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L’antidote au chaos

Pour une économie en harmonie avec l’humain et la nature, il faut reprendre le pouvoir détenu
par les plus cupides. Notre économie s’est bâtie au fil des siècles à la suite d'un compromis
implicite entre d'une part les cupides et de l'autre les thésauriseurs. Il faut neutraliser les premiers
par une loi interdisant le poison de l’usure, et encourager les seconds à dépenser ou investir dans
l’économie réelle grâce à une légère taxation de l’excédent de richesse accumulé.

Boule de Suif
« Boule de Suif » est une nouvelle de Guy de Maupassant réunissant des personnages issus de
différents milieux sociaux de la société du XIXe siècle.

Au fil des événements, les masques tombent et le vrai caractère de chacun des personnages se
révèle.

La nouvelle est pensée et écrite à la fin du XIXe siècle avec une vision de classe de la société. Les
personnages de la nouvelle sont deux commerçants, deux bourgeois, deux nobles, deux religieuses,
un démocrate et une prostituée.

En réalité, derrière les apparences des personnages et l'espace clos de la diligence, se cache leur vrai
caractère. La prostituée se révèle être altruiste et généreuse, et les autres personnages de la société
apparaissent comme étant cupides, avares et hypocrites.

La morale de cette histoire est que malgré toutes les apparences (politiques, religieuses, ou sociales)
que se donnent les gens, seul compte leur vrai caractère.

Analyse de l'économie à travers les caractères humains


Lire l'économie à travers le prisme du caractère profond des hommes est très éclairant non
seulement pour schématiser les systèmes en place, mais aussi et avant tout afin d'en proposer un
plus pertinent.

Supposons que chaque individu est originellement innocent quand il vient à la vie, et qu'au fil du
temps, par l’expression de son libre arbitre et en fonction de l’environnement où il grandit, l’individu
développe plus ou moins les quatre traits de caractères suivants : l’altruisme, l’optimisme, l’avarice
ou la cupidité.

Schématisons alors le caractère des agents économiques en créant quatre classes distinctes
d’individus :

- les altruistes, qui ont tendance à s'occuper des autres et de se soucier du bien-être d'autrui d'une
manière désintéressée ;

- les optimistes, qui ont confiance en une issue favorable du monde et espèrent un développement
positif ;

- les avares, qui se complaisent à accumuler de l'argent quitte à se priver ;


- les cupides, qui ont un désir immodéré de l'argent et des richesses et cherchent, coûte que coûte, à
en accumuler toujours plus.

Si la société était uniquement composée d'altruistes, aucune règle économique ne serait nécessaire.
Car l'altruiste pense à l'intérêt commun : générosité envers les gens dans le besoin, respect de la
nature, etc.

Notre économie actuelle repose depuis fort longtemps sur un curieux compromis : les cupides
travaillent les richesses des avares, et ce, dans « l'intérêt économique de tous ».

Nous avons donné les rênes de l'économie aux « cupides » (finance, banques, usuriers, milliardaires
sans morale...) pour gérer la richesse des « avares », la faire circuler et créer des profits qui par
« ruissellement » profiteraient à tous. Tout cela avec l'espoir que cela génère assez de croissance
pour satisfaire les optimistes, et assez de revenus fiscaux pour venir en aide aux individus les plus
pauvres de la société.

Aujourd’hui, les altruistes peuvent toujours penser au bien commun tant qu'ils ne s'attaquent pas de
trop près au système (association type restos du cœurs, mouvements écologistes...).

Ce compromis entre le cupide et l'avare a été conclu au moment où l'interdiction de l'usure a été
levée. Le caractère exponentiel de l'usure permet au cupide d'accumuler de l'argent à l'infini, pour
espérer une puissance infinie, et pourquoi pas, une vie éternelle. L'usure n'est pas une fin en soi,
mais simplement un outil puissant pour nourrir sans cesse une cupidité dévorante.

Le cupide partage une partie du fruit de l'usure avec l'avare, préservant ainsi la richesse de ce
dernier qu'il accumule par peur de l'avenir ; par peur de devoir manquer de providence ; par peur de
mourir.

Tous les systèmes économiques mis en place ces deux derniers siècles reposent sur le modèle décrit
ci-dessus. Des variantes ont pu exister : les socialistes veulent rectifier les anomalies provoquées par
l'alliance entre le cupide et l'avare en agissant en fin de cycle par des mesures fiscales ; les libéraux
sont pour imposer un minimum de règles possibles tout en faisant croire à la fable du ruissellement ;
les capitalistes y ajoutent une composante productive et consumériste voulant croire au partage des
richesses par l'effort personnel ; et enfin les écologistes croient au compromis pour sensibiliser les
cupides et les avares aux questions environnementales sans eux-mêmes être conscients que la
« dette écologique » est la directe conséquence de la prolifération de la dette financière...

À quel moment a-t-on imaginé que laisser les rênes de notre économie aux cupides allait bien se
passer ? Le cupide est prêt à tout pour atteindre la richesse infinie, quitte à profiter de la misère
sociale et à créer des conflits partout dans le monde.

L'amour de l'argent infini est sans foi ni loi : c'est le règne du désordre et du chaos. Aujourd'hui, le
cupide a trompé tout son monde et le système s'écroule : l'avare qui est obsédé par la crainte de
devenir pauvre un jour risque de tout perdre, et l'optimiste n'a plus d'espoir de croissance.

Dans ce monde violent laissé entre les mains des cupides, le chaos est inévitable, quasi certain ; il
sonne presque comme une annonce et une promesse. Le prix à payer par tous est cher : crises,
violences, misères, guerres… et aujourd'hui de façon inédite une bulle écologique s'est formée et
risque d'exploser à tout moment.

Pendant ce temps, les cupides iront se terrer patiemment dans leurs somptueuses villas. Ils
laisseront passer l’orage en attendant une remise à zéro des compteurs, permise par des conflits
destructeurs. Voilà le fameux prix à payer par les citoyens complices de ces règles du jeu
économique, une complicité par confort, et plus souvent par ignorance.

Une fois le prix payé, les cupides referont surface, comme si de rien était, pour continuer à nouveau
leur accumulation immodérée des richesses dans un nouveau cycle.

Un réveil citoyen nécessaire


Pour éviter ces cycles destructeurs de l’humain et de la nature, il faut urgemment inventer un
nouveau modèle économique. Il faut que les consciences se réveillent et agissent avec vérité et
fermeté.

Il faut briser les ardeurs de richesse infinie des cupides, et encourager la circulation dans l'économie
de l’excédent de richesse accumulé. Aussi, il faut redonner leur juste place aux altruistes et aux
optimistes, pour que la paix, l'ordre, l'harmonie, et la justice deviennent enfin un objectif commun et
réel.

L'antidote au désordre est simple. Elle demande de la conscience et du courage : neutraliser le


cupide en interdisant le poison de l'usure, et pénaliser par un impôt la richesse superflue de l'avare.
C’est une double action inédite qui est nécessaire pour sortir le monde de la voie du chaos, et le
faire entrer dans un nouveau monde, où la monnaie reprend la place qui aurait toujours dû être la
sienne : celle du réceptacle de nos confiances, où l'excès de richesse est considéré comme une
responsabilité, et non comme un privilège.

Ce scénario n’est possible que si les altruistes et les optimistes reprennent enfin les choses en main !

Anice Lajnef, Mars 2020.

Quelles pistes pour une économie au service du bien commun ?

(1) Au cœur de tout système social, politique et économique, on retrouve une certaine expression
des traits de caractères humains. La somme de ces caractères et des interactions entre individus,
commande le système économique que l'on adopte. Si on se réfère à l'étymologie du mot
"économie", à savoir "la gestion de la maison", le système économique adopté conditionne notre
modèle de société. Cette modélisation des agents économiques qui s'appuie sur les quatre traits de
caractères (altruiste, optimiste, avare, et cupide) est bien sûr une schématisation du réel. Dans la
vraie vie, ces quatre traits de caractères sont tous présents en chacun de nous, d'une manière plus
ou moins prononcée selon la personne.

(2) L'altruiste est motivé par le bien commun, le don de soi. L'optimiste est entreprenant, il a une
confiance en l'avenir qui lui permet de prendre des risques mesurés, que ce soit au niveau de sa
consommation personnelle ou de son activité professionnelle. Le cupide est possédé par un désir
ardent de l'accumulation, quitte à ce que cela génère du chaos. L'avare est plus dans une position
défensive, rongé par la peur de l'avenir incertain, et seule la thésaurisation des richesses lui permet
de calmer ses angoisses.

(3) Pour comprendre le lien entre économie, monnaie et finance, l’analogie la plus palpable est celle
avec l’anatomie humaine : l'économie est le corps humain, la monnaie le sang qui l'irrigue, et la
finance un organe qui s'y est inséré à un moment donné de l'histoire.

(4) Le désir ardent d'accumuler les richesses et la puissance des cupides se concrétise à travers les
mécanismes des prêts et des intérêts. Le crédit a le pouvoir de ramener à aujourd'hui ce qui aurait
dû être consommé demain. La finance accélère le temps par le pouvoir de l'usure, qui agit comme
un poison engouffré dans la monnaie qui irrigue l'économie. Une circulation de plus en plus rapide
s’opère jusqu'à ce que le corps lâche, et s'en suive le chaos. La finance est bien cet organe qui infuse
le poison de l'usure dans le corps économique, faisant de ce dernier un corps malade et cancéreux.

(5) L'avare, par son accumulation excessive des richesses, participe à la coagulation du sang de
l'économie, c'est-à-dire la monnaie. Il faut l’inciter à investir son argent dans l'économie réelle, et s'il
ne le fait pas, il faut le pénaliser par une légère taxe qui l'inciterait à se défaire de son excédent de
richesse.

(6) Dans les économies modernes, la richesse superflue est considérée comme un privilège qui
devrait être rémunéré par des intérêts. Il faudrait inverser la logique, et considérer le superflu de
richesse comme une responsabilité qui doit être réintroduit dans le circuit économique par
l'investissement. À défaut, il faut que cette richesse superflue soit assainie d'une légère taxe.

(7) La monnaie est fascinante dans le sens où elle est l'outil qui concentre la somme de nos
confiances et nous permet d’échanger des biens et des services. Mais en même temps, son pouvoir
de création est entre les mains d’une finance cupide, qui y injecte le poison de l'usure au moment de
l'octroi d'un prêt.

(8) Si les banquiers sont si puissants, c'est que leur pouvoir attire vers eux des individus manquant
de patience pour assouvir leurs désirs. Le pouvoir quasi surnaturel des banquiers est celui de tirer
vers le présent les revenus futurs des individus, fruits de leur travail, et de profiter ensuite en
échange de ce tour de magie, du fruit de l'usure (les intérêts bancaires). Si les banquiers peuvent
inonder l'économie de prêts usuraires, c'est bien parce que des clients se hâtent à leurs agences
pour accélérer le temps, et consommer aujourd'hui ce qu'ils auraient pu consommer demain. Les
banquiers sont puissants par leur pouvoir de créer de la monnaie, nous sommes faibles du fait de la
dictature de nos désirs et de nos passions. En effet, le pouvoir des banquiers ne pourra être remis en
question que si les hommes contrôlent leurs pulsions consuméristes. Actuellement le cycle
économique est inversé : s’endetter pour consommer d’abord, travailler ensuite pour rembourser sa
dette et les intérêts de la banque. Il faut revenir à un cycle naturel de l’économie : travailler avant de
consommer.

(9) Une autre catégorie d'individus, celle des plus précaires financièrement, profite aux banques et à
leurs actionnaires. Ces individus sont amenés à demander les services des banquiers non pour
assouvir des désirs, mais pour répondre à des besoins vitaux (se loger, se nourrir, s'éduquer, se
vêtir). Dans un manque d'empathie et de fraternité, les banques profitent de la vulnérabilité de cette
catégorie d'individus, et parfois même de leur ignorance concernant la logique des taux d'intérêts,
pour engranger des profits considérables, les enfonçant davantage encore dans la difficulté. Tel est
le cas non seulement en imposant des taux d'intérêts à deux chiffres lors de la mise en place de
crédits renouvelables, mais aussi en facturant des frais de gestion en tout genre (en cas d'incident de
paiement : chèque sans provision, rejet de prélèvement, agios, dépassement de découvert, etc.).

(10) Cette « machine à broyer le pauvre » rapporte gros. D'après les calculs du magazine « 60
millions de consommateurs » et de l'UNAF, les frais pour incident auraient généré 6,5 milliards
d'euros de revenus pour les banques et 4,9 milliards d'euros de bénéfices nets en 2016. Un montant
énorme au regard des 23,5 milliards d'euros de bénéfices dégagés sur une année par les groupes
bancaires français, toutes activités confondues. (*).

(11) Certains justifient les intérêts des banquiers en prétendant qu’il s’agit d’un commerce comme
un autre. Que pour le « service » rendu, il soit normal que le banquier touche sa part, c’est-à-dire
qu’il encaisse une sorte de frais de fonctionnement pour gratifier son activité. En réalité, c'est
méconnaître le caractère exponentiel des intérêts bancaires (effet boule de neige qui ne cesse de
gagner en volume au fil du temps, jusqu'à finir par exploser à un moment donné). Plus la durée de
l’emprunt est longue, plus les intérêts qui s’y rattachent sont juteux. De même que, plus la société
est endettée, plus la dépendance envers les banques est grande.

(12) Grâce au pouvoir de décider des crédits octroyés aux ménages et aux entreprises, ainsi que le
pouvoir qui consiste à endetter l'Etat, les banquiers sont en mesure d'orienter les trajectoires
économiques et politiques. La dimension sociale et écologique ne rentre pas en compte dans les
choix des banquiers. Seuls les profits et la rentabilité rentrent dans les critères du banquier. En
endettant lourdement la société, l'activité bancaire fait d'une pierre deux coups : une aliénation des
agents économiques par la dette, couplée à des profits exorbitants grâce aux intérêts et aux
commissions encaissées (jusqu'`a 18% du PIB au sein des pays de l'OCDE en 2008, et autour de 8%
en 2020).

(13) Par itérations successives les richesses sont concentrées sur une poignée d'individus, alors que
les dettes privées et publiques rendent les ménages, les entreprises et l'Etat dépendant des banques
et de la finance. Nos dettes communes sont la source des richesses et du pouvoir d'une minorité.
Accablés collectivement par la dette, nous ne sommes plus maitres de notre temps et de notre
destin. Le pouvoir de création monétaire laissé entre les mains d'institutions privées, ou d'une
banque centrale sous l'emprise de ces institutions, finit même par se muer en pouvoir politique !

(14) Selon l’ancien banquier Jean Peyrelevade, « le système financier est l’ensemble des institutions
dont la matière première est la dette. La finance émet de la dette, fait circuler de la dette, place de
la dette, négocie de la dette ». La finance est le commerce de la dette, qui est aussi le commerce du
temps, dans la mesure où le fruit du travail futur est ramené à aujourd’hui, contre rémunération, à
savoir les intérêts de la dette. Ainsi, la finance est une activité qui a privatisé le temps, censé être
universel, pour en faire commerce, et la monnaie est devenue la coquille de la dette.

Vers une monnaie au service de l’humain, dans le respect de


l’écologie
(9) La première chose à faire pour contenir cette folie des grandeurs propre aux cupides, consiste à
organiser la prise en main progressive de ce pouvoir de création monétaire. De nos jours, le pouvoir
de création monétaire se fait au niveau des banques commerciales lors de l'octroi d'un crédit (97%
de la monnaie en circulation), mais ce pouvoir de création monétaire est aussi entre les mains des
banques centrales via la monnaie centrale (appelée aussi monnaie de base). Dès lors que la monnaie
d'aujourd'hui est forcément issue d'une dette, elle ne peut qu'être qualifiée de "monnaie-dette".

Une monnaie centrale


(10) Le prix Nobel d’économie Maurice Allais disait : « La création monétaire doit relever de l’État et
de l’État seul. Toute création monétaire autre que la monnaie de base par la Banque centrale doit
être rendue impossible, de manière que disparaissent les « faux droits » résultant actuellement de la
création de monnaie bancaire. » Ainsi, la monnaie ne serait plus le fruit de l’emprunt, mais une
monnaie centrale libre de toute dette.

Une monnaie libre de dette


(11) Maurice Allais continuait en disant : "En fait, sans aucune exagération, le mécanisme actuel de
la création de monnaie par le crédit est certainement le « cancer » qui ronge irrémédiablement les
économies de marchés de propriété privée". Maurice Allais a connu de près la crise des années 30 et
la deuxième guerre mondiale qui en est la conséquence directe. Les schémas des fins de cycles d'une
économie usuraire sont toujours les mêmes et se terminent dans le chaos : explosion des inégalités
de richesse (cf les travaux de E. Saez), qui correspond aussi à l'apogée de la prolifération du crédit
(1929, 2008), suivie d'une crise financière, économique et sociale, à laquelle les gens aux manettes
répondent par la facilité de la planche à billets (Quantative Easing des Banques Centrales post 2008).
Les frustrations populaires s'intensifient, jusqu'à ce qu'une guerre sanguinaire vienne sanctionner les
errements du passé. Pendant le temps de l'orage, les cupides se terrent en attendant la
réinitialisation du système pour repartir de plus belle dans un nouveau cycle économique usuraire
(notion de "reset" qui a commencé avec les accords de Bretton Woods en 1944).

(12) Si la création monétaire par le crédit est le cancer qui ronge notre économie, il faut introduire
une monnaie libre de dette, émise par la Banque Centrale, et qui peut être appréhendée comme un
jeton monétaire, comme peuvent l’être les pièces en or ou en argent, et plus près de nous comme
les cryptomonnaies tel le Bitcoin. Mettre en place une monnaie libre de dette, c’est séparer le crédit
de la monnaie, désincrusté la dette avec intérêts du concept même de monnaie. Ce serait une
révolution monétaire si on y parvenait.

Une monnaie dure


(12) Dans le passé, lorsque le pouvoir monétaire était entre les mains de l'Etat, cela a pu conduire à
des dérives, notamment pour financer des guerres, générant des situations de forte inflation. Une
monnaie dont la quantité est facile à accroître est qualifiée de monnaie facile. Cette monnaie peut
générer des situations d’inflation incontrôlable si les richesses créées ne suivent pas la quantité de
monnaie créée. Il est donc nécessaire d'imposer la rareté de la monnaie. Dans le cadre d'une
monnaie-dette, cela peut se faire de deux façons. Soit par un contrôle de l'encours des dettes
publiques et privées, soit par « l’effet de raréfaction » de la monnaie via le prélèvement de l'impôt.
Or nous constatons aujourd’hui qu’en fin de cycle, la monnaie-dette ne permet plus les politiques
d’austérité, au risque de soulèvements populaires, et les autorités monétaires se retrouvent dans
l’obligation de faire croître leur bilan de manière exponentielle, pour injecter cette morphine
monétaire dans une économie zombifiée.

(13) Dans le cadre d’une monnaie libre de dette, la rareté de la monnaie doit s’imposer par un
contrôle sur la quantité annuelle de monnaie créée. La difficulté relative de production de nouvelles
unités monétaires détermine la dureté d'une monnaie. Une monnaie dont la quantité est difficile à
accroître est qualifiée de monnaie dure alors que la monnaie facile est celle dont la quantité est
disposée à subir de fortes augmentations. Pour un meilleur contrôle sur la croissance, il est donc
nécessaire d’opter pour une monnaie dure, dont la croissance n’excède pas le taux de croissance
soutenable, accepté démocratiquement.

(14) Dans le cadre d’une monnaie dure, par construction, l’inflation ne peut pas être le fait d’une
création monétaire débridée, comme c’est le cas aujourd’hui avec la monnaie-dette et la politique
de création monétaire frénétique des banques centrales qui entraîne dans son sillage une inflation
des actifs (obligations, actions, immobilier, crypto- monnaies). La seule situation où il y aurait
inflation dans le cadre d’une monnaie dure, ce serait en cas de forte baisse de l’offre.

Une monnaie soutenable humainement et écologiquement


(15) Une monnaie dure permet de choisir démocratiquement le taux de croissance annuel de la
monnaie, ce qui permet de poser des limites à la croissance infinie. La rareté de la monnaie agit
comme un frein à la folie humaine de croissance infinie, qui non seulement détruit la Nature en
consommant plus que ce que la Planète est capable de regénérer, mais en plus, cette course à la
croissance infinie détruit les corps humains, comme nous pouvons le constater avec cette crise
sanitaire où le virus nous à imposer une décroissance nécessaire. La maitrise de la croissance
monétaire est nécessaire pour imposer une croissance économique soutenable humainement et
écologiquement.

Quel taux de croissance monétaire ?


(16) Dans un monde où la monnaie est en quantité limitée, il y a un risque de déflation en cas de
croissance économique. Dans ce cas, les prix et les salaires baisseront, car il n’y aura pas assez de
monnaie en circulation pour faire face à cette croissance (hypothèse où la vitesse de la monnaie est
comparable). Les optimistes risquent d’être affligés par cette baisse des salaires, eux qui préfèrent
vivre dans un monde en continuelle progression. Il faut donc mettre en place l’idée d’une création
monétaire linéaire : une croissance annuelle fixe de la masse monétaire, par rapport à la masse
monétaire initiale, à l'origine des temps de l'instauration de ce modèle.

(17) Le taux de la croissance monétaire doit être décidé démocratiquement, en s’appuyant sur des
experts scientifiques, capables de nous guider quant au taux optimal qui coïnciderait si possible avec
le taux de croissance soutenable pour la planète. Disons pour le moment, « arbitrairement », que ce
taux linéaire de croissance monétaire annuelle est de 2.6%

(18) En outre, cette progression linéaire de la monnaie est une façon de répliquer les
caractéristiques de rareté et de croissance limitée de l'or, et plus récemment, du Bitcoin (même si ce
dernier tant vers une quantité bien déterminée de 21 millions d’unités monétaires). Cette linéarité
est aussi plus en adéquation avec une économie soutenable écologiquement, et qui nous éviterait le
caractère exponentiel de la monnaie créée par le crédit avec intérêts.

La croissance monétaire, ou le dividende social


(19) Cette manne liée à la création monétaire annuelle, que nous nommerons le "dividende social",
peut être distribuée à chaque individu, à part égale. Il serait sûrement plus judicieux d'en laisser la
totalité ou une partie à l'État, pour des investissements stratégiques en tant de vaches maigres, ou à
mettre en réserve en temps de vaches grasses, pour parer aux périodes difficiles dues à des
événements imprévisibles. Dans ce dernier cas, le dividende social pourrait servir de réserve. La
distribution et l'utilisation du dividende social doit être l'objet de discussions collectives et dépendra
sûrement de la configuration de la société à un moment donné : revenu complémentaire, ou
allocation au budget de l’État qui peut s’en servir pour relancer l’économie, ou au contraire le
mettre en réserve pour ralentir la cadence économique.

Encourager l’altruisme au sein de la société


(20) Quelle est la place des altruistes dans ce système ? Idéalement, les altruistes et les optimistes
devraient être aux commandes pour orienter et garantir une économie au service du bien commun.
Pour ceux qui préfèrent continuer leurs œuvres hors du champ politique, il faut faire en sorte que les
dons réalisés dans l’intérêt commun (aide aux plus fragiles, protection de l’environnement, etc.)
soient exemptés à 100% de taxes ou impôts. Aussi et dans l’intérêt commun, il faudrait s’assurer que
le don ne soit pas malintentionné (acte de corruption déguisé en vue d’influencer une décision
politique).

Légiférer contre la dette avec intérêt


(21) Les banquiers ont fait de la monnaie la coquille de la dette usuraire en y insufflant le poison des
intérêts bancaires qui leur permet d'extraire et d'accumuler des richesses infinies. L'usure est tout
commerce du temps, c'est à dire tout surplus demandé lors de l'octroi d'un crédit ou d’un délai de
paiement. Dans le cas d'une monnaie dure (dont la quantité est difficile à accroître), comme l'or,
l'usure consiste à imposer un surplus, une fois le principal prêté remboursé. Le taux d'intérêts est
l'arme utilisé pour imposer l'usure.

(22) Les taux d'intérêts au jour le jour représentent le loyer de la monnaie. Ainsi, la monnaie qui est
originellement un moyen de paiement, est mise au même niveau que les marchandises et les
services. La monnaie est alors considérée comme un produit comme les autres qui peut être loué, et
faire des petits avec le passage du temps. Ainsi, celui à qui est confié le pouvoir de créer la monnaie
devient par la force des choses le maître de la société : un « produit » qui se crée à la seconde et qui
se déplace à la vitesse de la lumière, est forcément supérieur à tous les autres produits ancrés dans
le réel.

(24) Nous assimilons ici les termes « intérêt » et « usure » quand bien même l’utilisation de ces
termes dans le langage courant fait apparaître des nuances sémantiques entre eux. L’intérêt est
donc qualifié d’usuraire, quel que soit le taux (la prohibition de l’usure dans le système économique
actuel ne concerne que l’intérêt pratiqué à des taux qualifiés d’élevés).

(25) Le taux d’intérêts à long terme peut être considéré comme le coût de l’incertitude économique.
Par extension, toute vente de produits financiers qui s'apparente à de la vente de risque, pour
toucher des primes initialement, et porter le risque ensuite, peut être considérée comme une
extension de l’usure.

(26) L’usure est un outil au service du cupide qui lui permet d’accumuler exponentiellement les
richesses. D’ailleurs, étymologiquement, "riche" vient du germanique "riki" qui veut dire puissant.
L’usure est un moyen utilisé par les cupides pour concentrer la puissance sur leurs personnes, sans
aucune limite, et ainsi avoir une impression de contrôle sur le monde, voire sur la vie. Sans légiférer
sur l’usure, nous laissons une arme entre les mains d’individus qui peuvent s’avérer dangereux pour
la société. La cupidité est une pathologie : interdire l’usure revient à protéger la société de la folie
d’individus sans limite. C’est aussi laisser plus de place aux altruistes et aux optimistes dans les
affaires de la cité.
(27) La ruse humaine est sans limite, surtout celle des cupides. Il faut fermer toutes les portes qui
permettent de faire de l'argent à partir de l'argent, sans qu’aucune valeur tangible y soit adossée.
L'usure est toute commercialisation du temps (taux court) et de la prédiction de l'incertain (taux
long, prime de risque...). Une jurisprudence continue doit permettre de reconnaître et d'interdire
toute ingéniosité qui ouvrirait la voie à la pratique de l'usure. Le philosophe grec Aristote disait : "Il
est tout à fait normal de haïr le métier d'usurier du fait que son patrimoine lui vient de l'argent lui-
même, et que celui-ci n'a pas été inventé pour cela. Car il a été fait pour l'échange, alors que l'intérêt
ne fait que le multiplier (...). Si bien que cette façon d'acquérir est la plus contraire à la nature." Dans
le même ordre d’idée, Saint Thomas d'Aquin dira : "L'homme qui pratique la droiture et la justice ne
prête pas à intérêt et ne tire point d'usure ; celui-là est juste, il vivra dit le Seigneur, l’Éternel."

(28) La dette est l’autre arme du cupide, elle agit comme un hameçon qui accroche sa proie.
L’individu endetté est une proie fragile, en faute morale, en état de faiblesse, car il est dans le devoir
de rembourser, de tenir sa parole et son engagement. Un détour sur l’étymologie du mot « dette »
dans différentes langues, nous permet de mieux saisir la perception qu’en avaient nos anciens : en
français, le mot dette est tiré du latin « debeo », qui signifie « devoir » ; en bambara, « djourou »
signifie dette mais aussi corde au cou ; en allemand, « schuld » signifie dette mais aussi culpabilité,
faute ; en arabe, dette est tiré du verbe « dana » qui signifie humilier, faiblir, soumettre ; la Thora
utilise le mot « mashsha » pour décrire la dette avec usure, qui a pour racine le verbe « nasha » qui
signifie "séduire, abuser, surprendre, être dans l'illusion, tromper, oublier, égarer, se jouer de". Tout
un programme...

(29) La dette, non seulement aliène les individus, mais aussi les États. Une société endettée est une
société qui ne jouit pas d’une liberté totale. Le colonialisme s’est développé par l’arme de la dette
avec intérêts : la Tunisie (1881), l’Égypte (1882), et le Maroc (1912), en savent quelque chose. Au
niveau des citoyens, un travailleur endetté est moins enclin à se battre pour ses droits dans la durée.
Le patronat et le gouvernement l’ont bien intégré, ils en abusent même.

(30) Il est donc légitime de « purifier » la monnaie du poison de l’usure, mais aussi de l’arme de la
dette. Il faut déconstruire huit siècles d’ingéniosité usuraire qui a fait de la monnaie la coquille de la
dette avec intérêts, à tel point qu’aujourd’hui la monnaie n’existerait pas sans la dette : si tout le
monde pouvait rembourser sa dette par un coup de baguette magique, la monnaie disparaitrait, et
l’économie serait anéantie. N’est-il pas temps de détacher une bonne fois pour toute, le concept de
monnaie de celui de la dette ?

Introduire une légère taxation de l’excédent monétaire


(31) Dans un monde sans usure et où la monnaie est dure, libre de dette, et est entièrement émise
par la banque centrale, la rareté de la monnaie donnerait trop raison aux avares qui aiment
accumuler plus de richesses que nécessaire de peur d'un avenir qui se veut incertain. Cette
thésaurisation de l'argent serait un désastre pour le fonctionnement sain de l'économie réelle. Tout
comme le sang doit circuler dans le corps humain, les richesses doivent circuler dans l’économie.
Mais au lieu d'y instiller le poison de l'usure pour accélérer la circulation de la monnaie, il faut créer
un mécanisme qui permette de fluidifier la monnaie, le sang de l’économie, et l’empêcher de
coaguler sous l'effet de la thésaurisation des avares.

(32) Pour inciter les individus à faire circuler une monnaie dure, il faut revenir à la pensée
économique de Silvio Gesell et de son concept de « monnaie fondante ». La monnaie, comme toute
denrée, doit se consumer au cours du temps, et ainsi perdre de sa valeur. Ainsi, chaque jour de la
semaine ouverte (du lundi au vendredi), pour chaque 100 euros détenus sur un compte, un centime
est prélevé, pour pousser les thésauriseurs à investir et dépenser leur argent. S'ils ne le font pas, au
bout d'un an, ils se retrouvent tout de même avec 97,4 euros restants.

(33) Les 2,60 euros prélevés ne disparaissent pas. Ils sont collectés par un le trésor et doivent servir à
l'action sociale en étant distribué aux individus dans le besoin. Par voie de conséquence, cette taxe
prélevée sur l'argent thésaurisé se retrouverait entre les mains de consommateurs dont l'utilité de
l'euro supérieur est vitale pour eux, ce qui permet de revigorer l'économie ! Cette taxe a pour effet
d’accélérer la vitesse des échanges économiques. En effet, plus la vitesse de circulation de la
monnaie est grande (idée de vélocité de la monnaie), et plus l’économie est forte. L'idée sous-
jacente est que le surplus d'argent accumulé doit être réinvesti dans l'économie réelle pour qu'il
génère une activité nécessaire à la croissance soutenable de l'économie. Si cet argent reste passif, il
doit alors être pénalisé pour la croissance qu’il n’a pas généré sciemment. De plus, cette pénalisation
n’est pas détruite. Au contraire, elle est redistribuée aux agents économiques dans le besoin qui
utiliseront cet argent pour vivifier l’économie. Il est possible d'introduire un seuil d'activation de
cette taxe, pour ne pas pénaliser le solde du compte au premier centime. Ainsi, le but sera de
permettre l'exonération d'une partie de la monnaie possédée par un individu, pour ne pas pénaliser
ce qui peut être considéré comme une sorte de coussin de sécurité nécessaire. Si ce seuil est de
5000€, et que le compte présente un solde créditeur constant de 10000€, la taxe annualisée sera de
130€ et non 260€.

Que pense Keynes de l’idée d’interdire l’usure, et de la monnaie fondante de


Gesell ?
(34) L'interdiction de l’usure préconisé ici, a même été évoquée par le célèbre économiste
britannique J. M. Keynes : « Je ne vois donc rien qui nous empêche de revenir un jour à quelques-uns
des principes les plus sûrs et les moins douteux de la religion et de la vertu traditionnelles – que
l’avarice est un vice, la pratique de l’usure, un délit, et l’amour de l’argent, détestable… ». De même,
concernant Silvio Gesell et son concept de « monnaie fondante », Keynes le décrit à la fin de la
Théorie générale de "prophète étrange" dont "la postérité aura plus à tirer de sa pensée que celle de
Marx."

Tout système est arbitrable, sauf si ses garants restent vigilants


(35) L'intelligence humaine est habile quand il s'agit de contourner les lois, et il y aura toujours des
cupides et des avares pour le faire en toute légalité et assouvir leur besoin d'accumuler des
richesses. Pour le cupide, déguiser artificiellement un prêt en un contrat achat-vente en différé
(c’est-à-dire pour y faire refléter des intérêts de crédits) est une chose aisée. Un avare peut
accumuler en stockant de l'immobilier ou des matières premières sans que cela soit justifié par un
besoin ou une activité. Ainsi, et à titre d'exemple, un logement non loué au-delà d'un certain temps
doit être soumis au même régime, à savoir à la taxation des richesses accumulées et dormantes (cf
taxe Gesell).

Un protocole monétaire choisi démocratiquement


(36) Pour pouvoir appliquer toutes les règles et lignes directrices citées plus haut et en garantir
l'indépendance du pouvoir politique, il est nécessaire que le protocole de la monnaie soit protégé
par la loi et inscrit dans le marbre de la constitution. Pour rappel : la pratique de l'usure est interdite
; la monnaie fondante est à hauteur de 2.6% et redistribuée aux plus nécessiteux ; enfin, la création
monétaire est de 2.6% (de la masse monétaire initiale) et distribuée sous forme de dividende social
(aux citoyens ou à l'État).
Un protocole monétaire protégé du pouvoir politique
(37) Faut-il pour autant faire confiance à 100% à l'État dans la gestion de la monnaie ? Ne court-on
pas le risque de voir des cupides reprendre le pouvoir et changer les règles de création monétaire ?
Le pouvoir de création monétaire est puissant et les règles d'or citées plus haut doivent être
appliquées de façon transparente et sécurisée. Le registre de la monnaie est un registre public qui
appartient à tous. La meilleure façon de construire la monnaie du futur est d'utiliser un protocole
technologique qui assure la transparence des règles de gestion de la monnaie, du prélèvement de la
monnaie fondante et de sa redistribution, de la création monétaire du dividende social et de sa
redistribution...

(38) Les protocoles des crypto-monnaies sont solides mais pour certains polluants, pour d'autres
arrivant rapidement à saturation. La France peut être un pionner dans ce domaine, si l'État se donne
les moyens d'investir dans la recherche du meilleur protocole possible.

(39) Dans le cadre d’un compte central unique, il serait aisé pour un pouvoir central d’abuser d’une
position dominante pour couper l’accès à ce compte à un citoyen. Il faut faire en sorte que l’accès au
compte unique d’un citoyen soit un droit fondamental et inviolable. De la même manière, il faudrait
protéger les citoyens de toute intrusion de la puissance publique dans les libertés individuelles,
notamment la liberté de l’anonymat en ce qui concerne les transactions effectuées lorsqu’elles ne
relèvent pas de faits graves (financement du crime ou du terrorisme).

Un compte central unique pour chaque citoyen


(40) Le système préconisé nécessite une monnaie 100% digitale, mais aussi l'attribution à la
naissance de chacun d'un compte unique logé dans le registre central des comptes. Bien
évidemment, ce compte doit être déclaré caduc une fois la personne décédée. C'est pour cette
raison qu'une monnaie régit par un État semble être un gage de sécurité nécessaire. Le registre de la
monnaie, peut être lié au registre de l'Etat Civil, tous les deux utilisant un protocole technologique
similaire et relié.

(41) De la même façon, le registre cadastral peut également être relié au registre de la monnaie pour
s'assurer que les avares n'investissent pas dans la pierre sans mettre leurs biens en location, c'est-à-
dire afin de passer entre les mailles du filet de la taxe sur la monnaie fondante.

(42) Enfin, dans un souci de transparence, tous les prêts/emprunts entre individus ou institutions
privées doivent être enregistrés dans un registre des dettes. Ce registre de dette existe
actuellement, et il est monopolisé par les banques commerciales.

Un protocole monétaire contre l’évasion fiscale


(43) Revenons un instant sur la monnaie fondante et sa redistribution aux plus nécessiteux. Cette
fiscalité monétaire se fait en début de cycle économique, avant même que la monnaie soit même
dépensée. Personne ne peut y échapper puisqu’elle est inscrite dans le protocole même de la
monnaie. Nulle évasion fiscale n’est de ce fait possible. Cette taxe s’inscrit en faux contre les intérêts
bancaires perçus de nos jours par le capital épargné. Là où cette taxe réduit les inégalités de
richesse, les intérêts du capital les exacerbe en faisant en sorte qu’une partie significative des
richesses tombe entre les mains d’une minorité jusqu’à atteindre des limites dangereuses pour les
équilibres en place : la richesse accumulée va de pair avec une misère sociale, et se mue petit à petit
en pouvoir politique (ploutocratie), jusqu’à construire un monde fait sur mesure pour les cupides. À
titre d’illustration, cette taxe vise plus les 300 milliards de dollars de cash accumulés par Apple dans
les paradis fiscaux que le bas de laine de la veuve de Carpentras.

Un système de taxe sur la consommation simplifiée


(44) Dans le même esprit, il serait bon de profiter de cette monnaie digitale pour y inscrire la fiscalité
au moment des transactions, et non en fin de cycle économique. Elle prendra la forme d’une sorte
de taxe appliquée à chaque transaction commerciale, en fonction de la nature de l’échange, de sa
nocivité environnementale ou de son utilité pour l’intérêt commun.

(45) De nos jours, une multinationale ayant une activité polluante peut faire appel aux meilleurs
avocats-fiscalistes pour essayer d'éviter le plus possible l'impôt sur les sociétés, et le réduire de
manière significative, tandis qu’une PME locale ne peut échapper aux 28% réglementaires. La
taxation au moment de la transaction peut aussi être un moyen de favoriser les circuits courts, et de
pénaliser la multitude d’intermédiaires qui se servent à différentes étapes du cycle (de la production
jusqu’au consommateur final). Cette taxe sur les transactions constituera un facteur qui favorisera
l’économie locale et sera un frein à la mondialisation néfaste. On peut y ajouter différents niveaux
de taxation : 20% pour toutes matières premières extraites des sous-sols ; 10% pour les matières
premières extraites du sol ; et 5% pour toutes activités humaines qui y ajoutent une valeur ajoutée
(l’agriculture active rentre dans cette catégorie, ainsi que toutes les autres activités commerciales).
Cette taxation unique et sur différents niveaux favorise les activités peu consommatrices des
ressources naturelles, qui sont en adéquation avec une économie soutenable pour l’équilibre
écologique.

Détaxer le fruit du travail


(46) Quid de la taxation des revenus du travail ? Analysons cette question dans une perspective
historique. Le travail a été taxé pour la première fois en 1913 aux États-Unis, quasi simultanément
avec la création de la FED (banque centrale américaine). L’idée de départ consistait à créer une
organisation privée et lui donner un nom officiel (Federal Reserve) pour financer un État défaillant
sur la gestion des finances publiques. Pour rembourser les intérêts de la dette publique, il fallait
introduire l’idée d’un impôt sur le revenu. C’est de la manière suivante qu’est né l’impôt sur le
revenu (du travail et du capital). Dans un monde assaini de l’usure, le travail ne doit pas être taxé. Le
travail est une valeur noble qui doit être protégée de l’impôt. Cela avantagera les optimistes qui
souhaitent travailler plus pour gagner plus. Bien sûr, il faut des gardes fous pour ne pas autoriser les
dérives sociales, grâce à une réglementation du travail adéquate.

Se protéger des économies extérieures usuraires, anti-sociales, et


antiécologiques
(47) Toute la réflexion décrite dans ces notes est construite autour d’une monnaie opérant dans un
circuit économique fermé. Il est important qu’une économie construite sur les idées exposées ci-
dessus ne soit pas polluée par des économies qui reposent sur l’usure, ou des lois antisociales et non
écologiques. C’est à l’État de contrôler les flux de monnaies pour protéger les règles économiques
décrites ici, notamment en servant de tampon entre toutes les économies nocives (droits de
douanes, ségrégation dans des comptes monétaires dédiés aux économies étrangères, etc.).

Créer des ponts monétaires avec les économies extérieures non usuraires,
respectueuses des valeurs sociales et écologiques
(48) Pour le cas contraire, il est aisé d’incorporer à ce système monétaire une autre économie qui en
accepterait les règles. Les monnaies peuvent alors circuler d’une économie à l’autre, d’un compte
monétaire à un autre. Seules les règles de solidarité (monnaie fondante) et de redistribution du
dividende social (création monétaire annuelle) s’appliqueront au sous-groupe auquel chaque agent
économique est associé (l’État français en ce qui nous concerne).

(49) Dans une telle économie où il n’est nullement besoin de créer un compte en banque étant
donné que chaque citoyen reçoit un compte monétaire unique à la naissance, l’activité
conventionnelle des banques reste à définir. La gestion pratique des comptes et du suivi des
paiements peut être proposée par des sociétés innovantes via des applications (fintechs). Les
banques peuvent se convertir en créant des pôles d’investissements pour mettre en relation
l’épargne passive et les États, les collectivités, ainsi que les sociétés et les individus en besoin de
monnaie pour leurs activités. La participation peut se faire sous forme de prêt sans intérêt (seul la
banque toucherait une commission pour la mise en relation entre l’épargnant et l’entité
emprunteuse). D’aucuns peuvent se poser la question de l’intérêt de prêter à taux nul. Cela
permettrait en réalité d’éviter de payer la taxe issue de la monnaie fondante (soit un gain de 2.6%
annuellement). La participation à l’activité peut se faire aussi sous forme d’actionnariat, et rien
n’empêche alors l’épargnant de toucher des dividendes qui résulteraient d’une activité florissante.
Ainsi, le rôle des banques privées ou publiques est important. Elles seront alors les intermédiaires
entre les épargnants et ceux qui prennent des risques économiques. La décision finale
d’investissement revient à l’épargnant et non à la banque. En échange de leurs services, les banques
touchent des frais fixes (frais de dossiers).

(50) Dans une économie telle que préconisée ici, tout reste à réinventer. C'est notamment le cas des
sociétés d’investissements immobiliers qui pourraient soit aider les primo-accédants à accéder au
logement par des contrats de location-vente, soit permettre aux plus prévoyants d’investir leur
épargne dans un parc immobilier locatif et capitaliser en vue de leur retraite. Dans le système
préconisé ici, l'épargne thésaurisée est pénalisée, sauf si elle est prêtée à des individus ayant des
projets dans la vie. Le but est de croiser ces deux agents économiques, l'optimiste et l'épargnant, par
un prêt à taux nul qui avantage les deux parties. Le premier profite d'un capital gratuit, le second
évite la taxe de la monnaie fondante en transférant son capital (considéré dans ce système comme
une responsabilité et non un privilège).

(51) Le modèle de l’assurance conventionnelle rentre dans le cadre de l’usure car, par définition,
parier sur un futur incertain est une des composantes de la pratique usuraire. Le modèle de
l’assurance doit alors se tourner vers celui de la mutualisation des risques. Chaque cotisation ne doit
servir que les mutualistes. Seuls des frais de fonctionnements sont ponctionnés.

Comment passer de notre économie usuraire au modèle décrit ci-


dessus ? (Phase transitoire, un jubilé en douceur)
La dialyse monétaire
(52) Reste à aborder le point le plus important et le plus difficile : celui de la transition. Il faut pour
cela commencer par l'aspect purement technique : créer le protocole de la monnaie et la mise en
place des comptes monétaires dans un registre central. De nombreux pays sont en avance dans ce
domaine, notamment la Chine et les Etats-Unis, qui sont en train de mettre en place leur propre
crypto-monnaie de banque centrale (Central Bank Digital Coin) et d’ouvrir des comptes uniques
auprès de la banque centrale pour chacun de leurs citoyens.

(53) Il faut décider de la masse de monnaie centrale et libre de dette à créer annuellement et à
mettre en circulation dans l'économie réelle. Une façon de le faire, et de créer cette monnaie pour
subventionner le budget de l’État à hauteur de 3 à 5% annuellement, afin de diminuer le poids de la
dette et des impôts à prélever. En contrepartie, l’État s’engage à avoir un budget équilibré et à ne
plus recourir aux marchés financiers.

Le jubilé de la dette
(54) Par ailleurs, il faut également aborder la question de la dette qui est actuellement insoutenable.
Le jubilé de la dette est une suppression de toutes les dettes. Dans l'Ancien Testament, tous les 50
ans, le jubilé permettait la libération des serviteurs des riches, qui ayant contracté des dettes, n'ont
pu s'en acquitter. La crise actuelle liée au coronavirus est l'occasion de sortir d'une économie du
tout-crédit et de desserrer l'étau de la dette sur l'État et les ménages. Est-ce que la suppression de la
dette est une bonne chose ? Bien sûr ! Mais la finance est un monstre mondialisé et les dettes se
croisent dans tous les sens. Un pays (Chine), un groupe de personnes (retraités US), risquent d'y
perdre énormément. La suppression de la dette peut même être source de guerres. Et pourtant la
cocotte-minute de la dette est au bord de l'explosion : 300 000 milliards $ au niveau mondial. Cette
situation est intenable tant au niveau des États, des entreprises et des ménages. Il faudrait une
dépressurisation progressive de la cocotte de la dette par des petits pas soutenables. La solution
consiste à desserrer l'étau du tout-dette sur les États, en remplaçant le déficit annuel de 3% du PIB
par une subvention de la BCE de 3% à 5% de la masse monétaire grâce à une injection de monnaie
libre de toute dette.

(55) Cette monnaie centrale libre de toute dette, permet d'introduire un euro qui ne dépend pas du
crédit, sachant que 95% des euros en circulation sont créés par la SG, la BNP, etc, lors de l'octroi d'un
crédit.

(56) Cette nouvelle monnaie centrale est une monnaie banque centrale et est assujettie à la fonte.
Mais en contrepartie de cette légère taxe de 2.6% annuellement, ces crypto-euros ne dépendent pas
de la santé financière des banques commerciales, contrairement aux euros-SG ou euros-BNP qui ne
sont en réalité qu’une reconnaissance de dette de la SG ou de la BNP envers les déposants. La fonte
est en quelque sorte le prix à payer pour la garantie des dépôts auprès de la Banque Centrale.

(57) Quand la création de crédit est à l'arrêt, notre économie actuelle montre ses limites comme
c'est le cas durant ce confinement lié au coronavirus ! Cette introduction d'euros centraux libres de
dette peut être considérée comme une dialyse qui assainit notre système monétaire du 100% crédit.
Une image pas si choquante si on considère comme le prix Nobel d'économie Maurice Allais que la
création monétaire par le crédit est le cancer qui ronge notre économie.

Un contrôle du crédit bancaire pour expurger l’économie du cancer de la


monnaie-dette
(58) Pour éviter une inflation néfaste, il faut contrebalancer en réduisant la création monétaire par
le crédit des banques commerciales. Or 60% de l’encours des crédits est le fait d'un crédit immobilier
! Dans cette période transitoire il suffit de limiter le crédit immobilier à la résidence principale. Il
n'est pas choquant ni violent de prendre une telle décision qui permettrait en plus de faire atterrir
en douceur les prix de l'immobilier.
(59) La solution préconisée est douce, elle permet de desserrer l'étau de la dette sur l'État, et par
ricochet sur les ménages au bord de l'implosion sociale, étant donné que les citoyens ne tolèrent
plus les politiques d’austérité (hausse des taxes et impôts, baisse des services publics).

(60) Les montants de monnaie créée sont raisonnables, et permettent à l’État et aux citoyens de
respirer. L'introduction d'une monnaie libre de dette permet de stabiliser un système économique
en surchauffe qui repose trop sur le crédit. Le rythme de la monnaie-crédit est infernal pour les
hommes et la planète. Le virus a agi comme un fusible, il est une aubaine pour ceux qui veulent
réfléchir à un modèle monétaire fiable.

(61) Dans la phase transitoire ces deux monnaies, monnaie-libre et monnaie-dette, doivent être
acceptées indifféremment par l'État pour le paiement des impôts, ou par les commerçants, pour le
paiement de leurs biens et services. Cependant, la monnaie émise par le crédit des banques doit être
de plus en plus encadrée à mesure que la monnaie libre prend de la place dans la société. Cette
régulation du crédit est la variable d'ajustement pour contrer l'inflation.

(62) Aussi, la création monétaire doit être ajustée, pour passer progressivement de de 3 à 5% par an
à 2.6% à la fin de la phase transitoire. Cette convergence de la création monétaire vers le taux de
2.6% préconisé dans le modèle, peut aussi être une variable d'ajustement de l'inflation. Une fois la
phase de transition achevée, libre à la société de décider comment répartir ce dividende social entre
l'État ou les individus.

La monnaie libre doit supplanter à terme la monnaie-dette


(63) Une fois la phase de transition finie, les deux monnaies doivent devenir indépendantes l’une de
l’autre. L'État ne doit plus accepter le paiement des impôts par la monnaie dette. Les acteurs privés
(ménages et entreprises) doivent prendre leurs responsabilités par rapport aux dettes émises dans le
secteur privé, que ce soit avec un établissement de crédits ou une entreprise commerciale. Ainsi la
responsabilité de défaut n'est supportée que par ceux qui contractent ensemble des dettes, et non
par toute la société comme c'est le cas aujourd'hui. C'est au secteur privé d'être inventif pour
encadrer et fluidifier ce livre de dettes privées en permettant par exemple la compensation de
dettes entre groupes de gens ou d'entreprises qui se font totalement confiance, ou en conseillant
sur la qualité de la parole donnée de l'émetteur d'une dette (l'équivalent du screening
d'aujourd'hui). L'idée est que ces acteurs privés, dans une certaine mesure pourrait conseiller des
commerçants ou des prêteurs sur la qualité de parole du client ou de l'emprunteur. Cela peut
prendre la forme de lignes de crédits conseillées et purement informatives. Il n'est pas question
d'avoir un marché de la dette ou une sorte de marché de l'escompte car cela reviendrait à
réintroduire l'usure. L'idée est que des sociétés privées mettent en place des outils pour fluidifier le
registre de dettes privées en organisant les réseaux de confiance et de parole.

(64) Ce chantier d'encadrement du registre de la dette privée est indispensable pour mettre en
confiance les épargnants qui ne veulent pas thésauriser leur épargne de monnaie libre (et qui ne
veulent pas payer la taxe de la monnaie fondante). Rien n'est pire pour une économie qu'une
monnaie qui dort. Plus la mesure de la confiance et de la parole sera de qualité, et plus les gens se
feront confiance dans le commerce et les prêts, et plus l'économie s'en portera bien !

(65) En cas de crise grave, comme celle que nous vivons avec le coronavirus, l'État pourrait soit
instaurer un impôt de solidarité, soit augmenter ponctuellement le taux de fonte de la monnaie.
Cette augmentation du taux de fonte de la monnaie doit être motivée par le caractère exceptionnel
de la situation, et il doit être raisonnable, le but étant de répondre à l'urgence et permettre
d'organiser la solidarité dans l'épreuve.
(66) Finalement, un système monétaire peut se définir ainsi : c'est un système qui permet la juste
mesure de tout bien et service, et où les acteurs économiques peuvent organiser leur commerce
grâce à une confiance et une parole instaurée et solide. Un système où nul n'est lésé par les excès
des autres agents économiques, que ce soit par l'usure et ses conséquences (perte injuste de
pouvoir d'achat ou de richesse), ou que ce soit par la perte de valeur de l'épargne de quelques
manières que ce soit (en dehors d'une taxe sur la thésaurisation).

Références :

(*) https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/frais-bancaires-des-milliards-sur-
le-dos-des-clients-en-difficulte-
755667.html#:~:text=D'apr%C3%A8s%20les%20calculs%20du,de%20b%C3%A9n%C3%A9fice%20net
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