Vous êtes sur la page 1sur 7

V.

DYNAMIQUE DES FLUIDES REELS INCOMPRESSIBLES

4. Régimes d’écoulements
Les écoulements ne se ressemblent pas tous. Certains sont calmes et d’autre
perturbés.
Certes, tous les écoulements de fluides newtoniens obéissent à l’équation de
Navier-Stokes. Cependant, cette équation est difficile à résoudre, d’où la nécessité de
placer des hypothèses qui dépendent du régime d’écoulement. Il est donc important de
connaître ce dernier avant d’étudier un écoulement.
Il existe un nombre reliant tous les paramètres qui peuvent influencer la nature de
l’écoulement : c’est le nombre de Reynolds. Il est adimensionnel et se définit par :
𝜌𝑉𝐷
Re =
𝜇
ρ et μ : la masse volumique et la viscosité dynamique du fluide ;
V : la vitesse de l’écoulement ;
D : le diamètre de la section traversée par l’écoulement ou sa hauteur.
En fonction du nombre de Reynolds, nous définissons 3 régimes d’écoulement :

a. Ecoulement laminaire (Re < 2000)


Dans ce cas, les lignes de courants sont plus ou moins parallèles les unes
aux autres. Le mouvement des particules fluides est régulier et ordonné. Il
présente plusieurs avantages :
 Faibles pertes de charge => faible puissance mécanique pour le faire
circuler ;
 Facilement modélisable grâce aux différentes hypothèses
simplificatrices qui le caractérise ;
 Largement utilisé en industrie :
o En aviation : assure la stabilité lors du décollage de l’avion ;
o En industrie pétrolière et assainissement : permet une décantation
en alimentation continue dans les bassins…
Un obstacle peut perturber l’écoulement localement mais cette perturbation
se dissipe progressivement.

b. Ecoulement transitoire (2000 < Re < 3000)


Quand Re > 2000, on commence à apercevoir des ondulations dans les
lignes de courant en plus de leur divergence. En général, ce régime est localisé :

 Soit en temps : il dure quelques secondes le temps que l’écoulement


devient laminaire ou turbulent ;

 Soit en position : juste après un obstacle, un coude, un filtre…

C. TCHEKIKEN 2020/2021 P36


V. DYNAMIQUE DES FLUIDES REELS INCOMPRESSIBLES

Figure 18 : Régimes d'écoulement - (a) régime laminaire, (b) régime transitoire, (c)
régime turbulent

c. Ecoulement turbulent (Re > 3000)


Quand Re > 3000, l’écoulement est instable et désordonné. Les lignes de
courants vont dans tous les sens, se rentrent dedans, s’enroulent autour d’elles-
mêmes au point où la notion de « ligne de courant » n’a plus de sens.
Le mouvement d’une particule fluide n’est plus prévisible et il faut s’appuyer
sur des codes et logiciels pour résoudre ce type d’écoulement.
 Ses inconvénients :
o Sa résolution est difficile voire impossible dans certains cas ;
o Il génère de grosses pertes de charge.
 Ses avantages en industrie et dans la nature tournent
essentiellement autour du brassage en chaleur et en masse :
o Responsable de l’aération des mers et océans par les vagues ;
o Aide à la fécondation des plantes terrestres grâce au vent et aux
plantes maritimes grâce aux courants marins ;
o Assure le brassage des courants chauds et froids, doux et salés,
pollués et moins pollués…

Exercice d’application :
Quel est le régime de l’écoulement de l’air autour d’une balle de tennis allant à la
vitesse v = 100 km.h-1 ?
Le diamètre d’une balle de tennis est de l’ordre de 7 cm, la masse volumique de
l’air de l’ordre de 1 kg.m-3 et sa viscosité de l’ordre de 2.10-5 Pa.s.

C. TCHEKIKEN 2020/2021 P37


V. DYNAMIQUE DES FLUIDES REELS INCOMPRESSIBLES

5. Pertes de charges
a. Définition
La charge d’un écoulement représente sa capacité à s’écouler. Pour une
particule fluide se trouvant à une hauteur z par rapport à repère donné, la charge peut
s’exprimer :
 Soit en pression totale :
1
𝑃 = 𝑃absolue + 𝜌𝑔𝑧 + 𝜌𝑉
2
 Soit en hauteur totale :
𝑃absolue 1
𝐻 = +𝑧+ 𝑣
𝜌𝑔 2𝑔
Quand l’écoulement est stationnaire, incompressible et parfait, la charge du
fluide se conserve sur une ligne de courant, ce qui revient à l’écriture du théorème de
Bernouli :
1
𝑃absolue + 𝜌𝑔𝑧 + 𝜌𝑣 = cst
2
Cependant, cet écoulement « idéal » n’existe pas dans la réalité car tous les
fluides sont « réels ». De ce fait, la viscosité du fluide intervient en freinant l’écoulement
à cause des forces de frottement (cisaillement) qu’elle génère.
La charge du fluide se voit diminuée, on parle alors de pertes de charge.

b. Problème rencontré en MDF


Les écoulements des fluides réels sont régis par l’équation de Navier-Stokes qui
est très difficile à résoudre, on se tourne vers l’équation de Bernouli qu’on généralise en
introduisant la perte de charge de l’écoulement.
On parle alors d’équation de Bernouli généralisée qui se définit le long d’une
section ds d’une ligne de courant, de direction 𝒆⃗𝒔 , comme suit :
1
∇⃗ 𝑃 + 𝜌𝑔𝑧 + 𝜌𝑉 d𝑠. 𝑒⃗ = 𝜇∆𝑉⃗ d𝑠. 𝑒⃗
2

Cette équation découle directement des équations de Navier-Stokes en


considérant :
 L’écoulement stationnaire ;
 Le fluide incompressible ;
 Son application sur une ligne de courant.
La projection de cette équation sur les axes d’un repère cartésien donne :
d𝑠. 𝑒⃗ = d𝑥. 𝚤⃗ + d𝑦. 𝚥⃗ + d𝑧. 𝑘⃗

C. TCHEKIKEN 2020/2021 P38


V. DYNAMIQUE DES FLUIDES REELS INCOMPRESSIBLES

𝜕 1
⎧ 𝑃 + 𝜌𝑔𝑧 + 𝜌𝑉 = 𝜇∆𝑢
⎪ 𝜕𝑥 2
⎪𝜕 1
𝑃 + 𝜌𝑔𝑧 + 𝜌𝑉 = 𝜇∆𝑣
⎨ 𝜕𝑦 2

⎪𝜕 1
⎩𝜕𝑧 𝑃 + 𝜌𝑔𝑧 + 𝜌𝑉 = 𝜇∆𝑤
2

On peut écrire ces équations en fonction de la charge totale comme suit :


∇⃗𝑃 = 𝜇∆𝑉⃗
En général, les écoulements étudiés sont unidirectionnels (dans une conduite,
entre deux plans parallèles…). Dans ce cas, on fait en sorte de placer le repère de telle
sorte à avoir l’un de ses axes, parallèle à la direction de l’écoulement.

c. Exemple d’application de l’EBG


Dans le cas d’un écoulement longitudinal :
𝜕𝑃
⎧ = 𝜇∆𝑢
⎪ 𝜕𝑥
⎪ 𝜕𝑃
𝑉⃗ = 𝑢𝚤⃗ =0
⎨ 𝜕𝑦

⎪ 𝜕𝑃
⎩ =0
𝜕𝑧
La charge totale ne dépend donc que de la direction longitudinale et sachant
qu’elle décroit :
𝜕𝑃 d𝑃
=
𝜕𝑥 d𝑥
De plus, l’équation de conservation permet d’écrire que :
𝜕𝑢 𝜕 𝑢 𝜕 𝑢 𝜕 𝑢
=0 =0 ∆𝑢 = +
𝜕𝑥 𝜕𝑥 𝜕𝑦 𝜕𝑧
d𝑃 𝜕 𝑢 𝜕 𝑢
=𝜇 +
d𝑥 𝜕𝑦 𝜕𝑧
Cette équation est valable ∀(𝒙, 𝒚, 𝒛). Or :
 PT dépend de x ;
 Et u dépend de y et z.
Cette équation n’est donc valable si les deux membres de l’égalité sont des
constantes :
𝑑𝑃 𝜕 𝑢 𝜕 𝑢
= cst = 𝜇 + <0
𝑑𝑥 𝜕𝑦 𝜕𝑧
De ce fait, la pression totale varie linéairement le long de l’écoulement en
décroissant.

C. TCHEKIKEN 2020/2021 P39


V. DYNAMIQUE DES FLUIDES REELS INCOMPRESSIBLES

Remarque :
Dans le cas d’un fluide parfait :
d𝑃 1
𝜇=0 =0 𝑃 + 𝜌𝑔𝑧 + 𝜌𝑉 = cst
d𝑥 2

Ce qui revient à l’écriture de l’équation de Bernouli.


Dans le cas d’un fluide réel, la viscosité n’est pas négligeable. La charge totale
entre deux points d’une ligne de courant peut s’écrire :
𝑃 =𝑃 + ∆𝑃
𝑑𝑃
∆𝑃 = ∆𝑥
𝑑𝑥

PT

PT,1

ΔPT
PT,2
Δx

x1 x2 x

Figure 19 : Evolution de la charge totale le long d'un écoulement

Ainsi, l’équation de Bernouli généralisée s’écrit :


1 1
𝑃 + 𝜌𝑔𝑧 + 𝜌𝑉 = 𝑃 + 𝜌𝑔𝑧 + 𝜌𝑉 + ∆𝑃
2 2
∆𝑃 : est la perte de charge totale entre les points 1 et 2, due à la viscosité du fluide.
Il suffit donc d’évaluer la perte de charge pour pouvoir décrire l’écoulement.
La perte de charge totale est la somme des pertes de charges linéaires et
singulières :
∆𝑃 = ∆𝑃 + ∆𝑃

C. TCHEKIKEN 2020/2021 P40


V. DYNAMIQUE DES FLUIDES REELS INCOMPRESSIBLES

d. Pertes de charge linéaires (régulières)


Ces pertes de charge sont le résultat du frottement du fluide contre les parois de
la canalisation mais aussi des couches fluides entre elles.
Elles dépendent de pleins de paramètres rassemblés tous dans l’équation
suivante :
𝐿 𝑉
∆𝑃 = 𝜆 𝜌 (Pa.s)
𝐷 2
Ou bien :
𝐿𝑉
∆𝐻 = 𝜆 (m)
𝐷 2𝑔
L et D sont la longueur et le diamètre de la conduite considérée (m)
V est la vitesse moyenne de l’écoulement (m.s-1)
λ : coefficient de pertes de charge linéaire (adimensionnel), il dépend du régime
d’écoulement :
 Pour un écoulement laminaire :
On utilise la loi de Poiseuille donnée par :
64
𝜆=
Re
 Pour un écoulement turbulent :
o Ecoulement lisse ( Re < 105 ) :
On utilise la formule de Blasius donnée par :
.
𝜆 = (100 𝑅𝑒)
o Ecoulement rugueux ( Re > 105 ) :
On utilise la formule de Blench donnée par :
𝜀
𝜆 = 0,79
𝑑
ε : rugosité de paroi de la conduite en contact avec le fluide ;
d : diamètre interne de la conduite.

e. Pertes de charge singulières


Ces pertes de charge sont dues à des rencontres ponctuelles de l’écoulement avec
obstacles tels que les coudes, branchements, raccords, robinets…
Elles dépendent de pleins de paramètres rassemblés tous dans l’équation
suivante :
𝑉
∆𝑃 = 𝐾𝜌 (Pa.s)
2

C. TCHEKIKEN 2020/2021 P41


V. DYNAMIQUE DES FLUIDES REELS INCOMPRESSIBLES

Ou bien :
𝑉
∆𝐻 = 𝐾 (m)
2𝑔
V est la vitesse moyenne de l’écoulement incidente qui arrive à l’obstacle (m.s-1)
K : coefficient de pertes de charge singulières (adimensionnel), il dépend de la
nature de la singularité.

Figure 20 : Quelques valeurs du coefficient de pertes de charge singulières en fonction de la


géométrie de la singularité

Exercice d’application :
Quelle est la valeur de la perte de charge régulière sur 10 m de longueur d’une
canalisation de 2 cm de diamètre pour chacune des situations suivantes :
 Eau circulant à la vitesse moyenne de 2 m/s et de viscosité cinématique
1.10 - 6 m2.s-1.
 Fuel lourd à 50 °C circulant à la même vitesse et de viscosité cinématique
110.10 - 6 m2.s-1.

C. TCHEKIKEN 2020/2021 P42

Vous aimerez peut-être aussi