatiques de nombreux professionnels de l'audit. La firme
Arthur Andersen avait admis la destruction de plusieurs milliers de documents comptables
d'ENRON, alors que le courtier en énergie était visé par une enquête de la Securities and
Exchange Commission (SEC). Une destruction que les avocats ont tenté de présenter comme une
procédure normale, sans nul lien avec l'enquête en cours. Ce scandale a eu pour conséquence une
crise de confiance durable dans les comptes des entreprises.

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I. 2 Le scandale du cabinet Arthur Andersen:

Le cabinet longtemps n°1 mondial, était synonyme d’excellence et de rigueur quasi militaire. Il
doit cette réputation à ses origines. En 1913, Arthur Andersen, fonde à 28 ans son cabinet
d’expertise comptable, Andersen, DeLany &Co, à Chicago. Travailleur acharné, le jeune Arthur,
qui a débuté chez Price Waterhouse, mène en même temps une brillante carrière de professeur de
comptabilité à l’université Northwestern de Chicago, tout en conseillant Henry Ford sur le « juste
prix » des actions de la Ford Motor Company. Sa ligne de conduite, « Tink straight, talk
straight » (Penser droit, parler droit), deviendra le slogan mondial du cabinet.

Durant la dépression qui suit la crise de 1929, Arthur Andersen se fait le promoteur des comptes
certifiés annuels et des normes comptables, gages d’un retour de la confiance des actionnaires.
Au point qu’on lui propose en 1938 la présidence de la Bourse de New York. Arthur décline. Il
préfère se consacrer à ses affaires. Car il a vite compris que la certification légale des comptes
permettait de proposer aux entreprises bien d’autres types de services – financier, fiscaux,
juridiques, stratégiques-. « Nous voulons faire plus que de l’audit de routine », affirme-t-il alors.
Leonard Spacek, disciple d’Arthur , n’hésitera jamais à fustiger publiquement le
« conservatisme » de la profession, ce qui vaudra au cabinet d’être surnommé par le magazine
Fortune le « marverick », le veau qui sort toujours du troupeau…

Le cabinet ouvre ainsi un bureau à Paris en 1957, avec, en portefeuille , de gros clients américains
comme ITT, Colgate ou Merck. Cependant, il faut attendre le début des années 80 pour qu’Arthur
Andersen perce réellement en France, grâce à ses services informatiques et au développement
des marchés financiers. En 1989, il a absorbé le cabinet français Frinault Fiduciaire, récupérant
un superbe portefeuille d’audit de grandes sociétés cotées au CAC 40. Le cabinet conseille Bercy
pour son informatisation, Matra et Hachette pour leur fusion, la Société Générale après sa
privatisation.

Sur le plan mondial, la croissance du cabinet paraît irrésistible : pour ses 75 ans, en 1988, sa
plaquette est tirée « Une vision de grandeur »…Le chiffre d’affaires global s’envole, de 2.8
milliards de dollars en 1988 à 11.3 milliards en 1996. Structure coopérative internationale,
Andersen Worldwide rassemble les associés de près de 400 bureaux. Elle est basée à Genève,
comme une sorte de Sociétés des Nations. Ses méthodes sont encensées. Ses jugements, redoutés.
Ses recrues, choyées. Devenir « arthurien », c’est entrer dans une confrérie. Andersen incarnait
les valeurs de défi et de réussie à l’américaine.

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L’édifice paraît inébranlable. Pourtant dès le milieu des années 90, plusieurs chocs le
déstabilisent. En refusant toutes fusion avec un concurrent, le cabinet , longtemps leader, se fait
tout d’abord rattraper par ses frères ennemis. PriceWaterhouse, marié avec Coopers&Lybrand, lui
souffle la première place en 1997. Les dirigeants d’Arthur pensaient qu’ils avaient une croissance
organique si forte et une culture tellement pure qu’ils ne pouvaient pas se mélanger à d’autres.
Les Big Five, se livrent une concurrence acharnée. Dans l’audit la bagarre se fait sur les tarifs , à
80 Euro l’heure, et avec des délais de mission de plus en plus courts, la qualité de la mission en
est ressentie.

Deuxième craquement : en 1997, les associés d’Adersen Consulting, la branche de conseils en


informatique, en pleine expansion, demandent le divorce. La crise couvait depuis 1989, année de
la séparation opérationnelle des deux entités. Les querelles d’argent et de pouvoir tournent à la
guérilla. Les deux clans finissent par réclamer un arbitrage international pour les départager. Le
jugement rendu en août 2000 : Andersen Consulting (devenu Accenture) peut quitter le réseau
mondial avec ses 65000 collaborateurs sans contrepartie financière, mais doit renoncer au nom
mythique. Le cabinet rebaptisé Andersen , a perdu plus de la moitié de ses forces et se retrouve
relégué au 5éme rang mondial. Le réseau tente de rattraper son retard, quitte à prendre de
nouveaux risques. Andersen fonce dans les nouvelles technologies, multipliant audits, études et
conseils auprès des nouvelles stars d’Internet (ENRON) et des télécoms ( Global Crosssing,
Qwest). Autant de clients qui rapportent gros , même s’ils sont fragiles. L’éclatement de la bulle
Internet et les faillites provoqueront un effet boomerang sur le cabinet.

Or la qualité de certains des ses audits, avant même l’affaire ENRON, commence à être contestée
publiquement. En 1999, le bureau de Phoenix (Arizona) est accusé de n’avoir pas fait grande
chose pour éviter la faillite frauduleuse de la fondation baptiste d’Arizona. Responsable des
audits, Arthur Anderden LLP finira début mars 2002, par signer un chèque de 217 millions de
dollars pour arrêter les poursuites. Tandis que quatre de ses associés se voient interdit d’exercer
En avril 2001 soupçonné de négligences graves - destruction de documents ,certification de
comptes faux- dont la faillite de la société Sunbeam, le cabinet accepte de dédommager les
actionnaires de 110 millions de dollars. Accusé de complicité de fraude dans un autre scandale
comptable, celui de l’entreprise de traitements de déchets Wastemanagement, Arthur Andersen
LLP est contraint d’indemniser les plaignants en 2001 et écope, en plus , d’une amande de 7
millions de dollars de la part de la SEC. La plus grosse jamais infligée à une société d’audit …Fin
2001, la faillite du géant ENRON, suivi de celle de la société de télécoms GlobalCrossing, achève

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la série noire. Les pratiques d’Andersen sont sur la sellette. La SEC se serait contentait d’une
amande record, le département de la justice a tranché par une inculpation fatale.

Le verdict rendu ne prévoit aucune peine de prison. Mais il n’en est pas moins catastrophique
pour la firme, passible d'amendes pouvant aller jusqu'au double du préjudice estimé par le juge.
De plus, le cabinet Arthur Andersen ne pourra plus travailler pour des compagnies cotées en
Bourse. Mais il en faudra plus, beaucoup plus pour rétablir la confiance des entreprises vis-à-vis
du cabinet d'expertises comptables, qui a déjà vu nombre de ses principaux clients lui échapper..
La compagnie a perdu quelque 10.000 employés et environ 600 clients, et a vu ses honoraires
réduits d'un milliard de dollars depuis le 1er mars. Plusieurs centaines de partenaires - sur un total
de 1.700 formant le réseau Andersen sont déjà partis à la concurrence, emmenant avec eux une
bonne partie de leur clientèle

En cas de succès, la fusion Deloitte-Andersen relancerait le processus de concentration des géants


de l’audit. Ne resterait en effet que trois autres concurrents de taille mondiale :
PriceWaterhouseCoopers, KPMG et Ernst&Young. Autant dire que cette restriction de facto de la
concurrence ne plaiderait pas en faveur d’un vaste mouvement de réforme interne d’un secteur -
l’audit- au c ur de la tourmente.

I.3 Le scandale WORLDCOM :

Aux Etats-Unis, un nouveau scandale financier: WORLD COM, la deuxième compagnie


américaine pour les appels longue distance a manipulées comptes de près de 44 milliards dollar.
La ressemblance avec le dossier Enron est d'autant plus forte que dans les deux cas, c'est la firme
d'audit Anderson qui vérifiait les comptes. Les milieux financiers américains sont ko. Une
enquête sur les comptes de WORLD COM était en cour mais de là, à imaginer l'ampleur des
irrégularités, il y avait une marge qu'aucun analyste n'espérait devoir affranchir.

WORLD COM a grandi à la faveur des folies boursières des années soixante dix, qui
permettaient des acquisition à bon prix.

Aujourd'hui, les bourses sont au plancher. Il faut assumer des endettements colossaux sans en
avoir les moyens. D'où la tentation de maquillage des résultat avec la bénédiction plus ou moins
consentante des sociétés d'audit.

Avec une dette de trente milliards de Dollar, WOLRD COM pourrait ne pas survivre.

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Au-delà, c'est tout le système comptable américain qui est la sur la sellette.

De quoi remettre en question les méthodes de la puissante SEC, l'organisme de contrôle des
marchés américains.

A propos des marchés, le scandale WORLD COM provoque une onde de choc des baisses de
plus de 3 à 4% en Europe. Les financiers sont sous pression, comme Axa, dont le fonds de
placement est actionnaire de WORLD COM à raison de 7%. Quand on tire un fil, c'est toute la
bobine qui se dévide.

La société, qui était devenu le second opérateur longue distance des États-Unis à la suite d'une
longue série d'acquisitions entre 1994 et 1998, a admis avoir découvert le pot aux roses «à la suite
d'un audit interne». En résumé, certaines dépenses facturées par les opérateurs régionaux pour
rerouter les appels n'ont pas été prises en compte. De "dépenses courantes" (line cost expenses),
ces charges ont été comptabilisées en "dépenses en capital", en totale contradiction avec les
normes comptables GAAP.

Un "oubli" qui a gonflé artificiellement les bénéfices de la société d'un bon tiers: 3,055 milliards
de dollars pour l'exercice 2001, et 797 millions pour le premier trimestre (Q1) 2002. Soit au total,
3,8 milliards de dollars de bénéfices évaporés! Cette manipulation des comptes a permis à
WORLD COM d'afficher un résultat net de 1,4 milliard en 2001 et de 130 millions pour Q1 2002.

Le cours de l'action WORLD COM a aussitôt été suspendu au New York Stock Exchange. Jeudi
26 juin 2002, toutes les places financières ont accusé le coup sans pour autant produire un krach:
-1,34% pour le Dow Jones à Wall Street; -1,73% pour le CAC-40 à Paris; -2,16% pour le FT-100
à Londres; et -2,47% pour le DAX à Francfort. Normal, les fournisseurs de WORLD COM ont
chuté, comme EDS (-6,5%), Nortel (-12%) ou Lucent (-17%). Alcatel, moins exposé chez
WORLD COM, a néanmoins chuté sévèrement à Paris (-16,5%), essentiellement suite à son
"profit warning" annoncé le 26 juin, l'obligeant à évoquer la perte prochaine de 10000 nouveau
emplois.

La faillite va lui permettre de poursuivre son activité et de panser ses plaies, notamment en
vendant ses actifs, à l’abri de ses créanciers. Les 2 milliards de dollars de prêt qu’il a obtenus
pour faire face à ses obligations pendant la période de redressement devraient l’y aider. « Nous
émergerons du Chapitre 11 aussi vite que possible et avec notre compétitivité intacte », promet le
PDG de World COM, John Sidgmore, dans un communiqué. Reste que le maintien de M.

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Sidgmore, nommé PDG en avril dernier après l’éviction du fondateur Bernard Ebbers, est rien
moins qu’hypothétique. Le Wall street journal citant des sources proches des créanciers, affirme
même qu’« il y a un large consensus » en faveur de son remplacement. Chacun reste donc dans
l’expectative, en attendant de pouvoir jauger les premières réactions des marchés. Vendredi,
l’action ne valait plus que… 9 cents. Lors de son pic en 1999, le cours s’envolait à 64 dollars.

I.4 Les différents organes impliqués dans ces scandales :

La question sous-jacente est comment ces fraudes financières ont-elles pu se produire? Autrement
dit, quels sont les principaux organes impliqués dans ces scandales?

Le processus de diffusion des comptes annuels d'une compagnie, dont les actions sont listées sur
une Bourse reconnue, sera présenté pour identifier les responsabilités.

L'exploitation et la divulgation relèvent en premier lieu du conseil d'administration qui a été élu à
l'assemblée annuelle des actionnaires. En plus, les actionnaires nomment à cette assemblée un
auditeur pour leur faire rapport, en fin d'année, sur la situation financière de l'entreprise. Pour
s'acquitter efficacement de leurs responsabilités, les administrateurs nomment un chef de la
direction ainsi que les autres membres de la haute direction. Ils forment en outre des sous-comités
avec des mandats précis touchant les activités de la compagnie.

Le chef de la direction (PDG) :

De concert avec ses adjoints il planifie, oriente et dirige toutes les activités de l'entreprise et
prépare les états financiers. Il est le maître à bord.

Le conseil d'administration :

Le conseil d'administration a tous les pouvoirs décisionnels concernant la compagnie. Il joue


donc un rôle très important dans l'orientation et la direction des affaires, et dans les projets
d'envergure : émission d'actions, emprunts, ventes ou achats de filiales. Son rôle de fiduciaire
l'oblige à surveiller et à évaluer l'efficacité de la direction et il doit prendre les mesures
appropriées pour corriger des situations indésirables. Pour tout ce qui touche les matières
financières - comptables, fiscales, divulgation des états financiers - leur autorité est confiée au
comité de vérification. La divulgation des résultats et de la situation financière relève donc
d'abord et avant tout de ce comité de vérification.

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Le service d'audit interne :

L'auditeur interne assure un service intermédiaire entre la direction et le conseil d'administration.


Il assiste la direction dans l'exercice efficace de ses responsabilités. Il relève directement du chef
de la direction. Son rôle va d'ailleurs au-delà des activités financières puisqu'il doit aussi
examiner si les procédures et les directives ont bien été appliquées. Il doit faire rapport à la
direction et au conseil (en particulier au comité de vérification) des fraudes, erreurs, omissions
détectées dans sa vérification.

L'objectif et la portée du service d'audit interne est beaucoup plus vaste que ceux de l'auditeur
externe. Sa fonction indépendante lui permet d'apprécier et d'évaluer les activités de l'entreprise.

Le comité de vérification :

Ce comité composé de personnes compétentes en matières financières, fiscales et juridiques est


essentiel car il obtient de la direction, sous forme chiffrée, toutes les activités, et tous les actes
posés au cours d'un exercice financier. De plus, comme ses membres ont participé aux décisions
importantes à titre de membre du conseil d'administration, ce comité possède des informations
que les états financiers doivent refléter de façon transparente. Ce comité doit surveiller l'intégrité
de l'information financière. Les chiffres figurant aux états financiers soumis par la direction ne
doivent pas simplement être lus : ils doivent être interprétés, comparés, questionnés.

À ce stade-ci des renseignements obtenus et examinés sur le processus de divulgation des affaires
de l'entreprise, on est en droit de se demander : dans le cas de WORLDCOM, par exemple, où
était le comité de vérification de ces entreprises? Quelles mesures ont été prises? Ces gens n'ont
manifestement pas exercé leur compétence, s'ils en avaient. Comment le comité de
WORLDCOM a-t-il fait pour ne pas voir l'augmentation effarante des dépenses en capital d'un
trimestre à l'autre, dépenses qui auraient dû normalement être imputées aux coûts d'exploitation,
on parle ici de milliards de dollars, ce qui aurait eu comme conséquence de diminuer
substantiellement les bénéfices ou encore de déclarer une perte. Auraient-ils commis l'erreur de
laisser passer certaines choses? La complaisance ou d'autres intérêts personnels auraient-ils pris
le dessus?

ENCGT 13 2005/2006
Audit comptable et financier Les scandales financiers

L'auditeur externe :

La responsabilité de l'auditeur externe consiste à exprimer une opinion sur les états financiers
préparés par la direction de l'entreprise. Pour arriver à se faire une opinion, il doit effectuer une
mission d'audit conformément aux normes d'audit généralement reconnues.

En raison des limites inhérentes de l'audit, il existe un risque inévitable de non détection
d'anomalies significatives, et ce même si les normes d'audit ont été respectées. L'auditeur externe
n'est pas responsable des fraudes et des erreurs commises par l'entreprise.

Les actionnaires doivent se rappeler que l'auditeur externe ne donne pas une opinion sur une
décision bonne ou mauvaise prise par le conseil d'administration. Seuls les conséquences et les
résultats de ces décisions sont vérifiés et reflétés dans les états financiers.

Qui sont les vrais responsables?

Les politiques d entreprise : La capacité du marché à s’autoréguler fut donc remise en cause et
les effets pervers du modèle corporate gouvernance anglo-saxon furent montrés du doigt. En
effet, comme nous l’avons vu dans l’affaire Enron, la technique des stocks option qui avait à
l’origine uniquement pour but de motiver les dirigeants, a montré ses limites puisque ceux-ci ont
avant out pris des risques inconsidérés uniquement dans le but de faire gonfler les cours
boursiers.

Les cabinets d audit : De même, les acteurs économiques censés relever ce genre de pratiques et
mettre en garde les actionnaires contre les risques de ce type de gestion ont souvent été les
complices de ces sociétés. Ce fut de manière très flagrante le cas d’Andersen, le célèbre cabinet
d’Audit, qui a joué un rôle actif dans des opérations frauduleuses d’Enron dans le but avant tout
de garder leurs mandants de CAC.

Les agences de notation : Toutefois, les cabinets d’audit ne sont pas les seuls mouillés dans ces
scandales. Les agences de notation, conscientes des dérives du système sont coupables par leur
silence. Les grandes banques d’affaire américaines ont conseillé ces sociétés contre des
rémunérations fort attrayantes.

Les journalistes et analystes financiers : Ils ont souvent manqué de recul face à l’engouement
sur les marchés que provoquaient certains PDG surmédiatisés.

ENCGT 14 2005/2006
Audit comptable et financier Les scandales financiers

La SEC (Security Exchange Commission) : Et c’est surtout là le plus grave, car elle n’a pas su
dénoncer les dérives comptables et financières de ces entreprises. Les instances de régulation
furent à juste titre remises en cause dans son efficacité.

I.5 Les répercussions des scandales sur les marchés internationaux :

La crise financière qu’a connue les Etats unis est la plus importante depuis celle de 1929. En
découle la remise en cause du système actuel. Deux événements majeurs sont à l’origine de cela :

• l’éclatement de la bulle spéculative sur la valeur des nouvelles technologies ;


• La baisse de confiance dans le système actuel du fait de l’éclatement de nombreux
scandales financiers.

De septembre 2000 (éclatement de la bulle spéculative) à mars 2003, le standard and poors 500 a
perdu 40% et le CAC 40 a perdu 60% de sa valeur. Il passe en effet de 6929 points (sept 2000) à
2507 points (12 mars 2003). Aujourd’hui ce dernier remonte et laisse préfigurer une nouvelle
phase de croissance sur le long terme (il est à environ 3950 points aujourd’hui). Il est toutefois
encore loin de son maximum, atteint le 5 septembre 2000 : 6929 points.

I.6 Les normes comptables au c ur des scandales boursiers :

Les investisseurs sont perdus. Enron, WorldCom, Tyco, Dynegy, ABB, Merck, Adelphia,
Xerox..., chaque jour ou presque, des entreprises sont accusées d'avoir manipulé leurs comptes.
Du coup, les Bourses mondiales s'effondrent. Longtemps considérés comme des épiphénomènes,
ces scandales ont atteint une telle ampleur qu'ils remettent en question les fondements même du
système. "Quand vous voyez un accident sur une route, vous pensez que le chauffeur est
responsable. Quand vous voyez plusieurs accidents au même endroit, vous vous interrogez sur
l'état de la route. C'est le cas actuellement", résumait récemment Joseph Stiglitz, le Prix Nobel
d'économie 2001 lors d'un passage en France (Le Monde du 9 juillet).

Au moins ces scandales ont-ils le mérite de faire la lumière sur un sujet d'importance jusqu'ici
réservé aux spécialistes : les normes comptables."Ces normes sont le langage commun dont le
système capitaliste a besoin pour fonctionner puisque les investisseurs doivent disposer de règles
communes pour sélectionner les entreprises", résume Nicolas Véron, ancien directeur financier de
Multimania, qui vient de rédiger avec Philippe Crouzet, directeur général adjoint de Saint-
Gobain, une étude sur le sujet pour la fondation En temps réel.

ENCGT 15 2005/2006
Audit comptable et financier Les scandales financiers

Or, non seulement les entreprises n'emploient pas toutes les mêmes règles comptables – une
véritable lutte d'influence oppose les Etats-Unis et l'Europe sur le sujet –, mais ces tables de la loi
du capitalisme sont rédigées par des organismes privés et contrôlés uniquement a posteriori par la
puissance publique.

Deux systèmes dominent la planète financière. L'un, américain, émane du Financial Accounting
Standards Board (FASB), l'organisme chargé d'édicter les normes comptables, appelées US
GAAP, pour les entreprises outre-Atlantique. L'autre, international, repose sur l'International
Accounting Standards Committee (IASC), qui produit les normes dites IAS ou IFRS via son
Conseil des normes comptables (IASB).

Le 12 mars 2002, le Parlement européen a approuvé à la quasi-unanimité un règlement de la


Commission européenne rendant obligatoire l'adoption des normes IAS par les sociétés cotées du
Vieux Continent à partir de 2005. Le problème pour les entreprises est que non seulement ces
deux systèmes risquent de cohabiter pendant plusieurs années, mais qu'ils sont de philosophie
différente. "Les normes IAS sont fondées sur des principes et laissent une certaine marge de
man uvre aux entreprises et à leurs commissaires aux comptes. Les normes US GAAP sont
fondées sur des règles très détaillées. Les Américains ont longtemps expliqué qu'elles étaient plus
fiables, mais on se rend aujourd'hui compte qu'il est d'autant plus facile de les détourner qu'elles
ne reposent pas sur des principes", explique Gilbert Gélard, un ancien auditeur puis directeur
financier qui siège à l'IASB.

Va-t-on vers un seul système ? Officiellement, chacun le souhaite. Mais, en réalité, chacun veut
imposer ses propres normes. "L'Europe voudrait que les normes IAS soient reconnues par les
autorités de marché américaines pour éviter les doubles comptes consolidés. Les Américains ont
longtemps hésité, mais commencent à prendre cette direction. Enron, WorldCom et les autres
nous rendent service", commente Patrick Rochet, le directeur général de l'Association française
des entreprises privées (AFEP), qui suit ce dossier pour le patronat français. Par le biais des
normes IAS, l'Europe semble donc marquer des points. "C'est même le seul domaine où elle fait
jeu égal avec les Américains dans le monde de la finance", observe M. Véron.

Malgré certaines oppositions, force est de constater que les deux structures qui établissent des
normes sont dominées par des Anglo-Saxons issus du seul monde de la finance. "La relation entre
l'IASB et le FASB est aujourd'hui un mélange de mimétisme et de rivalité", constatent Philippe
Crouzet et Nicolas Véron. Bob Heartz, un Américain qui siégeait à l'IASB, a démissionné le

ENCGT 16 2005/2006
Audit comptable et financier Les scandales financiers

1er juillet pour prendre la direction du FASB. Juridiquement, l'IASC est une fondation de droit
privé basée à Londres. Son président n'est autre que Paul Volcker, l'ancien président de la
Réserve fédérale (Fed), la banque centrale américaine. Parmi les 19 trustees (administrateurs de
la fondation), on note la présence d'un Français, Didier Pineau-Valencienne, ancien président de
Schneider et de l'AFEP, qui n'a pas souhaité répondre à nos questions. De leur côté, les quatorze
membres du Conseil des normes comptables (IASB) sont nommés en fonction de leur origine
professionnelle (auditeurs, directeurs financiers, analystes, normalisateurs). Officiellement, leur
nationalité n'entre pas en ligne de compte, mais dix viennent du Commonwealth ou des Etats-
Unis ; un Allemand, un Suisse, un Japonais et un Français, Gilbert Gélard, se partagent les places
restantes. "Mais je ne représente pas la France, explique M. Gélard. Je suis salarié de l'IASB, je
vote en mon âme et conscience. Je suis d'autant plus indépendant que je suis près de la retraite."

Pour M. Rochet, "ces gens ne représentent qu'eux-mêmes : c'est peut-être bien, mais c'est parfois
dangereux". C'est en tout cas original : d'un sujet essentiel pour la vie économique, l'Europe a
accepté de se dessaisir au profit d'une structure privée, qui plus est de création relativement
récente, présidée par un Américain et dans laquelle les entreprises ne se reconnaissent pas. "Il ne
faut pas se faire d'illusions. Même en France, alors que le Conseil national de la comptabilité,
chargé d'élaborer les normes nationales, est placé auprès du ministre des finances, on n'a jamais
vu le Parlement être saisi de ces questions. Le fait est que les normes comptables sont
techniquement complexes et nécessitent des adaptations rapides à l'environnement économique.
Une régulation par la loi est probablement utopique, parce qu'inefficace", analyse M. Véron.
"L'Europe a publié des directives comptables en 1978 et en 1982, mais n'est pas parvenue à
harmoniser les comptes des entreprises. Le sujet est beaucoup trop complexe pour être confié aux
politiques", poursuit M. Gélard.

Malgré tout, l'Europe garde une carte essentielle : pour être applicables aux entreprises
européennes, les normes élaborées par l'IASB doivent être validées par l'Union. Cette dernière
peut les rejeter si elles sont contraires à "l'intérêt public européen". Véritable menace ou tigre de
papier ? Nul ne sait encore très bien. Depuis le vote du Parlement européen, la Commission n'a
pas encore eu à se prononcer. Mais si elle refusait une norme, celle-ci resterait théoriquement
valable dans les autres pays membres de l'IASC, en particulier en Asie. Un imbroglio qui ne
pourrait que favoriser les normes US GAAP.

ENCGT 17 2005/2006
Audit comptable et financier Les scandales financiers

II. les conséquences des scandales financiers :

En réaction aux scandales financiers, de nouvelles lois ont vu le jour. Il s'agit de la loi Sarbanes-
Oxley aux Etats-Unis et la Loi de la Sécurité Financière en France. Dans ce qui va suivre, nous
allons aborder les principales nouveautés apportées par ces deux lois, notamment en matière
d'amélioration de la qualité de l'information financière des entreprises dans le but d'assurer une
transparence sur les marchés financiers et de lutter contre toute inexactitude susceptible
d’influencer les décisions économiques prises par les utilisateurs se fondant sur les états
financiers. (notamment les investisseurs qui ont un rôle crucial dans une économie de marché).

Ainsi, pour la profession comptable l’aspect le plus important consiste en la redéfinition des
missions des deux professions comptables, d’une part le recentrage de celles du commissaire aux
comptes sur les missions expressément prévues par la loi, d’autre part l’élargissement de celles de
l’expert-comptable aussi bien au niveau de leur nature qu’à celui du type d’entreprises
concernées.

Face à de tels scandales aux Etats Unis, le législateur américain se devait d’intervenir. La
confiance, élément essentiel, d’une économie de marché, était en péril. De fait, un sénateur
démocrate, M. P. Sarbanes, et un représentant républicain, M. M. Oxley, ont rédigé une
proposition de loi dont le but est de modifier de manière substantielle les règles du gouvernement
d’entreprise aux Etats-Unis. Celle-ci a ensuite été adoptée à la quasi-unanimité par le Congrès et
a été promulguée le 30 juillet 2002.

Par le biais de cette loi, le législateur américain s’est immiscé dans la gestion des sociétés et a
édicté une nouvelle réglementation en la matière. Cette loi fait le constat de l’échec de
l’autorégulation et du gouvernement d’entreprise. Elle met en place un mécanisme plus
vigoureux de contrôle et de régulation des sociétés cotées pour y remédier. Ainsi, les pouvoirs de
la Security and Exchange Commission (ci-après dénommée SEC) ont été renforcés, des
comportements ont été pénalisés, le commissariat aux comptes a été réformé, …

De tels scandales ne sont pas passés inaperçus de l’autre côté de l’Atlantique et du fait de la
mondialisation de l’économie il fallait aussi une réaction européenne, française notamment, afin
de garantir la confiance dans un tel système..

ENCGT 18 2005/2006
Audit comptable et financier Les scandales financiers

En France, le dispositif n’est pas aussi ultra-libéral qu’aux Etats-Unis. Le législateur intervient
plus dans la vie des affaires notamment ces dernières années par la loi NRE (Nouvelles
Régulations Economiques) de 2001, la loi MURCEF de 2002, mais aussi par la loi de Sécurité
Financière de 2003.

Cette dernière est issue du rapport Marini qui a pour but de faire face aux défis juridiques d’un
système financier global, complexe et en pleine mutation. Le projet de loi qu’il préfigure est ainsi
soumis à une double contrainte : l’autonomie réduite du législateur national et le fait que la
législation en la matière a une durée limitée. De fait, les principales dispositions du projet de loi
ont pour but la modernisation des autorités de contrôle, la sécurité des épargnants et des assurés,
le contrôle légal des comptes, la transparence et le gouvernement d’entreprise. Ce projet de loi a
finalement été adopté par le législateur pour donner lieu à la loi de Sécurité Financière de 2003.

II.1 L’amélioration de l’information financière :

L'importance de l'information comptable et financière :

Pourquoi la comptabilité est-elle nécessaire ? Depuis plus de cinq siècles, elle fournit le langage
commun du capitalisme : la possibilité donnée aux détenteurs de capitaux de comparer entre elles
des sociétés différentes et d'estimer leur valeur et leurs risques respectifs de manière objective.

Ce langage a-t-il une influence sur la gestion des entreprises ? Théoriquement, les normes
comptables sont neutres, elles permettent d'exprimer par des chiffres une réalité qu'elles ne
modifient pas. Mais dans la pratique, les effets de ces normes peuvent être substantiels. Par
exemple, si l'attribution ou l'exercice de stock-options se traduisait par une charge d'exploitation
(comme tout autre élément de rémunération), il est probable que les entreprises, par souci de leur
résultat net, attribueraient moins de stock-options à leurs salariés.

L'importance croissante de l'information financière accompagne la montée en puissance des


investisseurs institutionnels, épaulés par les banques d'investissement et les agences de « rating ».
C'est à eux, de plus en plus exclusivement, que les entreprises sont tenues de « rendre des
comptes », et leurs exigences de précision et de transparence sont toujours plus élevées. En
conséquence, l'information comptable et financière, à mesure qu'elle doit mieux « coller » à
l'activité de l'entreprise, tend à supplanter tous les autres instruments de gestion.

ENCGT 19 2005/2006
Audit comptable et financier Les scandales financiers

Pourtant, il est de plus en plus difficile de retrouver une « image fidèle » de la situation des
entreprises dans leurs données comptables. Les entreprises changent en permanence leur
périmètre de consolidation, au rythme des fusions et acquisitions qui n'a cessé de s'accélérer. Les
richesses « immatérielles » telles que les marques et les technologies, difficiles à évaluer, forment
une part croissante de leurs actifs.

L’une des origines des scandales financiers Enron et Worldcom est la falsification des
informations financières, la publication de comptes incomplets ne retraçant pas les engagements
hors bilan, … Afin de lutter contre de telles pratiques, les législateurs, qu’il soit américain ou
français , ont décidé d’améliorer l’information financière.

A. L’amélioration de l’information financière issue de la loi Sarbanes – Oxley :

La loi Sarbanes Oxley marque à cet effet un net renforcement des obligations des dirigeants.
L’information financière est ainsi améliorée qualitativement notamment par la certification des
comptes, mais aussi par le biais du contenu des rapports diffusés par le groupe. Ainsi, on peut
résumer les objectifs de cette loi comme suit:

Renforcer et reconstituer la confiance du public envers la profession


comptable ;
Renforcer l'application des lois sur les valeurs mobilières ;
Améliorer l’exemple et les responsabilités de la direction ;
Améliorer la communication et la divulgation de l’information
financière ;
Améliorer la performance des intermédiaires financiers.

1) L’amélioration qualitative : la certification des comptes :

Parmi les nouveautés les plus importantes de la loi Sarbanes-Oxley est l’obligation faite au
directeur général (Chief Executive Officer) et au directeur financier (Chief Financial Officer) de
certifier les comptes de la société cotée et leurs rapports périodiques. A cet effet, il existe deux
types de certifications :

• l’une particulièrement détaillée (certifier le rapport annuel de la société que le


dirigeant dirige ou dont il contrôle la comptabilité) ;
• l’autre plus traditionnelle (donner une image fidèle de la société). Elle est pénalement
sanctionnée (jusqu’à 5 millions de dollars d’amende et 20 ans de prison).

ENCGT 20 2005/2006
Audit comptable et financier Les scandales financiers

Par le biais de telles obligations, le législateur américain souligne l’importance des comptes et de
leur authenticité.

Une autre disposition importante de cette loi, qui peut être liée à la certification des comptes, est
l’instauration au sein des conseils d’administration de ces sociétés de comité des comptes (ou
d’audit). Ceux-ci doivent être composés en totalité d’administrateurs indépendants, à savoir sans
lien de quelque sorte que ce soit avec la société ou le groupe auquel il appartient. De cette
manière, le gouvernement d’entreprise pratiqué jusqu’alors n’est pas mis à l’écart, mais le
législateur marque sa volonté de faire entrer plus d’indépendance dans la gestion des comptes de
la société ou du groupe, afin d’éviter les dérives qui ont mené aux désastres précités.

2) Le contenu des rapports :

L’information financière est véhiculée par les rapports fournis par la société ou le groupe de
sociétés. Dans le but de garantir une meilleure information financière, la loi Sarbanes – Oxley
apporte des exigences quant au contenu de ces rapports. Il s’agit de garantir aux investisseurs des
informations financières complètes et à jour. Il faut ainsi faire figurer tous les ajustements
comptables significatifs afin de donner une image fidèle de l’entreprise.

En renforçant le contenu des rapports financiers des sociétés et groupes cotés, le législateur
américain vise à donner une meilleure information aux places financières sur la santé de telles
entités, et cela toujours dans l’optique de lutter contre les scandales financiers.

L’information financière est donc la clef dans une place financière pour mesurer la santé des
sociétés et groupes cotés. Elle a ainsi subi des améliorations aux Etats-Unis mais aussi en France,
par la loi de Sécurité Financière.

B) L’amélioration de l’information financière consécutive à la loi de Sécurité


Financière:

L'environnement en Europe et en particulier en France est totalement différent de celui qui existe
Aux USA. Ainsi aux Etats Unis la révision des comptes n’est pas imposée par la loi mais par une
autorité régulatrice, la SEC, et uniquement pour les sociétés faisant appel public aux capitaux.
Elle peut être également demandée par des banques lors de l’obtention de prêts. L’audit est donc
essentiellement contractuel.

ENCGT 21 2005/2006
Audit comptable et financier Les scandales financiers

En France, il est essentiellement légal, imposé par la loi, non seulement aux sociétés de capitaux
mais aussi aux entités ayant une activité économique d’une certaine taille. De plus, un arsenal de
règles d’incompatibilités, de sanctions, y compris pénales, est prévu, tant pour protéger le
réviseur que les actionnaires.

La loi de sécurité financière du 1 août 2003 est la réponse du législateur français à la crise du
système financier. Cependant elle n’est pas une réponse improvisée face à la situation née des
scandales financiers outre atlantique.

Elle s’inscrit, au contraire, dans la ligne des travaux d’amélioration des règles régissant les
activités financières et la vie des entreprises. Il s’agit d’un texte élaboré dans l’esprit de la loi
Sarbanes - Oxley, qui renforce la sanction des anormalités financières, tout en préservant
l’initiative des acteurs économiques et leur choix d’organisation. L’association des professionnels
concernés est ainsi systématiquement recherchée quant à la définition de règles visant leurs
activités.

La transparence, la qualité de l’information, le gouvernement d’entreprise, en particulier celui des


sociétés cotées, sont des facteurs déterminants du retour de la confiance envers les marchés
financiers. Le titre troisième de la loi de sécurité financière s’inscrit dans une logique de lutte
contre l’opacité. L’amélioration de l’information financière est l’un des objectifs de législateur
français – objectif à atteindre par le renforcement des procédures de contrôle interne et
l’information des actionnaires.

1) Les rapports sur les travaux du conseil d’administration (ou de surveillance) et


les procédures de contrôle :

Le président du conseil d’administration ou le président du conseil de surveillance a l’obligation,


selon l’art. L. 225-37 du Code de commerce, de rendre compte, dans un rapport à l’assemblée
générale, de l’application du règlement intérieur dans deux domaines :

• l’organisation des travaux du conseil d’administration ou du conseil de surveillance,


• la mise en place de procédures de contrôle interne.

L’art. L. 225-37 du Code de commerce, modifié, oblige, en outre, à indiquer « les éventuelles
limitations que le conseil d’administration apporte aux pouvoirs du directeur général ». Une telle
modification ne cantonne pas l’obligation d’information précitée, reposant sur le président, aux

ENCGT 22 2005/2006
Audit comptable et financier Les scandales financiers

restrictions permanentes provenant du règlement intérieur. Ces restrictions peuvent être très
circonstancielles, car elles sont susceptibles de se prendre effet dès que le conseil
d’administration se saisit d’une question « intéressant la bonne marche de la société ».

Ces nouvelles dispositions constituent un apport appréciable du droit des sociétés à la sécurité
financière. Elles améliorent la transparence, notamment en ce qui concerne l’application du
règlement intérieur et la répartition des pouvoirs issue de son application.

Dans la même optique, le commissaire aux comptes présente à l’assemblée générale un rapport
comportant toutes observations utiles sur les procédures et méthodes de contrôles internes mises
en place par la société – ceci dans l’élaboration et le traitement de l’information comptable et
financière. Il s’agit « d’un rapport sur le rapport » qui sera joint à ses observations spécifiques et
qui sera communiqué à l’assemblée selon des dispositions de l’art L. 225-100 du Code de
commerce. Le législateur fait des commissaires aux comptes un vrai contre-pouvoir face au
président du conseil d’administration. Le commissaire aux comptes est convoqué non seulement
à la réunion du conseil d’administration, mais à « toutes les réunions du conseil d’administration
ou de directoire qui examinent ou arrêtent des comptes annuels ou intermédiaires ».

Tous les éléments du contrôle opéré par le commissaire aux comptes font, pour une société cotée,
l’objet d’une information du marché diffusée sous le contrôle de l’AMF. Dans le but de donner
des repères aux investisseurs financiers, l’autorité de régulation fera par ailleurs un rapport annuel
sur les pratiques des sociétés cotées en matière de gouvernement d’entreprise, afin de promouvoir
celui-ci.

Le nouveau texte fait reposer l’essentiel de l’effort sur le commissaire aux comptes en vue de
parvenir à la sécurité financière. Le législateur a ainsi renforcé les dispositions concernant le
contrôle légal, alors qu’en même temps le président est seulement sollicité de fournir une
information complémentaire, dépourvue de sanction explicite. La loi prévoit également de
nombreuses mesures relatives à l’information des actionnaires.

ENCGT 23 2005/2006
Audit comptable et financier Les scandales financiers

2) L’information des actionnaires :

La transparence dans la gestion de la société implique une information complète des détenteurs
de titres. Ces derniers sont informés sur la rémunération des commissaires aux comptes.

Ainsi, la loi de la sécurité financière instaure l’obligation pour toute société faisant appel public à
l’épargne de rendre publique, sans délai, toutes les transactions effectuées par ses mandataires
sociaux sur les titres de cette société.

De plus, la loi de la Sécurité financière opère une extension non négligeable du périmètre de
consolidation des comptes résultant de la modification de l’art. L. 233-16 du Code de commerce.

Une autre mesure de la loi de Sécurité financière visant à améliorer l’information des actionnaires
consiste en la réduction de deux délais de déclaration à observer, lors de franchissement de seuil,
dans les sociétés cotées. Le délai en cas de dépassement de seuil prévu par l’art. L. 233-7 al .1
passe de quinze jours calendriers à « cinq jours de bourse ». D’autre part, le délai de déclaration à
la société des objectifs poursuivis, en cas de franchissement des seuils de 10 ou 20% du capital ou
de droit de vote passe de, quinze jours calendriers à « dix jours de bourse ».

La mise en application de ces mesures reflète le souci de transparence financière, devenu


impérieux depuis la prise de conscience des ravages de la pratique du « hors – bilan », révélée par
l’affaire Enron.

II.2 Le renforcement des contrôles:

Le renforcement des contrôles concernant les sociétés cotées est un des points forts de la loi
Sarbanes – Oxley et la loi de Sécurité Financière et ce toujours dans le but d'une plus grande
transparence concernant la qualité de l'information financière ainsi que le besoin de restaurer la
confiance dans les marchés.

A) Le renforcement des contrôles issu de la loi Sarbanes – Oxley:

L’augmentation de l’intensité des contrôles issus de la loi Sarbanes – Oxley s’articule autour de
deux idées essentielles : l’extension des prérogatives de la SEC (Security and Exchange
Commission) et le développement de sanctions ayant pour but de lutter contre les infractions
financières, notamment en matière de sociétés cotées.

ENCGT 24 2005/2006
Audit comptable et financier Les scandales financiers

1) L’extension des prérogatives de la SEC :

La loi Sarbanes – Oxley organise un renforcement des pouvoirs de la SEC en la dotant de moyens
financiers importants ainsi qu'un personnel de haut niveau. Cet organisme devra en effet procéder
à un contrôle régulier des sociétés cotées (au moins une fois tous les trois ans), et cela n’était pas
réalisable avec les moyens dont elle disposait jusqu’alors.

Il est précisé que la SEC devra privilégier la surveillance des sociétés nouvellement cotées, ainsi
que celles qui ont procédé à des corrections de leurs comptes et celles dont l’activité peut affecter
un secteur important de l’économie. Cependant les nouvelles mesures de certification des
comptes et de contrôle risquent de représenter un frein pour l’accès au marché de certaines
sociétés.

2) Le développement des sanctions ayant pour but de lutter contre les infractions
financières :

Face à l’échec de l’autorégulation, le législateur américain réagit par un développement des


sanctions ayant pour objet de lutter contre les infractions financières. De ce fait, la loi Sarbanes –
Oxley a procédé à la définition de nouvelles infractions sanctionnées très durement. Il est ainsi
créer un crime pour falsification de comptes ou pour entrave à toute enquête officielle.

De plus, la loi a procédé à une brutale augmentation des sanctions liées à certaines infractions
boursières existantes, ainsi les peines passent de cinq ans à vingt ans d’emprisonnement et de 2,5
millions de dollars à 25 millions de dollars.

De même, on assiste à un renforcement des pouvoirs de la SEC dans la recherche des infractions.

Enfin, la loi Sarbanes – Oxley prévoit un allongement du délai de prescription des infractions
financières. Celui-ci passe d'un an à deux ans à compter de la découverte de la violation
éventuelle ou de trois à cinq ans à compter de la date de l’infraction.

B) Le renforcement des contrôles issus de la loi de sécurité financière :

Avant la mise en application la loi de Sécurité financière, l’organisation de la régulation des


marchés en France était peu lisible et faisait objet de nombreux critiques. La régulation des
marchés financiers était partagée entre trois autorités : La Commission des Opérations de Bourse

ENCGT 25 2005/2006
Audit comptable et financier Les scandales financiers

(COB), le Conseil des Marchés Financiers (CMF), le Conseil de Discipline de la Gestion


Financière (CDGF).

La loi de Sécurité Financière a permis aux professionnels et aux pouvoirs publics de s’accorder
sur la nécessité de clarifier le système de régulation des marchés et d’aménager les procédures de
sanction des infractions boursières ce qui a abouti à instaurer une nouvelle autorité unique de
contrôle tout en renforçant le dispositif répressif.

1) L’Autorité des Marchés Financiers (AMF) :

L’autorité des marchés financiers est le fruit de l’absorption du CMF par la COB. Elle est dotée
d’un statut particulier, qui permet de renforcer la capacité de contrôle et de sanction du dispositif
de régulation dans le secteur financier. Ce nouvel organe de régulation est qualifié « d’autorité
publique indépendante dotée de la personnalité morale ». Ceci lui confère une grande autonomie
fonctionnelle, mais aussi financière, lui permettant de recruter du personnel de très haut niveau.

Le législateur français était soumis à une forte pression internationale en la matière. Il devait non
seulement prendre en compte la spécificité des entreprises européennes, mais également conférer
à la nouvelle AMF les moyens nécessaires pour devenir un régulateur de tout premier plan,
capable de dialoguer avec ses homologues américains et européens.

Ainsi, l’Autorité des Marchés Financiers a articulé sa mission autour de trois points essentiels qui
sont :

La protection de l’épargne ;
L’information des investisseurs ;
Et le bon fonctionnement du marché.

Pour l’exécution de sa mission, l’AMF dispose de très larges pouvoirs. Elle est investie d’un
pouvoir réglementaire. Elle édicte un règlement général qui détermine les règles de pratique
professionnelle s’imposant à des émetteurs faisant appel public à l’épargne.

De plus, l’AMF dispose aussi du pouvoir d’effectuer des contrôles et des enquêtes qui visent à
veiller à la régularité des opérations effectuées sur des titres. A cet effet, l’innovation la plus
importante réside dans l’encadrement des analystes financiers et la surveillance des agences de
Rating.

ENCGT 26 2005/2006
Audit comptable et financier Les scandales financiers

2) La rénovation du dispositif de répression :

La loi de Sécurité financière unifie le régime des procédures de sanctions administratives et


disciplinaires. Les pouvoirs de sanctions sont ainsi attribués à la commission des sanctions de
l’AMF.

A la différence de la loi Sarbanes – Oxley, la loi de Sécurité Financière n’invente pas de


nouveaux délits boursiers, mais maintient ceux prévus par l’art L. 465-1 et L. 465-2 du Code
Monétaire et Financier. Il s’agit du délit d’initié et des infractions voisines, comme le délit de
fausse information et le délit de manipulation de cours.

La loi prévoit un délai de prescription de trois ans. Le montant de la sanction est fixé en fonction
de la gravité des manquements commis et en relation avec les avantages ou les profits
éventuellement tirés des manquements.

En comparant les sanctions pécuniaires infligées par la COB avec celles pratiquées aux Etats-
Unis, on s’aperçoit qu’elles n’étaient pas d’un montant aussi. Dans le nouveau dispositif, lors
qu’il s’avère impossible d’évaluer le profit tiré des manquements, le montant de la sanction
pécuniaire ne peut pas aller au-delà de 1,5 millions d’euros.

Une telle limitation des sanctions pécuniaires peut être considérée un frein à la transparence
financière et risque de favoriser le développement de pratiques illicites, car certains groupes
pourraient préférer payer de telles amendes face aux immenses bénéfices qui pourraient résulter
de leurs pratiques frauduleuses. Cependant il ne faut pas oublier qu’il existe d’autres moyens de
sanctions, qui même s’ils ne sont pas pécuniaires, ont des incidences de première importance
pouvant amener les acteurs économiques à réfléchir; c’est notamment le cas du retrait
d’agrément.

II.3 La réforme des cabinets d’audit :

La réforme des cabinets d’audit est le point phare de la loi Sarbanes – Oxley, et elle s’est étendue
de l’autre côté de l’Atlantique, notamment en France.

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A) La réforme des cabinets d’audit opérée par la loi Sarbanes – Oxley :

Le fruit de cette réforme est la création du Public Company Oversight Board ainsi que la
séparation entre les fonctions d’audit et de conseil financier.

1) La création du Public Company Oversight Board :

La création de cet organisme indépendant – rattaché à la SEC – est prévue par la loi Sarbanes –
Oxley. Il est chargé de réguler et de contrôler la profession comptable, en particulier le
commissariat aux comptes des sociétés cotées. Le Public Company Oversight Board a ainsi pour
buts:

• De lutter contre la « culture de permissivité concernant le traitement des comptes »


qui s’est propagée sous le règne de l’autorégulation et du gouvernement d’entreprise;
• D’imposer des sanctions disciplinaires;
• De faire face aux exigences de transparence dont les marchés financiers ont besoin;
• De définir les règles concernant aussi bien la réalisation des audits que la préparation
des rapports d’audit des sociétés cotées;
• Et de procéder à un véritable contrôle du commissariat aux comptes.

En effet, comme le souligne Edouard Salustro, président de la section des finances du Conseil
économique et social, « les cabinets d audit doivent le savoir : comme les civilisations, ils sont
mortels. C est sans doute le prix à payer pour la restauration d une véritable confiance dans nos
marchés et nos entreprises ».

2) La séparation entre les fonctions d’audit et de conseil financier :

Pour être efficace, le Public Company Oversight Board a opté pour une séparation entre les
fonctions d’audit et de conseil financier. Cette séparation a pour but de corriger les
comportements répréhensibles constatés à l’occasion de l’audit de certaines sociétés cotées et
renforcer l’efficacité du contrôle de leurs comités d’audit. C’est l’un des points clefs de la
réforme voulue par le législateur américain résultant notamment de l’immixtion du cabinet
d’audit Andersen dans le conseil financier de la société Enron.

Comme le souligne Martine Orange : « Très prompt à réagir après l affaire Enron, le
gouvernement américain a voté la loi Sarbanes Oxley pour renforcer tous les dispositifs de

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contrôle. La palette des mesures est large, allant des obligations d informations des entreprises à
la séparation de l audit et du conseil dans les grands cabinets comptables, ».

La séparation entre les fonctions de conseil financier et d’audit doit donc être assurée au sein de
grands groupes de commissariat aux comptes et ce, par le biais de « murailles de Chine ».

La loi Sarbanes – Oxley précise que la SEC doit adopter des règles interdisant aux marchés
financiers américains d’accepter la cotation de valeurs mobilières émises par des sociétés qui ne
respectent pas certaines règles en matière de comité d’audit des conseils d’administration. En
effet, le texte impose d’instaurer au sein des conseils d’administration de ces sociétés un comité
de compte ou d’audit.

Les membres de ce comité doivent être « indépendants » par rapport à la société et ce, afin de
prévenir tout conflit d’intérêt avec la gestion de la sociétés. Ensuite, le comité d’audit doit
s’entourer de conseils distincts de ceux de la société et être informé de toute une série de données
de nature comptable (pratiques comptables suivies par la société lors de son audit,…).

Par le biais d’une telle organisation, le législateur américain a voulu réaffirmer l’importance du
contrôle des comptes et lui conférer plus de transparence même si de telles dispositions peuvent
se révéler contraignantes notamment pour les sociétés européennes en raison de « l extra
territorialité du droit américain ».

La loi Sarbanes – Oxley réforme donc de manière importante le cadre juridique des relations
entre les cabinets d’audit et les sociétés dont ils assurent le commissariat aux comptes afin de
restaurer la confiance dans les sociétés cotés et les marchés financiers, mais qu’en est-il du côté
de la loi de Sécurité Financière ?

B) La réforme des cabinets d’audit opérée par la loi de Sécurité Financière :

La loi de sécurité financière comprend de très nombreuses dispositions visant à renforcer la


déontologie et l’indépendance des commissaires aux comptes et ceci par l’institution d’un
contrôle externe à cette profession sous la forme d’un Haut conseil du commissariat aux comptes.
La loi réaménage également le statut et la mission des commissaires aux comptes afin de
renforcer leur indépendance et leur efficacité .

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1) La création d’un Haut conseil du commissariat aux comptes :

Le Haut conseil du commissariat aux comptes est institué auprès de garde des Sceaux, par le
nouvel art. L. 821-6 du Code de commerce, a pour mission d’assurer la surveillance de la
profession, avec le concours de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes. Il a pour
objectifs:

• De veiller au respect de la déontologie et de l’indépendance des commissaires aux


comptes;
• D’identifier et de promouvoir les bonnes pratiques professionnelles;
• D'émettre un avis sur les normes d’exercice professionnelles élaborées par la
Compagnie nationale des commissaires aux comptes avant leur homologation;
• D'assurer le contrôle des décisions des commissions régionales d’inscription.

2) Des règles déontologiques renforcées et des obligations nouvelles :

La loi de Sécurité financière vise à assurer l’indépendance des commissaires aux comptes. Ils
sont proposés à la désignation de l’assemblée générale par un projet de résolution émanant du
conseil d’administration.

Une telle disposition législative est inconciliable avec les exigences du texte américain. Ce
dernier prévoit en effet que le commissaire aux comptes est nommé par le comité aux comptes,
alors qu’en France, ce n’est pas possible, en raison du caractère institutionnel des fonctions de
commissaire aux comptes. Sur le chemin de l’indépendance, le législateur français est donc resté
« au milieu du gué » au regard la technique de sélection retenue par la loi Sarbanes- Oxley.

Qui plus est, l’AMF doit être informée des propositions de nomination des commissaires aux
comptes de sociétés faisant appel public à l’épargne. Elle peut ensuite faire toute observation
qu’elle juge nécessaire sur ces propositions. L’autorité de régulation joue alors le rôle de
superviseur des nominations, gage d’un choix objectif des commissaires aux comptes, qui comme
auparavant, demeurent nommés pour six exercices.

Les mesures adoptées par le titre trois de la loi sont largement inspirées de la recommandation de
la Commission européenne du 16 mai 2002. Pour assurer une plus grande indépendance des
commissaires, la loi interdit à ces derniers de prendre, recevoir, ou conserver, directement ou
indirectement, un intérêt auprès de la personne dont il est chargé de certifier les comptes, ou
auprès d’une personne qui la contrôle. Une telle mesure vise à prévenir d’éventuels conflits

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d’intérêts et, à cet effet, c’est au code de déontologie qu’il revient de définir « les liens
personnels, financiers, professionnels » en cause.

Enfin, la loi de Sécurité Financière s’intéresse aux passerelles entre la profession de commissaire
aux comptes et la qualité de salariés des sociétés auditées. L’art. L. 822-12 du Code de commerce
étend doublement le délai minimum, déjà existant de cinq ans après la cession des fonctions,
avant de pouvoir être nommé dirigeant de la société contrôlée.

On observe dès lors un renforcement du contrôle exercé sur les professionnels de la comptabilité
afin d’éviter d’éventuels conflits d’intérêts.

Cependant, on voit dans la loi du 1er août 2003 que l’Etat utilise sa force contraignante pour
imposer des comportements types aux entreprises. Il n’est pour autant pas allé jusqu’au bout de
cette logique, puisque ni la constitution de Comité d’Audit, ni la fixation d’un quota minimal
d’administrateurs indépendants au sein du conseil d’administration ne sont imposés par la loi.

La loi française est donc en retrait en comparaison des nombreuses contraintes instaurées par la
loi Sarbanes – Oxley. Elle n’ouvre pas une période d’intervention étatique et ne constitue qu’une
réponse très partielle à la crise de confiance des marchés financiers. La loi Sarbanes – Oxley a
certes un impact sur le système juridique français, mais il s’agit d’un impact limité.

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Conclusion :

Les scandales financiers qui ont défrayé la chronique aux Etats-Unis et en Europe ont aujourd’hui
de nombreuses répercussions dans les entreprises. De nouvelles lois (Sarbanes-Oxley aux Etats-
Unis, Loi de Sécurité Financière en France) ont pour objectif d’apporter plus de transparence.
Selon une enquête de l’IFACI (Institut Français de l’Audit et du Contrôle Interne), 55 % des
sociétés ont fait part de leur intention de renforcer leur dispositif de contrôle interne.

En conséquence, les métiers liés à l’audit interne, et à la gestion des risques sont en plein essor.
L’objectif des entreprises est aujourd’hui d’améliorer le contrôle interne pour maîtriser les risques
liés à leur activité.

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