Vous êtes sur la page 1sur 5

Alger, 06/01/2022

Systèmes grammaticaux

Année : 5eme PES Présentée : Mme CHAIBI

Application n°2

Elle passait la journée à fureter dans le jardin, gourmande, curieuse et rieuse,


picorant les raisins des vignes, comme une grive, détachant en cachette une
pêche à l’espalier, grimpant sur un prunier ou lui donnant en passant de petites
tapes sournoises pour faire tomber la pluie des mirabelles d’or qui fondent dans
la bouche comme un miel parfumé ; ou elle cueillait des fleurs, bien que ce fût
défendu.

Rolland, J.-Chr., Antoinette, 1908, p. 837.

Corrigé type :

Dans cet extrait de Rolland, le locuteur n’a laissé aucune marque linguistique de sa
présence, nous n’avons pas de déictique de personne. Il attribue la parole à un
énonciateur qui prend en charge la description du portrait d’un sujet délocutif –elle -,
dans un cadre spatio-temporel représenté par deux modalités [journée/jardin],

Cette description s’est réalisée par le biais de l’énumération des verbes d’action
[fureter, passait, cueillait, picorant, détachant, grimpant, donnant] qui sont
significatifs étant donné qu’ils sont attributifs de la qualité de dynamique à la
personne indiquée. A ce caractère s’ajoute d’autres représentations révélées par une
suite d’adjectifs évaluatifs appréciatifs [gourmand, curieuse, rieuse] faisant référence
à la joie de vivre.

L’implication de l’instance énonciative n’a pas été marquée uniquement par des
jugements de valeur appréciative, elle est affichée à travers l’expression de l’affect qui
ressort des expressions imagées construite sur la base d’un procédé comparatif
[comme une grive], [ comme un miel parfumé], et un champs lexical (jardin, fleur,
pèche, grive) renvoyant à un endroit paradisiaque dans lequel il y a eu un péché
indiqué par [détachant en cachète une pèche/ elle cueillait des fleurs, bien que ce fût
défendu ] soulignant une modalité déontique d’interdiction et justifié à l’occasion par
l’expression [miel parfumé] qui sous - entend, l’action de [détacher et cueillir] ont eu
lieu sous l’effet de tentation. La présence de cette justification voilée [de l’implicite]
nous informe de la position de l’instance énonciative par rapport au sujet de
l’énonciation, elle, qui prend la forme de l’indulgence .car pour lui ce péché est
mignon .

Application n°3 :

Le Rêve est une seconde vie. Je n'ai pu percer sans frémir ces portes d'ivoire ou
de corne qui nous séparent du monde invisible. Les premiers instants du
sommeil sont l'image de la mort; un engourdissement nébuleux saisit notre
pensée, et nous ne pouvons déterminer l'instant précis où le moi, sous une
autre forme continue l'œuvre de l'existence. C'est un souterrain vague qui
s'éclaire peu à peu et où se dégagent de l'ombre et de la nuit les pâles figures
gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes. Puis le tableau se
forme, une clarté nouvelle illumine et fait jouer ces apparitions bizarres; - le
monde des Esprits s'ouvre pour nous.
Neval, G.1868 le rêve et la vie, Levy

Corrigé type :

Dans ce deuxième extrait, la posture énonciative du locuteur est explicite, car il


s’annonce dans ses énoncés en usant de deux indices personnels [je-moi et
nous-notre], Ainsi, le locuteur je/nous est responsable de son énonciation. Sauf que
certains énoncés sont donnés à lire sans marquage tel que la première phrase qui est
dépourvue de toute référence aux éléments de la situation de communication. Nous
avons l’impression que cet énoncé est détaché du reste du texte puisqu’il y a un
effacement énonciatif qui fait que la valeur de vérité de l’énoncé n’est pas donnée
comme un jugement mais comme un fait, puisque nous ne retrouvons aucune
modalité épistémique.
Dans l’énoncé suivant, le locuteur s’engage et affiche une subjectivité fortement
marquée par [je], renforcé par une modalité aléthique [pouvoir] prise dans la forme
de négation [ne…sans]. Cette dernière met en valeur l’action de [percer] associée à
une modalité affective [frémir] qui se fait suivre par une expression imagée [porte
d’ivoire et de corne….monde invisible] propre à la méthodologie grecque [odyssée].
Par le biais de cette expression –il introduit une autre voix et ou un autre discours,
donc un énonciateur dans l’énoncé, créant ainsi le croisement de deux situations
d’énonciation et c’est ce qui justifie la présence de [nous] qui renvoie à je et ceux qui
croient à la mythologie représentée par les adjectifs évaluatifs et des substantifs
subjectifs dans les expressions [monde invisible/l’image de la mort/souterrain
vague/le monde des esprits/ l’ombre/les pâles figurent gravement immobiles]
Cette représentation est inscrite sur le plan chronologique par des modalités
temporelles [les premiers instants, l’instant précis, peu à peu, la nuit] et des tempes
verbaux où nous avons enregistré la première action de je au passé composé qui
signifie une action accomplie et la dernière action qui est au présent. Ce changement
temporel coïncide avec le changement spatial tel que le stipule le verbe [séparer] qui
indique l’existence de deux lieux différents à savoir un lieu représenté par [le monde
invisible-le séjour des limbes -le monde des esprits], et un autre sous-entendu par
[percer les porte],
C’est ainsi que nous comprenons la charge pragmatique du verbe affectif [frémir] qui
est la seule modalité affectivité explicitée et les adjectifs péjoratifs qui soutiennent ce
sentiment [ombre, pâles figures]. Un autre sentiment est construit dans l’énoncé à
l’aide des unités linguistiques opposantes à celles qui accentuent le sentiment de
frémir telles que [Clarté, s’éclaire peu à peu, illumine]. Celles-ci traduisent le
sentiment de soulagement et d’émerveillement.

Exercices à préparer pour la semaine prochaine


Exercice n°1 : [examen de l’année dernière]
Je vous prie de le lire et Je me flatte que vous ne leur ressemblerez pas, et que vous serez
un vrai Ouloug. J’espère même que, quand vous serez lasse des conversations générales,
qui ressemblent assez aux mille et un, à cela près qu’elles sont moins amusantes, je
pourrai trouvez une minute pour avoir l’honneur de vous parler raison.
Voltaire, Zadig ou la destinée

Exercice n°2

« J’ai ainsi consacré entièrement mon temps à l’étude du phénomène


intégriste, de ses premiers balbutiements à ses effroyables cris de haine qui,
aujourd’hui encore, retentissent encore dans les nuits de nos contrées pour
couvrir les hurlements des femmes et des enfants que l’on massacre avec une
rare bestialité. J’ai été témoin d’un grand nombre d’horreur. J’ai écrit les
grandes lignes de mon livre sur les lieux mêmes du crime »
YASMINA KHADRA, Dédicace de l’auteur, France inter le 6 novembre 1998, in
http://www.yasmina-khadra.com/biblio.php

Exercices n°3 :
« De petits esprits exagèrent trop l'injustice que l'on fait aux Africains. Car, si
elle était telle qu'ils la disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes
d'Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d'en faire une générale
en faveur de la miséricorde et de la pitié ».
Montesquieu, 1748 L’esprit des lois
/http://www.farum.unige.it/francesistica/pharotheque/analyse.textuelle/Texte%2
05%20Montesquieu.htm

Vous aimerez peut-être aussi