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UNE PHILOSOPHIE CALVINISTE LA « PHILOSOPHIE DE L'IDÉE DE LA LOI »

Author(s): H. L. Van Breda


Source: Revue philosophique de Louvain, Vol. 47 (1949), pp. 279-283
Published by: Peeters Publishers
Stable URL: https://www.jstor.org/stable/26333230
Accessed: 28-05-2022 23:51 UTC

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La « Philosophie de l'Idée de la Loi » 279

UNE PHILOSOPHIE CALVINISTE

LA « PHILOSOPHIE DE L'IDÉE DE LA LOI «

M. H. Dooyeweerd est depuis 1926 professeur de philosophie


du droit à la Vrije Unwersiteit de Amsterdam (université libre,
fondée en 1880 par Abraham Kuyper, chef du groupe des Calvinistes
hollandais que l'on pourrait appeler « de plus stricte observance »).
En 1948, il a publié dans les Mélanges Philosophiques offerts... par
l'Union des Sociétés de Philosophie des Pays-Bas au Xe Congrès
International de Philosophie <1J une étude intitulée : Introduction à
une critique transcendentale de la pensée philosophique. 11 y soumet
« au lecteur étranger... quelques traits fondamentaux de la philosophie
nouvelle, qui s'est développée pendant environ vingt ans (sic) à
l'Université libre d'Amsterdam et qui est devenue connue sous le
nom de philosophie de l'idée de la loi « (de wijsbegeerte der wets
idee) (ibid., p. 70).
Cet auteur poursuit le même objectif dans un opuscule rédigé en
langue anglaise : Transcendental Problems of Philosophical Thought.
An Inquiry into the transcendental conditions of philosophy <2). 11 y
reprend et développe quelque peu les mêmes thèmes. L'auteur
s'attache avant tout à mettre en lumière l'intuition fondamentale
de cette « philosophie de la loi », sous une forme plutôt négative ;
le contenu positif du système (lequel est par ailleurs fort élaboré)
n'y est guère exposé.
Dans un premier chapitre (pp. 13-26) M. Dooyeweerd affirme
la nécessité absolue d'une critique transcendentale de la connais
sance, au point de départ et à la base de la philosophie. La philo
sophie doit élucider « the necessary pre-supposita of ail theoretical
thought whatsoever » (p. 19), et doit être exercée « in a radical-cri
tical attitude » (p. 25). Les penseurs philosophiques les plus en vue
(Aristote, Thomas et la Scolastique, Kant, Husserl, etc.) ont voulu

I1) Bibliothèque du Xe Congrès International de Philosophie, Volume 11,


pp. 70-80. Amsterdam, Veen, 1948.
<2> Un vol. 20x17 de 77 pp. Michigan (U. S. Α.), WM. Β. Eerdmans
Publishing Compagny, 1948.

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résoudre ce problème fondamental par les lumières de la pensée


philosophique comme telle c'est-à-dire en faisant appel à la raison
scientifique (théorique ou pratique). Ils posent ainsi à la base de
leur conception une thèse, erronée d'après l'auteur, celle de la
possibilité d'une autonomie de la raison ; thèse, qui prend la forme
d'un dogme chez presque tous les représentants attitrés de la philo
sophie occidentale (p. 15). Le seul moyen de résoudre le problème
du fondement absolu de toute connaissance philosophique et scien
tifique, est de trouver dans notre conscience un point absolument
fixe, qui transcende toute connaissance théorique, et qui peut-être
le centre de synthèse du théorique avec la totalité de la vie. Ce
point transcendant ne peut être découvert que par la voie « of
critical knowledge of ourselves » (p. 49), « la voie de la connaissance
de soi-même » (a. c., p. 77) ; il n'est autre que le « Self », le moi.
Or ce moi ne peut être vraiment connu que corrélativement à une
connaissance de Dieu : « in fact, self-knowledge is by nature reli
gious » (p. 54). Toute connaissance philosophique étant un acte du
moi, et le moi étant, par son essence, un centre de religiosité, la
connaissance elle-même sera fonction de la religiosité du moi et
une expression de la position religieuse fondamentale du penseur
en question (p. 54).
Si l'on pose le moi, ainsi conçu, à la base de toute élaboration
ultérieure de la philosophie, on peut surmonter en premier lieu
l'antithèse fondamentale qui caractérise l'attitude spécifique de la
pensée scientifique autonome, antithèse que la science théorique
elle-même ne peut éliminer par ses propres forces. L'auteur désigne
cette antithèse par « the semi-German term Gegenstand-relation »
(p. 30) ; il la décrit comme « an antithetical relation in which the
logical aspect of our thought is opposed to non-logical aspects of
reality » (p. 29).
Pour le moi transcendant décrit plus haut, qui s'exprime dans le
« pre-scientific thought », cette antithèse est inexistante. Ce moi
authentique ne connaît pas de relation de ce genre (« Gegenstand
relation ») entre objet et sujet. Pour ce moi, la réalité est donnée
comme un tout, qui se révèle dans le courant du temps « universel »
ou « cosmique » (« the deepest Stratum of reality and its several
modal aspects », p. 31) sous ses différents aspects modaux : « In
the attitude of common experience we find ourselves completely
within empirical reality with all the functions, with ail the aspects
of our consciousness and existence » (p. 32).

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Les autres systèmes philosophiques commencent par 1 abstraction


d'un de ces aspects modaux (le psychologique, le logique, le juri
dique, etc.), et par l'étude théorique de cet aspect en soi. La phi
losophie de l'idée de la loi, au contraire, veut respecter avant tout
la donnée de base, dans sa structure originale, c'est-à-dire la réalité
qui est donnée au moi religieux comme une unité structurée et avec
des aspects modaux, lesquels, de leur côté, sont toujours à con
sidérer en fonction de la réalité totale (« the différent aspects are
not reality itself, but are only modalities oj being », p. 41). L éla
boration concrète de l'étude des structures de ces aspects modaux
mène alors le philosophe à découvrir, à l'autre bout de la chaîne,
les « structures of individuality » (p. 42), dans lesquelles les aspects
modaux s'individualisent par degrés, et qui contiennent tous ces
aspects « in a typical manner and bound together in an individual
totality and unity » (p. 42).
L'idée même de réalité, aspects et individualité structurés, pré
suppose que cette réalité, etc. soient déterminés en soi et évoluent
d'après des normes, ou lois. C'est là, sans doute, une des raisons
qui a conduit les promoteurs de cette philosophie à appeler leur
système : la philosophie de l'idée de la loi.
L'auteur donne alors (pp. 42-50) quelques exemples — fort
obscurs à notre avis — de l'applicaiori concrète des vues théoriques
et du programme qu'il vient d'esquisser.
11 termine son livre par un dernier chapitre (pp. 59-77), où il
veut montrer de façon concrète, que les motifs religieux (et surtout
la conception religieuse du moi) furent « les vraies forces motrices,
qui ont dominé l'évolution de la pensée scientifique occidentale ».
Il évoque brièvement les thèmes religieux qui, d'après lui, sont à
la base de la pensée grecque, de la pensée chrétienne primitive,
des grands systèmes « catholiques », et de l'Humanisme. Dans l'article
français mentionné plus haut, il conclut : « Ces grands motifs religieux
ont dominé la pensée philosophique en déterminant le contenu de
l'idée théorique fondamentale concernant la relation mutuelle des
divers aspects, qui se sont opposés mutuellement dans la relation
antithétique, et concernant leur unité de racine. Cette idée théorique
transcendentale est nommée l'idée de la loi, parce qu'elle est une
idée de l'ordre structurel de la réalité, qui est la condition transcen
dentale de tout acte synthétique de notre pensée » (p. 81).
En général, la critique a reproché à M. Dooyeweerd, lors de
ses publications antérieures, un manque de clarté et la manière

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arbitraire dont il choisit ses expressions et en définit le contenu'. Dans


les deux études que nous venons de résumer, l'auteur a su, en
général, éviter ces éceuils. Nous devons pourtant dire que l'article
paru dans les Mélanges Philosophiques est fort mal soigné au point
de vue de la langue. — On lui reproche également de traiter bien
trop librement les systèmes philosophiques dont il parle, et de les
décrire toujours en fonction de ses propres idées. Il me semble que
c'est encore le cas dans les publications que nous venons d'analyser.
Nous croyons que bien peu de spécialistes souscriront aux exposés
synthétiques que M. Dooyeweerd présente de la pensée antique et
des systèmes qu'il groupe sous le nom de « systèmes catholiques ».
Les quelques lignes qu'il consacre à Husserl nous semblent également
fort loin de la pensée réelle de l'auteur en question.
Quant à « l'intuition fondamentale » du système, nous croyons
bien que M. Dooyeweerd a raison d'accentuer l'influence des motifs
religieux sur la conception philosophique du moi et sur celle du
monde. On se souviendra, d'ailleurs, que cette idée a déjà été mise
en lumière par toute une série de penseurs occidentaux ; ne citons
que Plotin, Augustin, Blondel, etc ; rappelons également les discus
sions sur la philosophie chrétienne dans la période 1925-1935. Il nous
semble que M. Dooyeweerd n'a pas tiré tout son profit de la litté
rature publiée sur ce sujet dans les pays latins. — Notons enfin, que
l'auteur semble pousser trop loin l'application à ses prédécesseurs de
ce qu'il appelle la « Gegenstand-relation ».
Mais il serait sans doute injuste de juger le système sur les
deux esquisses que nous avons citées. M. Dooyeweerd a en effet
déjà publié de très nombreux travaux, dont on trouvera la liste
aux pages 79-80 du petit opuscule anglais. Il est en outre, avec son
collègue de l'Université libre d'Amsterdam M. D. H. Th. VoLLEN
HOVEN (depuis 1926 titulaire de la chaire de philosophie à la même
université), l'initiateur et le chef reconnu de l'école, dite de la
Philosophie de l'Idée de la Loi (Wijsbegeerte der Wetsidee), école
d'inspiration nettement calviniste. D'après une note de l'article
français, cité plus haut, « la philosophie de l'idée de la loi a acquis
nombre d'adhérents dans l'Afrique du Sud, dans les cercles calvi
nistes des Etats-Unis de l'Amérique et aussi en Suisse, en Allemagne,
en Autriche et aux Indes Néerlandaises » (Mélanges Philosophiques,
p. 82),. Mentionnons d'un autre côté, que d'après le meilleur con
naisseur de la philosophie contemporaine en Hollande, M. F. SaSSEN
(Wijsgeerig leven in Nederland in de twintigste eeuu). Amsterdam,

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Comptes rendus 283

19472, p. 129), la philosophie de l'idée de la loi est loin d'être


universellement admise par chacun des penseurs calvinistes néer
landais. — Les adhérents de cette école philosophique (environ 400
aujourd'hui) sont groupés dans la Vereeniging voor Calüinistiache
Wijsbegeerte (Société de philosophie calviniste, fondée en 1935),
dont l'organe officiel est la revue trimestrielle Philosophia Reformata
(fondée en 1936). — On trouvera dans J. J. POORTMAN, Repertorium
der Nederlandse Wijsbegeerte (Antwerpen, Wereldbibliotheek, 1948)
les indications bibliographiques complètes concernant les multiples
publications des auteurs de cette école (articles : Wetsidee, p. 152 ;
Dooyeweerd, p. 227 ; Vollenhoven, p. 392), et dans F. Sassen,
Wijsgeerig leven in Nederland in de twintigste eeuw (Amsterdam,
Noord-Hollandsche, 19472, pp. 124-130) un exposé sommaire du
système. — M. J. M. SPIER édita en 1938 un manuel sous le titre
lnleiding in de Wijsbegeerte der Wetsidee (Kampen, Ν. V. Kok),,
qui fut réédité en 1939 et 1946, mais qui ne semble pas exposer tout
à fait correctement les idées qui ont inspiré les initiateurs du système.
— L'œuvre classique pour s'initier à la pensée de ces auteurs
reste encore : H. DOOYEWEERD, De Wijsbegeerte der Wetsidee. —
3 volumes, Amsterdam 1935-1936.
Notons enfin que M. Dooyeweerd, ainsi que son collègue
M. Vollenhoven, ont toujours porté un grand intérêt à la pensée
scolastique, et qu'ils ont contribué par leurs travaux à fixer la termi
nologie scolastique de langue néerlandaise.

H. L. Van Breda.

Louvain.

COMPTES RENDUS

H. ROBBERS, S. J., Wijsbegeerte en Openbaring (Bibliotheek v


Thomistische Wijsbegeerte). Utrecht-Bruxelles, Het Spectrum, 19
192 pp.
Cet ouvrage étudie le rapport que le philosophe peut découvrir
entre la nature et l'ordre surnaturel. Il commence par établir quelques

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