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University of Toronto ;

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TRADUCTION FRANÇAISE
DES ŒUVRES COMPLETES ]

DE

SAINT JEAN CHRYSOSTOME

TOME QUATRIÈME ,

1
AVIS IMPORTANT.

J'ai seul le droil de joindre aux Œuvrer complètes la vie de Suinl Jean Chrysostome far Cabbé

Mar'.in ; je suis seul propriétaire de cette traduction française : toute reproduction partielle ou

totale, contrefaçon ou imitation, sera poursuivie rigoureusement, conformément aux lois.

SUEUR-CHARRUEY.
ÉDITEUR

^
SAINT JEAN

CHRYSOSTOME
OEUVRES COMPLETES
TRADUITES POUR LA PREMIÈRE FOIS EN FRANÇAIS

sons la Direction

DE M. JEANNIN
Licencié ès-lettres, professeur de rhétorique au collège de l'ImiTiaculée Conception de Saint-Dizier

TOME QUATRIÈME

Homélies sur divers textes du Nouveau Testament. —


Discours prononcés ou écrits à l'occasion des troubles de Constartinople, — Lettres.

Homélies sur David et Saiil.

ARRAS
SUEUR-CHARRUEY, Imprimeur-Libraire-Editeur
Petite-Place, 20 et 22.

1887
THE INSTITUTE CF ^'rc,;AEVAL STLl.U
10 ELMSLEV PLACE
T ~f-f-TO G, CA.tADA,

^32.4
TRADUCTION FRANÇAISE
DE

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

HOMÉLIE
SDR LA PARABOLE DU DÉBITEUR DES DIX MILLE TALENTS

Inhumanité de ce dtlileut qui, avant obtenu de son créancier la remise totale de sa dette, eiigea impitoyablemeit de son compagnon le pajemeut
d'une dette de cent deniers ; a que le ressentiment des injures est pire que tout péché. (Malih. XlII. 23 et sui? )

AVERTISSEMENT t ANALYSE.

Deux circonstances rrarquées par l'orateur dans celte homélie permettent d'en fixer l'époque d'une manière précise 1» Pendant :

tout le carême précédent, saint Chrysostome avait parlé contre les jurements et les serments ; or, dins toutes les exhortations
des 21 homélies sur les statues, prononcées dans le carême de 387, l'orateur s'atlaque à cette mauvaise habitude.-—
2'» L'homélie sur le débiteur des dix mille talents est la première qu'il piononra après une ma'ad^e «ioiit il parle encore dans
l'homélie faite aux paysans ledimanche avant l'Ascension. L'homélie sur la paiabole des dix mille talents fut donc prononcée
entre Pâques et l'Ascension de l'auiiéc 387 ; et même entre la maladie que saint Chrysostome fit après Pâques de l'année 387
et l'Ascension de la même année ; et comme celte maladie parait avoir été asicz longue, opiès une longue absence, dit l'orateur,
il s'ensuit que l'époque à laquelle appartient l'homélie suivante, se trouve fixée à quelques jours près.

1» Saint Chrysostome se réjouit de revoir son cher auditoire après une longue maladie. —
2» Après avoir employé tout le carême
\ déraciner la mauvaise habitude des jurements, il convient de passer à un autre vice, et d'attaquer la passion de la colère et
le ressentiment des injures ; c'est ce que l'orateur va faire par l'explication de la parabole du serviteur qui devait dix mille ta-

lents. —3» Jésus-Christ voulait, par cette parabole, apprendre à ses disciples à retenir les saillies de la colère; c'est ce que
prouve la question que saint Pierre adresse à ce sujet au Sauveur. non pas soixanle-dix-sept fois, comme l'in-
Il faut pardonner,
terprètent quelques-uns, mais quatre cent quatre-vingt-dix fois, c'est-à-dire un infini de fois. 4o Le compte que ce
nombre —
Roi demandera sera rigoureux pour tous les âges , les sexes et les conditions. 5" Ce que signifient ces paroles H — :

n'avait pas de quoi payer. —


G'» Comment le serviteur, sur le point d'être condamné, obtient la remise de sa dette par ia
jn-ière. —
7" Dieu, qui avait pardonné les offenses commises contre lui-même, ne pardonna pas celle dont le serviteur se rendit
coupable envers son compagnon. Dieu ne hait rien tant que le ressentiment.

1. Ce que j'éprouverais en vous revoyant silence.Vous vous réjouissez donc de ce que la


enfin après un long voyage, je l'éprouve au- santé m'est revenue pour moi je me réjouis
; ,

jourd'liui.Pour des hommes qui aiment s'ils , parce que je vous ai retrouvés, vous, mes bien-
ne peuvent se trouver au milieu de ceux qu'ils aimés. Car, endant ma maladie ce qui m'af-
i ,

aiment, que leur sert de n'en être pas éloignés? fligeait plus que le mal lui-même, c'était de
Aussi, bien que présent dans la ville, je n'étais ne pouvoir participera cette chère assemblée ;

pas moins triste qu'un exilé, moi qui, depuis et maintenant que la convalescence me rend
quelque temps ne pouvais plus vous adresser
, peu à peu mes forces, ce m'est un plus grand
mes instructions mais pardonnez-le moi la
; : bien que la santé de pouvoir jouir en tuulo
faiblesse^ non la paresse, était la cause t£ ce sécurité de l'amour de ceux que je chéris. La

Tome IV. i
2

flèvre en effet allume dans le corps un feu en est que tous n'approfondissent pas cette pa«
moins violent que ne fait dans l'âme la sépa- rôle, qu'ils ne touchent pas celte lyre avec art;
ration d'avec ceux que nous aimons ; et si les en effet, ce qu'est l'art à la cilharodie, la pra-
fiévreux recherchent les boissons, les liqueurs, tique à la loi de Dieu. Nous n'avons tou-
l'est

les eaux froides, c'est avec autant d'ardeur que ché qu'une seule corde pendant tout le carême ;
les amis séparés recherchent la vue de ceux je ne vous ai développé que la loi du serment,
qu'ils ont perdus. Ceux qui savent aimer com- et, par la grâce de Dieu, beaucoup de mes au-

prennent bien ce que je dis. diteurs ont compris combien il était beau de
Courage donc puisque la maladie m'a
! l'observer; aussi, quittant une habitude détes.
quitté, rassasions-nous les uns des autres, s'il table, au lieu de jurer par le Seigneur, on

est possible de nous rassasier jamais car l'a- ; n'entend plus sortir de leur bouche en toute
mour ne connaît point la satiété, et plus il conversation, que oui, non, croyez-moi; et
jouit de ceux qu'il aime, plus il s'allume et quand même mille affaires pressantes vien-
s'enflamme. de la charité , saint
L'élève draient les accabler , ils n'oseraient aller plus
Paul , bien , lui qui disait Ne devez
le savait : loin.
rien à personne , sinon de vous aimer mutuel- 2. Mais comme il ne suffit pas pour le salut
lement. (Rom. xni, 8.) C'est là en effet la seule de n'observer qu'un précepte je veux aujour- ,

dette que l'on contracte sans cesse, que l'on d'hui vous en enseigner un second car bien ;

n'acquitte jamais. 11 est beau et louable de de- que tous n'obser\ent pas encore la loi dont j'ai
voir toujours de ce côté. S'agit-il des biens parlé en premier lieu, et que quelques-uns
matériels, nous louons ceux qui ne doivent soient en retard, ils voudront néanmoins, à me-
rien; s'agit-il de l'amour, nous approuvons sure que le temps s'avancera atteindre ceux ,

et nous admirons ceux qui doivent toujours. qui les ont devancés. J'ai en effet remarqué
Si c'est d'une part de l'injustice, c'est de l'autre que le zèle pour ce précepte est aujourd'hui
la marque d'une belle âme de ne jamais ac- si grand que tous, dans les occupations do-
quitter entièrement la dette de l'amour. Rece- mestiques comme dans les repas, hommes et
vez avec bienveillance, malgré sa longueur, femmes, libres et esclaves, luttent à qui l'ob-
l'instruction que je vais vous adresser car je ; servera mieux; et je ne puis m'emiMScher de
veux vous apprendre à jouer admirablement féliciter ceux qui se conduisent ainsi pen-
de la lyre, non pas d'une lyre morte, mais dant leurs repas. Car quoi de plus saint
d'une lyre qui a pour cordes les récits de l'E- qu'une table d'où l'ivresse , la gourmandise
criture et les commandements de
Dieu. Los et la débauche, quelle qu'elle soit, sont ban-
maîtres de lyre prenant de leurs dis-
les doigts nies pour faire |)lace à une admirable rivalité
ciples, les conduisent lentement sur les cordes, touchant l'observation des lois de Dieu , où
leur apprennent à les toucher avec art et à l'époux observe son épouse et l'épouse son
faire sortir d'instruments nuiets les sons les époux de peur que l'un d'eux ne tombe dans
,

l)lus agréables et les plus doux ;


je veux les l'abîme du parjure où une peine sévère est
imiter, me servant de votre âme comme de établie contre l'infraetcur, où le maître ne
doigts, je ra[)procherai des commandements rougit pas, soit d'être repris par ses esclaves,
de Dieu et lui apprendrai à ne h s toncluT
, soit de reprendre lui-même ceux qui habitent
qu'avec art, et cela [)our exciter la joie , non sa maison? Serait-ce se tromi)er que d'appeler
d'une assemblée d'hommes, mais du peuple cette maison l'église de Dieu ? Car là où règne
des anges. Il ne suffit pas d'étudier les divins une telle sagesse, que même à table, dans le
oracles il faut encore les prati(|uer et les re-
; moment cjui semble autoriser la licence, on
présenter dans sa conduite, l'accomplir par se préoccui)e de la loi de Dieu et où tous
(li'S actes. Les cordes d'une lyre, l'artiste les luttent et rivalisent à l'envi à qui l'observera
louche, l'ignorant les touche aussi mais tandis ; mieux, il est évident que le démon, que l'es-
(jue celui-ci ne fait que chtxiuer l'auditeur, ce- prit mauvais ne s'y trouve plus et que le ,

lui-là l'enlève et l'inonde de délices, et pourtant Christ y règne, félicitant ses serviteurs de leur
ce sont Us mêmes doigts, les mêmes cordes, l'art sainte émulation et leur distribuant toute fa-
seul dilTère ; de même pour les divines Ecri- veur. Je laisserai donc un précepte dont l'ob-
tures; l)e;uico!i[i |«'s parcourent, mais le [trolit, servance ,
grâce à Dieu , et grâce à vous qui
tuais le fruil, tous ne le retirent pas, et la cau^Q aveT;! chaudement entrepris el déjà si résolu-
SUR LA PARABOLE DU DÉBITEUR DES DIX MILLE TALENTS.

ttient commencé à le suivre, ne tardera pas à Suivez-moi donc et écoutez la loi de Dieu. Où
se répandre dans toute la ville, et je passerai à est-il question de la colère et du désir de la
un autre, je veux dire à la colère qu'il faut sa- vengeance? Dans des passages nombreux et
voir mépriser et dompter. divers, mais particulièrement dans cette para-
Car de même que sur une lyre une seule bole que Jésus adressa à ses disciples en leur
corde ne peut produire de mélodie, mais qu'il disant C'est pour cela que le royaume des
:

faut les parcourir toutes avec le rythme conve- deux est semblable à un roi qui voulut faire
nable; de môme, quanta la vertu que doit pos- rendre compte à ses serviteurs. Et lorsqu'il eut
séder notre âme, il ne suffit pas pour le salut commencé à le faire, on lui en présenta un
de n'observer qu'une loi, ce que j'ai déjà dit, qui lui devait dix mille talents. Et comme il

mais il faut les garder toutes avec exactitude, n avait pas de quoi le.s rendre son maître or-- ,

8i nous voulons produire une harmonie plus donna qu'on le vendît lui , sa femme 5^5 en- , ,

suave et plus utile que toute harmonie. Votre fants et tout ce qu'il avait, pour acquitter la
bouche a appris à ne plus jurer, votre langue à dette. Mais, se jetant à ses pieds, le serviteur le
ne dire, en toute circonstance, que oui et non ;
suppliait en disant : Ayez patience à mon
apprenez de plus à éviter toute parole inj urieuse égard, et je vous rendrai tout. Alors le maître
et à apporter ta l'observation de ce commande- ayant pitié de ce serviteur le renvoya et lui

ment d'autant plus d'ardeur qu'elle requiert remit sa dette. Mais ce seixiteur étant sorti
plus de travail. Pour le serment, il ne s'agissait rencontra un de ses compagnons qui lui devait
que de vaincre une habitude pour la colère, ;
cent deniers ; et l'ayant saisi il V étouffait , di-

il faut de plus grands efforts. C'est une passion sant : Rends-moi ce que tu me dois. Et se je-

tyranni(iue qui entraîne ceux mêmes qui sont tant à ses pieds, son compagnon le suppliait,
en garde contre elle et les précipite dans le disant : Aie patience à mon égard , et je te

gouffre de la perdition. Sachez donc supporter rendrai tout. Mais lui ne voulut pas, et il s'en
la longueur de mon discours. Ce serait de la alla et le fit mettre en prison jusqu'à ce qu'il
déraison, pour nous qui sommes blessés chaque payât sa dette. Les autres serviteurs le voyant,
jour sur la place publique, dans nos maisons, furent iïidignés ; ils vinrent et racontèrent à
par nos amis, par nos proches, par nos enne- leur maître ce qui s'était passé. Alors le
mis, par nos voisins, par nos serviteurs, par maître l'appela et lui dit : Méchant serviteur ,

nos épouses, par nos tout petits enfant?, par je t'ai remis ta dette parce que tu m'en as prié.
nos propres pensées, de ne pas vouloir nous Ne fat lait -il pas que tu eiisses pitié de ton
occuper, même une fois la semaine, de guérir compagnon comme j'ai eu pitié de toi ? Et il
,

ces blessures, sachant surtout que le traitement le livra aux bourreaux, jusqu'à ce qu'il payât

ne nous coûtera ni argent ni soutfrance. Car, toute sa dette. C'est ainsi que vous traitera
voyez je ne tiens pas de fer à la main je ne
, ;
mon Père céleste si chacun de vous ne par-
,

me sers que d'un discours, mais plus tran- donne à son frère du fond de son cœur. (Malth.
chant que le fer, qui enlèvera toute la corrup- xvni.)
tion et qui ne causera aucune doukur à qui- 3. Voilà la parabole ; or il faut dire pour-
ronque subira cette opération. Je ne tiens pas quoi il la proposa, en en indiquant la cause ;

ée feu à la main mais j'ai une doctrine plus


; car il ne dit pas simplement Le royaume des :

forte que le feu, une doctrine qui ne vous brû- deux est semblable, mais bien c'est pour cela
lera point mais qui empêchera les ravages de
, que le royaume des cieux est semblable. Pour-
l'iniquité et qui, au lieu de douleur, ne causera quoi donc cause s'y trouve-t-elle ? 11 parlait
la
que de la joie à celui qui sera délivré du mal. à ses disciples de la patience , il leur apprenait
11 n'est pas besoin ici de temps, pas besoin % maîtriser leur colère à ne faire pas grande ,

de travail pas besoin d'argent il suffit de


, ; attention aux injustices qu'ils pouvaient éprou-
vouloir, et ce qu'exige la vertu est accompli, ver de la part des autres, et il leur disait Si :

et si vous réfléchissez à la majesté du Dieu votre frère a péché contre vous, allez et repre-
qui ordonne et qui a porté cette loi ne , nez-le entre vous et lui seul ; s'il vous écoute^
sera-ce pas assez pour vous éclairer et vous Vous aurez gagné votre frère. (Matth. xvui, 15.)
déterminer ? Car ce ne sont pas mes propres Pendant que le Christ disait ces choses et
pensées que je vous expose je ne veux que ,
autres semblables à ses disciples et leur en-
ious vous conduire au grand législateur. seignait \ régler leur vie Pierre, le premier

BQ
1536
TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

du collège apostolique, la bouche des disciples, serez plus touchés des injustices des autres.
lacolonne de l'Eglise le pilier de la foi, celui
, Pierre entendant ctla demeura stupéfait, pen-
avec lequel tous doivent penser, dans les filets sant non-seulement à mai^ à tous ceux qui
lui,

duquel tous doivent se jeter, qui de l'abîme devaient lui être confiés et de peur qu'il ne ;

de l'erreur nous a ramenés vers le ciel, qu'on fît ce qu'il avait coutume de faire pour les au-

retrouve partout rempli de charité et de liberté, tres commmdements, Noire-Seigneur prévint


mais plus encore de charité que de liberté, toute inlerrogition. Que faisait Pierre en effet
Pierre, dis-je, tous les autres se taisant, s'a- quand il s'agissait d'un précepte? Quand No-
•vance vers le Maître et lui dit Combien de : tre-Seigneur avait imposé une loi qui parais-
fois, mon
frère péchant contre moi, lui par- sait offrir quelque difficulté, Pierre, s'avançant,

donnerai-je ? (Matth. xvin, 21.) 11 interroge et lui posait des cpiestions, demandiit des explica-
déjà il fait voir qu'il est prêt à tout il ne con- ; tions sur cette loi. Par exemple, lorsque le
naît pas encore la loi , et il se montre plidn riche interrogea le Maître sur la vie éternelle,
d'ardeur à l'accomplir. Car sachant bien que et qu'après avoir appris ce qui le conduirait à
la pensée de son Maître penche plutôt vers la la perfection, il parce qu'il
s'en alla triste

clémence, que celui-là lui sera le plus


et avait de grandes Notre-Seigncur
richesses,
agréable qui se montrera le plus facile à par- ayant ajouté qu'il était plus facile à un cha-
donner au prochain et qui ne recherchera pas meau de passer par le chas d'une aiguille qu'à
avec aigreur lestantes des autres, voulant plaire un riche d'entrer dans le royaume des cieux ,

au Législateur, il lui dit : P ar donner ai-je jus- alors Pierre . bien qu'il se fût dépouillé de
qu'à sept fo^'s? Mais ensuite, pour apprendre tout, qu'il n'eût pis même gardé son hame-
ce que c'est que l'homme que c'est ([uc
et ce çon, qu'il eût abanilonné sa profession et son
Dieu et comment la bonté de l'homme, com- bateau, s'avança et dit au Christ : Et qui peut
parée aux infinies richesses de la miséricorde donc être sauvé? (Marc, x, 'SG.) Et ici re-
de Dieu, est au-dessous de l'extrême pauvreté, marquez la con.luite louable du disciple et

et que ce qu'est un*? goutte d'eau à la mer im- son zèle. D'un côté, il ne dit pas : vous com-
mense, noire chirité l'est aujjrès de riuilicible mandez l'impossible, ce précei>te est violent,
charité de Dieu, pendant (jue Pierre demiiiie celte loi est dure ; de l'autre côté, il ne girde
s'il faut \mi\\onncr jusqu'à sept fois? et qu'il pas non plus le silence mais il montre l'in-
,

pense se montrer ainsi très-large et très-libé- térêt qu'il porte à tous et rend à Notre-Sei-
ral, écoutez ce quj le Seigneur lui réponJ Je : gneur l'honneur qu'un disci|>le doit à sou
ne dis pasjmquà sept fois, mais jusquW sep- Maître, en lui disant Et qui peut donc être
:

tante fois sept fois. Qaelques-uus i)rélcnilent sauvé? Lui qui n'était pas encore pasteur avait
que cela veut dire septanle fois et sept fois; mais déjà le zèle du pasteur, lui qui n'était pas en-
il n'en est pas ainsi et il faut cnlemlre près de core établi chef m^ailrait déjà la sollicitude du
cincjcents fois car sept fois septuite lont
: chef et [)ensait a toute la terre. S'il avait été
quatre cent quatre-vingt-dix. Et ne pensez pas, riche, possesseur d'une grande fortune, ou au-
mes chers auditeurs, que ce précepte soit dif- rait peut-être dit (]ue c'était non en considéra-

ficile à observer. Car si vous pudonnez à celui tion des autres, mais dans son propre intérêt et
(}ui pèche contre vous une, deux ou trois fois pour lui-même qu'il faisait cette question;
I»ar jour, (juand nicnie il aurait un cœur de mais sa pauvreté écarte ce soupeon et fait voir
pierre, quand même il serait plus cruel cjue (jue la sollicitude (piil éprouvait pour le salut
tous les démons, ne sera cerl.iinement pa?
il des autres était la seule cause de ses soucis, de
insensible au point de retomber toujours dans son anxiété, et le portail seule à demander au
les mêmes fautes, mais louché de ce pardon si Maître la route du salut. Aussi Notre-Seigneur
fréquenuncnt accordé, il en de\i(Midra nieil- lui inspiiant delà confiance, lui dit Ce qui est :

lleur et moins intraitable; et muis de Aolre luij) )ssi/)!c aux /ijnuncs est possiôlc à Dieu.
côté, si vous êtes disj)0>és à pardonner tant dt Ne pensez i)as, veut-il dire, que vous resterez
fois b.s injustices que vous éprouNcrez, qu.uu\ seuls et abandonnés : je mettrai avec vous la
>ous aurez fait grâce une, (Wnx ou tiois fois, main à cette (vu\re, moi, par qui les choses
ce \ous sera une habitude et >ous n'aurez au- ditlieiles de\icnnjnt aisées et faciles. De même
cune peine à i»trsé\érer dans celle conduite, quand Noirc-Scign.;ur, parlant du mariage et

liarce qu'ayant paidouuô si souvent vous ne dCTla l'cnune, di.ait quj quiconque renvoie sa
SUR I.A PARAKOLE DU DÉBITEUR DES DIX MILLE TALENTS.

fcwîfic hors le cas d'adultère, la rend adultère, vous le devez à des travaux honnêtes, ou à la
et donn;iit ainsi à entendre que les époux doi- rapine et à la fraude si vous l'avez reçu de
;

vent supporter loules les fautes de leurs épou- votre père en héritage, ou si vous ne le possé-
ses, hors le eas d\i(!ul(ère, IMiire, tous les au- dez qu'aux dépens des orphelins dont vous
tres se taisant, s'avance et dit au Christ Si : avez ruiné les maisons, aux dépens des veuves
telle est la coridiiioii de l'homme à Icfjard de dont vous avez pille la fortune. Et de même
sa femme, U ntst danc pas avaiitageux de se que nous, nous faisons rendre compte à nos
marier. (Matth. xix, 0, 10.) Reniai (juez com- serviteurs, non-seulement de leurs dépenses,
ment, en cette circonstance encore il garde , mais encore de leurs recettes, et que nous leur
envers son Maître le respect quil lui doit et demandons d'où ils ont reçu tel bien, de qui,

ne laisse pas que de se préoccuper du ealut ccnmient, en quelle (juantité. Dieu aussi vou-
des autres, sans faire aucun retour sur sts dra savoir non-seuîtment comment nous au-
propres intérêts. C'est donc pour prévenir rons employé notre fortune, mais encore com-
quelque observalion de ce genre, c'est pour ment nous l'aurons acquise. Et si le riche rend
couper court à toute réplique, (jue Jésus pro- compte de ses richesses, le pauvre rendra
pose la parabole. Voilà pour(|uoi l'évangéliste compte de sa pauvreté, s'il Ta supportée avec

dit : cest pour cela que le royaume des cieux courage et sansrépugnance, sans murmure,
estsemblable à un roi qui voulut faire rendre sans im|;atience, s'il n'a pas accusé ladiNine
compte à ses serviteurs^ nous montrant par là Providence, en voyant tant d'autres hommes
que cette parabole a pour but de nous ap[)ren- plongés dans les délices et les prodigalités,
dre que, quand même nous aurions pardonné tandis qu'il est, lui, accablé par le besoin. Le
soixante-dix fois sept fois par jour à notre frère riche rendra compte de sa miséricorde et le
nous n'aurions encore rien fait de très-graud, uauvre de sa patience, et non-seulement de ea
nous serions encore bien loin de la cléiuence patience, mais encore de sa miséricorde car :

de notre Dieu, et nous n'aurions pas encore l'indigence n'empêche pas de faire l'aumône,
donné autant que nous avons reçu. témoin celte veuve qui jeta dans le tronc deux
4. "Voyons donc cette parabole car, bien : petites pièces, et à qui sa faible aumône valut
qu'elle paraisse assez claire en eile-imnie , plus de mérites qu'aux autres leurs riches of-
ellerenferme cependant tout un tiisor, trtsor frandes. Lt ce ne seront pas seulement les ri-
caché et ineffable de pensées précieuses à
, ches et les pauvres, mais encore les déposibires
recueillir. Le royaume des cieux est senibla- du pouvoir et de la justice, dont la conduite
bleà un roi qui voulut faire rendre compte deman-
sera scrutée avec rigueur, et à (jui l'on
à ses serviteurs. Ne passez pas légèrement dera s'ils corrompu la justice, si ce
n'ont pas
sur cette parole représentez -vous ce tri-
; n'est pas la bienveillance ou la haine de
bunal et, descendant dans votre conscience, l'homme privé qui a guidé l'homme public
rendez-vous compte de ce que vous avez fait dans ses décisions, s'ils n'ont pas, pour ga-
pendant toute votre vie figurez-vous que les
: gner les bonnes grâces de quelqu'un , donné
serviteurs soumis à cette reddition de compte, leur sullVage contre le droit, s'ils n'ont pas,
ce sont et les rois et les généraux et les cpar- par esprit de vengeance, sévi contre des in-
ques, et les riches et les pauvres, et les esclaves nocents.
et lespersonnes libres; car ^m^ 7wus devons Et, avec le pouvoir séculier, ce sera aussi le
coynparoUre devant le tribuncU du Christ. pouvoir ecclésiastique qui rendra compte de sa
(11 v, 10.) Si vous êtes riche, pensez que
Cor. gestion, et c'est ce dernier surtout qui sera
l'on vous demandera compte de la manière sounus à un examen sévère Pour
et teirible.

dont vous aurez employé vos richesses pour celui qui a reçu le ministère de la parole, on
entretenir des courtisanes ou pour subvenir examinera rigoureusement si, par paresse ou
aux besoins des pauvres, pour nourrir des par haine, il n'a pas passé sous silence une
parasites et des flatteurs ou pour secourir des chose qu'il fallait dire, si par ses œuvres il n'a
indigents au libertinage ou à la charité, à la
, pas démenti sa parole, s'il n'a rien caché de ce
débauche, à la prodigalité, à l'ivresse, ou à qui était utile. Quant à l'évêque, plus sa charge
secourir ceux qui étaient dans la tribulation. est élevée, plus on lui demandera un compte
On vous demandera compte encore de la ma- sévère et sur l'instruction qu'il aura donnée à
nière dont vous aurez acquis votre bien , si «son peuple et sur la protection qu'il aura ac-
" TRADUCTION i-haaT-^ISE DE SAINT JEAN CHRYSÔ TO'T.
erd^ anx patirres, et surtout sur Texampn dp
'eni qu'il aura promus aux
-, Psalmiste par celles-ci î La pensée mhié
ordres et sur
. Vliomyne servira à votre gloire. (Ps. lxxv,
mille autres choses. C'est pour cela que saint
11.) Que veut-il dire par ces mots : la pensée
î aul écrivait à Timothée (Tim. v, 22) PTim-
:
même de Thomme servira à votre gloire^ Oui,
; osez légèrement les rnninx à personne et ne
elle y servira si vous n'adressez à votre frère
larîHpez en rien aux pé/héx des autres. Et que des paroles feintes et pleines de malignité,
mx Hébreux, en parlant de leurs chefs spiri-
si votre bouche et votre langue le louent, tan-
rels. il écrivait ces paroles effravanfes Oh'^i'utez
:
dis que, au fond de votre cœur, vous ne pensez
''
vos prépofés et sopez-levr sovmh rnr ce nnnt
:
de lui que du mal et ne lui portez que de la
' vx qui veillent sur rox âmes rnmme devant en haine. Le Christ, voulant nous faire entendre
'indre compte. (Héhr. 1.3. 17). Et. après nos que nous rendrons compte de nos actions, et
rations, il faudra rendre compte de nos pa- aussi de nos pensées, nous dit : Quiconque
oles. Car de même que quand nous avons aura regarde une femme pour la convoiter a
'^onfié de l'arpent à nos esclaves, nous vou- déjà commis l'adultère dans son cœur. (Matth.
rns connaître l'emploi qu'ils en ont fait v, 28.) Son péché n'a pas passé jusqu'à l'acte;
'
insi Dieu nui nous a confié la parole nou il n'est encore que dans la pensée et cependant

f'emandera comment nous l'aurons employée celui-làmême n'est pas sans faute, qui consi-
11 examinera, par des informations sévères, dère la beauté d'une femme, afin que le dé-
.«:'
nous n'avons pas dépensé ce talent inu- sir de l'impureté s'allume en lui. Aussi lorsque
tilement et en vain : l'argent qui passe en vous entendez dire que le Maître veut faire
'elles dépenses ast mo'ns nuisible que des rendre compte à ses serviteurs, ne passez pas
I
aroles vaines, inutiles et sans but : car l'ar- légère mentsur celte parole, mais pensez qu'elle
! ent inutilement employé porte préjudice le embrasse toute dignité, tout âge, tout sexe, et
1 lus souvent, il est vrai, à la fortune ; mai^ ks hommes et les femmes : songez (|uel
.
ne parole irréfléchie renverse des maisons Sera ce tribunal, et repassez dans votre esprit
f ntiéres, perd et paralyse les amas ; etd'ailleui-s toutes les fautesque vous avez commises. Car,
a perte de la fortune peut se réparer ; une pa- si vous les avez oubliées. Dieu ne les oubliera
) oie une ioi$ lauc^ vous ne pouvez la rappe- pis; mais il vous les remettra toutes devant les
ler. yeux, si, devançant ce terrible moment, vous
Uni, nous rendrons compte de nos paroles; ne les par la pénitence, la con-
anéantissez
écoutez ce que déclare le Seigneur Je vous : fession et le pardon des torts qui vous sont
dis que toute parole oiseuse que la, Àotiutus faits. Mais pourquoi le Maître se fait-il rendre

auront projioncée sur celle terre, Us en rendront compte? Ce n'est pas qu'il ignore nos œu-
compte au jour du juqcnient : car c'tst par vos vres, lui qui connaît toutes choses avant mémo
paroles que vous scnz justifiés, et par vos pa- (1 d'elles arrivent; il veut montrer à ses es-
roles que vous serez condamnés. (Mattli. xii, claves (jue leurs dettes sont des dettes véritables
30-37.) Nous rendrons coniple et de ce (juc et justes; il veut le leur faire reconnaître et
nous aurons dit et dt; ce ([uc nous aurons tu- aussi leur apprendre à s'ac(iuitter. C'est dans
k ikIu; par exemple, >i nous avons écoulé, sans ce l)ul (|nil envoyait le Prophète rappeler aui
nous y opposer, une calunmie dirigée contre Juifs leurs iniiiuités d
: \'a redire ses iniquités

notre prochain : car, tlit IKcrilure, n'acceptez la nmison de Jacob maisonet ses péchés éi la

fioi/t les paroles du mcnicur. (Kxod. xxiu, I.) d'Israël (Is. lvmi i) non-seulement pour
, ,

Kl si ceux (jui acccplciil ces paroles ne doivent (piils ks entendent, mais pour qu'ils s'en cor-

pas IrouYcr grâce, quelles causes allégueront rigent.

les médisanls et les calonniiatcurs? Quand il eut commencé à se faire rendre

;i. Et, (pie dis-je , ce que nous aurons dit coin/ te , on lui amena un serviteur qui lui
et entendu? lUen plus, nous rendrons compte devait dix nulle ta.'c/its. Quelle somme con-
même de nos pensées. C'est ce ciue saint fiée ! (luelle sonune ilissipéel Quelle énorme
l'aul nous montre par ces paroles C'est pour- :
dette 1 (lombieu n'en avait-il pas reçu, Ini
quoi ne jugez pas avant le tcnips jusqu'à ,
(pii eu a tant dépensé! Il est lourd, le poids
ce que vienne le Sci(j)ieur qui éclairera ce qui (les dettes mais ce qu'il y a de |)lus fâ-
;

ist caché dans les teneur es et manifestera cheux c'est ,


qr.e ce serviteur fut eomluit
tes pe7isccs sca'ctes des cœurs (l Cor. iv, 5) ; à sou maître le premier. Cor si beaucoup
èe (îébîteurs capables de payer l'avaient pré- pour cela qu'îl est consolé dans Taulre vlé.'
cédé il n'eût
, pas été trop étonnant que le C'est ce que nous montre aussi saint Paul,
roi ne se fût pas fâché la solvabilité des pre-
: écrivant aux Corinthiens (I Cor. v, 5) au sujet
miers aurait dû le disposer à la bienveillance du fornicateur, en leur disant Livrez cet :

pour ceux qui ensuite n'auraient pu payer. Mais homme à Satan pour que sa chair soit châtiée
que le premier soit insolvable, et pour une et son esprit sauvé. Et en consolant d'autres,

dette si importante, et qu'il n'en éprouve pas pécheurs, il leur adresse ces mots C'est pour :

moins la clémence de son maître, voilà qui est cela qu'il y a parmi vous beaucoup d'infirmes
bien étonnant et extraordinaire. Les hommes, et de languissants et que beaucoup s'endor-
en quand
effet, ils ont découvert un débiteur, ment. Que SI nous nous jugions nous-mêmes^
non moins que s'ils avaient trouvé une proie, nous ne serions point jugés; et lorsque nous
te réjouissent et s'agitent de toute manière sommes jugés , c'est par le Seigneur que nous
pour lui faire payer sa dette entière ; et si la sommes repris, afin que nous ne soyons pas
pauvreté des débiteurs ne le permet pas , ils condamnés avec ce monde {l Cor. xi, 30-32.)
font retomber leur colère sur le corps des Mais si les afflictions, les maladies, la mau-
pauvres malheureux, les tourmentant, les frap- vaise santé, les maux que notre corps peut
pant, leur infligeant mille maux. Dieu au con- éprouver, toutes choses que nous ne suppor-
traire met tout en œuvre et en mouvement tons que malgré nous et que nous sommes loin
pour délivrer de leurs dettes.
ses débiteurs de nous procurer, nous sont comptées pour la
L'homme s'enrichit à exiger son dû, et Dieu rémission de nos fautes, à combien plus forte
à le remettre. Quand nous avons reçu ce qu'on raison les bonnes œuvres auxquelles nous nous
nous devait, nous sommes dans une abon- portons de nous-mêmes et avec zèle Ce servi- I

dance plus grande Dieu, au contraire, plus


: teur au contraire n'avait rien de bon; il n'a-
il remet les dettes contractées envers lui, plus vait qu'un poids accablant de péchés! C'est
il s'enrichit. Car la richesse pour Dieu, c'est le pourquoi l'Evangéliste dit Comme il n'avait :

salut des hommes, comme le dit saint Paul : pas de quoi payer son maître ordonna qu'il
,

Biche pour tous ceux qui l'invoquent. (Rom. /w^î;e/j(/M.(Matth. XVIII, 25.) C'est là le trait qui
X, 12.) Mais, me direz-vous, si le maître veut nous peint le mieux
clémence du Maître, de
la
pardonner au serviteur et lui remettre sa dette, lui avoir fait rendre compte
et d'avoir ordonné
pourquoi ordonne-t-il qu'on le vende ? C'est de le vendre car, en faisant ces deux choses
:

là précisément ce qui montre le mieux sa cha- il ne voulait qu'empêcher qu'il fût vendu. —
rité. Toutefois, ne nous pressons pas et sui- Qu'est-ce qui le prouve? La fin de la para- —
vons avec ordre le narré de la parabole : bole car, s'il avait voulu le faire vendre, qui
:

Comme il n'avait pas de quoi payer, dit s'y serait opposé ? qui l'aurait empêché ?
l'Evangéliste. Qu'est-ce que cela veut dire : 6.Pourquoi donc l'a-t-il ordonné, s'il n'avait
Comme il 71 avait pas de quoi payer ? Voici qui pas l'intention de le faire? Pour impri- —
aggrave l'iniquité. Dire qu'il n'avait pas de quoi mer à l'esclave plus de crainte : et il lui vou-
payer, c'est dire qu'il était vide de bonnes lait,au moyen de sa menace, imprimer plus
œuvres, qu'il n'avait fait aucun bien qui pût de crainte, afin de l'amener à supplier, et il
lui être compté pour le pardon de ses fautes. voulait l'amener à supplier, afin d'en prendre
Car nos bonnes œuvres nous sont comptées, occasion de pardonner. Il pouvait, même avant
oh oui , elles nous sont comptées pour la
! toute supplication, pardonner, et c'est
lui
rémission de nos péchés, comme la foi pour pour ne pas le rendre pire qu'il ne l'a pas
la justification. A celui qui ne fait pas les fait. Il aurait pu lui pardonner avant toute red-

œuvres, mais qui croit en Celui qui justifie dition de comptes mais alors, l'esclave, igno-
;

l impie, sa foi est imputée à justice. (Rom. v, 5.^ rant la grandeur de sa dette, n'en eût été que
Et pourquoi parler seulement de la foi et des plus inhumain et plus cruel envers ses frères:
bonnes œuvres, puisque les afflictions mêmes c'est pourquoi le roi lui fait connaître d'abord
nous sont comptées pour le pardon de nos la grandeur de sa dette et ensuite la lui remet
fautes? C'est ce que le Sauveur nous montre tout entière. C'est après la reddition des comptes
par la parabole de Lazare, où il nous repré- où on lui avait fait voir quelle était sa dette,
sente Abraham disant au riche que Lazare n'a c'est après qu'on l'a menacé et qu'on lui a mon-
reçu sur cette terre que des maux, et que tré la peine qu'il était juste de lui infliger, c'est
TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

alors, dis-je, qu'il semontre si impitoyable et chons-nous de Dieu ,


prosternons-nous devant
51 inhumain pour son compagnon. Si ces pré- lui, conjurons-le, comme a fait ce serviteur
cautions n'avaient pas été prises, à quel degré qui, en celadu moins, était inspiré d'un bon
de cruauté ne serait-il ])as descendu? Dieu en sentiment. Ne pas désespérer, ne pas perdre
tout cela n'a eu d'autre but que d'adoucir ce confiance, confesser ses péchés, demander
caractère si emporté, et si rien n'a servi, ce quelque quelque retard, tout cela est
délai,

n'est pas sur le maître, mais sur cet incorri- beau, tout cela d'une âme contrite et d'un
est

gible que retombe la faute. Voyons cependant esprit humilié. Mais ce qui va suivre est loin

comment il traite celte maladie S'étant donc : (le ressembler à ce qui a précédé ce que ses :

jeté à ses pieds le serviteur le conjurait en


,
supplications lui ont fait gagner, la colère où
disant : Ayez patience, et je vousrendmi tout. il va entrer contre son compagnon le lui fera

11ne dit pas qu'il n'avait pas de quoi rendre ;


bientôt [)erdre. Voyons, en attendant, comment
mais les débiteurs promettent toujours, quand il obtient son voyons comment son
jv.rdon :

même ils n'ont rien à donner, afin d'échapper maître le renvoie libre et ce qui l'a porté à
aux dangers présents. cette détermination Le Roi ému de pitié, dit
:

Apprenons, nous qui avons si peu d'ardeur rEvangéliste, le renvoya et lui ?'emit sa dette.
pour la prière, quelle est la force des suppli- L'esclave avait demandé un délai , le maître

cations. Ce serviteur n'avait à présenter ni lui accorde son pardon, de sorte qu'il obtient

jeûnes, ni pauvreté volontaire, ni rien de plus qu'il n'avait demandé. Au<si saint Paul
semblable mais lui qui n'avait aucune vertu
:
nous dit que Diett est assez puissant pour tout

se met à conjurer son maître, et sa prière a faire au delà de ce que nous demandons ou con-
tant de force qu'elle l'entraîne à la clémence. cevons. (E|)h.ni,20.)Car vousne pourrezjamais

Ne désespérons donc jamais dans nos prières. imagmer tout ce qu'il a résolu de vous don-
Car peut-il se trouver un plus grand pécheur ner. Donc pas de défiance pas de honte ou ,
:

que celui qui , accablé sous le poids de tant plutôt rougissez de vos iniquités mais ne dé- ,

de crimes, n'avait à présenter aucune bonne sespérez pas, n'abandonnez pas la prière: allez,
œuvre, ni grande, ni petite? El cependant il quoique vous ayez péché, apaiser votre Maître,
ne se dit pas à lui-même Je n'oserais parler, :
et lui donner occasion d'exercer sa clémence

je suis rempli de honte comment pourrais-je :


en vous jiardonnant vos fautes car, si vous :

approcher de mon maître? Comment pourrais- n'osez pas a|)procher, vous mettez obstacle
je le supi)lier? Et c'est pourtant ceque disent à sa bonté et vous l'empêchez , autant qu'il est
beaucoup de pécheurs, poussés par la honk- en vous, de montrer combien son cœur est
que le démon leur insi)ire. Vous n'osez parler? généreux. Ainsi, pas de découragement, pas de
C'est précisément pour cela qu'il vous faut ap- langueur dans nos prières. Quand nous serions
procher, pour que votre confiance s'augmente. tombés dans le gouiïre du vice , il peut nous
Celui qui va vous pardonner est-il donc un en retirer bien vile. Personne n'a autant péché
homme, pour ({ue vous rougissiez, accablé jiar ([ue le mauvais serviteur il avait épuisé toutes :

la honte? Non, c'est Dieu, Dieu qui désire vous les formes du vice; c'est ce que montrent les

pardonner plus que vous ne désirez être par- dix mille talents personne ne peut être plus
:

donné. Vous ne désirez i)as votre bonheur vide de bonnes œuvres que lui aussi nous :

comme il désire votre salut; et c'est ce (ju'il dil-on qu'il ne pouvait rien payer. Et cepen-
nous a fait voir par bien des exemples. Vous dant ce criminel que tout conspirait à accuser,
n'avez pas de confiance? El c'est là précisé- la prière est si puissante quelle Ta délivré. La

ment ce qui doit v(mis (>n donner car c'est un : l)rière est-elle donc si efficace qu'elle puisse

grand sujet de confiance rpie de croire n'y avoir soustraire à la punition et au chàlimenl celui
pas droit, connue aussi c'est un grand sujet de (jui par ses actions et ses œuvres mauvaises,
,

honte que d'oser se justifier en face du Sei- s'est rendu coupable envers le Maître? Oui, elle

gneur. C'est se rendre criminel, (luanil même le peut ô honune. Elle n'est |)as seule en elTet
,

on seiail d'ailleurs le plus saint des honnnes, dans son entreprise elle a l'aide et le sou-
:

connue aussi celui-là est justifié qui se croit le tien le plus fort la miséricorde de ce Dieu à
,

dernier de tous, témoin le i>harisien et le pu- qui s'adresse la prière : c'est la miséricorde
IJicain. Donc ,
quand nous avons péché , ne qui fait tout et cpu donne à la prière sa puis-
perdons ni l'espoir, ni la confiance, mais appro- sance. C'est pour faire entendre cette vérité que
SUR LA PARABOLE DU DÉP.ITEllR DES DIX MILLE TALENTS. 9

l'Evangcliste flit : Son maUre, ému de com- une obligation. Car si c'eût été avant la reddi-
passion, le renvoya et lui remit sa dette; nous tion des comptes, avant sa condamnation, avant
faisant voir qu'avec la prière et avant la prière, cette grâce extraordinaire, qu'il eût pardonné,
c'est la niisrriconledii Mnlroqui a tout Ce
fait. c'eût été un eOet de sa propre générosité. Mais
serviteur étant sorti rencontra un de ses com- après avoir reçu un
grand bienfait et le par-
si

pagnons qui lui devait cent deniers; et l'ayant don de c'était pour lui une né-
tant de fautes ,

disant : Rends-moi ce que


saisi, il Vétouffait, cessité c'était s'acquitter d'une dette que d'a-
,

tu me que peut-il y avoir de plus


dois. Mais voir pitié de son compagnon. Et pourtant il fut
infâme? La parole du pardon retentissait en- loin de le faire et de considérer quelle didé-
core à ses oreilles, et déjà il a oublié la miséri- rence il y avait entre la grâce qu'il venait d'ob-
corde de son Maître. dû accorder à son
tenir et celle qu'il aurait
7. Voyez-vous comme il est bon de se sou- compagnon. Cette différence ressort et de la
venir de ses péchés? Si celui-là se les était somme due des deux parts et de la position ,

toujours rappelés, il n'aurait pas été si cruel et respective des personnages et aussi de la ma-
si inhumain. Aupsi je vous le répète continuel- nière dont la chose se passe. D'un côté, c'é-
lement et je ne cesserai de vous redire qu'il est taient dix mille talents, et de l'autre cent de-
très-utile, qu'il est nécessaire que nous nous niers d'un côté, c'est un esclave qui agit envers
;

souvenions sans cesse de toutes nos iniquités : son maître d'une manière outrageante de ,

rien ne rend l'âme si sage, si douce, si indul- l'autre c'est un compagnon de servitude qui
pente que le souvenir continuel de ses fautes. a contracté une dette envers un compagnon de
Aussi saint Paul se souvenait non seulement servitude. Traité si généreusement, le servi-
des péchés qui avaient suivi, mais encore de teur devait à son tour faire grâce; le maître, au
ceux qui avaient précédé son baptême, bien contraire remit toute la dette quoique le
, ,

qu'ils fussent tout à fait cflacés. Et si cet débiteur ne l'eût mérité par aucune bonne
apôlre se souvenait même des péchés commis œuvre, grande ou petite. Mais sans réfléchir
avant baptême combien plus ne devons-
le ,
à rien de tout cela entièrement aveuglé ,

nous pas nous souvenir de ceux qui ont suivi par sa colère, il saisit son débiteur à la gorge
notre régénération. Car, non-seulement leur et le jette en prison. A cette vue les autres
souvenir nous portera à en faire une plus esclaves, ajoute l'Evangéliste, s'indignent, et
grande pénitence, mais encore il nous don- avant même que le maître ait rien prononcé,
nera plus de douceur à l'égard du prochain, ils condamnent
le preuve nouvelle de la :

nous inspirera pour Dieu notre m;iître plus de bonté du roi. Son maître l'ayant appris le fait
reconnaissance, en nous remettant sans cesse appeler, le soumet à un nouveau jugement, et,
devant les yeux son indicible miséricorde. C'est môme en ce moment, il ne le condamne pas
ce que ne fit pas ce mauvais serviteur; mais, sans formes, mais il lui fait voir que la con-
loin de là, oubliant la grandeur de sa dette, il duite qu'il va tenir est justifiée par le droit;
oublia aussi la grandeur du bienfait; oubliant aussi que dit-il? Méchant serviteur je f avais
.,

le bienfait, il agit méchamment envers son rends toute ta d-:tte.


compagnon , et cette mauvaise action lui fit Quoi de meilleur que ce maître? Lorsque
perdre tout ce que lui avait accordé la miséri- son esclave lui devait dix mille talents, il ne
corde de Dieu. Lavant saisi, il rétoulfait, disant :
lui adresse pas mie parole de reproche, ne
Rends-moi ce que tu 77ie dois. Il ne dit pas :
rapi)elle pas môme méchant, mais ordonne
Rends-moi cent deniers (il aurait rougi de la seulement de le vendre; et cela, pour avoir
futilité de cette dette), mais bien Rends-}noi ce :
occasion de lui remettre sa dette. Quand ensuite
que tu me dois. Et celui-ci sejctayit à ses pieds cet esclave tient envers son compagnon une
le conjurait, disant : prends patience et je te conduite indigne alors le maître se fâche et
,

rendrai tout. Se servant des paroles mêmes s'emporte pour nous apprendre qu'il pardonne
qui avaient valu au méchant serviteur son par- plus facilement les péchés qui l'atteignent lui-
don, il espérait bien être sauvé. Mais ce cruel, même que ceux qui atteignent le prochain. Et
emporté par son inhumanité, restait insensible ce n'est pas seulement en cette occasion qu'il
à ces paroles et ne pensait plus qu'elles l'avaient tient cette conduite, c'est encore en d'autres
sauvé. Et pour lui cependant, pardonner, ce circonstances :Si vous présentez votre offrande
n'était plus de la clémence j mais une dette et à l'autel , et que là vous vous souveniez que
1d TUAbUcTiON FRANÇAISn DL SAINT JEAN CHRYSOSTOMË.

votre frère a quelque chose contre vous, allez, et parce que, par ce péché, les autres fautes,"
réconciliez-vous a'abord avec votre frère , et même pardonnées, re\ivent et se rcpré?ent nt
alors revenant^ vous offrirez votre don. (Malth. devant nous, comme il est arrivé en lette
V, 23, 24.)Voyez-vous comme partout il place circonstance. Car il n'y a rien, rien , dis-je,

nos intérêts avant les siens et comme il ne qui offense et irrite Dieu comme de voir un
met rien au-dessus de la paix et de la cha- homme animé de l'esprit de ven^jccance et
rité envers le prochain ? En un autre endroit, de ressentiment. C'est ce que nous apprennent
il dit encore Quiconque renvoie sa femme
: le passage que je viens de commenter et la
hors le cas d'adultère, la rend adultère. (Ibid. prière dans laquelle le Christ nous a ordonné
32.) Mais voici la loi qu'il établissait par l'or- de dire Pardonnez-nous nos offenses conu/te
:

gane de saint Paul : Si un homme a une femme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.
infidèle , et qu'elle consente à demeurer avec (Matth. VI, 12.) Sachant toutes ces choses gra- ,

lui, qu'il ne se sépare point d'elle. (I Cor. vu, vant dans notre cœur la parabole que nous
42.) Si elle s'est rendue adultère, dit-il, chas- avons méditée, lorsque nous penserons à ce
sez-la; si elle est infidèle, ne la chassez pas; que nos frères nous ont fait souffrir, pensons à
si ellepèche contre vous, renvoyez-la; si elle ce que nous avons fait contre Dieu et la crainte
pèche contre moi, gardez-la. De même en cette de nos propres fautes aura bientôt réprimé la
circonstance , des péchés graves ont été com- colère que les offenses reçues ont pu nous ins-
mis contre le Maître, bon Maître par-
et ce pirer; sil y a des péchés dont nous devions
donne mais dès qu'il
;
com-
s'agit des fautes nous souvenir, ce sont les nôtres seulement; <i
mises contre un frère, quoique plus légères et nous nous souvenons des nôtres, nous auroi.s
moins fréquentes que celles par lesquelles le bientôt oublié ceux d'autrui, et si, au contraire,
Maître a été offensé, alors le Maître ne pardonne nous oublions les nôtres, ceux d'autrui se pré-
plus , au contraire , il sévit : il appelle le cou- senteront bientôt à notre pensée. Si ce mauAais
pable méchant, tandis que dans le premier cas serviteur avait songé aux dix mille talents qu il
il ne lui a pas même adressé une parole de devait, il aurait oublié les cent deniers; mais,
reproche. C'est encore pour faire mieux ressor- ayant oublié sa dette, il exigea de son compa-
tir cette leçon que l'Evangéliste ajoute qu'il fui gnon ce qui lui était dû, et voulant recouvn r
livré aux bourreaux. Lorsqu'il lui demanda une petite somme, non-seulement il ne lobliat
compte des dix mille talents, il ne fit rien de pas, mais il attira sur sa tète le poids des dix
tel. Nous apprenons ainsi que la première sen- mille talents. Aussi vous dirai-je sans crainte
tence n'était pas une sentence de colère, mais quel'espritd'inhumanité et de vengeance esi le
de miséricorde, et d'une miséricorde qui cher- plus grave de tous les péchés ou plutôt ce ,

chaitune occasion de pardonner. Au contraire, n'est pas moi qui vous le dis, c'est le Christ, en
la l'a irrité. Qu'y a-t-il donc de
dernière action se servant de la parabole que j'ai doM'loppée.
plus mauvais que le désir de la vengeance, Car si ce crime n'était pas plus graNc que les
puisqu'il force Dieu à révoquer les effets de sa dix mille talents, c'est-à-dire que des pèches
clémence et que ce que les péchés n'ont pu le innombrables, il n'aurait pas fait revivre les
contraindre de faire , le ressentiment contre le fautes déjà pardonnées. Aussi que notre prin-
prochain le force à le faire? Certes il est écrit cipale étude soit de réprimer en nous tout sen-
que les dons de Dieu sont sans repcntance. timent de colère et de nous réconcilier avtc
(Rom. XI, 29.) Pourquoi donc, après avoir ac- nos ennemis, certains que ni prière, ni jeûne,
cordé un tel bienfait, montré une telle clé- ni aumône, ni parlici|)ation aux mystères,
mence, Dieu a-t-il ici révoqué son propre aucun acte de piété, en un mot, ne pourra, si
jugement? Parce que le serviteur a voulu se nous gardons quelque rancune, nous être utile
venger. Aussi ce n'est pas se tromper que de au grand jour des révélations tandis qu'au ,

regarder ce péché comme le plus grave de contraire, si nous nous dépouillons entière-
tous les péchés tous les autres ont pu trouver
; ment de ce vice, fussions-nous mille fois pé-
grâce ;
pour celui-là seul il n'y a pas de par- cheurs, nous pourrons obtenir quelque piiic.
don, et bien plus, il fait revivre ceux même Et ce n'est pas moi qui vous le dis. (( i

qui sont eff.icés. Dieu qui viendra nous juger. V(»y»'Z I;

\ai désir de la vengeance est donc un double que je viens d'expliquer l'c^t .• : i .^

mal, parce qu'il est inexcusable auprès de Dieu traitera mon Père si chacun de vous ne peu -
SUR LA PARABOLE d\} DÉBITEUR DES DIX MILLE TALENTS. 11

(fonne au fond de son cœur ;et en un autre par là, notre Maître, l'eussions-nous mille fois
(ndroit : Si vous remettez aux hommes [leurs outragé, sentira sa colère désarmée et nous
fautes, votre Père céleste vous remettra les obtiendrons les récompenses éternelles ;
puis-
vôtres. (Matlh. vi, 14). AOn donc de mener ici- sions-nous en être tous jugés dignes par la
bas une vie douce et tranquille et d'obtenir grâce et la charité de Notre-Seigncur Jésus-
là-haut pardon et miséricorde, il faut mettre Christ, à qui soit gloii-e et puissance dans les
tous nos soins, tous nos efforts à nous réconci- siècles des siècles. Ainsi soit-il.

lier avec les ennemis que nous pouvons avoir ;


HOMÉLIE
Sot ce texte de s Matthieu

MON PÈRE, S'IL EST POSSIBLE, QUE CE CALICE PASSE LOIN DE MOI :

TOUTEFOIS, NON MA VOLONTÉ, MAIS LA AOTRE (XXVI 39).

Contre 1m MaiciciiilM et les Kanicliéeiis ;


— qu'il ce faut jes s'e^cser îu dengw . œaiî préférer la tenté de Dieu à teut le nAi

AVERTISSEMENT & ANALYSE.

L'iiomélie fiiivanfe ne nous fournit aucun indice d'où Ton puisse connallre en iniel lieu et en quel lenip? elle a élé prèchée. Il pa-
rait seulement, qu'outi e les Marcionitcs et les Maiiicliéeus, saint Clirysostc me y comlat les Ar.imécns ; ce qu'il a fait plusieurs
fois en leur présence, n'étant que prêtre à Antioche.

1» Puisque prophètes n'ont pas ignoré les circonstances de la passion de Jcsus-Chrisl à plus forte raison ne les a-l-il pas
les ,

ignoiées lui-niômc. —
2° 11 n'est pas permis non plus de dire que Jésus {.hiit>t ail refusé de se sounicltrc à sa passion;
voyez, en effet, la sévère réprimande qu'il fait à saint Pierre qui voulait l'en diiioiiruer. l'n uioinenl avaut d'être crucifié ne di-
pas à son Père
6ail-il LJwure est venue, glorifiez votre Fils, comme si do la cioiï devait soitir t'mle sa gloire. Merveilles
:

opérées parla croix.— o" C'est à tort que les Anomcciis cl les Ai ions se seiveulde ce texte Mon Père, s'il est posstà/e, c\c., :

pour Boulenir leurs erieurs. Les demandes que JéKiis-riirisi faisait à .«nn Père, il les faisait comme homme et non comme Dieu.
Le Père et le Fils n'oi.' qu'une seule et môme volonté.
rincaination.— Comme ce mystère est au-
Enscij-'nemcnt sur —
dessus de la portée de l'cspril humain , Dieu, pour annoncer par ses prophètes. Il a paru lui-même
le rendre croyable, l'a fail

dans le monde, et afin qu'on ne le piil pas pour un fantôme, il a prouvé qu'il était vraiment h(>nime. en soutfiant toutes les
vicissitudes et toutes les incommodités attachées h la nalure humnine, eu subissant enfin le supplice de la croix. 4o Si tous ces —
signes n'ont pu empécl lt Marcion, Valiutin, Manès et tiint d'autres hérésiarques, de résoquer eu doute le mystère de Tlucar-
nation, que serait-il arjivé si Jésus-Christ eût été alfranchi des inlii mités humaines? N'aurions-nous pas vu de plus grands excès
encore ?

4. Si nous avons naguère traite durement ces recherchons comment nous pourrons rendre
hommes cupides qui ravissent le bien d autrui cette instruction utile aux pécheurs dont nous

et ne se lassent pas d'entasser vol sur vol , ce nous occupions, et ne traitant que le dogme,
n'est pas pour les blesser, mais pour les guérir; suivons la lectiu'e de ce jour. Car beaucoup, je
ce ne sont pas les personnes cjue nous haïssons, pense, se demandent a>i c elonnemeutconnucnt
mais les vices. Le luédecin, hii aussi, ouvre la le Christ a pu parler ainsi. Les hérétiques, ici
plaie, uon pour nuire au corps malade, mais présents, iiourraieut aussi s'emparer de ces pa-
au contraire, pour le déleudre contre le mal roles pour dresser un piège aux plus faibles
contre le fléau. Aujourd'hui toutefois donnons- d'entre nos frères. Poiu' repousser leurs atta-
leur un peu de re)>os, alin qu'ils puissent res- ques et délivrer les lidèlcs de toute agitation,
pirer et de pour (ju'uu tiaitenn'iit trop éner- de toute iiujuiclude. je veux étudier ces paroles,
giciue et trop contiiui ne les empêche de re- les expusir longuement et descendre au fond
chercher nos soins. C'est ce (jue lont aussi les des choses. Car de quoi servii ail la lecture sans
médecins; sur la plaie qu'ils ont ouverte, ils rintelligence de ce qu'on lit? L'eunuque de la
aiqilitpient despréjiarations médicjiles et lais- reine Candaee aussi lisait, mais jusqu'à ce
sent passer quelques jours pendant 1cm;i;;1s ils quil eùl trouvé quelqu'un pour lui expliquer
s'elTorcent d'apaiser la doukur. Pour les imiter, ce qu'il avait lu, il n'eu avait point retire grand
HOMÉLIE SUR CE TEXTE : MON PÈRE, S'IL EST POSSIBLE, ETC. i3

profit. (A.ct. VIII, 27.) Afin qu'il n*eu soit pas de joint la résurrection lors(}u'il ajoute : Qui le

même de vous, api)li(piez-vous à ce que je réveillera? Personne; il se ressuscitera lui-


vais vous dire prèlez-moi un esprit attentif
,
et même. C'est pourquoi le Christ dit : J'ai le
désireux de s'instruire, employez toute la pé- pouvoir de déposer ma vie et j'ai le pouvoir de la
nétration, réunissez toutes les forces de votre reprendre (Jean, x, 18); et encore : Détruisez ce
intelli{?ence ;
que votre âme de tout
se détache templc,et,e?itrois/ou7's,je le /'élèverai. (Id. ii, 19.)
ce qui touche à la terre, afin que la parole ne Que veut dire le patriarche parces mots ; Vous
tombe ni au milieu des épines, ni sur la pierre, vous êtes couché, et vous avez dormi comme un
ni le long de la route, mais que, rencontrant lion? C'est que de même que le lion est terrible,
une terre fertile et cultivée profondément, elle non-seulement quand il a-Â éveillé, mais en-
produise une moisson abondante. (Luc, viii, 5, core quand il dort , de même Notre-Seigneur,
8.) Si ma parole vous trouve dans ces disposi- et avant sa passion, et sur sa croix, et jusque
tions vous allégerez ma tâche et vous facili-
, dans la mort, a été terri'ole et a opéré de
terez vos propres recherches. grandes merveilles, puisque le soleil recula,
donc qu'on a lu ? Mon Père, s'il est
Qu'est-ce que les rochers se fendirent, que la terre trem-
possible, que ce calice passe loin de moi ; tou- bla, que le voile se déchira, que la femme de
tefois no7i ma volonté, mais la vôtre. (Maltli. Pilate fut saisie de frayeur et Judas déchiré de
xxvi, 39.) Que veut dire par là notre Sauveur? remords. Car c'est alors qu'il dit J'ai péché :

Car c'est une interprétation exacte qui nous don- en livrant un sang innocent. (Matth. xxvii, 4.)
nera la solution. Il dit Mon Père, si c'est pos-
: Et la femme de Pilate envoyait dire à ce pro-
sible, éloignez de moi la croix. Quoi donc 1 consul : Qu'il n'y ait rien entre toi et ce juste
ignore-t-il si cela est possible on non? qui l'ose-' car j'ai beaucoup souffert dans un songe à
rait dire ? Et pourtant ses paroles ont la forme cause de lui. (Ibid. 29.) Alors les ténèbres se
du doute; l'emploi du mot si semble indiquer répandirent sur toute la terre et la nuit se fit

le doute. Mais, comme je l'ai déjà dit, il faut au milieu du jour; alors la mort fut vaincue et
s'attacher, non aux paroles, mais aux pensées, son joug brisé , car beaucoup de justes, morts
voir le but que Jésus se proposait, la cause, le depuis quelque temps, ressuscitèrent. C'est là
temps, et après avoir recueilli toutes ces cir- ce que le patriarche voyait de loin, et, c'est
constances, rechercher la pensée que ces paro- pour montrer que, même sur la croix, le Christ
les contiennent. La sagesse ineffable, co Fils qui sera terrible , qu'il dit Vous vous êtes couché
:

connaît le Père comme le Père connaît le Fils, et vous avez dormi comme un lion. Et il ne dit
a-t-il pu ignorer cela ? Après tout, la connais- pas Vous vous coucherez, mais Vous vous
: :

sance de sa passion n'est pas quelque chose de êtes couché, pour faire voir la certitude de la
plus grand que la connaissance de cette nature prophétie. Car souvent les prophètes parlent de
divine que seul il connaît exactement : Comme l'avenir comme s'il était déjà passé. S'il n'est

mon Père me connaît dit- , il , moi-même je pas possible que ce qui est passé n'ait pas existé,
connais mon Père. (Jean, x, 15.) Non le Fils il n'est pas possible non plus que ce qui est

unique de Dieu n'a pas ignoré qu'il devait prédit n'existe pas un jour. Aussi les prophètes
soullrir, que dis-je, les prophètes eux-mêmes annoncent le futur sous la forme du passé, pour
iton plus ne l'ont pas ignoré ils en ont eu une ; marquer que les événements prédits arriveront
comiaissance complète ils ont annoncé et , nécessairement et infailliblement. C'est ainsi
suiabondamment affirmé que cela arriverait et que David disait en parlant de la croix Ils ont :

qu'il en serait ainsi infailliblement. Voyez percé mes pieds et mes mains (Ps. xxi, 17); non
comme tous, quoique de diverses manières, pas : Ils perceront, ont percé. Ils ont
mais : Ils
ont annoncé la croix? Le premier, le patriarche co?npté tous mes os. Et outre cela, il prédit en-
Jacob, en s'adressant au Christ s'écrie Cest : core ce que feront les soldats Ils se sont par- :

d'un bourgeon, mon Fils, que vous êtes sorti , tagé mes vêtements, et, sur ma robe, ils ont jeté
enieudant par ce bourgeon la Vierge la , le sort. Et il annonce encore qu'ils le nourri-
pure Marie. Puis désignant la croix Vous : ront de l'abreuveront de vinaigre Ils
fiel et :

vous êtes couché et vous avez dormi comme le m'ont donné, dit-il, pour ma nourriture, du
fiel, et, pour apaiseï^ ma soif, ils m'ont
lion et comme le petit du lion; qui le réveillera? pré-
(Gen. XLix, 9.) Il parle de sa mort comme d'un senté du vinaigre. (Ps. lxviii, 22.) Un autre
repos, comme d'un sommeil, et à cette mort il parlant du coup de lance : Ils porteront
ià tRABUCTÎON FRANÇAISE t)È SAINt JEAN cHîlYàOSÏOMË.

leurs regardSy dit-il, sur celui qu*ils ont trans- Mais ce n'est pas la seule chose difûcile à
percé. (Zach. XII, 10.) Isaïe ,
parlant aussi de 1? expliquer; ce qui suit ne l'est pas moins. Car
troix, dit : Comme une brebis , il a été mené a que dit-il ? Mon Père, s'il est possible ,
que ce
la boucherie^ et, comme un agneau sans voix calice passe loin de moi. Vous voyez non-seule-
devant celui qui le tond., il n'ouvre pas la boU' ment qu'il ignore, mais encore qu'il refuse le
che. Il est resté humilié pendant qu'on le ju- cruciflement : car voici ce qu'il dit : S'il est
geait. (Is. LUI, 7, 8.) possible, que je ne sois pas crucifié, que je ne
2. Remarquez avec moi que chacun de ces sois pas mis à mort et cependant lorsque :

prophètes parle de ces événements comme de Pierre, le chef des apôtres, dit A Dieu ne :

choses passées , et montre par la forme même plaise. Seigneur ! cela ne vous arrivera point
du langage qu'ils arriveront certainement il le reprit si fortement qu'il lui dit : Retire-toi
infailliblement. David aussi décrivant le juge- de moi , Satan : tu es un scandale pour moi
ment, disait Pourquoi les nations ont-elles
: parce que tu ne goûtes pas ce qui est de Dieu
frémi ? et les peuples médité des choses vaines? mais ce qui est des hommes (Matth. xvi, 29) ;
Les rois de la terre se sont levés et les princes et cela , bien qu'un peu auparavant il l'eût
se sont ligués contre le Seigneur et contre son appelé bienheureux. Ainsi il lui paraissait si

Christ. (Ps. Il, i-2.) Outre le jugement, la extraordinaire de n'être pas crucifié, qu'à celui
croix, ce qui se passa sur la croix, il annonce qui avait reçu du Père une révélation spéciale,
encore que le traître qui livrera le Christ vivait à celui qui avait été proclamé bienheureux , à
avec lui et mangeait à la même table Celui : celui qui avait pris en main les clefs descieux,
qui mangeait mon pain s'est élevé orgueilleu- il donne le nom de satan , de pierre de scan-
sement contre moi (Ps. lx, 10.) Il prédit même dale, et le réprimande comme ne goûtant pas
la parole que le Christ prononcera sur la les choses de Dieu, pour lui avoir dit .4 IHeu :

croix Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m'a-


:
,
ne plaise. Seigneur! il ne vous arrivera pas
vez-vous abandonné? (Ps, xxi, 2.) Il parle aussi d'être crucifié. Eh bien ! après avoir ainsi repris
de son sépulcre Ils m'ont placé au fond d'un
: son disciple , après s'être ainsi indigné contre
tombeau, dans les ténèbres, dans les ombres de la lui jusqu'à l'appeler satan malgré les éloges
mort (Ps. de sa résurrection
VII , 6) ; Vous : qu'il venait donner, et tout cela pour
de lui
ne me laisserez point dans les enfers et vous ne lui avoir dit Vous ne serez pas crucifié
:

permettrez point que votre Saint voie la corrup- comment en arrive-t-il lui-même à ne vouloir
tion (Ps. XV, 10); de son ascension : Dieu s'est plus être crucifié? Comment, en outre, faisant
élevé aux acclamations de joie : le Seigneur le portrait du bon pasteur, dit-il que la plus
est monté au son de la trompette. (Ps. xlvi,6.) grande preuve de sa vertu c'est de s'immoler
Il siégera à la droite de son Père Le Seigneur : pour ses brebis? Car voici ses paroles Moi, je :

a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, suis le bon pa<teur : le bon pasteur donne sa
jusqu'à ce queje fasse de vos ennemis l'escabeau vie pour ses brebis. Et il ne s'en tient pas là;
de vos pieds. (Ps. cix, 1.) Isaïe nous donne la il ajoute Mais le mercenaire et celui qui n'est
:

cause de ses souffrances, en disant C'est pour : point pasteur , voyant le loup venir, laisse là
les péchés de mon peuple qu'il est conduit à la les brebis et s'enfuit. (Jean, x, 11.) S'il est d'un
mort. (Is. LUI, 8.) C'est parce que tous se sont bon pasteur d'endurer d'un même la mort , et
égarés comme des brebis errantes qu'il a été mercenaire de ne pas vouloir s'y exposer ,
immolé. Et voici le bien qui en résulte : Sa comment, tout en disant qu'il est le bon pas-
blessure nous a guéris. (Ibid. 5.) El encore : // teur , demande - t - il à n'être pas immolé?
a expié les péchés de tous. Ainsi les prophètes Comment peut-il dire : Je donne vie de ma
ont connu d'avance la passion , sa cause, les moi-même? (Ibid. 18.) Si c'est de vous-même
biens qui en découleraient pour nous, la sépul- que vous la donnez ,
pourquoi demandez-
ture, la résurrection, l'ascension, la trahison, vous à un autre de ne pas la donner ?
le jugement, et ils ont fait de tout une doscri|>- Comment saint Paul trouve-t-il ei cela matière
tion exacte; et celui qui les a envoyés, (jui à le louer? disant : Qui étant en la forme de
leur a annoncer ces choses les aurait lui-
fait , Dieu, n'a pas craque ce fût pour lui une usurpa-
même ignorées Quel honune sensé pourrait
I tion de se faire égal d Dieu ; mais il s'est anéanti
le dire? Vous voyez qu'il ne faut pas s'attacher lui-même, prenatit la forme dcsclave, ayant
^^I<jiueivi aux parole^!. iié fait $cmàlabU aux hopimes et reconnu
HOMrî:F.IE SUR CE TEXTE ! MON PEnE. S'IL EST POSSlBÎ.E, ETC. ta

pour homme par les dehors. Il s'est humilié avons été réconciliés avec lui par la mort de
lui-même, s'élunt abaissé jusqu'à la mort, et à son Fds. (Uom. v, 10.) La croix, c'est un rem-
la mort de la croix. (Pliilip. ii, 6-8.) Et c'est part inexpugnable, une armure invincible, la
de Jésus-Clirisl lui niêine que viennent ces sûreté des riches, la richesse des pauvres, une
autres ])aroles Et si mon Père ni aime c'est
: , protection contre les embûches un bouclier ,

parce que je quitte ma vie pour la reprendre. contre les ennemis, la destruction des passions,
(Jean, x, 17.) Mais si, loin de suivre en cela sa la possession de la vertu , le miracle étonnant
propre volonté , il demande le contraire à son et singulier entre tous : Cette génération de-
Père, comment son Père peut-il l'aimer préci- mande un miracle, et il ne lui sera donné d au-
sément à cause de cela? Car nous n'aimons tre miracle que celui du prophète Jonas (Matth.
que ce qui est conforme à nos désirs. Comment XII, 39) et encore saint Paul
; Car les Juifs :

donc saint Paul peut-il diie encore Aimez- : demandent des miracles Grecs cherchent
et les
vous les uns les autres comme le Christ nous ,
la sagesse; et nous, nous prêchons le Christ crxi-
a aimés et s'est livré lui-même pour nous ? cifié.(I Cor. I, 22.) La croix a ouvert le paradis,

(Ephés. V, 2.) Et le Christ lui-même, sur le point y a introduit le bon larron et conduit vers le ciel
d'être crucifié, disait Mo7i Père l'heure est : ,
le genre humain qui allait périr certainement

venue, glorifiez votre Fils (Jean, xvii, 1), appe- et qui n'était même plus digne de la terre. Eh
lant gloire sa croix. Et pourquoi tantôt la rejette- quoi tant de biens ont découlé et découlent
I

t-il, tantôt la demande-t-il? Que la croix soit une encore de la croix, et Jésus-Christ ne veut pas
gloire, il suffit pour vous en convaincre d'écou- être crucifié, croyez-vous? Mais qui pourrait
ter l'Evangélisle : L'Esprit n'avait pas encore parler ainsi? S'il ne l'avait pas voulu, qui l'au-
été donné, parce que Jésus n'était pas encore rait forcé? qui l'aurait contraint? Comment au-
glorifié. (Ibid. xvii, 39.) rait-ilenvoyé des prophètes pour annoncer son
Ce qu'il veut dire par là , le voici : La grâce crucifiement, s'il ne devait pas êtie crucifié et
n'avait pas encore été donnée, parce que la ne le voulait pas? Pourquoi appelle-t-il la croix
haine de Dieu n'était pas encore dissipée, la un si ce n'est parce qu'il doit être cru-
calice,
croix n'ayant pas encore été dressée. Car la cifié? Ce mot ne peut qu'indiquer quel était son
croix a mis fin à la colère de Dieu contre les désir. Ceux qui ont soif se réjouissent quand ils
hommes , elle a réconcilié le Créateur avec la pensent (ju'ils sont sur le point de boire, et lui
créature, fait de la terre un ciel, élevé les se réjouit en pensant que le moment approche
hommes au rang des anges détruit l'empire , où il sera crucifié. C'esi pourquoi il dit : J'ai
de la mort, énervé la puissance du démon, désiré d'un grand désir de manger cette Pâque
brisé la tyrannie du péché , délivré la terre de avec vous. (Luc, xxii, 15.) Ce n'est pas sans
toute erreur , ramené la vérité, chassé les dé- intention qu'il parle ainsi , mais parce que le
mons, renversé les temples, anéanti les autels, lendemain la croix l'attendait.
fait évanouir la fumée des sacrifices, propagé 3. Mais comment, après avoir appelé gloire

le règne de la vertu et enraciné l'Eglise. La sa passion, après s'être fâché contre le disciple
croix, c'est la volonté du Père, la gloire du Fils, qui voulait le détourner de la croix, après
la joie du Saint-Esprit; c'est en la croix que saint avoir proclamé que le caractère distinctif d'un
Paul se glorifiait : Pour moi, disait-il, à Dieu ne bon pasteur c'était de se faire immoler pour
plaise que je me glorifie, si ce n'est dans la croix ses brebis, après avoir dit qu'il désirait sa pas-
de Notre-Seigneur Jésus-Christ. (Gai. vi, 14.) La sion d'un grand désir et avoir couru vers
croix , elle est plus brillante que le soleil, plus ellede lui-même, comment, dis-je, peut-il
éclatante que ses rayons. Lorsque le soleil s'ob- demander qu'elle n'arrive pas? S'il ne le vou-
scurcit elle brille, et s'il est obscurci, ce n'est pas lait pas, était-ce à lui d'empêcher
difficile
qu'il soit anéanti , mais sa splendeur est effacée ceux qui venaient prendre? Voyez plutôt
le
par celle de la croix. La croix a déchiré la comme il vole au-devant de son supplice. Lors-
cédule de notre dette, elle a rendu inutile la qu'ils furent arrivés à lui, il leur dit Qui :

prison de la mort, elle nous a montré jusqu'où cherchez-vous? Et ils répondirent : Jésus. Il
allait l'amour divin Car Dieu a tellement aimé : leur dit alors : C'est moi, et ils furent renversés^
lemonde qu'il a donné son Fils unique, afin .3t ils tombèrent par terre. (Jean, xviii, G.) Après
que quiconque croit en lui ne périsse point. les avoir aveuglés et leur avoir montré qu'il
|Jean, m, 16.) Et de nouveau saint Paul : Nous aurait pu s'epfuir, il se livra à eux pour n"v^
i6 TRADUaiON FRANÇAISE 1)E SAINT JEAN CHRYSOSTO.ME.

apprendre que ce n'est ni la nécessité, ni la je sais que votre zèle ne se lasse pas, et je me
force, ni la violence des ennemis qui l'a réduit hâte d'arriver à la solution. Pourquoi ces paro-
en cet état, mais qu'il a tout supporté parce les? Appliquez-vous de toutes vos forces. Ce
qu'il l'a voulu qu'il l'a choisi et que depuis
,
, dogme de Tlncarnation est bien difficile àcroire.
longtemps il l'avait ainsi réglé. C'est pour cela Cet amour immense, ces abaissements incom-
que les prophètes l'avaient précédé, que les préhensibles nous remplissent d'étonnement,
patriarches avaient prophétisé, et que tant de etpour les admettre, nous avons besoin de nous
prédictions en paroles et en figures avaient y préparer longtemps. Voyez donc ce que c'est
annoncé la croix. Le sacrifice d'Isaac nous que d'entendre et que d'apprendre que Dieu,
avait figuré la croix ; aussi Jésus-Christ a dit : l'Ineffable, l'Incorruptible, l'Incompréhensi-
Abraham, votre père, a tressailli pour voir ble, ITmincible, Celui qui tient dans ses mains
ma gloire; il l'a vue et il s'est réjoui. (Jean, la terre entière (Ps.xcxiv. 4), quiregarde la terre
VIII, 56.) Ainsi le patriarche se serait réjoui et elle tremble, qui touche les montagnes et
en voyant l'image de la croix, et Jésus vou- elless'embrasent (Ps. cm, 32), dont la majesté,
drait éloigner cette croix 1 Si Moïse vainquit lors même qu'elle se tempère, accable les ché-
Amalec, c'est paice qu'il préfigura la croix; rubins qui se couvrent de leurs ailes à sa vue,
parcourez l'Ancien Testament et vous verrez Celui qui surpasse toute intelligence, qui défie
la croix annoncée de mille manières. Com- toute pensée ,
qui s'élève bien au-dessus des
ment en eût-il été ainsi, si Celui qui devait être anges , des archanges, de toutes les puissances
crucifié ne l'avait pas voulu? Mais ce qui suit célestes, que Celui-là, dis-je, ait consenti à se
est encore plus difficile à expliquer. Après faire homme, à se revêtir de cette chair for-
avoir dit Que ce calice passe loin de moi, il
: mée de dans
terre et de boue, à descendre
ajoute Non ma volonté, mais la vôtre. (Matth.
: le seind'une vierge , à y demeurer captif pen-
XXVI, 39.) Ces mots, à les prendre littéralement, dant neuf mois, à se nourrir de lait, en un
nous indiquent deux volontés opposées entre mot, à agir en tout comme les hommes. Or
elles, le Père voulant que le Fils soit crucifié, comme cette chose était
si extraordinaire que,

et le Fils ne le voulant pas. Partout cependant même après l'événement, beaucoup refusent
nous voyons le Fils préterant et voulant les de la cioiie, il a envoyé d'abord des prophètes
mêmes choses que son Père. En effet, lorsqu'il pour l'anuoncer. que prédisait le Pa-
C'est ce
dit : Faites- leur cette grâce que, comme vous triarche quand
Cest d'un bour-
il s'écriait :

et moi 710US soînmcs vus , ils soient aussi une geon, 7non Fils, que vous êtes sorti. Vous vous
seule chose en nous (Jean, xvii, M), il lait en- êtes couché et vous avez dormi comme le lion.

tendre clairement que le l*ère et le Fils n'ont (Gen. XLix, 9.) Voici que la vierge, dit Isaïe,
qu'un même vouloir. Et dans cet autre pas- concevra tt enfantera un fils dont le nom sera
sage : Les que je vous dis, ce n'est pas
])urol(js EmmanucL (Is. un autre en-
vu. 12.) Et tu
tnoi qui les dis ; tnais mon Père qui der/uure droit : Nous Vucons vu conane un enfant^
en moi fait lui-même ce que je fais (Jean xiv, ,
comme dans une terre desséchée,
loie racine

10), c'est la même vérité qui ressort. Et lors- (Is. un, La terre desséchée, c'ett le scin de
2.)

qu'il dit : Je ne suis point venu de moi-nume la Vierge qui navait li.'u re(,'u de Ihomine,

(Ihid. VII, 28), ou encore Je ne puis rien faire


; mais qui avait enfanté son fils en dehors des
de nwi-mcme (Ihid. v, 30), il ne veut i)as faire lois de la nature. L'n enfant, ijjoute-t-il, nous
eiit( iidre qu'il soit i)rivé du pouvoir ou de est né un fils nous a été donné. (Is. ix, 6.) Et
,

Itarlcr ou d'agir, loin de la, mais il veut mon- encore // sortira une tige de lu racine de Jessé
:

trer coiuhieu leurs volontés sont en harmonie, et une /leur s'élèic/u sur cette tige. (Is. xi, 1.)
comhien dans les paroles, dans les actic-ns, Et Baruch, dans Jérémie C'est notre Dieu ; :

parlo\il eiiliii, la volonté du Père est la même tout autre disparaîtra auprès de lui ; il a trouvé
quLCi'lle du
que du n-ttej'ai déjà mon-
Fils, ce la véritable viCy la véritable science, et il l'a

tré bien des fois. Ces mots Je ne parle pas de : conmnmiquée à Jacob son serviteur et à Israël
moi-même, monli\nt non pas rinipuissance, SU71 bien-aimé. Ensuite il a apparu sur cette
mais le itarfait accord. Comment ilonc expli- terre et il a conversé avec les hommes. J'ar. m,
quer ce passage Non ma volonté, nuiis la vôtre?
: 30-38.) David prédisait aussi (ju'il viendrait
Nous sommes arrivés à une grande difficulté ;
revêtu de noire chair : // viendra comme la
mais attention! j'ai clé long, sans Joule, mais rosée sur la toison, comme une goutte cfeau
HOMÉLIE SUR CE TEXTE : MON PÈRE, S'IL EST POSSIBLE, ETC. 4T

tombant sur la terre, pour marquer qu'il est qu'éprouvent les hommes, c'est-à-dire, à la
descendu sans bruit et sans agitation dans le vue de la croix être saisi de crainte et de ter-
sein d'une vierge. reur, ne pas rester sans gémir en se voyant
4. Cela toutefois ne lui a pas suffi : descendu arracher à la vie de ce monde car l'amour :

parmi nous, de peur qu'on ne croie à une des choses présentes est naturel en nous. Aussi
illusion, non-seulement il se fait voir, mais voulant nous assurer qu'il avait pris notre
il se fait voir longtemps et passe par toutes chair, et confirmer la réalité de son incarna-
les vicissitudes que subissent les bommes. tion, il met dans la plus grande évidence les
Ce n'est pas tout d'un coup qu'il arrive à douleurs qu'il souffre.
l'état d'bomme complet et parfait, mais il Voilà ma première réponse en voici uno ;

descend dans le sein d'une vierge, il est porté autre qui n'est pas moins forte. Ecoutez Le :

dans ses cbastes entrailles, il est mis au monde, Christ, descendu parmi nous, voulait nous en-
nourri de lait, il grandit afin que la longueur seigner toute vertu; mais tout maître enseigne
de l'épreuve et les cbangements successifs que aussi bien par ses actions que par sa parole :

le temps a amenés nous soient un témoignage c'est même là le meilleur moyen d'instruire.
irrécusable bien plus, il ne se contente pas
: Le pilote fait asseoir son élève auprès de lui,
même de cette preuve; mais revêtu de notre lui montre comment il faut tenir le gouver-

cbair, il permet que son humanité ne soit pas nail et joint la parole à l'exemple, il ne se con-
étrangère aux faiblesses de notre nature, à la tente point de parler, il ne se contente point
faim, à la au sommeil, à la fatigue; enfin,
soif, d'agiruniquement. Le maçon qui veut ensei-
il la laisse à mesure
qu'il avance vers la croix, gner à un apprenti comment on bâtit un mur,
éprouver ce qu'éprouvent les autres hommes. l'instruit par la parole, l'instruit par l'action.
De là cette sueur (jui découle de tout son 11 en est de même du tisserand, du tapissier,
corps, cet ange qui vient le fortifier , cette de l'orfèvre, de tout art en un mot: partout on
anxiété cette affliction. Car avant de pro-
, enseigne et par la parole et par l'action. Donc,
noncer les paroles qui nous occupent, il ava*t comme Jésus était venu pour nous apprendre
dit : Mon dme est troublée, et elle est triste toute vertu, non content de nous dire ce (ju'il

jusqu'à lamort, (Matt. xxvi, 38.) Si donc, après faut faire, il lui-même. Celui qui fera
le fait
tout cela, l'esprit exécrable de Satan, par l'or- et enseignera, celui-là sera appelé grand dans
gane de Marcion du Pont, de "Valentin, de le royaume des deux. (Matth. v, t9.) Voyez !

Manichée le Perse et de tant d'autres héréti- il nous a ordonné d'être humbles et doux;
ques, a voulu nier la vérité de l'Incarnation il nous l'a enseigné par ses paroles, remar-

et a fait retentir cette parole infernale que quez comme il nous l'enseigne aussi par
Jésus ne s'était pas incarné, qu'il n'avait pas ses actions. C'est en disant Bienheureux les :

revêtu notre chair, que tous ces dires n'avaient simples d'esprit, bienheureux ceux qui wnt
pas de base solide, que ce n'était qu'illusion et doux (Matth, v, 3, 4), qu'il nous en a dontié
apparence, et cela malgré le témoignage écla- le précepte. Comment l'a-t-il prati(}ué? Ayant
tant que rendaient la vie de Jésus, ses souf- pris un linge il s'en ceignit et lava les pii'ds
frances, sa mort, son tombeau, sa faim, que de ses disciples. (Jean, xni, i, 5.) Que pou
serait-ce si ce témoignage avait manqué et t-on trouver de comparable à celle hi:

combien le démon n'aurait-il pas répandu avec lité? Ce n'est donc pas seulement par la
pus
plus de succès ces détestables blasphèmes de qu'il enseigne cette vertu, c'est encore ,> i
l'impiété? C'est pourquoi, de même qu'il a été l'action. Il nous montre aussi par ses acti'^ns
soumis et à la faim, et au sommeil, et à la fa- qu'il faut être doux et ne point gaider de Vixn-
tigue, et à la soif, de même quand il voit la cune. Comment cela? Ayant reçu un sou!' •
l

mort, se présenter, Jésus demande qu'elle s'é- dun des esclaves du grand prêtre, il se C(H-
loigne, montrant par là qu'il a pris l'huma- Si j'ai mal parlé, rends té-
tente de lui dire :

nité, etavec elle les faiblesses de notre nature, moignage du mal; mais si j'ai bien parlé
qui ne peut sans douleur souffrir la destruction pourquoi me frappes-tu ? (Jean, xvui, 23.) Il
de la vie présente. Si Jésus n'avait pas pro- nous a commandé de prier pour nos ennem s;
noncé les paroles que j'essaye de vous expli- il nous l'enseigne aussi par ses actes élt vé ;

quer, c'est alors que le démon aurait pu dire : sur la croix, il dit Mon Père, pardoimez-lti.r,
:

s'il était homme, il aurait dû éprouver ce car ils ne savent ce qu'ils font. (Luc, xviii, 3i.)
ToiiB IV.
i8 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CIIKYSOSTOME.

C'est parce qu'ilnous a ordonné de prier pour tente pas de prier, il exhorte encore : car,
nos ennemis qu'il prie lui-même pour eux, dit-il, l'esprit est prompt, mais la chair est
Lien qu'il pût leur pardonner de son propre faible. (Matlh. xxvi, 39, 41.) pour chas- 11 le fait
chef. Il nous a encore commandé de faire du ser de leur âme l'orgueil et la vanité, pour les
bien à ceux qui nous haïssent et nous affligent rendre humbles et modestes. Donc, la prière
(Matth. V, 44) ; il l'a fait lui-même en maintes qu'il voulait leur enseigner, lui-même la pra-
circonstances ; il délivrait du démon les Juifs, tiqua, humainement sans doute et non comme
les Juifs qui l'appelaient possède du démon il ; Dieu (la Divinité étant impassible et immuable),
faisait du bien à ses persécuteurs, il nourris- mais seulement comme homme. Il pria pour
sait ceux qui lui dressaient des embûches, et nous apprendre à prier et à demander toujours
à ceux qui voulaient le crucifier il ouvrait son que les dangers s'éloignent de nous, et, si cela
royaume. Il disait à ses discii)les Ne possédez : ne nous est pas donné, à nous soumettre avec
ni or, ni argent, ni aucune monnaie dans vos amour au bon plaisir de Dieu. C'est pour cela
ceintures (Matth. x, 9), et les exhortait par là à qu'il dit Non ma volonté, mais la vôtre, non
:

la pauvreté ; il nous enseigne ce précepte aussi que sa volonté diffère de celle de son Père,
par ses actions : Les renards, disait-il, ont des mais pour apprendre aux hommes que, dans
tanières et les oiseaux du ciel des nids ; mais leurs appréhensions, leurs craintes, au milieu
le Fils de Vhomme n'a pas où reposer sa tête. du danger, et même quand ils se voient arra-
(Matth. VIII, 20.) Il n'avait ni table, ni maison, cher à la vie présente, ils doivent toujours
ni rien de semblable, non
ne pût s'en qu'il préférer à leur propre volonté la volonté de
procurer, mais parce qu'il voulait nous ap- Dieu. Saint Paul, voulant nous apprendre les
prendre à suivre cette voie. C'est de la même mêmes choses, nous en donna l'exemple par
manière qu'il nous a appris à prier. Les apô- ses actions ; d'abord il demande que les dan-
tres lui disaient Enseignez-iious à prier.
: gers s'éloignent de lui : C'estpour cela, dit-il,
(Luc, XI, 1.) Et il prie pour qu'ils apprennent à que j'ai prié trois fois le Seigneur {\\ Cor.x, 2) ;

prier. Mais il fallait leur enseigner, outre la et comme Dieu ne voulut pas le délivrer, il

nécessité de prier, la manière de le faire. Au?si ajoute : Je 7ne glorifierai encore plus dans mes
leur donna-t il une prière ainsi conçue : Notre faiblesses,dans les outrages, dfins 1rs persécu-
Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit tions. Ce que j'ai dit est-il obscur? je vais le
sanctifié, que votre règne arrive, que votre vo- rendre plus clair. Saint Paul était enviroinié
lonté soit faite sur la terre comme au ciel, de dangers et il demandait à en être délivré. Il
donnez-7ious aujourd'hui notre pain de chaque avait entendu le Christ lui dire Ma grâce te :

jour pai'donnez-nous nos offenses comme nous


et suffit ; car ma puissance se fait mieux sentir
pardonnons à ceux qui nous ont offensés, et ne dans la faiblesse. Lorqu'il vit (pie telle était la
nous induisez point en teritation (Luc, xr, 2, 4), volonté de Dieu, il lui sacrifia sa volonté pro-
c'est-à-dire, en péril, en embûches. Comme pre. nous apprit donc par sa prière ces deux
11

donc il leur avait enseigné celte prière 7îe , choses: d'abord à ne pas courir au-devant du
nous induisez point en tentation, il la leur en- danger, et à demander d'en être délivré, en-
seigne encore par son exemple, quand il dit: suite, s'il arrive, à le suppoi ter avec courage et
Mon Père, s'il est possible, que ce calice passe à préférer à sa propre volonté la volonté de
loin de moi; et il leur montre que les saints Dieu. Nous qui connaissons toutes ces choses,
no provoquent pas les dangers, qu'ils ne s'y pré- prions donc pour ne jamais entrer en tentation,
cipitent pas; (jue, <iuaiul les dangers arrivent, et, si nc'us y entrons, supplions notre Dieu lU
ils reslonl fennes, à la vérité, et déploient tout nous donner paliiMice et courage, et |)réréro»',s
leur courago, mais qu'ils ne s'y jettent pas et toujours la volonté de Dieu à notre volonté.
ne les allVoutcnt pas d'eux-mêmes. Quoi en- Par nous achèverons dans la tranquillité

core? il veut nous euscigutr riuuuilite et nous notre vie terrestre el nous posséderons un jour
délivrer de la pnsonipliDU. Cc^l pour cela les biens éternels ;
puissions-nous tous en jouir,
qu'il est dit au même endroit : S^ctant avancé, par la grâce cl la charité de No*re-Seigneur
il pria, et qu'après sa prière il dit à ses ilisci- Jésus-Christ, auquel, ainsi qu'au Père et au
ples Vous n'avez pu vcilUr une heure avec
: Saint-Ksprit, si^ient gloire, puissance, honmur,
moi! Veillez et priez afin que vous n'entriez mainten.iUt et toujours, et dans les siècles des
point en tentation. Vous le voyez, il ne se con- siècles. Ainsi soit-il.
HOMÉIJE
SDR LA NÉCESSITÉ DE RÉGLER SA VIE SELON DIED

SUR LE TEXTE : LA PORTE EST ETROITE.

Explication de l'Oraison Domiaicala.

AVERTISSEMENT & ANALYSE.

!»ct2'' Dans cette homélie, l'orateur, après avoir montré combien les fidèles doivent être attentifs aux oracles de l'Evangile;
après avoir fait voir, en citant ces passages : La porte de la vie est étroite La porte de la perdition est large , com-

bien peu de chrétiens sont occupés de leur âme et des objets célestes, combien au contraire sont livrés aux soins du corps et
aux objets terrestres l'orateur, dis-je, après ces réflexions préliminaires, passe à la prière comme au sujet qu'il veut traiter.
; ,

Il reproche à la plupart des hommes de demander à Dieu des biens fragiles et périssables, la beauté, les richesses, les honneurs,

et de ne pas s'en rapporter à lui pour les biens qui leur sont vraiment utiles il s'élève contre ces ;Jmes vindicatives qui pré-
tendent intéresser dans leur vengeance le Ciel môme qui condamne la vengeance.
,

3°, 4° et 5° Jésus-Christ nous apprend
comment nous devons prier. Un éloge de l'Oraison Dominicale est suivi de l'explication de cette excellente prière, dont tous
les articles sont expliqués et enchaînés avec beaucoup d'art et de naturel.
On ne peut pas fixer la date de cette homélie. Quelques savants doutent qu'elle soit de saint Jean Chrysostorae. L'éditeur béné-
dictin pense le contraire ; il juge avec raison qu'elle est vraiment digne de cet .orateur, soit pour le fond des choses, soit pour
la beauté du style.

1. La lecture de l'Ecriture sainte est toujours en est peu qui la trouvent! et encore
et qu'il ;

pour ceux qui la font avec attention une leçon Large est la porte et spacieuse la voie qui mène à
de vertu mais les Evangiles surtout renfer-
; la perdition, et nombreux sont ceux qui la sui-
ment, dans leur texte vénéré, la doctrine la vent. (Mattli. Pour moi qui entends fré-
VII, 14.)

plus sublime les paroles qu'ils contiennent


; quemment ces paroles et qui vois combien K-s
sont les oracles mêmes du grand Roi. Aussi hommes s'empressent à des soins inutiles, la
menace-t-il d'un châtiment terrible ceux qui vérité de ces sentences me jette dans la stiipt;-

ne mettent pas tous leurs soins à garder ses faction. Tous marchent dans la voie spacieuse,
commandements. Si, pour enfreindre les or- tous courent après les choses présentes sans
dres d'un prince de la terre, on encourt une s'occuper le moins du monde des choses futu-
punition inévitable, combien plus des tour- res ; ils se plongent sans cesse dans les jouis-
ments intolérables accabkront-ils celui qui sances de la chair et pour leurs âmes ils les
aura violé les ordres du Maître des cieux Puis ! laissent s'abîmer dans la fange ; ils reçoivent
donc que la négligence nous expose à de tels chaque jour mille blessures et n'ont même pas
dangers, appliquons-nous avec plus de soin le sentiment des maux qui les dévorent leur :

que jamais à comprendre les paroles qui vien- corps est-il bb ssé, ils font en toute hâte chercher
nent d'être lues, paroles tirées de l'Evangile. le médecin, l'appellent chez eux, lui donnent un
Or, quelles sont-elles? Combien est étroite la salaire aussi grand qu'ils le peuvent, supportent
porte et resserrée la voie qui conduit à la tve, tout avec patience, se soumettent à un difficile
20 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHKYSOSTOME.

traitement pour procurer au corps sa santé ; et emparé de ces hommes, je voudrais, pour dis-
pour leur âme qui languit, ils n'éprouveront siper les ténèbres épaisses qui les entourent,
nul souci, ils ne feront rien pour recouvrer m'élever en un lieu d'où j'apercevrais toutes
une santé si précieuse, quoiqu'ils sachent bien les générations des hommes, je voudrais être
que le corps doit mourir et disparaître, qu'il doué d'une voix qui pénétrât jusqu'aux extré-
est passager comme les fleurs du pnntemps, mités de la terre, d'une voix qui se fît entendre
que comme elles il se fane, se flétrit, se cor- de tous, pour proclamer et faire retentir par-
rompt; que l'âme au contraire est immortelle, tout cette parole de David Enfants des
:

qu'elle a été faite à l'image de Dieu, et que hommes, jusques à quand aurez-vous le cœur
c'est elle qui a mission de gouverner ce corps appesanti? Pourquoi aimez-vous la variité,
animal. Ce qu'est le cocher au char, le pilote au recherchez -vous le mensonge (Ps. iv. 3), et
navire, le musicien à l'instrument, le Créateur a préférez-vous aux choses célestes les choses qui
voulu que l'âme le fût à ce corps de boue. passent ? Jusques à quand aurez-vous les yeux
C'est elle qui tient les rênes, qui dirige le gou- fermés et les oreilles closes pour ne pas en-
vernail, qui touche les cordes, et lorsqu'elle tendre cette voix qui vous crie chaque jour:
s'actpiitte bien de sa fonction, il en résulte Demandez et il vous sera donné; cherchez et
comme un harmonieux concert de vertu ; vous trouverez ; frappez et il vous sera ouvert;
lorsqu'au contraire elle fait vibrer les cordes car quiconque de?nande reçoit ; et qui cherche
ou trop faiblement ou plus ne faut, fort qu'il trouve, et à qui frappe il sera ouvert? (Matt. vu,
art et harmonie, tout disparaît. Voilà cette 7, 8.) Mais comme il y en a qui mènent une
âme que négligent la plupart des hommes, vie imparfaite, se précipitent vers les choses du
qu'ils ne jugent pas digne d'un moment d'at- temps, se plaisent dans les pensées de la chair,
tention, tandis que toute leur vie sera em- ne savent pas prier convenablement, notre
ployée à s'occuper du corps; les uns embras- commun Maître a voulu enseigner la manière
sent la carrière maritime, ils vont combattre >^e prier, disant : Quand vous neprierez,
contre les flots et les tempêtes, portant partou,. parlez pas beaucoup conune païens; ils
les
avec eux la vie et la mort, confiant à un fra- s'iî7wginent qu'à force de paroles ils seront
gile bois toutes les espérances de leur salut; exaucés. (Matth. vi, 7.) 11 veut empêcher cette
d'autres se vouent au pénible soin de cultiver abondance qui se ré])and en pai'oles et qui ne
la terre, tantôt la remuant profondément avec sert à rien.
la charrue, tantôt l'ensemençant puis mois- Par ce flux d'inutiles paroles qu'il défend, le
sonnant, tantôt plantant puis recueillant, et Seigneur nous donne à entendre que dans la
leur vie se passe tout entière dans ces ac- prière il ne faut pas demander les choses pas-
cablants travaux. Celui-ci se livre au com- sagères et périssables. Ne demandez donc pas
merce; aussi voyagera-t-il et sur terre et sur la beauté du corps que le temps flétrit, que la
mer ; à son pays il préférera les pays étrangers, maladie enlève, que la mort fait disparaître :

il quittera patrie, famille, amis, parents, en- car telle est la beauté du corps. C'est uue fleur
fantsmême, pour aller chercher un peu d'ar- éjdiémère, qui paraît dans le printemps de la
gent sur une terre inhospitalière. Et pourquoi jeunesse et qui bientôt se fane sous l'action du
énumérer les professions nombreuses que les tem[»s. Et si vous voulez voir ce qui la sou-
liommes n'ont inventées que jtour les besoins tient, vous aurez bientôt ap[>ris à la mépriser:
de leur corps, dans lesquelles ils s'emploient C'est l'humeur, le sauir, le suc de la nourriture
et le jour et la nuit pour soigner ce qu'il y a eu (|ue nous avons prise voila ce qui circule
:

eux de moins noble, tandis que, pour leur dans les yeux, les joues, le nez, le front, les
âme, ils la laissent abandonnée à la faim, à la lèvres, en un mot dans le corps tout en-
soif, à la misère la plus sordide et la plus re- tier, et si celle cireulalion disparaît, la beauté

poussante, en proie à mille maux divers? Et du visage disparaît aussi. Ne demandez pas
après ces travaux, après toutes ces peines, ils l'abondance des richesses, des richesses qui,
n'auront pas rendu supérieur à la mort leur comme les eaux d'un fleuve, s'écoulent et s'en-
corps mortel, mais ils auront préci|tité dans fuient, qui passent tantôt à celui-ci, tantôt à
des bui>plices sans fin et le corps mortel et l'âme celui-là, «lui échappent à leurs possesseurs,
immortelle. qui ne peuvent rester à ceux qui les aiment,

2. Aui»si , déplorant l'aveuglement qui s'est qui amènent avec elles des envieux, des vo«;
HOMELIE SUR LE TEXTE : LA PORTE EST ÉTROITE. 21

leurs, des calomniateurs, toute sorte de maux, insensés pour demander à Dieu non-sculenier.t
incendies, naufrages, attaques, séditions, infi- la beauté corporelle, la richesse, la puissance,
délités niùnic dans notre maison, vols de mais encore la malédiction et des châtiments
créances, faux en écritures, et tous ces acci- terribles pour leurs ennemis, et ce Dieu dont
dents auxquels ceux qui aiment les richesses ils recherchent la faveur et les bonnes grâces,

sont exposés par leur fortime même. Ne de- ils appellent ses colères et ses sévérités sur
mandez pas les dignités : car elles aussi amè- leurs ennemis. Le Seigneur les blâmant par
nent mille maux, soucis redoutables, insomnies avance nous ordonne de ne pas p;irler long-
conlinueiles, pièges de la part dos cuvioux, ma- temps dans nos prières; il nous enseigne ce
chinalions perfides de la part des ennemis, qu'il y faut dire, et en peu de paroles il nous
sophismes des rhéteurs qui sous leurs beaux instruit de toutes les vertus ces paroles ne
:

discours déguisent la vérité et la rendent pres- nous apprennent pas seulement à bien prier,
que insaisissable, grave péril pour les juges. 11 mais elles suffisent pour régler toute notre vie.
en est dont les prières se répandent en paroles 3. Quelles sont-elles et quel en est le sens?
nombreuses et inutiles pour demander au Dieu voilà ce qu'il nous faut rechercher avec soin,
tout-puissant ces choses et autres send)lables, pour les observer fidèlement comme des lois
tandis qu'ils n'attachent aux biens réels aucun divines. Notre Père qui clés aux deux. (Mattli.
intérêt. Ce n'est pas le malade ()ui apprend au VI, 9 et suiv.) Quel excès de charité Quelle I

médecin l'utilité de tel ou tel remède il n'a ; sublime élévation Par quelles paroles digne-
!

qu'à se soumettre à ceux (ju'ou lui donne, quel- ment remercier Celui qui nous a comblés de
que pénible que doive ètreletraitement. Cène tant de biens I Considérez, mes chers audi-
sont pas les passagers qui dirent au pilote teurs, la bassesse de notre commune nature,
comment il faut tenir le gouvernail et diriger examinez notre origine et vous n'y trouverez
le navire ; mais, restant sur le pont, ils se rien que boue, que cendre, que poussière ;

fient à son expérience, non-seulement quand formés de terre, nous retournerons en terre
la navigation est heureuse, mais encore quand après notre mort. Puis, admirez l'insondable
ils se voient exposés à des dangers extrêmes. abîme de la bonté de Dieu qui veut que nous
C'est seulement lorsqu'ils ont affaire à Dieu, lui donnions le nom de Père, nous terrestres à
qui sait pourtant ce qu'il leur faut pour leur lui qui habite le ciel, nous mortels à lui immor-
bonheur, que les hommes ont l'esprit assez tel, nous corruptibles à lui incorruptible, noua
mal fait pour ne pas s'en rapporter entière- qui passons à lui (|ui demeure, nous qui ne
ment à lui ; mais ils demandent comme utile faisons que de sortir de la boue à lui qui est
ce qui leur serait nuisible, semblables à un Dieu de toute éternité. Toutefois, s'il vous
malade qui prierait le médecin de lui don- permet de prononcer ce nom, il ne veut pas
ner non ce qui peut faire disparaître la mala- que ce soit en vain, mais bien afin que, res-
die, mais ce qui en entretiendrait et en nour- pectant le nom de Père que lui donne votre
rirait la cause. Le médecin se garderait d'écou- bouche, vous imitiez sa bonté, comme il dit
ter la demande du malade même quand , en un autre endroit Devenez semblables à
:

il le verrait pleurer et gémir il ne suivrait ; votre Père célesle, qui fait lever son soleil sur
que sa science, et cette insensibilité, nous les bons et sur les méchants, et pleuvoir sur les
l'appellerions non cruauté, mais humanité; justes comme sur les injustes. (Matth. v, i5.)
s'il obéissait au malade et lui fournissait ce Vous ne pouvez appeler votre Père le Dieu de
qu'il demande, il agirait envers lui comme un toute bonté, vous gardez un cœur cruel et
si

ennemi mais en lui résistant et combattant


: inhtnnain ; dans ce cas, vous n'avez plus
car,
ses désirs, il ne montre pour lui que de la en vous la marque de la bonté du Père céleste;
bienveillance et de la charité : de même le mais vous êtes descendus au rang des bêtes
médecin de nos âmes ne saurait écouter des féroces, vous êtes déchus de votre noblesse
demandes qui tourneraient au détriment de divine, vous êtes dégénérés selon cette parole
ceux qui les font. Les pères qui aiment leurs de David Lhomme n'a pas compris la r/loire
:

enfants ne leur fournissent, quand ils sont à laquelle il était élevé; il est devenu compa-
encore jeunes, ni épées ni charbons de feu ils ; rable aux animaux privés de raison., et il s'est
savent bien que ce leur serait un funeste pré- fait semblable à eux (Ps. iv, viii, 21.) Quoi I

sent. Et il y en a cependant qui sont assez cet homme s'élance comme le taureau, frappe
TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTO.ME.

du pied comme l'âne, garde rancune comme foi, à prendre notre essor, à traverser les airs,
le chameau, s'emplit le ventre comme l'ours, à passer au delà des régions éthérées, à
dérobe comme le loup, pince comme le scor- chercher celui que nous appelons notre Père,
pion, est rusé comme le renard, hennit après il nous a ordonné de dire A'o/re Père qui :

les femmes comme le cheval après les ca- êtes aux cieux, non que Dieu ne se trouve
vales, et il pourrait faire entendre ii parole que dans ^es cieux, mais pour que nous qui
des enfants et appeler Dieu du nom de Père 1 sommes aduellement attachés à la terre, nous
Mais comment faudrait-il l'appeler lui-même ? levions les yeux au ciel, et qu'admirant la
Bête féroce? Mais de tous les vices que je viens beauté des biens qui nous y attendent, nous
d'énumérei !V> animaux n'en ont qu'un, et aspirions vers eux de tout notre Kijt\xv.
il a moins de raison
celui-ci les réunit tous et 4. Telle est la première parole; écoutez

que animaux mêmes. Que dis-je, bête fé-


les maintenant la seconde Que votre 7iom soit :

roce? Mais il est pire que les animaux. Ceux- sanctifié. Ce serait une folie de croire qu'il de-

ci, quoique féroces par nature, peuvent, par le mande pour Dieu un accroissement de sain-
soin de l'homme, s'apprivoiser. Mais celui qui teté, par ces paroles : Que votre nom soit sajiC'

est homme, et qui change la férocité naturelle tifié^ car il est saint, tout à fait saint, saint par
des animaux en une douceur qui ne leur est excellence. Et les séraphins, dans des chants
pas naturelle, quelle excuse aura-t-il donc, continuels, lui adressent cet hymne : Saint,
lui qui change la douceur qui lui est natu- saint, saint est le Seigneur Dieu des années; le
relle en une férocité qui ne lui est pas na- ciel et la terre sont remplis de sa gloire. Comme
turelle, lui qui peut rendre doux ce qui est ceux qui, acclamant les monarques, les appel-
cruel par nature et qui se rend cruel lorsque, lent rois et empereurs, n'ajoutent rien à leurs
par nature, il est doux, lui qui apprivoise le prérogatives, mais ne font que proclamer
lion et le rend docile, et qui change son propre celles qu'ils possèdent; de même nous ne don-
cœur en un cœur plus cruel que celui du lion ! nons pas à Dieu une sainb.lé qu'il n'aurait pas,
Ily a deux obstacles à vaincre chez le lion, lorsque nous lui disons : Que votre nom soit
puisqu'il est privé de raison et qu'il est le plus sanctifié nous proclamons seulement celle
;

féroce des animaux; et pourtant la sagesse que qu'il a car, l'expression quil soit sanctifié,
:

Dieu nous a donnée dompte cette nature re- se dit au lieu de qu'il soit glorifié. Cotte
:

belle. Et celui qui triomphe de la nature des parole nous apprend à diriger notre vie dans
animaux va perdre l'avantage que la nature lui le chemin de la vertu, afin qu'en nous voyant,

a donné ! le lion, il le fait homme, et il lui est les hommes glorifient notre Père céleste, se-

indifférent de faire de lui-même un lion ! Au lon ce qui est dit en un autre endroit de l'E-
lion donne ce qui est au-dessus de sa nature,
il vangile : Que votre lumière brille devant /e?
et à lui-même il refuse ce qui est de sa nature ! honunes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et
Comment donc pourrait-il appeler Dieu son qu'ils glorifient votre Père quiesfdnishs cieux.

Père? Un homme plein de bonté et de charité (Mallh, V, 16.) Puis Jésus-Christ nous enseigne
pour son prochain, un homme ()ui, loin de se à dire que votre règne arrive. Tyrannisés par
:

venger des injures reçues, ne rend que le bien les concupiscences


charnelles, assaillis de
pour le mal, celui-là seul peut sans crainte mille tentations, nous avons besoin du règne
appeler Dieu son Père. Voyez maintenant et de Dieu, de peur (jne le péché ne règne dans
saisissez toute la force de ces paroles : elles ce corps mortel et ne le rende esclave des pas-
nous font une loi de nous aimer les mis les sions, de peur encore (|ue nos membres ne
autres, elles nous resserrent tous dans le lien deviennent des instiunienls d'iniijuité pour
d'une charité nuiluelle. Le Seigneur ne nous le péché, mais afin qu'ils soient des inslru-
a pas conunnndé de dire, mon Père qui êtes ments de justice aux mains de Dieu et que
aux cieux, mais bien jiDtrc Vcre qui êtes aux nous nous rangions dans l'armée du Hoi
deux, afin que, sachant que nous avons un des siècles. Cette parole nous apprend en-
Père conumin, nous éprouvions les uns pour core à ne ]vas trop nous attacher à cette vie
les autres un amour fraternel. Ensuite pour mortelle, mais à fouler aux pieds les choses
nous apprendre à nous détacher de la terre et présentes, à désirer les choses futures connue
des choses de la terre, à ne pas nous courber étant seules stables, à rechercher le royaume
sans cesse vers elle, mais à saisir le^ ailes de la du ciel et de l'éternité, à ne pas mettre notre
HOMÉLIE SUR LE TEXTE : LA PORTE EST ÉTROITE. Î3

bonheur dans les choses qui peuvent nous pain nécessaire à notre subsistance c'est à- \

plaire ici bas, ni dans la beauté des corps, ni dire qui s'assimile au corps et le fortifie.
dans l'abondance des richesses, ni dans les Et ce pain, il ne nous ordonne pas de le
grandes po^scssiotis, ni dans le luxe des pier- demander pour un grand nombre d'années,
reries, ni dans la magni licence des maisons, mais seulement pour le jour présent. JSe
ni dans les dignités et les honneurs, ni dans soyez pas inquiets., nous dit-il, pour le len-
la pourpre et le diadème, ni dans les festins, demain. (Malth. VI, 3i.) Pourquoi vous inquié-
dans ks^ mets exciuis, dans les plaisirs quels teriez-vous du lendemain, vous qui ne verrez
qu'ils soient, mais à répudier avec mépris ces pas lendemain, qui travaillerez sans recueil-
le

faux biens, pour tondre de tous nos clTorts vers de voire travail? Confiance en ce
lir les fruits

le seul rèune de Dieu. Après nous avoir en- Dieu qui donne à toute chair sa 7iourriture !
seigné le détachement du monde, le Seigneur (Ps. cxxxv, 23.) Celui qui vous a donné votre
ajoute : Qîie votre volonté soit faite sur la corps, qui d'un souffle de sa
bouche a créé
terre comme au nous a inspiré l'a-
ciel ; il votre âme, qui vous a doué de raison, qui,
mour des biens à venir, il nous les a fait même avant votre création, vous avait préparé
désirer avec ardeur, et quand il a jeté celte tant de biens, vous abandonnera-t-il après
flamme dans notre cœur, il dit Que votre ve- : votre création, lui qui fait lever son soleil sur
louté soit faite sur la terre comme au ciel., les bons et sur les méchants et pleuvoir sur les

comme s'il disait : vous, noire Roi, accordez- justes et sur les injustes? (Mallh. v, 45.) Placez
nous de vivre comme ceux qui sont au ciel, afin donc en lui votre confiance, ne lui demandez
que ce que vous voulez nous le voulions aussi. que Ja nourriture du jour présent, lui laissant
Secourez notre volonté qui faiblit, qui voudrait le soin du lendemain, comme disait le bien-
accomplir vos préceptes, mais qui en est em- heureux David Abandonne au Seigneur le soin
:

pêchée par la fragilité du corps. Tendez nous de ta personne et H te nourrira. (Ps. liv, 23.)
une main secourable, à nous qui voudrions Après nous avoir enseigné dans les paroles
courir et qui ne pouvons que nous traîner. précédentes la plus sublime philosophie, sa-
Notre âme a des ailes, mais alourdie? par la chanl qu'il est impossible qu'étant hommes et
chair elle s'élance vers le ciel, mais la chair
; revêtus d'un corps mortel nous ne tombions
la fait retomber lourdement sur la terre avec ; pas, nous a appris à dire Et pardonnez-
il :

votre secours tout lui dcN iendra possible, même 710USnos offenses, comme nous pardonnons d
ce qui est impossible. Que votre volonté donc ceux qui nous ont offensés. Cette demande
soit faite sur la terre comme au ciel. renferme trois préceptes salutaires à ceux qui
:

5. Comme il vient de nommer la terre, et sont parvenus à un haut degré de vertu Jésus-
qu'à des créatures, sorties de la terre, vivant sur Christ apprend qu'ils ne doivent pas cesser
la terri', portant un cor|)S formé de la terre, d'être humbles, ni se confier en ce qu'ils ont
il faut un aliment conforme à leur nature, Jé- fait de bien, mais craindre et trembler et se

sus-Christ devait nécessairement ajouter : Do7î- souvenir de leurs iniquités passées, comme
nez-nous aujourdhui pain nécessaire à notre
le le faisait le grand Paul qui, après tant de
subsistance. Il veut que nous demandions le bonnes œuvres, disait Jésus-Christ est venu
:

pain nécessaire à notre subsistance, non le su- en ce monde pour sauver les pécheurs, entre
perflu, mais le nécessaire, ce qui suffit à ré- lesquels je suis le premier (I Tim. i, 15) il ne :

parer les pertes que le corps subit sans cesse et dit pas j'étais, mnis je suis, montrant par là que
à l'empêcher de mourir de faim, non des t iblcs le souvenirdu passé lui était sans cesse présent.
voluptueuses, non des mets variés, non des fes- A ceux donc qui sont arrivés à la perfection,
tins préparés avec une savante industrie, non Notre-Seigneur par ces paroles indique que
des pâtisseries délicates, non des vins aux par- l'humilité doit être leur sauvegarde. A ceux qui
fums de fleurs, et tous ces autres raffinements sont tombés après la grâce du saint baptême,
qui flattent le palais, mais qui accablent l'esto- loin de les laisser désespérer de leur salut, il ap-
mac, (|ui appesantissent l'esprit, qui font que prend à demander au médecin des âmes le par-
le corps se révolte contre l'esprit, semblable à don qui les guérira. En outre il nous donne à
un clK'val rebelle au
à la voix de
frein comme tous une leçon de charité. Il veut que nous
son cavalier. Ce n'est pas que la parole là ce soyons indulgents pour les coupables, sans
de Dieu nous enseigne à demander, mais le ressentiment contre ceux qui nous ont of-
24 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CliRYSOSTOME.

fensés nous pardonnons, on nous pardon-


: si que même il n'osa pas faire sans permission.
nera, et c'est nous qui fournissons la me- S'il n'a pas même de pouvoir sur des pour-
sure du pardon qui nous sera accordé. Car ceaux, en aura-t-il sur des hommes vigilants
nous demandons d'obtenir autant que nous et humbles, gardés par le Dieu qu'ils adorent
aurons accordé, nous demandons une indul- conjme leur maître et leur roi? Aussi à la fin
gence proportionnée à celle que nous aurons de celte prière nous montre-t-il qu'à Dieu
eue nous-mêmes. Après cela, Jésus-Christ nous appartiennent la royauté, la puissance et la
ordonne de dire: Et ne nous induisez pas en gloire, en disant : A vous sont la royauté,
tentation; mais délivrez-nous du mal. 11 nous la puissance et la gloire pour toute l'éter-

arriTc bien des maux causés par les dé- nité * : Ainsi soit-il. Comme s'il disait : je
mons, bien des les bommes,
maux causés par vous demande tout cela parce que je vous re-
soit qu'ils nous tourmentent ouvertement, soit connais comme le Maître universel de toutes
qu'ils nous tendent des pièges cachés. Le corps, choses, comme ayant une puissance qui ne fi-

s'il se soulève contre l'âme, nous cause un nira jamais, pouvant tout ce que vous voulez,
grave dommage; s'il tombe dans les innom- possédant une gloire qu'on ne peut vous ravir.
brables maladies qui nous assiègent, il ne nous Pour tous ces motifs, rendons grâces à Celui
amène que douleurs et afflictions. Puis donc qui a daigné nous accorder tant de biens, et
que de toutes parts nous sommes exposés à des proclamons qu'à Lui convient toute gloire,
maux nombreux et si divers, Notre-Seigneur
si tout honneur et toute puissance; à Lui, dis-je,
nous apprend à demander au Dieu tout-puis- Père, Fils et Saint Esprit, maintenant et tou-
sant d'en cire délivrés. Car devant celui ^u'il jours et dans les i-iècles des siècles. Ainsi
protège, la tempête s'apaise, les flots redevien- soit-il.

nent tranquilles, le démon s'enfuit confus,


' Cette conclusion de l'oraison dominicale m r'^uv* A%r.^ Ut bt.'et
comme autrefois quand, se retirant des hom- grecques, mais non dans laVulgate.

mes, il entra dans le corps des pourceaux; ce


HOMÉLIE SUR LE PARALYTIQUE
DESCENDU PAR LE TOIT.

Qa'il est diiférenl da celui dont parle v.n\ J«ai, et d« l'i^iW in Pèio et du Ffls.

AVERTISSERIENT 8. ANALYSE.

Dans l'exorde de celte homélie, saint Chrysostome dit qu'il avait fait depuis peu un discours sur le pnmh/ifque de trenfe-huit
fins; ce qui désigne, sans aucun doute, la douzième homélie contre les Anontdcns (voyiz tome ii), dans laiiuelle il i)rouve, par
la guén'>on miraculeuse do ce paralytique, que le fils est égal au Père en pi;;>sanco. 11 lit, comme l'on cioit, celte hoir.é iu en

398, étant déjà évêque de Constantinople ; ainsi il faut rapporter vers le même temps l'homélie sur le parali/tique descendu
par le toit.

1» Nature des richesses spirituelles, elles ne s'épuisent jamais. L'histoire du paralytique nous apprend k supporter les épreuves
de la vie. — 2"
Dieu est toujours père et médecin soit qu'il use de sévérité, soit qu'il use d'indulgence. Le secours de la trrâce
divine est nécessaire. —
3° L'orateur ptsse au second paralytique. Les Evangèlistcs ne se coutrediâeut pas. 4o Diiïereuces —
des deux paralytiques. —
5-> Grande foi du paralytique. —
6» Le Christ démontre sa divinité. 7» La rémission des péchés.—
8* Exhortation à la patience dans les peines.

4. Quand nous avons dernièrement parlé du lui est assurée, qu'elle le suit, qu'elle habite
paralytique qui gisait dans son lit auprès de la avec lui dans la vie future, qu'elle plaide
piscine,nous avons trouvé un grand et ma- puissamment en sa faveur et lui rend le juge
non en creusant la terre, mais
giiiflque trésor, p/opice.
en examinant les senlitncnts de ce malade nous ; Nous avons trouvé ces richesses cachées en
avons trouvé un trésor, non d'or, d'argent et abondance dans l'àme du paralytique. Je vous
de pierres précieuses, mais de force, de sa- en atteste, vous qui avez mis toute votre ar-
gesse, de patience, d'espoir en Dieu ce : deur à creuser cette mine, sans l'épuiser toute-
qui vaut mieux que l'or et la richesse. La ri- fois. Car telle est la nature de la richesse spi-

chesse matérielle vous expose aux embûches rituelle; elle est comme l'eau qui coule sans
des voleurs, à la langue des calomniateurs, abondante encore car elle
tarir, elle est plus :

aux attaques des brigands, aux crimes de vos croît à mesure qu'augmente le nombre de ceux
propres esclaves, et si vous évitez tout cela, qui "viennent puiser à ses sources. Elle entre
elle ne vous en causera pas moins les plus dans l'âme de chacun et se communique sans
grands malheurs en attirant sur vous les re- se diviser ni s'amoindrir, elle se donne tout
gards de l'envie et vous suscitant mille tem- entière, et elle reste tout entière sans pouvoir
pêtes. La richesse spirituelle échappe à tous être jamais épuisée, sans pouvoir jamais man-
ces périls; nul accident ne peut l'atteindre quer : c'est ce qui est arrivé en cette circons-
dans la haute région où elle est placée, elle se tance. Vous vous êtes jetés en foule sur ce tré-
rit des voleurs, des brigands, des envieux, des sor, chacun de vous y a puisé largement selon
calomniateurs, et même de la mort. La mort ses forces; et que parlé-je de vous, c'est depuis
ne la sépare pas de celui qui la possède au ; Notre-Seigneur que des milliers et des milliers
contraire, c'est après la mort surtout qu'elle d'hommes s'y enrichissent, et néanmoins il de-
20 TRADUCTIOiN FRANÇAISE DE SAINT JEAN CIIRYSOSTOME.

meure dans son intégrité. Ne nous lassons avec courage même les choses les plus întolé-
donc pas de puiser à cette source intarissable O râbles? Ce n'est pas son état de santé, c'est sa
de richesses spirituelles venons encore aujour-
; maladie qui nous est d'une grande utilité; car
d'hui y remplir nrs âmes; contemplons la cha- sa guérison a fait, il est vrai, louer le Seigneur
rité du Maître et h. patience de l'esclave. Affligé par ceux qui l'ont entendu raconter; mais sa
depuis trente-huit ns d'une maladie incurible,
. maladie et son infirmité nous sont une leçon
tourmenté contin 'cllement, il ne se plaignit de patience nous provoquent à l'imiter et
,

pas, il ne fit pas rntcndre une parole répré- nous fournissent une nouvelle preuve de la
hensibie, il n'accuia pas Celui qui l'avait ainsi charité de Dieu pour nous. Lui avoir envoyé
traité, mais il supporta ce malheur avec cou- une maladie et si grave et si longue, c'est déjà
rage et patience. — Et comment le savez- une preuve d'amour. L'orfèvre jette l'or dans
vous? me dira-t-on ; ne nous
la sainte Ecriture le creuset éprouver par le feu,
et l'y laisse
a rien appris de sa vie antérieure elle nous a ; jusqu'à ce qu'il soit devenu plus pur de :

dit seulement que sa maladie durait depuis même pour les âmes des hommes. Dieu les
trente-huit ans; mais qu'il n'y ait eu chez lui ni laisse éprouver par le malheur, jusqu'à ce
plainte, ni emportement, ni colère, elle ne l'a qu'elles soient devenues pures et brillantes,
pas ajouté. —
Ces cependant ce qu'elle vous jusqu'à ce qu'elles aient retiré de cet état de
montrera avec évidence, si vous voulez lire grands avantages : ain^i cette infirmité était
avec une attenlior sérieuse et non superficielle un premier bienfait de Dieu.
et momentanée. E i le voyant en pré-^eiice du 2. Donc pas de trouble, pas de désespoir
Christ qui vient 1^. trouver, qui ne lui est pas quand il nous arrive des épreuves. Si TorfevTe
connu, qu'il ne croit encore être qu'un homme, sait après combien de temps il faut retirer du
en le voyant, dis-je, si réservé dans son lan- feu l'or qu'il y a mis et ne le laisse pas brûler
gage, n'en pouvez-vous pas conclure quelle et seconsumer. Dieu le sait bien mieux encore,
a été sa conduit; antérieure? Car, à celte et quand il nous verra devenus plus purs, il

question Voulez-vous être guéri? il ne ré-


: saura bien faire disparaître les épreuves, de
pond pas comme on aurait pu s'y attendre : peur qu'accablés par des maux trop nombreux
Vous me voyez gisant ici paralyli(}iie depuis nous ne chancelions et ne tombions. Pas de
tant d'années, et vous me demandez
si Je veux découragement, pas de défaillance, si nous som-
être guéri? donc venu insulter à
Vous êtes mes sur|)ris par quehpie malheur; mais lais-
uies souffrances, vous en moquer et rire de sons Dieu qui s'y enltud, laissons-le, dis-je,
mon malheur? Il ne dit rien de semblable; purifier notre âme; il n'agit que dans l'inté-

uiais avec une parfaite tranquillité d'âme : rêt et pour le plus grand avantage de ceux
0?/?, Seigneur^ répond-il. Mais si après trente- qu'il éprouve. Aussi un auteur sage nous
luiit ans il était si calme, si paisible, alors que adresse-t-il cet avis : Mon /ils, lorsque vous
toute force d'âme devait être brisée chez lui, entrerez au service du Seigneur, préparez
figurc7/-vous quelle; devait être sa patience au votre âme à l'épreuve; que votre cœur soit
commencement de sa maladie. Car, tout le plein de droiture et de force, et ne vous hâ-

monde sait que les malados ne sont pas aussi tez pas dans le temps de la tentation. (Eccl. ii,
moroses au début de leurs maladies que lors- 1,2.)
(pi'ily a déjà longtemps qu'ils soullVenl ils : Laissez-le, nous veut-il dire, entièrement maî-
(loviennenl très-chlTicilcs, loiscpic leur maladie tre; il sait bien le moment où il faudra nous

traîne en longueur; ils devieimeut parfois in- retirer de ces maux qui sont comme la four-
supporlabU'S. Celui-ci donc qui ai)rès tant d'an- naise où nous sommes purifiés. Il faut le lais-
nées se montre si calme et répond avec tant de ser faire partout, lui rendre grâces de tout,
de patience, a dû évidemment supporter anté- témoigner notre reconnaissance pour tout,
rieurement avec reconnaissance ce mal qui soit tju'ilnous comble de biens, soit même
lui était envoyé de Dieu. qu'il nous fra|)pe car c'est là aussi un bien-
:

Stinuilés par cet exemi»le, imitons la pa- fait. Le médecin n'est pas médecin seulement

tience de notre ficre; sa paralysie sera pour quand il tait prendre des bains, ordonne uue
nos âmes un jn'incipe de force; (juel honune nourrilure subslanlielle et veut que le malade
^era si indolent, si lâche, quà la vue de ce se promène dans des jardins fieuris, mais aussi
malheur, il ne se seule disposé à supporter quand il brûle et qu'il coupe ; le père n'est pas
HOMÉLIE SlTx LE PARALYTIOUE. 27

pcre seulement qnanJ ilcaresse son fils, mais rJais si Pierre qui a tant aimé le Christ, qui a

aussi (juaml il le ch;is;e do la maifon, qu'il le exposé mille fois sa vie pour lui, (jui élail tou-

réprimande, ((u il le châtie il n'est pas moins ;


jours plus ardent que les autres apôlres, qui a
père alors que (juand il récompense:. Aussi sa- été appelé bienheureux par le Maître et sur-

chant que Dieu nous aime mieux que tous les nommé Pierre, parce qu'il avait une foi iné-

médecins, ne vous inquiétez pas, ne lui de- branlable et invincible, eût succombé et renié
mandez pas couq)te des nioyons qu'il emploie; la foi, en supposant (jue le Christ eût permis
mais qu'il veuille user d'indulgence ou de sé- au démon de le tenter autant qu'il le voulait,
vérité, abandonnons -nous à lui; par l'un quel autre pourra résister sans le secours du
comme par l'autre de ces moyens, c'est toujours ciel? Aussi saint Paul dit Dieu est fidèle et il
:

pour nous sauver, pour nous unir à lui qu'il ne souffrira pas que vous soyez tentes au-dessus
agit; il sait ce doul chacun a besoin, ce qui est de vos forces ; mais il vous fera tirer profit de
utile à chacun, comment et de quelle manière la tentation même afin que vous puissiez per-
chacun se sauvera et c'est dans celte route qu'il sévérer. (I Cor. X, 13.) Non-seulement il ne per-
nous conduit. Marchons donc où il veut nous mettra que nous soyons tentés au-
pas, dit-il,
mener, marchons sans hésitation, que la route dessus de nos forces, mais même quand la ten-
soit douce et facile ou bien rude et âpre, tout tation est proportionnée à nos forces, il est
comme a fait ce i)aralylique. Le premier bien- près de nous, nous soutenant, combattant avec
faitque Dieu lui accorda, ce fut de purifier nous, pourvu que nous apportions à la lutte ce
par une si longue maladie son âme qu'il jetait qui dépend de nous, comme le zèle, l'espé-
en quelque sorte dans un creuset où le feu des rance en lui, la reconnaissance, la force, la pa-
tentations devait la dépouiller de toute souil- tience. Car ce n'est pas seulement dans les
lure. Unsecond, non moindre que celui-là, ce périls qui excèdent nos forces, mais encore
fut de lui être présent dans ses épreuves et de clans celles qui ne les dépassent pas que nous
lui procurer de vives consolations. C'est lui qui avons besoin du secours d'en-haut, si nous
le soutenait et le dirigeai^ qui lui tendait une voulons résister avec courage. Ailleurs le
main secourable sans jamais le laisser tomber. même apôtre dit : Comme les souffrances du
Et en entendant dire que Dieu lui venait ainsi Christ abondent en nous, c'est aussi par le
en aide, n'allez pas retirer votre admiration Christ que notre consolation abonde, afin que
ni à ce paralytique ni à tout autre qui dans nous puissions nous-mêmes, par Vencourage-
l'épreuve montre de la force. Car fussions- ment que Dieu nous donne, consoler aussi ceux
nous mille fois parfaits, fussions-nous plus qui sont sous le poids de toute sorte de maux.
forts et plus puissants que tous les hommes, (II Cor. IV, 5.) En sorte que celui qui a con-

si le bras de Dieu nous abandonne nous ne , solé le paralytique, c'est celui-là même qui
pourrons plus résister à la première tentation avait permis qu'il fût éprouvé. Mais voyez,
venue. Et que parlé-je de nous, faibles et pau- après la guérison ,
quelle sollicitude il lui
vres? Quand ce serait un autre Pierre, un autre montre. ne le renvoie pas pour ne plus s'en
Il

Paul, un autre Jacques, un autre Jean, si Dieu occuper, mais le rencontrant dans le temple il
ne vient à son secours, il est facile de l'atta- lui dit Voilà que vous êtes guéri, ne péchez
:

quer, de l'ébranler, de lî terrasser. Kt à ce plus de peur qu'il ne vous arrive encore


propos, je vous rappellerai une parole du pis. (Jean, v, 14.) Si c'eût été par haine qu'il
Christ ; il dit à Pierre : Voici que Satan a de- eût permis la tentation, il ne l'aurait pas dé-
mandé de vous cribler comme le froment; et livré, il ne l'aurait pas prémuni pour l'avenir;
j'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille car lui dire de peur qu'Une vous arrive encore
point. (Luc, XXII, 31-32.) pis^ c'est vouloir prévenir les maux futurs. II

Qu'est-ce à dire, vous cribler? C'est vous en- a mis fin à la maladie, mais non au combat; il

traîner, vous agiter, vous précipiter, vous a chassé l'infirmité, mais non banni la crainte,
tourmenter, vous frapper, vous torturer, ne fût pas oublié. Il est d'un
afin ([ue le bienfait
comme ce qui passe au crible; mais, ajoute- médecin soigneux de ne pas seulement guérir
t-il, l'ai empêché
je je savais que vous: les maux présents, mais de prémunir contre
n'auriezpu supporter cette épreuve car dire : les maux à venir; c'est ce que fait le Christ, en
pour que ta foi ne défaille point, c'est montrer fortifiant l'âme du paralytique par le souvenir
que, s'il l'avait permis, sa toi aurait défailli. du passé. Car, comme d'ordinaire nos maux
28 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CiiRYSOSTOME.

disparaissent de notre mémoire presque aussi- pas en vain qu'il a voulu le faire si longtemps
tôt qu'ils nous ont quittcS;, c'est pour perpé souffrir, il souvenir de ses fautes et lui
le fait
tuer ce souveniF, qi.e le Christ dit : Ne péchez dit Ja cause de sa malidie: ayant trouvé L
plus , de peur gufil ne vous arrive encore dans le temple, dit l'Evangéliste, Jésus lui dit:
pis. Ne péchez plus de peur qu'il ne vous arrive
La sollicitude et la douceur du Seigneur
3. e)icore pis.
ne se montrent pas nioms dans l'espèce de re- Puisque nous avons retiré tant de profit de
proche qu'il adresse au paralytique, que dans l'histoire de ce premier paralytique, allons
la précaution qu'il prend de l'avertir. Car il ne nous instruire auprès de l'autre, celui dont
divulgue pas ses péchés, il lui dit Feulement que parle saint Matthieu. (Matth. ix.) Car, dans les
ce qu'il souffre, il le souffre à cause de ses pé- mines, c'est aux endroits où Ion a déjà trouvé
chés; quels sont ces péchés, il ne l'a pas dit ; il de l'or qu'on va plutôt fouiller de nouveau. Je
n'a pas dit : tu as commis telle et telle faute, sais que plusieurs de ceux qui lisent sans beau-
telle et telle ini(juité, mais après l'avoir indiqué coup réfléchir, pensent qu'il ne s'agit dans les
par ce simple mol : Ne péchez plus, et lui avoir quatre évangélisîes que d'un seul et même pa-
dit une parole dont le souvenir le rendrait ralytiijue, mais cela n'est pas. Renouvelez ici
plus circonspect, nous montre sa patience,
il votre attention. Ce n'est pas ici une recherche
£on courage, sa vertu, en le mettant dans la inutile une solution convenable nous sera une
;

nécessité de dévoiler tout son malheur et de arme de plus contre les Gentils, contre les Juifs
parler de sa constance car, dit-il, tandis que : et contre la plupart des hérétiques. Car tous re-
je viens^ un autre descend avant 7noi ; mais prochent aux évangélistes de n'être pas d'accord
quant à ses péchés, Jésus-Christ ne les décou- entre eux. Mais grài-e à Dieu, ce reproche est en-
vre pas. Si nous voulons cacher nos initpiilés, tièrement faux si les auleurs sont différents,
;

Dieu le désire bien plus encore que nous: la grâce du S"inl-Esprit est une, cette grâce qui
la guérison, c'est en public qu'il l'opère; l'ex- a dirigé les évangélistes: or là où est la grâce
horlation et le conseil, c'est en particulier qu'il du Saint-Esprit, là est l'amour, la charité, la
les donne; jamais il )ie découvre nos fautes, à paix, et non la guerre, la discorde, la lutte et
moins que quehiuefois il ne nous y voie insen- le combat. Conunent montrerons-nous que ce
siblts. Car lorsi|u'il -iit: Vous avez vu que j'a- n'est pas du même paralytique qu'il s'agit?
vais faim et vous ne m'avez point donné à Par bien des argiuncnts tirés du lieu, du
manger^ que j'avais soif et vous ne m'avez temps, des circonstances, du jour, enfin de la
point donné à boire (Matlh. xxv, 42), il le dit manièredontlagucrisons'estopérée.donllemé-
dans le temps présent pour que nous n'ayons decin est arrive, dont le malade gisait abandon-
pas à l'entendre dans le temps futur. Il me- né. — A quoi bon celte démonstration, me
nace, il démasque aujourd'hui afin de n'avoir dira-t-on? N'y beaucoup de miracles
a-t-il pas
rien h dévoiler au jugement, comme il a me- qui sont rapjtoités différemment par les divers
nacé de ruine la ville de Ninive précisément évangeli>tes? —
Sans doule, mais autre chose
afin de prévenir cette ruine. S'il vuulait publier est de parler dune manière ditférente, autre
nos péchés, il n'aurait pas annoncé qu'il les chose de parler d'une manière contradictoire;
publierait; mais s'il l'annonce, c'est pour que des dinérenees ne sont i>as des démentis: au
la crainte de la manifestation, sinon celle de la contr.iire, dans ce que nous examinons, il n'y a
punition, nous ramenant à de sages sentiments, que contradictions, si l'on n'admet pas que le
nous les effacions tous. C'est ce qui arrive au paralyti(pie de saint Matthieu n'est {>as celui
baptême; il admet l'honnuo à celiain salutaire dont ont parlé les trois autres évangélistes. Et
sans faire connaître ses inicpiités à personne, afin que vous conquenioz mieux que parler
ilne rend public que le pardon, et quant d'une manière différente n'est pas parler d'une
aux péchés, personne ne les connaît (jue lui et manière contraire, citons des exemples. Un
celui à qui ils sont remis. C'est ce tiui est arrivé évangélisie dit (pie Jésus porta sa croix, un autre
en celte circonstance blâme le paralytique
: il que ce fut Simon le Cyrénéen, et il n'y a p;is là
quand il n'y a pas de témoin ou pluUH ce ; de désaccord, pas d'opposition. Mais ne sont-ce—
n'est pas un blâme, c'est pres(|ue une apologie; pas deux choses évidemment contraires que
pour lui donner la raison de cclie longue af- porter et ne pas porter? —
Non; l'ime a eu lieu
fliction, lui dire et lui montrer que ce n'est fiussi bien que l'autre. Quand on sortit du pré-
HOMÉLIE SUR LE PARALYTIQUE. 20

toire, Jésus portail sa croix ;


plus loin, Simon la prétexte pour accuser Noirc-Seigneur? I« der-
lui prit et la porta. D même pour les larrons, nier est apporté à Jésus-Christ, le premier
celui-ci ilit (juc tous d( ux blasphémèrent contre c'est Jésus-Christ qui va le trouver, et il n'a-
Jésus, celui-là que l'un blâma les injures que vait personne pour le secourir Seigneur, Cixi- :

vomissait l'autre. Et cei)enilant il n'y a là rien W^ie ri ai personne (Jean, v, 7), tandis que le
de contratlictoire. Pourquoi? Purce que ces second avait beaucoup de parents qui le des-
deux choses eurent lieu au commencement : cendirent même par le toit. Pour le premier,
tous deux insultaient Jésus; mais quand il s'o- Jésus-Christ guérit son corps avant son âme :

péra de grandes merveilles, que la terre trem- car c'est après l'avoir délivré de sa paralysie
bla, que les rochers se fendirent, que le soleil qu'il lui dit : Voici que vous êtes (juéri, ne pé-
s'obscurcit, l'un des larrons se convertit, il de- chez plus. Pour le second, il n'eu est pas de
vint meilleur, reconnut le Crucifié et confessa même : il guérit d'abord son âme, car il lui
qu'il était Roi. Et aliu de ne pas nous laisser dit: Ayez confiance., mon fils, vos péchés vous
croire que c'est par une nécessité, par une sont remis (Malth. ix, 2), et ensuite il le délivre
force intérieure qu'il agit ainsi, afin de ne pas de sa paralysie.
laisser place au doute, l'Evangiie nous le mon- Maintenant que nous voyons avec évidence
tre conservant jusque sur la croix sa méchan- qu'il y en a deux, il nous reste à reprendre la
ceté i)remière, pour nous faire reconnaître que narration tout entière , à voir comment s'est
c'est et de son propre mouvement
de lui-même opérée la guérison de l'un, comment celle de
quil change et que c'est la grâce de Dieu qui l'autre, pourquoi toutes deux d'une manière
le rend meilleur. ditiérente, Tune le jour du sabbat, l'autre un
4. Il y a, dans les évangiles, bien de ces pas- autre jour, pourquoi Jésus vient vers l'un, tan-
sages qui paraissent opposés sans l'être en effet; dis qu'il se laisse apporier l'autre, pourquoi
les faits rapportés par l'un se sont passés aussi dans un cas c'est le corps, dans l'autre l'àme
bien que ceux qui sont racontés par l'autre; qu'il guérit d'abord. Ce n'est pas sans motif
seulement ils ne parlent pas du même mo- qu'il agit ainsi, lui qui srit et prévoit tout. At-
ment : l'un dit ce qui a eu lieu d'abord, l'autre tention donc et voyons d'abord quel est le mé-
ce qui a eu lieu ensuite. Mais ici rien de sem- decin! Si, lorsque les médecins doivent se ser-
blable, et le grand nombre de circonstances vir du ou du feu pour quelque opération
fer
raj) portées ne permet i)as même après l'exa- diitlcile, lorsqu'ilsont à prati(iuer une incision
men le plus superficiel de douter que ces deux ou une amputation sur un membre blessé ou
paralyli(jues ne soient différents. Ce serait un infirme, si, dis-je, en panùl cas l'on s'em|)resse
rude travail que de montrer, dans l'hypothèse avec un intérêt curieux autour de l'opérateur
opposée, l'accord complet des évangélistes entre et du patient, combien plus devons-nous le faire
eux s'il n'y a qu'un malade, tout est contra-
; ici, puisque le médecin est plus grand, le
dictoire si vous en admettez deux, tout se
: mal plus grave, et que ce n'est pas l'art des
concilie facilement. hommes, mais la grâce de Dieu qui opère la
Exposons donc les motifs qui nous font dire guérison ? Là vous voyez la peau coupée, le
qu'il y a deux paralytiques différents. Quels pus qui coule, la pourriture qui sort ;
quelle
sont-ils? C'est à Jérusalem que l'un est guéri, répulsion n'inspire pas un tel spectacle 1 quelle
l'autre à Capharnaùm l'un près de la piscine,
: peine et quelle douleur cause non-seulement
l'autre dans une petite maison, voilà pour le la vue des blessures, mais la vue des souf-
lieu le premier en un jour de fête, voilà le mo-
; frances des personnes ainsi traitées 1 (Car qui
ment précisé; l'un était malade depuis trente- serait assez insensible pour qu'en présence de
huit ans, de l'autre il n'est rien dit de sembla- pareils au milieu de tant de gémisse-
maux et
ble, voilàpour le temps l'un en un jour de sab- ; ments, il ne fût pas ému n'éprouvât pas de ,

bat, voilàpour le jour et si le second avait été


; compassion et ne sentît pas son âme attristée?)
guéri un jour de sabbat, saint Matthieu n'au- et cependant la curiosité nous fait supporter
rait pas manqué de le dire, ni les Juifs pré- ce spectacle. Ici rien de semblable on ne voit ;

sents d'en faire la remarque car si déjà ils : ni fer, ni feu, ni sang qui coule, ni malade
s'indignèrent d'une guérison qui cependant qui souffre et gémisse ; la seule chose qu'il y
n'avait pas été faite un jour de sabbat, que ait, c'est la sagesse du médecin qui n'a pas
n'eussent-ils pas dit s'ils avaient pu saisir ce besoin de ces secours extérieurs et qui se
30 Tl.ADLCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CIIRYSOSTOME.

suffit à elle-même. Elle se contente de com- du paralytique de Capharnaùm une foi moin-
mander danger disparaît.
et tout dre, de l'autre malade nulle foi, et il? n'en fu-
Et si vous trouvez admirable que la guérison rent pas moins guéris tous trois. Pourquoi Jésus
s*c|)ère avec tant de facilité, il est plus éton- acc<jrda-t-il ce bienfait à celui qui n'avait rien
nant encore (ju'elle se fasse sans douleur, sans donné? Parce que ce n'est point la négligence,
que les malades é|)rouvent aucune soullrance. ni l'indiiïcrence, mais l'i^inorance où il était à
Puis donc que le miracle est plus grand, la l'égard du Christ dont il n'avait entendu racon-
guérison plus entière et le plaisir des specta- ter aucune action ni grande, ni petite, qui lui
teurs exempt de toute tristesse, examinons de fit montrer si peu de foi. Voilà pouriiuoi il n'en

près, nous aussi, le Christ opérant cette guéri- reçut pas moins un grand bienfait. C'est ce
son Jésus étant 7jionté dans wte barque tra-
: , que l'Evaniiéliste nous indique p'ar ces mots :

versa la mer et vint dans sa ville. Et voilà que Il ne savait pas qui il était (Jean, v, 13), il ne
des gens lui présentaient un paralytique gisajit le reconnut à la vue seule, que quand il le
sur un lit, et Jésus voyant leur foi, dit à ce rencontra pour la seconde fois.
paralytique : Mon fds ayez confiance , vos pé- 5. Quelques-uns disent qu'il fut guéri , bien
chés vous sont remis. (Matlh. ix, 1, 2.) Leur foi que ceux qui l'apportèrent eussent seuls la foi,
le cède à celle du centurion, mais l'emporte mais il n'en est pas ainsi Voyant leur foi, dit
:

sur celle du paralyti(iue de Le cen-


la piscine. l'Evangile, tant de ceux qui l'apportèrent que
turion n'attira pas le médecin chez lui il ne , "de celui qui fut apporté. — Mais la foi de l'un
lui amena pas non plus le malade, mais s'a- ne peut elle pas obtenir la guérison de l'autre,
dressant à lui comme à Dieu il lui dit Pro- , : me direz-vous ? —
Je ne le crois pas, à moins
noncez seulement une parole et mon serviteur qu'un âge très-avancé ou une faiblesse extrême
sera guéri. (Luc vu, 75.) Les gens du paraly- n'empêche de croire. —
Comment donc dans ,

tique de Caj'liarnaùm n'attirèrent pas non plus l'histoire de la Chananéenne, voyons-nous la


le médecin chez eux, et en cela ils sont égaux mère qui croit et la fille qui est guérie, et
au centurion ; mais ils amenèrent le malade dans celle du centurion le serviteur privé de
au médecin, et en cela ils lui furent inférieurs, la foi, guéri et sauvé par la foi de son Maître?
])arce qu'ils ne dirent point Pro?wncez seule-
: — Parceque les malades ne pouvaient avoir la

ment u)ie parole. Toutefois ils l'emportent en- foi. Ecoutez Chananéenne Ma
les paroles de la :

core sur le paralytique de Jérusalem ; celui-ci fille est cruellement tourmentée par le démon,

dit en eiîet ; Scif/neur, je nai perso?me qui, tantôt elle tombe dans le feu, tantôt dans Veau.
lorsque l'eau est agitée, me jette dam la pis- (Matlh. XV, 22.) Comment une fille qui était sous
Quant aux premiers, ils sa-
cine. (Jean, v, 7.) Vempire des ténèbres et du démon, qui ne
vaient que le n'a nullement besoin
Christ s'appartenait pas, qui n'avait pas même la
d'eau, de piscine ou d'autre chose semblable. santé du corps, comment, dis-je, aurait-elle pu
Kl cependant le Christ rendit la santé non-seu- avoir la foi ?
lement au serviteur du centurion, mais encore Ce qui était arrivé à la Chananéenne arriva
aux deux derniers, et il ne leur dit point : au centurion son serviteur était couché dan? sa
:

Quoique vous ayez montré moins de foi maison ne connaissant pas le Christ, ne sachant
;

vous n'en serez pas moins guéris; seule- pas qui il était, conunent aurait-il pu croire à
ment, il comble celui qui en a montré plus celui qu'il ne connaissait pas, de l'existence
de louanges et de félicitations en disant Je : duquel il n'avait jamais eu le moindre soup-
n'ai point trouvé en Israël même une telle foi. çon? Mais ici on ne peut pas dire la même
(Luc, vil, 9.) Pour celui qui en montra moins, chose, car le paralytique crut. — Et (lu'est-ce
il se contenta de ne pas le louer, et ne re- qui prouve?
le —
Ce fuit seul, qu'il fut amené
fusa pas de le guérir, ni lui ni même celui à Jésus. Ne vous contentez pas de savoir qu'il
(jui ne montra aucune foi. Mais de même fut descendu par le toit mais pensez au sacri-
;

(pie les médecins, pour avoir guéri la même fice d'un malade qui consent à cola. Car vous
maladie, reçoivent des uns cent pièces d'or savez combien les malades sont difficiles et
des autres cinquante, de ceux-ci moins en- chagrins, jus(iu'à refuser les soins qu'on leur
core, de ceux-là rien de même le divin méde-
; donne mêmesur leurs lits, jusqu'à préférer
cin reçut, pour ses honoraires, du centurion e.ulurer toujours les douleur? de la maladie
Uiie foi grande et qu'où ne peut trop louer, plutôt (jue de supporter les douleurs d'un mo-
HOiMÉLIE SUR LL l'AUALYTIQUE. 31

ment que les remèdes entraînent après eux. vait lt;ur prochain, et ils blâmaient ces mira-

Mais pour ce paralytique il consentit à sortir, cles ontôt à cause du jour de sabbtit où ils
de sa maison, à se laisser porter en public, à étaient opérés, tantôt à cause de la vie des per-
se montrer à une foule de spectateurs. Ou ron es qui en étaient l'objet. Si celui-ci était
i.

"voitdes malades (jui aiment mieux mourir p/'njihête, il saurait bien quelle est la femme
que de découvrir leurs maux. H n't-n es^t pas qui touche (Luc, vu, 39); ils parlaient ainsi,
le

ainsi de ce malade; il voit la foule rassemblée, ne sachant pas que c'est le devoir du médecin
les entrées inabordables; eb bien ! il se laissera de rechercher les malades et de les approcher,
descendre Tant l'amour fsl liat)ile,
pat' le toit. sans jnmais les fuir ni les abandonner. C'est le
tant la charité est féconde en expédients Ce- ! reproche que Jésus leur adresse Ce ne sont :

lui qui cherche trouve, et à qui fiappe on ou- pa^ ceux qui se portent bien qui ont besoin de
vrira. Il ne dit pas à ses proches : Qu'est-ce médecins., mais les malades. (Matlh. ix, t2.)
donc? Pourquoi cette agitation, cet empresse- Pour leur ôter tout prél(;xte, il commence par
ment? Attendons que lamaison soit vide, que montrer combien sont dignes de guérison ceux
la foule se soit écoulée. Rassemblés main- qui viennent le trouver, à cause de la foi qu'ils

tenant, ces hommes se disperseront tout à manifestent. C'est par ce motif qu'il fait voir
l'heure, nous pourrons voir en secret le pro- de l'un la résignation, de l'autre la foi bouil-
l)bète et le consulter sur cette maladie. Faut- lante et l'ardeur ; c'est pour cela encore qu'il
ilaux yeux de tous étaler mon malheur, me guérit l'un un jour de sabb;;t, l'autre un autre
descendre par le toit malgré les souffrances jour, afin que voyant les Ju fs accuser et blâ-
que cela me causera? 11 ne fait aucune de ces mer le Christ sans avoir ce prétexte du sabbat,
réflexions, ni en lui-même, ni à ceux qui le nous apprenions que ce n'éi àt pas le zèle pour
portent, mais il regarde comme une gloire la loi qui les faisait parler, i lais l'excès de leur
d'avoir tant de témoins de sa guérison. Et si haine. Mais pourquoi, sans commencer par
cela nous montre sa foi, les paroles du Christ guérir le paralytique, lui dit-il : Confiance.,
nous la montreront aussi. Quand il fut des- mon fils, vos péchés vous lont remis? Admi-
cendu du toit et introduit dans la maison, le rez sa sagesse. Les niédecii s ne commencent
Christ lui dit Confiance, mon fils; vos péchés
: pas par traiter la maladie elle-même, mais par
vous sont remis. En entendant ces mots, il ne en enlever la cause. Si par exem[>le les yeux
se fâche point, ne s'irrite point, ne dit pas à soûl remplis d'humeur et d pus, le médecin, i

son médecin Que me dites- vous? Ne venais-je


: laissant là la pupille, s'occv pe de la tête où est

pas chercher une autre guérison que celle que l'origine, la source du mal; le Christ en agit de
vous m'offrez? Mensonge que tout cela, dissi- même et enlève d'abord la racine du mal. L'o-
mulation ce n'est qu'un prétexte pour déguiser
! rigine, la raison, la source lu mal, c'est le pé-
votre impuissance. Vous remettez les péchés, ché. C'est le péché qui paralyse les corps, c'est
parce que c'est chose qu'on ne voit pas. Sans le péché qui amène les maladies; aussi Jésus-

rien dire, sans rien penser de tout cela, il reste, Christ dit en cette circonstance Confiance^ :

permettant ainsi à son médecin de le guérir mon fils, vos péchés vous sont remis; et en une
par le moyen qu'il voudrait employer. Et si autre occasion Vous voilà guéri., ne péchez plus^
:

le Christ ne l'alla pas trouver, mais le laissa de peur qu'il ne vous arrive encore pis, montrant
venir à lui, c'était encore afin de montrer son ainsi que c'est le péché qui enfante les mala-
courage et l'ardeur de sa foi. De même qu'il dies. Au commencement, à l'origine de la
alla trouver celui qui était paralytique depuis création, c'est par suite du péché que la ma-
trente-huit ans, parce qu'il n'avait personne ladie se saisit du corps de Caïn. Car, après son
pour le secourir, de même il attendit que le fralricide, après ce grand crime, la paralysie
paralytique de Capharnaùm, parce qu'il avait s'empara de son corps qu'était-ce que le trem-
:

beaucoup de parents, vînt le trou^er, voulant, blement qu'il éprouvait si ce n'est la paralysie?
par cette conduite ditîorcnte, manifester la foi Quand en effet la force qui réside dans le corps
de celui qui fut apporté et l'abandon de celui est devenue trop faible et ne peut plus soutenir
qu'il alla trouver, le courage de l'un et la pa- tous les membres, elle les abandonne, et les
tience de l'autre, et il en agit ainsi surtout membres tremblent et sont agités.
pour les spectateurs. Car les Juifs ne voyaient 6. Saint Paul aussi nous enseigne cette vé-
qu'avec peine et jalousie les bienfaits que rece- rité. Après avoir parlé aux Corinthiens d'ua
TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

certain péché, il dit: c'e^t pour cela qu'il y a cusatiuns des Juifs lui fournissent l'occasion de
parmi vous beaucoup d'infirmes et de languis- se montrer égal à son Pèie, de même prévoyant
stnits. Ainsi le Cliiist fait d'abord disparaître en la circonstance présente ce qu'ils allaient
la cause des maux, et par ces mots : Confiance^ dire, il parla comme il le fit pour en prendre
mon fils^ vos péchés voies sont remis, il relève le occasion de montrer que sa dignité est égale à
malade et réveille son âme engourdie car sa : celle du Père. une tout autre chose de
C'est
parole est suivie d'effet; elle pénctrc jusqu'à la tenir ce langage de lui-même sans que per-
conscience, atteint l'âme, et lui rend une par- sonne le blâme ni ne l'accuse, ou bien de le
faite tranquillité.Car rien ne cause tant de joie, faire pour se défendre, quand les autres lui en
ne rend tant de confiance que de n'éprouver fournissent le prétexte. La première manière
aucun remords, Co/ifiance, mon fils, vos péchés eût cliû lué les auditeurs, la seconde excitait
vous sont remis. Là où les péchés sont pardon- moins de haine, s'admettait plus facilement et
nés, il n'y a plus que des enfants d'adoption. c'est ainsi du reste que nous le voyons agir
C'est ainsi que nous ne pouvions pas ai)peler toutes les fois que, par ses paroles ou par ses
Dieu notre Père, avant que l'eau régénératrice œuvres, il se déclare l'égal de son Père. C'est ce
n'eût lavé nos souillures, et quand nous avons que nous indique l'Evangéhste (Jean, v, 10) en
reparu après l'immersion, ayant déposé ce far- nous disant que les Juifs le blâmèrent non-sou-
deau, alors nous avons dit Is'otre Père quiètes: lement de ce qu'il avait violé le sabbat, mais tii-
aux deux. Mais pouripiui, à l'égard de l'autre core de ce (ju'il appelait Dieu son Père, se faisant
paralytique, n'en a-t-il pas agi de même et a- égal à Dieu, ce qui était bien plus grave : c'est
t-il commencé par guérir son corps? Parce (jue ce qu'il montrait moins par ses paroles que pai
lalongue durée de sa maladie avait expié ses pé- ses œuvres. Pourquoi donc ces méchants, rem-
chés une grande épreuve peut nous délivrer du
: plisde haine et d'envie, cherchent-ils partout
fardeau de nos iniquités de Lazare il est dit
: l'occasion de le confondre? Celui-ci blas-
qu'il a reçu les maux ici-bas et que dans le seir vltème, se disent-ils? Personne ne peut re-
d'Abraham il est dans la joie ; et ailleurs nous mettre péchés que Dieu seul. (Marc, n, 7.)
les
lisons : Consolez mon peuple., parlez au cœur Là, blâment d'avoir violé le sabbat, et
ils le

de Jérusalem^ lui disant qu'elle a reçu de la leurs accusations lui donnant occasion, pour
main du Seigneur le double de ses péchés. (Isaïe, se défendre, de se déclarer égal à son Père, il

XL, 1-2.) Et le Proi)hète dit encore : Seigneur., leur dit : Ce que mon Père fait, je le fais
donnez-nous la paix; car vous n'avez rien aussi. De même ici , leurs critiques lui sont
laissé impuni (Isaïe, xxvi, 12), montrant par là un montrer égal à son Père. Car
sujet de se
que les punitions et les cbàliments nous ob- que disent-ils? Personne ne peut remettre les
tiennent le pardon de nos péchés, vérité que péchés que Dieu seul. Us ont eux-mêmes tracé
bien des preuves nous démontrent. celte limite, assigné celle règle, dicté celle loi ;

Pour le paralyticjue de la piscine, Jésus- il va les convaincre par leurs propres paroles.
Christ ne lui a pas remis ses péchés, il l'a seu- Vous av(>z dit que c'était le propre de Dieu de
lement prémuni pour l'avenir, parce que, ce rcineltre les péchés : vous proclamez ainsi ma-
nie semble, ses péchés avaient déjà été pardon- nifestement l'égalité du Christ avec Dieu. Ils
nés en considération de sa longue maladie; ou, ne sont |)as du reste les seuls qui l'aient pro-
si ce n'est pas la le vrai motif, au moins dirai-je clamé; déjà le Prophète avait dit: Qui est Dieu
que, comme il n'avait pas une foi bien grande comme vous? puis il montre ce qui est pro|)re
au Christ, Jésus commença par un prodige à Dieu, en disant : Vous effacez les iniquités et
moindre, mais éclatant et visible, c'est-à-dire faites disparaître les injustices. (Mich. vu, 18.)
par lui rendre la santé du corps. Avec l'autre Si donc vous voyez quelqu'un qui fait la même
malade il n'agit pas de même; mais comme il chose, il est Dieu, Dieu comme le premier.
avait une foi phis grande, une âme plus élevée, Mais voyons comme le Christ les confond,
il lui parle d'abord d'une maladie plus grave, avec (lucUe ilouccur, quelle modestie, quelle
pour les motifs que j'ai indiqués et en outre charité Et voici que quelques-uns des scribes di-
!

pour se déclarer l'égal du Père en dignité. refit en eux-mêmes : celui-ci blasphème. (Matth.
De même qu'il ne guérit à Jérusalem un IX, 3.) Ils n'avaient pas prononcé une parole,
jour de sabbat que pour détourner les specla- pas dit un mot, mais leur critique était encore
leurs de robservauce judaïijue et afin que les ao cachée au fond de leur âme. Que fait le Christ ?
HOMÉLIE SUR LE PARALYTIQUE. 33

11 publiquement leurs pensées secrètes;


révèle qu'un miracle invisible. Aussi ne gnérit-il pas
avant de se montrer Dieu par la guérison du le malade avant de leur avoir dit Afi?i que :

paralytique, il veut par un autre moyen leur vous sachiez que le Fils de l'homme a le pou-
faire voir la puissance de sa divinité. Dieu voir sur la terre de remettre les péchés : Levez-
seul en efTet peut révéler les pensées secrètes : vous, dit-il alors au parahjtique, et marchez
Vous seul, dil le Prophète, connaissez les cœurs. (Matth. IX, C); comme s'il disait: Pardonner
Et voulez-vous voir que ce mot seul n'exclut It'S péchés est une merveille plus grande,

pas le Fils? Si le Père seul connaît les cœurs, mais à cause de vous j'en ajoute une moindre,
comment le Fils pourrait-il pénétrer le secret puis(iue vous regardez celle-ci comme preuve
des pensées? Or il est dit qu'il savait par lui- de celle-là. Dans une autre circonstance, il
même ce qu'il y avait dans l'homme (Jean, n, loua ces paroles du centurion : Dites seule-

25); et saint Paul, pour montrer que c'est le ment une parole et jyion serviteur sera guéri;
propre de Dieu de connaître les choses cachées car je dis à celui-ci: va, et il va, et à celui-là:
au fond de la pensée, dit Celui qui scrute les : viens, et il vient (Matth. viii, 8, 9.) Il le rassura
cœurs (Rom. vin, 27), montrant que c'est la par ses éloges; dans une autre circonstance
même chose que de scruter les cœurs ou de encore, il reprit les Juifs qui le critiquaient à
s'appeler Dieu. Quand je dis Celui qui fait pleu- propos du sabbat, lui reprochant de le violer,
voir, je ne désigne que Dieu, et cela par une de et il leur montra qu'il avait le pouvoir de
ses œuvres; quand je dis teliU qui fait lever le changer les lois; de môme en cette occasion,
so/«V, sans ajouter lemot Dieu, je n'en désigne lorsque les Juifs eurent dit il se fait égal à
:

pas moins Dieu par son œuvre de même : Dieu, il s'attribue ce qui n'appartient qu'au
quand saint Paul dit Celui qui scrute les cœurs, Père, il les blâme, les réprimande, leur mon-
ilmontre que ce ne peut être l'œuvre que de tre par ses œuvres qu'il ne blasphème point,
Dieu seul Car si cette péri phrase n'avait pas pour
. et ainsi il nous fournit une preuve irré-
nous désigner Dieu la même force que le mot cusable qu'il a la même i)uissance que son
propre, il ne l'eût pas employée seule. Si cet Père. Mais remarquez comment il veut état)lir
attribut lui était commun avec la créature, ce point fondamental que ce qui appartient au
nous ne saurions pas (jui il a voulu désigner; Père seul lui appartient aussi, à lui. H ne se
la confusion aurait régné dans l'esprit des au- contente pas de guérir le paralytitjue, il dit eu
diteurs. Afin donc de montrer que ce qui est même temps Afin que vous sachiez que le Fils
:

propre au Père, appartient aussi au Fils, et de l'homme a le pouvoir sur la terre de remet'
que par conséquent tous deux sont égaux, le tre les péchés; tant il met de soin et d'attention
Seigneur dit Pourquoi pensez-vous mal en vos
: à montrer qu'il a la même puissance que son
cœurs ? Lequel est le plus facile de dire : Vos Père.
péchés vous sont remis, ou de dire : Levez- 8. Tous ces enseignements, ceux que nous
vous et marchez? (Matth. ix, 4, 5.) avons reçus hier et avant-hier, retenons-les
7. Voici qu'il donne une seconde preuve que avec soin, prions pour qu'ils se gravent inalté-
les péchés sont remis. Il est bien plus grand rables dans nos âmes, apportons-y tous nos
de remettre les péchés que de guérir les cor[)S, efl'orts et attachons-nous sans cesse à ces le-
d'autant plus grand que l'âme est au-dessus çons. C'est ainsi que nous garderons ce que
du corps si la paralysie est une maladie du
: nous avons acquis déjà et que nous acquerrons
corps, le péché est une maladie de l'àme; plus encore; et si quelque chose nous échappe
mais si le premier miracle est plus grand, il parlasuite, une instruction assidue nous le fera
n'est pas visible le second est plus petit, mais
; recouvrer. Et non-seulement notre intelligence
il se voit. Jésus va se servir du plus petit |)our ne sera nourrie que de doctrines saines et
faire croire au plus grand, et afin de montrer pures mais nous surveillerons nos actions
,

que c'est par condescendance pour leur fai- avec plus de soin et nous pourrons achever la
blesse qu'il en agit ainsi, il dit Lequel est le : vie présente dans la joie et la paix. Car toutes
plus facile de dire : Vos péchés vous sont re- les souiVrances qui agitent notre âme se calme-
nds, ou de dire Levez-vous et marchez ? Pour-
: ront facilement puisque le Christ est là et que
quoi, Seigneur, passez-vous d'un pins grand celui qui l'approche avec foi obtient sans peine,
miracle à un plus petit? Parce qu'un miracle sa guérison. Sou tfiez- vous d'une faim conti-|
visible leur sera une démonstration plus claire nuelle, êtes-vous privé du nécessaire, êtes-vousi
Tome IV.
34 THADUCTION FKANÇAISË DE SAliNT JEAN CUllYSOSTOME.

quelquefois forcé de prendre voire repos avant sans trouble, sans abattement, parce que nous
d'avoir apaisé votre faim? Venez ici, entendez savons qu'il se réveillera; de même, lorsque
saint Paul, nous disant qu'il a vécu dans la faim, nous voyons quelqu'un mort, nous n'éprouvons
la soif, la nudité, non un jour, ni deux, ni trois, pas de trouble, pas d'abattement; ce sommeil,
mais toute sa en effet ce que signifient
vie (c'est pour être long, n'en est pas moins réellement un
ces paroles : Jusqu'à celte heure nous souffrons sommeil. Par ce mot de sommeil, il console les
la faim^ la soif^ la nudité). (I Cor. iv, H .) Vous fidèles affligés et répond aux accusations des
vous sentirez assez consolé en voyant dans mes infidèles. Si vous pleurez d'une douleur incon-
instructions que, si Dieu vous laisse souffrirdc la solable celui qui vous a quitté, vous ressemblez
faim, ce n'est pas qu'il vous haïsse ou qu'il vous à cet infidèle qui ne croit pas à la résurrection.
abandonne. Si c'était un effet de sa haine il ne C'est avec raison qu'il pleure puisqu'il ne trouve
l'aurait pas fait supporter à saint Paul, celui des dans l'avenir rien qui le rassure; mais pour
hommes qu'il chérit le plus : il n'agit ainsi que vous que tant de preuves ont dû convaincre de
par intérêt, par bienveillance, pour nous por- la réalité d'une vie future, pourquoi tomber
ter à une perfection plus grande. Votre corps dans le même découragement? C'est pour cela
est-il assiégé par la maladie et par mille autres qu'il dit ye ne veux pas que vous soyez dam
:

maux, vous serez consolé en voyant ces deux l'ignorance touchant ceux qui dorment, afin
paralytiques, et avec eux le grand, le noble que vous ne vous attristiez pas, comme font
disciple de saint Paul, qui vécut dans de conti- les autres qui n'ont pas d'espérance.
nuelles infirmités, à qui la maladie ne laissa Ce n'est pas seulement le Nouveau c'est ,

pas un instant de relâche, comme saint Paul encore l'Ancien Testament qui nous présentera
nous l'apprend par ces paroles Usez d'un peu : de douces consolations. En voyant Job après la
de vin, à cause de votre estomac et de vos fré- ruine de sa fortune, la perte de ses troupeaux,
quentes infirmités (I Cor. iv, 11), fré(iuentcs, la mort, non d'un, ni de deux, ni de trois de ses
nous dit-il. Votre honneur est-il attaque publi- enfants, mais de tous, enlevés à la fleur de
quement par calomnie, et ses attaques sont-
la l'âge, en le voyant, dis-je, montrer tuit de
elles assez vives pour agiter et tourmenter votre courage, fussiez-vous le i)lus pusillanime des
âme, venez et écoutez Vous êtes heureux, lors-
:
honnnes, il vous sera facile de maîtriser votre
que les hommes vous maudissent et dise7U fausse- douleur et de la supporter. Car, aous, vous
ment toute sorte de mal de vous; réjouisscz- avez assisté à la dernière maladie de votre en-
vous et tressaillez de joie, parce que voire fant, vous l'avez vu reposant sur son lit, vous
récompense est grande dans les deux (Mattli. v, avez entendu ses dernières paroles, recueilli
H, 12); et alors votre tristesse dis|)araîtra et son dernier soupir, formé ses yeux et sa bou-
vous serez comblés de joie licjouissez-vous et
:
che. Et ce patriarche ne vit pas l'agonie do ses
tressaillez, lorsqu'ils vous i)ijurieront. (Luc, vi, enfants, n'assista pas à leurs derniers instants;
22, 23.) Voilà comme il console ceux qui sont tous ils n'eurent qu'un niênie tombeau, leur
calomniés et voici comme il effraye les calom- l>ro|)ro maison, et sur la môme table ce tut \n\
niateurs Toute parole oiseuse que les homtiics
: mélange informe de tètx^s brisées, de sang ré-
auront prononcce,ils en rendront comptc[^\,x{\\\. junulu, de poutres, d'argile, de poussièrt», de
XH, 3G), qu'elle soit bonne ou mauvaise. A\oz- t'hairs broyées. Et pourtant après une si grande

vous perdu \otrc épouse, votre fils, un de vos éprouve, il ne se laisse aller ni aux gémisse-
parents, entendez saint Paul gémissant sur la monts, ni au désespoir; mais que dit-il? I^
vie présente, appelant de tous ses vœux la vie Seigneur m'a donné, le Seigneur m'a ôté, la
future, afnigé de se voir retenu ici-bas, et vous volonté du Seigneur s'est accomplie : que le
sentirez votre peine adoucie par ces mots : Je nom du Seigneur soit béni dans tous les siè-
ne veux pas, mes que vous soyez dans
frères, cles! (Job, I, 21.) Que ces paroles soient les nô-
l'igjiorance touchant ceux qui dorment, afin tresen toute circonstance; quelque malheur
que vous ne vous attristiez pas, com))ic font qui nous arrive, porto do biens, maladies,
tous les autres qui nont pas d'espcrance. éprouves, calomnies, affliction quelle qii'elle

(1 Thess. IV, 12.) 11 ne dit pas touchant ceux qui soit, disons toujours Le Seigneur m'a donné,
:

sont )no7'ts, mais ceux qui dorment, pour mon- le Seigneur néa ôté, la volonté du Seigneur

trer que la mort n'est ({u'uiisoiiinicil. Lors(|ue s'est (icconiplie; que le ?wm du Seigneur soit

iious voyons quelqu'un duriuir^ nous ac^Iojis Oini dans tous les siècles! Si telle est notre sa-
HOMÉLIE SUR LE PARALYTIQUE.

gesse, nous ne souffrirons aucun mal, quand ceux du ciel, témoin Job, témoins tes apôtreg
même nous endurerions mille tourments; qui, ayant méprisé pour Dieu les maux d'ici-bas,
mais le gain nous sera plus grand que la perte, jouissent des biens éternels. Résignation donci
les biens que les maux par ces paroles nous
;
en tout événement réjouissons-nous, rendons
nous rendrons Dieu propice et nous éloigne- grâce à là bonté de Dieu , afin que nous pas-
rons notre ennemi car, aussitôt que ces pa-
: sions dans la paix la vie présente et que nous
roles sont prononcées, le démon s'enfuit, et, obtenions les biens futurs, par la grâce et la
quand il nuage de tristesse se
s'enfuit, tout charité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui
dissipe, et en même temps toutes les pensées soit gloire, honneur, puissance à jamais, main-
qui vous affligent s'évanouissent, et, en outre, tenant et toujours et dans les siècles des sièclei.
vous vous assurez et les biens de la terre et Ainsi soit-il.
HOMÉLIES

SCR L'INSCRIPTION DES ACTES.

PREMIÈRE HOMÉLIE.

* ceux qui onl dêseilS l'assemblée saiale; — qu'il ne faut pas passer légèrement sur les titres des Saintes Ecritures;

sur l'inscription de l'autel ;


— Aux nouveaux baptisés.

AVERTISSEMENT & ANALYSE.

Saint Chrysostome prononça cinq homélies sui ce sujet ; la première traite du litre du livre, la seconde de l'auteur , la troisième
du commencement du livre et de la diflérence entre un acte et un miracle, la quatrième, de l'utilité de la lecture des saintes
Ecritures; la cinquième de la raison pour laquelle on lit les Actes des Apôlres à la Pentecôte. La seconde ne nous estf parvenue

que défigurée d'interpolations indignes de notre grand orateur ; c'est pourquoi l'éditeur bénédictin l'a renvoyée à la fiji de son
troisième volume.
Dans la trente-troisième homélie sur la Genèse, saint Chrysostome reprenant, après une assez longue interruption , ce commentaire
qu'il avait poursuivi durant tout le carême précédent et expliquant à ses auditeurs quels sujets l'avaient obligé d'interrompre le cours
de ses homélies sur la Genèse, s'exprime ainsi : Sur cette taùle ae la doctrine, il fallait servir des mets appropriés aux temps;
et c'est pourquoi, quand est venu le jour de la Trahison et de la Passion, interrompant la série de nos instructions, et
nous accommodant aux nécessités du moment, nous avons tire' le glaive de la parole contre le Traître ; ensuite nous
avons dit quelques mots sur la croix ; puis l'aurore du jour de la résurrection est venue nous avertir d'entretenir voire
chanté de la résurrection du Seigneur ; les jours suivants il convenait de démontrer lu vérité de la résurrection par les
miracles qui ont eu lieu après ; enfin nous avons pris les Actes des Apôlres et nous en avons tiré plusieurs repas spirituels
pour vos âmes; en même temps nous avons donné plusieurs avertissements aux nouveaux baptisés.
Vous voyez là, dit l'éditear bénédictin , une longue série d'homélies cependant, chose étonnante on ne trouve pas dans toute»
; ,

ces homélies un seul mot qui permette de calculer exactement l'année à laquelle elles appartiennent. Stilting les rapporte à
l'année 388. Observons encore que le» homélies sur les Actes des Apôtres dont il est ([uestion dans le passage précédent sont
bien nos cinq homélies sur le commencement des Actes, qu'il n'y a pas moyen de les confondre avec le long commentaire sur
tout le livre des Actes, commentaire qui fut fait à Constantiuople, tandis que les homélies que l'on va lire ont été prononcées à
Antioche lorsque le saint Docteur n'était encore que prêtre, ainsi que toute la série annuelle dont elles font partie.

1» L'orateur se plaint de ce que l'église, toute remplie dimanche précédent, était déjà presque déserte, et surtout de ce qu'on
le

y voyait peu de personnes riches. Il préfère le petit nombre de pauvres qui assistaient ce jour-là à son sermon. Sortie contre
les spectacles. —2° L'abus des richesses est condamnable et non les richesses elles-mêmes. Ceux qui manquent aux offices
,

de l'Eglise sont pires que les Juif». —


3" 11 ne faut pas né^iliger les titres mêmes de l'Ecriture, puisque saint Paul, étant à
Athènes, se servit si avantageusement de l'inscription d'un anlel profane. Pourquoi donc ce titre Les Actes des Apôtres? :

4« Saint Paul a combattu le paganisme de la même manière que David a combattu le géant philistin. 5<» Quel est le vrai —
néophyte.

1. Eh plus nous avançons dans la série


quoi ! sommes supérieurs par la charité nous som- ;

des moins nos réunions sont fréquentées


fêtes, ! mes moins nombreux mais on verra quels ,

Oh ne nous relâchons pas nous du moins


1 , sont les chrétiens éprouvés, nous saurons ceux
qui sommes venus; si l'Eglise a moins de qui n'assistent à nos fêtes annuelles que par
monde aujourd'hui , elle n'a rien perdu quant habitude et ceux au contraire qui y sont attirés
au zèle : inférieurs par le nombre , nous par le désir d'entendre la parole de Dieu, da
^8 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CIIRYSOSTOME.

recevoir des leçons de vertu. Dimanche der- leur patrie, ils avaient pour patrie la Jéru-
nier, loule la ville était ici, les galeries étaient salem d'en- haut. Ils ont vécu dans la pau-
remplies de monde et ressemblaient aux flots vreté? mais leur vertu les faisait riches. Les
ondulants de la mer mais, pour moi, ces
;
flots hommes les haïssaient? mais Dieu les aimait.
me moins de plaisir que le calme actuel,
font Qui sont-ils? Elie, Elisée et ceux qui les ont
je préfère au bruit et au tumulte la tranquil- imités. Ce qu'il faut considérer, c'est non pas
lité d'aujourd'hui. Celaient des corps que nous qu'ils manijuèrent des aliments nécessaires,
comptions alors, aujourd'hui ce sont des âmes mais que la bouche d'Elie ferma et ouvrit le
remplies de piété. Si on voulait peser dans la ciel, et que son manteau arrêta le cours du

balance ces deux assemblées, l'une peu nom- Jourdain.


breuse et presque entièrement composée de Quand je pense à toutes ces choses, je me
pauvres, l'autre nombreuse et presque entiè- réjouis et je m'afflige. Je me réjouis à cause de
rement composée de riches, peut-être trouve- vous qui êtes présents, je m'afflige à cause de
rait-on que la vôtre l'emporte. Inférieurs en ceux qui sont absents oh oui, je m'afflige, je
; !

nombre vous , l'emportez en vertu ; la même suis plongé dans la douleur, j'ai le cœur brisé.
chose se reproduit du reste quand on pèse des Qui serait assez insensible pour ne pas souffrir
objets matériels. Mettez dans un des plateaux en voyant que l'on met plus de zèle au service
d'une balance dix statères d'or et dans l'autre du démon qu'au service de Dieu ? Pour y
cent statères d'airain, ceux-ci entraîneront la vm zèle égal, on est déjà indigne de
apporter
balance avec eux, et cependant les dix statères pardon et d'indulgence mais lorsque nous en
:

d'or l'emportent par leur matière bien plus mettons plus, conunent pourrons-nous nous
précieuse; ils ont plus de poids et de valeur, défendre? Les théâtres nous appellent chaque
si vous tenez compte de la substance. Ainsi, jour, et pour eux on ne connaît plus ni paresse
quoique inférieurs par le nombre, nous pou- ni lenteur, on ne prétexte plus la multitude
vons être plus précieux et plus utiles que de des affaires mais tous y courent comme affran-
;

grandes multitudes. Mais pourquoi emprunter chis et délivrés de tout souci le vieillard ne ;

des comparaisons aux usages ordinaires de la pense plus à ses cheveux blancs, le jeune
vie, lorsque je puis apporter le témoignage homme à la fougue de son âge et de ses pas-
même de Dieu? Voyons ce qu'il dit Un seul : sions, le riche au respect qu'il doit à son éléva-
juste qui accomplit la volo7ité de Dieu vaut tion mais faut-il venir à l'église, alors, comme
;

mieux que mille prévaricateurs. (Eccl. xvi, 3.) Il descendre d'une haute position, d'une
s'il fallait

y a, ohl oui, il y a bien des hommes qui valent sublime dignité, on ne ressent que répugnance
mieux que mille autres, et que mieux
dis-je? cl torpeur, et on s'en fait ensuite un mérite,
que mille autres; je devrais dire mieux que la comme si rendu service à Dieu; et
l'on avait
terre entière ; car ils sont plus précieux et plus quand il faut courir au théâtre, entendre des
nécessaires. J'en atteste saint Paul et je produis paroles impures et voir des spectacles lascifs,
son témoignage. Parlant d'hommes misérables, on ne pense pas à la honte dont on couvre et
traqués partout, tourniontés, persécutés, voici sa personne et ses richesses et sa noblesse. Je
ce qu'il dit : Ils ont couru ça et là revêtus de voudrais savoir où sont maintenant ceux qui
peaux de brebis et de peaux de chèvres, dans le étaient venus nous troubler dimanche der-
besoin^ dans V angoisse, dans l' affliction, eux nier, car n'étiiit-ce pas une cause de trouble
dont le monde n'était pas digne. (Ilébr. xi, 37, que leur seule présence? je voudrais savoir ce
38.) Eh quoi 1 ces hommes accablés par le be- qu'ils font, quelle occupation plus utile que la
soin, l'angoisse, l'affliction, ces hommes qui nôtre les retient. Ce ne sont pas les affaires,
n'avaient |)lus de patrie, le monde n'en était pas c'est l'orgueil qui les relient. Qu'y a-t-il de
digne? Mais voyez ce (jue vous comparez je le 1 plus insensé que cette conduite? Pourquoi,
vois, dit-il, et c'est pouniuoi je dis que le monde 6 homme, t'enorgueillis-tu? pourquoi penses-
n'en est pas digne car je connais fort bien la va-
; tu nous faire mie grâce quand tu viens ici
leur de ces pièces (le moiuiaie. Prenez la terre, et que tu écoutes les vérité»; qui pourraient
lamer, les rois, les éparques, en un mot tous les sauver ton âme ? Dis-moi donc pourquoi
honnnes, et mettez-les en face de deux ou trois tu es si fier? A cause de tes richesses, peut-
de ces pauvres, je dirai sans crainte que ces être de tes habits de soie? Mais ne sont-ce
pauvres l'enrportenl. S'ils étaient bannis de pas des vers qui les ont lilés et des barbares
SUR L'IiNSCRIPTîON DES ACTES. — PREMIÈRE HOMÉLIE. 3è

qui les ont apportés? El ceux (jiii s'en servent, viendrait pas te troubler, un fermier Tinler-
ne sont-cc pas des coiirlisancs, des débauehés, peller, un esclave l'embarrasser de soins ter-
des effractcurs do tombeaux, des brigands? restres, un autre te mécontenter tu ; goûterais
Appréeie tes richesses à leur juste valeur et en paix la parole divine. Ici, [loinl d'agita-
que superbes
quitte ces pensées aussi vaines ;
tions, point de tempêtes, rien que bénédiction,
vois la bassesse de ta nature. Tu n'es que que prières, que leçons de la vie spirituelle,
terre et poussière, une cendre, une fumée, qu'aspirations vers le ciel, et lu ne sortirais
une ombre, un brin d'herbe, une fleur de d'ici qu'après avoir reçu le gage de ta royauté
ce brin d'herbe. Et c'est là ce qui t'enivre céleste. Pourquoi donc, délaissant celte riche
d'orgueil, dis-moi? Et quoi de plus ridicule 1 table, cours-tu vers une table funeste? Pour-
Tu commandes à un grand nombre d'hommes ? quoi échanges-tu la tranquillité du port contre
Et quel avantage de commander à des hommes le tumulte de la tempête? Que des pauvres qui

et d'être le sujet et l'esclave de tes passions? étaient venus dimanche dernier soient absents
Ne ressembles-tu pas à cet homme qui, dans aujourd'hui, cela m'effraye mais qu'il n'y ait ;

sa maison, aurait reçu de ses esclaves des pas de riches, cela m'effraye plus encore. Pour-
coups et des blessures et qui, en public, n'en quoi ? parce que les pauvres ont des occupa-
serait pas moins fier de commander aux autres? tions nécessaires, le souci du travail quotidien
La vaine gloire te blesse, la luxure le frappe, et de la nourriture qui ne leur peut venir que
tu es l'esclave de tes passions et tu te vantes de là ; ils pensent à la nourriture de leurs en-
de dominer sur tes semblables Plût au ciel ! fants, de leurs femmes s'ils ne travaillent, ils
;

que tu domptasses les unes et que tu fusses ne peuvent vivre. Ce n'est pas que je les ex-
de même rang que les autres 1 cuse, mais je veux montrer que les riches sont
Ce n'est pas contre les riches que je parle,
2. plus coupables. Moins ils ont de souci, plus
mais contre ceux qui use: t mal de leurs ri- leur châtiment sera terrible ils n'ont rien qui ;

Ce n'est pas un ir.il que la richesse,


chesses. les retienne.
pourvu que nous nous eu servions pour le Voyez-vous les Juifs, ces hommes rebelles
bien ; le mal. c'est la vanité, c'est l'arrogance. contre Dieu, ces hommes qui résistent au
Si les richesses étaient un mal, nous ne Saint-Esprit, ces hommes intraitables? Eh
désirerions pas nous reposer dans le sein bien ! ceux qui n'assistent pas à nos assemblées
d'Abraham, d'Abraham qui eut trois cent dix- sont pires qu'eux. Les Juifs, si leurs prêtres
huit esclaves nés dans sa maison. Les richesses leur ordonnaient de cesser tout travail pen-
ne sont donc pas un mal le mal c'est leur ; , dant sept, dix, vingt, trente jours, obéiraient
usage illégitime. De même qu'en parlant der- sans résistance et pourtant qu'y a-t-il de plus
;

nièrement de l'ivresse, je n'ai pas parlé contre gênant que leur repos? Ils ferment leur porte,
le vin, puisque tout ce que Dieu a créé est n'allument pas de feu, ne transportent pas
bon que loin de rien rejeter, nous devons
, , d'eau, s'abstiennent de toutes les occupations
tout recevoir avec reconnaissance, de même ordinaires de la vie; ce repos est une véri-
aujourd'hui je ne parle pas contre les biens, table captivité, et ils s'y soumettent sans mur-
contre les richesses, mais contre leur mauvais mure. Et moi, je ne vous dis pas: cessez
emploi, contre les richesses dépensées pour tout travail pendant sept jours, dix jours;
notre perte. Nous les appelons biens, -/.prljAaTa, mais donnez-moi deux heures de ce jour et
parce que nous devons nous servir d'elles, yj^r.rs- gardez le reste, et vous ne m'accordez pas
6*c, non elles de nous nous les appelons pos-
et ; même cette faible part! Ou plutôt, ce n'est pas
sessions, non afin qu'elles nous possèdent, mais pour moi que je demande ces deux heures,
afin que nous les possédions. Pourquoi faire de c'est pour vous, afin que vous veniez vous
l'esclave le maître? Pourquoi renverser l'ordre consoler en récitant ces prières que vos
des choses? pères ont récitées avant vous, afin que vous
Mais je voudrais savoir ce que font ceux qui ne vous retiriez que comblés de bénédic-
ont abandonné nos assemblées et à quoi ils tions, afin que vous sortiez d'ici l'âme en paix,
s'occupent. Ils jouent ou ils sont tout entiers afin que revêtus des armes spirituelles, vous
aux choses de la vie, choses qui n'amènent deveniez invincibles et indomptables à l'enfer.
après elles que le trouble. Ici, ô homme, tu Qu'y a-t-il de plus doux, dites-moi, que de
serais dans le calme du port ; un intendant ne rester ici? S'il fallait y passer les jours entiers,
40 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

quoi de plus beau ? Quoi de plus sûr que ce Actes des Apôtres. C'est pourquoi j'ai dit une
lieu où sont déjà tant de nos frères, où est le nourriture nouvelle. Elle n'est pas nouvelle ce-
Saint-Esprit, où se trouve Jésus et son Père? pendant. Elle n'est pas nouvelle puisque c'est

Où trouverez-vous une semblable société, un la suite des saintes Ecritures ; elle est nouvelle,
semblable conseil, une pareille assemblée? parce que vous n'y êtes pas accoutumés car :

Quoi ! tant de délices à la sainte Table, dans les beaucoup ne connaissent pas même ce livre, et
bénédictions, dans les prières, dans la seule beaucoup le méprisent parce (juils le trouvent
réunion de tant de frères, et vous chercbez trop simple ainsi les uns le négligent parce
:

d'autres occupations! Quelle indulgence méri- qu'ils le connaissent, les autres parce (pj'ils ne
tez-vous? Ce n'est {)as pour vous que je dis ces le connaissent pas. Aussi pour apprendre, et à
choses; vous n'avez jtas besoin de remèdes, ceux qui ne le connaissent pas et à ceux qui
vous qui par vos actes prouvez votre santé, croient le connaître, qu'il renferme bien des
vous dont l'obéissance et la charité nous sont pensées profondes, il nous faut attaquer au-
si connues mais c'est à vous que je parle afin
; jourd'hui leur négligence. Il faut d'abord leur
que les absents entendent par vous. Ne dites apprendre quel est l'auteur de ce livre. C'est là

pas seulement que j'ai blâmé les absents, mais une méthode excellente de voir d'abord qui a
rapportez-leur toutmon discours depuis le com- écrit le livre, si c'est un homme ou si c'est

mencement. Rappelez-leur les Juifs, rappelez- Dieu. Si c'est un homme nous rejetterons son
leur ce que sont les choses de la vie dites-leur ; œu>Te : N'appelez personne votre maître sur
«ombien il est doux de faire partie de nos réu- la terre (Matth. xxui, 8) si c'est Dieu, nous le
;

nions, combien ils sont zélés pour les choses recevrons haut que vient notre doc-
; c'est d'en
périssables, combien l'assiduité aux réunions trine telle est en efTet notre dignité, que nous
:

de ré^ilise assure de belles récompenses. Si ne recevons rien des hommes, mais tout de
vous dites seulement que j'ai blâmé, vous Dieu par le moyen des hommes.
excitez la colère, vous ouvrez une blessure Recherchons donc qui a écrit ce livre, à quelle
sans y porter le baume mais si vous leur ; époque, sur quelle matière et pourquoi il nous
apprenez que j'ai accusé non comme un en- a été ordonné de le lire en cette fête la seule ,

nemi, mais comme un ami dans la douleur, si fois peut-être que vous l'entendiez lire de toute

vous leur faites comprendre que les blessures l'année; celte question a aussi son importance;
des amis sont préférables aux baisers spontanés nous rechercherons ensuite pourquoi il est
des ennemis [Vyo\. xxvu, 6), ils écouteront sans intitulé : Actes des Apôtres. Car il ne nous
peine mon accusation ; ils regarderont, non à faut pas passer légèrement sur les titres, r\
mes pauples, mais à mon intention. nous jeter de suite sin* le commencement du
C'est ainsi (pievous guérirez vos frères; je livre , mais en examiner l'inscription. De
rendrai compte de votre sahil, vous qui êtes même (ju'en nous la tète fait connaître mieux
présents, et vous, du salut des absents. Je ne le reste du corps et que la vue de la partie
puis leur parler par moi-même, je leur parle- supérieure le manifeste davantage, ainsi le

rai par vous, par votre charité éclairée : que titre placé à la tête d'un livre, avant le texte,
votre zèle me soit comme un pont pour arriver rend plus clair tout ee (jui suit. Ne voyez-vous
jus(|u'à eux que par votre bouche mes paroles
;
pas (pie dans les tableaux qui représentent les
parviennent jusipi'à leurs oreilles. Peut-être rois, à la partie supérieure se trouve le portrait

ce (pie j'ai <lit siitlira-t-il et ne faudia-l-il rien du monarque avec son nom, et plus bas ses
ajouter; j'en pourrais dire plus; mais afin de trophées, ses victoires, ses belles actions? Il en
ne pas eni|)loyertoutlc temps à blâmer, ce qui est de même
des Ecritures. Le portrait du roi
vous est iiuiliicà vonscpii êtes présents, je vais se trouve en haut, et plus bas vous voyez ses
vous ait|tort(>r eoimnt' nue nourriture nou- trophées, ses victoires, ses helles actions. Nous
velle et étrangère; nouvelle et étrangère, non faisons de même lorsipie nous recevons une
pas (piant à la doctrine en elle-même, mais lettre avant de dénouer l'attache et de lire le
;

nouvelle encore |)our vos oreilles. contenu, nous parcourons la suscription qui se
3. J'ai expli(pié, les jours précédents, quel- trouve au dehors pour savoir de suite (pu a
ques paroles «les apôtres et des évangélistes, écrit et qui doit recevoir la lettre. Et ne serait-

en vous i)arlant de Judas, quelques-unes aussi ce pas une inconsi^qucnce que d'en user ainsi

des prophètes aujouid'hui je veux parler des


: dans les choses ordinaires de la vie , de faire
SUR L'INSCRIPTION DES ACTES. - PREMIÈRE HOMÉLIE. 41

chaque chose en son temps, sans s'agiter, sans côté de saint Paul contre les Athéniens, et non
se troubler, et au contraire, quand il s'agit des du côté des Athéniens contre saint Paul. C'était
Ecritures, de se jeter de suite sur le commen- un pour les Athéniens, une épéc pour
glaive
cement? Voulez-vous savoir quelle est l'utilité les ennemis que cette inscription; mais le
d'un titre, sa valeur, sa force, surtout dans la glaive même des ennemis servit à leur tran-
sainte Ecriture? Ecoutez et apprenez à ne pas cher la tête. Il eût été moins étonnant qu'il les
rejeter dédaigneusement le titre des saints eût abattus avec ses propres armes, parce que
Livres. Un jour saint Paul entra à Athènes (c'est ainsi se passent ordinairement les choses. Ce
le livre même dont nous conuuençons l'expli- qu'il y a d'étrange et d'insolite, c'est qu'il
cation (iui rapporte ce fait) il trouva dans la : tourne contre les ennemis les armes dont ils se
ville non un livre divin, mais un autel d'idoles, servaient ;
qu'il les blesse à mort avec l'épée
avec celte inscription Au Dieu inconnu; : qu'ils portaient contre nous.
et loin de rejeter ce titre , il s'en servit 4. Telle est la puissance du Saint-Esprit ;

pour renverser Paul


l'autel. Paul le saint, c'est que David
ainsi fit autrefois; il sortit
rempli de la grâce du Saint-Esprit, ne méprisa sans armes, afin que la grâce du Saint-P^sprit
pas l'inscription de l'autel, et vous, vous re- parût tout entière : car, dit-il, qu'il n'y ail rien
gardez avec indifl'érence le titre des Livres di- d'humain là où Dieu combat [tour nous. Il
vins Paul s'empare de ce qu'avaient écrit les
! marcha donc sans armes et il abattit ce géant.
Athéniensidolàtres, et vous, vous ne regardez pas Puis, comme il n'avait pas d'armes, il courut,
comme nécessaire ce qu'a écrit l'Esprit-Saint ! saisit l'épée de Goliath et coupa la tête du bar-
Mais quelle excuse trouverez-vous ? Voyons bare. Saint Paulfit de même avec l'inscription

quel avantage il a su tirer de cette inscription, de Et pour que vous sachiez bien com-
l'autel.
et (juand vous aurez vu tout ce (lu'elle renfer- ment a été remportée cette \ictoire, je vous
n)ait, vous apprendrez à estimer bien plus les montrerai la puissance de celle inscription
titres des saints Livres. Saint Paul entra dans Saint Paul trouva donc à Athènes un autel où
la ville, y trouva un autel qui avait pour
il il était écrit Au
Dieu inconnu. Quel était ce
inscription Au Dieic inconnu. Que faire?
: Dieu inconnu, sinon le Christ? Voyez-vous
Tous étaient païens, tous impies. Que faire? coîrment il s'empare de cotte inscription, non
S'appuyer dans son discours sur l'Evangile 1 pour la ruine de ceux qui l'avaient écrite, mais
Mais ils s'en seraient mo(jués. Sur les [)ropliètes pour leur bien et leur salut? Quoi donc les 1

et les commandements de la loi? Mais ils n'y Athéniens avaient mis celle inscription pour
auraient pas cru. Que fait-il alors? 11 a recours le Christ 1 —
S'ils l'avaient mise pour le Christ,
à l'autel et va chercher parmi les ennemis des il n'y aurait ici rien d'étonnant ce qui m'é- ,

armes contre eux-mêmes. C'est bien là ce qu'il tonne, c'est qu'ils l'ont écrite pour une fin et
dit Je me suis fait tout à tous., je me suis
: que saint Paul a pu la faire servir à une autre.
fait comme Juif avec les Juifs., avec ceux qui 11 me faut d'abord dire pourquoi les Athéniens

étaient saîis loi comme si f eusse été sans loi. avaient écrit Au Dieu inconnu. Pourquoi
;

(1 Cor. IX, 21.) 11 vit l'autel, il vit l'inscription, l'avaient-ils écrit ? Ils avaient beaucoup de
il se leva sous l'inspiration du Saint-Esprit. dieux, ou plutôt de démons car tous les dieux :

Car telle est la grâce du Saint-Esprit : pour des nations sont des démons. (Ps. xcv, 5.) Ils
ceux qui l'ont reçue, tout devient une occasion en avaient d'indigènes et d'étrangers. Vous
de gain; telles sont nos armes spirituelles: voyez quelle dérision Si c'est un dieu, il n'est
!

Réduisant en servitude, dit-il, toute intellir/ence pas étranger, car il est maître de la terre tout
sous r obéissance du Christ. (11 Cor. x, 5.) Il voit entière. Les uns, ils les avaient reçus de leurs
l'autel et, loin de craindre, il s'en empare : ou pères, les autres des nations voisines , des
plutôt il laisse là l'inscription matérielle et en Scythes, des Thraces, des Egyptiens. Si vous
saisit le sens. Si, dans une bataille, un général étiez instruitsde la science profane, je pourrais
voyant dans l'armée ennemie un vaillant soldat, vous raconter toutes ces histoires. Mais comme
le prenait par la tête l'attirait dans ses rangs
, loin d'exister tous dès le principe, ces dieux
et le combattre pour lui
faisait il agirait , n'avaient été introduits que peu à peu, ceux-ci
comme saint Paul voyant en effet que cette
; dans l'antiquité, ceux-là tout récemment, les
inscription était, pour ainsi dire, dans les rangs Athéniens se rassemblèrent et se dirent les
ennemis, il l'attira à lui de sorte qu'elle fut du uns aux autres En voici que nous ignorions
:
42 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

d'abord, que nous n'avons appris que bien tard trouverez hors du texte sacré bien des choses
à connaître et à adorer. Mais y en a un autre il utiles. Celui qui sait amasser trouve toujours
que nous ignorons, qui est vraiment Dieu, mais à gagner ; celui qui ne le sait pas, trouvât-il
que nous ne connaissons pas cette ignorance ; un trésor, n'aura jamais rien.
est cause que nous le négligeons et que nous ne Voulez-vous un autre exem])le d'une parole
l'adorons pas. Que faire pour lui rendre nos prononcée pour une fin, mais dont lEvangé-
devoirs? Alors ils lui élevèrent un autel et y liste s'est servi pour une fin bien différente?
placèrent pour inscription : Au Dieu inconnu, Ecoutez avec attention, vous verrez que lui et

afin que, s'il y a un Dieu, dirent-ils, que nous aussi a réduit toute intelligence sous l'obéis-
ne connaissions pas encore, nous le servions sance du Christ (Il Cor. x, 5), et que si nous pou-
C£-pendant. Voyez quel excès de superstition t vons ainsi réduire en captivité ce qui est en de-
Aussi saint Paul leur dit dès l'abord Athéniens^ : hors de nous, à plus forte raison pouvons-nous le
je vous vois, en toutes choses, religieux, mais faire, et plus complètement encore, pour ce qui

jusqu'à Vexcès. (Act. xvii, 22.) Vous honorez est en nous. Caïphe était le grand prêtre de cette
non-seulement les dieux que vous connaissez, année-là. C'était là une coutume introduite par
mais même ceux que vous ne connaissez pas la corruption des Juifsils déshonoraient jus- ;

encore. Voilà pour quelle raison ils avaient qu'au sacerdoce et rendaient vénale la dignité
écrit au Dieu i?îconnu, et saint Paul l'inter- de grand prêtre. Autrefois, il n'en était pas
prète autrement. Ils l'avaient écrit des autres ainsi la mort seule mettait un terme au sou-
:

faux dieux, saint Paul l'interprète du Christ, verain pontificat mais en ces temps plus mo-
;

s'em parant de leur pensée et la tournant contre dernes, ils étaient privés de leur charge, même
eux Celui que vous adorez sans le connaître,
: pendant leur vie. Caïphe donc, grand prêtre
je vous l'annonce (Act. xvii, 28), dit-il car ce , pour cette année-là, excitait les Juifs contre le
Dieu inconnu n'est autre que le Christ. Et Christ et leur disait 11 faut qu'il meure, et:

voyez la prudence de l'Apôtre II n'ignorait pas 1 pourtant il n'avait rien à lui reprocher; seule-
que les Athéniens l'accuseraient de leur faire ment l'envie le rongeait. Voilà le caractère de
entendre des dogmes étrangers, de leur appor- celte passion, voilà comme récompense les
elle

ter des nouveautés, de leur présenter un Dieu bienfaits. Aussi quel prétexte pouvait-il donner
qu'ils ne connaissaient pas. Pour réfuter d'a- à ses accusations?// est avantageux qu'un seul
vance cette accusation de nouveauté et montrer homme meure et que toute la nation ne périsse
que, loin de prêcher un Dieu étranger, il an- pas. (Jean, u, 50.) Et voyez comment toute la

nonce Celui qu'ils ont prévenu de leurs hon- force de cette parole tourne à notre avantage !

neurs, il poursuit et il dit Celui que vous


: Celte parole qui sortait de la bouche du grand
adorez sans le connaître, moi je vous Van- prêtre était susceptible d'un sens spirituel qu'il
nonce : vous m'avez devancé, leur dit-il vos ;
ne comprenait pas. // est avantageux qu'un
adorations ont prévenu ma prédication. Ne dites seul hojnmc meure, et que toute la nation ne
donc pas que j'apporte un nouveau dieu j'an- ;
périsse pas. Or il ne dit pas cela de lui-même ,

nonce Celui que, sans le connaître, vous hono- ajoute saint Jean, mais, pontife de cette année-
riez déjà non d'une manière digne de lui,
,
là, il prophétisa que le Christ devait mourir,
il est vrai mais enfin que vous honoriez. Au
,
non-seulement pour les Juifs, mais pour toute
Christ , ce n'est pas cet autel qu'il faut dresser, la nation , c'est-à-dire pour toute la race des
mais un autel vivant et spirituel de celui- :
hommes; c'est pour cela qu'il dit
avan- : // est

là cependant je puis vous conduire à celui-ci. tageux qu'un seul homme mct/re et que la na-
Autrefois les Juifs servaient Dieu comme vous; tio)i ne périsse pas tout entière. Voyez -vous

mais ils ont abandonné du corps pour


le culte la puissance de Dieu et comme il force la ,

passer à celui de l'ànie, ceux du moins (jui se langue de ses ennemis à rendre témoignage
sont convertis. Voyez-vous la sagesse de Paul, à la véri té ?
sa prudence? Voyez-vous comnioul il les con- Vous ne devez donc pas négliger les titres
r>.

fond, non pas en s'appuyant sur l'Evangile, ni des divines Ecritures ce que j'ai dit suffira si
;

sur les prophètes, mais sur leur inscription? vous le gravez dans vos mémoires. J'aurais
Ainsi, mes chers frères, ne pa«?tv, pas légère- voulu vous faire voir encore qui a composé ce
ment sur le titre des Livres divins. Pour peu livre, quand et pourquoi il l'a été mais bor- ;

que vous soyez attentifs et apiili(iués, vous nons-nous à la question que nous avons traitée
SUR L'INSCRIPTION DES ACTES. - PREMIÈRE HOMÉLIE. 43

etremettons le reste à l'instruction prochaine, gardera intacte sa jeunesse. Voyez-vous ces as-
si Dieu le permet. Car je désire m'adresser tres suspendus aux cieux? Ils brillent depuis
maintenant aux néophytes. J'appelle néo- six mille ans déjà, et aucun d'eux n'a vu di-
phytes, ceux qui ont été baptisés non-seu- , minuer son éclat. Si la nature est assez puis-
lement il y a deux, trois, dix jours, mais sante pour conserver la lumière sans altéra-
ceux qui l'ont été il y a un an ou plus, ce tion, la volonté ne pourra-t-elle pas à plus forte
nom leur doit convenir encore s'ils montrent raison la faire subsister dans toute son intégrité
un {^rand soin de leur àme ; ils peuvent, après et telle qu'elle a brillé dès le commencement?
dix ans, s'appeler néophytes s'ils gardent la Ou plutôt, non-seulement, nous voulons, si

tleur de jeunesse que leur a donnée le bap- elle gardera son premier éclat, mais elle de-
tême. Qu'est-ce qui fait le néophyte? Ce n'est viendra de plus en plus brillante jusqu'à riva-
pas le temps, mais la pureté des mœurs. Celui liser avec les rayons du soleil. Voulez-vous
qui u'y donne pas ses soins peut, au bout de savoir comment on peut, après bien des an-
deux jours, perdre son nom et sa dignité. Je nées, être encore néophyte? Ecoutez saint
vous montrerai, par un exemple, comment un Paul s'adressant à des chrétiens, baptisés
néophyte perd, au bout de deux jours, la grâce depuis longtemps Vous brillez comme des
:

et l'honneur qu'il a reçus. Je vous en donne un astres dans le monde, gardant la parole de vie
exemple pour que, voyant la chute d'un autre, pour ma gloire. (Philip, ii, 15, 16.) Vous avez
vous vous affermissiez dans le salut. Car si la dépouillé le vêtement antique et lacéré , vous
vue de ceux qui restent fermes nous est un avez été parfumés d'un parfum spirituel, tous,
encouragement, la vue de ceux qui tombent vous êtes devenus libres que personne ne re- ;

doit aussi nous préserver de toute chute, de tombe dans la servitude d'autrefois c'est pour :

tout mal. Simon le Magicien s'était converti l'éviter qu'il faut la combat. guerre et le
et, après avoirreçu le baptême, il s'était atta- Aucun esclave n'est admis à combattre ,
ché à Philippe dont il voyait les miracles ; aucun n'est soldat si on en découvre un dans
;

mais peu de jours s'étaient écoulés qu'il re- l'armée, on le châtie et on le raye de la liste des
tombait dans ses vices, voulant acheter à prix combattants. Ce n'est pas seulement dans notre
d'argent la grâce de Dieu. Aussi que dit saint milice qu'il en est ainsi, mais même aux jeux
Pierre à ce néophyte ? Je vois que tu es dans d'Olympie. Car après avoir passé dans cette
un fiel d'amertume
dans des liens d'iniquité;
et ville trente jours , on vous conduit aux portes,
aussi prie Dieu, et peut-être que ce péché te sera et là, quand hé-
les spectateurs sont assis, le
pardonné. (Act. vin, 23.) Il n'a pas encore com- raut crie : quelque grief contre ce
S'élève-t-il
battu et déjà il est tombé dans une faute im- lutteur? et, quand tout soupçon sur sa liberté
pardonnable. Or de même qu'on peut au bout est ainsi dissipé, alors on le conduit dans l'a-
de deux jours tomber et perdre le nom de néo- rène. Mais si le démon n'admet pas d'esclaves
phyte avec la grâce reçue, de même on peut pour ses combats, oserez- vous, esclave du pé-
conserver dix ans, vingt ans et jusqu'au dernier ché, combattre les combats du Christ? A Olym-
jour de la vie, ce nom et cette dignité si illus- pie, le héraut crie S'élève-t-il quelque grief
:

tres, si vénérables témoin l'apôtre saint Paul


; contre ce lutteur ? ici le Christ ne parle pas de
dont la vieillesse surtout fut glorieuse. Car même. Quand tous s'élèveraient contre vous
cette jeunesse ce n'est pas la nature qui nous
, avant votre baptême, ils ne l'empêcheront pas
kl donne mais le choix est en nos mains de
; de dire Je le recevrai pour mon disciple, je
:

vieillir ou de garder notre jeunesse. Pour le le délivrerai de la servitude, et après l'avoir


corps quand vous emploieriez toutes les solli-
,
rendu libre, je l'admettrai à combattre. Voyez
citudes, que vous dépenseriez tous vos soins, quelle est sa charité Sans rechercher ce qui 1

que de peur de le briser, vous resteriez tou-


, s'était il ne demande compte
passé auparavant,
jours dans l'intérieur de vos appartements, que que de ce qui a suivi. Lorsque vous étiez es-
vous lui épargneriez et les travaux et les occu- claves, vous aviez mille accusateurs, votre
pations continuelles, il subira la loi de la na- conscience, le péché, tous les démons. Rien de
ture , la vieillesse l'atteindra. De l'âme, il n'en tout cela, dit-il, ne m'a irrité contre vous, je

est pas ainsi ; vous ne la brisez pas, que


si ne vous ai pas regardé comme indigne d'entrer
vous ne la plongiez pas dans les sollicitudes dans les rangs de mes soldais je vous ai choisi ;

terrestres (jt les préoccupations mondaines, elle pour combattre mes combats, non par votre
44 TRADUCTIOxN FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

mérite, mais par ma grâce. Restezdonc et lut- pus ; vous verront, dis-je, convertis
lorsqu'ils
tez, soit à la course, soit au pugilat, au pan- soit à la foi, convertis aux bonnes mœurs, ne
crace, sans crainte, sans témérité, du mieux que seront-ils pas confondus et ne se diront-ils
vous pouvez. Ecoutez ce qu'a fait saint Paul A pas, comme autrefois les Juifs à propos de
peine sortait-il de l'eau régénératrice, aussitôt l'aveugle-né C'est lui, ce nest pas ha\ c'est
:

après son baptême, il se met à combattre, il lui-même. (Jean, ix, 8, 9.) Ce sont là les paroles
annonce que Jésus est le Fils de Dieu dès ; de gens confondus ils ne sont plus sûrs de ce ;

le premier jour, il confond les Juifs. Vous ne qu'ils connaissent, ils se partagent d'avis, ils
pouvez pas prêcher, vous n'avez pas la parole n'en croient plus ni leur esprit ni leurs yeux.
de la doctrine Mais vous pouvez enseigner
! Ce Juif venait d'être guéri de la cécité du
I)ar vos œuvres, par votre conduite, par vos corps, vous de la cécité de Tàme il pouvait ;

l)elles actions Que votre lumière brille


: regarder ce le soleil de
soleil matériel, vous,
devant les hommes^ afin qu'ils voient vos juptice. Vous avez reconnu votre Maître que :

bonnes œuv?'€s et qu'ils glorifient votre Père vos œuvres répondent à cette connaissance, aûn
qui est dans les deux. (M.ilili. iv, 5, 6.) Vous que le royaume des cieux soit votre partage,
ne pouvez pas confondre les Juifs par votre pa- par la grâce et la charité de Notrc-Scigneur
role ? Confondez-les par votre conduite ;
que Jésus-Christ, par qui et avec qui soit au Père
les Gentils même soient frappés de cette con- gloire, honneur, puissance, ainsi qu'à l'Esprit
version. vous verront, vous, au-
Lorsqu'ils saint et vivificateur, maintenant et toujours et
trefois impies, méchants, paresseux, corrom- dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

DEUXIÈME HOMÉLIE.
Prononcée dans la vieille église où il n'y avait pas eu de réunion depuis longtemps ;
— que la vie vertueuse vaut mieux que les miiaclei ii les

prodiges ;
— sur la différence qu'il y a entre la bonne vie el les miracles.

ANALYSE.

1° Tu es Pierre , sur celle piore je bâtirai mon Eglise, et les portes de Venfer ne prévaudront pas contre elle. Tel est
et
le remparl de l'Eglise contre lequel sout
venus se briser tous les efforts de la gentilité cl de riiéiésie. 2° L'Eglise a éié Wtie —
par les mains des apôtres sur le fondoincnt des proptièles. Pourquoi ce litre Actes des .ipôlrcs , plutôt que tout autre?
: —
3' DiiTcrcncc entre les actes cl Les actes viennent de la volonté et de la grâce ; les miracles de la prâce seule-
les miracles.
ment ce sont les actes cl non les miracles qui ouvrent le ciel.
;

i° Ce qui fait les apôtres c'est la charité et non les miracles.
— b» L'orateur poursuit sa tlièse tout en commentant le miracle du boiteux guéri par saint Pierre à la porte du temple. —
6° Résumé et exhortations.

1 Nous voici donc rassemblés de nouveau


. produit un si grand effet? Sur celle pierre je
dans cette église notre mère, cette église si bâtirai mon Ef/lisc, et les portes de l'enfer ne
chère à nos cœurs, celte église noire mère prévaudront point contre elle. (Mattli. xvi
el mère de toutes les églises. Mère, non pas 18.) Voilà le rempart, le mur d'enceinte, la
seulement parce qu'elle a été bâtie il y a long- défense , le port , le refuge. Jugez com-
temps, mais parce (lu'elle a été fondée par les bien ce mur est inexpugnable. Jésus-Christ
mains des apôtres. C'est pour cela ijue, ren- n"a pas dit seulement que les ruses des hom-
versée souvent en haine du nom du Christ, elle mes ne prévaudraient pas contre elle, mais
a toujours été relevée par la |)uissance du Christ. même les machinations de l'enfer : IjCS portes
Et ce ne sont pas seultMueiit les mains des de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. II

apôtres qui l'ont fondée mais le Maître des , n'a pas dit ne l'allaciueront pas, » mais ne
: «

apôtres l'a édiliée d'une manière nouvelle et prévaudront pas contre elle; elles l'attaque-
inouïe. 11 n'a pas rassemblé, pour la bâtir, ront, mais ne la vaincront pas. Et qu'est-ce
du bois et des pierres, ni creusé un fossé donc que les portes de l'enfer? Car peut-être le
pour en marcpier l'enceinte, ni enfoncé des sens de ce mot ne vous est pas luen connu.
pieux, ni élevé des tours; prononcé que il n'a Voyons ce que c'est que la porte d'une ville el
deux paroles et elles lui oui leiiu lieu de rem- nous saïu'ons ce (jue c'est que la porte de l'enfer.
part, de tour, de fossé et de tout aulie moyen La |KMle d'une ville, c'est rentrée qui y con-
de défense. Et quelles sont les paroles qui ont duit : donc, la porte de l'enfer, c'est le danger
SUR L'INSCRIPTION DES ACTES. — DEUXIÈME HOMÉLIE. 45

qui y mène. Voici donc en d'autres termes ce mage, n'ayant ruiné que leurs propres forces :

que dit Notre-Seigneur Quand même mon : de même cette parolo, connue une tour inex-
Eglise serait attaquée , assiégée par des pugnable, bâtie avec solidité au milieu de la
épreuves capables de la précipiter en enfer, terre, a été de tous côtés attaquée par les Gen-
elle n'en restera pas moins innnobile. Il tils,mais ils n'ont abouti qu'à rendre sa force
l>ouvait ne pas pernKîttre qu'elle fût exposée pïus évidente, qu'à briser leur puissance, et
au danger pourquoi donc l'a-t-il permis?
: ils sont morts! Quelles trames n'ont-ils pas

l'arce que c'est la m;ir(|ue d'une bien plus ourdies contre cette promesse? Ils ont levé des
grande puissanc»; de p{ rnieltre que les épreuves troupes, saisi leurs arme», le8 .^-ois se sont pré-
vous assiègent sans pouvoir vous vaincre que parés à la guerre, les peuples se sont levés,
de les empêcher de vous assiéger. Aussi a-t-il les villes se sont agitées, les juges se sont ir-
permis que son Eglise fût soumise à toutes les rités et ont employé tous les genres de sup-
épreuves afin qu'elle en devînt plus illustre. La plices ; aucune espèce de peine n'a été omise :

tribulation produit la patience; la patience^ feu, fer, dents des bêtes féroces, précii)ices,
l'épreuve. (Rom. v, 3-/*). Et pour montrer sa submersions, gouffres, bois, croix, fournaises
force avec plus d'évidence encore , il retire son ardentes, tous les tourments imaginables, tout
Eglise des portes mêmes
de la mort. C'est pour a été employé; ils ont employé des menaces
cela qu'il permet la tempête et qu'il ne permet incroyables, d'incroyables promesses pour ef-
pas que la barque soit submergée car nous : frayer les uns, pour séduire et attirer les au-
admirons un pilote, non pas lorsque, naviguant tres. Ruse et violence, tout a été tenté. Les
par un temps favorable ou le vent en proue, il pères ont livré leurs enfants, les enfants ont
conduit son vaisseau sain et sauf; mais lors- renié leurs pères, les mères oubliaient ceux
que, la mer étant orageuse, les flots irrités, la qu'elles avaient portés dans leurs entrailles,
tempête déchaînée il oppose son art à l'impé-
, les lois de la nature étaient méconnues. Et
tuosité du vent et sauve son vaisseau du mi- pourtant ces assauts n'ont pas ébranlé les

lieu des périls. Ainsi fait le Christ. En plaçant, remparts de l'Eglise, et ses propres enfants ont
comme un navire sur la mer, son Eglisse sur levé l'étendard de la révolte, sans que la guerre
la terre, il n'a pas enchaîné la tempête, mais aitporté aucune atteinte à la solidité de ses
a sauvé l'Eglise de la tempête ; il n'a pas murs , à cause de celte parole Les portes de :

empêché la mer de s'irriter, mais il a assuré l'enfer neprévaudront pas contre elle. Songez
le salut du navire. Les peuples s'élèveront de que ce n'était pas une parole quelconque, mais
toutes parts comme les flots en fureur, les es- la parole de Dieu. D'une parole Dieu fonda le
prits mauvais l'attaqueront comme des tem- ciel , d'une parole il affermit la terre sur les
pêtes déchaînées, l'envelopperont comme un eaux (Ps. CiM, 5), il fit soutenir cet élément
ouragan, le Christ veille à la conservation de solide et pesant par un élément léger et fluide ;

de plus étonnant, c'est


l'Eglise. Et ce qu'il y a et cette mer à la violence irrésistible , aux flots

que la temi)ête non-seulement n'a pas été maî- gigantesques, la parole de Dieu lui a donné
tresse du vaisseau, mais encore a été vaincue pour rempart un fragile grain de sable. Mais si
par le vaisseau. Les persécutions continues, d'une parole Dieu a fondé le ciel, affermi les
loin de vaincre l'Eglise, ont été vaincues par fondements de la terre donné des bornes à la
,

elle. — Comment, d'où, de quelle manière? mer, vous étonnerez -vous que par une parole il
— Parce que ces paroles se sont réalisées : Les ait entouré comme d'un rempart inexpugnable
portes de l'enfer ne prévaudront point contre son Eglise bien plus noble que le ciel, la terre
elle. et la mer ?
Que n'ont pas fait les Gentils pour donner à 2. Mais l'édifice étant si solide, le rempart si

cette parole un démenti, pour rendre cette inexpugnable, voyons comment les apôtres en
promesse impuissante et ils n'y sont point ! ont jeté les fondements, à quelle profondeur
parvenus car c'était la parole de Dieu. Voyez
: ils ont creusé pour élever une construction
cette tour bâtie de blocs de granit, solidement aussi inébranlable. Ils n'ont pas eu besoin de
revêtue de fer les ennemis, l'attaquant de
: creuser profondément, de se livrer à un grand
tous côtés, n'en ébranlent pas la structure, travail.Pourquoi'^ C'est qu'ils ont trouvé un
n'en désorganisent pas l'arrangement, mais se premier fondement déjà ancien, celui des pro-
retirent la laissant intacte, sans aucun dom- phètes. Un homme qui, sur le point de bâtir
AC^ TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

une grande maison, trouverait un ancien fon- Efforçons-nous d'expliquer le titre du livre.
dement ferme et solide, se garderait bien de Car il n'est pas aussi simple, aussi clair que
le bouleverser, d'en remuer les pierres, mais beaucoup le croient; il réclame notre sagacité.
le laissant tel qu'il le trouverait, il élèverait là- Quel est le titre de ce livre ? Actes des Apô- —
dessus son nouvel édifice; de môme les apô- tres.— N'est-ce pas clair, évident, à la portée
tres, pour bâtir ce grand édifice de l'Eglise de tous? — Oui mais vous examinez ce qui
; si

qui embrasse la terre entière, n'ont pas creusé est rapporté dans vous verrez combien
le livre,
profondément; mais, ayant trouvé un fonde- ce titre est profond. Pourquoi ne pas dire :

ment ancien, celui des prophètes, ils ne Tout Merveilles opérées par les apôtres? Pourquoi
pas bouleversé, n'ont pas renversé cette cons- ne pas dire Miracles des apôtres ou encore
truction, cette doctrine, mais la laissant intacte, Puissance et prodiges des apôtres? Pourquoi
ils ont élevé par-dessus leur propre doctrine préférer Actes des apôtres? Ce n'est pas la
et la foi nouvelle de l'Eglise. Et si vous voulez même chose de dire Actes ou Miracles, Actes
être bien certains qu'ils n'ont pas renversé le ou prodiges, Actes ou Puissance il y a entre :

fondement premier, mais qu'ils ont bâti dessus, ces termes une grande diflérence. Un acte c'est
écoutez saint Paul, ce sage architecte, nous ren- le produit de notre propre volonté, un miracle
dant un compte exact de cette construction ;
c'est un don de la grâce divine. Voyez-vous la
c'est le sage architecte qui dit lui-même J'ai, : dilTérence de l'acte et du miracle? Un acte,
comme un sage architecte^ posé
le fondement. c'est l'effet du travail de Ihomme, un miracle,
(I Cor. m,
Voyons comment il l'a posé.
10.) de la libéralité divine ; un acte a pour principe
Sur un autre fondement plus ancien, celui notre propre volonté, un miracle la grâce de
des prophètes. D'oîi le savcz-vous? Vous n'êtes Dieu l'iui vient du secours d'on-haut. l'autre
;

plus des Ilotes et des étrangers^ dit-il, 77iais les d'une volonté d'ici-bas. Un acte se compose de
concitoyens des saints, bâtis su?' le fondement deux éléments, de notre activité et de la grâce
des apôtres et des prophètes. (Ephés. ii, 19, 20.) divine un miracle ne montre que la grâce
;

Vous voyez deux fondements, celui des pro- divine et ne requiert pas notre coopération.
phètes, et au-dessus celui des apôtres. Et ce C'est un acte que d'être honnête, sage, modeste,
qu'il y a d'étonnant, que les apôtres ne
c'est que de dompter la colère, de combattre ses
suivirent pas immédiatement les prophètes et passions, d'exercer sa vertu c'est un acte, un ;

qu'il y eut entre eux un grand intervalle. Pour travail. C'est un miracle au contraire que de
quelle raison? C'est ainsi que font les meilleurs chasser les démons, de rendre la vue aux
architectes; après avoir posé le fondement, ils aveugles, de purifier le corps des lépreux, de
n'élèvent pas de suite l'éditicede peurjju'étant rendre la vigueur aux membres paralysés, de
trop peu solide et trop récent, ilne puisse por- ressusciter les morts et le reste. Voyez quelle
ter le poids des murs. Ils laissentau contraire différence entre les actes et les miracles, la
les pierres s'affermir par le temps, et quand ils sage conduite et les prodiges, notre activité et
les voient solidement reliées entre elles , ils la grâce de Dieu 1

construisent les murs. Le Christ a fait de 3. Voulez-vous que je vous montre une
môme ; il a laissé le fondement des prophètes autre différence ? car je n'ai d'autre but dans
s'affermir dans l'esprit des auditeurs, leur doc- cette que de vous apprendre ce
instruction
trine s'y solidifier, et quand celte première (ju'est le le prodige. Le miracle est
miracle,
construction lut devenue inébranlable que ,
par lui-même quelque chose de grand, d'éton-
ces saints enseignements eurent pénétré assez nant, quelque chose qui surpasse notre nature.
profondément |)our pouvoir supporter la loi L'action la sage conduite est moins remar-
,

nouvelle, alors envoya les apôtres pour éle-


il quable que le miracle, mais elle nous est pins
ver sur le fondement des prophètes les murs avantageuse et plus utile c'est le fruit de nos :

de l'Eglise. Mais voyons comment ils furent travaux et de nos sueurs. Et pour vous donner
bâtis. une preuve que l'action est plus avantageuse
Qui nous l'apprendra ? Qui, sinon le livre et plus utile que le prodige, sachez qu'une
des Actes dont je vous ai parlé, les jours pré- bonne action, môme sans miracles, conduira
cédents ? Et peut-être ai-je par suite de cela au ciel celui qui l'a faite, tandis que les pro-
contracté à votre égard ime dette que je diges et les miracles sans les bonnes œuvres ne
\eux acquitter aujourd'hui- Quelle dette ? peuvent conduire à ce royal séjour. Comment
SUR L'INSCRIPTION DES ACTES. — DEUXII^ME HOMÉLIE. 47

cela? Je vais vous le montrer. Voyez comme mais quand elle fut pro-
geait de grands soins ;

les actions sont placées en première ligne fondément enracinée et (ju'elle eut pris tout
(luand il s'agit de récompenser connne les
; son développement, lorsqu'elle eut rempli
prodiges, seuls et par eux-mêmes, sont im- toute la terre, le Christ enleva tout ce qui l'en-
puissants à sauver ceux qui les font; comme tourait et la protégeait. Voilà pourquoi au
au contraire l'action seule et par elle-même, commencement ces faveurs furent accordées
sans avoir besoin d'autre chose, procure le même à des indignes : pour que la foi s'établît,
salut à ceux qui l'ont opérée. Beaucoup me elle avait besoin de ces secours aujourd'hui ;

diront en cejoiir-là : Seigneur^ Seigneur^ n'a- des hommes, même qui en sont dignes, ne
V07is-îwm pas prophétisé en votre nom ? Voilà reçoivent plus ces grâces : la foi est assez forte
un prodige, un miracle. En votrenom n'a- pour s'en passer. Et afin que vous sachiez que
vons-nous pas chassé les démons et opéré bien ces hommes dont parle l'Evangile ne mentaient
des merveilles? (Matlli. vu, 22.) Vous ne voyez pas, mais qu'ils opéraient réellement des mi-
partout que des prodiges et des miracles, et racles, que ce don avait été accordé à des in-
aucune bonne œuvre. Mais comme les miracles dignes, et aussi pour que ces mêmes hommes,
sont seuls et (ju'il n'y a pas de bonnes œuvres, ne se bornant pas aux miracles, perfection-
Retirez-vous de moi ^ dira le Seigneur, je ne nassent leur vie et que, respectant la grâce de
vous connais pas y vous qui opérez V iniquité! Dieu, ils rejetassent leurs iniquités, Dieu per-
vous ne les connaissez pas,
(Mattli. Vil, 22-23.) Si mit que Judas, l'un des douze, opérât, de l'aveu
comment savez- vous qu'ils opèrent l'iniquité? de tous, des prodiges, chassât des démons, res-
C'est que celte parole je ne vous connais pas ,
suscitât des morts, purifiât des lépreux, lui qui
ce n'est pas l'ignorance qui la fait prononcer, cependant perdit le royaume du ciel. Ses mi-
mais la haine et l'aversion. Je ne vous connais racles ne purent le sauver parce que c'était un
pas; et pourquoi donc, dites- moi? En votre scélérat, un voleur, et qu'il trahit le Maître.
nom n'avons-nous pas chassé les démoiis ? C'est Ainsi les miracles ne peuvent sauver s'ils ne
précisément pourquoi je vous hais et vous dé- sont accompagnés d'une conduite parfaite ,

teste car mes dons ne vous ont pas rendus


; d'une vie pure et sans tache je viens d'en don-
;

meilleui"s, et revêtus de tant d'honneur vous ner les preuves. Oui une bonne conduite,

avez pu rester dans vos iniquités. Retirez-vous qui n'est pas soutenue de ces faveurs extraor-
de moi, je ne vous connais pas ! dinaires, qui n'est point aidée par ce don des
Quoi doncl ils en étaient indignes, ceux qui miracles, mais qui est livrée à elle-même, peut
anciennement recevaient ces faveurs Ces ! se présenter avec confiance au royaume des
thaumaturges menaient une vie corrompue, et cieux; écoutez ces paroles du Christ : Venez,
enrichis des dons de Dieu ils ne s'occupaient , les dénis de mon Père, possédez leroyaume
pas de rendre leur vie parfaite S'ils étaient en-
! préparé pour vous depuis la création du monde.
richis, cela leur venait de l'amour de Dieu, non (Matth. XXV, 34.) Et pourquoi ? Parce qu'ils ont
de leur propre mérite. Il fallait que partout se ressuscité des morts, purifié des lépreux, chassé
répandît la doctrine du salut, puisque c'était le des déjnons? Non mais pourquoi donc? o Vous
;

commencement et comme le premier âge de la m'avez vu épuisé par la faim, dit-il, et vous
religion nouvelle. Lorsqu'un habile cultivateur m'avez nourri; par la soif, et vous m'avez donné
vient de confier à la terre un arbre encore à boire privé de vêtements, et vous m'en avez
;

frêle, prodigue au commencement des


il lui fourni; d'asile, et vous m'avez recueilli.» Vous
soins empressés, le protège de toutes parts, ne voyez pas de miracles, rien que de bonnes
l'entoure et de pierres et d'épines, afin qu'il ne actions. D'un côté il n'y a que des miracles, et
soit ni renversé par le vent, ni maltraité par la i)unition n'est pas moins terrible parce qu'il
les bestiaux, qu'il ne soit, en un mot^ exposé n'y a pas de bonnes œuvres ; de l'autre côté, il

à aucune injure ; mais quand il est devenu n'y a que des bonnes œuvres, pas de miracles,
fort et qu'il commence à s'élancer, il enlève et néanmoins le salut est accordé ; ce qui montre
toutes ces défenses : car l'arbre peut par lui- que par elle seule une conduite parfaite pro-
même se suffire; il en fut ainsi de la religion. cure le salut. Voilà pourquoi le saint, l'illustre,
Lorsqu'elle ne faisait que de naître, qu'elle l'admirable Luc intitula son livre Actes des
était encore tendre, qu'elle jetait ses premières Apôtres et non Miracles des apôtres bien que ,

racines dans les cœurs des hommes , elle exi- les apôtres aient fait des miracles. Mais ceux-çj
48 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CïlRYSOSTOME.

ont duré un moment et ils sont passés; ceux-là qui paraît ici encore. Car le zèle, la compas-
devront être pratiqués pendant tous les siècles sion, le soin, tout cela ce sont des actes, non
par ceux qui veulent se sauver. Et c'est des miracles ni des prodiges. Mais, direz-vous,
parce que nous devons imiter non les mira- s'ils sont devenus tels, c'est à cause de leurs
cles, mais les actes des apôtres qu'il a donné miracles. Ce n'est pas à cause de leurs mira-
ce titre àsonlivre. Et afin que vous ne disiez pas cles, mais à cause de leurs actes, et ceux-ci les
ou plutôt afin que les lâches ne disent pas, quand ont rendus bien plus illustres. C'est pourqui il

nous leur proposons l'imitation des apôtres leur dit : Que votre lumière brille devant les
quand nous leur répétons Imitez Pierre, faites : hommes, afin qu'ils voient, non vos miracles,
comme Paul, agissez comme Jean , suivez Jac- mais vos bonnes œuvres et qu'ils glorifient votre
ques; afin, dis-je, qu'ils ne nous objectent pas: Père qui est dans les deux. (Matth. v, iO.) Ne
Mais nous ne pouvons, ils ont ressuscité des voyez-vous pas partout qu'il n'y a de louange
morts, purifié des lépreux, Luc rejette cette que pour la conduite vertueuse et la vie sainte?
excuse impudente et leur dit Silence, taisez- . Voulez -vous que je vous montre Pierre luir
vous ce ne sont pas les miracles mais les
: , môme, Pierre , le chef des apôtres ,
qui mena
actes qui conduisent au ciel. une vie si parfaite et qui opéra des merveilles
Imitez donc la conduite des apôtres et vous si grandes qu'elles dépassent tout pouvoir hu-
n'obtiendrez pas moins qu'eux. Ce qui les a faits main? voulez-vous, dis-je, que je vous mon're

apôtres, ce ne sont pas les miracles, mais la et les miracles et les actes comparés ensemble,
sainteté de leur vie. C'est là le signe qui dis- et Pierre retirant plus d'honneur de ses actes
tingue les apôtres et qui caractérise les disci- que de ses miracles?
ples : écoulez à ce sujet la parole du Christ. Ecoutez ce récit : Pierre et Jean montaient
Lorsqu'il veut tracer le portrait de ses disciples au temple pour la prière de la neuvième heure.
et montrer quelle est la marque distinclive des (Act. m, 1 Ne passez pas trop légèrement sur ce
.)

apôtres il dit, Cest à ce signe que tous re-


: récit; mais arrêtez-vous dès le commencement
connaiti'ont que vous êtes mes disciples. (Jean, et voyez (juelle était leur alfoction, leur union,
xiu, 35.) A ce siqne, à quoi? A faire des mira- leur accord, combien tout était conunun entre
cles, à ressusciter des morts? Non à quoi ; eux, comme en tout par le lien
ils étaient liés
donc ? C'est à ce signe que tous reconnaîtront de la charité divine, comm.ent on les trouvait
que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez ensemble soit pendant les repas, soit pendant
les uns les autres. L'amour n'est pas un mi- la prière, soit pendant les voyages, soit en

racle, mais une œuvre Lamour, c'est la pléni-


: toute autre circonstance. Mais si ces colonnes,
tude de la loi. Voyez-vous quelle est la marque ces tours de l'Eglise, ces hommes qui avaient
des disciples, le signe des apôtres, leur forme, auprès de Dieu un si libre accès, avaient be-
leur type? Ne cherchez rien de plus; le Maître soin du secours l'un de l'autre, et reliraient un
nous a révélé que la charité doit être le carac- grand avantage de cette assistance mutuelle,
tère pro|)re de ses disciples. Si donc vous avez combien plus nous , si faibles , si malheureux,
la charité, vous êtes apôtre et le premier des si vils, n'avons-nous pas besoin d'être aides les"

apôtres. uns par les autres? Le frère qui est soutetiu


Voulez-vous retirer d'un antre passage le
4. par son frère est comme une ville fortifiée
même (inseignement? s'adressant à Pierre, le (Prov. xvMi, 19); et en un autre endroit Xcst-il :

Christ dit Pierre, m'aiînez-vous plus que


: pas bien beau et bien agréable pour des frères
ceux-ci? (Jean, xxi. Al.) Il n'y a rien qui nous cF habiterensemble? (Ps. cxxxn, .) Pierre et Jean I

fasse obtenir le royaume du ciel comme d'ai- étaient ensemble et ils avaient Jésus au milieu
mer le Christ autant (ju'il le faut. Kt lui-mèrnea d'eux Là où deux ou trois dit-il, sont réunis
: ,

ilil quelle était la marque de cet amour. Quelle en mon nom, Je suis au milieu d'eux. (Matlh.
est-elle? Que ferons-nous [)Our l'aimer plus xvni, tîO. ) Voyez comme il est be;m d'être
que les eu ressuscitant des
a|»ôlres? Sera-ce réunis! Mais ils n'étaient pas seulement réunis;
morts ou en faisant quelque autre miracle? nous aussi nous sommes tous reimis mainte-
Non; que ferons- nous donc? Ecoutons le nant mais il faut être unis par le lien de la
;

Christ, celui-là même que nous devons aimer: charité, par une allection volontaire. Mais de
5/ vous /n'aimez, ilit-il, plus que ceuu-ci, pais- même que nos corps sont près les uns des
fez mes brebis. Vous le voyez, c'est la conduite autres et se tiennent mutuellement; il faut
SUR L'INSCRIPTION DES ACTES. — DEUXIÈxME HOMÉLIE. 40

aussi que nos cœurs se tiennent les uns les vous sept hommes de bon témoignage ; pou/*
autres Pierre et Jean montaient au temple.
: nous, nous nous appliquerons à la prière et
Le voile est déchiré le saint dus saints désert,
,
au ministère de la parole. (Act. vi, 3.)

on adore Dieu bien ailleurs que dans le temple 5. Mais, comme je le disais (car il ne faut pas
de Jérusalem , saint Paul crie : En tout lieu nous éloigner de notre sujet, savoir ([ue saint
levez des mains pures, pourquoi courent-ils Pierre accomplit des actes de vertu ,
qu'il fit

donc au temple pour prier? Retournaient-ils aussi des miracles, et que ses actes lui attirent
donc au vain culte des Juifs? Non, non Mais ils 1 plus de gloire) il alla au temple pour y prier,
,

condescendaient à leur faiblesse et accomplis- et voilà (lu'on appoitaitàla porte du temple un


saient la parole de saint Paul qui disait : Je me homme boiteux dès le sein de sa mère. C'est dèa
suis fait comme juif avec les juifs. (I Cor. le sein de sa mère que sa constitution était dé-

IX, 20.) Ils ont de la condescendance pour les fectueuse et l'art de la médecine ne pouvait riea
faibles afin que cette faiblesse disparaisse. sur cette maladie, afin que la grâce de Dieu
D'ailleurs toute la ville se portait encore là ;
parût dans un plus grand éclat. Ce boiteux
et de même que les pécheurs les plus habiles était placé à la porte du temple, et voyant ces
recherchent les endroits des fleuves où tous hommes qui entraient , il se tourna vers eux,
les poissons se rassemblent, afin de réussir leur demandant l'aumône, et Pierre lui dit :

mieux et plus facilement dans leurs tra>aux; Regarde-nous. A le voir, on pouvait juger de
de même les apôtres, ces pêcheurs spirituels, sa pauvreté ; il n'est pas besoin ni de discours,
se rendaient à cet endroit où toute la ville se ni de démonstration, ni de réponse, ni de
réunissait, afin d'y tendre le filet de TEvangile preuve; son habit seul nous fait voir en lui un

et de faire une pèche plus abondante. En cela pauvre. L'œuvre apostolique par excellence
ils imitaient leur Maître. Car le Christ dit
Tous : c'est de parler au pauvre, de ne pas le délivrer
les jours j'étais asùs au milieu de vous dans le de sa pauvreté seulement, de lui dire Tu :

temple (Matth. xxv[, 55.) Pourquoi dans le verras une richesse autre et plus grande (jue
temple? Pour attirer ceux qui s'y trouvaient. celle de ce monde De l'argent, dit-il, et de
:

De même les apôtres s'y rendaient pour prier, l'or, je 71 en ai pas; mais ce que j'ai, je te le

et surtout pour yrépaiidre leur doctrine Dans : dorme. Au nom de Jésus - Chritt, lève - toi et

le temple, pour prier, à la prière de la neu- marche! (Act. m, (3.) Voyez-vous la pénurie
vième heure. Ce n'est pas sans motif qu'ils ont et la richesse, pénurie d'argent, richesse de
choisi ce temps car je vou8aisuu\ent parlé de
: grâces ? 11 n'a pas fait disparaître la pénurie
cette heure, et je vous ai dit iju'a ce moment le d'argent, mais bien le défaut de la nature.
paradis avait été ouvert, que le bon larron y Voyez l'airabiiité de saint Pierre Ihgarde- :

était entré, ([ue la malédicLior. avait cesse, que la nous. ne lui adresse ni injures, ni insultes,
Il

victime du genre humairi avait été immolée, ce que nous faisons bien souvent aux pei sonnes
que les ténèbres avaient disparu, que !a lumière qui viennent nous supplier, leur reprochant
avait brillé, aussi bien la lumière sensible (jue leur oisiveté. Avez-vous reçu cette mission
la lumière spirituelle. De la neuvième heure : dites-moi? Dieu ne vous a pas commandé de
Ainsi au moment où tant d'autres, quittant le reprocher à votre frère pauvre sa pare:: se, mais
manger et le boire vont se livrer, à un sommeil de soulager sa détresse ; il a voulu que vous fus-
profond, ceux-ci, à jeun, éveilles, animés par siez non l'accusateur de ses vice?, mais le méde-
le zèle, courent se livrer à la prière. Mais s'ils cin de ses infirmités non que vous lui repro-
;

avaient besoin de la prière, d'une prière si con- chiez sa lâcheté, mais que vous lui présentiez
tinue, d'une prière si parfaite, eux ({ui avaient une main secourable; non que voushiàmiez ses
tant de motifs d'être complètement rassurés, mœurs, mais que vous soulagiez £a faim. Et
eux qui n'avaient rien à se reprocher, que fe- nous, nous faisons tout le contraire au lieu do ;

rons-nous, nous couverts de mille blessures, consoler par nos dons ceux (jui viennent nous
et qui n^ appliquons pas le baume de la supplier, nous irritons leurs blessures par nos
prière? C'est unearmure solide que la prière. reproches intempestifs. Mais saint Pierre s'ex-
Voulez-vous savoir combien c'est une armuui cuse au[irès du pauvre et lui parle avec mo-
solide? Les a[)ôlres abandonnaient le soin des destie Prêtez sans pei?ie votre oreille à la de-
:

pauvres pour se livrer complètement à la mande du pauvre et répondez-lui avec douceur


prière : Choisissez, dit saint Pierre, parmi €t miséricorde, (Eccl. \y,k) : De l'argent et de

Tome IV.
50 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CURYSOSTOME.

l'or, je n^en aï pas; mais ce que j'ai je te le uns pour les autres. Ce sont les vertus, et non
donne au nom de Jésus-Christ, lève-toi et mar-
: les miracles qui seront, dit-il, le signe dis-
che! Il y a là un acte et un miracle. Un acte : tinctif de ses disciples : Pierre, m'aimez-vous
De l'argent et de Vor^ je n'en ai pas. C'est une plus que ceux-ci ? Paissez mes brebis. Voilà un
Tertu que de fouler aux pieds les choses de la second signe, et c'est encore la vertu qui le
terre, de rejeter ce que l'on possède, de mé- fournit. En un troisième Ne vous ré-
voici :

priser la vanité présente. C'est un miracle que jouissez pas de ce que les démons vous sont
de guérir le boiteux,que de redresser ses mem- soumis, mais réjouissez-vous de ce que voi
bres affligés. Voilà donc un acte et un miracle. noms sont écrits da?is les deux. C'est encore
Voyons de quoi saint Pierre se glorifle. Qu'a-t-il là un acte de vertu. Voulez-vous voir une qua-
dit? Qu'il a fait des miracles? Et pourtant en il trième preuve? Que votre lumière brille devant
avait fait; mais il ne dit pas cela que dit-il donc? : les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres
Voici que nous avo)is tout quitté pour vous et qu'ils glorifient votre Père qui est dam les
suivre. (Matth. xix, 27.) Voyez-vous qu'à côté du deux. Là encore on ne voit que des actes. Et
miracle, la vertu seule est couronnée? Que fit quand il dit Quiconque a quitté ou maisoji
:

le Christ? Il l'exalla et le loua : Je vous dis que ou frères ou" sœurs à cause de moi, recevra le
vous qui avez quitté vos maisons, etc. Il ne dit centuple et aura pour héritage la vie éternelle.
pas, qui avez ressuscité des morts, mais vous Ce sont les actes qu'il loue et la perfection de
qui avez ahando7i7ié vos biens , vous serez assis la vie. Vous voyez que la marque des disciples,
sur douze trônes quiconque
(Maltli. xix, 29), et c'est de s'aimer les uns les autres que celui :

abandonne tout ce qu'il possède jouira de la des apôtres qui aime le Christ plus que les
mémo gloire. Vous ne pouvez redresser un autres montre son amour en ce qu'il paît ses
boiteux, comme l'a fait saint Pierre? Vous frères (jue l'on doit se réjouir non de ce que
;

pouvez du moins dire comme lui De l'argent : l'on cha??e les démons, mais de ce qu'on a son
et de l'or, je n'en ai pas. Si vous le dites, vous nom écrit dans lescieux; que ceux qui veulent
voilà l'égal de saint Pierre ou plutôt non pas
, glorifier Dieu doivent le faire par l'éclat de
sivous le dites, mais si vous le faites. Vous ne leurs œuvres que ceux qui ont pour liéri-
;

pouvez guérir une main paralysée? Mais vous tage la vie éternelle et qui sont réconqiensés
pouvez faire que votre main paralysée par in- au centuple sont ainsi traités pour avoir mé-
humanité s'étende par charité Que votre : prisé tous les biens présents. Imitez-les tous et
main ne soit pas ouverte pour preyidre et fer- vous pourrez être disciples, vous pourrez être
mée pour doniicr. (Eccl. iv, 30.) Vous le voyez, comptés au nombre des amis de Dieu, glorifier
ce n'est pas la jiaralysie, mais l'inhumanité Dieu et jouir de la vie éternelle; ce ne vous
qui resserre votre main. Etendez-la pour la sera pas un empêchement pour jouir de tous
charité et l'aumône Vous ne pouvez chasser les biens que de ne pas faire de miracles, si
lesdémons? Riais cliassez le i)éché et votre ré- vous avez une comluite parfaite. Si cet ai)ôlre
compense sera bien phis grande. Voyez-vous lui-même fut appelé Pierre , ce ne fut pas à
comme partout la conduite vertueuse et les cause de ses miracles et de ses prodiges, mais
bonnes œuvres obtiennent plus de louanges et à cause de son amour et de sa remarquable
inie plus belle récompense que les miracles ? charité. Ce n'est pas après avoir ressuscité des
Si vous voulez, examinons un autre passago morts ni après avoir guéri un boiteux qu'il
d'où nous recueillerons la même doctrine : reçut ce nom mais c'est après avoir énergi-
,

Ijis soixante -dix disciples revijircnt vers leur quemcnt confessé sa foi : Tu es Pierre, et sur
Maître avec joie et lui dirent : Seigneur, en cette pierre je bâtirai moji Eglise. (Matth. xvi,
votre nom les démons même nous sont soumis. ^8.) Pourquoi? Parce qu'il le re^ut non pour
Et il leur dit : Ae
vous réjouissez pas de ce avoir des miracles, mais pour avoir dit
fait :

que les déjnons vous sont soumis; mais ré- Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant. Vous
foiussez-vous de ce que vos îioms sont écrits voyez (lue s'il est ap[)elé Pierre, cela vient non de
ao/is les deux. (Luc, Voyez-vous
x, 17, 20.) ses miracles, mais de son ardente charité. Mais
|)avlout la vertu louée etadmirée ? en parlant de Pierre, il me vient en pensée un
0. Mais reprenons ce que nous avons dit ci- autre Pierre ' , notre père, notre maître com-
d*jssus C'est en ceci que tous coiuuiitront que
: mun qui, héritier de sa vertu, a aussi hérité
vous êtes mes di^ciples^ si vous vous aimez- les
SUR L'INSCRIPTION DES ACTES. — TROISIÈME HOMÉLIE. 81

de son siège. Car c'est là le plus beau titre de vertu d'Elie , était appelé Jean , de même ce
gloire de notre cité d'avoir eu pour maître dès prélat, parce qu'il esten communauté de foi
l'origine le prince même des apôtres. Il con- avec Pierre, semble mériter ce nom. La simi-
"venait que la ville qui avant tout le reste de la litude de vie produit la similitude des noms.
terre, mit sur son front comme un diadème le Demandons tous pour qu'il arrive à un âge
nom de chrétien, eût pour pasteur le premier aussi avancé que Pierre; car l'Apôtre parvint à
des apôtres. Mais après l'avoir eu pour maître, la vieillesseavant de voir la mort Quand tu :

nous ne l'avons pas gardé jusqu'à la fin, nous seras vieux, dit le Christ, on te ceindra et en
l'avons cédé à la ville reine du monde, à te conduira où tu ne voudras pas. (Jean, xxi, 18.)
Rome; ou plutôt nous le gardons jusqu'à la Demandons pour notre chef une longue vie;
fin le corps de Pierre, nous ne l'avons pas,
; car plus sa vieillesse sera de longue durée,
mais la foi de Pierre, nous la gardons comme plus elle vivifiera, plus elle fera fleurir notre
si c'était Pierre et ayant la foi de Pierre, ; jeunesse spirituelle : puissions-nous la garder
nous avons Pierre lui-même. Aussi en voyant cette jeunesse, grâce aux prières de notre père,
Ihérilier de son esprit^ nous croyons le voir aux prières de Pierre, grâce surtout à l'amour
en personne le Christ a donné à Jean le nom
; et à la charité de Notre-Seigneur Jésus-Christ,
d'Elie , non que Jean fût Elie, mais parce à qui soit gloire et puissance, avec le Saint-
qu'il avait l'esprit et la vertu d'Elie. De même Esprit, maintenant et toujours, et dans les
donc que Jean, parce qu'il avait l'esprit et la siècles des siècles. Ainsi soit-il.

TROISIÈME HOMÉLIE

Qn'il est utile de lire la sainte Ecriture ;


— qu'elle délivre de la senitude et rend invincible à toutes les tribulations celai qui les lit attenti-

vement ;
— que le nom d'apfltre résume en lui plusieurs titres de gloire ;
— que les Apôtres sont plus grands que les rois ;
— au nouveaux

baptisés.

«RALTSE.

!• Exorde d'un caractère poétiqne dans leqnel l'orateur loue ses auditeurs de leur zèle à entendre la parole de Dieu , et compare
la sainte Ecriture à une prairie délicieuse et à une source intarissable. 2" L'homme qui lit tous les jours l'Ecrilure pst —
comme un arbre planté au bord d'une eau courante. Je vous explique lentement la saiutc Ecriture , dit l'orateur, alin que
tombant sur vos âmes comme une douce pluie elle les pénètre mieux. —
3" Résumé des homélies précédentes et sujet du pré-
sent discours : ce que c'est qu'on Apôtre. — 4° La grâce de l'apostolat comprend en soi la plénitude des grâces. Un Apôtre
c'est un conseil de l'ordre spirituel. — S» Comparaison entre l'Apôtre et le magistrat. — 6» Exhortation aux nouveaux
baptisés.

1. Quand je considère mon peu de génie, je vue'une âme de pierre deviendrait plus légère
me sens comme anéanti et je n'ose m'adresser que l'oiseau, tant vous apportez, à écouter, de
à tout un peuple assemblé pour m'entendre ;
zèle et d'ardeur. De même que les animaux qui
mais quand je vous vois si remplis d'ardeur, vivent dans des tanières ont coutume, après
si insatiables d'instructions, la confiance et être restés blottis tout l'hiver au fond de leurs
le courage me reviennent , et je me pré- cavernes, de quitter ces retraites quand le prin-
pare à entrer généreusement dans cette car- temps paraît, pour se mêler aux autres animaux
rière, dans ce ministère de la parole ; à votre et prendre leurs ébats avec eux \ ainsi mon âme
52 ThADUCTÛN FRANÇAISE DE SALNT JEAN CHRYSOSTOME.

retirée dans la conscience de sa faiblesse elles sans jamais s'amoindrir, se partage sans
comme dans une caverne ne peut pas en , , jamais tarir, se divise sans diminuer; elle est
voyant l'ardeur de votre charité, ne pas quitter tout entière en toutes et tout entière en cha-
sa retraite, se mêler à vous et parcourir joyeu- cune. Car telle est la grâce du Saint-Esprit.
sement avec vous la sainte Ecriture, cette prai- Voulez- vous savoir combien ces eaux sont abon-
rie spirituelle et divine, ce paradis des saints dantes Voulez-vous connaître la nature de ces
?
Li"\Tes. C'est une prairie spirituelle, c'est un eaux apprendre qu'elles ne ressemblent pas
et
jardin de délices que la lecture des divines aux nôtres, qu'elles sont bien supérieures, bien
Ecritures, un paradis de délices bien supérieur plus admirables? Ecoutez les paroles de Jésus
au paradis terrestre. Dieu a placé ce paradis à la Samaritaine pour comprendre combien
,

non sur la terre, mais dans les âmes des fidèles; abondante Veau que je don-
cette source est :

non dans l'Eden ni vers le couchant, le resser- nerai dit-il au fidèle deviendra en lui une
, , ,

rant dans une seule contrée, mais il l'a étendu fontaine d'eau jaillissante dans la vie éter-
par toute la terre , et jusqu'aux extrémités du nelle. (Jean, iv, 14.) Il n'a pas dit sortante, il

monde habité. Oui, il l'a étendu sur toute la n'a pas dit coulante, rmûs jaillissante, i>our
terre ; écoutez à ce sujet le Prophète Leur voix
; marquer qu'elle est inépuisable. Ces eaux qui
a retenti par toute la terre, et leurs paroles ont jaillissent d'une fontaine et se répandent de
été jusqu'aux extrémités du monde habité. (Ps. tous côtés sont celles que la fontaine ne peut
xvui, 5 Rom.x, 18.) Que vous alliez dans l'Inde,
; plus contenir dans son sein, mais qu'un cou-
chez ces peuples que le soleil à son lever visite rant continu force à jaillir. Aussi pour marquer
les premiers, ou vers l'Océan jusqu'aux lies Bri- l'abondance de ces eaux, il a dit : non pas
tanniques, ou vers le Pont-Euxiu, ou dans les qu'elles sortent, mais qu'elles jaillissent.
contrées septentrionales ,
partout vous enten- Voulez-vous savoir quelle est la nature de
drez les hommes répétant les sages maximes cette eau? Voyez à quoi elle sert. Elle est utile
de l'Ecriture, avec un accent étranger sans non pour la vie présente, mais pour la vie
doute, mais avec une même foi , dans une éternelle. Restons dans ce jardin, asseyons-
langue différente, mais avec une même pensée. nous près de la source, ne faisons pas comme
Le son des paroles change, mais la religion ne Adam pour ne pas être comme lui chassés de
change pas; barbares par la langue, ces ce lieu. Ne nous laissons pas entraîner par de
hommes sont sages par la pensée, et les solé- funestes suggestions, par les mensonges de
cismes de leur bouche n'empêchent pas la Satan restons dans le paradis nous y trouve-
; ,

pureté de leur vie. rons la sùrelè continuons de nous adonner à


;

Voyez-vous grandeur de ce paradis étendu


la la lecture des Ecritures. Ceux qui sont assis à
jusqu'aux extrémités de la terre? Là il n'y a côté dune fontaine, qui jouissent de la fraî-
pas de serpents les bêtes féroces ne s'y trou-
, cheur qu'elle procure, qui, pour se protéger
vent pas , et la grâce du Saint-Esprit protège contre la chaleur, baignent souvent leur visage
celteheureuse région. Dans ce paradis comme dans les eaux, se guérissent facilement de la
dans l'autre se trouve une source , une source soif, s'ils viennent à l'éprouver, par ce qu'ils
d'où sortent des milliers de lleuves, et non trouvent le remède dans la source : ainsi celui
(jiialre seulement. Ce n'est pas au Tigre, à qui est assis auprès de la fontaine des saintes
l'Euphrate , au Nil , au Gange, mais à des mil- Ecritures, s'il est tourmenté par l'ardeur d'une
liersde fleuves que cette source donne nais- passion insensée, s'en délivre facilement tu
sance. Qui le dit? Dieu lui-même qui, dans sa baignant son âme dans ces eaux si la colère ;

bonté, nous a donne ces lleuves Celui qui croit : î>'allunie en lui et lait bouillonner son cœur
en moi, dit l'Ecriture, des fleuves deuu cive connue la chaleur lait bouillonner un vase,
couleront de son Voyez-vous
seiri. (Jean, vu, 38.) qu'il y jette un peu de cette eau spirituelle et
qu'il sort de cette source, non quatre lleuves
,
cette passion im|)udente sera bientôt com-
mais des tleuves innombrables? El ce nest pas primée. En un mot, la lecture des Livrer saints
l'abondance seulenienl, n)ais aussi la nature uousdeliNre de toute pensée mauvaise, comme
des eaux qui rend cette source admirable; car de llammes dévastatrices.
ce ne sont pas des eaux qui coulent mais les , "2. C'est grand prophète
[lour.iuoi David, ce
grâces du Saint-Esprit. Cette source se counnu- Uclure des saints
<iui connaib^rait lulilile de la
iiiquc à chaque ànie fidèle et se partage entre Livres, compare celui qui s'api'liiiue aux Ecri-
SUR L'INSCRIPTION DES ACTES. - TROISIÈME HOMÉLIE. 53

tures et qui passe sa vie avec elles, le compare, tains canaux à tout le tronc qui en profite
da :

dis-je, à un arbre toujours verdoyant, planté même, pour celui qui continuellement la
lit

sur le bord d'une rivière Heureux l" homme


: sainte Ecriture et qui se tient auprès de ces
qui n'a pas été dans l'assemblée des impies, qui eaux, n'cût-il aucun commentateur, la lecture
ne s'est point arrêté dons la route des pécheurs, seule, comme une espèce de racine, lui en fait
qui ne s'est point assis dans la chaire de pesti- retirer une très-grande Ah je sais vos
utilité. 1

lence, mais qui place ses a/feclions dans la lot soucis, vos occupations, vos nombreux tra-
du Seigneur et la médite jour et ?iuit il sera , vaux aussi ce n'est que doucement et peu à
:

comme un arbre planté près d'un cours d'eau. peu que je vous amène à réfléchir sur l'Ecri-
(Ps. I, ^ - 3.) L'arbre planté près d'un cours ture, et la lenteur de mon interprétation en
d'eau croissant au bord même d'une rivière
, rendra le souvenir plus durable. Un orage
jouit sans cesse d'une humidité convenable et tombant par torrents impétueux n'agit que sur
brave impunément toutes les intempéries de la surface de la terre et reste inutile pour les
l'air; il ne craint pas les ardeurs desséchantes couches inférieures; mais une pluie qui tombe
du soleil , ni l'air enflammé ; ayant en lui- doucement et peu à peu, comme de l'huile,
même une sève abondante, il se défend con- pénètre plus profondément au moyen de cer-
tre la chaleur extérieure et la repousse: de tains vaisseaux, de certains canaux, remplit
même une âme qui se tient près des eaux d'eau les cavités qu'elle rencontre et rend la
de la sainte Ecriture, qui s'en abreuve conti- terre bien propre à porter des fruits. Et nous
nuellement, qui recueille en elle-même celte aussi, nous faisons tomber doucement cette
rosée rafraîchissante de l'Esprit -Saint, devient pluie spirituelle dans vos âmes. L'Ecriture,
supérieure à toutes les attaques des choses hu- c'est un nuage spirituel, ses paroles et ses pen-
maines, que ce soit la maladie, la médisance, sées c'est une pluie bien supérieure à la pluie
la calomnie, l'insulte, la raillerie ou tout autre matérielle et cette pluie spirituelle, nous la
;

mal ; quand toutes les calamités do la terre


oui, faisons tomber lentement sur vos âmes, afin
fondraient sur celte àme, elle se défend facile- que nos paroles pénètrent jusqu'au fond. Aussi
ment contre toutes ces attaques, parce que la depuis quatre jours que cette interprétation est
lecture de l'Ecriture sainte lui fournit des con- commencée, nous n'avons encore pu aller plus
solations suffisantes. Ni la gloire au loin ré- loin que le titre nous en sommes encore oc-
;

pandue, ni la puissance bien établie, ni l'as- cupés. Il vaut bien mieux ne travailler qu'un
sistance d'amis nombreux aucune chose hu- , petit champ, le remuer profondément et
y
maine ne peut consoler un homme af-
enfin, trouver en abondance les choses nécessaires
fligé, comme la lecture de la sainte Ecriture. que de travailler superficiellement de grandes
Pourquoi donc ? Parce que ces choses-là sont étendues de terrain et de n'aboutir qu'à se fa-
périssables et corruptibles, et que les conso- tiguer en vain, sans profit, sans résultat. Je
lations qu'elles donnent périssent aussi la lec- ; sais que cette lenteur déplaît à beaucoup
;

ture de l'Ecriture sainte, c'est un entretien mais ce n'est pas de leurs blâmes, c'est de vo-
avec Dieu, et quand Dieu console un affligé, tre utilité que je me soucie. Que ceux qui
qui pourra le rejeter dans l'affliction ? peuvent aller plus vite attendent leurs frères
Appliquons-nous donc à cette lecture, non plus lents ; ils peuvent bien les attendre, mais
pas seulement pendant ces deux heures (cela leurs frères plus faibles ne sauraient les at-
ne suffirait pas pour nous sauver), mais tou- teindre. Aussi saint Paul nous recommande,
jours que chacun rentré chez soi prenne en
; à nous, de ne pas presser inoportunément les
main les Livres divins et qu'il réfléchisse sur faibles qui ne peuvent arriver à la perfection
les pensées qu'ils renferment, s'il veut retirer des forts, et aux forts de supporter l'impuis-
de l'Ecriture sainte un secours continuel et suf- sance des faibles. (I Cor. vui, 9.) C'est de votre
fisant.Cet arbre planté sur le bord deleaun'y utilité que je me soucie, non du vain renom
reste pas seulement deux ou trois heures, mais d'éloquence pourquoi les mêmes pensées
; c'est
tout le jour, mais toute la nuit. Aussi ses me retiennent longtemps. si
abondantes ses fruits nombreux
feuilles sont , 3. Le premier jour j'ai dit qu'il ne fallait pas
et cependant nul homme ne l'arrose; mais passer sur les titres sans s'y arrêter, et c'est alors
placé près d'une rivière, ses racines attirent que je vous ai lu l'inscription de l'autel tt que
l'humidité et la communiquent comme par cer- je vous ai montré la sagesse de saint Paul qui.
S4 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

prenant pour ainsi dire un soldat étranger du parler du- EspritSaint


il emprunte des ,

milieu des ennemis, l'a fait passer dans sa pro- figures à l'eau Quiconque boit de cette eau
:

pre armée. A cela s'est bornée notre instruction aura encore soif, dit-il, au contraire qui boira
du premier jour ensuite, le deuxième jour,
;
de l'eau que je lui donnerai n'aura jamais
nous avons recherché quel était l'auteur du soif. (Jean, iv, 13.) Voyez-vous comme des

livre et nous avons trouvé par la grâce de Dieu choses visibles il conduit aux invisibles? C'est
que c'était Luc l'évangéliste nous avons éta- ;
ainsi que nous faisons et nous marchons de

bli ce point par bien des preuves qui deman- bas en haut, afin que notre parole en soit plus
daient, les unes plus, les autres moins de sa- claire. Parlant d'autorités, nous avons indiqué

gacité. Je sais que beaucoup de mes auditeurs des autorités non spirituelles, mais temporelles,
n'ont pas suivi mes dernières déductions : ce qui pour vous conduire des unes aux autres. Avez-
ne m'empêchera pas de rechercher encore ces vous entendu combien j'ai énuméré d'autori-
preuves plus difficiles à saisir. Les pensées tés visibles, les unes plus grandes, les autres

qui frappent au premier abord serviront aux moins, et combien la dignité de consul est
faibles, celles qui sont plus profondes plairont au-dessus de toutes comme la tête et le som-
et seront utiles à ceux qui ont de la pénétra- met? Voyons quelles sont les dignités spiri-
tion. Il faut que nous servions un repas varié tuelles. C'est une dignité spirituelle que celle

et multiple, car les convives ont des goûts va- de prophète; en voici d'autres, celles d'évan-
riés et multiples. Nous avons donc traité le géliste, de pasteur, de docteur les uns ont le ;

premier jour du titre, le second de l'auteur, le don des miracles, les autres des guérisons, d'au-
troisième, c'est-à-dire hier, du commencement tres encore de l'interprétation des langues. Ces
du nous avons montré (nos auditeurs
livre et noms sont des noms de grâces, mais ces grâces
le savent bien) ce que c'est qu'un acte, ce que ont donné naissance dans l'Eglise à des fonc-
c'est qu'un miracle, ce que c'est que la bonne tions, à des dignités. Le prophète est un digni-
conduite, ce que c'est qu'un prodige, qu'un taire; l'exorciste un dignitaire; chez nous, le
signe, qu'une puissance, quelle différence il y pasteur et le docteur sont des dignitaires spiri-
a. entre eux, comment l'un est plus grand, tuels ; mais par dessus toutes ces dignités se
fautre plus utile, comment l'acte vertueux con- trouve la dignité d'apôtre. Et comment le voyez-
duit par lui seul au royaume des cieux, com- vous? qu'un apôtre est avant tous ceux-là,
C'est
ment le miracle séparé de l'acte vertueux est et ce qu'est le consul dans les dignités de ce
banni du paradis. Aujourd'hui il nous faut monde, l'apôtre l'est dans les dignités spiri-
achever l'interprétation du titre et montrer ce tuelles il y tient le premier rang. Ecoutez
:

que c'est (juc ce nom d'apôtres. Car ce n'est saint Paul énumérant ces dignités et plaçant
pas un nom sans signification ; c'est le nom au degré le plus élevé celle d'apôtres. Que dit-
d'une autorité, de l'autorité la plus grande, de il donc? Dieu a établi dans l'Eglise, premiè-

l'autorité la plus spirituelle , de l'autorité rement des apôtres^ secondement des pro-
céleste. Attention donc. Dans le siècle, ily a phètes, troisièmemejit des docteurs et des pas-
bien des autorités de rangs divers, les unes teurs, ensuite le do7i des gucriso))S.
sont plus hautes, les autres moins : par exem- Voyez-vous quelle est la charge la plus su-
ple, pour commencer par les dignités infé- blime? Voyez-vous l'apôtre assis au premier
rieures, il y a leprocureur de la ville, au- rang, n'ayant personne au-<lessus de lui, plus
dessus de lui legouverneur de la province, élevé que lui? Saint Paul place au premier lieu
après celui-ci une autorité plus grande encore ;
les apôtres, au second les prophètes, au troi-
dans la hiérarchie militaire maître , il y a le sième les docteurs et les pasteurs, ensuite ceirx
des soldats, puis le prélot, plus haut encore la qui possèdent grâce des guérisons, ceux
la

dignité de consul. Co sont là autant d'autorités, qui soignent les malades, les directeurs, ceux
mais de degrés dilféreuts il en est de même : qui ont le don des langues. Mais la dignité
dans Tordre spirituel, on y remarque aussi d'apôtre n'est pas seulement la tète des autres
beaucoup de dignités de divers degrés; mais la dignités, (>lle en est encore la base et la racine.
l)lus élevée de toutes, c'est la dignité d'apùlres. La tète, placée au-dessus du corps, n'en est
Je me sers de celte comparaison pour vous pas seulement la maîtresse et la dominatrice,
faire passer des choses visibles aux choses invi- mais encore, si j'ose le dire, la racine : car
sibles. C'est ainsi que fait le Christ; pour les nerfs qui pénètrent dans toutes les parties
SUR L'INSCRIPTION DES ACTES. — TROISIÈME HOMÉLIE. K3

du corps sortent d'elle, du cerveau, et rece- qui vivons et qui sommes réservés pour Vavè-
vant d'elle les esprits animent tout le corps; nement du Seigneur., nous ne préviendrons pas
de nièuie la dignité d'apôtre, maîtresse et do- ceux qui se sont déjà endormis. (1 Thess. iv,14.)
minatrice des autres, non-seulement les sur- C'est là encore une prophétie. Voyez-vous (ju'il
passe, mais contient en ello-mcme la racine de a le don des langues et celui de prophétie?
toutes les autres. Le prophète peut ne pas être Voulez-vous voir qu'il a la grâce de guérir?
apôtre et prophète; mais l'apôtre est nécessai- Mais les preuves ne sont-elles pas inutiles ici,
rement prophète , il a le don des gucrisons, puisque nous voyons ce don de guérison ap-
des langues et de l'interprétation ; ainsi cette partenir, non-seulement aux ai)ôlres, mais en-
dignité est la source et la racine des autres. core à leurs vêtements? Qu'il ait été le docteur
-4. Oui, il en est ainsi, j'en atteste saint Paul. des nations, il le dit [)artout, et il ajoute qu'il
Mais disons d'ybord ce que c'est que le don des embrassa dans sa sollicitude la terre entière et
langues Qu'est-ce donc que le don des langues? qu'il gouverna les Eglises. Ainsi quand vous
Autrefois celui qui avait été baptisé et qui entendez énumérer les diverses dignités et
croyait parlait diverses langues quand le Saint- dire : premièrement les apôtres, secondement
Esprit était descendu sur lui. Comme les chré- les prophètes, troisièmement les pasteurs et les
tiens d'alors étaient encore faibles et qu'ils ne docteurs, ensuite ceux qui possèdent le don de
pouvaient voir des yeux du corps les grâces guérison, d'assistance, de direction, le don des
spirituelles, il leur était accordé une grâce sen- langues, sachez que la réunion de tous ces
sible pour que ce qui était spirituel leur devînt dons se trouve dans la dignité d'apôtre comme
évident , et le baptisé se mettait à parler dans la tète. Pensiez-vous que le nom d'apôtre
notre langue, celle des Perses, celle des In- fût sans signification? Vous savez maintenant
diens, celle des Scythes pour apprendre aux tout ce qu'il renferme de grandeurs. Et si nous

infidèles qu'il avait reçu l'Esprit-Saint. C'était avons traité cette matière ce n'est pas pour
là un miracle sensible, je veux dire ce don des faire parade de notre science, car ces paroles
langues ; c'était un des sens du corps qui le per- sont moins les nôtres que les paroles de l'Esprit-
cevait; quant à la grâce du Saint-Esprit, grâce Saint dont la grâce excite les plus négligents et
spirituelle et invisible, ce signe sensible la ne leur laisse rien omettre.
rendait manifeste. Voilà en (juoi consistait Ce ne serait pas sans raison que nous appel-
le don des langues. Cet homme qui natu- lerions un apôlre consul dans l'ordre spirituel.
rellement ne connaissait qu'une langue, en Les apôtres, ce sont des magistrats choisis par
parlait plusieurs que lui avait enseignées la Dieu, magistrats non préposés à telle nation, à
grâce; on voyait un homme un par le nom- telle ville, mais désignés pour prendre tous en-
bre m;us multiple par la grâce ayant plu-
, , semble soin de toute la terre. Oui , ce sont des
sieurs bouches et plusieurs langues. Voyons magistrats spirituel s, et je vais essayer de vous
comment l'Apôtre posséda ce don ainsi que le montrer, afin qu'après cette démonstration
tous les autres. De celui-ci il dit: Je parle plus vous sachiez que les apôtres sont aussi élevés
de lamjiœs que vous tous. (I Cor. xiv, 18.) Vous au-dessus des magistrats de l'ordre temporel
voyez comme on retrouve en lui cette diversité que ceux-ci le sont au-dessus d'enfants qui se

des langues non-seulement on l'y retrouve,


; et livrent aux jeux de leur âge. La magistrature
mais avec plus de variété que dans tout autre spirituelle est bien plus grande que la magis-
fidèle car il ne dit pas seulement Je puis
, : trature temporelle et plus nécessaire à notre
parler vos langues, mais je parle plus de lon- vie : quand elle disparaît^ tout tombe et se
gues que vous tous. Quant au don de prophétie dissout. Quel est le caractère distinctif du ma-
qu'il avait, voici comme il le manifeste l'Es- : gistrat? Qui faut-il regarder comme revêtu de
prit dit clairement que dans les derniers jours cette dignité? Celui qui est maître de la prison,
viendront des temps périlleux. (I Tim. iv, 1.) qui peut enchaîner les uns, relâcher les autres,
Que ce soit une prophétie que d'annoncer ce renvoyer ceux-ci, enfermer ceux-là, ou encore
qui arrivera à la fin des siècles, tout le monde remettre les dettes, acquitter certains débi-
le voit. Eten un autre endroit Or sachez qu'à : teurs et en forcer d'autres à payer, envoyer
la fin des jours viendroiit des temps périlleux à la mort et rappeler de la mort ou plutôt :

(II Tim. en un autre encore Je vous


ni, 31) ; et : ce n'est pas là le pouvoir d'un magistrat,
affirme, sur la parole du Seigneur, que nous mais d'un roi, et encore ce pouvoir n'appar-
TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOMÈ.

tient-il pas tout entier même aux rois. Car ils à qui vous remettrez les péchés, dit Jésus-Christ,

ne peuvent rappeler de la mort celui qui a ils leur seront ronis ; et ceux à qui vous les

quitté la vie^ mais celui seulement qu'on con- retiendrez, ils hur seront retenus. (Jean,xx, 23.)
duit à la mort; ils peuvent annuler une sen- Est-il besoin de vous montrer après cela qu'ils
tence^ mais rappeler proprement de la mort, ils envoyaient à la mort et qu'ils rappelaient delà
ne le peuvent; le pouvoir qu'ils ont est bien mort, non-seulement après la sentence, non-
petit et le pouvoir le plus grand, ils en sont seulement au moment du supplice , mais
privés. De plus, nous reconnaissons un magis- qu'ils ressuscitaient ceux qui étaient déjà
trat à sa ceinture, à la voit du héraut, aux morts et corrompus? Mais où ont-ils condamné
licteurs qui l'accompagnent, à son chariot, à à mort? Où ont-ils délivré de la mort? Ananie
son épée : car ce sont la le? marques du pou- et Saphire furent convaincus de sacrilège quoi- ;

voir. Voyons si la dignité d'apôtre a les mêmes qu'ils n'eussent caclîé qu'un argent qui était le
insignes; non, ce ne sont pas les mômes, mais leur, ce n'en était pas moms un attentat sacri-
des insignes bien supérieurs. Comparons-les, lège : celte somme , après la promesse qu'ils
pour vous montrer que d'un côté il n'y a que avaient faite, ne leur appartenait plus. Que fit

des noms et que de l'autre sont les réalités


, ;
donc l'apôtre? Ecoutez et vous verrez que, assis
pour vous montrer que la différence qu'il y a en quelque sorte sur un tribunal il cite le sa- ,

entre les magistrats civils et les apôtres est la crilège, interroge comme fait le juge et ensuite
même à peu près qu'entre les enfants qui jouent prononce la sentence. Un interrogatoire en effet
aux magistratures et les hommes qui exercent précéda condamnation. Le crime, il est>Tai,
la

ces magistratures, et, si vous le voulez, com- était patent; mais pour faire voir à ceux qui
mençons par le pouvoir de dispenser de la pri- n'étaient pas présents la justice de sa sentence,
son. Nous avons dit que le magistrat peut relâ- il interroge en ces termes Pourquoi Satan :

cher ou enchaîner. Voyez si les apôlres n'ont pas s'est-il emparé de ton cœur jusçit'à te faire

le même pouvoir Tous ceux que vous lierez sur


:
mentir à l'Eiiprft-Saint et frauder sur le prix
la (erre seront liés dons les deux, et tous ceux de ton champ ? Restant entre tes mains ne ,

que vous délierez sur la terre seront déliés dans demeurait-il pas à toi? Et vendu n'était-il pas
les deux. (Matlh. xvni, 18.) Vous voyez des encore en ta puissance? Ce Ji'est pas aux
deux côtés autorité sur la prison le nom est le ;
hommes que tu as menti, mais à Dieu. (Act.
même, mais que la chose est différente! Il y a V, 3, 4.) Et quel effet produisirent ces parolei
liens et liens, mais les uns sur la terre, les sur Ananie? Il tomba et il expira. Voyez-vous

autres dans le ciel car c'est le ciel qui est la


: que les apôtres ont le pouvoir du glaive? Quand
prison sur laquelle les apôtres ont puissance. vous entendez dire à saint Paul : Prenez en
Voyez donc combien leur pouvoir est grand : toutes circonstances le glaive de l'Esprit qui
habitant notre terre, ils portent leur sentence, est la parole de Dieu (Eph. vi, 17), souvenez-
et celte sentence est assez puissante pour péné- vous de cette sentence, souvenez-vous que
trer dans les cieux. Des rois assemblés en une frappé non par l'épéc, mais par la parole, le

même ville portent des décrets et des lois, qui sacrilège est tombé. Voyez-vous ce glaive

se font respecter par toute la terre de même les : aiguisé, ce glaive nu? 11 n'y a pas de lame, pas

Apôtres assemblés en un seul lieu portèrent des de poignée, pas de mains; mais, au lieu de
lois, et telle a été refficacité de ces lois qu'elle mains, c'est la langue, au lieu d'une lame, ce
s'est fait sentir ron-seulemcnt par toute la sont des paroles qui ont mis à mort le coupable
terre, mais qu'elle a pénétré jusqu'au plus haut Ananie.
des cieux. Vous voyez deux prisons. Tune sur Après lui vint sa femme ; l'Apôtre voulait lui
la terre, l'autre dans le ciel l'une pour le» ; présenter une occasion de se mettre hors de
corps, l'autre pour les âmes, ou plutôt à la fois cause, de se rendre digne de pardon, et pour
pour les âmes pour les corps; leurs liens
et cela ildemanda encore Dites-moi si vous
lui :

n'ctreignent pas seulement les corps, mais aussi avez vendule champ ce prix-là. 11 savait bien

les âmes. qu'on ne l'avait pas vendu ce prix-là; mais


5. Voulez-vous voir comment ils avaient la c'était pour l'amener à résipiscence par son
puissance de remettre les dettes? Ici encore interrogation pour lui faire reconnaître sa
,

vous apercevrez une grande différence; ils re- faute, pour lui accorder son pardon qu'il lui .

mettaient, non l'argent, mais les péché» Cetac : parlait ainsi et cette femme persista dans son
;
SUR L'IiVSCRIPTION DES ACTES. — TROISIÈME HOMÉLIE. «7

impudence aussi parlagea-t-elle le châtiment


:
trouva transporté du désert à Azot. (Act. vni,
de son mari. Voyez-vous le pouvoir de disposer 39, 40.) Voyez-vous ce char rapide, cet atte-
de la prison ? Voyez-vous comme les apitres lage plus prompt que le vent? L'apôtre devait
peuvent envoyer à la mort? Mais voyons un monter jusque dans le paradis, quelle distance !

pouvoir plus grand encore, celui de rappeler quel intervalle Enlevé tout à coup, il y fut
1

de mort. Tabitlie, une chrétienne célèbre par


la transporté sans aucun effort et en un instant.
ses nombreuses aimiônes, était morte, et on (II Cor. XII, 2.) Voilà le char des apôtres la voix ;

avait couru aussitôt vers les apôtres; car on de leur héraut est digne de leur autorité. Ce
savait qu'ils avaient pouvoir de vie et de mort ;
n'est pas un homme qui, marchant devant eux,
on savait que ce pouvoir était venu du ciel sur élevait la voix, mais la grâce de TEsprit-Saint,
la terre. Que fit Pierre lorsqu'il fut arrivé? l'éclat des miracles cpii a une voix plus reten-
Tabithe, levez-vous (Âct. ix, 40), dit-il. 11 ne lui tissante que la trompette ; voilà comme l'Es-
fallut ni grands apprêts, ni serviteurs, ni mi- prit-Saint leur ouvrait la route. Si les chefs des
nistres; il lui suffit dune parole pour la ressus- peuples paraissent dans un tel éclat que leurs
citer; la mort entendit cette voix et elle ne put sujets n'osent facilement les aborder, il en fut
retenir sa victime. Voyez-vous combien est de même des apôtres. Parmi les autres aucun
puissante la voix de ces juges? Celles de nos n'osait se joindre à eux; mais le peuple les
juges sont bien faibles : qu'ils commandent et exaltait. (Act, v, Vous voyez qu'ils peu-
13.)
s'il n'y a pas de serviteur pour leur obéir, rien vent jeter en prison, remettre les dettes, qu'ils
ne s'exécute ; mais là il n'est pas besoin de ont le glaive, qu'ils portent une ceinture, qu'ils
ministres; l'apôtre parle et aussitôt la chose se voyagent sur un char, qu'une voix plus reten-
fait. Vous avez vu la prison dont ils disposent et tissante que la trompette les devance, qu'ils se
qui est le signe caractéristique de leur puis- montrent environnés d'un grand éclat.
sance ; vous les avez vus remettre les péchés, 6. Il faut maintenant vous montrer toutes
chasser la mort, rappeler à la vie. Voulez-vous leurs belles actions, vous faire voir combien ils
voir quelle est leur ceinture ? Le Christ les a ont été utiles à la terre car les chefs ne sont
:

envoyés ceints, non de cuir, mais de vérité ;


pas seulement chefs pour recevoir des hon-
ceinture vénérable et spirituelle; aussi dit-il : neurs, mais surtout pour déployer en faveur de
Ceignant vos reins de la vérité. (Ephés. vi, 14.) leurs sujets une grande sollicitude, une grande
Leur autorité est spirituelle et elle n'a besoin affection. Toutefois , comme mon discours est
de rien de sensible : Toute la gloire de la fille déjà plus long qu'il ne faut, renvoyant ce sujet
du roi est à l'intérieur. (Ps. xliv, 14.) à une autre réunion j'essayerai de m'adresser
,

Mais quoi 1 voulez-vous voir leurs bourreaux? maintenant aux néophytes. Et ne regardez pas
Les bourreaux sont ceux qui châtient les cou- cette pensée comme hors de saison. J'ai déjà dit
pables, les suspendent au gibet, leur déchirent que néophyte non
l'on peut encore être appelé
les flancs, les tourmentent, les punissent. pas dix et vingt jours, mais dix et vingt ans
Voulez-vous les voir? Ce ne sont pas des hom- après avoir reçu le baptême, pourvu que l'on
mes que les apôtres ont pour bourreaux, mais soit vigilant et sage. Quelle est la meilleure
lediable lui-même et ses démons; oui, quoi- exhortation que je puisse leur adresser? Ce
que revêtus de chair et d'un corps, les apôtres sera de leur rappeler leur naissance, la pre-
avaient pour les servir des puissances spiri- mière et la seconde, celle du corps et celle
tuelles. Entendez avec quelle autorité saint de l'âme, et de leur montrer la différence
Paul leur donnait ses ordres écrivant au sujet : entre les deux. Ou plutôt ce n'est pas de nous
du fornicateur, il dit : Livrez-le à Satan pour qu'ils doivent apprendre cela, le fils du ton-
la mort de sa chair. (I Cor. v,Au sujet de5.) nerre leur parlera lui-même, le disciple bien-
quelques blasphémateurs en usa de même
il : aimé du Christ saint Jean. Que dit-il ? A
,

Je les ai livrés, dit-il, à Satan, pour qu'ils ap- tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir
prennent à ne point blasphémer. (I Tim. i, 20.) d'être faits enfants de Dieu (Jean, ii, 12) ;
puis
Que me reste-t-il à vous montrer? Qu'ils ont leur rappelant leur première naissance, et par
des chars? Je puis vous montrer même cela. cette comparaison leur montrant la grandeur
Comme PhiUppe, après avoir baptisé l'eunuque de grâce qu'ils avaient reçue, il dit Qui ne
la :

et l'avoir initié aux saints mystères, avait besoin sont point nés du sang, de la volonté de m
de s'en retourner, TEsprit l'enleva et il se l'homme., mais de Dieu. (Jean, i, 13.) Une seule
58 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CIlKYSOSTOXîE.

parole suffit pour leur faire voir leur noblesse. pour que vous compreniez que la vie finit par
chaste enfantement ! ô naissance spirituelle I la mort et trouve la son terme. Mais il n'en est

ô nouvelle vie Conception et pas d'entrailles,


1 pas de même de cette seconde naissance. Pas
naissance et pas de sein, enfantement en de- de larmes, pas de langes en naissant on est ;

hors de toute œuvre de la chair, enfantement affranchi et déjà prêt au combat ; les mains et

par la grâce et la charité de Dieu, enfantement les pieds sont hbres pour courir et lutter; là,

où il n'y a que joie et allégresse Le premier ! pas de gémissements, pas de larmes il n'y a :

ne ressemble pas à celui-ci il commence par , que des embrassemeuts, des caresses, des té-
les gémissements. L'enfant sortant du sein de moignages d'amitié de frères qui reconnaissent
sa mère fait entendre un premier cri mêlé de un de leurs propres membres, qui retrouvent
larmes, comme le dit un auteur : Son prtmkr un frère revenant d'un lointain voyage. Car,
cri^ comme celui de tous les autres^ fut un cri avant baptême, le néophyte était l'ennemi;
le

dedoulcur. (Sag. vu, 3.) Gémissementsà l'entrée baptême il est devenu l'ami de notre
ai)rès le

de larmes au début de la carrière, c'est


la vie, commun Maître aussi nous nous réjouissons
;

ainsi nature nous présage dès le com-


que la tous c'est pourquoi le baiser s'appelle paix
;

mencement un avenir douloureux. Pourquoi pour nous apprendre que Dieu a mis fin à la
l'enfant pleurc-t-il en naissant à la lumière ? guerre et que nous sommes rentrés en grâce
Le voici : avant le péché, Dieu dit : Croissez et avec lui. Gardons-la toujours, cette paix, con-
midtipliez (Gen. i, 28), c'était une bénédic- servons-la, faisons durer cette amitié, afin de
tion : mais : tu enfanteras dans la douleur (Gen. mériter les tabernacles éternels, par la grâce
111,10), dit-il après le péché Voilà : le châlinient. et la charité de Notre-Seigneur Jésus-Christ,
Et à notre naissance, il n'y a pas seulement des par qui et avec (}ui soient au Père, gloire, hon-

larmes, mais aussi des langes et des liens, dts neur, puissance, ainsi qu'à l'Esprit saint et vi-

larmes à la naissance, des larmes à la mort, vificaleur, maintenant et toujours, et dans les

des langes à la naissance, des langes à la mort. siècles des siècles. Ainsi soil-il.

QUATRIÈME HOMÉLIE.

Qu'il n'est pas sacs péril de taire ce qu'on entend à l'église. — Pourquoi les Actes des Âpôires se lisent à la Penle^Mel — Pourquoi le Chnst

ne s'esl-il pas montré à tous les hommes après sa résurreclion 1 — Que les miracles opérés par les Apfilres dounèrenl une démonslralion plus

claire de sa résurrection que n'aurait lait sa m elle-même.

ANALYSE.

10 20, 3» Long exordc dans lequel l'orateur insiste sur le devoir que ceux qui
enlendenl la parole sainte à TEglise ont de ta

répandre au deliors. Tout clirolicn iicut cl doit être docteur au moins dans sa maison.
4° Admirable condescendance des —
Apôtres et en particulier de saint Paul se faisnnt tout à tous }X)ur les gmjncr tous à
Jesu-f-Chnst. S" Les ApiMrcs n'ont —
commencé à prêcher et à faire dos miracles qu'après la PeiiIcciMo, pourquoi uc pas attendre ce temps pour faire lecture du livre
des Actes. —
G» On lit les Actes des .d/x'./m- imniéilialcmcnl après la r«!.>iurreclion parce que les miracles opérés
par les Apô-

tres au nom de Jésus-Clirisl sont la meilleure preuve de la


résurrection. —
7°, 8», 9«> Oui, les miracles opérés par les Apôtres
étendue et éloquente.
sont une preuve irréfragable de la résurrection de leur Maître ; démonstration

1. La plus grande partie de la dette que m'a- d'hui. Conservez-vous avec soin les leçons que
vait fait contracter ce titre d'Actes des apôtres, vous avez entendues et mettez-vous votre zèle

je l'ai acquittée les jours précédents ; et le peu à les garder? Interrogez- vous sur ce point,

qui vous reste dû je viens le payer aujour- vous iiui avez reçu une sonune d'argent et
SUR L'INSCRIPTION DES ACTES. — QUATRIÈME IIOiMÉLIE. 59

qui devrez en rendre compte au Maître en ce vous, à qui s'adressent ces paroles. Et pour-
jour où ceux à (jui on aura confié des talents quoi Dieu vous appelle-t-il banquiers? Pour
seront appelés pour rendre leurs comptes, où vous apprendre à peser toutes paroles avec le
le Christ redemandera à ces banquiers le capi- même soin que les banquiers mettent à l'exa-
tal et les intérêts. // (e fallait, dit-il, remetire men et à l'admission des monnaies. De même
mon argent aux banquiers, et de retour je l'au- que les banquiers refusent une pièce de mon-
rais redemandé avec les intérêts. (Matth. xxv, naie altérée ou mal frappée, tandis qu'ils reçoi-
27.) grande et indicible charité de notre vent celle qui est bonne et sans défaut; de môme,
Maître ! Il déftjnd aux hommes de prêter à suivant cet exemple, n'acceptez pas toute parole,
usure et il prête lui-même à usure. Pour- rejetez celle qui est impure et corrompue,
quoi Parce que la première usure est mau-
? mais admettez dans votre souvenir celle qui est
vaise et digne de blâme, tandis que la seconda bonne et salutaire. Oui, oui, vous avez des pla-
est bonne et digne d'éloges. La première teaux, vous avez une balance non d'airain ni
usure, je veux dire celle de l'argent, ruine et de fer, mais de sainteté et de foi or, c'est avec :

celui qui prêle et celui qui emprunte; elle cette balance que vous devez peser toute parole.
perd l'âme de celui qui reçoit l'usure et écrase C'est pourquoi on vous dit soyez d'excellents
:

lapauvreté de celui qui la donne. Quoi de plus banquiers, non pour que, vous établissant sur
tristeque de voir un homme spéculer sur la une place publique vous comptiez de l'argent,
pauvreté de son prochain et faire commerce mais pour que vous soumettiez les paroles à
du malheur de ses frères II porte une figure 1 une épreuve rigoureuse c'est pourquoi saint ;

humaine et n'a rien que d'inhumain dans sa Paul dit Eprouvez tout, ne retenez que ce qui
:

conduite il devrait tendre la main à son frère


; est bon. (I Thess. v, 21 .) De plus, ce nom de ban-
et il précipite dans l'abîme celui qui a besoin quiers nous fait entendre qu'il faut non-seule-
de secours. Que fais-tu, ô homme? Le pauvre ment que nous éprouvions, mais encore que
ne va pas chez toi pour que tu augmentes sa nous distribuions les richesses. Si les banquiers,
pauvreté, mais pour que tu la soulages, et ta se contentant de recevoir l'argent, l'enfermaient
conduite ne diffère pas de celle des empoison- chez eux sans le mettre en circulation, leur gain
neurs. Ceux-ci cachent leurs embûches secrè- serait nul il en est tout à fait de même des
:

tes dans mets habituels de leurs victimes,


les auditeurs de la parole divine. Si, vous conten-
et ceux-là, cachant sous un air d'humanité tant d'entendre une instruction, vous la gardez
leur usure fatale ne laissent pas apercevoir le en vous sans la communiquer aux autres, tous
mal à ceux qui doivent prendre ce breuvage vos soins n'aboutiront à rien. Dans les maisons
mortel. Aussi il est bon de rappeler ce qui a de banque nous voyons sans cesse entrer et
été dit du péché, et à ceux qui prêtent à usure, sortir : qu'il en soit de même pour nos instruc-
et à ceux qui empruntent ainsi. Or, qu'a-t-il tions. Chez les banquiers, vous voyez les uns
été dit du péché ? Pour un peu de temps, il peser l'argent, les autres, le prendre et l'em-
plait au palais ; mais ensuite il est plus amer porter aussitôt, et cela dure tout le jour. Aussi,
que le fiel et plus pénétra7it qu'une épée à deux bien qu'ils n'aient rien en propre, néanmoins
tranchants. (Prov. v, 3, A.) Voilà ce qu'éprou- comme ils se servent des richesses d'autrui
vent les emprunteurs dans votre détresse vous
; pour des choses nécessaires, elles leur rappor-
prenez l'argent qu'on vous prête, vous vous tent un grand profit. Faites de même. Ce ne
procurez ainsi une consolation, mais bien pe- sont pas, il est vrai, vos paroles, mais celles de
tite et de courte durée et ensuite lorsque les ; l'Esprit-Saint toutefois, si vous les employez
:

intérêts s'accumulent etque le fardeau dépasse pour un bon usage, vous en retirerez un grand
vos forces, cette douceur qui flattait le palais profit spirituel voilà pourquoi Dieu vous ap-
:

devient plus amère que le fiel, plus perçante pelle banquiers.


qu'une épée à deux tranchants, et vous êtes Et pourquoi donne-t-il à la parole le nom
forcés d'abandonner en toute hâte le bien de d'argent? Le voici de même que l'argent
:

vos pères. doit porter comme signe distinctif l'effigie du


2. Mais des choses sensibles passons aux roi sans laquelle la monnaie, loin d'être va-
choses de l'esprit : // fallait, dit-il, remettre lable, est regardée comme fausse, de même la
mon argent aux banquiers, et par les banquiers doctrine de la foi doit être marquée au coin par-
chargés de le faire valoir c'est vous qu'il entend, fait du Verbe. En outre, l'usage de l'argent
TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

c'est, pour ainsi dire, notre vie, l'argent est la il a renié la foi et il est pire qu'un infidèle.
condition de tous les contrats ; achats ou ventes, (I Tim. V, 8.) Vous voyez comment saint Paul
c'est par lui que tout se fait. Il en est de même traite ceux qui négligent les gens de leur mai-
de la doctrine de la foi ; cette monnaie spiri- son ; et c'est avec raison car celui qui ne :

tuelle est la condition et la base de tous les prend pas soin des siens, dit-il, comment s'oc-
contrats spirituels : par exemple, si nous vou- cupera-t-il des étrangers? Cette exhortation,
lons acheter quelqui; chose à Dieu, nous em- direz-vous, n'est pas nouvelle dans ma bouche,
ployons comme m.onnaie le langage de la c'est vrai, néanmoins je ne cesserai pas devons
prière et nous obtenons ce que nous deman- la répéter, bien que je sois innocent désormais
dons. nous voyons notre frère plongé dans
Si de la négligence des autres : Il te fallait, dit
l'indifférence et le -«ice, nous gafxncrons son le Seigneur, remettre mon argent aux ban-
salut, nous achèterons sa vie, en employant quiers , et c'est la seule chose qu'il demande.
comme monnaie la parole doctrinale. Pour moi j'ai remis l'argent et je n'ai plus de
Aussi devons-nous mt'ttre tous nos soins à compte à rendre cependant bien que ma
; ,

garder et à retenir les enseignements de la responsabilité soit dégagée, el que je n'aie pas
chaire pour en faire part aux autres car on : de châtiment à redouter, j'agis comme si j'étais
nous redemandera !es intérêts de cet argent. encore responsable et exposé à la punition, tant
Appîiquons-nous à recevoir cette monnaie afin je crains et je tremble pour votre salut.
de pouvoir la communiquer aux autres car : Que personne donc n'apporte h écouter ces
chacun s'il le veut peut enseigner. Vous
,
,
instructions de l'insouciance, de la négligence;
ne pouvez adresser des reproches à une ce n'est pas en vain, ce n'est pas sans motif que
grande assemblée mais vous pouvez don-
; je fais de si longs exordes ; c'est pour que vous
ner un avis à votre femme. Vous ne pouvez preniez plus de soin de ce dépôt de la parole
parler à une si grand>; foule; mais vous pouvez que je vous confie, et empêcher que vous ne
adresser à votre fils «les paroles sages. Vous ne retourniez chez vous sans profit, n'étant venus
pouvez enseigner à cette multitude la doctrine que pour vous dissiper el nous donner
à l'église
du salut; mais vous pouvez rendre meilleur de vains applaudissements. Ce ne sont pas vos
votre serviteur. Ceti réunion de disciples ne
; louanges que je recherche, mais votre salut.
dépasse pas vos forces; celte manière d'ensei- Ceux qui luttent au théâtre attendent et reçoi-
gner ne dépasse pas votre intelligence; bien vent du peuple cette récompense; nous, ce n'est
plus, il vous est plu.î facile qu'à moi de tra- pas pour cela que nous combattons, mais bien
vailler à l'amendeiient de ces personnes. pour obtenir du Maître la récompense qu'il a
Pour moi, je ne me trouve avec vous le plus promise. Aussi je reviens souvent sur ces pen-
souvent qu'une ou ceux fois la semnine, et sées, afin que répétées fréquemment elles des-

vous, vous avez co .tinuellement dans votre cendent jusqu'au fond de votre âme. Les arbres
propre maison les di^ciples dont je vous parle, qui ont jeté de profondes racines sont inébranla-
votre femme, vos ei fants, vos serviteurs, au bles aux assauts des tempêtes de même les pen- :

foyer, à la t.ible auf^i vous pouvez h tout ins-


: sées qui ont pénétré profondément dans lame
tant du jour les repr ndre. Et, d'un autre côté, résistent plus facilement à la dissipvition qu'ap-
les soins à donner vo is sont plus faciles pour : portent les affaires. Dites-moi, mon cher audi-
moi, qui m'adresse une foule aussi nom-
.i teur, si vous voyiez votre enfant mourir de
breuse, je ne sais par quelle est la passion qui faim, pourriez-vous rester insensible à sa dé-
trouble votre âme, et à chaque réunion je suis tresse et ne vous exposeriez-vous pas à tout
forcé d'indiquer tou- les remèdes pour vous, ;
pour apaiser sa faim? Eh bien vous feriez cela 1

vous pouvez agir toui autrement et avec bien pour un enfant qui m.uiciue de pain, et pour
moins de peine opér'>r la guérison car vous : celui qui manque de la doctrine du salut vous
connaissez parfaitem ni les fautes de ceux qui seriez insensible! Seriez-vous encore digne
habitent sous le mèîiie toit que vous aussi : d'être appelé père? Et pourtant cette faim est
vous pouvez y ap|torter un remède plusprompt. d'autant plus funeste que l'autre, qu elle con-
3. Donc, mes chers Frères, ne soyons pas in- duit à une mort bien plus triste aussi de- :

souciants du salut de ceux qui habitent avec mande -t- elle de notre part une pitié plus
nous : Si quelqrnnu dit saint Paul, un pas grande Nourrissez vos enfants est-il dit
: ,

$oin des siens et surtout de ceux de sa maison. dans la distipline et la correction du Sei-
SUR L'INSCRIPTION DES ACTES. — QUATRIÈME HOMÉLIE. 61

gneur. (Ephés. vi, 4.) C'est là la plus belle oc- lesmets préparés pour leurs malades, non qu'ils
cupation des pères , le pins noble souci des en aient besoin, mais par condescendance pour
parents». Car voici le sijçne auquel je reconnais ces infirmes. C'est ainsi que fit saint Paul; sans
un naturel noble, c'est à voir donner plus de avoir besoin d'observer les temps, il les a ob-
soin aux choses sf)irituelles qu'aux temporelles. servés pour délivrer ceux qui les observaient
Mais en voila assez pour l'exorde; il faut main- de cette vaine pratique. l']t quand est-ce (jue
tenant payer notre dette; vous ai adressé si je saint Paul a observé les temps? Attention, je
cette lonj^ue exhortation c'est pour que vous , vous prie Le lendemain, nous arrivâmes par
:

recueilliez avec soin ce que je vais vous payer. mer à Car Paul s'é<ait proposé de passer
Milet.
Quelle est la dette que j'ai contractée envers Ephèse sans y prendre terre, de peur d éprou-
vous, il y a quelques joins? L'avez-vons si vite ver quelque retard en A'. '>e ; il se hâtait afin
oubliée? 11 faut donc que je vous la rappelle et dêtre, s'il lui eût été passible, le jour de la
d'abord que je vous relise ce titre sur lequel Pentecôte à Jérusalem. (Act. xx, 15, 16.) Vous
j'ai déjà versé un premier à-comple, que je vous voyez que celui qui avait dit N'observez ni :

redise ce que je vous ai payé et que nous voyons les jours, ni les mois, n: les temps, observe
enfin ce qui nous reste. Qu'ai-je donc payé en lui-même le jour de la Pentecôte.
premier lieu? J'ai dit qui avait écrit le livre des A. Et il le jour, mais
n'observe pas seulement
Actes, qui en avait été le père ou plutôt le mi- le lieu ;ne se hâtait pas seulement pour pas-
il

nistre; ce n'est pas saint Luc qui a fait les actes ser le jour de la Pentecôti , mais pour le passer
qu'il raconte, il n'a été que le ministre de la à Jérusalem. Que faites- vous, ô bienheureux
parole. Paul? Jérusalem est déti uite , la malédiction
Au sujet des Actes eux-mêmes, j'ai dit ce que divine a rendu désert le saint des saints, la re-
signifie ce nom; j'ai parle aussi de cette appel- ligion d'autrefois est abolie vous-même vous ;

lation d'apôtre. 11 faut dire maintenant pour- criez aux Calâtes Vous qui espérez d'être jus-
:

quoi nos pères ont réglé que ce livre des Actes tifiés par la loi, vous êtes déchus de la grâce

serait lu au jour de la Pentecôte. Peut-être vous (Gai. v, 4), et pourquoi nous ramenez-vous de
souvenez - vous que j'avais aussi promis d'en nouveau sous le joug de (i loi ? Cette question
donner la raison. Ce n'est pas sans motif et sans n'est pas légère, de savoir si saint Paul se con-
cause que nos pères ont lixé ces temps; ils ont tredit lui-même. Ce ne sont pas seulenient les
agi en cela guidés par de sages raisons , non jours que saint Paul observe, mais encore les
dans le dessein de soumettre notre liberté à la autres préceptes de la loi, et c'est lui qui crie
loi des temps, mais par condescendance pour aux Galates Voici que moi., Paul, je vous dis
:

les pauvres et les faibles, et afin de les enrichir que, si vous vous faites circoncire, le Christ 7ie
des fruits de la science et de les fortifier par vous servira de rien. (Gai. v, 2.)
l'aliment de la sagesse. Et pour vous persuader Ce Paul qui disait: Si vous vous faites cir-
que , s'ils ont observé les temps , ce ne fut concire, le Christ ne vous servira de rien (Act.
point pour s'assujétir à une observance rigou- XVI, t-3), a circoncis lui-même Timothée. Paul,
reuse, mais par condescendance pour les fai- dit l'Ecriture, ayant trouvé à Lystre un jeune
bles, écoutez ce Paul Vous ob-
que dit saint : homme, fils d'une femme juive fidèle et d'un
servez certains jours, certains mois certains , père gentil, le circoncit, lis ne voulait pas con-
temps, certaines années. Je crains d'avoir tra- fier la mission d'enseigner à un incirconcis.
vailléen vain parmi vous. (Gai. iv, dO, 41.) Pourquoi en agissez-vous ainsi, ô bienheureux
Et vous, grand Apôtre, est-ce que vous n'ob- Paul? Par vos paroles vous détruisez la circon-
servez pas certains jours certains temps , cer-, cision et par vos actes vous la ramenez? —
tiiinesannées? Eh quoi! Mais, à voir celui qui Non répond-il je ne la ramène pas, je la dé-
,
,

défend d'observer les jours, les mois, les temps, truis, au contraire, par mes actes. Car Timothée
les années à le voir, dis-je, les observer lui-
; était fils d'une femme juive fidèle, mais d'un
même, que penserons-nous, dites-moi ? Qu'il père infidèle il était donc d'une race incircon-
:

est en contradiction, en lutte avec lui-même ? cise. Mais comme saint Paul allait l'envoyer
Non, certes, mais que voulant aider la faiblesse pour servir de maître aux Juifs, il ne voulut
de ceux qui observaieirt les temps, il s'est sou- pas leur envoyer un incirconcis de peur qu'ils
mis pour eux à cette observance. Les médecins ne refusassent d'entendre sa parole. C'est donc
iont de même, lorsqu'ils goûtent les premiers pour préluder à la destruction de la circonci-
62 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

sion et ouvrir la route à l'enseignement de Ti- Soyez mes ifTlitateurs, comme je le suis du
motliée qu'il le circoncit, afin de détruire la Christ. (I Cor. iv, 16.)
circoncision. Aussi dit-il : Je me suis fait comme Et comment, bienheureux Paul, êtcs-vous
juif avec les juifs. (I Cor. ix, 20.) Ce n'est pas devenu l'imitateur du Christ? Comment? En 1
pour devenir juif que saint Paul parle ainsi, ne recherchant jamais ma propre utilité, mais
mais pour amener à renoncer au judaïsme ceux celle du grand nombre afin qu'ils soient sau-
qui étaient restés juifs c'est pour ; le même motif vés, en me faisant, bien que libre à l'égard de
qu'il circoncit Tiiuotliée, c'est-à-dire pour dé- tous, l'esclave de tous les autres. Il n'y a donc
truire la circoncision. donc de la Il se servait rien de meilleur que cette servitude, puis-
circoncision contre la circoncision. Timothée qu'elle devient pour les autres la cause de leur
reçut la circoncision pour avoir accès auprès liberté. Saint Paul était un pêcheur spirituel :

des Juifs et les éloif,'ner peu à peu de cette pra- Je vous ferai, dit Jésus -Christ, pêcheurs
tique. Voyez-vous pounjuoi Paul observa et la d'hommes. (Matlh. iv, 19.) Lcà est toute la rai-
circoncision et la Pentecôte? Voulez-vous que son de sa conduite. Les pêcheurs, quand ils
je vous le montre observant d'autres points de voient un poisson avaler l'hameçon., se gardent
la loi? Faites attention. Il monta un jour à Jé- bien de mais ils le laissent aller
le tirer aussitôt,

rusalem, et les Apôtres le voyant lui dirent: Tu longtemps et le suivent attendant que l'hame-
vois, frère., comb'CJi de milliers de juifs ont çon soit bien fixé, afin de pouvoir amener leur
ils ont ouï dire que tu portes par tes
cru. Or., prise en toute siireté. Les Apôtres en agissaient
enseignements à abandonner la loi. Que faire de même; ils jetaient l'hameçon de la doctrine
donc ? Fais ce que nous te disons. Nous avons dans l'àme des Juifs; ceux-ci se rejetaient en
ici des hommes liés par un vœu ; prends-les arrière et se rattachaient à la circoncision, aux
avec toi., pwi fie-toi avec eux., fais-leur raser la fêtes, à l'observance des temps; au sacrifice,
tète., afin que tons sachent que ce qu'ils ont en- aux pratiques nazaréennes et autres choses
tendu dire de toi est faux, mais que toi aussi semblables; les apôtres les suivaient partout
tu observes la loi de Moïse. (Act. xxi, 20-24.) sans résister: vous cherchez, disait Paul, la
Voyez-vous cette condescendance admirable? circoncision, je ne m'y oppose pas, je vous suis ;

Ilobserve les temps pour faire disparaître l'ob- vous demandez un sacrifice je sacrifie vous
, ;

servance des temps; il emploie la circoncision voulez que je me rase moi qui ai abandonné
,

pour abolir la circoncision il offre un sacri- ; votre culte, je fais ce que vous ordonnez; vous
fice pour détruire les sacrifices. C'est bien me conunandez d'observer la Pentecôte, je ne
pour cela qu'il l'a fait; écoutez ses paroles : Je dispute pas; partout où vous me mènerez, je
me suis conduit avec ceux qui sont sous la loi vous suivrai, et en restant près de vous je lais-
comme sifcicsse été sous la loi; pour gagner serai l'hameçon de la parole pénétrer plus pro-
ceux qui étaient sous la loi., et bien que je fusse fondément, afin qu'ensuite je puisse avec
libre à l'égard de tous, je me suis fait l'esclave sûreté retirer toute votre nation de votre culte
de tous. (I Cor. ix, 21.) Etenajjissantdelasorte et de votre religion première. Voilà pourquoi
saint Paul imitait son Maître. Etant da?is la je suis venu d'Ephèse à Jérusalem. Voyez-vous
forme de Dieu., il n'a pas cru que ce fut une avec quelle obséiiuiosité saint Paul péchant des
tisurpation de se faire égal à Dieu; mais il s'est poissons pour le Christ savait faire céder la
anéanti lui-même preiumt la forme d'esclave parole? Voyez-vous connncnt l'observance des
(Philip. Il, C-7), et bien (ju'il fût libre, il se fit temps, de la circoncision, des sacrifices avait
esclave. De même saint Paul, hn>(pi'il était pour but, non de ramener à l'ancienne reU-
libre à l'égard de tons, se fit néanmoins l'es- gion, mais d'attirer à la vérité ceux qui étaient
clave de tous |)our les j^aj^Mier tous. Notre Maître encore attachés aux figures? Celui qui est assis
prenant notre nature se fit esclave afin de nous sur une hauteur ne \)eut pas, s'il y reste tou-
affranchir. 1/ a incliné les cicu.r et il est des- jours, faire monter ceux qui sont en bas; il
cendu (Ps. xvu, JO), afin de conduire au ciel faut qu'il s'abaisse lui-même pour élever les
les hommes d'ici-bas. // a incliné les deux; il autres jusqu'à lui. C'est ainsi que les apôtres
ne dit pas: il a (juilté les cieux et il est des- descendirent des hauteurs de la religion évan-
cendu, mais // a inclitu^, atin de vous rendre gélique pour y attirer ceux qui étaient encore
plus facile la route du ciel. Saint Paul l'imita dans les basses régions du judaïsme.
autant qu'il le put ; c'est poui- cela qu'il dit ; 6. Celte observance des temps, celle coudes-
SUR L'INSCRIPTION DES ACTES. — QUATRIÈME HOMÉLIE. 03

cendance aux rites extérieurs, tout cela a été partir de ce moment ils commencèrent à opérer
utile et avantageux, vous -venez de le voir re- : des miracles.
«herchons maintenant pourquoi ce livre des Qui ra|)|)orte tout cela? Le disciple de Paul,
Actes des Apôtres est la au temps de la Pente- l'illustre et , en commençant
vénérable Luc
Côte. En toutes ces recherches, nous n'avons ainsi son livre J\d fait mon premier récita
:

Voulu qu'une chose, vous montrer qu'en ô Théophile, sur tout ce que Jésus-Christ a fait
voyant les apôtres observer les temps vous ne et enseigné depuis le commencement jusqu'au
devez pas croire qu'ils regrettent la religion jour oii il fut enlevé au ciel, après avoir donné,
judaïque mais accordez-moi, je vous prie, une
;
par V Esprit-Saint , ses commandements aux
grande attention; c'est une question difficile Apôtres qu'il avait choisis et auxquels, après
que je vais vous exposer. Au jour de la croix sa passio}i, il se montra vivant par beaucoup
nous avons lu ce qui regardait la croix au grand ; de preuves, leur apparaissant pendant qua-
samedi, la trahison, le crucifiement de Notre- rante jours et leur parlant du royaume de Dieu.
Seigneur, sa mort selon la chair, sa sépulture: Ensuite, se trouvant avec eux, il leur com-
pourquoi donc ne pas lire après la Pentecôte manda de ne pas s'éloigner de Jérusalem.
les Actes des Apôtres, puisque c'est alors qu'ils (Act. I, l-A.) Voyez-vous qu'après sa résurrec-
eurent lieu, qu'ils commencèrent? Je sais que tion le Seigneur resta sur la terre quarante
beaucoup l'ignorent il est donc nécessaire de
: jours, parlant du royaume de Dieu et se trou-
leur montrer d'après le livre même des Actes vant au milieu de ses Apôtres ? Voyez- vous qu'il
que les Actes des Apôtres commencent non à partageait leur repas ? Et il leur commanda de
la Pentecôte, mais dans les jours qui suivent ne pas s'éloigner de Jérusalem, mais d'attendre
cette fête. Aussi ce serait avec raison qu'on re- la promesse du Père, que vous avez, dit-il,
chercherait pourquoi il nous est ordonné de ouïe de ma bouche : car Jean a baptisé dam
lire ce qui regarde la croix au jour de la Croix l'eau, mais vous, vous serez baptisés dans l'Es-
et de la Passion, tandis que pour la lecture des prit-Saint, sous peu de jours. (Act. i. A, 5.)
Actes des Apôtres nous n'attendons pas les Voilcà ce que disait le Sauveur pendant ces qua-
jours, le temps où ils ont eu lieu, mais que nous rante jours. Ceux donc qui se trouvaient là
les devançons. Ce ne fut pas immédiatement assemblés l'interrogeaient, disant : Seigneur^
après la résurrection que les Apôtres firent des est-ce en ce temps que vous rétablirez le royaume
miracles Jésus resta sur la terre avec eux pen-
; d^ Israël ? Et il leur répondit : Ce n'est pas à
dant quarante jours. Pourquoi passa-t-il avec vous de connaître les temps et les moments que

eux quarante jours sur la terre? je le montrerai le Père a réservés en sa puissayice; mais vous
une autre fois; pour aujourd'hui, marchons recevrez la vertu de l'Esprit-Saint qui viendra
toujours vers le but que nous nous sommes sur vous, et vous serez témoins pour moi, à Je'
proposé, et montrons que le Christ n'est pas rusalem, dans toute la Judée et la Samarie et
monté aux cieux aussitôt après sa résurrection, jusqu'aux extrémités de la terre. Et quand il eut
mais qu'il passa sur la terre quarante jours dit ces choses, en leur présence, il Releva et ime
avec ses disciples, qu'il les passa en se trouvant nuée le déroba à leurs yeux. (Act. i, 6-9.) Vous
au milieu d'eux, en partageant leur nourri- voyez que pendant quarante jours le Christ de-
ture, en conversant avec eux qu'après ces
; meura avec eux sur la terre, et qu'après ces qua-
quarante jours il monta vers son Père dans les rante jours il fut enlevé au ciel. Voyons mainte-
cieux que pendant tout ce temps les Apôtres
;
nant si au jour de la Pentecôte l'Esprit-Saint fut
n'opérèrent aucun prodige, (jue quand dix envoyé. Et quand les jours de la Pentecôte fU'
jours se furent encore passés, et que les jours rent accomplis, il se fit soudain un bruit venant
de la Pentecôte furentaccomplis, le Saint-Esprit du ciel comme celuid'un vent impétueux qui ar-
fut envoyé, qu'ils reçurent des langues de feu rive : alors leur apparurent comme des langues
et qu'ils commencèrent à faire des miracles. de feu qui se partagèrent, et le feu se reposa sur
Tous ces faits, mes chers frères, nous sont chacun d'eux. (Act. ii, 1-3.) Vous le voyez, n'est-
certifiés par les Ecritures, par exemple, que il pas bien prouvé que pendant quarante jours

Jésus resta quarante jours avec ses disciples, le Christ resta sur la terre et que les Apôtres ne

que quand les jours de la Pentecôte furent ac- firent aucun miracle? Comment auraient-ils
complis, le Saint-Esprit descendit, qu'alors les fait des miracles, eux qui n'avaient pas encore

pôtres reçurent des langues de feu et qu'à reçu la grâce de l'Esprit saint et vivificateur.
u .iION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

Ne voyez-vcds pas qu'au bout de quarante le fit sortir malgré les bandelettes qui le
jours Jésus fut enlevé au ciel ? Ne voyez-Tous liaient, et cela, sous les yeux de tous, et ce
pas encore que dix jours après les Apôtres fi- prodige, loin de les attirer a la loi. ne fit qu'ex-
rent des miracles? Car lorsque les jours de la citer leur colère : car ils résolurent de le faire
Pentecôte furent accomplis le Saint-Esprit fut périr à cause de cela. (Jean, xii, 10.) Si la ré-
envoyé. nous reste donc à chercher pour-
11 surrection d'un autre ne les amena pas à la
quoi c'est au jour de la Pentecôte que nous foi, sa propre résurrection, s'il leur était ap-
lisons les Actes des Apôtres. Si les Apôtres com- paru, ne les eût-elle pas encore irrités contre
mencèrent alors a opérer des prodiges, alors, lui ? Bien que leurs etlorts dussent rester im-
je veux dire à la résurrection du Seigneur, puissants, ils n'en auraient pas été moins exé-
c'est alors aussi qu'il fallait lire ce livre. De crables.
même que nous lisons ce qui regarde la Croix Aussi voulant apaiser cette colère inutile, il

au jour de la Croix, ce qui regarde la résur- se cacha; rendus plus inexcusables et


il les eût
rection, ce qui regarde chaque fête au jour plus dignes de châtiment, eu leur apparaissant
commémoratif de ces événements, on devrait après sa passion. Ainsi c'est dans leur intérêt
lire les miracles des Apôtres au jour de ces qu'il dérobe sa personne a leurs regards, mais
miracles. il se montre par des miracles. Le voir res-

6. Si vous voulez savoir pourquoi nous ne suscité, est-ce dune une chose plus grande
les lisons pas alors, mais immédiatement après que d'entendre dire à saint Pierre : Au nom
la Passion et la Résurrection, écoutez-en toute de Jésus- Cliriit, lève-toi et tnarclœ ? (Act, m, 0.)
la raison. Après nous annonçons de
la Passion Oui, c'est là la plus belle preuve de sa résur-
suite la Résurrection du Christ, mais la preuve rection, une preuve plus persuasive qu'une ap-
de la Résurrection du Christ ce sont les mira- parition les honunes devaient se sentir plus
;

cles des Apôtres et c'est le livre des Actes qui attirés à la foi en voyant des miracles faits eu
nous rapporte ces miracles. Ce récit qui, mieux son nom qu'en le voyant ressuscité, et voici ce
que tout le reste, confirme la résurrection de i|ui le prouve. Le Christ ro^^u^cité se moutiaà
notre Maître, c'est immédiatement après la et cependant il se trouva, même
ses disciples ;

passion et la résurrection vivificatrice que nos parmi eux, un incrédule, Thomas appelé Di-
pères ont ordonné de le lire. Voila pourquoi, dyme, qui eut besoin de porter sa main aux
mes chers frères, aussitôt après la passion et endroits des clous; qui eut besoin de sonder la

la résurrection nous lisons les miracles des plaie du cote. (^Jean, xx, -1\.) Et si ce disciple
apôtres ; c'est afin d'avoir de cette résurrection (jui a\ait passé trois aus avec le Maître, par-

une preuve évidente et péremptoire. Vous ne tagé sa table, vu ses prodiges et ses miracles,
le voyez pas res^suscité des yeux du corps, mais entendu sa parole, si, dis-je, ce disciple le
vous le voyez ressuscité des yeux de
la foi. Ce voyant ressuscité refusa de croire jusqu'à ce
n'est pas de ces yeux matériels que vous le qu'il eût vu la place des clous et la blessure

voyez ressuscité, mais grâce à ces miracles vous faite par la lance, comment toute la terre au-
f
le voyez ressuscité car la vue de ces miracles
:
rait-elle cru, dites-moi, en voyant Jésus res-
vous conduit à la foi. Aussi le voir ressuscité suscite? Uni oserait le dire? Mais ce n'est pas
est de «a résurrection une preuve moins grande ce fait seulement, il y en a encore d'autres qui

et moins évidente que de voir des miracles se prouvent que les miracles ont plus amené
faire en son nom. Voulez-vous voir tonmienf d"hom?r-es a la foi que n'eût lait la vue de
ces miracles confirment mieux sa résurrection Jésus ressuscite. Uuand la foule entendit
que s'il eût apparu visible à tous les honunes? sai.it Pierre dire au boiteux au nom oe ,

Ecoutez bien car beaucou|) fout cette de-


;
Jésus-Christ , lève-toi it nuuchc, trois nulle
mande Pounpioi ressuscité irapparut-il pa
: hommes, puis cinq nulle crurent en Jesus-
aux Juifs? Parole vaine et inutile. Si cela avait Christ ; et quand un disciple le voit ressus-

dû les amener à la foi. il n'aurait pas demandé cite, il que les


refuse de croire. Voyez-vous
nûeux que de leur apparaître à lotis après sa miracles sont une meilleure preuve de la
résurrection ; mais ce prodige ne les eût pas résurrection que les apiiaritions? Celles-ci ne
amenés à la foi c'est ce qu'il nous montre en
;
purent convaincre même un disciple ceui-la ;

Lazare. Il ressuscita cet hounne mort depuis amenèrent a la foi même les ennemis qin les
.quatre jours, i»ijuluiil déjà, dtja corioiui)U, il >ire,ut ; Uuit «jglUi .^ccoude pr«îuvc Igm porta
«9

sur la première pour altirei* ex amenci a la fui grandes encore. (Jean, xiv, 12. ) Car, coinm»
de la résurrection ! Et pourquoi parler de Tho- la croix avait été pour la plupart une cause de
mas? Les autres disciples ue crurent pas non scandale , il fallait après cela des miracles
plus à la première apparition, sachez-le bien. plus grands. Mais si le Christ étant mort fût
Mais n'allez pas les accuser, mes cliers audi- resté dans la mort et le tombeau comme le ,

teurs ; si le Christ ne les accusa pas, ne les ac- disent les Juifs, et ne fût pas monté auxcieux,
cusons pas non plus : c'était un spectacle non-seulement les miracles n'auraient pas été
nouveau et bien étrange pour les disciples quo plus grands après qu'avant la passion, mais ils
de voir le premier-né d'entre les morts ressus- auraient même complètement disparu. Ecou-
cité or ces grands spectacles surprennent au
; tez-moi maintenant avec beaucoup d'attention;
premier abo-J, /jsqu'à ce que par le temps ils c'est une preuve que la résurrection est indubi-
s'affermissent dans les âmes de ceux qui y table que je viens de donner aussi je veux :

croient voilà ce qui arriva aux disciples en


: la répéter.

cette circonstance. En effet lorsque le Christ Avant sa passion, le Christ fit des miracles,
ressuscité d'entre les morts leur dit Paix à : ressuscita des morts, purifia des lépreux, chassa
vous ! troublés et épouvantés , ils croyaient les démons ;
puis il fut crucifié, et, à ce que
voir un esprit, et Jésus leur dit : pourquoi êtes- prétendent impies , il n'est pas res-;
les Juifs
vous troublés ? Ensuite il leur montra ses mains suscité d'entre les morts. Que leur répon-
et ses pieds, et comme, transportés d'admira- drons-nous? Nous leur demanderons com-
tion et de joie les Apôtres ne croyaient pas en-
^ ment, s'il n'est pas ressuscité, il se fait en son.
core, il leur dit : Avez-vous ici quelque chose nom de plus grands miracles. Aucun hommei
à manger (Luc, xxiv, 36, 38, 41)? voulant par ne fait de plus grands miracles après sa morti
là les convaincre de sa résurrection. Mon côté, que pendant sa vie or ici il y eut des miraclesi
:

semble-t-il dire, et mes blessures ne vous per- plus grands et en eux-mêmes et par la manière
suadent pas en me voyant prendre de la
; dont ils se faisaient. En eux-mêmes car jamais :

nourriture, vous serez persuadés. l'ombre du Christ n'a ressuscité les morts
7. Et pour que vous sachiez bien qu'en di- et l'ombre des Apôtres a opéré bien des prodi-
sant Avez-vous ici quelque chose à manger ?
: ges semblables. Par la manière dont ils se fai-
il leur voulait persuader que ce n'était ni une saient, les miracles des Apôtres étaient aussi
vision, ni un esprit, ni un fantôme, mais un plus grands ; le Christ faisait ses miracles en
homme véritablement et réellement ressuscité, commandant après ; sa passion , ses serviteurs,
écoutez comme saint Pierre se sert de tous ces en employant seulement son nom vénérable et
faits pour confirmer la croyance en la résurrec- saint, en faisaient de plus grands et de plus re^
tion. Lorsqu'il dit Dieu Va ressuscité et lui a
: marquables, de manière que sa puissance bril-i
donné de se manifester aux témoins préordonnés lait d'un éclat plus vif et plus surprenant :
de Dieu, à nous, il ajoute la preuve de la résur- car que le Christ commande et opère des
rection, à nous, qui avons mangé et bu avec lui. miracles, c'est là une chose bien moins éton-
(Act. X, 40 41.) C'est une preuve dont le
, nante que de faire des miracles semblables
Christ usa lui-même lorsque, ayant ressuscité aux siens en se servant seulement de sod
la jeune fille, il voulut convaincre les assistants nom. Voyez-vous , mes chers auditeurs ,
que
de la vérité de cette résurrection, et il dit ; les miracles des Apôtres étaient plus grands
Donnez-lui à manger. (Marc, v, 43.) Aussi après la résurrection du Christ en eux-mêmes
quand vous entendez dire qu'il se montra vivant et par la manière dont ils se faisaient? C'est
pendant quarante jours leur apparaissant et res- donc là une preuve irréfutable de la résurrec-
tant au milieu d'eux, sachez pourquoi il prend tion : car, comme je le disais et comme je la
ausside la nourriture; ce n'est pas par besoin dirai encore, si le Christ mis à mort n'était pas
qu'il mange, mais parce qu'il veut raffermir la ressuscité, tous les miracles auraient dû cesser
faiblesse des disciples : d'où il est évident que et disparaître; mais, loin de disparaître, ils ont
les prodiges et les miracles des Apôtres sont la été ensuite plus éclatants et plus glorieux. Si le
grande preuve de la résurrection; aussi le Christ n'était ressuscité, jamais d'autres n'eus-
Christ lui-même dit-il En vérité, en vérité, : œuvres en son nom. C'était la
sent fait de telles
je vous le dis, celui qui croit e?i moi fera aussi, même puissance qui agissait et avant et après
lui, les œuvres que je fais et il en fera de pli** la passion, avant par le Christ lui-même, aprè^

TuiiK iV.
tUAUUCTION FRANÇAISE DE SALNT JEAN CURYSOSTOME.

par ses disciples ; et aOn que la preuve de la délaissé son ami, son maître pendant sa >ie,
résurrectioii devînt plus évidente et plus frap- n'en fera grand cas apiès sa mort, surtout
pante, les miracles devinrent après la [lassion s'il voit que celte estime l'expose à mille dan-
plus grands et plus remarquables. Mais, dira gers. Mais voici que ce qui n'est arrivé à per-
preuve que des miracles
l'infidèle, quelle est la sonne est arrive au Christ et à ses Apôtres,
preuve que le Christ
se firent alors? Quelle est la et ceux-ci , après avoir renié leur maître pen-
fut crucifié? Les divines Ecritures, répondrons- dant sa vie, après l'avoir abandonné, l'avoir
nous. Oui, des miracles se firent alors et le laissé aux mains de ses ennemis, s'être enfuis,
Christ fut crucifié, les saintes Ecritures nous sont tout à coup pénétrés d'un si grand amour
l'attestent ; elles rapportent l'une et l'autre pour celui qu'ils ont vu en butte à tant d'ou-
chose. Si notre adversaire nie que les Apôtres trages et expirant sur une croix qu'ils ne
aient fait des miracles, il exalte d'autant plus crai;zi;ctjt pas d'exposer leur vie pour l'annon-

leur puissance et la grâce divine, puisque sans ce r et croire en lui. Si le Christ, une fois mis à

miracles ils auraient converti la terre entière mort, n'était pas ressuscité, pourrait-on expli-
a la vraie religion car c'est le plus grand dos
: quer que ceux qui pendant sa vie l'abandon-
miracles et le plus étonnant des prodiges que naient parce qu'ils le voyaient en danger, tout
des hommes pauvres, mendiants, méprisables, à coup, après sa mort, s'exposent pour lui à
illettrés, bornés, abjects, aient, au nombre de mille périls? Tous les autres s'étaient enfuis,
douze, attiré à eux, sans le secours des mira- Pierre l'avait renié avec serment i»ar trois fois,

cles, tant de villes, de nations, de peuples, les et celui qui renia Jésus avec serment par trois
empereurs, les rois, les pliiluso|)hes, les rhé- fois et qui tremblait à la voix dune vile ser-
teurs et la terre presque; lout entière. Voulez- vante, voulant, quand Jésus est mort, nous
vous voir maintenant les miracles qui ont eu persuader par les faits mêmes qu'il l'a vu res-
lieu? Je vous en montrerai un plus grand suscité , é})rouve une conversion si prompte
que tous ceux qui ont précédé, non pas un qu'il se rit du peuple entier, qu'il se précii>ite
^
mort ressuscité, non i)as un aveugle guéri, au milieu des assemblés et leur dit que
Juifs M
mais le monde sortant des ténèbres de l'er- ce Jésus crucifié et enseveli est ressuscité des
reur, non pas un lépreux purifié, mais tant morts le troisième jour , qu'il est monté aux
de nations qui dépouillent la lèpre du péché cieux et qu'il est à l'abri de tout danger. D'où
et que purifie le bain de la régénération. Quel lui vient tant de hardiesse? Et d'où lui vien-
prodige plus grand que ces prodiges me de- drait-elle sinon de l'entière conviction que la
mandez-vous, ô homme, vous qui voyez sur résurrection est vraie? Il l'avait vu, lui avait

la terre un si grand et si rapide changement. parlé; il avait écoulé ses révélations sur l'ave-
8. Voulez-vous savoir comment le Christ a nir, et c'est pourijuoi il s'exposait, comme pour
rendu la vue à tout le genre humain? Autre- un houune vivant, à tous les dangers; c'est
fois les hommes croyaient que le bois, que là qu'il avait pui^é la force et la hardiesse de
la pierre n'étaient pas du bois, de la pierre; ils marcher à la mort pour lui et de se laisser
ap[)elaient dieux des choses insensibles, tel- crucifier la tête en bas.
lement ils étaient aveuglés! Aujomd'hui ils Lors donc que vous voyez des miracles plus
voient ce qui est bois , ce «jui est pierre , ils grands, les disciples remplis d'amour pour
croient ce qui est Dieu. C'est par la foi seule celui qu'ils avaientabandonné, montrant plus
qu'on peut contempler cette nature imiuoi telle de hardiesse, lorsejne vous voyez un change-
et liienheureuse. Voulez-vous une autre preuve ment si éclatant en toutes cho<i s, tout repL'.cé
de la résurrection? Le changement de la dis- dans un étal meilleur et plus sur, apprenez par
position d'esprit des disciples est un des [dus les faits mêmes que la mort n'a pas anéanti
grands miracles (jui aient eu lieu après la résur- Jésus, mais cpril est ressuscité, qu'il vit et que
rection. Tous recoiuiaissent et avouent ipTun ce Dieu crneilié reste continuellement imnuia-
houune bienveillant pour un autre pendant sa ble. Car s'il n'était pas ressuscité, s'il ne vivait
vie ne s'en souviendra pas après sa mort; mais pas, ses disciples n'eussent pas fait après sa mort
un honnne montre ingrat envers un
(jui se de plus grands miracles qu'avant sa passion.
autre et le (piitte pendant sa vie l'oubUira , Alors ses disciples ral)audonnaient. aujourd'hui
à bien p' us fente raison après sa mort Ai'fsi toute 'a terre co'U't à lui, et ce n'est pa* seule-
Aucuu lioiuiue , après avQir abaudumié et iiitut Pierre, mais encore des milliers d'autres,
SUR i;iNSCniPT10N DES ACTfS. _ QUATRIÈME HOMÉLlK, 69

pies, pourquoi donc craignez-vous son sang?


après Pierre, lesquels sans avoir vu le Christ
»nt donné leur vie pour lui, se sont laissé tran- Mais au contraire ce supplice vous est un titre

d'honneur, si le supplicié elail tel. C'est donc


£her la tête, on/ îoufferl d'indicibles tour-
parce ii'élail pas tel que ses meurlners
ments, pour mourir en le confessant avec une (ju'il

tieniblenl.
foi pure et entière. Comment donc un homme
U. Voyez-vous de toutes paris ses ennemis
mort et dans le tombeau, comme tu le dis, ô
touiineiiles et tremblants V Voyez-vous leur
Juif, a-t-il montré dans tous ceux qui sont ve-
trouble Apprenez de laquelle eai la clémence
V
nus après les apôtres tant de puissance et de force
du crucilié. Us disaieitl, cts Juiis: Que »uu
qu'il leur a persuadé de l'adorer seul, et de tout
S(utg ri'loiube sur nous et sur nos en(anis ; mai.>
supporter et de tout souffrir plutôt que de perdre
le Christ ne l'a pas voulu ainsi ; ii u sai.ipi.e suii
la foi en lui? Vois-tu en tout une preuve mani-
Père en disant: Mon Père, purauunez-leur,
feste de sa résurrection, dans les miracles d'a-
car ils ne savent ce qu'ils luni. (l.uc, \\u., o4.j
lors, dans ceux d'aujourd'hui, dans l'amour de
Si son sang était retombe aiu- eu\ cl sur leuis
ses disciples d'alors et de ceux d'aujourd'hui,
enfants, ce n'est pas parmi leurs emaub qu'il
dans les dangers que coururent toujours les
se fût trouvé des Apolrea ou n'y auiaii pas
fidèles? Veux-tu voir ses ennemis même redou-
;

converli d'un coup Uois mille liommes, i'Ui;»


tant sa force et sa puissance et redoublant leurs
cinq mille. Voyez-vous commenl ces huiiiuji,.-%
efforts après sa passion ? Ecoute ce qui est écrit
cruels et inhumains pour leurs t.iianlb uni mé-
sur ces choses Voyant la constance de Pierre
:

connu les lois de la naluit, cumuieiii uu ton-


et de Jean^ et ayant appris que c'étaient des
Iraire Dieu s'est montré plu» ciomcui ^lit; lous
gens sans lettres et du commun, les Juifs s'e'ton-
naient (Acf. iv, 13), et ils craignaient, non parce les pères, plus aimant que luuieo lo^ .i,.resi'

que ces hommes étaient illettrés, mais parce


Son sang est leLoinbe pur lux et sur letu •^ eu-
afnts, lien pas sur tous, mai.- sui .... oie-
que, bien qu'illettrés, ils surpassaient tous les ...

sages et que voyant près d'eux l'homme qui mcnt qui ont imité l'impiété et i'niKi-.îitr' de
avait été guéri, ils n'avaient rien à dire à ren- leurs pères, sur ceux qui se sont montrés ieuiï
contre, et cependant avant cela ils contredi- liïs, non quant à la nature, mais quant à la vo-
saient, malgré les miracles qu'ils voyaient. lonté perverse, ceux-ci ont seuls supporté le
Comment se fait-il doncqu'en cette circonstance châtiment.
ils ne contredisent pas? C'est que la puisi^ance Mais voyez une autre preuve de la bonté et
invisible du crucifié a enchaîné leur langue, de de Dieu. Ce n'est pas immédiate-
la charité
c'est lui qui leur a fermé la bouche, qui a ar- ment qu'il envoie sur eux la punition et le
rêté leur audace; aussi ne trouvaient-ils rien à châtiment, mais il attend quarante ans et plus
opposer. Et lorsqu'ils parlent, voyez comme ils après le crucifiement. Car le Sauveur fut cru-
ftvcuent leur crainte : Votdezvous, disent-ils, cifié sous Tibère, et la ville ne fut prise que sous
reicter sur nous le sang de cet homme? (Act. Vespasien et Titus. Pourquoi donc attendre si
IV, 28.) Et cependant, si ce n'estqu'un homme, lonjitemns après la faute? Il voulait leur don-
pourquoi craignez-vousson sang? Combien n a- ner le temps de se repentir, afin qu'ils dé-
vez-vouspas tué de prophètes, égorgé de justes, pouillassent leurs iniquités et rejetassent leurs
ô Juifs, et il n'y en a pas un dont vous craigniez crimes. Mais quand laissant passer le temps du
le sang? Pourquoi donc ici craignez-vous? Oh 1 repentir, montrèrent qu'ils étaient incorri-
ils
c'estque le crucifié a remué leur conscience et bles, alors Dieu leur envoya la punition et
ne pouvant cacher leurs combats intérieurs, ils le châtiment, et détruisant leur ville , il les
confessent malgré eux 'eui fail-lesse à leurs en- en fit sur toute la terre,
sortir, les dispersa
nemis. Lorsqu'ils le crucitièrenl ils criaient : agissant encore en cela par clémence. Car s'il
Que son sang retombe sur nous cl sur îws en- les dispersa , c'est pour qu'ils vissent ad( ré
fants. (Matth.xxvH, 23.) C'est ainsi qu'ils té- par toute la terre ce Christ qu'ils avaient cru-
moignaient leur mépris pour ce sang. Mais que, en le voyant adoré par tous cl
cifié, et
après le crucifiement, voyani l)rJUer sa puis- en apprenant sa puissance, ils reconnussent
sance, ils craignent, sont tourmentés tt disent: l'excès de leur propre impiété et qu'en^uile
Voulez-vous donc rejeter sur sang de ?ioiis le ils retournassent à la vérité. Ainsi leur cap-
cet homme? Si c'était un séducteur et un en- tivité leur devenait une leçon et leur pur
nemi de Dieu comme vous le dites Juifs im-
, , nitioQ un £^verti5sementi car s'ils étaient re»
68 TRADUCTION FRANÇAISE Dt SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

en Judée, ils n'auraient pu constater la vérité apporter aucune excuse au jour terrible du ju-
des prophéties. Qu'avaient dit en effet les pro- gement. Il les a dispersés sur toute la terre
phètes? Demandez-moi et je vous donnerai les pour nous aussi, pour que nous retirions quel-
nations pour héritage, et pour votre possession que profit de cette situation car voyant ac-
:

la terre jusqu'à ses dernières limites. (Ps. ii, complies les prophéties qui concernaient leur
8.)
Il leur fallait donc aller jusqu'aux limites
de la dispersion, la prise de Jérusalem (Mal. i, 10),
terre, pour voir que la terre entière appartient événements que prédit Daniel, en parlant de
au Christ. Un autre prophète dit encore : Et ils l'abomination et de la désolation (Dan. ix, 27),
l'adoreront , chacun de son endroit. (Soph. Malachie en disant Vos portes seront fermées,
:

IF, a.) 11 leur fallait donc se disperser dans David, Isaïe et d'autres encore, voyant, dis-je,
tous les endroits de la terre afin qu'ils vissent ceux (jui maltraitèrent notre Maître ainsichàtiés,
de leurs propres yeux chacun adorer de son privés de la liberté que leur avaient léguée
endroit le Christ. Un autre a dit encore La : leurs pères, de leurs lois propres et des tradi-
terre sera remplie de la connaissance du Sei- tions de leurs ancêtres, nous apprendrons com-
gneur, comme la mer de l'abondance des eaux. bien il est puissant, celui qui a annoncé toutes
(Héb. II, 44,) Il leur fallait donc s'en aller par ces choses et qui les a réalisées, et ses ennemis,
toute la terre pour la voir remplie de la con- contemplant noire prospérité, verront combien
naissance du Seigneur et vers les mers, c'est-à- ilest fort; pour nous, que ce châtiment des
dire vers ces Eglises spirituelles remplies des Juifs nous apprenne la clémence indicible et la
œuvres de la piété. Voilà pourquoi Dieu les puissance de Dieu, vivons en le louant tou-
dispersa sur toute la terre ; car s'ils étaient jours, afin que nous obtenions les biens éter-
restés en Judée, auraient ignoré tout cela.
ils nels et ineffables, par la grâce et la charité de
ïl veut les convaincre par leurs propres yeux Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui ainsi qu'au
de la vérité des prophéties et de la grandeur de Père et à l'Esprit-Saint et vivificateur soient
sa puissance, afin que, s'ils sont hien disposés, honneur et puissance , maintenant et toujours
ce spectacle les conduise à la vérité, et que, et dans les siècles des siècles. Ainsi soil-il.
s'ils restent dans leur impiété, ils ne i)uissent
T10]NÎÉf.lES

SUR LES CHANGEMENTS DE NOMS.

PREMIÈRE HOMÉLIE

PiTOOTc^ «pite la ktur« jatext» Saul respirant meoac»


: fi la et le meurtre, ii conformément aux dfeirs. des ïadiieurs qui j'âitendaifiai ï va
iiutniciion m le commencement du S» chapitr» des Actes. — la rocation d> saint Paul est une preuve de ia résunection.

IVERTISSFWFiT.

Dans l'homélie sur ce texte, Saul respirant la menace et le meurtre, oa lit, n. 3, ce» paroTei : Toute ma dette eoneemant
le titre des Actes des Apôtres est maintenant soldée; je devrais, suivant Pordre naturel, entamer le commencement de

ce livre et vous expliquer ce que veulent dire ces paroles : Nous avons composé un premier discourg sur les choses que Jé-
sus a dites et faites. Mais saint Paul ne permet pas que nous suivions cet ordre naturel; sa personne et tes vertus ré~
clament toute notre éloquence. Je hrûle de le voir faire son entrée à Damas, lié non par une chaîne de fer, mais par
ta voix du Seigneur. Ce texte mdique clairement la place et le sujet de la première homélie sur les changements de
noms. Elle fut donc prononcée immédiatement après la dernière homélie sur la commencement det Act«i, avant la fin du
temps pascal.
Vers la fin de l'homélie sur co texte : Saul respirant la menuet, etc., saint Chrysostome M
pose cette question : pourquoi lei
changements de noms, dans les apôtres Pierre et Paul et dans plusieurs personnages de l'Ancien Testament T Cette question
fut par lui traitée le lendemain dans l'homélie intitulée proprement des changements de noms.
L'homélie sur les changements de noms fut suivie du neuvième discours sur la Genèse, où l'orateur traite la même question par
rapport au nom d'Abraham et à d'autres noms propres de l'Ancien Teslanieut. L'exorde de ce neuvième discours ayant été long,
le peuple d'.\ntioche s'en plaignit et blâma saint Chrysostome de la prolixité de ses exordes. C'est ce qui donna lieu \ la

troisième homélie sur les changements de noms dont le titre particulier est qu'il faut savoir supporter les plaintes. Elle eut
lieu quelques jours après.
La question des changements de noms est encore traitée dans l'homélie sur le texte : Paulus vocatut, etc. (I Cor. i, 1); elle vint
quelque temps après les trois dont nous venons de parler comme le prouve ce texte Vous vow souvenez que ce : nom de
Paul m'a occupé durant trois jours, etc.

ANALYSE.

1» Siles prophètes refusent le nom d'hommes à ceux qui élaut présents négligent d'entendre là parole de Dieu, que dire de
ceux qui ne franchissent pas même le seuil de l'église ? — 2o Vous qui venez ici vous rassasier du pain de la parole, ne
gardez pas tout pour vous, portez-en à vos frères absents, et donnez-leur ainsi le désir de venir eux-mêmes une autre fois s'as-
seoir à ce banquet. —
30-4° Il est impossible que la présente instruction ne roule pas sur la conversion de saint Paul, dont
on vient de lire le récit- Curieuse allégorie dans laquelle saint Paul est nn poisson, le Christ un pêcheur, et la parole, Saul,
Saul, pourquoi me persécutes-tu? un hameçon. L'orateur explique prolixement pourquoi il saule du commencement au mi-
lieudu livre des Actes. —
5» C'est un grand miracle de ressusciter un mort, mais c'en est encore uu plus graud de changer
nue volonté hbre. Pour peu qu'on rétléchine à la conversion de saint Paul, on se convainc facilement qu'on ne saurait imagi-
70 TRÂDUCllON FR.VXÇAISE DE SAIM JEAN CHUYSOSTOME.

ner une preuve plus évidente, plus sai=i?sanle de la résurreclion de Jésns-Chris». —


6» Conversion de saint Paul dégag^^-c de
tout motif humain. Pourquoi l'Vpitre s'est-il appelé Saut, puis Paul? pourquoi ce chanf^emciit de doiu Joui ou trouve d'auirei
exemples, tant dans l'Aucicu que dans le Nouveau Teslameutî Telle est la queslioa q'U lera traitée daug les discoorg sui-

vaulg.

4. Est-ce supportable? est-ce tolérable? De venu et qu il n'y avait pas d'homme, qu'il avait
jour en jour nos réunions deviennent moins appelé et qu'il n'y avait personne pour l'en-
nombreuses la ville est remplie d'hommes et
; tendre, il s'adresse aux éléments et dit : EcûiUe,
l'église en est vide. Il y a foule sur la place ciely et toi, terre, prête CoreHle. (Id. i, 2.) J'ai

publique, aux théâtres, daus les i)orti(|ues, et été, veut-il dire, envoyé vers des hommes, vei*s
la solitude règne dans la maison de Dieu; mais des hommes doués d'intelligence mais comme ;

plutôt, s'il faut dire la vérité, la ville est vide ceux-ci n'ont ni esprit ni sentiment. jemadresse
d'hommes remplie d'hommes.
et l'église est aux éléments, à des êtres inanimés, pour la
Ce nom d'hommes, ne faut pas le donner à
il honte de ceux qui ont été honorés d'une âme
ceux qui remplissent la place publique, mais intelligente et sensible et qui n'ont pas compris
à vous qui êtes dans l'église non à ceux qui ; cet honneur.
s'abandonnent à leur indolence, mais à vous C'est encore ce que dit un autre prophète,
«jiie le zèle dévore non à ceux que la vue des
; Jérémie. Car celui-ci aussi, au milieu de la

biens terr«!stres jette dans une extase stupide, foule des Juifs, au sein même de la ville, s'écrie,
mais à vous qui mettez les choses spirituelles comme s'il n'y avait personne A fjniparlerai-je, :

au-dessus des temporelles. Ce n'est (tas a^scz gui prendrai-Je pour témoin? (Jérém. vi, 10.)

d'avoir le corps et la voix d'un homme pour Que dites-vous? Vous avez sous les yeux une
être homme, mais il en faut encore l'âme et le si grande foule et vous demandez a (jui
,

cai actère. Or le signe par excellence d'une ame vous parierez! Uni, car cest une foule de
irile, c'est ramoiir de la divine parole, comme corps, mais non d'hommes c'est une foule ;

il n'y a pas de signe plus grand d'une âme de corps, mais qui n'entendent point. Aussi
animale et stupide que le mépris de la parole ajoute-t-il Leurs oreilles sont incirconcibcs
:

di\ine. Voulez-vous aNoir une preuve que les et ils ne peuvent entendre. Mais si les pro-
contempteurs de la parole de Dieu ont, par ce |)hètes, en s'adressant à des personnes pré-
mcpri*, perdu leur dignité d'homme et sont sentes qui ne les écoutaient pas avec soin,
déchus de leur noblesse ? Ce n'est pas ma leur reprochaient de n'être j)as hommes, »jue
parole que vous allez entendre, mais celle du dirons-nous de ceux qui non-seulement ne
Pro|diète, parole qui conllrme bien ma pensée nous écoutent i)as, mais qui n'ont pas même le
cl vous montrera que ceux qui n'aiiuent pas Courage de venir daiiS cet édilice sacré, qui se
les enseignements spirituels ne sont pas des séparent de cette assemblée sainte, (|ui >e tien-
hommes, et que notre villeest vide dliommes. nent loin de celte maison de leur maison ,

Isaïe, ceprophète à la grande voix, aux visions maternelle, au coin des rues et dans les carre-
admirables, celui qui, revêtu encorede la chair, fours, comme des enfants indisciplinés et [>a-
futjugé digne de voir les séraphins et d'en- resseux? Ceux-ci quittent la maison paternelle,
tendre cette harmonie des cieux, Isaïe, dis-je, se réunissent loin d'elle et passent des jours
étant entré dans li capitale si [teuplée des Juifs, entiers à se livrer à des jeux puériles ; aussi
dans Jérusalem, se tint im jour sur la place souvent perdent-ils et leur liberté et leur vie.
publique pendant que tout le |)eiiple l'entuurait Car loistju'ils tombent entre les mains de
et voulant montrer (|iie celui qui n'écoute pas marchands d'esclaves ou de voleurs, ils expient
la parole des prophètes n'est pas ut» honmie, souvent par la mort leur paresse; ces brigands
s'écnaiJrsuisvenu.efiln'y avait pas d homme; les saisissent, et, après leur avoir enloé leurs
j'ai apjiclc et il n'y avait pcnonjtc pour ai' en- ornements d'or, ou bien ils les siibiueigi'ut
tendre. (I.Niïe, L, 2.) Ce n'e^l pas l'absence, mais sous les eaux, ou bien, s'ils veulent les traiter
l'indolenct! des auditeiu-s qu'il signale, et c'est moins inhumainement, ils les entraînent sur
pour cela (ju'il dit : Je suis veau et il n'y avait ime terre l'Ir.uiLiére et vendent leur libcité!
pas dfwmmr ; j'ai crié fi il n'y avait personne Voilà aussi le sort des déserteurs de nos assem-
pour Tfi'entendre. Ils étaient la et on les regar- blées. Après avoir quitté la maison paternelle
dait connue n'y élant pas, parce (itiils n'écou- et ce temple où ils devraient vivre, ils rencon-
taient pas le Prophète aussi, cumuic il était: trent des boucher hérétiques et des langues
HOMELIES SIR LES CHANGEMENTS DE NOMS. — PREMIÈRE HOMÉLIE. Il

pnncmies de la vérité; et ces misérables, comme paternel. Ce que je vous conseille, vous l'avcï
ih's marchands d'cscla\es, les entraînent, leur déjà fait, vous le faites encore, et vous le ferez
enlèvent leurs ornements d'or, je veux dire, à l'avenir, j'en ai la pleine confiance el l'entière
leur foi, et les étouffent aussitôt, non pas dans conviction : ce qui me le garantit, c'est la con-
les fleuves, mais dans la fange de leurs fétides tinuité de mes exhortations sur ce sujet, et la
erreurs. science et le zèle dont vous êtes assez remplis

2. C'est à vous de prendre soin du salut de pour instruire vos frères.


vos frères, de les amener vers nous, malgré Mais il est temps de dresser notre table, bien
leur résistance, malgré leuroj)iniàlreté, miilgré chétive sans doute, bien maigre et bien pauvre,
leurs cris, malgré Iimhs larmes: il n'y a que de mais assez pourvue néanmoins de l'assaisonne-
l'enfantillagedans celte conduite rebelle et indo- ment le meilleur, la bonne disposition d'audi-
vous de corriger les imperfections
lente. C'est à teurs affamés de la nonrriture spirituelle Ce
de ces âmes; c'est à vous à leur persuader de qui fait l'agrément d'un festin, ce n'est pas
devenir des hommes. Car de même c^ue nous seulement la richesse des mets, mais aussi
ne considérerions pas comme un homme celui l'appétit des conviés; une table magnifique
qui rejetterait la nourriture des hommes pour paraît chétive quand les convives s'en appro-
manger avec les animaux des ronces et de
, chent sans faim une table chétive paraît ma-
;

l'herbe, de même nous ne pouvons pas appeler gnifique, quand elle reçoit des convives atîamés.
homme celui qui mépriserait la seule nourri- C'est en considérant que ce n'est pas la nature
riture vraie et convenable de l'àme humaine, des mets, mais la disposition des convives ^ui
celleque lui fournitla parole divine, pour aller fait la bonté d'un festin, qu'un auteur dit :

passer son temps dans les cercles du monde, L'homme rassasié dédaigne le rayon de miel,
dans ces assemblées qui l'ont rougir, et se nour- etl'homme pressé par la faim trouve doux ce
rir de conversations impies. Nous regardons qui est amer; (Prov. xxvu, 7.) non que la nature
comme un homme non pas celui qui se nourrit des mets change, mais parce que la disposition
«eulementde pain, maiscelui qui, avant môme des convives les trompe. Mais si la disposition
cette nourriture matérielle , se nourrit de la des conviés leur fait trouver doux ce qui est
parole de Dieu, de la parole de l'âme. Voilà ce amer, à plus forte raison ce qui est ordinaire
qu'est un homme; car écoutez la parole du leur paraîtra-t-il exquis. Aussi, bien que réduits
Christ. Lhomme ne vivra pas seidemenf. de à la dernière misère, nous imitons les hôtes ira

pain^ mais de toute parole qui sort de la tou- plus magnifiques, et, à chaciue réunion, nous
che de Dieu. (Matth. iv, A.) De sorte que notre vous convoquons à notre banquet. Et nous le
nourriture est double, lune inférieure, l'autre faisons, en nous confiant, non dans nos riches-
supérieure; et c'est colle-ci surtout qu'il faut ses, mais dans votre désir d'entendre.

rechercher pour pouvoir nourrir notre àme et 3. Toute ma dette concernant le titre des Actes

ne pas la laisser périr d'inanition. des Apôtres vous est maintenant payée.
C'est à vous de faire que notre ville soit rem- Pour continuer, il resterait à m'occuper du
plie d'hommes. Puisque, si grande et si peu- commencement de ce livre et à vous expli-
plée , cependant vide d'honmies il
elle est , quer ces paroles : J'ai fait mon premier récit,

serait digne de vous de rendre ce service à ô Théophile, sur tout ce que Jésus commei^ça à
votre patrie et d'attirer ici vos frères en leur faire et à enseigner. (Act. i , 4 .) Mais Paul ne
racontant ce que vous y entendez. Pour at- me permet pas de suivre cet ordre naturel c'est
;

tirer à un festin, ce n'est pas assez d'en faire vers sa personne et ses actions qu'il appelle
réloge , il en emporter quelques
faut encore mon discours. J'ai hâte de le voir entré déjà
mets pour ceux qui ne s'y
les distribuer à à Damas enchaîné, non d'une chaîne de fer,
et
trouvaient pas. Eh bien! faites de même au- mais parole du Maître ; j'ai hâte de le
])ar la

jourd'hui, et de deux choses l'une ou bien : voir pris, ce poisson énorme, qui trouble toute
persuadez-leur de venir à nous; ou bien, s'ils la mer, qui a déjà soulevé contre l'Eglise mille
persistent dans leur opiniâtreté, qu'ils reçoi- tempêtes, j'ai hâte de le voir pris, non par
Tent de votre bouche la nourriture, ou plutôt l'hameçon, mais par la parole du Maître. De
ils reviendront à nous. Car ils aimeront mieux, même qu'un pécheur assis sur une roche éle-
au lieu de recevoir leur nourriture par grâce, vée, lance sa ligne et laisse tomber l'hameçon
venir participer, selon leur droit, au banquet dans la mer, de même notre Maître, Celui qui
*71 TRADÎ^CTÏON FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOStOME.

nous a enseigné la pêche spirituelle» assis en délivre-les des ténèbres, et fais-les passer dans
quelque sorte sur le roc élevé des deux, a laissé le royaume de la charité du Christ. Voilà pour-
tomber d'en-haut sa parole comme un hame- quoi je laisse le commencement du li\Te, et je
çon et c'est par ces mots Saul^ Saul, pourquoi me hâte d'arriver au milieu. C'est Paul et mon
me persécutes-tu ? (Act. ix, 4) qu'il a pris ce amour pour Paul qui me fait passer si loin.
grand poisson. Et il est arrivé à ce poisson la Paul et mon amour pour Paul. Pardonnez-
même chose qu'à celui que Pierre prit sur moi ou me pardonnez pas, mais imi-
plutôt ne
l'ordre du Maître. En effet, il avait aussi dans tez cetamour. Celui qui parle d'un amour
la bouche un statère, mais de mauvais aloi, impur a raison de demander pardon mais ;

puisqu'il avait le zèle^, mais non un zèle selon quiconque parle d'un amour semblable à celui-
la science. Aussi Dieu n'eut qu'à donner la ci doit s'en glorifier, chercher à faire partager
science pour avoir une pièce de monnaie excel- sa passion et se donner le plus qu'il pourra de
lente. Ce qu'éprouvent les poissons ordinaires rivaux. Si, tout en avançant avec méthode,
quand on les prend le nôtre l'éprouva aussi.
, tout en suivant l'ordre naturel des choses ,
j'a-

Ceux-là à peine sortis de la mer, perdent la vais pu à la fois parler des faits précédents et
vue celui-ci saisi et entraîné par l'hameçon,
; arriver en peu de temps au milieu, je n'auraiseu
perdit aussi la vue mais sa cécité rendit la
; garde de laisser le commencement et d'arriver
vue à tout l'univers. Voilà toutes les choses tout de suite au milieu mais comme d'après ;

que je désire considérer. Supposez que les bar- l'institution de nos pères, il nous faut après, la
bares viennent nous déclarer la guerre, que Pentecôte déposer ce livre et que la fin de cette
leur armée, rangée en bataille, nous accable solennité marque aussi la fin de la lecture des
de maux et que tout à coup le chef des enne-
, Actes, j'ai je donnais trop de temp sa
craint, si

ïnis, celui qui dirige contre nous des machines l'explication du commencement, d'être devancé
de guerre/iui bouleverse toute notre cité, qui par la marche de Thistoire et la succession des
remplit tout de bruit et de tumulte, qui me- faits, en un mot de ne pas arriver à temps pour

nace de renverser la ville elle-même, de la parler de saint Paul. Voilà pourquoi j'ai passé
livrer aux flammes et de faire de nous des sans m'arrèfer du début jusqu'au milieu du
esclaves; supposez, dis-je, qu'il tombe tout à livre. Mais je n'ai las pour cela laissé échapper
coup entre les mains de notre empereur, et de ma main ce livre que
j'ai pour ainsi dire

que lié, et enchaîné, il soit amené dans la saisi par la tête vous arrête au début
; et si je

ville, tous ne courront-ils pas à ce spectacle du voyage commencé, c'est avec la forme in-
avec leurs femmes et leurs enfants? Mais m;iin- tention de revenir vous prendre oîi je vous ai
ienant que la guerre s'est élevée, (jue les Juifs laissés, pour vous conduire ensuite jusqu'au

troublent et bouleversent tout, qu'ils dirigent bout. Puisque j'ai déjà mis la main sur le de-
des machines nombreuses contre l'Eglise, et but du livre, je pourrai en toute confiance y
que le chef des ennemis c'est Paul, Paul qui revenir et le continuer même après la fête, et
parle et qui agit plus que tous les autres, Paul personne ne pourra m'accuser d'inopportunité,
qui trouble et bouleverse tout; maintenant, puisque la nécessité de poursuivre une chose
dis-je, que Nolrc-Seigneur Jésus-Christ, notre commencée suffira pour repousser ce blâme :

Roi, l'a pris, et qu'il amène enchaîné ce dévas- voilà pourquoi j'ai al)an(lonne le début pour me
ne sortirons-nous pas tous pour voir ce
tateur, hâter d'arriver au milieu. Je ne i>ouvais, en
spectacle et ce prisonnier? Les anges eux- suivant la route, atteindre Paul, le livre dans
mêmes, du haut des cieux, en le voyant lié et la lecluro (ju'on on fait à l'Eglise, aurait mar-
conduit comme un prisonnier, tressaillaient de ché plus vite que moi dans mon explication.

joie, non parce qu'ils le voyaient enciiaîné, et arrivant le premier, il n'aurait pas manqué
mais en pensant à la multitude de ceux dont de me fermer la porte je vais vous le montrer
:

il ferait tomber los liens ; non parce qu'ils le en consultant seulement le commencement du
voyaientconduit comme un prisonnier, mais en livre, bien que la chose soit déjà i)arfaitement

songeant au grand nombre de ceux qu'il con- claire.

duirait de la terre au ciel ; ils se réjouissaient, 4. Puisque la lecture et l'explication du titre

non de ce qu'ils le voyaient aveugle, mais en seul nous a occupés pendant la moitié de la
pensant à ceux qu'il ferait sortir des ténèbres. solennité ,
que serait-ce si nous nous étions
Marche, lui dit le Seigneur, vers les nations, ^ lancés dans la carrière immense que nous
HOMÉLIES SUR LES CHANGEMENTS DE NOMS. - PREMIÈRE HOMÉLIE. 73

? coml>ien de temps se serait


ouvrait ce livre nourriture spirituelle, et nous vous appelons
écoulé avant que nous fussions arrivés à ce comme pour vous donner, selon notre habitude,
qu'on rapporte de saint Paul ? Je vais vous en la solution des questions; mais quand, réunis
donner une idée en vous récitant le commen- de toutes parts, vous attendez cette solution,
cement. Tai fait mon premier discours ô , nous la laissons tomber, afin que vous vous ac-*
Théophile, sur tout , etc. Combien croyez-vous coutumiez à penser par vous-mêmes. Aussi lais-
que ces mots renferment de questions ? Pre- sant là le commencement du livre, nous cou-
mièrement, pourquoi saint Luc rappelle le li^Te rons au chapitre où l'on parle de Paul; et
qu'il avait écrit d'abord ? Deuxièmement pour- nous dirons, non pas seulement tous les ser-
quoi il l'appelle rfwcowrs et non Evangile, puis- vices qu'ila rendus à l'Eglise, mais encore tous
que Paul l'appelle Evangile ? il dit en effet en les maux qu'il lui a causés; car il nous est né-
parlant de Luc : Dont l'éloge^ à cause de l'E- cessaire de les rappeler. Nous dirons comment
vangile, est dans toutes les Eglises. (II Cor, viii, il a attaqué la parole évangélique, comment il

48.)Troisièmement, pourquoi il dit sur tout : a combattu le Christ, comment il a poursuivi


ce que Jésus a fait? Car si Jean le bien -aimé , les apôtres, quel mépris il a fait de ses enne-
du Christ, celui qui jouissait de son intimité, mis , comment il a suscité à l'Eglise plus do
qui eut l'honneur de reposer sa tête sur sa I)ersécutions que tous les autres. Mais que per-
poitrine sacrée, qui puisa là l'abondance de sonne ne regrette d'entendre ainsi parler de
l'Esprit-Saint n'a pas osé parler ainsi mais a
, , Paul; car ces choses, loin d'être des accusa-
eu recours à cette formule toute de précaution :
tions, fourniront matière à ses louanges. Ce
Si les choses que Jésus a faites étaient écrites n'est pas un crime que d'être mauvais d'abord
en détail je ne pense pas que le monde lui-
,
et de devenir bon par la suite, mais bien d'être
même pût contenir les livres qu'il faudrait d'abord vertueux et de s'abandonner ensuite
écrire; si, dis-je, il en est ainsi, comment Luc au vice car c'est par la fln que l'on juge les
:

a-t-il osé dire : J'ai fait mon premier discours, choses. Que des pilotes aient fait souvent nau-
ô Théophile^ sur tout ce que Jésus a fait ? Pen- frage, si, lorsqu'ils sont sur le point d'entrer au
sez-vous que ce soit là une petite question ? Il port,ils ramènent enfin leurs navires remplis

y a dans l'Evangile excellent Théophile, et le de marchandises, nous ne dirons pas qu'ils


nom de la personne y est accompagné de son sont maladroits, parce que la fin fait oublier le
éloge; mais les saints ne parlent pas ainsi sans reste ;
que des athlètes, souvent vaincus, l'em-
motif. Et peut-être avons-nous déjà quelque portent enfin dans la lutte décisive et obtien-
peu démontré qu'il n'y a pas dans l'Ecriture nent couronne, nous n'irons pas, à cause de
la

un iota, pas un point qui n'ait sa raison d'être. leurs échecs précédents, les priver de nos
Si donc le début nous offre tant de questions éloges. Nous en userons de même à l'égard do
combien n'aurions-nous pas employé de temps Paul. Lui aussi a fait mille fois naufrage; mais
à suivre l'ordre du récit ? Voilà ce qui m'a lorsqu'il fut sur le point d'entrer au port,
forcé à passer au milieu et à arriver tout de ily amena un navire plein de marchandises.
suite à Paul. De même qu'il ne servit de rien à Judas d'avoir
Et pourquoi avons-nous indiqué ces ques- été d'abord disciple, parce qu'il fut traître en-
tions sans en donner la solution ? Pour vous suite, de même saint Paul n'a souffert aucun
accoutumer à ne pas toujours recevoir la préjudice pour avoir été d'abord persécuteur,
nourriture toute préparée; à cherchor souvent parce qu'il fut ensuite prédicateur de l'Evangile.
par vous-mêmes à résoudre ces problèmes. C'est là la grandeur de Paul, non d'avoir ren-
Nous faisons comme les colombes : elles don- versé l'Eglise, mais de l'avoir ensuite édifiée;
nent la becquée à leurs petits, t<int qu'ils res- non d'avoir attaqué la parole de Dieu, mais de
tent dans le nid mais quand elles peuvent les
; l'avoir répandue après l'avoir attaquée; non
en faire sortir, et qu'elles voient leurs ailes af- d'avoir combattu les apôtres, non d'avoir dis-
fermies, elles changent de méthode, elles ap- persé le troupeau mais de l'avoir rassemblé
,

portent dans leur bec un grain qu'elles leur après l'avoir d'abord dispersé.
montrent, et quand les petits s'approchent pour 5. Le loup est devenu
Quoi de plus étrange 1

le recevoir, les mères le laissent tomber sur le pasteur; celui qui avait bu le sang des brebis

sol et le leur font ramasser; et nous, nous fai- n'a pas cessé de verser son sang pour le salut
sons de même : nous prenons à la bouche la des brebis. Voulez- vous voir qu'il a bu le sang
74 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CH

des brebis, que sa langue clait sanglante ? doctrine. Car Pierre en parlant de Jésus eût
Paul respirant encore meurtres et menaces pu être soupçonné du moin-^ quelque impu-:
,

contre les disciples du Seifjneur. (Act, ix, 1.) dent eût peut-être trouvé quelque chose à dire;
Mais écoutez comment cet bouime qui resi)i- je dis quelque imi»udent car de ce côté aussi :

rait menaces et meurtres, qui versait le sang la preuve est évidi-nte cet apôtre au-:si renia :

des saints, versa lui-njème son sang pour les d'abord son Maître , le renia avec serment et
saints Que me sert
: hwnainement parlant ,
,
c<'pendant il le confes?a plus tard et donna sa
d'avoir combattu contre les bêtes à Ephèse ; vie pour lui. Mais si le Chri>t n'est i)as n ssus-
( I Cor. XV 32 et encore
, chaque jour je
) : cité, celui qui le renia pendant qu'il vivait n eût ,

meurs, Ibid. ); et encore on nous regarde


( : pas été disposé, pour ne pas le renier après sa
comme des brebis de boucherie. (Rom. viii, mort, à mourir mille fois : ainsi du côté de
36.) Voilà le langage de celui qui était pré- Piene môme, preuve de la résurrection est
la

sent, lorsqu'on versait le sang d'Etienne, et évidente. Cependant quelque impudrnt pour-
qui consentait à sa mort. Voyez vous que le rait dire que c'est parce qu'il a été son discip'e,
loup est devenu pasteur? Vous rougissiez peut- parce qu'il a partagé sa table, parce qu'il l'a

être en entendant dire qu'il était auparavant accompagné pendant trois ans, parce qu'il a
persécuteur, blasphémateur et inii)ie ? Mais reçu son enseignement, et qu'il a été induit en
voyez comme ses crimes précédents rehaussent erreur par ses flatteries, qu'il annonce sa ré-

précisément sa gloire Ne vous disais-je pas à


! surrection ; mais quand vous voyez Paul, Paul
la dernière réunion que les miracles qui ont qui ne le connaissait pas, qui ne l'avait pas en-
suivi la Passion étaient plus grands que ceux tendu, qui n'avait pas reçu sa doctrine, qui
qui l'ont précédée ? Ne vous en ai-je pas ajirès la Passion lui a déclaré la guerre, qui a
donné pour preuves les miracles eux-mêmes puni ceux qui croyaient en lui, qui boulever-
le changement de disposition des disciples, la sait tout dans quand vous le
l'Eglise naissante,
manière dont les morts ressuscitaient au com- voyez converti aux travaux de la
, se livrant
mandement du Christ, tandis que l'ouibre prédication plus que tous les amis du Christ
seule de ses serviteurs opérait les mêmes pro- quelleexcuse, dites-moi, aura encore votre im-
diges ? N'ai-je pas ajouté commentle Christ fai- pudence, si vous refusez de croire à la résur-
sait ses miracles en commandant, tandis que rection ? Si le Christ n'était pas ressuscité, qui
plus tard ses serviteurs en opérèrent de plus donc aurait entraîné et attiré vers lui un
grands en se servant de son nom ? Ne vous ai- ennemi aussi cruel, aussi féroce, aussi exas-
je pas dit comment il remua la conscience de péré?
ses ennemis, connnent il conquit tonte la terre, Dis-moi , ô juif, qui aurait persuadé à Paul
comment les prodiges qui suivirent la Passion de se faire disciple du Christ ? Pierre, ou Jac-
furent plus grands que ceux quila précédèrent? ques, ou Jean ? Mais tous, ils le craignaient et
Mon discours d'aujourd'hui se rapi)roche de le redoutaient, non-seulement avant sa conver-
celui-là. Quel plus grand miracle que celui sion, mais encore quand il fut devenu leur ami;
dont Paul fut le sujet ? Pierre renia le Christ quand lîarnabé, Tayant pris parla main l'intro-

de son vivant, et l*aul le confe.^sa après sa duisit à Jérusalem, les lidèles craignaient encore
mort. Ressusciter les morts, en les couvrant de de l'approcher: guerre était finie et j.ourlaul
la

son ombre, était un miracle bien moins grand la crainle restait aux apôtres. Ceux donc (pii le
que d'entraîner et d'attirer à soi IVime de Paul. redoutaient encore après sa conversion, au-
Là, la nature obéissait sans contredire celui raient-ils osé lui parler, quand il était encore
qui lui commandait, ici il y avait à vaincre leur irréconciliable ennemi ? Auraient-ils osé
une volonté de prendre l'un ou l'autre
libre l'aborder, se tenir devant lui, ou\rir la bouche,
parti ce qui montre combien la puissance qui
: ou seulement se montrer ? Non, non , il n'est
l'entraîna fut grande. Il csl bien [)lus beau de pas ainsi ; ce n'est pas là l'œuvre d'un homme,
convertir la volonté que de changer la nature ; mais de la grâce de Dieu. Si le Christ était
donc voici un miracle qui surpasse tous les mort, comme vous dites , et que se^ disciples
autres, Paul s'attachant au Christ au Christ , eussent été le dérober, comment eùt-il fait de
crucifié et enseveli. Le Christ le laissa montrer plus grands miracles après sa Passion, et mon-
toute sa haine, pour donner une prouve irré- tré uiie [luissance plus merveilleuse ? Il ne
(ulable de !>a résurrection et de la vérité de sa ê'tît p:is seulement réconcilie sou euaenii et le
IlOMÉMES SUU LES CHANGEMENTS DE NOMS. — PREMIÈRE HOMÉLIE. 75

chef (le votre armée ; s'il n'avait fait que cela, fai persécuté l'Eglise de Dieu et rai ravagée.
c'tùl été déjà le signed'une bien grande puis- (Gai. I, 13.) Donc, s'il avait voulu plaire aux
sance que dcnchaîncr suu ennemi, son adver- hommes, il n'aurait pas passé du côté des fl-

saire mais il a fait une chose bien plus grande.


,
dèles. Pourquoi? Parce honoré chez qu'il était

Non-seulement il s'est réconcilié son ennemi, les juifs, qu'il y jouissait d'une grande tran-

mais il se l'est rendu tellement familier, telle- quillité et de grands honneurs il n'aurait ;

ment bienveillant, qu'il a pu lui confier toutes donc pas embrassé par un motif humain la vie
les alTaiies de son Eglise : Cet hommey dit-il, des apôtres, si pleine de périls, si méprisée, si

m'est un vase d'élcctio/i pour porter mon nom malheureuse. Oui, ce changement et celle con
devant les nations et les rois (Act. ix, 15), et version cet abandon des honneurs dont il
,

qu'il lui a fait supporter plus de travaux (ju'aux jouissait chez les juifs et de la vie calme qu'il
autres apôtres dans l'intérêt de celte Eglise y menait pour embrasser la vie des apôtres, ex-
qu'il avait d'abord combattue. posée à mille dangers, est la plus grande preuve
6. Voule«-vous avoir la preuve qu'il se l'est que toute considération humaine fui étrangère
réconcilié, qu'il se l'est rendu familier, qu'il à la détermination de Paul.
l'a aimé, qu'il l'a mis au nombre de ses pre- pour cela que nous avons voulu exposer
C'est
miers amis ? C'est qu'il n'a révélé à personne sa vie antérieure, montrer l'ardeur qui le dé-
autant de secrets qu'à Paul. Et qu'est-ce qui le vorait contre l'Eglise, afin qu'en voyant son
prouve ? J'ai entendu, dit-il, des paroles mys- zcle i>our elle, vous admirit-z Pieu qui fait et
tériexises qu'il n'est pas permis à un homme de transforme tout. C'est pour cela aussi que le
redire. (H Cor. xii, 4.) Voyez-vous quelle faveur disci[)le de Paul a raconté les événements an-
obtient celui qui fut un ennemi, un adversaire? térieurs avec exactitude et clarté : Saul, dit-il,

Aussi faut-il rappeler sa vie autérieure ; cela respirant encore la menace et le meurtre contre
lous nionirera la charité de Dieu et sa puissance ; les disciples du Seigneur. Je voudrais bien
sa charité, puisfju'il a voulu sauver et aUirerà moi aussi, entreprendre ce début dès aujour-
lui celui qui lui avait fait tant de mal; sa puis- d'hui, je voudrais me jeter sur le commence-
sance, puisqu'il a pu ce qu'il a voulu. Cela ment de la narration ; mais je vois dans ce seul
nous montre aussi le caractère de Paul, qui nom toute une mer de pensées. Voyez quelle
n'agissait pas par ambition, ni pour la gloire question nous amène de suite ce seul mot
humaine, comme les autres juifs, mais par Saul ! Car nous trouvons dans les épîlres un
zèle, quoique ce zèle fût mal dirigé c'est ce ; autre nom Paul, serviteur de Jésus-Christ^
:

qu'il nous dit en ces termes J'ai obtenu misé- : appelé à l'apostolat. (Rom. i, 1.) Paul et Sos-
ricorde, parce que j'ai agi par ignorance, dans thèiies : Paul , apôtre par vocation divine.
l'incrédulité (I Tim. i, 13) et dans son admi- ; (I Cor. I, 1.) moi Paul je vous dis,
Voici que
ration pour la charité de Dieu, il s'écrie Afin : (Gai. v, 2.) Ici U est appelé Paul, partout on
qu'en moi, le premier, le Christ montrât toute trouve le même nom, et nulle [)art Saul. Pour-
sa patience, en sorte que je servisse d'exemple quoi avant sa conversion fut-il appelé Saul, et
à ceux qui croiront en lui pour la vie éternelle Paul après? Ce n'est pas une petite question ;

(Ibid. I, 16) et en un autre endroit encore //


; : car aussitôt se présente le nom de Pierre :

a montré quelle est la grandeur de sa puissaiice d'abord il s'appelait Simon et il fut ensuite
en nous qui croyons. (Ephés. i, 19.) Voyez- appelé Pierre ; les fils de Zcbédée , Jacques
vous comme la vie antérieure de Paul montre et Jean , furent surnommés du tonnerre.
fils

la charité de Dieu et sa puissance, ainsi que la Mais s'il en est ainsi dans le Nouveau Testa-
vigueur d'àme de l'Apôtre ? Que sa conversion ment, nous trouvons aussiAbraham appelé
ait été pure de tout motif humain, et due uni- d'abord Abrain ,
puis Abraham Jacob, d'a- ;

quement à l'opération de la grâce, il le montre bord Jacob, puis Israël ; Sarra, d'abord Sara,
encore dans l'Epître aux Calâtes Si je plaisais : puis Sarra ; et ces changements de nom don-
aux hommes, dit- il, je ne serais plus le serviteur nent matière à des recherches étendues, et je
du Christ. (Gai. Mais qu'est-ce qui nous
i, 10.) crains que si je laisse échapper ce fleuve, je ne
prouve encore que ce n'est pas pour plaire aux submerge sous ses flots t(nite instruction. De
hommes que vous vous êtes mis à prêcher l'E- même que, dans un pays humide, [)artout où
vangile Vous avez ouï dire que j'ai vécu au-
? l'on creuse, des fontaines jaillissent; de même,
trefois dans le judaïsme, qu'à toute outrance dans les divines Ecritures, partout où l'on ap-
76 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

profondil, des fleuves sortent en abondance, et qu'il y ait en nous une fontaine d'eau jaillis-
ce n'est pas sans crainte que je les lâcherais au- sant jusque dans la vie éternelle puissiez-vous :

jourd'hui. Aussi j'arrête mon ruisseau et je avoir ce bonheur, par lamour et la charité de
renvoie votre charité à la fontaine sacrée de ces Notre-Seigneur Jésus-Christ , par qui et avec
prélats, de ces maîtres, fontaine pure, agréable qui soient au Père gloire, honneur, puissance,
et douce , source qui coule de la pierre spiri- ainsi qu'à l'Esprit saint et vivificateur, mainte-
tuelle. Préparons donc notre àme à recevoir la nant et toujours, et dans les siècles des siècles.
doctrine , à puiser ces eaux spirituelles , afin Ainsi soit-il.

DEUXIÈME HOMÉLIE.
A ceci qui \\\mm\ la longueur des instructions, et à ceui qui n'aimaient pas qu'elles fussent courtes; — sur les noms dt Saul et ds Prol
— pour le nom d'Adam donné au premier homme ;
— aui nouTeaui baptisai.
j

ANALYSE.

; comnnent
|o Les uns aiment les longues instructions, les autres les courtes contenter \ la fois des goûts si différents ? L'orateur
se déclare esclave de son auditoire, et il de son esclavage que l'empereur de sa pourpre.
Ojt plus glorieux 2» Les change- —
ments de noms dans les Ecritures ont une importance et une signification sur lesquelles il ne faut pas passer légèrement. L'Apdtre
s'est encore appelé !?aul après sa conversion. —
S" La [ueinière fois que le nom de Paul parait dans les Actes, c'est à l'occasion
de laconversion du proconsul Serpiiis Faulus. Sur ces cl;anf;em. nls de noms dem questions s'offrent à traiter, premièrement,
pourquoi Uicu a-t-il nommé quelqi.'S saints, et pourquoi pis tous? deuxièmement, pourquoi, parmi ceux qu'il a daigné nommer,
a-t-il nommé ceux-ci dans le cours de leur vie, ceux-là dès avant leur naissance ? Dieu nomma le premier homme Adam,
d'iiden, qui veut dire terre vierge. Cette terre vierge de laquelle sortit Adam était la figure de la Vierge Marie, mère du second
Adam. — 4» Ce uom d'Adam terrestre avertissait sans cesse le homme d'être humble, et le prémunissait contre l'or-
premier
guciilcuse pensée de se croire égal à Dieu. Le premier qui après Adam ait reçu de Dieu ion Dom est Iwac, et ce nom signifl»
ris. Enfant de la grâce, Isaac est la figure des chrétiens.

i. Quel parti prendre aujourd'hui? En vous lèvTes, Quand même il ne la pourrait boire

voyant si nombreux je crains de donner trop tout entière, néanmoins il la veut voir entière-
d'étendue à cet entrelien. En effi;t, lorsque ment pleine. Vous me voyez donc dans la per-
l'instruction se prolonge en ces conditions, je plexité. Jevoudrais par ma brièveté prévenir
vous vois serrés, pressés, manquant de place, de votre part toute fatigue, et par la plénitude
et la gène (jue vous éprouvez vous empêche
de mon instruction remplir votre désir. Mais
beaucoup découter avec fruit; un auditeur qui souvent j'ai fait ces deux choses, et jamais je
n'est pas à l'aise ne saurait prêter une sérieuse
n'ai évité la critique. Bien souvent, pour vous

allention à l'orateur. En voyant donc cette foule ménager, j'ai abrégé mon discours, et j'étais

si nombreuse, je crains, je le répèle, do donner


accusé par ceux dont lame n'était pas encore
rassasiée par ceux (jui s'abreuvent conti-
à mon discours tro|) d'étendue mais d'un autre ;
,

nuellement aux sources sacrées, et n'en ont


côté, quand je considère votre désir de la parole
pourtant jamais assez, par ces bienheureujc qui
sainte, je voudrais bien ne pas resserrer mon
consume, aime que ont faim et soif de la justice (Matth. v, 6) :
instruction. Celui que la soif
aussi redoutant leurs reproches, j'ai cru pou-
la coupe (ju'on lui présente soit pleine, autie-
nienl c'est sans plaisir qu'il l'approche de ses
voir allonger mes homélies, et c'est précisé-
HOMÉLIES SUR LES CHANGEMKNTS DE NOMS, — DEUXIÈME HOMÉLIE.

ment pour cela que je me suis vu en butte à peu à la mesure habituelle de mes discours. El
d'autres critiques. Ceux qui aiment la brièveté vous qui désirez la brièveté parce que vous
venaient me trouver et me priaient d'avoir êtes plus faibles , considérez le désir de vos
pitié de leur faiblesse,de resserrer des dis-
et frères qui demandent une nourriture plus
cours trop longs. Quand je vous vois pressés abondante, et pour eux, endurez une fatigue
dans un étroit espace, j'ai envie de me taire; légère, portant les fardeaux les uns des autres
mais quand je vois que, malgré celte gène, et accomplissant la loi du Christ.
vous ne vous retirez pas; que toujours sr.spen- Ne voyez-vous pas qu'aux jeux olympiques
dus à nos lèvres vous êtes tous disposés à nous les athlètes restant au milieu de l'arène, en
suivre encore plus loin, je me sens le désir de plein midi, comme dans une fournaise ardente,
laisser courir ma parole. Je ne vois que diffi- reçoivent sur leur corps nu les rayons du so-
cultés de toutes parts. (Dan. xiii, 22.] Que faire? leil, comme s'ils étaient des statues d'airain, et
Celui qui ne sert qu'un maître, qui n'obéit qu'à luttent contre le soleil, contre la poussière,
une seule volonté, peut facilement plaire à son contre la chaleur, pour ceindre de lauriers une
maître et ne pas se tromper; mais moi j'ai bien tête ? Et pour vous, ce
qui aura tant souffert
des maîtres, et je suis forcé d'obéir à tout ce une couronne de lauriers, mais une
n'est pas
peuple, si partagé de sentiments. Si j'ai parlé couronne de justice qui sera la récompense de
ainsi, ce n'est pas que impa-
je supporte avec votre docilité ; et encore, loin de vous retenir
tience mon esclavage, loin de là, ni que je jusqu'en plein midi, votre faiblesse nous forcera
veuille me soustraire à votre domination. Rien à vous renvoyer presque dès le commencement
ne m'est plus honorable que celte servitude. du jour, quand l'air est encore assez frais, que
H n'y a pas de roi qui s'enorgueillisse de son les rayons du soleil ne l'ont pas encore échauffé ;
diadème et de sa pourpre comme je me glori- et nous ne vous exposons pas tête nue aux ar-
fie d'être l'esclave de votre charité. Cette pre- deurs du soleil, mais nous vous rassemblons
mière royauté périra par la mort mais mon
; sous cette voûte admirable, nous vous prodi-
esclavage, bien supporté, sera couronné
s'il est guons tous les secours imaginables, afin que
par la royauté des cieux. Bienheureux le servi- vous puissiez écouter plus longtemps. Ne soyons
teur fidèle et prudent que le maître a établi sur pas plus délicats que nos enfants quand ils vont à
tous ses compagnons pour leur distribuer leur l'école ; ils n'oseraient rentrer à la maison avant
mesure de froment. Je vous dis en vérité midi ; mais à peine sevrés, à peine séparés du
qu'il rétablira sur tous les biens qu'il possède.
sein deleur mère, avant même l'âge de cinq ans,
(Luc, xn, 42.) Voyez- vous quelle est la récom- supportent tout dans un corps tendre et jeune
ils
pense de det esclavage, quand il est bien sup- encore; quelque chaleur, quelque soif, quel-
porté? Ce serviteur est établi sur tous les biens qu'incommodité qu'ils ressentent, ils restent
du maître. Je ne fuis pas cette servitude, car
assis dans l'école, supportant tout avec courage
je la partage avec Paul. en effet que woî« dit
Il
et patience. A défaut d'autres, imitons au moins
ne nous prêchons pas nous-mêmes, mais Jésus-
nos enfants, nous hommes, nous parvenus à
Christ Notre-Seig7îeur nous déclarant vos
,
l'âge viril. Si nous n'avons pas le courage
serviteurs à cause de Jésus. (II Cor. iv, 5.) Et que
d'écouter parler de la vertu, qui pourra nous
dis-je, Paul? si Celui qui était dans la forme de
faire croire que nous supporterons au besoin
Dieu, s'est anéanti lui-même prenant la forme
les travaux qu'elle exige ? Si nous éprouvons
d'esclave dans l'intérêt des esclaves (Ph. ii,
tant de peine quand il s'agit d'écouter, qui
6, 7), qu'y a-t-il d'étonnant à ce
que moi, esclave, nous montrera que nous serons plus vaillants
je me de mes compagnons d'es-
fasse esclave
pour agir? Si nous abandonnons le devoir le
clavage dans mon intérêt propre? Ce n'est donc
plus facile, comment supporterons-nous le plus
pas pour fuir votre domination que j'ai parlé de
difficile? Mais le lieu est resserré ! on y est gêné 1
la sorte, mais pour obtenir grâce si la table que
Ecoutez : On n'emporte le royaume des cieux
je vais dresser ne convient pas à tous. Ou plu- qu avec violence. (Malth.xi, d2.) Elle est étroite
tôt faites ce que vous dire. Vous qui ne
je vais
et resserrée la voie qui conduit à la vie,
pouTc? jamais vous rassasier, mais qui avez
(Matth. vu, i4.) Comment éviter d'être serrés
faim et soif de la justice qui désirez de lon-
,
et à l'étroit, quand on doit marcher par une
gues instructions, prenez pitié de la faiblesse
voie étroite et resserrée ? Pour qui se met
de vos frères et souffrez que je retranche un
au large et à Taise, une telle voix n'est pas
78 tRADUCTION FRANXAI VIF SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

facileà parcourir on ne peut guère y passer


: pour successeur Porcius Fesfus; et encore :

qu'en se faisant petit, en se resserrant, en se Quelqu'un se trouvait avec le proconsid Sergius


gênant beaucoup. Paulus, et celui qui livra Jésus aux Juifs
2. Ce n'est pas une chose oiseuse qui nous s'appelait Ponce-Pilate. Mais outre les chefs, les

occupe, mais une question qui, commencée soldats aussi etbeaucoup de ceux qui sont res-
hier, n'a pu recevoir une solution définitive, tés dans la vie privée ont reçu, en certain'^s
tant sont nombreux les points à examiner 1 occasions, par suite de certains faits, un double
Quelle est-elle? C'est la question des noms que nom. Pour eux, il ne nous sera pas utile de
Dieu a donnés aux saints. Chose qu'on jugera rechercher ce qui leur a fait donner ces noms;
bien simple, à n'écouter que cet exposé mais , mais quand c'est Dieu qui les donne, il nous
bien féconde, on l'étudié avec soin. Les ter-
si faut de tous nos efforts en rechercher la cause.
rains aurifères que l'on rencontre dans les Car Dieu nedit ni ne fait rien en vain et sans

mines ne présentent aux hommes inexpéri- motif; en tout avec la sagesse qui lui
il agit

mentés et inatienlifs qu'une apparence tout convient. Pourquoi donc saint Paul était-il ap-
ordinaire, et entièrement semblable à celle des pelé Saul, lorsqu'il était persécuteur, et fut-il
autres terrains; mais ceux dont les regards appelé Paul, lorsqu'il eut reçu la foi? Quel-
sont exercés, reconnaissent la qualité de cette ques-uns disent quelorscpi'il troublait, agitait,
ils en mon-
terre, et la faisant passer par le feu bouleversait tout et persécutait l'Eglise, il était

trent tout le prix. en est de même pour les


Il appelé Saul précisément parce qu'il persécutait
saintes Ecritures: si on ne fait qu'en parcourir l'Eglise, etque c'est de la (piil tirait son nom.
les mots, on n'y verra que des mots ordinaires Quand, au contraire, cette fureur eut ces<é,
et semblables aux autres; mais si on les par- que ce trouble se fut apaisé, que cette guerre
court avec les regards de la foi, avec des yeux eut été terminée, que la persécution eut trouvé
exercés, si on les fait passer par le feu du vSaint- sa fin, il fut appelé Paul du mot grec qui veut
Esprit, on en découvrira facilement toute la dire cesser [-xmiuh). Mais cette explication est
ricbesse. frivole et fausse, et je ne l'ai rapportée qu'afin
Quelle est l'origine première de cette ques- que vous ne vous laissiez pas prendre à ces
tion? car ce n'est pas sans motif que nous dires qui ne sont fondés sur rien. D'ailleurs,
avons entrepris cet examen, et l'on ne saurait s'il était appelé Saul parce qu'il persécutut
nous accuser de pure curiosité. Nous avions l'Eglise, il fallait qu'il changeât de nom aussi-
bâte de raconter les grandes actions de Paul; tôt qu'il cessa de persécuter or, nous voyons
;

déjà nous touchions au connnencemeulde son qu'il avait cessé de persécuter l'Eglise, sans
histoire, et nous trouvions que la narration qu'il eûtpour cela changé son nom, puisqu'il
0()nunen(;ait ainsi Saul respirant encore la
: continuait s'appeler Saul. Et pour que vous

tnenace et le meurtre contre les disciples du ne croyez pas que ce soit pour vous embarras-
Seigneur. (Act. ix, t.) Dès l'abord, nous fûmes ser que je parle ainsi, je reprendrai la chose
troublés de ce changement de nom, car, dans de plus haut Ils entrainèrejit Etienne, dit
:

toutes SCS épîlres et (lans leurs formules initiales l'Ecriture , hors de la vdle et ils le lapidèrent^
il non Saul, mais Paul; et ce n'est pas
s'appelle et les témoins déposèrent leurs vêtements aux
a lui seul, mais à bien d'autres encore que la pieds d'un Jeune homme nommé Saul (Act. vu,
même chose est arrivée. Par exemple, Simon 57) ; et encore Saul consentait à sa mort; et
:

s'appelait d'abord Pierre; les de Zébédée, fils ailleurs : Saul ravageait l'Eglise, entrant dans
Jacques et Jean, re(,urent assez tard le nom de les tnaisons et entraînant les hommes et lei

/•7/5 du tonneire; dans l'Ancien Testament, nous femmes; et encore Saul respirant encore la :

trouvons aussi les noms de (piehiues person- menuce et le meurtre contre les disciples du
nages changés ainsi Abraham s'i-lait d'abord
: Seigneur; encore // entendit wie voix qvi
et :

nonnné Abram, Sarra s'était d'abord nouimée lui disait : Saul! Saul! pourquoi me pers'''cu-
Sara, Jacob lut surnommé Israël. Or, il nous tes-tu? Il aurait donc dû quitter ce nom dft
a semblé qu'il eût été contraire à la raison de Saul, aussitôt qu'il eut cessé de |K'rsécuter. Et
parcourir un champ si fertile sans le creuser. pourtant, l'a-t-il quitté de suite? Non; c'est ce
Ne se passe-t-il pas quoique chose d'analogue que nous montre la suite; voyez plutôt : Saul
pour les princes séculiers? Ceux-<:i aussi preu- se leva de terre, et les yeux ouverts, il ne voyait
ucnt un double nom voyez plutôt l'èlix eut
;
: personne; et encore : Le Seigneur dit à Anante^
HO.MÉLIFS SUR M-:S ClfANCEMr.NTS DE N0M5;. - lV'UVIli:\îF. ÎIO.Ml'ï.lE.
7d

V(i dans la rue quun appelle Droite; tu trou- ])Ourquoi parmi les saints. Dieu a-t-il nommé 1. s
veras dans la niaison de Jmla un nommé Said; uns et non pas les autres? Car il n'a pas donné
cl Ananie cuira dans la maison et dit :
encore : leurs noms à tous les saints ni de l'Ancien, ni
Saul^ mon
frère, le Seigneur qui fa apparu du Nouveau Testament. Observons déjà que
sur la route, m'a envoyé pour que tu voies. cette paritéde conduite et dans l'Ancien et
Ensuite il commença à enseigner et il confon- dans le Nouveau Testament prouve que les
dait les Juifs, et il n'avait pas encore (juillé son deux Testaments émanent d'un seul et même
nom, il continuait de s'appeler SauL Car les Seigneur. Dans le Nouveau Testament, le Christ
trames des Juifs, est-il dit, furent connues de a donné à Simon le nom de Pierre, et aux fils

SauL Est-ce tout? y eut une fa- Non; mais il de Zébédée, Jacques et Jean, le surnom de lils

mine^ est-il dit encore, et les disciples résolu- du tonnerre. Voilà les seuls dont il ait changé
rent denvoyei' à Jérusalem pour assister les lui-même les noms pour ce qui est des autres, ;

saints; or ils envoyèrent leurs aumônes par les il leur a lai?sé les noms qu'ils avaient, dès le
mains de Barnabe et de Said. (Act. xi, 29, 30.) principe, reçu de leurs parents. Dans l'Ancien
Voyez : il assiste déjà les saints et il est encore Testament, Dieu changea le nom d'Abraham et
appelé Saul. Puis Barnabe entre à Antioclie et, celui de Jacob; mais ceux de Joseph, de Sa-
voyant la grâce de Dieu et que la foule était muel, de David, d'Elie, d'Elisée et des autres pro-
grande, il va à Tarse chercher Saul. Déjà il con- phètes, il ne les changea pas, il laissa ces grands
vertit beaucoup de monde, et il continue d être saints avec les noms qu'ils avaient toujours por-
appelé Saul ; et encore Il H avaitclans l'Eglise
:
tés. Ainsi donc, première question : pourquoi,
dAntioche des prophètes et des docteurs, parmi parmi les saints, les uns
changé de nom, ont-ils
lesquels Siméon qui s'appelait le Noir, Lucius et les autres non? Deuxième question pourquoi :

de Cyrène Manahen, frère de lait d'Hé-


,
le Seigneur nomme-t-il ceux-ci dans un âge

rode le tétrarque, et Saul. Le voilà docteur et avancé, ceux-là dès leur naissance et parfois
prophète, et il est encore appelé Saul. Et en- même avant? Pierre, Jacques et Jean, c'est
core : Pendant quils offraient au Seigneur les dans un tâge avancé qu'ils reçoivent de Jésus-
saints mystères et qu'ils jcicn aient, r Esprit- Christ un nouveau nom, et Jean-Baptiste est
Saint leur dit : Séparez-moi Saul et Barnabe. nommé avant qu'il ait vu le jour: Un ange du
(Act. XIII, 1,2.)» Seigneur vint et dit : ne crains pas, Zacharie,
3. Voici que prend à pari le Saint-Esprit le voici que ta femme Elisabeth enfantera un fils
et il garde toujours son nom. Mais suivons-le à à qui tu donneras le nom de Jean. (Luc, i, i3.)
Salauiine; il rencontre un magicien, alors Vous le voyez, il n'est pas encore né, et déjà il
écoutons saint Luc Saul, aussi nommé Paul, :
est nommé. La même chose arrive dans l'An-

étant rempli du Saint-Esprit, dit (Act, xiu, 9). cien Testament, la ressemblance est entière :

C'est la première fois qu'il est question d'un dans le Nouveau, Pierre, Jacques et Jean reçoi-
changement de nom. Discutons, sans nous re- vent leurs surnoms lorsqu'ils sont déjà dans
buter, la raison des noms. Connaître les noms l'âge virilJean-Baptiste reçoit son nom avant
,

a son importance même dans les aflaires de ce de naître dans l'Ancien, Abraham et Jacob
:

monde. Que de reconnaissances opérées, que changent de nom au milieu de leur vie; l'un
de parentés, longtemps ignorées, tout à coup s'appelait d'abord Abram, et il s'appela Abra-
mises au jour par la découverte d'un nom Que !
ham l'autre se nommait d'abord Jacob et il se
;

de litiges jugés devant les tribunaux, que de nomma Israël Isaac, au contraire, reçoit son
;

querelles vidées, que de dissensions éteintes, nom dès le sein de sa mère. Dans le Nouveau
que de réconciliations amenées par le même Testament, l'ange dit à Zacharie : Ta femme
moyen! Grande dans les affaires de cette vie, la concevra dans son sein et enfantera im fit s, et

vérité des noms Test encore davantage dans la tu lui donneras le nom de Jean ; et dans l'An-
sphère des choses spirituelles. 11 est donc né- cien, Dieu dit à Abraham Sara, tafemme^: en-
cessaire que les questions qui s'élèvent soient fantera un fils y et tu lui donneras le nom
résolues avec exactitude. d Isaac.
La première question que l'on fait est celle-ci :
Donc encore une fois , première question
, .

Pourquoi des noms donnés à ceux-ci et pas à


' Traduit le commencement da volume
depuis jusqu'ici par
M. l'abbé Fanicu.La fln de cette homélie et les deux
ceux-là? et deuxième question Pourquoi ceux :

suivantes ont
été tnduitoi par M, Junain. qui reçoivent de Dieu un nom, le reçoivent-ils
80 TRADUCTION FRANÇAISE i>E SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

les uns dans le cours de leur âge, les autres vent aux enfants lesnoms de leurs mères. Dieu
avant leur naissance et cela dans l'un et l'au-
, donc ayant tiré l'homme de la terre, le nomma
tre Testament? La seconde question sera traitée Adam, du nom de sa mère. Elle se nommait
tout d'abord de la solution que nous en don-
; Eden, lui se nomma Adam.
nerons sortira une lumière qui éclairera la 4. Mais quelle utile conclu-sion tirer de là?
première. Voyons donc ceux qui ont reçu de Chez les hommes, lorsqu'on donne aux enfants
Dieu leurs noms dès le principe remontons ; les noms de leurs mères, c'est pour faire hon-
jusqu'à l'homme qui le premier, fut nommé , neur vue don-
à celles-ci. Mais Dieu, dans quelle
de Dieu. Ainsi ramenées à leur origine, nos au premier homme le nom de sa mère?
na-t-il
questions recevront une solution radicale. quel était son dessein ? Grand ou petit, il en
Qui donc
a, le premier, reçu de Dieu son avait un ; car il ne fait rien sans motifs, rien
nom? Quel autre, sinon celui qui fut le pre- au hasard : une raison et
en tout il agit avec
mier formé par la main divine? 11 n'y avait pas une sagesse profondes, puisque sa prudence est
d'homme en efl'et qui pût nommer le premier sans mesure.
homme. Comment donc Dieu nomma-t-il le Eden veut dire la terre, et Adam, le terres-
premier homme? Adam, nom hébreu, nom tre, créature sortie de la poussière, née du li-

étranger à langue hellénique et qui signi-


la ,
mon de la terre. Pourquoi donc ce nom-là?
fie de terre. Le mot Eden aussi veut dire
: : Pour rappeler à l'homme la bassesse de sa na-
terre vierge tel était le lieu dans lequel Dieu
; ture. Dieu, par cette appellation, avait comme
planta le Paradis. Dku^ dit la Genèse, planta gravé sur l'airain l'humilité de notre nature,
la Paradis dans VEden, vers V Orient (Gen. ii afin que ce nom, qui est à lui seul toute une le-

8) ce qui nous montre que le Paradis n'était


: çon d'humilité, apprît à l'homme à ne pas
pas l'œuvre de la main de l'homme. Celait concevoir de lui-même une trop haute estime.
une terre vierge que la charrue n'avait pas Que nuus soyons terre, nous le savons parfai-
touchée ni ouverte en sillon
, une terre ; tement, nous, à qui l'expérience l'enseigne
qui ne connaissait pas la main du laboureur, tous les jours ; mais Adam n'avait vu mourir
mais qui avait produit des arbres, fécondée personne, et jamais le spectacle d'un cadavre
uniquement par l'ordre de Dieu. De là le retombant en poussière n'avait frappé sa vue ;

nom d'Eden c'est-à-dire terre vierge , que


, son corps était d'une merveilleuse beauté; il
Dieu lui donna. Mais cette terre vierge était la brillait tel qu'une statue d'or sortant du
ligure de la Vierge par excellence. De même ,
moule. Craignant donc que, ébloui de tant
en effet, que la terre d'Eden, sans recevoir d'éclat il ne s'enflât d'orgueil, il lui dornia
aucun germe, vit sortir de son sein le Paradis, comme contre-poids à ses brillants avantages,
asile du premier homme, de même la Vierge un nom qui serait pour lui une leçon perma-
Marie, sans recevoir la semence de rhonmic, nente d'humilité. D'ailleurs le diable ne de>ait
a enfanté le Christ, Sauveur du genre humain. l)as tarder de l'exciter à l'orgueil, il allait bien-

Lors donc que le juif vous dira Comment :


tôt lui dire Vous serez comme des dieux.
:

une vierge a-t-elle pu enfanter? répoiuio/lui :


(Gen. in, 5.) Ce nom, qui apprend au premier
Comment une terre vierge a-t-elle produit ces homme qu'il était terre, Dieu le lui impo-
arbres miraculeux du Paradis? Car, je le ré- sait pour éloigner de son esprit l'idée qu'il

pète, le njotEden signifie en langue hébraïque fût semblable à Dieu par ce nom Dieu ;
,

terre vierge ; si mon assertion laisse un doute prénmnissait la conscience de l'homme; au


à quelqu'un, qu'il interroge ceux qui savent moyen de cette appellation, il le mettait en
la langue des Hébreux, et il s'assurera que garde contre de l'esprit malin.
les futurs pièges

j'interprète coninii' il faut le mot Eden. Je ne En en sorte i|iie l'homme se souvînt


etVet, faire

cherche pas de votn; ignoranctî pour


à |)roliter de sa parenté avec la terre, lui donner ainsi la
faire passer de faux raisonnements; non, je juste mesure de sa noblesse, c'était presque lui
tiens à vous munir d'un argument sans répli- dire en propres termes : Si quelqu'un vient te

(jue, et je raisonne aussi rigoureusonuMilqueje dire : tu seras comme Dieu, souviens-toi seu-
feraisen face d'adversaires instruits. L'Iioiume lement de ton nom, il t'avertira snftis,nnment
ayant donc été formé de la terre d'Eden, c'est- de repousser une semblable pensée. Souviens-
à-dire vierge, s'appela Adam, du nom de sa toi de ta mère, que ton origine te rappelle le

mère. Ain^i font les honunes, ils donnent sou- lieu que tu es. On ne veut pas t'humilier, niaii
HOMÉLIES SI R LES CHANGEMENTS DE NOMS. — DEUXIÈME HOMÉLIE." »l

on reiloute pour loi l'entraînement de l'or- en sorte qu'Isaac, lui aussi, n'avait qu'à sa
gueil. souvenir de son nom, pour trouver dans le
S.iint Paul ilit aussi : Le premier homme fut miracle de sa nrûssancc une parfaite instruc-
Adam, tiré de la terre et terrestre ; comme
c'cû tion. Elle «• .: Dieu m'a fait tui sujet de ris ^
interprétation du mot Adam qu'il ajoute: tiré parce qi'»- était une merveille de voir une

de la terre et terrestre. Le second homme est le femme (! un âge avancé et avec des cheveux
\fys>

Seigneur descendu du ciel. hérétique, tti tlajif^,. iluiîcr et tenir un enfant à la ma-
entends l'Apôtre dire que le Seigneur est le melle. M«' le nomd'Isaac, c'est-à-dire ris,
secoyidhonune, el tu prétends qu'il n'a pointpris était un ju venir permanent de la grâce de
de cl)air! Se peut-il une impudence semblable ? Dieu, eirallaifement confirmait le prodige de
Est-il homme celui qui n'a pas de chair? Si la naissance. La nature n'était pour rien dans
l'Apôtre appelle le Seigneur homme et mec. cette naissance , la grâce avait tout fait. C'est
second homme, le définissant par la nature et pourquoi saint Paul dit comme Isaac nous :

par le nombre, c'est afin de te montrer dou- sommcsdes enfants de promission. (Gai. iv, 28.)
blement sa parenté avec nous. Quel est donc La naissance d'isaac est la figure de celle du
le second homme? Le Seigneur qin est du ciel. chrétien; d'un côté comme de l'autre, c'est la
Mais, dit l'hérélique, voilà précisément ce qui grâce qui opère; d'un côté comme de l'autre,
me scandalise, c'est cette parole qui est du ciel. le nouveau-né sort d'un sein refroidi et stérile :

— Mais lorsque tu entends dire que premier


le Isp.ac du sein d'une femme âgée, le chrétien du

homme est terrestre, tirant son origine de la sein des eaux. L'analogie est visible entre l'une
terre, est-ce que tu infères de là qu'il est tout en- et l'autre naissance , entre Tune et l'autre
tier terrestre, quil n'y a en lui nulle puissance grâce. Partout la nature est inerte, partout
incorporelle? nies-tu son âme et la spiritualité c'est la grâce de Dieu qui opère. Voilà le sens
do son âme? Qui oserait le dire? Si donc, lors- de celte parole comme Isaac nous sommes des
:

qu'on te dit qu'Adam était terrestre, tu ne vas enfants de promission. Resie encore néanmoins
pas t'imaginer pour cela qu'il n'était que corps, un point à éclaircir pour que la comparaison
qu'il n'avait pas d'âme de même, en entendant
; soit complète.
ces paroles Le Seigneur cpd est du. ciel, ne
: Saint Jean dit (i, 13) que les chrétiens ne
t'avises pas de supprimer le mystère de l'in- naissent pas du sang , ni de la volonté de la
carnation à cause de ces mots qui est du ciel. chair : en est-il de môme d'Isaac ? Oui , car
Voilà le premier nom suffisamment justifié. l'Ecriture dit : Ce qid arrive d ordinaire aux
Adam fut ainsi appelé du nom de sa mère, pour femmes avait cessé chez Sarra (Gen. xviii, 11.)
qu'il ne portât point ses prétentions plus haut Les sources du sang étaient taries la matière ,

que son pouvoir, et qu'il ne donnât pas prise de la génération disparue, l'énergie de la na-
à son artificieux ennemi qui viendrait le ,
ture anéantie, et c'est alors que Dieu fait pa-
tenter en lui disant vous serez comme des raître sa vertu. Voilà que nous avons tiré de
dieux. Passons maintenant à quelqu'autre qui ce nom d'Isaac toute l'instruction qu'il ren-
ait reçu de Dieu son nom avant sa naissance ,
ferme. Il nous reste à parler d'Abraham , des

et terminons ce discours. Quel est donc le de Zébédée et de Pierre; mais pour ne pas
fils

premier après Adam qui ait reçu de Dieu son vous fatiguer par ma longueur, remettant ces
nom dès le sein de sa mère ? C'est Isiiac. Voici, objets à une autre entretien, je finirai ici mon
dit leSeigneurà Abraham que Sai^a ta femme discours, en vous exhortant, vous'qui êtes nés à
concevra dans son sein et enfantera un fils, et la manière d'Isaac, à imiter la douceur d'Isaac,
tu le nommeras Isaac. Or, après qu'elle Veut sa modestie et toute sa conduite, afin que,
mis au monde, elle le nomma Isaac, en disant : aidés des prières de ce juste et de celles de ces
Dieu m'a fait un sujet de ris. Pourquoi ? Car prélats, vous puissiez tous parvenir dans le sein
qui croirait qu'on dût jamais dire à Abraham, d'Abraham, par la grâce et la charité de Notre-
que sa femme allaiterait un fils ? (Gen. xvni, 19 Seigneur Jésus-Christ, par qui et avec qui,
et XXI, 3, 67.) Soyez attentifs, il y a ici un soient au Père, gloire, honneur et puissance,
mystère. L'Ecriture ne dit pas : enfanterait, ainsi qu'à l'Esprit saint et vivifiant, mainte-
mais allaiterait; il ne fallait pas que l'on* pût nant et toujours, et dans les siècles des siècles,
soupçonner le petit enfant d'être supposé. Or, Ain?i soit-il.
le lait garantissait la vérité de l'enfantement
TuiiE IV,
83 TRADUCTION FKA^xÇAlSE DL SAINT JEAN CliKYSOSTOMlL

TROISIÈME HOMÉLIE

/ ceux qui critiquaient la longueur de ses eiordes; — Qu'il est utile de snpporter patiemment les réprimandes; — Pourquoi le nom de sairt

Paul ne fut pas changé tout de suite après sa conversion; — Que ce changement ne fe fît pas de nécessité mais en conséquence d'une libit

Tûlonté, et sur ce mot : u Saull Sauli pourquoi me persécutes-tu î i (Âct IX, 4 j

ANALYSE.

d»-2«>On avait reproché à saint Chrysostome, et non sacs raison peut-être, de faire de trop longs eiordes. Ce reproche devient
iciPoccasion d'un exorde encore beaucoup plus long que les autres, dans lequel le facile et brillant orateur développe ces
pensées que les blessures que font les arnis sont moins dangereuses que les baisers empressés des ennemis ; que les remon-
;

trances sont avantageuses à ceux qui comme à ceux qui les font, et qu'il est beau de savoir
les reçoivent les accueillir;
chemin faisant et pour prouver ce nous donne un admirable, quoiqu'un peu verbeux commentaire
qu'il avance, il de ce passage
de l'exorde où Moïse, averti par Jélhio, son brau-père , choisit des hommes sages et éclairés pour l'aider à juger tous les
différends du peuple d'Israël. —
3" L'orateur donne plusieurs raisons de la longueur de ses exordes. Il résume sa précédente
instruction. Pourquoi le nom de l'apôtre saint Paul fut-il changé? pourquoi ne le fut-il pas sur-le-champ après sa conversion?
— i* Commentaire de ces paroles : Saul, Saul ,
pourquoi me persécutes -tu? etc., jusqu'à Je suis Jésus que tu :

persécutes. — 5°-6" La conversion de saint Paul fut libre.

i. Le reproche nous a été adressé, par quel- devez marcher. (Is. m, 12.) Je repousse donc

ques-uns de nos bien-aimés frères, d'être long les louanges mêmes d'un ennemi; mais le
dans nos exordes. Si ce reproche est mérité ou blâme d'un ami, j'en ferai toujours le plus
non, vous en déciderez après nous avoir en- grand cas. Les baisers de l'un me sont déplai-
tendu à notre tour; c'c?t à votre impartiale sants, les blessures de Taiitre me font plaisir;
sentence que je remets le jugement de cette je me défie de celui-là lorsqu'il me baise, et je
Avant que je me justifie, je dois dire à
affaire. sens l'intérêt que me porte celui-ci jusque
ceux qui font ces critiques que je leur en sais dans les blessures qu'il me fait. Oui, dit le

gré, car elles leur sont inspirées par un intérêt Sage, il y a plus d se fier aux blessures d'un
bienveillant, et nullement par la malignité. Et ami quaux ùoisejs empressés d'un ennemi.
celui qui m'aime, ce n'est pas seulement lors- (Prov. xxvn, dites-vous, homme sage?
6.) Que
qu'il me loue, mais aussi lorsqu'il me critique Des blessures meilleures que des baisers! Oui,
pour me corriger, que je tiens à lui exprimtT dit-il, car je fais ;itt(Mifion non à la nature di'S

réciproquement mon amitié. Louer indistinc- actes, mais à lintention de ceux qui les font.
tement et ce qui est bien et ce qui est mal, ce Voulez-vous que je vous montre que les
n'est pas le fait d'un ami, mais d'un trompeur blessures d'un ami sont moins à craindre que
et d'un moijucur; louer ce qui est convenable les baisers empressés d'un ennemi'.' Judas bai«a
et blâmer ce (jui ne l'est pas, c'est faire l'office le Seigneur, mais son baiser était plein de tra-
d'un ami, d'un homme qui nous porte intérêt. hison : il y avait du venin dans sa bouche, sa
El, pour preuve que les louanges et les com- langue étiit remplie de malice; Paul, au con-
pliments prodigués à tort et à travers ne sont traire, frappa l'ineestut^ux de Coriiithe. et il le

pas le signe d'une sincère amitié, mais bien de gi^M'it. Et comment It^ frappa-t-il'.' en le livrant
la fourberie, je vous citerai cette parole disaïe : à Satan : Livrez, dit-il,homme à Satan
cet
Mon peuple^ ceux qui vous félicitent vous sé- pour la mort de sa Pourquoi? Afin que
chair.
duisent, et ils rompent le chemin par où vous son esprit soit sauf au jour du Seigneur Jésus.
NGEMENTS DE NOMS. — TROISIÈME HOMÉLIE. 83

Voilà des blessures qui sauvent et voilà des que les autres. Mais, la plupart du temps, l'on
baisers qui trahissent. Ainsi, rien de plus vrai, s'indigne d'être repris, on se dit à soi-même :

il y a plus à se fier aux blessures d'un ami Quoi! avec ma capacité et mon savoir, je me
qu'aux baisers empressés d'un ennemi. Des laisserais faire la li çon par cet homme On tient 1

hommes, passons à Dieu et au démon pour la ce langage, sans songer qu'on donne ainsi une
vérification de cette même maxime. Dieu est grande preuve de folie. Car, dit le Sage, espé'
notre ami, le démon notre ennemi; l'un est rez mieux de que de l'homme qui se
l'insensé
un sauveur et un protecteur, l'autre un fourbe croit sage. (Prov. xxvi, 12.) Saint Paul dit de
qui s'acharne à nous perdre. Or, celui-ci nous même Ne : soyez pas sages à vos propres yeux,
a baisés autrefois, et celui-là nous a frappés. (Rom. xii, 10.)

Comment celui-ci nous a-t-il baisés et celui-là Soit, votre sagesse, votre perspicacité est ad-
frappes? La oici le démon a dit
'
Vous serez
: : mirable; malgré tout vous êtes homme, et
comme dc^ -ivfiix, et Dieu a dit Tu es terre et : vous avez besoin de conseils. Dieu seul ne
tu retourier 'ta en terre. (Gen. m, 5 et 19.) manque de rien; seul il n'a pas besoin qu'on
Lequel de^ u nv nous a mieux servis, de celui le conseille, lui de qui il est écrit Qui cojmait :

qui a dit u>iS .<erez comme des dieux, ou de


: la pensée du Seigneur^ ou qui a été son conseil-
celui qui a ; Tu es terre et tu retourneras ler? (Rom. XI, 34.) Mais nous autres hommes, si
€îi terre? b'i iM.naça de mort nos premiers sages que nous soyons, nous mérilons souvent
parents, le d, •• >i- leur promit l'immortalité. qu'on nous reprenne, et nous laissons souvent
Or, celui qui -^ i» avait promis l'immortalité voir la faiblesse de notre nature. Car tout 7ie

les fit chassermême du paradis, et celui qui peut pas se trouver dans les hommes, dit l'Ec-
les avait menacés de mort les a reçus dans le par la raison, ajoute-t-il,
clésiastique (xvii, 29),
ciel, eux et leurs descendants. Nouvelle preuve que le fils de l'homme n'est pas immortel. Quoi
qu il y a plus à se fier aux blessures d'un ami de plus lumineux que le soleil? et néanmoins il
qu'aux baisers empressés d'un ennemi. Donc, s'éclipse. Or, de même que l'obscurité vient
je le répète, je sais gré à ceux qui me blâment parfois surprendre, au milieu de ses plus vives
de leurs critiques; car, fondés ou non fondés, splendeurs, cet astre si brillant et lui dérober
leurs reproches sont faits dans l'intention non tous ses rayons; ainsi, pendant que notre intel-
d'injurier, mais de corriger; mais les blâmes ligence resplendit comme à son zénith, revêtue
même justes des ennemis tendent non pas à de toutes ses clartés, souvent il lui survient
corriger, mais à décrier. Les uns, lorsqu'ils une défaillance de pensée qui la laisse tout à
louent, encouragent à mieux faire; les louanges coup sans lumière. Alors le sage n'aperçoit
des autres sont des pièges où ils veulent faire plus le devoir, tandis que parfois un moins
tomber ceux qui en sont l'objet. sage le distingue d'une vue beaucoup plus pé-
Au reste, de quelque manière que se pré- nétrante et plus sûre. Et cela arrive afin que
sente le blâme, c'est toujours un grand bien le sage ne s'exalte pas et que le simple ne se
de le supporter sans s'irriter. Celui, dit l'Ecri- décourage pas.
ture, qui hait la réprimande est un insensé. C'est un grand avantage de savoir souffrir
(Prov. XII, 1.) L'auteur ne dit pas telle ou telle les remontrances; pouvoir en présenter est
réprimande, il dit simplement la réprimande. aussi un grand avantage en même teinp.> (ju'une
Un ami vous fait un reproche juste, corrigez marque certaine de l'intérêt qu'on porte au
votre défaut; le blâme tombe-t-il à faux, louez prochain. Voyons-nous que^u'un porter de
du moins votre ami de sa bonne intention, travers et mal liée sa tunique ou quelque autre
voyez le but et reconnaissez un soin amical : partie de son vêtement, aussitôt nous l'avertis-
la bienveillance a produit le blâme. Ne nous sons; mais si c'est sa vie qui est dissolue, nous ne
irritons pas lorscju'on nous rei)rend. Quel prenons pas la peine de lui adresser une parole.
avantage ce serait pour notre vie si, recevant Nous voyons une vie qui n'est pas selon les con-
des représentations de tous nos amis sans nous venances et nous passons. Et cependant les tra-
piquer, nous leur rendions nous-mêmes chari- vers dans le vêtement , on en est quitte our -,

tablement le service de les avertir de leurs dé- quelques rires essuyés; mais les fautes de l'âme,
fauts Les représentations sont aux défauts ce
1
c'est aux plus graves périls qu'elles exposent,
que remèdes sont aux plaies, et l'on n'est
les c'est par les plus sévères châtiments qu'on tes
pas moins déraisonnable de repousser les unes expie. Quoi ! vous voyez votre frère qui sej^tle
84 TRADUCTIOiN FRAiNÇAISE DE SALNT JEAN CIIRYSOSTOME.

dans un précipice, qui ne fait nul effort pour mandait à la création , ami qu'il éiiit du
sauver sa \ie qui ne voit pas le péril, et vous
,
Maître de la création. Il emmena
d'Egypte
ne lui tendez pas la main, et vous ne le relevez tout un grand peuple. Il sépara les eaux de la
pas de sa chute et vous n'avez à lui offrir ni
! mer et les réunit et il parut alors un prodige
,

avertissement ni remontrance Vous Tem- ! que le soleil voyait pour la première fois, une
pêchez de tomber dans le ridicule, de manquer mer traversée non en vaisseau, mais à pied,
aux bienséances, et quand il y va de son salut, battue non par la rame et l'aviron, mais par les
vous ne vous en inquiétez nullement! Quelle pieds des chevaux. (Exod. xxxiii, \\.)
justification, quelle excuse aurez-vous à pré- Eh bien! ce sage, ce puissant en parole et en
senter au tribunal de Dieu ? Ne savez- vous pas œuvre, cet ami de Dieu, cet homme ([ui com-
l'ordre donné de Dieu aux Israélites de ne pas mandait à la création, cet auteur de tant de
négliger la bête égarée d'un ennemi, et lors- prodiges, ne remarqua pas une chose si simple
qu'elle tombe en un précipice de ne pas passer que tous les hommes la pouvaient comprendre.
à côté sans la relever? (Exod. xxni, 4, 5; Deut. Ce fut son beau-père, un barbare , un homme
XXII, 1.) Voilà les Israélites à qui il est prescrit simple qui la remarqua et la proposa ; et ce

de ne pas négliger la bête de somme d'un grand homme ne l'avait pas trouvée. Mais,
ennemi, etnous, nous verrons avec indifférence quelle était cette chose ? Ecoutez, et vous sau-
l'âme de notre trère tomber chaque jour dans rez que chacun a besoin de conseil , fût-ce un
du démon Quelle barbarie, quelle
les pièges ! autre Moïse, et que ce qui échappe aux plus
inhumanité de s'intéresser moins à des hommes grands, aux plus intelligents des homnips, se
qu'ils ne s'intéressent à des bêtes! Oui, ce qui découvre souvent aux petits et aux simples.
perd tout ce qui confond tout dans notre vie,
, Lorsque Moïse fut sorti de l'Egypte avec le peu-
c'est que nous ne souffrons pas qu'on nous ple de Dieu, et qu'il était dans le désert tous ,

reprenne et que nous ne nous soucions pas


, les Israélites, au nombre de six cent mille, ve-

de reprendre les autres. Nos remontrances ne naient devant lui pour lui faire juger leurs dif-
sont trouvées désagréables que parce que nous férends. Témoin de ce fait, son beau-père,
repoussons avec colère celles qu'on nous pré- Jéthro, un homme simple, qui passait sa vie
sente. Si votre frère vous savait disposé à bien dans le désert, qui n'avait aucune habitude des
accueillir ses observations et à l'en remercier, lois et du gouvernement, et, ce qui prouve
lui-même, lorsque vous l'avertiriez, vous ren- encore mieux son ignorance, qui adorait les
drait certainement la pareille. faux dieux, quoi de plus grossier! toutefois ce
2. Voulez-vous vous convaincre que, même barbare, ce gentil, cet ignorant s'aperçut que
lorsque vous êtes un homme instruit, parfait, Moïse s'y prenait mal, et il en reprit ce sage,
parvenu au faîte le plus élevé de la vertu, vous cet esprit éclairé, cet ami de Dieu. Il lui de-
avez encore besoin de conseil, de correction, manda pourquoi tous ces hommes wn lient à
de remontrance? Ecoutez une antique histoire. lui, et en ayant apnris le motif, il lui dit Tu :

Rien n'était égal à Moïse. Il était dit l'Ecriture,


^ 7ie fais pas bieu. (^Exod. xviu, 14, 47.) Ktà la

le plus doux des hommes (Nom. xn, 3), ami de réprimande il joignit le conseil, et loin de s'en
Dieu, éclairé des lumières de l'Esprit divin, il fâcher, Moïse accueillit lune et l'autre; Moïse
possédait en outre toute la sagesse humaine. le sage, l'esprit éclairé, l'ami de Dieu,
le chef
Moïse, dit encore l'Ecriture, fut instruit de toute d'un si grand peuple. Ce n'était cependant pas
la sagesse des Egyptictts. Vous voyez bien que peu de chose de recevoir une leçon d'im bar-
c'était un homme d'une science accomplie. bare, dun ignorant. Les étonnants miracles
Et il était puissant en parole et en vertu. (ju'il faisait, la grandeur du pouvoir qu'il exer-
Ecoutez encore un autre témoignage Dieu a : çait ne l'enflèrent point, il ne rougit point d'être
conversé avec beaucoup de i)roj)hète?, mais il reprisen présencedesj'ssubordonnés. Ilcomprit
n'a conversé avec aucun autre iiunine il la (|ue ses grands prodiges ne l'empêchaient pas
avec Moïse. (Deut. xxxiv, iO.) Quelle plus
fait d'être toujours honuue, par conséquent d'igno-
grande preuve de sa vertu voulez-vous que rer beaucoup de choses, et il reçut avec dou-
celle que Dieu donne en s'entretenant avec son ceur le conseil qu'on lui donnait. Or, combien
serviteur connue avec un ami? S.igesso clran- n'en voit-on pasipii. pour ne pas paraître avoir
gèrc, sagess»' domosticpie, il réunissait totit. M !>e8oin de conseil, aiment mieux trahir linlerèt
était puissant en parole et en œuvre. Jl rnm- «ie lacausequ'ilsserventquedccorrigerlcurlurt
HOMÉLIES SUR LES CHANGEMEiNTS DE NOMS. — TROISIÈME HOMÉLIE. 8:

pti profilant (l'un bon avis? lis préfèrent igno- donc à ne pas rougir d'une réprimande même
rer plutôt (pie (le ne sachant pas
s'instruire, en présence d'un peuple nombreux. C'est le
que l'on est blâmable non de s'instruire, mais fait d'une vertu qui n'a rien de vulgaire, et le
d'ignorer; non d'apprendre, mais de persister propre de la sagesse la plus haute, que de sup-
dans son ignorance; non d'ctrc repris, mais de porter courageusement la réprimande. Noug
s'opiniàtrer à mal faire. n'admirons pas tant Jéthro de ce qu'il reprit
Oui, je le répète, l'homme le plus ordinaire Moïse que nous ne sommes étonnés de voir ce
et le plus simple trouve souvent ce qui échappe grand saint se laisser courageusement redres-
aux grands génies. Moïse le comprit, et il ser en public par Jéthro, livrer le fait à la con-
écouta avec douceur le conseil que lui donna naissance du genre humain, montrant ainsi,
son beau -père, disant Etablis des chefs de
: sans le savoir, combien grande était sa sagesse
mille, de cent^ de cinquante et de dix hommes, et petite l'importance qu'il attachait à l'opinion
ils te rapporteront les causes difficiles^ et juç/e- des hommes.
fjeront eux mêmes les plus faciles. (Exod. xvui, 3.Mais voilà qu'en nous excusant de la lon-
21, 2-2.) Oui, Moïse écouta ce conseil sans que gueur de nos exordes nous en avons fait un
,

son amour-propre en fût blessé, sans rougir, plus long que jamais, un toutefois qui contient
sans être embarrassé de la présence de ses autre chose que de vaines paroles, puisque,
subordonnés; il ne se dit pas à lui-même Je : chose très-grave et très-nécessaire nous vous ,

vais me faire mépriser de ceux qui m'obéissent, exhortons à supporter courageusement les re-
si, étant chef, je me laisse enseigner mes de- montrances, comme
aussi à reprendre avec
voirs par un autre. 11 reçut l'avis et le mit en zèle et à redresser ceux qui font mal. Force
pratique, il n'eut honte ni des contempo- nous est cependant de nous expliquer au sujet
rains, ni de la postérité; bien plus, comme s'il de celte prolixité qu'on nous reproche et de ,

eût voulu tirer vanité de la remontrance de dire pourquoi nos exordes ont cette étendue.
son beau-père, il l'a, par ses écrits, portée à la Quelles sont donc nos raisons ? Nous parlons à
connaissance des hommes, non-seulement de une grande multitude composée d'hommes
son temps, mais encore de tous ceux qui sont ayant des femmes et des enfants à nourrir, des
venus après jiisqu'à ce jour, et de tous ceux maisons à régir, le poids d'un travail quotidien
qui fouleront encore la terre jusqu'à l'avène- à soutenir , d'hommes sans cesse plongés dans

ment du Fils de Dieu; il n'a pas craint de pu- les préoccupations de cette vie. Le difficile ne
blier à la face du monde qu'il n'avait pas su voir vient pas seulement de ce qu'ils n'ont pas de
par lui-même ce qu'il fallait, et qu'il avait été loisir,mais surtout de ce que nous ne pouvons
redressé par son beau-père. Et nous, pour un les avoir ici qu'une fois la semaine il faut les ;

homme qui est témoin des réprimandes que mettre à même de nous suivre et de nous
l'on nous fait, on nous voit troublés, hors de comprendre. Or, c'est par le moyen des
nous-mêmes, doutant si nous pourrons sur- exordes que nous essayons d'éclaircir ce qu'il
vivre à notre humiliation. Tel n'était pas pourrait y avoir d'obscur dans nos instruc-
Moïse; les témoins sans nombre que son œil tions. Celui que ne distrait aucune occupation
apercevait devant lui aussi bien que dans la matérielle, qui est toujours cloué sur les livres
suite des âges ne le font pas rougir ni hésitera saints, celui-là n'a pas besoin du secours de
confesser tous les jours dans son livre, à la face l'exorde l'orateur n'a pas encore exprimé
;

de l'univers, que son beau-père a découvert ce toute sa pensée, qu'un tel auditeur la com-
que lui-même n'avait pas su découvrir. I*our prend déjà tout entière. Mais un homme qui
quelle raison a-t-il transmis ce fait à la mé- porte presque continuellement la chaîne des
moire des hommes? Pour nous avertir de ne occupations de celte vie, qui ne fait que pa-
pas trop présumer de nous, quelque sages que raître ici un instant de loin en loin, si un
nous soyons, de ne pas mépriser les conseils exorde un peu étendu ne prépare point son
même des derniers de nos frères. Un bon con- esprit et ne l'amène comme pas à pas en lui
seil vous est offert, recevez-le, vînt-il d'un es- frayant la voie jusqu'au sujet, il écoutera sans
clave; s'il est mauvais, rejetez-le, quelle que soit entendre et se retirera sans profit.
la dignité de celui qui le donne. Ce n'est pas la Autre raison non moins considérable. Entre
qualité du conseiller,mais la nature du con- tant d'auditeurs, les uns sont exacts, les autres
seil qu'il faut considérer. Moïse nous apprend ne le sont guère à venir ici ; nécessité donc de
r>6 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CliRYSOSTOME.

louer les uns et de réprimander les autres longtemps qu'il s'en était rendu maître, il lui
afin que ceux-ci se corrigent de leur négligence changea donc son nom pour lui faire sentir
et que ceux-là redoublent de zèle. Les exordes qu'il avait un nouveau maître. Le pouvoir
sont encore utiles pour une autre cause. Les d'imposer des noms est une marque de domi-
sujets que nous traitons sont ordinairement nation nous le voyons manifestement par la
;

trop vastes pour qu'il soit possible de les ache- pratique journalière de la vie et, mieux en-
ver en une seule fuis, nous sommes obligés de core, par la conduite de Dieu envers Adam.
donner deux et trois, et môme quatre discours Voulant lui montrer qu'il rétablissait maître
à la même matière. De là encore, la nécessité de la terre et de ses lijbitants, il amena devant
de reprendre chaque fois les conclusions de lui tous les animaux, afin qn'il vit à leur do7i-
l'instruction précédente cet enchaînement est; ner des noms (Gen. montre bien
ii, 19); ce qui
nécessaire à la clarté de l'exposition ; sans lui que c'est une que Timposi-
prise de possession
nos auditeurs ne verraient rien à nos discours. tion d'un nom. On en use de même parmi les
Pour vous faire comprendre combien , sans la hommes, et c'est assez l'habitude de ceux qui
préparation de l'exorde, un discours serait peu font des prisonniers à la guerre de leur chan-
compréhensible, écoutez, j'entame brusque- ger leurs noms. C'est ce que fit, par exemple ,

ment mon sujet ; c'est une expérience que je le roi des Babyloniens pour Ananias, Azarias

veux faire. Jésus l'ayant regardé, lui dit : Tii et Misaël , ses prisonniers de guerre , auxquels
es Simon de Jonas, tu f appelleras Cé-
^ fils il donna les noms de Sidrac , Misac et Abdé-
phas, c'est-à-dire Pierre. (Jean, i, 42.) Voyez, nago.
comprenez-vous? Savez-vous ce qui précède Mais pourquoi le changement dunom neut-
et amène cette parole? En face de ce sujet il que plus tard pour l'Apôtre ^ et non
lieu
brusquement entamé, vous voilà comme un immédiatement? Parce qu'un changement si
homme que l'on introdiiirait au théâtre après prompt n'eût pas assez laissé paraître la con-
l'avoir entouré de voiles épais. Eh bien ces ! version de Paul et que son passage à la foi
,

voiles, ôtons-les maintenant par le moyen d'un eût été moins remarqué. Ce qui arrive pour
exorde. C'était sur saint Paul que roulait der- les esclaves fugitifs, qui se rendent introuvables
nièrement notre discours, nous parlions des par un simple changement de nom, serait ar-
noms , et nous recherchions pourquoi cet rivé pour Paul; si, tout en passant de la syna-
apôtre s'appela d'abord Saul, puis Paul. De là, gogue à l'église, il avait pris un autre nom, il
nous sommes passés à l'Ancien Testament, et erait demeuré inaperçu, et personne n'aurait

nous avons passé en revue tous ceux à (jui découvert le persécuteur dans lApôtrc. Or,
Dieu a donné des noms. Nous en sommes l'important, c'était précisément que l'on apprît
venus à Simon et à la parole que le Soigneur que le persécuteur était devenu apôlre. Rien
lui adresse : Tu es Simn?7, fils de Joiun, lu ne confondait les Juifs connue de voir (pie celui
t'appelleras Céphas, c'est-à-dire Pierre. Voyez- qui avait été leur maître fût devenu leur adver-
vous comment ce (|ui semblait hérissé de diffi- saire. Le Saint-Esprit a donc laissé quelque
cultés est devemi facile et uni ? De même qu'il temps à rA|>ôtre son premier nom, de ()eur
faut une tète à un corps, une racine à un (ju'un prompt changement de nom ne cachât
arbre, une source à un fleuve, de même il le changement du cœur. Il faut que tous
faut un exorde à un discours. Maintenant que sachent (jue celui (jui d'abord persécutait
nous vous avons amenés jusqu'à l'entrée de la l'Eglise (Ml estdevenu le dcfonseur; celle pro-
voie et «pie vous voyez la suite des choses , en- digieuse conversion une lois connue le nom ,

tamons le commencement de riiistoire. Saul sera changé. Cette raison nous est indiquée par
respirant encore la menace et le meurtre saint Paul lui-même, lorsqu'il dit J'allai dans :

contre les <lisri/)l('S du Srif/ncur. (Act. ix, 1.) la Syrie et dans la Cilicir. Or les Eglises de ,

11 e'a|)i)(lle Paul dans les Ejûlres. Pouniuoi Judée ne me connaissaient point de visage.
doncleSainl-Espiit lui a-t-il changé son nom? (Gai. I, 21.) S'il était inconnu dans la Pales-
Quand un maître achète un esclave, il lui tine, où il demeurait, combien plus dans les
donne im autre nom pom- lui faire mieux pays éioignésl Son visage était inconnu, mais
comprendre à (|ui il appartient c'est aussi ce ; il ne dit pas «lue son nom le fût. Pourquoi les

qu'a voulu le Saint-Esprit. II avait fait saint fidèles ne connaissaient-ils point son visage?
Paul prisonnier de guerre, il n'y avait pas C'est que nul d'entre eux n'osait le regarder en
IIOMÉLILS SUR LES CHANGEMENTS DE NOMS. — TUUISIÈME HOMÉLIE. 67

face, lorsqu'il faisait la guerre à l'Eglise, tant excuse, et il a été trouvé digne de pardon après

il respiiait le meurtre et la fureur. Tous s'éloi- s'être rendu coupable des mêmes actes qui
gnaient, tous fuyaient, quand ils le voyaient firent condamner les Juifs. Eux, c'était le désir

paraître cjuclque i)art; quant à le regarder en de gagner l'estime des hommes et l'amour de
face,nul ne l'osait, tant il était dccluûné contre la vaine gloire qui les faisaient agir. Lui, au

eux! Ils entendaient seulement dire que celui contraire, était poussé par son zèle pour le ser-
qui les persécutait naguère prêchait mainte- vice de Dieu, zèle sincère, quoique aveugle. De
nant la fui qu'il avait voulu détruire. Puis donc là vient que les autres juifs, sans s'occuper des

qu'ilsne connaissaient pas les traits de son vi- femmes, faisaient la guerre aux hommes parce
sage, s'il eût sur-le-champ pris un nouveau qu'ils voyaient leur gloire, l'antique gloire du
nom, ceux mêmes qui auraient entendu parler peuple juif, passer à ces hommes nouveaux.
de sa conversion n'auraient point assez remar- Pour lui, le zèle qui ranimait ne lui per-
qué le persécuteur devenu prédicateur de mettait pas d'épargner personne. C'était à
lEvangile. Tous savaient son premier nom de ce zèle encore inassouvi que saint Luc son-
Saul, et s'il eût pris celui de Paul tout en em- geait, lorsqu'il écrivait ces paroles : Saul res-
brassant la foi, ceux à qui l'on aurait dit Paul, : pirant encore la menace et le meurtre contre
celui qui persécutait les fidèles prêche main-
,
les disciples du Seigneur. Le meurtre de saint

tenant la foi, n'auraient pas compris qu'on leur Etienne ne l'a pas rassasié; la persécution de
parlait du fameux persécuteur qu'ils connais- l'Eglise n'a pas assouvi sa soif du sang chré-
saient sous le nom de Saul, et non pas sous tien; sa rage, loin d'être épuisée , courait tou-
celui de Paul. Le Saint-Esprit laissa donc notre jours à de nouveaux excès. Le zèle en était le
Apôtre assez longtemps avec son premier nom, principe. Il est encore tout couvert du sang
afln d'attirer sur lui les regards et Tatten- d'Etienne, et déjà il poursuit les Apôtres. Il est
tion des fidèles, même
de ceux qui étaient comme un loup féroce qui a déjà attaqué une
éloignés, même de ceux qui ne le connais- bergerie qui en a enlevé un agneau qu'il a
, ,

saient pas. déchiré de sa gueule sanglante, et qui n'en est


Le délai apporté dans le changement du
-4. devenu que plus altéré de carnage et plus hardi.
nom de l'Apôtre est suflisamment expliqué il ; Tel Saul se jetait sur le chœur apostolique; il

nous faut à présent reprendre notre texte : avait déjà enlevé l'agneau Etienne, il l'avait dé-

Saul respirant encore la menace et le meurtre voré : son âpreté au meurtre s'en était accrue.
C0fit7'e les disciples du Seigneur. Qu'est-ce à Voilà le sens de ce mot encore.
dire, encore? Qu'avait-il donc déjà fait pour Quel autre cependant n'eût pas été satisfait
que l'on dise encore? Ce mot e^zcore insinue d'une telle victime, touché de tant de douceur,
qu'il s'agit d'un homme qui s'est déjà signalé vaincu par la prière que le martyr, pendant
par des exploits mauvais. Qu'avait-il donc fait? qu'on le lapidait, adressait au ciel pour sis
ou plutôt que n'avait-il pas fait? Il avait rempli bourreaux Seigrieur, ne leur imputez pas ce
:

Jérusalem du sang des fidèles, ravagé l'Eglise, péché? (Act. vu, 59.) Prière sublime qui d'un
poursuivi les apôtres, lapidé saint Etienne; il persécuteur fit un apôtre. Ce fut en elfet tout
n'épargnait ni les hommes ni les femmes. de suite après le martyre d'Etienne qu'eut lieu
Ecoutez ce qu'en dit son disciple : Saul rava- la conversion de Paul. Dieu avait entendu la
geait l'Eglise, entrant dans les ?naiso?is^ oitraî- voix de son serviteur. Etienne méritait d'être
nant hommes et femmes. (Act. vni, 3.) La place exaucé tant pour la future vertu de Paul,
publique ne lui suffisait pas : il violait le secret que pour sa propre confession Seigneur, ne :

des maisons, entrant dans les maisons, dit l'é- leur imputez pas ce péché. Ecoutez vous qui ,

crivain sacré, et non pas emmenant,


il ajoute, avez des ennemis, vous qui êtes en butte à
ni tirant, mais traînant hommes et femmes. II l'injustice. Vous avez peut-être beaucoup
ne parlerait pas autrement d'un animal féroce: souffert, mais avez-vous été lapidés comme
entraînant hommes et femmes; entendez bien : saint Etienne ? Et voyez ce qui se passait 1 Par
l'auteur ne dit pas seulement les hommes, la mort d'Etienne , une source évangélique se
mais encore les femmes. II n'avait nul égard à fermait dans l'Eglise , mais déjà s'ouvrait une
la nature , il ne respectait point le sexe ; il n'é- autre source de laqu<41e devaient couler des
tait point touché à l'aspect de la faiblesse. Le milliers de fleuves. La bouche d'Etienne se
zèle l'enflammait, et non la colère. C'a été son tait, et aussitôt éclate dans le monde la trom-
88 TPiADUCTlOiN i'ilANÇAlSE DE SALNT JEAN CIIRYSOSTOME.

pette de Paul. C'est ainsi que jamais Dieu deur , on a beau l'appeler, il n'entend pas ,

n'abandonne son Eglise, et qu'il repare les parce qu'il est tout entier à ce qui l'occupe.
pertes dont l'ennemi l'afflige par des dons plus C'est ce qui aurait eu lieu pour PauL L'espèce
grands. Le Christ ne souffre pas le vide dans d'ivresse et de délire que lui causait la pensée
sa phalange on lui enlève un soldat et vite
: , des événements ne lui aurait pas permis d'é-
le poste est occupé par un plus grand. Et ceci couter la voix, il n'en aurait pas même entendu
nous met sur la voie d'un nouveau sens du I s premières paroles, tant son esprit était atta-
mot encore. Il signifie que Siul était encore ché tout entier à l'œuvre de destruction qu'il
furieux encore altéré de carnage , encore
, méditait c'est pourquoi le Seigneur éblouit
;

bouillant de rage, lorsquo déjà le Christ l'atti- d'abord ses yeux par l'éclat de la lumière il le :

rait à lui. Car il n'atten iil pas la cessation du force ainsi à se recueillir, il le calme , il l'a-
mal, l'extinction du feu, l'aptiisement de la paise et quand il n'y a plus de trouble dans
;

fureur, pour amener à lui le persécuteur. son âme, que le calme y règne, c'est alors qu'il
Jésus-Christ se saisit de son ennemi lorsque fait entendre la voix, afin que la tempête d'or-

celui-ci était au comble de l'irritation; quelle gueil qui agitait son cœur étant enfin tombée,
plus grande marque de sa puissance pouvait-il il écoute avec une raison sereine les divines pa-

donner que de maîtriser, que de dompter ce roles qui vont venir à son oreille.
cœur au milieu même de sou délire et dans le Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu?
transport de sa bouillante colère? Un médecin II accuse moins qu'il ne se défend. Pourquoi

ne fait jamais plus admirer son art que lors- me persécutez-vous ? qu'avez-vous à vous
que, amené en présence d'un malade qu'une plaindre de moi ? quel mal vous ai-je fait?
lièvre ardente dévore, il éteint et fait comjiléte- Est-ce parce que j'ai ressuscité vos morts ?
ment disparaître cette flamme d'un mal arrivé parce que j'ai pur lie vos lépreux ? parce que
i

à son paroxysme. Voilà ce qu'éprouva Paul. j'ai chassé les démons ? Mais ces choses-là de-
Sa fièvre était au paroxysme et comme une , vraient me faire et non persécuter.
adorer
douce rosée qui descendait du ciel la voix du , Pour vous faire comprendre que le Seigneur
Seigneur le délivra complètement de son mal. se défend plus qu'il n'accuse par cette parole :

Saul respirant encore la menace et le mewtre Pourquoi me persécutes-tu ? écoutez com-


contre les disciples dn Seigneur. Vous le voyez, ment s'exprime son Père, parlant aux Juifs,
il laissait de côté la foule pour s'attaquer aux et comparez Saul, Saul, pourquoi me persé-
:

disciples. Comme un homme qui veut abattre cutes-tu ? d'ii Jésus-Christ; et son Père dit:
un arbre, va droit à la racine, sans s'occuper Mon peuple, que f ai-je fait , en quoi f ai-je
des branches, ainsi Paul attaquait les disciples contristc ? ^Mich, vi. 3.) Saul, SauL pourquoi
du Seigneur pour couper en eux la racine de la me persécutes-tu ? le voilà renversé, te voilà
prédication évangélique. lie sans chaîne. Tel un maitre. qui serait par-
Mais il se trompait ; la racine de la prédica- venu à s'emparer d'un esclave coup ible d'éva-
tion, ce n'étaient pas les disciples, c'était le sion ainsique de mille autres méfaits qui le ,

Maître. Ecoutez : Je suis la vig?ie , et vans les tiendrait dans les fers et qui lui dirait que :

branches. (Jean, xv, Or celte racine-là, nul ne


5.) veux-tu que je te fasse maintenant ? te voici
peut la frapper. Aussi pinson coupait de bran- dans mes mains tel est Noire-Seigneur à l'é-
;

ches, plus il en repoussait de nouvelles. Etienne gard de Paul; il l'a pris, il l'a renversé par
retranché, à sa place repoussent saint Paul et terre, il le voit craintif et Irentblant, sans pou-
ceux (|ui reçoivent la foi par saint Paul. Ecou- voir faire un mouvement, et il lui dit Saul , :

tez la suite du récit : Or il arriva, comme il Saul, pourquoi me j)ersécutestu ? Qu'c^-ide-


approchait de Damas, que tout à coup vclnta venue ta colère ? Où sont maintenant ces
autour de lui une lumière venant du ciel et ,
emportements d'un zèle faux ? Que fais-tu de
étant tombé à terre, il entendit une voix gui ces fers destinés aux fidèles et que tu leur
lui disa/f : Saul, S(n/l, pourquoi me persécutes- portais en courant par tout le pays? Je ne vois
tu ? Pour(pioi la voix ne se fait-elle pas en- plus sur ton visage cet air féroce qui te signa-
tendre la première? pourquoi est-ce lumière la lait naguère. Tu es immobile à présent, et tu
qui éclate d'abord ? C'est afin que Saul écoute ne peux même regarder celui que tu persé-
la voix avec calme. Quand un honuue a l'es- cutais. Tout-à-l'lieure tu te hâtais , tu courais
prit tendu vers un objet, qu'il est rempli d'ar- à la tète d'une troupe d'honmics armés , et
HOMÉLIES SUR LES CHANGEMENTS DE NOMS. — TROISIÈME HOMÉLIE. 80

maintenant lu as besoin de quelqu'un qui te tion. Nous avons tous les jours à combattre sur
conduise parla main. ce point les Gentils et les Juifs qui s'efforcent,
Pourquoi me persécutes-tu ? En entendant en rabaissant le mérite d'unhomme juste, de
cette parole,Paul comprend toute l'indulgence déguiser le vice de leur propre incrédulité,
du Seigneur qui a soufTert une persécution sans s'apercevoir qu'ils pèchent doublement,
qu'il pouvait si facilement arrêter ; bonté sans d'abord en ne renonçant pas à leurs erreurs,
faiblesse dans le passé, providence sans cruauté puis en essayant de dénigrer le favori de Dieu.
dans le présent, voilà ce qu'il découvre dans la Avec la grâce de Dieu nous saurons rendre
conduite de Dieu à son égard. Et que répond- vaines toutes leurs attaques. Mais qu'osent-ils
il ? Qui êtcs-vouSj Seigneur? L'indulgence lui dire contre l'Apôtre? Que Dieu a usé de con-
a révélé le Seigneur de toutes choses , sa pro- trainte pour le convertir. Où voyez-vous la con-
pre cécité lui fait voir le Tout-Puissant, et aus- trainte, mon ami ? Dieu, dites-vous, l'a appelé
sitôt il confesse sa souveraine autorité : Qui d'en-haut. Tout de bon, le croyez- vous? Mais
êtes-vous, Seigneur ? Voyez quoi cœur bien alors si vous croyez que Dieu a appelé Paul, la

disposé ,
quelle âme remplie d'une généreuse même voix vous appelle vous même tous les
liberté, quelle conscience sincère ! Il ne résiste jours, et toutefois vous n'obéissez pas. Vous
ni ne dispute, mais il reconnaît le Maître sur- voyez donc qu'il n'y a pas eu de contrainte
le-champ. Les Juifs avaient vu des morts res- pour Paul, puisque s'il y en avait eu pour lui
suscites, des aveugles recouvrer la vue, des lé- ily en aurait aussi pour vous, et vous obéiriez;
preux puri fiés, et non-seulement ils n'étaient pas votre désobéissance est la preuve que son obéis-
accourus à l'Auteur de tant de merveilles, mais sance a été libre et volontaire. S'il est certain

ils imposteur, ils lui


l'avaient insulté, appelé que la vocation a beaucoup contribué au salut
avaient tendu toute espèce d'embûches. Saint de saint Paul, comme à celui des autres
Paul se conduit bien différemment, et sa con- hommes, il ne l'est pas moins qu'elle ne l'a

version ne se fait pas attendre. Et la réponse pas exempté des bonnes œuvres, ni surtout du
du Christ, quelle est-elle ? Je suis Jésus que mérite d'une bonne volonté qu'elle a laissé ;

tu persécutes. Et pourquoi ne dit-il pas je : entier son libre arbitre, qu'il est venu à Dieu
suis Jésus ressuscité ,
je suis Jésus assis à la librement sans subir de contrainte. Un autre
droite de Dieu, mais que tu per- : je suis Jésus exemple vous le démontrera jusqu'à l'évidence.
sécutes ? C'est pour émouvoir son cœur, pour Les Juifs, eux aussi, ont entendu une voix d'en-
faire pénétrer la componction dans son àme. haut. voix non du Fils, mais du Père, laquelle
Ecoutez comment, longtemps après, il soupire lit retentir les bords du Jourdain de ces paroles :

amèrement sur ce passé réparé cependant par Celui-ci est mon Fils bien- aimé et cependant ,

tant de travaux : Je suis le moindre de tous les ils disent : Celui-ci est un séducteur. (Matth.ui,
Apôtres ,
je ne suis pas même digne d'être 17; xxvii, 63.) Quelle opposition signalée quelle I

nommé Apôtre , moi qui ai persécuté V Eglise. Vous voyez qu'une bonne volon lé,
lutte ouverte I

(l Cor. XV, 9.) Si tels étaient ses sentiments qu'une âme sincère, qu'un cœur dégagé de
après les œuvres merveilleuses de son aposto- toute prévention fâcheuse sont partout néces-
lat , que devait-il éprouver, alors qu'il n'avait saires. Une voix se fait entendre aux Juifs, une
encore rien pour Dieu que la persécution
fait , voix à saint Paul : saint Paul obéit, les Juifs
dont il s'était rendu coupable était seule pré- résistent. La voix qui parle aux Juifs n'est
sente à sa pensée , et qu'il entendait celte voix mémo mais en même temps se
pas seule ,

divine? montre le Saint-Esprit sous la figure d'une


5. se présente une objection. Ne vous
Mais ici colombe. Comme Jean baptisait , et que le
lassez pas,quoique le jour baisse déjà nous : Christ était baptisé, de peur que, ne voyant
parlons en l'honneur de Paul, de Paul qui que la forme humaine, on n'estimât le bapti-

pendant trois ans enseigna les fidèles jour et sant plus grand que le baptisé, il vint une voix
nuit. On nous fait donc une objection et l'on pour distinguer celui-ci de celui-là. Et comme
nous dit Quoi d'étonnant si saint Paul a
: l'on ne distinguait pas assez de qui la voix
embrassé la foi ? pouvait-il résister à cette voix parlait, le Saint-Esprit vint, sous forme de
divine que je comparerais volontiers à une colombe se poser sur la tète du Christ, afin
corde que Dieu lui liait autour du cou pour qu'il n'y eût plus lieu à aucun doute. Tout
l'attirer vers lui ? Prêtez-moi toute votre atten- ensemble la voix l'annonçait, le Saint-Esprit Je
90 TRADUCTION FRANÇAISE PE'SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

désiprait, el Jean s'écriait : Je nesm's pasdigne core qui était celui qui leur parlait, tant ils

de dénouer les cordons de ses souliers. (Luc étaient aveuglés! Jésus fit plus: il fit tomber
iii^ 1G.) Les Juifs virent encore éclater des mil- ces hommes à la renverse. Lorsqu'il eut dit :

miraculeux soit en paroles


liers d'antres siprnes Qui cherchez-vous? tous s'en allèrent à la ren-
soit en actes, et, nonobstant ces lumières, ils verse comme poussés par cette voix. La voix
sont demeurés dans leur aveuglement. Leurs les renversa par terre de la même manière
yeux voyaient , leurs oreilles entendaient , et que saint Piul fut lui-même terrassé par celle
leur raison restait plongée dans la nuit des qu'il entendit. Saint Paul ne vit pas celui
préjugés. C'est ce que l'Evangéliste rapporte qu'il persécutait, les Juifs ne virent pas celui
expressément lorsqu'il dit que beaucoup de qu'ils cherchaient. La fureur de Paul l'empê-
Juifs crurent en Jésus, mais qu'ils ne le con- cha de voir, la fureur des Juifs les empêcha
fessaient pas, de peur d'être chassés de la syna- de voir. Paul fut terrassé lorsqu'il était en
gogue par les chefs du peuple, (Jean, xii, 42.) route pour aller enchaîner les disciples, les

Et Jésus-Christ lui-même disait Comment : Juifs le furent pendant (lu'iis allaient pour en-
pourez-vous avoir la foi^ vous qui recevez de chaîner le Christ. Ici des chaînes,, et là des
la gloire les uns des autres et ne recherchez pas chaînes; persécution ici, persécution là; cécité
la gloire qui est de Dieu seid? (Jean, v, 44.) d'une part, cécité de l'autre; voix dans un cas,
Paul se conduit bien différemment il n'en- : voix dans l'autre; dans les deux cas la puis-

tend qu'une seule fois la voix de celui qu'il sance du Christ paraît avec le même éclat, les

persécute, et aussitôt il accourt, aussitôt il remèdes employés sont les mêmes, mais l'effet

obéit, sa conversion est soudaine et complète. produit n'est pas le même ; c'est qu'aussi les

Si vous n'êtes pas trop fatigués de la longueur malades étaient bien différents. Quoi de plus
de ce discours, je poursuivrai cette comparai- insensé, de plus stupidement dur que les
son de la bonne volonté de saint Paul et de Juifs? Il sont renversés, mais ils se relèvert
l'obstination des Juifs, et je vous citerai un et poursuivent leur criminelle entreprise. Des
autre exemple qui en fera mieux ressortir le pierres seraient-elles plus insensibles ! Afin
contraste. Les Juifs eux-mêmes entendirent la qu'ils sachent quel est Celui qui les a jetés par
voix du Fils, ils l'entendirent comme Paul l'a- terre par cette seule parole : Qui cherchez-
vait entendue, el presque dans les mômes cir- vous? il réitère sa demande lorsqu'ils sont le-
conslances, et néanmoins ils ne crurent pas. vés Qui cherchez-vous? puis, quand ils ont
:

Ce fut au fort de son délire et de sa colère, répondu Jésus., il reprend Je vous l'ai déjà
: :

dans le feu de la guerre qu'il aux disci-


faisait dit :Cest moi. (Jean, xvni, 6.) C'est comme
ples, (jue Paul entendit la voix on en peut dire
: s'il leur disait: sachez que je suis le même qui
autant des Juifs. Quand et comment? Ils sorti- vous ai demandé : 7?// cherchez-vous? el qui
rent la nuit avec des torches et des lanternes vous ai terrassés. Mais cela ne produisit aucun
pour le prendre, car ils croyaient n'avoir à demeurèrent dans leur aveugle-
effet, et ils

faire qu'à un pur homme. Mais lui, voulant ment. Ce parallèle a dû vous convaincre que
les instruire de sa puissance, et, en dépit de saint Paul ne s'est pas converti par nécessité,
leur obstination, leur montrer qu'il est Dieu, mais par l'heureuse disposition de son âme et
leur dit : Qui cherchez-vous? {}(\m,\\\\\, \.) par la sincérité de sa conscience.
Ils étaient devant lui et tout près, et ils ne le 0. Si vous le permettez et si votre patience
voyaient pas. Ils le cherchaient, el c'était lui n'est pas épuisée, je vous citerai encore un
qui guidait leurs pas atincpi'ils le trouvassent; exemple j)lus saisissant , et qui démontrera,
Jésus voulait leur appnMidre qu'il n'allait pas sans (|u'il reste rien à ctbjecter, que ce ne fut
à la passion par contrainte, et (juc. s'il n'avait pas par nécessité, mais librement, que saint
pas consenti à souffrir, aucune puissance hu- Paul s'est converti au Seigneur. Paul vint
maine n'aurait pu l'y forcer. Conuncnt au- l)lus tard à Salaniine. dans lik- do Chypre, et
raient-ils pu le contraindre ceux (jui ne savaioiil il trouva là un magirieu (jui le combattait en
pas mènie le trouver? que dis-je. ct'ux (jui ne prés(Mice du proconsul Sergius. .Mors Paul
pouvaient même pas le voir quoiqu'il fût pré- rempli du Saint -Ksprit lui dit : homme rem-
sent? Non-seulement ils ne le vov.iient pas, pli de fraude et de malice, fils du diable^ ne
quoique présent, mais Jésus les iuliMiogeail, ccsseras-fu pas de pervertir les voies du Sei-
ils lui répondaient, et ils ne savaient pas en- gneur? [\d. xui. 10. C'est ainsi que parle
HOMÉLIES SIR LES CHANGEMENTS DES NOMS. — TROISIÈME HOMÉLIE. 91

maintenant ce persécuteur. Glorifions Celui permettrai alors de dire quand Dieu


et je leur
qui l'a si bien converti. Tout à l'heure vous voudra. Car si vous vous livrez au sommeil et
entendiez dire qu'il dévastait l'Eglise, qu'il à l'indifférence, vous aurez beau vous en réfé-
entrait dans les maisons pour en retirer les rer à la volonté de Dieu, rien ne se fera jamais
honunes et les fennnes qu'il traînait en prison. de ce qu'il faut, je vous le déclare. Je ne me
Entendez maintenant les fiers accents de sa lasse pasde vous répéter que jamais Dieu n'a
prédication : Xc pas de pervertir
ccsseras-tu usé de contrainte et de violence pour attirer
les voies droites du Seigneur ? Et voici que la à lui un seul homme. Il veut que tous soient
main du Seigneur s" étend sur toi, et tu seras sauvés, ne sauve personne malgré soi. Saint
il

aveugle jusqu'à un temps. Le remède qui lui Paul ne dit-il pas, lui qui veut le salut de tous
avait rendu la vue à lui-même, il l'imposa au les hommes et leur arrivée à la connaissance de

magicien mais celui-ci resta aveugle, ce qui


;
fa vérité? (I Tim. ii, 4.) Comment donc tous
vous montre que la vocation n'a pas toute ne sont-ils pas sauvés, si Dieu veut qu'ils le
seule amené saint Paul à la foi, et que sa soient? c'est que la volonté de tous ne se con-
bonne volonté y a contribué en même temps. forme pas à sa volonté et qu'il ne contraint
Si la cécité seule avait fait ce miracle, elle l'eût personne. N'a-t-il pas dit: Jérusalem, Jérusa-
également opéré sur le magicien. 11 n'en fut lem, que de fois j'ai voulu rassembler tes en-
pas ainsi. Le magicien demeura dans les ténè- fants, et tu ne Cas pas voulu ? Et quel sera le
bres, et le proconsul témoin du prodige crut. sort de Jérusalem ? écoutez Voici que votre
:

Le remède appliqué à celui-là et c'est sur


est maison demeurera déserte. (Luc, xni, 34 35.) ,

celui-ci qu'il opère. Voyez ce que peut la Vous le voyez Dieu a beau vouloir nous sau-
,

bonne disposition du cœur, ce que peut l'obs- ver, si nous n'y consentons pas, nous sonunes
tination et l'endurcissement Le magicien de- 1 maîtres de nous perdre. Encore une fois. Dieu
vint aveugle, il éiait opiniâtre, c'est pourquoi ne sauve que celui qui veut bien être sauvé.
il ne profita pas du remède mais le procon- ;
Les hommes dominent leurs esclaves bon gré
sul ouvrit les yeux à la lumière et connut le mal gré, parce qu'ils se proposent, dans leur
Christ. domination, leur propre intérêt et nullement
Saint Paul s'est donc converti librement, je celui de leurs serviteurs. Mais Dieu, qui ne
l'ai suffisamment démontré. Non , soyez-en manque de rien Dieu qui veut nous montrer
,

convaincus, Dieu ne force pas les volontés re- que s'il désire nous avoir pour ses serviteurs
belles , il attire seulement les volontés obéis- ce n'est pasqu'il ait besoin de ce qui est à nous,
santes. Personne, ditNotre-Seigneur, ne vient mais parce qu'il recherche notre intérêt. Dieu
à moi , si inon Père ne l'attire. (Jean, vr, AA.) qui fait tout pour notre utilité et rien pour son
Or, le Père n'attire que celui qui veut être avantage, qui nous accorde notre salut quand
attiré, et qui du fond de sa misère tend les nous l'acceptons avec empressement et recon-
bras au divin Libérateur. Encore une fois. Dieu naissance. Dieu ne peut user de violence contre
ne fait pas violence aux volontés ; il voudrait ceux qui lui résistent et, en respectant leur
,

notre salut qu'il ne saurait l'opérer, si nous ne liberté, il montre que nous lui devons de la
le voulions pas , non pas que sa volonté soit reconnaissance pour sa domination , et qu'il
faible, mais il ne veut forcer personne. Je crois ne nous en doit point pour notre soumission.
nécessaire d'insister sur cette proposition, à Pénétrons-nous de ces pensées, réfléchissons à
cause du grand nombre de ceux qui, pour co- la charité de Dieu pour les hommes, et, autant
lorer leur paresse, font valoir ce faux prétexte ;
que nous le pouvons, menons une vie qui soit
les exhorte-t-on à la lumière du baptême, à un digne de cette bonté afin que nous méritions
,

changement de vie , à la pratique des bonnes de posséder le royaume des cieux , que je vous
œuvres: ils hésitent, ils reculent, et répondent souhaite à tous, par la grâce et la charité de
qu'ils attendent que Dieu veuille bien les per- Notre-Seigrieur Jésus-Christ, à qui soient la
suader et les convertir. Qu'ils s'en remettent à gloire et l'empire, avec le Père, le Saint-Es-
la volonté de Dieu, rien de mieux; mais il faut prit , maintenant et toujours, et dans les
déjà qu'ils fassent ce qui dépend d'eux-mêmes, siècles des siècles. Ainsi soit-il.
92 TiUDLXTlON FRAiNÇAISE DE SAINT JEA^N CIÎKYSOSTOME.

QUATRIÈME HOMÉLIE.

fif.piiinaiide anx absents, eihortation è ceui qui soûl présents de s'occuper de leurs frères, — Sur le commencement de l'épllre aux Corinlhioa :

I appelé Paul , ii et de l'humilité.

ANALYSE.

1" Ceux qui ne viennent pas à l'église n'ont pas entendu du Prophète : J'ai prfifiré d'être nu rîrmifr rang dans
celle parole

In mnisun de. mon Dieu, plutôt que d'iinhiter fous indet des pérhrurx. Ce qi'O Vhpc éprniivo en entrant dans une
1rs

écli?p. Le culte de Dieu e?t la seule chose nécessaire et d"it passer avant tout le reste. 2" Né-'essité de s'occuper du salut —
de ses frères.— 3" Ici commence Tinstruclion, elle roule entièrement sur l'explication du mot vorahi<! mis par saint Paul, en tête
de sa première épitre aux Corinthiens. —
Il n'importe pn? tant de lire que dp comprendre les Fcriture?. Les noms des saint»
sont vénérables aux fidèles et terribles aux pécheurs. —
1° Ce mot vocntn<: veut dire que ce n'est pas l'Ai^'itre qui est vena

au Sripneur le premier, mais qu'il a répondu à une vvcution, à un appel. —


^° Les Corinthiens étaient riches de tonte? sortes
d'avantages selon le monde , dont ils tiraient vanité. —
(!" Ils s'enorgueillissaient même de la doctrine révélée que saint Paul

leur avait pièchée !e premier ; c'est donc pour leur donner une leçon d'humilité que saint Panl use de ce mot locatus; c'est
l'équivalent de quid habes quod non accepisti ? Exhortation à l'humilité, fondement de tontes lesvertas.

Lorsque je considère voire petit nombre,


i. prie : tel est l'amour. Da7V! In maison de mon
lorsqu'à chaque réunion, je vois le troupeau Dieu. Celui qui aime désire de voir l'objet de
qui s'en va diminuant, j'éprouve et de la peine, son amour, il désire même de voir sa maison ,
et de la joie de la joie, à cause de vous qui
; et le vestibule de sa maison, et jusqu'au carre-

êtes présents, de la peine a cause des absents. four et à la rue où il demeure. S'il voit le vête-

Vous êtes dignes d'éloges, vous dont le petit ment ou chaussure de l'objet aimé, il croit
la

nombre n'a pas ralenti le zèle ils méritent au ; voir l'objet aimé présent devant lui. Telsét^iient
contraire d'être blâmés, eux dont votre exeinple les prophètes; ne pouvant voir Dieu, qui est

n'a pu réveiller l'engourdissement. Votre ar- incor[^orel, ils voyaient sa maison, et à la vue de

dente piété n'a pas eu de leur froide


à souffrir sa maison, leur imagination se figuraient sa
indilférencc, et je votis en félicite mais aussi ; présence. J'ai préféré d'être au dernier rang
voire zèle leur a été inutile, et c'est pourquoi dans lamaisonde mon Dieu,phitôtqued'hahiter
je les plains, pour(|uoi je pleure. Ils n'ont pas sous les tentes des pécheurs. Tout lieu, tout en-
entendu le prophète disant : J'ai préfère d'être droit , comparé à la maison de Dieu est une
au dernier rang dans la 7nai^on de mon Dieu, tente de pécheurs, fût-ce le barreau, le palais

phttôt que d'habiter sous /es tentes des pêcheurs. du sénat, la maison d'un
particulier. La prière

(Ps. i.xxxiii, H.) 11 nedit pas j'ai prétélé habi- : n'est pas étrangère à ces (icmemes. mais elles
ter, demeurer dans la maison de mon Dieu, retentissent plus ouvent encore du bruit des
nm\9>: j'ai préféré d'être au dernier rang. Se m'es- querelles, des disputes etdes injures, elles sont
timerai licureuxd'ètre rangé parmi lesderniers: méprisables soucis de cette
les asiles obligés des

que je puisse seulement franchir le seuil, et je vie, L'Eglisene connait pas ces misères c'est ;

serai content. Je considère comme un don très- pourquoi elle est la maison de Dieu, tandis que
grand d'être compté parmi les derniers dans ces autres demeures ne sont que les tentes des
la maison de mon Dieu. Dieu est le maître pécheurs. Tel un port oii ne pénètre ni vent
commun de tous, mais la charité se l'appro- ni tempête, et qui procuro aux navires qui y
HOMÉLIES SUR LES CHANGEMElSfS DE NOMS. — QrATRlI'ME HOMÉLIE. 93

sont à l'ancre une sécurité profonde j telle est (Luc, XIV, 18-20.) Ces raisons n'étaient pas sans

la maison de Dieu elle dérobe les hommes qui


;
gravité; mais, contre un appel de Dieu, il n'y
y entrent au tourbillon du monde et elle leur a pas de raison qui puisse prévaloir. Dieu est
ôirre un calme et tranquille abii où ils peuvent la première de nos nécessités; il faut premiè-
entendre voix de Oien. Cet asile est une
la rement lui rendre l'honneur qui lui est dû, et
occasion de vertu, une école d«! sagesse non- ; ne vaquer qu'ensuite aux autres occupations.
seulement au moment de l'assemblée, pendant Est-ce qu'un serviteur s'occupe de ses propres
qu'on lit pendant que l'instruc-
les Ecritures, intérêts avant d'avoir pourvu à ceux de son
tion descend de la chaire, etque les vénérables maître? Et quand on montre tant de respect et
Pères siègent à leurs places mais encore en , de soumission pour des maîtres mortels, dont
tout autre temps à quelque heure en effetque
;
le pouvoir n'est que nominal et de convention,

vous entriez dans l'église, aussitôt vous sentez et qui ne sont au fond que nos compagnons de

vos épaules déchargées du fardeau de la vie. servitude, n'est-il pas absurde de ne pas avoir
Dès le premier pas que vous faites dans ce sa- au moins les mêmes égards pour Celui qui est
cré parvis, une sorte d'atmosphère spirituelle vraiment le Maître non-seulement des hommes,
vous enveloppe, une paix profonde saisit votre mais encore des puissances d'en-haul? Oh si 1

âme d'une religieuse terreur, y fait pénétrer vous pouviez descendre dans ces consciences
la sagesse, élève votre cœur, vous fait oublier mondaines, quel affligeant spectacle vous offri-
le monde visible , et vous emporte de la terre raient les plaies qui les rongent, les épines qui
jusqu'au ciel. Si l'on profite tant à venir ici, lescouvrentl Comme une terre privée des bras
même en dehors de l'assemblée, que sera-ce du laboureur ne tarde pas à devenir stérile et
lorsque la voix éclatante des prophètes s'y fait sauvage, ainsi l'âme privée des enseignements
entendre,lorsquelesApôtres y prêchent l'Evan- divins ne produit que des épines et des char-
gile, lorsque le Christ est sur l'autel, lorsque dons.
le Père agrée les mystères qui s'accomplissent, Si nous, qui chaque jour prêtons l'oreillô
lorsque le Saint-Esprit apporte les joies de l'a- aux discours des prophètes et des aj)ôtres,nous
mour divin ! quelle abondance de grâces ne avons tant de peine à contenir l'impétuosité
recueillent pas alors ceux qui sont présents! de de notre caractère, à refréner notre colère, à
quels avantages ne se privent pas ceux qui sont réprimer nos convoitises, à nous défaire de la
absents ! rouille de l'envie; si, dis-je, malgré les puis-
Je voudrais bien savoir où sont maintenant sants enchantements des divines Ecritures,
ceux qui n'ont pas daigné venir à cette assem- dont nous faisons un usage perpétuel pour as-
blée, quelle affaire les retient éloignés du ban- soupir nos passions, nous avons tant de peine
quet sacré, de quoi ils s'occupent... Ou plutôt à contenir ces bêtes farouches, quel espoir de
je ne le sais que trop : ils s'entretiennent de salut reste donc à ceux qui n'usent jamais de
sujets absurdes et ridicules, ou bien ils sont ces remèdes, qui ne prêtent jamais l'oreille
rivÔ8 aux intérêts de la vie présente, occupa- aux enseignements de la divine Sagesse? Je
tions l'une et l'autre inexcusables et punissables voudrais pouvoir vous montrer leur âme...
du plus grand supplice. Pour les premiers, Comme vous la verriez sordide et malpropre,
cela s'entend de soi-même sans démonstration; abjecte, confuse et honteuse! Comme le corps
quant à ceux qui nous objectent leurs affaires qui ne connaît pas l'usage des bains, l'âme qui
domestiques, prétendant y trouver une raison ne se purifie pas au bain de la doctrine spiri-
d'absolue nécessité pour s'exempter de venir tuelle contracte toutes sortes de malpropretés
ici une fois la semaine, donnant le pas aux in- et de souillures par le péché. Oui, vos âmes
térêts du ciel sur ceux de la terre un jour sur trouvent ici un bain spirituel auquel le feu de
sept, ils n'ont pas davantage de pardon à espé- l'Esprit-Saint communique la vertu d'enlever
rer, j'en atteste l'Evangile, qui s'exprime à ce toute souillure; ce feu de l'Esprit-Saint efface
sujet de la manière la plus claire. C'étaient même jusqu'à la couleur de pourpre : Quand
précisément là les prétextes allégués par les même vos péchés seraient couleur de pourpre^ je
conviés des noces spii ituelles l'un avait acheté : vous rendrai blancs comme la neige. (Isai. i, 18.)
une paire de bœufs, Taulre avait fait acquisi- Bien que la tache du péché prenne sur l'âme
tion d'unchamp, un autre s'était marié, ce avec non moins d'énergie que la teinture de
qui n'empêcha pas qu'ils furent tous punis. pourpre sur la laine, je puis changer cet état
91 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

en l'état contraire : il suffit que je veuille, et que ses affaires temporelles ne s'en expédieront
tous les péchés disparaissent. que mieux lorsqu'il aura assisté à l'ofOce jus-
2. Je ne dis pas ces choses pour vous, qui, qu'à la fin, pris part aux prières et profité des
grâces à Dieu! n'avez pas besoin de répri- bénélictionsdes Pères; par ces raisons et d'au-
mande; je les dis afin que vous les reportiez tres semblables, enchaînez-le et l'amenez à ce
aux absents. Si je pouvais sivoir où ils se réu- banquet sacré, et votre récompense sera dou-
nissent, je n'importunerais pas votre charité ;
ble, parce que, non content d'y venir vous-
mais, comme il qu'un homme
n'est pas possible mè;ne, vous y aurez attiré votre frère.
seul connaisse tout un peuple
nombreux, je si Déployons ce zèle et cet empressement à
vous recommande à vous le soin de vos frères. ramener ceux qui négligent leurs devoirs
Occupez-vous d'eux, invitez-les je sais que ;
et certainement nous ferons notre salut. Les
vous l'avez fait souvent, mais ce n'est rien de {dus indolents, les plus éhontés, les plus per-
l'avoir fait souvent il faut le faire jusqu'à ce
: vers seront à la fin touchés de vos efforts per-
que vous les ayez persuadés et attirés. Je sévérants, et ils s'amélioreront. Si insensibles
sais combien est peu agréable ce rôle d'impor- qu'on les suppose, ils ne le seront pas plus que
tuns dont je vous charge, et que vous avez ce juge qui ne connaissait pas Dieu et ne crai-
souvent rempli sins rien gagner; mais que gnait pas les hommes, et qui cependant, tout
saint Paul vous console par ces paroles La : cruel, tout farouche et tout cuirassé de fer et
charité espère tout, croit tout; la charité de diamant qu'il était, se laissa vaincre par les
n'excède jamais. (I Cor. xin, 7.) Pour vous, assiduités d'une seule femme veuve. ( Luc,
faites votre devoir; et si votre frère se refuse xviii, 2-5.) Quoi! une pauvre veuve a su fléchir
au bien que vous lui voulez faire, vous n'en un juge cruel qui ne craignait ni Dieu ni les
recevrez pas moins de Dieu votre récompense. hommes, et nous, nous ne pourrions fléchir
Quand c'est à la terre que vous confiez vos se- nos frères, beaucoup plus traibbles et plus fa-
mences, si elle ne vous rend pas d'épis, vous ciles que ce juge, et cela quand il y va de leurs
revenez chez vous les mains vides; il n'en est propres intérêts! Non, nous sommes inexcu-
pas de même de la doctrine que vous semez sables. Ce sont là des choses que je répète bien
dans une âme elle vous donne
, toujours souvent je les dirai encore et toujours Jusqu'à
;

une récompense assurée, que la persuasion ce que je voie bien portants ceux qui sont
s'ensuive ou non. Ce n'est pas sur le résultat maintenant malades; je ne cesserai de les ré-
final du mais sur l'intention des tra-
travail, clamer, jusqu'à ce que je les aie recouvrés par
vailleurs que Dieu mesure les salaires. Je ne vos soins. Puisse l'état de ces malheureux vous
vous demande rien, sinon que vous fassiez ce causer la môme peine qu'à moi certainement !

que font ceux que possède la passion du théâtre vous ferez tout pour les sauver. Ce n'est pas

et des courses de chevaux. Que font-ils? Ils se moi seulement, c'est aussi saint Paul qui vous
concertent dès le soir, et au point du jour ils recommande de prendre soin de ceux qui sont
vont les uns chez les autres, ils choisissent avec vous membres du même corps. Coiisolcz-
leurs places, s'établissent les uns à côté des vous, dit-il, mutuellement par de telles parûtes;
autres, afin d'augmenter ainsi le plaisir qu'ils et encore : Edifiez-vous les uns les autres.
se promeltenl à ces spectacles diaboliques. Ce (I Thess. V, 11.) Grande sera la récompense de
zèle (ju'ils déploient pour la perte de leurs ceux qui s'occupent du salut de leurs frères,
âmes, en s'entraînant mutuelleinent_, ayez-le et non moins grand le châtiment de ceux qui
pour travailler au bien des vôtres, cnlr'aidez- le négligent.
vous dans l'œuvre du salut un peu avant : 3. L'importance même de ces recommanda-
l'heure de l'ofUce divin, allez devant la maison tions me donne la confiance que vous vous
de votre Irère, attendez à la [)orle, cl ijuand il empresserez de les mettre en praticpie : Je ter-
sort, em|)arez-vous de lui. Il va peut-être vous mine donc ici l'exhortation pour commencer
objecter mille affaires urgentes; tenez ferme, l'instruction , et c'est saint Paul qui va me
ne permettez pas de mettre la main à au-
lui fournir l'aliment spirituel que je me propose de
cune œuvre séculière avant (ju'il ait assisté à vous offrir. Paul, apôtre de Jésus-Christ, par
l'oftiee tout entier. Il se défendra, il résistera, la vocation de Dieu (I Cor. i, l.)Voilà des paro-
il alléguera vingt prétextes ; ne l'écoutez pas, lesque vous avez souvent ouïes, souvent lues.
ne cédez pas; dites-lui, faites-lui comprendre Mais c'est peu de lire, il faut encore entendre
HOMÉLIES SUR LtS CHANGEMENTS DE NOMS. — Ql^ATIULMl. HOMÉLIE. m
ce qu*on lit, aulrenieut la lecture est entière- de sa vertu. Dieu a comme déposé dans ce
ment inutile. On pourrait longtemps fouler nom une preuve de la fermeté de l'Apôtre dans
sous ses pieds un trésor avant de s'enrichir; on la foi, et tout ensemble une perpétuelle exhor-

n'en profite qu'en creusant la terre, qu'en des- tation à ne pas déchoir de cette fermeté. (Matth.
cendant jusiiu'à l'endroit où il est enfoui pour XVI, 18.) Jacques et Jean, durent leur surnom

y puiser. Il en est de même des Ecritures: une de fils du tonnerre à la puissance de leur
lecture superficielle n'en découvre pas toutes voix dans la prédication de l'Evangile. Mais
les richesses, il faut les ap|)rofondir. Si la lec- pour ne pas vous causer d'ennui en me répé-
ture suffisait, Philippe n'aurait pas dit à l'eu- tant, je laisse ce sujet pour vous montrer que
nuque : Compreiiez-voiis ce que vous lisez? les noms des saints sont par eux-mêmes véné-
(Act. vui, 30.) S'il suffisait de lire, le Christ rables aux personnes pieuses et terribles aux
n'aurait pas dit aux Juifs : Scrutez les Ecri- pécheurs. Lorsque saint Paul a^ant recueilli,
tures. (Jean , v, 39.) Scruter, ce n'est pas s'ar- converti et baptisé Onésime, l'esclave fugitif,
rêter à la superficie, c'est descendre jusqu'au levoleur qui s'était évadé après avoir dérobé
fond. Or dans ce début un champ in-
je vois de l'argent à son maître, le renvoya à Philé-
fini de réflexions. Dans les lettres que l'on s'é- mon, il écrivit à celui-ci une lettre où se lit le

crit dans le monde, les salutations sont sans passage suivant Je pourrais avec une pleine
:

conséquence, ce ne sont que de pures formules assurance vous ordonner dans le Christ Jésus
de politesse il en est tout autrement des Epî-
; ce qui convient, mais j'aime mieux avoir re-
tres de saint Paul, elles sont pleines de beau- cours à la prière de l'affection, moi du même
coup de sagesse dès le commencement. C'est la âge que vous, moi le vieux Paid, qui de plus
voix de Paul qu'on entend, mais les paroles suis maintenant le prisonnier de Jésus-Christ.
qu'il prononce sont celles du Christ qui meut (Phil. vni, 9.) Vous voyez qu'il fait valoir trois
l'àme de Paul. Paul., apôtre, par la vocation motifs les chaînes qu'il porte pour Jésus-Christ,
:

de Dieu, ce seul nom de Paul, ce simple nom, son âge, etle respect dû à son nom. Pour don-

renferme, comme vous avez pu vous en con- ner plus de force à sa supplication en faveur
vaincre, tout un trésor de réflexions. Car, si d'Onésime, il se fait pour ainsi dire triple ce ;

vous vous en souvenez, j'ai parlé trois jours n'est plus un seul homme : c'est l'enchaîné,
durant sur ce seul nom, je vous ai expliqué c'est le vieil apôtre, c'est Paul. Cela vous
pourquoi son ancien nom de Saul avait été montre que les noms des saints sont par eux-
changé en celui de Paul, pourquoi ce change- mêmes vénérables aux fidèles. S'il suffit de
ment n'avait pas eu lieu aussitôt après la con- prononcer le nom d'un enfant chéri pour arra-
version, pourquoi l'Apôtre avait conservé en- cher à un père une grâce qu'il refuse, com-
core assez longtemps le nom qu'il avait reçu ment le même pouvoir n'appartiendrait-il pas
de ses purenls; nous en avons pris occasion aux noms des saints qui sont les enfants ché-
de vous montrer la sagesse de Dieu et sa bien- ris de Dieu?
veillance tant envers nous qu'envers les grands J'ai ajouté que les noms des saints inspirent
saints. Si les hommes eux-mêmes ne donnent la terreur aux pécheurs conune le nom du
pas au hasard des noms à leurs enfants, s'ils maître en inspire à l'enfant paresseux. Ecoutez
choisissent tantôtle nom du père, tantôt celui comment le même apôtre le donne à entendre
du grand-père, tantôt celui d'un autre ancêtre dans son épîlre aux Galates. Ceux-ci avaient
de la famille, combien plus Dieu consulte-t-il eu la faiblesse de se laisser entraîner au ju-
la raison et la sagesse dans les noms qu'il daïsme, leur foi était en péril, et saint Paul
donne à ses serviteurs 1 Les hommes ont en vue voulant les relever et leur persuader de ne
soit l'honneur de ceux qui ne sont plus, soit plus altérer la pureté de la doctrine chrétienne
leur propre satisfaction, lorsqu'ils donnent à par aucun mélange judaïque, leur écrivait :

leurs enfants les noms des morts: ils cherchent Voici que moi, Paul, je vous dis que si vous
à tromper leur douleur en faisant revivre un vous faites circoncire, le Christ ne vous servira
nom. Mais Dieu, c'est quelque vertu ou quel- de rien. (Gai. v, 2.) Vous avez dit Moi; pour- :

que enseignement dont il conserve le souvenir quoi ajouter : Paul? mot moi ne
Est-ce que le

dans les noms des saints, comme s'il le gravait suffisait pas pour désigner celui qui écrivait?
sur une colonne d'airain. Sachez que le nom ainsi ajouté pouvait ébran-
Saint Pierre a été ainsi nommé en raison ler les auditeurs j l'Apôtre le met afin de retra-
90 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

cer plus vivement le souvenir du maître à l'es- débutons ainsi un tel à un tel: lorsque c'est
:

prit des disciples. La même chose nous arrive à un égal nous qualifions de seigneur le des-
à tous : le nom d'un saint qui frappe notre tinataire de la lettre lors ]ue c'est à un supé-
;

oreille nous de notre tor[)eur, nous


fait sorlir rieur, nous ajoutons encore d'autres quali-
fait trembler au sein de l'indifTérence. Lors- fications plus respectueuses. Si donc nous
que j'entends prononcer le nom de Paul, je usons, nous, d'un tel discernement, si nous
me représente celui qui vivait dans les tribu- n'écrivons pas à tous du même ton, si nous mo-
lations dans les angoisses au milieu des
, , difions les ap;ellations suivant le rang des per-
coups, dans les prisons, celui qui passa un sonnes pourquoi saint Paul eût-il agi en pareil
,

jour et une nuit au fond de la mer, celui qui cas sans raison et au hasard ? Non, ce n'est pas
fut ravi au troisième ciel, celui qui entendit sans motifqu'ilaécrit à ceux-ci d'une manière,
des paroles inefTabics dans le paradis, celui à ceux-là d'une autre il ne l'a fait que guidé
:

que le Saint-Es, rit nomma un vase d'élection, par une sagesse inspirée.
le paranymphe du Christ, celui qui eût sou- Parcourez les é()îtres de saint Paul, et vous
haité d'être séparé du Christ pour le salut de ve;rez qu'il ne se sert de ce terme parla voca-
ses frères. A peine son nom est-il prononcé tion de Dieu que dans l'épître aux Romains, et
que, semblable à une chaîne d'or, la suite de dans la première aux Corinthiens. C'est un fait
ses grandes actions se présente incontinent dont nous diroiis la raison, après que nous
aux esprits attentifs. Ce qui est un avantage aurons expliqué ce terme lui-même, et montré
considérable. ce que saint Paul a voulu par là nous enseigner.
A. Il serait facile d'en dire daA'antage sur le Que veut-il donc nous enseigner en se disant
nom. Mais ilau second mot
faut enfin venir apôtre par la vocation de Dieu ? Que ce n'est
de notre texte. Nous avons trouvé dans le mot pas lui qui est venu au Seigneur le premier,
Paul une abondante moisson le terme pa?' ;
mais qu'il a répondu à une vocation. Ce n'est
la vocation de Dieu ne sera pas moins fer- ,
pas lui qui a cherché et trouvé non, il a été :

tile je dis môme qu'il nous offrira une plus


: trouvé, étant égaré; ce n'est pas lui qui a
ample récolte de contemplations élevées, si tourné le premier ses regards vers la lumière,
nous voulons ne fias épargner notre peine et c'est la lumière qui l'a prévenu en lui dardant

notre attention. Un seul diamant détaché ses rayons dans les yeux; en même temps qu'il
d'une riche parure ou du diadème d'un roi, perdait l'usage de ses yeux corporels, s'ou-
et vendu, fournirait de quoi acheter et des vraient les yeux de son âme. Il a voulu nous
palais splendides et d'immenses domaines, et apprendre qu'il ne s'attribuait pas à lui-même
(lestroupes d'esclaves, et tout ce qui compose ses grandes actions, mais à Dieu qui l'avait
une grande fortune; il en est ainsi des paroles appelé, et voilà pourquoi il se dit apôtre parla
divines. Prenez-en une seule, développez-en le vocation de Dieu. Il semble nous dire Celui :

sens, elle va vous donner toute une fortune qui m'a ouvert l'arène et le stade voilà l'au- ,

spirituelle ; elle ne vous apportera, il est vrai, teur de mes couronnes; celui qui a posé le
ni maisons, ni esclaves, ni arpents de terre ;
principe, planté la racine, voilà le maître à qui
mais si vos âmes sont attentives, elle leur pro- reviennent de droit les fruits. C'est dans le
curera ce qui vaut mieux que tout cela, de même sens qu'après avoir dit (I Cor. xv, 10) :

nombreux motifs de sagesse et de vertu. Con- J'ai travaille plus que tous les autres, il ajoute
sidérez donc dans champ de ré-
(jucl vaste aussitôt A'on pas moi, mais la grâce qui est
;

flexions spirituelles nous introduit ce terme avec moi. Ainsi ce terme par la vocation de
par la vocation divine. Voyons donc d'abord ce Dieu exprime que saint Paul ne s'atfribui.' pas
qu'est ce ternie, puis nous rechercherons les à lui-même le mérite do st'S œuvres, mais qu'il
raisons pour les(iuelles l'Apôtre ne l'emploie le rai)norte à Dieu son Maître. L'enseignement

qu'en tôte des épîtres aux Romains, et aux que le Christ donnait à ses disciples, disant:
Corinthiens; on ne le trouve en etVet dans Ce n'est pas vot/s qui m'avez choisi, mais c'est

aucune autre. A ce fait il y a une raison, il tnoi qui vous ai choisis (I Jean, xv. 16), l'Apôtre
n'est pas dû au hasard. Est-ce le hasard qui le re|)roduit en ces termes Alors je connaî-
:

nous dicte à nous les formules initiales de nos trai dans la mesure que j'ai été connu, (l Cor.
Icitres? Nullenïent, c'est lusage ot la raison. XIII, 1-2.^ Ce qui veut dire ce uest pas moi qui ai
:

Lorsque nous «crivons à un inférieur, uous connu le premier, c'est Dieu qui m'a prévenu.
HOMELIES SUR LES CHANGEMENTS DE NOMS. - QUATRIÈME HOMJ-ÏJF. 07

Il était encore persécuteur, il dévastait l'Ef^Hiso, pas néanmoins plusieurs pères, puisque c'est
lorsque le Christ l'appela en lui disant : Saul^ moi qui vous ai enqendrés en Jésus-Christ par
Saul^ pourquoi me persécutes-tu? (Act. ix, VEvangile. (I Cor. iv, 15.) S'il les a engendrés
A.) Voilà pourquoi il se dit apôtre par la voca- en Jésus-Christ, c'est donc qu'il a été le pre-
tion de Dieu. mier à leur faire connaître Jésus-Christ. J'at
Pour(|uoi prend-il ce titre, lorsqu'il écrit aux planté, encore, Apollo a arrosé (L. m, (5),
dit-il

Corinthiens? Corinthe est la métropole de l'A- et il donne comme ayant le premier jeté
se
chaie ; elle abondait en dons spirituels, et cela dans celte ville la semence de l'Evangile. Voici
se conçoit : elle avait plus que toute autre cité un passage qui montre de quelles faveurs spi-
joui de la prédication de l'Apôtre. Comme une rituelles ils étaient comblés Je remercie mon :

vigne qui jouit des soins d'un excellent vigne- Dieu de la grâce que Dieu vous a donnée en
ron, se couvre d'un feuillage luxuriant et se Jésus-Christ et de toutes les richesses dont vous
charge de fruits abondants, ainsi celte cité, qui, êtes comblés en lui, au point de ri être privés
plus que toute autre, avait participé à l'ensei- d'aucune grâce. (I Cor. i , 4, 5.) Qu'ils possé-
gnement du grand Apôtre, et qui durant long- dassent la science profane, nous le voyons assez
temps avait joui de sa sagesse, en
florissait par les nombreuses et longues attaques que l'A-

toute sorte de biens et de grâces. L'abondance pôtre dirige contre cette même science. Il les
des dons de l'Esprit n'était pas le seul bien réprimande avec une sévérité dont on aurait
qu'elle possédât, elle était encore comblée de peine à trouver un autre exemple dans ses
tous les avaniiigos, de toutes les commodités écrits : et certes il avait raison, il était naturel
de la vie. Par sa sagesse profane, par sa richesse qu'il du mal. Jésus-
portât le fer à la racine
et par sa puissance, elle remportait sur toutes Christ, dit-il, ne m'a pas envoyé pour baptiser y
les autres villes de la Grèce. Or, tant d'avanta- mais pour prêcher l'Evangile, non pas toute-
ges lui inspiraient de l'orgueil, et ce vice la di- fois par la sagesse de la parole, afin de ne pas
visait en une multitude de sectes. rendre vaine la croix de Jésus-Christ. (I Cor.
Telle est, en effet, la nature de l'orgueil : il 1, 17.) Pouvait-il traiter plus sévèrement la
brise le lien de la charité, sépare les hommes, sagesse du siècle, qu'il accusait non -seule-
et aboutit à l'isolement de celui qui en est ment mais encore de
d'être inutile à la piété,
possédé. Comme un mur, en se dilatant, peut l'entraver et de l'arrêter ? que le fardDe même
renverser une maison, ainsi une àme que l'a- et les autres raffinements de la parure ne s'ap-

mour-propre gonfle, rejette tous les liens qui pliquent aux beaux corps et aux beaux visages
l'attachent au prochain. Corinthe était alors qu'au détriment de leur beauté vraie et natu-
travaillée de ce mal. Les dissensions qui la relle, parce qu'alors une partie du mérite re-

déchiraient divisaient aussi l'Eglise ; ses habi- vient aux couleurs empruntées, ainsi qu'aux
tants s'attachaient à vingt docteurs rivaux, se autres moyens artificiels, tandis que rien ne
constituaient en sectes et en partis et ruinaient lait tant ressortir la beauté naturelle d'un
la dignité de l'Eglise. La dignité de l'Eglise visageque de n'y rien ajouter, parce que, dé-
ne peut être florissante qu'autant que ceux pourvue d'ornements étrangers, elle attire sur
qui la composent gardent entre eux la con- soi-même toute l'attention et tous les hom-
corde et l'harmonie qui doivent exister entre mages; de même
en est-il de la piété, qui est
les membres d'un même corps. toute la beauté de l'épouse du Saint-Esprit;
5. 11 faut vous montrer que c'était de saint si vous la chargez des ornements extérieurs

Paul que les Corinthiens avaient reçu les pre- de la richesse, de la puissance, de l'éloquence,
miers enseignements de la foi, qu'ils étaient vous rabaissez sa gloire parce que vous ne ,

comblés de dons spirituels, qu'ils jouissaient l'avez pas laissée paraître toute seule dans
d'avantages temporels supérieurs à ceux des l'éclat de sa beauté, et que vous l'avez forcée

autres peuples, qu'enorgueillis de toutes ces de partager un honneur qu'il eût mieux valu
faveurs, ils se partageaient en factions, qu'ils lui laisser entier ; si vous la laissez com-
mais
se disaient sectateurs les uns de celui-ci, les battre seule et nue, vous écartez d'elle tout
si

autres de celui-là. Saint Paul leur a le pre- ce qui est humain, alors sa beauté paraîtra
mier inculqué la foi, il nous l'enseigne lui- parfaitement et dans sa plénitude, alors écla-
même en ces termes Quand : cous auriez beau- tera sa force invincible, parce que, sans ai?oir

coup de maîtres en Jésus-Christ , vous navem besoin ni de la richesse, ni de la scieDce,-^ii (ÎQi

Tome IV.
98 TRADUCTION FRANÇAISE DE SALNT JEAN CHRYSOSTOMÊ.

la puissance^ nide la noblesse, ni d'aucun se- rien voulu devoir qu'à leur propre raison, àes
cours humain, capable de tout vain-
elle sera mendiants, des misérables, des ignorants les

we, de tout surmonter, et pourra, par le moyeu ont apprises à la perfection en se faisant les dis-
d'hommes simples, humbles, indigents, pau- ciples de la Sagesse d'en-haut. L'Apôtre va plus
vres, communs, subjuguer les impies, les rhé- loin dans ses attaques contre la sagesse pro-
teurs, les philosophes, les tyrans ; en un mol, fane , et il dit : La sagesse de ce monde est

la terre entière. folie au jugement de Dieu. Pour (ICor. in, 49.)


Paul Ce
C'est là ce qui faisait dire à saint : éloigner les fidèles de cette sagesse mondaine
n'est pas avec Va^cendant d'ime sublime élo- il leur disait encore avec autant de dédain que

quence que je suis venu vous annoncer l'Evan- de force Si quelqu'un parmi vous se croit
:

gile de Jésus-Christ (I Cor. n, 1) et Dieu a ; : sage de la sagesse de ce siècle ,


gi/il devienne
choisi ce qui est folie seloii le monde pour con- fou pour devenir sage de la vTaie sagesse et ;

fondre les sages. (1 Cor. i, 27.) Il ne dit pas encore // est écrit , je perdrai la sagesse des
:

simplement, ce qui est folie, mais ce qui est sages et je réprouverai la prude?ice des pru-
,

folie selon le monde ; c'est qu'en effet tout ce dents (I Cor. I, 49) et encore Le Seigneur ; :

que le monde regarde comme folie n'est pas ,


connaît les pensées des hommes, et il en sait

toujours tel au jugement de Dieu; au contraire


toute la vanité. (I Cor. m, 27.)
beaucoup d'insensés selon le monde sont sa- 6. Ces citations démontrent sufflsamment
ges selon Dieu beaucoup de pauvres selon le
,
que les Corinthiens possédaient la sagesse de ce

monde sont riches selon Dieu. Par exemple le monde : leur orgueil , leur vaine gloire se

Lazare, si pauvre dans le monde, se trouve voient également dans même épître. Par la

parmi les plus riches dans les cieux. (Luc, xvi, exemple, après quelques paroles sévères pro-
20.) Cette folie selon le monde désigne, dans le noncées au sujet de l'incestueux, il ajoute Et :

langage de l'Apôtre, ceux qui n'ont pas la lan- vous êtes encoi'e enflés d'orgueil! ( I Cor. v, 2.
gue exercée, ceux qui ignorent la science [ir o- Que cet orgueil donnait naissance à des que-
relles qui les divisaient, écoutez-en la preu>e
lane, ceux qui ne savent point parler agréable-
:

ment. Et voilà , que Dieu a


dit l'Apôtre, ceux Car puisqu'il y a parmi vous des ^ querelles,
des jalousies et des dissensions, n'est-il pas
choisis pour confo)idre les sages. Et comment,
dites-vous, sont-ils confondus ? Par les faits visible que vous êtes charnels, et que vous vous
,

par Tcxpérience. Voici une [)auvre veuve, une conduisez selo?i l'homme ? ( I Cor. m, 3. )

mendiante assise à la porte de votre maison :


Quelles étaient les conséquences de ces que-
peut-èUe même est-elle estropiée ; vous l'in- relles? Ils se disaient partisans de tels ou tels

terrogez sur l'immortalité de ràmc, sur la ré- maîtres et docteurs. Ce que je veux dire, c'est

surrection des corps, sur la Pro^idcnce de que chacun de vous met d'un parti en se

Dieu, sur la réiribulion proportionnée aux mé- disant : Pour moi je Paul; suis disciple de

sur les coniples à rendre en Tautre et moi je le suis irApoUo ; moi de Céphas. ,
rites ,

monde, sur le tribunal redoulable, sur lot; biens (ICor. I, 12.) 11 nouune Paul, Apollo, Ceplias,
réservés à ceux qui pratiquent la vertu, sur les non qu'ils fussent les chefs que les Corinthiens
maux dont sont menacés les pécheurs , sur se donnaient, mais il dissimule par ces noms
d'autres questions de ce genre, et elle vous l'ait les véritables auteurs de la division quuue
des réponses dont la plénitude et l'exactitude dénonciation précise et publi(|ue aurait peut-

ne laissent rien à désirer; >oyez au contraire être portés à l'entêtement et àlimpudonce. Ce


ce philosoi)lie si lier de sa chevelure et de son n'était pas autour de Paul, de Pierre, ni d'.Xpol-
bâton, proposez-lui les mêmes questions : il lo que se formaient les sectes, mais autour de
dissertera longuement, son bavardage ne tarira certains autres docteurs, comme il est facile de
pas durant des heures mais quand il faudra
;
s'en convaincre par ce qui suit. En ctTet, après
conclure, ne pourra pas tlire un seul mot, jias
il
avoir repiis les Corinthiens au sujet de ces
articuler une syllabe. Ce contraste vous mon- discordes, il ajoute : .1;^ reste , mes frères, j'ai

trera comment Dieu a choisi ce qui est fou se- personnifié ces choses en moi ei en Apollo à
lon le monde pour confondre les sages. Des cause de vous, afin que vous appreniez à ne pas
,

choses que ces superbes et ces orgueilleux avoir des pensées contraires à ce qui vous a été
n'ont pas trouvées, parce qu'ils se sont privés écrit en sorte que nul ne s'enfle contre
, wi
des lumière» du Saint-Esprit, parce (lu ils n'ont autre au sujet de qui que ce soit. ( I Cor. iv, G. )
DE NOMS. — UUAiniEME nUMlLUE. 99

Comme beaucoup d'ignorants ne trouvaient porter sur elle toute la vaste construction qu'il
pas en eux-mêmes de quoi concevoir de l'or- médite, parce qu'il sait bien qu'une fois cette

gueil, ni exercer sur le prochain une mordante base solidement assise dans les cœurs , on
critique , ils se donnaient des chefs du mérite pourra, sans crainte, élever dessus toutes les
desquels ils se prévalaient pour déverser le autres parties du palais de la vertu. Bâtir sur
mépris autour d'eux. Ainsi la sagesse de ceux un autre fondement, c'est se condamner à no
qui les instruisaient leur devenaient un pré- rien faire de durable et à travailler en vain,
texte d'arrogance envers les autres ; singulière à l'exemple de celui qui ayant construit sur le
manie de gloire que d'en
de ce qui
tirer même sable eut beaucoup de peine et nul profit, pré-
ne leur appartenait pas, et d'abuser des avan- cisément parce qu'il avait négligé la solidité
tages d'autrui pour mépriser leurs frères I des fondements. Oui, quelque bien que nous
Comme donc ils étaient enflés d'orgueil, dé- fassions, si nous n'avons pas l'humilité, tout la
sunis, et partagés en beaucoup de sectes, fruit de nos œuvres se trouve corrompu et
qu'ils tiraient vanité de la doctrine , comme perdu. Et quand je dis l'humilité, je ne parle
s'ils d'eux-mêmes et non reçue
l'avaient tirée pas de celle qui n'est que dans la parole et sur
d'en-haut, comme
les dogmes de la vérité
si la langue, mais de celle qui vit dans le cœur,

leur fussent venus d'ailleurs que delà grâce de dans l'âme, dans la conscience, de celle que
Dieu rApûtre voulait réduire cette vaine
, Dieu peut seul voir. Cette vertu suffit, même
enflure ; et c'est pourquoi dès le début de son, quand elle est seule, pour nous rendre Dieu
épître, il fait valoir sa vocation. C'est comme propice témoin le publicain il n'avait aucun©
: ;

s'il disait : Si moi ,


qui suis votre maître je ,
bonne œuvre à présenter, aucun acte ver-
n'ai rien tiré de mon propre fonds , si je n'ai tueux, mais il sut dire du fond du cœur :
pas prévenu Dieu dans ma conversion , si je Soyez-moi propice à moi pécheur (Luc, xviii,
n'ai fait que répondre à une vocation, comment 13), et il descendit chez lui plus justifié que I©
vous, mes disciples, vous qui avez reçu de moi pharisien quoique ces paroles fussent moins
,

les dogmes, pouvez-vous comme en^tirer vanité des paroles d'humilité que de modestie et d'é-
si vous les aviez trouvés vous-mêmes ? Au reste, quité. Car avoir fait de grandes choses et ne
cette pensée se trouve explicitement exprimée pas s'en glorifier, voilà de l'humilité, mais se
plus loin : Qui
qui met de la différence
est-ce sentir pécheur et Tavouer, ce n'est que do
entre vous ? Qu'avez-vous que vous n'ayez reçu ? la modestie. Si celui qui avait conscience de
Que si vous l'avez reçu, pourquoi vous en glo- n'avoir fait aucun bien, s'est attiré à ce point
rifiez-vous comme si vous 7ie l'aviez point reçu ? la bienveillance de Dieu, uniquement pour en
(I Cor. IV, 7.) avoir fait l'aveu, de quelle faveur ne jouiront
Ainsi donc ce mot de vocation mis par l'Apôire pas ceux qui, pouvant se rendre le témoignage
en de son épître est à lui seul une leçon
tête d'avoir accompli de grandes choses, les oublient
d'humilité, il fait évanouir l'enflure, il rabaisse jusqu'à se placer au dernier rang c'est ce que !

l'orgueil. Rien ne dompte et ne contient mieux fit saint Paul, lui qui était au premier rang

les passions de l'homme que l'humilité, que la parmi les justes, et qui se disait le dernier des
modestie, que la simplicité, que l'opinion vraie pécheurs. (I Tim. i, 15.) Et non-seulement il le
et non exagérée qu'on a de soi. Aussi le Christ, disait, mais il le croyait, ayant appris du divin
révélant pour la première fois la doctrine Maître que, même tout ce qui
après avoir fait

céleste, commence-t-il par exhorter à l'humi- nous est commandé, nous devons nous estimer
lité, et dès qu'il ouvre la bouche pour instruire, des serviteurs inutiles. (Luc, xvii, 10.) Voilà la
la première loi qu'il porte est celle-ci Bien- : véritable humilité imitez Paul vous qui avez
:

heureux les pauvres d'esprit! {^liMh. v, 3.) des vertus, suivez le publicain vous qui êtoa
Comme celui qui projette de bâtir une grande remplis de péchés ; oui, confessez ce que voua
et magniflque maison, établit d'abord un fon- êtes, frappez-vous la poitrine formons notre ,

dement en rapport avec l'édiflce , afin qu'il esprit aux humbles pensées sur nous-mêmes»
puisse sans fléchir en supporter la masse Une telle disposition est par elle-même une
énorme, ainsi le Christ, sur le point d'élever ofl'rande et un sacrifice, David nous l'assure 5
l'édifice de la religion dans les âmes voulant , Cest un sacrifice aux yeux de Dieu quuik
avant tout poser un fondement solide, inébran- esprit brisé. Dieu ne rejettera jamais un cœuf>
lable, choisit la vertu d'humilité pour faire contrit et humilié. (Ps. l, 19.) Il ne dit pe.s «m-
100 TRADUCTION FRANÇAISE DE SALVf JLAN LliRYSOSTOME.

plement humilié;
: il dit encore : contrit^ c'est- (Eccl. III, 20.) Or celui qui aura trouvé grâce
à-dire broyé, réduit en tel état qu'il ne peut devant Dieu ne ressentira plus aucune disgrâce,
plus s'élever quoiqu'il désire de le faire. Ainsi mais il pourra, dès ici-bas. protégé par la
donc n'humilions pas seulement notre âme, divine grâce, traverser toutes les incommodi-
mais broyons-la, livrons-la à la componction : tés de ce monde, et surtout il évitera les châ-
or elle se broie par le souvenir continuel de timents réservés dans l'autre à ceux qui com-
nos péchés. Ainsi humiliée, elle ne pourra plus mettent le péché, la grâce de Dieu le pré-
sélever, parce que la conscience, comme un cédant partout et aplanissant tous les obs-
frein que l'on serre, s'opposera à tousses élans, tacles sur sa route c'est cette grâce que je
;

]a réprimera et la forcera d'être modeste en vous souhaite à tous, en Jésus-Christ Notre-


tout. Alors nous trouverons grâce devant Dieu, Seigneur, par qui et avec qui gloire soit au
car il est écrit Plus tu es grande plus tu dois
: Père et au Saint-Esprit, maintenant et toujours,
i'hwnilie?', car tu trouveras grâce devant Dieu. et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Traduit par il. JEANNIX


HOMÉLIE SUR LES AFFLICTIONS'.

AHflLYSE.

1» L'orateur^ dans un exorde où il montre que le chrétien qui souffre dans l'espérance d'un bonheur futur, a un grand avantage sur
le laboureur, sur le pilote et sur le soldat, annonce qu'il va expliquer ces paroles de l'Apôlre : Non seulement, mais nous
nous glorifions encore dans les afflktions ; mais que, pour jeter un plus grand jour sur ce passage, il reprendra d'un peu
plus haut, avant de s'en occuper. II fait donc un tableau des persécutions violentes auxquelles étaient exposés les premiers
fidèles. — 2° Saint Paul, pour les consoler, ne cessait de les nourrir de l'espérance des biens futurs, et de leur rappeler aussi les
avanlagesdontiisjouissaient dès ce inonde. — 3° Après leur avoir
détaillé ces biens et ces avantages, l'Apôtre ajoutait que, non-
seulement ne (levaient pas se laisser abattre par les afflictions, mais que môme ils devaient s'en réjouir.
ils 4" Saint Jean Chry- —
sostome prouve la vérité de ces paroles par l'exemple de saint Paul lui-même, par celui des autres apôtres, et par le courage
des martyrs, qui étaient satisfaits et joyeux au milieu des plus cruelles souffrances. Saint Paul se glorifiait surtout de ses afllic-
tions, et c'est ce qui lui faisait dire Non seulement, mais nous nous glorifions encore dans les afflictions. Et pourquoi
:

nous gloriGer dans les afflictions ? c'est qu'elles nous éprouvent et nous fortifient, qu'elles nous donnent une vigueur qui nous
affermit contre toutes les disgrâces. Plusieurs exemples, pris dans la nature, montrent combien cet avantage est important. Nous
devons donc, pour notre propre intérêt, supporter courageusement toutes les peines de cette vie.
On ne peut ûxer la date de ce discours, ni même savoir s'il a été prononcé k Àntioche ou à Constantinople.

1. Il est pénible pour le laboureur d'atteler ces exemples ? C'est de vous inspirer de l'ar-
ses bœufs, de traîner sa charrue, de tracer des deur pour écouter mes paroles, de vous don-
sillons, d'y jeter les semences, d'en éloigner ner du courage pour supporter les peines qui
le torrent des eaux qui les submergent, de re- accompagnent la pratique de la vertu car si ;

lever les rives des fleuves, de creuser des fossés, chacun de ceux dont je viens de parler regarde
de former des canaux au milieu de son champ; ses fatigues comme légères, dans l'espoir des
mais toutes ces fatigues, toutes ces peines, de- biens qu'il attend, quoique les biens qu'il peut
viennent légères et faciles, lorsqu'il voit en obtenir, se terminent avec la vie à plus forte ;

espérance une moisson verdoyante sa faux , raison devons-nous être aussi empressés à eu-
aiguisée, son champ couvert de gerbes, et les tendre des instructions S[)irituelles que coura-
blés murs transportés avec joie dans sa maison. geux pour supporter les peines et les combats
Ainsi le pilote affronte les orages et les tem- qui nous feront parvenir à un bonheur sans
pêtes, brave l'incertitude des vents, la fureur fin. Le laboureur, le pilote et le soldat n'ont
des ne craint pas d'entreprendre des
flots, que des espérances incertaines et passagères ;
voyages de long cours, lorsqu'il pense aux di- ils arrivent souvent à la mort sans jouir des

verses marchandises dont son vaisseau sera biens qu'ils ont attendus, sans voir Taccom-
chargé, aux ports qui les recevront, aux ri- plissement des grandes espérances dont ils se
chesses immenses qu'elles lui produiront. Ainsi sont nourris, et pour lesquelles ils ont essuyé
le soldat supporte les blessures, reçoit les ce qu'il y a de plus rude. Par exemple, après
grêles de traits, endure le froid, la faim, l'é- beaucoup de travaux et de peines, le laboureur
loignement de sa patrie, s'expose aux dangers quelquefois, au moment même où, aiguisant
des batailles, lorsqu'il songe qu'il en résultera sa faux, il se préparait à la moisson, voit ses
pour lui des victoires, des triomphes et des ou par la nielle, ou par des in-
blés détruits,
couronnes. Et quel est mon but, en rapportant ou par des pluies excessives,
sectes nuisibles,
* Traduction de l'abbé Auger, revue. ou par quelque autre fléau que peuvent pro-
102 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

duire les variations de l'air ; il s'en retourne dans les maux, de la récompense qu'obtiennent
dans sa maison les mains vides, privé du fruit ceux qui ne succombent pas dans les peines de
de toutes ses peines, et frustré de toutes ses la vie. Que veulent donc dire ces paroles Non- :

espérances. Le pilote, de même, lorsqu'il se seulement ? Celui qui les emploie annonce
réjouissait du grand nombre de marchandises qu'il a déjà parlé de beaucoup d'autres avan-
dont il avait chargé son vaisseau, lorsqu'après tages, auxquels il ajoute celui qu'on peut tirer
avoir tendu avec joie ses voiles pour le retour, de l'affliction. Aussi le même apôtre disait :

il avait parcouru une vaste étendue de mer, Non-seulement, ma' s nous nous glorifions en-
jeté souvent, à l'entrée du port, sur quelque core dans les affiictions. Ecoutez-moi, je vous
rocher, ou sur un écueil à fleur d'eau, ou, se prie, je vais travailler à éclaircir sa pensée, et
trouvant en butte à quelque autre accident à développer tout ce qu'elle renferme.
imprévu, voit périr l'espoir de sa fortune, et Lorsque les apôtres prêchèrent le saint Evan '

sauve avec peine sa personne du milieu des gile, et qu'ils parcoururent le monde, semant
échappé
périls. Enfin, le guerrier, après avoir la parole divine, déracinant de tout côté l'er-
à mille combats, après avoir triomphé de ses reur, abolissant les lois anciennes de l'impiété,
ennemis et repoussé leurs bataillons, voit sou- chassant l'iniciuité de toutes parts, purgeant la
vent trancher ses jours à la veille d'obtenir terre, engageant les hommes à renoncer aux
une victoire complète, sans avoir tiré aucun idoles, aux temples, aux autels, aux fêtes et
avantage de ses fatigues et de ses dangers. Il aux cérémonies d'une religion fausse, à recon-
n'en est pas de même de nous. Nous sommes naître un seul Dieu maître de l'univers, et à
soutenus dans nos afflictions par des espé- attendre les espérances futures; lorsque ces
rances éternelles, fermes, inébranlables, qui mêmes ajjôtres annonçaient le Père, le Fils et
ne finissent pas avec la vie présente, mais qui l'Esprit-Saint, qu'ils raisonnaient sur la résur-
ont pour terme une vie dont laféhcité est sans rection, qu'ils parlaient du royaume céleste ;

mélange et sans bornes; des espérances qui ne alors on vit s'allumer la plus affreuse, la plus
sont sujettes ni aux variations de l'air, ni aux cruelle de toutes les guerres ; toutes les villes,
incertitudes des événements, ni même aux toutes les maisons, tous les peuples, les lieux
coups inévitables de la mort. habités et inhabités, étaient pleins de tumulte,
Mais en ne considérant que les espérances de sédition et de trouble, parce (ju'on ébranlait
seules, on peut voir quel est leur fruit mer- d'anciens usages, qu'on attaquait des préjugés
veilleux dans les divers accidents de la vie, et établis depuis longtemps, et qu'on introduisait
la récompense abondante dont elles nous une doctrine nouvelle, dont personne n'avait
paient. Aussi le bienheureux Paul s'écriail-il : encore ouï parler; les princes sévissaient con-
IS on-seulc7ntnt mais nous nous glorifions oi-
^ tre celle doctrine; les majiistrals s'emportaient
corc dmis les afflictions. (Rom. v, 3.) Ne passons contre elle, les particuliers se troublaient, les
point légèrement, je vous en conjure, sur places publicpics se soulevaient, les tribunaux
cette parole fort simple et puisque le discours
; s'animaient, les glaives s'aiguisaient, les armes
nous a conduits dans le port (luc nous otl're se préparaient, les lois usaient de toute leiif

Paul, cet illustre pilote, arrêtons-nous à une rigueur. De là les peines, les supplices, les

parole qui, dans sa brièveté renferme un, menaces, et tout ce (ju'il y a de plus terrible
grand fonds de doctrine. Que veut-il donc dire, IKinni les hommes. Toute la terre était comme
et qu'entcnd-il par ces mots non-seulement,
: une mer furieuse, prête à enfanter les plus
mais nous nous glorifions encore dans les afflic- tristes naufrages. Le père, par relij^ion, renon-
tions? Remontons un peu, si vous voulez, pour çait à son lils, la belle-mère se séparait de sa

nous instruire, et nous verrons un grand jour belle-lille, les frères étaient divisés, les maîtres
se répandre sur ce passage de saint Paul, nous s'armaient contre leurs esclaves, la nature,
en verrons sortir une grande force de pensées pour ainsi dire, était soulevée contre elle-même,
et de réflexions utiles. Mais qu'aucun de nous la guerre s'allumait dans toutes les cités, dans

ne montre de négligence et de mollesse (pie ;


toutes les fainillei» , et non - seulement les
le désir d'entendre des instructions s|)iriluelles citoyens étaient déclarés contre les citoyens,
soit connue une rosée qui nous récrée et nous mais les parents contre les parents car la pa- ;

raninir. Nous allons vous entretenir de laftlic- role divine pénétrant comme un glaive, et sépa-

tiun^ du désir des biens éternels, de la patience rant le? parties gaugrenécs des parties saines,
HOMÉLIE SUR LES AFFLICTIONS. lôd

excitaiten tout lieu des divisions et des débals, avec la vie préscTite i les récompenses se pro-
suscitaitde toute part aux fidèles une multi- longent sans fin dans l'éternité. Les unes sont
tude d'ennemis et de persécuteurs. De là les temporelles et passagères, les autres sont im-
uns étaient j(>tés en prison, les autres traînés mortelles comme le souverain Etre qui en est

devant les tribunaux ou au supplice; les biens le principe et terme. Et c'est ce que le même
le

de ceux-ci étaient confisqués, ceux-là étaient apôtre fait encore entendre dans un autre en-
chassés de leur patrie, et souvent privés de la droit ; Le moment si court et si lér/cr de nos
vie même. Une foule de maux venaient fondre afflictions (II Cor. iv, 17), dit-il, diminuant la
de tout côté sur les chrétiens; ils avaient à gravité des maux par leur petit nombre , et
craindre et à combattre au dedans et au dehors adoucissant leur rigueur par le peu de temps
de la part de leurs ennemis, de la part des qu'ils durent; en effet, comme les peines que
étrangers, de la part de ceux mêmes qui leur les chrétiens avaient alors à souffrir étaient
étaient unis par le sang. rudes et pesantes, il diminue leur poids par la
Le précepteur du monde, le docteur d'une
2. brièveté de leur durée Le moment si court
: et
science céleste, le bienheureux Paul, qui voyait si léger ^ dit-il, de nos produit en
affîictionSy
Li persécution s'allumer contre l'Eglise, qui nous le poids éternel d'une souvo^aine et incom-
voyait que les maux étaient présents et en réalité, parable gloire, pourvu que nous ne considé-
tandis que les biens n'étaient que futurs et en es- rions pas les choses visibles, mais les invisibles,
pérance, je veux dire le royaume des cieux, la parce que les choses visibles sont passagères, et
résurrection des morts, ce bonheur infini, qui est que les invisibles sont éternelles. Et nous rame-
au-dessus de toutes les pensées et de toutes les nant de nouveau à l'idée de la grandeur des
expressions; saint Paul qui voyait d'un côté que biens d'une autre vie, il introduit les créatures
tourments, les sup-
les chevalets, les glaives, les même inanimées qui sont dans le travail de
plices, les morts de toutes les espèces n'étaient l'enfantement, qui gémissent des afflictions
pas seulement attendus, mais se faisaient sen- présentes, et qui désirent avec ardeur les biens
tir en effet; et de l'autre, que ceux qui de- futurs comme infiniment avantageux. Durant
vaient combattre contre ces afflictions, venaient cette vie, dit-il, les créatures gémissent et sont
de quitter les autels du paganisme, de renon- dam le travail de l'enfantement. (Rom. vui,
cer aux idoles, aux délices, à l'intempérance et 22.)Pourquoi gémissent? pourquoi sont dans
à l'ivresse, pour embrasser la foi que peu ac- ; de V enfantement? parce qu'elles at-
le travail
coutumés encore aux grandes idées d'une vie tendent les biens futurs, et qu'elles désirent
éternelle, ils étaient attachés aux choses pré- un changement favorable. Les créatures, dit-
sentes, et que probablement plusieurs d'entre il, seront délivrées de l'asservissement à la cor-
eux manqueraient de force et de courage, suc- ruption, pour participer à la liberté et à la
comberaient aux peines qui viendraient les gloire des enfants de Dieu. Lorsque saint Paul
assaillir chaque jour; d'après ces réflexions, dit que les créatures gémissent, qu'elles sont
que fait le grand Apôtre à qui les secrets céles- dans le travail de l'enfantement, ne croyez pas
tes avaient été révélés? Considérez la sagesse qu'il parle de créatures raisonnables, mais
de Paul. Il leur parle sans cesse des choses fu- apprenez quelle est la langue de l'Ecriture.
tures, il leur met sous les yeux les prix, les Quand Dieu veut annoncer aux hommes, par la
couronnes ; les consolant , les animant par bouche de ses prophètes, quelque événement
l'espoir des biens éternels. Eh 1 que leur dit-il? agréable et extraordinaire , il représente les
Nous pensons que les souffrances de ce monde êtres même inanimés, comme sensibles à la
n'ont aucune proportion avec la gloire qui sera grandeur des prodiges qui s'opèrent. Ce n'est
un jour découverte en nom. (Rom. vni , t8.) point que ces êtres soient vraiment sensibles
Que me parlez-vous, dit-il, de violences, de mais c'est pour exprimer la grandeur des pro-
tourments, de bourreaux, de supplices, de pri- diges, en donnant à des créatures dépourvues
sons, de chaînes, de proscriptions, de la faim de raison , les sentiments que les hommes
et de la pauvreté? Imaginez ce qu'il y a de plus éprouvent. C'est ainsi que lorsqu'il arrive quel-
affreux parmi les hommes, vous ne me citerez que malheur insigne, nous avons coutume de
rien qui ait quelque proportion avec les prix, direque la ville même est affligée, que le sol
les couronnes et les récompenses réservées à la estdevenu plus triste. Et lorsqu'on veut parler
vertu courageuse. Les souffrances se terminent d'un de ces hommes téroces qui sèment au
104 TRADUCTION FRANÇAISE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

loin l'épouvante, on dit qu'il a ébranlé les fon- chercher quelque consolation dans la vie pré-
dements mêmes des maisons, que les pierres sente. Aussi l'Apôtre, ce grand maître, instruit
mêmes ont redouté sa présence. Ce n'est pas de cette disposition de l'homme, ne le console
que les pierres aient vraiment redouté sa pré- pas seulement par l'espoir des biens futurs, il

sence, mais c'est pour donner une idée exagé- l'anime par la vue des avantages présents. Et
rée de la fierté de son âme, et de la férocité de d'abord il lui expose les bienfaits qui avaient
son cœur. C'est pour cette raison que David, été accordés à la terre ; bienfaits qu'elle ne
ce prophète admirable, racontant les biens voyait pas en espérance, mais dont elle jouis-
qu'ont éprouvés les Juifs, et la satisfaction Si^it dans la réalité ; bienfaits, en un mot, ga-
qu'ils ont ressentie dans leur délivrance de rant le plus solide et le plus frappant des
l'Egypte disait : Lonqu Israël sortit de l'E- bions futurs et attendus; il parle fort au long
gypte^ et la maison de Jacob du milieu d'un de la foi il cite l'exemple du patriarche Abra-
;

peuple barbare^ Dieu consacra le peuple juif à ham qui espéra de devenir père malgré la na-
son service, et établit son empire dans Israël. ture qui ne lui permettait plus de l'être, et
La mer le vit et s'enfuit, et le Jourdain retourna qui le devint parce qu'il crut fermement qu'il
en arrière; les montagnes bondirent comme le serait. De là, il exhorte l'homme à ne pas se
des béliers^ et les collines comme les agneaux laisser abattre par la faiblesse des raisonne-
des brebis, à la présence du Seigneur. (Ps. cxiii, ments humains, mais à s'animer, à se soutenir
4, 2, 3 et 4.) Cependant on ne lit nulle part que par la grandeur de sa foi, et à prendre des
ces merveilles soient arrivées. La mer, il est sentiments élevés. Après celi, il lui parle des
Jourdain sont retournés en arrière;
vrai, et le biens qu'il a déjà reçus de Dieu. Et quels sont
mais les montagnes et les collines n'ont jamais ces biens? Dieu a donné, pour des serviteurs
bondi. Mais, je le répète, c'est parce qu'il vou- ingrats, son Fils unique et chéri. Nous étions
lait représenter les transports de la joie que res- chargés du poids de nos iniquités sans nombre,
sentirent les Hébreux au sortir de l'oppression accablés sous la multitude de nos fautes; il ne
sous laquelle ils gémissaient en Egypte, que nous en a pas seulement affranchis, il nous a
David fait sauter et bondir les êtres môme ina- rendus justes et sans exiger de nous rien de
;

uiniés, comme s'ils partageaient le bonheur et difficile rien de pénible


, en ne nous deman- ,

la salislaction de ce peuple. Ainsi lorsque , dant que la foi , il nous a rendus justes et
l'Ecriture veut annoncer quelque événement saints , enfants de Dieu , héritiers de son
triste occasionné par nos fautes, elle s'exprime royaume, cohéritiers de son Fils unique il ;

en ces termes La vigne et les arbres seront


: nous a promis la résurrection et l'incorrupti-
dans le deuil (Is. xxiv, 7); et ailleurs Les : bilité de nos corps le bonheur dont jouissent
,

rues de Sion sont dans le deuil. (Jér. Lam. i, i.) les anges qui est au-dessus de toutes les pen-
,

Elle fait même verser des larmes aux êtres sées et de toutes les paroles, le séjour dans le
insensibles ; Pleurez, 7nurs de Sion, dit-elle; royaume des cieux, lajouissance de lui-même;
elle dit que les contrées mêmes de la Judée il a répandu sur nous, dès ce monde, les grâces

sont dans la douleur, qu'elles sont enivrées de de son Esprit, il nous a délivré? de la tyrannie
iristesse. Ce n'est pas que les éléments soient du démon, nous a arrachés à son empire il a ;

sensibles; mais, sans doute, les prophètes vou- détruit le péché, anéanti la malédiction , et,

laient nous roi)résenter la grandeur des biens brisant les portes de l'enfer, il nous a ouvert
dont Dieu nous comble, et la rigueur des puni- le ciel ; il a envoyé, pour opérer notre salut,
tions qu'il inllige à nos crimes. C'est pour cela non un ange, non un archange, mais son Fils
que le bienheureux Paul lui-même introduit unique lui-même , connue il le dit par la
les créatures (jui gémissent, qui sont dans le bouche d'un de ses prophètes Ce 7i est pas un :

travail de renfantcmcMit, afin d'exprimer les ambassadeur, ce Jicst pas un ange, c'est le
grandes faveurs que Dieu nous réserve au sor- Seigneur lui-mcmc qui nous a sauvés. (Is. lxui,
tir de ce monde. 9.) No sont-ce pas dos avantages préférables à
3. Mais, dira-t-on, ces faveurs ne sont qu'on mille couronnes, d'avoir été sanctifiés et justi-
esitérance , et l'hounue faible et malheureux fiés, do l'avoir olo par la foi , de lavoir été par
iiouvelleuient arraché à l'idolâtrie, incapable le Fils unique de Dieu venu du
ciel pour nous,

de raisonner sur les choses futures, et peu de l'avoir été par le Père qui a donné pour
propre à être touché de ces discours, devait nous son Fils chéri d'avoir reçu l'Esprit- ,
108

Saint , et , avec la plus grande facilité ,


d'avoir porter les avantages que nous avons obtenus,
joui d'une grâce et d'une faveur ineffable? et ceux que nous devons obtenir, mais ce qui

Après s'èlre expliqué en peu de mots sur tous est regardé dans le monde comme des peines
ces avantages il revient à l'espérance, par la-
,
et des afflictions, les tribunaux, les prisons, les

quelle il termine son discours; car, après avoir différentes espèces de morts, les menaces, la

dit Justifiés par la foi, nous avons la paix


: faim, les tourments, les chevalets, les four-

avec Dieu par Notre- Seigneur Jésus-Christ, naise?, le pillage, les guerres, les attaques, les
qui nous a donné aussi entrée par la foi à cette combats, les divisions, les querelles : il met
grâce en laquelle nous dcmeuro7is fermes, il
,
tout cola au nombre des faveurs et des bien-

ajoute Et nous nous glorifions dans l'espé-


: faits. Non, ce n'est pas seulement des biens

rance de la gloire des enfants de Dieu. (Rom. que nous avons reçus ou que nous espérons,
V, 1 et 2.) Après donc qu'il a parlé des avan- que nous devons nous réjouir; nous devons
tages que nous avons obtenus et de ceux qui même nous glorifier de nos maux, suivant ce
nous sont promis être justifiés, avoir accès : que dit saint Paul Je me réjouis mainte-
:

auprès du Père par le Fils immolé pour nous nant de ce que je souffre pour vous, et j'ac-
jouir de cette grâce et de cette faveur, être dé- complis dans ma chair ce qui manque aux
livrés du péché, acquérir la paix avec Dieu et souffrances de Jésus-Christ. (Colos. i, 24.) Vous
participer à l'Esprit-Saint, tels sont les avan- voyez une âme furie et courageuse, un cœur
tages que nous avons obtenus; ceux qui nous sublime et invincible, qui ne se glorifie pas
sont promis , c'est cette gloire ineffable qui seulement des couronnes, mais qui se plaît
nous est réservée au sortir de ce monde , dans les combats qui ne se réjouit pas des ré-
;

comme le dit saint Paul lui-même, lorsqu'il compenses, mais qui s'applaudit des difficultés
ajoute : Cette grâce en laquelle nous demeu- qu'elles lui coûtent ;
qui est moins satisfait des
rons fermes, nous nous glorifions dans l'es-
et prix qu'on lui réserve que glorieux de tous les
péraîice de la gloire des enfants de Dieu ; ai)rès assauts qu'il lui faut soutenir. Ne me parlez
dis-je, qu'il a parlé de tous ces avantages pas de royaume céleste, de couronnes incor-
comme l'espérance, ainsi que je l'ai déjà dit, ruptibles, de prix réservés à la persévérance ;

n'est pas suffisante pour fortifier, pour raffermir présentez-moi les peines, les afflictions de cette
un auditeur chancelant et faible; voyez ce que vie, et je pourrai montrer qu'on doit s'en glo-
fait saint Paul, considérez quelle est la force rifier plus que de tout le reste. Dans les jeux
de son âme et sa grande sagesse. C'est des profanes, lorsqu'un athlète a à lutter contre
objets mêmes qui paraissent affliger, troubler, un autre combat lui coûte autant
athlète, le
décourager son auditeur, qu'il forme les cou- de peine que couronne lui cause de plaisir.
la
ronnes qui font sa consolation et sa gloire. Il n'en est pas de même dans les luttes spiri-
Ecoutons- le lui-même, et voyons ce qu'il tuelles les combats procurent plus de gloire
:

ajoute à ce qu'il a déjà dit; car il ne se con- que les couronnes. Pour vous en convaincre,
tente pas de dire que nous avons été sanctifiés considérez tous les saints de toutes les généra-
et justifiés, que noi:s l'avons été par le Fils tions, comme dit l'apôtre saint Jacques Pre- :

unique de Dieu que nous avons joui de la , nez, mes frères, prenez pour exemple de pa-
grâce, de la paix, des plus grandes faveurs, de tience dans les maux, les prophètes qui ont
la rémission des péchés, de la communication parlé au nom du Seigneur. (Jacq. v, 10.) Celui
de l'Espril-Saint, et cela avec la plus grande même qui nous propose maintenant des com-
facilité, sans aucune peine, sans aucun travail, bats utiles, qui nous ouvre une carrière spiri-
par seule foi
la il ne se contente pas de ;
tuelle, je veux dire saint Paul, après avoir dé-
dire que Dieu nous a envoyé son Fils unique sans nombre que les saints
taillé'les afflictions
qu'il nous a accordé cette faveur, qu'il nous
ont eues à souffrir, et qu'il ne serait pas facile
en a promis une autre une gloire ineffable ,
, d'exposer dans un discours, ajoute ces paroles:
la résurrection et l'incorruptibilité des corps 7/5 erraient vêtus de peaux, manquant de tout^
partage des anges la société de Jésus- affligés, persécutés, eux dont le monde entier
le ,

Christ séjour dans le ciel (car voilà tout ce


, le
n'était pas digne (Héb. xi, 37 et 38) et cepen- ;

que renferment ces mots Et nous nous glori- :


dant ils étaient satisfaits au milieu de toutes
fions dam V espérance de la gloire des enfants leurs peines. C'est ce qu'on voit encore lorsque
de Dieu) ilne se contente pas, dis-je, de rap-
\
les apolres étaient renvoyés après avoir été
i06 TRADTTTION FRANÇAISE DE SALYT JEAN CimYSOSTOii

mis en piison accablés d'injures, et battus de duit,dans les persécutions, dans tous les maux
verges. Que dil l'Ecriture? Ils sortirent du que je souffre afin que la puissance de Jésus-
,

conseil remplis de joie de ce qu'ils avaient été Christ habite en moiK (II Cor. xii, 10.) C'est
jxigés dignes de souffrir des opprobres pour le par cette raison encore qu'ayant à parler avec
nom de Jé-us. (Act. v, 41.) force contre des hommes qui avaient fixé leur
A. C'est ce que nous avons vu de nos jours et ; séjour à Corinthe qui s'estimaient beaucoup
,

pour reconnaître la vérité de ce que je dis, on eux-mêmes , et qui condamnaient les autres
peut se rappeler ce qui est arrivé dans le temps que, se trouvant obligé de prendre un ton de
des persécutions. Attachée au chevalet, cruel- fierté dans son épître, et de nous tracer un por-
lement tourmentée et déchirée, toute couverte trait avantageux de lui-même, il ne se loue ni
de sang, une vierge tendre, f;iible et délicate , par les prodiges et les miracles qu'il a opérés ,

était comme une jeune éj ouse, couchée sur ni par les honneurs qu'il a obtenus ni par la ,

le lit nuptial ; le désir du royaume céleste lui vie paisible qu'il a menée, mais par les prisons
faisait supporter toutes ses souffrances avec sa- où il a été conduit, par les tribunaux devant
tisfaction et elle était couronnée au milieu
, lesquels il a paru ,
par la faim, le froid , les
même du combat. Examinez quel spectacle guerres et les persécutions qu'il a essuyées.
c'était de voir un tyran escorté de tous ses gar- Sont-ils ministres de Jésus-Christ ? dit-il ;

de?, environné d'armes et de glaives mena- quand je devrais passer pour iinprudent, fose
çants, vaincu par une jeune vierge. Vous voyez dire que je le sids plus qu'eux. (II Cor. xi, 23.)
donc que l'aflliction même fournit un grand Etcomment prouve-t-il qu'il l'est plus qu'eux?
sujet de se glorifier ; et vous pouvez rendre té- comment établit-il sa supériorité ? J'ai plus
moignage à la vérité de mes discours. Avant souffert de travaux plus reçu de coups, plus
,

que les martyrs aient reçu leur récompense , enduré de prisons , je me suis souvent trouvé
le prix de leurs combats et la couronne, lorsque prés de la mort^ et le reste. S'il faut se glori-
leurs corps viennent d'être réduits en cendre fier, dit-il encove,je me glorifierai dans 7710 fai'
et en poussière nous accourons avec le phis
, blesse. Vous voyez qu'il se glorifie de ses tri-

grand empressement pour les honorer nous , bulations plus qu'on ne s'applaudit des plus
convoquons une assemblée spirituelle, nous les brillantes couronnes, et qu'il dit en consé-
l)rocîamons vainqueurs, nous les couronnons quence Non-seuleme7it , 7imis 7ious nous glo-
:

l)our les blessures (ju'ils ont reçues pour le ,


rifions encore dans les afflictio7is. Que signifie
sang qu'ils ont répandu, pour les aftlictions noiî-seulement ? c'est-cà-dire non-seulement ,

les peines et les tortures qu'ils ont essuyées. nous ne nous laissons pas abattre par lesaifiic-
Tant il est vrai, je le répète, que les aftlictions tions et par les peines, mais nous nous glori-
fournissent un sujet de se glorifier, même avant fions de ce qui nous arrive de fâcheux, comme

la récompense. d'un moyen de parvenir au comble de l'hon-


Songez combien Paul était grand, lorsqu'il neur.
liabitail les prisons et qu'il était traîné devant Ensuite, après avoir dit que les afflictions
les tribunaux; songez combien il était illustre sont la voie qui conduit à la plus grande gloire,
et distingué aux yeux de tous les hommes et ,
un sujet de se glorifier et de s'ap|)laudir,
surtout de ceux qui lui faisaient la guerre et comme sans doute la gloire procure du plaisir,
qui le poi.-iéculaient. Quoi'is-je, illustre aux parce qu'il n'y a pas de vrai plaisir sans gloire
yeux des houunes ? n'élait-il pas plus redouta- ni de vraie gloire sans plaisir; après avoir
ble aux démons lorsqu'il était battu de verges? montré, dis-je, que les aftlictions donnent de
C'est lorsqu'il était charge de liens et cpTil fai- la splendeur et du lustre, sont un sujet de se
saitnaufrage c'est alors cpril opérait les |dus
: glorifier, il rapporte un de leurs avantages, le

grands prodiges, qu'il lri(>ni|ihait pleinement plus important, un des fruits, le plus précieux
des puissances qui lui étaitMit opposées. Connue et le plus rare qu'on en peut attendre. Voyons
donc il était intinieinenl convaincu cpie les (juel est ce fruit, cet avantage Sachant do7ic^ :

aftlictions sont prolilables à ràine, il disait :


dit-il, que ra/Jh'ction produit la patience, la
C'est lorsque je suis faible qtie je suis fort. patic7Ke l'épreuve y l'épreuve l'cspéra/ice; et
Ensuite il ajoute : Aussi je sens de la satisfac-
• S.iint Jean Chry«oston»e • cité, 9»n» doute, de mémoire tout ce
tion et (le la joie datis les faiblcst^cs^ dans les
pas aec .iont les paroles «ont différemment disposée! dans text» U
outrages , dam les 7u'ccssitcs oit je me vois ré- d« l'Eciiture.
HOMÉLIE SIR LES AFFLICTIONS. m
ce' te espérance n'est pas trompeuse. (Rom. v, ment?. Et, de mêmeque ceux qui s'embar-
3 et 4.) Qu'est-ce à dire Sachant que l'afflic-
: quent pour la première fois éprouvent des
tion produit la patience ? Un des grands fruits vertiges et des nausées qui troublent leur tête
de raffliclion est de rendre plus fort celui qui et affadissent leur cœur, tandis que ceux qui

la souffre. En effet, comme les arbres qui sont ont parcouru de vastes étendues de mers di-
entretenus à l'ombre et placés à l'abri des verses, qui ont bravé mille fois les flots, qui
vents, quoique beaux et agréables à la vue, ont essuyé de fréquents naufrages, entrepren-
sont tendres et faibles, et ne tardent pas à être nent avec confiance des voyages maritimes :

endommagés par les moindres orages; au lieu ainsi l'âme qui a passé par de fréquentes
que ceux qui sont placés sur le sommet des épreuves et de grandes afflictions, exercée dès
hautes montagnes, qui sont fréquemment bat- lors à souffrir, ayant acquis l'habitude de la
tus par les aijuilon?, exposés sans cesse aux patience, n'est point tremblante et craintive,
variations de l'air, agités par les plus violentes ne se laisse point troubler par les événements
tempêtes, souvent frappés par les neiges, sont fâcheux; mais, fortifiée par une fréquente
plus forts et plus durs que le meilleur fer; étude et un continuel exercice des accidents
comme aussi les corps qui sont nourris dans de la vie, elle supporte sans peine les plus
les délices, qui goûtent les plaisirs de toutes les grands maux et les plus violentes persécutions.
espèces, qui sont revêtus d'habillements somp- C'est ce que ce directeur habile d'une vie cé-
tueux, qui font habituellement usage de bains leste voulait nous faire entendre par ces mots :

et de parfums, et qui, sans besoin, choisissent Non-seulement, mais nous nous glorifions en-
les nourritures les plus délicates, ne sont nul- core dans les afflictions. Il voulait nous ap-
lement propres aux peines et aux fatigues que prendre que, même avant d'obtenir le royaume
demande la pratique de la vertu, ne sont faits des cieux et les couronnes immortelles qui
que pour les supplices rigoureux dont l'Ecri- nous sont promises, nous tirons des afflictions
ture menace les pécheurs de même, parmi : continuelles cet important avantage, qu'elles
les âmes, celles qui recherchent une vie douce rendent notre raison plus ferme et notre âme
et tranquille, à l'abri des maux, qui sont atta- plus patiente.
chées par inclination aux biens présents, qui Pénétrés de toutes ces vérités, mes très-chers
préfèrent de couler des jours exempts de dou- frères, supportons courageusement les peines
leur à l'avantage de souffrir, comme les saints, de cette vie, et parce que c'est la volonté de
pour le royaume céleste ; ces âmes, plus faibles Dieu, et parce que c'est notre intérêt. Ne per-
et plus molles que la cire, sont de nature à dons pas l'espérance ne nous laissons pas
;

devenir l'aliment d'un feu éternel ; celles, au abattre par la violence des tentations mais ;

contraire, qui pour Dieu ne craignent ni les armons-nous de courage, et rendons grâces à
périls, ni les travaux, ni les tribulations, qui Dieu pour toutes les faveurs dont il nous
sont nourries dans les afflictions et dans les comble, afin que nous jouissions des avantages
peines ; ces âmes, dis-je, rendues plus fermes présents et que nous obtenions les récompenses
que le fer ou que le diamant, deviennent plus futures, par la grâce, la miséricorde et la bonté
courageuses par l'habitude de souffrir sans de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui soient la
cesse, et acquièrent un certain tempérament gloire et l'empire, avec l'Esprit-Saint, mainte-
de force et de patience qui les fait triompher nant et toujours, dans tous les siè^iles des siè-
de tous les assauts des hommes et des événe- cles. Ainsi soit-il.
HOMÉLIE SUR CETTE PAROLE DE L'APOTRE :

NOUS SAVONS QUE TOUT TOURNE A BIEN A CEUX QUI AIMENT DIEU

& AUSSI SUR LA PATIENCE & L'AVANTAGE DES TRIBULATIONS.

AVERTISEMENT.

L'uorde de celle homélie est tout à fait semblable à celui du sermon sur le débiteur des dix mille talents ; dans l'un comme dans
l'autre, Chrysostome se félicite de ce qu'après une longue maladie, il lui est donné de se retrouver et de s'entretenir de nou-
veau, comme au retour d'un long voyage, avec cette assemblée dont il est aimé, et qu'il aime à son tour d'une égale affection.
De là, certains savants tirent cette conclusion que l'tiomélie sur le débiteur des dix mille talents ayant été prononcée certaine-
ment à Antioche, eu 387, celle-ci le fut probablement à Constaiitinople. Car, disent-ils, il n'aurait pas fait deux fois le même
e.>.orde dans la même ville; mais, après s'être rétabli d'une maladie étant à Antioche, il s'y servit d'abord de ce début; et

ensuite, étant k Constantinople, après un autre retour à la santé, il commença ce discours-ci de la même manière, devant des
auditeurs dont pas un n'avait entendu l'autre. Cet argument ne semble pas tout à fait invraisemblable; pourtant comme Chrysos-
tome a été souvent malade à Antioche, comme on le voit par plusieurs de ses discours, et que d'ailleurs il avait coutume, après
un intervalle de quelques années, de répéter dans la même ville d'Anlioche, non-seulement des exordes, mais des sermons tout
entiers, qu'il remaniait et qu'il modiûait un peu, comme nous l'avons déjà vu souvent, rien n'empêche qu'il ne se soit servi
quelques années plus tard, également à Antioche, du même début qu'en 387. Ce discours a donc pu être prononcé, soit dans
l'une de ces villes, soit dans l'autre, et il est assez difQcile de se déterminer entre Us deux.

ANALYSE.

TendrcMÊ de Chrysostome pour ses — La charité est une dette qu'on ne peut jamais payer. — Les chrétiens patients
auditeurs.
dans les persécutions. — de l'Apôtre. — Ingratitude des Macédoniens envers
Efficacité des parole» apôtres. — Pouiquui^ai:;!
les

Paul chassa le démon qui servante à reconnaître


forçait la mission des apôtres. — Ferveur
la délivranc de Paulet de e et Silas.
— De l'efficacité du chant des hymnes pourquoi Paul
: au milieu de