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Chapitre 8 Systèmes hyperstatiques

Introduction
Un système (poutre, portique,…) est hyperstatique si le nombre d’inconnues est
supérieur au nombre d’équations d’équilibre statique, qui sont au nombre de 6 pour un
système spatial et au nombre de 3 pour un système plan. Un tel système comporte plus de
liaisons qu’il en faut.
Le nombre de degré d’hyperstaticité k représente le nombre d’inconnues p , moins le
nombre d’équations disponibles.
Pour un système plan : k = p – 3
Pour un système dans l’espace : k = p - 6

8.1 Systèmes hyperstatiques extérieurement


Un système est statiquement déterminé ou isostatique quand le nombre de liaisons
extérieures est juste nécessaire pour définir sa position. Cette exigence s’exprime par les
conditions d’équilibre suivante :
⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗
∑F ⃗
ext = 0 ; ∑ ⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗⃗
Mext = 0 ⃗

Soit p le nombre de liaisons extérieures ;


p>6 (dans l’espace)

Si
p>3 (dans le plan)  Le système est hyperstatique

L’ordre ou le degré d’hyperstaticité (k) est donné par :


k =p−6 (dans l’espace)
 Si k = 0 : Le système est isostatique
k =p−3 (dans le plan)

8.2 Systèmes hyperstatiques intérieurement


Un système est hyperstatique intérieurement quand la P1
connaissance de toutes les réactions extérieures n’est pas
suffisante pour déterminer les efforts intérieures. P3
Exemple
P2
Dans la figure 8.1, les réactions aux appuis (RA, RB, HA) se
déterminent aisément à partir des conditions d’équilibre A B
HA
(système isostatique extérieurement). Par contre, les efforts
intérieurs ne peuvent être déterminés par des simples RA RB
conditions d’équilibre. En effet ce portique est constitué de 2
cadres, il est hyperstatique intérieurement de degré 6 , car Fig. 8.1 : Système
chaque contour fermé est hyperstatique à 3 degrés. hyperstatique intérieur

L’insertion d’une articulation sur l’axe d’une barre


(articulation isolée) annule le moment fléchissant dans
cette section et réduit l’ordre d’hyperstaticité d’une
unité (Fig. 8.2). Une articulation insérée dans un nœud
(articulation multiple) où se croisent (n) barres réduit
l’hyperstaticité de (n-1) unités (Fig. 8.3).
Fig. 8.2 Fig. 8.3
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Chapitre 8 Systèmes hyperstatiques

8.3 Théorème du minimum de l’énergie potentielle


Remplaçons dans un système hyperstatique les q P
B C D
liaisons surabondantes par leurs réactions (X1, X2, A
P
X3…) que nous considérons indépendantes les unes
des autres. Utilisons le théorème de Castigliano pour q P
calculer les déplacements correspondants (1, 2, B C D
P
3,…). Sachant au préalable que ces déplacements A
X1 X2 X3
sont nuls :
∂U ∂U ∂U Fig. 8.4 : Système hyperstatique
∆1 = ∂X = 0 ; ∆2 = ∂X = 0 ; ∆3 = ∂X = 0
1 2 3

Où :U = U(X1 , X2 , X3 , . , P, q) représente l’énergie potentielle de déformation du système.


∂U
= 0 traduisent les conditions d’extrémum de la fonction U. cet extrémum correspond
∂Xi
est un minimum de la fonction U. Pour démontrer cala, il suffit de chercher les dérivées
secondes de U par rapport à Xi :
∂2U ∂2U ∂2U
= δ11 ; = δ22 ; = δ33; ….qui sont toutes des valeurs positives.
∂X21 ∂X22 ∂X23

Ainsi, dans les systèmes hyperstatiques, les inconnues superflues prennent des valeurs
pour lesquelles l’énergie potentielle de déformation a une valeur minimale (théorème de
Ménabréa). De ce théorème il s’ensuit que quand on ajoute à un système élastique des
liaisons quelconques, son énergie potentielle diminue toujours.

8.4 Méthode de Ménabréa


Ce théorème est une application particulière du théorème de Castigliano. Cette
application consiste à remplacer les appuis surabondants par leurs réactions et de
déterminer les déplacements au niveau de ces appuis pour les éliminer par la suite.

Application 8.1 :
F
Soit la poutre ci-représentée, encastré A B
en A et s’appuyant simplement en B. C
Calculer les réactions des appuis.
L’appui B est remplacé par sa réaction RB. L L
Appliquons le théorème de Castigliano pour
le calcul de la flèche au point B. F
Expression du moment fléchissant dans la A B
zone AC : C
M1 = – F ( L – X ) + RB ( 2L – X ) RB
L L
Expression du moment fléchissant dans la zone CB :
M2 = RB ( 2L – X ) Fig. 8.5
∂M1 (x) ∂M2 (x)
= ( 2L – X ) ; = ( 2L – X )
∂RB ∂RB

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Chapitre 8 Systèmes hyperstatiques

L M1 (x) ∂M1 (x) 2L M2 (x) ∂M2 (x)


fB = ∫0 . . dX + ∫L . . dX
E. I ∂RB E. I ∂RB

fB =
1
E. I
 ∫0 [– F ( L – X ) + R B ( 2L – X )].( 2L – X ) dX + ∫L R B ( 2L – X ).( 2L – X ) dX 
L 2L

𝟓
Après intégration et après annulation de fB , on trouve : RB = F
𝟐𝟖
5 5
D’où : RA = F - F et MEA = FL – 2L F
28 28

8.5 Méthode des forces


8.5.1 Principe de la méthode
Le principe de la méthode des forces consiste dans le remplacement de la structure
donnée par une structure isostatique équivalente qui provient de la première en supprimant
les liaisons supplémentaires.

Les liaisons supprimées se manifestent dans la structure isostatique (qui remplace la


structure hyperstatique) par des forces de liaisons correspondantes. La structure
remplaçante (isostatique) sera donc actionnée par de groupes de forces : le premier groupe
est formé par les forces qui actionnent la structure initiale hyperstatique (forces données),
le deuxième groupe est formé par les forces provenant des liaisons supprimées. Ce
deuxième groupe représente pour la structure isostatique aussi un système de forces
donné, seulement on ne connait pas leurs valeurs.

8.5.2 Système de base


La structure isostatique qui provient de la structure hyperstatique en supprimant les
liaisons supplémentaires (surabondantes) s’appelle système de base. Pour arriver à un
système de base, il faut supprimer un nombre de liaisons égal au degré d’hyperstaticité.
Les liaisons à supprimer n’étant pas imposées, il en résulte que pour une structure
hyperstatique, on peut avoir une multitude de systèmes de base. La seule condition qu’on
impose est d’obtenir un système vraiment isostatique, indéformable, c’est-à-dire, sans
avoir des parties qui soient transformées en mécanismes et d’autres parties soient restées
hyperstatiques.

8.5.3 Equations canoniques


Les équations complémentaires des déplacements
exprimant l’égalité à zéro (0) des déplacements dans
le sens respectif des inconnues superflues P
P B
s’établissent aisément dans la dite forme canonique. A
Application 8.2 : P
B
P
∆1 = ∆(P, X1 ) = 0 A
∆1 = ∆1P + ∆11
X1
Où 1P : déplacement provoqué par la force P ; Fig. 8.6

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11 : déplacement provoqué par la force X1.


̅ = 1, donc ∆11 = 𝛿11 . 𝑋1
Désignons par 𝛿11 le déplacement provoqué par la force X

∆1𝑃
D’où : δ11 . X1 + ∆1P = 0 avec : 𝑋1 = −
𝛿11
C’est la forme canonique de l’équation des déplacements pour un système
hyperstatique d’ordre 1
Pour un système doté de 2 liaisons surabondantantes, les équations canoniques auront
la forme suivante :
δ11 . X1 + δ12 . X2 + ∆1P = 0
δ21 . X1 + δ22 . X2 + ∆2P = 0
On peut par analogie écrire dans la forme canonique les équations des déplacements
pour un système hyperstatique d’ordre n.
δ11 . X1 + δ12 . X2 + δ13 + ⋯ + δ1n + ∆1P = 0
δ21 . X1 + δ22 . X2 + δ23 + ⋯ + δ2n + ∆2P = 0

δn1 . X1 + δn2 . X2 + δn3 + ⋯ + δnn + ∆nP = 0

Les déplacements δiP et δij qui rentrent dans les équations canoniques doivent être
déterminées par la méthode de Mohr ou par le procédé de Verchaguine. Pour les poutres
h
ou les portiques dont l ≤ 0,1, on ne retient dans la formule de Mohr que l’effet des
moments fléchissant. Ce faisant, on applique sur le système isostatique de base les charges
unitaires 𝑋̅1 = 1, 𝑋̅2 = 1, … , 𝑋̅𝑛 = 1 ainsi que les charges extérieures, puis on construit
les diagrammes respectifs des moments fléchissant. Ainsi, on aura :

̅ 1 . MP
M ̅ 2 . MP
M ̅ n . MP
M
∆1P = ∫ ds; ∆2P = ∫ ds; ∆nP = ∫ ds;
s EI s EI s EI
̅ 1. M
M ̅1 ̅ 2. M
M ̅ 22 ̅ n. M
M ̅n
δ11 =∫ ds; δ22 = ∫ ds; δnn = ∫ ds;
s EI s EI s EI
̅ 1. M
M ̅2 ̅ 1. M
M ̅3 ̅ 1. M
M ̅j
δ12 =∫ ds; δ13 = ∫ ds; δ1j = ∫ ds;
s EI s EI s EI

Ces déplacements peuvent être aussi bien positifs que négatifs ou bien nuls. Il faut
rappeler le théorème de réciprocité : 𝛿𝑖𝑗 = 𝛿𝑗𝑖 .
Pour les systèmes constitués d’éléments rectilignes, il est plus commode d’effectuer les
calculs des déplacements par le procédé de Verechaguine.

8.6 Poutres continues


Une poutre est dite continue quand elle repose sur plus de 02 appuis. On admet que les
charges appliquées sur la poutre sont verticales et que les appuis sont tels qu’il n’existe
aucune réaction horizontale.
A B C D

Fig. 8.7
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Chapitre 8 Systèmes hyperstatiques

Les poutres continues sont statiquement indéterminées et il est donc nécessaire de


compléter les équations statiques disponibles par d’autres basées sur les déformations du
système. Un moyen possible pour établir ces équations serait de traiter comme des
inconnues les forces verticales sur les appuis (théorème de Menabrea). Mais il est plus
simple de prendre comme inconnues les moments aux appuis. On écrit alors les équations,
on détermine les moments aux appuis et finalement on calcule les réactions aux appuis
(verticales).
La figure suivante représente les schémas de corps libres de deux travées adjacentes
d’une poutre portant une charge arbitraire quelconque. MA, MB, MC représentent les
moments fléchissant aux appuis A, B et C.

MB MB MC
MA B C
A B’
B B’’

RB’ RB’’ 𝑙2 RC
RA 𝑙1
Fig. 8.8

La pente de la courbe de déflexion doit être continue sur l’appui central (B), donc
𝜃𝐵 ′ = 𝜃𝐵 ′′ . Les valeurs de ces angles seront obtenues par la méthode des moments des
aires.

Représentons tout d’abord les diagrammes des moments fléchissant pour les deux
travées sans les moments aux appuis (figure suivante).

𝑙1 𝑙2

A1 G1 A2
M(x G2
a1 b1 M(x
) a2 b2
Fig. )8.9
Dans ces diagrammes, G1 et G2 représentent les centres de gravité des aires des
diagrammes des moments fléchissant. Soient A1 et A2 les aires de ces diagrammes pour
les travées 1 et 2 (gauche et droite). La méthode des moments des aires permet de
déterminer :
A1 . a1
θB′1 =
l1 . E I1
MA MB
Il est ensuite nécessaire de considérer les
effets de MA et MB sur la pente 𝜃𝐵 ′ dans la
𝑙1
première travée.
MA
La rotation d’angle produite par ces deux MB
moments est donnée par :
MB .l1 MA .l1 Fig. 8.10
θB′2 = +
3EI1 6EI1

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Chapitre 8 Systèmes hyperstatiques

L’angle total de rotation est la somme des deux, Soit :


A1 .a1 MB .l1 MA .l1
θ B′ = + +
l1 .EI1 3EI1 6EI1

A2 .b2 MB .l2 MC .l2


De même pour la travée 2, on a : θB′′ = − − −
l2 .EI2 3EI2 6EI2

Comme θB′ = θB′′ , nous avons alors :

A1 .a1 MB .l1 MA .l1 A2 .b2 MB .l2 MC .l2


+ + =− − −
l1 .EI1 3EI1 6EI1 l2 .EI2 3EI2 6EI2

Qui peut s’écrire sous la forme :

l1 l l2 l 6 . A 1 . a1 6 . A2 . b2
MA ( ) + 2MB ( 1 +
I1 I2
) + MC (I2 ) = − −
I1 2 l1 . I1 l2 . I2

Cette équation est appelée équation des 3 moments, car elle relie les moments
fléchissant des 3 appuis consécutifs dans la poutre.

Si la poutre a la même inertie partout, l’équation peut se mettre sous la forme simplifiée
suivante :
6 . A 1 . a1 6 . A2 . b2
MA . l1 + 2MB . (l1 + l2 ) + MC . l2 = − −
l1 l2
Si les travées ont la même portée (longueur) ; cette équation de vient :
6
MA + 4MB + MC = − (A1 . a1 + A 2 . b2 )
𝑙2
Le nombre de ces équations est égal au nombre d’appuis intermédiaires, ce qui
donnera autant d’équations que de moments fléchissants surabondants.

Jusqu’à présent, nous avons supposé que les extrémités de la poutre continue étaient en
appuis simples. Si au contraire, l’une ou les deux extrémités sont encastrées, le nombre de
moments surabondants augmente. La solution consiste à remplacer le support fixe
(encastrement) par une travée de rigidité infinie. Le but de cette travée en plus et de
rigidité infinie et d’empêcher la rotation au niveau de l’appui, c’est la condition d’un
appui encastré.

exemple :

A B C O A B C
I1 I2 𝑰∞ I1 I2
𝑙1 𝑙2 𝑙1 𝑙2
Fig. 8.11
Après avoir déterminé les moments fléchissant aux appuis, les équations d’équilibre de
la statique permettent la détermination des réactions au niveau des appuis. La réaction au
niveau d’un appui intermédiaire est égale à la somme des réactions gauche et droite de

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Chapitre 8 Systèmes hyperstatiques

l’appui. Les moments des aires (moments statiques) des diagrammes des moments
fléchissant peuvent être déterminés par intégration et l’équation des 3 moments s’écrit
comme suit :
l1 l2
l1 l1 l2 l2 6 6
MA ( ) + 2MB ( + ) + MC ( ) = − ∫ μAB . x. dx − ∫ μBC . (l2 − x). dx
I1 I1 I2 I2 l1 . I1 0 l2 . I2 0

Où μ AB et μ BC sont les équations des moments fléchissant dus aux charges extérieures
sur les travées AB et BC.

Si la rigidité est constante on aura :


6 l1 6 l2
MA l1 + 2MB (l1 + l2 ) + MC l2 = − ∫ μAB . x. dx − ∫ μBC . (l2 − x). dx
l1 0 l2 0
Si (𝑙1 = 𝑙2 ) on aura :
6 l l
MA + 4MB + MC = − 2 [∫01 μAB . x. dx − ∫02 μBC . (l2 − x). dx]
l

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