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4 Le « tournant territorial »  [6]

4.1 Les nouvelles conditions économiques et sociales

Un autre élément de renouveau de la géographie économique se manifesta au début des années 1980.
Après les années de crise de la décennie 70, et la transformation de bien des régions manufacturières
d’Amérique du Nord et d’Europe de l’Ouest en « Rust Belts »  [7], un ensemble de nouveaux espaces
industriels commencèrent à apparaître dans des secteurs qui avaient jusque-là été en marge des centres
anciens. La résurgence de ces nouveaux espaces industriels fut d’abord évidente dans la « Troisième
Italie » et dans la Sunbelt des États-Unis, mais il apparut bientôt que le phénomène était mondial, un
certain nombre de pays antérieurement rattachés au Tiers Monde (surtout en Asie du Sud-est et
orientale) participant également à la tendance (Scott, 1988b). De plus, ces nouveaux espaces industriels
recevaient une forme d’industrialisation différant par bien des aspects de la production fordiste de
masse antérieure. Pour résumer, on pouvait les voir comme une sorte de front pionnier d’une économie
post-fordiste, ou ce que l’on appelle couramment aujourd’hui la « nouvelle économie », avec pour
fondement spécifique des réseaux d’unités de production flexibles et décentralisés, dotés d’un fort
potentiel collectif d’innovation. Nombre des plus spectaculaires de ces nouveaux espaces industriels
étaient occupés par des secteurs comme les industries de haute technologie, la production néo-
artisanale et les services. Ces mêmes secteurs commençaient également à fonctionner comme fer de
lance de la croissance et du développement dans certaines des économies les plus dynamiques
mondialement.

Cette nouvelle conjoncture dans les principales sociétés capitalistes conduisit à l’émergence ou à la ré-
émergence de la région comme entité économique particulière et en pleine phase d’affirmation, et
souligna la nécessité, pour la géographie économique, de revoir les modalités de recherche. Cette
conjoncture était elle-même liée à un changement majeur dans la logique et les dynamiques de
régulation capitaliste, notamment une révision drastique du système politique fondé sur le
keynésianisme et l’État-providence. Ces changements se dessinèrent d’abord sous l’impulsion de
Margaret Thatcher au Royaume-Uni et de Ronald Reagan aux États-Unis, mais ils se diffusèrent ensuite
d’une façon ou d’une autre dans pratiquement toutes les sociétés capitalistes développées. Cette
révision eut comme conséquences un regain de l’importance accordée aux initiatives locales de
développement et une réaffirmation du rôle des acteurs politiques locaux comme agents de
changement économique. Au même moment, des revirements fondamentaux se produisaient
également au niveau international, illustrés par l’intensification du commerce mondial et par la
prolifération de blocs économiques unissant plusieurs pays comme l’UE, l’ASEAN, le Mercosur ou
l’ALENA. La mondialisation commençait à apparaître dans les préoccupations des universitaires,
l’abaissement des barrières économiques nationales se dessinant clairement.

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