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1 Analyse zootechnique et économique des systèmes d’élevage de porcs en Casamance (Sénégal)

2 Walter OSSEBI1*, Simplice Bosco AYSSIWEDE2, Félix NIMBONA2, Richard MALOU3, Eric
3 Augustin DJETTIN2, Mariame DIOP3 et Ayao MISSOHOU2

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. Service d’Economie Rurale et Gestion, Ecole Inter-Etats des Sciences et Médecine Vétérinaires
5 (EISMV) de Dakar ; BP : 5077 Dakar-Fann
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. Service de Zootechnie-Alimentation, Ecole Inter-Etats des Sciences et Médecine Vétérinaires
7 (EISMV) de Dakar ; BP : 5077 Dakar-Fann
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. Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA) ; BP : 3120 Dakar-Sénégal

9 Contact auteur correspondant : (+221) 33 865 10 08


10 ossebi_3@yahoo.fr/w.ossebi@eismv.org

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11 Résumé

12 Afin de mieux cerner les caractéristiques zootechniques et économiques de l’élevage de porc, une
13 étude diagnostique a été conduite de mars à juin 2016 auprès de 324 élevages porcins, sous forme
14 d’enquêtes transversales et rétrospectives dans les 3 régions (Kolda, Sedhiou et Zinguinchor) de la
15 Casamance naturelle au Sud Sénégal.
16 Les résultats ont montré que l’élevage porcin est pratiqué à la fois par les hommes (50,2%) et les
17 femmes (49,8%) mariés (65,3%) et instruits (74,1%). Ils sont majoritairement d’ethnies Diola
18 (41,3%), Mancagne (36,5%) et Balante (10,8%) et associent leur élevage à l’agriculture (24,8%), à
19 l’activité privée (18,8%) ou au commerce (16,9%). Ces éleveurs évoluent dans trois différents
20 systèmes d’élevage (traditionnel, semi-intensif et intensif), mais avec une nette prédominance du
21 système traditionnel (85,5% des élevages). Ce dernier est caractérisé par des porcheries
22 traditionnelles améliorées (51,1%) et des abris de fortunes (28,4%), et où on exploite
23 principalement les porcs de race locale (90,4% des exploitations). La taille moyenne du cheptel est
24 de 19,2±20,1 porcs. Ces animaux sont nourris de rations proposées dans 97% des cas par les
25 éleveurs eux-mêmes et constituées de déchets de cuisine, de sous-produits agricoles et agro-
26 industriels. Cependant, l’accès aux aliments pour porcs est difficile (90,2%). Ceci explique en partie
27 la pratique de la divagation avec parfois une claustration saisonnière (73,7%) en hivernage. L’âge
28 moyen de mise à la reproduction est de 7,6 ±1,8 mois et la taille moyenne par portée est de 7,4±2,2
29 porcelets. Mais la reproduction dans 98,1% des cas échappe au contrôle des éleveurs et a
30 généralement lieu par monte naturelle en période de divagation.
31 Le porc reste un animal négligé par les programmes nationaux de développement de l’élevage.
32 Aussi, du fait du désintérêt des agents vétérinaires et de l’insuffisance de l’offre de produits
33 vétérinaires pour porc sur le marché, certains éleveurs utilisent, en cas d’apparition de maladies,
34 plutôt des plantes médicinales (35%) contre 33,9% qui ne traitent pas leurs porcs. Toutefois, le
35 déstockage par crainte de la peste porcine africaine (12,9%) reste faible comparativement aux
36 impératifs financiers (90,9%). Non planifié, ce déstockage concerne les porcs d’au moins 12 mois
37 qui sont vendus suivant les systèmes d’élevage à des prix variant entre 38 125 et 43 250
38 FCFA/sujet. Ce sous-secteur d’élevage a un réel potentiel de réduction de la pauvreté car il génère
39 selon les systèmes, des revenus nets oscillant entre 5 435 et 7 566 FCFA/porc engraissé/an.
40 Néanmoins, le manque de formation des éleveurs, les habitats porcins inadaptés, les contraintes
41 alimentaires et sanitaires restent les principaux facteurs qui handicapent encore l’essor de
42 l’élevage porcin dans cette région. Il serait donc utile que des voies alternatives soient trouvées
43 pour l’amélioration des conditions de logements, d’alimentation et du suivi sanitaire des porcs

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44 accompagnée d’une meilleure organisation et d’un renforcement de capacité des producteurs et


45 des autres acteurs de la filière porcine.

46 Mots-clés : Porcs, système d’élevage, commercialisation, zootechnie, Sénégal

47 Abstract

48 To better understand the zootechnical and economic characteristics of pig breeding, a diagnostic
49 study was carried out from March to June 2016 on 324 pig farms in the form of cross-sectional
50 and retrospective surveys in the three regions (Kolda, Sedhiou and Zinguinchor) of the natural
51 Casamance in South Senegal.

52 The results showed that pig breeding was practiced both by men (50.2%) and women (49.8%) married
53 (65.3%) and educated (74.1%). They are mostly Diola (41.3%), Mancagne (36.5%) and Balante
54 (10.8%), and they associate their pig breeding with agriculture (24.8%), private activities (18.8%) or
55 trade (16.9%). These breeders operate in three different livestock systems (traditional, semi-intensive
56 and intensive farms), but with a clear predominance of the traditional system (85.5% of farms). This
57 system is characterized by improved traditional hog barns (51.1%) and makeshift shelters (28.4%), and
58 where mainly has local pigs (90.4% of farms). The average size of the visited pigs farming was 19.2 ±
59 20.1 pigs. These animals are fed with diets proposed in 97% of cases by the pig’s breeders and were
60 constituted of kitchen waste and agricultural and agro-industrial by-products. However, swine feeds
61 accessing is difficult (90.2%). This reason explains partially the door opens to pigs wandering practice
62 with sometime seasonal confinement (73.7%) in the rainy season. The average age at breeding is 7.6 ±
63 1.8 months and the mean litter size per litter is 7.4 ± 2.2 piglets. But reproduction in 98.1% of cases
64 escapes to the control of the pig breeders and generally takes place by natural mound during the
65 rambling period.
66 Pig remains a neglected animal by the national programs of livestock development. In addition, the
67 lack of interest of veterinary agents and the inadequate supply of veterinary pig drugs on the market,
68 some breeders used in the event of disease, medicinal plants (35%) while others (33.9%) did not treat
69 their pigs. However, the stock-out for fear of African swine fever (12.9%) remains low compared to
70 financial imperatives (90.9%). This stock-outing was not scheduled, and concerns pigs of at least 12
71 months of age which are sold according to the systems of breeding with the prices varying between
72 38125 and 43250 FCFA/pig. This livestock sub-sector has a real potential for reducing poverty
73 because it generates, according to the systems, net annually income oscillating between 5435 and 7566
74 FCFA per pig fattened. Nevertheless, lack of breeders training, inadequate pig habitats, food and
75 health constraints remain the main factors hindering the growth and the development of pig breeding

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76 in this region. So, it will be useful that alternatives ways have been found for improving pig housing,
77 feeding and health conditions accompanied by better organization and capacities strengthening of
78 breeders and others pigs actors.

79 Keywords: Pigs, livestock system, marketing, husbandry, Senegal

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80 1. INTRODUCTION
81 Dans les pays en développement, l’occupation des terres au profit de l’agriculture ou de
82 l’urbanisation réduit considérablement les aires de pâturages des ruminants. Cet amenuisement de
83 l’espace se fait dans un contexte d’accroissement numérique de ces animaux. Ces limites font
84 ressortir la place du porc souvent délaissé alors qu’il est le plus consommé dans le monde
85 (CIRAD, 2007). L’élevage de porc produit 7 à 8 fois plus de viande que le bœuf par an et par
86 tonne d'animaux sur pied en Afrique (Bathily, 1975). Il constitue une source importante de
87 protéines et une activité secondaire pour plusieurs catégories socioprofessionnelles à qui, il
88 procure un revenu supplémentaire (Missohou et al., 2001 ; Mopate et al., 2010 ; Ndeby et al.,
89 2009 ; FAO, 2012a ; FAO, 2012b). Il représente donc un atout majeur pour la lutte contre
90 l’insécurité alimentaire et l’amélioration des revenus des populations particulièrement en Afrique
91 où la pression démographique se fait de plus en plus lourde. Ceci est d’autant plus vrai que, selon
92 Mopate et al. (2003), la mise en place d’un élevage de porc est le plus souvent motivée par le
93 souhait du producteur de réaliser un projet, d’adopter une stratégie de diversification de la
94 production pour lutter contre l’insécurité financière et alimentaire.
95 Le système d’élevage traditionnel est privilégié par les éleveurs pour la simplicité des techniques
96 mises en œuvre, et surtout par la faiblesse des investissements consentis (Buldgen et al., 1994 ;
97 Porphyre 2009). Les races indigènes, malgré leurs faibles performances, ont la faveur de ces
98 exploitants en raison de leur faible prix d’achat, leur rusticité, ainsi que leur grande capacité
99 d’adaptation et de valorisation des déchets et même de certaines plantes (FAO, 2012a).
100 Le Sénégal est un pays à forte majorité musulmane. Dans ce contexte, l’élevage porcin est mal
101 considéré, même en Casamance où les chrétiens sont nombreux (Lalèyê, 2007). Avec une
102 croissance démographique annuelle estimée à 3,2% à l’échelle du Sénégal, la production en viande
103 de porc n’est pas suffisante pour couvrir les besoins des populations consommatrices. Le Sénégal
104 est un pays où on consomme peu de viande, 13 kg/habitant/an toutes espèces confondues contre
105 41,2 kg/habitant/an dans le monde (Mankor, 2009 ; FAO, 2009). La production et la
106 consommation de viande sont dominées par la viande rouge, 54% des viandes totales dont 32% de
107 bovins, 14% d’ovins et 8% de caprins (MEPA, 2015 1). La viande blanche représente 46% des
108 viandes totales (dont 39% de volaille et 7% de porc). Cette consommation de porc (qui représente
109 15% de la viande blanche) au Sénégal est faite surtout par les chrétiens et expatriés. Les
110 importations de viande de porc ne concernent que des marchés très spécifiques, notamment les
111 charcuteries, avec des quantités très faibles, 1% de la production nationale (Niang et al., 2013 ;

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Sénégal. Ministère de l’Elevage et des Productions Animales (MEPA), 2015. Statistiques des productions et
15 importations des produits animaux au Sénégal en 2014. Direl, Cellules des Etudes et de la Planification, 7 p.

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112 FAOSTAT, 2015 ; MEPA, 2015). De nombreuses études menées sur la filière porcine font toutes
113 ressortir qu’elle a été négligée dans les programmes nationaux d’appui à l’élevage et de
114 développement rural (Le Glaumec, 2006 ; Seck, 2007). De plus, la plupart des pratiques
115 rudimentaires décrites, il y a plus de 15 ans, demeurent encore en proportions très importantes
116 (Buldgen et al., 1994 ; Missohou et al., 2001).

117 L’objectif de cette étude est d’appréhender et de mieux cerner à travers une analyse diagnostique
118 des systèmes de production de porcs, les caractéristiques des systèmes d’élevage, les performances
119 zootechniques et économiques ainsi que les contraintes liées au développement de l’élevage de
120 porcs dans la Casamance naturelle.

121 2. MATERIEL ET METHODES


122 2.1. Zone d’étude

123 L’étude a été réalisée en milieux urbain et rural des trois régions de la Casamance naturelle, située
124 au Sud du Sénégal et qui s’étend sur 28 350 km² soit 1/7 de la superficie du Sénégal (figure 1).
125 Elle est limitée à l’Ouest par l’océan Atlantique, à l’Est par un affluent du fleuve Gambie, au Nord
126 par la Gambie et au Sud par la Guinée Bissau. Son climat est de type soudanien avec une saison de
127 pluie allant du mois de juin à celui d’octobre et une saison sèche qui couvre le reste de l’année.
128 Elle est la partie la plus arrosée du Sénégal avec une pluviométrie supérieure à 800 mm et on y
129 retrouve 20% des terres arables du pays. Aussi, la densité du réseau hydrographique rend cette
130 zone très propice à la riziculture (CSE, 2007). Ces conditions sont favorables au développement
131 des activités d’élevage, notamment celui des porcs.

132 2.2. Collecte des données

133 L'étude réalisée de mars à juin 2016 a porté sur un total de 324 élevages de porcs. La méthode de
134 Smith (2013) a été utilisée pour calculer cet échantillon et a considéré une marge d’erreur de plus
135 ou moins 6% à 95% de niveau de confiance. Ainsi, 91 élevages des porcs ont été enquêtés dans la
136 région de Kolda, 88 dans la région de Sédhiou et 145 dans la région de Ziguinchor. Ces enquêtes
137 ont permis de ressortir les caractéristiques techniques et fonctionnelles des élevages grâce à des
138 entretiens semi-directs auprès des éleveurs et informels auprès des services techniques (ministère
139 d’élevage) et des responsables des groupements d’éleveurs. L’outil d’enquête était un
140 questionnaire structuré de manière à obtenir à la fois les informations sur les caractéristiques
141 socio-économiques (sexe, ethnie, statut matrimonial, niveau d’études, activités, expérience,

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142 motivation et objectifs de l’élevage), les données pratiques et techniques de gestion des élevages
143 (taille du troupeau, habitat et matériel, alimentation, reproduction et santé, exploitation porcine),
144 mais également les principaux problèmes rencontrés par les éleveurs. Ce questionnaire, testé puis
145 amendé, a été administré aux propriétaires d’élevages porcins lors des enquêtes descriptive,
146 transversale et rétrospective. Les enquêtes avaient lieu dans les élevages porcins pour faciliter les
147 observations directes de l’environnement d’élevage et la relevée des coordonnées géographiques.
148 Le choix des éleveurs s’est fait de façon aléatoire et raisonnée, en tenant compte de leur
149 disponibilité. Les enquêtes coïncidant avec la période des travaux agricoles, les rendez-vous
150 étaient pris avec les éleveurs par le biais des personnes ressources dans chaque localité. L’équipe
151 d’enquête était constituée par deux personnes. Des traducteurs ont été nécessaires dans certaines
152 localités où les éleveurs ne comprenaient ni le français (langue utilisée sur le questionnaire
153 d’enquête), ni le Wolof ou le Mancagne.

154 1.2.2. Traitement et analyse statistique des données

155 Les données obtenues par la méthode décrite ci-dessus ont été dépouillées, encodées, enregistrées
156 sur le tableur Microsoft Excel 2007 et analysées avec le logiciel Rcommander, version R2.13.0.
157 L’analyse descriptive des variables a permis de calculer les fréquences pour les variables
158 qualitatives et la moyenne (±écart-type) pour les variables quantitatives.

159 Par manque de registre d’informations au niveau des élevages, les analyses économiques étaient
160 réalisées sous les hypothèses ci-après en adaptant les travaux de Buldgen et al. (1994) :
161 - la quantité d’aliments distribués par jour est en moyenne de 2,5 kg brut par porc dans le
162 système semi-intensif et intensif avec un taux d’humidité autour de 11-12% ;
163 - la quantité d’aliments distribués dans le système traditionnel est en moyenne de 2,5 kg brut
164 par porc en saison sèche et de 1 kg par porc et par jour pour la complémentation en saison
165 des pluies ; 
166 - le nombre d’animaux vendus en moyenne chaque année selon les systèmes d’élevage
167 (information fournie par les éleveurs) ;
168 - le poids vif moyen à la vente est de 90 kg dans le système intensif, 80 kg pour le système
169 semi intensif et 40 kg dans le système traditionnel ;
170 - tous les éleveurs du système intensif payent 70 000 FCFA pour déplacer une tonne
171 d’aliments industriels à partir de Dakar une fois par an ;
172 - le rendement carcasse est estimé à 75% pour la vente au détail.

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173 Ainsi, les données obtenues à partir de ces conjectures ont permis d’estimer la rentabilité annuelle
174 d’un élevage en fonction des systèmes par l’approche comptable (Keizer, 2007). Les marges brute
175 et nette étaient déterminées par les formules suivantes :

'
176 Marge brute=produit brut d exploitation−charges opérationnelles totales

177 Marge nette=recettes totales−dépensestotales ou

178 Marge nette=Marge brute−charges fixes

' total des charges


179 Coût de production d un porc charcutier=
nombre de porcs produits

180 3. RESULTATS

181 3.1. Profil socio-économique des éleveurs de porcs et motivation des éleveurs
182 En Casamance, l’élevage des porcs est une activité qui occupe à la fois les hommes et les femmes
183 (50,2% d’hommes contre 49,8% de femmes). Il est pratiqué par des éleveurs issus d’une dizaine
184 d’ethnies avec une prédominance des Diola (41,3%), Mancagne (36,5%) et Balante (10,8%). Les
185 propriétaires d’élevage porcin sont pour la plupart chrétiens (95,98%), mariés (65,3%) et
186 responsables de famille nombreuse (9,4 ± 5,2 personnes par ménage). Ils sont en majorité instruits
187 avec une primauté des niveaux d’études primaire (31,6%) et secondaire (36,2%). Les éleveurs sont
188 inscrits dans divers secteurs d’activités, notamment l’agriculture (24,8%) le commerce (16,9%) et
189 autres (9%). Dans la région de Sédhiou, l’association élevage-agriculture reste dominante (45,4%).
190 Alors que dans Ziguinchor où la plupart des éleveurs sont généralement instruits (79,4%), ceux
191 qui ne pratiquent que l’élevage (30,5%) sont majoritaires. La plupart (78,2%) des éleveurs de ces
192 régions du sud ont en général plus de dix (10) ans d’expérience dans la conduite des porcs malgré
193 leur manque de formation (tableau I) sur les techniques d’élevage (83,5%). Aussi, ils ont utilisé la
194 propriété familiale pour la conduite d’élevage (92,4%) avec des porcs généralement acquis par
195 achat de paires de porcelets sevrés (82,7%) ou reçus comme don (19,8%). La main d’œuvre au
196 niveau des élevages porcins est, dans la plupart des cas, familiale (97,2%). Dans les différentes
197 régions de la Casamance naturelle, les éleveurs de porcs ont débuté leur activité essentiellement
198 sur leur propre initiative (76,8%). Ils pratiquent d’ailleurs cet élevage concomitamment pour la
199 génération des revenus (95,4%) et l’autoconsommation (81,1%) par le ménage.

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200 3.2. Systèmes d’élevage de porcs


201 Trois systèmes d’élevage ont été repérés dans cette étude en Casamance. Il s’agit des systèmes de
202 production traditionnel, semi intensif et intensif. Ces différents systèmes ont été définis sur la base
203 des critères tels que: le type d’habitat, l’alimentation, la conduite et le suivi des activités
204 d’élevage. Ainsi, pour appartenir au système traditionnel, l’habitat de la porcherie doit être fait en
205 banco ou en bois ou en matériau de fortune, abritant des porcs généralement de race locale et
206 laissés en divagation sans ou avec apport de complément alimentaire (restes de cuisine en général)
207 et sans suivi sanitaire de la part de l’éleveur. Pour le système intensif, l’habitat est fait en matériau
208 définitif, la stabulation des porcs, majoritairement de races améliorées est complète avec un plan
209 correct de suivi sanitaire, et l’alimentation est constituée de provendes industrielles mélangées ou
210 non avec les sous-produits agroalimentaires. Le système semi intensif étant à mi-chemin entre les
211 deux systèmes précédents, a un habitat construit en matériau semi-définitif ou en banco amélioré,
212 une conduite en stabulation complète de porcs de races mixtes (locale, métisse, améliorée) et une
213 alimentation plus ou moins équilibrée, composée par un mélange de deux à trois matières
214 premières et des déchets agricoles. Dans ces deux derniers systèmes, il y a une amélioration du
215 suivi sanitaire et des activités de l’exploitation des porcs. Nos résultats ont montré que le système
216 d’élevage traditionnel était majoritaire, 85,5% des élevages enquêtés quelle que soit la région
217 (figure 2).

218 3.3. Types de productions, races exploitées, taille des troupeaux


219 Les élevages porcins visités ne sont pas spécialisés. Ils sont à la fois de type naisseur et
220 engraisseur (95,3%), et exploitent principalement la race locale (90,4%) qui reste très
221 caractéristique des systèmes traditionnels (94,2%). Les races améliorées et métissées sont
222 rencontrées essentiellement dans le système intensif (respectivement 83,3% et 66,7%) par rapport
223 au système semi intensif (respectivement 26,8% et 46,3%). Les proportions observées ont été
224 sensiblement identiques entre les régions.

225 La taille et la composition des troupeaux des élevages enquêtés sont présentées dans le tableau II.
226 En moyenne, chaque exploitation comptait 19,2 ± 20 porcs, avec un minimum de 1 et un
227 maximum de 180 porcs. Les porcs reproducteurs représentaient 31% de ce troupeau (dont 15% de
228 mâles et 16% femelles). Les grands effectifs de porcs sont rencontrés dans les élevages de la
229 région de Kolda (28,2 ± 20,8). En fonction des systèmes d’élevage, la taille moyenne du troupeau
230 du système intensif (28,2 ± 15,6 porcs avec 29% de reproducteurs) a été plus importante que celle
231 du système traditionnel (19,4 ± 21 porcs avec 31% de reproducteurs) et du système semi intensif
232 (16,9 ± 12,7 porcs avec 24% de reproducteurs).

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30

233 3.4. Porcheries et matériel d’élevage


234 Le matériel de construction et d’élevage sont encore rudimentaires. Parmi les élevages enquêtés,
235 seuls 3,4% ne disposaient pas d’habitats pour porcs. Les différents types de porcheries rencontrées
236 sont des habitats de fortune (28,4%), des abris traditionnels (51,1%), des abris semi modernes
237 (14,5%) et des habitats modernes (6%). Les porcheries dites « habitats de fortune » sont des
238 petites porcheries traditionnelles très rudimentaires, avec des toitures faites de paille ou de tôles de
239 zinc rouillées. Les parois latérales sont essentiellement faites du bois. Elles ont toutes un plancher
240 en terre battue. Quant aux porcheries traditionnelles améliorées, elles sont en fait une version
241 améliorée des précédentes. Dans celles-ci, les tôles de récupération sont les plus utilisées comme
242 toitures, mais aussi les pailles ou les bâches quelques fois. Les murs sont essentiellement en bois
243 ou en briques sur un côté et en bois sur l’autre. S’agissant des porcheries semi-modernes, elles ont
244 des toitures en tôles ou en tuile. Les parois latérales sont construites en briques et le plus souvent
245 cimentées. Le plancher est cimenté en partie ou en totalité. Quant aux porcheries dites modernes,
246 elles sont des bâtiments bien compartimentés en fonction du stade physiologique des animaux,
247 avec une toiture en tôles ou en tuiles, les parois latérales en briques bien cimentées de même que
248 le plancher.

249 Ces porcheries sont équipées par des mangeoires et abreuvoirs de nature très variable [(bois creusé
250 (33%), bois creusé et bidons coupés (28%), ustensiles de cuisine reformés (25,2%)], autres types
251 de matériel (14,2%). Les mangeoires ou abreuvoirs en bois sont les plus utilisés (63,1%). Ils
252 présentent un avantage de durer pendant très longtemps mais ils sont chers par rapport au fût
253 fendu et ustensiles de cuisine réformés. Ils restent majoritaires dans le système traditionnel où ils
254 existent dans 65,7% des exploitations. Ils occupent la deuxième place derrière les mangeoires et
255 abreuvoirs cimentés et bétonnés dans les autres systèmes d’élevage (43,2% en élevage semi
256 intensif et 25% en élevage intensif). Les autres matériels rencontrés dans les élevages enquêtés
257 sont principalement des seaux (70,4%) et des balais (45,7%). Des matériels comme les pelles, les
258 brouettes et les râteaux retrouvés dans les élevages sont en général destinés plus à l’agriculture
259 qu’à l’élevage.

260 3.5. Conduite de l’alimentation des porcs


261 En Casamance, l’alimentation des porcs est surtout à base des déchets alimentaires et de verdures.
262 Les aliments utilisés sont formulés dans la plupart des exploitations (97%) par les éleveurs eux
263 même dont seuls 5,3% d’entre eux les pèsent avant de les distribuer aux porcs. La distribution des
264 aliments se fait majoritairement 2 fois par jour, notamment le matin et le soir (64,7%). Trois types
265 d’aliments ont été répertoriés en fonction de leur nature. D’abord, le type 1 est constitué des restes

31 10
32
33

266 de cuisine et autres résidus agricoles associés à de la verdure (petites plantes et herbes). Ensuite, le
267 type 2 qui est le plus utilisé (76,1%) comprend un mélange de 2 ou plusieurs matières premières
268 auxquelles l’éleveur adjoint des déchets alimentaires récupérés auprès des ménages et restaurants,
269 de la verdure et d’autres aliments. Enfin, l’aliment complet (ou provende) utilisé seul ou mélangé
270 à d’autres matières premières (son de riz, farine de récupération des meuneries, etc.) caractérise le
271 troisième type d’aliments distribués aux porcs. D’après les déclarations des éleveurs (figure 3), les
272 matières alimentaires les plus utilisées dans les rations de porcs sont les déchets alimentaires
273 (90,1% des cas), les mangues (56% des cas), les noix palmistes (54% de cas), verdures et potages
274 (53%) et autres (son de riz, farines de récupération des meuneries et drèche de pomme de
275 cajou, ...)
276 En fonction des systèmes d’élevage, la nature des aliments peut différer. L’aliment industriel
277 (provende porc) est surtout employé par les éleveurs des systèmes intensifs (83,3%) et semi
278 intensif (19,5%) que ceux du système traditionnel (3,9%). Son acquisition s’effectuait
279 principalement auprès d’un provendier (77,3%) par l’éleveur ou offert gracieusement (13,6%) par
280 le Projet d’Appui à la Sécurité Alimentaire et à l’Elevage (PASAEL). Toutefois, cet aliment dont
281 le prix moyen varie de 7000 à 12000 FCFA/par sac, (soit 140 - 240 FCFA/kg) est généralement
282 mélangé par les éleveurs avec d’autres intrants moins coûteux pour des raisons économiques.
283 Selon 90,2% des éleveurs enquêtés, trouver des aliments pour porcs n’est pas aisé. Les entraves
284 soulevées sont surtout l’indisponibilité de certaines matières premières (70,8%), leur cherté (11%)
285 ou les deux à la fois (12,8%). Mais, le problème d’accessibilité aux aliments complets pour porc
286 est une contrainte commune à tous les éleveurs quel qu’en soit le système d’élevage (100% des
287 éleveurs du système intensif, 86,8% de ceux du système semi intensif et 90,5% de ceux du
288 système traditionnel).

289 3.6. Conduite de la reproduction et productivité des porcs

290 3.6.1. Paramètres de reproduction


291 Ces paramètres concernent le mode de reproduction, l’âge de mise à la reproduction, la taille de
292 portée et le sevrage.
293 La reproduction se fait par monte naturelle dans toutes les exploitations porcines et de manière
294 non contrôlée (98,1%). L’âge moyen de mise à la reproduction est de 7,6 ± 1,8 mois, la taille
295 moyenne par portée est de 7,4 ± 2,2 porcelets et les taux de mortalité sont de 16,5% et 12,1%
296 respectivement avant et après le sevrage (tableau III).

34 11
35
36

297 Ces résultats sont cependant sujets à des variations selon le système d’élevage. Dans le système
298 traditionnel, l’âge moyen pour la mise à la reproduction est de 7,5 ± 1,7 mois. Mais, en réalité les
299 éleveurs ne contrôlent pas ce paramètre puisque la reproduction se fait le plus souvent sans leur
300 intervention en raison de la divagation. Il est de 7,7 ± 1,6 mois dans le système semi intensif et 7,6
301 ± 2,5 dans le système intensif. La taille de la portée à la naissance est plus élevée dans le système
302 intensif (10,4 ± 3,9) par rapport aux systèmes semi-intensif (7,5 ± 2,1) et traditionnel (7,3 ± 2).
303 Les mortalités avant et après sevrage sont plus élevées dans les élevages semi-intensifs (28,8% et
304 14,1%) que ceux traditionnels (22,3% et 12,2%) et intensifs (4,5% et 0%).
305 Le sevrage se fait majoritairement par la truie qui se débarrasse de ses petits entre 3 et 6 mois dans
306 les systèmes traditionnels (dans 90% des cas) et semi intensifs (70,3%). Il est contrôlé par les
307 éleveurs dans le système intensif et est pratiqué soit à 1,5 mois (pour 40% de cas) ou entre 2 et 3
308 mois (pour 60% des cas).

309 3.6.2. Autres pratiques en élevage porcin

310 Certaines pratiques visent à améliorer la conformation des porcs et leur identification. Ainsi, la
311 castration est pratiquée dans 96,8% des élevages enquêtés et essentiellement par les éleveurs
312 (82,5%). L’acte de la castration est réalisée chez les porcs à un âge variable entre 3 et 5 mois
313 (31,8%), 6 et 12 mois (27%) ou quand l’animal devient turbulent (24%). La pratique de la
314 caudectomie est peu répandue dans les élevages (14,6%), les éleveurs préféraient plutôt le
315 marquage à l’oreille (74,5%). Utilisé en guise d’identification, ce marquage réalisé par les
316 éleveurs eux-mêmes (96,9%), intervient le plus souvent après la naissance des porcelets (âge
317 inférieur à un mois).

318 3.7. Gestion sanitaire et pratiques médicales dans les élevages porcins
319 L’offre de services vétérinaires est faible, et la prise en charge sanitaire des élevages porcins
320 demeure en grande partie traditionnelle avec des pratiques médicales parfois douteuses. Le
321 nettoyage des porcheries est effectué dans 77,4% des élevages sans désinfectant (76%). La
322 vaccination est peu pratiquée (14,7%) et les éleveurs ignorent les maladies contre lesquelles elle
323 est réalisée (53,1%) de même que les produits utilisés (50%). Dans 33,3% des exploitations, les
324 éleveurs ont affirmé pratiquer le déparasitage. Mais, les produits employés le plus souvent comme
325 le sel (4,9%), le crésyl (1,2%) et autres produits traditionnels (34,6%) ou inconnus des éleveurs
326 (25,9%, les urines par exemple) ne sont pas connus en médecine vétérinaire comme
327 antiparasitaires. En cas de maladie, les éleveurs adoptent plusieurs logiques allant de l’inaction
328 (33,9%), au traitement des porcs à base des produits traditionnels (35%) ou des médicaments

37 12
38
39

329 vétérinaires (21,2%). Une faible proportion des éleveurs (9,8%) associait les deux types de
330 traitement. Dans ces élevages, le suivi sanitaire était du ressort de l’éleveur (81,1%), à l’exception
331 de 4% d’entre eux qui recouraient aux services d’un vétérinaire.

332 3.8. Mode d’exploitation des porcs


333 En Casamance, les porcs sont essentiellement exploités pour l’autoconsommation et la quête de
334 revenus à travers la vente.
335 Concernant l’autoconsommation, 87,4% des éleveurs prélevaient en moyenne 3,9±2,7 porcs par
336 an, ce qui représente 20,3% du troupeau. Ce prélèvement est souvent effectué à l’occasion des
337 fêtes et cérémonies religieuses (93,9%), mais également pour les besoins de consommation
338 ordinaire de la famille (68,9%).
339 Par rapport à la vente de porcs, la présente étude a révélé l’existence de 2 systèmes de
340 commercialisation que sont : la vente sur pieds et la vente en détail. Le premier, le plus répandu,
341 est pratiqué par 82,2% des éleveurs enquêtés. Le second est très rarement exercé seul (1%), et
342 associe fréquemment la vente sur pieds (16,9%). Pourtant, il n’existe pas dans les marchés ou
343 louma, des places destinées à la vente de porcs. Ainsi, les animaux sont vendus principalement à
344 domicile (96,5%) sur décision de l’éleveur et les prix débattus à l’estimée (95%). Le prix moyen
345 d’un porc sur pieds et le nombre de porcs vendus par an sont variables d’un système d’élevage à
346 un autre. Les plus grandes ventes (40 porcs) et les meilleurs prix (43250 FCFA/porc à l’estimée,
347 1433 FCFA/kg vif, 2000 FCFA/kg de viande) sont rencontrés dans le système intensif. Les faibles
348 ventes sont enregistrées dans le système traditionnel (9 porcs vendu à l’estimée à 33382
349 FCFA/sujet) et le système semi intensif (10 porcs avec des prix de 38125 FCFA/sujet à l’estimée,
350 1500 FCFA/kg vif, 1650 FCFA/kg de viande). La vente au poids vif ou sous forme de viande est
351 l’apanage des systèmes intensif et semi intensif. Ces modes de vente sont absents du système
352 traditionnel où prédomine la vente à l’estimée. Les grandes périodes de vente de porcs dans
353 l’année, sont les périodes de fêtes et cérémonies chrétiennes (48,5%), la saison sèche (25,9%)
354 voire à tout moment pour certains éleveurs (21,4%).
355 Les déjections des porcs ne font pas l’objet de transaction. Elles sont principalement utilisées
356 comme fumiers en épandage (70%) dans l’activité agricole des éleveurs, et accessoirement
357 offertes aux voisins et amis, ou jetées dans la nature en absence de demande.

358 Les porcs sont essentiellement vendus pour le besoin d’argent (90,9%) à des Guinéens (58,9%) et
359 aux ménages casamançais (57,2%). Par ordre décroissant, les Bissau-Guinéens faisaient leurs
360 achats en grande partie dans la région de Kolda (93,2%) et de Sédhiou (83,9%) que dans celle de
361 Ziguinchor (20%) qui est la plus proche de leur pays. Par contre, les salariés locaux sont les clients

40 13
41
42

362 majoritaires (75,4%) dans la région de Ziguinchor (tableau IV). La Gambie et la région de Dakar
363 représentaient des destinations négligeables pour la vente de porcs.

364 L’exploitation porcine est une activité informelle en raison de l’absence d’outils de suivi des
365 performances et d’enregistrement des données technico-économiques (97% des élevages).
366 Toutefois, la commercialisation des produits selon les déclarations des éleveurs serait rentable.
367 Ainsi, 67,5% d’entre eux ont qualifié leur activité d’assez à très rentable. En fonction des systèmes
368 d’élevage, peu d’éleveurs des systèmes traditionnel (16,9%) et semi intensif (14,3%) ont considéré
369 leurs élevages comme une activité non rentable.

370 3.9. Coûts de production et rentabilité en élevage porcin


371 Les résultats économiques présentés dans le tableau V concernent les élevages naisseurs
372 engraisseurs. Ils sont préliminaires et calculés sur la base des estimations et des déclarations faites
373 par les éleveurs. Il ressort des analyses que les charges alimentaires constituent le facteur
374 déterminant de la rentabilité des élevages porcins. Elles représentent en moyenne 65,3% des
375 dépenses et sont plus élevées dans le système moderne (78,6%) par rapport aux systèmes semi
376 intensif (47,6%) et traditionnel (69,7%). La même tendance a été observée au niveau de la marge
377 brute annuelle, la plus grande valeur de 785 109 FCFA étant enregistrée par le système intensif.
378 Par ailleurs, les résultats ont montré que les coûts moyens de production d’un porc charcutier sont
379 de 25 816 FCFA dans le système traditionnel, 53 352 FCFA dans le système semi-intensif et 83
380 407 FCFA dans le système intensif respectivement pour des porcs de 40 kg, 80 kg et 90 kg. En
381 considérant le prix de vente d’un porc calculé et les différentes méthodes de vente selon le
382 système d’élevage, un bénéfice net de 7 566 FCFA est perçu par porc engraissé et vendu dans le
383 système traditionnel. Ce bénéfice est légèrement au-dessus de celui estimé dans les systèmes semi-
384 intensif (5 435 FCFA/porc) et intensif (6 061 FCFA/porc).

385 4. DISCUSSION
386 4.1. Profil socio-économique des éleveurs de porcs
387 Notre étude a montré que la proportion des hommes propriétaires de porcs (50,1%) est
388 sensiblement équivalente à celle des femmes (49,9%). Ce résultat semble unique, car en Afrique
389 de l’Ouest et du Centre, la pratique de l’élevage porcin est dominée par des hommes (Ayssiwede
390 et al., 2008 ; Youssao et al., 2008 ; Ndebi et al., 2009 ; Umutoni, 2012) ou des femmes (FAO,
391 2012a ; FAO, 2012b ; Missohou et al., 2001 ; Sambou, 2008). Cette différence peut être expliquée
392 par le système d’élevage. En effet, dans les études où les hommes prédominaient, les élevages
393 avaient un profil plus ou moins intensif ou semi intensif. Alors que les femmes dominaient dans

43 14
44
45

394 les études sur les élevages autrefois pratiqués pour la subsistance familiale (consommation
395 personnelle, dons) et qui associent l’élevage de porcs au recyclage des déchets organiques des
396 décharges (FAO, 2012a ; Sambou, 2008). Sur un intervalle de 15 ans, depuis les travaux de
397 Missohou et al. (2001) dans la basse Casamance, les hommes se sont davantage intéressés par
398 l’élevage de porc. Le chômage ou la recherche de la diversification de sources de revenus
399 semblent justifier cette nouvelle tendance. En effet, parlant de la répartition des activités entre
400 l’homme et la femme, Mbetid-Bessane et Mohamed (2003) ont conclu que la répartition sexuelle
401 des activités n’est pas irréversible. L’homme peut changer de comportement dès qu’une activité
402 féminine devient assez rémunératrice pour constituer une activité de rente. Ces mêmes auteurs
403 citent les résultats publiés antérieurement par Boussard (1987) en ce qui concerne la culture de riz
404 dans la Casamance au sud du Sénégal. C’était une culture féminine puisque les femmes
405 s’occupaient de la nourriture et le riz ne servait qu’à l’autoconsommation. Dès qu’il est devenu
406 assez rémunérateur, les hommes s’y sont intéressés. Ce changement de comportement des uns et
407 des autres face à la situation d’une quelconque activité nous paraît assez pertinent et justifie
408 pourquoi la recherche des revenus est le principal objectif de production commun à 95,4% des
409 éleveurs enquêtés. Cela est d’autant plus vrai que la plupart (76,8%) ont pris le soin d’entreprendre
410 cette activité sur leur propre initiative.
411 En outre, les résultats de cette étude mettent en exergue un caractère multiethnique des éleveurs
412 avec une prépondérance de l’ethnie Diola (41,3%). Ces résultats sont en accord avec ceux de
413 Missohou et al. (2001), Fall (2008) et Secka (2011), mais ne concordent pas avec ceux de Buldgen
414 et al. (1994) et Sambou (2008). Ces derniers ont rapporté que, respectivement, 87% des éleveurs
415 de porcs dans le bassin arachidier appartiennent à l'ethnie Sérère et 86,7% des éleveurs de porcs
416 autour de la décharge de Mbeubeuss (Dakar) sont de l’ethnie Manjaque. Nous estimons que cette
417 différence est due à la répartition historiquement inégale des ethnies entre les différentes régions
418 du pays.
419 Par ailleurs, près de 25% des personnes interrogées associent l’élevage de porcs à l’agriculture
420 (agro-éleveurs). Nos résultats vont dans le même sens que ceux obtenus en zone rurale par Ndebi
421 et al. (2009) au Cameroun et Mopate et al. (2010 et 2011) au Tchad. Comme l’avait constaté le
422 CSE (2007), l’élevage est pratiqué par des agriculteurs chez qui les cultures sous pluie constituent
423 une source de revenus supplémentaires, et représentent jusqu’à 10 à 50 % du revenu brut au
424 Sénégal. Cependant nos résultats sont différents de ceux des auteurs ayant travaillé sur des
425 élevages localisés en zones péri-urbaines des villes africaines telles que Dakar, Cotonou et
426 Abomey-Calavi Bobo-Dioulasso, (Sambou, 2008 ; Youssao et al., 2008 ; Doumana, 2011 ;
427 Umutoni, 2012). Dans ces études, la grande partie des éleveurs est constituée respectivement par

46 15
47
48

428 des fonctionnaires (50%), ceux qui font l’élevage uniquement (80%) ou des ménagères (53,3%), et
429 des artisans (44%). Enfin, nos résultats ont montré que la plupart des éleveurs de porcs de la
430 Casamance (78,2%) ont plus de dix ans d’expérience dans cette activité. Cependant, peu
431 d’éleveurs (14,6%) l’ont adoptée, il y a moins de 5 ans. La non implication de nouveaux éleveurs,
432 contrairement aux résultats de Tra Bi Tra (2009) en Côte d’Ivoire (46,2%) et Ndebi et al. (2009)
433 au Cameroun (40,9%), serait due au découragement. Il fait suite aux différentes contraintes, en
434 particulier la cherté et l’accès à l’aliment et à l’espace, la faiblesse des services techniques, les
435 barrières socioculturelles et religieuses, les pathologies. Parmi ces pathologies, la peste porcine
436 africaine avec une séroprévalence variable entre 30 et 32% en Casamance (Seck, 2007 ; Akpaki et
437 al., données non publiées) constitue un véritable fléau pour cet élevage de par son caractère
438 endémique.
439 4.2. Caractéristiques fonctionnelles des élevages de porcs
440 4.2.1. Systèmes d’élevage et taille des troupeaux
441 Au Sud du Sénégal, le système traditionnel d’élevage de porcs reste de loin prédominant (85,5%),
442 et la race locale est la plus exploitée comparée aux races métisses et exotiques. Ces résultats
443 corroborent ceux obtenus par Buldgen et al. (1994) dans le bassin arachidier du Sénégal,
444 Missohou et al. (2001) en basse Casamance et Secka (2011) en Casamance et en Gambie. En
445 Afrique Centrale et de l’Ouest plusieurs auteurs (Ayssiwede et al., 2008 ; Tra Bi Tra, 2009 ; Ndebi
446 et al., 2009 ; Umutoni, 2012 ; Agbokounou et al., 2016b) ont rapporté que le système traditionnel
447 était surtout rencontré en milieu paysan et dans les forêts.
448 Par ailleurs, la taille moyenne des exploitations visitées (19,2 porcs) est proche de celle rapportée
449 par Sambou (2008) à Dakar (20,8 sujets), mais faible par rapport à celle trouvée par Ayssiwede et
450 al. (2008) au Bénin (40,65 sujets). La différence observée peut s’expliquer par le différentiel du
451 niveau de développement des pratiques de la porciculture, de pesanteurs socioculturelles et surtout
452 du marché. Au Bénin, il y a beaucoup de chrétiens et des animistes (Houndonougbo et al., 2012) et
453 la demande en viande de porc est beaucoup plus élevée qu’au Sénégal. 

454 Ce résultat est supérieur à celui obtenu par Le Goulven et al. (1999) au Vietnam (2 porcs par
455 ménages). De même, il est plus important que ceux de Buldgen et al. (1994) et Missohou et al.
456 (2001) qui ont respectivement trouvé 2 porcs par exploitation dans le bassin arachidier du Sénégal
457 et 11±9,1 en Basse Casamance. Au Sénégal, l’évolution des effectifs dans le temps (taux de croît
458 de 3,2%) et la période de l’année peuvent justifier cet écart. De plus, en saison des pluies, la
459 stabulation obligatoire couplée à une disette d’aliments ne permet pas aux éleveurs de garder des
460 effectifs élevés de porcs. Les pesanteurs socioculturelles et religieuses telles que le vol,

49 16
50
51

461 l’empoisonnement (Lalèyê, 2007) et la cohabitation des chrétiens et musulmans contribuent


462 également à la limitation des effectifs de porcs par les éleveurs.

463 II.4.2.3. Logements et matériel d’élevage


464 Les logements sont principalement des porcheries traditionnelles améliorées (51,1%) et des abris
465 de fortunes (28,4%). Nos résultats sont similaires à ceux rapportés par Mopate et al. (2010), Ndebi
466 et al. (2009), Secka (2011) et Agbokounou et al. (2016b) en Afrique en général. Cependant, ils
467 sont différents d’autres travaux conduits au Sénégal (Sambou, 2008 ; Bassene, 2010 ; Doumana,
468 2011), au Bénin (Ayssiwede et al., 2008) et au Burkina Faso (Umutoni, 2012) qui avaient trouvé
469 que les bâtiments améliorés ou semi-modernes étaient majoritaires. Cette différence s’explique par
470 la localisation des élevages enquêtés. Les élevages des zones périurbaines des principaux centres
471 économiques sont le plus souvent améliorés. Les propriétaires de terres périurbaines ont souvent
472 d’autres sources de revenus et ont accès au système financier, de sorte qu’ils sont en principe, plus
473 à même de réaliser les investissements nécessaires (Filmer et Fox., 2014). En revanche, pour les
474 agro-éleveurs, majoritaires dans notre étude, les pratiques consistent à thésauriser l’excédent de
475 trésorerie afin de constituer un capital nécessaire pour réaliser les investissements (Mbetid-
476 Bessane et al., 2003).

477 Les caractéristiques du matériel d’élevage dans notre étude, sont conformes aux descriptions faites
478 par Abdallah-Nguertoum (1997) et Agbokounou et al. (2016b).

479 4.2.3. Conduite de l’alimentation


480 Les résultats ont montré que les éleveurs préparent eux-mêmes les aliments et ne tiennent pas
481 compte de l’équilibre nutritionnel de la ration. Ces résultats épousent ceux décrits par Buldgen et
482 al. (1994) et Agbokounou et al. (2016b) selon lesquels les restes de repas et de cuisine, mil, riz,
483 épluchures de manioc ou de patate douce, feuilles de baobab, pulpes de tomates ou feuilles de
484 choux servent de base dans les régimes alimentaires. Néanmoins, la valorisation rationnelle des
485 ressources alimentaires locales peut constituer une voie alternative pour améliorer l’alimentation
486 des porcs. Toutefois, les résultats obtenus en Côte d’Ivoire (Tra Bi Tra, 2009) et au Bénin
487 (Ayssiwede et al., 2008) diffèrent des nôtres. Ils stipulent que plus de 90% des éleveurs recourent
488 aux provenderies surtout en milieu urbain et périurbain pour nourrir leurs porcs. Le niveau de
489 développement de la filière porcine dans chaque pays, expliquerait ce différentiel. En effet, au Sud
490 du Sénégal, les aliments industriels pour porcs sont commandés depuis Dakar (plus de 500 km de
491 distance) ; ce qui renchérit leur coût, limite leur disponibilité et leur utilisation. Seuls les éleveurs
492 ayant des ressources financières étaient capables de s’approvisionner à Dakar où sont implantés

52 17
53
54

493 des sociétés provendières. Ces unités de production d’aliments pour porc sont encore peu
494 nombreuses par rapport aux autres pays de la sous-région ouest africaine. En effet, en Côte
495 d’Ivoire et au Bénin, des catégories d’aliments pour porc ont été développées pour répondre à
496 leurs besoins en fonction du stade physiologique. L’élevage des porcs en Afrique, notamment en
497 Casamance est pratiqué essentiellement en mode extensif et la conduite de l’alimentation des
498 porcs est généralement réglée par le calendrier des activités agricoles (Agbokounou et al., 2016b).

499 4.2.4. Conduite de la reproduction et productivité des porcs


500 L’âge moyen à la mise à la reproduction et la taille moyenne par portée sont respectivement de 7,6
501 mois et 7,4 porcelets. Ces résultats sont en accord avec ceux trouvés en Centrafrique (Abdallah-
502 Nguertoum, 1997), au Tchad (Mopate et al., 2010), au Sénégal (Missohou et al., 2001 ; Sambou,
503 2008), au Bénin (Ayssiwede et al., 2008), en Côte d’Ivoire (Tra Bi Tra, 2009) et d’autres pays
504 africains (Agbokounou et al., 2016a). Cependant, la taille moyenne de la portée à la naissance (7,4
505 porcelets) est différente de celle rapportée par Umutoni (2012) au Burkina Faso (10 porcelets). La
506 race des porcs étudiés peut être à l’origine de cette différence. En effet, notre étude a porté sur des
507 élevages traditionnels où la race locale est prépondérante (90,4% des exploitations) alors que dans
508 celle d’Umutoni (2012), la principale race exploitée était la race Large White (70% des
509 exploitations concernées).
510 Le sevrage se fait majoritairement selon la volonté de la truie entre 3 et 6 mois (86,1%). Ces
511 résultats sont différents de ceux d’Umutoni (2012) au Burkina Faso (66,5 jours), FAO (2012b) en
512 République Démocratique du Congo (42 jours) et d’Ayssiwede et al. (2008) au Bénin (2,2 mois)
513 en raison du système traditionnel majoritaire dans notre étude par rapport à celles de ces auteurs.
514 Les taux de mortalité avant et après sevrage des porcelets sont proches de ceux trouvés par
515 Agbokounou et al. (2016a) et nettement plus élevés que ceux notés par Buldgen et al. (1994).
516 Pourtant, aucun cas de mortalité après sevrage n’a été déclaré au cours des enquêtes dans le
517 système intensif. Ceci parait peu plausible et s’apparenterait au manque d’information vue l’état
518 actuel des connaissances qui situe la mortalité post-sevrage dans les élevages modernes entre 3 et
519 8% (Gaudré, 2011). La castration est pratiquée principalement entre 3 et 5 mois dans 96,8% des
520 élevages enquêtés. Ceci corrobore les résultats rapportés au Benin par Ayssiwede et al. (2008) et
521 au Sénégal par Buldgen et al. (1994) qui sont respectivement de 3,6 mois et 4 à 5 mois.

522 4.2.5. Gestion de la santé dans les élevages porcins


523 L’assistance médicale réservée au porc au Sud du Sénégal est mitigée (faibles interventions des
524 agents vétérinaires, quasi-absence de médicaments vétérinaires), ce qui favorise d’une part

55 18
56
57

525 l’expansion de la médecine traditionnelle, et d’autre part l’inaction des éleveurs en cas
526 d’apparition de maladie. Ces observations rejoignent celles décrites par d’autres auteurs au
527 Sénégal et en Gambie (Buldgen et al., 1994 ; Missohou et al., 2001 ; Sambou, 2008 ; Bassene,
528 2010 ; Secka, 2011) qui ont noté un faible niveau d’investissement dans le secteur de la santé. Ils
529 sont, cependant, très différents de ceux d’Ayssiwede et al. (2008) au Bénin où 54,5% des éleveurs
530 de porcs ont mis à jour des mesures prophylactiques pour préserver leurs élevages contre les
531 maladies infectieuses. Cette différence serait due au contexte de réalisation des travaux de ces
532 derniers. En effet, ils avaient mené leur étude après l’épizootie de la peste porcine africaine qu’a
533 connue le Bénin en 1997 et cela dans le cadre d’un programme de relance de la filière porcine où
534 les éleveurs avaient été beaucoup sensibilisés et formés sur la gestion de l’élevage porcin.

535 4.3. Commercialisation des porcs et rentabilité de l’élevage porcin

536 L’élevage traditionnel est un système de production basé sur les pratiques rudimentaires (habitat,
537 alimentation précaire, matériel, mode de reproduction), et exploite des porcs généralement de race
538 locale qui génèrent un bénéfice net de 23% du prix de vente du porc mais avec des coûts de
539 production moindres. L’élevage semi intensif est un système de production axé sur des pratiques
540 d’élevage améliorées, qui emploie des porcs de race mixte et qui génère un bénéfice net de 14%
541 du prix de vente du porc en supportant des charges assez importantes. Quant au système intensif, il
542 est basé sur des pratiques modernes de production et exploite surtout des porcs de race améliorée
543 avec une taille moyenne du troupeau plus importante (28 porcs). On commercialise par an dans ce
544 système 4 fois plus de porcs que les systèmes précédents pour un bénéfice net de 14% du prix de
545 vente du porc avec des coûts de production très élevés. Ces écarts peuvent se justifier par les
546 meilleures performances zootechniques (taille de la portée à la naissance, maîtrise du sevrage,
547 poids vif à la vente) et économiques dans ce système. Les systèmes semi intensif et intensif sont
548 surtout rencontrés dans la région de Ziguinchor où les salariés locaux et les particuliers sont à forte
549 majorité les principaux clients (75,4%). Ces clients portent une attention très particulière quant à
550 la conformation des animaux et préfèrent acheter les meilleurs sujets au poids vif.
551 Par ailleurs, on rencontre dans cette même région une association dynamique des éleveurs de
552 porcs qui les sensibilise sur l’importance et la nécessité de développer la filière porcine et
553 d’harmoniser les méthodes et les prix de vente. Dans les deux autres régions, ces associations
554 n’existent que de nom. Cette absence de collaboration entre producteurs justifierait la présence
555 accentuée des clients bissau-guinéens (93,2% à Kolda et 83,9% à Sédhiou) comparée à cette
556 région de Ziguinchor (20%).

58 19
59
60

557 En revanche, le bénéfice net obtenu (7566 FCFA) par porc élevé en système traditionnel sans
558 considération de la main d’œuvre familiale, est légèrement supérieur à ceux des systèmes semi-
559 intensif et intensif (respectivement 5435 et 6061 FCFA/porc avec main d’œuvre pris en compte).
560 Cette particularité peut se justifier par les coûts élevés des aliments, des soins vétérinaires et la
561 main d’œuvre importante dans ces systèmes. Il va de soi que la considération de la main d’œuvre
562 réduirait ce bénéfice dans le système traditionnel. Dans ce sens, Le Goulven et al. (1999) ont
563 remarqué que la marge par porc est plus importante lorsque certains facteurs de production
564 proviennent de l’exploitation. Ainsi, la marge de 6304 FCFA/porc trouvé par ces auteurs dans un
565 système de production où tout a été acheté, correspond à celle du système intensif de notre étude.
566 Les études sur les performances économiques des exploitations porcines en Afrique de l’ouest se
567 sont majoritairement focalisées sur les systèmes semi-intensifs ou intensifs (Ayssiwede et al.,
568 2009 ; Tra Bi Tra, 2009 ; Umutoni 2012). Dans ce cas, la marge brute annuelle oscillait entre 1 et
569 2 millions de francs CFA, ce qui est très supérieure aux nôtres (284 487 FCFA pour le système
570 semi intensif et 785 108 FCFA pour le système intensif). Cette différence se justifie par le prix de
571 vente, le poids à la vente et l’effectif des animaux vendus par an. Ces facteurs dépendent du
572 niveau de développement de ce sous-secteur porcin dans chaque pays. La différence proviendrait
573 aussi des approches méthodologiques, nos analyses économiques étant basées sur certaines valeurs
574 théoriques issues d’extrapolation.
575 Pour le système traditionnel, rares sont des études ponctuelles, qui ont pu déterminer la rentabilité
576 à cause de sa complexité, du manque de données et de son mode basé surtout sur la divagation.
577 Certains auteurs préfèrent mettre en exergue les performances socio-économiques de cet élevage
578 (Mopate et al., 2010) ou faire une étude longitudinale pour enregistrer les entrées et les sorties des
579 exploitations suivies pendant une certaine durée (Sambou, 2008 ; Doumana, 2001).
580 Nos résultats sur le revenu net monétaire par porc charcutier dans les 3 systèmes d’élevage sont
581 très inférieurs à ceux obtenus par Sambou (2008) au niveau des élevages de la zone périurbaine de
582 Dakar (20 080, 22 075 et 31 943 FCFA respectivement pour les systèmes traditionnel, semi-
583 intensif et intensif). Ces élevages ont recours tout au long de l’année au recyclage des déchets de
584 la décharge de Mbeubeus alors que les coûts de l’alimentation dans la zone de notre étude sont très
585 élevés surtout en période d’hivernage. Ils bénéficient également des prix de vente des porcs très
586 intéressant à cause de leur proximité avec le plus grand centre de consommation du pays. .

587 Conclusion
588 La présente étude entreprise dans le cadre de l’exécution du projet d’amélioration des productions
589 porcines des élevages traditionnels de la Casamance naturelle, a montré que l'élevage de porc reste

61 20
62
63

590 un sous-secteur important dans la diversification des ressources alimentaires et monétaires. Mais
591 force est de reconnaître que les pratiques traditionnelles perdurent encore dans des proportions très
592 importantes.
593 L’élevage des porcs, souvent associé à l’agriculture, est pratiqué par des femmes et des hommes
594 majoritairement instruits. Les systèmes traditionnels d’élevage sont prédominants avec des
595 pratiques de reproduction non contrôlée, une alimentation basée sur la divagation et dépendant de
596 la disponibilité des déchets agro-ménages. Au plan sanitaire, la faiblesse des services et du marché
597 des médicaments vétérinaires se traduit par l’inaction ou l’emploi de traitements à base de produits
598 traditionnels en cas de maladie. Les résultats économiques montrent que l’élevage de porc peut
599 concourir à lutter contre la pauvreté, et cette contribution serait d’autant plus importante si les
600 contraintes qui le minent sont levées. Dans les stratégies d’amélioration de ce secteur, il est capital
601 d’assurer un encadrement technique des éleveurs à travers des formations sur la conduite et la
602 gestion sanitaire du troupeau. Aussi, il est important de trouver des voies de valorisation des
603 ressources alimentaires localement disponibles dans l’alimentation des porcs pour atténuer les
604 effets de la divagation et à mieux organiser et renforcer la capacité des producteurs et des autres
605 acteurs.

606 REMERCIEMENTS
607 Les auteurs adressent leurs sincères remerciements au Fonds National des Recherches Agricoles et
608 Agro-alimentaires (FNRAA) du Sénégal pour avoir financé ce programme qui a été exécuté par
609 l’Institut Sénégalais des Recherches Agricoles (ISRA) en collaboration avec l’Ecole Inter-états des
610 Sciences et Médecine Vétérinaires (EISMV) de Dakar et le Ministère de l’élevage et des
611 Productions Animales (MEPA) de la République du Sénégal.

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73 24
74
75

716 Tableau I : Profil socioprofessionnel et motivations des éleveurs de porcs des 3 régions de la
717 Casamance naturelle (%)

Paramètres Kolda Sédhiou Ziguinchor Moyenne


Masculin 51,6 48,9 50 50,1
Sexe
Féminin 48,4 51,1 50 49,9
Manjacque 4,4 6,9 7,2 6,3
Mancagne 50 50,6 18,8 36,5
Balante 13,3 24,1 0,7 10,8
Ethnie
Diola 25,6 11,5 70,3 41,3
Massonké 1,1 6,9 0 2,2
Autres 5,6 0 2,9 2,9
Mariés 64,4 62,5 67,6 65,3
Célibataires 10 10,2 21,1 15
Statut
Divorcés 3,3 4,5 1,4 2,8
Matrimonial
Veufs 20 22,7 7,7 15,3
Religieux 2,2 0 2,1 1,6
Néant 23 37,5 20,6 25,9
Niveau Primaire 29,7 27,3 35,5 31,6
d’études Secondaire 38,46 29,55 39 36,2
Supérieur 8,8 5,7 5 6,2
Fonction publique 8,9 6,8 9,2 8,5
professionnelle privée 27,8 12,5 17,2 18,8
Principale Commerçants 15,6 17 17,7 16,9
activité Agriculteurs 13,3 45,4 19,1 24,8
Eleveurs 20 10,23 30,50 21,9
Autres 14,4 8 6,4 9,1
Conseil d'autrui 4,4 3,4 6,2 4,9
Propre initiative 70,3 80,7 78,47 76,8
Motivation
Imitation 2,2 3,4 3,5 3,1
Héritage familial 27,5 14,8 13,9 18
Autoconsommation 97,8 75 74,3 81,1
Objectif de
Source de revenus 97,8 98,9 91,7 95,4
production
Autres 2,2 3,4 14,6 7,7
Formation en Oui 0 21,6 23,8 16,5
porciculture Non 100 78,4 76,2 83,5
Expérience en <5 Ans 7,7 10,2 21,8 14,6
élevage de 5-10 Ans 7,7 6,8 7 7,2
porc >10 Ans 84,6 82,9 71,1 78,2

76 25
77
78

718 Tableau II : Taille et composition générale (nombre de têtes) du troupeau des élevages
719 porcins dans les 3 régions de la Casamance naturelle

Kolda Sedhiou Ziguinchor


Taille par exploitation 28,2±20,8 18,2±24,2 14,3±14,2
Porcelets non Sevrés 12,0±11,2 7,6±9,3 5,6±7,8
Porcs en Croissance 11,7±9,8 7,1±7,1 6,1±5,4
Porcs reproducteurs 6,4±5,3 5,7±9,4 4,7±4,6

720 Tableau III : Performances moyennes de reproduction dans les systèmes d’élevage de porcs
721 de la Casamance naturelle

Système Système Semi Système


Paramètres de reproduction
Traditionnel Intensif Intensif

Age à la mise à la reproduction 7,5 ±1,7 7,7±1,6 7,6±2,5


Age à la 1ère mise-bas (mois) 13,5±5,6 13,8±7 12±2,7
Nombre de gestation/truie/ année 1,9±0,3 1,8±0,4 1,7±0,5
Nombre de portée/truie/an 1,9±0,3 1,9±0,3 1,7±0,5
Avortements/an 0,4±0,9 0,5±1 2±3,4
Taille moyenne par portée 7,3±2,1 7,5±2,1 10,4±3,9
Morts nés 0,6±0,9 0,7±1,6 0,2±0,4
Nés vifs 6,7±2 6,6±2,8 10,2±4,1
Taux mortalité avant sevrage (%) 22,3 28,8 4,5
Taille de la portée au sevrage 5,7±2,2 5,37±2,5 8,4±5,4
Taux mortalité après sevrage (%) 12,1 14,1 0
722

79 26
80
81

723 Tableau IV : Raisons d’exploitation commerciale des porcs et principaux clients dans la
724 Casamance naturelle

Sédhiou Ziguinchor
Paramètres Kolda (%) Moyenne (%)
(%) (%)
Besoin d'argent 90,9 91,2 90,8 90,9
Réforme 5,7 3,7 10,9 7,3
Raisons
Déstockage 38,6 28,7 26 30,7
de vente
Craintes des épidémies 9,1 27,5 5,9 12,9
Craintes de vol 2,3 0 2,5 1,7
Commerçants revendeurs 6,8 16 14,6 12,7
Charcuterie, restaurants et
3,4 1,2 25,4 12,4
hôtels
Clients Salariés locaux et particuliers 43,2 43,2 75,4 57,2
Expatriés 7,9 3,7 8,5 7
Autres éleveurs ou villageois 18,2 17,3 27,7 22,1
Bissau-Guinéens 93,2 83,9 20 58,9
725

82 27
83
84

726 Tableau V : Compte de résultats annuel d’une exploitation porcine selon le système
727 d’élevage dans la Casamance naturelle (en FCFA)

Rubrique Systèmes d’élevage


Dépenses Traditionnel Semi-intensif Intensif
1. Charges fixes
Main d'œuvre 0 184500 318000
Amortissement annuel 43206 45636 224655
2. Charges variables
Alimentation 161841 253748 2623200
Nettoyage 0 18104 28437
Frais vétérinaires 12075 15375 48000
Déplacement 15218 16160 94000,00
Total des dépenses 232340 533524 3336292
Recettes
Vente des animaux 300438 587875 3578746
Total des recettes 300438 587875 3578746
Marge brute annuelle 111304 284487 785109
Marge nette annuelle 68098 54351 242454
Coût de production/porc 25815 53352 83407
Charges alimentaires (%) 69,7 47,56 78,6
Bénéfice net par porc
7566 5435 6061
(FCFA)

728

85 28
86

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