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Substrat du cours sur le Dialogue interculturel

0. Introduction
0.1. Précautions définitionnelles
- Dialogue

Le dialogue est un échange entre deux partenaires de communication dans le but


de faire converger le plus possible leurs points de vue respectifs.

- Interculturel

Le mot « interculturel » est un adjectif composé du préfixe « inter » qui signifie


« entre » et de « culturel » qui signifie «relatif à la culture ». Le dialogue
interculturel est donc un échange entre cultures. Mais qu’est-ce que c’est que la
culture ?
 
Prise au niveau d’un individu, la culture est ce que cet individu a retenu et
conservé de toute sa formation formelle et informelle et dont Françoise SAGAN
disait : « c’est ce qui reste après avoir tout perdu ». Ce qui reste à un individu
après avoir tout perdu, c’est soi-même, c’est ce qui, dans son bagage intellectuel
et toutes ses expériences de la vie, se confond avec son être, et qui, désormais
constitue la force qui le guide dans tout son agir.

0.2. Peut-on, dans le contexte mondial de nos jours, parler de dialogue


de cultures ?

1. Conditions de naissance du dialogue interculturel

Le dialogue interculturel est un produit de l’histoire de l’humanité. En effet, la


vie des êtres humains a connu, dans son évolution, des transformations dues aux
efforts qu’ils ont faits, en vue de mieux vivre. Ces transformations ont pour
nom :
- Une mobilité de plus en plus grande, facile et agréable ;
- Des techniques de communications de plus en plus perfectionnées ;
- La victoire sur la peur de l’inconnu.
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1.1. La facilité de plus en plus grande dans la circulation des hommes

Si l’on remonte dans l’histoire des hommes, surtout dans celle du mode de
déplacement d’un point à un autre plus ou moins éloigné, on ne peut s’empêcher
de penser:
- À l’usage des jambes, le moyen naturel primaire de déplacement ;
- À l’utilisation d’une monture animale (le cheval, l’âne, le chameau, le
dromadaire, etc.) ;
- À l’utilisation de véhicules primaires (la pirogue, la barque, le traineau, la
charrette, la bicyclette, etc.)
- À l’automobile, au bateau, au train, à l’avion, à la fusée, engins dont la
vitesse de déplacement et le confort se sont de plus en plus accrus.

1.2. Le progrès prodigieux des techniques de communication

Aux très grandes facilités dont bénéficie l’homme d’aujourd’hui dans ses
déplacements physiques s’ajoute le progrès prodigieux que connaissent les
techniques de communication.

L’homme étant un être foncièrement sociable, la communication avec autrui est


indispensable à sa vie. Au cours de son histoire, cette communication s’est
énormément perfectionnée. Aussi loin que remonte la mémoire, on constate que
le chemin parcouru en ce domaine est prodigieux, tant au plan présentiel qu’à
celui de la communication à distance.

a. Sur le plan de la communication présentielle

La communication présentielle s’est considérablement améliorée. Réduit


autrefois à ne communiquer que verbalement avec des personnes ayant avec lui
la même langue et ceci à travers un échange direct s’opérant de visu ou à une
distance permettant de s’entendre réciproquement, l’homme est passé à la
communication qui ne connaît presque plus d’obstacle.
- Le handicap linguistique n’existe presque plus pour une bonne proportion
du genre humain. Il s’agit de ceux qui savent lire et écrire. Après s’être
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longtemps contentés du service d’interprètes, ils peuvent aujourd’hui s’en


passer grâce à des logiciels d’interprétariat aux performances stupéfiantes.
- Le téléphone, le SMS, le facebook et le skype ont presque annihilé la
distance et le temps qui, autrefois constituaient des facteurs de
ralentissement plus ou moins considérables dans la communication.

b. Sur le plan de la communication à distance

La nécessité de communication entre les hommes les a amenés à des inventions


qui permettent aujourd’hui de ne même plus se souvenir du temps où l’homme,
pour ses communications à distance, en était réduit :
- À recourir à la transmission de main à main de messages codés dont le
perfectionnement progressif a fini par donner naissance à l’écriture ;
- À utiliser des instruments de percussion (le tam-tam ou le tambour
parleur) et des instruments à vent (le cor) transmettant les messages grâce
à un langage codé.
La barrière de la distance était certes ainsi réduite à travers ces modes de
communication. Mais le cercle des partenaires de communication sous ces
formes demeurait forcément restreint aux initiés aux différents langages codés
qui y étaient attachés.

Aujourd’hui :
- Le téléphone permet à deux partenaires de communication de s’entendre
instantanément quelle que soit la distance qui les sépare ;
- La radio en fait autant que le téléphone, sauf qu’il n’y a pas d’échange
entre les partenaires de communication ;
- Avec la télévision, le handicap est le même qu’avec la radio, puisque
l’émetteur du message, bien qu’il soit vu en temps réel par le récepteur, ne
peut échanger avec lui et vice-versa ;
- Au niveau actuel du développement des techniques de communication, les
handicaps ci-dessus signalés ont été presque tous levés. Aujourd’hui,
grâce au facebook et au skype, deux partenaires de communication, quelle
que soit la distance qui les sépare, peuvent se voir en se parlant. Les
échanges d’informations et les transferts d’argent, grâce à l’internet, ne
connaissent presque plus le facteur-temps. Ils se font instantanément. Ni
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la distance, ni le temps, ne constituent aujourd’hui quelque handicap à la


communication des hommes.

1.3. Un monde presque sans préjugés

Les préjugés, on le sait, sont les conséquences de l’ignorance, de la


méconnaissance. Leur existence s’expliquait autrefois par le fait que l’horizon
des connaissances des hommes d’alors était encore très limité.

Ainsi, pour les Européens de cette époque, les habitants de contrées mal connues
tel l’Afrique noire étaient chargés de préjugés allant des plus fantaisistes aux
plus malveillants à dessein. Les Africains, surtout ceux de race noire, étaient,
pour les Européens d’autrefois :
- Des êtres existant avant la création par Dieu du premier homme, Adam (la
thèse des pré-adamistes) ;
- Des êtres qui, s’ils font partie de la descendance d’Adam et Ève, seraient
surtout les descendants de Cham, le mauvais fils de Noé maudit par son
père pour sa conduite indécente et irrévérencieuse envers ce dernier, et qui
seraient ainsi condamnés à être les esclaves des autres ;
- Des êtres qui, à cause de la couleur noire de leur peau, ne pouvaient
qu’être l’incarnation du diable, selon l’imaginaire des Occidentaux, et qui
pour cela étaient chargés de tous les défauts (cannibalisme, vol, paresse,
incontinence sexuelle, puanteur, etc…) ;
- des êtres qui, par leur aspect physique, sont proches du singe, et chez qui
il serait vain de vouloir détecter une quelconque trace de ce qui rend
l’homme différent de l’animal : l’intelligence.

Les Négro-Africains de cette époque, de leur côté, ne manquaient pas de


préjugés à l’égard des hommes de race blanche. La couleur blanche de la peau
rendait les Blancs effrayants aux hommes noirs. On en a trace dans l’appellation
du Blanc chez certains peuples noirs. Ainsi :
- chez les Baoulé, peuple de Côte d’Ivoire, le Blanc s’appelle Bloffouè, ce
qui est une contraction de Blolo-fouè (= l’habitant de l’au-delà, c-à-d. le
revenant) ;
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- d’autres peuples de Côte d’Ivoire (les Bété et les Dida de l’ouest) ont la
même attitude que les Guéré à l’égard de l’homme de race blanche. Pour
eux, l’être humain en général s’appelle Gnonkpa ou Gnipka (= l’homme
noir). Cela veut dire que pour les Bété et les Dida de l’ouest, l’être humain
ne peut être que de couleur noire, les autres de couleur différente - tels les
Blancs - ne font pas partie du genre humain.

Heureusement, le temps a travaillé, beaucoup travaillé. La distance a été vaincue


et le manque ou la rareté des informations ne sont plus aujourd’hui que de
mauvais souvenirs. Grâce à la télévision et à l’internet, les informations sont
accessibles à tout moment. Les films-documentaires télévisés instruisent sur
toutes les parties du monde et leurs habitants.

L’Ecole et l’instruction ont guéri les uns et les autres de leurs préjugés sur
autrui. Aujourd’hui, les Européens savent que :
- Les Noirs ne manquent pas d’intelligence ;
- Ils ont des cultures ;
- Ils ne sont pas des paresseux, des voleurs, des incontinents sexuels, des
personnes forcément puantes, etc…
La peur de l’inconnu, qui était la source de toutes sortes de préjugés, a disparu.
Ainsi, les Blancs, bien que leur appellation dévalorisante demeure toujours chez
certains peuples noirs, n’inspirent plus la peur. Ce sont tout simplement des êtres
humains extérieurement différents des Noirs.

2. Manifestations du dialogue interculturel

2.1. La tentative d’assimilation culturelle

La tentative d’assimilation culturelle est en général l’objectif de toute


colonisation. Estimant sa culture supérieure à celle d’autrui, un peuple peut
entreprendre d’y assimiler celle de l’autre.
C’est cette attitude qui, selon Oswald Spengler dans son ouvrage intitulé Le
déclin de l’Occident (1918), caractérise l’Occidental qu’il appelle l’homme
faustien, un homme qui se croit au-dessus de tous les autres humains, qui estime
sa culture au-dessus de toutes les autres de la terre, qui se croit investi du devoir
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d’amener les autres hommes à vivre comme lui, de dominer l’univers en


s’étendant sans limite. (A commenter et à illustrer par des exemples).

2.2. La libre rencontre et le libre échange

Si, dans l’histoire de l’humanité, les contacts entre les cultures se sont produits
dans le cadre de la recherche de domination de certains peuples sur d’autres (la
colonisation), d’autres sont le fruit de libres rencontres et de libres échanges. Les
échanges économiques relèvent de cette condition de naissance du dialogue
interculturel.

2.2.1. Dans le passé

Autrefois, les échanges économiques se faisaient grâce au déplacement physique


des partenaires commerciaux, surtout de ceux qui avaient des marchandises à
écouler. Souvent, cette entreprise donnait lieu à un rapprochement des
partenaires, la motivation étant ici l’intention de se rendre agréable à l’autre, en
vue de faciliter l’échange. Ce rapprochement passait par la tentative de savoir la
langue du partenaire commercial pour mieux échanger avec lui. Or, la langue est
le véhicule de toute la culture de son locuteur naturel.

2.2.2. Aujourd’hui

Aujourd’hui, le déplacement physique des partenaires commerciaux n’est plus


indispensable. Ce sont, beaucoup plus, les objets d’échange qui circulent,
emportant, avec eux, la marque de leurs producteurs. Ces objets d’échange
constituent ainsi autant de vitrines laissant deviner la culture de leurs pays de
provenance. Mais lorsqu’on considère le panorama du marché mondial, on est
tenté de se demander si les échanges économiques de nos jours donnent lieu à un
dialogue interculturel, et s’il ne conviendrait pas de parler ici d’un processus
d’acculturation, tant certains partenaires commerciaux sont réduits à consommer
la production des autres sans presque jamais leur proposer de marchandises en
retour. On assiste à une circulation pratiquement à sens unique de marchandises
imposant à leurs consommateurs l’image de leurs producteurs. Mais quelle
image ?
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Il s’agit de l’image indifférenciée du producteur de véhicules de transport de


marchandises et de personnes, du producteur d’ordinateurs, de montres, de
téléphones fixes et mobiles, d’appareils téléviseurs, électroménagers, de radios,
de musique, de machines de toutes sortes, de produits d’équipement,
d’entretien, de produits pharmaceutiques, alimentaires, vestimentaires, etc. Tous
ces biens d’équipement et de consommation renvoient, rappelons-le, à une
image très peu différenciée de leurs producteurs respectifs, de leur culture
respective. Certes, à partir de ce que l’on reçoit des différents pays
industrialisés, on se fait une vague idée de la vie de leurs habitants, mais cette
idée est fortement marquée de l’admiration – la même que l’on voue à tout
peuple capable de produire tant de merveilles, surtout que la force de production
de ces merveilles (la science et la technique) est la même partout – qui
accompagne la consommation de ces produits.

Les peuples des pays du Tiers-monde produisent en général des matières


premières et quelques produits alimentaires. Mais l’image que ces objets
d’échange économiques véhiculent de leurs producteurs est
presqu’imperceptible chez leurs partenaires. Il n’est même pas certain que les
études de marché (marketing) auxquelles procèdent ces partenaires pour mieux
écouler leurs marchandises dans l e Tiers-monde leur permettent de se faire une
idée suffisamment précise de la culture des peuples habitant ces espaces.

Au total, il s’impose aux habitants du Tiers-monde une image peu différenciée


des peuples des pays industrialisés de qui ils reçoivent différents biens
d’équipement et de consommation dont le caractère indispensable rend compte
de la puissance d’expression de leur cultures respectives. Quant à ces peuples
des pays industrialisés, ce qu’ils reçoivent de leurs partenaires du Tiers-monde
n’étant pas le produit de l’ingéniosité de ces partenaires économiques, il ne
s’impose à eux aucune idée précise de leur culture qui soit à même de les
influencer. Le dialogue interculturel se réduit ici à un échange où l’un des
partenaires a des choses tellement intéressantes à dire que l’autre l’écoute
presque avec dévotion et gratitude.

2.3. La convergence des modes de vie

En raison du progrès prodigieux des sciences et techniques de la


communication, le monde est devenu transparent. Aujourd’hui, il n’est plus
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nécessaire d’effectuer un déplacement vers l’autre pour le voir et l’entendre en


temps réel. La télévision permet de voir et d’entendre, en temps réel, ce qui se
passe à des milliers de Km de soi. Le téléphone mobile permet de s’entretenir
avec autrui, quelle que soit la distance qui vous sépare et de même vous voir au
cours de l’entretien téléphonique.

Ces facilités de communication ont pour conséquence la transmission


extrêmement rapide des modes de vie. Mais, peut-on parler de convergence de
ces modes de vie?

Hormis quelques films documentaires donnant des informations sur la vie des
peuples du Tiers-monde, la plupart des informations provenant de ces pays
portent sur les conflits armés provoqués par une gestion calamiteuse de leurs
sociétés respectives et sur les misères inqualifiables qu’entraînent ces guerres.
Comment, dans ces conditions, pourrait-on s’intéresser aux modes de vie de ces
peuples qui, pour vivre, souvent attendent l’aumône des pays industrialisés ?
Quels modes de vie attrayants présentent ces peuples qui, souvent sont amenés à
fuir leur espace de vie naturel pour aller à la recherche d’un mieux-être dans les
pays industrialisés ?

Pendant ce temps, les chaînes de télévision des pays industrialisés inondent le


monde de films présentant la vie politique, économique, culturelle, religieuse et
sportive des habitants de ces pays.

Certes, ces télévisions diffusent des informations et des images sur des
catastrophes naturelles et des problèmes sociaux que connaissent aussi les pays
industrialisés ; mais, le plus souvent, ces difficultés trouvent rapidement une
solution. Elles n’ont sur les populations de ces pays, en général, pas les
conséquences désastreuses et humiliantes que subissent en pareilles situations
les habitants du Tiers-monde. La vie des habitants des pays industrialisés
reste toujours à envier par ceux du Tiers-monde. On ne peut donc pas
parler de convergence de modes de vie; il est plutôt question d’une forte
attraction qu’exerce la vie des peuples des pays industrialisés sur ceux du
Tiers-monde.

3. Vers une civilisation universelle ?


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Au regard de la domination (suprématie) exercée par la civilisation occidentale


sur les autres, surtout celles des peuples du Tiers-monde, on est tenté de penser
que l’humanité est en train d’évoluer vers une seule et même civilisation, qui
serait alors la civilisation universelle. Si l’on se réfère à la définition selon
laquelle « La civilisation est l’ensemble des caractéristiques spécifiques à une
société, une région, un peuple, une nation dans tous les domaines : sociaux,
religieux, moraux, politiques, artistiques, scientifiques et techniques… »,
définition dans laquelle elle est assimilable à la culture, il y a lieu de
s’interroger sur ce que seraient les principales caractéristiques d’une telle
civilisation, par exemple, sur la langue de communication.

3.1. Le problème de la langue de communication

Bien que les pays industrialisés, dans leurs relations avec ceux du Tiers-monde,
présentent une image peu différenciée caractérisée par leurs impressionnantes
prestations technologiques, ils ont chacun leur langue nationale qui, comme il a
été déjà mentionné, véhicule leurs cultures respectives. Les pays occidentaux,
notamment, qui ont toujours cherché à s’imposer aux autres, rivalisent d’ardeur
à défendre leur culture, partant leur langue. Cela se manifeste par l’implantation
de centres culturels (allemands, américains, espagnols, français, etc.) et
l’ouverture d’écoles de leur système éducatif dans presque tous les autres pays
avec lesquels ils entretiennent des relations.

Dans le cadre de la recherche de domination de certains pays sur les autres,


l’Angleterre a été la nation la plus active dans l’histoire de l’humanité. Elle a eu
le plus grand nombre de colonies en Afrique, en Amérique, en Asie et en
Océanie. Cela a eu pour conséquence majeure l’adoption de la langue anglaise
comme langue officielle dans la plupart des pays du Tiers-monde et dans trois
grandes nations de la planète Terre : Les Etats-Unis d’Amérique, Le Canada et
l’Australie.

Bien que le chinois soit la langue ayant le plus grand nombre de locuteurs
naturels dans le monde, la langue anglaise est celle qui bénéficie de la plus
grande couverture géographique au monde. Avec cette langue (l’anglais), on
peut faire le tour du monde sans se heurter à aucune difficulté majeure de
communication.
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Il en découle que :
- Les transactions économiques internationales se font en langue anglaise ;
- Les publications scientifiques de grande portée sont faites en anglais ;
- Les échanges dans les rencontres mondiales scientifiques, culturelles et
sportives ont lieu en anglais ;
L’anglais est la langue qui facilite la communication des hommes sur le plan
mondial. La langue anglaise est devenue la langue universelle.

Il est heureux que, pour les échanges internationaux, l’humanité ait trouvé en
cette langue un moyen de facilitation indéniable ; mais, sur le plan national,
chacun des pays industrialisés, à l’exception de ceux dont les habitants sont des
locuteurs naturels de la langue anglaise, chaque peuple a conservé son identité
culturelle, partant linguistique. Ainsi, malgré l’ouverture aux peuples d’autres
cultures, le Chinois reste Chinois en Chine et s’exprime en chinois, le Japonais
n’a jamais cessé d’être Japonais au Japon et de s’y exprimer en japonais. Il en
est de même pour l’Arabe, le Coréen, le Vietnamien et pour d’autres peuples
conscients, fiers et jaloux de leur culture respective.

3.2. Le phénomène de l’hybridité culturelle

Le phénomène de l’hybridité relève d’abord du règne végétal et animal. Un


hybride est un animal ou un végétal issu du croisement de deux espèces
animales ou végétales différentes. La notion d’hybride s’est étendue à la
linguistique, puis à la culture.

La notion d’hybridité culturelle apparaît en relation avec des concepts comme


l’inter-culturalité ou le multiculturalisme, l’hétéroglossie, le carnavalesque
(Michael Bachtin), la nomadologie de Gilles Deleuze et de Pierre Félix Guattari,
l’espace hétéro-typique de Michel Foucault.

L’hybridité culturelle est un phénomène lié à la fois à la colonisation, à


l’évangélisation et à l’islamisation. En se référant à la définition de l’hybride
donnée ci-dessus, l’hybride culturel est supposé n’appartenir à aucune culture en
particulier.

C’est ainsi qu’il (l’hybride culturel) apparaît dans les réflexions sur le discours
colonial et surtout postcolonial de Homi BHABHA (*1949) ou de Stuart HALL
Mc Phail (*1932), lorsqu’ils parlent d’un troisième espace (third space) ou
d’espace se trouvant entre ceux que tiennent les cultures connues auxquelles se
rattacherait ou se réfère la personne hybride tour à tour (space in beetwen).
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Cet espace sans identité souvent se crée de façon artificielle dans les sociétés
anciennement colonisées. Il est le fruit de ce qu’on pourrait appeler le complexe
de colonisé qui se manifeste par le fait que, le colonisé, idéalisant
inconsciemment la culture du colonisateur, a tendance à l’imiter, à s’y assimiler,
surtout à travers l’usage de la langue de cette culture à laquelle il devait être
assimilé. Il y a hybridité culturelle artificielle qui conduira plus tard à une
hybridité culturelle réelle. Il y a suicide culturel par inconscience, une mise à
mort d’une ou de plusieurs cultures à laquelle il conviendrait de résister de
toutes ses forces, tel que certains peuples en ont donné l’exemple dans l’histoire
de l’humanité.

Il convient de souligner le cas de certaines cultures réellement hybrides. Il


s’agit de cultures créées par des êtres humains arrachés à leur espace habituel de
vie et à leurs cultures ancestrales, puis déportés dans des espaces où leur vie
devait servir uniquement à agrémenter celle de leurs bourreaux, leurs maîtres,
dont la culture leur était pourtant interdite. Il s’agit, précisément, des hommes et
des femmes d’Afrique noire achetés chez eux comme esclaves et transportés
dans des conditions bestiales en Amérique pour y travailler dans les plantations
de ceux qui les avaient achetés, leurs maîtres. Les préjugés qui, à cette époque,
régnaient sur la race noire en Europe, le continent d’origine des acteurs et
bénéficiaires de la traite négrière, avaient pour conséquence, un traitement
particulièrement inhumain infligé à ces esclaves noirs dans leur nouvel espace
de vie.

Ces derniers, venus de diverses cultures africaines et parlant des langues


maternelles aussi diverses que leurs cultures d’origine, n’avaient pour seul point
de référence culturelle commune que la culture de leurs maîtres, qui leur était en
fait interdite, puisqu’ils étaient considérés comme en étant indignes. D’une part,
les maîtres devaient communiquer avec eux pour leur donner les ordres et
instructions utiles à la bonne conduite et à la réussite des travaux qui leur étaient
imposés. D’autre part, ils devaient communiquer entre eux ; mais comment ? Il
s’est ainsi élaboré une culture hybride faisant l’amalgame entre la culture
des maîtres (qu’ils observaient tout de même) et leurs différentes cultures
africaines d’origine : la culture créole avec une langue hybride, la langue
créole. C’est là le résultat à la fois d’un dialogue entre les différentes cultures
africaines des esclaves et d’un greffage du résultat de ce dialogue à la culture
des maîtres européens.

On ne saurait ici passer sous silence le phénomène du cosmopolitisme. Le terme,


composé de deux mots : « cosmos » et « polis », est une création des penseurs
du Siècle des Lumières, et désigne la vie d’une personne qui refuse de
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s’enfermer dans une seule culture – ce qui était jugé négatif à cette époque – et
de s’ouvrir à toutes les autres cultures du monde. Cette personne se considérait
comme « un citoyen du monde, un cosmopolite ».

3.3. Vers la civilisation de l’universel ?

La civilisation de l’universel est un concept qui a été distillé par Léopold Sédar
Senghor à partir des réflexions du Père Teilhard de Chardin sur le devenir de
l’humanité dans le cadre de l’évolution du christianisme. Si l’enseignement de
Jésus-Christ a pour objectif la réalisation de l’amour entre les humains par la foi
en Dieu, tel que l’enseignent toutes les autres religions révélées, l’histoire de
l’humanité conduit à cette étape finale où il n’y aura plus de barrières raciales,
sociales , religieuses et culturelles entre les êtres humains. Les hommes, dans
leur diversité culturelle, vivront dans le respect les uns pour les autres avec leurs
particularités dans leur manière d’être-au-monde, prêts à partager leur joie et
leurs peines, à œuvrer à leur promotion, à leur bonheur sur terre et à leur salut.
Ce sera la civilisation de l’universel.

Senghor, qui fut un grand admirateur de Goethe dont il connaissait le concept de


la Weltliteratur, ne se penche pas particulièrement sur cet aspect de sa pensée.
Et pourtant, la notion de Weltliteratur, créée par Goethe en 1827, constituait une
anticipation laïque de ce que le Père Teilhard de Chardin allait projeter quelques
décennies plus tard. En parlant de forum des cultures nationales, Goethe ne
faisait ici qu’exprimer une vision du devenir de l’humanité dont l’étape finale
consistera en une dialectique de l’ethnicité et de l’humanité, tel que l’a si bien
vu Leo Kreutzer.

4. Réflexions finales
4.1. L’authenticité culturelle en danger ?
Au regard de l’évolution des relations culturelles dans le monde, il n’est pas
exagéré de parler d’authenticité culturelle en danger. Mais ce péril est fonction
de la capacité des animateurs des cultures respectives à défendre leur patrimoine
culturel, tel que le font les peuples asiatiques. Ces peuples ont réussi à réaliser
l’évolution dialectique de leurs cultures respectives, comme le postule Goethe à
travers son concept de la Weltliteratur.
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4.2. Le retour au monde avant « La tour de Babel », gain ou perte ?


Si l’évolution du monde conduisait au retour de l’humanité telle qu’elle était
avant la construction de la fameuse tour de Babel, serait-ce un gain ou une
perte ?

Au regard de la grande richesse que constitue la diversité des cultures, ce serait


une énorme perte, malgré une vie sans aucune difficulté de communication ni de
mobilité.

Voilà pourquoi tous les peuples sont appelés à résister à l’uniformisation


culturelle, afin que, en plus de l’avènement d’un monde sans difficulté de
communication et de mobilité, l’humanité conserve et améliore sa diversité
culturelle, ce qui, à n’en point douter, constituera un gain.

Quelques thèmes d’exposé à traiter en groupe (04


groupes) et dont on doit me faire parvenir le texte.
1. La civilisation de l’universel , une réalité bénéfique ou néfaste à

l’humanité ?

2. Le problème de la langue de communication dans l’éventuelle

civilisation universelle
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3. Hybridité culturelle et identité personnelle

4. La perte de l’authenticité culturelle est-elle une fatalité pour un peuple


dont le pays est un espace de migration ?

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