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Les lectures de ce dimanche nous invitent à la conversion.

C’est de cela dont il


s’agit dans l’épisode de Jonas à Ninive, dans la prière du psaume que nous
avons proclamé, et dans le baptême de Jean Baptiste.

Mais voilà, cette attitude de conversion n’est pas simple. Pourquoi ? Bien
souvent nous pensons que notre vrai souci, c’est de ne pas arriver à devenir juste
devant Dieu, devant sa loi, par nous même. Nous nous imaginons que se
convertir, c’est arrêter de péché, comme on arrête de fumer ou de boire. A partir
de là, nous voyons la loi de Dieu comme le programme de sainteté que Dieu met
devant nous, mais nous constatons vite que nous n’en avons pas la force.
Comment alors ne pas voir en Dieu un pervers, un tyran ou un maître trop
exigeant ?

Frères et sœurs, il faut produire un déplacement majeur. Cette manière de voir


que je viens de décrire, n’est pas celle de la Bible. Dans l’Ecriture, le péché est
l’attitude par laquelle l’homme entend être son propre juge et juge de son
prochain. Lorsqu’il refuse toute autre lumière jetée sur sa vie que la sienne
propre, l’homme est à lui-même son propre référent, sa propre justice. L’homme
pécheur prend la situation de celui qui « croit pouvoir se déclarer lui-même libre
et juste. Il entend être son propre juge et il se comporte comme tel. Telle est
l’essence du péché. Sous toutes ses formes, le péché découle de l’obstination de
l’homme à être son propre juge »1.

Se convertir c’est donc tout d’abord refuser cette attitude. Rejeter le pécher c’est
d’abord et avant tout, le reconnaître comme tel, c’est accepter un autre jugement
que le sien sur sa vie et ses œuvres. Se reconnaître et s’accepter comme pécheur,
c’est se laisser éclairer par une autre lumière, au risque de voir nos propres
œuvres comme des ténèbres. C’est se placer sous le jugement de Dieu.

Comprenons bien, se convertir, ce n’est pas simplement l’expression d’un


remord ou d’une culpabilité que l’on porte sur nos histoires particulières, à partir
de nos conceptions de faute ou d’erreur. Se convertir, c’est se reconnaitre nu
devant Dieu. C’est reconnaître qu’il est lui le juste, le véritable, le bon. Et pas
nous-mêmes. Se convertir, c’est tout simplement s’humilier devant lui.

C’est pour cette raison qu’il est si important de se rappeler, que le Dieu de la
Bible est le Dieu qui appelle inlassablement à l’alliance, à la réconciliation, au
pardon. Sans cela, aucun d’entre nous n’est capable de supporter son regard et
son jugement qui devient une condamnation.

1
D IV/1/1, p. 232.
S’il fallait définir le mieux qui est Satan, c’est bien qu’il est le menteur, celui qui
nous fait oublier que Dieu est notre Père. Tout ce qui nous fait redouter le
jugement de Dieu, tout ce qui nous fait trembler de peur devant une vindicte
divine, tout ce qui produit une défiance vis-à-vis de Dieu se fonde sur le
mensonge le plus radical : Dieu ne t’aime pas tel que tu es.

Frères et sœurs, ce n’est pas notre misère, aussi grande fut-elle, qui fait obstacle
à l’alliance, mais c’est notre volonté de ne pas la voir, et de croire que notre
misère est grandeur. L'Écriture nous dit que l’homme est non seulement ligoté,
captif, misérable, malade, mais elle ajoute encore à cette misère celle de la
cécité, de sorte que nous croyons être heureux, libres, puissants, saints, vivants.
L'œuvre du péché consiste donc à maintenir l’homme dans cet aveuglement,
dans cet orgueil, afin qu'ils ne se reconnaissent pas misérable. Mais l'œuvre de la
loi vise un but opposé : il s'agit au contraire de découvrir à l'homme sa misère de
pécheur, de sorte que, reconnaissant sa faiblesse, il se tourne vers le Dieu qui
fait grâce et miséricorde.

C’est ce que saint Paul à si bien compris dans son épitre aux romains, lorsqu’il
cherche à comprendre pourquoi Dieu à donné la loi. Il comprend la loi comme le
pédagogue du péché. La loi n’est pas le moyen par lequel Dieu nous écrase et
nous accable, mais la manière dont Dieu nous permet de nous rendre compte de
notre misère.

Mais tel n’est pas le dernier mot de Dieu. Et l’Evangile produit un autre
déplacement encore. Dieu ne s’arrête pas à la loi. La conversion qu’il demande
n’est pas seulement celle par laquelle je me détourne du péché. Dieu propose en
un chemin, un chemin qu’il est urgent de prendre, parce qu’il est le seul qui
donne la vie. Ce chemin, ce n’est pas celui de la fausse justice, celle de la vie
soit disant sainte, celle par laquelle je me justifie devant Dieu par mes œuvres
morales et religieuses. Non. Ce chemin, c’est la suite même du seul saint, du
seul juste, de celui qui nous appelle, maintenant, alors que nous sommes en
Galilée. La Galilée carrefour des nations, la où habitent des hommes pauvres et
simples, des paria et des étrangers. C’est en Galilée que Jésus vient nous
prendre, c'est-à-dire, tels que nous sommes.

Certes, Jésus nous invite à la conversion, car c’est la base. Mais il nous invite
aussi à croire à la Bonne Nouvelle. Quelle est-elle cette Bonne Nouvelle ? Et
bien, Dieu ne se contente pas de pardonner les fautes, de justifier la prostituée et
le publicain. Dieu est celui qui vient sur notre route parce qu’il veut être le
partenaire de nos vies. Il veut, entre lui et chacun de nous, établir une alliance
durable, une amitié. Cette alliance ne réclame pas nos vertus, nos pseudo
justices et nos qualités, mais notre simple foi, une foi humble capable de tout
risquer, de tout entreprendre, de tout espérer parce qu’elle ne se fie qu’en Lui.

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