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Alter Agri Bimestriel des Agricultures Alternatives

n° 61

Maraîchage

Le parasitisme
Les engrais verts en
maraîchage biologique
ovin et caprin
Agronomie
Le compost de qualité
au service de la santé
des plantes

Grandes cultures
Bilan qualité :
les semences de
céréales biologiques

Élevage
• Des références nouvelles
pour l’agneau à l’herbe
• Effets des tanins
condensés et des
plantes à tanins
• Pâturage mixte entre
ovins et bovins
• Les champignons
nématophages

Qualité
L’évaluation de la
qualité des produits
par la cristallisation
sensible

Institut Technique de l’Agriculture Biologique


septembre/octobre 2003 O Prix : 10 €
Sommaire
Commission
Sommaire
Revue de l’Institut Technique de Édito ............................................. p3
l’Agriculture Biologique (ITAB)
Directeur de Publication
Matthieu Calame (Président ITAB)
Avis pluriel ........................................p 4
Les fermes expérimentales
Rédacteur en chef
Laurence Fontaine
Actualités ..........................................p 6
Chargée de rédaction Le CNRAB déménage
Claire Minost
Comité de rédaction Agronomie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p 7
Matthieu Calame Le compost de qualité au service de la santé des plantes
François Delmond
Laurence Fontaine Par Jacques Fuchs (FIBL-Suisse)
Jacques Frings
Claire Minost Grandes cultures
Marc Trouilloud Bilan qualité : les semences de céréales biologiques
Comité de lecture répondent bien aux normes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p 10
• Élevage Par François Collin (FNAMS)
Hervé Laplace (CFPPA42)
Jean-Marie Morin (FORMABIO) Témoignage d’une coopérative sur sa production de semences : la COCEBI . . p 12
Jérôme Pavie (Institut de l’Elevage)
Par Annabelle Retailleau (SEDARB-COCEBI) et Didier Ides (COCEBI)
• Fruits et légumes
Cyril Bertrand (GRAB)
Jérôme Laville (Ctifl) Élevage
• Grandes Cultures
Bertrand Chareyron (CA Drôme)
Parasitoses en élevage ovin : des références nouvelles pour l’agneau d’herbe . . p 15
Philippe Viaux (ARVALIS - Par Christian Mage (Institut de l’Elevage)
Institut du Végétal)
• Viticulture Effets des tanins condensés et des plantes à tanins sur
Denis Caboulet (ITV) les strongyloses gastro-intestinales chez le mouton et la chèvre . . . . . . p 17
Marc Chovelon (GRAB) Par Virginie Paolini, Philippe Dorchies et Hervé Hoste (INRA/ENVT)
• Agronomie/Systèmes
Blaise Leclerc (ITAB) Pâturage mixte entre ovins et bovins : intérêt dans la gestion
Alain Mouchart (ACTA) du parasitisme par les strongles gastro-intestinaux . . . . . . . . . . . . . . . p 20
• Qualité
Bruno Taupier-Letage (ITAB)
Par Hervé Hoste (ENVT), Jean-Paul Guitard et Jean-Christophe Pons
(Lycée agricole de St Affrique)
Rédaction/Administration
Promotion/Coordination Les champignons nématophages : une piste prometteuse . . . . . . . . . . . p 23
ITAB - 149, rue de Bercy
75595 PARIS CEDEX 12
Tel: 0140045064 - Fax: 0140045066 Arboriculture-Viticulture
Abonnement
Usage des produits industriels simples en agriculture . . . . . . . . . . . . . p 25
Interconnexion
2 bis, route de Lacourtensourt - BP 78 bis Maraîchage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p 26
31 152 FENOUILLET CEDEX Les engrais verts en maraîchage biologique - 2e partie : le choix des espèces
Publicité Par Catherine Mazollier et Hélène Védie (GRAB)
Claire Minost - ITAB
149, rue de Bercy Qualité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . p 30
75595 PARIS CEDEX 12 L’évaluation de la qualité des produits par la cristallisation sensible
Tel : 01 40 04 50 63 - Fax : 01 40 04 50 66
claire.minost@itab.asso.fr Par Michel Gasperin (Enitac et Commission Qualité ITAB)
Dessins de la revue : Philippe Leclerc
Du côté de l’ITAB .............................. p 32
Réalisation : Flashmen
9 bis, rue des Métiers - 05 000 GAP
Commission paritaire : 74 034 Les textes publiés dans ALTER AGRI sont sous la responsabilité de leurs auteurs.
ALTER AGRI facilite la circulation des informations techniques ce qui implique ni jugement de valeur,
ISSN : 1 240-363 ni promotion au bénéfice des signataires.
Imprimé sur papier 100 % recyclé
Édito
Édito

Maîtrise du parasitisme
chez les ovins en agriculture
biologique
Les 2, 3 et 4 septembre derniers, le salon Tech Ovin se tenait à Bellac en Haute-Vienne.
A l’occasion de ce rendez-vous national des éleveurs de moutons, la signature de la Charte Interprofession-
nelle de relance de la production ovine de la région Limousin a permis de rappeler l’importance de déve-
lopper et conserver cet élevage pour maintenir l’équilibre entre les différentes productions.
L’Agriculture Biologique n’a pas été oubliée et l’ITAB y a participé aux côtés des réseaux régionaux
(Chambre d’Agriculture de la Haute-Vienne, Chambre régionale et GABLIM) et de la FNAB. Cette
rencontre a permis de souligner qu’en Agriculture Biologique, la limitation du nombre de traitements
antiparasitaires conventionnels et l’importance des périodes de pâture des animaux fait de la gestion
du parasitisme un point clé de l’élevage ovin biologique. Comme le rappelait Paul POLIS dans
Alter Agri N°49 (Sept-Oct 2001) un bon parasite n’est pas seulement un parasite mort. Tra-
vailler en Agriculture Biologique demande de changer le regard porté sur l’élevage, de sortir de
ce complexe de forteresse assiégée qui est le fond de la logique conventionnelle.
Nous savons que dans le domaine sanitaire, l’aspect prévention, le respect du bien-être ani-
mal, l’approche globale de son système, sont les éléments fondamentaux : un animal en
bonne santé est un animal en harmonie avec son environnement interne et externe.
La prévention et le contrôle reposent sur la connaissance et le dépistage du parasitisme de
la ferme ainsi que sur un certain nombre de mesures liées à la conduite du troupeau :
- gestion de l’herbe (rotation sur les parcelles pâturées, hauteur de l’herbe, alternance
fauche-pâture),
- protection maximale pour les animaux jeunes qui sont les plus sensibles (favoriser l’ins-
tallation de l’immunité, utilisation des parcelles les plus saines),
- utilisation du compost,
- limitation du chargement et complémentation alimentaire en cas d’insuffisance d’herbe,
- sélection des animaux les plus adaptés au système et aux conditions pédo-climatiques.
En complément de ces aspects préventifs, différentes approches ont été explorées pour
minimiser les problèmes de parasitisme interne sans avoir recours à des produits antipara-
sitaires de synthèse. Même si elles n’aboutiront certainement pas à la découverte de pro-
duits biologiques miracles qui règleront tout, les recherches actuelles apporteront des solu-
tions complémentaires à l’utilisation de la phytothérapie, de l’homéopathie ou de l’argile par
exemple.
Vous trouverez dans ce numéro des articles sur l’utilisation des fourrages à forte teneur en tanins,
sur l’utilisation des champignons nématophages et sur le pâturage mixte bovins-ovins.
La commission élevage de l’ITAB suivra avec attention les conclusions des études en cours et la mise au
point de techniques facilement utilisables par les éleveurs.

Denis FRIC - GABLIM - Vétérinaire Symphytum

n°61 • septembre/octobre 2003 • Alter Agri 3


Avis
Avis pluriel
pluriel
Avis pluriel ■ Stéphane Bellon De l’expérimentation à changements liés à la conversion, de
INRA SAD et CIAB l’expérience : le passage du choisir des assolements et successions
témoin culturales.
Fermes expérimentales et
expérimentations en fermes : L’agriculture biologique nous invite
La conception de plans d’expérience a
ainsi à un renouvellement des formes et
des logiques à (ré)concilier évolué depuis Descartes jusqu’à Pop-
places de l’expérimentation, plus
per. Ce faisant, la notion de témoin s’ef-
Des tensions peuvent exister entre une ouverte sur des réseaux et ancrée dans
frite au profit du passage à travers une
logique de ferme, qu’on voit de maniè- des dispositifs originaux, prenant en
épreuve et d’une trajectoire de sortie
re croissante comme “multifonction- compte l’agriculture et l’innovation
pour en tirer des leçons. On peut alors
nelle”, et une logique expérimentale, dans toutes ses dimensions.
élargir cette notion d’expérience à l’ob-
qu’on souhaite à même de tester des servation, l’enquête... et à la création de ■ Bernard Le Jeune
hypothèses et de contribuer à dispositifs inédits contribuant à l’inno- Directeur d'exploitation de la ferme du lycée
répondre à de nouvelles questions. Or vation. Et ceci ne concerne pas que les agricole de Suscinio
le champ de ces questions s’est élargi chercheurs mais aussi l’ensemble des
et les modèles de recherche agrono- personnels associés à des travaux de
Une exploitation bio dans
mique se sont diversifiés, en relation recherche, avec de nouvelles compé- un lycée agricole
avec les transformations économiques tences à acquérir en particulier lors de L’exploitation du lycée agricole de Susci-
et sociales. la conversion d’un domaine à l’agricul- nio a forgé son identité sur les produc-
ture biologique, en totalité ou en partie. tions végétales et l’agriculture biolo-
Ceci a trois implications que nous évo-
La référence à un témoin “convention- gique depuis maintenant 4 années, mais
quons brièvement, en précisant leur
nel”, fut-il revisité, n’est donc pas initié en1994.
relation à l’agriculture biologique.
incontournable et souvent incompa- La totalité des surfaces (17,25 ha) culti-
Décentraliser des domaines tible avec les questions posées en agri- vées en légumes de plein champ et
expérimentaux ou dialoguer culture biologique où il est délicat de légumes sous abri, céréales et protéagi-
avec des agriculteurs ? mesurer un effet “toutes choses égales neux est actuellement convertie.
par ailleurs”.
Les lieux et les statuts de l’expérimen- Depuis maintenant trois années, un par-
tation sont multiples, et pas seulement Un point de vue à renouveler tenariat avec l’IBB (Interprofession Bio-
confinés aux domaines expérimentaux sur “l’exploitation agricole” logique Bretonne), a permis de mettre en
“labellisés”; les termes de domaine ou et sur l’expérimentation œuvre des expérimentations axées vers
d’unité expérimentale étant ceux rete- les problématiques semences et création
Une vision analytique des phénomènes, variétales, biologie des parasites et des
nus par l’Inra. Ces domaines sont aussi associée à l’expérimentation factorielle
des entités reliées au marché et aux prédateurs sans négliger les aspects tech-
classique, est insuffisante pour com- niques culturales. 6 ha sont consacrés à
politiques agricoles ou environnemen- prendre les processus et les enjeux
tales, et ancrées dans des territoires l’expérimentation concernant l’arti-
impliqués dans l’agriculture biologique. chaut, les choux, la pomme de terre,
régionaux. Ils sont de plus en plus La ferme n’est pas la projection d’un
conçus comme des “plate-formes de l’échalote. Elle pourrait, à terme, concer-
laboratoire dans le réel. Elle doit être ner les protéagineux, notamment la
recherche-développement”, pratiquant considérée comme un objet complexe
l’expérimentation mais en l’articulant féverole, dès la campagne prochaine.
et évolutif, et non plus comme collec-
avec des réseaux de partenaires profes- tion de parcelles ou d’animaux dont on Cette structure insérée dans un milieu
sionnels et de sites d’étude. Ces sites, y estime la production, sans tenir compte très favorable (“environnement bio”,
compris chez des agriculteurs, permet- de l’agriculteur et d’interactions entre exploitations voisines conduites en bio,
tent d’élargir non seulement la gamme composantes de son système d’activi- bois …) permet de mettre en place des
des situations analysées en termes de tés. L’intégration de l’agriculture biolo- actions sur le moyen et long terme, dans
milieux et de pratiques mais aussi les gique dans des réseaux de référence des conditions difficilement réalisables
échelles de travail, par exemple dans les féconde les problématiques de chez les agriculteurs, mais avec un souci
questions d’environnement ou de déve- recherche, conformément à la position permanent de concertation avec tous les
loppement territorial. En revanche, de l’agriculture biologique comme acteurs de la filière légumes. La mise en
tout n’est pas possible dans des fermes, “prototype” d’agriculture durable. Des place d’une exploitation bio au lycée est
compte tenu des moyens d’étude néces- essais-systèmes se développent pour une excellente promotion de l’agricultu-
saires et des risques associés à certains tester, améliorer voire générer des re biologique auprès des jeunes, une
thèmes de travail. Concrètement, plu- règles d’action. Il s’agit par exemple de ouverture vers tous les publics y compris
sieurs domaines de l’Inra sont engagées mettre au point des stratégies de les professionnels ; elle permet une évo-
dans des programmes relatifs à l’agri- conduite, de tester des combinaisons lution des points de vue envers l’agricul-
culture biologique. techniques partielles, d’analyser les ture biologique.

4 Alter Agri • septembre/octobre 2003 • n°61


Avis pluriel
Ces résultats sont très vite valorisés vers par exemple, des thématiques concer- autre participe de manière collective
les agricultures (variétés artichauts, nant l'alimentation hivernale des ou individuelle à l'innovation.
échalotes, oignons…), en fonction des ruminants nécessite de mesurer avec Quand finit la ferme expérimentale
sols et des cultures. Les expérimenta- précision l'ingestion des aliments. et quand commence l'expérimenta-
tions d’appoint se font dans les exploita- tion en ferme ?
Une ferme expérimentale peut s'inscri-
tions. Cela crée une bonne synergie, re dans la durée en mettant en place Pour les producteurs, l'objectif est de
entre la profession et les techniciens. des programmes pluriannuels souvent poursuivre quand cela est nécessaire
Les essais portent essentiellement sur le nécessaires pour apprécier les consé- un effort d'innovation qui permette
comportement de variétés d'une part et quences d'une conduite en agriculture de résoudre les problèmes et d'amélio-
la création variétale d'autre part. biologique. rer la gestion de leur agrosystème. Or,
D’autres programmes peuvent être mis le processus d'innovation comprend
Elle dispose des équipements et de la
en œuvre en fonction de la demande des trois phases. La création, la validation
main d'œuvre qualifiée pour réaliser
participants. et la diffusion. La création c'est l'idée
dans de bonnes conditions des compa-
nouvelle qui peut se produire soit for-
La diffusion des résultats en direction raisons de techniques ou d'itinéraires
tuitement (par hasard), soit délibéré-
des partenaires, des enseignants, des étu- “toutes choses égales par ailleurs”.
ment et généralement au terme d'un
diants, la mise en place de fiches techni- La pertinence des thématiques abor- processus de nombreux essai/erreur.
co-économiques sont des supports dées doit reposer sur un dialogue per- Jusqu'à présent, les exploitations ont
nécessaires au transfert de technologies manent avec les agriculteurs et avec les été un vivier de création des innova-
nouvelles. organismes de la région. tions. Reste que souvent, ces innova-
L’objectif à atteindre s’inscrit dans le La conduite d'une ferme expérimenta- tions sont mal connues, mal appré-
cadre de la loi de juillet 1999, où le déve- le en agriculture biologique impose à ciées et peu diffusées. L'équipe d'Ar-
loppement durable doit répondre aux mon sens de respecter une cohérence valis-Institut du végétal avec lequel
besoins du présent sans compromettre sol - plante - animal au niveau de la collabore l'ITAB a bien perçu cet
les progrès et besoins des générations conduite du système de production ; enjeu. Elle a entrepris de réhabiliter
futures. C’est une des raisons impor- elle conduit également à bien définir le les “monographies” d'exploitation,
tantes de l’implantation de structures niveau d'obligation de résultats sou- comme source de compréhension et
expérimentales dans les exploitations des haité pour les performances tech- d'information fondamentale sur les
lycées. Elles conjuguent l’expérience des niques et la qualité des produits. agro-systèmes bio et leur économie.
professionnels et la volonté de trans- Ainsi les fermes apparaissent comme
mettre cette expérience et cette envie
En complément des un gisement d'innovation à l'état brut
d’innovation aux générations futures.
observations en ferme qu'il convient d'extraire, de polir et
Une ferme expérimentale est un outil de tailler comme un diamant. Les
techniciens qui vont de ferme en
■ Jean-Paul Coutard adapté pour comparer des techniques
Chambre d'Agriculture de Maine et Loire ou des itinéraires. Les réseaux de ferme sont alors à même, en procé-
Responsable de la ferme expérimentale fermes sont des outils irremplaçables dant à des recoupements, de dégager
de Thorigné d'Anjou
pour l'approche systémique des sys- les axes d'innovation qui émergent de
tèmes de production. Il ne faut pas l'activité des agriculteurs. Les fermes
Apporter des réponses expérimentales prennent tous leur
vouloir tout aborder en ferme expéri-
concrètes et fiables sens pour relayer l'effort d'innova-
mentale.
La ferme expérimentale de Thorigné tion, valider et vulgariser ces axes
Communiquer d'innovation, et élaborer ce qu'on
d'Anjou, mise en place sur l'initiative
Une ferme expérimentale constitue appelle alors des “références tech-
d'une Chambre d'Agriculture et gérée
aussi un formidable support de com- niques”. Mais encore faut-il que le
en partenariat par 14 organismes de la
munication pour la diffusion des pra- processus d'innovation, création/vali-
région Pays de la Loire, a pour ambi-
tiques de l'agriculture biologique. dation/diffusion se déroule le mieux
tion d'apporter des réponses concrètes
possible. Si nous voulons faire pro-
et fiables aux questions posées par les
gresser la recherche/développement en
agriculteurs biologiques ou en conver- ■ Matthieu Calame agriculture, c'est à l'articulation de
sion, et aussi par les agriculteurs Président du bureau de l’ITAB
l'innovation en ferme et de la ferme
conventionnels soucieux de dévelop-
L'éditorial de Claire Minost pose la expérimentale qu'il faut contribuer.
per une agriculture durable.
question de la définition des fermes D'où l'importance vitale du réseau de
Un tel outil permet d'effectuer des expérimentales et notamment leur techniciens voyageurs, colporteurs de
mesures précises, non réalisables dans rapport avec les nombreuses fermes l'innovation. Qu'Alter Agri soit leur
une exploitation classique. Aborder, en France qui, à un degré ou à un bréviaire et leur tribune !

n°61 • septembre/octobre 2003 • Alter Agri 5


Actualités
Actualités

Le CNRAB déménage
Le Centre National de Ressource en Agriculture Biologique (CNRAB) est un organisme dépendant du
Ministère de l’agriculture, chargé de collecté et de diffuser les documents liés à l’agriculture biologique.
Créé voici 10 ans, le CNRAB est aujourd’hui riche de plus de 7500 références nationales et
internationales dont près de 1700 ouvrages techniques et économiques, rapports de stage et travaux
expérimentaux, les autres références documentaires étant constituées d’articles de différents périodiques.
Son activité s’organise donc sélection des articles les plus Quelques dates clés
autour des cinq pôles suivants : pertinents identifiés lors des
1993 : création du CNRAB, au sein
1• Le développement d’une base deux derniers mois de veille
de l’établissement public local d’ensei-
de données bibliographiques en documentaire, sur l’ensemble gnement agricole de Brioude-Bonne-
AB, Biobase, consultable à dis- des périodiques suivis. font. Sa mise en place s’est effectuée
tance et sur abonnement via le 4• Le service Questions-Réponses sous l’impulsion du Groupement d’In-
site Internet, www.agribio.com. pour la constitution de dos- térêt Scientifique Bio Auvergne, qui
Il est possible d’effectuer direc- siers documentaires personna- regroupait alors l’EPLEA de Brioude-
tement sa propre recherche par lisés, issus d’une sélection des Bonnefont, l’ENITA de Clermont-Fer-
auteur, thème ou mot-clé. Le références les plus pertinentes rand, l’Association Auvergne Biolo-
site propose également un du fond documentaire à partir gique, la Chambre Régionale d’Agri-
agenda complet des manifesta- de demandes précises. L’an culture, la Direction Régionale de
tions du secteur bio et les coor- l’Agriculture et de la Forêt, l’Institut
dernier plus de 600 demandes
données de toutes les structures National de la Recherche Agrono-
thématiques ont été enregistré.
concernées. mique et l’Université Blaise Pascal de
Ce service permet aussi d’ac-
Clermont-Ferrand.
2• La réalisation d’une revue quérir une copie d’articles Cette mise en place a été accompagnée
bibliographique mensuelle, sélectionnés … dès 1994 par l’ITAB, qui avait égale-
Biopresse, présentant chaque
5• La production de documents, ment démarré un travail de collecte
mois une centaine de références
afin de valoriser davantage ce d’informations au niveau national en
bibliographiques dans tous les
fonds documentaire. collaboration avec GEYSER.
domaines touchant à la bio.
1998 : à la suite du Plan Pluriannuel
Ces références proviennent
Les projets de Développement de l’Agriculture
notamment de la veille docu-
Avec son intégration au sein du Biologique (rapport de M. RIQUOIS),
mentaire réalisée sur près de
Pôle documentaire de l’ENITA de le Centre de Ressources de Brioude est
500 revues françaises et inter-
reconnu comme Centre National de
nationales, en langues anglaise, Clermont-Ferrand, le CNRAB
Ressources en Agriculture Biologique
portugaise, espagnole, italienne prend un nouveau départ, et
par le Ministère de l’Agriculture et par
et allemande. Cette revue offre déménage avec beaucoup de nou-
la Profession Agricole. Ceci se traduit
un tour d’horizon complet de veaux projets dans ses cartons.
par un engagement financier pour une
l’actualité et des parutions dans Ainsi, un dossier bibliographique durée de deux ans de la part de l’Etat et
tous les domaines, techniques, sur les fourrages, réalisé conjointe- de l’ANDA, afin de permettre au
économiques ou réglemen- ment avec le Pôle Agriculture Bio- CNRAB de se doter de moyens de
taires. logique Massif Central et avec la fonctionnement en rapport avec ses
3• La réalisation de revues de pres- participation de l’INRA de Cler- missions et le développement attendu
se thématiques bimestrielles, les mont-Ferrand devrait paraître en de ses activités.
Bio’Revues. Ces revues, décli- novembre. Est également prévue 2003 : Le CNRAB est intégré au Pôle
nées dans quatre thèmes (Eleva- une base de données comprenant documentaire de l’ENITA de Cler-
ge, Grandes Cultures, Filières, les références des acteurs de l’agri- mont-Ferrand et déménage à
Autres cultures), proposent une culture biologique… Lempdes.

Nouvelles coordonnées ENITA de Clermont-Ferrand - Marmilhat - 63370 LEMPDES


Tél. : 04 73 98 13 15 - Fax : 04 73 98 13 98 - cnrab@educagri.fr

6 Alter Agri • septembre/octobre 2003 • n°61


Agronomie
Agronomie

Le compost de qualité au
service de la santé des plantes
Par Jacques Fuchs (FIBL-Suisse)1
Les composts produits selon les règles de l’art ont des propriétés bénéfiques souvent
insoupçonnées pour les plantes et les sols. Contrairement à la majorité des amendements utilisés,
le compost vit. Cette réalité complique certainement son traitement et son utilisation, car, comme
tout être vivant, on doit le traiter avec soin si l’on veux qu’il soit en bonne santé, c’est-à-dire si
l’on veut qu’il soit de bonne qualité et ainsi qu’il influence positivement les plantes et les sols.
De nombreux paramètres influencent sa qualité, et les mesures à prendre pour garantir un
produit de haute valeur ne se limitent pas à la plateforme de compostage elle-même, mais
concernent déjà le concept de collecte des déchets organiques et vont jusqu’à l’utilisation finale
du produit en passant par un stockage approprié2.
Les composts influencent de différentes l’équilibre des plantes et donc aussi sol, positivement ou négativement sui-
manières la santé des plantes. De pour leur résistance aux maladies. vant la qualité du compost. Dans un
manière indirecte, d’abord, en influen- compost produit selon les règles de l’art,
çant leurs conditions de vie. En amélio- Les composts influencent également la
santé des plantes de manière directe. Les une hygiénisation naturelle a lieu pen-
rant, grâce à l’apport de complexes
humiques stables, la structure du sol, microorganismes présents dans les com- dant la première phase de la montée en
les composts de qualité agissent positi- posts influencent la vie microbienne du température ; après quoi une microflore
vement sur la structure du sol, sur son
aération, sur son bilan hydrique, sur la
minéralisation des éléments fertilisants,
etc. Les plantes peuvent ainsi mieux
s’enraciner et sont pourvues plus régu-
lièrement en éléments fertilisants et en
eau. Elles sont ainsi moins stressées et
donc plus résistantes aux maladies.
D’autre part, l’amélioration de la struc-
ture du sol permet une réduction de
l’érosion des sols, qu’elle soit due à
l’eau ou au vent. De plus, l’apport fer-
tilisant des composts ne se réduit en
effet pas aux éléments majeurs N, P, K
et Mg, mais comprend également un
mélange équilibré d’oligoéléments.
Ceux-ci jouent un rôle important pour
1 FiBL - Ackerstrasse - Postfach - CH-5070 Frick
Tel : +41 62 865 72 72 - Fax : +41 62 865 72 73
jacques.fuchs@fibl.ch
2 Il est difficile de donner une définition
précise d’un compost de qualité, car celle- Photo 1 : capacité de deux composts, stérilisés ou non, à protéger des plantes de cresson
ci est elle-même fonction de l’utilisation contre la fonte des semis (agent pathogène : Pythium ultimum)
de ce compost (date d’épandage, objectifs Témoin : semis dans de la terre des champs, sans inoculation de Pythium ultimum : le cres-
de cet apport …) ; on peut seulement par- son a bien levé
ler de produit dont toutes les étapes de Les semis réalisés sur le compost A, microbiologiquement peu actif et sur le compost B
fabrication sont contrôlées (fermentation, (compost de qualité) stérilisé ont mal levés. Seul le semis réalisé sur le compost B non trai-
maturation, stockage …). té a levé de manière équivalente au témoin.

n°61 • septembre/octobre 2003 • Alter Agri 7


Utilisation des de telle sorte qu’actuelle-
g. P. ultimum/litre substrat : 0 0,5 1 2 4 composts dans les ment, ce mode de produc-
100 a terreaux de culture tion peut être employé sans
a a
problème, même si les
Levée des plantes (%)

ab Les substrats tourbeux


80 ab ab pousses restent quelques
b b b usuels sont microbiologi-
b jours sur les étalages des sur-
60 b b b quement inactifs. De ce fait,
faces de vente.
si un agent pathogène rentre
40 en contact avec de tels sub- Utilisation des
c
20
c c strats, il peut s’y développer composts après
rapidement et causer d’im- stérilisation du sol à
0 d d d d portants dégâts. L’apport de la vapeur
Tourbe 2/3 tourbe + 1/3 tourbe + Compost compost de qualité, micro-
1/3 compost 2/3 compost La technique du traitement
biologiquement actif, per-
des sols à la vapeur est relati-
Figure 1 : influence d’apport de compost sur la réceptivité d’un met de tamponner le sub-
terreau tourbeux à la fonte des semis (agent pathogène : Pythium vement répandue dans les
strat microbiologiquement.
ultimum). cultures maraîchères cou-
Plus le support contient de compost, moins le Pythium ultimum peut De ce fait, un agent patho-
vertes afin de lutter contre les
se développer ; ainsi, on observe pratiquement aucune fonte de gène ne peut plus s’y
semis dans la série semée uniquement sur compost quelque soit la mauvaises herbes et les mala-
quantité de Pythium ultimum inoculé.
répandre avec autant de dies telluriques. Cependant,
facilité (figure 1). Ceci signi- ce mode de traitement pré-
fie, pour le praticien, une sente deux inconvénients.
utile se développe pendant la malade, car l’agent pathogè- production de plant moins D’une part, divers composés
phase de maturation, micro- ne peut se multiplier sans risquée sans avoir besoin de phytotoxiques, dus à la
flore contenant une impor- peine dans ce milieu favo- recourir à des pesticides, ce décomposition des matières
tante population de microor- rable pour lui. qui est particulièrement organiques détruites par le
ganismes antagonistes. Cette Les composts ne se différen- important pour les produc- traitement, sont produits
microflore a un potentiel cient pas seulement au teurs biologiques. Les avan- dans un premier temps.
important pour protéger acti- niveau de leur activité micro- tages économiques qu’ils Ainsi, suivant les cultures,
vement les plantes contre les biologique, mais également peuvent en retirer sont évi- deux à trois semaines d’at-
maladies. On dit alors que le par leurs caractéristiques dents, sous réserve de maî- tente sont nécessaires afin
compost est suppressif. chimiques et physiques. Il triser les autres facteurs de d’éviter des problèmes de
n’existe pas un compost qui production. phytotoxicité. D’autre part,
Qualité du soit optimal pour toutes les L’utilisation de tels composts la non spécificité du traite-
compost et activité utilisations possibles. Les n’est, dans la pratique, pas ment laisse un sol microbio-
caractéristiques requises seulement réservée à la pro- logiquement inactif : si un
phytosanitaire duction de plants sains : ils
d’un compost pour la pro- agent pathogène y pénètre en
Tous les composts ne possè- duction de terreau sont par peuvent également être utili- premier, il peut s’y dévelop-
dent pas la même faculté à exemple complètement diffé- sés, par exemple, pour la per rapidement, rendant
protéger les plantes contre rentes de celles requises pour production sur couches fines caduque l’effet recherché.
les maladies. De plus, sui- amender un verger! de pousses de radis, de cres- L’incorporation superficielle
vant le traitement que l’on son ou autre. Ces pousses de compost dans le sol immé-
fait subir à un compost, on Exemples étaient auparavant produites diatement après le traitement
peut détruire cette faculté. pratiques de sur de fines couches de tour- à la vapeur permet de
Cette réalité est illustrée par l’utilisation du be, puis placées pour la résoudre les deux problèmes :
la photo 1. Un compost de vente dans de petites boîtes
haute qualité microbiolo-
potentiel en cartons pourvues d’une
les microorganismes présents
suppressif des dans le compost décompo-
gique a le pouvoir de proté- feuille de cellophane. Ce sent instantanément les sub-
ger les plantes contre des composts milieu microbiologiquement stances toxiques et empê-
maladies (compost B), alors Les exemples présentés ici inactif, avec une humidité chent une recolonisation du
qu’un compost microbiolo- veulent montrer que les relative proche de 100%, sol par des agents patho-
giquement moins actif ne effets positifs des composts était très favorable à la crois- gènes en occupant la place
possède pas cette capacité de qualité ne sont pas sim- sance de moisissures, ce qui (photo 2).
(compost A). En traitant le plement des résultats de représentait un gros problè-
compost B à la chaleur, on laboratoire, mais qu’ils peu- me lors de la commercialisa- Utilisation de
détruit sa microflore active vent avoir des implications tion. En mélangeant 20 à composts en plein
et il perd son pouvoir sup- pratiques importantes et 30% de compost dans cette champ
pressif ; la maladie peut intéressantes pour l’agricul- tourbe, on a pu tamponner Des essais longue durée ont
alors se développer encore teur, le maraîcher, l’arbori- le système avec les microor- été menés sur plusieurs
plus que dans le témoin culteur et le viticulteur. ganismes utiles du compost champs, coupés en deux :

8 Alter Agri • septembre/octobre 2003 • n°61


bale des plantes aux mala- teurs de production. En
g. P. ultimum/litre sol : 0 1 2 4 8 16 dies. Certains composts ont effet, il ne sert à rien par
100 pu, ajoutés dans le sol, exemple d’épandre du com-
a a induire une résistance dans
80
a ab ab ab a post pour améliorer et
ab b les pieds d’orge qui ont alors garantir à long terme la
b b b
Levée (%)

60
été significativement moins structure de son sol, et paral-
bc attaqués par l’oïdium. lèlement le tasser par l’em-
c c
40 ploi de lourdes machines
c
c Des recherches sont lorsque sa portance est
20
encore à mener faible. De même, enfouir du
0 compost dans les profon-
Bien que l’on connaisse déjà
Sol sans compost Sol avec compost Sol avec compost deurs du sol avec un labour
relativement bien les bases
1 semaine après 1 an après profond est contreproduc-
dernier apport dernier apport pour produire un compost
de bonne qualité, de nom- tif, le compost ayant besoin
Figure 2 : influence d’amendements de compost sur la réceptivité d’oxygène pour déployer
d’un sol à la fonte des semis (agent pathogène : Pythium ultimum). breux travaux de recherches
On observe significativement moins de fonte de semis dans la terre sont encore nécessaires pour ses effets positifs. Il faut
provenant de la moitié du champ ayant reçu chaque année un amen-
comprendre et parfaitement donner au compost la pos-
dement de compost (environ 30 m3 de compost par année), quelque
soit la quantité de Pythium ultimum inoculé, par rapport à la terre dominer les paramètres sibilité d’exprimer son
provenant de la moitié du champ n’ayant jamais reçu de compost. influençant les aspects posi- potentiel.
tifs des composts. Ceci sur- Le compostage, réalisé dans
tout pour les effets plus les règles de l’art, est donc
pointus tels la résistance une action positive aussi bien
induite ou l’utilisation des pour ses aspects écono-
extraits de composts comme miques, écologiques que
fongicide foliaire. Ces tra- sociaux. Une diminution des
vaux permettent de faire frais d’élimination des
rapidement de grands pro- déchets organiques grâce à
grès lors de la conduite de la leur valorisation profite à
fermentation et lors de l’uti- chacun. De même, en amé-
lisation de composts.
liorant et assurant la fertilité
Le compost de de nos sols, en limitant l’éro-
sion et en diminuant l’emploi
Photo 2 : influence d’un apport de compost sur le développement de qualité : un
de pesticides grâce à une uti-
toxicité sur des plantules de tomates repiquées dans un sol un jour auxiliaire de choix lisation ciblée de composts
après son traitement à la vapeur.
On observe un faible développement par rapport au témoin des pour le cultivateur de qualité, on assure une
plants de tomate sur le substrat traité à la vapeur (c), alors que les
plants repiqués sur ce même substrat mais auquel on a rajouté 10
Nous pouvons affirmer que pérennité de notre environ-
% de compost se développent normalement (b). les composts peuvent être nement, pour le bonheur de
des produits de valeur, nos descendants. ■
utiles pour le cultivateur.
une moitié sans amende- des échantillons de sol, l’ef- Afin d’utiliser au mieux le Bibliographie
ment, l’autre amendée fet positif des composts sur potentiel des composts, une - Fuchs J.G., Bieri M. 2000. Nou-
chaque année avec du com- la santé des plantes s’avère collaboration étroite entre veaux biotests pour caractériser la
post. Après cinq années, donc durable. Il est égale- qualité des composts. AGRAR-
producteurs et utilisateurs Forschung 7(7): 314-319.
des échantillons de sols ont ment intéressant de souli- de composts est nécessaire. - Fuchs J.G. 2002. Practical use of
été prélevés sur chaque gner que l’effet du compost De plus, un système d’assu- quality compost for plant health
moitié du champ. Des ino- est plus manifeste dans des rance qualité, dans lequel and vitality improvement. Dans:
culations artificielles de ces sols employés de manière Microbiology of composting, H.
tous les partenaires sont Insam, N. Riddech et S. Klammer
sols avec divers agents intensive et ainsi biologi- impliqués, et grâce auquel eds., Springer-Verlag Berlin Hei-
pathogènes ont démontrés quement déséquilibrés. le cultivateur pourrait choi- delberg, pp. 435-444.
que le sol ayant reçu du sir le compost approprié à - Hoitink H.A.V., Stone A.G., Han
compost était nettement Compost et santé de l’utilisation prévue, semble D.Y. 1997. Suppression of plant
moins sensible aux mala- la plante entière indispensable.
diseases by composts. Hortscience
2: 184-187.
dies que celui n’en ayant Les effets positifs des com- D’autre part, il est impor- - Zebarth, W., Dick W.A., Hogue,
jamais reçu (figure 2). posts sur la santé des plantes tant d’intégrer l’utilisation E., Neilsen, D. 1999. Influence of
Le dernier apport de com- organic waste amendments on
ne se limitent pas aux mala- de compost dans le concept
selected soil physical and chemi-
post ayant été réalisé une dies telluriques ; ils peuvent de production et de la coor- cals properties. Can. J. Soil Sci.
année avant le prélèvement influencer la résistance glo- donner avec les autres fac- 79: 501-504.

n°61 • septembre/octobre 2003 • Alter Agri 9


Grandes Cultures
Semences

Bilan qualité : les semences


de céréales biologiques
répondent bien aux normes
Par François Collin (FNAMS) – Article paru dans Bulletin Semences n°172 (Juin-juillet-août 2003)1
La production de semences de céréales dans un itinéraire agrobiologique se met en place.
Un bilan sur la qualité des semences de céréales produites dans un itinéraire agrobiologique
durant quatre années fait apparaître des conclusions encourageantes. On n’observe que de
faibles infections par les fusarioses, mais la carie est bien présente.
Plus d’une dizaine d’établissements - graines d’adventices, les plus réguliè-
producteurs ont participé à l’étude de rement rencontrées étant les folles
la qualité des lots de semences de avoines, les gesses, les vesces…
céréales produites en agriculture biolo- Enfin, selon certains responsables de
gique au cours des campagnes 1999 à chaînes de triage, qui ont une grande
2002. Chaque établissement a adressé habitude de l’état des lots à l’arrivée à
au service technique de la FNAMS un l’usine, les lots produits en agriculture
échantillon de tout ou partie des lots biologique sont dans l’ensemble plus
récoltés en fin de campagne. Les ana-
“chargés” en déchets.
lyses ont été réalisées sur des échan-
tillons d’un kilo. Les analyses phy- Pureté spécifique
siques (taux de déchets, pureté et facul-
té germinative) ont été effectuées par Après triage, tous les lots reçus dans le
Labosem, les analyses sanitaires et la cadre de notre enquête étaient aux
recherche de carie par la SNES, à normes de pureté spécifique. Par contre,
Angers. Cette étude, débutée en 1999, comme l’ont confirmé des responsables
fait partie d’un programme triennal de production, quelques lots sont déclas-
(1999-2002) soutenu par le Ministère sés, soit sur pied à cause de mélange de
de l’Agriculture et associant la semences au semis ou de repousses de

© I TA B
FNAMS, l’ITAB, le GRAB, la SNES et céréales en cours de culture (cas non spé-
différents établissements producteurs. cifique aux productions biologiques), Les graines de folle avoine sont souvent
soit au triage à cause de graines indési- citées comme cause de déclassement de lots
Taux de déchets rables. La graine d’adventice la plus sou-
de semences biologiques

Certains lots étant parvenus triés, nous vent citée est la folle avoine. - un lot de triticale : faculté germinati-
n’avons pas une information exhausti-
ve de 75%, avec 32% de semences
ve sur le taux de déchets. Cependant, Faculté germinative contaminées par les fusarioses.
parmi les lots bruts, certains présen-
Cent lots de céréales ont été analysés au - un lot de blé tendre : faculté germi-
taient jusqu’à 30% de déchets, soit
cours de cette étude : 65 en blé tendre, native de 64%, avec 32% de grains
approximativement le double d’une
culture conventionnelle. 17 en triticale et 18 se répartissant fusariés.
Ces déchets sont de diverses natures : entre avoine, orge, seigle, épeautre et
- petits grains vraisemblablement mal blé dur. Seuls 4 de ces lots n’atteignent 1 Bulletin Semences est la revue profession-
pas la norme de certification, pour nelle des agriculteurs multiplicateurs de
nourris, semences, éditée par la Fédération Natio-
- grains cassés dus à un mauvais régla- cause de graines non germées. nale des Agriculteurs Multiplicateurs de
ge de la moissonneuse-batteuse et non Dans deux cas, on peut attribuer ces Semences (Fnams).
74 rue Jean-Jacques Rousseau - 75001 Paris
spécifiques au mode de production défauts de germination à des problèmes Tél 01 44 82 73 33 - Fax 01 44 82 73 40
biologique, sanitaires. bulletin.semences@wanadoo.fr

10 Alter Agri • septembre/octobre 2003 • n°61


Tableau 1 - Résultats des taux de contamination par la carie (Tilletia caries) (tableau 1). Parallèlement, on observe
Enquête FNAMS/ITAB 1999-2002.
une réduction significative du nombre
Année de récolte Nbre de lots Nbre de lots Nbre moyen de spores moyen de spores par graine.
analysés contaminés par graines et par lot La carie est sans doute le point faible à
1999 18 10 1 - 1 - 1 - 22 - 24 - 41 ne pas sous-estimer. Rappelons que son
56 - 81 - 148 –158 pouvoir de propagation est très puis-
sant, à tel point que plusieurs de nos
2000 24 2 175 - 274
voisins européens imposent à l’heure
2001 13 3 2-2-6
actuelle une norme de “0” spore par
2002 7 0 0 grain (ex : Finlande, Danemark). Alors
que nous constatons 24% des lots pré-
Par contre, aucune explication ne peut pathogènes, car l’effet des fongicides sentant de la carie, et bien que l’échan-
être donnée quant aux mauvais résul- est inégal suivant les parasites. tillon ne soit pas très représentatif, il
tats des deux derniers lots de triticale : Enfin, nous observons des “effets convient de s’interroger sur la nécessité
pas de casse au battage et pas de pro- année”. En 2000, près de 11% des d’introduire de telles normes en France.
blèmes sanitaires importants. semences sont contaminées, tous Fusa- Ces résultats devraient sécuriser les éta-
Pour tous les autres lots, les résultats de fa- rium confondus, contre seulement blissements qui souhaitent poursuivre
culté germinative sont globalement bons : 1,15% en 2001. Nous ne présentons ces productions, en leur rappelant qu’ils
- 93% en moyenne pour le blé tendre, pas ici les résultats des autres champi- ne doivent pas faire l’économie d’un test
- 87% en moyenne pour le blé dur avec gnons parasites, mais les pourcentages de recherche de carie sur chaque lot
6% de graines non germées par lot de contamination sont très faibles. produit. Les lots, même très faiblement
(seulement 4 lots), contaminés par la carie, doivent être
- 87% en moyenne pour le triticale Triticale
retirés du circuit semences et orientés
malgré sa réputation d’être une espèce L’analyse des résultats de contamina- vers le circuit de consommation.2
difficile à battre (92% si on élimine tion fait apparaître un état sanitaire
globalement correct. Les contamina- Ce nouveau bilan confirme les pre-
les trois lots qui ne peuvent pas être
tions de semences, tous Fusarium mières informations données dès l’an
retenus en semence).
confondus, sont de l’ordre de 8% (5% 2000. En général, on observe des infec-
Quant aux lots d’autres espèces, leur
après désinfection). On constate malgré tions assez faibles par les différentes
faculté germinative est au-dessus des
tout une grande disparité entre les lots : fusarioses. Il serait utile de rechercher
normes de certification.
10% d’entre eux ont des contamina- les causes des quelques fortes contami-
Cette étude met en évidence qu’un
tions égales ou supérieures à 20%. nations : variété, précédents, fumure…
pourcentage plus ou moins important
Dans ces situations, nous avons affaire Par ailleurs, nous devons rester vigi-
de graines non germées n’est pas du à
à des contaminations profondes, qui se lants vis-à-vis des champignons comme
des problèmes sanitaires ni de battage.
manifestent de nouveau après désinfec- la carie, les charbons… très préjudi-
Ce point pourrait faire l’objet d’une
tion à l’hypochlorite de soude. ciables à la qualité des lots produits.
étude particulière.
Nous devons également rester attentifs
Qualité sanitaire (hors carie) Autres espèces
Pour les autres espèces, nous retien-
à tout produit qui serait susceptible de
lutter contre ces maladies, notamment
Pour chaque groupe d’espèces, les ana- drons de fortes contaminations par en traitement de semences. ■
lyses sanitaires ont été réalisées avant et l’helmintosporiose et les fusarioses,
après désinfection de la semence. ainsi que la présence du charbon nu Figure 1 - Résultats des analyses sanitaires obtenus
sur les 65 lots aux normes semences récoltés entre
Blé tendre (Ustilago avenae) sur quelques lots 1999 et 2002 - Programme FNAMS/ITAB
d’avoine, sans que cela n’affecte la qua-
L’étude a porté sur 65 lots de blé tendre Avant désinfection
lité germinative des semences, malgré la des semences
issus de récolte dans les différentes
gravité de ce dernier. Les contamina- 7
régions de France. Avant désinfection Après désinfection
tions par Fusarium roseum, particuliè- des semences à
Grains contaminés (%)

des semences, en moyenne seulement 6 l'hypochlorite de soude


rement redouté sur blé dur, sont très
5,94% d’entre elles sont contaminées, 5
faibles sur cette espèce (seulement
tous Fusarium confondus. Après désin- 4
quatre lots analysés). Signalons enfin
fection, ce taux de contamination chute 3
à 4,65%, ce qui est peu et corrobore le que, sauf sur avoine, la recherche de
2
taux de 94% de faculté germinative charbons n’a pas été effectuée.
1
observé en moyenne sur les lots analy-
sés (figure 1). Par ailleurs, on observe
Recherche de carie e
0
os m ale sp os
e m ale sp
(Tilletia caries) ari seu niv rium ari seu niv rium
fus ro fus ro
un bon équilibre entre le taux de conta- ta l
riu
m r i u m
Fu
s a
ta l
riu
m r i u m
Fu
s a
To sa sa To sa sa
mination par Fusarium roseum et La recherche de carie a été effectuée sur Fu Fu Fu Fu

Microdochium nivale (2,78 et 2,78). En 62 lots de blé (blé tendre + blé dur). Les Champignons parasites

culture conventionnelle, on assiste sou- plus fortes contaminations sont obser- 2 Un article sur la carie du blé est prévu
vent à un déséquilibre entre ces deux vées lors des premières années d’enquête dans un numéro prochain d’Alter Agri

n°61 • septembre/octobre 2003 • Alter Agri 11


Grandes Cultures
Semences

Témoignage d’une coopérative


sur sa production de semences :
la COCEBI
Par Annabelle Retailleau (SEDARB-COCEBI) et Didier Ides (COCEBI)
La COCEBI (Coopérative de Céréales Biobourgogne), 1e coopérative de céréales
biologiques en France, a été crée en 1983, par des producteurs de grandes cultures
biologiques bourguignons afin de solutionner leurs problèmes de commercialisation. La
coopérative est installée depuis 1998 sur la commune de Nitry, au sud d’Auxerre. En
1998, la COCEBI a initié une activité de production de semences biologiques, qui s’est
fortement développée depuis. Témoignage sur les difficultés techniques rencontrées lors de
ces 5 années de production.

La COCEBI La production de semences biolo-


giques a débuté en 1998, avec une
en quelques chiffres
trentaine d’hectares de multiplication
• 200 adhérents dont une soixantaine de protéagineux. Cette activité a été
d’apporteurs de grains. créée dans le but de fournir des
• Zone de collecte : quatre départe- semences biologiques aux adhérents
ments bourguignons (Yonne, Nièvre, de la coopérative. Depuis, elle s’est
Côte d’Or, Saône et Loire), auxquels fortement développée et les semences
s’ajoutent l’Aube, la Marne, la Haute- sont également vendues à des distribu-
Marne, le Jura, le Cher, la Seine et teurs français et étrangers.
Marne, l’Allier et l’Ain.
Aujourd’hui, la production de
• Collecte 2002 : 5000 tonnes réparties semences représente 300 ha, soit 11%
sur une trentaine de produits : avoine, du volume total collecté, et couvre la
blé, orge, engrain, épeautre, seigle, triti- quasi totalité des espèces de céréales et
cale, sarrasin, maïs, féverole, pois pro- protéagineux cultivées par les adhé-
téagineux, lupin, lentille verte, lentillon, rents de la COCEBI. Depuis cette
lin, colza, mélange fourrager, tournesol année, la multiplication de semences
de bouche, tournesol oléagineux. fourragères a également été initiée en
• Capacité de stockage : 2110 tonnes vue de l’échéance du 1er janvier 2004
en cellule et 630 tonnes à plat. pour pallier aux défauts du marché sur
• 7 salariés et deux administrateurs- les espèces les plus utilisées en culture
©ITAB

exploitants assurant l’activité commer- intermédiaire, jachère et prairies tem-


ciale et la gestion de la coopérative. poraires (trèfle, luzerne, sainfoin, mou-
tarde, navette, radis).
Tous les produits collectés sont certifiés une démarche de certification ISO
“AB” et commercialisés sous le logo 9001 sur l’ensemble de l’activité de son La COCEBI propose chaque année des
BIOBOURGOGNE, marque collective silo, ainsi que dans une démarche d’as- contrats de multiplication de semences
régionale déposée en 1981 par la surance qualité sur l’ensemble des pro- biologiques à ses adhérents. Les agri-
Confédération des Groupements des ductions à l’amont en adhérant au réfé- culteurs transmettent leurs proposi-
Agrobiologistes de Bourgogne (CGAB) rentiel Agri Confiance® (norme AFNOR : tions de parcelles en tenant compte des
et gérée par “Biobourgogne Associa- NF V 01-005 Système de management de conditions réglementaires (précédent,
tion”. La COCEBI est engagée dans la qualité de la production agricole). isolement, salissement…). Une fois les

12 Alter Agri • septembre/octobre 2003 • n°61


Les chiffres de la production de % et cause de déclassement
semences 2003 à la COCEBI 18%

• 300 ha 16%
• 18 types variétaux :
14%
- céréales : blé hiver et printemps, 6,27%

surface déclassée/ S totale * 100


0,00%
orge hiver et printemps, avoine 12%

hiver et printemps, blanche et noire, 10% 4,61% 4,63%


avoine nue, triticale, épeautre,
8%
seigle, sarrasin
- protéagineux : féverole hiver et 6% 11,75%
10,19% 4,91%
printemps, pois fourrager, pois pro- 4%
9,56%
7,69%
téagineux printemps
2%
- Légumineuses à graines : lentilles 2,50%
0,00%
vertes 0%
- fourragères : vesce printemps 1998 1999 2000 2001 2002
année
• 29 variétés
pureté spécifique et variétale au champ germination pureté spécifique au triage
• 14 agriculteurs multiplicateurs,
52 contrats multiplication
• Surface moyenne parcelle de multi- vol est passé, ce qui demande une sur- La pureté spécifique au triage
plication : 7,4 ha (min 1 ha - max veillance accrue de la parcelle, pas tou- Le règlement GNIS définit des normes
20,9 ha) jours réalisable. De plus, ces traite- de pureté spécifique après triage. La
ments coûtent très chers et ces produits folle avoine est, là encore, responsable
choix déterminés, l’adhérent multipli- sont remis en cause du fait de leur de déclassement sur les lots de pois. En
cateur signe une “Charte de production spectre d’action trop large. D’autres effet, lorsque les grains de pois sont
de semences certifiées” à travers laquel- pistes, telle qu’une production en bruchés, les grains de folle avoine se
le il s’engage à respecter le règlement mélange, sont actuellement à l’essai. piquent dans les trous et ne sont plus
éliminables au triage.
technique de production de semences
GNIS amendé. Zoom sur les causes de Concernant ces problèmes de déclasse-
déclassement ment, la COCEBI souhaiterait entre-
Le chef de silo de la COCEBI assure le
prendre un travail commun avec les
poste de technicien agréé pour le
La pureté spécifique au autres établissements multiplicateurs de
contrôle des multiplications de
champ semences bio.
semences de céréales. Le contrôle des
protéagineux et fourragères est assuré Le règlement GNIS définit des normes
par le GNIS. de pureté spécifiques au champ pour
Blés tendres d'hiver
certaines adventices rédhibitoires. Pour SATURNUS :
Bilan de 5 ans de les autres espèces d’adventices, il barbu - riche en protéines
production appartient au contrôleur d’évaluer le MOLDAU :
L’expérience a montré qu’il est tout à niveau de salissement de la parcelle et BPS - haut et rustique
fait possible de produire des semences de juger de leur facilité d’élimination Orges d'hiver
certifiées en agriculture biologique. Une au triage pour décider d’un éventuel
déclassement.
SILKE : 6 rangs - incassable
grande part de la réussite tient dans la
technicité de l’agriculteur multiplica-
VIRAC : 2 rangs - rustique -
En Bourgogne, la folle avoine est la
haute en paille
teur et le choix d’une parcelle propre. principale raison de déclassement dans
La multiplication des espèces de les pois et l’avoine. La gesse est égale- Triticale
céréales ne pose pas de problème parti- ment responsable de déclassement dans ROTEGO : rustique et productif
culier dans cette région. la lentille.
Les difficultés concernent plutôt les N'oubliez pas de fortifier vos
Légumineuses. Depuis 2 ans, les par- La germination semences contre la carie
celles de multiplication de pois protéa- La seconde cause de déclassement avec le Tillecur.
consiste en des taux de germination Le Tillecur est également
gineux font l’objet d’attaque de
un répulsif corbeaux
bruches contre lesquelles aucune solu- inférieurs à la norme pour les lentilles
sur toutes semences.
tion satisfaisante n’a jusque là été trou- (90%), les féveroles (85%) et les pois
vée. En 2002, un essai de traitement à (80%). Les faibles taux de germina- BIO-SEMEST - 7 rue de l'Escaut
la roténone et au pyrèthre a été réalisé tion s’expliquent par la présence de 51100 Reims
mais sans montrer de réelle efficacité grains cassés, de grains bruchés dans Tél. : +333 26 85 55 33
d’aucun des deux produits. En effet, le le cas du pois et par des mauvaises Fax : +333 26 85 48 25
traitement doit être réalisé dès que le conditions de récolte. www.semest.com • vdb@semest.com

n°61 • septembre/octobre 2003 • Alter Agri 13


Des problèmes
d’actualité
Découvrez notre gamme
Semences de ferme et
Semences certifiées ®
L’utilisation de semences de qualité est
un gage de réussite de la culture.
Aujourd’hui, tout le monde n’a pas le
temps ou n’est pas capable de produire
des semences de ferme de qualité ; c’est
SEMEZ BIO
pourquoi il paraît indispensable à la CAMPAGNE AUTOMNE 2003
COCEBI de proposer à ses adhérents
des semences de qualité répondant à des
critères précis : des semences certifiées.
Environnement et qualité sont des axes
Le manque de ressource
prioritaires de recherche de l’INRA.
génétique
Aujourd’hui, nous sommes confrontés Agri Obtentions, sa filiale,
à un manque de ressource génétique
adaptée à l’agriculture biologique, les
vous propose toute une gamme de semences
variétés françaises ayant été sélection- adaptées à l’agriculture biologique.
nées dans des conditions de culture
inadaptées au mode de production bio-
logique. On peut citer l’exemple de la CEREALES A PAILLE
sélection française du blé tendre qui
Blé tendre d’ hiver : Renan/Arpège/Pactole
s’est attachée à développer uniquement
des variétés BPS répondant aux apports Orge d’ hiver : Angéla
d’azote minéral. Ces variétés ne per-
mettent pas de produire du blé de qua- Avoine d’ hiver : Gérald
lité en bio, ce qui conduit à utiliser des Triticale : Trinidad
variétés de blé améliorant (BAF).
Cependant, le catalogue français est
très pauvre sur ce créneau.
Cette situation a amené la COCEBI à
multiplier des variétés anciennes ou
des variétés d’Europe de l’Est, plus
adaptées.
L’échéance du 1er janvier 2004 PROTEAGINEUX
Dès cet automne, la disponibilité en Féverole d’ hiver : Iréna - Diva
semences bio devrait être assurée pour
Photos INRA J.Weber

les céréales et les protéagineux. Les éta- Pois fourrager : Assas


blissements qui se sont investis dans la
multiplication de semences biologiques
ont fait beaucoup d’efforts pour parve-
nir à ce niveau de production et il serait
insupportable que ces semences biolo-
giques restent invendues pour cause de
laxisme des organismes certificateurs
sur les dérogations autorisant l’utilisa-
tion de semences non traitées.
Par contre, pour les oléagineux, comme BP 36 - Chemin de la Petite Minière
le tournesol, et la majorité des fourra- 78041 Guyancourt Cedex
gères, la situation est plus préoccupan- Tél : 01 30 48 23 00 - Fax : 01 30 48 23 23
te. Sur certaines espèces, une demande www.agri-obtentions.fr
de dérogation collective s’imposera. ■

16
14 Alter Agri • septembre/octobre 2003 • n°61
Élevage
Élevage

Parasitoses en élevage ovin :


des références nouvelles
pour l’agneau d’herbe
Par Christian Mage (Institut de l’Elevage)
Elever des moutons en agriculture biologique nécessite la gestion de nombreux paramètres dont celui de
la santé animale. Les infestations parasitaires constituent le point le plus difficile à maîtriser dans cette
production. Plusieurs parasites peuvent avoir des répercussions zootechniques et pathologiques
importantes et les agneaux à l’herbe sont les animaux les plus concernés par les infestations. En
agriculture biologique, le cahier des charges limite le nombre de traitements antiparasitaires chimiques
et on dispose à ce jour de peu de références sur l’efficacité antiparasitaire de produits élaborés à base
d’éléments naturels. Des travaux sur le sujet ont néanmoins été réalisés, notamment par l’Institut de
l’Elevage ; ils apportent de nouvelles références pour gérer les différentes parasitoses.
Cependant, le nombre d’œufs n’est pas 99% d’efficacité sur Hæmonchus, le
un indicateur du degré d’infestation des strongle de la caillette des moutons.
animaux contrôlés. Une autre étude2 à montré l’absence
d’activité du produit Aniver apporté au
Certains produits sevrage et un mois après sur des
phytothérapiques ont agneaux pâturant exclusivement sur des
une activité prairies “saines” (repousses d’enruban-
©ITAB

antiparasitaire nage puis de foin), en comparaison avec


Les infestations parasitaires sont nom- De nombreuses préparations commer- des produits utilisés en agriculture
breuses chez les moutons. Afin de mettre ciales mentionnent une activité sur tel conventionnelle (Moxidectine ou le tar-
en place des stratégies adaptées, il ou tel parasite des ovins ou des bovins. trate de Pyrantel) (figure 1 et tableau 3).
convient au préalable de savoir quels Certaines d’entre elles ne disposent
parasites sont présents sur l’exploitation. cependant pas de références d’activité Contre les strongles des
Leur présence peut être précisée par un mesurée contre les strongles digestifs agneaux à l’herbe :
diagnostic sérologique, comme pour la ou pulmonaires, ni contre la Grande priorité à la conduite de
Grande Douve. Il est conseillé d’effectuer Douve, ni même contre les coccidies. pâturage
cet examen début juin, début septembre Des essais de quelques produits com-
et à l’entrée en bergerie sur les brebis et mercialisés ont été réalisés dans des éle- Cette parasitose, présente en permanen-
les agneaux élevés à l’herbe. Pour un dia- vages en agriculture biologique1. Les ce chez tous les agneaux de tout éleva-
gnostic au niveau du lot, on peut réaliser résultats obtenus, à partir de méthodes ge, peut être contrôlée en partie avec
l’examen sur le mélange de prises de sang référencées au niveau scientifique inter- l’aide de bonnes conduites au pâturage.
de cinq animaux. La présence d’anti- national, montrent l’absence d’activité Ainsi, la hauteur de l’herbe pâturée est
corps indique une infestation de la Gran- des produits testés (tableaux 1 et 2) sur
de Douve au niveau du foie. les strongles des agneaux à l’herbe ni 1 M. BOUILHOL, C. MAGE, E. ARCHIM-
mêmes contre les coccidies. BAUD. Activité antiparasitaire de pro-
La coproscopie permet de préciser le(s) duits phytothérapiques – contrôle chez
parasite(s) présent(s) dans le troupeau Toutefois, d’autres travaux réalisés vis- des moutons en agriculture biologique.
Ed. Institut de l’élevage. Compte-rendu
par la présence d’œufs de Petite Douve, à-vis des strongles digestifs des agneaux, n°2013206
de Paramphistomes, des larves L1 de à partir de bilans parasitaires, ont mis en 3 C. MAGE. 2002. Programme de préven-

strongles pulmonaires (coproscopie évidence une activité d’un produit de la tion parasitaire chez les agneaux d’herbe
Etude de moutons en agriculture conven-
méthode Baermann), d’ookystes de Société HERBAROME, avec 73,5% tionnelle et biologique - Ed. Institut de
coccidies ... d’efficacité sur l’infestation totale, et l’élevage. Compte-rendu n°2033202

n°61 • septembre/octobre 2003 • Alter Agri 15


Tableau 1 : efficacité antiparasitaire de produits phytothérapiques contre les strongloïdes une parcelle ne devra pas excéder trois
Calcul sur la réduction de l’excrétion (source : Institut de l’Elevage).
à quatre semaines.
Nombre d’œufs par gramme Efficacité (%) Dans le cas d’agneaux pâturant après le
Modalités J0 J 10 J 22 à J 10 sevrage sur les mêmes prairies que pen-
Témoin 377 800 680 - dant la phase d’allaitement, il y a
Aniver 680 730 632 0 aggravation du niveau d’infestation,
Nutraminthal 630 370 359 957 3
avec une augmentation de la mortalité
Soluvap 399 377 428 5,5
HP Spolial 375 269 519 28,3
et des durées d’élevage plus longues
Purgherb 329 283 352 14 pour obtenir une finition correcte.
L’une des possibilités pour contrôler
Tableau 2 : efficacité antiparasitaire de produits phytothérapiques contre les strongles gas-
tro-intestinaux– Calcul sur la réduction de l’excrétion (source : Institut de l’Elevage). l’infestation consiste à effectuer une
intervention allopathique à action
Nbre d’œufs par g. Efficacité (%) rémanente dès le sevrage des agneaux.
(Moyenne arithmétiques) à J 10 En respectant ces pratiques de pâtura-
Modalités J0 J 10 J 22
Témoin 525 1028 1239 -
ge, une grande partie des agneaux peut
Aniver 671 940 1171 0 être commercialisée début septembre.
Nutraminthal 630 448 1528 1248 0
Soluvap 601 712 1084 0 Tænia (Moniezia
HP Spolial 360 433 802 0 expansa) et coccidies :
Purgherb 291 391 769 0 des possibilités nouvelles
Tableau 3 : mortalité de strongliose gastro-intestinale (Haemonchose) chez les agneaux
d’herbe selon plusieurs modalités de traitement (source : Institut de l’Elevage).
Le Taenia, parasite de l’intestin grêle,
présent chez tous les agneaux à l’herbe
Agneaux morts dès les premiers mois de pâturage, peut
(Hæmonchose) être contrôlé par la phytothérapie. Le
Lot témoin sans traitement 10,9% produit Ténifit3 présente une bonne
Lot 1 : Moxidectine et pâturage de prairies contaminées 6,5%
activité contre ce parasite, mesurée par
Lot 2 : Tartrate de pyrantel et pâturage de prairies “saines” 6,5%
Lot 3 : Phytothérapie (Aniver) et pâturage de prairies “saines” 10,9% des bilans parasitaires. Une première
intervention est préconisée 1,5 mois
un facteur qui influe sur l’infestation ge, ni même sur leur état pathologique. après la mise à l’herbe et une seconde
des agneaux : en-dessous de 5 cm, les Les interventions contre les strongles au sevrage, avec un maintien de 12
agneaux ingèrent un plus grand nombre sur cette phase d’élevage n’apportent heures en bergerie ou en dehors de la
de larves infestantes, fixées au pied de pas de supplément de gain de poids. prairie, pour ne pas contaminer la par-
l’herbe. C’est après le sevrage fin juin-début celle par le rejet des œufs dans les
Pendant la phase d’allaitement, le pâtu- juillet que l’avenir de l’agneau à l’herbe crottes. Une autre intervention peut
rage des brebis et des agneaux peut se se décide. Une intervention antiparasi- être réalisée en été en cas de fortes
pratiquer en rotation ainsi qu’en pâtu- taire phytothérapique, associée au infestations.
rage continu. Les populations de larves pâturage sur des prairies peu ou pas Les coccidies de l’agneau sont contrô-
infestantes de strongles gastro-intesti- contaminées comme les repousses d’en- lables avec la phytothérapie. Le produit
naux sont peu nombreuses au prin- rubannage et de foin, permet de main- Eimericox3 a en effet montré une activi-
temps sur les prairies. Le niveau de l’in- tenir pendant 2,5 mois l’infestation de té contre ce parasite. Apporté dès le
festation n’a pas de conséquences sur la strongles gastro-intestinaux à un faible jeune âge, il permet de contrôler le déve-
croissance des agneaux avant le sevra- niveau. La présence des agneaux sur loppement des premiers stades de cocci-
Kg 40 dies dans les cellules épithéliales de l’in-
Moxidectine
testin grêle. Cette maîtrise parasitaire
35 Tartrate
de Pyrantel
entraîne des suppléments de croissance
30 substantiels et des raccourcissements
Phytothérapie
25 (Aniver)
des durées d’élevage des agneaux.

20 Référence Les connaissances acquises sont des


Témoin aides nouvelles pour l’élevage de mou-
15
Figure 1 : évolution
tons en agriculture biologique. Des
10 du poids vif des possibilités de réduire les interventions
agneaux d’herbe allopathiques s’offrent pour un main-
5 Mise selon plusieurs
0
Naissance
en herbe
Sevrage Fin essai Fin essai
modalités de traite- tien dans le cahier des charges. ■
s
ar ar
s in in et oût oût ment contre les
m m ju ju ill a a strongles (source :
7 21 2 26 ju 9 24
26 Institut de l’Elevage). 3 Société PHYTOSYNTHESE

16 Alter Agri • septembre/octobre 2003 • n°61


Élevage
Élevage

Effets des tanins condensés


et des plantes à tanins
sur les strongyloses gastro-intestinales
chez le mouton et la chèvre
Par Virginie Paolini, Philippe Dorchies et Hervé Hoste (INRA/ENVT1)

Les strongyloses gastro-intestinales sont une des pathologies majeures chez les petits ruminants
élevés à l’herbe. Elles peuvent entraîner des pertes de production importantes. Le moyen usuel de
lutte contre ces parasitoses en élevage conventionnel est l’utilisation des anthelminthiques.
Cependant, plusieurs problèmes se posent quant à leur utilisation. Premièrement, les résistances
aux anthelminthiques au sein des populations de vers sont de plus en plus fréquentes,
particulièrement chez les caprins. Deuxièmement, en lactation, seules certaines molécules sont
autorisées. De plus, les consommateurs se montrent de plus en plus réticents à l’emploi de
molécules chimiques en élevage. Il y a donc un réel besoin de trouver des méthodes alternatives ou
complémentaires aux anthelminthiques afin de maîtriser ce parasitisme digestif : ce thème de
recherche intéresse à la fois éleveurs biologiques et conventionnels.
L’utilisation de champignons némato- Les plantes riches en tanins se répartis-
phages, une gestion raisonnée du pâtu- sent au sein de différentes familles bota-
rage ou encore un apport de protéines niques telles que les plantes ligneuses
au sein de l’alimentation sont des (comme le noisetier, le chêne ou le châ-
méthodes pouvant aider à mieux gérer taignier) ou les plantes fourragères et
les infestations parasitaires. Une autre notamment les Légumineuses (comme
solution alternative envisageable est le sulla, le lotier pédonculé, le lotier cor-
l’emploi des tanins condensés. En effet, niculé, le sainfoin). On peut aussi trou-
©ITAB

différentes études menées chez les ovins ver des tanins dans leurs fruits (comme
et les caprins montrent que l’apport de les glands ou les marrons d’Inde).
tanins condensés pourrait constituer un
moyen de lutte efficace contre les Effet des tanins
strongles gastro-intestinaux. condensés sur le
© M. Luginbuhl/NC State University

parasitisme gastro-
Les tanins intestinal chez le mouton
Les tanins sont des métabolites secon- Les premières études concernant l’utili-
daires des plantes, leur conférant une sation des tanins comme moyen de lutte
protection contre les prédateurs (herbi- contre les strongyloses gastro-intesti-
vores et insectes phytophages). Ils se nales chez les ovins ont été mises en
divisent en deux catégories : les tanins Le comportement alimentaire de la chèvre
œuvre en Nouvelle–Zélande. Elles ont est différent de celui du mouton et en fait
hydrolysables (groupe principalement été réalisées sur différents lots d’agneaux un animal privilégié pour l’utilisation des
responsable des effets toxiques pouvant infestés naturellement par des Trichos- plantes à tanins.
apparaître lors de la consommation de trongles (nématodes de la caillette et de
certaines plantes) et les tanins conden- l’intestin grêle), ayant accès soit à des 1
Unité Mixte Associée 1225 INRA/ENVT
sés (ne traversant pas la barrière intes- pâturages semés avec des plantes riches “Physiopathologie des Maladies infec-
tieuses et Parasitaires des Ruminants”.
tinale et donc beaucoup moins toxiques en tanins condensés comme le sulla 23, chemin des Capelles
que les tanins hydrolysables). (Hedysarum coronarium) ou les lotiers 31076 Toulouse Cedex.

n°61 • septembre/octobre 2003 • Alter Agri 17


poids de matière sèche de la ration trongylus colubriformis [nématode de
journalière, les ovins commencent à l’intestin grêle], Teladorsagia circum-
présenter des signes d’intolérance aux cincta ou Hæmonchus contortus
tanins. Il importe de souligner que les [nématode de la caillette]) puis traités
différentes plantes utilisées au cours des ou non avec des tanins condensés de
expérimentations proches des condi- quebracho. Le fait marquant de ces

©H. Hoste/INRA
tions d’élevage sont loin d’avoir de études était que le niveau d’excrétion
telles teneur en tanins condensés. fécale des œufs de parasites pour cha-
Les tanins condensés semblent donc cune des trois espèces était moins élevé
Un nématode gastro-intestinal au contact être un moyen prometteur pour lutter chez les chèvres ayant ingéré du que-
de la muqueuse digestive efficacement contre les strongyloses bracho, ceci provenant du fait que les
gastro-intestinales chez les ovins. femelles parasites issues de ces caprins
(Lotus pedunculatus et Lotus cornicula- étaient moins fécondes. D’un point de
tus), soit à des prairies semées de plantes Effet des tanins vue général, ces résultats concordent
ne contenant pas de tanins comme la condensés sur le avec ceux obtenus chez les ovins.
luzerne (Medicago sativa), le plantain parasitisme gastro- Par ailleurs, il a également été démon-
(Plantago lanceolata) ou un mélange de tré en conditions expérimentales qu’un
Ray grass et de trèfle (Lolium perenne /
intestinal chez la chèvre
apport de tanins condensés concomi-
Trifolium repens). Les animaux ingérant Les données acquises chez les ovins ne tant avec l’ingestion de larves de para-
les plantes riches en tanins condensés sont pas transposables telles quelles aux sites infestantes gêne aussi leur installa-
étaient moins parasités que ceux ayant caprins en raison de différences de méta- tion et diminue le nombre de vers pré-
consommé les plantes sans tanins. L’ex- bolisation, de physiologie digestive mais sents au sein de la muqueuse digestive.
crétion fécale des œufs de parasites était aussi de comportement alimentaire entre Le quebracho, malgré son efficacité
plus importante dans les lots ne consom- les deux espèces de petits ruminants. Le prouvé sur le parasitisme gastro-intesti-
mant pas les tanins. A l’autopsie, les mouton est considéré comme un animal nal des petits ruminants, n’est pas une
agneaux avaient aussi plus de parasites brouteur, alors que la chèvre serait plu- solution applicable en élevage, ses
gastro-intestinaux dans la caillette et tôt un animal cueilleur. Elle semble donc conditions d’emploi étant trop contrai-
l’intestin grêle par rapport à ceux ayant particulièrement bien adapté à l’utilisa- gnantes. Il a été utilisé en laboratoire
pâturés des plantes riches en tanins tion de plantes riches en tanins conden- dans le seul but de démontrer l’efficaci-
condensés. Concernant les critères zoo- sés et notamment les espèces végétales té d’un apport en tanins condensés chez
techniques (la croissance des agneaux ou ligneuses. Pourtant, les travaux concer- des petits ruminants parasités.
leur production de laine), ils ont été nant l’utilisation des tanins pour maîtri-
Dans des conditions plus proches de
meilleurs pour les animaux ayant ingéré ser le parasitisme chez les caprins
celles d’élevage, une étude a été menée
le sulla. Les lotiers ou le sulla ont donc demeurent rares.
avec du foin de sainfoin (Onobrychis
été associés à une diminution de l’infes- Des études, en conditions contrôlées,
vicifolia) sur des caprins naturellement
tation parasitaire et à une meilleure ont été menées récemment chez
parasités par des Trichostrongles.
croissance. Ces premiers résultats sur des caprins infestés expérimen-
Afin de pouvoir comparer les
l’utilisation de tanins ont été confirmés talement avec chacune des trois
effets sur le parasitis-
avec du lotier pédonculé sur des mou- espèces de nématodes les plus
tons infestés expérimentalement. courantes en Europe (Trichos-
Des résultats similaires ont été observés
en Ecosse à partir d’études menées en
conditions expérimentales, c’est à dire
sur des moutons infestés artificielle-
ment et dont l’apport journalier de
tanins condensés était contrôlé. La
source de tanins condensés était le que-
bracho, issu de l’écorce d’un châtai-
gnier d’Amérique du sud (poudre
contenant plus de 70% de tanins). Les
faits marquants de ces expérimenta-
tions ont été une diminution d’environ
50% des œufs de parasites dans les
fèces des ovins traités à l’aide du que-
bracho, ainsi qu’une diminution du
nombre de vers dans l’intestin grêle.
Cependant, en testant différentes doses
de tanins, il a été constaté que lorsque
l’apport de quebracho dépasse 12% du

18 Alter Agri • septembre/octobre 2003 • n°61


me, les chèvres ont reçu ce foin de sainfoin durant
vingt et un jours, alors que d’autres ont consommé
du foin de graminées. Les rations des deux lots
d’animaux étaient équilibrées en terme énergétique
et protéique. Les caprins ayant eu accès au foin de
sainfoin (contenant les tanins condensés) avaient
moins d’œufs de parasites dans les fèces que ceux
ingérant du foin de graminées.
L’efficacité des tanins condensés semble donc être
aussi confirmée dans cette autre espèce de rumi-
nants. A noter que des résultats similaires ont été
observés chez des cerfs parasités au niveau du trac-
tus digestif et ayant accès à une végétation riche en
plantes à tanins.

Les tanins condensés :


avantages/inconvénients
Les différentes études réalisées chez les caprins et les
ovins mettent en évidence une efficacité relative des
tanins condensés pour lutter contre le parasitisme
gastro-intestinal. Ils engendrent une réduction des
œufs de parasites dans les fèces, ce qui permettra une
moindre contamination des pâturages et donc évite-
ra une infestation massive des ruminants.
Les tanins condensés chez des ovins parasités ont per-
mis une meilleure croissance, un meilleur gain de
poids et une augmentation de la production de laine.
Les tanins condensés ont donc un effet sur la capa-
cité de l’animal à lutter contre les strongyloses gas-
tro-intestinales, mais aussi sur sa capacité à mainte-
nir un niveau de production malgré la présence du
parasitisme. De plus, ce sont des produits naturels
offrant une large gamme de plantes possibles à
exploiter et correspondant aux critères de l’agricul-
ture biologique.
Cependant, il subsiste quelques interrogations quant à
leur utilisation. Avant une utilisation de ce type de
plantes en élevage pour lutter contre le parasitisme
digestif, différentes questions restent à résoudre telles
que préciser l’effet des tanins sur les animaux produc-
teurs de lait, ou encore déterminer la dose optimale
d’utilisation en élevage. Le choix de la meilleure sour-
ce de tanins est encore mal défini. Il reste à déterminer
l’espèce végétale présentant la plus grande appétence,
en tenant compte de l’espèce de ruminants à laquelle
elle sera destinée, de manière à bénéficier des effets
favorables sans subir certains effets toxiques liés à de
trop fortes concentrations de tanins dans la ration.
Elle devra également être facile à cultiver et à distri-
buer. Différentes études sont menées au sein de notre
laboratoire pour permettre d’avoir des réponses
claires à toutes ces questions qui persistent.
Le fait à retenir de ces différentes études est que les
plantes à tanins et plus largement les tanins conden-
sés représentent une méthode alternative ou complé-
mentaire de lutte contre les strongyloses gastro-
intestinales chez les petits ruminants pour l’avenir.
Les tanins condensés sont des substances d’origine
naturelle, s’inscrivant dans le chemin tracé par
l’agriculture durable. ■

n°61 • septembre/octobre 2003 • Alter Agri 19


Élevage
Élevage
Pâturage mixte
entre ovins et bovins :
intérêt dans la gestion du parasitisme
par les strongles gastro-intestinaux
Par Hervé Hoste (ENVT)1, Jean-Paul Guitard2
et Jean-Christophe Pons2 (Lycée agricole de St Affrique)

En élevage des herbivores domestiques, une des recommandations principales du cahier des
charges de l’agriculture biologique préconise que le pâturage constitue une part majeure des
ressources alimentaires des animaux. Un certain nombre de contraintes sont toutefois associées à
cette mesure, parmi lesquelles figurent au premier chef, sur le plan sanitaire, les risques
d’infestations par des helminthes parasites, dont les cycles biologiques nécessitent un passage par
le milieu extérieur et dont la transmission est liée à l’ingestion d’herbe. Parmi ces helminthoses, les
infestations par des nématodes (vers ronds) du tractus digestif des ruminants, désignés sous le
terme générique de strongles digestifs, constituent une des principales menaces rencontrées, du fait
de leur large distribution géographique, de leur fréquence et de leur importance économique.
Le pâturage mixte entre hôtes différents, notamment entre bovins et ovins, est une des méthodes
permettant d’obtenir une réduction des infestations parasitaires.

En élevage conventionnel, la lutte


contre ces strongyloses gastro-intesti-
nales a essentiellement reposé, pendant
de nombreuses années, sur une utilisa-
tion répétée de traitements anthelmin-
thiques à des moments stratégiques de

©Lycée agricole de St Affrique


l’épidémiologie de ces maladies parasi-
taires. Cependant, ce mode usuel de
maîtrise du parasitisme, recourant en
priorité à la chimiothérapie, est aujour-
d’hui en partie remis en cause, princi-
palement en raison du développement
croissant et de la diffusion de plus en médicamenteuses. En élevage biolo- combiner non seulement des actions sur
plus large de résistances aux anthelmin- gique, l’usage de ces substances se trou- les populations vermineuses (les traite-
thiques dans les populations de vers. Ce ve fortement contingenté par le REPAB ments anthelminthiques usuels) mais
phénomène des résistances souligne les puisque le cahier des charges restreint aussi des actions sur l’animal (renforce-
limites inhérentes à tout mode de le nombre de traitements antiparasi- ment de l’immunité par la qualité de la
contrôle fondé sur un emploi mal rai- taires annuels. nutrition ou par sélection de race ou de
lignée génétiques, résistantes aux infes-
sonné et quasi exclusif de molécules Afin de trouver des solutions aux
tations) et également une action sur la
limites rencontrées par la chimiothéra-
source principale de contamination des
1 UMR 1225 INRA/DGER “Interactions pie, un intérêt renouvelé s’est manifesté
Hôte Agents Pathogènes”. 23 chemin des animaux représentée par le pâturage.
vers une approche plus globale de la
Capelles - 31076 TOULOUSE Cedex.
2 Lycée Agricole de St Affrique, Route de gestion de ce parasitisme, visant un La maîtrise du parasitisme par la gestion
Bournac - 12400 ST AFFRIQUE. contrôle plus intégré, qui cherche à du pâturage a pour objectif général de

20 Alter Agri • septembre/octobre 2003 • n°61


minimiser le contact entre les animaux pulmonaires ou encore les cestodes sites résultent à la fois du “nettoyage”
et les larves infestantes afin d’obtenir des du tube digestif (Moniezia sp), mais il exercé par l’hôte hétérologue et d’une
niveaux d’infestation sans conséquence n’est pas généralisable à tous les décontamination liée à la mise au repos
sur la productivité. En pratique, il s’agit parasites. En particulier, il ne s’ap- partielle de la parcelle en terme d’ex-
de placer les animaux sensibles sur des plique pas aux infestations par les ploitation par l’hôte homologue. Dans
parcelles peu contaminées. Ce but peut trématodes. le second cas, des effets positifs sur un
d’abord être atteint en réduisant les plan agronomique viennent se combi-
• Il importe de préciser d’emblée que
chargements par hectare. Il peut aussi ner aux effets favorables quant au
mouton et chèvre partagent de nom-
être obtenu par diverses procédures risque parasitaire pour expliquer des
breuses espèces de strongles diges-
aboutissant à un assainissement plus ou avantages zootechniques certains.
tifs. En conséquence, la pratique du
moins rapide des parcelles. Cette décon-
pâturage mixte, dans ce cas particu- Pâturage alterné entre bovins
tamination peut résulter d’une mise au
lier, est inopérante sur les popula- et ovins
repos prolongée des prairies, de manière
à attendre la mort naturelle des larves. tions de vers. Au contraire, le pâtu- La plupart des essais menés dans ces
Cependant, sous nos climats tempérés, rage commun constitue un risque conditions ont montré que ce mode de
la durée de vie de ces éléments infestants potentiel de transmission accrue de conduite permet de réduire de manière
oscille de 6 à 12 mois selon les espèces parasites entre les deux espèces de globale les infestations des brebis et des
parasites. Certaines pratiques culturales petits ruminants, en particulier pour agneaux. Plusieurs facteurs modulant
(retournement par labour des prairies, les populations de nématodes résis- l’efficacité de ces mesures ont cepen-
utilisation après fauche) rendent l’envi- tantes aux anthelminthiques. Les dant été identifiés.
ronnement moins favorable à la survie essais ou enquêtes sur le pâturage
mixte entre bovins et caprins sont De manière assez logique, une étude a
des larves infestantes et réduisent ainsi
rares, mais il est probable que l’es- indiqué que plus le temps de pâturage
plus rapidement l’infestivité des par-
celles. Enfin, l’association d’hôtes diffé- sentiel des conclusions obtenues à par les bovins était long, plus était effec-
rents constitue un autre moyen pour partir d’essais conduits entre ovins et tive la décontamination observée vis-à-
assainir les parcelles. bovins, tels qu’ils vont être mainte- vis du parasitisme des ovins, la réci-
nant décrits, peuvent se transposer proque se trouvant d’ailleurs vérifiée. Il
Le principe : aux associations chèvres/bovins. a aussi été mis en évidence des diffé-
la spécificité d’hôte rences d’efficacité selon les genres de
Les modalités nématodes considérés. Alors qu’un effet
L’assainissement des prairies lors de prononcé et rapide a été constaté sur
pâturage entre hôtes différents repose
d’application : pâturage
des espèces comme Haemonchus
sur la notion de spécificité relativement alterné et pâturage
contortus et Trichostrongylus colubri-
étroite des parasites pour un hôte simultané formis, la réduction d’infestation est
donné. Cela signifie que, de manière La possibilité de voir exploiter les plus longue à s’installer pour les genres
globale, les bovins et les ovins n’héber- mêmes parcelles par deux espèces Teladorsagia et Nematodirus. Par
gent pas les mêmes vers du tube diges- d’hôtes différents n’est pas une simple ailleurs, une étude écossaise a aussi sou-
tif. En conséquence, l’ingestion par un considération théorique. Dans un cer- ligné que la décontamination obtenue
bovin d’une larve infestante d’un tain nombre de régions d’Europe, la lors de pâturage alterné avec de jeunes
strongle de mouton aboutit le plus sou- coexistence de petits et de grands rumi- veaux s’avérait moindre que celle liée à
vent à une absence d’installation et nants sur une même exploitation est une la présence de bovins adultes.
donc à la mort de la larve. Les bovins réalité. D’autre part, le développement La plupart de ces études ont été réali-
contribuent ainsi à “nettoyer” les par- de l’agriculture biologique en Europe sées en systèmes conventionnels, mais
celles pour les ovins, et réciproque- du Nord a aussi stimulé un intérêt pour leurs conclusions demeurent valides en
ment. Deux points importants doivent ce type de pratiques. Ainsi, une enquête conduite biologique. Une étude Néo-
cependant être soulignés pour tempérer suédoise récente révèle-t-elle que les sys- Zélandaise menée spécifiquement dans
cette description générale. tèmes de pâturage alterné entre hôtes des exploitations biologiques est venue
• La spécificité d’hôte s’avère en fait différents étaient appliqués dans le but conforter cette assertion, les agneaux
plus ou moins stricte selon l’espèce d’une prévention des strongyloses dans présentant moins de nématodes et une
de strongle considérée. Si certains près d’un tiers des élevages bovins bio- meilleure croissance en cas d’élevage
genres très pathogènes, tel Hæmon- logiques interrogés. alterné avec des bovins.
chus sp, sont très inféodés à un hôte, Le pâturage en commun entre bovins et Ces conséquences favorables sur le
d’autres espèces comme Trichostron- ovins (ou caprins) peut s’appliquer parasitisme ont souvent été corrélées à
gylus axei sont ubiquistes. Par selon deux modalités : soit les deux des résultats zootechniques plus satis-
ailleurs, le principe de spécificité hôtes passent sur les mêmes parcelles faisants en terme de gain de poids ou
d’hôte et les aspects appliqués qui en en alternance, soit ils y pâturent simul- de pousse de la laine, auxquels s’est
découlent, demeure valable pour tanément. Dans le premier cas, les ajoutée parfois une amélioration de
d’autres helminthes, tels les strongles effets observés sur les sources de para- signes cliniques.

n°61 • septembre/octobre 2003 • Alter Agri 21


Pâturage simultané entre approche, que ce soit sous l’angle de la des zones spatiales éloignées.
bovins et ovins parasitologie ou de la zootechnie. Certains auteurs ont suggéré que la pré-
Les effets favorables sur le parasitisme Dans la plupart des études, le ratio sence des bovins pourrait constituer
par les strongles du tractus gastro-intes- entre petits et grand ruminants était de une protection relative des ovins face à
tinal liés au système de pâturage mixte l’ordre de 4 à 5 brebis pour 1 bovin. des prédateurs éventuels.
constatés en système “alterné” ont Des modèles théoriques indiquent que
l’association de deux hôtes est d’au-
Pâturage alterné ou
généralement été confirmés lors de simultané ?
pâturage mixte “simultané”. Que ce tant plus bénéfique pour une espèce
que sa part dans la charge totale est Comme on le voit, la plupart des infor-
soit en régions tempérées ou tropicales,
faible. mations actuelles sur l’intérêt présenté
les comparaisons soulignent des
En termes zootechniques, des gains de par le pâturage mixte entre ovins et
niveaux réduits d’infestations chez les
croissance ou de production de l’ordre bovins mettent plutôt en évidence des
ovins en présence de bovins. Par
de 10 à 30 % ont été signalés chez les aspects bénéfiques que l’approche se
exemple, une étude récente menée pen-
agneaux lors de pâturage mixte. Par décline en système alterné ou simultané.
dant 3 ans dans un élevage biologique
contre, les données répertoriées sur la Une comparaison menée en Norvège
en zone sud Massif Central a comparé
croissance des bovins sont beaucoup sur la valeur de ces deux systèmes sug-
les conséquences du pâturage mixte
plus contrastées. Ces gains de croissan- gère que le mode alterné serait en fait
entre brebis Lacaune et génisses fleur
ce chez les ovins sont sans doute à plus efficace pour contrôler les strongy-
d’Aubrac par rapport à un lot de brebis
attribuer en partie à la réduction des loses que le pâturage simultané. Cepen-
seules. Les chargements étaient iden-
infestations parasitaires par les dant, pour cette dernière modalité,
tiques dans les deux lots. Les principaux
strongles. Toutefois, d’autres explica- d’autres éléments contribuent à amélio-
résultats parasitologiques montrent, de
tions semblent pouvoir aussi être avan- rer les performances zootechniques des
manière répétée au cours des trois
cée. Plusieurs études ont montré que agneaux liées à cette conduite.
années, que l’association des deux hôtes
s’accompagne d’une diminution specta- les différences de comportement ali-
mentaire entre grands et petits rumi- Les risques potentiels ?
culaire des excrétions fécales, (- 30 %
l’année 1, puis -60 % les deux sui- nants se traduisent par des différences Pour compléter cette brève description
vantes) par rapport aux brebis seules, ce de nature de plantes prélevées et des conséquences du pâturage mixte
paramètre servant d’indicateur des conduisent à une meilleure valorisation sur le parasitisme du tube digestif par
niveaux de parasitisme. Comme en de la production fourragère globale et les nématodes, trois questions impor-
pâturage alterné, les effets sont particu- à une amélioration de qualité des four- tantes restent à traiter, en particulier
lièrement significatifs sur Hæmonchus rages offerts. En terme de comporte- pour évoquer les limites possibles à ces
contortus, une des espèces de strongles ments sociaux, l’étude menée dans le pratiques.
les plus pathogènes de par son mode de sud Aveyron a souligné que la présence • Peut-il exister à long terme une
nutrition hématophage engendrant des des deux espèces sur une même parcel- adaptation des strongles des bovins
anémies chez le mouton. le correspond plus à une cohabitation aux ovins ou réciproquement ?
La proportion entre le nombre de qu’à un véritable mélange, dans le sens Si les études décrivent une moindre
bovins et d’ovins est un des princi- où, lors d’une même intensité du parasitisme par les
paux facteurs modulant le journée, chaque strongles lors de pâturage mixte entre
succès de cette espèce tend bovins et ovins, elles ont aussi fré-
à occu- quemment associé cette conduite à
per une plus grande diversité de commu-
nautés parasitaires rencontrées dans
le tractus digestif des ovins ou des
bovins. Ce constat résulte de la
présence chez le mouton
d’un faible nombre de
nématodes usuels
de bovins et réci-
proquement, par
l’existence de
quelques para-
sites de moutons
s’implantant
chez les bovins.
Dans la plupart
des cas, ces phé-
nomènes de cap-
ture se sont révélés

22 Alter Agri • septembre/octobre 2003 • n°61


sans conséquence zootechnique, cli- ou non en présence des bovins, n’a pas est évident que ce type d’approche
nique ou épidémiologique. Toutefois, révélé de plus forte prévalence de fas- comporte aussi de multiples répercus-
une étude écossaise mentionne la ciolose ou de paramphistomose lors sions zootechniques, agronomiques,
transmission de Nematodirus de mou- d’association avec les bovins. phytotechniques. Malheureusement, les
ton vers des veaux, en nombre suffi- • Le pâturage mixte est-il envisageable études ayant privilégié une approche
sant pour engendrer des troubles avec d’autres espèces hôtes que les multidisciplinaire afin d’évaluer les
digestifs chez les jeunes bovins. Cette bovins ? conséquences à ces divers niveaux res-
observation reste un cas isolé et tire A l’exception des deux espèces de tent trop rares. Il y a là un vrai champ
probablement son origine des condi- petits ruminants, dont le cas a été évo- d’investigation, en particulier en agri-
tions particulières de pâturage, le qué précédemment, le principe de spé- culture biologique.
jeune âge des bovins pouvant expli- cificité des parasites se vérifie égale- Même si les effets sur le parasitisme par
quer leur forte réceptivité. Ces résul- ment avec d’autres espèces domes- les strongles digestifs des ovins associés
tats ont cependant le mérite de souli- tiques. Des essais de pâturage mixte au pâturage avec les bovins apparais-
gner les capacités d’adaptation des entre chevaux et ovins (ou bovins) ont sent positifs dans la plupart des études,
nématodes aux conditions nouvelles été conduits afin d’en évaluer l’impact il faut garder en mémoire les limites
d’environnement. sur le plan parasitaire. Les effets potentielles évoquées. Celles-ci ne font
• Le mélange des deux espèces hôtes constatés ont souvent été non négli- que souligner tout l’intérêt d’une
comporte-t-il d’autres risques geables, mais les données concernent approche intégrée combinant des
parasitaires ? les parasites des chevaux. Les informa- actions à des niveaux diversifiés sur les
L’absence de spécificité étroite des tré- tions en ce domaine demandent donc à parasites, l’hôte et le pâturage, ce qui,
matodes a été évoquée en début d’ar- être mieux étayées. Pour l’anecdote, on par essence, rejoint en fait les principes
ticle. Ce point conduit à s’interroger sur peut signaler des essais danois exami- généraux de l’agriculture biologique et
les risques théoriques de transmission nant les interactions entre bovins et se trouve en filigrane dans le cahier des
accrue entre grands et petits ruminants porcins élevés en extérieur. charges. ■
à l’égard des douves, que ce soit Fascio-
la hepatica, la grande douve du foie, ou Conclusions Remerciements
encore les paramphistomes du rumen. Le principe, les avantages et les limites Les auteurs tiennent à exprimer leurs
Peu de données expérimentales existent des systèmes de pâturage mixe entre remerciements à la région Midi-Pyré-
pour étayer ou infirmer cette hypothèse. hôtes différents ont surtout été présen- nées pour le soutien financier apporté à
Une enquête récente, comparant le tés ici en prenant avant tout en consi- la conduite d’études en relation avec le
parasitisme digestif de chèvres, élevées dération les aspects parasitologiques. Il sujet traité dans cet article.

Élevage
Élevage

Les champignons nématophages :


une piste prometteuse
Parmi les alternatives aux produits anthelminthiques, l’utilisation de champignons s’attaquant
aux larves de nématodes parasites est une des options explorées. Des essais ont été réalisés
dans plusieurs pays, avec les champignons de l’espèce Duddingtonia flagrans, sur différentes
espèces domestiques (bovins, ovins et caprins), et ont donné des résultats encourageants.
Les champignons nématophages appar- contracter lorsqu’un nématode en des animaux d’élevage. L’espèce Dud-
tiennent à plusieurs genres. On les ren- touche les mailles. Certaines zones de dingtonia flagrans s’est révélée particu-
contre généralement dans des sols riches ces filets peuvent être collantes, ce qui lièrement efficace lors des premières
en humus où ils se nourrissent de larves contribue aussi à l’immobilisation et la études expérimentales.
de nématodes, qu’ils attrapent générale- capture de la proie. Il s’agit donc bien
ment au moyen de structures rappelant d’agents de lutte biologique, déjà utili- Des spores au menu
des “filets de capture”. Ces filets, qui se sés en protection des cultures, et qui Duddingtonia flagrans n’exerce pas
forment à la surface du champignon, pourraient bien trouver leur place dans d’action sur les vers adultes chez l’ani-
présentent la caractéristique de se la lutte contre les parasites intestinaux mal mais est surtout efficace sur les

n°61 • septembre/octobre 2003 • Alter Agri 23


jeunes larves de nématodes présentes Détermination de la Un produit pour
dans les fèces. C’est ce qui confère
toute l’originalité à ce mode de
dose optimale chez les bientôt ?
contrôle. La meilleure période de chèvres laitières En plus de ces résultats de bon augure,
contrôle se situe donc pendant la Des expériences ont été menées dans cette méthode de lutte biologique pré-
semaine qui suit l’éclosion des œufs ce sens en France, cette fois sur des sente l’intérêt d’être efficace sur plu-
dans les fèces des animaux au pâtura- chèvres. Deux essais2 ont comparé les sieurs espèce parasites gasto-intesti-
ge. En effet, les larves des nématodes efficacités de deux doses différentes naux de différentes espèces animales
parasites quittent rapidement les de champignon, à savoir 250 000 et d’élevage. De plus, les études jusque-là
fèces, et une fois disséminées dans le 500 000 spores/kg PV/j. Le premier réalisées n’ont pas révélé d’effets secon-
pâturage sont à l’abris de tout moyen daires, ni sur les populations de néma-
en chèvrerie sur des chèvres de réfor-
de lutte. Pour que le champignon soit todes non visées, ni sur les animaux
me naturellement infestées par des
lui aussi présent dans les fèces, ses traités, ni de manière plus générale sur
trichostrongles, avec une ingestion
spores sont mélangées à l’alimenta- l’équilibre de l’écosystème prairial,
forcée des traitements ; le deuxième
tion de l’animal. Elles ne sont pas comme la dégradation de fèces.
détruites dans le système digestif et sur des chèvres au tarissement avec
Reste qu’il s’agit d’une première
commencent à germer après l’excré- une distribution à l’auge. Les traite-
étape ! Avant d’envisager une homolo-
tion. Les “filets de capture” se for- ments ont duré deux semaines dans
gation de produit et une autorisation
ment ensuite très rapidement. Poten- les deux cas. Les coproscopies ont été
par le cahier des charges de l’agricultu-
tiellement, cette méthode permet donc réalisées sur des prélèvements indivi- re biologique, de nombreuses autres
de diminuer l’infestation des pâtu- duels de fèces effectués 2 jours avant, expériences et mises au point restent à
rages et donc de nouvelles contamina- 6 jours et 10 jours après le début des faire : choix des souches de champi-
tions. Par contre, elle suppose une dis- traitements. gnons, optimisation des dosages,
tribution quotidienne des spores pen- Les résultats ont montré d’une part une conservation des propriétés némati-
dant 45 à 60 jours. efficacité comparable des deux doses cides lors du process, méthodes perti-
testées en condition d’ingestion forcées nentes de distribution selon les objec-
Des essais prometteurs (essai 1), alors que dans le cas d’une tifs zootechniques… ■
Jusqu’à présent, les essais ont princi- distribution à l’auge (essai 2) la dose de
palement été menés sur bovins et 500000 spores/kg PV semble nécessaire 1 “Des champignons qui piègent les parasites
ovins, avec des résultats très promet- gastro-intestinaux” - Hubertus Herberg
pour atteindre les niveaux d’efficacité (section parasitologie animale, Fibl) – Bio
teurs1. En Suisse, des comparaisons obtenus dans l’essai 1 et réduire la Actualité 2/02 – mars 2002 – p ; 16-17
coprologiques de jeunes bovins dont la variabilité des réponses individuelles. 2 “Efficacité comparées de deux doses de

ration étaient enrichie ou non en D’autre part, l’essai 1 montre un temps


champignons nématophages (Duddingto-
nia flagrans) sur les strongles gastro intes-
spores de Duddingtonia flagrans ont de latence de plus d’une semaine avant tinaux des caprins laitiers” - H. HOSTE,
montré que les animaux traités reje- Y. LEFRILEUX, A. POMMARET, V. PAO-
d’observer une efficacité réelle des
taient nettement moins d’œufs de vers LINI, A. GILLESPIE – Rencontres
champignons sur le développement des Recherches Ruminants, 2002 – Institut de
dans les fèces que leurs homologues
larves L3. l’Elevage-INRA – p. 424
non traités, et ceci après deux à trois
de traitement et pendant la deuxième
moitié de la période de pâturage. Une
autre étude, toujours en Suisse, a mon-
tré que des traitements avec ce cham-
CFPPA de Valence
pignon permettait une bonne protec- Le Valentin - 26500 Bourg-les-Valence
tion des animaux, accompagnée de 04 75 83 23 10
meilleurs résultats zootechniques www.cfppa-valence.com
(prise de poids), en comparaison avec
des animaux témoins non traités.
Concernant les ovins, les premières
Agriculture biologique
• CS “Conduite d’une production en AB” du 13 oct. 2003 au 26 mai
expériences ont également montré une 2004 à Bourg-les-Valence (770 heures)
certaine efficacité des champignons,
• CS “Technicien conseil en AB” du 3 nov. 2003 au 30 avril 2004 à
sans toutefois être suffisante pour une Bourg-les-Valence en partenariat avec la MFR d’Anneyron (840 heures)
protection efficace du troupeau. Ces • UCARE “Agriculture bio” du BP à Bourg-les-Valence
résultats prometteurs doivent être
confirmés et complétés par de nouvelles
expérimentations afin de déterminer Produits fermiers
pour chaque espèce les doses de spore les • CS “Transformation et commercialisation des produits fermiers”
de nov 2003 à mai 2004 à Bourg-les-Valence
plus adaptées ainsi que les variabilités de
réponse à l’intérieur d’un troupeau. • nombreux autres stages (BP, IAA, tourisme…) à Bourg-les-Valence

24 Alter Agri • septembre/octobre 2003 • n°61


Viti-Arbo
Viti-Arbo

Usage des produits


industriels simples en
agriculture
Résumé de la réponse de M. Durand, sous directeur de la qualité et de la protection des végétaux,
au courrier envoyé par l’ITAB concernant l’usage du permanganate de potassium en arboriculture
et viticulture biologique1.
“Vous craignez que l’abrogation de l’ar- par le décret no94-359 du 05/05/1994 conformité avec le régime exclusif de
rêté du 07/09/1949 portant liste des relatif aux produits phytopharmaceu- l’autorisation de mise sur le marché ins-
produits industriels simples non soumis tiques. L’utilisation de ces produits reste tauré par le droit communautaire.
à l’homologation, intervenue par arrêté toutefois valable jusqu’au 09/11/2003, Une raison sanitaire ensuite. Le main-
du 07/04/2003, ne rendent difficile pour conformément à l’article 2 in fine qui tien de ce régime de commercialisation
l’avenir les traitements sus énoncés dans prévoit que la date limite d’utilisation assis sur des normes désuètes (la plu-
la mesure ou il n’existerait pas de traite- intervient six mois après la date limite part ayant entre 20 et 30 ans) n’était
ment alternatif au permanganate de de commercialisation. pas satisfaisant dans la mesure où la
potassium qui soit compatible avec un S’agissant des raisons qui justifient dimension toxicologique et écotoxico-
mode d’agriculture biologique et sou- cette abrogation, elles sont au nombre logique de ces produits n’était pas prise
haitez connaître les raisons de ce retrait. de deux: légale et sanitaire. en considération.
En premier lieu, il convient d’estomper Une raison légale d’abord. Le maintien Aussi, afin de pouvoir continuer à uti-
tout malentendu quant à l’interpréta- d’un régime de commercialisation liser des produits phytopharmaceu-
tion de cet arrêté du 7 avril 2003. dérogatoire à l’autorisation de mise sur tiques à base de permanganate de
En effet, ce texte a pour objet la sup- le marché n’était justifiable que dans la potassium au delà du 09/11/2003, il
pression, pour l’ensemble des produits mesure où il ne concernait que des sub- vous appartient de consulter la base e-
industriels simples du bénéfice de la dis- stances actives non encore réévaluées et phy, accessible sur le site internet du
pense d’homologation. Cette suppres- inscrites (ou exclues) à l’Annexe I de la ministère de l’agriculture, de l’alimen-
sion est d’application immédiate à directive 91/414/CE du Conseil, du tation, de la pêche et des affaires
compter de la publication au JO soit au 15/07/1991, concernant la mise sur le rurales, afin de connaître les spécialités
10/05/2003 avec pour conséquence l’in- marché des produits phytopharmaceu- commerciales déjà homologuées et de
terdiction dorénavant de toute commer- tiques. La notification ultime des der- faire une démarche auprès de l’un des
cialisation de ces produits sauf à obtenir nières substances actives préexistantes détenteurs d’autorisation de mise sur le
une autorisation de mise sur le marché dans le cade de la liste 4 ayant été réa- marché pour qu’il sollicite une exten-
conformément aux exigences précisées lisée, il importait de se mettre en sion d’usage”. ■
1 Voir précédent “du côté de l’ITAB”, ou www.itab.asso.fr.

Vient deparaître
Vient de paraî
La danse des ceps,
chronique de vignes en partage
Christophe Beau, ancien fondateur de autre façon d'envisager le vin, de soi- vins authentiques, à l'agriculture biolo-
l'ITAB et créateur d'Alter Agri (1er n° en gner la vigne par des pratiques de bon gique ou biodynamique et à une autre
avril-mai-juin 1992 !) vient de faire sens et une agriculture biodynamique, poésie de la viticulture.
paraître un livre aux éditions Repas : La les relations producteurs-consomma- Christophe Beau est vigneron sur 4 ha,
danse des ceps, chronique de vignes en teurs, une présence positive du terroir dans l'apellation "Pic Saint Loup", en
partage. au delà des images surannées et des spé- Languedoc-Roussillon.
La danse des ceps ; chronique de vignes en
Il s'agit d'une chronique vivante qui culations foncières banalisées... partage - 137 pages - Editions Repas - 4
décrit, au fil des saisons de la vigne, une Pour tous ceux qui s'intéressent aux allée Séverine - 26000 Valence

n°61 • septembre/octobre 2003 • Alter Agri 25


Maraîchage
Maraîchage

Les engrais verts en


maraîchage biologique
e
2 partie : le choix des espèces
Par Catherine Mazollier et Hélène Védie (GRAB)
L’incidence des engrais verts sur les cultures (maîtrise des adventices, lutte contre les
ravageurs et les maladies …) varie beaucoup en fonction des espèces choisies, certaines
pouvant même avoir un effet négatif. Ce choix est donc primordial pour réussir
l’introduction d’un engrais vert dans une rotation.
Cette deuxième partie présente les principales espèces utilisées en agriculture biologique et
propose quelques critères de choix.
Les critères généraux à prendre en rapide. Il est important d’avoir une Les Légumineuses (Fabacées)
compte pour choisir des espèces sont bonne adéquation entre durée de dis- Elles sont capables de fixer l’azote de
notamment : ponibilité de la parcelle et rapidité de l’air (critère moins intéressant en
• l’alternance des espèces : végétation : certaines espèces peuvent maraîchage que dans d’autres sys-
fournir une végétation suffisante en 6 tèmes de production). Elles ont en
il faut choisir les espèces de familles
à 8 semaines (sorgho fourrager, sarra- général une croissance assez lente et ne
différentes de celles qui sont culti-
sin, Crucifères), alors d’autres exigent permettent donc pas toujours un bon
vées sur l’exploitation et alterner
contrôle des adventices. Leur enraci-
les familles d’engrais verts pour au minimum 4 à 5 mois de culture
nement bien développé et assez pro-
assurer une complémentarité entre pour exprimer leur potentiel (Ray
fond a un effet très positif sur la struc-
les effets des différentes espèces, Grass, Légumineuses …) ; ture du sol, à condition de disposer de
notamment par rapport à la struc- 3 à 6 mois de culture selon les saisons,
ture du sol ;
• les contraintes liées au semis :
ce qui n’est pas souvent le cas en
les contraintes les plus fortes sont le
• l’adaptation aux maraîchage. Certaines espèces sont
coût et la disponibilité en semences
conditions de la parcelle, sensibles au froid (pois fourrager,
biologiques ou à défaut non traitées. trèfle d’Alexandrie …) ; d’autres,
qu’il s’agisse des conditions clima- La facilité de semis est une autre comme la luzerne ou le lotier, suppor-
tiques ou édaphiques. On peut contrainte ; ainsi les mélanges peuvent tent bien la sécheresse. En système
s’orienter vers des espèces résis-
imposer deux passages pour le semis. maraîcher, elles sont presque systéma-
tantes aux températures élevées ou
D’autres espèces peuvent s’avérer dif- tiquement associées à des céréales à
au gel (dans certains cas au contrai-
ficiles à semer (Ex. : les tagetes dont croissance plus rapide et pouvant ser-
re, on recherchera des espèces vir de “tuteur”.
gélives, ce qui permettra leur des- la graine est particulièrement fine).
• Principales espèces : féverole, pois
truction naturelle), vers des espèces
résistantes à la sécheresse ou aux
Principales familles fourrager, vesce, trèfle (différentes
fortes pluies. Il faudra aussi tenir d’engrais verts espèces : blanc, incarnat, d’Alexan-
drie), luzerne, mélilot, minette, gesse,
compte des possibilités d’irrigation conseillées en fenugrec, serradelle…
de la parcelle ; maraîchage biologique
Les Graminées
• la durée de disponibilité de Les espèces utilisables appartiennent à
Elles ont un effet intéressant sur la struc-
la parcelle : différentes familles que l’on essaiera ture du sol grâce à leur abondant cheve-
en maraîchage, les cultures se succè- d’alterner pour bénéficier des actions lu racinaire et un enracinement profond
dent assez rapidement et on choisit complémentaires de ces différentes pour certaines espèces (triticale, seigle…).
souvent des engrais verts à croissance espèces. Elles sont souvent associées aux Légu-

26 Alter Agri • septembre/octobre 2003 • n°61


mineuses, car elles assurent une masse
de végétation plus importante. Leur
croissance est assez lente et impose,
comme pour les Légumineuses, une dis-
ponibilité assez longue de la parcelle, à
l’exception du sorgho fourrager
(45 jours de culture en été). Certaines
espèces comme la fétuque élevée, le dac-
tyle ou le pâturin supportent bien la
sécheresse alors que le RGA et la
fétuque des prés exigent des sols
humides.
• Principales espèces : sorgho fourra-
ger, Ray Grass Italien et Anglais (RGI
et RGA) et céréales (avoine, blé,
orge, seigle, triticale).
Les Crucifères (Brassicacées)
Elles ont un développement rapide et

©GRAB
sont capables de mobiliser rapidement
les réserves minérales du sol. Elles sont Moha de Hongie
particulièrement appréciées en tant que
• Principales espèces : colza, chou four-
CIPAN (cultures intermédiaires pièges
rager, moutarde blanche, navette,
à nitrates) et présentent donc un réel En maraîchage sous abris
radis fourrager.
intérêt du point de vue environnemen-
tal. Leur système racinaire pivotant Le sarrasin (Polygonacées) ■ La durée de végétation plus courte,
permet l’amélioration de la structure Sa croissance est rapide et il a un très de 2 à 3 mois maximum, impose un
du sol. Riches en composés soufrés, bon effet nettoyant vis-à-vis des adven- choix d’espèces à croissance rapide.
leur décomposition a un effet désinfec- tices qui serait dû à l’émission de sub-
tant du sol qui est amélioré par la tech- ■ Les cultures sont plus intensives,
stances toxiques vis-à-vis des autres d’où l’intérêt accru de rechercher
nique de la biodésinfection (Crucifère
espèces. Il supporte bien les terres des espèces permettant de couper le
cultivée en engrais vert puis solarisa-
pauvres (plante idéale après un défri- développement de certains rava-
tion). De plus, il existe des variétés qui
chement). C’est également une plante geurs ou maladies présents dans le
limitent le développement du nématode
de la betterave (Heterodera schachtii). mellifère. Il est sensible au gel et est sol.
En revanche, les Crucifères présentent donc à semer en fin de printemps ou en ■ Les sols sont parfois “sur-fertili-
un certain nombre d’inconvénients : été. Il présente une certaine sensibilité à sés”, ce qui oriente le choix vers un
- elles sont assez sensibles au gel et la verse en été sous abris. Son enracine- engrais vert consommant les excé-
donc à éviter à l’automne s’il existe ment est assez superficiel et semble dents d’engrais (notamment avant
des risques de gelées précoces ; avoir un faible pouvoir restructurant salades) ; c’est le cas des cultures
- elles constituent un mauvais précé- du sol. intermédiaires pièges à nitrates
dent dans les systèmes maraîchers (CIPAN), les Crucifères en particu-
La phacélie
intégrant des cultures de Crucifères lier.
(Hydrophyllacées)
(chou, chou-fleur, brocoli, navet, ■ Le nombre plus important de
radis), car elles risquent de favoriser le C’est une plante mellifère, à croissan-
ce assez rapide et assez résistante au façons culturales et le piétinement
maintien de la Hernie des Crucifères du sol (notamment dans les passe-
et certains ravageurs inféodés à cette froid. Son système racinaire dévelop-
pieds pour l’entretien et la récolte)
famille : piéride, Mouche du chou, pé induit un effet assez intéressant
met en avant l’intérêt d’améliorer la
cécidomyie, altise … ; sur la structure du sol. Elle est consi-
structure du sol avec un engrais vert
- en été, en raison de leur floraison dérée comme plante piège vis-à-vis
intéressant pour cet aspect (Ex. :
rapide (30 jours pour la moutarde), des nématodes Heterodera schachtii sorgho fourrager dans le sud de la
elles ne sont pas très adaptées, à (nématode de la betterave) et Meloi- France).
moins de réaliser une première fauche dogyne incognita. Elle est intéressan-
pour prolonger la culture sans risque te dans une rotation car aucune espè- ■ Par contre, il faut tenir compte de la
de montée à graines ; ce cultivée n’appartient à la famille moindre importance de la concur-
rence vis-à-vis des adventices en cas
- elles sont difficiles à associer en des Hydrophyllacées. En revanche,
de cultures plantées sur paillage.
mélange car leur croissance rapide elle est sensible aux températures éle-
“étouffe” les autres espèces. vées et héberge de nombreux rava-

n°61 • septembre/octobre 2003 • Alter Agri 27


geurs (aleurode, puceron, thrips) ; on Espèces conseillées selon ment et une vigueur inférieure à celle
observe par ailleurs de fréquents pro- les créneaux de culture du sorgho fourrager.
blèmes de repousses sur la culture Le sarrasin concurrence très bien les
et les régions adventices et fournit une biomasse
suivante.
La culture en plein champ équivalente à celle du sorgho fourrager
Les mélanges Voir tableau 1 (essais GRAB 2001 et 2002). Le radis
Ils permettent d’associer les qualités de fourrager présente un intérêt moindre.
différentes espèces et d’obtenir un cou- La culture sous abri
Voir tableau 2
En raison de leur croissance assez lente,
vert végétal et une masse racinaire plus qui assure une faible biomasse et favo-
importants. Parfois cependant, une ou La culture d’engrais vert sous abris est rise les adventices, les mélanges céréales
plusieurs espèces dominent au détri- essentiellement pratiquée en période + Légumineuses semblent présenter peu
ment des autres, ce qui annule l’intérêt estivale, en particulier dans le sud de la d’intérêt en général (vesce/avoine,
du mélange : c’est notamment le cas si France après des cultures courtes lais- blé/trèfle ou blé/mélilot…).
sant les serres disponibles fin juin Il convient d’éviter les espèces à crois-
l’on associe une Crucifère (moutarde,
(Cucurbitacées : melon, courgette, sance trop lente ou sensibles aux condi-
radis fourrager…) avec d’autres espèces
concombre). En général, la période de tions trop chaudes (Sud de la France
à croissance plus lente (Légumineuses culture est de 2 mois (juillet-août). notamment), le développement des
surtout…). Le sorgho fourrager est l’espèce la adventices sera alors important. C’est
• Principaux mélanges : graminées + mieux adaptée sur ce créneau. Le moha le cas de la phacélie et des Ray Grass
Légumineuses (vesce/avoine, orge ou de Hongrie est une autre Graminée Italien et Anglais. ■
blé / vesce, seigle / vesce…), parfois intéressante (essais CENTREX et Une bibliographie est proposée à la fin de
Crucifères + Légumineuses… GRAB), présentant un bon développe- l’article précèdent (Alter Agri n°60, p. 25)

Tableau 1 : principales espèces d’engrais verts conseillées en plein champ - (entre parenthèses, doses indicatives en Kg/ha)
PÉRIODE DE SEMIS
RÉGION PRINTEMPS ÉTÉ AUTOMNE
CENTRE-EST (LYON) seigle (70) + vesce (50) sorgho fourrager (30- 50) seigle (40)
avoine(60) + vesce (50) sarrasin (60) triticale (100)
phacélie (15) vesce d’hiver (80-150)
trèfle incarnat (25-30) blé (150-200)

SUD sorgho fourrager (30- 50) sorgho fourrager (30- 50) seigle (15) + RGI (10)
phacélie (15) moha de Hongrie (30) seigle (15) + vesce(10)
sarrasin (60) seigle JD (40) Crucifères : moutarde ou
triticale (100) sarrasin (60) radis fourrager ou navette
seigle JD (40) Crucifères : moutarde ou radis (15-20)
mélilot (20) fourrager ou navette (12 à 20) phacélie (15)
NORD avoine (200) phacélie (10-15) Légumineuses d’hiver :
RGI (25-35) ou RGA (25) seigle ou avoine (80 à 130) pois fourrager (120-150),
Légumineuses de printemps : moutarde blanche (15) vesce (150-200)…
féverole (200), luzerne (30), navette (10) colza (5-10), phacélie (10)
trèfle blanc (10) ou violet (20), radis fourrager (20) seigle (150), avoine (120)
vesce (150) … sarrasin (40) RGI alternatif (20-35)
moha (20-30) seul ou en mélange avec
trèfle (5-10)
Remarques :
sorgho fourrager : variétés Piper ou Alpilles
Créneau d’automne : résistance au froid : seigle > triticale > orge
seigle JD = seigle Jauffray Drillaud
dans le sud de la France, peu de cultures d’engrais verts de plein champ au printemps et en été.
Tableau 2 : principales espèces conseillées en culture sous abris ; créneau d’été (toutes régions)
Espèce Famille Dose en Kg/ha
sorgho fourrager Piper ou Alpilles Graminées 40 - 50
sarrasin Polygonacées 60
moha de Hongrie Graminées 30
radis fourrager Crucifères (Brassicacées) 20

28 Alter Agri • septembre/octobre 2003 • n°61


Quelques fournisseurs de semences d’engrais verts (liste non exhaustive)
Choisir si possible des semences biologiques, ou à défaut des semences non traitées.

Société Adresse Téléphone/ fax Principales espèces


SEMENCES CONVENTIONNELLES NON TRAITÉES, NON ISSUES D’OGM
BERNARD BP 19 - 01390 St Andrée de Corcy Tel : 04 72 26 10 09 Mélanges : seigle/phacélie et seigle/vesce,
Fax : 04 72 26 43 65 EV d’été (32 espèces) et d’hiver (14 espèces)
DUCRETTET Rue René Cassin - ZI La Châtelaine Tel : 04 50 95 01 23 tagetes
74240 Gaillard Fax : 04 50 95 54 71
FABRE Graines 21 rue des Drapiers - 57083 Metz Cedex 3 Tel : 03 87 74 07 65 Crucifères, Légumineuses, phacélie, RGI, RGA …
Fax : 03 87 76 34 00
GIRERD 113 Route de l’Isle sur la Sorgue - BP 11 Tel : 04 90 33 86 77 mélilot, sarrasin, phacélie, RGI, RGA, trèfle…
84250 Le Thor Fax : 04 90 33 71 12
GSN SEMENCES BP 1 - route de Nogaro - 32460 Le Houga Tel : 05 62 08 99 10 tagetes
Fax : 05 62 08 99 30
JOUFFRAY RN 147 “La cour d’Hénon” Tel : 05 49 54 20 54 seigle, sarrasin, sorgho fourrager Alpilles et
DRILLAUD 4 avenue de la CEE - 86170 Cisse Fax : 05 49 54 20 55 Piper, moha de Hongrie, trèfle, moutarde,
radis fourrager…
PLAN Chemin des Chênes - BP 154 Tel : 04 75 01 90 53 mélilot, RGI, RGA, trèfle violet, luzerne,
26204 Montélimar Cedex Fax : 04 75 01 83 66 lotier, Crucifères, phacélie
SEMENCES BIOLOGIQUES, NON ISSUES D’OGM

BIAU GERME 47360 Montpezat d’Agenais Tel : 05 53 95 95 04 seigle, avoine, sarrasin, phacélie, moutarde,
(amateurs) Fax : 05 53 95 95 04 Légumineuses…
ESSEMBIO Roc de Lyre - 47360 Montpezat d’Agenais Tel : 05 53 67 51 79 seigle, blé rouge, sarrasin, moutarde, féverole,
(professionnels) Fax : 05 53 67 51 79 luzerne, trèfle violet, lotier, phacélie …
FERME Ste MARTHEBP10 - 41120 Cour Cheverny Tel : 02 54 44 20 86 Graminées, Crucifères, Légumineuses,
Fax : 05 54 44 21 70 sarrasin, phacélie
GERMINANCE Les Rétifs - 49150 St Martin d’Arce Tel : 02 41 82 73 23 chou fourrager, mélilot, vesce, phacélie,
(biodynamie) Fax : 02 41 82 86 48 seigle, sarrasin

Graines de culture
biologique et biodynamique

Graines potagères,
condimentaires, florales,
engrais verts,
spécialités pour amateurs.
Selection de variétés
anciennes et classiques
Légumes anciens …

Catalogue VPC particuliers et maraîchers


contre 4 timbres-lettre à
G.I.E. Le Biau Germe
©GRAB

Tél : 05 53 95 95 04
Sarrasin

n°61 • septembre/octobre 2003 • Alter Agri 29


Qualité
Qualité

L’évaluation de la qualité
des produits par la
cristallisation sensible
Par Michel Gasperin (Enitac et Commission Qualité ITAB)
Pour faire suite à l’article de Bruno Taupier-Letage1 portant sur les différentes approches de la
qualité par les méthodes globales d’analyse, la cristallisation sensible est sans doute la méthode la
plus pratiquée. Cette méthode permet d’apprécier globalement certains aspects de la qualité d’un
produit, en fournissant une image obtenue par la mise en présence de matière organique diluée
dans du chlorure de cuivre (CuCl2). La précipitation du cuivre après passage à l’étuve produit
une cristallisation et fournit des images caractéristiques du produit étudié.
En mettant en présence du chlorure de Les protéines semblent Une lecture instantanée et
cuivre (CuCl2) et de la matière orga- jouer un rôle prépondérant dynamique
nique, il ne semble pas y avoir d’échan-
ge réel entre ces deux composants, mais La structure primaire des protéines A partir du produit de départ (matière
davantage une transmission d’informa- semble être le facteur explicatif déter- organique diluée constituant un “jus”
minant expliquant la diversité des de départ) il est possible d’obtenir une
tion qui permet une modification des
images (Barth, 1997), corrélant ainsi image “instantanée” dudit produit.
états ioniques des deux composés. Les
d’autres travaux (Piva, 1994; Anders- Mais cette matière organique diluée
éléments chimiques de base de la matiè-
sen, 1999) et mettant en évidence le fait peut aussi être conservée : les jus mis à
re organique (carbone, oxygène, hydro- vieillir permettent de réaliser des cris-
gène, etc.) sont “adsorbés” à la surface que les protéines ont la capacité unique
d’engendrer des réseaux cristallins tallisations ultérieures, fournissant
des cristaux de chlorure de cuivre en ainsi des indications caractéristiques de
complexes.
formation grâce à l’échange d’électrons son comportement dans le temps.
La quantité et la nature des protéines
périphériques, comme l’ont démontré L’évolution du produit au cours du
seraient donc les facteurs déterminants
les expériences d’electro-photo-spectro- temps permet d’apprécier les modifica-
permettant, par la cristallisation sen-
scopie réalisées par Shibata (1994). tions de structure et de texture, don-
sible, de mettre en évidence des diffé-
Les éléments chimiques ne se trouvent nant ainsi naissance à des “images
rences importantes entre les produits
donc pas inclus dans le CuCl2, prou- caractéristiques” à plus ou moins long
étudiés par le biais de cette méthode.
vant ainsi que le mode de croissance terme. Les modifications microbiolo-
des cristaux n’est pas directement Les clefs de lecture d’une giques ainsi que les modes de dégrada-
influencé par l’introduction de corps tion des protéines expliquent en grande
cristallisation partie la modification des cristallo-
étrangers (il n’y a pas de mélange pro-
prement dit). Chaque cristallogramme développe des grammes obtenus.
Les différences entre les images cristal- caractéristiques générales (la structure)
lines obtenues sont donc en liaison et particulière (la texture). L’exemple du blé
directe avec la nature (et donc la quali- La structure est appréciée par la part Sur la base d’un produit végétal, par
té) des produits mis en présence ; cette relative des trois zones de l’image cris- exemple le blé, il semble possible d’éta-
qualité induit probablement les modifi- talline (zone centrale, intermédiaire et blir des “morphotypes” élaborés en
cations ioniques et les transferts d’élec- périphérique). fonction des itinéraires techniques des
trons intervenant entre le produit ana- La texture quand à elle est caractérisée cultures étudiées : un blé cultivé selon
lysé et le CuCl2. par le réseau de ramification des cris- un mode de production conventionnel
taux (réseaux de dendrites) ainsi que (addition d’engrais chimiques de syn-
1 Alter Agri n°60 (juillet-août 2003) par l’apparition de vacuoles et leur dis- thèse) produira une image cristalline se
p.12-14 position sur la plaque. dégradant systématiquement plus rapi-

30 Alter Agri • septembre/octobre 2003 • n°61


©???

©???

©???
Image 1 : Blé conventionnel Image 2 : Blé biologique Image 3 : Blé biodynamique
15 jours de vieillissement 15 jours de vieillissement 15 jours de vieillissement

dement qu’un autre produit cultivé répertoriant les résultats obtenus par les Bref, tout un champ d’investigations à
avec des itinéraires biologiques ou bio- équipes œuvrant dans ce champ, tra- poursuivre! ■
dynamiques. La zone périphérique vaillant avec différentes étuves et condi-
deviendra vite plus importante, la den- tions de travail. Sur ce plan, la repro- Bibliographie
sité des réseaux cristallins s’appauvris- ductibilité des images doit être un fac- - Andersen J.-O., Lorsen J. : Computerised
sant rapidement. (image 1). teur incontournable (rappelons que image analysis of biocrystallograms origi-
nating from agriculture products. Com-
De la même façon, des formes caractéris- pour une même série de cristallisation, puter and electronics in Agricutlure, n°22,
tiques des pratiques biologiques ou biody- les images obtenues seront “homo- pp 51-59. 1999.
namiques apparaissent très fréquemment logues” mais pas “identiques”, c’est à - Barth J.-G. : Images de cristallisation de
chlorure cuivrique et structure chimique
(formes en “croix de St André” pour dire non superposables, développant de l’additif. Elemente der Naturwissen-
l’agriculture biologique et larges vacuoles ainsi un “air de famille” à l’image de schaft n°66, pp 13-40. 1997.
pour la biodynamie (images 2 et 3) faux jumeaux). - PIVA M.-T. : Cupric chlorid crystalli-
sation with human blood. Elemente der
La cristallisation sensible semble donc Le couplage de cette technique avec Naturwissenschaft, n°61, pp25-39. 1994.
pouvoir apporter de précieuses indica- d’autres, plus “conventionnelles”, doit - Shibata T. : Effect of human blood addi-
tions portant sur le mode de produc- être entrepris : des recherches sont tion on dendritic growth of cupric chlorid
tion. Mais d’autres facteurs sont à crystals in aequeous solutions. Journal of
actuellement menées pour comparer les Crystal Growth, 142, pp 417-155. 1994.
l’étude : citons entre autre l’influence images de cristallisation avec des tech-
de la variété et de “l’effet terroir”. niques spectroscopiques et des analyses Autre références
microbiologiques. - Tesson M.-F. : Cristaux sensibles : une
Des ouvertures pour l’avenir Enfin, la mise au point d’outils d’analy- contribution théorique et pratique à une
Bien des recherches restent à mener ; le se informatique doit être poursuivie afin science du vivant. Ed.du Fraysse. 2000.
- Colloque Cristallisations Sensibles.
premier travail consiste à approfondir le de valider la pertinence des interpréta- Ministère de l’Economie des Finances et
chapitre “matériel et méthodes”, en tions produites par l’œil humain… de l’Industrie. Paris. 1998.

Actualités
Actualités
Le pôle AB Massif Central sur la toile :
www.itab.asso.fr/poleABMassifCentral.htm
Créé en 1998, le Pôle est une associa- (et les productions végétales liées à
tion qui assure l’accompagnement l’élevage). Sa mission principale est la
scientifique du développement de coordination d’essais en systèmes
l’agriculture biologique du Massif polyculture-élevage bio en moyenne
Central, en s’appuyant sur un comité montagne. Dans ce sens, il a semblé
scientifique (GIS BIO). Son fonction- logique que ce nouveau site soit
nement repose essentiellement sur la proche de celui de l’ITAB.
concertation entre les différents Outre des informations sur l’organisa-
acteurs et partenaires du développe- tion du pôle et du GIS qui lui vient en
ment et de la recherche de la filière appui, vous trouverez sur ce site une
agrobiologique. présentation de chaque projet suivi
Le Pôle est l’un des CTS (Centre Tech- par le pôle, ainsi que toute informa-
nique Spécialisé) de l’ITAB, avec une tion pouvant intéresser les éleveurs
spécialité sur les Productions animales biologiques.

n°61 • septembre/octobre 2003 • Alter Agri 31


Du côté de l’ITAB
Rapport Saddier, fondé de telles ou telles orientations
la recherche et l’ITAB techniques de programmes de recherche. Semences et plants :
Cela aurait le mérite de dépolitiser le rectificatif
débat et de le recentrer sur des questions
Dans son rapport de juin 2003, parmi techniques, véritables attentes des agri- Nous vous annoncions, dans le précédent
les 15 mesures phare proposées, Mar- culteurs. “Du côté de l’ITAB”, la décision d’em-
tial Saddier propose de “Redéployer de L’ITAB doit également veiller à ce titre, à bauche d’un CDD sur 6 mois afin de réali-
véritables moyens pour la recherche ce que l’agriculture biologique française ser notamment un programme de travail
sur les grandes problématiques identi- ne soit pas la victime systématique de sur le désherbage des potagères en collabo-
fiées de l’agriculture biologique”. telle ou telle restriction budgétaire des ration avec la FNAMS. Le souhait de
Ce rapport aborde à plusieurs reprises le organismes avec lesquelles il travaille. Il l’ITAB était d’ensuite pouvoir pérenniser
chapitre de la recherche et du rôle de doit jouer un rôle de veille et d’alerte des ce poste à compter de 2004.
l’ITAB. Son état des lieux de la recherche pouvoirs publics sur ce plan. Malheureusement, après avoir sélectionné
en agriculture biologique, l’incite à Si le corollaire souhaité est un dévelop- une candidate, nous avons appris que le
“réaffirmer l’impérieuse nécessité de pement du nombre d’agriculteurs et contrat de branche sur les semences du
coordonner les actions de chacun”. d’exploitations en agriculture biologique Ministère de l’Agriculture était annulé, le
Selon lui, “L’ITAB s’impose comme en France, des programmes durables sur ministère n’ayant plus de crédits pour
l’outil indispensable à cette coordina- des problèmes techniques spécifiques à subventionner les projets qu’il avait rete-
tion, à travers une plate-forme technique l’agriculture biologique doivent être nus. Autrement dit, la source de finance-
réunissant les différents acteurs de la engagés sans plus tarder. ment du poste “semences” sur 2003 a dis-
recherche et les pouvoirs publics”. Enfin, l’ITAB doit s’assurer d’une parfai- paru. Par ailleurs, l’ADAR, principale
Après une présentation de l’organisation te entente et transversalité avec les autres source de financement des instituts tech-
de l’ITAB, de son rôle actuel et des diffi- pays européens, dans le but de complé- niques (dont l’ITAB) n’est toujours pas en
cultés rencontrées, il termine par des ter des programmes de recherche exis- place. Nous avons dû annuler l’embauche
propositions d’orientation. tants, d’éviter certaines redondances ou en espérant la reporter à des jours
“Et pourtant, l’ITAB reste incontour- doublons, et de faciliter la transmission meilleurs… Etant donné les demandes de
nable. Afin d’être en mesure de mener des résultats d’expérimentations menées recherche dans le domaine des semences
des actions scientifiques et techniques en France, dans les autres pays euro- et des plants biologiques, il serait dom-
satisfaisantes, les ponts avec l’agricul- péens ou à travers le monde. mage que l’ITAB n’ait pas les moyens de
ture conventionnelle doivent continuer L’ITAB doit rester l’outil technique de la s’y investir faute de financement.
à être encouragés. filière qui coordonne les actions de tous
En outre, pour pouvoir continuer à les acteurs en matière de recherche agro- Rappel : les journées
jouer un rôle moteur en matière de biologique.” techniques nationales
recherche, d’homologation de pro- de l'ITAB
duits, d’expérimentation, la représen- Fruits et Légumes
Les 9 et 10 décembre 2003 à Perpignan
tativité au sein du conseil d’adminis- Les précédents “Qui fait quoi en fruits • Les journées techniques nationales
tration doit être davantage scientifique et légumes biologiques ?” remontent fruits et légumes biologiques
et technique que politique. maintenant à 3 ans ! Il était donc temps GRAB/ITAB
L’instauration d’un comité scientifique, de refaire un point sur la situation Organisation
composé de chercheurs, de représentants actuelle. Si vous n’avez pas été contacté ITAB - GRAB - FRAB LR - CIVAM BIO 66
du Ministère, de praticiens de terrain ou si vous n’avez pas encore envoyé vos Les 15 et 16 décembre 2003 à Cognac
issus du réseau de techniciens et d’ani- données (nom de l’organisme respon- • Les journées techniques nationales
mateurs territoriaux, permettrait la mise sable, espèces concernées, région, thème viticulture biologique
en place de programmes de recherche et titre de l’action), il est encore temps Organisation
répondant aux différents problèmes ren- de le faire… Jusqu’à présent nous avons ITAB - Agrobio Poitou-Charentes - Viti Bio
contrés par les agriculteurs sur le terrain. pu répertorier dans les réponses reçues Charentes-Poitou - MAB 16 - GAB 17
Le Conseil d’administration ou Comité 69 actions en arboriculture et 142 en Les 3 et 4 février 2004 à Caen
de gestion, serait alors présent pour maraîchage, sans compter les actions • Les journées techniques élevage
entériner et surtout contrôler la bonne nationales du Ctifl. Les synthèses de ces biologique
gestion administrative et financière, et enquêtes paraîtront dans le n°62 d’Alter Organisation
non débattre des heures durant du bien Agri (novembre-décembre). ITAB - GRAB Basse-Normandie

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