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Notion théorique : Lecture à voix haute

Lecture à haute voix et lecture orale

Il faut distinguer et valoriser trois sortes de lecture orale ou trois fonctions de la


lecture orale qui ont peu à voir avec l’action qui consiste à "sonoriser"
(prononcer; déchiffrer) chaque fragment écrit l’un après l’autre.
- La lecture orale A ou la lecture orale pour autrui. C’est la lecture
communication : le lecteur transmet à une autre personne ( ou plusieurs) des
informations écrites qu’il possède. C’est une activité qui relève autant de la
communication orale et parfois du jeu dramatique que de la lecture stricto
sensu. Elle s’oppose en effet à la lecture pour soi, c’est à dire la lecture-
compréhension.
Dans la lecture pour autrui - nécessairement à haute voix - le sujet est un
transmetteur (ou un médiateur) : c’est "l’autre" qui doit comprendre ce qui est
lu- oralisé.
Dans la lecture pour soi – plus ou moins mentale ou silencieuse (voir ci-
dessous) – le sujet est un chercheur de sens : c’est lui qui doit comprendre ce
qui est lu.
Avec des lecteurs non experts, la lecture à haute voix (pour autrui) devrait
toujours être pratiquée après une première lecture du texte (la lecture pour
soi). La lecture–compréhension (pour soi) devrait précéder et préparer la
lecture – communication (pour autrui) tout au long de l’école élémentaire.
- La lecture orale B ou relecture. C’est la lecture à haute voix pour soi : le
lecteur relit pour lui-même le texte qu’il a déjà lu une première fois (lecture
pour soi ou lecture compréhension) afin d’améliorer ou de conforter sa
compréhension ou afin de passer d’une première lecture (pour soi) axée sur la
compréhension littérale à une deuxième forme de compréhension plus
approfondie ou plus fine.
La lecture orale B (ou relecture) est donc un complément nécessaire de la
lecture pour soi (ou lecture-compréhension) ou plus précisément, c’est la
deuxième partie – le deuxième temps – de la lecture pour soi.
- La lecture orale C ou langage pour soi. C’est la partie orale de l’activité
cognitive de l’apprenti lecteur sur le "message" verbal mis par écrit. Le lecteur
(débutant ou malhabile) "se dit" des morceaux de l’énoncé écrit, il parle à mi-
voix pour s’aider à mieux identifier des mots, à mieux mémoriser certains
éléments, à mieux organiser les informations sémantiques, à mieux contrôler
ou soutenir son double travail de chercheur de mots et de chercheur de sens. Il
se sert du langage pour soi (ou autolangage) comme outil intellectuel, comme
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instrument de l’exploration et de la reconstruction (re-production ) de
l'énoncé.
La lecture orale C (ou langage pour soi) est une composante provisoire de la
lecture pour soi ou lecture-compréhension. Elle disparaît quand le lecteur
maîtrise bien les savoir-faire de base de la lecture-compréhension.
Quant à la sonorisation de chaque fragment écrit traité isolément – ce qu’on
nomme habituellement déchiffrage – elle ne présente un intérêt que si on
limite la lecture à une mise en correspondance terme à terme entre des
fragments écrits (syllabes ou mots) et des formes sonores. C’est la lecture orale
D, activité qui relève plus de la pré-lecture ou de la para-lecture que de la
lecture proprement dite.
Si l’on accepte l’idée que "lire c’est (pour) comprendre", que c’est traiter (pour
le comprendre) un énoncé verbal mis par écrit – énoncé qui relate par exemple
un événement ou une "petite histoire" – on peut dire que le fait d’oraliser
(déchiffrer) chaque fragment l’un après l’autre est soit inutile (dans le meilleur
des cas), soit handicapant. Nombre d’enfants sont en difficulté parce qu’ils
essaient – ou/et parce qu’on leur demande – de "mélanger" deux pratiques de
"lecture" complètement différentes : sonoriser une suite de fragments écrits …
et comprendre le texte ; ou bien dire à autrui le texte … et le comprendre . ce
"mélange" empêche ces enfants de se concentrer sur la lecture pour soi ou
lecture - compréhension.

Gérard Chauveau

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