Vous êtes sur la page 1sur 16

5/- La VISCOSITE

La viscosité est la résistance d'un fluide à un déplacement, lors d'un écoulement, en


raison de frottements engendrés :
entre les particules (atomes, molécules, macromolécules) formant le fluide,
entre les particules du fluide et la paroi de l'enceinte dans laquelle se produit
l'écoulement, si il y a une enceinte.
5.1/- LES FLUIDES NEWTONIENS

5.1.1/- La Viscosité de Cisaillement

Ecoulement d'un fluide entre deux plaques parallèles :


une plaque est fixe,
l'autre se déplace avec une vitesse V,
le fluide est entraîné par la plaque mobile, avec un profil de vitesse linéaire
entre les plaques, dans un écoulement de cisaillement,
F, force nécessaire pour déplacer la plaque mobile à la vitesse V,
τ, contrainte de cisaillement

F
τ=
S

γ , taux ou vitesse ou gradient de vitesse de cisaillement (s-1) dans le fluide

V
γ =
h

La viscosité, selon Newton (1687), notée η et unité le Pa.s, est le rapport entre la
contrainte et la vitesse de cisaillement :

τ = η. γ

Un liquide sera newtonien si, quelque soit γ , à température et pression constantes :

η = Cste
MATIERES η (Pa.s)
Air 0 °C 1,7.10-5
Eau 0 °C 1,8.10-3
20 °C 10-3
Mercure 20 °C 1,6.10-3
Huiles 10-2 à 1
Polymères & verres "fondus" 102 à 104
en mise en oeuvre

Tableau 5.1.1
Viscosités de quelques fluides représentatifs

L'eau, les verres sont considérés comme des "liquides" relativement newtoniens.

Figure 5.1.1
Evolution de la viscosité d'un verre en fonction de la température.
Baïlon J.-P. & Dorlot J.-M., des MATERIAUX
PRESSES INTERNATIONALES POLYTECHNIQUES (2000)
5.1.2/- La Viscosité Élongationnelle

La viscosité élongationnelle se rencontre en l'absence de frottement sur une paroi :


phénomène difficile à séparer de la gravité et/ou du cisaillement,
beaucoup d'équations et peu de résultats expérimentaux,
sa mesure ressemble à un essai de traction sur une éprouvette de fluide,
σ, contrainte de traction

σ= F
S

α , taux ou vitesse ou gradient de vitesse d’élongation (s-1)

α = 1 . dl = V
l dt l
ou, à vitesse variable
α = dV
dl

Loi de TROUTON (1909) sur la viscosité élongationnelle, ηE, en déformation uniaxiale,


qui est le rapport entre la contrainte de traction et la vitesse d'élongation :

σ = ηE. α

Un liquide sera newtonien (troutonien) si, quelque soit α , à température et pression


constantes :

ηE = Cste
Exercice

Vous tirez une éprouvette de polymère fondu de longueur initiale l0 = 10 cm.

Pour un taux d’élongation α = 1 s-1 calculer la longueur de l’éprouvette après 1, 2, 5 et


10 s de mesure.

Commentaires ?
5.2/- Les MATERIAUX "LIQUIDES"

5.2.1/- Les Fluides Non-Newtoniens

Il y a un grand nombre de comportements rhéologiques autres que le simple


comportement newtonien. On considère d'ailleurs comme "fluides" des poudres comme la farine.

La figure 5.2.1 présente quatre comportements assez communs :


le fluide newtonien déjà vu,
le fluide épaississant, ou rhéoépaississant, dont la viscosité augmente avec
l'amplitude du cisaillement,
le composé fluidifiant, ou rhéofluidifiant ou pseudoplastique, pour lequel la
viscosité décroît quand la vitesse de cisaillement augmente,
le corps de Bingham ou fluide à seuil qui ne se met en mouvement qu'à
partir d'une contrainte critique ; il peut ensuite être newtonien (cas de la figure), épaississant ou
fluidifiant. Le dentifrice, dans son tube, peut être considéré comme un fluide à seuil.

Figure 5.2.1
Evolution de la contrainte de cisaillement, en fonction de la vitesse de cisaillement,
pour quatre exemples de comportements rhéologiques de fluides
Le plus souvent on utilise les courbes log(viscosité)/log(vitesse de cisaillement) pour
représenter le comportement du fluide (figure 5.2.2).

Figure 5.2.2
Variation de log(viscosité), en fonction de log(taux ou vitesse de cisaillement),
pour trois comportements rhéologiques : newtonien, épaississant et pseudoplastique.

Exercice

La viscosité d'un fluide, dit "newtonien", en écoulement, est le rapport, η, entre la


contrainte de cisaillement, τ, et la vitesse de cisaillement, γ . Soit :

τ = η. γ

Que devient cette même relation dans le cas d'un fluide non-newtonien quelconque
soumis à une contrainte de cisaillement, τ, et à une vitesse de cisaillement, γ ?
5.2.2/- Les Fluides Polymères

Ce sont des fluides plutôt rhéofluidifiants avec un comportement newtonien à faible


niveau de cisaillement (figure 5.2.3).

Figure 5.2.3
Courbe logη/log γ typique pour un polymère thermoplastique.
Elle montre un comportement fluidifiant associé à un comportement newtonien, avant η0,
pour un faible cisaillement.

La viscosité η0, au niveau du plateau newtonien, dépend de la masse molaire :

η0 ~ (masse molaire)3,4
Justifier la viscosité élevée des fluides polymères thermoplastiques :
ils sont formés de macromolécules longues et peu mobiles,
ces macromolécules forment des enchevêtrements (figure 5.2.4),
des interactions type Van der Waals, voire liaisons-hydrogène, existent entre
les motifs de différentes/mêmes chaînes, ce qui réduit encore la mobilité de ces chaînes.

Figure 5.2.4
Une macromolécule enchevêtrée avec d'autres chaînes

Le comportement des fluides polymères n'est pas totalement fluidifiant :


les enchevêtrements résistent à faibles γ ,
ils sont progressivement détruits par déploiement des chaînes à γ élevés,
temps de relaxation (réponse non-instantanée à une sollicitation) trop élevé
pour leur reconstitution,
ils se reforment quand le cisaillement diminue,
le phénomène est donc réversible.

Attention, il y a :
les polymères
et les matières plastiques.
c'est à dire qu'on utilise les polymères avec différents ingrédients, parfois en grande quantité. Tout
ce qu'on ajoute va influencer la rhéologie du fluide polymère.
Figure 5.2.5
Evolution de la viscosité en fonction de la vitesse de cisaillement pour 3 filières différentes,
après les corrections de Bagley et Rabinowitsch.
Polyéthylène basse densité Lacqtene™ 1008-FE24 (ATOFINA), à 190°C,
passant sur le rhéomètre capillaire Rheoflixer de HAAKEChaidron G., Chaire des Matériaux
Industriels Polymères du C.N.A.M. (2001)

Avantages et inconvénients du comportement non-newtonien :


de grosses équations pour l'étude de la rhéologie des polymères,
le caractère fluidifiant permet l'emploi de "petites" machines pour la mise en
œuvre car il y a moins de viscosité à manipuler quand on cisaille un tel fluide.
5.2.3/- Les Métaux et les Alliages Métalliques

La viscosité des métaux liquides, dans un écoulement soumis à un cisaillement


(brassage), est faible, de l'ordre de quelques milli.Pa.s, et peut donc être comparée à celle de l'eau.

Le comportement rhéologique est plutôt newtonien.

Métal Température Viscosité


à l'état liquide (°C) (10-3 Pa.s)
Aluminium 700 1,15
Cuivre 1100 3
Fer 1600 4,6
Manganèse 1300 4,8

Tableau 5.2.1
Les viscosités de quelques métaux à l'état liquide à la pression atmosphérique

Le problème viscosité, rencontré chez les polymères pour leur mise en œuvre, est
remplacé par le problème température pour les métaux.
On sait injecter des métaux (magnésium) et des alliages métalliques. L'injection se fera
souvent à des températures permettant d'avoir une partie du métal à l'état solide pour former une
gelée :
viscosité augmentant en fonction de l'augmentation de la fraction volumique
de phase solide (figure 5.2.6),
la viscosité ne sera cependant que de quelques Pa.s,
comportement de type fluidifiant pour un même taux de gelée,
comportement thixotropique (diminution de viscosité dans le temps, à
cisaillement constant) des gelées par dissociation des globules solides sous l'effet du cisaillement.

Figure 5.2.6
Influence de la vitesse de cisaillement sur les variations de la viscosité apparente
d'un alliage Sn/Pb (85/15), en fonction de la fraction volumique de solide.
Suery M., TECHNIQUES de l'INGENIEUR, M-612 (1996)
5.2.3/- Les Matériaux Céramiques

Il n'y a pas de règle commune pour la viscosité des matériaux céramiques :


les températures de fusion très élevées de la plupart de ces matériaux font
que la mise en œuvre se fait surtout par frittage de poudres sans chercher à atteindre le stade liquide,
les verres, matériaux amorphes, ont un comportement plutôt newtonien car
ils ne sont pas formés de macromolécules comme les polymères ; il n'y a donc pas de problème de
déploiements de chaînes,
d'autres cas peuvent aussi être rencontrés comme celui du béton frais qui a
le comportement d'un fluide à seuil devenant ensuite fluidifiant (modèle de Herschel-Bulkley).
5.3/- Le CISAILLEMENT

5.3.1/- Le Nombre de Brinkman

Le cisaillement engendre de l'énergie dans le fluide par frottements.

Le Nombre de Brinkman (Br), sans unité, résulte de la comparaison entre deux modes
d'acquisition d'énergie par un fluide coulant dans une canalisation chauffée :
échauffement par frottement contre la canalisation ou dissipation visqueuse,
chauffage par la canalisation ou conduction.

Puissance échangée par dissipation visqueuse


Br =
Puissance échangée par conduction

η.V2
Br =
λ.(TP - T)
avec
h, viscosité du fluide,
V, vitesse du fluide,
λ ou k, conductivité thermique du fluide,
TP, température de la paroi,
T, température du fluide.

Exercice

Comparer les Nombres de Brinkman pour les écoulements de l’eau et d’un polyéthylène
dans un tube :
vitesse d’écoulement 20 cm.s-1
TP - T = 30 °C

Matière η (Pa.s) λ (W.m-1.K-1)


Eau 10-3 0,63
Polyéthylène 103 0,33

Commenter.
5.3.2/- Le Chauffage par Frottements

Puissance de chauffage par des frottements (cisaillement) :


fluide newtonien

p ≅ η. γ 2

fluide quelconque

p ≅ η. γ 1+m

avec m, facteur de pseudoplasticité (1 pour un fluide newtonien, autour de 0,35 pour les polymères).

Vu le niveau de viscosité des fluides polymères, le chauffage par frottements est très
important pour ceux-ci. Il est même essentiel en extrusion et injection en raison de la faiblesse de
leur conductibilité thermique.

Mais attention à la dégradation car plus vous cisaillez, plus vous chauffez le fluide.
Exercice

Pendant le moulage par injection de plaques en polyéthylène basse densité (PEbd),


15 kg de matière sont plastifiés par heure. La température du polymère, à l’injection, est de 190 °C,
le moule étant à 40 °C. L’énergie apportée par la vis (cisaillement) est évaluée à 1 kW.

Calculer l’énergie requise par le PEbd de la part des colliers chauffants et le nombre de
Brinkman du processus. Que doit élimer le moule comme chaleur ?

Evolution de l'enthalpie, en fonction de la température, pour un polyéthylène basse densité ;


comparaison avec un polymère quelconque amorphe

Vous aimerez peut-être aussi