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Université Hassan II de Casablanca

Faculté des sciences juridiques, économiques et

sociales Aïn chock

Cours de THÉORIE GÉNÉRAL DU DROIT

CONSTITUTIONNEL

PR : BOUZIDI YOUNES

Année Universitaire : 2020-2021

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CHAPITRE INTRODUCTIF :

D’un point de vue juridique, la théorie générale du droit constitutionnel se présente comme
l’une des branches de droit public, plus spécialement de droit public interne.

Le droit public et le droit privé comme distinction classique :

Le droit public concerne l’Etat alors que le droit privé concerne les particuliers , nous
pouvons aussi rajouter que le droit public regroupe toutes les disciplines qui reposent sur
l’intervention de la puissance publique ( l’Etat et ses représentants) , alors que le droit privé
regroupe toutes les disciplines juridiques qui règlent les rapports entre les particuliers , dans
le but d’assurer les intérêts individuels , dans le droit privé nous pouvons étudier plusieurs
matières; droit commercial , droit des affaires .... Si ce droit met en présence des acteurs
placés sur le même pied d’égalité, le droit public lui est dominé par la recherche de l’intérêt
général, il se caractérise par la supériorité des prérogatives de l’Etat et des collectivités
publics, il régit les rapports de droit dans lesquels intervient l’état et ses agents ou une autre
collectivité publique, ce droit se subdivise en plusieurs branches, principalement le droit
constitutionnel , le droit administratif également, ensuite les finances publiques et le droit
fiscal, mais aussi les libertés publiques.

Pour établir une différence entre les deux branches de droit nous pouvons s’appuyer sur
quelques caractères qui établiront une meilleure distinction entre les deux branches de droit,
d’abord la finalité et ensuite le caractère de chacun des deux droits et ensuite les privilèges
que chaque droit peut avoir, mais également les contraintes possibles pour faire exécuter les
décisions de justice , et nous pouvons aussi distinguer entre les deux branches par les
juridictions différentes auquel chaque ordre est soumis.

1-La finalité : On peut dire que le droit public vise à satisfaire l’intérêt de la collectivité,
qu’il est au service de l’intérêt public, alors que le droit privé est au service de l’individu,
donc le droit public a pour mission de satisfaire l’intérêt général, alors que le droit privé a
comme finalité de satisfaire un intérêt particulier de l’individu.

2-Le caractère impératif du droit public et le caractère autonome du droit privé : Le


droit public s’impose aux administrés alors que le droit privé est le plus souvent un droit
d’autonomie, c’est à dire que les personnes privées sont libres de se placer dans le système
juridique de leur choix, par exemple la liberté de conclure ou pas un contrat de travail,
d’achat ou de vente ....

3-Les privilèges reconnus à l’administration : Dans le droit privé, il y a un principe qui


est le principe de “Nul ne peut se faire justice soi-même” qui veut dire qu’en droit subjectif,
on ne peut pas sanctionner qu’après avoir été reconnue par l’autorité judiciaire, mais
l’administration au contraire jouit d’un privilège de l’exécution d’office, ce qui veut dire
que l’administration peut faire exécuter ses décisions à l’encontre des particuliers.

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4- Les contraintes possibles pour faire exécuter les décisions de justice : en droit privé il
existe des mesures de contrainte, des voies d’exécution pour obliger les particuliers à
respecter les décisions de justice, comme par exemple la saisie des biens. En droit public,
ceci n’existe pas en principe, car on ne peut pas contraindre l’état ni saisir ses biens, donc
c'est à l’état de payer ses dettes, la seule contrainte est politique.

5-Les juridictions auquel chaque ordre juridique est soumis : l’administration est
soumise à un ordre juridictionnel particulier c’est celui de la juridiction administrative qui
est chargé d’appliquer les règles de droit public, alors que le droit privé quant à lui est
soumis aux tribunaux ordinaires.

Certains professeurs ajoutent au droit privé et droit public, le droit mixte comme par
exemple le droit pénal.

Le droit public interne et le droit public international :

Le droit public international s’applique aux rapports entre Etats.

Le droit public interne s’intéresse aux questions soulevées par l’intervention de la


puissance publique à l’intérieur d’un état déterminé.

Rappel historique : Le droit constitutionnel a été forgé en tant que discipline juridique au
19ème siècle, en effet, après la révolution française, où l’idée des révolutionnaires français
en 1789 était de créer une pratique démocratique de pouvoir afin d’empêcher tout retour de
l’ancien régime, il a fallu imposer au roi une constitution. Après cette révolution, plusieurs
chartes et constitutions écrites sont apparues partout en Europe sous le nom de constitution,
et pendant longtemps, le droit constitutionnel avait pour objet l’étude des institutions et leur
pratique, pour cette raison, ce droit était souvent considéré comme la partie du droit public
interne qui s’occupe de l’organisation politique de l’Etat, ou comme un ensemble
d’institutions grâce auxquelles le pouvoir s’établit , s’exerce et se transmet au sein de l’Etat.
On peut dire que le droit constitutionnel est appréhendé essentiellement sous l’angle des
institutions c’est à dire comme un droit institutionnel, mais après la seconde guerre
mondiale, le contenu du droit constitutionnel va évoluer sous l’influence de la science
politique. En particulier, nous pouvons dire que si on peut étudier les régimes politiques en
les abordant que d’un point de vue de droit, on ne peut pas les comprendre sans la
philosophie politique et sans l’intervention de l’histoire de la science politique, on va
essayer d’adopter une approche un peu pluridisciplinaire càd intégrer d’autres prismes pour
pouvoir comprendre les régimes politique, on ne va pas s’éloigner de l’approche juridique
mais on va intégrer d’autres approches.

De nos jours, le droit constitutionnel est défini comme l’ensemble des règles juridiques qui
déterminent les relations entre les pouvoirs publiques, les droits et libertés fondamentaux,
ainsi que la création et le régime des normes juridiques. De cette définition, nous pouvons
extraire trois types de droit constitutionnel : Un droit constitutionnel institutionnel, un droit
constitutionnel substantiel, et un droit constitutionnel normatif.
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CHAPITRE I : La notion de l’Etat

Section 1 : Les éléments constitutifs de l’Etat :

Selon la convention de Montevideo (1933), un Etat se caractérise par plusieurs éléments


constitutifs : “ Être peuplé en permanence, contrôler un territoire défini, être doté d’un
gouvernement, et être apte à entrer en relation avec les autres Etats”.

Le territoire, la population et le gouvernement sont les trois éléments de nature politique qui
caractérisent aujourd’hui l’Etat moderne, qui exerce son autorité sur un territoire délimité
par des frontières naturelles ou artificielles, (terrestres, maritimes et aériennes), ensuite
l’Etat dispose d’une population composée de nationaux et étrangers, et enfin l’Etat exerce
son pouvoir et sa souveraineté sur la totalité de son territoire.

1- Le territoire : de l’Etat est délimité par des frontières et contribue à forger un sentiment
d’identité commune à tous les habitants. Historiquement, la constitution de l’Etat s’est
accompagnée d’une fixation progressive d’un territoire sur lequel l’Etat exerce son autorité,
c’est ainsi que nous pouvons dire qu’il n'y a pas d’Etat sans territoire. Un territoire, dans
l’intégrité est souvent consacré par les constitutions, c’est ainsi un espace de sécurité pour
ses habitants, si nous voulons parler de la configuration d’un territoire, nous pouvons dire
que la dimension territoriale est sans effet sur la qualité de l’Etat. Ce territoire peut être
d’une très petite taille (le vatican) et peut également être composé de plusieurs iles
(l’Indonésie), ou de portions de territoires non directement reliées entre elles, donc ce
territoire peut être fractionné ou aussi enclavé. Les frontières terrestres d’un Etat doivent
être définies même s'il existe certaines zones floues, les frontières maritimes quant à elles,
quand elles existent bien sûr, parcequ’il y a des Etats qui ont des frontières maritimes et
d’autres non, ils sont de 12000 marins et ils ne séparent pas un Etat d’un autre comme le cas
d’Espagne avec le Maroc, avec une zone économique exclusive qui n’est pas considéré
comme une zone de souveraineté mais chaque Etat peut exploiter les richesses qui existent
dans cette zone économique exclusive, cette zone est fixée dans les 200000 marins. Ces
frontières peuvent être naturelles comme les lignes de crête ou artificielles comme les
courbes géométriques et les lignes droites dessinées lors de l’absence de limites naturelles.
En ce qui concerne les frontières aériennes, ils sont constituées par l’espace situer au-dessus
du territoire terrestre et maritime, à l’exception du l’espace atmosphérique qui est considéré
comme un espace internationalisé et délimitarisé afin de favoriser la recherche scientifique.

2-La population : est un ensemble des individus rattachés par un lien de nationalité, et
vivant sur le territoire d’un Etat dont ils sont placés sous son autorité, on distingue alors
deux catégories d’individus dans ce cas ; les étrangers et les nationaux. Les étrangers ne
disposent pas des mêmes droits que les nationaux. En particulier dans le domaine de la
citoyenneté on peut dire que le droit de vote est réservé uniquement aux nationaux. La
nationalité d’un Etat peut s’acquérir de plusieurs manières et dépend des Etats, mais en
règle générale on peut l’obtenir dès la naissance par le droit du sang, qui veut dire par
filiation, être né de parents qui ont la nationalité de l’Etat concerné ou l’un d’entre eux, mais
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cela diffère d’un Etat à un autre. On peut également acquérir la nationalité par le droit de
sol, qui veut dire qu’on est né dans cet Etat-là, par lieu de naissance, mais également au
cours de notre vie par ce qu’on appelle la naturalisation. Ce lien juridique qui est la
nationalité peut entraîner une identité de droit et de devoir comme le droit de vote, les
obligations militaires et la protection diplomatique à l’étranger. Cela nous mène à parler
d’un sujet qui est proche de l’ Etat et qui peut aussi se mélanger avec la population, souvent
l’Etat s’identifie à une nation, celle-ci constitue aussi un élément très important pour
pouvoir identifier un Etat et lui donner une étiquette, et ce terme de nation peut opposer
deux grandes idées selon lesquelles il y a une première idée qui se fonde non seulement sur
une communauté géographique, une langue unique ou une religion, mais sur une identité de
“race”, ensuite il y a aussi une deuxième idée qui se base plutôt sur une autre dimension qui
est subjective mais il s’agit de la volonté de vivre ensemble enracinés dans l’histoire,
comme par exemple la suisse, qui est malgré la pluralité de langue et religion, nous pouvons
remarquer l’existence d’une solide conscience nationale. Enfin, il y a une question qui se
pose, est celle des minorités nationales qui peuvent être partagées entre plusieurs Etats, c’est
à dire quand il n’y a pas plusieurs identités nationales au sein d’un seul Etat, mais il s’agit
d’une simple identité nationale qui est partagée entre plusieurs Etats, comme par exemple
les kurdes partagés entre l’Iraq, l’Iran, la Syrie et la Turquie. L’existence de ces minorités
nationales conduit souvent à des revendications afin de fonder un Etat. Une population est
de la même façon qu’un territoire n’a pas un seuil quantitatif exigé comme le cas pour
Tuvalu qui exige 10500 habitants.

3-L'organisation politique (Le gouvernement effectif) : L’Etat en tant qu’une


organisation politique est une personne morale de droit public, càd une organisation ou un
groupement distinct de la personne de ses dirigeants, et ces dirigeants ne constituent pas
l’Etat. l’Etat a une capacité juridique à agir, à contracter, et à posséder un patrimoine etc,
certes il existe d’autres personnes morales de droit public, comme les collectivités
territoriales, les communes, les établissements publics, il existe aussi des personnes morales
de droit privé tel que les sociétés, les associations, les syndicats et ainsi de suite, mais toutes
ces personnes juridiques sont soumises à la loi de l’Etat, cet Etat doit exercer un pouvoir de
contrainte, puisqu’il a le pouvoir de fixer des règles de comportement et d’en imposer le
respect , l’idée de l’Etat est fortement liée à celle de droit. L’Etat a le monopole de la force
légitime, donc seul l’Etat a le pouvoir d’exiger par la force le respect des règles posées, si
l’Etat n’a pas le monopole du pouvoir normatif, il a cependant le monopole de la force
légitime. Les gouvernants agissent au nom de l’Etat et disposent de l’administration de
l’Etat et de la force armée tel que : la police, la gendarmerie, l’armée..., afin de faire
appliquer les décisions prises par lui, la volonté des gouvernés se plie devant les contraintes
exercées par les autorités étatique. Ce monopole peut aller plus loin, parceque l’Etat peut
propriété des biens de ses individus, par exemple pour construire une autoroute, comme il
peut envoyer ces individus à la mort càd la guerre.

Section 2 : La nature de l’Etat :

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1- Les théories classiques :

A- Les origines divines de l’Etat : Pendant des siècles, la seule réponse à la question de
l’origine de l’Etat était que celui-ci, il vient de Dieu, et pendant tous ces siècles, des
penseurs et des philosophes ont traités l’Etat selon son origine divine comme par exemple
Saint Paul, Thomas More, Saint Augustin…etc, Dans les 12ème et 13ème siècles beaucoup
d’auteurs ont admis que le pouvoir politique était une création divine afin de satisfaire les
volontés du créateur en ce qui concerne la race humaine, on constate que ces auteurs se sont
divisés par la suite, certains disaient que le monarque était le représentant de Dieu sur terre,
alors que d’autres partaient de l’hypothèse que le monarque prétendait gouverner contre la
volonté de Dieu. Saint Thomas D’Aquin va se démarquer de ces deux clans et va adopter
une attitude un peu souple qui consiste à ce que si effectivement le pouvoir vient de Dieu ,
celui-ci a laissé aux êtres humains la liberté d’aménager l’exercice du pouvoir, mais malgré
la souplesse de Saint Thomas D’Aquin , nous pouvons toujours dire que cette doctrine reste
conservatrice dans sa totalité, parce que dans tous les cas, il serait interdit aux administrés
de s’insurger contre le pouvoir, et c’est le point sur lequel tous les auteurs se sont entendus.
Cette doctrine conservatrice va être remplacé à partir du 16ème siècle par un autre courant
de pensée plus volontariste, c’est ce que nous appelons la théorie du contrat social.

B- Les théories du Contrat social : C’est une doctrine qui voit à la base de tout Etat un
contrat, qui veut dire qu’il y a deux parties contractantes, nous pouvons dire dans ce cas que
l’Etat est une création humaine selon un accord de volonté entre les humains. Un certain
nombre d’auteurs ont parlés du contrat conclu dans le passé entre le monarque et ses futurs
sujets qui auront donc l’obligation d’obéir, et le monarque à son tour doit respecter un
certain nombre de droits et de libertés pour ses sujets, cette idée va être développée pour
alimenter toute une doctrine au 16ème siècle, c’est la doctrine de l’école de droit de la
nature et des gens. Cette école va accorder une place très importante à l’idée du contrat
sociale qui va se manifester sous plusieurs formes, les auteurs principaux de la théorie du
contrat social sont : l’anglais Thomas Hobbes, le français Jean Jacques Rousseau et
l’anglais John Locke.

Dans sa théorie, Hobbes donne la faveur au pouvoir politique, ensuite John Locke qui est
totalement à l’inverse de Thomas Hobbes dans sa vision du contrat social, et puis nous
finirons par Rousseau qui a une troisième vision un peu proche et nuancée de celle de John
Locke et totalement différente de celle de Hobbes. Pour ces auteurs, l’Etat est un
phénomène volontaire, les hommes ont créé consciemment l’Etat, et cette théorie de contrat
social va se schématiser d’une manière simple, tout d'abord, une première période qui est
l’Etat de nature, et une seconde qui est le contrat social.

- Thomas HOBBES : Il va utiliser la théorie contractuelle de l’Etat en la retournant en


faveur du pouvoir politique, avec l’apparition du pouvoir politique et en se référant à une
hypothèse qui est celle de l’Etat de nature, pour Hobbes, avant l’Etat social, les hommes
vivaient dans un Etat anarchique dans lequel chacun opprimait l’autre, c’était la loi du plus
fort qui régnait. Il considère que l’homme est un loup pour ses semblables et que c’est une
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méchante créature, pour lui, avant l’apparition de l’Etat civil moderne ou social, les hommes
vivaient d’une manière isolée, mais il n’y avait aucune contrainte entre eux, il voyait
également que c’était “ la guerre de tous contre tous”, dans cet Etat, il estimait que tout ce
que l’être humain pouvait espérer était la satisfaction de ses besoins personnels et la
conservation de sa personne. Cette égalité entre les hommes va créer entre eux des conflits
fonctionnels et une guerre perpétuelle. Pour Hobbes, cette situation n’est pas propice à la
conservation de l’être humain, pour éviter cela il faut abandonner cet Etat de nature et
rentrer dans un autre Etat, qui est l’Etat social, et pour se faire, les hommes doivent faire une
sacrifice, ils doivent abandonner cette liberté et leurs égalité, pour conclure deux contrats, le
premier serait de s’associer entre les futurs sujets, et le deuxième serait de déléguer les
droits antérieurs à un souverain. L’Etat social serait donc le contre poids de l’Etat de nature,
il devient une personne qui transcende les individus qui le composent, sa souveraineté est
absolue, indivisible et inviolable. On peut dire que Hobbes tranche pour une monarchie
absolue, car le monarque reste en dehors des contrats.

- John Locke : Il voit que l’Etat de nature est loin d’être un Etat sauvage, c’est plutôt un
Etat raisonnable de paix et de bonne volonté, un Etat dans lequel la confiance en l’homme
doit être totale. Dans sa vision, John Locke reste optimiste par rapport à Hobbes, il nous a
dit que si les hommes ont quittés l’Etat de nature, c’est pour accéder au bonheur le plus
complet, à un Etat social qui va leur garantir une certaine sécurité juridique, ce passage va
s’opérer à l’aide d’un contrat à deux aspects, le premier est que les hommes doivent s’unir à
une société politique, cette convention va être suivie d’un pacte par lequel la majorité va
attribuer le pouvoir au gouvernement et le monarque doit respecter les règles de ce contrat,
et dans le deuxième aspect de ce contrat social, l’Etat est le symbole de la liberté, de
l’égalité et de la légalité, et les principales fonctions de l’Etat doivent être confiées à des
organes différents. On peut dire que Locke figure parmi les premiers auteurs à avoir lancer
la notion de la séparation des pouvoirs. Pour lui, si le monarque viole le contrat, les citoyens
peuvent ne plus lui obéir. John Locke est parmi les premiers auteurs à avoir doté la
démocratie libérale d’une technique constitutionnelle, son importance est qu’il va, dans sa
théorie initiant aux séparations des pouvoirs, il va doté la démocratie libérale d’une
technique constitutionnelle, si le monarque viole le contrat les citoyens peuvent ne plus lui
obéir et l’Etat doit être égale et juste, ce qui fait que l’Etat doit aussi être doté d’organes
différents dans ces principales fonctions, c’est une initiation à la notion de séparation des
pouvoirs.

- Jean-Jacques ROUSSEAU : Au 18ème siècle, il va développer une conception de l’Etat


de nature totalement différente de celle de Hobbes mais un peu nuancée de celle de John
Locke, Jean-Jacques Rousseau va développer une métaphore sur l’Etat de nature, il décrit
cette période de l’humanité comme étant la plus heureuse pour l’homme, en effet selon
Rousseau, dans l’Etat de nature, l’homme est auto-suffisant, il cultive son bout de terre
librement, pour lui le fait d’être stupide, robuste et candide permet à l’homme naturel de
vivre aussi dans un Etat pré-moral, il ne connaissait ni le bien ni le mal, il vivait au présent
sans soucis du lendemain. Rousseau défend cette vision de l’être pur face à la vision de
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l’homme civilisé perverti, pour lui, un beau jour, il se trouve quelqu’un pour affirmer son
droit sur une terre cultivable, ce jour la propriété est née et avec elle la déchéance de
l’humanité, la société civile est instituée, volant à l’homme son innocence. Ce qui va obliger
l’homme de conclure chacun avec les autres un pacte par lequel il s’engage à se conformer à
la volonté générale. Rousseau cherche une réconciliation entre l’individu et le
gouvernement au nom de la solidarité sociale. Le contrat social de Jean Jacques Rousseau
ne possède pas deux aspects comme Locke mais un seul entre les associés au profit de toute
la communauté, pour Rousseau l’individu doit obéir à la volonté générale, en contrepartie il
va participer à cette volonté qui s’exprime par la loi et qui ne peut pas aller à l’encontre de
l’intérêt de chacun, le pouvoir politique alors se trouve incarné par la loi qui est souveraine.

C- La théorie hégélienne de l’Etat : En ce qui concerne Hegel, il a une théorie de l’Etat


concret, on peut dire que longtemps l’Etat est porté sur son origine, mais avec Hegel, au
contraire on va aborder le domaine de la philosophie. Dans son ouvrage, la théorie de Hegel
est basée sur deux idées fondamentales, la première est celle de rationalisme absolu et
dialectique, et la deuxième est celle de la théorie de l’Etat concret, l’homme moderne vit
dans une certaine contradiction entre son individualisme et sa raison qui va lui faire croire
que le développement de sa personnalité est quelque chose d’important, il va donc prétendre
découvrir la nature de l’Etat dans ses fonctions et il va attribuer à l’Etat une fonction
d’intégration, pour lui l’Etat va intégrer l’individu au groupe, c’est une unité qui réalise le
droit dans une évolution rationnelle. C’est pour cela que l’Etat est concret pour loi, et par la
sagesse de ses lois, l’Etat va faire accepter à ses individus l’idée de l’universalité ou de
l’intérêt universel et tout cela conformément à la raison, ainsi l’Etat concret va réussir à
résoudre les tensions entre les individus, mais l’Etat concret et les hommes ne peuvent pas
être libres qu’après répondre à certaines conditions, d’abord il doit assurer aux citoyens la
protection de leurs droits, leurs libertés et de leurs intérêts matériels, de l’autre côté les
individus ne seront libres que s’ils se débarrassent de leur égoïsme naturel et cela dans le but
d’accéder à l’universel. L’Etat pour Hegel n’est pas l’incarnation de la volonté générale, il
refuse l’idée de la séparation des pouvoirs car pour lui cette approche affaiblit le pouvoir, ce
qui peut conduire à des conséquences contraires au principe démocratique.

D- La conception juridique de l’Etat : À la fin du 19ème siècle, les juristes vont s’occuper
de la nature de l’Etat, ils vont mettre l’accent sur les rapports qui existent entre l’Etat et la
nation, la nation est un élément important dans la définition de l’Etat. en France, les juristes
ont définis et analyser l’Etat comme une personne morale titulaire de la souveraineté qui
personnifie la nation, ces juristes ont quasiment posés une identité parfaite entre l’Etat et la
nation, à leurs têtes, on peut citer Maurice Hauriou qui va donner une définition de l’Etat
en tant qu’une personne morale, un être fictif auquel sont attribués des droits et des
obligations, le droit serait donc une institution qui serait le fondement juridique de l’Etat. La
nation est considérée comme la communion organisée qui marque le début de l’Etat, il ne
s’agit pas que d’un fondement historique mais d’un fondement juridique de l’Etat. Pour
Hauriou, les individus passent, mais l’Etat reste inchangé, en tant que phénomène social,
l’Etat se situe au dessus des individus, et dans ce sens, il est considéré comme une
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institution, jusqu’à la révolution française l’Etat pouvait s’identifier à des personnes comme
Louis 14 qui disait “L’Etat c’est moi”, mais après la révolution nous assisterons à la
conception de l’Etat en tant qu’une personne morale, il est devenu un sujet particulier car il
détient l’autorité politique et il intervient dans les rapports juridiques, les individus qui
exercent le pouvoir sont les organes de l’Etat et les institutions. Pour Raymond Carré de
Malberg, la constitution est le fait générateur de l’Etat, il faut simplement se limiter à un
fait, constater l’existence de l’Etat sans avoir à prendre position sur sa légitimité, pour lui il
n’existe pas de droit en dehors de celui qui est créé par l’Etat, l’Etat dans ce cas-là n’est lié
que par les règles qu’il a créées lui-même.

2- La conception réaliste ou sociologique de l’Etat :

A- L'Etat comme expression de la lutte des classes : Qui vient principalement de Karl
Marx, on ne trouve pas dans cette conception marxiste une véritable théorie de l’Etat,
seulement des développements dispersés sur la question dans plusieurs ouvrages, cette
conception on la doit surtout aux écrits de ces compagnons : Engels et Lénine. A la
différence de la conception juridique, la théorie marxiste va établir une liaison essentielle
entre la société et l’Etat, on la considère comme matérialiste, elle est non seulement une
vision de l’origine de l’Etat mais aussi une réflexion sur le futur du phénomène étatique.
Cette conception veut que l’Etat soit un produit social, une forme politique historique qui
n’a pas toujours existé et qui est vouée à la disparition, c’est une forme de domination
politique provisoire et transitoire, l’humanité dans son évolution devrait connaitre trois
phases : une phase pré-étatique, une phase étatique et une phase post-étatique.

- La phase pré-étatique : Cette phase est celle de la communauté primitive où les humains
constituaient des communautés primitives, c’est une phase caractérisée par l’égalité des
conditions de l’homme, où il y’avait une sorte d’appropriation collective des moyens de
production et un très faible niveau de développement économique, la société civile prenait
une forme familiale qui connaissait très peu de contradictions.

- La phase étatique : L’Etat va apparaitre et se placer aux cotés de la classe dominante du


point de vue économique, il va disposer de nouveaux moyens de domination et dans ses
relations avec la société l’Etat ne serait pas pour autant un simple objet. L'Etat serait un
instrument passif, il ne fait pas que traduire une domination sociale, mais il dispose d’une
autonomie à l’égard d’une structure sociale, une autonomie que Marx qualifiait de relative.

- La phase post-étatique : C’est une perspective historique ouverte par la révolution


prolétarienne dans l’aboutissement d’un long processus qui commence par le renforcement
de l’Etat. Cette phase va se diviser à son tour en 3 phases, une première qui est celle de la
dictature de prolétariat, une seconde qui est la phase socialiste et enfin la phase communiste.
Pour la dictature du polétariat, la révolution va triompher mais la lutte des classes ne va pas
disparaitre, le nouveau régime ne serait pas à l’abri d’un retour de pouvoir bourgeois, le
prolétariat donc ne mettra pas fin à l’existence de l’Etat, mais il va le renforcer, et il va
exercer une dictature destiner à extirper toutes les survivances de la domination de la
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bourgeoisie. Puis la phase socialiste va arriver, elle se caractérise par la disparition des
antagonismes entre les classes, mais les forces productives connaitront un grand
développement du fait de la suppression des contradictions de capitalisme. Et enfin la phase
communiste, c’est la phase supérieure de l’évolution, c’est la phase ultime où l’abondance
va être réalisée, il va faire disparaitre toute espèce d’antagonisme social, l’Etat dans ce cas-
là en tant que forme de domination va disparaitre car il deviendra inutile et le gouvernement
des hommes cèdera la place à l’organisation des choses. 

B- L'Etat comme résultat de rapport de force : Pour Léon Duguit, il faudra beaucoup de
morts de la grande guerre pour faire passer ce concept juridique dans la réalité en Europe, et
encore plus de morts pour qu’il atteigne le rôle de principe universel aujourd’hui, l’Etat est
un pur produit de la force, disait Duguit, les gouvernants sont et seront toujours les plus
forts. Il voit que le droit ne peut que constater l’existence de l’Etat, ce n’est pas lui qui l’a
créé. Max Weber va partager presque les mêmes idées avec Duguit, il donne une définition
à l’Etat, pour lui l’Etat est un groupe politique qui revendique avec succès le monopole de la
contrainte physique légitime, Weber donne une grande importance au concept de la
légitimité, et il met aussi un autre concept celui de la contrainte qui est une notion
sociologique et pas juridique, Max Weber estime qu’un gouvernement est légitime quand il
est reconnu par les gouvernés, ce qui conduit naturellement à un droit d’obéissance, Weber
va donner par la suite trois formes de légitimité : soit grâce à la personnalité exceptionnelle
du chef et de son charisme, et c’est ce qu’il avait appelé la légitimité charismatique comme
par exemple Charles De Gaulle en France, cette légitimité peut s’acquérir aussi par
tradition, la légitimité monarchique de droit divin, et enfin par la raison, lorsque le pouvoir
découle d’un corps de règles qui vient du gouvernement lui-même, mais ces idées de
Duguit et Weber ne vont pas parvenir à s’imposer puisque la majorité des auteurs
d’aujourd’hui restent fidèles à l’idée qui consiste à ce que l’Etat n’est rien d’autre que
l’institution qui détient le pouvoir politique.

Section 3 : Les rapports entre l’Etat et le Droit.

1.Le point de vue des juristes :

A- Les théories du droit naturel : L’Etat va modifier le droit, cette idée là va se heurter à
une très vive opposition des juristes, cette opposition chez les auteurs anciens était fondée
sur la croyance que le droit qui est un résultat de la coutume était le reflet de la volonté des
dieux, ce courant de pensée va réunir plusieurs auteurs comme : Aristote, ou Saint Thomas
D'Aquin. Pour Grotius, le respect des règles essentielles du droit existant s’impose à l’Etat
non seulement parce que ces règles sont l’œuvre de dieu mais aussi parce qu’elles
consacrent des droits que l’individu tient de sa nature humaine.

B- Les théories positivistes : Ce n’est pas que les faiblesses intrinsèques des théories du
droit naturel qui vont alimenter ses théories positivistes mais il y’a aussi une volonté de la
bourgeoisie (après la révolution de 1789) d’utiliser le droit pour transformer la société à son
profit, ces deux facteurs vont donner l’essor des théories positivistes. Les théories
positivistes peuvent remonter bien dans l’histoire, nous pouvons même commencer par le
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sophiste Protagoras après nous retrouverons aussi dans la pensée de Jean Jacques
Rousseau des traces de positivisme, la thèse selon laquelle l’Etat est un détenteur du
monopole de la contrainte et donc seul capable de sanctionner la violation de droit, ce qui
veut dire que l’Etat est l’unique source de droit et donc il peut le modifier à son grès, cette
idée sera reprise par la suite sous l’influence de Hegel et de Carré de Malberg, et tous ces
auteurs vont inviter l’Etat à accepter une sorte d’autolimitation de sa puissance, bien qu’ils
affirment que sa volonté doit en toute hypothèse prévaloir, car il n’existe aucune règle qui
puisse lui être juridiquement opposée. Parmi ces théoriciens du positivisme, il y a aussi
Hans Kelsen, qui voit que l’Etat et le droit se confondent absolument, il fait partie des
positivistes mais il a une sorte d’originalité dans sa pensée, l’Etat ne se présentant que
comme un ensemble de normes juridiques en qui se résume ses organes et ses fonctions. Le
droit est constitué par un ensemble de règles hiérarchisées qui tirent chacune leur autorité de
leur conformité à la règle supérieure pour arriver à la constitution de l’Etat au sommet.

D’autres auteurs vont tenter de trouver une voie médiane entre ces deux points de vue, et là
nous pouvons citer Leon Duguit et George Burdeau. Pour Duguit, l’existence de
sentiment du juste ou de l’injuste chez l’être humain provient de faite que le milieu social
dans lequel il vit secrète spontanément une certaines idée de ce que doit être le droit, cette
idée qui va se traduire directement dans les coutumes va constituer ce que Duguit appelle le
droit objectif, en fait l’Etat aux yeux de Leon Duguit est un pur produit de la force, et les
gouvernants n’ont aucun droit à légiférer par eux même; car ils doivent se borner à traduire
le droit objectif qui correspond aux attentes de la société en règle de droit positif, pour
Duguit l’existence d’un droit objectif doit être traduit par les gouvernants qui n’ont aucun
droit de créer des normes par eux même sans recourir à ce droit objectif qui est secrété par
le milieu social.

2. Le point de vue des théoriciens politiques :

A- Les défenseurs de l’Etat :

- L’étatisme démocratique : La pensée démocratique, telle qu’elle a été exprimée par


Jean-Jacques Rousseau a beaucoup contribué au renforcement de l’Etat, puisque l’Etat va
se représenter comme l’instrument du peuple dirigé par le peuple et au service du peuple,
dans la plupart des partis politiques ont admets que l’Etat est au service du peuple, il doit
intervenir dans tous les domaines pour venir au secours des citoyens et qu’il doit avoir les
pouvoirs nécessaires pour le faire mais la démocratie occidentale contemporaine admets que
l’individu dispose de droits propres et opposables à la collectivité, dans la plupart de ces
pays, ces droits sont garantis par la constitution.

- Le nationalisme : L’Etat est vu dans cette conception comme un instrument de la nation,


le nationalisme va s’opposer naturellement au libéralisme qui tend à limiter l’intervention
du pouvoir de l’Etat, comme il peut aussi s’opposer à la démocratie. Pour ces théoriciens
nationalistes, même l’idée de la démocratie va à l’encontre du nationalisme puisque tout
débat ou toute pratique démocratique qui peut nuire à l’unité morale du peuple et incliner
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par la suite les gouvernants à adopter des positions modérées sur la scène internationale. Le
nationalisme a connu son summum au cours de la période entre 1920 et 1945 dans le cadre
des mouvements fascistes, ce qui avait conduit à la mise en place de certains régimes
totalitaires.

- Le marxisme - léninisme : A partir des enseignements de Karl Marx, Lénine va


développer une théorie de l’Etat qui sera ensuite reprise et aménagée par ses successeurs
notamment Staline et Khrouchtchev en union soviétique, cette théorie va aboutir par un
renversement curieux mais logique de la pensée initiale de Marx, cette théorie va aboutir à
une exaltation de l’Etat considéré comme l’instrument totalitaire du prolétariat au lendemain
de sa prise de pouvoir. Les raisons de ce renversement sont circonstancielles, la révolution
prévue par Marx devait se dérouler dans des pays fortement industrialisés et se généraliser
rapidement dans le monde entier, cependant cette révolution va permettre d’envisager un
effacement de l’Etat et va principalement se produire dans des pays agricoles. Pour Lénine,
l’Etat doit continuer malgré la disparition des classes exploiteuses.

B- Les adversaires de l’Etat :

- Le libéralisme : n’envisage pas l’abolition et la disparition de l’Etat, mais tout


simplement le cantonnement de celui-ci dans un rôle de pur maintien de l’ordre intérieur et
la sécurité des frontières. Pour les libéraux, l’Etat est le principal ennemi des libertés
individuelles, c’est un mal nécessaire.

- L’anarchisme : Proudhon et Bakounine avancent que le plus précieux de tous les biens
est la liberté, mais l’Etat est son ennemi. Pour les anarchistes, l’homme est naturellement
sociable et la contrainte étatique ne s’impose nullement si ce n’est pour maintenir l’inégalité
créé par la répartition trop injuste de la propriété, pour restaurer cette liberté perdue il faut
rétablir l’égalité matérielle entre les hommes et détruire l’Etat qui est désormais son objet, et
soit remplacé par des libres associations de travailleurs créés spontanément dans le cadre
local pour favoriser les échanges.

- Marx et Engels : Marx va dans le sens des anarchistes, car à l’instar des anarchistes,
Marx est considéré comme quelqu’un qui est hostile à l’Etat; puisqu’il considère que la
disparition de l’Etat est nécéssaire pour l’accomplissement de l’homme, il pense également
que l’Etat, étant la conséquence de l’exploitation de l’homme et de son asservissement, sa
disparition ne pourra se réaliser que par une suppression préalable de cette exploitation.

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CHAPITRE II : La Constitution

Définition :

Avec un drapeau, un hymne, une monnaie, tout nouvel Etat peut se donner aussi une
constitution. Une constitution présente souvent une valeur symbolique, une valeur
philosophique aussi et elle présente également une valeur juridique. On commence avec la
valeur symbolique vue qu’elle est considérée comme un symbole avant d’être une loi, car
elle apparait comme l’acte fondateur de l’Etat lui-même. Son symbolisme ne se limite pas à
cette apparition de l’état puisqu’il se manifeste aussi à l’occasion d’un changement de
régime, càd qu’il y a un Etat mais le régime politique peut changer (après une révolution par
exemple). Ensuite la constitution a une valeur philosophique; car le faite de se donner une
constitution est admettre que le pouvoir n’est pas limité, donc les maitres de pays, les
gouvernés (le peuple) et les gouvernants acceptent que le pouvoir est limité, et cette idée de
limiter le pouvoir est à l’origine même de la création des constitutions, puisqu’on passe d’un
Etat arbitraire où tout est permis, à un Etat de droit. Et enfin la valeur juridique de la
constitution nous met en place un système juridique, une constitution apparait comme un
ensemble de règles juridiques organisant la vie politique et sociale, elle s’impose au pouvoir
et l’oblige à respecter certaines formes, à utiliser des procédures convenues, à prévoir la
participation des citoyens aux choix des gouvernants et à élaborer certaines décisions.
D’après tout ce qui a été dit, on peut retenir que la constitution est l’acte solennel
soumettant le pouvoir étatique à des règles limitant sa liberté pour le choix des gouvernants,
l'organisation et le fonctionnement des institutions ainsi dans ses relations avec les citoyens,
la constitution est alors un synonyme de l’organisation des pouvoirs, et même en l’absence
d’un document écrit, un Etat a une constitution.

Section 1 : Le contenu juridique de la constitution.

1- L’organisation du pouvoir :

La finalité de toute constitution est d’organiser l’exercice du pouvoir, dans ce cas-là, le rôle
de la constitution sera de fixer et de déterminer qui a la qualité pour gouverner et pour agir
au nom de l’Etat, nous pouvons classer ces trois fonctions de la manière suivante : une
fonction législative, une fonction exécutive et une fonction judiciaire. La fonction
législative est le faite d’élaborer les règles générales et impersonnelles, c’est le faite de
légiférer et de créer les lois. Ensuite, la fonction exécutive qui est le faite qui consiste à
exécuter et appliquer ces lois. Et enfin, la fonction judiciaire qui aura comme rôle de régler
les différences et de se charger des sanctions. Donc c’est la raison pour laquelle, dans cette
partie de la constitution, deux catégories de dispositions peuvent être distinguées : D’un côté
les règles définissant le statut de droit du pouvoir, la composition de ses organes, les modes
de désignation des membres (par suffrage universel ou indirect), la durée de leurs fonctions
et leurs compétences. D’un autre côté, c’est les dispositions qui fixent dans leurs grandes
lignes la procédure que ces organes doivent poursuivre pour dicter valablement les normes
13
dont ils ont la charge (les rapports entre le parlement, le gouvernement et le pouvoir
judiciaire).

2- La déclaration des droits :

En ce qui concerne la déclaration des droits, la constitution est considérée comme le reflet
de la conception que l’on a du rôle de l’Etat dans la société, donc chaque constitution nous
reflète qu’elle est la vision et l’image que l’on a du rôle de l’Etat dans la société, càd le reflet
de sa philosophie, et cette conception du rôle de l’Etat au sein de la société s’exprime à
travers toutes les dispositions de la constitution qui sont relatives à l’organisation du pouvoir
politique et à l’ensembles des droits et des libertés dont jouissent les citoyens au sein de
l’Etat. En conséquence, les constitutions d’un pays libérale n’auront pas les mêmes visions
et les mêmes conceptions de l’organisation du pouvoir que les constitutions des pays
marxistes par exemple, puisque la vision du pays libérale consiste à limiter le pouvoir de
l’Etat. La plupart des constitutions du 18ème et 19ème siècles, et les constitutions actuelles
évidemment ont fait place à l’énoncé de liberté public soit sous forme de déclaration des
droits soit dans des titres particuliers, par exemple les constitutions françaises sont toujours
procédés d’une déclaration des droits de l’homme et des citoyens, on trouve ça sous forme
de préambule.

Section 2 : La classification juridique des constitutions.

1- La constitution écrite :

C’est la forme la plus répandue dans le monde, elle donne lieu à l’établissement d’un
document écrit, elle est la forme moderne des constitutions (par exemple : La constitution
marocaine). La constitution écrite est accessible aux citoyens, ils peuvent facilement en
savoir son contenu, chacun peut consulter le texte constitutionnel pour connaitre les droits
que ce texte garantit. Les constitutions écrites dans leur mode d’établissement peuvent être
plus démocratiques; car le peuple dans ce cas-là, peuvent être appeler à se prononcer sur
leur adoption et leur révision ce qui est totalement exclus dans les constitutions coutumières.

2- La constitution coutumière :

Les constitutions coutumières sont aujourd’hui moins nombreuses mais dans le passé toutes
les constitutions étaient coutumières, elles sont formées par une accumulation de coutumes,
on peut dire qu’une constitution coutumière est une constitution qui est le fruit de traditions,
d’usages et de principes à respecter pendant des générations. L’histoire, la religion et les
mœurs peuvent contribuer à son élaboration. L’accumulation de ces coutumes, au bout d’un
certain temps, peuvent s’imposer pour laisser une idée qu'en telle circonstance, tel ou tel
comportement était obligatoire. La constitution coutumière peut se créer au jour le jour,
morceau par morceau, règle après règle, ce n’est pas un document qu’on produit et qui est le
travail de quelques mois de réflexion. Les constitutions coutumières finissent par être

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respectées spontanément, il n’y a pas de sanction sévère, mais elle reste floue et difficile à
discerner dans certaines situations, comme le cas de La Grande Bretagne.

3- La coutume constitutionnelle :

Ce n’est pas une forme juridique de la constitution comme la constitution écrite et celle
coutumière, mais elle est un ensemble des usages nés de la pratique de la constitution et
considérés comme ayant une force obligatoire, pour que la coutume soit reconnue, il faut
qu’elle présente 4 caractères : il faut qu’il y ait une répétition de la même interprétation des
textes constitutionnels sur une période relativement longue, ensuite, il faut qu’il y ait eu
constance dans cette interprétation; car si les précédents divergent et aboutissent à des
interprétations contradictoires du même texte, la coutume ne peut pas se fixer dans un sens
déterminer, pour le troisième caractère, il faut qu’il y ait une clarté par rapport au motif de
cette interprétation, et enfin il faut qu’il y ait consensus des organes constitutionnels
intéressés et de l’opinion. Pour qu’il y ait coutume ou pour que la coutume soit reconnue, il
nous faut 4 caractères : la répétition, la constance, la clarté, et le consensus.

Section 3 : Les modalités d’établissement et de révision des constitutions.

1- La rédaction de la constitution :

Une constitution est nécessaire dans des situations de vide juridique lorsqu’il s’agit de la
création d’un nouvel Etat, ou un mouvement qui a renversé les institutions anciennes. Dans
ces cas-là, on peut pas se référer à un texte, le détenteur de cette compétence n’est pas défini
à l’avance, donc on se retrouve devant un vide juridique mais aussi un silence des textes
pour pouvoir définir qui a la compétence pour rédiger une constitution, il peut s’agir de
groupes révolutionnaires ou de groupes d’origine, il peut s’agir du peuple ou des
représentants de ce peuple, C’est ce que nous pouvons appeler le pouvoir constituant
originaire. Lorsqu’il y a une constitution précédente et que celle-ci a prévu elle-même qui
serait le titulaire du pouvoir constituant, on parle alors du pouvoir constituant dérivé ou dans
d’autres termes, du pouvoir constituant institué, càd un pouvoir qui tient son pouvoir de la
constitution. Nous pouvons distinguer entre trois situations originaires, dépendant du faite
que la société soit une société démocratique ou pas, dans ce cas là on parle de :

- L’élaboration non démocratique de la constitution ou d’une élaboration mixte de la


constitution ou enfin d’une élaboration démocratique de la constitution. Dans le premier cas
on parle de la charte octroyée, donc dans ces sociétés non-démocratiques, le titulaire du
pouvoir constituant originaire est le chef de l’Etat ou un groupe d’individus (une oligarchie
par exemple), ces détenteurs de pouvoir constituant originaire peuvent élaborer une
constitution sans aucune participation populaire. La charte octroyée institut une sorte de
monarchie absolue et limitée (Par exemple : La charte octroyée de Louis 18), cette charte est
élaborée de façon non-démocratique mais elle peut instaurer un système démocratique et
cette formule de la charte octroyée n’a pas disparu de nos jours.

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- L’élaboration mixte, c’est une charte négociée, dans celle-ci, le pouvoir constituant
originaire est partagé entre le monarque et le peuple, dans ce cas la constitution résulte d’un
accord entre le monarque et les représentants de la nation.

- L’élaboration démocratique, qui estime que le pouvoir constituant originaire appartient


au peuple, et seul celui-ci peut se donner une nouvelle constitution, dans ce cas là on peut
déceler trois procédés d’élaboration démocratique qui peuvent se combiner ; une assemblée
constituante, une approbation populaire et aussi une consultation populaire.

A- L’assemblée constituante est élue par le peuple et chargée d’élaborer le texte


constitutionnel, celle-ci peut être dans certains cas souveraine ou non, et dans d’autres cas
les pouvoirs de l’assemblée peuvent être limités, elle peut être aussi exclusivement ou non-
exclusivement constituante. En particulier, cette assemblée ne peut pas légiférer càd elle
peut pas remplacer le parlement pendant la période de ses fonctions, elle a une seule
fonction est celle de la rédaction de la constitution, cependant cette assemblée constituante
peut présenter quelques inconvénients, et dans ce cas on l’appel une assemblée
exclusivement constituante, alors dans d’autres cas, elle peut cumuler le pouvoir constituant
et le pouvoir législative, en raison de certaines circonstances, on peut estimer qu’il est plus
simple de lire une simple assemblée qui exercera à la fois le pouvoir constituant et le
pouvoir législative, l’assemblée se comporte comme un parlement dans la mesure où elle
peut voter des lois, contrôler le gouvernement, autoriser la ratification des traités
internationaux, et elle peut élaborer en même temps la constitution. Il se peut que les
députés qui sont élus pour rédiger un texte constitutionnel risquent de prévoir à leur profit
des dispositions plus favorables que pour d’autres organes de l’Etat.

B- L’approbation populaire, c’est quand nous avons besoin de donner plus d’autorité à la
constitution, le texte est soumis pour approbation au peuple, le texte peut être élaborée par
une assemblée constituante élue mais pas souveraine, donc elle doit le soumettre pour
apparaitre comme l’œuvre du peuple lui- même. L’instrument utilisé pour l’approbation
populaire est le référendum.

C- La consultation populaire, le peuple n’approuve pas un texte préparé en dehors de lui


ou par ses représentants, ici le peuple intervient dans la rédaction du texte constitutionnel et
c’est ce qui fait que la technique de consultation populaire est considérée comme une
procédure des démocraties directes. Cependant, il manquera cette compétence que peut
avoir une assemblée constituante composée de spécialistes dans le domaine, mais, cela
n’empêche que cette procédure joue un rôle politique de mobilisation des masses populaires
et d’éducation du peuple, puisqu’elle permet au pouvoir de connaître les sentiments et les
vœux de la population.

2- La révision de la constitution :

- La constitution est faite pour être permanente, mais cela n’empêche pas qu’il est nécessaire
de la retoucher de temps en temps et de modifier quelques articles ou quelques principes, en
16
fait elle est toujours important d'apporter des éléments nouveaux ou des modifications à
chaque constitution pour permettre son bon fonctionnement et son adaptation aussi aux
besoins de la société, Par exemple la constitution marocaine a été révisée plusieurs fois, et à
chaque fois il y a des nouveaux éléments qui ont été rajoutés jusqu’à la dernière révision
constitutionnelle qui est celle de 2011, pour pouvoir accompagner l'évolution de la société
marocaine et surtout le changement des acteurs au niveau ou sur la scène politique
nationale, c’est une façon d’adapter la loi suprême au changement de la société et aussi aux
besoins d’une future société. On va distinguer entre 2 types de constitution:

- La constitution souple, est une constitution à laquelle on peut apporter des modifications
facilement, il n’y a pas de procédure en règle générale ou les procédures ne sont pas très
compliquées pour changer la constitution, comme celle (de la Grande-Bretagne par
exemple)

- La constitution rigide, est une constitution qui nécessite toujours une procédure et elle est
difficile de la modifier, il faut qu’il y ait toute une procédure pour pouvoir la réviser, donc la
règle c’est qu’il y a un pouvoir constituant et celui qui s’en charge, il est en règle générale
attribué à certains organes de l’Etat comme le Parlement (par exemple : le cas de Maroc), il
y a le Parlement, le chef de gouvernement et le roi qui ont ce pouvoir c’est-à-dire la
possibilité de demander ou de proposer une révision de la Constitution.

L’article 175 de la constitution marocaine, précise des principes qu'on ne peut pas les
changer, et qui sont la révision de la forme monarchique de régime et le statut de la religion,
et donc pour pouvoir accepter une proposition de révision constitutionnelle, il faudra au
moins les deux tiers du parlements. La Constitution souple ne pose pas beaucoup de
problèmes mais si la constitution est rigide, cela va prendre une procédure qui comporte 3
phrases assez spécial : une phase qui est l’initiative, donc ce droit est généralement reconnu
au gouvernement (pouvoir exécutif), et au député pouvoir législatif, sauf que dans
l’initiative parlementaire il faut que la proposition soit acceptée par les deux tiers de la
chambre, et qu'il soit après son étude voté par la majorité des deux tiers de l’autre chambre,
ensuite il y a la phase de la décision de prendre en considération à l’initiative, autrement dit
cette phase donnera une suite à l’initiative, et en général cette décision revient au Parlement,
enfin la 3éme phase qui est l'adoption de projets, il arrive que parfois le pouvoir constituant
cherche à restreindre le pouvoir de révision et là quand on parle dans le cas des constitutions
rigides, donc parfois le pouvoir constitution et limite un peu ou il rend difficile cette
procédure de révision, en effet beaucoup de constitution d’aujourd’hui comporte des
dispositions qui interdisent la révision de certains dispositions de la Constitution, (Par
exemple : La constitution des États Unis porte interdiction de réviser l’égalité de
représentation des Etats fédérés), il peut y avoir des limites de contenu ou des limites aussi
du temps (Par exemple : la constitution française) où c’est interdit de réviser la constitution
qu’après une certaine années, pour permettre à la constitution de bien fonctionner

A- Le contrôle de la constitutionnalité des lois et des organes politiques, constituent un


cadre conséquent de la suprématie constitutionnel, parce qu’on considère que la constitution
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arrive au premier rang des normes au sein d’un Etat, sauf au cas où on décide de donner la
priorité aux traités et les conventions internationales, mais dans le préambule de la
constitution marocaine, on trouvera que les conventions et les traités internationaux ont une
suprématie sur cette constitution.

Dans la jurisprudence, les juges constitutionnels donnent plus la suprématie à la constitution


marocaine, on peut l’appeler la souveraineté juridique. Par contre, il y a des Etats qui
donnent la suprématie aux traités internationaux sur leurs cadre juridique interne.

B- Le contrôle de la constitutionnalité des lois, ou ce qu’on peut l’appeler des sanctions


juridiques de la suprématie de la Constitution, et ça se fait par une cour ou par un tribunal
constitutionnel.

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