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Choisir son câblage VDI

Par Solange BELKHAYAT-FUCHS, Marc OLANIE le 19/10/2001

"La face cachée du travail de l'informaticien, c'est l'infrastructure de communication ou, plus
simplement, le système de câblage. Négliger cette tâche peut entraîner des pertes financières
considérables car une infrastructure mal pensée, mal déployée et mal entretenue limite
significativement l'utilisation du nerf de communication de l'entreprise.

Dans le monde du câblage comme dans celui des développements «métiers», la


moindre erreur peut coûter très cher. Une fois l'opération effectuée, un retour en
arrière ou le réajustement de l'infrastructure est toujours plus onéreux que le
déploiement lui-même - le coût d'un postcâblage atteint sept fois celui d'une
installation d'origine, estime-t-on. Il est donc essentiel de bien penser son
infrastructure en amont lors de la mise en oeuvre d'un système de câblage.
Pourtant, on ne sait toujours pas qui, au juste, doit assumer cette tâche dans
l'entreprise. Entre l'informaticien, garant de la technologie sur le réseau, et
l'homme des services généraux, responsable du bâtiment et, traditionnellement,
de la téléphonie, au fait des contraintes environnementales, le partage des rôles
n'est pas clair. Notamment quand les connaissances requises sont très spécifiques
et que, à moins de disposer d'un spécialiste, personne ne les possède réellement.
La personne ou structure chargée de l'achat se verra proposer par les fabricants
des câblages tous plus attrayants les uns que les autres. Mais l'entreprise, devant
cette offre foisonnante, s'interroge. Faut-il «assurer» son système en misant sur un
câblage «bien» normé, par exemple de catégorie 5, voire 5e, ou vaut-il mieux
passer à la catégorie 6, qui offrirait un meilleur débit puisque plus récente ? Si
récente, d'ailleurs, qu'elle pose encore des problèmes d'interopérabilité. Même un
spécialiste comme Paul Villien, du laboratoire indépendant 3P, estime que «les
systèmes ouverts en catégorie 6 classe E seront sûrement une illusion».
L'entreprise doit aussi compter avec la catégorie 7, qui, par la technologie de base
retenue, surmonte bon nombre de problèmes de compatibilité ascendante. Cette
catégorie, en cours de normalisation, est même presque plus en avancée en terme
de spécifications qu'une catégorie 6 bâtie sur des choix technologiques
contestables.
GUERRES DE RELIGIONS
Alors, que choisir ? Les avis divergent selon que l'on interroge un fournisseur, un
usager, un responsable de bureau d'études ou un théoricien. Du côté des
normalisateurs et des réalisateurs de tests d'homologation, la réponse est
tranchée : hors «la norme», point de salut. «Utilisez ce qui est défini. Pour l'avenir,
et compte tenu de la rupture technologique de la classe F (câbles écrantés), de
son refus des compromis, de ses performances en bande passante et de son état
d'avancement, orientez-vous plutôt vers la catégorie 7», disent en substance les
gardiens de la loi ISO. Quelques-uns estiment même que la catégorie 6 ne serait
qu'un tissu de compromis enferrés dans un carcan de solutions propriétaires.
De leur côté, tout en entonnant le grand air de «la norme d'abord, et le respect
des règles ISO», les grands vendeurs de câbles vantent les mérites des solutions
propriétaires, des «surpercatégories 6 confinant à la 6e». Un partisan modéré
explique : «Certains prestataires sont impliqués dans les travaux normatifs. Nous
pouvons donc présumer de la direction qu'ils prendront et, ainsi, mieux conseiller
nos clients pour les années à venir. En achetant aujourd'hui un produit normalisé,
on peut être assuré... qu'il est déjà vieux de cinq ans, le temps moyen pour la
stabilisation d'une norme. Or, nous pouvons, sans grands risques, vendre des
produits modernes, actuellement propriétaires mais qui seront normalisés demain.
»

SURENCHÈRE À LA PERFORMANCE
Moue dubitative des utilisateurs, qui dénoncent cette surenchère à la performance
des vendeurs et des «hommes de loi». «Les promesses sont séduisantes, mais
nos budgets ne suivent pas», songent-ils. Bref, peu de responsables
d'infrastructure VDI recherchent aujourd'hui des câbles haut de gamme. «La 5e
passe le Gigabit, et rares sont les applications qui exigent une bande passante de
plus de 100 Mbit/s. La catégorie 6 ? Nous y viendrons sans doute, poussés par
l'attitude de nos fournisseurs : "Catégorie 5 ? Y en a plus, ou c'est plus cher." Pour
l'heure, nous conservons nos architectures normées, que nous maîtrisons. La
catégorie 7 ? C'est de la science-fiction. Avant qu'elle ne sorte, les progrès de la
technique et les procédés de production nous laissent espérer un bel essor des
fibres optiques.» L'avenir du cuivre capillaire pourrait bien être recouvert de
plastique

1 Câbler, c'est prévoir


Par Solange BELKHAYAT-FUCHS, Marc OLANIE le 19/10/2001
Organiser et déployer le système de câblage pose de nombreux problèmes. Voici quelques
conseils de base et une méthodologie rigoureuse pour aborder le projet sereinement.

"Une démarche objective d'ingénierie"


Yannick Gros
Educ-TIC

Aujourd'hui, il faudrait préférer aux termes de «système de câblage» ceux d'«infrastructure de communication VDI»,
avec la convergence voix, données, images (VDI). Les mots d'ordre sont désormais homogénéisation, banalisation,
systématisation, infrastructure unique pour les applications actuelles et futures (voix sur IP, informatique, vidéo
numérique). Une infrastructure VDI, cela signifie avant tout des locaux techniques, des répartiteurs de câblage, des
cheminements normalisés, des rocades optiques et cuivre entre répartiteurs, des câbles en paire torsadée, des prises
RJ45 terminales, des repérages (étiquetage des prises) précis et clairs, sans oublier le réseau 220 V spécifique au VDI
! Pour éviter ces écueils, la première solution consiste à respecter les normes internationales en vigueur, notamment
ISO 11801, EN 50173, EN 50174, NFC 15900, NFC 15100, ainsi que celles relatives aux incendies et aux
bâtiments - préservation de l'intégrité des structures... La nécessaire prise en compte, pour l'opération, de cette
trilogie câblage/infrastructure/bâtiment, avec son cortège de normes, de contraintes de sécurité, de travaux lourds et
gênants, fait que l'on n'a guère envie de recommencer tous les cinq ans. Il faut donc prévoir un câblage systématique
(englobant tous les locaux) et évolutif (facilité d'extension). Une véritable opération de précâblage permettra de
répondre à tous les besoins actuels et surtout d'anticiper les besoins futurs.

"1 000 normes, 100 protocoles, un seul câblage"


Il est fortement déconseillé de s'adresser directement à un ou plusieurs constructeurs, ou à un installateur, fût-il agréé
! On adoptera plutôt une démarche objective d'ingénierie, en faisant appel à un bureau d'études techniques
indépendant ou au service d'ingénierie interne. A eux de lancer l'audit de l'existant, d'effectuer l'analyse des besoins,
de tracer le schéma directeur. Ils devront aussi rédiger le CCTP (cahier des clauses techniques et particulières),
décrivant au mieux l'infrastructure attendue, DPGF (décomposition du prix global et forfaitaire... Enfin, ils
procéderont à l'analyse objective des offres : validation de conformité technique et quantitative, comparaisons
économique et qualitative. Cela fait, le bureau d'études ou le service d'ingénierie devra assurer le suivi du chantier,
vital pour veiller à la bonne réalisation et au respect strict du CCTP, puis la réception : contrôles visuels, recette
normalisée exhaustive, validation du dossier des ouvrages exécutés, documentations sur les produits, garanties des
produits et applications...

Le difficile choix des acteurs


Alain ThévenotExpertel

Premier obstacle : trouver celui à qui doit incomber la tâche. Le profil approprié est celui d'un spécialiste, si l'on
veut éviter une flambée du coût d'installation liée à d'incessants réajustements. Le plus souvent, ce sont les services
généraux, voire les informaticiens, qui assument la tâche. Or, les premiers ont une connaissance générale insuffisante
de la technologie ; les seconds, la plupart du temps, ordonnent une infrastructure dédiée à un besoin précis. L'idéal
serait une équipe pluridisciplinaire composée - pourquoi pas ? - d'un homme des services généraux, pour la maîtrise
des sites et de leurs contraintes, et d'un informaticien, pour définir les objectifs en terme de débit, les protocoles à
supporter et le niveau de sécurité. Mais quand la «politique» prime, que l'entente est difficile, il faut savoir faire
appel à des compétences externes. Leur rôle sera d'harmoniser les avis, tout en réduisant les conflits et en comblant
les lacunes de connaissances entre les deux parties.

"Un bureau d'études techniques permet de partir sur de bonnes bases


Mais le plus simple est encore de livrer d'emblée le «bébé» aux bureaux d'études spécialisés dans les
communications. Cette option soulève toutefois quelques problèmes. Pour les financiers, c'est le retour sur
investissement qui prime. Côté facturation, ce n'est pas vraiment la transparence, faute de code déontologique. Les
prix varient du simple au triple pour une même tâche, sans que l'on puisse en connaître le détail. La vigilance
s'impose donc, et il faut dès le départ demander une facturation très fine, qui fait apparaître les coûts du génie civil,
des supports et locaux nus, du câblage proprement dit, des contrôles, des accessoires (cordons de raccordement), de
l'exploitation...
Autre écueil : la surenchère de nouvelles technologies, même non normalisées, et le souci légitime de l'entreprise
d'acquérir des produits non menacés d'obsolescence poussent le client à établir un cahier des charges parfois
surréaliste. Le recours à un bureau d'études techniques (BET) spécialisé permet de partir sur de bonnes bases.
Finalement, la recette d'une infrastructure de câblage réussie est la même que pour un bon plat : des ingrédients de
qualité (industriels ISO), une recette fiable (les normes), un bon chef (installateur formé et expérimenté), le résultat
devant être délicatement goûté (contrôle par un tiers indépendant).

2 Identifier les écueils


Par Solange BELKHAYAT-FUCHS, Marc OLANIE le 19/10/2001
"Le monde moderne voudrait que le dernier produit né soit le meilleur. Grave erreur pour le
câblage ! La transmission sur cuivre a un bel avenir, pour peu que l'on respecte les règles de
l'art.
L'infrastructure de câblage, pour peu que son installation ait été conduite dans les règles de l'art, supporte jusqu'au
gigabit commuté, pour chaque poste de travail. Le sans fil paraît séduisant, mais son débit est limité à 11 Mbit/s.
Son architecture n'assure pas la moindre commutation, les 11 Mbit/s sont donc partagés par tous les postes d'un
segment. Viennent s'ajouter à cela les problèmes de zone d'ombre et ceux, considérables, de compatibilité
électromagnétique (CEM), sans oublier les risques potentiels pour la santé. Autre panacée présumée, le tout-optique
ou fiber to the desk. C'est inutile dans 99 % des cas : la bande passante d'un bon câblage cuivre couvre, et satisfera
pour un moment encore, 99 % des besoins applicatifs. En outre, le câblage tout-optique reste hors de prix, sans
évoquer le coût exorbitant des équipements actifs (commutateurs et cartes Ethernet optiques).
Enfin, l'optique sur le poste de travail souffre encore d'une certaine fragilité : travailler «au micron» sans
environnement de bureau, voire industriel, n'est jamais très aisé.

"Un bon câblage cuivre est suffisante dans 99 % des cas"


On évoque aussi les promesses de la filière cuivre. En matière de câblage, la catégorie 7 (600 Mbit/s, classe F) n'est
pas normalisée et, en fait, n'existe pas. La catégorie 6 (250 Mbit/s, classe E), quant à elle, semble sur le point d'être
normalisée ; les drafts sont connus, et elle marque une évolution souhaitée par les fabricants, que les clients ont
tendance à suivre. Pour sa part, la catégorie 5e (e pour enhanced) est normalisée (100 Mbit/s mais avec les nouveaux
paramètres de la classe E, et non plus ceux de la classe D). La 5e suffit amplement car rarissimes sont les
applications qui exigent une bande passante supérieure à 100 Mbit/s. En outre, cette catégorie permet le
fonctionnement du Gigabit Ethernet commuté. La catégorie 6 peut cependant être envisagée si elle ne se révèle pas
beaucoup plus onéreuse et reste tout à fait compatible avec les applications actuelles. Enfin, la qualité de la catégorie
6 et sa largeur de bande passante permettraient de réduire les erreurs de transmission avec certaines applications.
Ainsi, un fichier de 245 Mo transféré en Fast Ethernet (100 Mbit/s) mettrait 1,12 minute sur un câblage 6, au lieu de
presque 2 minutes sur un câblage 5e. Reste que la norme n'est pas encore arrêtée et, surtout, que les appareils de
tests ne sont pas disponibles. Autre gros sujet d'interrogation : comment bien installer un câblage catégorie 6 à 250
Mbit/s alors que, aujourd'hui encore, il est rare de trouver un câblage 5 bien réalisé, notamment en matière de
respect des normes CEM ? Cette fameuse CEM fait pourtant l'objet de normes (NFC 15 900). On ne s'attachera
donc pas seulement à la qualité et à la normalisation des cheminements. Il faudra encore s'isoler des sources de
perturbations, assurer l'équipotentialité (normalisée) de toutes les composantes et créer un bon réseau de mise à la
terre. Enfin, il apparaît presque indispensable, dans la plupart des cas, de mettre en place un réseau de distribution
220 V spécifique VDI en même temps que le câblage proprement dit.
Les cinq règles d'or

Alain Thévenot
Expertel

Les développeurs de protocoles de transmission s'appuient sur des normes et participent aux travaux d'évolution, en
particulier pour offrir plus de bande passante et de débits à l'utilisateur. Ce socle normatif constitue donc une
référence, et toute utilisation de système propriétaire ou dérogation aux règles de base risquent de rendre impossible
l'équilibre de ces couches supérieures.
Ce qui est mondialement admis, voire banalisé, exige le respect des principes de base suivants
• La partie capillaire ne doit pas excéder 100 m, même si le constructeur en garantit la tenue. Le passage à un débit
supérieur peut provoquer des dysfonctionnements liés non pas à des considérations électriques, mais aux
caractéristiques mêmes du protocole.
• Il faut limiter le nombre de points de coupure, les câbles à rallonge, les cascades de cordons.
• Les normes, côté bâtiment, prennent désormais en compte la partie fixe, câblée «en dur» (2000 IS 11801 édition
1.2).

"Le socle normatif constitue une référence"


• L'architecture en étoile. On trouve encore, dans certains catalogues, des topologies en bus ou en anneau.
• La qualité des supports doit être associée aux services à transporter sur les backbones. Employer des câblages
spéciaux en classe D développés sur mesure est inutile, et parfois dangereux. Il est difficile de développer un «bon»
câble catégorie 5 multipaire (nombre supérieur à quatre) qui ne souffre pas de pollution par cohabitation de
protocoles différents ; c'est ce que l'on appelle l'alien crosstalk, ou paradiaphonie étrangère. Si l'on peut se servir de
câbles 32/64/128 paires pour la téléphonie, les câblages de rocade interétages pour les données doivent utiliser autant
de câbles de quatre paires que nécessaire. Côté optique cette fois, il faut penser gestion centralisée sur une base de
300 m : 200 m en colonne montante et 100 m de lien capillaire. Notons que l'Europe bénéficie de normes
d'installation (EN 50174 série).

3 Pièges en série
Par Solange BELKHAYAT-FUCHS, Marc OLANIE le 19/10/2001
"Donner des conseils, c'est aussi indiquer les pièges. Voici un relevé détaillé des choses à ne
pas faire. Si vous voulez vous compliquer la vie (et votre projet), vous pouvez

Yannick Gros
Educ-TIC

• Construire ou rénover un bâtiment, un site, en oubliant de traiter convenablement le précâblage de tous les locaux
concernés.

• Confier les travaux de câblage à l'électricien du coin ou à une entreprise qui offre peu (voire pas) de garanties pour
ce type de technologie. Pour être «sûr» de son installateur, la qualification TI 3 peut être délivrée par le fabricant
impliqué dans le projet. On peut aussi, dès la consultation, demander une garantie «applicative» à la réception des
travaux.

• Croire qu'une recette catégorie 5 réalisée par l'installateur est synonyme de qualité du câblage livré. Astuces et
arnaques sont légion dans ce métier, et la réussite d'un test ne traduit pas un parfait respect des normes et règles de
l'art... Le bon fonctionnement ultérieur, avec le vieillissement ou après un changement d'environnement (mise en
route d'appareils électriques, portables, foudre, augmentation de trafic, de débit...), n'est donc nullement assuré.

• Prévoir «trop juste», au risque de devoir assez vite rouvrir le chantier. Ne jamais oublier de surdimensionner (+ 30
% au moins) l'ensemble des composantes d'un précâblage - chemins de câbles, gaines techniques, trous et
réservations, répartiteurs...

• Laisser à l'utilisateur final le soin d'acheter les accessoires. Les cordons de brassage et de raccordement des
équipements font partie intégrante de l'infrastructure. A ce titre, ils doivent être en parfaite cohérence avec le système
déployé.
• Passer par les circuits de décision habituels, à savoir les services concernés par l'informatique, la téléphonie,
l'audiovisuel et les travaux. Ces services sont gérés par des directions distinctes, parfois rivales. Et le câblage reste
souvent la dernière roue du carrosse. C'est un problème dont on mésestime l'importance, puisqu'il est de facto mal
appréhendé par des informaticiens non spécialistes de la téléphonie ou du bâtiment, et par des gens du bâtiment peu
au fait des nouvelles technologies. C'est la principale cause des échecs des installations. Reste la solution du bureau
d'études indépendant, spécialisé VDI, pour faire fonction de «colle» entre les services.

• Rogner sur le poste câblage pour faire de fausses économies. Erreur irréparable, qui oblige à reprendre des travaux
contraignants. La réalisation d'un bon câblage n'est pas directement liée à la taille du budget. L'investissement
d'ingénierie auprès d'un bureau d'études qualifié est très souvent amorti par une saine mise en concurrence, sur la
base d'un CCTP minutieux.

• Laisser la direction informatique dicter sa loi aux autres protagonistes (téléphonie, audiovisuel, bâtiment) ou,
schéma voisin, permettre aux services «téléphonie» de mettre en place, dans leur coin, leurs propres solutions. Il est
primordial de tendre vers une fédération des moyens de transmission, quelles que soient les applications voix/
données/images de l'entreprise.

• Limiter sa vision aux normes purement câblage. A titre d'exemple, un texte de loi paru en janvier 1996 oblige tout
organisme recevant du public à n'utiliser que des matières «zéro halogène» (ne dégageant pas de fumée toxique en
cas d'incendie). Un câblage «au rabais» et hors norme risque, en cas de sinistre, d'attirer l'attention des experts
mandatés par les assurances et, par conséquent, celle de la justice...

4 S'informer ? Primordial !
Par Solange BELKHAYAT-FUCHS, Marc OLANIE le 19/10/2001
"L'entreprise se trouve souvent dépourvue quand il s'agit de se lancer dans le câblage de ses
bâtiments. Il est crucial de savoir où trouver l'information afin d'éviter les mauvaises
surprises, notamment pour l'installation.

Trouver les instructions de mise en œuvre

Jérôme Le Bourgeois
Anixter

Pour l'acheteur, il n'est pas toujours facile de dénicher l'information, aujourd'hui distillée via des annonces
concoctées par les fournisseurs eux-mêmes. Positive, sur des produits toujours performants, elle est livrée sous forme
de «conseils». Mais elle ne résout pas les problèmes de télécoms du décideur d'entreprise. Selon une idée reçue, «la
conformité d'un câblage à la dernière norme sortie suffit à garantir le bon fonctionnement du réseau». Certainement
pas ! Une norme brute ne fournit aucune indication sur le processus d'installation. Il s'agit, en effet, de traiter des cas
qui sont loin d'être standard, et tout projet présente sa propre spécificité.

"Un installateur agréé obtient la garantie du fabricant lui-même"


C'est pour pallier ces problèmes qu'est né le Bicsi, association internationale réunissant plus de 20 000 membres
répartis dans quatre-vingt pays et issus de tous les secteurs. Fabricants, intégrateurs, installateurs, grands comptes
utilisateurs, bureaux d'études se sont rassemblés pour publier non pas des normes, mais des documents globaux de
mise en oeuvre. Les informations couvrent tous les aspects, de la simple installation de réseau local aux situations
les plus extrêmes : milieux industriels, proximité d'aéroports ou de lignes de chemin de fer, environnements pollués
par les ondes radio, atmosphères explosives... La best practice, en quelque sorte, de la vraie remontée de terrain. Si
l'appel aux experts du Bicsi n'est pas à la portée de toutes les bourses, compte tenu de l'élitisme de leur certification,
on peut se rabattre sur une entreprise «du sérail». On écartera le recours à un installateur-téléphoniste ou spécialisé
dans les «courants forts», sous peine de voir les câbles serrés hâtivement au Serflex ou avec des rayons de courbure
trop courts. A contrario, l'appel à un installateur agréé (liste disponible sur www.qualifcom.com), qui maîtrise son
métier, présente l'avantage de pouvoir faire garantir par le fabricant lui-même l'ensemble du système de câblage. En
outre, on trouve de plus en plus de professionnels agréés possédant les techniques de pose de quatre ou cinq marques
différentes ; ils ne sauraient toutefois prétendre tout connaître. Les intégrateurs, en revanche, savent réaliser une
véritable conception de l'architecture du câblage, notamment en termes de dorsale à médias multiples, d'intégration
des technologies des clients. Autrement dit, de faire cohabiter de l'ATM, de l'AS/400, de l'Ethernet 100..., le tout
en préservant la cohérence, la souplesse, et en évitant les phénomènes d'alien crosstalk (paradiaphonie étrangère).

Une information riche mais éparse

Alain Thévenot
Expertel

Pour un non-spécialiste, le web est une mine d'informations phénoménale. A commencer par les sites des fabricants
d'appareils de mesure, comme Fluke, Agilent, Scope ou Microtest. Ceux-ci sont en effet tenus d'être les premiers à
présenter des procédures, même transitoires, à chaque avancée de la technique, normalisée ou en voie de l'être. Les
sites des fournisseurs de ce marché sont aussi intéressants, mais restent très subjectifs quant au positionnement de
leurs gammes. Ils supportent souvent d'autres sites éducatifs du secteur (ou y renvoient) - voire des mailing lists ou
des conférences spécialisées sur le sujet. Les laboratoires indépendants de certification des composants (Delta, 3P...)
disposent de vitrines éducatives. Il existe aussi des revues spécialisées de qualité, tel Cabling, Installation et
Maintenance, souvent rédigées en anglais. L'association Corel fournit des fiches pédagogiques sur le sujet via
Internet.
On trouve aussi des formations gratuites, généralement orientées sur les produits de l'industriel concerné, mais avec
souvent un bon contenu. Un conseil : en suivre plusieurs, se documenter et faire soi-même son analyse, avec, si
nécessaire, l'aide d'un consultant. Des associations professionnelles ou des regroupements d'acteurs, peu connus car
oeuvrant sans considérations économiques, prodiguent aussi des formations utiles. D'autres cursus de quelques jours
(deux à trois), payants cette fois, sont proposés par des organismes qui assurent pouvoir traiter tous les sujets
télécoms... Ces formations, fréquemment dérivées de modèles américains, sont malheureusement inadaptées à
l'Europe.
Par ailleurs, les réunions et colloques d'information sur la normalisation permettent des échanges, et l'on y donne
des boîtes à outils aux participants. Certains symposiums, hélas trop rares, sont très riches d'informations et
propices à de nombreux échanges.
Pour choisir les installateurs, il ne faut pas oublier que la qualité se paie. La réussite est liée au savoir-faire de
l'installateur, et plus précisément à l'équipe qu'il met en place. Il existe une certification OPQESTE pour les
installateurs et d'autres, délivrées par les industriels proposant des solutions systèmes.

Hyperressources
http : //www.cabletesting.com
http : //www.corel.asso.fr
http : //www.fluke.com
http : //www.microtest.com
Chiffres sur le marché : http : //www.bsria.co.uk
Site de la revue Cabling, Installation et Maintenance : http : //cim.pennnet.com

Le vocabulaire du câble...
Par Solange BELKHAYAT-FUCHS le 22/09/2000

Next, Fext, Elfext, Power Sum, Delay Skew...» : c'est l'invasion ! Ces acronymes
anglais caractérisent de nouveaux paramètres à mesurer, paramètres qui sont
spécifiés dans les nouvelles normes des systèmes de câblage en cuivre. Ces
nouveaux standards, parus ou en cours d'élaboration, courent après l'évolution,
pour ne pas dire l'inflation, des débits de transmission qui, en moins de dix ans,
sont passés de quelques kilobits par seconde au gigabit par seconde du Giga
Ethernet. Les trois pages suivantes vous proposent une visite guidée de ces
nouveaux paramètres. Pour la nouvelle catégorie 5e (e pour «enhanced», ou
amélioré), les caractéristiques classiques de transmission, d'affaiblissement et de
diaphonie sont complétées par la paradiaphonie, la télédiaphonie, l'écart
télédiaphonique, la paradiaphonie cumulée et autres variables. Ces grandeurs
prenant alors toute leur importance.
Transmission et affaiblissement
Dans un système passif, la transmission est toujours un rapport compris entre 0 et
1, car RXout (le numérateur) est toujours plus petit que TXin
Ce rapport est communément défini en décibel (dB) :
Transmission en dB = 10 * log 10 (RXout/TXin)
L'affaiblissement du signal (atténuation du signal due à la résistivité et aux effets
capacitif et selfique divers) est la valeur négative de la transmission :
Transmission en dB = - affaiblissement en dB

Affaiblissement de désadaptation
Toute irrégularité dans la liaison ' défaut dans le câble, dans la connectique,
désadaptation d'impédance...' produit une réflexion d'une partie du signal
transmis. Cette énergie réfléchie prend toute son importance dans les
transmissions simultanées dans les deux sens («full-duplex»).
La valeur de cette réflexion est le rapport entre le signal réfléchi Refl et le signal
transmis TXin :
Réflexion = Refl /TXin

Ecart télédiaphonique
L'écart télédiaphonique est défini par rapport au signal de sortie RXout
C'est la différence entre la télédiaphonie et l'affaiblissement (cela donne une idée
de la dégradation du signal).
L'écart télédiaphonique est indépendant de la longueur de la liaison et correspond
à un ACR distant.

Paradiaphonie et télédiaphonie
La paradiaphonie et la télédiaphonie (réinjection parasite de signal distante ou
proche de la liaison émettrice) sont définies par rapport au signal d'entrée TXin
envoyé par l'émetteur et sont toujours plus faibles que lui.
La paradiaphonie, due au signal parasite Near, est définie à l'extrémité proche de
la liaison, côté émetteur :
Paradiaphonie en dB = 10 * log 10 (Near/TXin)
Near étant plus faible que TXin, la paradiaphonie est donc un nombre négatif.
On retourne cette valeur en nombre positif avec le concept de perte de
paradiaphonie (Next loss) :
Perte de paradiaphonie en dB = - 10 * log 10 (Near/TXin)
La télédiaphonie, due au signal parasite Far, est définie à l'extrémité «éloignée»
de la liaison, côté récepteur :
Télédiaphonie = Far/TXin
Les deux signaux RXout et Far sont fonction de la longueur de la liaison, donc la
télédiaphonie dépend de la longueur.

La Paradiaphonie cumulée
Sur chaque paire (1, 2, 3...) est transmis un signal TXin1, TXin2, TXin3... Chacun
de ces signaux crée son propre signal parasite à l'extrémité proche (Near 1, Near
2, Near 3... ), et chacun génére donc sa propre paradiaphonie (Near 1/TXin1, Near
2/TXin2, Near 3/TXin3...).
La paradiaphonie cumulée est la somme de ces diaphonies. Pour un câble à
quatre paires, cela donne :
Paradiaphonie cumulée = Near 1/TXin1 + Near 2/TXin2 + Near 3/TXin3