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Eustache Akono Atangane

Les Conflits
contemporains en Afrique
au Sud du Sahara
(Stratégie et polémologie)

1
Du même auteur
Repenser la sécurité nationale au Cameroun
Linselles-France, PUBLIBOOK, 2019

2
Dédicace

A mon père Atangane Essiane


et ma mère Avezo’o Akono,
pour leurs sacrifices immenses pour mon
éducation
A mes frères et sœurs.

3
4
Prologue

Réflexion sur la Guerre en général1


1
Réflexion de l’Amiral Guy Labouérie, Membre de l’Académie
de Marine. Brest, le 5 avril 2003. Amiral Guy Labouérie,
Stratégie – Réflexions Et Variations / Collection « Esprit De

5
Ce qui suit s’efforce de rester sur le « principe de
réalité », cher à Raymond Aron et quelques autres
dans les sociétés médiatisées et d’attention éphémère
dans lesquelles nous vivons.
Pour cela, écartons toutes les significations du
mot « guerre » employées à tort et à travers dans la
littérature politicienne ou à prétention intellectuelle,
que ce soit la guerre des affaires et des médias, celle
la guerre de la drogue, la guerre économique, la
guerre de l’information, la guerre des sexes, guerre
des classes… pour ne prendre en compte que la
guerre militaire, expression paroxystique de la
violence des États.2

A) Ce que la guerre n’est pas :


 Il n’y a pas de guerre propre,
Pas plus que de guerre zéro mort, y compris chez
soi. Sur ce point, constatons l’effet déplorable des
jeux télévisés et des reportages TV un peu partout
dans le monde… Rien n’est réel et l’on s’habitue
avec une stupéfiante aisance à ces morts par intérim
ce qui conduit inéluctablement au refus de la réalité,
et particulièrement la réalité des rapports de
l’homme, à titre individuel aussi bien que collectif,
dès lors que sont en jeu les questions du pouvoir et de
l’argent. Si cette réalité nous atteint brusquement,
tout s’effondre entraînant d’une part cet
accroissement alarmant pour la santé mentale d’un
pays du recours aux cellules psychologiques au
moindre accident, quel qu’il soit, et d’autre part, le
refus de toute approche réaliste des conditions de la

Defense », SABLONS, France, 1992.


2
cf. G. Labouérie in « L’homme et sa violence », conférence à
Brest, 12/2002, qu’il faut étendre ici à la violence des structures
entraînant et confortant la violence des États qui constitue par sa
partie militaire ce que l’on appelle normalement la guerre.

6
violence dès lors qu’à tort ou à raison elle pourrait se
retourner vers soi. Cela manifeste la fragilité
psychologique des intéressés et des sociétés, ce qui
est d’autant plus le cas de celles qui vivent sur une
perte des références et des valeurs et sombrent dans
un relativisme excessif.
 Il n’y a pas de guerre presse-bouton,
Quelle que soit la supériorité technologique dont
on dispose. Il faut toujours que l’homme sorte de ses
carapaces protectrices, car il n’y a pas de fin externe
du conflit. Il y faut le contact réel avec les humains
de l’autre partie et c’est le moment du plus grand
danger pour les uns comme pour les autres, même si
la supériorité de l’un peut permettre de limiter les
drames de son côté, ce qui avait été le cas de la
1ère guerre du Golfe qui n’avait fait que très peu de
victimes du côté de la coalition et beaucoup chez les
Irakiens, mais sans que les causes profondes du
conflit, au-delà de l’invasion du Koweït réclamé
comme la 19e province de l’Irak, aient été réellement
traitées.
 Il n’y a pas de « guerre juste »
Car dès que l’on tue, comme le fait remarquer
Élie Wiesel3, ne serait-ce qu’une seule personne, c’est
lui faire injustice, mais, ajoute-t-il, il y a plus grande
injustice encore c’est celle qui est faite à tout un
peuple en lui imposant un régime dictatorial
insupportable. Par contre, il y a des guerres
inéluctables et/ou inévitables dès lors que la
communication véritable n’est plus possible et que
l’un ou l’autre des adversaires menace la vie même et
l’avenir de l’autre voire même des siens, deux
données essentiellement subjectives pouvant prêter à
bien des approches différentes. Si la notion de guerre
3
Élie Wiesel in Paris-Match a été un des rares esprits à
comprendre ce qui était en jeu au début du conflit.

7
juste a été un progrès en Europe moyenâgeuse, il ne
faut pas aujourd’hui s’appuyer sur elle pour y trouver
une tranquillisation de ce que l’on fait ou de ce que
l’on voudrait que l’autre ne fasse pas. D’ailleurs tout
pays qui fait la guerre que ce soit à son initiative ou à
son détriment l’estime immédiatement juste et rien ne
lui enlèvera cette conviction, d’autant qu’il en a
besoin pour faire face à ce qui arrive en fait de
violence et de destruction et mobiliser sa population.
 Il n’y a pas de guerre, ni d’intervention,
légitimée par un droit international
dont personne ne sait ce qu’il est effectivement,
d’une part parce qu’il y a nombre de droits
internationaux, tous différents, tous avec des objets
divers, d’autre part parce que l’ONU n’a jamais été
capable d’obtenir des plus puissants (États-Unis,
URSS et maintenant Chine…) la concrétisation de sa
propre Charte en ce qui concerne la mise sur pied d’un
état-major et de forces qui lui soient propres pour faire
respecter ce droit. C’est d’autant plus impossible
d’ailleurs, ce dont pas grand monde ne se soucie, que
plus de la moitié des États qui composent l’ONU, non
seulement ne respectent pas la Charte qu’ils ont signée,
mais ont sur leur territoire ou avec leurs voisins des
conflits qui ensanglantent leurs peuples depuis les
débuts de la décolonisation, avec plusieurs millions de
morts dont l’ONU ne préfèrent ne pas trop parler. Si
on constate par ailleurs qu’une partie non négligeable
du Conseil de Sécurité est composée d’États voyous,
terroristes ou narco-États, on peut avoir des doutes sur
la « légitimité » de bien des décisions4.
 La guerre n’est pas déclarée par les
militaires dans les démocraties.

4
Cela correspond d’ailleurs à la schizophrénie globale des États
signalée par Bernard Badie cité dans les »réflexions
printanières ».

8
C’est une décision des autorités politiques et ne
peut l’être que d’eux avec l’inconvénient que la
plupart d’entre eux n’ont guère d’idées sur les effets
de leurs armes. Les militaires connaissent trop les
effets terrifiants de leurs armes pour être désormais
des va-t’en guerre. Ce n’est malheureusement pas le
cas des dictatures, près de la moitié des États
représentés à l’ONU, où ce sont les militaires qui sont
au pouvoir. Ces derniers par ambition, cupidité et
ignorance mêlées, peuvent lancer leurs populations
soit dans des aventures abominables comme au
Cambodge, au Rwanda et bien d’autres lieux, avec
des centaines de milliers de morts tout de suite
oubliés, soit dans des affrontements internationaux
majeurs.
Par contrearmements et risques de guerre
sont liés.
Si les premiers sont parfois légitimes, ils peuvent
d’autant plus favoriser la guerre que, par
l’exportation et la concurrence effrénée de leurs
fabricants, il peut tenter les Politiques d’en jouer
autrement que prévu initialement, surtout dans les
pays dictatoriaux où il n’existe aucun contrôle de
type parlementaire démocratique. Quitte à mettre hors
d’eux les fabricants, n’hésitons pas à dire que
l’exportation des armes occidentales est le moteur du
militarisme du monde des dictatures militaires. Ces
derniers peuvent alors se laisser aller à la tentation de
l’action pour obtenir ce qu’ils veulent jurant comme
don Juan que c’est leur dernière conquête avant
l’établissement de la paix… On a vu ce que cela a
donné dans l’histoire européenne pour se limiter à
elle.
 Il n’y a pas de guerre sainte, sinon par un
dérangement de la pensée
Le Dieu des chrétiens, particulièrement, n’a rien

9
à voir avec la guerre, sinon pour la refuser.
L’invoquer pour gagner quelles qu’en soient les
motivations ne peut alors que renforcer ceux qui
adorent un Dieu vengeur comme chez les anciens
Hébreux ou un Dieu qui réclame la tête des non-
musulmans s’ils ne veulent pas se convertir ou s’ils
veulent changer de religion. C’est d’autant plus vrai
que dans les faits, la religion n’est que rarement le
point de départ des véritables guerres, mais par contre
son emploi pour des raisons politiciennes les exaspère
jusqu’à des points de non-retour où seuls les
massacres semblent la meilleure solution, quelle que
soit la somme de douleurs et de souffrances imposées
aux uns comme aux autres. Il n’y a guère que deux
hommes qui ont porté la question à son véritable
niveau : le Pape des catholiques et le recteur d’El
Azar au Caire…
L’outil de base de cette intrusion de la religion
dans la violence est l’ignorance, celle de tous les
protagonistes même si elle a des points d’appui
différents suivant les uns et les autres. Elle sert de
justification d’autant plus importante qu’elle est plus
répandue, en particulier dans la religion musulmane
sous ses différentes écoles. Quant à la mesure de cette
ignorance, elle se constate dans le volume de
superstitions qu’elle entraîne. Sachons reconnaître
toutefois que les plus abominables des guerres depuis
deux siècles ont été les guerres laïques européennes,
ce qui explique en partie l’attitude actuelle des pays
européens de l’ouest comme de l’Est dans leurs
différences d’approche du phénomène de guerre en
Afrique, ainsi que le rejet global des leçons
apparentes qu’ils veulent donner, parce qu’au nom de
quoi prétendent-ils faire aux autres l’économie de
l’histoire sinon par leurs propres horreurs… mais
l’expérience des autres ne sert jamais à rien.

10
 La guerre est le résultat d’une
combinaison très complexe entre la liberté et la
fatalité
Ceux qui ne voient que la liberté ignorent tout du
donné réel de la vie des peuples, de leurs situations
réelles sur l’échelle du temps et de l’extrême lenteur
de leurs évolutions. Ceux qui ne pensent que
déterminisme ignorent tout de l’état de
« transgresseur volontaire » de l’homme personnel et
collectif, et des prodigieux résultats qu’il peut en
obtenir, en commençant par sa survie depuis le fond
des âges. Personne ne peut être pour la guerre et c’est
fausser le débat que de le simplifier en « pour » et
« contre » sans même se demander de quoi il s’agit en
particulier pour les humains. Ce qui est peut-être le
plus étrange, c’est que notre planète vit dans la
conviction, ne reposant sur rien de précis, totalement
subjectif, que nous sommes à cheval entre deux
désastres, le premier à l’origine qui nous a mis dans
le malheur et un final à l’issue duquel nous
trouverons le bonheur, qu’il s’appelle le paradis
d’Allah, la Jérusalem céleste, la Parousie… ou le
non-être. D’où la tentation d’accélérer les choses
comme allant de soi, dans le sens de l’histoire ont
même prétendu les communistes… Faisant presque
toujours l’impasse sur la violence individuelle de
l’homme à l’origine de toute violence collective, la
guerre ne serait finalement que l’expression brutale
de cette situation inconfortable entre deux désastres.
C’est troublant, mais c’est ainsi et c’est pourquoi il
faut maintenant tenter d’en approcher quelques
réalités.

B) Ce qu’est la guerre
Les phrases de Clausewitz ont souvent entraîné
des désastres et pas seulement par des déformations

11
ou des exagérations de leurs commentateurs et autres
experts. On ne peut pas le suivre sur une des plus
connues : « la guerre est la continuation de la
politique par d’autres moyens ». Car, on peut alors
justifier n’importe quoi et nous ne nous en sommes
pas privés tout au long de l’histoire. Quelles que
soient les aventures passées de l’humanité dans un
monde ouvert, apparemment infini, offert à
l’ambition des humains, on ne peut s’appuyer sur
elles pour continuer à le proclamer aujourd’hui dans
un monde fermé, hétérogène, et d’autant plus
dangereux.
 La guerre en réalité est la conséquence de
l’échec de la politique,
Et par suite toute guerre qui serait lancée sans
avoir pour but une autre politique que celle qui y a
conduit, de chaque côté, car on n’est jamais seul dans
cet échec. L’oubli ou le renvoi à plus tard de cette
autre politique ne peut que conduire à des
exacerbations des conflits et à des conséquences
déplorables dans le temps. C’est en particulier le cas
des guerres qui ne voudraient que des avantages
d’ordre matériel… Si l’on ne s’est pas fixé les limites
politiques, humaines, culturelles, économiques… de
la guerre menée et de l’État du Droitvers lequel on
veut aller, alors toutes les excès sont possibles et les
conséquences désastreuses. Ce fut les cas de l’Europe
au XXe siècle. Comme telle, en effet, ce que dit,
Bonaparte : « la guerre est un drame effrayant et
passionné »,
 1 – un drame effrayant
S’il faut toujours se scandaliser des morts dans
une guerre, il ne faut pas non plus oublier sa réalité :
la guerre n’est pas une entité abstraite pas plus qu’un
super tournoi, tentation habituelle des médias. La
guerre est bien autre chose : « c’est le royaume de

12
l’atroce et de l’horrible, c’est le domaine du sang, du
meurtre et de la destruction ». Si par un curieux oubli
de l’histoire, on a pu croire que seuls les militaires
devaient y mourir, la fermeture du monde sur lui-
même, la montée des idéologies criminelles, etc. ont
entraîné la mort pour tout le monde, par un retour aux
exterminations des « anathèmes », des chevauchées
mongoles ou toutes ces horreurs diverses que nous
voyons se reproduire sans fin au Cambodge, en
Chine, au Rwanda et un peu partout sur la planète.
Au-delà de toutes les justifications, de tous les
résultats, se trouvent toujours la cruauté de la guerre
et son côté insupportable. Les rites de purification des
guerriers à l’issue des combats que l’on retrouve dans
à peu près toutes les anciennes cultures montrent à
quel point cela a toujours été perçu dans le passé. Il
n’est jamais innocent de tuer ne serait-ce qu’une
seule personne. À l’heure actuelle les perspectives
sont plus effarantes que jamais, non pas tant par le
perfectionnement des armes qui, à la limite, iraient
plutôt dans le sens de l’économie des destructions
matérielles et humaines inutiles grâce à leur précision
et leur puissance, mais de l’écart grandissant entre
l’information réelle des populations et les gouffres
culturels qui les séparent. Ces gouffres sont aggravés
par la fragilisation psychologique accentuée des pays
occidentaux, surtout européens : confort et souci de
sécurité intérieure des populations, idéologisation et
ignorance de trop de médias incapables de rendre
compte de façon claire et précise sur ce qui se passe,
phénomènes de la drogue, de la perte d’énergie, du
culte de l’argent, etc. de même qu’ils sont renforcés
par l’accroissement de la pauvreté relative d’une
partie importante du monde, pauvreté qui n’est pas
seulement physique, mais aussi culturelle, politique,
affective et spirituelle.

13
 Une guerre n’est jamais propre,
et c’est pourquoi le premier devoir du stratège est
de haïr la guerre au plus profond de lui-même et de la
haïr d’autant plus quand il est militaire qu’il est le
mieux placé pour savoir ce qu’il en est en réalité, ce
que ne sait pas ou ne veut pas savoir le plus souvent
le stratège civil qui décide dans les démocraties. C’est
en assumant cette haine que l’on peut éviter autant
que faire se peut de tomber dans ces stupides et
criminelles courses aux armements qui ne cessent de
se développer. Ce n’est pas du pacifisme ou de
l’antimilitarisme, mais découle d’un fait parmi
d’autres « la guerre est une chose trop terrible pour
que nous la considérions sous un angle théorique ou
affectif », ce à quoi nous sommes prédisposés et les
démonstrations médiatiques par leur voyeurisme
instinctif aggravent cette tendance. Or cela est
dangereux, car, au-delà de ses horreurs, c’est oublier,
et par conséquent être incapable de la comprendre et
de la battre sur son terrain, que la guerre peut être
vécue, depuis le fond des âges, à un certain niveau
des responsabilités et de culture, comme une aventure
humaine exaltante, peut-être même comme la seule
aventure qui vaille le sacrifice de sa vie, et que
comme telle elle tente d’autant plus ceux qui, par
ambition, soif de puissance et de pouvoir et profonde
méconnaissance de la réalité de notre planète
désormais, voient en elle le « sésame ouvre-toi » de
leur grandeur et de leur marque sur l’Histoire de
l’humanité. L’histoire en regorge d’exemples.
 2 – une passion humaine
Il y a effectivement ce fait qu’au-delà de toutes
les horreurs qu’elle génère, la guerre est aussi le seul
domaine où sous la pression du danger et de la mort,
toutes les possibilités de l’homme peuvent et doivent
se dépasser et parfois se déchaîner. C’est le moment

14
où l’on vit le plus intensément… c’est l’école d’une
certaine vérité de l’homme, vérité terrible, mais vérité
inscrite dans notre violence individuelle et collective.
Par suite, elle a toujours séduit et il faudra encore
bien du temps et une évolution profonde de toutes nos
sociétés pour qu’elle cesse de séduire. C’est sous cet
éclairage que l’on trouve les relations millénaires de
la guerre et de la fête avec danses parures, émotions
surtout dans le soulagement de la fin du conflit avec
le rapport évident de la « violence et du sacré », objet
de multiples études, mais aussi, avec la levée de
multiples tabous et d’interdits allant du viol au
meurtre gratuit… exprimant la partie excrémentielle
de la guerre.
Par ailleurs, la guerre c’est aussi, souvent le
« repos des gouvernants », des Politiques, qui grâce à
des lois d’exception toujours facilement votées
garantissent l’obéissance plus facile des citoyens. En
même temps, en cas de victoire elle donne aux
dirigeants une auréole flatteuse, car toute guerre
sacralise le chef d’une. C’est, à la limite, le
« syndrome d’Abraham », moment culminant du
pouvoir patriarcal que celui où il ordonne la mort
sacrificielle de son fils… Mais si Dieu a arrêté le bras
d’Abraham, l’homme moderne a trop tenté de mettre
Dieu de chaque côté de la guerre, et personne ne l’a
arrêté dans cette terrifiante tentation, particulièrement
au cours du XXe siècle.

15
Prolégomènes
Avec la fin de la guerre froide dans les années 90
et la mondialisation économique néolibérale, on a vu
apparaître en Afrique une série de conflits
« nouveaux », longtemps en gestation, et qui sont
souvent présentés comme des symptômes de la
fragilité des Etats africains. En fait, ces conflits se
caractérisent par leur dimension régionale, par la
multiplicité des protagonistes, belligérants ou non,
par la diversité des motivations, économiques ou
politiques, qui les sous-tendent, et par la brutalité des

16
stratégies utilisées5.
Si dans certains pays comme le Libéria, la Sierra
Leone, le Rwanda, le Burundi, l’Angola et la Côte
d’Ivoire, on a vu une légère amélioration de la
situation conflictuelle, grâce à leur détermination à
sortir du cycle de la violence, les défis n’en sont pas
moins redoutables pour le continent avec le
changement d’environnement stratégique mondial
depuis le 11 septembre 2001 qui a répandu le
terrorisme aux côtés des guerres civiles, des
insurrections armées, de la piraterie maritime et du
banditisme armé transfrontalier. On peut aussi noter
que certains conflits trouvent leurs origines dans
l’échec de la gouvernance. Les pouvoirs politiques ne
reflètent pas toujours la diversité des communautés
de leurs sociétés. La démocratisation des années 1990
a été une arlésienne, pendant que certains régimes
tournent à la prédation et au pillage systématique des
ressources étatiques occasionnant des conflits
récurrents. Or, après la fin de la guerre froide, on se
serait attendu à l’avènement d’une nouvelle ère de
paix, de démocratie et d’essor économique sur le
continent. En effet, « ce n’est pas ce qui advint, au
contraire : les années 1990 virent se multiplier les
conflits violents en Afrique, et s’affaiblir encore un
peu plus les États africains »6.
En réalité, malgré des évolutions récentes,
l’Afrique subsaharienne demeure une région
particulièrement affectée par des foyers de conflits
latents, liés notamment à la présence de groupes
armés qui échappent au contrôle des gouvernements.
Bien qu’enracinés dans leurs contextes spécifiques au
niveau local ou national, ces acteurs et ces foyers

5
Jaquet Christophe PORTEOUS, « L’évolution des conflits en
Afrique subsaharienne », Politique étrangère, n°2, 2003, p. 307.
6
Ibid.

17
d’instabilité s’inscrivent dans des dynamiques
interdépendantes qui relèvent de véritables
« systèmes de conflits » aux implications régionales
et sous régionales. Il s’agit dans l’ensemble, d’une
situation contrastée où se côtoient des tendances à
l’enracinement des conflictualités. Cependant, une
majorité des pays de l’Afrique subsaharienne
échappent à toute situation de conflits ouverts.
Toutefois, des tensions épisodiques (manifestations
contre la vie chère, crises pré-électorales ou
postélectorales) rappellent les risques d’un
basculement vers des situations de crises ouvertes 7.
En outre, le phénomène des groupes armés est aussi
un symptôme des mutations et ajustements qui
structurent les sociétés africaines, confrontées à
diverses contraintes internes (aspirations
démocratiques, luttes de pouvoir, compétition autour
des ressources, etc.) et aux défis d’une adaptation au
contexte de la mondialisation (dérégulation,
questionnement et redéfinition du rôle de l’État)8.
Dans ce sillage, avant de devenir des menaces
affectant la paix et la stabilité internationales, les points
de conflits en Afrique subsaharienne sont d’abord des
défis locaux, qui trouvent leurs causes profondes dans
les dynamiques sociétales. Toutefois, ces dynamiques
restent influencées par les convoitises et les ingérences
de puissances extérieures, motivées principalement par
la stature stratégique d’une région africaine riche en
ressources diverses (pétrole et gaz, fer, phosphate,
uranium). Du fait de l’enchevêtrement géographique ou
de l’analogie des facteurs, ces points de conflictualité et
7
Michel LUNTUMBUE, « Groupes armés, conflits et
gouvernance en Afrique de l’Ouest : Une grille de lecture », Note
d’Analyse du GRIP, 27 janvier 2012, p. 2, disponible in
http://www.grip.org/fr/siteweb/images/NOTES_ANALYSE/
2011/NA_2012-01-27_FR_M-LUNTUMBUE.pdf.
8
Ibid.

18
leurs acteurs tendent à s’inscrire dans des dynamiques
interdépendantes, qui se constituent en véritables
« systèmes de conflits » aux implications sous
régionales. Il semble important de parler de
« systèmes » dans la mesure où des conflits « produits
de conjonctures nationales distinctes et relevant
d’acteurs, de modalités et d’enjeux différents, finissent
par s’articuler les uns aux autres et à s’alimenter,
brouillant les frontières spatiales, sociales et politiques
qui les distinguaient initialement »9. Le concept de
« système de conflits » offre une grille de lecture
novatrice et dynamique pour repenser les conflits ouest-
africains. En effet, d’après Didier Bigo, si un grand
nombre de conflits contemporains se déroulent à
l’intérieur des États, ces conflits se cristallisent le long
des espaces transfrontaliers dont les dynamiques
intrinsèques sont souvent des facteurs de diffusion ou
d’amplification des crises10. Les groupes armés et
acteurs asymétriques qui échappent au contrôle des
gouvernements y prennent une part importante dans ces
conflits.
Cette grille de lecture tient compte de la
transformation des conflits africains depuis la fin de la
Guerre froide. Les différentes crises internes

9
Roland MARCHAL, Comfort ERO et Mariane FERME,
« Liberia, Sierra Leone et Guinée : une guerre sans frontières ? »,
Politique africaine, n°88, 2004, pp. 5-12. En effet, Le concept de
système de conflits est issu de l’analyse et du suivi des
dynamiques de certains conflits contemporains, notamment ceux
qui ont marqué le continent africain à partir des années 1990. Un
système de conflits se comprend comme un ensemble de conflits,
de causes, de formes et de territorialités distinctes, mais qui
finissent par s’articuler et s’alimenter sous l’effet de leur
proximité, de leurs évolutions ou des alliances tissées par des
acteurs divers dont les intérêts convergent.
10
Didier BIGO, « La prolongation des conflits : Approche
comparative des systèmes de guerre », Cultures & Conflits, n°1,
1990, pp. 100-112.

19
contemporaines tendent à devenir les catalyseurs
régionaux de conflits impliquant une multitude
d’acteurs étatiques et non étatiques. Cet ouvrage
propose une réflexion sur les apports des relations
internationales et des études stratégiques à la
compréhension des conflits armés et de la violence, un
champ d’études en pleine expansion en Afrique et à
l’international. D’où les questions suivantes : Comment
étudier les violences de guerre ? Quels sont les
principaux ressorts des conflits armés ? Quelles sont les
motivations réelles de ces conflits armés qui se
déroulent de plus en plus à l’intérieur des territoires des
États africains ?
Chercher à répondre à ce questionnement ne
donne pas de satisfaction immédiate, même si de
nombreux travaux et ouvrages existants fournissent
des éléments de réponse et/ou un système conceptuel
qui permet l’analyse ou une lecture structuraliste à ce
sujet. Au cours des échanges explorateurs à propos de
cet ouvrage, il ressort que les conflits armés en
Afrique subsaharienne entament avant tout sa
stabilité, sa sécurité à travers les pays affectés avant
de s’élargir au-delà des frontières. Ces conflits créent
un déséquilibre socio-économique qui entraîne à son
tour, des insuffisances de ressources avec leurs
corollaires (chômage, pauvreté, immigration…). À
cet égard, le but de cet ouvrage est aussi de dégager
les raisons de la persistance des conflits.
En effet, l’Afrique subsaharienne a toujours été
un champ d’études privilégié en matière de
conflictualité armée. Des guerres liées à la
décolonisation aux luttes civiles, le continent noir
offre tout à la fois un mélange des multiples formes
que revêt la violence organisée permanente. À une
liste déjà suffisamment étoffée, il convient d’ajouter
la catégorie des affrontements dits ethniques ou

20
tribaux11, au cœur de l’actualité sur le continent, on a
le cas des troubles dans la province de l’Ituri (Nord-
Est de la République démocratique du Congo). Car, à
côté des exactions liées à la guerre, le conflit a vu
surgir des pratiques plus singulières, comme les actes
de cannibalisme12, ce qui lui a donné une dimension
d’horreur particulière et a certainement contribué à le
sortir d’un relatif oubli.
Ainsi, dans la perspective des questions
théoriques et méthodologiques sur les conflits armés
en Afrique, la référence à l’histoire des conflits, et
précisément à la conception africaine des relations
internationales13 conduit à rechercher dans la théorie
des relations internationales les éléments que nous
allons convoquer pour appuyer notre réflexion. Par
rapport aux théories des relations internationales
africaines, cette étude combine principalement deux
(02) approches différentes, mais complémentaires : la
sociologie des conflits armés et de la violence 14 et la
11
La notion d’ethnie (ou de tribu) reste aujourd’hui encore très
débattue et les définitions qui en sont données demeurent souvent
tributaires d’une investigation de type colonial ; voir Jean-Loup
AMSELLE, « Ethnies et espaces : pour une anthropologie
topologique », in Jean-Loup AMSELLE et Elikia M’BOKOLO
(dir.), Au cœur de l’ethnie. Ethnies, tribalisme et État en Afrique,
Paris, La Découverte, 1985, pp. 11-48. La définition courante,
telle qu’elle figure dans le Dictionnaire Robert par exemple, est
celle d’un « ensemble d’individus que rapprochent un certain
nombre de caractères de civilisation, notamment la communauté
de langue et de culture ».
12
Declan WALSH, « Torture, murder and cannibalism: how two
UN men died in Congo », The Independent, 2 juin, 2003,
disponible in
https://www.independent.co.uk/news/world/africa/torture-
murder-and-cannibalism-how-two-un-men-died-in-congo-
107114.html, consulté le 14/05/2019 à 14h24mn.
13
Voir Luc SINDJOUN, Sociologie des relations internationales
africaines, Paris, Karthala, 2002.
14
Pour les questions théoriques et méthodologiques des conflits
armés, lire utilement Le Marc PAPE, Johanna SIMEANT et

21
méthode géopolitique15. S’agissant de la sociologie
des conflits armées et de la violence, elle permet
d’appréhender l’historiographie africaine de la
guerre, l’atomisation des fins et la radicalisation des
moyens des belligérants dans les conflits internes 16, la
guérilla africaine17 et les mobilisations18. En ce qui
concerne la méthode géopolitique, elle va consister à
identifier et délimiter le ou les enjeux des conflits en
Afrique subsaharienne, à identifier l’espace, le
territoire ou la dimension géographique des conflits,
les acteurs en présence (internes et externes), les
différents niveaux d’échelles de violence, et les
représentations des acteurs internes et externes.
L’analyse des travaux consacrés aux conflits
africains montre que très peu d’auteurs s’attardent sur
les définitions et les concepts. C’est une erreur
méthodologique déplorable pour les diagnostics
finaux et donc pour les propositions devant nourrir le
débat sur le discernement des conflits armés en
Afrique. Ces travaux ont tendance à amalgamer entre
les notions. Dans le cadre de cette étude, il est donc

Catherine VIDAL (dir.), Crises Extrêmes. Face aux massacres,


aux guerres civiles et aux génocides, Paris, La Découverte, 2006
et Carolyn NORSTROM et Antonius C. G. ROBBEN (dir.),
Fieldwork under Fire. Contemporary Studies of Vviolence and
Survival, Berkeley, California University of California Press,
1995.
15
Voir François THUAL, Méthodes de la géopolitique :
apprendre à déchiffrer l’actualité, Paris, Ellipses, 1996.
16
Cf. Roland MARCHAL, « Atomisation des fins et
radicalisation des moyens. De quelques conflits africains »,
Critique Internationale, n°6, hiver 2000.
17
Morten BÖÅS et Kevin C. DUNN (dir.), African guerrillas.
Raging against the machine, Boulder, Lynne Rienner, 2007.
18
Lire Juliana LIMAS, « Des ‘‘printemps arabes’’ à la ‘‘nouvelle
révolution’’ en Angola. Mobilisation et contestation politique
dans l’après-guerre », Afrique Contemporaine, n°245, 2013 ;
Johanna SIMEANT, Contester au Mali. Formes de la
mobilisation et de la critique à Bamako, Paris, Karthala, 2014.

22
important d’établir une distinction nette entre les
concepts centraux tels que la stratégie, la
polémologie, le conflit et la guerre. Car, comme Carl
Von Clausewitz l’écrivait si bien, « c’est seulement
quand on s’est mis d’accord sur la signification des
termes et des notions que l’on peut espérer progresser
avec clarté et facilité dans l’analyse des
problèmes »19.

I. La stratégie dans le domaine des conflits et de la


sécurité
Avant les années 60, la stratégie était employée
dans le domaine militaire uniquement. D’ailleurs le
mot stratège vient du grec stratos « armée » et agos
« je conduis ». Du temps de la Grèce antique, le
stratège était un magistrat élu auquel étaient confiés
les pleins pouvoirs en cas de guerre et qui décidait,
entre autres, de la répartition des moyens et des
mouvements de l’armée. Durant l’histoire, les plus
grands stratèges du monde tels Jules César et
Napoléon ont pu conduire leurs armées à des
victoires, parfois inespérées, grâce à de subtiles
stratégies. La stratégie a toujours été d’un grand
secours pour bon nombre de chefs militaires et elle le
sera, sans doute, encore dans l’avenir. Globalement,
la stratégie peut être définie comme étant un
ensemble de décisions, d’actions et d’opérations
prises afin d’aboutir à la réalisation des objectifs
assignés. Néanmoins, ces actions et opérations
nécessitent une allocation de ressources et un
engagement institutionnel.
Selon l’optique syntacticienne de « génitif
subjectif » présentée par jean Marie DENQUIN pour
définir la politique en la rapprochant de la stratégie
comme domaine où « la volonté subjective est (donc)
19
Carl Von CLAUSEWITZ, De la guerre, Paris, Fayard, 1988.

23
mise en avant. Sa fin est constituée par les buts que le
ou les individus assignent à leur action et qu’ils
pourraient ne pas lui assigner. Les moyens sont ceux
qu’ils estiment adaptés à leurs intentions et qui peut-
être ne le sont pas »20. Politique et stratégie
relèveraient donc de l’intelligence des acteurs en
situation, effectuent des calculs complexes qui
intègrent la conjoncture, les enjeux de diverses
natures et prenant en compte l’espace et le temps
comme déterminants de leurs actions. L’action
stratégique semble toutefois polyscalaire, plusieurs
niveaux d’appréhension intervenant dans tout
processus stratégique.
En effet, pour Hervé COUTAU-BEGARIE, « la
décision stratégique est dominée par une extrême
vulnérabilité »21. Résumant la vision classique, Albert
LEGAULT définit la stratégie « dans son sens pur a
toujours consisté en l’utilisation de la force pour
atteindre les objectifs politiques »22.
Construite autour des concepts de menaces
conventionnelles et de symétrie, la vision classique
de la stratégie repose sur l’idée principale selon
laquelle les Etats, acteurs principaux du jeu politique
international, devaient se préparer à des conflits les
opposant à des acteurs de niveau équivalent, dans un
contexte où la quête de puissance constitue un enjeu
majeur. Les affrontements dits conventionnels
mettant aux prises des armées étatiques disposant de
la force arsenalisée et s’opposant à des fins de
contrôle territorial ou de domination ont ainsi
20
Jean Marie DENQUIN, Science politique, Paris, PUF, 2 e
édition revue et augmentée, 1989, p. 32.
21
Hervé COUTAU-BEGARIE, Traité de stratégie, Paris,
Economica, 1999, p. 286.
22
Albert LEGAULT, « Vingt-cinq ans d’études stratégiques,
Essai critique et survol de la documentation », études
internationales, vol. 15, n°4, 1984, p. 732.

24
constitué l’acmé de cette vision.
Cette lecture de la donne stratégique est révisée
depuis la fin de la guerre froide par l’émergence des
formes nouvelles de conflictualité sur la scène
internationale. Ainsi, pour Charles-Philippe DAVID,
« la nature de défense étatique demeure, mais tend à
être complétée par celle des institutions de sécurité où
des organisations, des alliances et des coalitions
œuvrent de faveur de la gestion de la paix plutôt que
de la guerre et où les appareils de défense sont de
plus en plus assujettis aux contraintes
multilatérales »23
Par ailleurs, la stratégie a un florilège de
définitions24, les interprétations présentées ci-contre
23
Charles-Philippe DAVID, La guerre et la paix. Approches
contemporaines de la sécurité et de la stratégie, 3 e édition revue et
augmentée, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences
Politiques, 2013, p. 38.
24
La stratégie a un florilège de définitions selon les auteurs :
D’après BONAL : « La stratégie est l’art de concevoir et la
tactique l’art d’exécuter », pour Carl Von CLAUSEWITZ ; « la
stratégie est l’emploi de la bataille aux fins de la guerre, la
tactique est l’emploi des troupes au combat », quant à
LAURENT : « On entend par stratégie tout ce qui a trait à la
conception et à la conduite générale des opérations. On entend
par tactique tout ce qui a trait à l’exécution », pour René
CARRÈRE : « Dans le domaine de l’action, tout est stratégie et
donc décision », pour BERNHARDI : « la stratégie est l’art
d’amener des troupes de combat dans la direction décisive et dans
les conditions les plus favorables ». Selon Larousse 1904 : la
stratégie est « l’ensemble des dispositions et des mesures à
prendre, des précautions à observer, etc. pour conduire une armée
jusqu’en présence de l’ennemi ». Dans le Grand dictionnaire
illustré : Chevreuil 18, la stratégie est « une partie de l’art
militaire qui s’applique aux grandes opérations de la guerre » ;
Maréchal TOUKATCHEVSKI dit que « la stratégie n’est autre
que l’art de mettre en œuvre toutes les forces et toutes les
ressources de la nation pour réaliser ses buts de guerre. Cette
stratégie globale doit se subordonner la stratégie politique,
navale, terrestre et aérienne » ; pour VALLUY : « … est une
stratégie, c’est-à-dire un ensemble de manières d’être variées et

25
sont celles en usage au Cours Supérieur Interarmées
en rigueur à l’Institut des Hautes Études de Défense
Nationale (IHEDN)25. Elles ont été choisies en raison
du caractère officiel de la source et de la portée
pédagogique de ces cours. « Les définitions ont été
élaborées avec le souci de ne pas faire œuvre
originale afin de ne pas compliquer une situation déjà

subtiles pour parvenir à ses fins » ; pour Lidell HART »la


stratégie est l’art de distribuer et de mettre en œuvre les moyens
militaires pour accomplir les fins de la politique » ; pour H.-W.
BALDWIN, la stratégie est : « l’art de la politique et l’art de la
stratégie sont les arts du réalisable » ; pour WANTY : « la
stratégie est avant tout l’art de commander au sens étymologique
du terme » ; quant à F.-O. MIKSCHE : « la stratégie a toujours
été l’art d’harmoniser l’action de ses forces et de ses moyens dans
l’espace et dans le temps » ; selon Adolf HITLER : « il y a une
stratégie plus grande avec les armes de l’intelligence » ; selon
Buis : « la stratégie c’est autre chose que la tactique parce que
c’est d’abord de la politique » ; HARBAKI : « la stratégie, s’est
transformée en art de ne pas faire la guerre, de prévenir la guerre ;
définie autrefois comme étant l’art d’utiliser la violence, elle est
devenue l’art de ne pas l’employer » ; SCHELLING : « la
stratégie, au sens où je l’entends, ne consiste pas dans l’emploi
efficace de la force, mais dans l’exploitation d’un potentiel de
force… Elle ne se réduit pas à une science de la violence
militaire, elle devient l’art de la contrainte, de l’intimidation ou
de la dissuasion » ; Tony ALBORG : « la stratégie, elle-même,
n’est également qu’un jeu de l’intelligence, une analyse des
possibles, une discrimination des probables qui doivent aboutir à
une combinaison générale suivie d’une combinaison des moyens.
Elle ne comporte de ce fait ni principes ni doctrine et nous
souscrivons entièrement à la définition du Général Beauffre
d’après laquelle »elle est une méthode de pensée permettant de
classer et de hiérarchiser les événements puis de choisir les
procédés les plus efficaces » ; pour MOLTKE : « la stratégie
indique la meilleure voie qui conduit à la bataille ; elle dit où et
quand se battre. La tactique indique… comment on doit se
battre » ; MORIN : « … stratégie, c’est-à-dire des réactions qui
se veulent intelligentes face aux situations créées… » ; Ph. de
WOOT : « la stratégie vise essentiellement à maitriser le
changement en assurant l’innovation, le progrès et l’adaptation

26
embrouillée »26. La définition classique est explicitée
par le Général Beaufre : « La stratégie est l’art
d’employer les forces militaires pour atteindre les
résultats fixés par la politique. C’est l’art de la
dialectique des volontés employant la force pour
résoudre leur conflit »27. Dès lors, le terme
« Stratégie » sert à désigner :
– La pratique d’un art : Ses auteurs sont des

constante de l’entreprise », CASTEX : « pour moi la stratégie


n’est autre que la conduite générale des opérations, art suprême
des chefs d’une certaine élévation hiérarchique et des états-
majors destinés à leur servir d’auxiliaires » ; BEAUFFRE : « Il
faut limiter la stratégie à un art d’exécution de la politique » ; J.-
Edward LAWRENCE »La stratégie est le but de la guerre,
synthèse reliant chaque fraction à l’ensemble » ; Raymond
ARON : « la stratégie est l’art de contraindre » ; X.
SALLANTIN : « la stratégie ne réside en effet ni dans
l’envergure d’une action aux moyens planétaires ni dans la
pénétration d’une vision prophétique des fins : elle est accord
incessant entre moyens et fins » ; André GLUKSMANN : « la
stratégie est la théorie de la décision par les armes » ; J.
GUITTON : « stratégie : l’art d’obtenir ce que l’on veut » ;
Laurent POIRIER : « la stratégie est la théorie et la pratique de
la manœuvre de l’ensemble des forces de toute nature, actuelle et
potentielle, résultant de l’activité nationale, ayant pour but
d’accomplir l’ensemble des fins définies par la politique
générale » ; Enfin, pour illustrer un vocabulaire intellectuellement
enfermé sur lui-même, J.-P. CHARNAY (stratégie 1968) : « la
stratégie est la faculté rationnellement organisatrice et directrice
de la totalité des forces (ressources et systèmes, lesquels ne sont
pas tous entièrement ni constamment mobilisés) d’identités
sociales dans leurs négations (plus ou moins intensives et non
fatalement corrélatives et équivalentes) réciproques ! », in Vice-
amiral d’escadre Guy LABOUERIE de l’Académie de Marine,
STRATÉGIE, RÉFLEXIONS et VARIATIONS, Collection
Esprit de défense nationale dirigée par PASCAL POMMIER,
ADDIM, 1993, Annexe 1.
25
Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale, Cours
Supérieur Interarmées, Dossier Stratégie I & II, 32e Session,
1983.
26
Ibid.
27
André BEAUFRE, Introduction à la stratégie, Paris, Armand

27
responsables de la conduite de la guerre, hommes
politiques et chefs militaires, c’est-à-dire les
stratèges ;
– La théorie d’un art : Théorie élaborée et
enrichie continuellement par les théoriciens ou
stratèges ; cette théorie stratégique regroupe
l’ensemble des connaissances que requiert la conduite
de la guerre.
Il faut insister sur cette distinction, d’autant que
quelques ambiguïtés contemporaines sont parfois
entretenues sur la nature exacte de la stratégie.
Cependant, les penseurs militaires soviétiques font
bien cette distinction entre « Stratégie théorie » et
« Stratégie pratique ». Mais, afin d’éviter toute
confusion ils ont pris la précaution d’appeler la
première, « Science militaire » et la seconde, « Art
militaire ». Ainsi, avant de présenter les niveaux de la
stratégie, il serait intéressant d’abord d’énoncer ses
principes.

1. Les grands principes de la stratégie


Dans le domaine militaire, il existe quatre (04)
grands principes de stratégie :
– L’économie de moyens : répartir les moyens et
les mouvements de l’armée intelligemment à des
endroits et des moments précis pour être le plus
efficace possible.
– La rapidité : surprendre l’ennemi et le prendre
de cours pour l’anéantir avant même qu’il n’ait le
temps de réagir.
– La disponibilité des moyens : disposer de
moyens de réserve (en plus de ceux mis en œuvre)
pour pouvoir saisir les opportunités qui se présentent.
– La motivation des troupes et des officiers :
motiver les hommes et leur faire croire à la victoire
Colin 1963, réédité Fayard/Pluriel, 2012.

28
pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes. Bien
souvent, la victoire appartient à celui qui y croit le
plus.
En effet, ces principes s’inscrivent dans le droit
des conflits armés et la conduite des opérations. Ceci
d’examiner quel type d’action est autorisé pendant les
opérations et comment le droit s’applique à diverses
phases des combats, en particulier l’attaque, la
défense, les sièges et les manœuvres. D’où les
attitudes à respecter suivantes : les ruses de guerre,
les contacts avec l’ennemi, la prise des prisonniers de
guerre (traitement au moment de la capture), la
synergie avec la population civile, le respect du droit
dans les phases du combat.

2. Les niveaux de la stratégie


Il existe trois (03) niveaux dans la stratégie :
– La stratégie totale : Elle se situe au niveau
géopolitique. Les deux guerres mondiales et la guerre
froide sont les meilleurs exemples qu’on puisse citer
pour la stratégie totale. Elle est également l’art de
combiner l’utilisation des moyens dans les différents
domaines d’actions possibles (économique, culturel,
militaire) en vue d’atteindre les buts définis par le
projet politique.
– La stratégie opérationnelle : elle correspond au
déploiement des moyens à travers les différentes
zones sensibles lors d’un conflit. Les opérations
militaires dans l’Extrême-Nord contre Boko Haram et
dans les régions anglophones du Cameroun les
groupes séparatistes illustrent bien ce type de
stratégie. En effet, la stratégie opérationnelle militaire
est l’art de mettre en œuvre les moyens militaires
pour atteindre le but fixé par l’autorité politique.
Cette stratégie est le domaine de la préparation et de
la conduite des actions militaires interarmées au

29
niveau du commandement le plus élevé de la
hiérarchie militaire. Elle fait le lien entre la volonté
politique exprimée par le concept d’emploi des
Forces Armées et les exigences de la mise en œuvre
des moyens, exprimées par la Tactique.
– La stratégie fonctionnelle ou instrumentale
(stratégie générale militaire ou stratégie militaire) :
elle concerne la répartition des moyens entre les
différents composants de l’armée (armée de terre,
armée de l’air, marine, renseignement…). Elle se
décompose en autant de stratégies générales qu’il y a
de domaines d’actions possibles pour l’autorité
politique, économique, culturelle et militaire, etc.
Ces niveaux traduisent le fait que la stratégie est
une interface entre la politique et la tactique. La
stratégie générale prend en compte la finalité
politique et la stratégie opérationnelle la traduit d’une
manière concrète sur le terrain.
Historiquement, la stratégie générale visait à
étudier les conditions de faisabilité d’un
débarquement (où, quand, combien). La stratégie
opérationnelle devait réunir les conditions de réussite
du débarquement (zones, actions, appuis, protection,
ravitaillement, etc.). Par ailleurs, Carl Von
Clausewitz a explicité ces notions en employant des
mots différents pour distinguer les deux (02) formes 28.
Les traductions ne distinguent pas ces nuances,
rendant ainsi le discours clausewitzien
incompréhensible.
– La manœuvre (das Manowieren désigne la
manœuvre de stratégie générale, das Manover
désigne la manœuvre de stratégie opérationnelle).
– Le but (Zweck, c’est le but de stratégie
générale, Ziel, c’est l’objectif de stratégie
opérationnelle).
28
Carl Von Clausewitz, De la guerre, op. cit.

30
II. La polémologie
Le mot polémologie vient du grec polemos
(guerre) et logos (discours, étude, science). Le
concept peut être entendu dans un sens restreint et
dans un sens large. En effet « Alors que les Hommes
se battent entre eux depuis l’origine des temps, la
polémologie, ou science de la guerre est la dernière
des sciences à avoir vu le jour, dans la deuxième
moitié du XXe siècle »29. Ceci exige un examen du
sens du mot, de la notion de polémologie, sa
conception et son développement.

1. Sens de la notion
Au sens large, Julian Freund30 donne un sens
large à la polémologie, s’inspirant sans doute, pour
une part, de Georg Simmel31. D’après lui, il faut saisir
que la conflictualité est immanente à toute société, il
s’agit alors de trouver les formes dans lesquelles les
groupes se moulent en état de conflit. Freund fait
remarquer que nos sociétés actuelles sont
caractérisées par l’industrialisation, le capitalisme,
l’économie de marché, mais au moins autant par la
place qu’elles font au conflit. Dans ce sens large, la
guerre est une sous-partie de l’étude du conflit et une
de ses manifestations32.
Un des plus grands paradoxes est sans doute que
la guerre, qu’elle vise des conquêtes territoriales ou
une victoire totale, suppose toujours, déjà et
nécessairement, l’usage de la puissance et de la
29
Gil FIEVET, De la stratégie militaire à la stratégie
d’entreprise, Paris, Interéditions, 1992, p. 19.
30
Julian FREUND, Sociologie du conflit, Paris, PUF, 1983.
31
Georges SIMMEL, Le conflit in Autrement, Paris, Circé, 1972.
32
Martin Fortuné MUKENDJI MBANDAKULU, Polémologie et
irénologie. Une question philosophique des relations humaines et
internationales, Paris, L’Harmattan, 2017, p. 14.

31
violence, et que se soient développées des règles de la
guerre qui assurent en quelque sorte la possibilité
d’une négociation ou d’un compromis ultérieur 33.
Seul le respect de ces règles fonde la confiance
inséparable du processus de négociation ou de paix.
Un autre aspect concerne les conséquences sociales
d’un état de guerre ou, à moindre degré, d’un état de
conflit. Elles insistent sur l’unification interne de
chacun des groupes en lutte. Au sens restreint, la
polémologie analyse les guerres dans leur contexte
historique et social, montrant comment celles-ci se
modifient avec l’entrée en scène de la conscription de
masse, du partisan, d’une défense populaire et du
terrorisme de la guerre totale, pour reprendre une
distinction chère à Carl Schmitt34 sans oublier ce qui a
fait l’essentiel des débats jusqu’à la chute du mur de
Berlin, à savoir la modification fondamentale
apportée par la dissuasion nucléaire et son effet de
stabilisation qui conduisit à la création du terme de
« guerre froide »35.
En fait, la guerre et la paix doivent pouvoir
s’étudier de manière scientifique (que ce soit de
manière quantitative) en analysant les masses mises
en œuvre, ou bien en cherchant à conceptualiser les
notions d’ami et d’ennemi. L’angle d’analyse est
celui des relations interétatiques comme le souligne
Raymond Aron36. Ces relations incluent la force, pour
autant que les États assurent la paix interne et la
sûreté externe. On peut classer les guerres sur une

33
Ibid., p. 15.
34
Carl SCHMIDT, Une polémologie scientifique est – elle
possible ?, Paris, Calmann-Lévy, 1981.
35
Martin Fortuné MUKENDJI MBANDAKULU, Polémologie et
irénologie. Une question philosophique des relations humaines et
internationales, op. Cit. p. 13.
36
Raymond ARON, Paix et guerre entre les nations, Paris, 2è
édition, Calmann-Lévy, 1984.

32
échelle qui va de la guerre d’extermination jusqu’à
une simple observation armée comme le pense Carl
Von Clausewitz37, de même qu’à l’intérieur des
guerres se succèdent des périodes de répit et des
phases de tension.

2. Conception et développement
La véritable reconnaissance de la polémologie
comme discipline scientifique naissante commence
avec la présence au Congrès de Sociologie d’Évian, en
septembre 1966, l’Institut Français de Polémologie
(IFP) fondé en 1945. Ainsi, Gaston Bouthoul définit
cette discipline comme : « l’étude objective et
scientifique des guerres en tant que phénomène social
susceptible d’être observé comme tout autre, cette
étude devant par conséquent, constituer un chapitre
nouveau de sociologie »38. L’institut de polémologie de
Strasbourg créé en 1968, donne une plus grande
extension à la notion de polemos, en la prenant dans le
sens héraclitéen de conflit en général, la guerre en
étant la forme spécifique sanglante, à côté des conflits
économiques, de ceux du travail, des querelles et
d’autres types de confrontation, ainsi que les diverses
manifestations de la violence. La polémologie porte
aussi ses efforts sur l’étude de la paix, mais estime,
pour des raisons épistémologiques, que l’on ne peut
saisir efficacement les phénomènes de paix et de droit
qu’en les examinant à partir des conditions de la guerre
ou du conflit. À cet effet, la polémologie ouvre son
champ d’investigation aux divers aspects biologiques
des conflits (agressivité), psychologiques (motivation),
économiques, politiques, démographiques,
anthropologiques et autres.
37
Carl Von CLAUSEWITZ, De la guerre, op. cit. p.39.
38
Gaston BOUTHOUL, Traité de Polémologie, Paris, Payot,
1970, p. 8.

33
À partir de 1966, Gaston Bouthoul et Louise
Weiss dirigent la revue Guerres et Paix. Dans son
deuxième numéro de 1967, Gaston Bouthoul retrace
la large place accordée à la polémologie lors de ce
congrès, notamment autour des recherches sur les
conflits et leur solution, recherches auxquelles les
chercheurs américains semblent particulièrement
attachés. Sont aussi présents et actifs les représentants
des mouvances liées aux instituts et centres naissant
autour de l’irénologie et de la polémologie en Europe.
Les confrontations sont animées et Gaston Bouthoul,
notant le poids des évènements du Vietnam sur les
débats, regrette le préjudiciable engagement politique
dans les échanges, le manque de profondeur
historique et l’ignorance des facteurs belligènes
structurels : être « voué à ne jamais envisager que la
moitié d’un conflit », à n’apercevoir que les derniers-
nés des conflits armés, « brouille et stérilise tout
effort de recherche objective »39.
Gaston Bouthoul s’est tout particulièrement
intéressé à la périodicité des guerres tandis que
l’Institut de Strasbourg s’attèle à la conflictualité en
général. Les analyses ont conduit à mettre l’accent
sur le problème du tiers au sens où le conflit se
caractériserait par le tiers exclu et la paix par le tiers
inclus. À partir de là, il est possible d’élaborer des
modèles de solution compte tenu des tensions et des
antagonismes, et d’intégrer la variété des
ritualisations et des symbolisations, des fêtes, des
sacrifices et autres formes du sacré. Les deux façons
de concevoir la polémologie apparaissent dans la
distinction entre belligène et polémogène :
« Belligène signifiant ce qui engendre la guerre ;
polémogène, ce qui suscite les conflits, même

39
Ibid.

34
verbaux (polémique) »40.
Lorsque Gaston Bouthoul crée le néologisme
« polémologie » au sortir de la Seconde Guerre
mondiale pour désigner ses premiers efforts en vue de
fonder la recherche scientifique sur les guerres,
l’expression « science de la guerre » évoquait « alors
exclusivement la stratégie, la tactique et la
considération juridique et moralisante, et dans un
second temps, parce que l’ambition d’approcher
scientifiquement le phénomène « guerre », dans sa
globalité, comme « fait social total » pour pasticher et
parodier l’expression de Marcel Mauss, impliquait de
prendre en charge toutes les formes de conflits »41.
Ainsi, il s’agit pour Gaston Bouthoul, « non
seulement d’éviter de le réduire à une expression
politique ou à un événement historique singulier,
mais aussi de se démarquer avec force des approches
dites normatives, éthiques, métaphysiques,
moralistes, etc. que ces dernières aient pour fonction
la légitimation ou la condamnation des affrontements
guerriers ainsi que les approches historiques ou bien
encore du discours interne armé tel celui du stratège,
du tacticien »42. In fine, la polémologie ne doit pas se
confondre avec l’étude des relations internationales.
La recherche scientifique sur les guerres, ayant ainsi
délimité son objet, prendra sous la direction de
Gaston Bouthoul, la forme d’une sociologie des
guerres43.

40
Gaston BOUTHOUL, Avoir la paix, Paris, PUF, 1974, p. 77.
41
Martin Fortuné MUKENDJI MBANDAKULU, Polémologie et
irénologie. Une question philosophique des relations humaines et
internationales, op. cit. p. 16.
42
Ibid., p. 17.
43
Idem.

35
III. Comprendre la notion de conflit en Afrique
Même si les conflits sont récurrents, la réflexion
sur les conflits du point de vue théorique n’a été
reconnue comme un domaine de recherche qu’après
la Seconde Guerre mondiale. Ces dernières années,
beaucoup de théories ont émergé pour décrire le
conflit. Ainsi, la représentation qu’on a d’un conflit
est fortement influencée par la perception de sa
nature. Les définitions du conflit évoluent entre deux
perceptions extrêmes, en tant que processus négatif
ou positif. Pour certains, le conflit est un phénomène
naturel44. Pour d’autres, il est un événement étranger
et anormal dans la vie sociale, tandis que d’autres
encore y voient une condition nécessaire au
développement et à l’épanouissement des individus et
des sociétés45.
À la lumière de ces considérations, l’objectif
principal de cette sous-partie est d’aider les lecteurs à
comprendre comment le conflit est perçu par les
experts, autrement dit comment il est conceptualisé,
et de leur montrer comment le conflit fonctionne,
donc de décrire et d’expliquer sa dynamique 46.
L’analyse du conflit est le cadre privilégié pour
mieux cerner son origine et sa nature, en mettant en
lumière les problèmes qui le sous-tendent, les parties
impliquées, ses principaux acteurs et le pouvoir qu’ils
ont d’influer ou non sur ce qui se passe. De cette
façon, nous allons dans un premier axe définir la
notion de conflit, dans un second présenter les acteurs
et la dynamique du conflit. Car le conflit est un

44
Nadine LYAMOURI-BAJJA, Nina GENNEBY, Ruben
MARKOSYAN et Yaël OHANA, Le rôle des jeunes dans la
transformation des conflits, Conseil de l’Europe et Commission
européenne, juillet 2016, T-Kit n° 12, p. 47.
45
Ibid.
46
Idem.

36
processus en mutation permanente et tous nos
jugements le concernant doivent soigneusement
prendre en compte la notion de temps. L’équilibre des
pouvoirs et les ressources disponibles, les acteurs ou
les composantes d’un conflit peuvent changer
radicalement au fil du temps. De ce fait, l’analyse des
conflits doit être un processus permanent47.

1. Détermination du concept de conflit


Il y a des concepts qui sont difficiles à définir
parce qu’ils sont vides de sens, par contre d’autres,
comme le mot « conflit », que l’on a du mal à définir
parce qu’ils sont plutôt trop pleins de sens. Le terme
« conflit » vient du latin conflictus, qui signifie
affrontement ou choc48. Le conflit est à la fois une
réalité, une expérience et un concept. En tant que
réalité, il se découvre quotidiennement dans les liens
que les individus nouent entre eux, depuis les plus
petits groupements : la famille, l’ethnie, jusqu’au plus
vaste concevable : l’État. Comme expérience, il est
une donnée immanente de la conscience engagée dans
la vie et les relations avec autrui. Quant au concept, il
est au cœur de l’analyse politique, car, si l’on peut
rencontrer le conflit hors du champ politique, l’on ne
saurait concevoir un groupement politique où le conflit
serait totalement absent. D’où la difficulté de saisir
clairement ce concept, car si l’expérience permet de
croire qu’on sait ce qu’est le conflit, elle ne suffit pas à
discerner cette réalité, faute d’une conceptualisation
adéquate. Il faut donc trouver une qualification
suffisante au conflit, pour le saisir concrètement.
Le confit a pour origine un ou plusieurs
antagonismes qui manifestent l’existence des
47
Ibidem.
48
Nadine LYAMOURI-BAJJA et al. Le rôle des jeunes dans la
transformation des conflits, op. cit. p. 54.

37
tensions, mais ni les antagonismes comme tels ni les
tensions comme telles ne constituent pas encore des
conflits. Suivant l’analyse de Jacques Beauchard, il y
a un seuil à franchir pour que les antagonismes se
transforment en conflit : il s’agit de ce qu’il désigne
par « antagonisme directeur »49 à ce qu’il appelle
« antagonisme foyer »50. Le premier constitue un
champ de tensions qui, suivant les circonstances, peut
ou non donner naissance à un conflit, s’il se produit la
dualité hostile dans le champ des tensions. La dualité
forme donc le seuil, en deçà duquel les antagonismes
engendrent une crise et au-delà duquel ils suscitent le
conflit. Le conflit a un enjeu, car il met en présence
des êtres aux intentions hostiles, dont l’un peut,
tendre à la suppression physique de l’autre. Ce qui
devient finalement en cause, c’est la vie. Par
conséquent, il est difficile de mettre fin à un conflit
de la même manière qu’on dépasse dialectiquement
les contradictions. Le conflit trouve sa solution de
trois manières : soit dans la victoire de l’un des deux
protagonistes et la défaite de l’autre, soit dans un
compromis par reconnaissance réciproque de la
légitimité des revendications de l’un et de l’autre, soit
enfin dans l’intervention d’une tierce puissance qui
met à la raison les deux belligérants. Au cœur du
conflit, il y a un rapport de forces, une volonté de
puissance qu’ignore le jeu intellectuel de la
dialectique. Car, la théorie des jeux développée par
Kurt Lewin51 néglige la dynamique des conflits avec

49
– Beauchard (Jacques), La dynamique conflictuelle.
Comprendre et conduire les conflits, p. 120, Paris, Éditions
Réseaux, 1981, 286 pages.
50
– Ibid., p. 203.
51
-Lewin (Kurt), Conflict and Defense, New York, 1962,
Réédition University of America, Lanham (Md.), 1988/ Conflict
in Society, Londres, Ciba Foundation, 1966 /Psychologie
dynamique des relations humaines, p. 86, 5e édition, Paris,

38
toutes les incertitudes qui en déterminent l’issue.

a- Problèmes de définition et d’approche


Le conflit est considéré comme un dérèglement
dans l’ordre social. Le dictionnaire de la sociologie
définit le conflit comme : « une relation antagoniste
entre deux ou plusieurs unités d’action dont l’une au
moins tend à dominer le champ social de leurs
rapports »52. Le conflit suppose dans ce sens deux
conditions apparemment opposées : d’une part, des
acteurs ou des unités d’action délimitées par les
frontières. Les motivations et la concrétisation du
conflit entre les acteurs supposent des chefs, qui sont
les instigateurs et une base, qui exécute les ordres et
fournit une aide ou un abri aux combattants. Un
conflit ne peut perdurer sans soutien à ces deux
niveaux. D’autre part, une interdépendance de ces
unités qui constituent les éléments du champ social.
Dans cette perspective, Lewis A. Coser définit le
conflit de manière plus empirique comme étant :
« une lutte pour les valeurs et des biens rares, où les
acteurs cherchent à neutraliser, léser ou éliminer
leurs rivaux »53. Cette définition exprime l’orientation
de cette analyse. Le conflit est, entre la rupture et la
tension, la mise en cause par les acteurs du champ de
leurs rapports. Pour que le conflit se forme, il faut
qu’il existe une forte interdépendance entre les
adversaires, qu’ils ne soient pas seulement des
compétiteurs ou des rivaux, mais qu’ils aient en
Presses Universitaires de France, 1975, 296 pages.
52
-Dictionnaire de la Sociologie, p. 142, Paris, Encyclopaedia
Universalis/Albin Michel, 1998, 917 pages.
53
– Coser A. (Lewis), Les fonctions du conflit social, p. 31, Paris,
Presses Universitaires de France, 1983, 184 pages. Texte traduit
en français par Marie Matignon et révisé par Pirette André,
Michèle de Launay et Jacqueline Lécuyer : The Functions of
Social Conflict, Glencoe, Free Press of Glencoe, 1956.

39
commun certains objectifs fondamentaux, comme le
pouvoir ou les intérêts économiques. Mais, pour que
le conflit ne soit pas seulement l’éclatement des
tensions, il faut que les adversaires se définissent, non
pas par un statut dans un système social, mais par une
opposition sous-tendant tout système d’organisation
sociale, lequel apparaît ainsi non comme un cadre ou
une règle de jeu, mais comme la transcription plus ou
moins directe de rapports de forces.
Le conflit est un concept embarrassant.
L’analyse semble entraînée soit vers des rapports
intersociaux, dont la théorie des jeux fournit une
expression formalisée54, mais étrangère à la réalité
sociale, soit vers les mécanismes d’intégration
sociale55. Dans la conception de Darwin, la société est
conçue comme dominée par la concurrence et la
sélection naturelle56. À l’inverse, elle est définie, par
Émile Durkheim, comme un système de statuts et de
rôles dont les acteurs se réfèrent à un ensemble de
règles et de valeurs définissant des comportements
normaux57. D’une part, le conflit s’identifie à la
guerre ; d’autre part, il se limite aux tensions internes
d’un système social. Les conflits sociaux semblent
perdre toute unité entre ces deux modèles extrêmes
d’analyse. Entre ces deux modèles, les stratèges
américains parlent, d’après Marc Bonnefous, de
« continuum d’hostilité » pour qualifier la
caractéristique actuelle des crises et conflits, qui
54
– Boulding (Kenneth Ewart), Conflict regulation, p. 186,
London, Boulder, 1979, XX-245 pages.
55
– Simmel (Georg), op. cit., p. 13.
56
– Canguilhem (Georges), Les concepts de »lutte pour
l’existence » et de « sélection naturelle » en 1858 : Charles
Darwin et Alfred Russel Wallace, p. 8, Les conférences du Palais
de la Découverte, série D, n° 61, Université de Paris, 10 janvier
1959, 45 pages.
57
– Durkheim (Émile), De la division du travail social, 5e édition,
Paris, Presses Universitaires de France, 1996, XLIV-416 pages.

40
peuvent passer insensiblement de la gesticulation à la
basse intensité, puis à de véritables combats58.
Toutefois, il semble difficile d’établir une
continuité directe entre la situation de concurrence et
le conflit intersocial. Dans leur analyse, Anatol
Rapoport et Josette de La Théabeaudière réduisent la
variété des conflits sociaux à trois types 59 : le combat,
le jeu et le débat. Des sentiments d’hostilité
caractérisent le combat ; en revanche, bien que les
acteurs d’un jeu aient des objectifs rivaux, les parties
en présence respectent d’un commun accord des
règles de conduite ; au cours d’un débat, les
protagonistes confrontent des points de vue
divergents. À chacune de ces figures correspondent
des images particulières des acteurs. Le conflit diffère
donc de la compétition, de la concurrence, du duel et
même du combat en ce qu’il porte sur l’interprétation
(à la suite de ces offenses d’intrusion, de trahison, de
privation, et de saturation) des règles du jeu de la
compétition, de la concurrence, du duel et du combat.
En cela, le sport comme par exemple la boxe, sport
de combat par excellence, n’entre pas dans le champ
d’une réflexion sur le conflit, à moins d’y ajouter des
données contextuelles supplémentaires qui font d’un
match, un moment (une bataille) d’un affrontement.
58
– Bonnefous (Marc), « De la défense à la sécurité », pp. 3-10,
in Les interventions extérieures de l’arméefrançaise, Bruxelles,
Bruylant, 1997, 342 pages.
– Cf la crise du Nord/ouest et Sud/ouest du Cameroun dite crise
anglophone qui est un épisode du problème anglophone,
également connue sous le nom de guerre anglophone depuis
2016. Cette crise, initialement basée sur des revendications
corporatistes des avocats et enseignants bascule progressivement
vers des revendications sécessionnistes fortes pour dégénérer en
un conflit violent.
59
– Rapoport (Anatol) et de la Théabeaudière (Josette), Combats,
jeux et débats, Paris, Dunod, 1967, XI, 311 pages, traduction de
Fights, Games and debates.

41
Le conflit est d’ordres stratégique et politique, tout en
représentation, alors que le combat, d’ordre tactique,
est d’exécution. Les acteurs d’un conflit transgressent
toujours les règles du jeu. C’est d’ailleurs un des
enjeux des Conventions internationales (Ottawa,
Genève, etc.) que d’imposer des règles au jeu
guerrier, afin de transformer la guerre en sport et en
procès tout en mitigeant les dégâts collatéraux, afin
surtout d’inclure dans la communauté des hommes
les protagonistes60.
Cette recherche se limite à l’analyse de conflits
dans une perspective de combat, donc, de la guerre.
Ainsi, la guerre apparaît comme l’analyse, au niveau
des sociétés, des rivalités entre les groupes 61. De ce
fait, la guerre se manifeste au niveau du conflit entre
des États, et dans les conflits internes d’une société.
Les guerres sont donc à la fois l’aboutissement de
rapports stratégiques et l’expression des
contradictions internes d’une société. Le paradoxe est
apparent quand on insiste sur les causes économiques
des guerres, on renvoie parfois à la rivalité entre
États ; lorsqu’on insiste sur leurs causes proprement
politiques ou identitaires, on introduit les problèmes
de pouvoir, ceux d’une organisation sociale, d’un
type de société. Cette analyse devra suivre une
démarche similaire, et découvrir les éléments de
rupture, qui permettent de parler de conflits en
Afrique. Toutefois, il paraît utile de proposer des
typologies avant d’étudier l’historique des conflits en
Afrique.

60
Bernard Calas, « Introduction à une géographie des conflits…
en Afrique », Les Cahiers d’Outre-Mer, Revue de Géographie de
Bordeaux 255 | Juillet-Septembre 2011, p. 27.
61
-Grand Dictionnaire encyclopédique, 10 volumes, p. 5027,
Paris, Larousse, 1985, 10797 pages.

42
b- Typologies des conflits
Il existe plusieurs types de conflits selon qu’ils
mettent en jeu un ou plusieurs groupes, un groupe et
l’État ou encore deux ou plusieurs États entre eux. La
violence organisée est le fait de groupes, et non
d’individus agissant au hasard, comme souvent le cas
avec la délinquance. Même si les individus peuvent
se laisser convaincre de rejoindre un groupe et
d’opter pour la violence, les groupes doivent se
percevoir comme tels, avec un intérêt commun pour
la violence. Afin de comprendre les facteurs à
l’origine des conflits, leur gestion suppose une
distinction entre différents types de conflits. Chaque
conflit est spécifique, l’analyse doit donc établir une
classification des intérêts de chaque groupe, intérêts
qui peuvent différer selon l’appartenance ethnique, la
religion, la classe économique, la dimension
géographique, ou une combinaison de tous ces
facteurs.

1- Typologie fondée sur l’enjeu du conflit


Les conflits proviennent de la différence
d’opinions des protagonistes sur un objet déterminé.
Pour que la différence d’opinions produise un conflit,
il faut d’une part que les individus poursuivent des
buts incompatibles, c’est-à-dire des buts que certaines
personnes ne peuvent atteindre sans empêcher
d’autres personnes d’atteindre les leurs ; d’autre part,
que ces opinions soient structurées d’une façon
particulière. L’idéologie est la forme que prennent les
discours des individus engagés dans des conflits 62.
Les idées deviennent des idéologies aussitôt qu’elles
sont des enjeux ou des armes dans des conflits entre

62
– Baechler (Jean), Qu’est-ce que l’idéologie ?, p. 23, Paris,
Gallimard, 1976, 405 pages.

43
groupes qui s’opposent ou se combattent.
L’idéologie, définie comme un discours lié à l’action
politique63, permet l’exagération de la valeur des
enjeux, et la capacité de polariser la société autour
d’un conflit dominant. Le conflit social est toujours
dominé par ce heurt des utopies et des idéologies 64. Le
choc des idéologies devient violent, quand la
possibilité de conversion ou de trahison incite les
parties en conflit au radicalisme idéologique, afin de
contrarier la tendance à la modération qui menace
leur cohésion. Les principaux conflits qui en
découlent peuvent être répartis en quatre grandes
catégories.

1.1- Conflits sur la détermination d’une situation


Les conflits sur la détermination d’une situation
proviennent du fait que les parties analysent une
certaine situation de manière différente. Les parties
en conflit n’arrivent pas à trouver un compromis
satisfaisant pour leur revendication. Ces conflits
concernent par exemple : la détention et l’usage des
armes, les frontières des États, la motivation et la
perception des situations acquises par certains
groupes sociaux. Des conflits sur la détention et
l’usage des armes se retrouvent dans le conflit au
Congo Brazzaville entre les différentes factions lors
de la guerre entre l’ancien président Pascal Lissouba,
Bernard Koléla et Denis Sassou Nguesso. Concernant
les frontières, la majorité des conflits interétatiques
proviennent des frontières imprécises et fluctuantes
de l’histoire africaine. À l’instar des conflits entre le
Cameroun et le Nigeria sur la péninsule de Bakassi,
les conflits répétés entre le Burkina Faso et le Mali,
ou encore le conflit entre le Tchad et la Libye. Ces
63
- op.cit, p. 22.
64
– Ibid., p. 35.

44
différents conflits s’intensifient lorsque les parties en
présence cherchent à préserver ou à conquérir des
intérêts réels ou supposés de la situation conflictuelle.

1.2- Conflits sur les intérêts


Les conflits sur les intérêts proviennent de la
discorde entre les parties dans la répartition des
ressources rares comme le pouvoir, l’économie, la
légitimité ou les privilèges. Suivant les
déterminations de Jean Baechler : « Le pouvoir réside
dans la possibilité d’imposer sa volonté à autrui. Les
richesses (l’économie) représentent tout ce qui peut
être consommé, non seulement des biens matériels,
mais aussi des biens immatériels. Le prestige peut
être défini comme l’autorité morale conférée par la
maîtrise ou la possession d’une qualité définie sur
une échelle de valeur particulière »65. Les différents
conflits résultant des intérêts peuvent être répartis
schématiquement en deux grandes catégories : les
conflits économiques et les conflits politiques.

1.2.1- Les conflits économiques


Les conflits économiques proviennent en grande
partie de la distribution inégale des ressources dans
un État. Les motivations économiques du conflit
dépendent de la manière dont les chefs potentiels et
leur base éventuelle perçoivent les coûts et les
avantages économiques de ce conflit, en particulier le
contrôle des ressources. Pour les chefs potentiels, cela
signifie notamment une mainmise sur les emplois ou
les contrats. À ce niveau, l’accession au pouvoir est
une promesse d’avantages économiques personnels,
et permet également de récompenser des groupes
alliés. Pour la base, l’accès aux ressources est
65
– Baechler (Jean), op. cit. pp. 34-35.

45
synonyme d’opportunités de revenus (emploi),
d’accès à un patrimoine (la terre, comme au
Zimbabwe par exemple) ou à des services.
L’émergence d’un conflit devient plus probable
lorsque le calcul des coûts et des avantages perçus par
les différents groupes penche en sa faveur. La
pauvreté en est l’une des causes des conflits
économiques. La prise de conscience de l’injustice
provenant de la mauvaise répartition du sol et
d’autres biens, du non-accès à des positions
économiques avantageuses à cause de son origine,
entraîne des conflits entre les membres d’une
communauté. Les conflits internes au Zimbabwe en
sont une parfaite illustration. Le pays a été divisé
pour des raisons historiques tenant à sa géographie en
de grandes fermes, dont les fermiers blancs se sont
appropriés la quasi-totalité des terres cultivables et
fertiles au détriment de la majorité de la population
noire. D’après l’évaluation de Ben Amaral, « 1 % de
la population, soit environ 4800 fermiers blancs,
occupe 70 % des terres du pays, alors que 99 % de la
population, des Noirs surtout, s’agglutinent sur 30 %
des terres du pays »66. Quant à Michel Foucher, il
souligne que : « cet ordre était caractérisé par une
ségrégation foncière globale, élaborée, savante au
point que l’organisation de l’espace apparaît comme
le produit du droit foncier colonial »67. Les conflits
découlent de l’affrontement entre les fermiers blancs,
qui refusent la réquisition décrétée de leurs terres, et
les Noirs sans terre dont le gouvernement a appelé, le
20 août 2002, à prendre possession des exploitations
66
– Amaral (Ben), « Réforme agraire. L’incompréhensible
controverse », in Continental, n° 26, septembre-octobre 2002, p.
47.
67
– Foucher (Michel), « De la Rhodésie au Zimbabwe ou le foncier
comme héritage », pp. 37-53, in Politique africaine, n° 21, mars
1986, p. 39.

46
réquisitionnées sans attendre l’issue des recours
devant les tribunaux68. Quant au Congo Brazzaville,
Cyril Abal Musila considère que la guerre civile
découle « des conflits d’intérêts pétroliers entre des
multinationales occidentales et des acteurs politiques
de différents bords »69. De même le conflit frontalier
entre le Cameroun et le Nigeria serait importuné par
la découverte des gisements pétrolifères dans la
péninsule de Bakassi. Malgré le jugement de la Cour
internationale de justice de la Haye, rendu le
10 octobre 2002, qui reconnaît la souveraineté
camerounaise sur les zones disputées, le Nigeria a
d’abord refusé de retirer ses forces de la péninsule.
Prétextant, suivant les propos du président Obasanjo,
que « ce qui est juste légalement peut ne pas être
opportun politiquement »70.

1.2.2- Les conflits politiques


Les conflits politiques concernent les querelles
pour des intérêts politiques et la lutte pour le pouvoir.
Ces conflits commencent en Afrique au moment de la
décolonisation comme en Angola et en Namibie.
Avec l’indépendance, il y a des conflits résultant de
la stabilisation de l’indépendance fraîchement acquise
et d’autres, provoqués par les mouvements de
libération restants qui n’étaient pas satisfaits.
Actuellement, la majeure partie des conflits politiques
est issue de l’insatisfaction des citoyens par rapport
68
– Jeune Afrique/ L’Intelligent, n° 2172, du 26 août au
1er septembre 2002, p. 40.
69
– Abal Musila (Cyril), « La persistance des conflits armés dans
les Grands Lacs », pp. 140-149, in Puissances et Influences,
Annuaire géopolitique et géostratégique 2002-2003, p. 140,
Paris, Éditions Léopold Mayer, juin 2002, 268 pages.
70
– Noubissié (Jean-Claude), « Péninsule de Bakassi. Verdict
contesté », in Continental, n° 27, décembre 2002, janvier 2003, p.
23.

47
aux institutions politiques et à l’État. Il s’agit
notamment de la perte de légitimité suite à la
corruption généralisée ou à une politique déficiente
des gouvernants, et des difficultés dues à la
démocratisation des États en Afrique. Au Rwanda et
au Burundi, les conflits récurrents s’expliqueraient
par les luttes de pouvoir politique et à l’appropriation
des terres par l’un des deux grands groupes ethniques
qui composent la population de ces deux pays. Les
phénomènes d’exil, les bannissements du territoire
accompagnés d’épuration ethnique sont devenus les
éléments qui conditionnent les prises de pouvoir par
la violence71. Le cas rwandais illustre bien ce
phénomène. Les Hutus et les Tutsis se succèdent au
pouvoir par les armes. L’arrivée sur le territoire
national de l’une des ethnies suit un renversement du
pouvoir de l’autre. Le pouvoir politique acquis par
l’un paraît lui conférer une certaine « légitimité de la
violence » et d’exclusion sur l’autre, jusqu’à
l’anéantissement physique. Dans cette perspective,
Luc Reychler déduit que : « de toutes les sources de
mobilisation, c’est la politique qui est l’élément
central, car les actes de protestation, les querelles,
les mouvements séparatistes, etc., sont en général
organisés par les dirigeants qui, d’une manière
sélective, jouent sur l’insatisfaction économique ou
communautaire et utilisent à cet effet les tactiques
organisationnelles des mouvements politiques
modernes »72.

71
-Braeckmann (Colette), Terreur africaine, Burundi, Rwanda,
Zaïre : les racines de la violence, p. 49, Paris, Fayard, 1996, 347
pages.
72
-Reychler (Luc), « Les crises et leurs fondements. La
prévention des conflits violents », p. 44, in Conflits en Afrique.
Analyse des pistes pour une prévention. La communauté
internationale : quelles responsabilités ?, pp. 39-66, Bruxelles,
Éditions Complexe, 1997, 293 pages.

48
Les conflits de lutte pour le pouvoir sont
considérés, selon la terminologie de l’OUA, comme
des conflits dits anarchiques ou déstructurés 73. Ces
conflits sont définis par Mwayila Tshiyembe comme
« une violence globale générée par la faillite ou la
déliquescence des règles et structures de l’État »74. La
violence globale destinée à la conquête du pouvoir
correspondent les conflits de citoyenneté et les
conflits de nationalité (national-ethnique)75.

1.3- Conflits sur les valeurs


Les conflits sur les valeurs sont provoqués par
des considérations contradictoires entre différents
groupes d’une société sur les principes, les valeurs
qui doivent déterminer ou légitimer l’orientation
idéologique d’un État. Au niveau des individus, les
conflits surviennent lorsqu’ils sont empêchés de vivre
les valeurs qui correspondent à leurs goûts, à leurs
inclinations ou à leur culture et civilisation. Dans son
analyse sur Le choc des civilisations76, Samuel
Huntington souligne que dans la période de l’après-
guerre froide, les valeurs religieuses seront les
principales sources de conflits. D’après l’auteur, les
différences de culture sont fondamentales, immuables
et exclusives. Chaque culture a sa propre histoire, sa
langue et ses traditions. Les différences entre les
cultures entraînent des visions contradictoires sur les
73
- »Les causes des conflits et la promotion d’une paix et d’un
développement durables en Afrique », in Rapport du Secrétaire
général, document A/52/871-S/1998/318, 13 avril 1998, pp. 4-5.
74
-Mwayila Tshiyembe, « Les principaux déterminants de la
conflictualité », pp. 21-33, in La prévention des conflits en
Afrique centrale. Prospective pour une culture de la paix, Paul
Ango Ela (éd.), Paris, Éditions Karthala, 2001, 218 pages.
75
-Ibid
76
– Huntington (Samuel), « Le choc des civilisations »,
Commentaire, n° 66, été 1994, pp. 238-252.

49
relations sur l’individu et le groupe auquel il
appartient, entre l’individu et le domaine spirituel,
entre le citoyen et l’État ou encore dans les rapports
entre les droits et les devoirs. Dans cette logique, la
dynamique conflictuelle du choc des cultures semble
progressivement se dessiner clairement. Néanmoins,
les modalités de son caractère opérationnel semblent
beaucoup plus obscures. De ce fait, Yves Schemeil
conclut à son caractère inutilisable, du fait de sa
« complexité et de sa totalité »77. Quant à Bertrand
Badie, il estime que « La culture serait rebelle aux
règles les plus courantes d’analyse, notamment le
découpage de l’objet, la construction de variables et
de leurs interrelations et l’élaboration d’hypothèses
vérifiables »78. De même, Pierre Hassner souligne que
la thèse du conflit de civilisations souffre d’une
double ambiguïté79. Dans son analyse, Pierre Hassner
se demande si l’élément central des conflits est la
religion, les sectes ou celui de l’évolution technique,
économique et sociale, et celui de
l’institutionnalisation politique et juridique, donc
celui de la modernisation et de la démocratisation 80.
Par conséquent, il y n’aurait pas de cartes des
civilisations, pas de pérennité des identités et surtout
pas de déterminisme culturel dans l’affrontement de
telle ou telle civilisation. Les repères identitaires
varient en fonction des enjeux, des entreprises
politiques et du jeu diplomatique des États voisins.

77
– Schemeil (Yves), « Les cultures politiques », in Grawitz
(Madeleine) et Leca (Jean), Traité de science politique, tome 3, p.
299, Paris, Presses Universitaires de France, 1985,
78
– Badie (Bertrand), Culture et politique, p. 87, 3e Édition, revue
et augmentée, Paris, Économica, 1993, 165 pages.
79
– Hassner (Pierre), « Conflit des civilisations ou dialectique de
la modernité ? », in Défensenationale, p. 30, avril 1996, pp. 29-
33.
80
– Ibid, p. 32.

50
C’est pour cette raison que Pierre de Sénarclens
estime que : « Samuel Huntington aborde une
problématique politique d’une grande complexité
avec des arguments à l’emporte-pièce »81. À cet effet,
il conclut que la « géopolitique de Samuel Huntington
est simpliste »82. Les conflits africains semblent
beaucoup plus tragiques que les hypothèses de chocs
des civilisations annoncés par Samuel Huntington.
Néanmoins en Afrique, la majorité des conflits après
l’indépendance des États proviennent en grande
partie de la difficile articulation entre les sociétés
africaines et la nouvelle forme d’organisation
politique (État), une crise de « modernisation » à
l’occidental, liée à la liquidation de certains traits des
sociétés traditionnelles. Actuellement, les valeurs
religieuses conduisent à plusieurs conflits
notamment : au Soudan, où John Akobu considère
que le nord islamiste cherche à imposer la conception
musulmane au sud chrétien et animiste 83 ; au Nigeria,
les tensions religieuses du nord islamiste suscitent des
volontés sécessionnistes du pouvoir fédéral. La
défense des valeurs par certains groupes sociaux crée
au sein des entités politiques, des identités
différentielles.

1.4- Conflits sur l’identité collective


Les conflits sur l’identité collective surgissent
quand la dignité ou la vie d’un groupe, d’une ethnie
ou d’un peuple sont menacées. D’après Bertrand
Badie « l’identité est construite par les acteurs
81
– de Sénarclens (Pierre), Mondialisation, souveraineté et
théories des relations internationales, p. 181, Paris, Armand
Colin, 1998, 218 pages.
82
– Ibid., p. 181.
83
– Akobu (John), « John Garang : Soudanais, Noir et chrétien. Il
combat ceux qui veulent imposer l’Islam à son pays », in Africa,
n° 187, octobre 1986, pp. 13-17.

51
sociaux : elle se repère donc en même temps par le
sens de commune appartenance qui la fonde et par la
volonté de distinction qui la sépare des identités
concurrentes »84. Quant à l’identité politique, Malek
Chebel la définit comme « une résultante active
d’influences venues de l’extérieur : socialisation,
exercice d’une fonction politique, prise de conscience
d’une situation de domination et d’autres influences
conjoncturelles ou historiques »85. Les conflits sur
l’identité collective se retrouvent en Afrique par
rapport à l’ethnicité, au nationalisme et au
séparatisme, suscités par la cohabitation forcée entre
plusieurs groupes identitaires dans un même État. Les
conflits en Afrique sont souvent présentés comme des
luttes tribales où, comme des guerres entre une ethnie
qui domine le gouvernement et les autres qui en sont
exclues ? En réalité, en Afrique comme ailleurs, les
conflits sont complexes. Les conflits concernant
l’identité collective ont pris de l’importance dans le
monde, et sont devenus les principaux facteurs de
mobilisation politique. L’existence sociale d’une
identité suppose qu’elle se distingue des autres
identités. Plus elle s’affirme, plus elle incite les
individus qu’elle mobilise à marquer leurs
différences, soit en dénonçant les communautés
concurrentes, soit en revendiquant une plus forte
autonomie, soit même, en pratiquant une stratégie
d’exit les conduisant à s’ériger en contre-
communautés, à remettre en cause la légitimité de
l’ordre politique en place et à lui opposer une contre-
légitimité86.
Malgré l’universalité des facteurs identitaires

84
-Badie (Bertrand), op. cit., p. 154.
85
– Chebel Malek, La formation de l’identité politique, p. 148,
Paris, Presses Universitaires de France, 1986, 223 pages.
86
-Badie (Bertrand), op. cit., p. 155.

52
dans les conflits actuels, la résolution des rivalités
ethniques demeure capitale en Afrique. Les études
stratégiques sur la résolution de ces conflits
demeurent indissociables des études sur l’État. Les
solutions semblent indiquer qu’il faille rendre à l’État
ce qui lui appartient : le contrôle de sa souveraineté et
de son autorité. Toutefois, Charles-Philippe David
souligne que l’évolution actuelle « est largement
déterminée par l’intervention internationale, qui se
donne pour mission d’exporter le triple modèle
libéral de la paix démocratique, économique et
institutionnelle »87.
Dans la catégorisation des conflits fondée sur
l’enjeu, Jean-Pierre Derriennic classe les guerres
civiles selon trois grands ensembles qu’il désigne :
les guerres partisanes, les guerres socio-économiques
et les guerres identitaires 88. Cette distinction reste
aussi théorique, elle correspond à des catégories
analytiques. Il est difficile qu’un conflit soit
exclusivement axé sur l’une ou l’autre de ces
différentes catégories. Les situations réelles sont des
mélanges complexes entre des types purs. Cependant,
il y a souvent une dominante qui permet de classer le
conflit préférentiellement dans une catégorie.
Les différents types de conflits répertoriés
concernent des problèmes qui exigent une solution
politique, et se rapportent à l’efficacité et à la
légitimité du système politique. Ce sont ces conflits
qui surgissent les premiers. Ils reçoivent la
qualification de politique, dès lors qu’ils menacent la
87
– David (Charles-Philippe), La guerre et la paix. Approches
contemporaines de la sécurité et de la stratégie, p. 449, Paris,
Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 2000,
524 pages.
88
– Derriennic (Jean-Pierre), Les guerres civiles, p. 19, Paris,
Presses de la Fondation Nationales des Sciences Politiques, 2001,
281 pages.

53
concorde publique, l’ordre établi, et par conséquent,
la distribution du pouvoir. C’est pourquoi Jean
Baechler considère que « l’enjeu de tout conflit
politique est le pouvoir »89. Les crises de sécurité qui
en découlent se rapportent souvent à des problèmes,
qui requièrent généralement une approche policière
ou militaire. Cela concerne la sécurité physique des
citoyens, la défense des frontières ou le fait
d’empêcher que le conflit ne s’étende
géographiquement.

2- Typologie fondée sur la dimension géographique


des conflits
D’un point de vue géographique, un conflit
constitue un moment de territorialisation, encadré par
deux moments de spatialisation, parfois relative. En
effet, la spatialisation définit la cohabitation régulée
d’entités territoriales. À contrario, la territorialisation
décrit la coexistence de territoires, déconnectés les
uns des autres, parce que leur coexistence n’est pas
régulée. Toute territorialisation n’est pas conflictuelle
mais, tout conflit résulte d’une dérégulation des
relations politiques, sociales et spatiales et de ce fait
procède d’une territorialisation, voire d’une
fragmentation territoriale. Celle-ci est donc
symptomatique d’un conflit ou d’une latence
conflictuelle. Offensives, percées, contre-offensives,
manifestations, émeutes, fronts, barricades, tranchées,
parallèles de départ, positions de surplomb, objectifs,
sont autant de mouvements et de dispositifs
conflictuels qui se déploient dans l’espace et font
sens pour le géographe comme pour le tacticien.
Limites, lignes de cessez-le-feuet no man’s lands,
murs, frontières, bastions, sont autant de lignes et
89
– Baechler (Jean), op. cit., p. 34.

54
d’enveloppes territoriales fixées par les acteurs au
cours des conflits, dont l’effet est de mailler l’espace et
le but de figer les positions, de calmer véhémences et
ardeurs, de faire « éclater… la paix ».
Destructions, décombres, ruines, cimetières,
monuments aux morts, musées, mémoriaux, mausolées,
sanctuaires, sont autant de cicatrices des traumatismes
conflictuels.
Souvent enjeux, par le croisement de son étendue
et de ses qualités avec les besoins des sociétés, des
acteurs et des entreprises, l’espace offre des
opportunités, des aménités et des ressources,
naturelles ou anthropiques, objets de convoitises et
enjeux d’affrontements qui visent à leur conquête.
L’enjeu spatial peut être tactique (un pont) ; une
butte ; une place, etc… quand l’espace est ressource
dans l’affrontement même. L’enjeu spatial peut être
stratégique, dans le sens où il fournit la ressource
d’une domination, d’une accumulation, d’une
reproduction, à plus long terme. Cependant, l’espace
n’est pas toujours le « pour quoi ? » du conflit même
s’il y a toujours une spatialité du conflit90.
Parfois actant, les militaires savent combien
l’espace et ses qualités (positives comme négatives),
notamment environnementales, peuvent se révéler un
quasi-acteur dans la conduite des opérations.
Mais l’intervention de l’espace dans le
déroulement d’un conflit en fait-il un acteur, au sens
d’une des parties en présence ? Pas vraiment :
l’espace – fut-il lieu, territoire – n’est jamais un
acteur, ce sont les hommes, les groupes humains, les
institutions, les leaders politiques qui le construisent,
le manipulent et le dominent qui lui permettent

Bernard Calas, Introduction à une géographie des conflits… en


90

Afrique Les Cahiers d’Outre-Mer, Revue de géographie de


Bordeaux, 255 | Juillet-Septembre 2011

55
d’accéder au rang d’actant.
Certes, les landmarks, sanctuaires et repères,
géo-icones, paysages iconiques possèdent une valeur
voire un pouvoir de condensation tels qu’ils
mobilisent pèlerins, croisés, masses et bataillons, au
point d’être de quasi-acteurs. Cependant, ces hauts-
lieux tout comme les points d’eau, les pâturages, les
terres noires, les forêts, les gisements de toute nature,
les usines, les crêtes, les bas-fonds, les cols, les
littoraux, les points de vue, mais aussi la calme
campagne n’ont de valeur, ne constituent des
ressources, tactiques et stratégiques, matérielles ou
symboliques, qu’en tant qu’ils sont construits comme
tels par les groupes, les sociétés, les entreprises, leurs
besoins et la concurrence qui les animent. C’est
pourquoi les fameux conflits hommes/nature qui
émaillent les pourtours des aires protégées,
notamment africaines, n’ont de sens que parce que
dans la nature se cachent des acteurs, bien humains
i.e. politiques. La Nature et ses composantes
deviennent alors des objets transactionnels autour
desquels se (dé) construisent le vivre-ensemble des
hommes et leurs rapports de domination91.
L’espace intervient évidemment à travers
l’échelle du conflit : du conflit interpersonnel (conflit
de bornage entre deux paysans, conflit domestique,
de voisinage, etc.) ou localisé (conflit entre deux
sectes religieuses pour le contrôle d’un lieu de prière,
ou entre un village et une multinationale accapareuse
de terres dans le delta de la Tana, au Kenya, par
exemple, etc.) aux Guerres mondiales ou froide,
toutes les échelles sont concernées et les
emboîtements – signes de surdéterminations –
possibles.
Ainsi, certains conflits sont presque
91
Ibid.

56
exclusivement internes et certains sont presque
interétatiques. D’autres conflits occupent une position
intermédiaire entre ces deux catégories, et peuvent
être classés dans l’un ou l’autre type, selon la validité
juridique de la souveraineté de l’État. Ces conflits
sont des mélanges complexes de conflits armés
internes et de conflits armés internationaux. La
réitération de ces situations enchevêtrées dans le
monde depuis le XXe siècle a conduit certains
observateurs à conclure que les distinctions entre
conflit interne et conflit interétatique ont perdu leur
pertinence92. Il est devenu difficile d’analyser les
conflits internes et les conflits interétatiques comme
des phénomènes complètement distincts et sans
rapport entre eux.
Par définition, les conflits internes correspondent
à des situations où la légitimité du pouvoir politique
est contestée. Dans les conflits internes, ce sont les
ressortissants d’un même pays qui se combattent à
l’intérieur des frontières étatiques. D’après le
dictionnaire de terminologie du droit international, le
conflit interne est une : « lutte armée ayant éclaté au
sein d’un État et ayant une importance et une
extension qui la différencient d’une simple révolte ou
insurrection »93. Dans les conflits interétatiques, les
combattants sont des armées régulières, organisées en
États, qui s’affrontent pour la défense de leur patrie 94.
Cette distinction se retrouve dans l’analyse de André

92
-Badie (Bertrand), Smouts (Marie-Claude), Le retournement du
monde. Sociologie de la scène internationale, p. 16, Paris, Presses
de Sciences Politiques- Dalloz, 3e édition, 1999, 410 pages.
93
– Dictionnaire de la terminologie du droit international, p. 308,
Paris, 1960,
94
– Schindler et Toman J., Droit des conflits armés, p. 761,
Genève, CICR Éditions, 1996. et Zimmermann B., Commentaires
des Protocoles additionnels du 8 juin 1977 aux Conventions de
Genève du 12 août 1949, p. 4149, Genève, CICR Éditions, 1986,

57
Glucksmann, quand il montre que la guerre porte en
elle une conception stratégique et défensive et un
ordre social ou une raison historique 95. En réalité,
l’Afrique vit dans un mélange instable de ces deux
types, comme le conflit qui a sévi en République
Démocratique du Congo à partir de 1994 ou le conflit
libérien. Il est difficile de trouver des exemples de
conflit interétatique n’ayant aucun aspect interne, et
des exemples de conflit interne n’ayant aucun aspect
interétatique. Les conflits armés enchevêtrés sont des
mélanges de conflits internes et des conflits
interétatiques. La distinction entre conflits internes et
conflits interétatiques repose sur la nature et la
structure des groupes en conflit. Néanmoins, cette
typologie est utile pour analyser ces phénomènes
complexes.
Ces deux typologies ne sont pas les seules
classifications possibles pour étudier les conflits. Dans
son analyse, André Glucksmann souligne que
« l’histoire et l’expérience présentent une multiplicité
de types de guerres : des guerres qui brident leur
puissance comme aux XVIIe et XVIIIe siècles, des
grandes marées d’envahisseurs tartares à demi
barbares, des guerres d’anéantissement du XIXe,
lesquelles doivent être jugées conformes à l’essence de
la chose. Elle est aussi politique et engendre une
nouvelle vague de différences »96. Il conclut que
l’expérience fait varier l’infinité des guerres concrètes
entre deux positions limites : « La guerre absolue
pousse à son extrême le dynamisme belliqueux et
recherche une décision radicale par le grand duel de la
bataille ; à l’opposé, la guerre dite d’observation réduit
l’affrontement (les manœuvres se substituent à la
décision sanglante) et les enjeux : la lutte à mort
95
– Glucksmann (André), op. cit., p. 124.
96
– Glucksmann (André), op. cit., p. 104.

58
devient dispute pour une place forte »97. Quant à Jean-
Baptiste Duroselle, il distingue les guerres selon cinq
critères : la durée (guerre courte, guerre longue et guerre
indéfinie), l’intensité (guerre totale et guerre limitée),
l’extension (guerre mondiale, guerre localisée) et selon
les modalités (guerre classique ou conventionnelle,
guerre révolutionnaire, guerre subversive et guerre non
ouverte)98. Cette classification de Jean-Baptiste
Duroselle semble très vaste, mais également
prescriptive. De leur côté, Jean Louis Dufour et Maurice
Vaïsse analysent les conflits à partir de leur intensité. Ils
distinguent six types de conflits : les ultra-conflits (de
nature atomique), les hyperconflits (du type guerre
mondiale), les macro-conflits (guerres localisées), les
médio-conflits (du type de la question d’Irlande, du
Tchad et du Sahara occidental), les microconflits
(comme la guérilla et le terrorisme) et les infraconflits
(exemple : la rivalité sino-soviétique ou l’antagonisme
est-ouest)99. La définition émise par Jean-Louis Dufour
97
– Ibid., p. 105.
98
– Duroselle (Jean-Baptiste), Tout empire périra. Théorie des
relations internationales, pp. 235-245, Paris, Armand Colin,
1992, 346 pages.
99
– D’après la typologie des conflits de Jean Louis Dufour et
Maurice Vaïsse, les ultra-conflits concernent les guerres
atomiques. Les hyperconflits sont des guerres étendues mondiales
comme en 1914 et 1939. Les macro-conflits sont des guerres
locales et limitées (guerres étrangères, guerres mixtes à
interventions étrangères, guerres civiles) ; dans ces conflits, la
violence est organisée, déchaînée et sacralisée avec des
opérations militaires importantes, des enjeux majeurs et des
pertes de vies humaines considérables. Les médio-conflits sont
des conflits intermédiaires entre les microconflits et guerres
limitées ; dans lesquels l’agressivité est moyenne, chronique, à
effet politique et à pertes notables. Les microconflits concernent
les conflits inter étatiques et infra-étatiques avec une faible
agressivité, limitée et localisée, sporadique et à pertes faibles et
faibles effets. Enfin, les infraconflits, dans lesquels l’agressivité
est inexistante, ceux qui n’ont pas encore franchi le seuil de la
violence politique homicide, in La guerre au XXe, p. 11, Paris,

59
et Maurice Vaïsse est plus normative, mais fondée sur
des éléments descriptifs. Quant à la typologie des
guerres qui déferlent en Afrique, Pascal Chaigneau
distingue huit types de guerres : les guerres d’annexion,
les guerres de Sécession, des guerres identitaires, des
guerres ethniques, des guerres claniques, des guerres de
prédation et des « jacqueries »100. Enfin, Pierre-François
Gonidec présente une typologie classique des conflits
qui distingue les conflits juridiques et les conflits
politiques101. Ces différentes typologies semblent
fondées sur des éléments descriptifs. Elles sont peu
opérationnelles, et rendent l’analyse des conflits
confuse. Quoique Ralf Dahrendotf relève que dans
l’analyse des conflits : « il faut distinguer l’intensité et
la violence »102. D’après son analyse, Ralf Dahrendolf

Hachette, 1993, 238 pages.


100
– Suivant l’analyse de Pascal Chaigneau : « Le continent
africain regroupe, en termes typologiques, des guerres d’annexion
(hier visées libyennes sur le Tchad, aujourd’hui démembrement du
Congo démocratique) ; des guerres de sécession (le Sud Soudan en
étant le plus fort exemple) ; des guerres identitaires (Saharaouis,
Touareg à un moindre niveau) ; des guerres ethniques (Rwanda,
Burundi) ; des guerres claniques (Somalie) ; Des guerres de
prédation (Libéria, Sierra Leone) et des »jacqueries » (Casamance
au Sénégal, bande Caprivi en Namibie) », « Pour une typologie des
conflits africains », pp. 359-364, in La sécurité internationale d’un
siècle à l’autre, p. 361, Paris, L’Harmattan, 2002, 411 pages.
101
-Selon Pierre-François Gonidec, « les internationalistes
distinguent les conflits juridiques et les conflits politiques. Les
conflits politiques étant désignés de façon simpliste comme étant
tous les conflits qui ne sont pas juridiques, c’est-à-dire de façon
négative ». Cette distinction semble difficile à exploiter pour
l’analyse par le fait que l’une des parties peut qualifier le conflit
de juridique tandis que l’autre lui attribue un caractère politique.
Voir Gonidec (Pierre-François), Relations internationales
africaines, p. 147, Paris, Librairie générale de droit et de
jurisprudence, EJA, 1996, 207 pages.
102
– Dahrendorf (Ralf), Classes et conflits de classes dans la
société industrielle, p. 29, Paris, Mouton, 1972, XXV- 341 pages,
traduction de la version anglaise révisée de : Class and Class

60
souligne que : « L’intensité dépend de l’association de
plusieurs facteurs (énergie, émotions, enjeux et
conséquences de la victoire ou de la défaite). Tandis
que la violence est fonction des moyens employés »103. Il
paraît d’une part, difficile de mesurer l’intensité de la
violence, et l’énergie devant être déployée dans un
conflit armé ; de même il est difficile d’évaluer le degré
d’agressivité dans le déchaînement de la violence
poussée à l’extrême. D’autre part, les typologies de Jean
Louis Dufour et Maurice Vaïsse, et celles de Pascal
Chaigneau ne donnent pas de définition concrète des
différents types de conflits répertoriés. Leurs différentes
analyses se limitent à des typologies fondées sur des
exemples de cas précis. Ces exemples ne permettent pas
de procéder à une analyse de conflit hors du champ de
leurs recherches. Notre orientation est rapprochée de la
typologie de Raymond Aron. Cette typologie est basée
sur le caractère politique, et distingue trois types de
guerres : les guerres interétatiques qui mettent aux
prises des unités politiques ; les guerres supraétatiques,
celles qui ont pour objet, origine ou conséquence la
formation d’une unité de niveau supérieur et les guerres
infraétatiques, qui ont pour enjeu le maintien ou la
décomposition d’une entité politique104.
Comme toutes les autres distinctions conceptuelles
servant à analyser les phénomènes sociaux, celle
retenue entre conflits internes et conflits interétatiques
correspond à des catégories analytiques et non à des
situations parfaitement séparées dans la réalité. Le
conflit réel peut tendre indifféremment vers l’un ou
l’autre de ces types. Mais, pour analyser, ce qui fait la
complexité des conflits, la distinction entre la notion de

Conflict in Industrial Society.


103
– Ibid., p. 34.
104
-Aron (Raymond), Paix et Guerre entre les nations, p. 160, 4e
édition revue et corrigée, Paris, Calmann-Lévy, 1966, 794 pages.

61
conflit interne et la notion de conflit interétatique reste
utile, sinon indispensable pour la recherche. De même,
le concept de conflit est utilisé parfois dans le sens de
l’opposition non démocratique, violente que les forces
politiques internes mènent contre les États ; parfois dans
le sens de l’opposition entre deux États qui se disputent
un droit : guerre dans le sens de Carl Von Clausewitz105.
Il s’agit de la catégorisation du droit international
humanitaire qui distingue deux types de conflits : les
conflits armés internationaux106 et les conflits armés non
internationaux107 ou ce qu’on appelait jadis les conflits
de faible intensité108. Le problème de cette conception de
la guerre, c’est que les guerres contemporaines ne
reflètent plus les conflits que le monde a connus avant
1945109. C’est dans cette logique que Jean-Paul Joubert

105
– Clausewitz (Carl Von) définit la guerre comme : « un acte de
violence destiné à contraindre l’adversaire à exécuter notre
volonté », in De la guerre, p. 78, Paris, Éditions de Minuit, 1995,
746 pages.
106
– Austin R.H.F., « Le droit des conflits armés internationaux »,
in Droit international, Bilan et Perspectives, tome 2, Paris, éd.
Pédone, 1991, pp. 819-847.
107
– Nguyên Duy Tân J., « Le droit des conflits armés non
internationaux », in Droit international, Bilan et Perspectives,
Tome 2, op. cit., pp. 849-864.
– Article 3 commun aux quatre Conventions de Genève du 12 août
1949, le protocole additionnel I du 10 juin 1977, adaptent les
conflits aux conditions particulières prévalent dans les guerres.
Revue Internationale de la Croix Rouge (Revue CICR), Genève, n°
733, janvier-février 1982, p. 12.
108
– Dufour (Jean-Louis) et Vaïsse (Maurice), op. cit., pp. 170-
179.
109
– D’après Kalevi Jaakko Holsti : « Nous avons forgé notre
vision contemporaine de la guerre à partir des conflits que nous
a donnés l’histoire de l’Europe, c’est-à-dire que nous la voyons
comme un phénomène intervenant dans les relations entre États,
et particulièrement à partir des conséquences des deux plus
importantes, celle de 1914 et celle de 1939 », dans « L’État et
l’état de guerre », p. 708, in Études Internationales, Volume XXI,
n° 4, décembre 1990, pp. 705-717.

62
confirme qu’il y a « Lestransformations de la
guerre »110. Quant à Jean Louis Dufour et Maurice
Vaïsse, ils considèrent que la guerre est un phénomène
complexe et suggère non pas une, mais plusieurs
définitions111. Dans le même ordre d’idées, Dario
Battistella estime que : « le terme de guerre est devenu
polysémique »112. C’est pourquoi le terme générique de
conflit a été retenu dans le cadre de cette analyse (parce
110
– Joubert (Jean-Paul), « Les transformations de la guerre », in
La sécurité internationale d’un siècle à l’autre, pp. 51-72, Paris,
L’Harmattan, 2002, 411 pages.
111
– Quelques définitions du terme de « guerre » :
– d’après Carl Von Clausewitz, la guerre « est la simple poursuite
de la politique par d’autres moyens ». Elle « est un acte de violence
destiné à contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté », in De
la guerre, op. cit., p. 78.
– Pour Quincy Wright, la guerre, contact violent entre entités
distinctes, mais similaires, est : « la condition légale permettant à
deux ou plusieurs groupes de mener un conflit armé », in AStudy
of War, p. 42, Chicago, University Press of Chicago, 1942.
– Pour Gaston Bouthoul : « la guerre est une lutte armée et
sanglante entre groupements organisés. Elle a pour
caractéristiques essentielles d’être méthodique, limitée dans le
temps et l’espace et soumise à des règles juridiques particulières
extrêmement variables. Sa dernière caractéristique est d’être
sanglante, car lorsqu’elle ne comporte pas de destructions de
vies humaines, elle n’est qu’un conflit, ou qu’un échange de
menaces. La guerre froide n’est pas la guerre »,
– D’après Dario Battistella : « les différentes définitions ne
s’accordent que sur un seul point, la nécessaire présence de la
violence armée. Pour le reste, elles laissent le champ libre aux
interprétations les plus diverses, selon que l’on ramène les groupes et
adversaires en guerre aux seuls États ou non, selon que par politique
(dans la définition clausewitzienne) on entend politique extérieure ou
politique intérieure, selon que l’on insiste sur le respect des règles
légales ou qu’au contraire, on souligne le caractère extrêmement
variable des règles auxquelles obéit le recours à la violence », in
« Un contexte géopolitique bouleversé. Les conflits contemporains :
État des lieux », La Documentation française, n° 283, octobre-
décembre 1997, p. 3.
– Finalement, d’après Gaston Bouthoul, R. Carrère et Jean-Louis
Annequin, c’est la notion « à grande échelle qui est importante.

63
que plus englobant) pour désigner les différentes formes
de violence, poussées à l’extrême, qui font des victimes
pour des desseins politiques. Ainsi, ce travail insiste par
trop sur les conflits armés et délaisse les conflits
d’aménagement, les conflits d’usage, les conflits
sociaux. L’influence des relations internationales et de
la géopolitique sur le cadre d’analyse s’y fait par trop
sentir, aux dépens d’une prise en compte de la
géographie politique interne et de l’échelle
interpersonnelle et locale. La répartition des lieux traités
est intéressante moins par ce qu’elle dit que par ce
qu’elle ne dit pas.
Depuis la formation des États, la majorité des
conflits armés qui éclatent en Afrique noire ne
correspondent pas à des scénarii construits ou des
hypothèses conçues à partir des actions de l’État. En
fait, la période d’après-guerre correspond à de grands
bouleversements et à une prolifération de la violence
armée sur le plan international, revêtant de multiples
configurations113. Sur le plan interne, de nombreux
autres types de conflits armés sont apparus 114. Les
formes de guerre, ainsi que les règles qui y étaient
associées aux XVIIIe et XIXe siècles, ne jouent aucun
Car il faut une grande dimension dans la durée, dans l’espace,
dans l’intensité des pertes pour qu’il ait guerre. Des troubles
limitées, localisées ou discontinus, ne sont pas la guerre », in
« Guerres et civilisations. Les sept épées », Cahiers de la
Fondation pour les études de défense nationale, Paris, n° 14, 4e
trimestre 1979, p. 167 (extraits).
112
- Battistella (Dario), « Guerres et conflits : état des lieux », in
Guerres et conflits dans l’après-guerre froide, Problèmes
politiques et sociaux, p. 9, Paris, La documentation française, n°
799-800, 20 mars 1998, 117 pages.
113
– La guerre classique entre les États existe toujours, mais elle
est devenue inhabituelle. Il y a plutôt apparition d’autres types de
guerre.
114
– Il s’agit notamment des diverses formes de conflits de faible
intensité : guerres de libération nationale, guerres
révolutionnaires, guerres de sécession, guérillas et intifadas.

64
rôle dans ces versions modernes du conflit armé 115. Le
seul critère qui les réunit toutes tient au fait qu’elles
sont des manifestations violentes de la volonté des
peuples. Ces manifestations violentes se développent
dans un environnement favorable, ce que Edward N.
Luttward appelle « les conditions préalables
nécessaires »116 ou ce que Luc Reychler désigne par
« structure d’opportunité »117. En Afrique, les
manifestations violentes s’enracinent dans un
environnement politique propice dû à la faiblesse des
États et à la défectuosité du processus de
démocratisation118. Cet environnement favorable
appelle à la construction des sociétés nouvelles.
Ainsi, on peut penser que plus les conflits sont forts
et fréquents, plus l’institutionnalisation progresse, et
plus l’intégration sociale se renforce. Le conflit est la
participation des différents groupes à la recherche
d’un mode d’organisation. Plus il est profond, plus il
met en cause le pouvoir et plus la participation à
l’action historique se renforce. Une société sans
conflits ne peut être qu’une société sans historicité,
absorbée par ses règles internes de fonctionnement et
par l’application de son code culturel. Aujourd’hui,
ce qu’on considère comme l’ordre social dans les
pays occidentaux ne préexiste pas aux conflits ; cet
ordre a été construit par de multiples conflits à travers
l’histoire119.
115
– Holsti (Kalevi Jaakko), op. cit., p. 709.
116
– Luttwak N. (Edward), Coup d’État, mode d’emploi, p. 43,
Paris, Éditions Odile Jacob, 1996, 280 pages, traduit de l’anglais
par Jacques Brécard.
117
– Le terme « structure d’opportunité » fait référence au
pouvoir, aux rapports de pouvoir des parties concernées et aux
facteurs d’environnement favorables ou défavorables à l’usage de
la violence armée. Rechler (Luc), op. cit., p. 48.
118
-Bach (Daniel), Sandjoun (Luc), op. cit., p. 4.
119
– Maurice Bertrand considère que : « la construction de
l’Europe, à partir de 1950, a réussi, en un siècle, à transformer

65
c- Historique des conflits en Afrique
Au cours de l’histoire africaine, il y a eu des
conflits entre divers groupes sociaux. Ces différents
groupes n’étaient pas encore intégrés dans des États
tels qu’ils se présentent aujourd’hui. Avant la
colonisation, les sociétés particulières ont noué des
relations plus ou moins régulières les unes des
autres120. À l’intérieur de chacune d’elles, les
ambitions rivales des personnes ou des groupes,
l’hétérogénéité des ethnies, l’opposition des intérêts
créaient en permanence le risque de trouble et de
conflit. Entre les sociétés, le recours aux armes
demeurait légitime, puisque chacune ne pouvait
compter que sur elle-même pour parer aux périls de
survivre. Ce que Hubert Deschamps désigne par :
« anarchies équilibrées »121. D’après l’analyse faite à
partir de l’histoire précoloniale de Joseph Ki-Zerbo, il
y avait divers types de conflits en Afrique : Guerres
de tribus, guerres de clans (guerres de pouvoir du

un continent dont les États se battaient entre eux de façon quasi


permanente depuis plus de mille ans », in « Les organisations
internationales et l’ordre mondial, l’O.N.U. et la sécurité
collective dans l’après-guerre froide », in La Documentation
française, n° 302, mai-juin 2001, p. 4. De même, Pierre
Fougerollas souligne que »le parachèvement de la réalité
nationale, comme pleinement moderne de la vie sociale,
impliquait de fait ces affrontements sans lesquels la destruction
des privilègesd’origine féodale, l’émancipation des protestants,
des juifs et des esclaves des colonies, enfin la laïcisation de l’État
et l’enseignement public n’auraient pu être accomplies », in La
Nation, Essor et déclin des sociétés modernes, p. 198, Paris,
Fayard, 1987.
120
– Giri (Jean), « La difficile réalisation l’Etat-nation en Afrique
noire », in Tiers-monde : Controverses et réalités, sous la
direction de Brunel S., p. 416-417, Paris, Économisa et Fondation
Liberté sans frontières, 1987.
121
– Deschamps (Hubert), « Peuples et frontières », p. 26, in
Revue française d’études politiques africaines « Le mois en
Afrique », n° 154, octobre 1978, pp. 25-42.

66
Mahdi)122, guerres de croisades à l’instar de la guerre
sainte de El-Hadj Omar Tall)123, guerres de seigneurs
féodaux (guerres pour la constitution de l’empire
Zoulou par Tchaka)124. Ces conflits n’étaient ni des
guerres interétatiques ni des guerres civiles. Celles-ci
sont devenues les deux caractéristiques principales de
l’activité belliqueuse dans les sociétés organisées en
États. Avant la création des États modernes,
l’expansion coloniale s’accompagne à la fois des
conflits de conquête125 et d’affrontements entre les
puissances européennes en Afrique. Ces conflits sont
autant de menaces qui ont perturbé la paix, comme la
crise de Fachoda en 1896, la guerre des Boers en
Afrique Australe en 1901, les deux crises marocaines
en 1905 et 1911, et de la guerre de Libye en 1911.
Pendant la colonisation, l’Afrique est troublée par les
prolongements des deux guerres mondiales. Les
retombées de la seconde, celle de 1945, ont permis
l’affranchissement progressif du joug colonial des
pays africains.
À la suite de la dernière guerre mondiale, les
conflits se sont déroulés, bien qu’ils aient varié de
nature. En effet, des guerres interethniques aux
confrontations internationales, en passant par les
guerres civiles et les luttes de libération, la violence
armée s’est présentée sous toutes ses formes. Ainsi,
l’Afrique a été le théâtre des luttes d’indépendance,
mettant un terme au processus de décolonisation126.
En Afrique noire francophone, les États souverains

122
-Ki-Zerbo (Joseph), op. cit., pp. 393-394.
123
– Ibid., pp. 369-370.
124
– Ibid., pp. 354-356.
125
– Ibid., chapitre III sur « La résistance africaine », pp. 413-
425.
126
– Bula (Jorge), Violence, Démocratie et Développement dans
le Tiers-monde, p. 23, Paris, L’Harmattan/ Centre Tricontinental
Louvain-La-Neuve/UNESCO, 1990, 333 pages.

67
apparaissent, sans heurts véritables dans les années
1960. Les frontières des nouveaux États cristallisent des
découpages opérés par les administrations coloniales,
qui ne respectent pas les lignes de séparation entre les
ethnies127. Toutefois, les États sont actuellement
considérés comme la forme normale d’organisation
politique des différentes sociétés. L’organisation
étatique actuelle diffère des formes antérieures
d’organisation politique par certaines caractéristiques
essentielles : l’autorité dans un État est institutionnelle
plutôt que personnelle, et elle est souveraine, c’est-à-
dire qu’elle revendique le droit exclusif d’utiliser la
force sur un territoire déterminé128. La libre disposition
des moyens militaires est retirée au particulier et
réservée au pouvoir central, quelle que soit la forme
qu’il revête. C’est à la suite de la formation progressive
de ce monopole permanent du pouvoir central et d’un
appareil de domination spécialisé que les unités de
domination ont pris le caractère d’États129.
Cependant, même à l’époque actuelle, il y a la
continuation des conflits. D’après l’évaluation faite par
l’Organisation de l’Unité africaine (OUA), l’Afrique a
connu vingt-six conflits entre sa création (1963) et
l’année 1998130.

127
– Aron (Raymond), Les désillusions du progrès, Essai sur la
dialectique de la modernité, p. 232, Paris, Calmann-Lévy, 1969,
375 pages.
128
– Weber (Max), Économie et société, p. 57, Paris, Pocket,
1995, traduit de l’allemand par Julien Freund, Pierre Kamnitzer,
Pierre Bertrand… (et al.), Sous la direction de Jacques Chavy et
d’Éric de Dampierre.
129
– Elias (Norbert), La dynamique de l’Occident, p. 26, traduit
de l’allemand par Pierre Kamnitzer, titre original de l’ouvrage :
Über den prozess der zivilisation (1re édition 1939, 2e édition
1969), Paris, Calmann-Lévy, 1990, 320 pages
130
– O.U.A.(1998), Inventory of African Conflicts since the
Establishment of the Organisation of African Unity (1963), Draft,
Addis-Ababa, November 1998 ;

68
Parmi les vingt-six conflits répertoriés, l’OUA
dénombre sept conflits interétatiques. Parmi ceux-ci
trois sont des conflits frontaliers : Algérie/Maroc
(1964/1965), Somalie/Kenya (1965/1980), et le
conflit Cameroun/Nigeria (1996/…). Les quatre
autres sont des conflits territoriaux liés à des
désaccords sur l’interprétation des documents
juridiques coloniaux : Éthiopie/Somalie (1964/1965
et 1976/1977), Éthiopie/Érythrée (1998/),
Ouganda/Tanzanie (1979) enfin le conflit entre le
Maroc et le Sahara occidental.
Les dix-neuf conflits restants ont été classés par
l’OUA comme des conflits internes. Parmi lesquels :
sept concernent les pays de l’Afrique centrale
notamment : la République Démocratique du Congo,
la République du Congo, le Tchad, le Burundi, le
Rwanda et Sao Tomé et Principe. Trois conflits se
sont produits dans les pays de l’Est africain :
Ouganda, Somalie et Comores. Un seul en Afrique du
Nord au Soudan. Cinq en Afrique ouest l’Ouest :
Guinée, Bénin, Libéria, Sierre Léone et Guinée
Bissau. Enfin, en Afrique australe, les conflits
incluent l’Angola, le Lesotho et le Mozambique. Cet
inventaire des conflits semble moins exhaustif.
L’OUA a laissé dans son décompte certains conflits
survenus en Afrique, à l’instar des conflits répétés
entre le Burkina Faso et le Mali131.
Depuis 1990 de nouveaux conflits ont éclaté,
montrant que « le discours sur la fin des conflits »132,

131
– Zerbo (Yacouba), « Le conflit frontalier entre le Mali et le
Burkina Faso : causes et arguments », Guerres mondiales et
conflits contemporains, Revue d’histoire, n°181, Printemps 1996,
pp. 89-111.
132
– Bigo (Didier), « Nouveaux regards sur les conflits ? », pp.
309-355, in Smouts (Marie-Claude), Les nouvelles relations
internationales. Pratiques et théories, p. 315, Paris, Presses de la
Fondation Nationale des Sciences politiques, 1998, 409 pages.

69
après la guerre froide, est une vision limitée dans le
temps et l’espace. En 2001, d’après l’évaluation faite
par Jean-Paul Ngoupandé, onze pays africains étaient
confrontés à des guerres civiles d’intensité variable
opposant des rebelles armées aux pouvoirs centraux :
Angola, Burundi, République Démocratique du Congo,
Libéria, Ouganda, Rwanda, Sierra Leone, Sénégal,
Somalie, Soudan, Tchad. Onze autres États connaissent
des crises internes aiguës, qui sont susceptibles de
générer une guerre civile : Centrafrique, Comores,
Congo-Brazzaville, Côte-d’Ivoire, Djibouti, Guinée-
Bissau, Mozambique, Nigeria, Tanzanie, Togo,
Zimbabwe. Tandis que quatre sont en conflit armé
entre eux : l’Éthiopie contre l’Érythrée, la Guinée
contre le Libéria et deux ont un conflit larvé : le
Cameroun et le Nigeria133. Le reste des pays africains a
du mal à maîtriser le processus démocratique.
L’Afrique présente un continent troublé par la violence,
les massacres interethniques et l’instabilité politique.
Peu de pays en Afrique présentent une vie politique
stable, de fonctionnement normal des institutions
démocratiques et de paix civile. Ce constat ressort dans
l’analyse comptable et la description de l’anarchie à
l’africaine exposée par Robert Kaplan, selon
lesquelles : « Depuis 1970, il y a eu sur le continent
africain plus de 30 guerres, qui dans leur vaste
majorité, ont eu pour origine des conflits internes. Rien
qu’en 1996, 14 des 53 pays d’Afrique ont connu des
conflits internes, responsables de plus de la moitié de
tous les décès causés par des conflits dans l’ensemble
du monde et faisant plus de 8 millions de réfugiés »134.
Cet historique illustre la permanence des conflits

133
– Ngoupandé (Jean-Paul), L’Afrique sans la France, pp. 134-
135, Paris, Éditions Albin Michel, 2001, 393 pages.
134
– Kaplan (Robert), « Communautés déracinées dans les pays
du Sud », in Autrepart, n° 5, 1998.

70
dans les États africains, qui oblige lesdits États à opter
pour la politique de redistribution de la puissance afin
de garantir leur sécurité. C’est dans cette logique que
Lewis A. Coser affirme que le conflit établit et
maintient la balance des pouvoirs135.
Toutefois, il existe des querelles profondes sur la
façon de définir le conflit. Nombreuses ont été les
tentatives pour le définir de manière à en résumer les
principaux aspects. Par exemple, il existe des définitions
fondées sur les causes majeures du conflit, et
notamment les ressources matérielles, le pouvoir, les
valeurs ou encore les ambitions. Il existe aussi des
définitions fondées sur la nature des acteurs au conflit,
qui peuvent être des individus, des organisations ou
encore des États. Ces définitions ont été développées
parallèlement à ce que l’on appelle aujourd’hui la
théorie du conflit, qui prend en compte les pratiques
émergentes de l’analyse des conflits et de l’intervention
en cas de conflit136.
La façon dont on définit le conflit dépend
également de la conception que l’on a de sa nature en
tant qu’événement qui intervient dans la société et
entre individus. Par exemple, le conflit est souvent
compris comme :
– une forme d’opposition entre les parties ;
– une absence d’accord entre les parties ;
– un moyen de résoudre des divergences
sociales ;
– un processus naturel dans les relations sociales
entre êtres humains137.
Pour autant, la tendance générale est à appréhender
le conflit comme un fait normal, un phénomène social

135
– Coser A. (Lewis), op. cit., pp. 133-138.
136
Ibid.
137
Yu F. LUKIN, Management of the Conflicts, Moscou, Triksta,
2007, p. 102.

71
quotidien et, tout simplement, une caractéristique
inhérente aux systèmes sociaux humains. La société, de
par sa nature profonde, faite d’êtres humains, n’est pas
parfaite. De ce fait, les désaccords et les divergences
sont des aspects inévitables du développement social 138.
Mais, il faut faire la distinction entre le conflit en soi et
les conséquences préjudiciables qu’ont certaines façons
de gérer les conflits, comme la guerre. Sous cet angle, la
guerre n’est pas le conflit, mais davantage le résultat
négatif de la façon dont le conflit est géré.
Dans les études stratégiques et internationales,
Jean-Baptiste Duroselle donne trois (3) définitions
des conflits. La première appréhende le conflit
comme « le choc entre les volontés opposées, quels
que soient les moyens envisagés ou utiliser par les
adversaires pour assurer le triomphe de leurs
ambitions »139. La deuxième présente le conflit
comme « les situations successives dans lesquelles
deux ou plusieurs partenaires considèrent un objet
comme un enjeu dont la possession (à conquérir ou à
garder) mérite que l’on coure des risques »140. Quant à
la dernière définition, elle se situe dans la dimension
internationale du conflit, en le définissant comme
« un ensemble complexe de tensions où l’action de
l’homme d’État s’accompagne de réactions
émotionnelles et collectives »141.

138
A. Y. KIBANOV et al., Conflictology : À Textbook, Moscou,
INFRA-M, 2007, p. 36.
139
Jean-Baptiste DUROSELLE, « La nature des conflits
internationaux », Revue française de science politique, n°2, 1964,
p. 295.
140
Ibid., p. 296.
141
Ibid., p. 297.

72
Figure – Essai de lecture conflictuelle du Continent africain
au 01 octobre 2011142
Source : Bernard Calas, Introduction à une géographie des
conflits… en Afrique Les Cahiers d’Outre-Mer, Revue de
géographie de Bordeaux, 255 | Juillet-Septembre 2011

2. Acteurs et déclenchement du conflit


L’identification des acteurs impliqués est une
autre fonction de l’analyse du conflit, qui vise une
compréhension plus globale d’une situation. D’une
manière générale, il est possible de classer les acteurs
en deux grands groupes : les parties au conflit et les
tierces parties143. Une partie à un conflit est un

142
Bernard Calas, Introduction à une géographie des conflits… en
Afrique, Les Cahiers d’Outre-Mer, Revue de géographie de
Bordeaux, 255 | Juillet-Septembre 2011
143
Nadine LYAMOURI-BAJJA et al., Le rôle des jeunes dans la

73
individu, un groupe, une organisation, une association
informelle, une communauté, un groupe ethnique, un
État ou une organisation internationale activement
engagé(e) dans le conflit en question, qui a des
intérêts spécifiques relativement aux conséquences de
ce conflit et agit pour atteindre son objectif 144. À
l’opposé des cas de conflits intrapersonnels, il y a
toujours au moins deux parties impliquées. Une partie
peut être un acteur principal, direct ou indirect, et
avoir des alliés qui ne sont pas activement impliqués
dans le conflit en soi145.
À contrario, une tierce partie n’est pas impliquée
dans le conflit et est objective. Cela signifie qu’elle
est intéressée par le processus de résolution du
conflit, mais pas par son dénouement. Une tierce
partie intervient entre deux parties pour les aider dans
la gestion du conflit. Il peut s’agir d’un médiateur,
d’un facilitateur, d’un observateur, d’un chercheur,
d’un arbitre ou encore d’un exécutant.
L’identification des parties au conflit peut être
complexe. Le conflit peut avoir plusieurs niveaux et,
souvent, plusieurs acteurs, dont tous ne sont pas
forcément conscients de leur implication 146. La
pyramide du conflit147 est un modèle qui sert à
identifier les acteurs du conflit, les différents niveaux
auxquels ils se situent, leur pouvoir et leur influence.
Il peut être utilisé dans divers contextes, et
notamment l’école, les organisations de jeunesse, les
entreprises internationales et les États.

transformation des conflits, op. cit. p. 71.


144
Ibid.
145
Idem.
146
Ibidem.
147
Jean Paul LEDERACH, Building Peace : Sustainable
Reconciliation in Divided Societies, Washington, DC, United
States Institute of Peace Press, 1997, p. 39.

74
Figure 1 : La pyramide de la construction de la paix

Source: Jean Paul LEDERACH, Building Peace : Sustainable


Reconciliation in Divided Societies, op. cit., 1997, p. 39.

La partie supérieure de la pyramide rassemble les


individus qui, dans une situation de conflit, occupent
des positions clés, autrement dit « l’élite ». Le
« leadership intermédiaire » se trouve au milieu de la
pyramide. La partie inférieure, qui constitue
l’essentiel de la pyramide, est réservée au
« leadership de la base », autrement dit au plus grand
nombre d’individus impliqués dans le conflit. Ce
modèle est inspiré du cas d’un conflit international.
Toutefois, il est facilement adaptable à n’importe
quelle autre situation sociale ou type de conflit. Car,
dans un conflit, il y a toujours des parties qui ont plus
de pouvoir que d’autres. C’est le cas des guerres
civiles ou des conflits armés internationaux, mais cela
vaut aussi pour d’autres environnements comme
l’école, les ONG, et la famille, dans lesquels il y a

75
des hiérarchies et où certains ont le droit de décision
et d’autres pas.

Par ailleurs, aucun conflit n’existe ex nihilo. Pour


qu’un conflit se déclenche, il faut qu’à un moment
donné, certaines conditions soient réunies, réalisées
ou certaines actions entreprises. Étant donné que dans
tout conflit, il doit exister deux (2) éléments à savoir
l’action politique et la réaction de la population148.
Aucun conflit n’existe de toute éternité. Pour Jean-
Baptiste Duroselle, on peut distinguer quatre (4)
types de déclenchement des conflits selon
l’importance respective de ces deux données à
savoir :
a- le déclenchement par décision, qu’on
pourrait appeler le déclenchement artificiel du conflit.
C’est le cas où la réaction populaire étant à peu près
nulle, le gouvernement prend la décision d’émettre
une revendication c’est-à-dire de considérer que telle
région ou tel avantage sont désormais pour lui un
enjeu149. Comme il lui faut bien un appui d’une partie
de l’opinion, il s’efforcera de susciter ensuite cet
appui. Mais et cela est important, s’il n’a pas été
conduit prendre sa décision par une pression
quelconque. C’est son libre choix fondé sur son
propre raisonnement qui l’y a conduit.
b- Le déclenchement par occasion, il peut
arriver qu’un gouvernement et une fraction plus ou
moins importante de l’opinion considèrent comme
souhaitable la réalisation d’un certain objectif, mais
considèrent également que les circonstances ne
prêtant pas il faut éviter d’en faire un enjeu et de
courir le moindre risque son sujet. Puis un

148
Jean-Baptiste DUROSELLE, « La nature des conflits
internationaux », op. cit. p. 298.
149
Ibid.

76
changement brusque de la conjoncture rend possible
ce qui jusque-là paraissait irréalisable, c’est
l’occasion dont il faut profiter. Elle suppose
évidemment qu’il y avait déjà un conflit latent, mais
ce conflit ne se traduisait pas dans la réalité.
L’occasion fournit les moyens de transformer le
conflit latent en un conflit ouvert.

c- Le déclenchement par contrecoup est le cas


d’une décision toute faite étrangère à un objet
déterminé qui entraîne par ses conséquences
imprévues le déclenchement d’un conflit à propos de
cet objet. Sans doute dans de très nombreux cas, ce
type se ramène indirectement au précédent. L’État en
prenant une décision fournit à l’État l’occasion de
déclencher un conflit150 ;
d- le déclenchement par maturation. Tout fait
opposé du déclenchement artificiel, par décision où
l’action du gouvernement joue un rôle presque
exclusif ; il peut se produire que la réaction emporte
largement et elle finisse par susciter une action du
gouvernement. Il faut donc que la réaction inexistante
dans la période précédente ait fait son apparition se
soit développé pour devenir une force impérative. Le
gouvernement se plie parfois de mauvais gré. Plus
souvent le gouvernement est en accord général avec
l’opinion publique. Mais, de toutes les façons, il a
fallu une maturation de celle-ci. La maturation est un
phénomène économico-social. Elle est aussi un
phénomène idéologique. En règle assez générale, les
conflits qui naissent par maturation sont des conflits
liés au développement du nationalisme ; c’est-à-dire
une prise de conscience croissante que l’on appartient
à une communauté différente de celle qui vous régit
d’une volonté croissante de ne plus admettre cette
150
Ibid.

77
sujétion151.
Si on songe la prévention des conflits, on peut
admettre que les conflits du premier type de décision
sont les plus faciles à éviter au moins théoriquement.
Les conflits du deuxième type (occasion) sont plus
difficiles à éviter ; car l’apparition d’une occasion
crée une tentation et les hommes politiques pour des
raisons très diverses ambitions personnelles,
sentiment de servir les intérêts du pays peuvent être
tentés de saisir l’occasion. Si parfois il peut agir
d’une décision mûrement délibérée, il arrive aussi
que l’occasion se présente comme éphémère. Le
manque de temps peut empêcher d’explorer
suffisamment les conséquences d’une décision qui
doit parfois être prise la hâte.
Les conflits du troisième type, contrecoup, sont
autant plus difficiles à éviter ils sont imprévisibles. Il
est parfois absolument impossible d’imaginer dans
une conduite compétitive ce que seront les
conséquences d’un acte.
Les conflits du quatrième type sont au fond les
plus aisés à maîtriser, ils dérivent d’une évolution
généralement lente. Ainsi, on peut admettre que
l’existence d’un État historique plurinational ne
pouvait être éternelle en tous cas un vaste effort de
transformation par fédéralisation devait être
accompli. Mais là, le problème est d’un autre ordre.
La maturation transforme lentement une situation.
Elle ne transforme pas les concepts traditionnels.
Au regard de la définition des concepts clés qui
précède, beaucoup de pays d’Afrique sont en guerre
ou confrontés à la violence civile. Depuis 1998, on
note une recrudescence de conflits à grande échelle
dans cette partie du monde, chose qui ne s’était pas
produite depuis les années 1960. En 1999, l’Afrique
151
Ibid., p. 300.

78
était le théâtre de plus de la moitié des conflits armés
se déroulant dans le monde152. Pour sa part, Gaston
Bouthoul, créateur de la polémologie, définit la
guerre comme « une lutte armée et sanglante entre
groupements organisés »153. De son côté, Clausewitz,
que l’on peut considérer comme le père de toutes les
doctrines stratégiques du début du XXe siècle à l’âge
nucléaire, définit la guerre comme un acte de
violence destiné à imposer notre volonté et un drame
sanglant et passionné. Le conflit est donc « un état de
tension résultant de l’antagonisme entre deux
individus ou deux collectivités »154. Il implique une
situation dans laquelle un État, une ethnie, un clan ou
un groupe s’engage dans une opposition résolue
contre l’un de ceux-ci parce que les objectifs
recherchés sont, à l’instar de la guerre,
incompatibles155.
Ce qui caractérise le conflit, c’est l’assertion de
lutte armée violente par laquelle un groupement
organisé cherche à contraindre un adversaire à
exécuter sa volonté. En la matière, peu importe que
les groupes en question soient des entités politiques
souveraines ou, au contraire, des unités combattantes
infraétatiques. C’est pourquoi, le concept de guerre
est progressivement abandonné dans la littérature
spécialisée au profit de celui de « conflit armé »,
défini par deux (2) critères : l’affrontement entre les
forces militaires de deux ou plusieurs gouvernements
152
Albert LEGAULT et Michel FORTMAN, Les conflits dans le
monde, 1999-2000, Québec, Presses de l’Université Laval, 2000,
pp. 10-11
153
Gaston BOUTHOUL, Le phénomène guerre, Paris, Payot,
1962, p. 42.
154
François GERE (dir.), Dictionnaire de la pensée stratégique,
Paris, Larousse-Bordas, 2000, p. 55.
155
Charles-Philippe DAVID, La guerre et la paix. Approches
contemporaines de la sécurité et de la stratégie, Paris, Presses de
la Fondation nationale des sciences politiques, 2000, p. 133.

79
entre une armée régulière et, au moins, un autre
groupe armé organisé. Par ailleurs, le concept de
conflit, qui ne préjuge pas la nature étatique ou non
des acteurs en présence, permet de mieux rendre
compte de l’hétérogénéité croissante des luttes
armées156.
Ces définitions sont proches du paradigme
réaliste. Dans l’approche constructiviste, le conflit est
une « manipulation des identités par les entrepreneurs
ou décideurs politiques »157. D’une certaine façon,
l’approche constructiviste justifie et encourage
« toute entreprise de remise en question d’idées
reçues dans la conduite des politiques et dans les
choix stratégiques »158. Mieux, il s’agit d’entreprendre
un processus de construction-redéfinition des normes
de comportement dans les rapports de sécurité
internationaux159.
À cet effet, cet ouvrage propose, pour sa part,
d’étudier les stratégies et la polémologie des conflits
contemporains en Afrique subsaharienne en examinant
dans un premier temps l’évolution des situations
conflictuelles et la nature des conflits dans cette partie
du continent africain, et dans un second temps les
configurations les représentations géopolitiques des
conflits en Afrique. Il s’agit d’appréhender la violence
des conflits sous l’angle de la temporalité, c’est-à-dire
de replacer certains conflits contemporains dans une
perspective privilégiant le temps long, celui « (…)

156
Dario BATTITESTALLA, « Guerres et conflits dans l’après-
guerre froide », Problèmes politiques et sociaux, n° 799-800,
1998, pp. 3-120.
157
Charles-Philippe DAVID, La guerre et la paix. Approches
contemporaines de la sécurité et de la stratégie, op. cit., p. 129.
158
Ibid., p. 45.
159
Antoine-Denis N’DIMINA-MOUGALA, « Les conflits
africains au XXe siècle. Essai de typologie », Guerres mondiales
et conflits contemporains, n° 225, 2007, p. 122.

80
d’une histoire lente à couler et à se transformer »,
comme la définit Fernand Braudel160. Une posture
épistémologique qui peut aussi s’appliquer à d’autres
zones de conflit dans le monde. L’autre ambition de cet
ouvrage, en cherchant à faire ressortir les différents
types de conflits qui marquent le continent africain, est
d’éclairer les recherches récentes sur les catégorisations
des guerres africaines en les mettant en commun, de
déconstruire les facteurs explicatifs régulièrement
mobilisés et d’affiner une sociologie des acteurs.

Les approches philosophiques et juridiques


des conflits interétatiques
Une philosophie de la guerre admettra pour
principe que l’état normal des relations entre les
hommes et entre les peuples est la violence, l’hostilité
et la malveillance. Machiavel mettait ce principe au
fondement de l’autorité politique : « il est nécessaire
à celui qui règle un État et lui donne une constitution
de présupposer que tous les hommes sont mauvais ».
Au XVIIe siècle, Hobbes établit que les hommes sont
naturellement ennemis, l’état de nature des relations
humaines étant la guerre de chacun contre chacun.
Plus près de nous, Spengler, qui se fait, après la
première la première guerre mondiale, le théoricien
de la décadence de l’Occident estime que les
différences naturelles (entre sexes, races et ordres
sociaux) ne se vivent et ne s’accomplissent que dans
une active et féconde hostilité, dont le destin est de se
perpétuer.
Dans les années 1930, le juriste allemand Carl
Schmitt considère que la politique n’a pas d’autre
rôle que de désigner l’ennemi, de donner son unité et
son identité à un peuple en lui désignant son ennemi
160
Fernand BRAUDEL, Écrits sur l’histoire, Paris, Flammarion,
1969, pp. 11-12.

81
et donc ses raisons de pratiquer la guerre. Qu’est-ce
que l’ennemi ? C’est l’autre, l’étranger. Et plus
exactement, celui avec lequel on ne peut pas
s’entendre, et qui peut effacer mon nom, avec lequel
un accord n’est pas possible. La guerre signifie donc
la forme extrême de l’altérité.
Les thèses caractéristiques d’une philosophie de
la guerre peuvent être regroupées en plusieurs types
d’argumentations. Le premier est d’ordre
anthropologique, et il considère que la guerre fait
partie de la nature humaine. Le deuxième est d’ordre
politique, et il considère que toute politique se fonde
sur la guerre et se justifie par la guerre. Le troisième
allègue les lois de la vie ou les lois de l’histoire, et il
considère que la guerre est créatrice de valeur,
d’ordre ou de justice.
Par contraste, on nommera « philosophe de la
paix », celui qui admet que la guerre n’est pas l’état
ordinaire des relations humaines et qu’il est possible
d’instituer la paix en tant que situation normale des
relations entre les peuples. Le principe réclame, pour
faire son chemin, une transformation des manières de
penser la guerre. Ainsi Grotius, auteur en 1625 dans
un ouvrage intitulé Le droit de la guerre et de la paix,
conçoit la guerre comme le moyen d’aboutir à la
paix.
Les projets de paix perpétuelle conçus par l’abbé
de Saint-Pierre (1713) et par Kant (1795) refusent de
tenir la guerre pour la loi suprême des nations. Plus
près de nous, le pacte Briand-Kellog (1928) et la
Société des Nations (1919-1945) ont voulu faire du
renoncement à la guerre un objectif politique à part
entière. Toutes ces tentatives ont en commun une
autre norme de jugement, qui suppose que la guerre
n’est pas inéluctable.
Mais, il y une différence décisive entre une phi-

82
losophie de la guerre et une philosophie de la paix :
une théorie de la paix peut se donner pour objectif
soit d’humaniser la guerre, soit de la limiter, soit de
l’empêcher, mais elle ne peut faire prévaloir les
moyens du droit qu’en se plaçant au niveau des prin-
cipes et des idées, c’est-à-dire des raisons et des justi-
fications, dans un univers de langage où le discours
de l’ennemi de la paix puisse être jugé théoriquement
réfutable ; elle est une pensée qui se veut publique et
consensuellement légitime. La thèse de la supériorité
de la paix sur la guerre doit donc s’imposer par des
moyens essentiellement rationnels.

1. Les dynamiques conflictuelleset les approches


rationnelles
Analyses théoriques de l’action collective
L’action collective est généralement définie
comme action concertée (ou commune) d’un ou
plusieurs groupes cherchant à faire triompher des fins
partagées. Les théories sociologiques qui ont cherché
à construire des modèles explicatifs cohérents des
actions collectives peuvent se répartir en deux
grandes catégories :
– les explications à dominante psychosociale,
– les explications rationnelles de mobilisation
des ressources,

1. les explications à dominante psychosociale :


Le paradigme épidémiologique
Sous l’influence croissante des études
psychologiques, se développent à la fin du XIX e
siècle, notamment en France, des analyses en termes
de contagion avec Hippolyte Taine, Gabriel Tarde et
Gustave Le Bon. Tarde, pour qui l’imitation est une
loi de la vie sociale, assimile l’action collective de la

83
foule à un processus rapide et généralisé de diffusion
d’idées à forte charge émotionnelle et d’imitation
d’un même comportement rendu possible par
l’existence d’une culture commune et l’émergence de
meneurs. Mais c’est surtout Le Bon qui va
systématiser cette analyse dans La psychologie des
foules (1895) : la foule est susceptible de forger chez
les individus de nouveaux caractères. L’appartenance
à une foule suscite en effet un sentiment de puissance
nourri du sentiment d’impunité qu’autorise
l’anonymat. La foule anthropologiste par Le Bon
acquiert sa propre psychologie.
Ces théories psychologiques des foules ne
pouvaient donner naissance à un courant de pensée,
ne disposant ni de méthode scientifique ni de
postulats sérieux. Elles ont pu nourrir une propension,
déjà bien ancrée chez les tenants de l’ordre établi, de
rendre compte des mouvements sociaux par
l’explication policière qui consiste à voir derrière
chaque action collective l’œuvre de meneurs. Cela ne
délégitime pas pour autant le questionnement sur les
phénomènes de foule ni n’invalide des travaux sur la
psychologie collective de Freud ou sur la psychologie
de masse du fascisme de Wilhem Reich. Elles ont par
ailleurs trouvé certains prolongements dans des
travaux des années 1950-60 sur les déterminants
psychologiques du comportement collectif.
– Les théories de la société de masse
À l’issue de la Deuxième Guerre mondiale,
certains auteurs insistent sur l’isolement
psychologique produit par une société de masse.
L’affaiblissement des liens sociaux, l’isolement
psychologique, le déracinement des individus
s’expliquent par l’urbanisation, l’industrialisation et
la crise économique. La désintégration des structures
intermédiaires laisse la masse des individus atomisée,

84
dans un face à face avec les élites. La société de
masse qui en résulte combine la société pluraliste (les
“non-élites” participent à la sélection des élites) et la
société totalitaire : en l’absence de corps
intermédiaires en pleine déliquescence faute de
médiation entre l’État et les individus, les élites ne
sont pas en mesure d’assurer un contrôle social ; la
société est déstructurée ; se renforce une double
aliénation sociale et individuelle ; s’intensifient un
état d’anxiété et un sentiment de frustration. Cet état
psychologique favorise la manipulation et rend
l’individu apte à basculer de l’apathie à l’activisme.
Petite bourgeoisie ruinée, déclassés sociaux,
intellectuels sans ancrage social et plus généralement
toutes les catégories les plus menacées par la crise et
le développement du capitalisme sont les plus
susceptibles de se laisser entraîner dans des
mouvements extrémistes. Les théoriciens de la
société de masse écrivaient dans le contexte singulier
du profond traumatisme infligé par le fascisme, le
nazisme et la guerre.

– Les approches fonctionnalistes


Une perspective fonctionnaliste analyse la
dimension psychologique du comportement collectif
en termes de tensions sur les valeurs, les normes, les
rôles et le fonctionnement des organisations. L’action
collective contribue à réduire ces tensions générées
par des dysfonctionnements du système. Les
mouvements sociaux ont donc pour finalité d’opérer
une certaine régulation.
– Les théories de la frustration relative.
Rejetant le paradigme épidémiologique qui ne
tient pas compte des conditions et cadres sociaux de
l’action collective (la contagion est par nature
aveugle), d’autres auteurs vont mettre en avant la

85
notion de frustration relative. Ces travaux se sont
surtout développés durant les années soixante avec
principalement James Davies et Ted Gurr. Le premier
cite Tocqueville : « Ce n’est pas toujours en allant de
mal en pis que l’on tombe en révolution. Il arrive le
plus souvent qu’un peuple qui avait supporté sans se
plaindre et comme s’il ne les sentait pas les lois les
plus accablantes, les rejette violemment dès que le
poids s’en allège. Le régime qu’une révolution détruit
vaut presque toujours mieux que celui qui l’avait
immédiatement précédé et l’expérience apprend que
le moment le plus dangereux pour un mauvais
gouvernement est d’ordinaire celui où il commence à
se réformer. Il n’y a qu’un grand génie qui puisse
sauver un prince qui entreprend de sauver ses sujets
après une oppression longue. Le mal qu’on souffrait
patiemment comme inévitable semble insupportable
dès que l’on conçoit l’idée de s’y soustraire » (Alexis
de Tocqueville).
Une situation cumule les risques d’explosion
révolutionnaire quand, à une période de prospérité,
succède une récession brutale. Le décalage entre les
attentes et le niveau réel de satisfaction s’enfle
démesurément. La marge « entre ce que les gens
désirent et ce qu’ils ont » devient intolérable. Nous
avons là la théorie de la frustration relative : Davies
l’illustre avec l’explication de la révolution russe. Les
progrès réalisés en Russie à partir des années 1880
font lever les espérances de la plupart des groupes
sociaux. Mais les attentes seront déçues tant au
niveau de la paysannerie qui ne bénéficie pas dans sa
grande majorité des effets des réformes et est victime
de mauvaises récoltes, que des ouvriers pour la
plupart fraîchement déracinés et surexploités, ou de
l’intelligentsia frustrée par un système politique
rétrograde, ou même de l’armée humiliée par sa

86
défaite dans la guerre contre le Japon. Guerre et
famine des années 1914-1917 catalysent l’ensemble
des frustrations et ébranlent les fondements mêmes
du régime tsariste. La situation révolutionnaire est
mûre.
Ted Gurr systématise cette approche en termes
de frustration relative, définie comme l’écart perçu
par les individus entre les biens auxquels ils estiment
avoir droit et ceux qu’ils pensent pouvoir obtenir.
L’intensité de la frustration détermine le degré de
violence collective contenue dans la société. Le
décalage perçu entre le niveau des attentes et celui de
satisfaction réelle explique les dispositions à la
violence. Mais Gurr, contrairement à d’autres auteurs,
se garde d’en faire une condition suffisante. Il n’y a
pas de lien mécanique entre ce décalage perçu et
l’ampleur des réactions collectives. Celle-ci dépend
aussi du degré de légitimité du pouvoir et de sa
puissance de répression.
L’action collective s’explique moins par une
contagion que par une convergence : l’action
collective résulte certes d’un état de frustration, mais
celle-ci est le produit d’une communauté
d’expériences et de prédispositions sociales.

2. Les explications rationnelles de la mobilisation


des ressources
Une tout autre perspective théorique envisage
que les acteurs sociaux s’engagent en toute
connaissance de cause dans des actions collectives ;
elle fait l’hypothèse d’une participation motivée et
rationnelle.
– Le paradoxe d’Olson
Dans Logique de l’action collective (1966),
Mançur Olson applique le raisonnement
coûts/avantages à l’action collective et met à jour une

87
situation paradoxale où un acteur rationnel a intérêt à
profiter des résultats d’une action collective sans y
participer.
Olson explique ce paradoxe par la nature même
des biens collectifs fournis par une action collective :
ceux-ci profitent à tous les membres du groupe, qu’ils
aient participé ou non à leur production. Il y a donc
possibilité de choisir une attitude de « passager
clandestin », de prendre un « ticket gratuit ».
L’individu y est d’ailleurs d’autant plus incité que la
participation à l’action collective a un coût en temps,
en argent, parfois en considération.
Le calcul rationnel ne conduit pas à défendre les
intérêts du groupe. Olson souligne cependant que
l’individu étant soumis à la pression du groupe,
l’anonymat favorise la non-participation dans les
grands groupes et les interrelations plus serrées
imposent une plus forte participation dans les petits
groupes. Il faut, dit Olson, s’interroger sur les
motivations individuelles et bannir la fiction d’acteur
collectif. Ainsi, Marx se tromperait quand il analyse
une situation d’absence de conflit de classe par
l’apathie d’une classe ouvrière victime d’une fausse
conscience entretenue par la bourgeoisie. Cette
apathie résulte du comportement rationnel et utilitaire
de chaque ouvrier.
L’action collective ne pourrait prendre corps si
celle-ci ne procurait pas non plus des biens sélectifs,
c’est-à-dire des avantages particuliers aux seuls
participants. L’organisation qui s’engage dans
l’action collective parvient ainsi à limiter le risque de
« ticket gratuit », de défection. Ces biens sélectifs
peuvent être soit des sanctions négatives (la rétention
de la carte d’identité pour les habitants de la Casbah
d’Alger qui n’auraient pas participé à la manifestation
de fraternisation franco-arabe sur le Forum le 4 juin

88
1958) soit le recours aux incitations positives (le
système du closed-shop réservant l’embauche aux
travailleurs syndiqués).
Il y a donc bien au niveau individuel une décision
rationnelle dans le choix de prendre part à l’action
collective, un calcul coûts/avantages. Mais ces coûts et
avantages ne se mesurent pas seulement en termes
matériels. Ils peuvent être symboliques et recouvrir de
nombreux domaines comme le divertissement et la
considération de soi.
La démarche d’Olson a représenté une véritable
rupture : on ne peut faire abstraction de la rationalité
et des motivations de l’acteur, qu’elles soient
matérielles ou d’un autre ordre de grandeur.
Cependant, l’acteur olsonien est relativement passif
alors que l’action collective relève davantage d’un
comportement actif. C’est ce que relèveront divers
auteurs dont les travaux participent du paradigme de
la mobilisation des ressources.
– L’approche entrepreneuriale.
La participation individuelle dépend certes des
anticipations des coûts et bénéfices attendus de son
implication dans l’action collective. Mais cette
implication sera d’autant plus forte que l’organisation
est à même d’acquérir, de rassembler et de mobiliser
des ressources. L’entrepreneur de l’action collective
joue donc un rôle central. Contrairement à l’approche
psychologisante qui voit dans le mécontentement
l’origine et l’explication des comportements
collectifs, certains considèrent que le
mécontentement n’est rien et l’organisation tout :
« Les mécontentements peuvent être définis, créés et
manipulés par les dirigeants et les organisations ».
Les mouvements sociaux se construisent et se
structurent. Les entreprises de mobilisation ou
organisations du mouvement social, qui partagent le

89
même type de valeurs et de revendications,
appartiennent à une sorte d’« industrie » du
mouvement social.
Chaque entreprise de mobilisation assure la
fonction de mobilisation des ressources internes (avec
le rôle stratégique des militants qui disposent de
ressources discrétionnaires en temps et argent, car ils
agissent par conscience pour assurer la pérennité et le
développement du mouvement) et celle des
ressources externes (réseaux, médias…). Elle a
besoin de leaders à qui incombent de dégager les
combinaisons et stratégies les plus adaptées au
développement du mouvement social qu’ils dirigent.
– La dimension interactionniste de la
participation à l’action collective.
Selon Albert O. Hirschman, l’individu peut, dans
des situations diverses (de marché, de groupe
familial, d’organisation syndicale ou partisane…),
manifester son insatisfaction de la pratique des
relations internes et son mécontentement des
dysfonctionnements de l’organisation de trois
manières :
– le refus de participer, la défection (exit),
– la prise de parole, c’est-à-dire une participation
protestataire pour changer le système d’interactions
dans l’organisation afin que soient pris en compte ses
orientations ou ses intérêts (voice)
– la fidélité malgré tout (loyalty).
– Mobilisation des ressources et structure des
liens sociaux.

Obershall, quant à lui, explicite les avantages


attendus par l’individu de sa participation à l’action
collective : statut social, prestige, satisfactions
personnelles en plus des récompenses matérielles.
Entre les leaders et la base, les niveaux de

90
participation et les bénéfices diffèrent. Il voit, lui
aussi, dans l’organisation, une ressource nécessaire et
une condition essentielle de l’action collective. Mais,
il prend aussi en considération les liens sociaux dans
leur double dimension : verticale, c’est-à-dire le
degré d’intégration à la société globale et horizontale,
à savoir les sentiments de solidarité propre à un
groupe social. L’émergence de mouvements sociaux
est très probable si deux conditions sont réunies :
l’existence de groupes solidaires et organisés, un
défaut d’intégration à la société globale.
– Le modèle politique de Charles Tilly161

Charles Tilly souligne aussi l’importance de la


rationalité, du calcul dans les choix individuels et
dans la mise en œuvre de l’action collective.
Son approche prend en compte :
1. le niveau général, celui du système politique :
toute action collective, toute mobilisation (y compris
les manifestations de violence et la révolution)
s’insèrent dans un processus politique de lutte pour le
pouvoir. Le conflit politique est donc central. Il oppose
des groupes qui, membres du système, accèdent
facilement aux ressources dont disposent le
gouvernement et son appareil de coercition, et des
groupes challengers qui veulent accéder au pouvoir.
2. le niveau du groupe dont il analyse le modèle
de la mobilisation : quelle en est la structure interne ?
Quels sont les facteurs susceptibles de faire le pont
entre les intérêts partagés et l’action collective, le
161
– Spécialiste d’histoire sociale, cet auteur américain entend
établir un pont entre la théorie politique et l’histoire. Il est
considéré comme le principal représentant de la théorie du conflit
politique. Voyant dans la tradition marxiste une importante
contribution à l’histoire de l’action collective, il lui emprunte des
outils d’analyse : rôle des intérêts, du degré d’organisation, des
conflits pour le pouvoir.

91
degré d’organisation caractéristique de l’identité du
groupe et de la densité de ses réseaux internes ?
Quelles sont les relations qu’il établit avec d’autres
groupes et le gouvernement ? Comment celles-ci
peuvent renforcer ou affecter le niveau des chances
de réussite de l’action collective ?
En quoi ces relations ne sont pas une donnée
fixe, mais résultent d’un rapport de forces qui modifie
constamment la structure des coûts et avantages de la
mobilisation ?
« La contestation s’explique par la conjugaison
d’intérêts, d’une occasion, d’une organisation et
d’une action. Elle est donc construite socialement et
historiquement. Les formes d’organisation, les
pratiques de l’action collective s’enracinent dans les
pratiques et l’organisation de la vie quotidienne ».
La fécondité, reconnue des travaux de cet auteur,
trouve cependant des limites liées au primat du
politique ; en effet, de nombreux mouvements
sociaux contemporains ne relèvent pas d’une analyse
en termes de conflits dont le seul enjeu serait le
pouvoir.
Pour conclure sur le paradigme de la
mobilisation des ressources, constat peut être fait
qu’il a introduit une rupture avec les approches
psychologisantes et qu’il a permis d’intégrer à
l’analyse des mouvements sociaux l’importance de la
dimension stratégique, d’accorder toute sa place à
l’organisation, de montrer que les mouvements
sociaux doivent être analysés dans leur contexte,
c’est-à-dire en prenant en compte leur environnement
et la structure des opportunités de l’action collective.
Ce paradigme n’invalide pas pour autant certains
apports des approches en termes de comportements
collectifs, dont celle de Marx qui occupe une place
toute particulière dans les approches de l’action

92
collective et introduit bien avant les théoriciens des
nouveaux mouvements sociaux la dimension de
l’historicité.
En effet, dans l’analyse des comportements
collectifs, le modèle classique demeure celui de
Marx. Le soubassement de ce modèle est bien sûr son
analyse des classes et de la conscience de classe.
Marx construit son explication de la formation d’une
action collective autour d’une approche séquentielle :
En premier lieu, l’existence d’intérêts communs
fondés sur une situation matérielle commune de
classe ; en second lieu, la prise de conscience de ces
intérêts communs et enfin l’action collective. Pour
rendre compte du processus d’action collective, Marx
prend en compte trois éléments : d’une part, la
composante historique, c’est-à-dire le fait que le
contexte économique, technique et social s’inscrit
dans un moment historique ; d’autre part, la
composante structurale, la nature des rapports sociaux
de production et l’évolution des forces productives
fondent l’antagonisme d’intérêts sociaux ; enfin, la
composante des motivations à agir des individus, qui
peut être apparentée à une théorie de la frustration.
Mais, si la réunion de ces trois éléments est
nécessaire à l’éclosion de luttes sociales, elle n’en est
pas pour autant suffisante à son développement.
L’action collective ne peut se construire sans prise de
conscience. La conscience se nourrit de la formation
même d’organisations de classe que nécessite la lutte
pour des intérêts spécifiques ou un projet plus global
de transformation sociale. Loin d’être l’auteur
déterministe qu’on a souvent présenté, Marx a une
approche possibiliste du comportement collectif
fondé sur la lutte des classes. Il y a place pour le jeu
de la volonté politique et le rôle des individus dans
l’action collective et plus généralement le

93
déroulement de l’histoire.
L’analyse marxiste a donc fondé une tradition
d’analyse qui met en évidence l’importance d’un
mouvement historique qui, pour la période
contemporaine, se rapporte au mouvement ouvrier.
Mais, à partir des années 70, le mouvement ouvrier
décline et surgit des mouvements d’un type nouveau,
à caractère interclassistes, principalement centrés sur
l’écologie, le féminisme, le régionalisme, marqués
par de nouveaux modes d’action et une pratique
fortement participationniste des acteurs. Ceux-ci
autour de thèmes mobilisateurs et de solidarités
vécues tendent à se forger des identités collectives.
Cette situation va engendrer une tentative de
renouvellement de l’analyse en termes de
mouvements sociaux où l’historicité n’est plus
appuyée sur la classe ouvrière.

Conclusion
Cette revue rapide des grandes théories
sociologiques qui se sont plus appesanties sur
l’analyse des actions collectives ne doit naturellement
pas induire un cours sur ces théories en ECJS. Mais
en étudiant telle ou telle action collective comme
expression de la citoyenneté contemporaine, le
professeur pourra trouver dans ces différentes
théories des matériaux plus élaborés permettant de
fonder certains aspects du travail de la classe.

1. Les approches en termes de besoins


fondamentaux
Le besoin correspond à une sensation de manque,
d’inconfort ou de privation, qui est accompagnée par
l’envie de la faire disparaître par un comportement
économique et social menant à un mieux-être, ou au

94
mieux, c’est lanécessité impulsant une action pour le
satisfaire ou privation qui renvoie à une
insatisfaction, une frustration.
L’Approche de l’Alignement propose une
certaine vision du monde, de l’être humain dans sa
globalité et de son fonctionnement. L’hypothèse de
base est que la vie est censée être une expérience
agréable, que nous avons en nous tout ce qu’il faut
pour satisfaire de manière épanouissante nos 7
besoins fondamentaux (Sécurité – Repères – Liberté
– Amour – Cohérence – Sens – Réalisation). Donc,
toute expérience désagréable est une « anomalie », un
message, et notre propos est d’aller chercher l’origine
de ce message.
Les besoins se situent au niveau de l’interaction
entre l’individu et l’environnement. Il est souvent fait
un classement des besoins humains en trois grandes
catégories : les besoins primaires, les besoins
secondaires et les besoins fondamentaux.
Les besoins primaires, également appelés besoins
élémentaires ou physiologiques, sont les besoins
indispensables à l’Homme et pour sa survie : se
nourrir, respirer, se reproduire…
Les besoins secondaires, également appelés
besoins matériels, sont des besoins dont la
satisfaction n’est pas vitale. Parmi eux, on trouve le
besoin de mobilité, de se vêtir, d’aller au cinéma, de
rencontrer du monde.
Les besoins fondamentaux correspondent aux
besoins d’exister et de philosopher ou de se poser des
questions existentielles.
Diverses classifications des besoins existent et
parfois une même dénomination peut désigner deux
catégories de besoins totalement différentes. Il est par
exemple ici fait référence aux besoins fondamentaux
comme étant des besoins d’ordre philosophique,

95
tandis que d’autres.
Plusieurs dénominations définissent les besoins
fondamentaux comment étant des besoins
primaires162.
En tout état de cause, ces distinctions sont
essentiellement subjectives et dépendent des
individus et du contexte social. Par exemple, un
logement chauffé et muni de l’eau courante est
162
- Définitions des 14 besoins fondamentaux de Virginia
Henderson :
1) Respirer : Nécessité de l’être vivant qui consiste à Capter
l’O2 indispensable à la vie cellulaire et à rejeter le gaz carbonique
produit de la combustion cellulaire. 2) Boire et manger :
Nécessité pour tout organisme d’ingérer et d’absorber des
aliments en quantité et en qualité suffisante pour assurer sa
croissance, l’entretien de ses tissus et maintenir son énergie
indispensable à son bon fonctionnement. 3) Éliminer : Nécessité
pour l’organisme de se débarrasser des substances nuisibles et
inutiles qui résultent du métabolisme. L’excrétion des déchets
s’opère principalement par l’urine et les fèces et aussi par la
transpiration et l’expiration pulmonaire. La menstruation est une
élimination de substances inutiles chez la femme nubile non
enceinte.4) Se mouvoir et maintenir une bonne posture :
Nécessité pour tout être vivant d’être en mouvement, de mobiliser
toutes les parties de son corps par des mouvements coordonnés et
de les garder bien alignés pour permettre l’efficacité des
différentes fonctions de l’organisme. La circulation sanguine est
favorisée par les mouvements et les activités physiques.5)
Dormir et se reposer : Nécessité pour tout être humain de
prendre du sommeil et du repos en quantité et en qualité
suffisante pour permettre à l’organisme d’obtenir son plein
rendement.6) Se vêtir et se dévêtir : Nécessité propre à
l’individu de porter des vêtements adéquats selon les
circonstances (temps du jour, activités) pour protéger son corps
de la rigueur des climats (froid, chaud, humidité) et permettre une
liberté de mouvements. Certaines sociétés s’habillent par pudeur.
Le vêtement permet d’assurer de bien-être, de protéger l’intimité
sexuelle des individus et il représente aussi une signification
d’appartenance à un groupe, à une idéologie ou à un statut social.
De plus le vêtement peut devenir un élément de communication
par l’attrait qu’il suscite entre les individus. 7) Maintenir la
température du corps dans les limites normales : Nécessité

96
considéré comme un besoin fondamental dans les
sociétés occidentales développées, alors que ce n’est
même pas considéré comme un besoin secondaire par
les tribus nomades d’Afrique ou d’Asie.
Le psychologue américain Abraham Maslow a
émis une théorie classant les besoins de manière
hiérarchique qui peut être représentée sous la forme
d’une pyramide. Selon cette théorie nous chercherons
d’abord à satisfaire chaque besoin d’un niveau donné
avant de penser aux besoins situés au niveau
pour l’organisme de conserver une température à un degré à peu
près constant (écart normal chez l’adulte en santé : 36,1° à 38° C)
pour se maintenir dans un état de bien-être.8) Être propre,
soigné et protéger ses téguments : Nécessité pour l’individu de
garder son corps propre, d’avoir une apparence soignée et de
maintenir la peau saine afin qu’elle puisse jouer son rôle de
protection contre toute introduction dans l’organisme de
poussière, de microbes, … 9) Éviter les dangers : Nécessité pour
tout être humain de se protéger contre toute agression interne ou
externe pour maintenir son intégrité physique et psychologique.
10) Communiquer avec ses semblables : Nécessité qu’à l’être
humain d’échanger avec ses semblables. Il met en branle un
processus dynamique verbal et non verbal permettant à des
personnes de se rendre accessibles l’une à l’autre, de parvenir à la
mise en commun des sentiments, d’opinion, d’expériences et
d’information. 11) Agir selon ses croyances et ses valeurs :
Nécessité pour tout individu de poser des gestes, des actes
conformes à ses notions personnelles du bien et du mal. 12)
S’occuper en vue de se réaliser : Nécessité pour tout individu
d’accomplir des activités qui lui permettent de satisfaire ses
besoins ou d’être utile aux autres. Les actions que l’individu
accomplit lui permettent de développer son sens créateur et
d’utiliser son potentiel au maximum. La gratification que
l’individu reçoit à la suite de ses actions peut lui permettre d’en
arriver à un plein épanouissement. 13) Se divertir, se recréer :
Nécessité pour l’être humain de se divertir pour une occupation
agréable dans le but d’obtenir une détente physique et
psychologique. 14) Apprendre : Nécessité pour l’être humain
d’acquérir des connaissances, des attitudes et des habiletés par la
modification de ses comportements ou l’acquisition de nouveaux
comportements dans le but maintien ou du recouvrement de la
santé.

97
immédiatement supérieur de la pyramide.
– Besoins et ressources
Les envies humaines sont illimitées, car
notamment liées à la société, tandis que les besoins
humains seraient, selon certains, cernables. Les
ressources étant limitées, il apparaît nécessaire à
l’Homme de les transformer pour satisfaire ses
besoins.
L’Activité économique vise la réalisation de ces
besoins secondaires par la création de l’envie de
consommation à travers le phénomène de rareté. On
peut, en effet, remarquer que les besoins secondaires
sont illimités, car, on constate qu’à mesure qu’un
besoin est satisfait, un autre apparaît.
– Besoins et utilité
La théorie des besoins illimités est parfois
controversée. En effet, la création d’un bien de
consommation implique la création d’un
consommateur et inversement. Des critiques
anthropologiques font valoir que de nombreuses
tribus autochtones nomades n’accumulaient à peu
près aucun bien, limitant leurs besoins à la relation
sociale de l’objet du besoin. Cette critique n’est pas
réellement applicable aux sociétés occidentalisées qui
sont des sociétés de consommation.
En matière économique, dans les systèmes
libéraux, les envies sont souvent sollicitées et
traduites en besoins, que certains considèrent
superflus. Ils y voient la création d’une « demande »
(laquelle est un besoin solvable), plutôt que la
satisfaction de ce qui serait un « besoin réel », la
rentabilité pouvant primer le souci du service. Pour
eux, l’utilisation du mot « besoin » conférerait une
certaine validité à un but qui serait essentiellement
mercantile, tout en minimisant cet aspect.
Distinguer entre ce qui est besoin, ce qui est

98
envie et ce qui est utilité repose largement sur la
subjectivité. Par contre, le besoin fondamental peut se
définir en termes objectifs et quantifiables (à partir de
quelle limite de non-satisfaction la survie reste
possible, où la survie en étant capable d’assurer une
fonction attendue).
Mais, cet idéal rationnel ne saurait s’épargner
l’épreuve et l’instruction de l’histoire. Or, l’histoire
enracine les guerres dans l’intérêt vital des nations :
ce ne sont pas des individus qui s’affrontent, mais des
masses populaires différenciées par d’inégales
chances de vie et de liberté. Si la liberté n’est rien
sans la puissance, et si nul n’est libre en dehors d’un
État et du pouvoir des armes, la guerre apparaît
comme le prix que les peuples ont à payer pour
s’assurer l’existence et l’indépendance. Toutefois,
l’expérience des guerres mondiales et l’entrée dans
l’âge de la surpuissance nucléaire engendrent un
nouveau type d’interrogation : dès lors qu’à la guerre
totale correspond la domination totale ou la
capitulation sans condition, la puissance des moyens
ne finit-elle par imposer à la paix ses conditions ?
Les classifications internationales
L’une des échelles de classification des conflits
internationaux le plus utile et le plus reconnu est celle
du Programme de Recherche interdisciplinaire sur les
Causes des Violations des Droits de l’Homme
(PIOOM) à l’Université de Leiden. Dans sa revue
annuelle des conflits internationaux, ce programme
de recherche différencie 5 niveaux de conflits :
– d’abord, les situations de paix stable « peaceful
stable situations », qui se définissent par un degré
élevé de stabilité politique, et de légitimité du
régime ;
– ensuite, les situations de tension politique
« political tension situations », qui se caractérisent par

99
des tensions croissantes, et par le développement de
clivages sociaux et politiques, souvent selon des lignes
de fractures fictionnelles ;
– puis, les conflits politiques violents « violent
political conflicts », où les tensions se sont
transformées en crise politique, avec une érosion de
la légitimité politique, et un nombre annuel de
personnes tuées compris entre 1 et 100 (tous les ans,
PIOOM classe plus de 100 situations dans cette
catégorie) ;
– quatrième niveau, les conflits de basse intensité
« low-intensity conflicts », dans lesquels les hostilités
sont ouvertes et déclarées, et qui provoquent de 100 à
1000 morts par an. Une cinquantaine de conflits en
moyenne sont classés tous les ans dans cette
catégorie ;
– enfin, cinquième niveau, les conflits de haute
intensité « high-intensity conflicts », qui impliquent
des destructions massives, des affrontements ouverts,
souvent aussi des déplacements de population, et plus
de 1000 personnes tuées chaque année. Entre 15 et 20
situations en moyenne sont classées dans cette
catégorie chaque année.
Cette classification est très utile, mais les
premiers degrés concernent surtout les conflits
infraétatiques, plutôt que les guerres interétatiques.
En ce qui concerne uniquement les conflits
interétatiques, les classifications sont souvent encore
plus rudimentaires, différenciant simplement quatre
étapes :
– celle de la paix stable, caractérisée par de
bonnes relations diplomatiques ;
– celle de l’instabilité, avec des tensions
croissantes et des confrontations verbales ou des
affrontements physiques très localisés ;
– celle de la crise à proprement parler, avec le

100
déclenchement d’actions menant à une violence de
grande ampleur (par exemple l’envoi d’une armée,
l’invasion d’un territoire, etc.) ;
– enfin celle de la guerre, avec une violence de
grande ampleur, qu’on situe généralement à plus de
1000 décès par an.
À part le projet PIOOM, 2 projets internationaux
de classification et de collecte de données sur les
guerres sont intéressants :
– d’abord le projet « Correlates of War » dit
aussi projet de Michigan, mené par l’Université du
Michigan, qui contient des données sur les guerres
depuis 1816, et qui est constamment mis à jour. Ce
projet prend en compte uniquement les conflits
générant plus de 1000 morts par an, mais les répartit
en 3 catégories :
– d’abord, les conflits interétatiques, où au moins
deux États membres du système international sont
partie prenante ;
– ensuite, les conflits extrasystémiques, dans
lesquels un État seulement est partie prenante ;
– enfin, les guerres civiles, dans lesquels un État
seulement est partie prenante, mais qui incluent dans
une plus ou moins grande proportion de victimes
civiles.
– L’autre projet qui peut être intéressant est le
projet dit d’Uppsala, développé par le Département
de Recherche sur le Conflit et sur la Paix de
l’Université d’Uppsala, en Suède. Ce projet se
concentre, comme le précédent, sur les conflits
armés, et couvre les conflits causant plus de 25 morts
par an.
Ce projet distingue trois types de conflits :
– les conflits armés mineurs qui font entre 25 et
1000 morts par an ;
– les conflits armés intermédiaires qui font

101
également entre 25 et 1000 morts par an, mais plus de
1000 morts sur leur durée totale (afin de prendre en
compte les phases plus ou moins violentes du cycle
conflictuel) ;
– les guerres, qui font plus de 1000 morts par an.
Ce projet Uppsala possède par ailleurs une
caractéristique intéressante, qui est de classer les
conflits en deux catégories supplémentaires :
– les conflits ayant trait au contrôle du
gouvernement
– et les conflits ayant trait au contrôle du
territoire
Cette distinction a pour but principal de faciliter
la mise en place de processus de négociation et de
paix.

2. Les différents types de guerres


Point sur la situation géopolitique actuelle
Entre la fin de la Deuxième Guerre mondiale et
2007, on dénombre (l’Institut de recherche pour la
paix d’Oslo (PRIO) et l’Université d’Uppsala) 236
conflits (ayant fait plus de 25 morts). En 2007, il y
eut 34 conflits armés, dont 4 guerres (plus de mille
morts). Ce chiffre a un peu augmenté depuis 2003
(plus bas, chiffre depuis 1970) et ne semble pas
vouloir décroître.
Plusieurs choses sont à noter :
– la violence qui déchire plusieurs États du tiers-
monde ne constitue pas un phénomène nouveau en
cette fin de siècle. Les guerres civiles, en effet,
constituent la majorité des conflits depuis 50 ans déjà,
Karl Holsti note ainsi que, depuis 1945, 77 % (126 sur
164) des confrontations armées ont été de nature
infraétatique. Il est tout aussi inexact de prétendre
qu’une ère de chaos, caractérisée par des guerres
civiles plus nombreuses et plus intenses, s’est ouverte

102
en 1989. En fait, le nombre total de conflits internes et
internationaux est passé de 44, en 1989, à 34
aujourd’hui. On a donc assisté à une augmentation
brusque, puis à diminution du nombre de conflits au
moment de la chute du mur de Berlin.
– Ensuite, la létalité de ce type de guerre n’a
augmenté que légèrement depuis une décennie, le
nombre de morts du fait de guerre est passé de 150
000 personnes par année, durant la période allant de
1946 à 1988, à 217 000 pour la période qui va de
1989 à aujourd’hui.
– Les trois âges de la guerre
Selon certains auteurs la violence collective
serait en mutation. Les guerres d’aujourd’hui
sonneraient ainsi le glas de la conception
clausewitzienne de la guerre : l’usage de la violence
armée ne reflète plus les objectifs politiques des
États. Pour Kalevi Holsti, la guerre a pris
historiquement trois formes distinctes : la guerre
prémoderne, la guerre interétatique moderne, les
guerres dites « du troisième type ».
La guerre moderne est le phénomène auquel
nous nous référons le plus souvent lorsque nous
parlons de guerre : deux pays mobilisant leurs
organisations militaires respectives et partant au
combat, le but de la lutte étant de neutraliser les
forces armées de l’adversaire et de lui imposer la
volonté du vainqueur = conception clausewitzienne
de la guerre, forme de violence contrôlée répondant à
des principes, des coutumes et des règles précis, avec
des combats menés entre guerriers professionnels
suivant des normes acceptées par les belligérants.
Par opposition, les guerres de l’Antiquité à la
Renaissance ont été menées, non par des États, mais
par des armées privées, des clans, des tribus, des
nobles, des pirates, des brigands, des villes, des

103
ordres religieux. La guerre n’était pas politique, au
sens moderne du terme, dans la mesure où elle ne
visait pas nécessairement à promouvoir les intérêts
d’une collectivité nationale, à protéger des frontières,
à contribuer à l’équilibre des puissances ou à
satisfaire aux impératifs de la raison d’État. La
guerre, jusqu’au XVIe siècle, répondait surtout à des
objectifs privés tels que l’honneur, la gloire, le profit
personnel ou encore la défense de droits de propriété
ou de succession individuels. Les règles de ce genre
de conflits étaient rares ou inexistantes et la violence
n’épargnait pas les civils.
Depuis 1945, certains auteurs disent que la
guerre prémoderne revient en force dans plusieurs
régions du globe. La guerre est de nouveau sauvage
et endémique. Les transformations de la guerre dans
le cadre des conflits « du troisième type » sont
nombreuses :
1) Les formes de la guerre s’estompent. Il y a une
désinstitutionnalisation de la guerre. Les fronts, les
campagnes, l’organisation, les tactiques, les uniformes
disparaissent.
2) La guerre redevient une entreprise privée. Les
combattants des armées du troisième type sont
souvent des civils en armes vaguement organisés en
groupes plus ou moins disciplinés. Ils relèvent
d’autorités locales ou de « seigneurs de la guerre »
menant des opérations militaires pour leur propre
compte.
3) Les conflits s’éternisent. Les motifs originels
du conflit sont oubliés et la lutte continue par simple
inertie. La guerre redevient endémique.
4) La plupart de ces guerres sont menées avec
des armes primitives (armes blanches), mais tuent
énormément.
5) Ce sont des guerres « totales », qui ne font pas

104
la distinction entre les militaires et les civils, et donc
les coûts sociaux et économiques sont considérables.
6) Les enjeux de ces guerres sont multiples et
ambigus.

105
106
Première partie

Évolution des situations


conflictuelles et nature des
conflits

107
108
Si la fin de la guerre froide a vu émerger l’espoir
d’un « nouvel ordre international », le degré de
conflictualité croissant sur le continent africain
depuis les années 1990 a rapidement mis à mal ces
attentes. En effet, l’impact du génocide rwandais sur
la gestion des conflits en Afrique oblige à conduire
une analyse des évolutions qui ont marqué les
logiques conflictuelles de ces dernières années sur le
continent. Dans cette optique, cette partie envisage
offrir un regard croisé entre pratique et théorie, dans
le cadre d’une approche multidisciplinaire, des
conflits contemporains en Afrique. Ceci, en raison du
fait que les conflits africains ne sont ni uniformes, ni
homogènes, leur catégorisation est complexe :
« conflit armé non international », « conflit de
basse/haute intensité », « système de conflits
régionaux », « situation de violence », « anciennes /
nouvelles guerres », « nouveaux barbarismes »,
« intervention étrangère, lutte contre le terrorisme ».
À cet égard, l’analyse politique des conflits en
Afrique voit s’opposer les théories qui mettent
notamment l’accent sur les différents espaces de
déclenchement et de propagation des conflits et sur le
niveau d’intensité des affrontements et de la violence.
Dans ce contexte de labilité des catégories d’analyses
existantes, le droit international humanitaire voit
émerger des interrogations sur la pertinence de
conserver une catégorisation articulée autour de deux
types de conflits : conflit armé international et conflit
armé non international163. En effet, il existe une
grande variété de situations conflictuelles dans
différentes régions d’Afrique. Les conflictualités s’y
expriment de différentes façons en fonction du

163
Voir, les Protocoles de 1977 additionnels aux Conventions de
Genève de 1949 sur la protection des victimes des conflits armés
internationaux et non internationaux.

109
contexte tout en ayant des racines historiques,
sociales, politiques, culturelles partagées et de
l’identification consécutive de défis communs. De
cette façon, afin de montrer l’évolution des situations
conflictuelles en Afrique, il est intéressant d’attarder
non seulement sur la manifestation des conflits en
Afrique au sud du Sahara (Chapitre 1), mais aussi sur
la nature et à la géographie de ces conflits (Chapitre
2).

110
Chapitre 1
Manifestation des conflits
en Afrique au sud du Sahara

La manifestation des conflits en Afrique au sud du


Sahara peut être étudiée à travers l’analyse et la
définition du système du conflit. L’« analyse du
conflit » désigne l’étude systématique du profil du
conflit, de ses causes, de ses facteurs et de sa
dynamique. Par conséquent, l’analyse est l’étape
indispensable avant toute intervention, pour avoir une
compréhension plus fine et plus approfondie de
l’origine, de la nature et de la dynamique du conflit en
question. De plus, l’analyse est une activité qui doit se
dérouler durant le processus de gestion du conflit, dans
la mesure où le conflit évolue en permanence. Cette
analyse revient non seulement à collecter des
informations et des éléments de fait, mais également à
les évaluer et les interpréter.
De ce point de vue, l’analyse du conflit permet
d’identifier :
– le type de conflit ;
– les raisons du conflit ;
– les causes et conséquences du conflit ;
– les composantes du conflit et les différents

111
acteurs impliqués ;
– les niveaux auxquels se déroule le conflit 164.
En outre, l’analyse du conflit peut procurer des
informations sur la façon dont le conflit est perçu (par
exemple, manifeste, latent), sa dynamique, les
relations entre les parties opposées et la hiérarchie de
leurs positions, ainsi que leurs intérêts, besoins et
motivations.
Par ailleurs, un système de conflits quant à lui se
comprend comme un ensemble de conflits, de causes,
de formes et de territorialités distinctes, mais qui
finissent par s’articuler et s’alimenter sous l’effet de
leur proximité, de leurs évolutions ou des alliances
tissées par des acteurs divers dont les intérêts
convergent165. Aussi, il se caractérise par ses
frontières fluides, qui transcendent celles des États.
Dans ce chapitre, il sera important d’explorer la
dynamique des conflits (Section 1) et d’examiner les
différentes formes de conflit en Afrique
subsaharienne aujourd’hui (Section 2).

SECTION I : LA DYNAMIQUE DES CONFLITS


Dans cette section, nous allons examiner la façon
dont les différents éléments du conflit interagissent
c’est-à-dire les composantes du conflit (I), et dont les
conflits se développent et évoluent au cours du temps
notamment les différentes phases du conflit (II).
Autrement dit, nous allons étudier leur dynamique.

I. Les composantes du conflit


Comprendre les composantes d’un conflit, ou les
différents éléments qui le constituent est aussi
164
Nadine LYAMOURI-BAJJA et al., Le rôle des jeunes dans la
transformation des conflits, op. cit., p. 48.
165
Roland MARCHAL, « Liberia, Sierra Leone et Guinée : une
guerre sans frontières ? ». op. cit.

112
important que de comprendre quels en sont les
acteurs et les causes. Un outil précieux à cette fin est
le triangle ABC166. Ce modèle permet de distinguer
les différents ingrédients d’un conflit et d’en
comprendre les aspects essentiels. On estime que la
psychologie, à la base du développement des conflits,
est la même aux niveaux micro et macro 167. En
d’autres termes, le triangle est applicable à tous les
niveaux, à savoir les individus, les groupes ou les
communautés, ou encore les États. D’après ce
modèle, le conflit serait composé de trois éléments
fondamentaux : l’attitude, le comportement et la
contradiction. Ces trois éléments sont identifiables
dans tout conflit, quoique à des degrés différents. Les
composantes sont placées dans chacun des trois
angles d’un triangle pour illustrer les relations entre
celles-ci (voir la figure 2 ci-dessous).
Figure 2 : Le triangle des conflits

Source:Johan GALTUNG, Peace by Peaceful Means: Peace


and Conflict, Development and Civilization, Sage, Londres,

166
Voir Johan GALTUNG, « Conflict as a Way of Life », in Johan
GALTUNG (dir.), Peace and Social Structure : Essays in Peace
Research, Vol. III, Ejlers, Copenhague, 1978.
167
Ibid.

113
1997, p. 72.

En effet, une métaphore souvent utilisée pour le


conflit est celle de l’iceberg, que reprend le triangle
ABC. Comme les racines d’un arbre, une partie
importante de l’iceberg est invisible, car immergée.
Néanmoins, cette partie détermine la taille et le
comportement de l’iceberg, c’est-à-dire le sens de son
déplacement et comment il se meut dans l’eau 168. De
la même façon que la partie émergente de l’iceberg,
le triangle présente les aspects perceptibles du
conflit : les griefs, les accusations et les
commentaires blessants, et les négociations.
Toutefois, d’autres aspects sont souterrains, tels que
les priorités cachées, un langage corporel
condescendant et les intérêts en termes de pouvoir et
de ressources169. La métaphore de l’iceberg permet de
montrer que seule une petite partie du conflit est
identifiable. La partie cachée du conflit, plus
importante, agit comme une force dissimulée dans
l’évolution de la situation et influe sur les tentatives
de résolution du conflit170. Le rôle de chacun dans un
conflit détermine ce qu’il est capable d’en voir.
Autant vous êtes impliqué dans le conflit, autant il
vous est difficile de prendre du recul pour en avoir
une vision extériorisée. Ainsi, analyser les
composantes d’un conflit revient à s’intéresser d’une
part à l’attitude et au comportement des acteurs (1), et
d’autre part à leur contradiction et à l’escalade du
conflit (2).

1. Attitude et comportement
En observant le triangle ci-dessus, les attitudes
168
Nadine LYAMOURI-BAJJA et al., Le rôle des jeunes dans la
transformation des conflits, op. cit., p. 79.
169
Ibid., p. 80.
170
Ibid.

114
au sujet du conflit se trouvent sous la surface,
représentées dans le modèle par la lettre A 171. Cet
angle du triangle est formé par les images que nous
avons de nous-mêmes et des autres parties
impliquées, mais aussi par nos pensées, sentiments et
désirs. Il s’agit des sentiments que les parties au
conflit éprouvent les unes envers les autres, ainsi que
de la façon dont elles appréhendent et gèrent leurs
propres sentiments. La colère, si elle est un sentiment
très significatif dans les conflits, est souvent une
réaction à un autre sentiment, celui de la peur. Les
attitudes masquent nos idées subjectives des
problèmes sous-jacents au conflit, à propos de ce qui
s’est passé. Généralement, les perceptions des parties
belligérantes diffèrent substantiellement, non
seulement au sujet de ce qui s’est passé, mais
également s’agissant de la vision du monde et des
valeurs172. L’histoire et les perceptions de ce qui s’est
passé évoluent avec le temps et à mesure que les
parties s’éloignent les unes des autres durant
l’escalade du conflit.
Par ailleurs, l’aspect le plus visible d’un conflit
est le comportement, représenté par la lettre B dans le
triangle. Il s’agit des actes des différentes parties. Les
réactions humaines aux événements sont relativement
complexes et, par conséquent, ce que nous désignons
par le terme de comportement englobe un ensemble
d’éléments173. Différentes personnes réagissent
différemment à différents événements. Cependant, les
actes qui se combinent pour former le comportement
– tel qu’il est compris dans ce modèle – peuvent
globalement être répartis en trois (3) catégories :
171
Johan GALTUNG, Peace by Peaceful Means : Peace and
Conflict, op. cit.
172
Nadine LYAMOURI-BAJJA et al., Le rôle des jeunes dans la
transformation des conflits, op. cit.
173
Ibid.

115
– ce qui est dit ;
– ce qui est fait ; et
– la violence physique174.
À cet égard, il est important de préciser que ce
qui n’est pas dit ou pas fait (non-action) peut être
considéré comme faisant partie du comportement.
Éviter d’agir peut avoir des répercussions aussi
sensibles sur le développement du conflit qu’un acte,
avec probablement des conséquences différentes 175.
En outre, on distingue la violence physique des autres
actes parce que son utilisation modifie
considérablement le caractère du conflit. Ses
conséquences sont importantes et peuvent
radicalement transformer le développement du conflit
et son issue.

2. Contradiction et escalade
Dans un conflit, la contradiction forme le cœur et
la cause du problème, que signale la lettre C dans le
modèle. Il s’agit de la/des question(s) spécifique(s)
qui a/ont fait l’objet du désaccord. Selon le modèle,
les conflits porteraient généralement sur trois types de
questions : la répartition, la position et l’ordre176.
– Répartition : la contradiction survient à cause
d’une compétition au sujet de ressources qu’il faut
diviser entre les différents membres des groupes et
communautés. Il peut s’agir d’argent, de temps,
d’espace, de nourriture, d’attention ou de faveur
politique, et la question se pose de savoir combien en
allouer à chacune des parties. Cependant, aucune des
parties ne remet en question les règles relatives à la
répartition et leur rôle dans leur création177.
174
Idem.
175
Ibidem.
176
Ibid.
177
Ibid., p. 81.

116
– Position : la contradiction est la conséquence
de l’issue d’une compétition au sujet d’une position.
Une position est une ressource qui ne peut être
partagée, pour la seule raison qu’une seule personne
peut l’occuper à un moment donné, par exemple : le
dirigeant souverain d’un État. L’une des façons de
gérer ce type de conflit, notamment dans les cas où
les parties impliquées se battent pour savoir qui
devrait légitimement gouverner un État, a consisté à
tenter de convaincre celles-ci de partager la position
concernée. Cette stratégie s’est avérée efficace
lorsque les parties étaient ouvertes à l’idée d’occuper
chacune à leur tour la position en question. C’est la
solution qui a parfois été choisie dans les présidences
tournantes. Une autre approche consiste à trouver
d’autres positions prestigieuses pour les parties en
concurrence (par exemple, un président et plusieurs
vice-présidents comme le gouvernement de transition
de la République Démocratique du Congo au
lendemain des accords de Sun City en Afrique du Sud
de 2002). En utilisant cette approche, les parties
belligérantes apprennent à appréhender la position à
la manière d’une ressource qui peut être partagée et
donc à adopter une approche davantage fondée sur la
coopération178.
– Ordre : dans ce cas, la contradiction concerne
les règles qu’il faudrait suivre dans une société ou
une organisation donnée, l’une des parties au moins
affirmant que les règles en vigueur ne sont pas
adaptées ou équitables et voulant de ce fait changer le
système en place. Les cas les plus connus et les plus
fréquemment étudiés concernent la transformation du
système politique dans un pays donné, et en
particulier les transitions après des systèmes
autoritaires de gouvernance. En Afrique, les ordres
178
Ibid.

117
politiques en voie de sortie de crise en Somalie, en
Côte d’Ivoire, en RDC, au Libéria, au Burundi, au
Rwanda, etc., font de ce dernier un « modèle prêt-à-
porter des sorties de crise et des transitions »179. Ainsi,
les conflits d’ordre peuvent être plus intenses que les
deux autres formes de contradiction précédemment
mentionnées, dans la mesure où il y a remise en
question des valeurs clés des parties impliquées, alors
qu’il est très difficile de les négocier180.
En clair, le conflit peut surgir pour plusieurs
raisons181. Le triangle ABC nous permet de
comprendre de quelle façon. Un conflit peut débuter
alors que les parties concernées prennent conscience
de l’incompatibilité de leurs besoins : il s’agit de la
contradiction. Les deux parties veulent la même
chose au même moment et, le problème étant
impossible à résoudre, il en résulte une frustration de
part et d’autre. La frustration conduit ensuite à
l’agression et au mépris : il s’agit des attitudes, qui
peuvent aboutir sur un différend ou des actions
violentes : il s’agit du comportement.
Dans ce processus, le conflit peut évoluer à la
manière d’une spirale, et un nouveau conflit émerge
en conséquence des comportements agressifs violents
qui se sont manifestés. Ainsi, les composantes du
conflit se renforcent mutuellement. Même si le
problème majeur est résolu, cela ne signifie pas
forcément que le conflit lui-même est réglé. Tandis
que le conflit entre dans une dynamique d’évolution,

179
Yves Paul MANDJEM, « Les Gouvernements de transition
comme sites d’institutionnalisation de la politique dans les ordres
politiques en voie de sortie de crise en Afrique ? », Revue
africaine des relations internationales, Vol. 12, n° 1 & 2, 2009,
p. 81.
180
Nadine LYAMOURI-BAJJA et al., Le rôle des jeunes dans la
transformation des conflits, op. cit.
181
Ibid., p. 82.

118
la contradiction peut concerner une question
totalement différente de celle qui en était à l’origine.
De nouveaux conflits viennent donc s’ajouter au
conflit originel182.
Un conflit peut aussi trouver sa source dans le
comportement, lorsqu’une des parties agit envers
l’autre avec des intentions désobligeantes ou d’une
façon que l’autre n’apprécie pas ou ne comprend pas
bien. Il en va de même pour les attitudes. En effet,
une attitude hostile peut trouver sa source dans une
idéologie ou une tradition. Pour la justifier, l’auteur
va rechercher une contradiction, une menace de
l’extérieur, qui viendra confirmer ses actes. Cette
attitude peut alors générer un comportement inadapté
qui, à son tour, va nourrir le conflit. L’escalade est
favorisée par des sentiments fortement négatifs qui ne
font que se renforcer à mesure que le conflit
s’amplifie183.
Cependant, si le conflit peut trouver sa source
dans n’importe quel point du triangle, il peut
également être stoppé à n’importe quel point. Lors de
l’intervention, il faut cibler la question clé ou la
contradiction responsable de l’émergence ou de
l’escalade du conflit. Le triangle ABC nous donne
quelques indices concernant le type d’intervention
susceptible de favoriser la résolution du conflit. Il
souligne aussi le fait que s’attaquer à la contradiction
est important, mais pas suffisant pour résoudre celle-
ci. Il peut également être nécessaire d’intervenir au
niveau des sentiments et comportements des parties,
dans la mesure où ceux-ci peuvent renforcer le conflit
ou générer son escalade184. Dans le pire des cas, ils
peuvent être à l’origine de nouveaux conflits.

182
Ibid.
183
Idem.
184
Ibidem.

119
De plus, une autre façon de comprendre la
dynamique du conflit, et notamment son escalade et
sa désescalade, est possible grâce au modèle de
l’escalier185. Ce modèle comporte neuf (9) marches
(voir figure 3). L’escalier descendant commence par
un débat sur la contradiction, pour en venir à une
hostilité considérable et, finalement, entrer dans une
phase de violence par laquelle les parties tentent de
s’éliminer mutuellement. Selon ce modèle, tout
conflit dont le processus n’est pas renversé va suivre
les neuf étapes de l’échelle descendante tandis que sa
dynamique s’accélère et s’accroît.

Figure 3: Modèle de l’escalier

SourceLe modèle de « Overview of the Nine Levels of


Escalation », in Friedrich GLASL, Confronting Conflict: A
First-Aid Kit for Handling Conflict, Gloucestershire,
Hawthorn Press, 1999, pp. 84-85.

Dans ce modèle, la désescalade du conflit


demande que les parties remontent l’escalier, marche
par marche, en revenant sur chacun de leurs actes à
chaque marche. Le conflit peut sauter plusieurs

185
Lire Friedrich GLASL, Confronting Conflict : A First-Aid Kit
for Handling Conflict, Hawthorn Press, Gloucestershire, 1999.

120
marches en même temps, mais, si l’on veut remonter
l’escalier, chaque marche va demander des efforts et
un engagement considérables. Comme dans la vie
courante, plus loin le conflit est descendu dans
l’escalier, plus il y aura de marches à remonter, et
plus il sera difficile pour les parties de résoudre le
conflit par elles-mêmes186. Ce qui emmène à
s’intéresser aux différentes phases d’un conflit.

II. Les phases du conflit


En soi, un conflit n’est pas une guerre. En fait, la
guerre est la violence armée considérée comme la
réponse apportée au conflit par les parties
belligérantes. En effet, la guerre n’est que l’une des
mesures employées par les États pour gérer des
conflits qui peuvent être la conséquence de différends
au sujet d’un enjeu (ressources en eau rares, de
l’accès à des réserves de pétrole ou au sujet du
pouvoir politique)187. De plus, parmi les autres
approches qu’un État peut adopter en réponse à un
conflit figurent les boycotts, mais aussi la mise en
œuvre de certaines formes de coopération
internationale ou encore de négociations. Aussi, il est
nécessaire de se rappeler que ce n’est pas parce qu’un
conflit possède les ingrédients de la violence qu’il
peut être systématiquement défini comme un conflit
armé. Car, un conflit armé peut être défini comme un
différend conflictuel qui concerne un État où
l’utilisation de la force armée entre deux parties, dont
l’une d’elles au moins est le gouvernement d’un État,
entraîne des décès liés au combat188.
Ainsi, dans un conflit armé, il est possible
d’identifier trois étapes chronologiquement
186
Ibid. p. 83.
187
Ibid. p. 90.
188
Ibid.

121
organisées. Celles-ci peuvent se reproduire de façon
cyclique si le conflit n’est que partiellement résolu.
Ces étapes sont : la phase préconflit (1), la phase du
conflit en soi et la phase post-conflit (2). Dans la
plupart des conflits internationaux/mondiaux, les
interventions sont opérées durant le conflit et non
dans les phases pré- et post-conflits. Cependant, la
pratique a mis en évidence l’intérêt d’une
intervention dans les phases pré et post-conflit pour
prévenir l’explosion de la violence – en d’autres
termes, pour empêcher que ne se déclenche le conflit
à proprement parler.

1. Phase préconflit
Dans cette phase, le potentiel de violence est
présent à tout moment. En effet, les individus ont des
valeurs, des besoins et des intérêts différents et
incompatibles, et ne savent pas toujours comment
gérer les conflits de façon non violente. Ce potentiel
est une caractéristique inhérente à la phase préconflit.
La contradiction n’est pas encore très visible, pas plus
que les formes de violence. Dans cette phase, toutes
sortes de comportements peuvent se manifester,
depuis des attitudes hostiles et des préjugés envers
certains groupes jusqu’à des tirs de milice 189. On
observe une alternance d’escalade et de désescalade
de la violence. La violence directe est absente, mais
la violence structurelle et la violence culturelle sont
toutes deux bien présentes. Les confrontations entre
les parties au conflit marquent généralement la
frontière entre la phase préconflit et l’explosion de la
violence ou la phase de conflit en soi. Le mode
d’intervention employé à ce stade est appelé
« prévention du conflit »190.
189
Ibidem.
190
Ibid.

122
2. Phases du conflit à proprement parler et post-
conflit
On parle dans un premier temps de la phase où le
conflit a atteint son paroxysme. À ce niveau, la
violence atteint son intensité maximale et des
individus sont tués dans tous les camps. La
communication entre les parties est totalement
rompue. Dans le domaine des relations
internationales, on qualifie aussi cette phase de
« conflit armé ». On parle de « guerre » lorsqu’on
dénombre au moins 1 000 morts au combat en une
année191. Mais cette distinction n’a qu’une utilité
minime. Elle ne rend pas réellement compte du fait
qu’il existe bien d’autres types de conflits armés, que
l’on ne définit pas comme des guerres, et qui ont lieu
chaque jour. Un exemple en est la violence entre les
gangs armés dans les grandes métropoles du monde.
Ce type de violence tue des quantités d’individus
chaque année et les communautés concernées en
subissent les terribles conséquences, même si l’on ne
peut parler de « morts au combat »192. D’une façon ou
d’une autre, la crise doit se terminer, car l’escalade ne
peut se poursuivre indéfiniment. Dans le cas des
guerres, la contribution d’acteurs externes pour
mettre un terme à cette phase est courante. Leurs
interventions peuvent prendre la forme de
négociations, de médiations, de boycotts, voire
d’interventions militaires193. La violence décroît
généralement en intensité lorsque se dessine la
possibilité d’un règlement. À ce stade, une
intervention est nécessaire pour mettre un terme au
conflit.
Dans un second temps, lorsqu’il est mis fin à la
191
Ibid., p. 91.
192
Idem
193
Ibidem.

123
violence et qu’un accord a été trouvé, les tensions
diminuent et il est possible de rétablir les relations
entre les parties. Cependant, il reste un travail
considérable à effectuer pour parvenir à la paix mieux
à une situation de justice et l’amélioration des
conditions de vie. Il est donc important d’œuvrer à la
réintégration et à la reconstruction de la confiance
pour éviter la résurgence de la violence 194. Les efforts
pour rétablir la paix visent à réparer des relations
endommagées, dans l’objectif à long terme de
réconcilier les parties antagonistes. Ceci nous amène
à s’intéresser aux différentes formes de conflit qu’on
rencontre aujourd’hui en Afrique subsaharienne.

194
Ibid.

124
SECTION II : LES DIFFÉRENTS FORMES DE
CONFLIT EN AFRIQUE AUJOURD’HUI
La catégorisation des conflits en types peut nous
aider à mieux comprendre la nature du conflit. Elle
nous fournit des indications concernant les questions à
prendre en compte dans l’analyse de la nature du

125
conflit. L’Afrique subsaharienne connaît aujourd’hui
deux (2) formes majeures de confit chacune ayant sa
classification propre. En effet, on observe dans la
dynamique conflictuelle africaine post-guerre froide,
deux (02) principales catégories de conflit à savoir : les
guerres conventionnelles (Cameroun-Nigéria, 1996 ;
Éthiopie-Somalie, 1976-1978/1982/2006-2009 ;
Somalie-Érythrée, 1998-2000) qui opposèrent des
armées nationales en uniformes, et les guerres non
conventionnelles qui se caractérisent par, d’une part,
l’internalisation des conflits, et, d’autre part, le recours
aux guérillas ou au terrorisme. Ainsi, de manière
globale, on va regrouper d’un côté les conflits dits
irréguliers intraétatiques (I), et de l’autre les conflits
réguliers interétatiques (II).

I. Les conflits irréguliers ou intraétatiques


Les mutations diverses et profondes qui ont
affecté le monde, en particulier dans sa dimension
géostratégique, depuis la fin de la guerre froide ont
changé radicalement la nature des conflits. Après la
disparition de l’Union des Républiques Socialistes
Soviétiques et l’effondrement provoqué par les
mouvements terroristes des tours jumelles de New
York, on connaît aujourd’hui une certaine continuité
avec la résilience de vieux foyers conflictuels non
résolus et des groupes armés qui les alimentent.
Cependant, alors que la majorité des conflits armés est
à classer dans la catégorie des conflits intraétatiques,
l’environnement stratégique a évolué de telle manière
que l’on évoque aujourd’hui le phénomène des
« nouvelles guerres »195. Les inégalités économiques et
politiques de la globalisation et/ou le « choc des
195
Arnaud BLIN, « Groupes armés et conflits intraétatiques : à
l’aube d’une nouvelle ère ? », Revue internationale de la Croix-
Rouge, Vol. 93, Sélection française 2011, p. 25.

126
civilisations », les atteintes à l’environnement et leurs
conséquences, ou encore l’émergence de conflits de
grande ampleur provoqués par le crime organisé
constituent certaines des menaces qui affectent déjà la
nature des conflits de nos jours ou qui pourraient
définir ceux de demain196. En plus du fait que les
groupes djihadistes à vocation globale se raffermissent,
on observe également une tendance qui s’oriente vers
une nouvelle génération de guérilleros susceptibles de
profiter notamment de l’érosion de l’État-nation et des
soubresauts géopolitiques issus de l’héritage
postcolonial, pour se lancer dans des aventures à long
terme où les passions et le degré de violence sont
élevés197.
Ainsi, le conflit irrégulier n’est pas une
nouveauté du XXe ou du XXIe siècle, il est même
aussi vieux que la guerre elle-même. Son principe est
resté le même : celui d’une opposition entre deux
forces, l’une au moins, n’étant rattachée à aucune
armée étatique avec une hiérarchie de
commandement établie . De cette façon, des
198

hommes « sans uniforme » se battent contre une


puissance étatique. En outre, cette force, dite
« irrégulière », privilégie le combat d’embuscade au
choc frontal, car elle connaît son infériorité dans ce
domaine. Pour éviter d’être découverts, les
protagonistes se cachent au milieu des populations,
où la répression menée par le camp étatique leur
permet de diffuser leur propagande et de s’assurer des
soutiens199.
Tel est la structure caractéristique de la guerre
196
Ibid.
197
Ibid., p. 26.
198
Thomas BEAUVAIS, Les conflits irréguliers, Mémoire, Institut
d’Etudes Politiques, Science Po Toulouse, Année Académique 2013-
2014, p. 5.
199
Ibid.

127
irrégulière depuis l’émergence de ce type de conflit
jusqu’à nos jours. Si le schéma est resté le même, les
moyens et modes opératoires, eux, ont
considérablement évolué au cours du XX e siècle, des
changements qui se sont encore accentués au
XXIe siècle. En Afrique, après la vague des guerres
précoloniales et celle des guerres de libération
nationale ou d’indépendance, est survenue une
troisième vague couvrant la période post-guerre
froide, à savoir les guerres intraétatiques. Ces
nouveaux conflits se caractérisent par leur essor à la
fin de la guerre froide (1), leur caractère interne et
sans frontière (2).

1. La fin de la guerre froide comme essor


La fin de la guerre froide a impliqué des
changements stratégiques dans le monde. Après que
la dislocation de l’Union soviétique en 1991 ait
définitivement rompu l’ordre bipolaire, la situation
internationale est désormais caractérisée par
l’émergence de nouvelles puissances et l’asymétrie
des enjeux de sécurité. La période contemporaine est
caractérisée par une situation dans laquelle, de façon
inédite et relativement paradoxale, les guerres ne
menacent jamais sérieusement la paix mondiale et la
paix ne repose pas sur un équilibre stable de
puissances, mais sur la fluidité des relations
internationales. Ainsi, ce contexte post-bipolaire se
caractérise par :
– L’absence de conflit directeur ou
d’antagonisme structurant ;
– La relativisation des conflits interétatiques par
rapport aux guerres civiles intraétatiques
– La multiplication des opérations militaires ;
– La réapparition de tensions militaires entre
grandes puissances ;

128
– L’effacement de la frontière entre sécurités
intérieure et extérieure notamment sous l’effet du
terrorisme international ;
– L’émergence d’une conflictualité cybernétique.
En Afrique, les conséquences de la fin de la
guerre froide n’ont pas été identiques à ceux observés
sur d’autres continents. En effet, la « rente bipolaire »
– c’est-à-dire le soutien inconditionnel et la parapluie
sécuritaire de leurs alliés occidentaux ou
prosoviétiques pendant la guerre froide – a assuré
durant plusieurs décennies la stabilité des États
faibles200. Cependant, elle a aussi conduit l’Afrique
dans les conflits de libération nationale. Avec la chute
du mur de Berlin et la baisse conséquente de la valeur
stratégique des États africains pour les grandes
puissances, ces ressources vont tarir, précipitant la
décomposition des capacités d’autorégulation de bon
nombre d’États africains (Somalie, République
démocratique du Congo, Rwanda…)201.
Toutefois, la plupart de ces nouveaux conflits ont
reposé sur des vecteurs de mobilisation identitaire
ethno-régionalo-linguistico-religieux (Kivu, Ituri,
Tutsis/Hutus, Seleka/antibalakas…), aboutissant dans
certains cas à une sécession (comme au Soudan, en
Éthiopie), mais se nourrissant essentiellement des
déséquilibres entre population, ressources et
territoire202. La croissance démographique galopante
dans ces régions accroît la concurrence entre les

200
Joseph Vincent NTUDA EBODE, « Comprendre les
dynamiques à l’œuvre dans les conflits africains contemporains »,
Les Grands Dossiers de Diplomatie, n°42, « L’état des conflits »,
décembre 2017 – janvier 2018, disponible in
https://www.areion24.news/2018/12/04/comprendre-les-
dynamiques-a-lœuvre-dans-les-conflits-africains-contemporains/,
consulté le 18/06/2019 à 07h44mn.
201
Ibid.
202
Ibidem.

129
populations, étant donné que la répartition des
ressources y est très inégalitaire et que les États y sont
incapables d’assumer leur rôle intégrateur national.

2. Des conflits à caractère internes et sans frontière


Les conflits internes africains mettent en exergue
les ressorts stratégiques et sociologiques des
rébellions et des sécessions en tant que guerre, c’est-
à-dire une violence politique dont l’enjeu est la lutte
pour le pouvoir d’État d’une part ; les sécessions et
les rébellions en tant que champ clos des rivalités,
d’autres part. en effet, les conflits armés internes
relèvent de la stratégie en tant que science, art ou plan
susceptibles d’être révisés, qui gouverne la levée,
l’armement, et l’utilisation des forces militaires, pour
que les fins de celle-ci soient efficacement
poursuivies et atteintes contre un ennemi réel,
potentiel ou simplement présumé. Vue sous cet angle,
la stratégie peut être définie, selon le général Beaufre,
comme « L’art de la dialectique des volontés
employant la force pour résoudre leur conflit »203.
Le caractère interne des rébellions et des
sécessions se justifient par le fait qu’elles opposent
majoritairement les communautés à l’intérieur de
chaque État ; par les interventions humanitaires qui
s’ensuivent ; et par leur transfrontalité, c’est-à-dire
leur tendance à se propager dans plusieurs pays à la
fois204. En effet, reposant sur des facteurs identitaires
(religieux, ethniques, linguistiques…) ou
économiques (accaparement et captation des
ressources, économie criminelle et trafics en tous

203
André BEAUFRE, Introduction à la stratégie, Paris, Armand
Colin, 1963, p. 16.
204
Joseph Vincent NTUDA EBODE, « Comprendre les
dynamiques à l’œuvre dans les conflits africains contemporains »,
op. cit.

130
genres…), ces conflits, incarnés par des seigneurs et
privatisés, se propagent d’un État à l’autre, se muent
en conflits régionaux et, parfois, suivent les réseaux
du terrorisme international205.
Dans le temps long, définis par leur asymétrie,
ces conflits peuvent opposer un État à un ou plusieurs
acteurs non étatiques (asymétrie des acteurs),
employant des moyens militaires ou non (asymétrie
des moyens). Elles semblent prendre le relais des
guerres intraétatiques identitaires et territorialisées
qui avaient caractérisé les années 1990 (génocide du
Rwanda, guerres du Burundi, du Kivu, de l’Ituri, du
Soudan…), pour se hisser au firmament des guerres
transnationales, globales et sans front fixe206.
Par ailleurs, « avec 95 % de guerres
intraétatiques, les conflits africains contemporains se
présentent par ailleurs comme l’expression par
excellence du terrorisme des groupes islamistes
révolutionnaires tels qu’Al-Qaïda au Maghreb
islamique (AQMI), Boko Haram dans la zone
interrégionale du bassin du lac Tchad, le Front de
libération de l’Aïr et de l’Azawad (FLAA) au Mali, le
Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de
l’Ouest (MUJAO), Ansar Dine, les Shabab en
Somalie, les Difa ash-shabi au Tchad et au
Soudan »207.
En réalité, ces conflits causent généralement un
nombre élevé de réfugiés et de déplacés. De cette
façon, « plus de 3,3 millions de personnes ont été
déplacées au Nigéria en raison de la guerre contre
Boko Haram ; 40 % de la population totale a été
déplacée au Soudan avant la séparation du pays et le
Cameroun accueille plus de 500 000 réfugiés

205
Ibid.
206
Ibidem.
207
Idem.

131
centrafricains et nigérians »208. Dans ce cadre, il est
souvent observé des rapprochements entre les
réfugiés, les déplacés, le terrorisme, la criminalité et
d’autres formes de violences (ethniques, religieuses
ou politiques) font craindre la perpétuation des
guerres transfrontalières ou des guerres internes
internationalisées.
Au final, parmi les formes de guerre qui
cohabitent aujourd’hui en Afrique (les guerres
conventionnelles entre États, les guerres irrégulières
intraétatiques et les guerres terroristes
transfrontalières), c’est cette dernière catégorie qui
semble constituer un défi majeur aux efforts entrepris
par l’Union africaine depuis les années 1990, à
travers son architecture de paix et de sécurité. Contre
le terrorisme transnational qui structure l’ossature de
cette forme de conflit, les forces en attente, conçues
pour répondre principalement aux conflits internes et
accessoirement aux conflits conventionnels, ne
semblent plus adaptées. Les raisons en sont
multiples : le caractère illimité du front, le recours
aux armes humaines (kamikazes) et
l’instrumentalisation de l’identité religieuse. À cet
égard, « la question principale aujourd’hui est donc
de savoir si le continent africain n’est pas en retard
d’une guerre : celle contre l’intégrisme religieux,
véritable menace à nos États laïcs en général »209et de
la nouvelle ingénierie conflictuelle.

II. Les conflits réguliers, interétatiques ou


conventionnels
Les frontières issues de la colonisation ont
transmis aux sociétés africaines une nouvelle forme de
structures sociales. Artificielles soient elles, comme on
208
Ibid.
209
Idem.

132
les qualifie, ces frontières restent marquées, et non
totalement démarquées. On assiste donc à la naissance
des crises de violence dues à une mutation des sociétés
agraires vers une société moderne, à une autre forme
d’organisation politique, l’État, dont l’un des éléments
constitutifs est une assiette territoriale délimitée par les
frontières. Par ailleurs, le départ précipité du
colonisateur avec des tracés artificiels, non abornés,
des frontières, ne va pas sans conséquence vu les
incidents récurrents qui surgissent ; tel le conflit de
Badmé opposant l’Éthiopie à l’Érythrée entre 1998-
2000, celui de la Bande d’Ahouzou occupée par la
Libye en 1973 et reconquise par le Tchad en 1987 ; le
conflit qui opposa le Sénégal et la Mauritanie entre
1989-1992 à propos de la « région du fleuve » sans
oublier celui de la bande d’Agacher qui opposa le Mali
et le Burkina Faso, en 1974 ensuite en 1985 ou encore
celui du Cameroun et du Nigeria qui se sont disputés la
portion de Calabar dans le golfe de guinée connue sous
le nom de la péninsule de Bakassi en 1994 et 1995.
À cet effet, afin de rendre compte des conflits
conventionnels ou réguliers en Afrique
contemporaine, nous allons d’une part présenter les
conflits de frontières et multidimensionnels (1), et
d’autre part le caractère progressivement obsolète des
conflits interétatiques (2).

1. Les conflits de frontières en Afrique210


L’analyse des conflits de frontières en Afrique ne
peut faire l’impasse sur celle des procédés

210
Voir Ladji OUATTARA, Frontières africaines 1964-2014 : Le
défi de l’intangibilité, le 12 mars 2015, Doctorant contractuel –
Institut d’Etudes Européennes de l’Université Catholique de
Louvain (Belgique), Copyright Mars
2015-Ouattara/Diploweb.com,
http://www.diploweb.com/Frontieres-africaines-1964-2014.html

133
d’évitement, de mitigation et de gestion. En Afrique,
les relations internationales sont marquées par des
contradictions multiples qui s’enchevêtrent et
complexifient le tableau. En effet, une première
contradiction oppose d’une part le principe de
l’intangibilité des frontières, d’autre part l’entretien
de sécessionnismes croisés, entre États voisins, et
enfin le respect des peuples. Une seconde
contradiction oppose le solidarisme et le devoir
d’ingérence, les héritages du néo-colonialisme qui
pousse à clôturer les « prés carrés » autour des
complicités hérités et reconduites et la realpolitik qui
consiste à se désintéresser des situations sans intérêt
pour ne se focaliser que sur les espaces utiles,
économiquement et stratégiquement.
Principe reconnu par l’Organisation de l’Unité
Africaine dès les années 1963, le principe de
l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation
visait à mettre le continent à l’abri des conflits de type
westphalien. Or, plusieurs situations conflictuelles
résultent plutôt de la remise en question de ce principe :
le conflit du Sahara occidental, le conflit Érythrée-
Éthiopie, une série de conflits insulaires de moindre
importance ont pour point commun de mettre aux
prises des États voisins. De même c’est en vertu de ce
principe que nombre de sécessions, à l’instar desquelles
celle du Biafra, ont été refusées. L’Indépendance sud-
soudanaise du 9 juillet 2011 constitue un précédent
intéressant qui risque de faire des émules dans la
mesure où il s’agit du premier exemple d’une remise en
question des frontières coloniales. Les sécessionnistes
de la Casamance et ceux du Cabinda, entre autres,
risquent de s’en inspirer dans leur lutte.
Après soixante années de pratique de statu quo
territorial et d’exercice de pouvoir au sein du cadre
étatique dit national, il est permis d’avancer que le

134
bilan de la mission de stabilisation sociopolitique et
de consolidation des assises territoriales reposant sur
le « principe de l’intangibilité » des frontières reste
mitigé. En témoignent la persistance et la résurgence
des conflits de démarcation des limites territoriales
entre les États voisins d’une part et les velléités
séparatistes et sécessionnistes exprimées avec
insistance par plus d’un peuple dans toutes les
régions du continent africain d’autre part.
Les conflits de frontières ou internationaux en
Afrique ont généralement eu pour origine la
contestation des frontières héritées de la colonisation,
pour des raisons politiques, économiques, sociales et
autres… En réalité, « utilisée souvent par certains
régimes africains à la recherche de bouc émissaire
pour juguler des problèmes internes ou tantôt pour
servir la cause d’une puissance « impérialiste
revancharde », les conflits de frontières en Afrique
paraissent toujours possibles, s’ils n’ont pas encore
été déclenchés. Parfois, l’opposition idéologique de
certains États voisins trouvait son terrain
d’application dans les contentieux frontaliers »211.
Plusieurs conflits de ce type ont eu lieu et la plupart a
été résolue, en particulier les conflits 212 Malo-
Burkinabé de 1974 et 1985, Cameroun-Nigérian à
propos de la presqu’île de Bakassi depuis 1965 213,
Ouganda-Tanzanien de 1978 et 1979, et Tchado-
Libyen de 1973-1994.
211
Yacouba ZERBO, « Le conflit frontalier entre le Mali et le
Burkina Faso : causes et arguments », Guerres mondiales et
conflits contemporains, n° 181, 1996, p. 89-110.
212
Pour plus d’informations sur ces quatre conflits, voir Antoine-
Denis N’DIMINA-MOUGALA, « Les conflits africains de
frontières depuis 1960 », Iboogha, n° 3, ENS, Libreville, 1999, p.
81-98.
213
Résolution de ce conflit a été finalisée par la signature de
l’accord de Greentree entre le Cameroun et le Nigéria le 12 juin
2006.

135
a-Des conflits de frontières et internationaux
Au lendemain des indépendances, le maintien
des frontières héritées de l’époque coloniale visait à
résoudre et/ou à éviter les conflits provenant des
limites des circonscriptions administratives coloniales
devenues des frontières entre les États africains.
Cependant, ce résultat n’a pu être atteint de manière
satisfaisante. Plusieurs États africains se sont livrés à
des antagonismes de frontières, transformant lesdites
limites en de véritables lignes de front entre les États.
Le Maghreb, la bande sahélo-soudanaise et la Corne
de l’Afrique constituent les foyers de contestation de
frontières les plus remarqués214.
Dans le Maghreb, un an après son indépendance
en 1963, l’Algérie est entrée en guerre (la guerre des
sables) avec le Maroc pour un différend sur le tracé
de la frontière dans la région de Figuig, au nord-est
de Tindouf. Après les échecs successifs d’Habib
Bourguiba, Hailé Sélassié et Nasser, ce litige fut le
premier différend porté à la médiation devant les
instances de l’OUA. La médiation de l’OUA favorise
un cessez-le-feu, laissant la frontière inchangée 215.
En 1976, l’armée marocaine s’est affrontée de
nouveau à l’armée algérienne par de violents combats
214
Baptiste GLORIEUX, Du principe d’intangibilité des frontières
comme facteur d’instabilité en Afrique subsaharienne ?, Mémoire
pour l’obtention du grade de Licencié, UCL, septembre 2004, p.
143.
215
Les facteurs qui ont contribué à l’éclatement du conflit sont
entre autre l’absence d’un tracé précis de la frontière entre
l’Algérie et le Maroc, l’irrédentisme marocain autour de la notion
du « Grand Maroc », l’importances des ressources minérales dans
la zone contestée ainsi que le refus du gouvernement de l’Algérie
indépendante, de reconsidérer la convention signée en juillet
1961 à Rabat entre Hassan II et Ferhat Abbas, le président du
Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA),
sur la question du litige territorial dont la résolution est différée
jusqu’à l’indépendance de l’Algérie.

136
à l’est de Tindouf, à propos cette fois du Sahara
occidental. Ancienne colonie espagnole, le Sahara
occidental a été abandonné au profit du Maroc, de la
Mauritanie et de l’Algérie par le colonisateur au
moment de son retrait, sans prendre en considération
l’avis des populations sahraouies qui y vivent. En mai
1973, cette situation conduit à la constitution d’un
mouvement armé anticolonialiste (le Front Polisario)
pour revendiquer la création d’un État sahraoui
indépendant dans les frontières de l’ancien Sahara
occidental. En vertu d’un accord de paix signé avec le
Front Polisario en août 1979, la Mauritanie se retire du
sud du Sahara occidental et l’armée marocaine se
déploie aussitôt sur la totalité du territoire. Depuis lors,
cette question représente une source de discorde
majeure entre les États africains216. Au niveau sous
régional, depuis le début de ces différents épisodes, les
relations algéro-marocaines restent tendues, ce qui
paralyse l’Union du Maghreb arabe, proclamée en
1989. En outre, cette situation contribue à renforcer
l’insécurité dans le grand désert et demeure un outil de
déstabilisation, du fait des connexions établies entre
les Sahraouis du Front Polisario, les mouvements
rebelles Touaregs et les éléments de l’AQMI. Mais, les
deux États voisins continuent de nourrir le projet de
dominer la région en s’affaiblissant mutuellement,
pourtant aucun des deux protagonistes n’est en mesure
d’imposer sa solution. En guise de règlement définitif,
un référendum sur l’autodétermination de ses habitants
est envisagé depuis 1988, mais toujours en suspens
sans une réelle perspective de paix. Si l’autonomie du
Sahara occidental semble constituer la sortie la plus
probable, elle confronterait, en revanche, le Maroc à

jeuneafrique.com/Article/JA2761p0008-009.xml10/algerie-
216

senegal-maroc-uaunion-africaine-vers-une-offensive-anti-
rasd.html

137
une révision constitutionnelle et affecterait
profondément son institution monarchique217.
En outre, la zone du Sahara est confrontée à
l’épineuse question touarègue. Les peuples Touaregs
sont constitués de populations berbères nomades,
organisées en tribus. Ils sont répartis entre cinq États
(le Niger où ils sont environ 800 000, le Mali, à plus
de 500 000, l’Algérie environ 30 000, la Libye 10
000 et le Burkina Faso où ils sont estimés à plus de
150 000) où ils représentent des minorités
homogènes218.
Les frontières africaines (issues du partage
colonial) ont scellé ce qui est considéré par les
Touaregs comme le démembrement de leur corps
politique et social219. Ils ont depuis continûment
revendiqué leur autonomie. Leurs rapports avec le
pouvoir central des différents États demeurent aussi
conflictuels qu’ils l’avaient été auparavant avec le
pouvoir colonial. Depuis la première rébellion
touarègue (récolte de Koacen en 1916) à celle du
Mali en 2012 qui perdure encore, les conflits touaregs
ont ressuscité des homogénéités et des convivialités
culturelles très fortes et profondément entamé la
stabilité sociale et politique dans la bande Sahara-
sahélienne. Ce problème resté en suspens depuis un
siècle se signale, encore aujourd’hui, au bon souvenir
des méthodes répressives de l’ancienne puissance
coloniale et des États africains concernés qui refusent
de comprendre que la violence (pour embrigader les
Touaregs dans les différents États) a plutôt montré
ses limites dans la quête d’un règlement durable de la
217
L’Atlas 2010. Le monde diplomatique, Paris, Armand Colin,
2009, p. 124.
218
Raffray MERIADEC, Touaregs – La révolte des Hommes
Bleus – (1857-2013), Paris, Economica, 2013, pp. 8-10.
219
Hélène CLAUDOT-HAWARD et HAWARD, Touaregs,
1995, p. 40.

138
question touarègue.
Parmi les conflits frontaliers qui ont ébranlé la
consolidation des fragiles édifices étatiques dans la
bande Sahara-sahélienne, figure également le
différend frontalier qui a opposé la Libye et le Tchad
à propos de la Bande d’Aouzou, dans la région
septentrionale du Tchad. Revendiquée et occupée par
la Libye à partir de 1973, elle est rendue au Tchad en
1994220.
En Afrique occidentale, la Haute Volta (Burkina
Faso depuis 1984) et le Mali se sont livrés à des
affrontements armés lors de deux conflits en 1974 et
en 1985, dont la cause revêt une dimension
territoriale liée à la revendication de la zone
frontalière de l’Agacher221. De plus, le Burkina Faso
se dispute avec le Bénin pour le contrôle de la zone
frontalière de Kourou-Koalouou 68 km2 de bande de
terre qui divise depuis plusieurs années deux pays
voisins.Cette zone est au centre d’une revendication
territoriale entre les deux États. La non-détermination
du statut territorial de ladite zone a occasionné des
tensions répétées entre les deux États. Ils ont donc
accepté de soumettre ce différend frontalier à la Cour
internationale de Justice (CIJ) pour obtenir une
décision contraignante. Dans l’attente du verdict de la
Cour, les deux États ont développé une stratégie de
neutralisation (temporaire) et d’administration mixte
de la zone222.
Au niveau de sa frontière orientale, un autre

220
Bernard LANNE, Tchad-Libye : querelle des frontières, Paris,
Khartala, 1982, 245 p. et BENMESSAOUD, op. cit., pp. 164-170
221
Gilbert SOME, « Un exemple de conflit frontalier : le
différend entre la Haute Volta et le Mali », Année africaine, pp.
339-370.
222
Délimitation et démarcation des frontières en Afrique,
Programme Frontière de L’Union africaine (PFUA), Addis-
Abeba, mai 2013, p. 80.

139
différend oppose le Burkina Faso au Niger. Ce
contentieux est lié à une divergence d’interprétation
de l’amendement apporté à l’arrêté colonial de 1927
sur le tracé frontalier entre les deux territoires. Le
27 juin 2010, ils ont accepté de soumettre le
contentieux à la CIJ223.
Par ailleurs, la frontière entre le Burkina Faso et
le Ghana était en proie à des tensions. Le Ghana
revendiquait des territoires frontaliers du Burkina
Faso, entraînant dès 1963 la fermeture des frontières
par le Ghana. Cependant, lorsque le conflit est porté
devant l’OUA en juillet 1964, il a dégénéré. Des
Ghanéens se sont installés dans le village de Katunga,
dans le cercle de Tenkodogo au Burkina Faso. Le
13 juin 1965, un accord a été réalisé à la suite de
concessions faites par le Ghana224.
Outre le Burkina Faso, le Ghana de Kwamé
N’krumah entretenait des différends territoriaux avec
les autres États voisins. Il convient à cet effet, de
rappeler la vivacité et le particularisme du différend
entre le Ghana et le Togo, qui a porté sur le sort des
populations Ewé qu’une ligne frontalière sépare en
deux, entre le Ghana où ils étaient 700 000 habitants
et le Togo où il en était resté 400 000. De 1959 à
1966, le président ghanéen, Kwamé N’krumah a
même fait pression sur le Togo pour « s’intégrer au
Ghana »225. Ce différend a parfois atteint un tel point
que Monique Chemillier-Gendreau n’a pas hésité à
affirmer que : « la délimitation des frontières entre le
Togo et le Ghana soulève un problème ethnique
parmi les plus importants que posent les frontières

223
Michel FOUCHER, L’obsession des frontières, op. cit., p. 190.
224
Ghali Boutros-BOUTROS, Les conflits de frontières en
Afrique, Paris, Éditions Techniques et Économiques, 1973, pp.
23-24.
225
Ghali Boutros-BOUTROS, op. cit., p. 21.

140
africaines de par leur origine coloniale »226.
N’krumah soutenait également le détachement du
peuple Sanwi de la Côte d’Ivoire au profit du
Ghana227.
De décembre 1963 à mars 1964, un conflit portant
sur un îlot du fleuve Niger, qui constitue une frontière
naturelle, a opposé le Niger au Dahomey (Benin actuel
depuis 1975) et a abouti à l’expulsion de quelque 25
000 ressortissants dahoméens, dont plusieurs centaines
de fonctionnaires228. À ce tableau, il faut ajouter le
conflit sénégalo-mauritanien qui a entraîné, fait
exceptionnel, le rapatriement systématique des
populations respectives d’un pays à l’autre, créant de
ce fait le problème du rapport entre Maures d’une part,
et populations d’origine Wolof, Peul et Soninké d’autre
part. Désormais, le fleuve Sénégal devient une barrière
entre le Sénégal et la Mauritanie qui ferment la
traversée du fleuve à la suite du conflit entre les deux
pays en 1988. Ce conflit fixe le fleuve comme une
frontière et une ligne de démarcation ethnique entre les
Maures et les autres populations noires qui sont
refoulées au Sénégal229. Ainsi, les conflits frontaliers
entre les États prennent une dimension politique. Ils
riment avec la fermeture et l’ouverture des frontières et
l’expulsion des ressortissants des États voisins, sans
tenir compte des intérêts des populations qui
continuent à se déplacer en fonction des connexions
socioculturelles et de leurs besoins économiques.

226
Monique CHEMILLIER-GENDREAU, « L’espace national »,
in Encyclopedie Juridique de l’Afrique, Abidjan-Dakar-Lomé,
Nouvelles Éditions Africaines, 1982, T. 2, p. 85.
227
Voir infra, p. 11.
228
Ghali Boutros-BOUTROS, op. cit., p. 25.
229
Boubacar BARRY, « Histoire et perception des frontières en
Afrique aux XIXe et XXe siècles : les problèmes de l’intégration
africaine », Des frontières en Afrique du XIIe au XXe siècle, Paris,
UNESCO, 2005, pp. 55-72.

141
À la lisière de l’Afrique occidentale et centrale, le
Nigeria et le Cameroun ont été opposés par un conflit
frontalier à propos de la péninsule de Bakassi à partir de
février 1994. Après une tentative de médiation du
président togolais Eyadéma au début de mars de cette
année, l’affaire est portée devant la CIJ de La Haye qui
rend un jugement le 10 octobre 2002, confirmant la
camerounalité de la péninsule de Bakassi.
En Afrique Centrale, les relations entre la Guinée
Équatoriale et le Gabon sont émaillées par le
différend frontalier portant sur la souveraineté des
îlots de Conga, Cocotier et de Mbanié, que le Gabon
occupe depuis 1972 et dont l’origine remonte à la
période coloniale230. Face à l’impasse de la médiation
de l’ONU, la décision de transférer le dossier à la CIJ
a été prise par le délégué du secrétaire général de
l’ONU en charge de celui-ci.
Tout comme dans les affaires du Sahara
occidental, des îlots de Mbanié, de Conga et
Cocotier, du Bakassi, de l’Agacher…, la CIJ est aussi
intervenue dans l’arbitrage du contentieux frontalier
de 1989 entre le Sénégal et la Guinée Bissau. Depuis
230
Le différend frontalier qui oppose la Guinée équatoriale au
Gabon au sujet des îlots vient du fait que, la France et l’Espagne
avaient signé le 23 juin 1900 une convention délimitant leurs
possessions dans le golfe de Guinée. Malheureusement, cette
convention ne statue que sur l’île de Corisco et l’île des Elobeys,
qui sont attribuées à l’Espagne, sans se prononcer sur les îlots
méridionaux et adjacents, objets de dispute d’aujourd’hui. Lors de
l’accession à l’indépendance du Gabon et de la Guinée équatoriale,
la question de l’appartenance de ces îlots et bancs de sable situés à
équidistance des deux côtes continentales n’est pas réglée par le
droit. C’est dans ce contexte que le Gabon, dans le but de protéger
ses intérêts pétroliers et de préserver l’activité halieutique nationale,
procède à l’extension de la limite de ses eaux territoriales, au-delà
des 12 milles nautiques initiaux, pour la porter à 25 milles, le
5 octobre 1970. Cf. Sidonie BOUKOULOU, Le conflit frontalier
Gabon-Guinée équatoriale, analyse géopolitique, Institut des
relations internationales du Cameroun-Master I, 2008.

142
quarante ans, 57 % des cas de contentieux territoriaux
portés devant la CIJ dans le monde entier concernent
l’Afrique231. Ces faits appellent des observations
évidentes. D’abord, depuis les indépendances,
l’Afrique est le continent le plus affecté par les
différends de frontières. Mais aussi, ils mettent en
cause l’efficacité des politiques de gestion des
problèmes de frontières auxquels sont confrontés les
États africains, et, surtout, la capacité de l’OUA/UA
en tant qu’organisation continentale à les résoudre de
manière satisfaisante.
Les différends de frontières n’ont pas non plus
épargné l’Afrique orientale et australe. Ainsi, un
conflit frontalier lacustre a opposé la Tanzanie et le
Malawi au sujet du lac Nyassa de 1964 à 1968232.
Outre ce conflit, la Tanzanie était aux prises avec
l’Ouganda entre 1978-1979 au sujet de la zone
connue sous le nom de Kagéra233.
Dans cette partie du continent, deux conflits
d’une portée particulièrement grave sont survenus
entre la Somalie et l’Éthiopie sur les zones de Haud
et d’Ogaden conclu provisoirement par les armes
entre 1961 et 1964234, puis entre 1977-1978 d’une
part, entre la Somalie235 et le Kenya d’autre part à

231
Michel FOUCHER, L’obsession des frontières, op. cit., p. 52.
232
Idem, p. 25.
233
Ba ADOUL, et autres, « L’Organisation de l’Unité africaine »,
op. cit., pp. 131-132.
234
Ghali Boutros-BOUTROS, op. cit., pp. 47-61.
235
Du point de vue des Somaliens, dans leur projet de revendication
de la « Grande Somalie », le « principe de l’intangibilité » des
frontières coloniales est inacceptable. La constitution somalienne
de 1960 indiquait dans son article 6 que « la République Somalie
promouvra, par les moyens légaux et pacifiques, l’union des
territoires somalis ». Pour soutenir leur ambition irrédentiste, le
président somalien n’hésite pas à déclarer au sommet
d’AddisAbeba en 1963 que : « Les peuples somalis sont les
membres d’une seule nation somalis. Le somali est notre langue,

143
propos de toute la région frontalière du Nord connue
sous le nom de Northern Frontier District (N.F.D.)
habitée par des populations somalies au Kenya236.
Enfin, la résurgence d’un vieux conflit territorial
sur quelques centaines de mètres au bord du détroit
de Bâb Al-Mandeb, lié à une divergence
d’interprétation de l’accord franco-italien de 1901, a
dégénéré en mini-conflit armé entre l’Érythrée et le
Djibouti en mai 2008. Un plan de médiation du Qatar
approuvé par les deux pays le 9 juin 2010 a permis de
trouver un accord237.
Les différents conflits susmentionnés constituent
un aperçu sommaire des conflits frontaliers
interétatiques qui ont émaillé l’histoire postcoloniale
de l’Afrique. En plus de ce type de conflit, plusieurs
États du continent ont été déstabilisés par des conflits
de contestation interne des frontières, qui ont
ressuscité des homogénéités et convivialités
ethniques et identitaires profondes.

b-Conflits de frontières provenant de l’intérieur


des États en Afrique
Les conflits sécessionnistes constituent une
contestation des frontières étatiques venant de
l’intérieur, tandis que les conflits frontaliers
interétatiques représentent une contestation de
frontières venant de l’extérieur. Quoi qu’il en soit, il
s’agit d’une menace contre les frontières entérinées,
et le « principe d’intangibilité » des frontières
parlée du golfe d’Aden au district de Northen Frontier (Kenya).
L’islam est notre culture, le pastoralisme notre genre de vie ». Cf.
Michel FOUCHER, Fronts et frontières. Un tour du monde
géopolitique, op. cit., pp. 148-150.
236
Ghali Boutros-BOUTROS, op. cit., pp. 63-76.
237
L’Atlas 2010. Le monde diplomatique, Paris, Armand Colin,
2009, p.165. et Michel FOUCHER, L’obsession des frontières,
op. cit., p. 190.

144
africaines déclare solennellement que tous s’engagent
à respecter les frontières existant au moment où ils
ont accédé à l’indépendance. Par l’adoption du
principe de l’uti possedetis, l’OUA/UA s’engage
clairement en faveur de la non-remise en cause des
frontières établies au moment de la décolonisation.
Cependant, plusieurs conflits sécessionnistes ont
donné lieu à des affrontements intercommunautaires
ou des guerres civiles ayant pris des dimensions
régionales dans bon nombre de cas. En Afrique de
l’Ouest, plusieurs velléités sécessionnistes ont agité la
stabilité régionale depuis l’adoption du principe de
non-remise en cause des frontières. Il s’agit
notamment du mouvement sécessionniste Sanwi qui a
marqué la Côte d’Ivoire. En effet, tirant argument de
la signature d’un traité de protectorat avec la France
en 1843, une partie de l’élite Sanwi exige la
séparation de cette partie du sud-est de la Côte
d’Ivoire en vue de son rattachement au Ghana. Mais
cette exigence n’a pu être satisfaite. En 1963, puis en
1969, les récidivistes séparatistes Sanwi ont refait
surface pour réclamer cette fois-ci leur sécession.
Ceci provoque une sévère répression à leur égard,
faisant plusieurs morts et la fuite des leaders
séparatistes vers le Ghana238.
Dans la même période, éclate la guerre du Biafra
au Nigéria, avec la sécession du sud-est du Nigéria et
la proclamation de la République du Biafra le 30 mai
1967 par l’ethnie chrétienne minoritaire Ibo. Cette
revendication indépendantiste déclenche une guerre
civile meurtrière durant trois ans (1967 à 1970) et fait
un à deux millions de morts.
Si les deux cas précédents ont pu être maîtrisés,
celui du Sénégal demeure plus persistant. En effet,
238
« Côte d’Ivoire, 50 ans d’indépendance 1960-2010 », Jeune
Afrique, numéro spécial, n°3, p.37.

145
depuis 1982, le Sénégal est confronté à une rébellion
sécessionniste en Casamance où le groupe
indépendantiste armé Diola mit sur pied le
Mouvement des forces démocratiques de Casamance
(M.F.D.C.). À la fin des années 1990, des milliers de
personnes ont trouvé la mort et plus de 20 000
Sénégalais ont fui la région. L’armée sénégalaise est
déployée, et les combats persistent jusqu’à la
signature d’un cessez-le-feu en 1993. Depuis lors,
plusieurs tentatives de résolution effective ont échoué
et la crise perdure jusqu’à ce jour.
En Afrique équatoriale, la République
Démocratique du Congo, l’ex-Zaïre, a été déstabilisée
par plusieurs conflits sécessionnistes. Elle a connu 24
tentatives de sécession entre 1946 et 1998 (Katanga,
haut Congo, Kwilu, Kasaï, Kivu…)239. Indépendante le
30 juin 1960, le premier conflit séparatiste qu’elle
connut fut celui du Katanga. Le pays fut au bord du
démembrement, car, une douzaine de jours après
l’indépendance, le 11 juillet, la province du Kantaga
se proclama unilatéralement indépendante et prit le
nom d’État du Katanga. Les irrédentistes katangais
entretenaient le rêve d’un État Bakongo couvrant en
plus du Katanga en République Démocratique du
Congo, une partie du Congo-Brazzaville et du
Cabinda dans la région septentrionale de l’Angola.
Cette guerre fut la cause de plusieurs tentatives de
sécession (1960, 1977, 1978)240.
La situation fut encore compliquée par une autre
sécession au Kasaï où les Luba-Kasaï en butte aux
persécutions des Luluwa exigeaient la création d’un
ensemble où ils seraient en sécurité. Face à

239
Michel FOUCHER, L’obsession des frontières, op. cit., p. 53.
240
Elikia M’BOKOLO et J.L.AMSELLE, Au cœur de l’ethnie.
Ethnie, Tribalisme et Etat en Afrique, Paris, Découverte, 1985,
pp. 185-226.

146
l’opposition du gouvernement de Lumumba, le 8 août
1960, Albert Kalondji proclame alors l’indépendance
du Sud-Kasaï et fixe sa capitale à Bakwanga (Mbuji-
Mayi depuis 1996). Après la disparition de Lumumba
en janvier 1961, des rébellions lumumbistes éclatent
dans l’ouest, au Kwilu, au Mani et au Kivu, et cela
aboutit même à la création d’une République
populaire du Congo à Stanleyville où sont massacrés
indistinctement Africains et Européens241.
Depuis son indépendance, les conflits récurrents
et les tentatives de sécession ont fortement contribué
à déstabiliser la RDC. L’instabilité qu’elle connaît
aujourd’hui encore est particulièrement accrue à
l’Est, notamment dans les régions frontalières avec le
Burundi, l’Ouganda et le Rwanda. Le Rwanda a
même exprimé ouvertement ses prétentions
annexionnistes sur le Kivu242. Selon l’ONU, le
Rwanda constituait en 2012 une plaque tournante du
commerce illicite des pierres précieuses congolaises.
Par le biais de mouvements subversifs comme le
Congrès national pour la défense du peuple (CNDP)
composé de Tutsi congolais ou Banyamulenges, puis
du M23, le Rwanda exerce une mainmise sur cette
région frontalière afin de parvenir à ses fins
politiques et économiques243.
Au contraire, des cas restés lettre morte depuis
1964, deux pays, notamment l’Érythrée et le sud
Soudan ont obtenu un bon de sortie de la part de la
communauté internationale. Dans le premier cas,
pendant 40 années de cohabitation difficile et de
tensions permanentes, l’Érythrée n’a eu de cesse de
livrer des combats contre l’Éthiopie. Affaiblie au

241
Bernard LUGAN, op. cit., pp. 311-314.
242
Romain YAKEMTCHOUK, La politique extérieur de l’Union
européenne, Paris, Harmattan, 2005, pp. 420-427.
243
Bernard LUGAN, op. cit., pp. 325-327.

147
moment de la chute du mur de Berlin, l’Éthiopie
reconnaît le droit de l’Érythrée à organiser un
référendum. Ainsi en 1991, l’Érythrée a pu organiser
un référendum d’autodétermination pour avaliser son
divorce avec l’Éthiopie et accéder à l’indépendance
en 1993.
Dans le second cas, après un demi-siècle de
conflit armé ayant fait plus de deux millions de
morts, le sud Soudan est né à l’issue d’un référendum
d’autodétermination intervenu le 9 juillet 2011. La
scission du Soudan consacre de fait, la partition du
plus vaste pays du continent africain (2 505 813 km2,
soit 1,7 % de la surface des terres émergées).
Nonobstant la déclaration de son indépendance, le
193e membre des Nations Unies et 54 e État membre
de l’UA n’a pas encore connu la stabilité.
Dans un cas comme dans l’autre, la séparation
consentie n’a pas apporté de paix réelle, les nouvelles
frontières établies sont régulièrement en proie à de
vives tensions. La paix entre l’Éthiopie et son
ancienne région d’Érythrée est demeurée précaire
depuis plus de vingt ans. Ils avaient mené une guerre
pour le contrôle de la zone frontalière de Badméqui a
fait une centaine de milliers de morts de 1998 à 2000.
Un accord signé en 2003 prévoyait la démarcation de
leur frontière par une commission indépendante. Mais
en septembre 2003, le tracé de la frontière décidé par
ladite commission fut rejeté par l’Éthiopie244.
Par ailleurs, après avoir voté à 98 % pour la
partition du Soudan, les électeurs du Sud pensaient
qu’un point final allait être mis à la guerre. C’était
sans compter avec le lourd contentieux territorial et
pétrolier opposant les deux États. Au centre du
contentieux territorial se trouve la lutte entre les
populations arabes et Dinkas soutenus
244
Romain YAKEMTCHOUK, op. cit., p. 428.

148
respectivement par Khartoum et Djouba pour le
contrôle de la région frontalière d’Abyei. Le statut de
la région contestée d’Abyei, à la frontière entre les
deux Etats a été une des principales pierres
d’achoppement et de conflits. Laissées en suspens par
l’accord de paix de 2005, qui a mis fin à des
décennies de guerres civiles entre les rebelles du Sud
et le gouvernement de Khartoum et débouché sur
l’indépendance du sud Soudan, les tensions entre les
deux pays autour de cette question ont dégénéré en
conflits frontaliers. Le 21 mai 2011, les forces de
Khartoum prirent le contrôle de tout le saillant
d’Abyei et poussèrent jusqu’au Badr el-Arab, mettant
les deux pays en situation de préguerre. Moins d’un
an plus tard, le 10 avril 2012, l’armée sudiste envahit
Heglig, zone produisant 50 % de tout le pétrole
extrait dans le Nord-Soudan et qui touche le saillant
d’Abyei. Le 20 avril, de violentes représailles armées
permirent ensuite aux forces armées du Nord de
reprendre le territoire perdu. Le but stratégique du
Sud-Soudan à travers cette offensive surprise à
Heglig, était surtout de détruire les infrastructures
pétrolières afin d’affaiblir davantage le Nord-Soudan
et pour le contraindre à accepter, à la fois ses
revendications territoriales et celles portant sur le
coût du transit de son pétrole, et cela, en attendant la
construction de nouveaux pipelines sudistes au Kenya
et en Éthiopie, avec lesquels le Sud a signé deux
accords pour favoriser le désenclavement de ses
produits pétroliers245.
S’agissant des conflits multidimensionnels, ils
présentent un certain nombre de caractéristiques,
toutes préoccupantes. La première est leur dimension
régionale. En Afrique de l’Est et dans la Corne, le
Soudan, l’Érythrée, la Somalie, l’Éthiopie et
245
Romain YAKEMTCHOUK, op. cit., p. 428.

149
l’Ouganda ont tous connu de sérieux conflits internes
depuis le début des années 1990. Un au moins de ces
États a été impliqué dans chacun de ces conflits. Dans
la région des Grands Lacs, à l’apogée de la guerre en
RDC, huit autres États étaient impliqués : le Rwanda,
le Burundi, l’Ouganda, le Zimbabwe, le Tchad, le
Soudan, la Namibie et l’Angola. Par ailleurs, les
restes de l’armée du gouvernement rwandais vaincu
poursuivirent leurs activités militaires, au même titre
que des factions rebelles du Rwanda, du Burundi, de
l’Ouganda et de l’Angola. En Afrique occidentale, le
Nigeria fut entraîné dans un conflit avec le Liberia,
au nom du maintien de la paix et sous le drapeau de
la Communauté économique des États d’Afrique de
l’Ouest (CEDEAO), et ce, afin d’empêcher le Front
patriotique national du Liberia (PNFL) de Charles
Taylor d’y prendre le pouvoir, en vain246.
Dans un contexte de fragilité de l’État
(caractérisé, notamment, par le mauvais
fonctionnement de l’appareil de sécurité et la faiblesse
du système de commandement), il n’est pas étonnant
que le nombre d’acteurs non étatiques dans les conflits
africains se soit multiplié. Outre les armées
gouvernementales et les groupes rebelles, il est
fréquent de compter toute une série d’acteurs locaux,
projetés dans le conflit d’une façon ou d’une autre :
restes de l’armée du gouvernement défait, bandes
criminelles, milices, associations traditionnelles,
activistes religieux, organisations d’entraide, hommes
d’affaires locaux247.Les acteurs externes comprennent,
en général, des rebelles issus d’autres conflits, des
armées d’États voisins (agissant soit unilatéralement,
soit en tant que forces de maintien de la paix sous
mandat régional ou international), des firmes de
246
Ibid., p. 311.
247
Ibid., p. 312.

150
mercenaires, des marchands d’armes et des négociants
en diamants.
La multiplication du nombre de protagonistes des
conflits en Afrique a entraîné une complexification
des raisons invoquées pour y participer. Les objectifs
politiques et économiques se superposent et
convergent souvent. Les États voisins peuvent
s’impliquer pour protéger leurs intérêts nationaux
(leur propre sécurité, par exemple, ou des intérêts
commerciaux transfrontaliers) ou servir les intérêts
économiques de leurs élites. Une puissance régionale
peut être motivée par la volonté de maintenir un
équilibre régional en sa faveur ou de protéger un État
partenaire. Les puissances extérieures n’interviennent
plus par rivalité idéologique, comme pendant la
guerre froide. Mais elles ont toujours un intérêt dans
ces conflits : maintenir ou étendre leur sphère
d’influence, protéger leurs ressortissants et leurs
investissements, sans parler des raisons
humanitaires : nourrir les affamés, défendre les droits
de l’homme, prévenir les massacres. Au cours d’un
conflit, les motivations de ces différents acteurs
peuvent encore évoluer avec les circonstances.
Aussi le contrôle des ressources économiques
(diamants en Angola et en Sierra Leone, bois et huile de
palme au Liberia, commerce du khat et aide humanitaire
en Somalie, coltan [colombo-tantalite], diamants et or
en RDC) est-il devenu un enjeu considérable des
stratégies de guerre. Les objectifs économiques peuvent
affecter ou dépasser les antagonismes idéologiques,
politiques ou culturels qui peuvent être à l’origine des
conflits. Dans certains cas, les belligérants et les
affairistes qui les soutiennent, qu’ils relèvent du crime
organisé ou du secteur privé légal, peuvent avoir un
intérêt à poursuivre ou prolonger un conflit248.
248
Ibid., p. 213.

151
Carte 1 : Cartographie des principaux types
de conflits en Afrique jusqu’en 2002.

Source :
https://books.openedition.org/pum/docannexe/image/6384/im
g-1.jpg, consulté le 17/06/2019 à 11h51mn.

1. Des conflits en diminution sur le continent


Depuis la chute du mur de Berlin, le nombre de
guerres interétatiques est inférieur à quinze, soit
moins d’une par an dans le monde entier. Plus
généralement, leur déclin est constant depuis un
demi-siècle. Les rares guerres interétatiques
africaines ont opposé essentiellement des pays
limitrophes ou partageant une même frontière.
Graphique 1 : Guerres civiles et interétatiques
durant
le dernier siècle

152
90

80

70

60

50
Guerres civiles
40 Guerres interétatiques
30

20

10

0
1925 1950 1975 2000

Source : Peter BECKER cité par Michel FORTMANN et


Jérémie GOMAND, « L’obsolescence des guerres
interétatiques ? Une relecture de John Mueller », Raisons
politiques, n° 13, 2004, p. 86.

En réalité, il apparaît que les guerres récentes


que l’on peut qualifier « d’interétatiques » ont
toujours une définition et un statut litigieux, et ce à
deux titres au moins249 :

– Ces guerres mettent généralement aux prises,


non deux acteurs étatiques, mais un seul État agissant
sur un sol étranger ou à une frontière, face à un ou
des acteurs non étatiques (guérillas, bandes armées)
souvent soutenus, il est vrai, par un État.
– Il s’avère que les rares cas recensés impliquent
souvent des États nouvellement créés qui ont toujours
une histoire en commun. Il s’agit alors de Éthiopie-
Érythrée et du Soudan-Soudan du Sud, de guerres qui
ne sont déjà plus « civiles », et pas encore tout à fait
« interétatiques ».
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il n’y a plus de

Michel FORTMANN et Jérémie GOMAND, « L’obsolescence


249

des guerres interétatiques ? Une relecture de John Mueller »,


Raisons politiques, n° 13, 2004, p. 87.

153
guerres ouvertes entre États développés, stables,
reconnus, disposant d’armées régulières. Ainsi, le
tableau 3 ci-dessous montre clairement que des
quinze (15) conflits recensés en Afrique qui ont
débuté entre 1990 et 2002, on note l’existence d’un
seul conflit interétatique notamment celui qui oppose
l’Éthiopie à l’Érythrée.

Tableau 1 : Chronologie des principaux conflits


d’Afrique subsaharienne de 1990-2003
Anné Pays Nom du conflit Type de conflit
e
1990- Rwanda Guerre Interne
1994 civile/génocide
1990- Sierra Leone Guerre civile Interne
1991 Somalie Guerre civile Interne
1992- Angola Guerre civile Interne
2002
1993- Burundi Mutineries/ Interne
guerre civile
1996- Centrafrique Guerre civile Interne
2003
1997- Congo Guerre civile Interne
2000
1997 Comores Guerre Interne
d’Anjouan
1996- RDC Guerre civile Interne/régional
1997
1998- RDC Guerre civile Interne/régional
2001
1998- Lesotho Affrontements Interne
1999 armés
1998- Guinée-Bissau Guerre civile Interne
1999
1998 Éthiopie/ Guerre de Interétatique
Érythrée frontière
2000 Guinée Attaques Interne/régional
extérieures
2002 Côte d’Ivoire Guerre civile Interne/régional

Source : Construit à partir des données de Mamoudou

154
GAZIBO, « L’instabilité en Afrique et ses déterminants », in
Introduction à la politique africaine, Montréal, Les Presses de
l’Université de Montréal, 2006, pp. 117-137.

En clair, à la lecture de ce tableau, il se ressort


qu’entre 1990 et 2003, l’Afrique subsaharienne a
connu 10 conflits internes, 3 conflits internes et
régionaux et 1 conflit interne interétatique lié aux
frontières. Ce qui montre à suffisance la rareté des
conflits interétatiques depuis la fin de la Guerre
froide et l’augmentation des conflits interne.

155
Conclusion du Chapitre

En conclusion, ce chapitre a permis de revoir


quelques-unes des approches théoriques de la
compréhension du conflit et de son fonctionnement,
combinant différents modèles pour faire apparaître
les multiples composantes du conflit. À cet effet, on
s’est intéressé à la dynamique des conflits en
présentant leurs composantes et différentes phases.
Ainsi, la fin de la guerre froide n’a pas marqué le
terme ni des conflits interétatiques ni des conflits
civils en Afrique. Mais, dans bien des cas, ces guerres
intraétatiques ou trans étatiques sont intimement liées
à des conflits civils, avec lesquels elles forment tout
un système. En effet, on peut parler de « système de
guerres » quand des conflits armés, produits de
conjonctures nationales distinctes, relevant d’acteurs,
de modalités et d’enjeux différents, s’articulent les
uns aux autres et transcendent les frontières spatiales,
sociales et politiques qui les distinguaient au départ.
Ces conflits entrent en résonance et s’imbriquent
les uns dans les autres, transformant leurs conditions
de reproduction et, surtout, les parties qui
s’affrontent, les enjeux de la lutte et les objectifs
poursuivis. Une telle intrication de violences armées
civiles et internationales rend extrêmement

156
complexes les logiques des acteurs, obscurcit le jeu
d’alliances qui peuvent paraître, elles aussi, sans
logique dans le déroulement du conflit. Le conflit en
République démocratique du Congo, lui-même
« produit » par l’exportation du conflit civil non
terminé au Rwanda après le génocide, est une très
bonne illustration de cette situation250. Tel semble
aussi le cas des crises qui ont éclaté en Afrique de
l’Ouest après le déclenchement de la guerre au
Liberia251.
La présentation des différentes formes des
conflits en Afrique de nos jours252 n’est, bien entendu,
qu’une esquisse et surtout une invitation à la
réflexion : elle ne suggère pas qu’il n’y en aurait pas
d’autres. Au fond, le nombre croissant de conflits en
Afrique constitue un défi majeur pour les partisans de
la diplomatie préventive, notamment la communauté
internationale qui, bien que consciente de l’enjeu, a
du mal à établir les règles du nouvel ordre
international. Dès lors, il est difficile de prévenir un
conflit dans la mesure où il y a une violence
structurelle et interstitielle dans toute société, car il
n’existe pas de pays où l’injustice et l’inégalité
créatrice de frustrations consubstantielles ont disparu.
Or ces deux (2) concepts sont souvent source de
guerres.

250
Roland MARCHAL, Comfort ERO et Mariane FERME,
« Liberia, Sierra Leone et Guinée : une guerre sans frontières ? »,
Politique africaine, 2002, n° 88, p. 11.
251
Ibid.
252
Pour plus d’information sur les conflits, lire utilement, cf.
Jean-Marie BALANCIE et Arnaud de la GRANGE, Mondes
rebelles, Paris, Michalon, 2001.

157
Chapitre II
Nature et géographie
des conflits contemporains
Africains

L’État moderne africain est différent des clans,


des tribus et d’ethnies par sa logique de
fonctionnement et d’aménagement du territoire. Le
rapport à l’État est juridiquement organisé. Ainsi, « si
cette nouvelle structure politique d’organisation de
l’espace et de gestion de la chose publique n’est pas
maîtrisée, elle engendre des conflits d’une part entre
les citoyens et d’autre part entre ceux-ci et leur
État »253. À cet effet, parmi les conflits observables,
nous trouvons dans la littérature politique, des
conflits liés au pillage des ressources naturelles, des
conflits de nationalité, des conflits du pouvoir
politique, des conflits d’identité, des conflits de
gestion des recettes financières, des conflits des
migrations des populations, des conflits fonciers et de
territoire, des rébellions, des guerres civiles, des

253
Bosco MUCHUKIWA RUKAKIZA, Antoine BISHWEKA
CIMENESA et Camille KAPAPA MASONGA, « L’État africain
et les mécanismes culturels traditionnels de transformation des
conflits », Globethics.net, Focus n° 22, 2015, p. 26.

158
conflits liés au recrutement des enfants dans les
rébellions et guerres civiles.
À cet égard, la complexification des conflits, en
ce qui concerne tant les acteurs et réseaux impliqués
que les motivations à l’œuvre, a également fait
évoluer les méthodes et les stratégies de guerre.
L’une des caractéristiques les plus frappantes des
conflits depuis les années 1990 est leur brutalité, en
particulier l’emploi de la terreur contre les civils. Les
massacres au Liberia et en Somalie, les mutilations en
Sierra Leone, le génocide au Rwanda et les abus
permanents des droits de l’homme en RDC ont donné
quelque crédibilité à la thèse populaire selon laquelle
les conflits africains seraient irrationnels et ne
pourraient s’expliquer que par des « haines
ethniques » ou un goût supposé atavique pour la
violence254. Cependant, dans un contexte marqué par
des États affaiblis, l’emploi de la terreur par les
différents belligérants, étatiques ou non, ne relève pas
seulement de la cruauté délibérée ; il constitue plutôt
un élément d’une stratégie consciente, et rationnelle,
pour atteindre des objectifs politiques et
économiques, comme « faciliter les pillages, imposer
l’esclavage, grossir les rangs des armées légales ou
rebelles, faire régner la discipline parmi les
combattants et les civils, s’ouvrir l’accès aux
ressources naturelles et s’assurer le contrôle des
infrastructures économiques »255.
À cet effet, la nature des conflits en Afrique peut
revêtir plusieurs caractères à savoir les conflits
internes (rébellion, sécession et les conflits pour
l’appropriation du pouvoir politique) et les conflits

254
Lire à ce sujet, Pierre JANIN, « L’Afrique est-elle soluble dans
la violence ? », Revue Tiers Monde, n° 180, 2004, pp. 889-896.
255
Tom PORTEOUS, « L’évolution des conflits en Afrique
subsaharienne », Politique étrangère, n° 68, 2003, p. 313.

159
transfrontaliers (le terrorisme). Aussi, la labellisation
des conflits africains contemporains amène à
conclure que ces derniers résultent le plus souvent
des facteurs de conflictualité structurels d’une part, la
marginalisation sociale et l’exclusion politique
d’autre part. Par ailleurs, une géographie des conflits
africains contemporains ne saurait se bâtir sans un
scénario type qui permette de dépasser la simple
énumération. Ainsi, ce chapitre permet d’analyser
d’un côté la nature des conflits contemporains en
Afrique (Section 1) et d’un autre côté la géographie
de ces conflits à l’aube d’une nouvelle ère (Section
2).

SECTION I : NATURE DES CONFLITS EN


AFRIQUE
Cette section est une réflexion sur la nature des
conflits africains, à partir d’un double prétexte : celui
des paradigmes conflictuels actuels sur le continent
(I) et celui de la labellisation ou de la qualification de
ces conflits (II). L’ambition est de centrer le regard
sur les enjeux de l’analyse géopolitique
compréhensive des conflits en vigueur en Afrique
subsaharienne s’appuyant sur une réflexion sur les
relations entre conflit, identité et pouvoir, et puis sur
les facteurs conflictuels structurels, pour finir par un
survol des problématiques principales que le contexte
africain imprime à ces relations.

I. Les paradigmes conflictuels actuels ou dominants


Au-delà des conflits ethniques ou
communautaires qui ont prévalu au début des années
90, nous avons aujourd’hui comme paradigmes
conflictuels dominants en Afrique les conflits
asymétriques et hybrides avec pour visages le

160
terrorisme, la sécession et la rébellion (1), et les
conflits pour le pouvoir politique se manifestant par
les crises pré et postélectorales, les modes d’exercice
et de captation du pouvoir (2).

1. Les conflits asymétriques et hybrides


Les acteurs asymétriques disposent de moyens
disproportionnés et d’objectifs militaires et politiques
divergents. Ils recherchent l’avantage stratégique
pour parer à leurs propres déficiences, contourner la
supériorité technique et politique de leur adversaire,
et accroître sa fragilité, en utilisant des moyens et des
solutions alternatives. Ils cherchent également à
produire des effets démesurés avec l’objectif de
porter atteinte à la volonté de leur cible, sans
nécessairement encourir une punition destructrice. Le
facteur psychologique est essentiel. La différence des
enjeux et des objectifs à atteindre est un atout
supplémentaire pour l’acteur asymétrique. Au regard
de la supériorité militaire de l’État, l’asymétrie est
l’unique moyen de contester, de contrer ou de
répondre aux carences capacitaires. Ainsi, « elle se
substitue aux moyens de guerre conventionnels, elle
peut se situer à tous les niveaux d’un conflit (tactique,
opérationnel ou stratégique), avec néanmoins des buts
avant tout stratégiques, et elle vise aussi bien le
territoire national que les forces en opération »256.
Dans ce sens, elle désignerait la fin de la guerre
conventionnelle, fondée sur l’équilibre supposé des
forces entre deux États. Dans le contexte actuel
africain, cette description sied bien aux mouvements
sécessionnistes et rebelles.
En effet, sécessions et rébellions expriment la
256
Sophia CLEMENT-NOGUIER, « SÉCURITÉ DU FORT
CONTRE ASYMÉTRIE DU FAIBLE », Revue internationale et
stratégique, n° 51, 2003, p. 89.

161
violence Société/État ou violence politique de haute
intensité par opposition à la violence politique de
basse intensité (opérations villes mortes, émeutes,
échauffourées, boycott fiscal ou électoral,
désobéissance civique, etc.). Elle peut tirer sa
substance de la lutte, soit contre l’oppression, soit
contre la violation des droits de l’homme, soit contre
la violation des droits des peuples. Champ clos des
rivalités, d’intérêts, d’alliances et contre-alliances,
des rapports de force et des vulnérabilités, de calcul
coûts/risques où la frontière entre l’interne et
l’international est une illusion savamment
entretenue257, les rébellions et les sécessions sont
traversées par des contradictions inhérentes à la
logique de toute guerre, qu’elle soit symétrique 258 ou
asymétrique259, selon le droit international
humanitaire.
Dans ce cadre, les conflits sécessionnistes sont
des conflits dont la finalité est la fondation d’États
éphémères, réels ou potentiels. Dans cette optique, on
peut citer la guerre du Biafra et le conflit séparatiste
au Cameroun. Celle du Nigéria a opposé les forces
régulières nigérianes à celles du colonel Odumegu
Odjuku, leader de la sécession biafraise. Cette guerre,
qui a duré du 6 juillet 1967 au 15 janvier 1970, a eu,
entre autres conséquences, la proclamation de l’État
éphémère du Biafra, qui a disparu après la défaite des
sécessionnistes. Au le Cameroun, le conflit armé
sécessionniste a réellement débuté en 2017, soit un an
après les revendications socioprofessionnelles et
syndicalistes anglophones. Ce conflit oppose
257
La guerre de l’AFDL (1996-1997) contre le régime de
Mobutu, est à la fois une guerre d’agression et une guerre civile
sous-tendant la stratégie de vassalisation de la RDC par le
Rwanda et l’Ouganda avec la bénédiction des USA.
258
Conflits armés internationaux ou conflits interétatiques.
259
Conflits armés non internationaux.

162
aujourd’hui l’armée régulière et les forces de sécurité
camerounaises aux « Amba-Boys »260. Ici, ce que
veulent les séparatistes, c’est l’indépendance des
régions dites anglophones du Cameroun.
Historiquement, on peut également inclure la
guerre d’Éthiopie qui, entre 1962 et 1991, a mis aux
prises l’armée éthiopienne aux combattants du FLE261,
dirigés par Isayas Afeworki262 et du FPLT263. L’issue de
ce conflit a abouti à l’avènement de la République
d’Érythrée264 puisque le droit à l’indépendance est
inscrit dans la constitution éthiopienne. Le conflit qui
oppose l’armée sénégalaise aux combattants du
MFDC265est aussi une guerre de Sécession, dans la
mesure où les Casamançais veulent être indépendants.
Le conflit intercomorien rentre aussi dans ce cadre. En
effet, les séparatistes anjouanais, ayant proclamé leur
indépendance en août 1997 pour se rattacher à la
France, ont provoqué un affrontement armé avec
l’armée régulière comorienne. Il a pris fin avec la
signature d’un accord sur l’Union comorienne
comprenant les quatre îles. Dans cette catégorie, on
peut aussi citer le conflit266 du Soudan opposant depuis
1980 le sud chrétien et animiste sous la conduite de
John Garang, leader du South People Liberation Army

260
Nom qui désigne les combattants sécessionnistes anglophones
dans les régions du Nord-Ouest et du sud-ouest Cameroun, que
ces derniers et leurs colistiers étrangers de la diaspora ont baptisé
« Ambazonia ». À ce sujet lire avec intérêt, Nadine
MACHIKOU, « Utopie et dystopie ambazoniennes : Dieu, les
dieux et la crise anglophone au Cameroun », Politique africaine,
n° 150, 2018, pp. 115-138.
261
Front de libération de l’Érythrée. Il a été fondé en 1956.), du
FPLE (Front populaire de libération de l’Érythrée).
262
Actuel président de l’Érythrée.
263
Front populaire de libération du Tigré.
264
La capitale de ce pays est Asmara.
265
Mouvement des forces démocratiques de la Casamance.
266
Ce conflit a une forte dimension confessionnelle.

163
(Armée de libération du Sud-Soudan), aux forces
régulières soudanaises267. Ce conflit a abouti au
référendum sur l’indépendance du Soudan du Sud qui
s’est déroulé du 9 au 15 janvier 2011. L’indépendance
est effective depuis le 9 juillet 2011, date de la fin de la
période prévue par les accords de paix de 2005, avec la
proclamation de la République du Soudan du Sud avec
pour président Salva Kiir.
En outre, les rébellions armées en Afrique
diffèrent des conflits conventionnels que le monde a
toujours connus. Considérés comme guerre civile ou
rivalité ethnique, ces affrontements trouvent leur sens
avant tout dans le manque de confiance entre les
acteurs impliqués. La réalité pour qu’une rébellion
armée sévisse dans un pays africain, n’est pas une
guerre menée pour gagner le pouvoir, mais, un
combat pour se faire entendre en usant des moyens
déloyaux tels les armes, à voir les effets de la
violence que cela produit comme dégâts
collatéraux268.
Pour placer les rébellions armées en Afrique
dans la culture de la guerre, il est nécessaire de passer
en revue quelques points qui caractérisent ce concept
et leur influence dans les opérations armées comme
sources de revendication269. La culture de guerre,
mentionnée dans les travaux de Pierre Renouvin sur
« l’opinion publique et son rôle dans les relations
internationales », est développée par Annette Becker
et Stéphane Audoin-Rouzeau dans leurs travaux, « la

267
Antoine-Denis N’DIMINA-MOUGALA, « Les conflits
africains au XXE siècle. Essai de typologie », Guerres mondiales
et conflits contemporains, n° 225, 2007, p. 125.
268
(« La culture de guerre et les rébellions armées en Afrique »,
disponible in https://www.institut-numerique.org/35-la-culture-
de-guerre-et-les-rebellions-armees-en-afrique-522462d9a59c7,
consulté le 02/06/2019 à 22h58mn.
269
Ibid.

164
Grande Guerre »270.
Apparue comme repère dans la description des
conflits, la culture de guerre traduit toutes les
dimensions qui participent à la cristallisation d’un
conflit. Par ce concept, on est emmené à comprendre
« la façon dont chacun » apprécie l’idée de la guerre à
travers les quatre dimensions que sont : la haine, le
consentement à la guerre, la violence, et l’idée de la
sauvegarde de la civilisation271. Cependant dans le cas
des rébellions armées africaines, ces dimensions sont
reprises sous l’angle culturel et anthropologique
propre à l’Afrique et nous amène à relever quelle
place occupent ces dimensions dans les affrontements
qui sévissent. De cette façon, parmi les mouvements
rebelles actifs en Afrique, on peut recenser le Front
pour la Libération de l’enclave de Cabinda (Angola),
l’Armée de résistance du Seigneur (République
centrafricaine), Wilayat Sinaï (Égypte), le Front
national de libération de l’Ogaden (Éthiopie), l’Ansar
al-Charia (Libye), le Mouvement national pour la
libération de l’Azawad (Mali), le Mouvement pour
l’émancipation du delta du Niger (Nigéria), l’Armée
de résistance du Seigneur (Ouganda), le Mouvement
des forces démocratiques de Casamance (Sénégal),
l’Armée de résistance du Seigneur (Soudan du Sud)
et le Mouvement populaire de libération du Soudan –
Nord (Soudan).
Par ailleurs, plusieurs définitions de la guerre
hybride existent. L’une des définitions possibles est
la suivante : « la guerre hybride est un conflit lié à
des menaces intérieures ou extérieures d’un pays, où
plusieurs types d’hostilités sont utilisés
simultanément : des forces militaires

270
Cf. Annette BECKER et Stéphane AUDOIN- ROUZEAU, La
grande guerre, Paris, Gallimard, 1998.
271
Ibid.

165
conventionnelles, une tactique de forces militaires
irrégulières, ainsi que des activités illégitimes visant à
déstabiliser la situation »272. Ainsi, la menace hybride
est une menace créée par un adversaire existant ou
potentiel, un État, une organisation non étatique ou
des terroristes, qui consiste en une capacité réalisée
ou envisagée d’utilisation simultanée des méthodes
militaires conventionnelles et non conventionnelles
pour atteindre ses objectifs273. La guerre hybride
utilise des méthodes très diverses pour déstabiliser un
État fonctionnant et polariser la société.
Contrairement à la guerre conventionnelle, la guerre
hybride met l’accent principalement sur l’implication
active de la population de l’État cible 274. Les groupes
et mouvements terroristes rentrent dans cette
catégorie de conflit hybride.
De facto, la stratégie théorique considère le
terrorisme comme l’une des composantes de la guerre
irrégulière, avec la guérilla, l’insurrection ou encore
la guerre des partisans, au sens contemporain 275.
D’ailleurs, les chemins de traverse entre ces modes
d’opération sont nombreux et représentent une
constante historique ne faisant que refléter la
« dialectique des volontés opposées employant la
force »276.
Moyen du faible, le terrorisme peut être
abandonné ou considéré comme secondaire dès qu’un
groupe devient plus puissant et apte à mener des

272
Cf. Andis KUDORS, « Guerre hybride : un nouveau défi de
sécurité pour l’Europe », Note d’information, SAEIMA, Division
parlementaire, 1er janvier 30 juin 2015, p. 1.
273
Ibid.
274
Idem.
275
Voir Hervé COUTAU-BEGARIE (dir.), Stratégies
irrégulières, Paris, Economica, 2010.
276
André BEAUFRE, Introduction à la stratégie, Paris,
Economica, 1985, p. 16.

166
actions générant plus d’effets stratégiques. Ainsi, la
trajectoire historique de ce qui est devenu Boko
Haram par exemple, montre un passage du terrorisme
à la guérilla rurale ; puis à nouveau au terrorisme
lorsque la force multinationale mixte l’a presque
défait277 ; avant un passage, plus récent, à une
technoguérilla ne rechignant pas à continuer d’utiliser
le terrorisme278. S’il est «  l’arme du faible  », le
terrorisme n’en repose pas moins sur un mécanisme
de démultiplication de ses conséquences. En
l’occurrence, l’acte importe sans doute moins que la
couverture médiatique qui lui sera donnée et qui
projette littéralement la violence dans l’intimité des
foyers, prolongeant ses répercussions279.

2. Les conflits pour l’appropriation du pouvoir


politique
Ces conflits concernent les crises électorales et
les modes d’exercice et de captation du pouvoir. En
effet, au-delà des principaux conflits en Afrique
portant sur l’intégrité territoriale des États, tels que le
Soudan et la Somalie, l’Afrique subsaharienne est
confrontée à plusieurs conflits récents qui sont le fruit
de doléances liées à la mauvaise gouvernance et à des
politiques d’exclusion. Dans beaucoup de cas, des
277
Voir William ASSANVO, Jeannine ELLA A ABATAN et
Wendyam Aristide SAWADOGO, La Force multinationale de
lutte contre Boko Haram : quel bilan ?, Institut d’études de
sécurité (ISS), Rapport sur l’Afrique de l’Ouest, n° 19, Août
2016, disponible in https://oldsite.issafrica.org/uploads/war19-
fr.pdf.
278
Joseph HENROTIN, Techno-guérilla et guerre hybride. Le
pire des deux mondes, Paris, Nuvis, 2014.
279
Cf. Jeannine KRIEBER, « Les stratégies de basse intensité »,
in Charles-Philippe DAVID (dir.), Les études stratégiques :
approches et concepts, Québec/Paris, Centre québécois des
relations internationales/Méridien/Fondation pour les études de
défense nationale, 1989.

167
élections ont précipité les conflits politiques ou
aggravé les tensions latentes, entraînant ainsi une
explosion de conflits. Au cours des dernières années,
de violents conflits sont nés de la lutte pour la
conquête du pouvoir politique en Afrique
subsaharienne, comme l’ont démontré les crises
électorales dramatiques en Éthiopie, au Kenya et au
Zimbabwe280 et en Côte d’Ivoire en 2011. Bien que
dans la majorité des cas, l’ampleur des hostilités
n’atteigne pas le niveau de conflit armé ou de guerre
civile, invariablement, on assiste à des pertes en vies
humaines, des destructions de biens, une polarisation
sociale, ainsi qu’à un blocage ou un échec des efforts
de démocratisation. Dans certains cas, des désaccords
vifs et prolongés sur les processus et résultats
électoraux remettent en cause la légitimité du parti
vainqueur et du candidat élu pendant toute la durée de
son mandat.
Bien qu’il soit généralement admis que des
élections, à elles seules, ne fondent pas une
démocratie, on reconnaît également que des élections
multipartites constituent un pilier indispensable de la
gouvernance démocratique. La Déclaration
Universelle des Droits de l’Homme donne aux
citoyens le droit d’élire leurs représentants à travers
des élections honnêtes281. En tant que membres des
280
Christopher FOMUNYOH, « Médiation. Des Conflits
Electoraux », Centre for Humanitarian, Background Paper,
Dialogue Document de Référence Juillet 2009, p. 4.
281
Article 21 de la Déclaration Universelle des Droits de
l’Homme : (1) Toute personne a le droit de prendre part à la
direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit
par l’intermédiaire de représentants librement choisis. (2) Toute
personne a le droit à accéder, dans des conditions d’égalité, aux
fonctions publiques de son pays.(3) La volonté du peuple est le
fondement de l’autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit
s’exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu
périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou

168
Nations Unies, tous les pays africains ont ratifié la
Déclaration Universelle et bon nombre d’entre eux
font référence à ses dispositions dans les préambules
de leurs constitutions respectives. Les élections
occupent donc une place primordiale dans chaque
société démocratique. Dans certains cas, les accords
de paix signés dans les pays émergeant de conflits
armés établissent un calendrier électoral pour assurer
la légitimité de ceux qui les remporteront, espérant
ainsi que les anciens belligérants peuvent se
transformer en acteurs politiques plus positifs qui se
font entendre par le pouvoir des urnes plutôt que par
celui des canons282.
En effet, si elles sont correctement organisées,
les élections peuvent garantir la légitimité du nouveau
gouvernement, même lorsqu’elles ont lieu dans le
cadre d’un accord ou d’une stratégie de post-conflit.
Ce fut le cas des élections post-conflit de 2005 au
Libéria, remportées par la Présidente Ellen Johnson
Sirleaf. D’un autre côté, des élections ratées peuvent
aggraver les conflits. Par exemple, une tentative
d’organisation des élections multipartites en Angola
en 1992 a relancé le conflit armé, soi-disant parce que
les partis n’étaient pas prêts ou les élections étaient
prématurées283. Lorsqu’elles sont mal organisées, les

suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote.


282
Christopher FOMUNYOH, « Médiation. Des Conflits
Electoraux », op. cit., p. 5.
283
« Les élections de 1992 ont été les premières à être organisées
en Angola. Ainsi, les préparatifs ont débuté par des amendements
à la constitution afin de rendre possible la concurrence, la
formation des institutions électorales et l’adoption de nouvelles
lois. Toutes ces tâches ont été exécutées sous une grande pression
afin de respecter le délai de septembre 1992. Par conséquent, les
problèmes n’ont pas été suffisamment examinés et négociés entre
les partis politiques. Il existe une controverse quant à savoir si les
institutions choisies étaient également fautives – il n’y a aucun
accord indiquant quelles sont les institutions « appropriées » pour

169
élections aggravent les tensions sociales et peuvent
enflammer les conflits dans les sociétés en pleine
transition dotées d’institutions fragiles.
Les conflits électoraux et la violence politique ont
caractérisé les processus de démocratisation en
Afrique subsaharienne, révélant des faiblesses dans la
gestion des élections et dans les règles en vue d’une
compétition politique saine, ainsi que l’absence d’un
pouvoir judiciaire impartial pour interpréter et statuer
sur les différends électoraux. Les défis à relever du
phénomène de la violence électorale reflètent les
problèmes transitionnels initiaux liés à la gestion des
élections et à la mise en place d’institutions chargées
de gérer la compétition et qui seront largement
acceptées par les vainqueurs comme par les perdants284.
Dans d’autres situations, la violence politique et
électorale survient dans une certaine mesure à cause
des réactions de groupes qui ont été volontairement
désavantagés par leurs opposants. Les perdants aux
élections invoquent toujours la manipulation
intentionnelle des processus démocratiques et
électoraux pour justifier le recours à la violence. Bien
qu’un certain niveau de violence intervienne aux
différentes étapes du processus électoral, la
multiplication du nombre de contestations électorales
conduisant à des actes de violence à grande échelle est

un pays comme l’Angola. Mais il est clair que les partis ne


croient pas vraiment en l’impartialité du processus et ne sont pas
disposés à accepter le résultat », Cf. Marina OTTAWAY,
« Angola’s Failed Elections », in Krishna KUMAR (dir.)
Postconflict Elections, Democratization & International
Assistance, Boulder, Lynne Rienner Publishers, 1998, p. 139.
284
La collection Union africaine, Les conflits et la violence
politique résultant des élections. Consolider le rôle de l’Union
africaine dans la prévention, la gestion et le règlement des
conflits, Rapport du groupe des sages de l’UA, décembre 2012, p.
21.

170
un nouveau sujet préoccupant285. Le fait que des
élections débouchent sur des conflits et de la violence,
en plus d’entraîner des pertes en vies humaines et la
destruction de biens, pose des questions non seulement
par rapport à l’organisation et à la gestion des
élections, mais également par rapport à leur impact à
long terme sur la consolidation de la compétition
politique286.
En outre, par « conflits sur les modes d’exercice
et de captation du pouvoir », il faut entendre les
conflits qui ont pour objectif la prise du pouvoir. En
réalité, dès lors qu’un « gouvernement est incapable
d’assurer ses missions élémentaires de protection,
d’assistance, d’encadrement des citoyens, la
probabilité est grande de voir surgir milices, bandes
armées, prédateurs plus ou moins structurés désireux
[…] d’accéder au pouvoir d’État »287.
À titre illustratif, citons la guerre intraétatique
somalienne qui opposa la Somalie National
Movement à l’armée régulière somalienne. À en
croire Gérard Prunier, cette guerre avait une violence
extrême au nord en 1988, avec la destruction totale de
la capitale, Hargeisa, au prix de 50 000 morts,
s’étendit à l’ensemble du pays et amena la chute du
régime de Mohamed Siad Barré en 1991 288. Rentre
aussi dans cette catégorie le conflit algéro-algérien
qui, depuis 1991, à l’issue de l’interruption du
processus électoral pour empêcher une victoire du
Front islamique du salut aux élections législatives,
oppose ce front et ses ramifications 53 aux forces de

285
Ibid., p. 22.
286
Ibid.
287
Jean-Louis DUFOUR, « La guerre survivra-t-elle au
XXe siècle ? », Politique étrangère, n° 1, 1997, p. 40.
288
Gérard PRUNIER, « Somaliland, le pays qui n’existe pas », Le
Monde diplomatique, n° 532, 1997, p. 18

171
sécurité algériennes289.
De plus, le conflit du Tchad de 1980, opposant
les factions du Nord et du Sud, est également un
conflit de cette nature. Le conflit sierra-léonais est du
même type. À ce niveau, « les troupes de la
Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest
combattent les militaires putschistes, alliés aux
rebelles révolutionnaires du Front révolutionnaire uni
de Fodey Sankoh qui ont renversé le 25 mai 1997 le
président Ahmad Tejan Kabbah, élu
démocratiquement le 15 mars 1996 »290. Le 12 février
1998, les forces rebelles ont été défaites par les
troupes nigérianes. Le 10 mars 1998, le président
légal a repris ses fonctions.
L’autre conflit de pouvoir est celui qui a opposé
les forces armées zaïroises aux combattants de
l’Alliance des forces démocratiques pour la libération
du Congo. L’issue de ce conflit a été la chute du
régime du défunt président Mobutu et la prise du
pouvoir par Laurent-Désiré Kabila291. Il y a enfin le
conflit intracongolais qui a opposé de juin 1997 à
octobre de la même année les miliciens cobras de
Denis Sassou-Nguesso à l’armée régulière
congolaise, appuyée par les miliciens zoulous et
cocoyes du professeur-président Pascal Lissouba, et
les ninjas292 de l’ex-Premier ministre Bernard Kolela.
289
Notamment le groupe islamique armé et l’armée islamique du
salut. Pour plus d’informations sur cette question, cf. Bruno
CALLIES DE SALIES, « Les luttes de clan exacerbent la guerre
civile », Le Monde diplomatique, n° 532, 1997, pp. 12-13.
290
Antoine-Denis N’DIMINA-MOUGALA, « Les conflits
africains au XXe siècle. Essai de typologie » op. cit., p. 128.
291
Pour en savoir davantage sur la crise de l’ex-Zaïre, cf. Colette
BRAEKMAN, « Comment le Zaïre fut libéré », Le Monde
diplomatique, no 532, juillet 1997, p. 12-13, et Philippe
LEYMARIE, « Sous le choc de la révolution congolaise », Le
Monde diplomatique, n° 532, p. 12-13.
292
Les ninjas sont entrés tardivement dans le conflit de 1997. En

172
Toutefois, ce conflit « remportée par les cobras a vu
l’arrivée au pouvoir de Denis Sassou-Nguesso qui
s’est fait élire président de la République, le 10 mars
2002, au premier tour avec près de 80 % des
suffrages exprimés, après une transition de près de
quatre ans »293.

II. La labellisation ou la qualification des conflits


Elle se définit à travers les éléments
amplificateurs des conflits tels que marginalisation
sociale et l’exclusion politique causant parfois des
conflits identitaires (1) et à des éléments structurels
politiques, économiques, socioculturels et
environnementaux (2).

1. La marginalisation sociale et l’exclusion politique


Quand on parle de violence en Afrique
aujourd’hui, on ne pense pas souvent aux coups
d’État militaires dans lesquels il faut reconnaître que
le nombre des victimes est très limité, des
mouvements terroristes et des groupes rebelles. Or, la
violence qui occupe épisodiquement la une de la
presse internationale, c’est celle qui touche des
groupes entiers : les massacres collectifs, la
répression et la torture institutionnalisées, les tueries
opposant groupes religieux ou ethniques, bref le sang
versé parmi des populations civiles terrorisées et
piégées dans des situations impossibles, sont des
événements marqués du sceau de la barbarie. À cet
effet, si le modèle marxiste des luttes de classes peut
s’appliquer à des situations africaines, c’est lorsque
des violences contestataires de l’ordre établi

1993, ces miliciens avaient combattu celles de Pascal Lissouba.


293
Antoine-Denis N’DIMINA-MOUGALA, « Les conflits
africains au XXe siècle. Essai de typologie » op. cit., p. 129.

173
débouchent dialectiquement sur une définition
nouvelle des rapports sociaux et politiques. La
Révolution rwandaise de 1959 a remplacé une
monarchie féodo-coloniale tutsi par une démocratie
ethnique hutu assurant à coup de quotas et de
fichages la marginalisation sociale et l’exclusion
politique de la minorité tutsie. Ce qui a eu plus tard
pour conséquence dramatique le génocide tutsi en
1994. De plus, la prédominance d’un réseau politique
Sara au Tchad a été remplacée par une guerre
longtemps sans fin entre des factions toubou.
En effet, chaque fois, la cible essentielle des
« rébellions » ou des « révolutions » n’est pas un
système ou un régime, mais un groupe humain, toute
une partie de la population englobée dans une
vindicte collective et héréditaire. Le produit le plus
évident de ces violences est le nombre des réfugiés en
Afrique. En 2018, le Haut-Commissariat des Nations
unies (HCR) compte 6,3 millions de réfugiés et
14,5 millions de déplacés internes en Afrique 294,
chiffres largement sous-estimés vu le nombre des
exilés non enregistrés dans des camps. En réalité, le
nombre des réfugiés et des morts produits par ces
crises ne fait que refléter le caractère global des
mouvements qui les déclenchent : « des couples
infernaux se cristallisent impliquant des populations
entières, hommes et femmes, vieillards et enfants :
Lunda contre hba, Ibo contre Haoussa, Langi contre
Baganda, Hutu contre Tutsi, Mano contre Krahn.
D’autres segmentations peuvent surgir dans le feu de
l’action ou dans l’exploitation du pouvoir : Nuer
contre Dinka au Sud-Soudan, Ibo contre Efik au

294
UNHCR, Appel Global, Actualisation 2019, rapport 2019, p.
58, disponible in
http://reporting.unhcr.org/sites/default/files/ga2019/pdf/
Global_Appeal_2019_full_lowres_FR.pdf.

174
Biafra, Hutu du nord-ouest contre Hutu du Sud au
Rwanda… »295. Ces situations de globalisation font
ensuite la chronique des horreurs à l’ombre de
discours nationalistes ou populistes. Ainsi, la
marginalisation sociale et l’exclusion politique de
certains groupes minorités ou pas entraînent souvent
des conflits dits identitaires, voire ethniques, en
Afrique.
Les conflits identitaires ou ethniques en Afrique
subsaharienne portent sur des « différends culturels,
économiques, juridiques, politiques ou territoriaux
entre deux ou plusieurs groupes aux origines
différentes »296. En fait, il y a conflit de ce type
lorsqu’un groupe se persuade, à tort ou à raison, qu’il
est menacé de disparaître soit sur le plan physique,
soit sur le plan politique, par la domination exclusive
d’un autre groupe. En d’autres termes, on parle de
conflit identitaire ou ethnique lorsque « la survie
réelle ou fantasmatique du groupe est en jeu, quand
celui-ci se sent dépossédé non seulement d’un
territoire ou de son territoire, mais plus gravement
lorsqu’il se sent dépossédé de son devoir de vivre, de
son identité et de sa spécificité »297.
En réalité, le conflit identitaire ou ethnique
résulte de crises d’identité et de discrimination.
Lorsque celles-ci se manifestent, les normes de
comportement sont sujettes à de profondes remises en
question et à des attaques destinées à les modifier
radicalement. Dans ce cadre, la construction de la

295
Jean Pierre CHRETIEN, « Les racines de la violence
contemporaine en Afrique », Politique africaine, n°42, Juin 1991,
p. 21.
296
Witold RACKZA, « Le conflit ethnique : sa nature et les
moyens de sa prévention par la communauté internationale »,
Relations internationales, n° 88, 1996, pp. 397-412.
297
François THUAL, Les conflits identitaires, Paris, Ellipses,
1995, p. 6.

175
menace et le processus de victimisation servant
particulièrement à redéfinir les identités pour
éventuellement modifier l’équilibre ethnique, par le
moyen de la force. Ils visent à satisfaire des
individus, des leaders ou des collectivités aspirant à
canaliser le changement identitaire pour des fins de
légitimité de groupe, d’affirmation d’autorité ou de
chauvinisme nationaliste298.
En outre, un conflit identitaire ou ethnique n’est
pas seulement un conflit de domination ou de
conquête, c’est un conflit qui est vécu par ses
protagonistes comme défensifs299. Par exemple, la
guerre du Libéria a été un conflit de ce type. Elle a
opposé les groupes ethniques Krahn et Mandingue
aux Gio et Mano. Ici, les « stratégies d’ethnicisation
des cercles du pouvoir, menées par le régime
américo-libérien ainsi que par celui de Samuel Doe,
ont conféré au discours identitaire un important
pouvoir de mobilisation »300. De même, les conflits
touaregs et maures ont toujours été identitaires. C’est
en 1989, au Niger, et en 1990, au Mali, qu’elles
commencèrent. Opposant les rebelles du Front
populaire de libération de l’Azawad (FPLA) à
l’armée malienne, ces conflits ont connu une
accalmie en 1992 avec la signature, le 11 avril 1992,
du pacte national. Au Niger, ils ont cessé avec la
signature de l’accord de paix du 24 avril 1995 entre le
gouvernement nigérien et les rebelles301.
298
Beverly CRAWFORD et Ronnie LIPSCHUTZ, « Discours of
war : Security and the case of Yougoslavia », in Keith KRAUSE
et Michaël C. WILLIAMS, Critical Security Studies,
Minneapolis, University of Minnesota Press, 1997, pp. 149-186.
299
François THUAL, Les conflits identitaires, op. cit., p. 163.
300
Fabrice WEISSMAN, « Liberia : derrière le chaos, crises et
interventions internationales », Relations internationales et
stratégiques, n° 23, 1996, pp. 86-87.
301
Pierre BOILEY, « Aux origines des conflits dans les zones
touaregs et maures », Relations internationales et stratégiques, n°

176
Dans l’approche constructiviste, le conflit
identitaire repose sur une dynamique psychologique,
puisque les conflits identitaires semblent être le
produit de blessures narcissiques à l’identité des
groupes ; en fait, ces blessures et la volonté de les
guérir par le recours à la violence sont surtout
construites par des leaders ethniques et politiques.
Ces conflits ne sont pas nécessairement ancestraux ou
inévitables ; elles correspondent à des déséquilibres
cognitifs provoqués et alimentés par une peur chez le
groupe de disparaître ou d’être diminué 302. Dans la
même optique, on ne peut comprendre les
« dynamiques nationalitaires » qu’en les analysant en
termes de stratégies d’acteurs, où des « entrepreneurs
politiques mobilisent des groupes fabriquant, à partir
des significations imaginaires sociales majeures de la
société, de nouveaux arrangements entre concepts
tirés du “stock cognitif” de la société donnée »303. Les
identités sociales à caractère agressif, dans cette
logique, sont « construites socialement par le biais
d’un ensemble de processus complémentaires où
interviennent à nouveau les élites politiques qui se
servent des vieilles mythologies politiques pour
nourrir les peurs collectives qu’inspire l’avenir »304.
Au final, les conflits identitaires mobilisent à
partir d’une « solidarité géoculturelle non pour
construire un nouvel État, ni même aménager un
fédéralisme, mais pour négocier en position de force
les partages de revenus de l’État central avec les

23, 1996, p. 100-107.


302
François THUAL, Les conflits identitaires, op. cit., p. 45.
303
Didier BIGO, « Les conflits postbipolaires. Dynamiques et
caractéristiques », Cultures et conflits, n° 8, 1992-1993, pp. 3-14.
304
Michel FORTMAN, « À l’Ouest rien de nouveau ? Les
théories sur l’avenir de la guerre au seuil du XX e siècle », Études
internationales, vol. XXXI, no 1, 2000, p. 57-90.

177
représentants des autres groupes équivalents »305. Ils
visent aussi l’absorption, pour leur profit singulier
communautaire, à des ressources générales de l’État-
providence306. Mieux, les conflits identitaires voient
s’affronter des narcissismes collectifs en ce sens
qu’ils touchent à la fois à l’individu et au groupe
auquel l’individu appartient et par lequel il existe307.

2. Les facteurs structurels des conflits


En général, les conflits en Afrique subsaharienne
sont le produit d’un ensemble de facteurs
interdépendants – politiques, économiques,
socioculturels, environnementaux et militaires – qui
répondent à des logiques structurelles et systémiques
convergentes. La persistance de foyers de conflits en
Afrique subsaharienne est généralement associée à la
fragilité et à la vulnérabilité structurelle de l’État.
L’État africain postcolonial se caractérise par sa
faiblesse et par la défaillance relative de ses
institutions308. En effet, nombre d’États peinent à
assurer leur autorité sur l’ensemble de leur territoire
et à garantir à la fois les services de base, la sécurité
humaine et la sécurité territoriale. Un mode
d’organisation territoriale hérité de la colonisation
accentue des disparités en termes d’infrastructures, de
développement et aussi de contrôle de l’État sur
305
Jean-Pierre CHRETIEN, « Les racines de la violence
contemporaine en Afrique », Politique africaine, n° 42, 1991, pp.
15-27.
306
Fidèle Pierre ZE NGUEMA, « L’intégration régionale entre
quête d’identité et différences culturelles », Actes de la Table ronde
du CERGEP, Université Libreville, Omar-Bongo, 13-15 octobre
1993, pp. 56-62.
307
François THUAL, Les conflits identitaires, op. cit., pp. 171-
172.
308
Voir aussi Alain DUBRESSON et Jean-Pierre RAISON,
L’Afrique subsaharienne : une géographie du changement, Paris,
Armand Colin, 1998. pp 32-37.

178
certaines régions. Dans la zone sahélo-saharienne,
d’infinies étendues territoriales en déshérence,
couplées aux traditions de nomadisme et aux
dynamiques transfrontalières des populations, rendent
particulièrement complexe la gestion de la
souveraineté309.
La géographie politique des États de la sous-
région traduit le plus souvent une opposition entre un
« centre » hégémonique et des « périphéries »
relativement marginalisées, qui revendiquent une
redistribution du pouvoir et des ressources du pays 310.
Les demandes démocratiques exacerbées par la crise
des ajustements n’ont pas contribué partout à la
perpétuation d’une gouvernance au service des
populations. Cette carence dans la gestion politique et
socio-économique du territoire est une source
d’instabilité et un facteur de fragmentation de
l’espace national. Il en résulte dans bien des cas une
rupture du monopole de la violence légitime,
débouchant sur une démultiplication d’acteurs
concurrents à l’État : groupes armés, milices, réseaux
criminels régionaux ou internationaux, etc.311
En outre, les facteurs économiques jouent un rôle
essentiel, à la fois comme enjeux et comme sources
de financement des conflits312. Par la diversité de ses
309
Michel LUNTUMBUE, « Groupes armés, conflits et
gouvernance en Afrique de l’Ouest : Une grille de lecture », Note
d’Analyse, Groupe de recherche et d’information sur la paix
(GRIP), 27 janvier 2012, p. 6.
310
Lire utilement, Mehdi TAJE, « Vulnérabilités et facteurs
d’insécurité au Sahel », Club du Sahel et de l’Afrique de l’ouest,
Enjeux ouest-africains, n° 1, août 2010, disponible in
https://www.oecd.org/fr/csao/publications /45830147.pdf.
311
Michel LUNTUMBUE, « Groupes armés, conflits et
gouvernance en Afrique de l’Ouest : Une grille de lecture », op.
cit.
312
Le diamant qui a financé les guerres du Sierra Leone ou du
Liberia n’était pas au départ l’enjeu de ces guerres, mais l’est

179
ressources (fer, gaz, or, pétrole, phosphate,
uranium…), l’Afrique subsaharienne est au cœur des
convoitises des acteurs stratégiques internationaux
(États-Unis, France, Chine, Allemagne, Russie,
compagnies pétrolières…) en quête d’une
diversification de leurs approvisionnements et d’une
sécurité énergétique313.
D’une manière générale, les sociétés africaines
se trouvent aussi insérées dans une économie
mondiale informelle, qui est à la fois source
d’accumulation pour certains acteurs et facteurs de
conflits. Ainsi, les systèmes de conflits ouest-
africains se greffent sur des interdépendances
complexes entre, la contrebande de produits illicites,
les organisations criminelles, les trafiquants d’armes,
en lien avec le monde international des affaires et
certains acteurs nationaux ou régionaux 314. En
favorisant une mécanique de circulation de biens
illicites, certaines crises internes ou locales peuvent
devenir les catalyseurs régionaux de conflits
impliquant une multitude d’acteurs étatiques et non
étatiques315. Les systèmes de conflits subsahariens
devenu par la suite. Voir Philippe HUGON, « L’économie des
conflits en Afrique », Revue internationale et stratégique, n° 43,
2001, pp. 152-169.
313
Le pétrole est ainsi devenu un enjeu stratégique majeur pour
un continent qui représente 8 % des réserves pétrolières. Voir
Michel LUNTUMBUE, « Piraterie et insécurité dans le golfe de
Guinée : défis et enjeux d’une gouvernance maritime régionale »,
Note d’Analyse du GRIP, le 30 septembre 2011, disponible in
https://www.grip.org/fr/node/126, consulté le 17/05/2019 à
20h48mn.
314
La Guinée Bissau et le Nigeria sont devenus des places
internationales d’un circuit de la drogue en provenance
d’Amérique du Sud. Voir Hugon Philippe, « L’économie des
conflits en Afrique », Revue internationale et stratégique, n° 43,
2001, pp. 152-169.
315
Yann BEDZIGUI, « Les conflits en Afrique, une résolution
improbable », AFRI, Les situations conflictuelles et leurs

180
s’appuient sur un contexte de pauvreté, de perte de
références et de chômage de masse qui favorise
l’enrôlement dans les milices, groupes armés et autres
réseaux criminels.
Les sociétés ouest-africaines se caractérisent par
une forte croissance démographique et une
population majoritairement jeune. Mais l’exercice du
pouvoir y reste principalement aux mains des aînés et
le leadership tarde à se renouveler, entraînant un
déséquilibre générationnel316.
L’effondrement des institutions publiques et du
système éducatif laisse sans perspective d’avenir une
majeure partie de la jeunesse et favorise ainsi la
montée d’une culture politique intolérante, en rupture
avec les modes de lutte civique pacifiques.
Confrontés aux inégalités croissantes du
fonctionnement de l’État et de la société, des jeunes
remettent radicalement en cause la légitimité des
institutions étatiques et se tournent vers l’idéal
« égalitariste » et l’espoir d’un « autre avenir »,
incarnés par les bandes armées et les mouvements
religieux sectaires317.
Ce contexte est également marqué par la
prolongements, Volume IX, 2008, pp. 161-176.
316
Massaër DIALLO, « Défis sécuritaires et hybridation des
menaces dans la zone sahélo-saharienne », Institut d’Etudes
politiques et stratégiques (IEPS), Dakar West African Network
for Security and Democratic Governance (WANSED),
Communication au Séminaire sur la Sécurité au Sahel, « Pour un
partenariat sécurité et développement au Sahel », organisé par
l’OGSS et l’Union européenne, 25 et 26 novembre 2010,
Bruxelles, disponible in http://www.ieps-cipsao.org/index.php ?
option=com_content&view=article&id=73&Itemid=37, consulté
le 18/05/2019 à 17h58mn.
317
Roland MARCHAL, « Atomisation des fins et radicalisme des
moyens de quelques conflits africains », Critique internationale,
n° 6, 2000, pp. 159-175, disponible in
https://www.persee.fr/docAsPDF/criti_1290-
7839_2000_num_6_1_1385.pdf.

181
résurgence ou l’instrumentalisation des référents
identitaires, communautaires, « ethniques », porteurs
d’un risque de fractionnement et de tensions
sociales318… Ces modes de représentation et de
mobilisation sociales se développent d’autant plus
que les acteurs sont en situation de crise et de forte
vulnérabilité. La montée des nouvelles religiosités et
des radicalismes des mouvements tels que Boko
Haram s’inscrit dans ce contexte de crise des
« encadrements »319.
La fragilité écologique de l’espace sahélien par
exemple, caractérisée par des cycles de sécheresse, la
raréfaction des zones pastorales suite à la pression
foncière exercée par les agriculteurs, constitue aussi
l’un des facteurs déterminants des rébellions
touarègues du début des années 1990 au Mali et au
Niger320. Au Niger, plus particulièrement, la
surexploitation des rares ressources en eau par les
entreprises minières exploitant l’uranium, constitue
une menace sérieuse pour l’économie pastorale,
principale source de revenus des communautés
touarègues, Peuls et Kounta. Au Niger, les
agriculteurs constituent la base électorale des
principales formations politiques.
Par ailleurs, la mise en place d’une armée par les
318
Yann BEDZIGUI « Les conflits en Afrique, une résolution
improbable », op. cit. ; Hugon PHILIPPE, « L’économie des
conflits en Afrique ». op. cit.
319
Alain DUBRESSON et Jean-Pierre RAISON, L’Afrique
subsaharienne : une géographie du changement, Paris, Armand
Colin, 1998, p. 132 ; pour ces auteurs, La crise des institutions
modernes provoques soit un retour aux sources soit une adhésion
à des encadrements nouveaux, de la bande guerrière à la secte
religieuse, de l’ONG à l’association des originaires.
320
Priscilla Sadatchy, « Le Mouvement des Nigériens pour la
Justice », Fiche Documentaire, 03 Novembre 2011, disponible in
http://archive.grip.org/fr/siteweb/images/NOTES_ANALYSE/20
11/NA_2011-11-03_FR_P-SADATCHY.pdf.

182
États est nécessaire pour avoir sous sa garde et de
manière permanente, des groupes d’hommes,
matériellement solides, capables de surveiller les
frontières et lutter contre des menaces provenant de
l’extérieur ; à l’intérieur, elle est chargée d’assurer la
sécurité de la population de participer à la défense des
intérêts de la nation. Ainsi, une armée est fixée sur un
territoire donné, on parle d’armée nationale, avec
pour but de défendre ledit territoire contre toutes
agressions extérieures, c’est-à-dire, combattre
l’ennemi sous toutes ses formes, d’où qu’il vient,
quel qu’il soit, en tout temps et en tout lieu.
Au lendemain de l’indépendance, les nouvelles
autorités africaines arrivées au pouvoir, s’inspirent du
modèle colonial et instaurent des armées
républicaines, constituées d’une nouvelle génération
de volontaires nationaux, mais aussi, d’anciens
combattants de l’armée coloniale qui ont combattu
sous la tutelle de l’hexagone, revenus dans leur pays,
où ils entendent non seulement être les cadres des
armées naissantes, mais y jouer aussi un rôle pivot 321.
Cependant, la méfiance de certains leaders africains
d’intégrer les anciens combattants dans l’armée
nationale est à l’origine de certains coups d’État
connus tout de suite après les indépendances.
Toutefois, avec le départ de l’administration
coloniale, les faibles mobilisations de ressources
économiques et financières des pays africains,
associée à une faible capacité d’opération de ces
armées, constituent un risque élevé d’instabilité322.
321
Voir Marc FONTRIER, « Des armées africaines : comment et
pour quoi faire ? », Outre-Terre, n°11, 2005, pp. 347-374.
322
Simplice FEIKOUMO, Les conflits armés en Afrique
subsaharienne, un défi pour la communauté internationale,
Centre d’études diplomatiques et stratégiques de Paris – Master
d’études diplomatiques supérieures 2012, disponible in
https://www.memoireonline.com/09/13/7356/Les-conflits-armes-

183
Dans la première période qui marque l’accession
des pays africains à l’indépendance, l’armée est
considérée comme apolitique et ne s’est consacrée
qu’à sa mission de la sécurité nationale et de défense
de l’intégrité du territoire323. Peu à peu, elle va
s’intéresser à la gestion de la chose publique lorsque la
course à l’intérêt à la corruption commence à
empoisonner le climat sociopolitique de ces pays. Les
forces armées africaines vont prétexter des mesures
pour redresser les situations et sauver les institutions
de la république. Alors, les prises de pouvoir par les
armes vont se succéder, sans débat social ni dialogue
politique324.
Le vent de la démocratie qui a soufflé sur
l’Afrique modifie les règles. Les putschs reculent, la
ferveur de leurs auteurs s’amoindrit au nom du
dialogue et du principe de l’État de droit.
Contrairement aux idéaux initiaux de l’armée
républicaine, cette force apparaît fragilisée, car divisée
par région ou par idéologie politique. En dépit des
signaux de la démocratie, la méfiance et la suspicion
restent marquées dans le rapport entre les principaux
dirigeants et les différentes catégories de la population
qui les soutiennent. Comme dans d’autres pays du
monde, l’armée occupe une place très importante dans
les conflits que vit le continent. Par et avec les armes,
sont nées dans les communautés, l’insécurité, la
tension et l’obligation de se protéger.

en-Afrique-subsaharienne-un-defi-pour-la-communaute-
internationale.html, consulté le 18/06/2019 à 16h51mn.
323
Cf. Camille EVRARD, De l’armée coloniale à l’armée
nationale en Mauritanie  : une histoire militaire sahélo-
saharienne, de la conquête à la guerre du Sahara, Thèse de
doctorat d’Histoire, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2015.
324
Simplice FEIKOUMO, « Les conflits armés en Afrique
subsaharienne, un défi pour la communauté internationale », op.
cit.

184
Si officiellement les importations d’armes en
Afrique ont connu une baisse ces dernières années du
fait de la fin de la guerre froide325, les trafics illicites
d’armes légères et de petits calibres, faciles à
dissimuler ont pris de l’ampleur. Des guerres
meurtrières, marquées par de violentes atrocités vont
éclater dans plusieurs pays africains ; la principale
cause étant la lutte pour le pouvoir. Ces conflits
n’opposent plus l’armée nationale à une armée
étrangère, mais avec ses autorités auxquelles
normalement elle doit allégeance et loyauté. Le
débrayage de ces hommes censés être disciplinés,
remet en cause le rôle éducatif qu’à l’armée dans le
domaine de la sécurité et de la vie socioéducative,
ouvre la voie à toutes sortes de mouvements armés
non conventionnels, sachant que l’armée ne peut plus
assurer la protection de l’intégrité du territoire et la
souveraineté nationale326. Toutes ces manœuvres
participent à la remise en cause de la marche vers la
démocratie et à la consolidation de ses acquis.

SECTION II : GÉOGRAPHIE DES CONFLITS


À L’AUBE D’UNE NOUVELLE ÈRE
Comme nous l’avons mentionné plus haut, la
géographie des conflits ne saurait se bâtir sans un
scénario type qui permette de dépasser la simple
énumération. Ainsi, théoriquement, un conflit est
toujours d’intérêt, entre des acteurs dont l’un au
moins remettant en cause les procédures de régulation
qui fondent l’ordre social et politique ante, se
mobilise au nom de la justice en développant un

325
Lire à cet effet, Dominique BANGOURA, « Etat et sécurité en
Afrique », Politique africaine, n°61, mars 1996, pp. 39-53.
326
Simplice FEIKOUMO, « Les conflits armés en Afrique
subsaharienne, un défi pour la communauté internationale », op.
cit.

185
discours de victimisation et en avançant des
demandes de réparations. Spatialement, le conflit
constitue un moment de fragmentation encadré par
deux moments de spatialisation, plus pacifiques. À
cet effet, l’espace intervient comme théâtre, comme
enjeu ou comme opérateur, et ce à différentes
échelles.
De plus, les contradictions internes à la
mondialisation – à l’instar ses trois composantes
principales : démocratisation politique, libéralisation
économique et individuation/individualisation –
déterminent dans une large mesure la conflictualité
contemporaine et ses relais locaux. En Afrique, ces
contradictions qui nourrissent la conflictualité globale
sont accusées par certaines spécificités dont la forte
croissance démographique, la grande mobilité des
populations, le passage d’une société de communautés
à une société d’individus et l’exigence croissante de
démocratie participative et le renouvellement de la
dépendance. De cette façon, parler de la géographie
des conflits à l’aube d’une nouvelle ère en Afrique
subsaharienne revient à s’intéresser aux richesses
naturelles au cœur de conflits comme éléments
déclencheurs des conflits (I), aux déplacements des
populations et à la pression politique (II).

I. Les richesses naturelles au cœur de conflits


Les relations entre conflits et ressources naturelles
ont conduit à une écologie politique de la guerre
analysant les guerres de ressources,
environnementales, de pillage ou de sécession liés aux
ressources naturelles327. Un État détenteur de
ressources en hydrocarbures a plus de risques d’être le
théâtre de conflits armés qu’un État non pourvu. Les
327
Philippe HUGON, « Le rôle des ressources naturelles dans les
conflits armés africains », Hérodote, n° 134, 2009, p. 63

186
ressources naturelles peuvent fournir les moyens de
financer les rébellions motivées par d’autres intérêts
que les ressources elles-mêmes. Elles peuvent, étant
concentrées dans un territoire délimité, favoriser des
tentatives sécessionnistes. Elles conduisent à des
comportements rentiers interdisant ou retardant des
institutions fortes. Les ressources naturelles du sous-
sol peuvent, du fait de leur abondance, attiser des
contrôles par la violence. Les ressources naturelles du
sol peuvent, du fait de leur rareté, aviver les tensions.
Il n’y a pas toutefois de lien déterministe même si la
malédiction des ressources naturelles est forte. Les
conflits environnementaux sont, eux-mêmes,
dépendants des politiques mises en œuvre328. Notre
analyse consiste à mettre en exergue les conflits autour
des hydrocarbures et de terres agricoles (1) et ceux liés
au contrôle des minerais et des pierres précieuses en
Afrique subsaharienne (2).

1. Des conflits autour des hydrocarbures et de terres


En 2012, l’Afrique produit 12 à 13 % du pétrole
mondial, principalement dans le golfe de Guinée, en
Angola et en Afrique du Nord (Algérie, Libye, Égypte),
mais aussi au Soudan, au Tchad, en RDC et en
Mauritanie329. Les principaux pays subsahariens
producteurs ont tous connu des troubles, des émeutes ou
des conflits au cours des dernières années330 :
– le Nigeria (+ 2 millions de barils par jour, 27 %
de l’Afrique), membre de l’OPEP ;
– l’Angola (1,8 M, 23 %), membre de l’OPEP ;
328
Philippe Le BILLON, « Matières premières, violences et
conflits », Revue tiers monde, n° 174, avril-juin 2003.
329
Geobunnik, « Les conflits en Afrique », Une géographie des
conflits, 20 Décembre 2012, disponible in http://geobunnik.over-
blog.fr/article-les-conflits-en-afrique-113644023.html, consulté le
11/06/2019 à 10h07mn.
330
Ibid.

187
– le Soudan (0,5 M, 6 %) ;
– la Guinée Équatoriale (0,36 M, 4 %).
Une production qui fait l’objet d’une rude
concurrence entre les compagnies étrangères
européennes, américaines et chinoises. Parmi les
conflits dans des pays producteurs d’Afrique
subsaharienne on peut mentionner :
– Le Nigeria (le rôle du MEND (Mouvement
pour l’Émancipation du Delta du Niger) pour le
partage de la ressource au niveau national ;
– Le Soudan (Darfour + sécession du Sud
Soudan qui ravive des tensions, jusqu’à présent sans
conflit armé) ;
– L’Angola (où le pétrole a servi pour alimenter
les guérillas et armées en guerre durant la guerre
civile) ;
– Le risque de conflit entre Soudan et Soudan du
Sud pour le partage de la richesse et pour
l’acheminement vers les ports de l’océan indien (port
Soudan ou Mombasa).
En effet, un rapport du Programme des Nations
Unies pour l’environnement de 2009 avance qu’au
cours des soixante dernières années au moins 60 %
des conflits intraétatiques ont un lien avec les
ressources naturelles331. En ce qui concerne l’Afrique,
elle compte pour un tiers des conflits armés
répertoriés dans le monde et la majorité d’entre eux
ont un rapport direct avec les productions minières ou
pétrolières (Nigeria, Liberia et Sierra Leone, Angola,
RDC, Soudan). « Malédiction du pétrole »,
« diamants de sang », ces expressions expriment avec
force ce lien de causalité, qu’il convient toutefois de

331
United Nations Environment Programme, From Conflict to
Peacebuilding. The role of Natural Resources and the
Environment, Nairobi, UNEP, février 2009, disponible
https://postconflict.unep.ch/publications/pcdmb_policy_01.pdf.

188
relativiser332.
Le potentiel de conflictualité des ressources
naturelles dépend de multiples facteurs, utilité, rareté,
valorisation économique, sociale et culturelle,
capacités techniques et financières de les exploiter,
organisation et échelle des marchés, etc. 333. Nul
n’ignore que l’économie des hydrocarbures,
imbriquant la politique des États et les stratégies des
grandes sociétés, est un pivot central de la
géopolitique mondiale et un facteur majeur de
conflits au Moyen-Orient. En Afrique subsaharienne,
le pétrole a joué un rôle moins important à l’aune des
enjeux mondiaux, mais il fut au cœur des guerres du
Biafra et du Congo Brazzaville. En Angola, les
revenus du pétrole ont financé le MPLA (Mouvement
populaire pour la libération de l’Angola) dans sa lutte
contre l’UNITA (Union nationale pour
l’indépendance totale de l’Angola) qui, de son côté,
disposait des diamants pour accéder au marché des
armes334.
Ainsi, en ce qui concerne les hydrocarbures, cinq
pays africains se partagent la plus grosse part des
réserves et des productions ; les autres restent soit au
niveau de productions très moyennes ou insignifiantes,
soit dépourvus de ressources en hydrocarbures. Aussi
bien pour le pétrole que pour le gaz, la majeure partie
est répartie entre cinq pays, comme le montrent les
deux (2) tableaux suivants :

Tableau 2 : Pétrole (en milliers de barils/jour)


entre 2013 et 2014.

332
Roland POURTIER, « Ressources naturelles et conflits en
Afrique subsaharienne », Bulletin de l’Association de géographes
français, 2012, p. 36.
333
Ibid.
334
Ibid., p. 37.

189
Classement Classement Pays 2013 2014
africain mondial
1 12 Nigéria 2302 2361
2 16 Angola 1799 1712
3 18 Algérie 1485 1525
4 21 Libye 918 810
5 27 Égypte 539 527
Source : Abdelhak BASSOU, « Ressources naturelles et
réalités géopolitiques de l’Afrique », Policy Brief, PB-17/19,
OCP Policy Center, Mai 2017, p. 6.

Tableau 3 : Gaz naturel (en milliards de mètres


cubes) entre 2013 et 2014.
Classement Classement Pays 2013 2014
africain mondial
1 9 Algérie 82 83
2 10 Égypte 56 49
3 22 Nigéria 36 39
4 30 Libye 12 12

Source : Abdelhak BASSOU, « Ressources naturelles et


réalités géopolitiques de l’Afrique », ibid.

S’agissant des conflits liés aux terres agricoles, la


situation est très différente selon les régions d’Afrique
subsahariennes. Dans celle du sud de l’Afrique,
Zimbabwe et Afrique du Sud, on note qu’il y a eu une
forte colonisation des terres dépossédant les petits
paysans et indigènes de leurs terres. Si l’on s’arrêtait au
concept classique de la réforme agraire comme action
de redistribution des terres aux plus pauvres pour des
besoins d’agriculture suite à la colonisation des terres,
on dirait qu’il n’y a pas de problèmes dans ce domaine
en Afrique centrale et occidentale. Ce serait aller très
vite en besogne ; car, il existe bien d’autres situations
où les terres cultivables sont en question. Voici des cas

190
concrets de conflits, identifiés sur le terrain, mais que
l’on retrouve souvent335 :

– L’expropriation pour cause d’« utilité


publique » : l’État dépossède légalement tout le
monde de ses terres pour la réalisation de gros
investissements publics. Tel a été le cas pour la
construction de l’aéroport international de Yaoundé
Nsimalen au Cameroun où un conflit a opposé les
habitants de la localité et le gouvernement parce que
celui-ci ne les a pas dédommagés. Dans ce même
pays et pour la même raison, des populations se sont
opposées à la pose de la première pierre par le
Premier ministre pour la construction d’un hôpital
pédiatrique dans une banlieue de Yaoundé d’où ils
avaient été expropriés.
– La superposition des lois et règlements sur le
foncier : dans tous les pays coexistent le droit
traditionnel et coutumier, le droit religieux et le droit
moderne d’inspiration française ou anglaise selon le
passé de chaque pays. En principe, en cas de conflit,
le droit moderne prime sur celui de la religion ou de
la coutume, mais dans la pratique, le religieux, le
traditionnel, l’emporte très souvent. L’esprit de ces
différentes lois n’est pas le même et cela crée un
problème sérieux dans la gestion du foncier.
– La vente des terres agricoles : de plus en plus
souvent, les riches achètent des terres et les
immatriculent, ce qui dépossède à jamais les
populations. Ces nouveaux riches, hommes d’affaires
ou politiques, investissent dans l’agrobusiness,
achetant de grands espaces en milieu rural et
transformant parfois les petits paysans en ouvriers
335
Jeanot MFOU’OU, Les conflits liés à la terre en Afrique
centrale et occidentale, Afrique-Gouvernance, 2002, disponible in
http://www.afrique-gouvernance.net/bdf_experience-46_fr.html,
consulté le 14/06/2019 à 19h33mn.

191
agricoles sur leurs propres terres. À une époque,
presque tous les gouvernements africains ont créé ou
favorisé la création de sociétés agro-industrielles pour
le développement de certaines cultures tels la canne à
sucre, l’hévéa, le palmier à huile, etc. L’installation
de ces sociétés s’est faite très souvent sur plusieurs
milliers d’hectares de terres cultivables et très fertiles
qui appartenaient aux populations autochtones336.
– Les conflits entre agriculteurs et éleveurs : dans
toutes les zones où l’élevage est très développé, il y a
de fréquents conflits entre agriculteurs et éleveurs.
Les premiers se plaignent souvent de la destruction
de leurs récoltes par les seconds qui y viennent avec
leurs troupeaux. Par endroits, ces conflits entraînent
des pertes en vie humaine. Par exemple, en 2017 au
Nigéria, le conflit pour la terre et l’eau, aggravée par
l’explosion démographique du pays le plus peuplé
d’Afrique (180 millions d’habitants), a pris une
dangereuse tournure identitaire et religieuse entre
deux communautés devenues irréconciliables, où on
avait compté 385 morts en janvier 2017337.
– Les conflits entre migrants et autochtones :
dans certaines régions du Cameroun, il y a
surpopulation alors que dans d’autres il y a peu de
populations par rapport aux terres disponibles. Il y a
donc des personnes qui quittent les premières et
migrent vers les deuxièmes. Il peut s’agir d’actions
du gouvernement. Ainsi le gouvernement a lancé une
336
– Eustache AKONO ATANGANE, « Analyse de la politique
de cessions d’actifs agricoles aux entreprises étrangères au
Cameroun », in ENJEUX, Bulletin d’Analyses Géopolitiques
pour l’Afrique Centrale, n° 42 Janvier 2010, pp. 40-48.
337
Cf. Dominique CETTOUR-ROSE, « Afrique de l’Ouest : le
conflit entre éleveurs et agriculteurs s’aggrave »,
Franceinfo/Afrique, disponible in
https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/societe-africaine/afriq
ue-de-l-ouest-le-conflit-entre-eleveurs-et-agriculteurs-s-
aggrave_3055113.html, consulté le 14/06/2019 à 22h06mn.

192
grosse opération de création de villages pionniers
pour installer des familles venues de zones
surpeuplées sur de nouveaux espaces avec des
parcelles pour pratiquer l’agriculture et y vivre 338.
Mais il s’agissait de terres qui appartenaient à des
autochtones de ces sites ou de la société civile. Ces
intrusions ne se passent pas toujours bien, les
habitants d’origine finissant par revendiquer leurs
terres.
– Les conflits autour des espaces protégés : les
défenseurs et promoteurs de l’environnement ont créé
des réserves naturelles pour sauvegarder les espèces
végétales et animales en danger. Malheureusement, il
y a toujours des populations autochtones tout autour
de ces vastes espaces. Au début, les populations
exploitent les ressources sur les espaces non protégés,
mais au fur et à mesure de leur raréfaction, elles
n’hésitent pas à rentrer dans ceux protégés pour y
chasser, cela engendre souvent des conflits très
graves avec les administrations339.
– Les conflits entre exploitants forestiers et
populations autochtones : la fin de la conférence de
Rio a sonné le glas de la coupe accélérée du bois dans
les pays forestiers. Les gouvernements essayent de
mettre en place des législations et réglementations qui
ne sont malheureusement pas toujours respectées,
notamment les cahiers des charges à remplir par les
exploitants forestiers. Cela entraîne des réactions
fortes des populations qui s’opposent à la coupe du

338
Voir à ce sujet Joseph Vincent NTUDA EBODE, « La région
de l’Est-Cameroun et ses refugiés : mariage pour le meilleur ou
pour le pire ? », Bulletin du CREPS, n°001, 2011, pp. 7-8.
339
Les aires protégées du cœur de l’Afrique, in AIRES
PROTEGEES D’Afrique Centrale, Etat 2015, pp. 10-17,
Observatoire des Forets d’Afrique Centrale (OFAC)-
COMIFAC& RAPAC, http : www.observatoire-comifac.net,
consulté le 20 décembre 2019 à 16 h45.

193
bois. Malheureusement, ils n’ont pas toujours gain de
cause parce que mal organisées ou parce que les
autorités publiques prennent fait et cause pour ces
forces de l’argent que sont les exploitants forestiers.
– L’opposition entre le droit d’usage et le droit
de propriété : dans les temps anciens, avant
l’avènement de l’État moderne, ceux qui travaillaient
la terre et l’exploitaient en étaient les légitimes
propriétaires. Aujourd’hui, le droit de propriété sur
les terres fait appel à l’immatriculation dont les
procédures ne sont pas à la portée des couches
marginalisées. Dans certains pays, il est exigé qu’on
ait mis en valeur ses terres en y investissant, faute de
quoi on peut s’en trouver dépossédé. Cela est d’autant
plus vrai qu’en cas d’expropriation pour cause
d’utilité publique, on évalue les investissements
réalisés sur les terres objet de l’expropriation et c’est
surtout en fonction de cela qu’on indemnise.
– L’urbanisation des villes est une menace pour
les autochtones : l’extension galopante des villes se
fait par absorption des villages environnants,
entraînant l’expropriation des ruraux. Dans certains
cas ils sont recasés ailleurs, parfois ils sont
dédommagés en espèces, mais cela ne se passe pas
toujours comme ils le souhaitent. Au contraire, il
existe aujourd’hui des conflits vieux de plusieurs
années entre ces populations et les autorités.
À cet égard, si les conflits armés autour des
terres sont rares ou périodiques en Afrique
subsaharienne, il faut toutefois mentionner qu’il y a
lieu de noter des tensions fortes entre puissances ou
entreprises étrangères (la Chine en RDC et Zambie,
l’Égypte au Malawi, l’Arabie Saoudite en Tanzanie et
Soudan, la Corée du Sud au Soudan, l’Inde en
Éthiopie, la Chine au Cameroun340). Le refus de la
340
Voir Eustache AKONO ATANGANE, op. cit.

194
part des agriculteurs malgaches pour l’acquisition de
1,3 M d’ha par le coréen Daewoo Logistic en 2008
(soit 1/2 des terres cultivées de Madagascar) en est
une illustration de ces tensions341. À cet effet, les
principaux investisseurs des terres cultivables en
Afrique subsaharienne sont l’Inde en Éthiopie, la
compagnie chinoise ZIE International en République
démocratique du Congo et le coréen Daewoo à
Madagascar. Les pays les plus courtisés sont la RDC
(2e au niveau mondial, avec 8 millions d’hectares),
l’Éthiopie (3e avec 5,3 millions d’hectares), le Soudan
(7e) et Madagascar (9e)342.

2. Des conflits pour contrôler des minerais et des


pierres précieuses
Dans de nombreuses zones touchées par la
guerre et la violence, les ressources naturelles
peuvent permettre de financer les belligérants, qu’ils
soient des groupes armés non étatiques ou des
membres des armées nationales. Le contrôle direct de
l’exploitation (sites miniers par exemple) et du
commerce (transport, vente et relations aux
intermédiaires et aux exportateurs) des ressources
naturelles est l’une des modalités de financement de
ces acteurs armés. Cette supervision de l’ensemble
des opérations en amont de la chaîne
d’approvisionnement est bien souvent observable
dans des zones difficiles d’accès, marquées par une
présence armée de longue date et une faible présence
étatique. Dans certains cas comme en Sierra Leone, la
captation des revenus issus des ressources naturelles
avait été également rendue possible par le recours à
des sociétés commerciales ou d’exploitations légales,
mais extrêmement liées aux groupes armés. On parle
341
Geobunnik, « Les conflits en Afrique », op. cit.
342
Ibid.

195
alors « d’exploitation minière légale criminelle »343.
Plus communément, le financement des groupes
armés repose sur un contrôle indirect des ressources
naturelles prenant la forme d’une taxation illégale en
minerais ou en argent imposée aux creuseurs (pour
obtenir le droit d’accès aux sites miniers), aux
transporteurs (pour utiliser certaines routes) ou à tout
autre intermédiaire désireux de transporter, acheter et
revendre des ressources. Dans l’est de la République
démocratique du Congo (RDC), de nombreux
groupes armés devenus de véritables administrateurs
du territoire prétendent assurer le maintien de l’ordre
et la protection des populations en échange d’un
système de taxation illégale des minerais imposés
dans la force et la menace (tout refus ou tentative de
se soustraire à ces paiements illégaux exposant à des
risques très élevés de violence physique). C’est
notamment le cas sur le territoire de Walikale où
divers groupes armés (on peut, entre autres, citer les
Maï-Maï, les Forces démocratiques de libération du
Rwanda, FDLR, ainsi que des combattants du Nduma
défense du Congo, NDC) se financent à partir de la
taxation illégale sur les minerais de cassitérite 344.À
Walikale comme ailleurs dans l’Est du pays, ces
pratiques violentes sont également le fait de certains
militaires de l’armée régulière du pays (Forces
armées de la République démocratique du Congo,
FARDC) accusés de prendre part au très lucratif
343
Comité catholique contre la faim et pour le développement,
Des ressources naturelles au cœur des conflits. Agir pour une
législation européenne ambitieuse, Rapport ccfd-terre Solidaire,
Octobre 2014, p. 10, disponible in
https://ccfd-terresolidaire.org/IMG/pdf/rapportbd2sc.pdf.
344
Cf. CERN-CENCO, L’impact de l’exploitation minière sur
l’économie et le social de Walikale, éditions du Secrétariat
général de la CENCO, décembre 2013, Groupe d’experts sur la
RDC, Rapport final du Groupe d’experts sur la République
démocratique du Congo, S/2014/42, 23 janvier 2014.

196
commerce des minerais345.
De plus, échelon supplémentaire dans la
militarisation des territoires en conflit, on observe un
recours fréquent à des forces de sécurité publique ou
privée afin d’assurer la sécurité du commerce et de
l’extraction des ressources naturelles. Au lieu de
protéger les travailleurs et les droits humains dans les
zones d’extraction, ces acteurs armés occupent une
place centrale dans le trafic et la taxation illégale des
ressources et se rendent coupables de graves
exactions sur les populations346.Bien qu’elles ne
constituent généralement pas la cause première de
conflits aux racines avant tout politiques, le contrôle
des ressources naturelles semble progressivement
s’imposer comme un vecteur de conflit dans de
nombreux pays. Il pousse en effet des groupes armés
à se maintenir sur les territoires et devient l’enjeu
d’affrontements violents entre groupes, entreprises et
États, tous déterminés à capter les revenus de
l’exploitation et du commerce des ressources
naturelles. En résultent alors une militarisation
généralisée des territoires et un état de violence
permanente347.
À l’est de la République démocratique du Congo,
une guerre aux motifs politiques et géopolitiques a
également pris la forme d’une guerre économique
pour le contrôle des minerais d’or, d’étain, de
tungstène et de tantale. Certains groupes sont ainsi
accusés de se maintenir dans la zone depuis 1998 et
d’y perpétuer le conflit en se réfugiant derrière des
revendications politiques. Ici, le contrôle des carrés
miniers demeure toujours un enjeu crucial, tant pour
345
Ibid.
346
Comité catholique contre la faim et pour le développement,
Des ressources naturelles au cœur des conflits. Agir pour une
législation européenne ambitieuse, op. cit., p. 11.
347
Ibid., p. 12.

197
des groupes armés que pour des officiers des forces
gouvernementales. Cette fixation d’un grand nombre
d’acteurs armés sur les territoires riches en ressources
donne lieu à des affrontements entre groupes, au
détriment des populations victimes d’une insécurité et
d’une violence permanentes348.
En effet, les populations locales sont les
premières victimes des exactions opérées par des
acteurs armés se finançant grâce aux revenus des
ressources naturelles. Cette violence s’exerce, en
premier lieu, à l’encontre des personnes intervenant
sur les chaînes d’approvisionnement depuis
l’extraction jusqu’à l’exportation des ressources.
Dans les provinces de l’est de la RDC, transporteurs,
négociants, creuseurs mais aussi femmes et enfants
attachés à des travaux annexes comme le concassage
ou le lavage des minerais, sont ainsi taxés et
rançonnés sous le poids de la menace et l’usage de la
force349. Cette violence vient s’ajouter à des
conditions de travail très dangereuses, notamment
pour les creuseurs qui opèrent bien souvent à mains
nues dans des puits souterrains mal ventilés, le tout
en échange d’une rémunération dérisoire voire
inexistante350.
Les populations présentes sur les sites miniers et
dans les villages alentour sont également directement
exposées à la violence. Les communautés subissent les
affrontements opposant des groupes armés à d’autres
groupes ennemis ou à l’armée nationale. Les
populations sont également la cible d’attaques et de
pillages (visant des minerais, mais aussi des vivres et
des marchandises de consommation courante)
particulièrement violents et qui s’accompagnent de

348
Ibid., p. 13.
349
Ibid.
350
Idem.

198
massacres, de saccages et d’enlèvements, notamment de
jeunes filles et de femmes devenant ensuite des esclaves
sexuelles au sein des groupes armés. Ces raids
s’inscrivent bien souvent dans des stratégies de
représailles à l’encontre de villageois accusés de traîtrise
et de collaboration avec les forces de l’ordre ou avec des
groupes ennemis351. La violence exercée contre les
enfants est également présente en Afrique
subsaharienne. Ainsi, certains enfants travaillent de
force dans les mines et sur des activités connexes
(transport des minerais à pieds ou à moto) tandis que
d’autres sont enrôlés par les groupes rebelles et
deviennent soldats, porteurs, escortes, ou espions352.
Bref, principalement en Afrique centrale, et en
RDC, mais aussi en Afrique de l’Ouest avec les pays
comme le Libéria et la Sierra Leone, les ressources
qui ont été au cœur des conflits et les ont financés. Le
processus de Kimberley a permis de moraliser et de
réduire les trafics. Aujourd’hui, les États tels que le
Libéria et la Sierre Léone sont stables maintenant,
sauf RDC. En RDC, on note également des trafics
multiples alimentant le conflit et ayant trait à la
nourriture (thé, poissons, riz.), aux produits
pharmaceutiques, aux véhicules, au carburant, aux
gibiers, aux bois tropicaux, etc. Ces trafics favorisent
et entretiennent les conflits locaux et se joignent aux
trafics autour des diamants, cuivre, et autres richesses
minérales dans le Kivu et le Katanga par exemple.
Autour du trafic de l’uranium, on observe souvent des
prises d’otages et pression sur les mines au Niger. En
effet, sept (7) salariés d’Areva enlevés en septembre
2010, dont trois (03) relâchés en avril 2011, avec
Ibid., p. 14.
351
352
Voir Joseph Vincent NTUDA EBODE, « Les enfants soldats
dans les crises africaines : entre logique militaire et stratégies
politiques », Guerres mondiales et conflits contemporains, n°
222, 2006, pp. 111-119.

199
deux (2) otages tués en janvier 2001.

Tableau 4 : Rôle différencié des ressources


naturelles dans la conflictualité
Filières Concentration Dissémination
territoriales
Internationales/ Guerres énergétiques : Guerres de
régionales hydrocarbures. État pillage minier,
rentier et filières
investissements artisanales :
lourds. Liens diamant, coltan,
oligopoles/appareils or. Économie de
d’État. Opposition guerre militarisée,
gouvernement/rebelle main-d’œuvre
s. Enjeux des élevée ; armées et
puissances. Sécession milices à base
ou autonomie ethnique et
(Casamance, Ogaden, nationale. Rôle
delta du Niger) des réseaux.
Angola, Congo, Liberia, Sierra
Niger, Nigeria, Leone, RDC.
Soudan, Tchad (Kivu, Katanga)
Nationales/locales Guerres Guerres de trafic,
environnementales ; commerce
ressources rares du illicite : drogue,
sol : eau, terres rançons.
arables, forêts, Seigneurs de la
pâturages, guerre, réseaux
allogènes/autochtones terroristes.
. Milices, bases Économie de
régionales. Darfour marché de guerre,
(+ pétrole), Côte- État failli (non-
d’Ivoire, Rwanda. droit, fiscalité,
douane, contrôle
territoire). Cas de
la Somalie

Source : Philippe HUGON, « Le rôle des ressources naturelles


dans les conflits armés africains », Hérodote, n° 134, 2009, p.
71.

200
Ainsi, certains exemples de conflits frontaliers
liés aux ressources naturelles sont très illustratifs de
ces conflits353 :

– Le Conflit de la péninsule de Bakassi : datant


de 1981, cet important contentieux frontalier bilatéral
est réactivé en 1994 puis en 1996. Il oppose le
Nigeria au Cameroun et concerne le tracé des
frontières de part et d’autre de la péninsule. Après
être passés par des conflits armés limités, les deux
pays ont porté le litige devant la CIJ. Celle-ci a
reconnu en octobre 2002 la souveraineté du
Cameroun sur cette péninsule 354. Ce territoire,
anciennement administré par le Nigeria, est riche en
hydrocarbures et en ressources halieutiques qui
étaient à la base du conflit. La récupération par le
Cameroun de la péninsule le pousse à demander aux
Nations Unies de reconsidérer le tracé de ses
frontières maritimes avec la Guinée équatoriale, dans
la zone comprise entre la péninsule récupérée et le
nord-ouest de l’île de Bioko qui fait partie de la
Guinée équatoriale ;
– En Afrique Centrale, la Guinée Équatoriale et
le Gabon sont brouillés par un différend frontalier
portant sur la souveraineté des îlots de Conga,
Cocotier et de Mbanié. Le conflit date des débuts des
années 70, mais les récentes découvertes de
353
Abdelhak BASSOU, « Ressources naturelles et réalités
géopolitiques de l’Afrique », Policy Brief, PB-17/19, OCP Policy
Center, Mai 2017, p. 4, disponible in
https://www.policycenter.ma/sites/default/files/OCPPC-
PB1719.pdf.
354
Voir Eustache AKONO ATANGANE, « Le Cameroun : 50
ans de « reconquête » de son espace territorial. (Une lecture
géopolitique de la dynamique territoriale de l’État du
Cameroun) », in Ebale Raymond, Regard pluriel sur le
cinquantenaire de l’indépendance, Yaoundé, Clé, 2013, pp. 235-
254.

201
gisements d’hydrocarbures exacerbent les tensions et
les crispations des États sur leurs positions. Même
dans les cas de solutions négociées, chacun des États
durcit sa position pour obtenir le maximum de
concession de l’autre. Encore une fois, les ressources
naturelles marquent les réalités géopolitiques et
impactent les relations politiques et les suspicions de
voisinage.
Par ailleurs, les tensions autour des richesses
naturelles ne se limitent pas aux relations entre États
africains ; même à l’intérieur d’un même État. Les
régions où se concentrent les richesses naturelles ont
tendance à vouloir s’approprier la meilleure part et
priver les autres régions. Il en naît des tensions
internes surtout de la part des régions démunies qui,
au nom de la solidarité nationale, réclament leurs
parts de ces ressources jugées appartenir au pays tout
entier et non à la seule région qui les recèle.
Sur cet aspect de la géopolitique, l’Afrique
connaît et a connu dans son histoire récente plusieurs
exemples qui étayent cette tendance au séparatisme
qui mine les efforts d’intégration, de coopération et
de développement :
– Le Biafra, région orientale du Nigeria, avait
fait sécession en se proclamant État indépendant sous
la dénomination de « République du Biafra » en
1967. Il s’en est suivi une guerre civile sanglante
jusqu’en 1970. Là aussi, et en dépit des arguments
ethniques avancés, on ne peut feindre d’ignorer que le
Biafra renferme les deux tiers des réserves pétrolières
du Nigeria, premier producteur africain – dépassé
dernièrement par l’Angola- et que le contrôle de cette
richesse n’est pas étranger à l’action séparatiste.
– Depuis 1982, le Sénégal est confronté à une
rébellion sécessionniste en Casamance où le groupe
indépendantiste armé Diola a mis sur pied le

202
Mouvement des forces démocratiques de Casamance
(M.F.D.C.). À la fin des années 1990, des milliers de
personnes ont trouvé la mort et plus de 20 000
Sénégalais ont fui la région. L’armée sénégalaise est
déployée, et les combats persistent jusqu’à la
signature d’un cessez-le-feu en 1993. Plusieurs
prétextes peuvent être avancés, mais force est de
constater que la zone agro écologique de la Basse et
Moyenne Casamance dispose d’un fort potentiel en
ressources naturelles avec d’importantes ressources
hydriques, fauniques, forestières (formations
forestières les plus importantes du pays) et
halieutiques. La disponibilité et l’abondance de
richesses locales ne sont pas étrangères aux ambitions
séparatistes.
– Entre 1946 et 1998, la République
Démocratique du Congo, l’ex-Zaïre, a été déstabilisée
par plusieurs conflits sécessionnistes (Katanga, Haut
Congo, Kwilu, Kasaï, Kivu…) Elle a connu 24
tentatives de sécession. Aujourd’hui, il devient clair
que ces conflits tournent autour des ressources
naturelles. C’est ce qu’affirme le Programme des
Nations unies pour l’environnement (PNUE).
L’exploitation illégale de ces ressources (or, bois,
ivoire et minerais) se chiffre à 1,3 milliard de dollars
par an. Ce n’est pas aux groupes armés que va tout
cet argent. Il est en grande partie capté par des gangs
criminels transnationaux notamment basés en
Ouganda, au Rwanda et au Burundi. Les ambitions
séparatistes ont cédé la place au crime transnational
dont les réseaux alimentent et équipent les groupes
armés sous différents prétextes pour créer le désordre,
les conflits et les absences de pouvoir utiles à leurs
activités criminelles.
– La naissance du sud/Soudan est un exemple
des plus illustratifs de l’impact des ressources

203
naturelles sur la géopolitique. Le sud du Soudan,
riche en pétrole avait très tôt cherché à se séparer du
Nord. Ayant obtenu effectivement son indépendance
depuis 2011, ces mêmes richesses deviennent le
moteur d’une guerre civile entre composantes
sudistes qui non seulement menacent de ruine la
nouvelle entité, mais constituent aussi un risque de
déstabilisation de toute la région355.

II. Déplacements des populations et pression


politique
Il s’agit ici d’examiner séparément les
déplacements des populations (1) et la pression
politique (2) comme facteurs susceptibles
d’engendrer des conflits en Afrique subsaharienne.

1. Les déplacements des populations


De par son histoire, l’Afrique est un continent
marqué par l’instabilité et la mobilité des populations.
On peut encore aujourd’hui observer les effets des
grandes migrations historiques. Ainsi les Bantous ont
investi presque la totalité de l’Afrique du Sud il y a
de cela 2000 ans. Plus proche, la traite a
profondément modifié la géographie de la population
en Afrique. Ces migrations ont été très perturbantes
pour le devenir du continent. Se sont opposés alors
des espaces refuges et des espaces vidés de leur
population également les mouvements successifs des
populations Loubas au Congo ou encore le Grand
Trek des Boers. Dans ce cadre, les déplacements de
population constituent en eux-mêmes un facteur de
bouleversement de la disposition spatiale des
populations et source conflit supplémentaire
d’occupation.
355
Ibid., p. 5.

204
Dans son rapport 2010356, le Haut-Commissariat
des Nations Unies aux Réfugiés (UNHCR), indique
que l’Afrique subsaharienne abrite toujours des
populations réfugiées de longue date, car certains
pays sont sujets à des conflits politiques ou ont des
difficultés à soutenir leur effort de redressement post-
crise357. La crise économique mondiale, en
provoquant la hausse du prix des produits de
première nécessité, a rendu vulnérables les
populations, en particulier les déplacés. Ces
problèmes ont entraîné une augmentation des
mouvements migratoires à l’intérieur du continent.
Selon la même source, environ 150 000 réfugiés
principalement ivoiriens, ghanéens, libériens,
mauritaniens, sénégalais et togolais, sont dispersés
dans plusieurs pays d’Afrique occidentale, à la fois
dans les campagnes et dans les zones urbaines 358. Par
ailleurs, le rapport souligne que l’équilibre politique
précaire qui caractérise plusieurs pays influe sur les
priorités des États et sur la capacité à préparer des
solutions durables.
En prenant l’exemple également de la Côte
d’Ivoire, pendant les vingt premières années de son
indépendance, cet État tirait ses principales recettes
de l’exportation du cacao dont le pays est le premier
producteur mondial, du café (troisième producteur
mondial), du bois, et du coton. Ce commerce
extérieur a permis au pays d’avoir une croissance
économique soutenue que certains ont qualifiée de

356
UNHCR, Aperçu opérationnel sous-régional 2010 – Afrique
occidentale, 2010.
357
Benjamin ZANOU, « Conflits internes et déplacements de
populations en Afrique : le cas de la côte d’ivoire », disponible in
https://uaps2011.princeton.edu/papers/110019, consulté le
15/06/2019 à 23h40mn.
358
Ibid.

205
« miracle ivoirien »359. Le niveau de développement
de la Côte d’Ivoire va attirer de nombreux
ressortissants des pays voisins, notamment des
Burkinabè, Maliens et Guinéens. Ils sont installés à
majorité dans la zone forestière au sud du pays
comme main d’œuvre agricole dans les plantations
industrielles et villageoises. Avec la facilité d’accès à
la terre, certains deviendront par la suite, des
producteurs agricoles.
En 2015, les conflits ont contraint plus de
2,4 millions de personnes à fuir leur foyer dans 14
pays d’Afrique, ce qui place cette dernière au
deuxième rang des continents les plus touchés par les
déplacements liés à la violence armée, juste après le
Moyen-Orient. Le Nigeria totalisait plus de 30 % de
ces mouvements de population et la République
démocratique du Congo (RDC) 25 %. Comme le
montre le graphique 1, la violence a forcé plus de 736
000 personnes à quitter leur foyer au Nigeria durant
l’année, soit bien plus que dans les autres pays
africains360. Le fait que, dans certains pays, les
personnes nouvellement déplacées en 2015
représentent une part significative de la population
totale est révélateur de l’ampleur du défi qui attend
les gouvernements nationaux : en République
centrafricaine (RCA), elles représentaient plus de 4 %
de la population et, en Libye et au Soudan du Sud,
presque 2 %.361.
À cet égard, la violence et l’insécurité en

359
Ibidem.
360
Observatoire sur les situations de déplacement interne (IDMC)
et Conseil Norvégien pour les réfugiés (NRC), Les déplacements
internes en Afrique, Rapport sur les déplacements internes en
Afrique 2016, p. 7, disponible
https://www.refworld.org/cgi-bin/texis/vtx/rwmain/opendocpdf.p
df?reldoc=y&docid=584ec2e64, consulté 16/06/2019 à 22h50mn.
361
Ibid.

206
Somalie, au Soudan du Sud et au Soudan ont
contribué à maintenir des niveaux de déplacement
élevés en Afrique orientale. Le nombre de personnes
touchées a chuté à la suite d’évolutions positives
survenues en 2011 et 2012, avant de remonter après
la reprise des combats au Soudan du Sud en
décembre 2013362. Après avoir atteint des sommets en
2014, les nouveaux déplacements ont connu une forte
baisse, essentiellement au Soudan du Sud. Cependant,
cette décrue ne s’est pas accompagnée de retours
massifs, ce qui suggère que les personnes les plus
exposées à la violence avaient déjà quitté leur foyer et
étaient incapables de rentrer chez elles 363. Le Soudan
du Sud, le Soudan et la RDC font partie des dix pays
les plus touchés par les nouveaux déplacements
internes à l’échelle mondiale. La Somalie a vu
d’anciens réfugiés rentrer au pays pour y finir
déplacés en 2016. En effet, plus de 24 600 Somaliens
ont été rapatriés du Kenya entre janvier et octobre
2016, en vertu d’un accord entre l’Agence des
Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) et les
gouvernements kenyan et somalien364. En Afrique
centrale, de nouvelles vagues de déplacements ont
suivi les regains successifs de violence en RDC et le
conflit qui a éclaté en RCA à la fin de 2012. En
Afrique de l’Ouest, les pics observés ont coïncidé
avec la crise postélectorale qui a déchiré la Côte
d’Ivoire en 2010-2011 et, à partir de 2013, la montée
de la violence provoquée par l’insurrection de Boko
Haram au Nigeria.
Historiquement, l’Afrique subsaharienne a
toujours regroupé entre 10 et 20 % des réfugiés dans
le monde. Ceci traduit bien la crise politique profonde

362
Ibid., p. 8.
363
Ibid.
364
Idem.

207
que traverse le continent. En prenant exemple sur le
conflit rwandais de 1994, on peut comprendre les
mécanismes de fuite et de militarisation dans les
camps qui sont suivis de tentatives de reconquête du
pouvoir. Ce conflit a mené sur les routes et dans les
camps de réfugiés jusqu’à 1 million de personnes en
1994. Dans les camps du Kivu (RDC) par exemple,
ces migrations forcées ont créé des « abcès de
fixation de tous les dangers », car c’est dans les
camps même que militaires et miliciens ont cherché à
reconstruire des forces armées. Quand les camps du
Kivu furent éliminés, 5 à 600 000 réfugiés
retournèrent au Rwanda, 3 à 400 000 furent
massacrés, et d’autres s’enfoncèrent dans la forêt
pour devenir mercenaires au Congo, en Angola ou en
République centrafricaine365. Dans ce cadre, les
déplacements de population constituent en eux-
mêmes un facteur de conflit supplémentaire. C’est le
même processus au Liberia où l’on a « mise sur le
marché » de soldats sans avenir qui agissent
aujourd’hui dans l’ouest de la Côte-d’Ivoire du côté
de l’armée gouvernementale.

2. La pression politique
La pression politique liée aux conflits en Afrique
subsaharienne à laquelle les populations font
généralement face concerne : la corruption
endémique qui est aujourd’hui considérée comme
normale ou un mode vie, le déficit démocratique de
365
Voir à cet effet, Roland POURTIER, « Le Kivu dans la
guerre : acteurs et enjeux », EchoGéo, 2009, disponible in
https://journals.openedition.org/echogeo/10793, consulté le
18/06/2019 à 16h11mn ; voir le même auteur, « Exploitation
minière et conflits au Kivu », Café-géographique du mardi
23 novembre 2010, disponible in
http://cafe-geo.net/wp-content/uploads/CR-Exploitation-mini %C
3 %A8re-et-conflit-au-Congo.pdf.

208
certains États et l’instrumentalisation des ethnies ou
religions, comme au Nigeria (Noël 2011) ou en Côte
d’Ivoire (années 1990-2000, jusqu’au conflit de
2011) et dans les Grands Lacs (Hutus et Tutsis,
Rwanda et Burundi après 1994)366.
En réalité, les facteurs de la transformation des
conflits en Afrique subsaharienne liés à la pression
politique sont : un système politique défaillant, une
justice souvent inefficace et défaillante et les
difficultés d’ordre socio-économique367. Le système
politique défaillant fonctionne par
l’instrumentalisation politique des divisions ethniques,
la monopolisation du pouvoir par une petite minorité et
oppression de la population. La justice dans certains
États est corrompue, il est très difficile pour les
minorités et les pauvres de faire valoir leurs droits et
d’obtenir gain de cause lorsque leurs droits sont
bafoués ou lorsqu’elles sont victimes de violences. La
situation du Rwanda est illustrative à ce propos. En
effet, le génocide de 1994 a causé des dégâts
considérables à tous niveaux et la justice ordinaire
s’est retrouvée seule à devoir gérer les innombrables
conséquences juridiques d’un massacre sans
précédent : des milliers de personnes attendaient et
attendent toujours que justice soit faite tandis qu’une
multitude d’autres espère être réhabilitée. Dans de
telles circonstances, les institutions et la justice

366
Geobunnik, « Les conflits en Afrique », op. cit.
367
Nathalie COOREN, « Les enjeux de la transformation des
conflits et de la construction de la paix dans le sud de l’Afrique et
dans la région des Grands Lacs. Difficultés, défis, solutions
novatrices », Fiche de conclusion transversale Atelier : Quels
défis majeurs pour la transformation des conflits et la
construction de la paix dans la Région des Grands Lacs et le sud
de l’Afrique ?, Johannesburg, Mai 2007, disponible in
http://www.irenees.net/bdf_fiche-conclusions-9_fr.html, consulté
le 18/06/2019 à 23h45mn.

209
ordinaire ont vite été dépassées368.
S’agissant des difficultés socio-économiques,
elles concernent l’accès, attribution, répartition des
terres, l’exploitation des ressources et leur
distribution inégalitaire. Il s’agit ici des éléments que
nous avons mentionnés plus haut dans nos analyses.
Concernant le problème de la terre et de sa
répartition, au Rwanda la difficulté vient du manque
de surfaces cultivables. Depuis 1959, la peur de
manquer de terres n’a cessé d’alimenter une
« hostilité ethnique » qui a atteint son paroxysme
avec le génocide de 1994369. Au Swaziland, la
majorité des terres appartient au roi entraînant ainsi
une forte dépendance de la population vis-à-vis du
régime en place. En conséquence, les coutumes et
traditions liées à la terre sont parfois en contradiction
avec le contenu même de la loi370.
Enfin, en RDC, le problème de la terre concerne
essentiellement les femmes qui n’ont légalement pas
le droit d’en posséder : en effet, elles sont soumises
aux systèmes patriarcaux de propriété et d’héritage
des ressources au sein de la famille qui entretiennent
l’inégalité des sexes et interdisent à la femme l’accès
à la terre. Cette situation constitue un obstacle à leur
émancipation et contribue au creusement de la
pauvreté dès lors qu’il leur est impossible d’accéder
au revenu indépendamment de leur mari 371. De plus, il
semble, au travers des différentes discussions, qu’au-
delà de la nature de l’État ou du modèle de régime en
place, l’une des difficultés auxquelles doivent faire
face les différents pays d’Afrique tient à la
redistribution des ressources disponibles.

368
Ibid.
369
Idem.
370
Ibidem.
371
Ibid.

210
211
Conclusion du chapitre

Pour conclure, ce chapitre, qu’ils soient d’ordre


culturel, économique, politique ou social, les conflits
armés en Afrique subsaharienne, depuis la fin de la
guerre froide à l’avènement du processus de
démocratisation, vont se dérouler de plus en plus à
l’intérieur du territoire, mettant en prise des groupes
armés qui s’opposent aux forces gouvernementales.
Dès lors, ils sont en passe de devenir un fléau qui
ralentit la mobilité de ce continent vers le
développement. En effet, ce chapitre aborde la
question générale des relations dialectiques entre
ressources et conflits en soulignant qu’il n’y a pas de
relation de causalité simple, tout conflit étant
multidimensionnel. Les réponses apportées à cette
question ont varié en fonction d’une grille de lecture
portant la marque de l’histoire, des idéologies et
autres manières de penser : pillage des ressources
naturelles, la violence et la mal gouvernance. Aucune
de ces approches ne suffit à elle seule à la
compréhension de situations caractérisées par leur
complexité.

En réalité, les conflits internes, devenus de plus


en plus fréquents sur le continent africain, sont de

212
véritables problèmes de population. Au-delà des
souffrances physiques et morales endurées par les
personnes déplacées, c’est tout l’appareil économique
du pays qui se trouve plombé quand la crise prend de
l’intensité et atteint son paroxysme. Aucun domaine
socioéconomique et culturel n’y échappe souvent. La
santé, l’éducation, l’emploi sont touchés à des degrés
divers. En ce qui concerne les déplacés internes, des
structures d’accueil n’étant souvent prévues, ils se
sont retrouvés dans des situations difficiles, que ce
soit dans les centres de transit ou dans les ménages
d’accueil. Quant aux réfugiés, ils vivent aussi leur lot
de souffrances malgré la présence de l’aide
humanitaire.
Au-delà des conséquences environnementales et
structurelles qu’ils entraînent, ces conflits provoquent
l’exode des milliers de personnes qui sont forcées à
quitter leur lieu de résidence pour trouver un abri à
l’intérieur ou à l’extérieur du pays. Les violences
menées à l’égard des femmes, les traitements
inhumains et dégradants infligés aux enfants, les
atrocités qui accompagnent ces conflits, participent à
la destruction du tissu social des pays concernés et
ceux qui leur sont limitrophes. La cohésion nationale
étant mise en mal, la méfiance pèse dans toutes les
actions de développement.
En outre, le terrorisme est d’abord ici un mode
de guerre irrégulier, en ce sens qu’il n’est pas le
produit de la «  folie  » ou de la «  barbarie  », deux
catégories n’ayant que peu de valeur heuristique en
études stratégiques, pas plus qu’il n’est lié
spécifiquement à la religion. Logiquement, le
terrorisme n’est pas non plus assimilable à la
criminalité, même si des passerelles peuvent exister
entre eux. Cette dernière a pour motivation première
le lucre et des gains matériels : si la violence qui peut

213
être déployée est importante et que les organisations
criminelles peuvent chercher une protection politique,
leur but premier n’est pas politique. Ensuite, en
considérant que le terrorisme est le fait de groupes
non étatiques visant des civils ou des infrastructures
civiles, un groupe irrégulier attaquant des forces
armées, fût-ce avec un véhicule piégé ou des
ceintures d’explosif, ne fait pas du terrorisme, mais
de la guérilla. In fine, le terrorisme est donc une
forme d’action armée, qui dépasse la seule violence
politique, dès lors qu’il s’intègre dans un schéma
d’action proprement stratégique, devant atteindre des
fins et articulant des voies et moyens. De facto, la
stratégie théorique considère le terrorisme comme
l’une des composantes de la guerre irrégulière, avec
la guérilla, l’insurrection ou encore la guerre des
partisans, au sens contemporain372.
Par ailleurs, la violence contre les civils est
également utilisée en relation avec un autre facteur
stratégique : l’instrumentalisation de l’ethnicité (et
parfois de la religion). L’ethnicité est souvent vue
comme un élément central des conflits en Afrique. Et
il est vrai que le sentiment de l’identité ethnique est
extrêmement développé dans certaines parties du
continent, en particulier dans des pays comme le
Rwanda, où il a été encouragé, stimulé, et en partie
modelé par les puissances coloniales, qui y voyaient
un moyen supplémentaire de contrôle politique. Au
Soudan, l’exclusion instituée par l’État, ainsi que
d’autres formes de discrimination faites sur des bases
culturelles et religieuses, est au cœur de la guerre
civile. Mais l’exploitation des divisions ethniques par
les dirigeants africains doit être envisagée dans un
contexte d’extrême faiblesse politique et économique
372
Voir à ce propos Joseph HENROTIN, Techno-guérilla et
guerre hybride. Le pire des deux mondes, op. cit.

214
des États. Pour les dirigeants et les opposants de ces
Etats faibles, le recours au critère ethnique en tant
que stratégie de pouvoir présente de grands
avantages. Il offre une nouvelle source de légitimité
là où le nationalisme et l’idéologie politique ont
échoué.

215
Deuxième partie
Configurations et représentations
géopolitiques des conflits en
Afrique

La vision des conflits en Afrique dans un monde


postérieur à la Guerre froide et au 11 septembre
dépasse largement les représentations classiques ou
traditionnelles qu’on avait jusqu’ici sur le continent 373.
Il s’agit aujourd’hui d’identifier les conflits, avec une
approche inédite, en prenant en compte les territoires,
non plus par leur position dans l’espace, mais au
travers des mutations géopolitiques, géoéconomiques
et sociales qui les affectent. Pour Achille Mbembé,
l’Afrique post-guerre froide est un « ghetto
stratégique » d’où émerge une recomposition
territoriale qui s’organise sans les États et fait
apparaître des formes de souveraineté inédites 374.
Dans ce contexte, pour lui, la « diagonale des zones
373
Avant la fin de la guerre froide, les interprétations des conflits
en Afrique s’appuyaient sur les schémas anciens tels que les
limites frontalières héritées de la colonisation et les découpages
régionaux.
374
Cf. Achille MBEMBE, « Les frontières mouvantes du
continent africain », Le Monde diplomatique, Novembre 1999,
pp. 22-23.

216
de guerre »375 s’étend de la Corne de l’Afrique à
l’Atlantique, via l’Angola et le Congo-Brazzaville, en
traversant la région des Grands Lacs et le Congo.
Avec le printemps arabe de 2011, qui a conduit
au renversement du régime de Mouammar Kadhafi,
on assiste à un bouleversement profond de la vision
des conflits en Afrique et de leur cartographie. La
« diagonale des conflits » s’est déplacée vers le nord
et la zone de forte turbulence s’étend désormais sur
une large bande allant de l’Afrique de l’Ouest à la
Corne. Ce bouleversement permet d’identifier de
nouvelles territorialités, en prenant en compte les
régimes autoritaires et des situations de chaos et de
guerre comme en Libye, mais aussi en Syrie et au
Yémen désormais étroitement lié au continent
africain par le développement du mouvement
djihadiste international. De plus, les territoires qui
regroupent l’essentiel des richesses minières et
pétrolières, autrement dit l’Afrique « utile »376 et dont
l’État se désagrège, font place à de « nouvelles
formes de territorialité qui se superposent,
s’affrontent ou se neutralisent mutuellement »377. Les
États affaiblis se voient contraints de partager le
contrôle des territoires avec d’autres acteurs, groupes
armés, paramilitaires ou entreprises multinationales.
Ce qui nous amène à examiner les acteurs et leurs
modes opératoires dans les conflits contemporains en
Afrique (Chapitre 3).
Par ailleurs, l’analyse des représentations des
différents acteurs d’une situation géopolitique montre
combien qu’il est important dans la démarche
géopolitique de faire apparaître les visions

375
Ibid.
376
Pour les pays développés ou les grands pays émergents.
Ibidem.
377
Idem.

217
contradictoires répondant à la logique des acteurs.
Pour analyser les cadres de référence des acteurs, la
démarche implique de répertorier les représentations
géopolitiques contenues implicitement dans les
discours des acteurs d’une situation géopolitique
précise. Ainsi, « le choix de la méthode géopolitique
part de l’hypothèse que la question des rapports de
pouvoirs et d’influence et de leur traduction spatiale,
c’est-à-dire l’illustration sur des cartes et des schémas
géopolitiques des représentations géopolitiques et des
stratégies territoriales associées, est fondamental pour
comprendre une situation géopolitique »378. À cet
effet, on propose une restitution graphique des mots
clés utilisés par les acteurs afin de vérifier leur
rapport à la réalité dans l’action politique concrète.
Parfois sur les cartes, d’autres fois à l’aide de
schémas géopolitiques, enfin par des chronologies,
afin de synthétiser et de comprendre les enjeux
géopolitiques principaux par cet effort graphique.
Le but consiste ici à contribuer à une meilleure
compréhension du caractère ambigu et dynamique
des stéréotypes dans les représentations géopolitiques
concernant l’auto-identification et les identités
prêtées aux autres dans les conflits en Afrique
(Chapitre 4). Il s’agit d’examiner la production et la
reproduction des stéréotypes nationaux comme le
sentiment national, la mal gouvernance, l’économie
des matières premières et des minerais, les risques
financiers, le taux de mortalité, etc.

378
Pierre-Emmanuel THOMANN, « Cartographie géopolitique : la
cartographie des représentations », CFC, n° 231-232 Mars-Juin
2017, p. 79.

218
Chapitre III
Acteurs et leurs modes opératoires
dans les conflits en Afrique

Les conflits contemporains qui secouent les États


africains ont un impact négatif sur la stabilité, le
développement économique et démocratique et le
respect des droits de l’homme dans la région. Les
conséquences sur la population civile et leur sécurité
sont souvent désastreuses. D’ailleurs, dans le passé
comme aujourd’hui, il y a eu divers acteurs aux
niveaux national, régional et international impliquer
dans les conflits en Afrique. La plupart de ces conflits
contemporains tournent de la criminalité
transnationale organisée, de la sécurité maritime, du
terrorisme, de la rébellion, des conflits liés aux
ressources naturelles, etc. Ces conflits prennent
souvent une dimension régionale avec les liens
historiques, culturels, sociologiques et économiques
et nécessitent une approche commune des États

219
africains. Dans ce cadre, l’émergence des conflits est
souvent la résultante de la faiblesse des États
africains379 et les gestions nébuleuses dans la
répartition et le partage des ressources, non seulement
en termes d’ingérence d’acteurs extérieurs, mais aussi
au sein même des États africains.
De plus, ces conflits risquent de dégénérer
davantage, surtout si les Etats n’adoptent pas et ne
mettent pas en pratique une démarche inclusive et
participative dans la gestion de la chose publique
voire des ressources naturelles, évitant ainsi toute
forme de discrimination et d’exploitation des
populations locales. Dans cette perspective, il ne faut
pas seulement poser le problème sous l’angle du
partage et de la répartition des ressources, mais il faut
aussi prendre en considération les impacts
environnementaux et sociaux occasionnés par la
rareté ou l’épuisement des ressources naturelles sans
oublier les problèmes de santé des populations qui ne
sont pas toujours bien prises en charge par les États.
Et tout ceci est source potentielle de conflits. À cet
effet, chaque acteur à un conflit développe de
nouvelles stratégies et ingénieries de mobilisations
locales et transfrontalières pour l’accès aux richesses
ou à la privatisation de l’État.
Dans cette dynamique, les frontières sont dotées
d’un rôle ambivalent pour les acteurs à la fois
étatique et non étatique. D’abord, comme lieux de
conquêtes du pouvoir et ensuite, comme des espaces
matériels fragiles de souveraineté politique 380. Ainsi,
379
Il a été́ relevé́ la faiblesse des États africains qui doit être
nécessairement résolue afin qu’’ils puissent jouer un rôle plus
actif dans la résolution de leurs propres conflits.
380
Cf. Jean-Marc SEGOUN, « Identités transfrontalières et
conflits armés en Afrique de l’ouest : quels enjeux pour la
cohésion sociale durable au Libéria et en côte d’ivoire »,
disponible in https://cqegheiulaval.com/identites-

220
ce chapitre essaie de comprendre la nature des acteurs
et leurs modes opératoires dans les conflits en
Afrique. Il s’agit aussi de comprendre dans une
approche réaliste les logiques d’accumulation de
puissance, de recherche de la prospérité afin
d’acquérir l’indépendance stratégique. À cet effet,
ceci nous conduit à analyser non seulement la nature
des acteurs ou des parties prenantes des conflits en
Afrique (Section 1), mais également leurs modes
opératoires (Section 2).

SECTION I : ACTEURS, PARTIES


PRENANTES
DES CONFLITS EN AFRIQUE
L’analyse des parties prenantes est une méthode
qui permet de comprendre un système de conflit 381 en
identifiant ses principaux acteurs ou parties prenantes
et en évaluant leurs intérêts respectifs dans un
contexte conflictuel donné. Dans le domaine des

transfrontalieres-et-conflits-armes-en-afrique-de-louest-quels-
enjeux-pour-la-cohesion-sociale-durable-au-liberia-et-en-cote-
divoire/, consulté 18/09/2019 à 10h21mn.
381
Le concept de système de conflits est issu de l’analyse et du
suivi des dynamiques de certains conflits contemporains,
notamment ceux qui ont marqué le continent africain à partir des
années 1990. Un système de conflits se comprend comme un
ensemble de conflits, de causes, de formes et de territorialités
distinctes, mais qui finissent par s’articuler et s’alimenter sous
l’effet de leur proximité, de leurs évolutions ou des alliances
tissées par des acteurs divers dont les intérêts convergent. Cf.,
Michel LUNTUMBUE, « Groupes armés, conflits et
gouvernance en Afrique de l’Ouest : Une grille de lecture », Note
d’Analyse du GRIP, 27 janvier 2012, Bruxelles, p. 3, disponible
in
www.grip.org/fr/siteweb/images/NOTES_ANALYSE/2011/
NA_2012-01-27_FR_M-LUNTUMBUE.pdf.

221
conflits, l’analyse des parties prenantes sert à cerner
leur complexité, les intérêts des parties prenantes et
leurs objectifs et les relations d’interdépendance,
souvent difficiles, qui existent entre elles. Par acteurs,
il faut considérer tous ceux qui agissent, avec une
certaine intentionnalité, mais aussi une capacité
d’action et des compétences ou au mieux, tous ceux
(individus ou structures) « élaborant, exprimant et
traduisant en actes des intentions »382. Alors on
entendra par acteurs, au sens géopolitique, toute
entité qui élabore des représentations territoriales, qui
expriment ces représentations (le cas échéant, des
revendications), agit sur un territoire et entre en
compétition avec d’autres acteurs pour la domination
ou le contrôle sur celui-ci383. Il peut s’agir donc à la
fois d’individus, de groupes privés, de groupes
politiques. Les acteurs interagissent et ont des
comportements parfois rationnels, parfois non. Enfin,
ils sont des acteurs spatiaux, car ils marquent
l’espace.
L’analyse des acteurs ou parties prenantes à un
conflit peut servir à :
– déterminer les acteurs concernés (parties
prenantes) ;
– étudier leur légitimité ;
– comprendre le comportement des acteurs
principaux entre eux et envisager les coalitions
éventuelles ;
– évaluer le niveau de participation escompté
pour chaque acteur ;
– cerner les avantages réciproques.
La description devrait tenir compte de leur
niveau d’influence dans le conflit en question ainsi

382
Stéphane ROSIÈRE, Géographie politique et Géopolitique,
Paris, Ellipses, 2003.
383
Ibid.

222
que de leur pouvoir sur le processus et l’évolution du
conflit et sur ses résultats. Parmi les caractéristiques à
prendre en considération, on peut mentionner la
puissance militaire, la capacité de nuisance, le
pouvoir économique, la force idéologique et les liens
historiques. Cependant, la tâche de déterminer les
principaux acteurs d’un conflit est l’une des plus
importantes et des plus difficiles. En effet, la
participation des parties prenantes au conflit peut être
directe ou indirecte. Les parties prenantes sont
impliquées directement si leurs intérêts et leurs
besoins font partie de l’enjeu du conflit et si elles y
participent activement. Les parties prenantes sont
impliquées indirectement si elles sont touchées par
les décisions prises, mais n’ont aucune possibilité
d’agir pour les influencer. Il est donc essentiel de
comprendre pour quelle raison et dans quelle mesure
les parties prenantes sont impliquées, si l’on veut
mesurer l’intensité d’un conflit. Par ailleurs, on
considère que l’intensité d’un conflit est élevée si de
nombreuses parties prenantes sont directement
intéressées : lorsque les besoins fondamentaux font
l’objet d’un conflit, les risques de violence directe
augmentent considérablement. À cet effet, il faut voir
que les conflits en Afrique ne concernent pas que les
armées ou les États aujourd’hui, une multitude
d’acteurs existent, qu’ils soient politiques,
économiques, collectifs ou individuels.
Ainsi, deux (2) catégories de parties prenantes aux
conflits sont identifiées aujourd’hui en Afrique
subsaharienne : une première comprend les États
africains et étrangers et une seconde composée des
acteurs qui inscrivent l’État comme un contre-modèle
ou un concurrent (organisations extraétatiques :
guérillas, pirates et terroristes). À cet égard, la présente
section est un examen général à l’étude des parties

223
prenantes dans les conflits en Afrique au sud du
Sahara. Elle se développe en points majeurs, l’un
consacré à l’analyse des acteurs internes ou africains
(I) et l’autre aux acteurs extérieurs ou non africains
(II).

I. Les acteurs internes ou africains des conflits


Les conflits en Afrique subsaharienne sont avant
tout le fait de la carence et des luttes pour le contrôle
de l’État. En effet, la configuration des États
d’Afrique au sud du Sahara à partir du modèle l’État-
nation n’est pas abouti, car dès leur indépendance ces
États ont essayé de fonder des nations en se référant
aux frontières héritées de la colonisation qu’il a fallu
accepter. Ceci a eu pour conséquence première la
multiplication des Etats faillis, faisant de l’État
africain un facteur de conflit à part entière au regard
de ses faiblesses structurelles. À cela s’ajoute
l’ingérence des États voisins dans les conflits internes
comme facteur conjoncturel. En outre, si toute
l’Afrique subsaharienne n’est pas à feu et à sang et
même les pays en guerre ne connaissent pas des
violences partout sur leur territoire, la plupart des
conflits en Afrique aujourd’hui sont de nature interne
avec un caractère social fort. Dans cet ordre d’idées,
on peut énumérer les émeutes de la faim, ou les
émeutes contre la vie chère, les conflits miniers, les
attentats et l’islamisme ou le djihadisme, les conflits
liés aux ressources naturelles, les conflits de
sécession et de pouvoir. Dans ce cadre, nous allons
présenter la formation des États modernes en Afrique
subsaharienne comme facteur de conflit (1) afin
d’identifier les logiques qui les accentuent les
conflits, et décrire le rôle de certains acteurs non
étatiques dans la transformation des conflits liés à
l’existence de l’État (2).

224
1. Rôle des États africains
En Occident, il y a une tendance à sous-évaluer
l’impact du colonialisme et de la guerre froide sur
l’Afrique. Or, il n’est guère possible de bien
comprendre les conflits africains d’aujourd’hui sans
s’y référer. Le colonialisme était motivé par des
intérêts commerciaux et géopolitiques, et fut imposé
par la force. Toute résistance ou rébellion des
populations y fut presque toujours punie de façon
violente, et cela se traduisit parfois par un génocide.
Les matières premières, la terre, la main-d’œuvre bon
marché étaient les principaux enjeux. L’humanisme
et la « mission civilisatrice » fournirent à l’entreprise
une justification morale et politique. Cette période a
légué à l’Afrique une culture de dépendance et
d’impuissance384. Après la Seconde Guerre mondiale
(durant laquelle nombre d’Africains combattirent
pour les puissances coloniales, comme ils l’avaient
fait en 1914-1918), la poussée vers l’indépendance
s’accéléra, si bien qu’au milieu des années 1950, la
France et la Grande-Bretagne se sentirent obligées de
se défaire de leurs colonies.
Les premiers conflits de l’« ère postcoloniale »
en Afrique ont été des guerres libération nationale. En
Angola, au Mozambique et en Guinée-Bissau, les
mouvements indépendantistes luttèrent contre le
colon portugais pour le mettre hors de ses dernières
possessions coloniales. En Namibie et en Afrique du
Sud, les nationalistes combattirent pour prendre le
pouvoir aux colons européens qui avaient, autrefois,

384
Les ramifications politiques du projet colonial du roi Leopold
de Belgique pour l’« Etat libre du Congo » se retrouvent encore
aujourd’hui dans les conflits de la région des Grands Lacs. Le
meilleur récit de cet épisode de l’histoire coloniale est à lire dans
Adam HOCHSCHILD, King Leopold’sGhost, Boston, Houghton
Mifflin, 1998.

225
conquis leur propre indépendance par rapport à la
métropole. Ce processus ne s’acheva qu’avec la fin
de l’apartheid en Afrique du Sud, en 1994.
Entre-temps, la décolonisation provoqua
inexorablement une série de conflits sécessionnistes –
au Soudan, au Congo, en Éthiopie et au Nigeria – et
au moins une guerre interétatique, celle d’Ogaden,
entre l’Éthiopie et la Somalie. Compte tenu du
caractère totalement arbitraire des frontières léguées
par le colonialisme, il est peut-être surprenant qu’il
n’y ait pas eu plus de guerres de ce type. Mais ces
conflits, qui éclatèrent dans les années 1960, 1970 et
1980, furent exploités de façon cynique par les
puissances de la guerre froide et alimentés
continuellement par des ventes d’armes massives.
Selon Jaquet Christophe PORTEOUS, en 1988, par
exemple, les exportations d’armes vers l’Afrique se
chiffraient à 4 milliards de dollars385.
De même, au sein des pays où la transition vers
l’indépendance s’est passée de façon relativement
pacifique, elle ne fut jamais facile. Nombre des
causes des conflits qui allaient émerger dans les
années 1990 résident dans l’incapacité des
gouvernements de ces nouvelles nations
indépendantes à créer des États démocratiques stables
et légitimes fondés sur des institutions fiables et
durables. Vers la fin des années 1980, l’Afrique était
devenue un continent où régnaient, pour des périodes
plus ou moins longues entrecoupées de coups d’État,
partis uniques, juntes militaires et présidents à vie.
Même si la majorité des États africains réussirent,
jusqu’en 1990, à empêcher les conflits interétatiques
ou les grandes guerres de Sécession, il en est peu qui
purent s’épargner l’instabilité politique et
385
Jaquet Christophe PORTEOUS, « L’évolution des conflits en
Afrique subsaharienne », Politique étrangère, n°2, 2003, p. 310.

226
économique386. Et c’est cette instabilité interne,
alimentée par les stratégies de courtage de la guerre
froide, qui ont nourri les nouveaux conflits des
années 1990.
À cet égard, cela a constitué, en quelque sorte, le
prolongement logique des échecs et des faiblesses des
États africains, auquel se combinait l’évolution
économique et politique liée à la fin de la guerre
froide. Ainsi, « la fin du patronage de la bipolarité, la
libéralisation économique et les nouvelles pressions
exercées par les bailleurs de fonds et les institutions
financières internationales ont ainsi provoqué un choc
fatal à beaucoup d’États africains, qui souffraient déjà
de mal gouvernance, et dont l’utilité stratégique pour
leur superpuissance alliée avait été réduite à néant du
jour au lendemain »387. Un à un, les régimes
discrédités du Liberia, de la Somalie, de l’Éthiopie,
de la Sierra Leone, du Rwanda, du Burundi et du
Zaïre s’effondrèrent sous les coups des rebelles.
Cependant, « ces attaques, en général, loin de
produire des changements de régime, se traduisirent
par la perpétuation et la régionalisation de conflits
violents, tandis que les acteurs extérieurs, africains ou
non, se trouvèrent impliqués dans ces guerres en tant
que pacificateurs, belligérants ou profiteurs – ou les
trois à la fois »388.
Dans ce cadre, l’État désigne ici un espace
politique bien délimité sur lequel fonctionnent un
gouvernement et les institutions y afférentes pour
gouverner un peuple. Cet État impose une
administration, gère le monopole de la contrainte et
développe une série des stratégies en vue d’intégrer
en son sein une société civile et les communautés

386
Ibid.
387
Ibidem.
388
Ibid., p. 311.

227
locales pour développer une conscience politique et
une unité nationale. Ainsi, en Afrique, l’État n’est pas
un produit inhérent ou spécifique, mais une
importation de la colonisation européenne en vue de
« civiliser » les Africains, de les organiser sur un
espace défini nettement pour délimiter le champ
d’influence des puissances colonisatrices. Cette
délimitation avait pour but de contrôler les
populations dans/sur/avec/parle territoire, d’asseoir
une administration moderne et d’exploiter les
ressources naturelles du sol et du sous-sol. Il était
attendu que ce processus engendre un sentiment
d’appartenir à un même territoire et sécrète une
conscience nationale. Force est de faire remarquer
qu’au fil des ans, le processus d’intégration des
communautés locales éparses ne s’est pas encore
réalisé ; d’où le repli identitaire, la remise en question
de l’État importé389 et la résurgence des conflits
autour du contrôle de l’appareil étatique.
L’État moderne est différent des clans, des tribus
et des ethnies par sa logique de fonctionnement et
d’aménagement du territoire. La relation à l’État est
juridiquement réglementée. Si cette nouvelle
structure politique d’organisation de l’espace et de
gestion de la chose publique n’est pas maîtrisée, elle
engendre des conflits d’une part entre les citoyens et
d’autre part entre ceux-ci et leur État. De cette façon,
« parmi les conflits observables et différents de ceux
décrits dans le chapitre précédent, nous trouvons dans
la littérature politique, des conflits liés au pillage des
ressources naturelles, des conflits de nationalité, des
conflits du pouvoir politique, des conflits d’identité,

389
Lire à ce propose Bertrand BADIE, L’Etat importé.
L’occidentalisation de l’ordre politique, Paris, Fayard, 1992 ;
Jean François BAYART (dir.), La greffe de l’Etat, Paris,
Karthala, 1996.

228
des conflits de gestion des recettes financières, des
conflits des migrations des populations, des conflits
fonciers et de territoire, des rébellions, des guerres
civiles, des conflits liés au recrutement des enfants
dans les rébellions et guerres civiles… »390. Dans ces
conditions, lorsqu’un conflit éclate, il met en
opposition plusieurs acteurs à la fois autour d’une
cause principale.
La révolution « par le haut »391, qui a créé les
États en Afrique, a mis ces jeunes entités politiques
dans des situations compromettantes. Dès leur
création, les États africains étaient déjà exposés à une
multitude de problèmes. Non seulement ils devaient
s’insérer dans le système international, mais aussi, ils
germaient avec des conflits intrinsèques liés à la
conjonction de plusieurs facteurs lors de leur
conception392. Les conflits de premier type en Afrique
découlent du caractère « inachevé’ » 393 des États
africains tant sur le plan intérieur qu’international.
Sur le plan interne, la légitimité des jeunes États

390
Bosco MUCHUKIWA RUKAKIZA, Antoine BISHWEKA
CIMENESA et Camille KAPAPA MASONGA, L’État africain
et les mécanismes culturels traditionnels de transformation des
conflits, Genève, Globethics.net Focus 22, 2015, p. 26.
391
– Les États africains n’ont pas été créés par la volonté des
peuples africains, ni par les forces endogènes. Ils sont issus d’un
processus historique de partition et d’occupation de l’Afrique par
les puissances européennes. La division du continent en plusieurs
ensembles territoriaux a permis aux puissances d’occupation de
faire naître des États en Afrique ; suivant le modèle européen
d’organisation politique.
392
-Lors de la délimitation des frontières actuelles des États
africains, les Puissances coloniales n’avaient pas tenu compte des
données anthropologiques des sociétés africaines. Elles étaient
mues par la volonté d’acquérir de vastes territoires d’exploration
de matières premières et de nouveaux débouchés pour leurs
industries.
393
-Zartman Ira (William), op. cit., pp. 12-21.

229
en Afrique reste fragile394. Cette légitimité est fragile
parce que récente et exposée à des agressions
internes395. En plus, elle fait l’objet autant de
contestation que de convoitise. Ainsi, selon l’analyse
de Tshiyembe Mwayila : « une crise de légitimité
affectait les premiers gouvernements, qui étaient soit
des dictatures de droit, soit des dictatures de fait
caractérisées par le clientélisme, la corruption,
l’apolitisme, et la peur comme fondement de
l’autorité »396.
La souveraineté, le droit des peuples à disposer
d’eux-mêmes, le pouvoir de retrouver l’indépendance
sont les plus grandes valeurs politiques dont un peuple
colonisé aspire397. Pour y parvenir, les individus
s’acharnent à une compétition effrénée pour prendre
part au processus et acquérir des postes de
responsabilité du nouvel État indépendant. De
nouvelles luttes s’instaurent pour maîtriser les
aboutissements des manœuvres effectuées lors de la
colonisation. Pendant la colonisation, les différents
groupes sociaux formaient des ensembles nationalistes
basés sur le territoire et avaient un ennemi commun :
le colonisateur. La menace commune disparue, les

394
– Coicaud (Jean-Marie), Légitimité et politique, Contribution à
l’étude du droit et de la responsabilité politiques, pp. 43-58,
Paris, Presses Universitaires de France, 1997, 328 pages.
395
– Jackson R. et Rosberg C.A., Personal Rule in Black Africa,
University of California Press, Berkeley et California, 1982.
Surtout le chapitre n°2, « Why Africa’s Weak States Persist ? »,
pp. 1-24.
396
-Tshiyembe Mwayila »L’Afrique des Grands Lacs
redessinée », in Les Convulsions du Monde, Le Monde
diplomatique, Manière de voir 43, Bimestriel Janvier-février
1999, pp. 78-80.
397
– D’après Guy Hévey : « De façon générale, par souveraineté,
il s’agit du pouvoir d’exercer un contrôle exclusif à l’intérieur
d’un territoire commun », in Études Internationales, p. 832, Vol.
XVI, n° 4, décembre 1985.

230
nouveaux dirigeants s’aperçoivent que les perdants et
anciens alliés se retournent contre eux, par la
prolongation des mouvements de guérilla et des luttes
politiques antiétatiques qu’ils ont déployés ensemble
avant. Les mouvements de libération non intégrés dans
les premiers gouvernements rendent le pouvoir en
place vulnérable. Ceux-ci brandissent constamment les
armes qu’ils avaient utilisées jadis contre le
colonisateur, contre les gouvernements de leur pays et
allèguent l’illégitimité de ceux-ci, des idées de trahison
par la collaboration avec l’ex-puissance colonisatrice.
Il s’instaure d’après Tchiyembe Mwayila : « Une
culture politique de la violence comme fondement de
la conquête et de maintien au pouvoir »398. Cette
compétition nationale, non démocratique, pour le
pouvoir engendre des protestataires sur la scène
politique dans l’attente d’une faille pour resurgir de
manière brutale sur la scène politique. Ce climat
politique délétère oblige les gouvernants à songer plus
à la consolidation de leur pouvoir, au détriment du
bien-être des populations, en recherchant des appuis
extérieurs. En plus, la non-représentativité des
premiers gouvernants pousse ces derniers à dévier la
compétition interne pour le pouvoir vers des pays
limitrophes qui optent pour des idéologies différentes
ou pour des options politiques divergentes. Ces pays
voisins deviennent des foyers d’asile pour les
opposants au régime qui contestent la légitimité du
gouvernement.
Au plan interétatique, les États africains
souffrent d’une délimitation approximative de leur
territoire. Dès leur accession à l’indépendance, la
quasi-totalité des États accepte le principe de
l’intangibilité des frontières héritées de la

398
-Tshiyembe Mwayila, op. cit., p. 79.

231
colonisation, sauf le Maroc et la Somalie399, qui
estiment que leur cas respectif constitue une
exception au principe. Par contre, les États africains,
à l’unanimité, acceptent l’interdiction d’accueillir des
mouvements subversifs des autres États dans leur
territoire. Au fur et à mesure que les États
s’enracinent, des problèmes de frontières surgissent.
Les conflits, les revendications irrédentistes et des
empiétements aux limites territoriales commencent à
remettre le principe de l’intangibilité des frontières
coloniales en cause, par la découverte des lignes de
délimitation mal tracées, mal interprétées, non
délimitées et parfois chimériques.
En outre, la structuration de l’espace territorial
engendre aussi des rôles et des positionnements dans
la politique interétatique. Dans la deuxième décennie
des Etats en Afrique, des pôles de répartition du
pouvoir et les perspectives d’une redistribution du
pouvoir deviennent un peu plus évidents ; les
alliances franco-africaines ou par exemple l’axe de la
« ligne de front »400en Afrique Australe constitué par
les États limitrophes de l’Afrique du Sud contre le
régime d’apartheid. Les bases structurelles de conflits
sont devenues plus évidentes pour différer les forces
étatiques et façonner les politiques de puissance.
Par ailleurs, au-delà de tous ces aspects peut-être
399
-Benmessauod Tredano (Abdelmoughit), Intangibilité des
frontières coloniales et espace étatique en Afrique noire, p. 76,
Paris, Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence, 255 pages.
400
- Les pays de la »Ligne de front » en Afrique Australe étaient
constitués de : Mozambique, Botswana, Angola, Zambie et
Tanzanie. Ces pays fournissaient l’appui politique, logistique et
matériel nécessaire aux mouvements de libération en Afrique
Australe dans la « stratégie globale destinée à la libération totale
de la région » adoptée par les responsables africains dans la
Déclaration de Dar Es-Salam du 11 avril 1975, in M’bokolo
Elikia., L’Afrique au XXe siècle, Le continent convoité, pp. 295-
325, Paris, Éditions du Seuil, 1980, 393 pages.

232
propres à l’Afrique, et pour peu qu’on s’ouvre dans
l’Histoire de la création des États dans le monde, on
remarque une ère de violence épidémique. Quand,
remontent sous nos yeux les pulsions de destruction
avec leur cortège sans limite qui ébranlent le fragile
édifice des sociétés, c’est de ce se passe dans et avec
l’État qu’il faut plutôt s’inquiéter. Car, l’Histoire de
création de l’État dans le monde montre toujours des
conflits pour la consolidation de cette nouvelle forme
d’organisation politique. L’inscription dans un
processus de dépassement structuro-fonctionnel 401 de
cette forme d’organisation et d’encadrement de la vie
sociétale engendre toujours de violents conflits.
D’après l’analyse de Gaston Bouthoul : « nous
sommes bien obligés de reconnaître, notre déplaisir
en fut-il très grand, que les guerres continuent d’être
un fléau jusqu’à présent inséparable de toutes les
formes d’États. Cela montre qu’on ne peut la
considérer à la légère comme un phénomène
erratique lié aux caprices et à l’humeur plus ou
moins méchante des peuples ou leurs chefs. Nous
sommes incontestablement en présence de l’une des
fonctions sociales les plus solidement ancrées »402. À
cet égard, les études qui analysent exclusivement les
conflits en Afrique comme l’émanation de l’État
importé403, de sa mauvaise greffe dans des sociétés
non européennes ou des manifestations d’une
« occidentalisation manquée »404 semblent provenir

401
- Philip (Constantin) et Panayotis Soldatos, Au-delà et en deçà
de l’Etat-nation : L’État « perforé » par l’interdépendance-
intégration et « éclaté » par l’activation d’acteurs sous-
nationaux, p. 15, Bruxelles, Bruylant, 1996, 346 pages.
402
– Bouthoul (Gaston), op. cit., p.17.
403
– Badie (Bertrand), L’État importé. Essai sur
l’occidentalisation de l’ordre politique, Paris, Fayard, 1992.
404
-Bayart (Jean-François), (sous la direction de), La greffe de
l’État, Paris, Karthala, 1996, 404 pages.

233
des analyses courtes ou des considérations qui ne
prennent pas en compte l’histoire de la création de
l’État dans le monde. Les discours sur l’idée d’une
importation, « un peu comme un produit de
contrebande »405 selon l’expression d’Etienne Leroy,
d’un modèle de l’État ne suffisent pas à épuiser les
dynamiques politiques de la création de l’État. À cet
effet Kalevi Jaakko Holsti suggère, pour une
meilleure compréhension des conflits, qu’« il est
convenable de recourir à la création des États »406.
Les partisans de la paix affirment que la cause
principale des guerres est le système des États. La
guerre est ainsi la conséquence des rapports entre
communautés politiques distinctes. Dans cette
perspective, abolir les guerres viendrait à la difficile
solution de persuader l’Afrique de modifier le
système actuel d’États ou de chercher d’autres bases
d’organisation des communautés politiques. De
manière générale, Kalévi Jaakko Holsti considère que
« la guerre est le plus souvent due à l’entreprise de
création ou de construction d’un État qu’aux
systèmes d’États déjà en place »407. À cet égard,
l’histoire de l’Europe, fondatrice de ce mode
d’organisation politique montre que, de 1648 (date de
la création de la forme actuelle des États) jusqu’en
1945408, pour que les États d’Europe occidentale
405
– Leroy (Etienne), « La formation de l’État en Afrique, entre
indigénisation et inculturation », pp. 7-21, in Les Avatars de
l’État en Afrique, p. 10, Paris, Karthala, 1997, 338 pages.
406
– Holsti (Jaakko Kalévi), The State, War, and the State of War,
p. XI., Cambridge, Cambridge Studies in International Relations :
51, (C.S.I.R.), 1997, 249 pages.
407
– Holsti (Jaakko Kalévi), « L’État et l’état de guerre », in
Études Internationales, Volume XXI, n°4, décembre 1990, p.
706.
408
-Début de la dernière guerre entre les États européens. À la fin
de cette guerre, il y a eu une restructuration de l’espace politique
des États.

234
affermissent la forme actuelle, l’Europe a été victime
de multiples guerres, et d’ailleurs, les plus
épouvantables que le monde ait connues.
D’une manière globale les conflits en Afrique,
depuis les indépendances, proviennent en grande
partie de l’État409. C’est dire que l’État, dans ses
différentes dimensions, est une institution qui
engendre des guerres. Il les a occasionnées jadis en
Europe410, comme le démontre Pierre Fougeyrollas :
« L’Europe, qui avait été le “berceau” des nations,
en devenait en quelque sorte le tombeau, du moins
celui de millions de leurs ressortissants »411. Il les a
engendrés aux États-Unis pendant la création des
États-Unis d’Amérique, l’État a décimé des millions
d’Indiens autochtones aux fins de contrôler et
dominer toute son assiette territoriale412, par exemple.
409
– L’État pris dans le sens de l’instauration d’une nouvelle
civilisation. D’après l’évaluation de Quincy Wright, « depuis l’an
1500, la civilisation moderne a connu au moins 284 guerres, et
environ 3000 batailles », cité par André Glucksmann, op. cit., p.
276.
410
– Bertrand (Maurice), « Les organisations internationales et
l’ordre mondiale, l’O. N. U. et la sécurité collective dans l’après-
guerre froide », La Documentation française, n° 302, mai – juin
2001, p. 4.
411
– Fougeyrollas (Pierre), La Nation, Essor et déclin des sociétés
modernes, p. 198, Paris, Fayard, 1987,.
412
Les Etats-Unis ont été en guerre 93 % du temps de leur
existence depuis leur création en 1776 c’est-à-dire 222 des 239
années de leur existence
2014 – War on Terror in Afghanistan, Iraq, Somalia, Syria and
Yemen ; Civil War in Ukraine
2015 – War on Terror in Somalia, Somalia, Syria and Yemen ;
Civil War in Ukraine
Donc, nous pouvons ajouter 4 années supplémentaires de guerre.
Ceci veut dire 222 sur 239 ou 93 % du temps, les Etats-Unis ont
été en guerre. (On peut pinailler sur le chiffre exact, mais le haut
pourcentage de temps où les Etats-Unis ont été en guerre est clair
et sans erreur possible…)
En fait, quasiment toutes les opérations militaires qui ont été

235
Actuellement, l’État continue à engendrer les guerres
en Afrique. Un continent où il n’est pas encore
convenablement emménagé. La création des États a
toujours donné lieu à de violents conflits. C’est
pourquoi Gaston Bouthoul estime que : « la guerre
apparaît comme inséparable de toutes les
civilisations. En partant du critère de la violence
organisée, on peut dire que l’histoire interne et
externe des civilisations est marquée par l’alternance
des guerres et des paix. Chacune d’elles marque le
passage à un univers dans lequel les valeurs morales,
économiques, juridiques et hiérarchiques sont
inversées »413.
Les conceptions peuvent paraître divergentes
suivant l’optique d’analyse, toujours est-il qu’un
recul dans la recherche profonde des causes des
conflits dans le monde met l’État en ligne de mire.
Loin de prétendre qu’avant la création des États en
Afrique, il n’y avait point de conflits ; mais les
dimensions que ceux-ci ont prises ont été amplifiées
par la création de l’État. Ce nouveau mode
d’organisation politique oblige tout le monde à se
plier à son autorité et sa compétence territoriale dans
son enveloppe territoriale. En fait, selon l’analyse de
Mohammed Ayoob, la construction de l’État dans le
Tiers Monde est la principale raison des guerres 414.
En outre, dès lors qu’un « gouvernement est
lancées depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’ont été par
les Etats-Unis.
413
– Bouthoul (Gaston), Carrère R. et (Annequin Jean-Louis),
« Guerres et Civilisations (De la préhistoire à l’ère nucléo-
spatiale) », in Les Cahiers de la Fondation pour les Études de
Défense Nationale, Supplément au numéro 4, Stratégique n° 4, 4e
trimestre 1979 p. 9.
414
– Ayoob (Mohammed), « Westphalie with a Difference : War
and State Making in the Third World », p. 8, texteprésenté à la
conference sur « The future of war », St. Petersburg, février 1999,
29 pages.

236
incapable d’assurer ses missions élémentaires de
protection, d’assistance, d’encadrement des citoyens,
la probabilité est grande de voir surgir milices,
bandes armées, prédateurs plus ou moins structurés
désireux […] d’accéder au pouvoir d’État »415. À titre
d’exemples, citons la guerre intraétatique somalienne
qui opposa le Somalie National Movement à l’armée
régulière somalienne. À en croire Gérard Prunier 416,
cette guerre atteignit une violence extrême au nord en
1988, avec la destruction totale de la capitale,
Hargeisa, au prix de 50 000 morts, s’étendit à
l’ensemble du pays et amena la chute du régime de
Mohamed Siad Barré en 1991.
C’est également le cas de la guerre du
Mozambique. Celle-ci a opposé les troupes du
FRELIMO, soutenues par l’URSS, à celles de la
RENAMO417, soutenues par les pays occidentaux et
l’Afrique du Sud418. Le conflit angolais rentre
également dans ce cas de figure, puisque les troupes
du MPLA appuyées par les soldats de La Havane se
sont battues contre les troupes du FNLA et de
l’UNITA soutenues par les Occidentaux. Les
affrontements419 du Rwanda de 1959 et surtout de
415
Jean-Louis DUFOUR, « La guerre survivra-t-elle au XXe
siècle ? », Politique étrangère, n° 1, 1997, p. 40.
416
Gérard PRUNIER, « Somaliland, le pays qui n’existe pas », Le
Monde diplomatique, n° 532, 1997, p. 18.
417
Résistance nationale mozambicaine.
418
Aujourd’hui, le parti au pouvoir du FRELIMO au
Mozambique, pays riche en gaz, poursuit des pourparlers de paix
avec l’opposition armée de la RENAMO.
419
Pour en savoir plus sur les conflits rwandais et burundais, cf.
Jean-Pierre CHRETIEN, « Ethnicité et politique. Les crises du
Rwanda et du Burundi depuis l’indépendance », Guerres
mondiales et conflits contemporains, n° 181, 1996, pp. 111-124.
Sur le Burundi, cf. le même auteur : « Les enjeux du pouvoir au
Burundi. Les héritages : 1850-1965 », Parlements et
francophonie, n° 100, 1996, pp. 69-74 ; Alain VERHAGEN, « La
longue et difficile marche vers l’état de droit (1966-1996) »,

237
1994 qui ont abouti à l’arrivée au pouvoir du Front
patriotique rwandais, après le génocide qui fit
plusieurs milliers de morts, et du Burundi de 1972 et
ceux consécutifs à l’assassinat du président Melchior
Ndandaye, en octobre 1993, qui se poursuivent
aujourd’hui, rentrent aussi dans ce cadre. La guerre
du Tchad de 1980, opposant les factions du Nord et
du Sud, est également un conflit de cette nature. Le
conflit sierra-léonais est du même type. Ici, les
troupes de la Communauté économique de l’Afrique
de l’Ouest combattent les militaires putschistes, alliés
aux rebelles révolutionnaires du Front révolutionnaire
uni de Fodey Sankoh qui ont renversé le 25 mai 1997
le président Ahmad Tejan Kabbah, élu
démocratiquement le 15 mars 1996420. Le 12 février
1998, les forces rebelles ont été défaites par les
troupes nigérianes. Le 10 mars 1998, le président
légal a repris ses fonctions.
L’autre guerre de pouvoir est celle qui a opposé
les forces armées zaïroises aux combattants de
l’Alliance des forces démocratiques pour la libération
du Congo. L’issue de ce conflit a été la chute du
régime du défunt président Mobutu et la prise du
pouvoir par Laurent-Désiré Kabila421. Il y a enfin le
conflit intracongolais qui a opposé de juin 1997 à
octobre de la même année les miliciens cobras de
Denis Sassou-Nguesso à l’armée régulière
Parlement et francophonie, n° 100, 1996, pp. 75-96, et Julien
NIMUBONA, « Crise politico-ethnique au Burundi », Parlement
et francophonie, n° 100, 1996, pp. 97-100.
420
Antoine-Denis N’DIMINA-MOUGALA, « Les conflits
africains au XXe siècle. Essai de typologie », Guerres mondiales
et conflits contemporains, n° 225, 2007, p. 128.
421
Pour en savoir davantage sur la crise de l’ex-Zaïre, cf. Colette
BRAEKMAN, « Comment le Zaïre fut libéré », Le Monde
diplomatique, n° 532, juillet 1997, pp. 12-13, et Philippe
LEYMARIE, « Sous le choc de la révolution congolaise », Le
Monde diplomatique, n° 532, pp. 12-13.

238
congolaise, appuyée par les miliciens zoulous et
cocoyes du professeur-président Pascal Lissouba, et
les ninjas422 de l’ex-Premier ministre Bernard Kolela.
Ainsi, « cette guerre remportée par les cobras a vu
l’arrivée au pouvoir de Denis Sassou-Nguesso qui
s’est fait élire président de la République, le 10 mars
2002, au premier tour avec près de 80 % des
suffrages exprimés, après une transition de près de
quatre ans. L’autre conflit de ce type est celui qui,
depuis le 2 août 1998, oppose le Rassemblement
congolais pour la démocratie aux forces régulières du
Congo-Kinshasa. Le dernier conflit est celui qui
oppose l’Armée de résistance du Seigneur de Joseph
Kony aux forces régulières ougandaises, depuis
janvier 1986. Il y a aussi le conflit ayant opposé le
gouvernement sud-africain blanc à l’ANC de 1950 à
1994. Ce conflit a cessé avec la libération de Nelson
Mandela en 1990, le démantèlement de l’apartheid et
l’arrivée de la majorité noire au pouvoir sous la
direction de Nelson Mandela »423.
En résumé, les puissances coloniales n’ont pas
toujours été forcément à l’origine des violences
politiques liées aux indépendances. En effet, on peut
aussi en chercher les causes plus dans notre gestion
des pays après et dans le legs de sociétés peu
organisées et très dépendantes de l’administration.
Les frontières sont nées de la colonisation, ainsi que
la notion d’État. Une grande partie d’entre elles sont
dessinées à la fin du XIX° siècle par les puissances
coloniales, à la suite du congrès de Berlin de 1885. À
la suite des indépendances, certains États demandent
un nouveau traçage des frontières (groupe de
422
Les ninjas sont entrés tardivement dans le conflit de 1997. En
1993, ces miliciens avaient combattu celles de Pascal
LISSOUBA.
423
Antoine-Denis N’DIMINA-MOUGALA, « Les conflits
africains au XXe siècle. Essai de typologie », op. cit., p. 129.

239
Casablanca), alors qu’un autre demande
l’intangibilité de celles-ci (groupe de Monrovia).
C’est ce groupe qui l’emporte en 1964 lors d’un
sommet de l’OUA. Pourtant, le sujet est resté
sensible, en témoignent les guerres d’indépendance
très longues menées par l’Érythrée et le Soudan du
Sud, mais aussi le cas particulier du Somaliland, non
reconnu ou encore du nord Mali. Certaines frontières
ont été dessinées conjointement ou par voie légale
récemment (péninsule de Bakassi entre Cameroun et
Nigeria ; en cours pour l’île de Mbanié entre Gabon
et Guinée Équatoriale).
En outre, ce qu’on peut remarquer c’est que la
plupart des États africains ne contrôlent totalement
pas la totalité de leur territoire. Des « espaces
interstitiels » se sont développés dans les territoires
éloignés, qu’ils soient frontaliers, forestiers,
montagnards ou dans les bidonvilles. L’État n’a pas
les moyens d’agir, une situation renforcée par le
désengagement de l’État dans les années 1990 sous la
pression du FMI et de la Banque mondiale (politiques
d’ajustement structurel) qui ont demandé aux États
africains de libéraliser leur économie et une réduction
des emplois publics (fonctionnaires). Dans la majorité
des pays, l’État n’a pas les moyens de sa politique :
manque d’instituteurs et de professeurs, manque de
médecins, corruption des fonctionnaires à tous les
niveaux, etc. Certains États sont dans une situation
plus complexe encore, avec une quasi-absence de
celui-ci pour des raisons diverses : ingérence
extérieure, guerre civile. Cet état de fait raffermit
bien sûr les conflits, tout en étant sa cause.
En effet, c’est le cas en Somalie, divisée entre
factions et groupes : le Nord, autrefois colonisé par
l’Italie est devenue de fait indépendant sous le nom
de Somaliland (mais non reconnu par la communauté

240
internationale) et le Sud, autrefois Somalie
britannique connaît une guerre civile depuis 1991
dans laquelle les clans se disputent le pouvoir, parfois
sous la pression des États voisins (Éthiopie en 2006,
Kenya en 2011, Union africaine depuis 2011) parfois
sous la pression de groupes islamistes comme les
« Shebab », en recul depuis 2012. La capitale
Mogadiscio est devenue un immense camp de
déplacés survivant grâce à l’aide internationale et
plus de 5 millions de Somaliens se sont réfugiés dans
les pays voisins, exportant de ce fait le conflit. Une
situation qui a favorisé le développement de la
piraterie maritime.
Depuis 2012, le Mali apparaît aussi comme un
État failli : un État pauvre qui manque de moyens
pour contrôler ses frontières sahariennes, mais aussi
plus de la moitié de son territoire. Un État carrefour,
mais un carrefour enclavé, sans richesse ni moyen
pour agir face aux revendications des populations
minoritaires (touaregs) ou face à des interventions
extérieures (islamistes d’Aqmi ou du groupe Ansar
Eddine). Il en est de même en Centrafrique et de la
RDC où l’État ne parvient pas à pleinement fournir
une protection minimale à sa population face aux
multiples groupes rebelles qui occupent son territoire.
Par ailleurs, on a également une « ethnicisation »
des conflits pas les gouvernants où l’État est vu
comme un objectif à atteindre, une institution à
contrôler ; ce qui conduit à une prédation d’un groupe
sur des bases ethniques sur cet État. L’État n’est pas
considéré comme unificateur, mais comme un gâteau
à partager entre groupes, le groupe proche du pouvoir
étant le mieux servi. Il faut bien sûr relativiser la
partie ethnique des conflits. Celle-ci ne sert souvent
qu’à dynamiser le conflit qui naît sur un brasier
complexe fait de pauvreté, de corruption, de

241
népotisme, de faiblesse de l’État, etc.
Ainsi, cela a pu mener à des conflits parfois
violents :
– Côte d’Ivoire (entre Ivoiriens du Sud et du
nord entre 2002 et 2011). En 1995 le président
BÉDIÉ introduit le concept d’Ivoirité pour éliminer
un candidat à l’élection présidentielle : Alassane
OUATTARA. En 2002, Laurent GBAGBO remporte
les élections présidentielles, reprenant à son compte
le concept pourtant développé par ses adversaires,
toujours pour empêcher OUATTARA de se
présenter. Le conflit se mue progressivement en
guerre civile jusqu’à la « mort » de GBAGBO et la
victoire militaire (soutenue par la France) de
OUATTARA en avril 2011.
– Nigeria, entre Ibos au Sud et Haoussas du
Nord, dès les années 1970, notamment lié au partage
des richesses du pétrole. C’est un État fédéral, mais
les richesses sont plus au Sud. Depuis les années
1990, on assiste à une ethnicisation du conflit entre
peuples du sud, chrétiens, et peuples du nord,
musulmans. Le tout se faisant dans un climat de
pauvreté, de corruption. (+ de 50 meurtres à Noël
2011 par la secte islamiste BOKO HARAM). + de 13
500 morts dans la décennie 2000-2010 selon HRW.
– Soudan, entre les Soudanais du Nord et ceux
du Sud, entre musulmans et chrétiens, qui a conduit à
la guerre civile entre 1983 et 2005 et à la partition du
pays. Depuis, d’autres conflits, notamment dans le
Darfour depuis 2003 (entre 10 000 et 300 000 morts
selon les sources).
– Éthiopie entre les Érythréens et l’Éthiopie, qui
a conduit à la division du pays après des décennies de
guerre (1961-1993 ; 70 000 à 100 000 morts).
– Rwanda entre Hutu (84 % de la population du
pays) et Tutsis (15 %) depuis l’indépendance en

242
1960, ces derniers ayant profité de la colonisation
pour prendre les rênes du pouvoir. Entre avril et
juillet 1994, le génocide préparé depuis des mois et
mené par les extrémistes hutus proches du pouvoir,
800 000 morts, + 1 million de réfugiés pour
6 millions d’habitants.
– RDC (à l’est ; dans le Kivu, atour de Goma) ;
une conséquence des guerres civiles du Rwanda et du
Burundi, une exportation du conflit qui pousse Hutus
et Tutsis rwandais, burundais et congolais à se battre
entre eux. La cause du conflit est d’ordre politique :
le gouvernement de la RDC ayant décidé d’assimiler
tous les Hutus et les Tutsis à des réfugiés rwandais ou
tutsis.
– Au Kenya, entre les membres de différentes
ethnies : Kikuyus notamment pour le partage du
pouvoir présidentiel.
– En Centrafrique, l’ethnicisation des dernières
années s’est transformée en opposition religieuse
entre musulmans et chrétiens au cours de l’année
2013.
À cause de la faiblesse démocratique structurelle
des États africains, des coups d’État dont le nombre
et la fréquence se réduisent sont toujours enregistrés.
On compte 26 dans les années 1970, 19 dans les
années 1980, 14 dans les années 1990, 9 dans les
années 2000. À cet effet, il existerait une culture de la
violence politique sur le continent, avec une place
importance pour l’armée qui apparaît comme le seul
corps constitué pouvant servir de recours. De plus, on
peut aussi lire l’usage d’un coup d’État comme la
volonté d’un petit groupe de dominer l’État, de se
tailler la part la plus grosse du gâteau national, une
manière de changer d’ère d’élite. De cette façon,
l’État par ses acteurs politiques devient à la fois enjeu
et acteur des conflits. Ces conflits ont souvent comme

243
effets directs la production de nombreux réfugiés et
déplacés à gérer par d’autres États. Dans ce cadre, la
Somalie, la République démocratique du Congo et le
Soudan figurent parmi les dix pays ayant généré le
plus grand nombre de réfugiés au début comme à la
fin de la décennie 2000-2010.

2. Sociologie du comportement des acteurs


extraétatiques
Les acteurs extraétatiques que constituent les
terroristes, les rebelles, les pirates et les mouvements
sécessionnistes sont au cœur des conflits
contemporains en Afrique. Certains d’entre eux,
comme Al-Qaïda au Maghreb islamique, Boko Haram,
l’armée de résistance du seigneur, l’armée de
libération du Soudan, les shebabs et les rebelles
ougandais ADF, nous semble familiers en raison de
leurs interventions fréquentes dans l’environnement
géostratégique africain. Pourtant, l’étendue, la
diversité, les préférences, les moyens d’action et les
contributions des acteurs extraétatiques demeurent
souvent méconnus. Le nombre d’acteurs extraétatiques
actifs dans l’environnement géostratégique africain a
augmenté depuis quelques décennies.
En effet, avec ces acteurs extraétatiques,
l’Afrique connaît aujourd’hui des guerres et des
conflits qui ont des conséquences humanitaires
catastrophiques, notamment pour les couches les plus
vulnérables de la société : femmes, enfants, minorités
ethniques, religieuses ou culturelles. Ces conflits
occasionnent aussi des mouvements massifs de
populations réfugiées et déplacées (Rwanda, Burundi,
République démocratique du Congo, Sierra Leone,
Angola.). Les conflits dont il est question se
caractérisent par certains points communs :
– les acteurs de la violence sont essentiellement

244
des jeunes, pour qui la violence est un mode de vie et
un moyen de renforcement de leur statut social ;
– la « banditisation » des groupes armés, la
décomposition des mouvements de rébellion et la
crise de l’autorité en leur sein ;
– la connexion entre certains groupes armés et
des éléments du « banditisme international » en phase
de redéploiement stratégique en Afrique par le biais
du trafic de drogue, d’armes, de fausse monnaie et de
matières premières ;
– la restructuration politico-militaire de groupes
régionaux, rendue possible par l’affaiblissement de
l’État et la perméabilité des frontières ;
– la prolifération des dépenses militaires (achat
d’armes, munitions et équipements des belligérants) 424
Depuis les années 1990, on assiste à l’apparition
de groupes terroristes issus de la mouvance
djihadiste. Leurs revendications sont multiples :
antiaméricanisme, lutte contre les valeurs
occidentales (liberté, démocratie…) et volonté de
mettre en place un pouvoir religieux basé sur la
Charia et le Coran. L’Afrique de l’Est a été la
première touchée par des attentats qui visent des
intérêts états-uniens. Le 07 août 1998 à Nairobi, au
Kenya, et à Dar es-Salaam, en Tanzanie, des attaques
suicides menées par des membres d’Al-Qaïda
prennent pour cibles les ambassades américaines.
Par ailleurs, s’agissant du pétrole, l’Afrique
continentale représente 12 % de la production
mondiale de pétrole et 10 % des réserves mondiales
prouvées. Les États-Unis importent environ 60 % du
pétrole africain (celui-ci constitue plus de 90 % des
exportations africaines vers les États-Unis) contre

424
Hassan BA, « L’Afrique minée par les conflits : les véritables
enjeux de l’action humanitaire », Annuaire suisse de politique de
développement, n° 18, 1999, p. 83.

245
20 % respectivement pour la Chine (plus de 60 % des
exportations vers la Chine) et pour l’Union
européenne. Les principaux producteurs sont le
Nigeria et l’Angola.
À cet égard, on distingue :
– Des conflits ont été liés au contrôle de la
production dans un pays (Angola, entre les deux
Soudan actuellement).
– D’autres ont été liés au partage de la ressource
(Nigeria lors de la guerre du Biafra, rébellion du
MEND).
Quoi qu’il en soit, le pétrole est aussi une source
de financement des conflits (comme en Angola
pendant la longue guerre civile entre 1975 et 1991).
De plus, les accords passés entre les compagnies
pétrolières et les États peuvent aussi porter à conflit,
comme au Tchad où Total est sensé financer des
programmes sociaux.
En outre, se déplaçant vers le sud dans le Sahara,
le Mali est sous la menace des terroristes que la
France et ses alliés du G5 au Sahel combattent. De
plus, ses problèmes ont commencé à se répandre à
travers la frontière vers les pays voisins, le Burkina
Faso et le Niger. Le Niger jouxte le Nigeria et est
allié avec lui dans une guerre contre la terreur
symbolisée par Boko Haram425. Ils se battent aux
côtés du Tchad et du Cameroun, mais le géant de
l’Afrique de l’Ouest sur le territoire duquel ce conflit
est en train de se dérouler commence à s’effriter. Il y
a toujours eu des divisions entre le Nord et le Sud,
qui ont été réunies en une seule colonie en 1914. Ces
divisions ont éclaté de façon spectaculaire lors de la
guerre civile nigériane de 1967-1970 sur la région

425
Voir Boubacar DIALLO, Les armées d’Afrique de l’Ouest face
à la menace des groupes politico-militaires, Paris, L’Harmattan,
2016.

246
sécessionniste autoproclamée du sud du Biafra. De
nos jours, il y a des signes que l’appauvrissement
chronique de cette région riche en pétrole provoque
de nouveau la violence contre l’État, que ce soit sous
la forme de « rebelles », de bandits ou de terroristes.
Pire encore, le « Biafra » borde les régions du Nord-
Ouest et du sud-ouest du Cameroun qui sont au cœur
d’un conflit séparatiste, dans une région de ce pays
que ses partisans appellent « Ambazonia » devenu
très violent depuis 2017.
Ensuite, non seulement le Cameroun est affligé
par Boko Haram et le séparatisme « ambazonien »,
mais il s’occupe aussi de nombreux réfugiés de la
République centrafricaine, qui est entrée dans un état
de guerre civile depuis 2013, rivalisant avec son
voisin, le Soudan du Sud, pour prétendre au triste titre
d’État le plus dysfonctionnel du monde. Ces deux
États forment ce que l’on pourrait appeler une
« ceinture d’États défaillants » dans le centre du
continent. En RDC, l’assassinat de 15 soldats de la
paix des Nations Unies dans le nord-est du pays en
2017 par l’organisation terroriste et salafiste anti-
ougandaise appelée « Forces démocratiques alliées »
montre que cette région du pays n’est pas à l’abri de
violences et que l’Ouganda pourrait devenir
incontrôlable. Cela étant, l’Ouganda, le Rwanda et le
Burundi ont tous été impliqués à un moment ou un
autre dans la guerre du Congo, de sorte que
l’effondrement de la République démocratique
pourrait avoir des conséquences inattendues pour eux
aussi426. Au total, pour résumer les principales lignes
de faille sud-africaines, la guerre contre la terreur au
Mali pourrait s’étendre à d’autres parties de l’Afrique

426
Lire utilement, Edouard Epiphane YOGO, L’Etat et les
groupes politico-militaires en Afrique centrale, Paris, Publibook,
2017.

247
de l’Ouest et les conflits séparatistes du Nigeria et du
Cameroun pourraient se transformer en un seul
espace de combat transnational.
Ainsi, la mutation de la guerre qui place tous les
États-majors et stratèges dans le désarroi met, aussi, à
nu l’insuffisance des solutions strictement militaires
et appelle à une nouvelle réflexion. Les critères
d’évaluation de la menace ont changé dans notre
sous-région. Avant, il s’agissait de considérer le cadre
politico-sécuritaire de nos États et faire des
croisements selon le niveau de radicalité pour
dégager des typologies. La question était de savoir
s’il y avait, dans tel ou autre pays, assez d’éléments
susceptibles de passer de simples relais idéologiques
à des acteurs opérationnels selon des circonstances
favorables. Il est devenu clair que les frontières
poreuses d’un État ne sont plus le problème de cet
État seul, mais donnent naissance à un nouveau
« ventre mou » menaçant la sécurité ses voisins. Dans
cette configuration, les stratégies nationales
ressemblent plus à des trouvailles circonstancielles
face à un problème qui exige une véritable stratégie
dans le long terme.
Désormais, les forces de sécurité et de défense
doivent faire face à cette nouvelle forme de guerre
sans fin ni front contre des forces le plus souvent non
conventionnelles, qu’elles doivent pourtant gagner.
En effet, c’est John Mueller, un des grands auteurs
ayant planché sur l’avenir de la guerre vers la fin du
20e siècle, qui parlait de la disparition progressive de
la guerre en tant qu’institution427. Ce fut, alors, le pavé
ainsi jeté dans la mare des théoriciens réalistes. Pour

427
Lire John E. MUELLER, Atomic Obsession : Nuclear
Alarmism from Hiroshima to Al Qaeda, New York, Oxford
University Press, 2008 ; Colin GRAY, La guerre au 21e siècle :
un nouveau siècle de feu et de sang, Paris, Economica, 2008.

248
autant au lieu d’une mort conceptuelle, Clausewitz
s’était, malgré tout, aménagé une porte de sortie
paradigmatique : « la guerre est un caméléon qui
change de nature à chaque engagement » disait-il de
manière ironique, mais aussi en visionnaire428.
Dans ce sillage, la critique finit par forger un
nouveau paradigme. La guerre n’avait peut-être pas
changé d’objet, mais de nature et de sens. L’arrivée
des guerres dites asymétriques a introduit de
nouvelles réalités avec lesquelles les stratèges doivent
composer. Dans le schéma de Kissinger, le diplomate
et le soldat formaient l’équipe duelle ou idyllique de
la scène internationale429. C’était sans compter avec
les nouveaux acteurs qui viennent concurrencer
l’État : ils s’appellent le rebelle, le prédicateur
transnational, le djihadiste, le terroriste, etc. Il faudra
donc se préparer à une nouvelle forme de guerre sans
front délimité, sans armées conventionnelles, avec un
ennemi diffus ou invisible, insaisissable, et parfois,
déjà à l’intérieur. La transnationalité des acteurs, la
porosité des frontières ainsi que la réduction de
l’espace par les moyens de communication modernes
semblent en faveur de la propagation des nouvelles
menaces.

II. Les acteurs extérieurs


Enjeu géopolitique durant la guerre froide,
l’Afrique émerge aujourd’hui à nouveau comme un
espace majeur de compétition stratégique430. Elle a
toujours suscité la convoitise tant des puissances

428
Cf. Carl Von CLAUSEWITZ, De la guerre, Paris, Minuit,
1955.
429
Cf. Henry KISSINGER, Diplomatie, Paris, Fayard, 1996.
430
Eustache AKONO ATANGANE, L’Afrique occidentale au
centre des convoitises mondiales », in Géopolitique de l’Afrique
de l’Ouest, Diplomatie, Hors-série 12, juin-juillet 2010, pp.46-49.

249
traditionnelles que des puissances émergentes comme
la Chine et la Russie. Ces derniers cherchent à
sécuriser leur accès au théâtre africain par le biais de
financements et d’accords diplomatiques, la
construction de bases logistiques et l’exercice de leur
soft Power. Ils y conduisent également des opérations
militaires. Celles-ci sont significatives et coercitives
pour ce qui est des États-Unis, avant tout engagés en
Afrique au titre du contre-terrorisme. La France
n’hésite pas à intervenir dans ses ex-colonies depuis
les indépendances. La Chine se concentre pour sa part
sur les opérations de maintien de la paix et
l’évacuation de ses ressortissants en cas de crise. La
Russie se limite encore à des actions de conseil.
Enfin, tous ces États s’engagent activement sur la
voie de la coopération militaire, par le biais de ventes
d’armes, mais aussi de formations et d’exercices
conjoints avec leurs partenaires africains.
Ainsi, pour une analyse approfondie des parties
prenantes aux conflits, il est important d’étendre le
champ des réflexions aux acteurs exogènes ou non
africains qui interviennent soit directement ou
indirectement dans le champ des conflits en Afrique.
Ces acteurs se trouvent ici être des partenaires
traditionnels (1) et les puissances émergents (2) qui
font de l’Afrique le « chaudron stratégique » pour la
domination du monde.

1. Les puissances traditionnelles


La France à travers la « Françafrique » a toujours
exercé une pression diplomatique et financière de sur
ses anciennes colonies. Cela se fait via la monnaie
(franc C.F.A.), la Francophonie431, cela se mesure lors
431
Eustache AKONO ATANGANE, « Francophonie et gestion
des conflits en Afrique », in MIROIR DU DROIT, N° Spécial
Avril-Mai-Juin/ Juillet-Aout-Septembre 2012, pp. 216-254, 298

250
des votes aux Nations Unies (Conseil de Sécurité,
élection du Secrétaire général, votes en assemblée
générale). La France possède toujours des bases
militaires en Afrique, même si le dispositif s’est
allégé depuis les années 1990. De plus, la France
n’hésite pas à intervenir depuis les indépendances :
Tchad (1978-1985), Rwanda (1990-93 et 1994), Côte
d’Ivoire (2002-2011)432, Libye (2011), Mali (2013),
République centrafricaine (2013). Toutefois, l’action
de la France dans les conflits en Afrique, en tant
qu’acteur, se comprend mieux à travers l’idéologie de
la « Françafrique »433.
En effet, aujourd’hui, tout en prétendant avoir
mis fin à ces pratiques, la France poursuit son
ingérence dans ses anciennes colonies. Le pillage et
les guerres sont banalisés sous prétexte de crise
économique et de lutte contre le terrorisme. Dans les
médias comme les discours politiques, racisme et
préjugés participent de ce système. Historiquement, à
pages
432
En ce qui concerne l’intervention de la France en Côte d’Ivoire
dans la crise postélectorale de 2011, lire Eustache AKONO
ATANGANE, « La gestion de la crise ivoirienne : le jeu
colonialiste de la France », Jeune Afrique Economique, n° 383,
Avril-Mai 2011.
433
La Françafrique désigne le système politique et institutionnel
ainsi que l’ensemble des réseaux qui permettent à la France de
garder la mainmise sur ses anciennes colonies, afin de garantir
son accès aux matières premières et de conserver sa puissance sur
l’échiquier international. Il a été mis en place au moment des
indépendances africaines par le sommet de l’Etat français et a
accompagné toute l’histoire de la Ve République. Pour les
pourfendeurs de la Françafrique, la France développe et déploie
ses pratiques néocoloniales, avec la complicité de nombreux
chefs d’États africains dits « amis de la France » : pillage des
matières premières, corruption, détournement de l’aide au
développement, soutien aux dictatures, trafics, interventions
militaires. Lire à cet effet, François-Xavier VERSCHAVE, La
Françafrique, le plus long scandale de la République, Paris,
Stock, 1998.

251
la fin des années 1950, général Charles De Gaulle
accorde officiellement l’indépendance à quatorze (14)
pays d’Afrique francophones en plaçant les anciennes
colonies au service de la défense, du développement
et du rayonnement international de la France. Avec
son conseiller Jacques Foccart, ils organisent
officieusement le maintien de ces pays sous influence
française434. Ceci pour des raisons d’ordre
économiques et politiques435.
À cet égard, les mécanismes de maintien de la
domination française en Afrique perdurent
aujourd’hui encore, bien qu’ils aient pris de nouvelles
formes. Les intérêts ont évolué au fil des années : au
niveau économique, l’exploitation des matières
premières s’est intensifiée et mondialisée, les
entreprises nationales ont presque toutes été
privatisées. Par ailleurs, de nouvelles puissances sont
entrées dans le jeu de la concurrence, en particulier
les pays émergents. Terminé « l’âge d’or » où des
entreprises facilement identifiables comme
« françaises » se partageaient seules le gâteau des
profits en Afrique francophone. Ainsi, l’ancrage de
l’économie africaine dans la mondialisation pousse
l’État français à agir ouvertement en faveur de la
défense de firmes transnationales qui brandissent les
arguments de l’emploi et du rayonnement tricolore
pour bénéficier à plein régime de son réseau

434
Ibid.
435
1 – Garder un accès privilégié aux matières premières
stratégiques (pétrole, uranium, minerais) et aux cultures de rente
(coton, bois, plantations agricoles), 2 – Préserver des débouchés
pour les entreprises françaises.) et politiques (1 – Garder
l’Afrique dans le camp occidental en période de guerre froide, 2 –
› Maintenir le rang de la France à l’ONU avec un cortège
« d’États clients », 3 – Financer le parti gaulliste par le
détournement des rentes africaines, puis par la suite tous les partis
de gouvernement (ce qu’a révélé notamment l’affaire Elf.).

252
d’influence436.
Au niveau de la politique internationale, la
guerre froide a pris fin, mais le camp occidental et ses
alliés se retrouvent aujourd’hui engagés dans une
« guerre contre le terrorisme » dans laquelle la France
se donne un rôle prépondérant. Malgré une économie
affaiblie, elle reste une puissance de premier ordre,
notamment grâce à ses positions militaires sur le sol
africain. La France soutient politiquement et
militairement des dictatures au pouvoir depuis
plusieurs décennies. De cette façon, les piliers de la
Françafrique sont la coopération militaire, l’aide au
développement et le franc CFA. En effet, peu connue,
la présence militaire de la France en Afrique
constitue depuis plus de 50 ans un des piliers de sa
politique d’ingérence437. Héritage d’un passé colonial
proche, la France joue encore aujourd’hui un rôle de
puissance militaire majeure en Afrique. En 2013,
l’aide publique au développement française était de
8,5 milliards d’euros, dont 45,6 % pour l’Afrique438.

436
François-Xavier VERSCHAVE, La Françafrique, le plus long
scandale de la République, op.cit.
437
Lire cet effet, François de VAISSIERE, « La coopération entre
la France et l’Afrique en matière de sécurité et de défense.
Quelles perspectives pour l’avenir ? Pour un partenariat
renforcé », Revue internationale et stratégique, n° 49, 2003, pp.
13-16. Actuellement, la France a cinq (05) bases militaires en
Afrique notamment au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au
Tchad et à Djibouti.
438
Cf. https://survie.org/IMG/pdf/LivretA6-FA.pdf. Lire
également « L’Afrique, priorité de l’aide publique au
développement française », disponible in
https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/afrique/l-afrique-
priorite-de-l-aide-publique-au-developpement-francaise/, consulté
le 21/09/2019 à 15h48mn. En 2016, un quart de l’APD bilatérale
de la France a été consacrée à des projets en Afrique sub-
saharienne, un tiers si l’on y inclut la part de l’aide multilatérale.
Dans cette région, le premier récipiendaire de l’APD bilatérale
française est le Cameroun (au 3e rang de l’APD mondiale

253
En réalité, il s’agit d’un mélange de dons, de
prêts et d’allègements de dette. Cette « aide » est
essentiellement un outil au service des intérêts
français et un instrument de tutelle et de dépendance.
Parmi les dons, la France comptabilise par exemple :
les frais d’accueil des réfugiés en France, les coûts
des étudiants africains en France, les dépenses visant
au rayonnement culturel et à la promotion du
français. Une institution financière met en œuvre la
politique d’Aide publique : l’Agence française de
Développement (AFD). Elle fonctionne comme une
banque. Sa politique est menée avec le souci constant
de préserver et favoriser les intérêts de la France… et
ceux de ses grandes entreprises. Par ailleurs, le franc
CFA est la seule monnaie coloniale ayant survécu à la
décolonisation. La France, en se portant
officiellement garante de la stabilité et la
convertibilité du franc CFA, contrôle directement ou
indirectement la politique monétaire des États
concernés.
En outre, la politique militaire et de sécurité
américaine est de loin la plus visible et la plus
engagée sur le continent africain 439. Depuis 2008, les
États-Unis disposent d’un commandement
opérationnel interarmées dédié : l’Africa Command
ou AFRICOM. En effet, « malgré de nombreuses
bases, des opérations cinétiques et une coopération
militaire américaine massive, notamment en termes
de volume financier, AFRICOM demeure cependant
le plus petit des six commandements unifiés qui

française) avec 215,12M d’euros, suivi du Sénégal (79,3 M), du


Ghana (68,11 M), du Niger (66,21 M), du Burkina Faso
(59,26 M) et du Mali (54,25 M).
439
Les Etats-Unis ont toujours été un acteur présent, mais pas
actif, il préfère parfois laisser les autres agir à sa place. Ils ont
cependant des intérêts géostratégiques (lutte contre le terrorisme)
et géoéconomiques sur le continent à travers des hydrocarbures.

254
couvrent le monde, attestant d’une implication
militaire américaine encore marginale au regard
d’autres espaces plus prioritaires tels que l’Asie, le
Moyen-Orient ou même l’Europe »440.
Les États-Unis ont eu beaucoup de difficultés à
élaborer une stratégie vis-à-vis de l’Afrique, qui n’a
qu’une importance limitée. L’engagement américain
actuel en Afrique est essentiellement déterminé par
une approche sécuritaire, ponctuée de temps à autre
par des efforts pour inciter les entreprises américaines
à pénétrer le marché africain441. Certes, l’Afrique est
mentionnée rapidement dans des documents-cadres
tels que la National Security Strategy442. Les
Américains poursuivent deux objectifs clairement
identifiés en Afrique : il s’agit en premier lieu de
contrer la menace du terrorisme radical islamique et
les conflits violents, et dans un second temps de
contrôler ou contenir les présences chinoise et russe 443.
Toutefois, l’objectif de lutte contre le terrorisme
semble toujours plus important pour les États-Unis que
la compétition avec la Chine (et la Russie). De plus, la
part de l’Afrique dans le déploiement de forces
440
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », Focus
stratégique, Etudes de l’IFRI, n° 91, août 2019, p. 17.
441
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit., p.
18.
442
Le continent n’est mentionné que très rapidement dans le
résumé de la National Defense Strategy, et en insistant sur les
menaces terroristes et non la compétition entre grandes
puissances qui est au cœur de la National Security Strategy. Cf.
Alice Hunt FRIEND et Ariel FANGER, « U.S. National Security
and Defense Goals in Africa : A Curious Disconnect », Center for
Strategic and International Studies, 13 février 2018, disponible in
https://www.csis.org/analysis/us-national-security-and-defense-
goals-africa-curious-disconnect.
443
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit.

255
spéciales américaines n’a cessé de croître : « de 1 %
des forces spéciales américaines en 2006, le continent
représentait en 2017 le deuxième théâtre d’intervention
après le Moyen-Orient, avec 17 % des troupes
déployées »444.
Les interventions américaines en Afrique
prennent des formes assez proches indépendamment
de l’espace dans lequel elles s’inscrivent. Des
militaires, souvent des forces spéciales, et parfois des
civils issus des services de renseignement ou de
compagnies de sécurité privées entraînent,
conseillent, équipent, appuient, soutiennent et
accompagnent les armées nationales, voire des
groupes armés non étatiques445. Ils peuvent même être
amenés à planifier et commander des opérations
d’unités locales africaines, qu’il s’agisse de
reconnaissance ou de raids contre des cibles
représentant un danger pour les États-Unis446. Les
États-Unis apportent aux entités qu’ils appuient
toutes sortes de savoir-faire, allant du renseignement
technique (drones et satellites notamment) à l’appui-
feu. Par ailleurs, en Somalie, en Libye et en théorie
au Niger, les frappes par drones armés sont aussi
autorisées au titre de l’action directe447. En plus de ces

444
Ibid., p. 33.
445
Ibid., p. 34.
446
Ces opérations peuvent être menées au titre de la section 127-E
(anciennement 1208) du code des États-Unis qui autorise
l’exécutif à conduire sans l’accord exprès du Congrès des
opérations spéciales de lutte contre le terrorisme d’un montant
maximal de 10 millions de dollars par pays pour un volume total
de 100 millions de dollars. Le Cameroun, le Niger, la Somalie, le
Kenya, la Tunisie et le Mali ont bénéficié de cette procédure. Des
programmes ont également existé en Mauritanie et en Libye, mais
se sont terminés suite à diverses difficultés. Sur ce point, lire W.
MORGAN, « Behind the Secret U.S. War in Africa », Politico,
7 février 2018.
447
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :

256
trois théâtres essentiels, les forces américaines ont été
déployées de façon ponctuelle sur d’autres espaces
ces dernières années, comme le lac Tchad et la RCA.
Des programmes d’opérations spéciales existent au
Cameroun, au Niger, en Somalie, au Kenya, et au
Mali, mais aussi par le passé en Mauritanie 448.

2. Les puissances émergentes


L’approche opérationnelle de la Chine en
Afrique est fondamentalement différente de celle des
États-Unis. Si la Chine pouvait être un jour tentée de
mettre en place son propre dispositif « forces
spéciales et frappes », le pays se contente pour
l’instant de participer à des opérations de paix
onusiennes et d’évacuer ses ressortissants en cas de
crises, et ce même s’il dispose aussi de drones et
n’hésite pas à utiliser sa base de Djibouti pour
conduire des exercices de tir449.
Durant la guerre froide, la Chine, qui n’a été
admise à l’ONU qu’en 1971, est restée en retrait des
organisations internationales. Sa position a
commencé à évoluer à la fin des années 1980, avec
une participation à la mission des Nations Unies en
Namibie, puis à l’Organisme des Nations unies
chargé de la surveillance de la trêve au Proche-Orient
en 1990, et à la mission de maintien de la paix au
Cambodge de 1992450. Cette nouvelle posture a

approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit.


448
Ibid.
449
Ibid., p. 43.
450
Theo NEETHLING, « China’s International Peacekeeping
Contributions and the Evolution of Contemporary Chinese
Strategic Considerations », Strategic Review for Southern Africa,
Vol. 37, n° 2, pp. 7-28 ; Yin HE, « China Rising and Its Changing
Policy on UN Peacekeeping », in Cedric de CONING et Mateja
PETER (dir.), United Nations Peace Operations in a Global
Changing Order, Palgrave Macmillan, Basingstoke, 2019, pp.

257
continué à se renforcer, comme au Timor dès 2000,
avec l’envoi de troupes, d’observateurs et de policiers
et non plus seulement de soutien451. Ainsi, « ce type
d’engagement lui permet d’offrir une expérience
opérationnelle à ses troupes, mais aussi de protéger
ses intérêts économiques et de renvoyer l’image
d’une puissance engagée en faveur de la paix et de la
sécurité internationale »452.
À cet égard, la Chine est désormais le premier
contributeur de Casques bleus parmi les membres
permanents du conseil de sécurité des Nations Unies,
et le onzième contributeur mondial. Elle est aussi, le
deuxième financier des opérations de maintien de la
paix avec 10,27 % du budget après les États-Unis 453.
En mars 2019, « elle déployait 2 513 personnes, dont
1 067 au Sud- Soudan, 403 au Mali, 230 en RDC et
370 au Darfour et 12 au Sahara Occidental »454. À
plusieurs reprises, les Casques bleus chinois ont payé
le prix du sang et ont donné leur vie pour leur
mission, comme en mai 2016 quand un Casque bleu
chinois a été tué et 12 autres blessés lors d’un attentat
à Gao dans le nord du Mali. La Chine a également
essuyé des pertes humaines, au Liberia, au Liban et
au Sud-Soudan455.
Par ailleurs, en plus d’unités de police,
d’hélicoptères et de capacités de déminage, la Chine
met aussi à disposition des Nations Unies une force
253-276.
451
Cf. « China’s Role in UN Peacekeeping », Institute for
Security & Development Policy Backgrounder, mars 2018.
452
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit., p.
44.
453
Logan PAULEY, « China Takes the Lead in UN
Peacekeeping », The Diplomat, 17 avril 2018.
454
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit.
455
Ibid.

258
en attente de 8 000 hommes, formés et prêts à être
déployés : 800 d’entre eux devaient rejoindre la
« brigade Vanguard » des Nations Unies, une unité de
réaction rapide mobilisable sous 60 jours dont la mise
en place, bien qu’annoncée comme effective dès
2017, semble dans les faits assez lente 456. Par ailleurs,
la Chine dispose d’un centre de formation labellisé
par l’ONU, le Peacekeeping Center of China, basé à
Langfang à côté de Pékin, où elle a formé 1 000
Casques bleus africains et devrait en former 1 000
autres d’ici 2020457. Ainsi, « au Sud-Soudan, les
efforts chinois en matière de maintien de la paix ont
été à la fois appréciés – notamment son rôle de
médiation dans la conclusion d’un accord de paix en
janvier – et critiqués du fait de la mauvaise gestion
des affrontements de juillet 2016 à Juba, qui ont
causé la mort de 300 personnes, dont deux Casques
bleus chinois »458.
Depuis plus de dix ans, la Chine a acquis une
grande expérience des évacuations de ressortissants,
avec au moins six (06) opérations en Afrique. En
2008, plus de 400 Chinois sont évacués du Tchad
alors qu’une colonne de rebelles fonce sur
N’Djamena459. En 2012, 239 Chinois sont rapatriés
par charters depuis la RCA d’où ils fuient les
affrontements entre la Séléka et le président Bozizé 460.
En 2013, au moins 1 150 travailleurs chinois sont
emmenés hors du Sud-Soudan par air et par terre,
pour une petite partie avec l’aide des Casques bleus

456
Ibid., p. 45.
457
Ibid.
458
Ibidem.
459
Mathieu DUCHATEL, « La protection des ressortissants à
l’étranger, un puissant vecteur de transformation de la politique
extérieure chinoise », in Alice EKMAN (dir.), La Chine dans le
monde, Paris, CNRS Éditions, 2018, p. 257.
460
Ibid., p. 258.

259
chinois461. Par ailleurs, la China National Petroleum
Corporation (CNPC) affrète ses propres vols
commerciaux pour évacuer 400 employés462.
Par ailleurs, les ressortissants chinois en Afrique
ont été victimes de nombreuses prises d’otages,
assassinats et attaques d’installations dans des pays
aussi divers que le Nigeria, le Soudan et l’Éthiopie, la
Zambie, le Mali463, mais aussi le Kenya, l’Ouganda, le
Ghana, le Lesotho, Madagascar et l’Afrique du Sud 464.
Étant donné le besoin de protéger les « nouvelles
routes de la soie », la Chine pourrait décider de
développer ses capacités d’intervention par des forces
spéciales, notamment pour des opérations
antiterroristes465 et pour renforcer la capacité de son
armée à se « déployer dans de nombreux
scénarios »466.
La sécurité des Chinois d’Afrique est assurée par
le recours à des compagnies de sécurité privées. Si
des groupes liés à al-Qaïda, Daech ou Boko Haram
devaient élargir encore leur champ d’action dans des

461
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit., p.
46.
462
Jonas PARELLO-PLESNER et Mathieu DUCHATEL,
China’s Strong Arm. Protecting Citizens and Assets Abroad,
Oxon, International Institute for Strategic Studies, Routledge,
2015, p. 135.
463
Lina BENABDALLAH, « China’s Peace and Security
Strategies in Africa : Building Capacity is Building Peace ? »,
African Studies Quarterly, Vol. 16, n° 3-4, décembre 2016, p. 27.
464
Paul NANTULYA, « Chinese Hard Power Supports Its
Growing Strategic Interests in Africa », Africa Center for
Strategic Studies, 17 janvier 2019.
465
Mathieu DUCHATEL, « Terror Overseas : Understanding
China’s Evolving Counter-Terror Strategy », ECFR, 26 octobre
2016.
466
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit., p.
47.

260
zones où la Chine est très présente comme dans le
golfe de Guinée467, « la nécessité d’intervenir
directement pourrait se faire sentir. Un autre scénario
possible serait une situation de crise (guerre civile,
insurrection, invasion étrangère) dans un pays ami de
la Chine où le gouvernement demanderait
officiellement l’aide militaire de Pékin »468.
En outre, le volet opérationnel de la politique
militaire et de sécurité russe fait aujourd’hui l’objet
d’un intérêt soutenu, parfois de façon quelque peu
disproportionnée, au sein des chancelleries et des
états-majors occidentaux. Pendant que la France se
retirait de République centrafricaine avec la fin de
l’opération Sangaris, la Russie de Vladimir Poutine
proposait ses services au nouveau président élu,
Archange Touadéra. Après qu’un accord a été signé
entre les deux parties à Sotchi en octobre 2017, la
Russie a déployé une mission d’entraînement de
l’armée centrafricaine composée de cinq militaires
russes et de 170 conseillers civils. Ainsi, « à partir de
mi-janvier 2018, elle a également fourni des armes
légères (pistolets, fusils d’assaut, RPG), après avoir
obtenu l’accord du conseil de sécurité de l’ONU pour
une levée partielle de l’embargo »469. De plus, les
Russes ont mené leurs propres négociations entre les
467
Antonin TISSERON, « Menace jihadiste. Les États du golfe de
Guinée au pied du mur », Note d’actualité, n° 55, Institut Thomas
More, mars 2019.) ou la RDC (Stanis BUJAKERA
TSHIAMALA, « RDC : pour la première fois, le groupe État
islamique revendique une attaque sur le territoire congolais »,
Jeune Afrique, 19 avril 2019, disponible in
https://www.jeuneafrique.com/764953/politique/rdc-pour-la-
premiere-fois-le-groupe-etat-islamique-revendique-une-attaque-
sur-le-territoire-congolais/, consulté le 14/09/2019 à 22h38mn.
468
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit., p.
49.
469
Ibid.

261
différents acteurs du conflit en RCA,
« indépendamment de la médiation de l’UA et de
l’ONU, apparemment afin de privilégier des intérêts
miniers »470.
En 2010 la Russie avait 366 personnels dans les
missions de maintien de la paix, dont 239 militaires.
Elle a contribué par le passé aux missions de l’ONU
au Tchad, au Liberia, en Sierra Leone, en RCA, Côte
d’Ivoire, Soudan, etc.471. A la même date, la
contribution des États-Unis se chiffrait quant à elle à
une hauteur de 34 personnes472. Le Congo-Brazzaville
a aussi conclu un accord avec le Kremlin pour l’envoi
d’un maximum de 200 conseillers militaires dont la
mission centrale serait la formation à l’utilisation et
l’entretien des matériels d’origine russe de l’armée
congolaise, et dont une partie sera constituée de
techniciens civils envoyés par des entreprises
d’armements russes473. Ainsi, « si le volet
opérationnel de la politique de défense russe reste
pour l’instant modeste, bien que très visible, il
pourrait se développer dans les années à venir, si la
Russie persiste avec sa stratégie d’exploitation des
failles sécuritaires du système international. La

470
François CHRISTOPHE, « La crise centrafricaine, révélateur
des nouvelles ambitions africaines de la Russie », Note de la FRS,
n°13, 26 juillet 2018.
471
Maxim BRATERSKY, « Russia and Peacekeeping
Operations : Conceptual and Practical Components of Russia’s
Policy », International Organizations Research Journal, vol. 13,
n° 1, 2018, pp. 157–170.
472
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit., p.
51.
473
Evguéni KROUTIKOV, « Au Congo, Moscou joue la carte
militaire », Courrier international, 19 juillet 2019, disponible in
https://www.courrierinternational.com/article/vu-de-russie-au-
congo-moscou-joue-la-carte-militaire, consulté le 18/09/2019 à
18h10mn.

262
possibilité déjà évoquée d’une déstabilisation encore
plus poussée au Sahel, dans le golfe de Guinée ou en
RDC, typiquement du fait d’une menace terroriste, a
conduit la Russie à accentuer davantage sa
coopération en Afrique. Ainsi lors du sommet
Afrique-Russie organisée à Sotchi du 23 au
24 octobre 2019. Les dirigeants russes et africains se
sont déclarés prêts à renforcer leur coopération en
matière d’économie, de commerce et de sécurité au
cours du premier sommet Russie-Afrique, qui s’est
achevé jeudi.
Au cours de cette réunion de deux jours,
organisée en même temps que le Forum économique
Russie-Afrique dans la ville balnéaire de Sotchi, au
bord de la mer Noire, le président russe Vladimir
Poutine et les hauts responsables de plus de 40 pays
africains ont discuté de la possibilité d’élargir leur
coopération dans divers domaines.
M. Poutine a déclaré que la Russie faisait du
développement de ses relations avec les pays et les
organisations d’Afrique une de ses principales
priorités, et a proposé d’organiser des réunions entre
chefs d’État russe et africain tous les trois ans, et de
procéder chaque année à des consultations politiques
entre ministres des Affaires étrangères.
Au cours de la réunion plénière du forum
économique, M. Poutine a appelé la Russie et
l’Afrique à faire doubler le volume de leurs échanges
commerciaux, afin de dépasser les 40 milliards de
dollars américains d’échanges au cours des quatre à
cinq prochaines années.
Les pays africains attirent de plus en plus
l’attention des entreprises russes, et Moscou soutiendra
toutes les compagnies russes qui envisageraient de
renforcer leur présence sur le continent, a déclaré M.
Poutine que « Le développement de liens commerciaux

263
plus étroits va dans le sens de nos intérêts communs,
contribue à la croissance durable de nos États, et permet
d’améliorer les conditions de vie des citoyens et de
résoudre de nombreux problèmes sociaux »,
Dans cette optique, la Russie aura livré, fin 2019,
à plusieurs pays africains des équipements militaires,
dont des systèmes de missiles antichars et des
véhicules blindés, pour un total de 3,5 milliards
d’euros474. Actuellement, la livraison d’armes est
effectuée vers 20 États africains, dont le Cameroun,
l’Ouganda, le Rwanda, le Mozambique et l’Angola.

SECTION II : LES MODES


OPÉRATOIRES/STRATÉGIES DANS LES
CONFLITS
Pour arriver à ses fins ou mieux atteindre ses
objectifs, un acteur déploie une stratégie ou mode
opératoire475. En clair, le mode opératoire est le
moyen choisi par l’acteur pour arriver à ses fins. Tout
acteur géopolitique choisit un mode opératoire. Il
peut être civil, basé sur le jeu électoral dans les
démocraties, le contrôle des institutions (du
gouvernement, du parlement, de l’armée, etc.), le
développement de la propagande, toujours tributaire
d’un certain contrôle des médias. Le mode opératoire
peut-être économique privilégiant le soutien,
l’investissement ou la rétorsion économique, le
blocus. Il est aussi diplomatique ou militaire,
privilégiant ou non l’usage de la force. On retrouve là
la distinction de l’exercice de la puissance entre Soft
Power (pouvoir de séduction) et Hard Power

474
Annonce du directeur général de Rosoboronexport, Alexandre
Mikheev, à l’occasion du forum de Sotchi.
475
Cf. Pascal LOROT et François THUAL, La géopolitique,
Paris, Montchrestien, 1997, pp. 75-78. Ils envisagent cet aspect
sous le terme de « processus géopolitique ».

264
(pouvoir de coercition) conceptualisée par Joseph
Nye476. En outre, « l’acteur peut privilégier le contrôle
direct (dont le nec plus ultra serait l’incorporation à
son territoire) ou la domination (en contrôlant non
pas le territoire, mais le pouvoir local »477. Bref, le
mode opératoire des acteurs privilégie, suivant les
lieux et les périodes, l’action civile, économique,
diplomatique ou militaire. Ainsi, dans le cadre des
conflits contemporains en Afrique subsaharienne, les
acteurs penchent le plus souvent pour un mode
opératoire de nature militaire, diplomatique ou
asymétrique, en fonction de ses capacités de
puissance ou de nuisance. À cet égard, il nous revient
de déterminer d’une part le mode opératoire des
acteurs étatiques (I) et celui des acteurs extraétatiques
d’autre part (II)

I. Le mode opératoire des acteurs étatiques


Si pour les États africains, le mode opératoire est
particulièrement militaire et privilégie l’usage de la
force et du pouvoir de coercition pour soit contrôler
un territoire soit le dominer (1). Cependant pour les
acteurs étrangers, il est à la fois diplomatique et
militaire (2). Diplomatique à travers les accords
militaires, les budgets importants de par les
infrastructures et l’aide au développement et la
présence militaire matérielle sur le continent.

1. Les États africains


La proximité des régions en rébellion aux
frontières des États renforce la probabilité d’une
476
Cf. Joseph NYE, « Soft Power », Foreign Policy, n° 80, 1990, pp.
150-171.
477
Stéphane ROSIERE, « Géographie politique, géopolitique et
géostratégie : distinctions opératoires », L’information
géographique, Vol. 65, n°1, 2001. p. 39.

265
alliance ad hoc entre les mouvements rebelles et les
pays avoisinants. Cet aspect des conflits africains est
généralement sous-estimé. Le postulat répandu de la
faiblesse intrinsèque de l’« État africain » tend à
exclure toute velléité d’expansion de sa part ou de
menées extérieures en vue d’assurer sa sécurité. Or,
la régionalisation des crises africaines prouve le
contraire : elle ne procède pas tant d’une solidarité
ethnique transnationale que de la volonté d’un État
d’intervenir chez son voisin pour des buts précis 478. La
multiplicité des belligérants et autres protagonistes
est l’un des corollaires de la dimension régionale de
ces conflits. Cette multiplication du nombre de
protagonistes des conflits en Afrique a entraîné une
complexification des raisons invoquées pour y
participer.
À cet égard, la première est leur dimension
régionale. En Afrique de l’Est et dans la Corne, le
Soudan, l’Érythrée, la Somalie, l’Éthiopie et
l’Ouganda ont tous connu de sérieux conflits internes
depuis le début des années 1990. Un au moins de ces
États a été impliqué dans chacun de ces conflits. Dans
la région des Grands Lacs, à l’apogée de la guerre en
RDC, huit autres États étaient impliqués : le Rwanda,
le Burundi, l’Ouganda, le Zimbabwe, le Tchad, le
Soudan, la Namibie et l’Angola. Par ailleurs, les
restes de l’armée du gouvernement rwandais vaincu
poursuivirent leurs activités militaires, au même titre
que des factions rebelles du Rwanda, du Burundi, de
l’Ouganda et de l’Angola. En Afrique occidentale, le
Nigeria fut entraîné dans un conflit avec le Liberia,
au nom du maintien de la paix et sous le drapeau de
la Communauté économique des États d’Afrique de

478
Richard BANEGAS et Richard OTAYEK, « Le Burkina Faso
dans la crise ivoirienne : effets d’aubaine et incertitudes
politiques », Politique africaine, n° 89, mars 2003, pp. 71-87.

266
l’Ouest (CEDEAO), et ce, afin d’empêcher le Front
patriotique national du Liberia (PNFL) de Charles
Taylor d’y prendre le pouvoir- en vain. Non
seulement ce dernier parvint à ses fins, mais il aida à
préparer la guerre en Sierra Leone en donnant son
appui aux insurgés du Front révolutionnaire uni
(RUF). Ainsi, « après la prise du pouvoir par Charles
Taylor au Liberia, les milices progouvernementales
de la Sierra Leone, avec la Guinée, soutinrent la
rébellion des Libériens unis pour réconciliation et
démocratie (LURD), en réponse au soutien apporté
par Taylor à une attaque de la Guinée par des rebelles
sierra-léonais. Les Libériens sont encore impliqués,
des deux côtés, dans la guerre civile en Côte-d’Ivoire.
Enfin, le Burkina Faso et la Libye ont, eux aussi, joué
un rôle, en coulisses, dans la genèse de ces
conflits »479.
Les objectifs politiques et économiques se
superposent et convergent souvent. Les États voisins
peuvent s’impliquer pour protéger leurs intérêts
nationaux (leur propre sécurité, par exemple, ou des
intérêts commerciaux transfrontaliers) ou servir les
intérêts économiques de leurs élites. Une puissance
régionale peut être motivée par la volonté de maintenir
un équilibre régional en sa faveur ou de protéger un
État partenaire. De cette façon, « les puissances
extérieures n’interviennent plus par rivalité
idéologique, comme pendant la guerre froide. Mais
elles ont toujours un intérêt dans ces conflits :
maintenir ou étendre leur sphère d’influence, protéger
leurs ressortissants et leurs investissements, sans parler
des raisons humanitaires : nourrir les affamés, défendre

479
Jaquet Christophe PORTEOUS, « L’évolution des conflits en
Afrique subsaharienne », Politique étrangère, n°2, 2003, pp. 311-
312.

267
les droits de l’homme, prévenir les massacres »480.
Au cours d’un conflit, les motivations de ces
différents acteurs peuvent encore évoluer avec les
circonstances. Avec la fin de la guerre froide, « les
protagonistes des conflits africains ont dû trouver de
nouveaux moyens financiers pour faire la guerre.
Aussi le contrôle des ressources économiques
(diamants en Angola et en Sierra Leone, bois et huile
de palme au Liberia, commerce du khat et aide
humanitaire en Somalie, coltan [colombo-tantalite],
diamants et or en RDC) est-il devenu un enjeu
considérable des stratégies de guerre »481. Les
objectifs économiques peuvent affecter ou dépasser
les antagonismes idéologiques, politiques ou culturels
qui peuvent être à l’origine des conflits. Dans
certaines situations, les belligérants et les affairistes
qui les soutiennent, qu’ils relèvent du crime organisé
ou du secteur privé légal, peuvent avoir un intérêt à
poursuivre ou prolonger un conflit en raison des
profits matériels accumulés par une minorité aux
dépens de la majorité grâce à l’économie de guerre 482.
On a vu à plusieurs reprises des rivaux militaires et
politiques (en RDC, en Sierra Leone, en Angola)
coopérer pour l’exploitation et le commerce de
ressources minières.
Ainsi, la cause principale de l’instabilité
persistante dans l’est de la République démocratique
du Congo est l’ingérence de ses voisins rwandais et
ougandais depuis 1996. En effet, ces deux pays, qui
ont participé militairement au renversement du
maréchal Mobutu, ont créé l’AFDL de Laurent-Désiré
Kabila, qui servait de vitrine congolaise à ce qui était
de fait une invasion étrangère. Le Rwanda et

480
Ibid., p. 313.
481
Ibid.
482
Ibidem.

268
l’Ouganda blanchissaient alors leurs actions par des
objectifs sécuritaires qui étaient de priver leurs
rébellions respectives de leurs sanctuaires zaïrois dans
les Kivus et en Ituri483. Toutefois, les événements ont
montré que ces objectifs sécuritaires dissimulaient des
visées expansionnistes.
En réalité, le régime rwandais a utilisé le
territoire congolais comme un théâtre de projection
de sa puissance au détriment du régime de Mobutu,
du régime de Kabila – qui échappa à la défaite en
1998 face à son ancien allié uniquement grâce à la
mobilisation populaire et au soutien de l’Angola, du
Zimbabwe, du Soudan et de la Namibie – et de son
ex-allié ougandais qu’il a vaincu militairement à
Kisangani (RDC)484. Cette affirmation de sa puissance
a permis au Rwanda de contrôler, après 1998, les
Kivus via sa vitrine congolaise, le RCD
(Rassemblement des Congolais pour la démocratie) –
Goma. Ce mouvement rebelle qui se prétend
protecteur des populations tutsies est devenu, depuis
le retrait officiel des forces rwandaises en 2002, son
bras politique en RDC. Le Rwanda, à travers le RCD-
Goma, instrumentalise le sentiment anti-tutsi de la
majorité des Congolais – en réaction aux invasions
rwandaises – pour justifier son refus de désarmer ou
d’intégrer les forces armées nationales, afin de
maintenir son emprise sur les régions du Kivu 485. Dès
lors, il contribue de cette manière à détacher cette
région – et ses populations.
Par ailleurs, les liens entre l’existence de
483
Olivier LANOTTE, Guerres sans frontières, Bruxelles,
GRIP/Complexe, 2003, p. 94.
484
Bernard LELOUP, « Le Rwanda et ses voisins », L’Afrique
des Grands Lacs : Annuaire 2004-2005, pp. 152-159.
485
Filip REYNTJENS, « Rwandan : ten years from genocide to
dictatorship », African Affairs, Vol. CIII, n° 411, avr. 2004, p.
207.

269
ressources naturelles et la potentialité de crises dans
les États africains sont aussi évidents qu’il peut être
diffus. Dans ce cadre, la richesse du sous-sol
constitue une donnée importante, que ce soit en RDC
(minerais, diamants, bois) au Soudan (pétrole) ou en
Côte d’Ivoire (cacao) par exemple486. S’il est avéré
que la présence d’importantes ressources matérielles
dans une région augmente la possibilité des conflits
du fait de l’absence de redistribution des revenus tirés
de leur exploitation487, une incertitude demeure à
propos de son importance dans l’échelle des priorités
des belligérants. Deux (2) courants qui ne sont pas
exclusifs se dégagent488.
La première est que le contrôle des régions
produisant des matières premières constitue un but
intermédiaire, lequel serait l’affaiblissement de l’État
qui en tire ses revenus. La tentative de la rébellion
ivoirienne de s’emparer de la boucle du cacao en
2003 – stoppée par la force française Licorne 489– dans
un pays qui en est le premier producteur mondial
relève de cette logique d’étranglement financier de
l’adversaire490.
La seconde tendance observée, à l’est de la RDC,
mais aussi au sud du Soudan, fait du contrôle de ces
zones un objectif prioritaire à des fins de financement
486
Yann BEDZIGUI, « Les conflits en Afrique. Une résolution
improbable », p. 166, disponible in http://www.afri-ct.org/wp-
content/uploads/2009/12/11_Bedzigui_Afrique.pdf.
487
Harvard BUHANG et Jan KETIL ROD, « Local determinants
of Africa civil wars : 1970-2001 », Political Geography, Vol.
XXV, n° 3, pp. 318-319.
488
Yann BEDZIGUI, « Les conflits en Afrique. Une résolution
improbable », op. cit.
489
Comfort ERO et Anne MARSHALL, « L’ouest de la Côte
d’Ivoire : un conflit libérien », Politique africaine, n° 89, mars
2003, p. 95.
490
Yann BEDZIGUI, « Les conflits en Afrique. Une résolution
improbable », op. cit.

270
des activités militaires. Au Soudan, l’exploitation des
champs pétroliers situés à la frontière avec le Sud a
permis au gouvernement de faire pencher la balance
militaire en sa faveur par rapport au SPLA491. De plus,
dans l’est du Congo, le contrôle de l’Ituri et des
Kivus par les différents mouvements rebelles et leurs
parrains ougandais et rwandais a donné lieu à une
exploitation accélérée des minéraux comme l’or, le
coltan492. L’exploitation des ressources s’avère
pernicieuse pour la mise en œuvre d’un processus de
paix et se dresse rapidement en facteur de
prolongation du conflit. Du fait des positions
économiques favorables acquises pendant le conflit, il
devient difficile pour de nombreuses parties
prenantes d’intégrer un cadre politique légal qui
exclut certaines pratiques493. À cet effet, les acteurs
qui en profitent privilégient donc le statu quo en
entretenant l’instabilité.
Dans ces conflits, on note généralement
l’absence d’une victoire de l’une des parties, car toute
sortie de crise est condamnée à être un consensus
fragile, occasionnant la résurgence de futurs
affrontements. À cet égard, trois (3) scénarii sont
possibles. Le premier est celui du déclenchement
d’une rébellion à partir d’une région frontalière,
souvent avec le soutien de l’État voisin : par exemple,
le conflit du Darfour débute dans cette province
frontalière avec le Tchad, avec le soutien de certains

491
Ibid.
492
Jeroen CUVELIER, « Réseaux de l’ombre et configurations
régionales : le cas du commerce du coltan en République
démocratique du Congo », Politique africaine, n° 93, mars 2004,
pp. 82-92.
493
Philippe HUGON, « Conflictualité armée en Afrique : le rôle
des facteurs économiques », The European Journal of
Development Research, Vol. XVIII, n° 2, juin 2006, p. 26.

271
proches du président Déby494. Deuxième scénario est
celui de l’échec des envahisseurs face aux forces
gouvernementales qui auraient bénéficié d’un soutien
extérieur : ainsi, l’offensive du Rwanda et de
l’Ouganda et de leurs alliées congolaises sur
Kinshasa a été mise en échec par le gouvernement de
Kabila assisté par l’Angola et le Zimbabwe 495.
Troisième scénarios peut être celui du repli des
envahisseurs vers leur point de départ et la partition
du pays : les mouvements rebelles ivoiriens se sont
repliés vers le nord du pays qu’ils contrôlent,
entérinant ainsi la division du pays496.
L’inaptitude des antagonistes à remporter une
victoire militaire définitive tient à la déficience de
leurs moyens en dépit des soutiens extérieurs et de la
stratégie employée. Ainsi, d’après Marc Fontrier,
l’absence de capacité relève de la faiblesse de
nombreuses armées gouvernementales, dont le budget
est consacré à leur rémunération plus qu’à leur
équipement497. Les forces les mieux entraînées sont
généralement les gardes présidentielles et des unités
spéciales. Certains acteurs asymétriques, en l’absence
d’un soutien accru de leurs parrains et d’un
entraînement conséquent, peuvent manquer de
capacités pour l’emporter militairement. En outre,
« les mouvements rebelles sont souvent composés de
déserteurs ou de mutins et ont le même déficit de
formation que leurs adversaires »498.
494
Roland MARCHAL, « Chad / Darfur : how two crises
merge », Review of African Political Economy, Vol. XXXIII, n°
109, pp. 467-482.
495
Yann BEDZIGUI, « Les conflits en Afrique. Une résolution
improbable », op. cit., p. 167.
496
Ibid.
497
Marc FONTRIER, « Des armées africaines : comment et
pourquoi faire ? », Outre-Terre, n° 11, 2005, pp. 375.
498
Yann BEDZIGUI, « Les conflits en Afrique. Une résolution
improbable », op. cit., p. 167.

272
La victoire militaire est rendue encore plus
hypothétique par la configuration des guerres
intraétatiques en Afrique. Dans des conflits où les
lignes de partage se font sur des guerres civiles, de
l’insurrection, de la guérilla et les conflits
séparatistes, la victoire militaire nécessite la
disparition des populations soutenant l’adversaire ou
sa neutralisation pour une certaine durée. Cette
stratégie démontre paradoxalement la faiblesse des
capacités des belligérants, en ce que les actes de
violence à l’égard des civils sont préférés à des
affrontements directs le plus souvent. La mise en
œuvre de cette stratégie exige cependant une
planification, des moyens et un contexte
d’indifférence de la communauté internationale.
Ainsi, « si ces trois éléments ont été concordants au
Rwanda et au Darfour, il n’en a pas été ainsi en Côte
d’Ivoire, par exemple, où la présence de la force
Licorne a dissuadé les parties de s’attaquer
ouvertement aux civils »499.
Cependant, la multiplication des atrocités, loin de
décourager les populations, ne contribue qu’à gonfler
les effectifs de la rébellion des rescapés des
violences500. Le poids croissant de ces derniers au fur
et à mesure du conflit fait que les calculs rationnels
ayant motivé l’insurrection sont remplacés par des
envies de vengeance et des attitudes jusqu’au-
boutistes, qui rendent difficile à terme l’établissement
d’un dialogue501. En clair, il se dégage que les
hostilités cessent ou baissent d’intensité davantage du
fait de l’incapacité des acteurs à l’emporter que d’une
réelle volonté. Cette aptitude est renforcée par des

499
Ibid., p. 168.
500
Ibid.
501
Idean SALEYAN, « Refugees and the study of civil war »,
Civil Wars, vol. II, n° 2, juin 2007, p. 132.

273
interventions extérieures, dont l’impact sur le conflit
n’est pas forcément décisif, mais toujours significatif.
Par contre, la lutte contre le terrorisme telle que
pratiquée en Afrique subsaharienne exige une
extrême mobilité des forces. Par ailleurs, elle est une
guerre d’usure et d’adaptation permanente dans
laquelle la dimension civilo-militaire joue un rôle
majeur ; elle est enfin une guerre de renseignement
impliquant une coopération étroite avec nos
partenaires. Dans ce cadre, la recherche de la
souplesse dans l’emploi des forces s’est traduite par
l’accent mis sur l’aéromobilité, la dronisation de la
surveillance de territoires, et par le recours à des
forces spéciales plus fluides que les régiments armant
jusqu’ici les groupements tactiques interarmes
(GTIA) dans des dispositifs fixes comme au Mali.
Face à cette menace transnationale et insaisissable,
les engagements armés exigent des troupes et des
matériels militaires autant de « rusticité » que
d’adaptabilité aux terrains désertiques, montagneux et
rocailleux, mais encore désormais à ceux de la
steppe, des zones côtières et forestières du littoral du
golfe de Guinée (Lagos, Accra, Cotonou, Lomé,
Abidjan, Buea…).
L’objectif est de « déloger » et « poursuivre » les
terroristes sur leur propre « champ de jeu », en
pratiquant le harcèlement systématique et, autant que
faire se peut, en visant la réintégration de certaines de
leurs troupes, composées majoritairement de
populations locales plus souvent en rébellion contre
les autorités de leurs pays que tenants du Djihad
international. Elle privilégie non seulement
l’approche « cinétique » (qui a fait ses preuves dans
la vallée malienne de l’Ametetaï autant que dans la
Kapisa en Afghanistan)502, mais encore une
502
Philippe FOLLIOT et Emmanuel DUPUY, « Évolution de la

274
« approche globale » dont la finalité reste avant tout
politique : l’engagement des troupes africaines est
avant tout celui de la défense de l’intégrité territoriale
du pays, pour la démocratie, la liberté et la lutte
contre le fondamentalisme.
Dans ce cadre, « les actions civilo-militaires sont
un enjeu essentiel en la matière pour une meilleure
acceptation des forces en présence par les populations
locales et, combinées avec des enjeux de
développement, elles demeurent un outil efficace
d’image et de perspective d’actions d’après-crise »503.
De ce point de vue, la nécessité d’une interopérabilité
des hommes et des matériels avec ceux des forces
régionales se traduit par une démarche inclusive de
mixité du dispositif tactico-opérationnel associant les
brigades mixtes par exemple à l’instar du G5 Sahel
(Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad) et de
la Force multinationale Mixte dans le lutte contre
Boko Haram (FMN). Au final, il s’agit d’une guerre
du renseignement, dont le partage d’information avec
les partenaires étrangers est capital. De cette façon, il
en va de même avec les pays de l’Afrique de l’Ouest
et de la bande sahélo-saharienne – notamment les
plus déterminés d’entre eux à lutter contre le
phénomène terroriste en Afrique subsaharienne
(Tchad, Nigéria, Cameroun).

guerre asymétrique contre le terrorisme : L’exemple de la lutte contre


les groupes armés terroristes dans la bande sahélo-saharienne, en
Afrique de l’Ouest et dans le golfe de Guinée », ResMilitaris, hors-
série « France : opérations récentes, enjeux futurs », décembre 2016,
p. 6, disponible in
http://resmilitaris.net/ressources/10250/32/res_militaris_article_follio
t_-
_dupuy_evolution_de_la_guerre_asymetrique_contre_le_terrorisme.
pdf.
503
Ibid.

275
2. Les États étrangers
Pendant la guerre froide, il pouvait être difficile
pour un État africain d’obtenir des soutiens de
plusieurs superpuissances à la fois. Aujourd’hui,
certains États africains peuvent facilement coopérer
sur les questions de sécurité avec plusieurs
puissances. Ce qui revient à nous intéresser dans cette
partie non pas aux ex-puissances coloniales telles que
la France et la Grande-Bretagne, mais aux grandes
puissances qui aujourd’hui mènent une véritable
bataille géopolitique et géostratégique sur le
continent en matière de sécuritaire défense. Le
positionnement entre ces grandes puissances passe
alors par la géographie de leur accès au théâtre
africain. Un volet de cette « nouvelle stratégie
d’accès » dépend de relations immatérielles :
financements, accords diplomatiques, soft Power et
influence504. Un autre repose sur la construction
d’infrastructures, telles que des bases militaires et
logistiques, des ports ou des aéroports, réseaux de
routes et autres moyens de communication permettant
de soutenir la projection de leur puissance505.
Ainsi, les États-Unis restent leader, et
revendiquent clairement dans leur stratégie
l’importance d’un accès aux territoires africains. Dans
son discours devant le comité des forces armées du
Sénat, le général Waldhauser, commandant de
l’AFRICOM, explique comment les États-Unis
comptent garder la main dans cette bataille pour
s’assurer les meilleures « positions stratégiques (…) et
les infrastructures portuaires »506. À cet effet, l’un des

504
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit., p.
21.
505
Ibid.
506
Ibidem.

276
(05) cinq objectifs prioritaires d’AFRICOM consiste à
« structurer le théâtre africain en alignant les forces, les
autorités, les capacités, l’empreinte logistique et les
accords diplomatiques »507.
De son côté, la Chine s’impose aussi de plus en
plus par le dynamisme de sa propre stratégie d’accès,
notamment du fait du caractère dual des
infrastructures qu’elle construit dans le cadre de
l’initiative Belt and Road508. Ces dernières, en effet,
présentées comme étant a priori à usage civil, mais
pouvant aussi être mobilisées pour des usages
militaires. Quant à la Russie, elle ne semble pas, à ce
stade, disposer d’une véritable stratégie d’accès au
théâtre africain, même si elle tente de renforcer son
empreinte dans plusieurs pays du continent pour lui
permettre à son tour de projeter sa puissance.
En effet, lors de l’édition 2018 du Forum de
Coopération Sino-Africaine (FOCAC) qui se tient
tous les trois ans depuis l’an 2000, la Chine a promis
60 milliards de dollars supplémentaires d’aide aux
pays du continent, dont 15 milliards de dons et prêts à
taux zéro509. L’Afrique n’en arrive pas moins en
troisième position des investissements chinois après

507
Thomas D. WALDHAUSER, « A Secure, Stable and
Prosperous Africa Is an Enduring American Interest », United
States Africa Command before the Senates Committee on Armed
Services, 7 février 2019, p. 34, disponible in https://www.armed-
services.senate.gov/imo/media/doc/Waldhauser_02-07-19.pdf.
508
Alice EKMAN, Françoise NICOLAS, John SEAMAN,
Gabrielle DESARNAUD, Tatiana KASTOUEVA-JEAN, Şerif
Onur BAHÇECIK et Clélie NALLET, « Three Years of China’s
New Silk Roads : From Words to (Re) action ? », Études de l’Ifri,
février 2017.
509
Cf. « La Chine promet 60 mds de dollars au développement de
l’Afrique », L’Express/L’expansion, du 03/09/2018, disponible in
https://lexpansion.lexpress.fr/actualites/1/actualite-economique/la
-chine-promet-60-mds-de-dollars-au-developpement-de-l-
afrique_2033558.html, consulté le 24/08/2019 à 13h09mn.

277
l’Asie et l’Europe510. À cette aide chinoise intervient
l’engagement américain de verser 60 milliards de
dollars pour l’Afrique511.
En ce qui concerne les États-Unis, la somme des
budgets attribués à la coopération militaire et de
sécurité avec les pays africains représente
2,46 milliards de dollars en 2019, dont 1,3 milliard
pour l’Égypte et 283 millions pour la Somalie512. Le
Sahel, en crise aiguë depuis quelques années fait
également l’objet d’une attention particulière. Les
États-Unis ont ainsi promis fin 2018 une aide de
111 millions de dollars pour entraîner et équiper un
bataillon dans chaque pays du G5 Sahel. Toutefois,
cette aide passera sous forme d’aide bilatérale, et non
via le Secrétariat de l’organisation513.
Pour la Chine, il est plus difficile d’évaluer la
somme globale. On retiendra néanmoins quelques
chiffres. Elle contribue depuis 2015 à hauteur de
510
Mariama SOW, « Figures of the Week : Chinese Investment in
Africa », Brookings, 06/09/2018, disponible in
https://www.brookings.edu/blog/africa-in-focus/2018/09/06/figur
es-of-the-week-chinese-investment-in-africa/, consulté
24/08/2019 à 13h29mn. Ces investissements ont surtout bénéficié
au Nigeria (17 %), à l’Angola et à l’Éthiopie (8 % chacun) et au
Kenya (6 %). Ils portent surtout sur deux secteurs (transports
pour 33 % et énergie pour 33 %).
511
Cf. « USA Plans a $60 Billion Fund to Counter Chinese
Investments in Developing Countries », Ecofin Agency,
26/06/2018, disponible in https://www.ecofinagency.com/public-
management/2609-38997-usa-plans-a-60-billion-fund-to-counter-
chinese-investments-in-developing-countries, consulté le
24/08/2019 à 14h44mn.
512
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit., p.
22.
513
Fergus KELLY, « US Counter-Terrorism Assistance to G5
Sahel Member States almost Doubles to $111 Million », The
Defense Post, 05/11/2018, disponible in
https://thedefensepost.com/2018/11/05/g5-sahel-us-assistance/,
consulté le 18/09/2019 à 18h23mn.

278
200 millions de dollars sur dix (10) ans au Fonds
d’affectation spéciale des Nations Unies pour la paix
et le développement (UNPDF), qui bénéficie
essentiellement à des activités de maintien de la paix
ou de développement, dont une partie importante est
dédiée à l’Afrique514. Sur les 100 millions de dollars
promis par la Chine à l’Union africaine (UA) lors du
FOCAC 2018, 25 devraient financer des équipements
militaires pour la base logistique de l’UA au
Cameroun. Ainsi, on note que des contributions ont
aussi été versées pour soutenir la mission de l’UA en
Somalie et d’autres organisations sous-régionales 515.
En recherchant un exemple de coopération bilatérale,
on mentionnera que la Chine a dépensé 30 millions
de dollars pour un centre d’entraînement militaire à
Mapinga en Tanzanie, qu’elle a terminé de construire
en février 2018516. La Chine a promis 45 millions de
dollars à la force conjointe de G5 Sahel début 2019517,
de même que « 1,5 million de dollars pour le

514
Voir Keegan ELMER et Catherine WONG, « Canadian
Michael Kovrig Held in China for Allegedly Endangering
National Security », South China Morning Post, du 12/12/2018,
disponible in
https://www.scmp.com/news/china/diplomacy/article/2177585/ch
inese-state-security-behind-detention-canadian-former, consulté
le 10/01/2019 à 11h55mn.
515
Michael KOVRIG, « China Expands Its Peace and Security
Footprint in Africa », International Crisis Group, du 24/10/2018,
disponible in https://d2071andvip0wj.cloudfront.net/24oct18-
china-expands-its-peace-and-security.pdf.
516
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit., p.
23.
517
Aboubacar YACOUBA BARMA, « G5 Sahel : 26 milliards
Fcfa de la Chine pour la force conjointe », La Tribune Afrique, du
06/01/2019, disponible in
https://afrique.latribune.fr/politique/2019-01-06/g5-sahel-26-
milliards-fcfa-de-la-chine-pour-la-force-conjointe-802836.html,
consulté le 30/01/2019 à 16h47mn.

279
fonctionnement du Secrétariat permanent du G5
Sahel »518.
Par contre, la Russie est plus prudente dans sa
communication, et dispose de toute évidence de
moins de ressources que la Chine ou les États-Unis à
mettre au profit de ses partenaires africains. On sait
peu de chose sur ses engagements financiers au profit
de l’Afrique, à part qu’elle a annulé 20 milliards de
dollars de dette en 2017 et proposé d’échanger des
dettes contre des investissements dans le secteur de
l’énergie ou des ressources naturelles 519. La Russie ne
soutient pas financièrement les pays du Sahel, même
si elle leur vend des armes et tente de renforcer ses
liens avec eux520.
S’agissant des accords militaires, on note qu’en
plus des financements, qui permettent de donner du
contenu aux relations et de créer des dépendances, les
facteurs immatériels permettant d’accéder aux
territoires africains incluent les accords diplomatico-
militaires, notamment ceux portant sur la coopération
de défense et les rencontres entre cadres et dirigeants.
518
Emmanuel DUPUY, « France-Chine : rivaux ou partenaires
dans le domaine de la sécurité sur le continent africain ? », La
Tribune Afrique, 08/04/2019, disponible in
https://afrique.latribune.fr/think-tank/tribunes/2019-04-08/france-
chine-rivaux-ou-partenaires-dans-le-domaine-de-la-securite-sur-
le-continent-africain-813426.html, consulté le 20/04/2019 à
17h46mn.
519
Jacques HUBERT-RODIER, « Comment les grandes
puissances se disputent l’Afrique », Les Échos, 20/12/2018,
disponible in https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-
analyses/comment-les-grandes-puissances-se-disputent-lafrique-
240470, consulté 05/01/2019 à 20h15mn.
520
Isabelle MANDRAUD, « 2019, ‘‘année de l’Afrique’’ pour les
marchands d’armes russes », Le Monde Afrique, 24/01/2019,
disponible in
https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/01/24/2019-annee-
de-l-afrique-pour-les-marchands-d-armes-
russes_5413863_3212.html, consulté le 18/02/2019 à 11h56mn.

280
À ce titre, les accords de coopération militaire posent
le cadre politique et légal de la coopération militaire.
De cette façon, « ils définissent en principe le statut
juridique des personnels militaires déployés sur le sol
du pays d’accueil, les droits entourant le contrôle
d’une base militaire, etc. »521.
Dans cette perspective, tous les accords de
défense ne sont pas connus, et lorsqu’ils le sont leur
contenu reste parfois très flou. Pour la Chine, par
exemple, les accords militaires font souvent partie
d’un ensemble d’accords multisectoriels. De tels
accords de coopération militaire ont été signés entre
la Chine et le Cap-Vert, le Mozambique, Djibouti 522,
mais également le Cameroun, le Ghana et le Nigeria
après leur intégration à l’initiative BRIC (le groupe
des pays dits émergents composé du Brésil de la
Russie, de l’Inde et de la Chine). Ils couvrent de
vastes pans d’activité, tels « l’entraînement,
l’acquisition d’armes, l’échange d’information, l’aide
à la navigation maritime et la sécurité maritime »523.
De son côté, la Russie a signé des accords militaires
avec 24 pays d’Afrique : accord de partenariat
stratégique avec l’Algérie en avril 2001 524 et accords
de coopération militaire avec la République

521
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit., p.
24.
522
Aline LEBŒUF, « Coopérer avec les armées africaines »,
Focus stratégique, n° 76, octobre 2017, p. 21, disponible in
https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/cooperer_arme
es_africaines_lebœuf.pdf.pdf.
523
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit., p.
24.
524
Maud BIEGEL, « L’offensive russe pour se positionner en
Algérie », Infoguerre, du 08/02/2019, disponible in
https://infoguerre.fr/2019/02/loffensive-russe-se-positionner-
algerie/, consulté le 03/03/2019 à 15h20mn.

281
démocratique du Congo (RDC) et la République
centrafricaine (RCA) en 2018525, ainsi qu’avec le
Tchad, le Niger526, le Burkina Faso527, l’Éthiopie, le
Mozambique528, l’Égypte529, et la Communauté de
développement d’Afrique australe (SADC) 530. De
plus, en 2019, Moscou a signé deux nouveaux
accords avec le Soudan, peu après le renversement du

525
Jacques HUBERT-RODIER, « Comment les grandes
puissances se disputent l’Afrique », op. cit.
526
Aaron ROSS, « Factbox : Russian Military Cooperation Deals
with African Countries », Reuters, du 17/10/2018, disponible in
https://www.reuters.com/article/us-africa-russia-factbox/factbox-
russian-military-cooperation-deals-with-african-countries-
idUSKCN1MR0KH, consulté le 20/11/2018 à 09h28mn.
527
Cf. « La Russie renforce ses liens militaires avec la
Centrafrique », Le Monde, 21/08/2018, disponible in
https://www.lemonde.fr/ afrique/article/2018/08/21/la-russie-
renforce-ses-liens-militaires-avec-la-
centrafrique_5344581_3212.html, consulté le 24/09/2018 à
06h45mn.
528
Carole KOUASSI, « Coopération militaire : le retour en puissance
de la Russie en Afrique », Africanews, du 28/05/2019, disponible in
https://fr.africanews.com/2019/05/28/cooperation-militaire-le-retour-
en-puissance-de-la-russie-en-afrique//, consulté le 11/06/2018 à
21h54mn.
529
Shaul SHAY, « Russia and Egypt Signed a « Comprehensive
Cooperation and Strategic Partnership Agreement »«, IPS
Publications, octobre 2018, disponible in
https://www.idc.ac.il/he/research/ips/Documents/publication/2/Sh
aulShayRussiaEgypt28.10.18A.pdf.
530
Peter BEAUMONT, « Russia’s Scramble for Influence in
Africa Catches Western Officials Off-Guard », The Guardian,
11/09/2018, disponible in https://www.theguardian.com/global-
development/2018/sep/11/russias-scramble-for-influence-in-
africa-catches-western-officials-off-guard, consulté 18/10/2018 à
14h20mn.

282
Président Omar el-Béchir531, et avec le Mali532. Les
États-Unis ne sont pas en reste : ils ont signé des
accords avec 53 pays africains, que cela soit au titre
de « major non-NATO ally » pour le Maroc, la
Tunisie et l’Égypte, ou sous un autre statut 533. Il s’agit
notamment pour les États-Unis « de protéger son
accès au théâtre et de s’assurer d’un cadre juridique
permettant le déploiement de leurs soldats »534.
En plus de la signature de ces accords peuvent
s’ajouter des relations entre décideurs politico-
militaires qui ancrent la coopération militaire dans un
terreau humain plus favorable dans la durée. Parfois,
des rencontres dans le cadre de comités de défense
binationaux sont mises en place, comme c’est le cas
entre la Chine et l’Afrique du Sud ou l’Égypte 535 ou
entre la Russie et l’Angola, le Nigeria ou l’Afrique du
Sud536. Ces diplomaties vont même jusqu’à se
531
« Coopération militaire : la Russie avance ses pions au
Soudan », La Tribune Afrique, 25/05/2019, disponible in
https://afrique.latribune.fr/politique/2019-05-25/cooperation-
militaire-la-russie-avance-ses-pions-au-soudan-818333.html,
consulté 24/06/2019 à 12h30mn.
532
Laurent LAGNEAU, « Le Mali et la Russie ont signé un
accord de coopération militaire », Zone Militaire, 27/06/2019,
disponible in http://www.opex360.com/2019/06/27/le-mali-et-la-
russie-ont-signe-un-accord-de-cooperation-militaire/, consulté
16/07/2019 à 16h48mn) ; Voir également, « Factbox : Russia
Military Cooperation Deals with African Countries », op. cit
533
« Treaties in Force. A List of Treaties and Other International
Agreements of the United States in Force on January 1, 2019 »,
Départementd’État, disponible in https://www.state.gov/wp-
content/uploads/2019/05/2019-TIF-Bilaterals-web-version.pdf.
534
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit.
535
Aline LEBŒUF, « Coopérer avec les armées africaines », op.
cit., p. 21.
536
« Angola and Russia Discuss Strengthening of Military
Cooperation », Angola Press Agency, 23/05/2017 disponible in
https://www.angop.ao/angola/en_us/noticias/politica/2017/4/21/A
ngola-and-Russia-discuss-strengthening-military-cooperation,

283
positionner comme médiateurs dans les conflits, une
position qu’affectionnent particulièrement à la fois la
Russie (RCA, Libye)537 et la Chine538 de manière plus
ou moins fructueuse.
Concernant du « soft power » et des opérations
d’influence, il s’agit de la capacité à proposer un
discours alternatif pour donner sens aux évènements
du monde et plus précisément à l’action des
partenaires de l’Afrique. Poussé au-delà de la
diplomatie publique et culturelle, le soft Power peut
vite basculer dans l’action d’influence voire dans
l’ingérence539. Les États-Unis comme la Russie ont
été tout au long de la guerre froide les maîtres de
1dc9f97a-5ce0-48d5-96a4-21f1b663ad14.html, consulté
12/02/2019 à 18h12mn ; « SA/Russian Military Relations
Cemented During Ministerial Moscow Visit », Defense Web,
29/04/2016 disponible in https://www.defenceweb.co.za/sa-
defence/sa-defence-sa-defence/sarussian-military-relations-
cemented-during-ministerial-moscow-visit/, consulté le
12/01/2019 à 11h02mn ; « Nigeria, Russia Agree on Military
Cooperation », Premium Times, 26/06/2017, disponible in
https://www.premiumtimesng.com/news/top-news/215168-
nigeria-russia-agree-military-cooperation.html, le 12/01/2019 à
11h26mn.
537
Sur la RCA, lire par exemple, « Crise en Centrafrique :
Moscou a dirigé une médiation parallèle au Soudan », Jeune
Afrique, 30/08/2018, disponible in
https://www.jeuneafrique.com/621801/politique/crise-en-
centrafrique-moscou-a-dirige-une-mediation-parallele-au-
soudan/, consulté le 20/01/2019 à 10h37mn.
538
Degang SUN et Yahia ZOUBIR, « China’s Participation in
Conflict Resolution in the Middle East and North Africa : A Case
of Quasi-Mediation Diplomacy ? », Journal of Contemporary
China, Vol. 27, n° 11, 2018, pp. 224-243 ; Mordechai
CHAZIZIA, « China’s Mediation Efforts in the Middle East and
North Africa : Constructive Conflict Management », Strategic
Analysis, Vol. 42, n° 1, 2018, pp. 29-41.
539
Linda ROBINSON, Todd C. HELMUS, Raphael S. COHEN et
Alireza NADER, Modern Political Warfare : Current Practices
and Possible Responses, Santa Monica, RAND Corporation,
2018.

284
l’influence et continuent de disposer de puissants
outils dans ce domaine, qu’ils soient publics, discrets
ou clandestins540. La Chine promeut pour sa part un
facteur historique valorisant son action pour un
meilleur accès des nations africaines aux biens
communs globaux et d’un rééquilibrage de la
gouvernance mondiale au profit des pays en
développement541.
Un volet de cette politique d’influence ou soft
Power consiste notamment à inviter des personnalités
d’un pays à des formations ou voyages de découverte.
Cette technique est mise en œuvre de façon massive
par les États-Unis542 et de plus en plus par la Chine,
avec notamment de nombreuses invitations de
chercheurs à des conférences rémunérées.
Contrairement à l’époque soviétique, la Russie
semble moins en capacité de suivre ce rythme, même
si elle forme également des militaires africains. En
revanche, sur le plan de l’influence médiatique, la
Russie a su se donner des moyens pour constituer un
véritable empire : les informations de RT et Spoutnik
se diffusent largement dans les médias africains, que
ce soit la presse traditionnelle, les médias en lignes,
les newsletters, les blogs, etc.543.Ces informations sont

540
Maya KANDEL, Les États-Unis et le monde, de Washington à
Donald Trump, Paris, Perrin, 2018, p. 159. Voir aussi Maud
QUESSARD, Stratégies d’influence et guerres de l’information.
Propagande et diplomatie publique des États-Unis depuis la
guerre froide, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2019.
541
Michael KOVRIG, « China Expands Its Peace and Security
Footprint in Africa », op. cit.
542
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit., p.
26.
543
Kevin LIMONIER, « Diffusion de l’information russe en
Afrique. Essai de cartographie générale », Note de Recherche de
l’Irsem, n° 66, novembre 2018, disponible in
https://www.irsem.fr/data/files/irsem/documents/document/file/

285
souvent considérées par de nombreux Africains
comme d’une valeur équivalente à celles de VOA, de
la BBC, de France 24 ou de RFI et des dépêches de
Xinhua. Pourtant, les deux médias russes sont
souvent présentés en France comme relayant des
« discours complotistes » qui ne facilitent pas le
travail en commun entre acteurs africains et non
africains544. Des acteurs russes auraient également
financé la presse centrafricaine pour critiquer les
Occidentaux545. Les efforts chinois pour « vendre » la
BRIC et plus largement leurs politiques tentant de
contrôler ou au moins d’influencer les médias
africains ont aussi pu être critiqués546.
Par ailleurs, les États-Unis et la Russie sont
également en mesure de peser sur les dynamiques
politiques de leurs partenaires africains. Si les
activités d’influence américaines se sont longtemps
attachées à des objectifs tels que la promotion de la
démocratie ou la lutte contre le communisme, elles
semblent aujourd’hui moins lisibles, soutenant

2463/NR_IRSEM_n66_2018.pdf.
544
Théo CAUBEL, Philippine DAVID et Corentin DIONET,
« RT France, Sputnik : dix choses à savoir sur les médias russes
en France », L’Obs, du 30/05/2017, disponible in
https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-sur-les-reseaux/201701
02.RUE6087/rt-france-sputnik-dix-choses-a-savoir-sur-les-
medias-russes-en-france.html, consulté le 22/01/2019 à 13h45mn.
545
Cf. « Centrafrique/France/Russie, Médias locaux et réseaux
sociaux sous l’œil de Moscou », La Lettre du Continent, n° 782,
du 22 août 2018, p. 2.
546
Voir Abdi LATIF DAHIR, « China Wants to Use the Power of
Global Media to Dispel Belt and Road Debt Risks », Quartz
Africa, du 25/04/2019, disponible in
https://qz.com/africa/1604677/china-is-using-african-media-to-
back-belt-and-road-initiative/, consulté le 13/05/2019 à
16h17mn.) et « Entretien entre Alpha Condé et président de
StarTimes », Journal de Conakry, du 13/09/2018, disponible in
https://www.journaldeconakry.com/entretien-entre-alpha-conde-
et-president-de-startimes/, consulté le 18/01/2019 à 15h28mn.

286
toujours d’un côté les valeurs démocratiques, mais
aussi parfois le populisme, l’isolationnisme et
l’autoritarisme547. Un exemple récent est la tension
ayant suivi l’élection présidentielle en RDC, lorsque
d’un côté Washington a imposé des sanctions pour
pénaliser les fraudes, et de l’autre a adressé des
félicitations au président élu Felix Tshisekedi 548. Du
côté russe, Moscou apporte son soutien à des régimes
amis comme la Guinée549ou le Soudan, parfois au
risque de perdre de l’influence quand les transitions
se font. Ainsi, Moscou aurait envoyé une dizaine de
« conseillers politiques » pour mieux gérer la menace
des « printemps arabes » dans plusieurs États
africains, dans des pays tels que Madagascar, la RCA,
la RDC et le Soudan550. De plus, la BBC a aussi
enquêté sur des ingérences russes lors des élections
malgaches : elle a identifié des procédés qui peuvent
rappeler ceux suspectés d’avoir été employés lors de
certains scrutins en Occident comme le Brexit ou les
élections présidentielles américaines de 2016551.

547
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit., p.
28.
548
Chidinma Irene NWOYE, « U.S. Warmly Welcomed Congo’s
Disputed Election Results – but Has Been Sanctioning Its
Election Officials Ever Since », The Intercept, du 3 avril 2019,
disponible in https://theintercept.com/2019/04/03/congo-
elections-us-sanctions/, consulté le 18/05/2019 à 21h20mn.
549
« En Guinée, le discours-choc de l’ambassadeur russe ne passe
pas inaperçu », RFI, 11 janvier 2019, disponible in
http://www.rfi.fr/afrique/20190111-guinee-le-discours-choc-
ambassadeur-russe-passe-pas-inapercu, consulté 23/02/2019 à
14h03mn.
550
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit., p.
29.
551
Jean-Baptiste JEANGENE VILMER, Alexandre ESCORCIA,
Marine GUILLAUME et Janaina HERRERA, Les Manipulations
de l’information : un défi pour nos démocraties, Centre

287
Pour ce qui concerne les infrastructures et la
présence militaire matérielle, « l’accès stratégique au
théâtre africain exige également de disposer
d’infrastructures où faire mouiller ses bateaux (ports),
poser ses avions et drones (aéroports), installer en
sécurité son personnel militaire et civil (bases),
entreposer ses plateformes (véhicules, drones) et
exploiter ses systèmes de communication et de
renseignement. Si les trois puissances semblent
témoigner d’une volonté identique de disposer de
bases relais de leur influence, il est toutefois très
difficile de savoir précisément quels sont les volumes
de personnels déployés dans ce cadre »552.
De cette façon, les États-Unis sont sans conteste
la mieux « implantée » en Afrique, avec une base
principale à Djibouti et une multitude d’implantations
sur le continent, avec une concentration dans la
diagonale allant du golfe de Guinée à la Corne de
l’Afrique553. Si AFRICOM est toujours localisé à
Stuttgart en Allemagne, il supervise plus de 7
000 militaires et civils américains déployés en
Afrique, dont environ 4 000 à Djibouti 554. Selon un
porte-parole d’AFRICOM, les États-Unis auraient eu
en 2017, 46 sites de taille variable servant au soutien

d’analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) et Institut de


recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), Paris, août
2018, disponible in
https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/les_manipulations_de_l
_information_2__cle04b2b6.pdf.
552
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit.
553
Ibid.
554
Christina GOLDBAUM, « Exclusive : Massive Military Base
Buildup Suggests the U.S. Shadow War in Somalia Is Only
Getting Bigger », Vice News, du 03/05/2018, disponible in
https://www.vice.com/en_ca/article/xw7nw3/somalia-is-looking-
like-another-full-blown-us-war, consulté le 14/06/2019 à
15h55mn.

288
logistique de bases aériennes ou navales, ou à
appuyer des opérations de forces spéciales 555. La
présence militaire de près de 5 000 hommes au sein
du commandement africain (AFRICOM) est un
avantage, avec lequel les États-Unis ont mis en place
une coopération élargie à 35 pays en 2013 en matière
de surveillance et de renseignement dans la bande
sahélo-saharienne556.
D’autres chiffres de 2018 mentionnent 34
implantations557. Une base de drones « Niger Air Base
201 » à Agadez devrait être opérationnelle fin 2019 558.
On pourrait également citer la base aérienne de
Baledogle en Somalie, qui disposerait de plus de 800
lits559. Suite à la mort de quatre de ses forces spéciales
au Niger en 2017, le Pentagone a annoncé qu’il allait
réduire le nombre de ses militaires déployés sur le
555
Nick TURSE, « Secret US Military Documents Reveal a
Constellation of American Military Bases Across Africa », The
Nation, du 27/04/2017, disponible in
https://www.thenation.com/article/secret-us-military-documents-
reveal-a-constellation-of-american-military-bases-across-africa/,
consulté le 14/05/2019 à 07h42mn.
556
Philippe FOLLIOT et Emmanuel DUPUY, « Évolution de la
guerre asymétrique contre le terrorisme : L’exemple de la lutte
contre les groupes armés terroristes dans la bande sahélo-
saharienne, en Afrique de l’Ouest et dans le golfe de Guinée »,
op. cit., p. 6.
557
Nick TURSE, « U.S. Military Says It Has a “Light Footprint”
in Africa. These Documents Show a Vast Network of Bases »,
The Intercept, 01/12/2018, disponible in
https://www.globalresearch.ca/u-s-military-says-it-has-a-light-
footprint-in-africa-these-documents-show-a-vast-network-of-
bases/5662063, consulté le 232/01/2019 à 11h08mn.
558
Joe PENNEY, « Drones in the Sahara », The Intercept, du
18/02/2018, disponible in https://pulitzercenter.org/reporting/us-
military-opened-secretive-drone-base-visitors-after-intercept-
wrote-about-it, consulté le 13/01/2019 à 20h45mn.
559
Christina GOLDBAUM, « Exclusive : Massive Military Base
Buildup Suggests the U.S. Shadow War in Somalia Is Only
Getting Bigger », op. cit.

289
continent, mais il demeure difficile de savoir si cette
diminution a effectivement eu lieu et, si oui, quelle a
été son ampleur560.
La Chine, quant à elle, dispose aussi d’une base à
Djibouti depuis août 2017 qui lui sert de soutien pour
la logistique et le renseignement 561. Cependant, ses
effectifs sont loin d’égaler ceux de la base américaine
voisine puisqu’officiellement seuls 250 militaires
chinois y seraient déployés – un chiffre, qui pourrait
atteindre à l’avenir 1000 au regard des installations
construites562. Par ailleurs, la Chine mise sur ses
investissements de la BRIC pour exploiter
stratégiquement des infrastructures portuaires,
routières et ferroviaires qui lui donnent un accès
unique au continent et qui la positionnent comme un
acteur incontournable de l’espace maritime africain 563.
En effet, elle a rénové ou gère des ports dans de
nombreux pays africains comme Djibouti, la Namibie
(Walvis Bay), Sao Tomé et Principe, le Cameroun, le
Nigeria, le Ghana, la Côte d’Ivoire et la Guinée, et
des travaux sont prévus en Gambie et au Sénégal.
Des inquiétudes ont été exprimées sur le risque
560
Gordon LUBOLD, « Pentagon to Scale Back Number of
Forces in Africa. Officials See 10 % Cut as U.S. Focuses on
Threats Elsewhere », Wall Street Journal, du 15/11/2018,
disponible in https://www.wsj.com/articles/pentagon-to-scale-
back-number-of-forces-in-africa-1542323356, consulté le
18/01/2019 à 14h20mn.
561
Nyshka CHANDRAN, « China Says It Will Increase Its
Military Presence in Africa », CNBC, du 27/06/2018, disponible
in https://www.cnbc.com/2018/06/27/china-increases-defence-
ties-with-africa.html, consulté le 14/03/2019 à 09h17mn.
562
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit., p.
30.
563
Alice EKMAN, Françoise NICOLAS, John SEAMAN,
Gabrielle DESARNAUD, Tatiana KASTOUEVA-JEAN, Şerif
Onur BAHÇECIK et Clélie NALLET, « Three Years of China’s
New Silk Roads : From Words to (Re) action ? », op. cit.

290
d’appropriation de ces installations par la Chine si les
pays concernés ne réussissent pas à rembourser leur
dette –comme cela a été le cas pour le port de
Hambantota au Sri Lanka par exemple 564. Relevons
aussi que, contrairement aux États-Unis ou à la
Russie, la Chine peut appuyer ses projections sur
l’existence de très nombreux ressortissants chinois en
Afrique.
Pour la Russie, elle semble vouloir construire des
anneaux de soutien dans les pays avec lesquels elle a
une relation ancienne, ou avec lesquels elle souhaite
développer de nouveaux points de projection. La
Russie s’implante en Égypte (où Moscou a déjà
l’autorisation d’utiliser l’espace aérien et les bases
pour ses avions de combat), en Angola, au Soudan,
en RCA, en RDC565 et au Congo-Brazzaville566. La
Russie a également envisagé sérieusement l’ouverture
de bases logistiques au Soudan567 ainsi qu’en
564
Maria ABI-HABIB, « How China Got Sri Lanka to Cough Up
a Port », The New York Times, du 25/06/2018, disponible in
https://www.nytimes.com/2018/06/25/world/asia/china-sri-lanka-
port.html, consulté le 18/01/2019 à 11h08mn.
565
Jack LOSH et Owen MATHEWS, « ‘Battle for Africa’ :
Russia Pushes Into ‘Free Country for the Taking’ In Attempt to
Rival the West », Newsweek, 8 septembre 2018, disponible in
https://www.newsweek.com/2018/08/17/russia-putin-africa-
kremlin-central-republic-devastated-power-dynamic-
1061066.html, consulté le 14/03/2019 à 17h50mn.
566
« La Russie annonce l’envoi de conseillers militaires au
Congo », Agence France Presse, du 24/05/2019., disponible in
https://www.voaafrique.com/a/la-russie-annonce-l-envoi-de-
conseillers-militaires-au-congo/4930067.html, consulté le
08/08/2019 à 19h45mn.
567
« SudanSaysRussiaCould Set Up Military Base on RedSea »,
Sudan Tribune, du 12/01/2019, disponible in
https://www.sudantribune.com/spip.php ? article66908, consulté
le 22/02/2019 à 14h28mn), au Somaliland (Andrew KORYBKO,
« Russia’s’ Pivot to Africa’ ? The Strategic Implications of a
Possible Base in Somaliland », Global Research, 06/05/2018,
disponible in https://www.globalresearch.ca/the-strategic-

291
Érythrée, 568 mais aucune de ces perspectives ne
semble pour l’heure avoir abouti. Ces projets
semblent se heurter à la fois à l’influence américaine
et à celle des monarchies arabes du Golfe, également
très actives dans la Corne de l’Afrique569.
Ainsi, la sécurisation du théâtre africain réalisé,
les puissances étrangères comme la France, les États-
Unis, Chine et Russie mènent chacun des opérations
extérieures en Afrique de types divers. C’est
certainement le volet de leur politique de défense où
les divergences sont les plus visibles. La France, fidèle
à sa zone d’influence africain, a décidé d’intervenir au
Mali en janvier 2013 contre les rebelles du MNLA,
mêlée à des narcodjihadistes (AQMI, Mujao, Ansar
Dine) qui ont menacé de traverser le fleuve Niger en
profitant du délitement de l’armée malienne et son
impuissance à récupérer la partie septentrionale du
pays. Les rebelles ont créé une situation militaire
imposant une opération de contre-terrorisme frontale,
ponctuelle, mais décisive570.
En effet, après la dissolution du dispositif Serval,
les 25-26 mai 2014 à Bamako et Gao et sa
« mutation » en Barkhane comme dispositif

implications-of-a-possible-russian-base-in-somaliland/5635083,
consulté le 13/01/2019 à 20h22mn
568
« L’Érythrée annonce un accord de projet portuaire avec la
Russie », RFI, du 03/09/2018, disponible in
http://www.rfi.fr/afrique/20180903-erythree-annonce-accord-projet-
portuaire-russie, consulté le 28/01/2019 à 22h47mn.
569
Roland MARCHAL, « Les Russie et la Corne de l’Afrique.
Anachronismes ou nouvelles configurations ? », Observatoire
Afrique de l’Est, Note actualité, n° 4, DGRIS, février 2019, pp.
16-17, disponible in https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-
02178084/document.
570
Face des effectifs de « djihadistes » estimés à entre 3 000 et 5
000– dont 300 à 500 repoussés dans leurs derniers
retranchements dans le Massif des Ifoghas –, près de 1 000
auraient ainsi été éliminés, et quelque 400 faits prisonniers.

292
transfrontalier de lutte contre le terrorisme, le plus
complexe reste néanmoins à accomplir : transformer
une opération militaire frontale de contre-terrorisme
au Mali et celle, plus globale, d’une lutte contre la
résilience des groupes terroristes dans l’ensemble de
la région sahélo-saharienne, de l’ouest de la
Mauritanie à l’Est/Nord-Est du Tchad, et englobant
les septentrions malien, nigérien, burkinabé ainsi que
les confins sud algérien, tunisien et libyen 571. Depuis
2016, le dispositif militaire transsaharien français 572
continue de bénéficier d’un fort niveau d’engagement
budgétaire (peu ou prou un million d’euros par jour)
malgré les coupes induites par le Livre blanc de la
même période573.
Les États-Unis sont aujourd’hui engagés dans
trois (3) fronts sur le continent, en Somalie, au Sahel
et en Libye, ainsi que dans des actions ponctuelles sur
d’autres théâtres. Cette approche, reposant
essentiellement sur un recours aux forces spéciales et
aux drones, constitue certes une « empreinte légère »
(light footprint) au regard des moyens Américains
déployés ailleurs dans le monde. Elle n’en semble pas
moins particulièrement visible et coercitive en
comparaison de celle des autres puissances. La Chine
concentre encore largement son action sur les
opérations de maintien de la paix et d’évacuation de
ses ressortissants. Quant à la Russie, elle a été sous
les projecteurs des médias pour son déploiement en
RCA, officiellement de 175 personnes, soit autant

571
Philippe FOLLIOT et Emmanuel DUPUY, « Évolution de la
guerre asymétrique contre le terrorisme : L’exemple de la lutte
contre les groupes armés terroristes dans la bande sahélo-
saharienne, en Afrique de l’Ouest et dans le golfe de Guinée »,
op. cit., p. 4.
572
En 2016, il comprenait 20 hélicoptères, 200 véhicules blindés,
7 avions de transport, 6 avions de combats, 4 drones…
573
Ibid., p. 5.

293
que la mission de l’Union européenne EUTM-RCA574,
mais qui a été interprétée comme un premier pas vers
une politique plus active en Afrique susceptible de
bouleverser les équilibres de pouvoir régionaux. Au
final, un élément semble rassembler les puissances
étrangères en Afrique, surtout les États-Unis et la
Russie, dans leurs opérations africaines : le recours
aux sociétés militaires privées, même si elles n’en
font pas forcément le même usage 575, qui font à la fois
dans l’impérialisme et le business.

II. Le mode opératoire des acteurs extraétatiques


Alors que la majorité des conflits armés est à
ranger aujourd’hui dans la catégorie des conflits
intraétatiques, le contexte général a évolué de telle
manière que l’on évoque aujourd’hui le phénomène
des « nouvelles guerres ». Les inégalités
économiques et politiques de plus en plus flagrantes
avec la mondialisation, les atteintes à
l’environnement et leurs conséquences, ou encore
l’émergence de conflits de grande ampleur provoqués
par le crime organisé constituent certaines des
menaces qui affectent déjà la nature des conflits
d’aujourd’hui ou qui pourraient définir ceux de
demain. Cette période est dominée par les groupes
djihadistes à vocation universaliste et par une
nouvelle génération de guérilleros susceptibles de
profiter notamment de l’érosion de l’État-nation et
des soubresauts géopolitiques issus de l’héritage
postcolonial, pour se lancer dans des aventures à long
terme où les passions et le degré de violence sont font
l’objet de surenchère.
574
Aline LEBOUEF, « La compétition stratégique en Afrique :
approches militaires américaine, chinoise et russe », op. cit., p.
33.
575
Ibid.

294
Au-delà de leur diversité et de la singularité de
chaque trajectoire, l’émergence des acteurs
extraétatiques reste éminemment liée à la
problématique de la fragilité de l’État. La persistance
des violences politiques en Afrique subsaharienne
traduit certainement la faiblesse des mécanismes
institutionnels internes de régulation sociale et de
redistribution des richesses. Par nature, les stratégies
acteurs extraétatiques sont asymétriques, parce qu’ils
s’appuient sur leur capacité de nuisance et de
harcèlement militaire sur les Etats dans le but de se
structurer tout en contestant l’autorité étatique. Ainsi,
la stratégie des acteurs extraétatiques à savoir les
terroristes, les groupes rebelles, les pirates, etc., se
situe à un double niveau : stratégique (1) et
opérationnel (2).

1. Au niveau stratégique
À partir d’une perspective stratégico-
polémologique, nous mettons en exergue les ressorts
stratégiques et sociologiques des acteurs
extraétatiques dans les conflits en Afrique
subsaharienne, se manifestant par la violence
politique dont l’enjeu est la lutte pour le pouvoir
d’État dans un champ clos des rivalités 576. À cet effet,
les conflits armés internes relèvent de la stratégie en
tant que science, art ou plan susceptible d’être révisé,
qui gouvernent la levée, l’armement, et l’utilisation
des forces armées, pour que les fins de celle-ci soient
efficacement poursuivies et atteintes contre un
ennemi réel, potentiel ou simplement présumé. Vue
sous cet angle, la stratégie peut être définie, selon
Beaufre, comme « L’art de la dialectique des volontés

576
Mwayila TSHIYEMBE, Géopolitique de paix en Afrique
médiane, Paris, L’Harmattan, 2003.

295
employant la force pour résoudre leur conflit »577.
Les acteurs extraétatiques dans la guerre
asymétrique affrontement les armées classiques des
États, en utilisant les ingrédients de la stratégie
militaire : dimension verticale et dimension
horizontale ; niveau technique (maîtrise des armes et
des combattants) ; niveau tactique (talent pour faire
bon usage du terrain, des armes et du contexte
particulier d’affrontement) ; niveau commandement
(qualités de meneur d’hommes, le moral des troupes,
leur discipline, leur cohésion, la chance ou le hasard
assorti des probabilités) ; niveau opérationnel ou
défense/offensive (guerre éclair, défense en
profondeur, guerre d’usure, guerre de mouvement,
défense ponctuelle, etc.)578. Au-delà de leur
singularité, les acteurs extraétatiques bénéficient du
point de vue stratégique d’un avantage, dans la
mesure où leurs forces sont insaisissables, sans
chercher à défendre une position quelconque en cas
d’attaque, libre de combattre peu ou beaucoup,
maintenant ou plus tard, à leur guise. Parfois, ces
acteurs font corps avec la population civile, soit pour
se protéger des représailles de l’État, soit pour
solliciter son soutien matériel ou moral.
Dans ce cadre, la polémologie579s’efforce
577
André BEAUFRE, Introduction à la stratégie, Paris, Armand
Colin, 1963, p.16.
578
Mwayila TSHIYEMBE, « Autopsie des conflits armes en
Afrique selon l’approche strategico-polemologique », p. 4,
disponible in
http://www.fcs.uan.ao/ficheiros/GEOPOLITIQUE %20AFRICAI
NE %20CONFLITS %20ARMES %20EN %20AFRIQUE %20A
PPROCHE %20STRATEGICO-POLEMOLOGIQUE.pdf.
579
La polémologie est la sociologie des conflits. Elle a pour but
« la connaissance objective de la guerre, de la violence et des
crises, par une approche rationnelle des phénomènes, afin de
dégager des critères impartiaux. Elle implique donc une
pluridisciplinarité très large dans les sciences humaines. Données

296
d’analyser les acteurs de la conflictualité asymétrique
opposant l’État et les groupes des citoyens insurgés,
mettant en cause la relation pouvoir et gouvernance
des territoires, pouvoir et légitimité, pouvoir et
gouvernance des ressources, pouvoir et gouvernance
des populations. Elle se penche également sur les
logiques des conflits (intérêts, rôle structurant de
l’intervention des forces extérieures dans le conflit),
les processus et les dynamiques de leur déroulement
(permanence ou rupture), les moyens de la guerre et
leur mobilisation, les espaces de la conflictualité, les
victimes de la conflictualité, le contexte historique de
la conflictualité, l’issue de la conflictualité, le
déclenchement de la dynamique de paix pour solder
la violence politique, etc.
À cet effet, le conflit devient une relation
violente qui circule et crée un lien entre les acteurs au
lieu de les séparer. D’où les formes mimétiques,
épidémiques que peut prendre la violence dans
certains cas, dans un espace, dans un champ, selon
l’intensité, la nature, la mobilisation, la position
symétrique ou asymétrique des acteurs engagés, 580
etc. Dans cet ordre d’idées, les acteurs extraétatiques
expriment la violence de la société contre l’État ou
violence politique de haute intensité par opposition à
la violence politique de basse intensité (opérations
villes mortes, émeutes, échauffourées, boycott fiscal
ou électoral, désobéissance civique, etc.). Cette
violence peut tirer sa substance de la lutte soit contre
l’oppression, soit contre la violation des droits de

permanentes et contraintes incontournables, se trouvent dans, la


géographie et l’héritage historique », Cf. Institut français de
polémologie, Etudes polémologiques, FEDN, nos 25-26, 1982,
pp.13-14.
580
Daniel HERMANT et DIDIER BIGO, « De l’espoir à la
crainte ? Les lectures de la conflictualité », Cultures et Conflits,
25 février 2005.

297
l’homme, soit contre la violation des droits des
peuples. Ainsi, « il s’agit d’une violence objective ou
mode de régulation sociale, par opposition à la
violence subjective dont la source est recherchée dans
la nature humaine, soit par une approche biologique
(la guerre est un phénomène pathologique, naturel,
instinctif), soit par une approche psychologique (la
guerre naît des frustrations subies par les individus
pris ès qualité dans tous les processus de
socialisation) »581.
En effet, dans les sociétés primitives/sociétés
sans États, autant que dans les sociétés
modernes/sociétés avec État, le pouvoir politique ou
pouvoir d’État est un enjeu sociétal vital, parce qu’il
est à la fois l’acte constitutif d’une communauté de
destin et la condition de sa survie, c’est-à-dire sa
capacité de faire, faire faire et interdire de faire : la
souveraineté582, l’État doit agir sur plusieurs registres,
à l’interne comme à l’externe : surveiller et punir, se
protéger, intimider et séduire, encourager et agir sur
le terrain économique, registre qu’il va traduire en
termes spatiaux583. En d’autres termes, c’est cette
capacité objective « la souveraineté », qui
conditionne d’une part, la gouvernance des territoires,
des peuples et des ressources ; d’autre part, la
rationalisation des moyens d’anéantir ou à défaut, de
maîtriser la gestion des dangers du dedans et des
menaces du dehors584. De cette façon, « il s’entend,
dès lors, qu’aucun État ne peut naître et à plus forte
raison prospérer, si la lutte pour le pouvoir d’État
n’est pas démocratiquement pacifiée par un
581
Mwayila TSHIYEMBE, « Autopsie des conflits armes en
Afrique selon l’approche strategico-polemologique », p. 5.
582
Ibid.
583
Eustache AKONO ATANGANE, Repenser la sécurité
nationale au Cameroun, Saint Denis, Publibook, 2019, p. 133.
584
Ibidem.

298
consensus minimal sur le système politique
(structuration et systématisation d’une vision du
monde, de la société et des menaces) ; partage des
pouvoirs dans l’État et entre l’État, les territoires, la
société (forces politiques et sociales identifiées,
responsables de leurs actes) ; par la garantie des
libertés et des droits fondamentaux, la protection des
personnes et des biens, le respect des mécanismes de
régulation de la lutte pour le pouvoir d’État, qui en
garantit la légalité et la légitimité »585.
La violation ou l’absence des mécanismes de
pacification démocratique de la lutte pour le pouvoir
d’État, peut être la cause immédiate des sécessions et
des rébellions en tant que mode de participation
politique586 contre le pouvoir d’État, la guerre étant un
« acte de violence destiné à contraire l’adversaire à
exécuter notre volonté »587 d’après Carl Von
Clausewitz. Par ailleurs, l’État n’exerce que « le
monopole de la violence légitime », selon
l’expression de Max Weber. Il n’exerce pas le
monopole de la violence sociale, contrairement aux
idées reçues. Champ clos des rivalités, d’intérêts,
d’alliances et contre-alliances, des rapports de force
et des vulnérabilités, de calcul coûts/risques où la
frontière entre l’interne et l’international est une
illusion savamment entretenue588, les acteurs
extraétatiques sont traversés par des contradictions
inhérentes à la logique de toute guerre, qu’elle soit

585
Ibid., p. 6.
586
Philippe BRAUD, Sociologie politique, Paris, LGDJ, 1992,
pp.265-274.
587
Carl Von CLAUSEWITZ, De la guerre, Livre I, Paris,
Collection 10/18, 1965, p.62.
588
La guerre de l’AFDL (1996-1997) contre le régime de
Mobutu, est à la fois une guerre d’agression et une guerre civile
sous-tendant la stratégie de vassalisation de la RDC par le
Rwanda et l’Ouganda avec la bénédiction des USA.

299
symétrique589 ou asymétrique590. Pour l’illustrer, il
suffit de rappeler que reprochant à Laurent Désiré
Kabila de n’avoir pas payé le prix de la guerre de
1996-1997 contre le régime de Mobutu avec le blanc-
seing des États-Unis, ses alliés rwandais et ougandais
ont décidé, au cours de l’année de1998, de le chasser
du pouvoir à Kinshasa. Il n’a pu sauver la mise que
grâce au soutien militaire de l’Angola et du
Zimbabwe, contraignant le Rwanda et l’Ouganda à
sous-traiter la guerre par procuration au RCD
(Rassemblement congolais pour la démocratie) et au
MLC (Mouvement pour la libération du Congo),
deux mouvements politico-militaires créés pour
l’occasion.
Dans ce sillage, d’après la typologie établie par
Small Arms Survey, trois (3) paramètres
prépondérants caractérisent les groupes armés : leur
relation avec l’État – plus précisément la remise en
question du monopole de la force exercé par l’État-,
leur champ d’action, et les motivations qui les
incitent à prendre les armes591. Par champ d’action, on
entend la portée géographique de la menace que ces
groupes représentent pour l’autorité
gouvernementale, à savoir si les groupes cherchent à
exercer une influence à l’échelle nationale ou locale.
En se limitant aux deux premiers éléments de
cette typologie, les principaux groupes armés
s’inscrivent dans le schéma suivant :
– Ceux qui visent la conquête du pouvoir d’État
ou le changement radical du modèle institutionnel et

589
Conflits armés internationaux ou conflits interétatiques.
590
Conflits armés non internationaux.
591
Small Arms Survey, « Une menace constante : les Groupes
armés en Afrique de l’Ouest », 2006, pp 248-250, disponible in
http://www.smallarmssurvey.org/fileadmin/docs/A-Yearbook/2006
/fr/Small-Arms-Survey-2006-Chapter-10-FR.pdf.

300
social (AQMI, Boko Haram)592 ;
– Ceux qui revendiquent une autonomie politique
pour motifs identitaires et/ou pour un autre partage
des ressources (MEND dans le Delta du Niger, MNJ
au Niger)593 ;
– Ceux qui luttent pour une plus large autonomie
de type indépendantiste (MFDC en Casamance, les
Ambazoniens au Cameroun).
Cependant, ce schéma opposant principalement
des acteurs locaux à l’État national en crise, se trouve
travaillé par la montée de réseaux transnationaux
(diasporas, entreprises multinationales- notamment
minières et pétrolières, puissances régionales ou
internationales) organisés dans un jeu complexe
d’alliances ou d’allégeance, qui bousculent toute
démarcation simple entre enjeux internes et enjeux
internationaux594.
En outre, la répartition géographique de ces
groupes fait apparaître quatre (4) principales zones
d’activité en Afrique subsaharienne, à savoir, le

592
Ce groupe qui le groupe rejette la culture et les valeurs
occidentales et condamne la modernité sous toutes ses formes
entend renverser le pouvoir en place, au profit d’un État
islamique et de faire appliquer rigoureusement la charia dans les
36 États du Nigéria ; Priscilla SADATCHY, « Boko Haram,
Fiche documentaire » Note d’Analyse du GRIP, 19 octobre 2011,
disponible in
http://archive.grip.org/fr/siteweb/images/NOTES_ANALYSE/20
11/NA_2011-10-19_FR_P-SADATCHY.pdf.
593
Ces mouvements se rejoignent dans leur revendication pour
une meilleure redistribution des rentes des ressources naturelles
présentes dans leur région (respectivement le Pétrole et
l’Uranium). Ils soulèvent par ailleurs la question de la pollution
de l’environnement causée par les exploitations pétrolière et
minières.
594
Philippe HUGON, « L’économie des conflits en Afrique »,
Revue internationale et stratégique, Vol. 3 n° 43, 2001, pp. 152-
169, disponible in file : ///C :
/Users/user/AppData/Local/Temp/RIS_043_0152.pdf.

301
Sahel, Le bassin du Lac Tchad, les Grands Lacs
africains et l’Afrique de l’Est. Sur le plan des
revendications idéologiques, frontalier de l’Algérie,
le Mali compte deux (2) principaux groupes armés
aux revendications idéologiques. Il s’agit d’Ansar-
Dine qui mène encore des actions contre les forces
françaises ou onusiennes. Plus puissant, est en
revanche l’AQMI, dont les velléités expansionnistes
au Sahel se vérifient avec les attentats de Bamako,
Ouagadougou et Grand-Bassam en Côte d’Ivoire.
AQMI et Ansar Dine comptent, l’un et l’autre,
d’autres groupes qui leur sont affiliés tel que al-
Mourabitoune (pour Aqmi). Boko Haram est présent,
quant à lui, depuis plusieurs années au Nigéria. Il
s’est étendu depuis dans le Bassin du Lac Tchad où il
mène toujours des opérations contre les populations
civiles par le biais d’incursions ou d’attaques
suicides. Il a prêté allégeance à Daech en mars 2015,
et est combattu par une force régionale qui lui a
infligé, récemment, de sérieux revers. « Al-Shabab »
est un groupe terroriste somalien créé en 2006 à la
suite de l’invasion éthiopienne de la Somalie.
Rattachés en 2010 à al-Qaïda, certains de ses leaders
ont fait allégeance à Daesh, en octobre 2015. Le
2 avril 2015, le groupe armé a mené une attaque
sanglante contre l’Université de Garissa, au Kenya,
qui a fait au total 152 morts (dont 142 étudiants)595.
Enfin, au Soudan, quelques groupuscules
« djihadistes » se concentrent dans l’ouest du pays et
dans la Province du Darfour, où des contacts auraient
595
Safwene GRIRA et Esma BEN SAID, « Les principaux
groupes armés en Afrique. Les plus redoutables sont les groupes
à revendications idéologiques, mais d’autres agissent aussi pour
des objectifs politiques, communautaires, ou « vagues »«, du
22/03/2016, disponible in https://www.aa.com.tr/fr/afrique/les-
principaux-groupes-arm %C3 %A9s-en-afrique-/541865,
consulté le 18/01/2019 à 17h04mn.

302
été noués, selon des rapports sécuritaires, avec Boko
Haram, mais surtout avec Daech en Libye.
Sur le plan des revendications politiques, elles se
retrouvent dans les groupes armés du Nord-Mali,
dont les hérauts se disent autonomistes. On les
retrouve également en Libye, au Soudan, en
République centrafricaine (RCA) et dans les Grands
Lacs africains. Au Mali, il s’agit de la Coordination
des mouvements de l’Azawad (CMA) qui plaide pour
une autonomie des régions du Nord et d’une
plateforme dite progouvernementale qui défend
l’intégrité territoriale du pays. L’une comme l’autre
est composée de quelques groupes armés. Au Soudan,
des groupes armés aux revendications
indépendantistes ou séparatistes se retrouvent dans la
province orientale de Darfour, dans le Nil-Bleu et au
Kordofan-Sud596.
En RCA, les miliciens Anti-Balaka et Seleka
impliqués dans la récente crise intercommunautaire de
2014 sont toujours présents. L’Afrique des Grands
Lacs quant à elle constitue la plus forte concentration
de groupes rebelles en Afrique (près de 80 selon des
sources concordantes)597. La plupart se trouvent dans
l’est de la République Démocratique du Congo (RDC).
Rares sont ceux qui poursuivent des revendications
purement politiques, comme les Forces démocratiques
de Libération du Rwanda (FDLR) opposé au Président
rwandais Paul Kagame. Au Burundi, quatre (4)
groupes rebelles se sont récemment déclarés598. Ils ont
pour objectif la destitution du Président Pierre
Nkurunziza, jugé responsable de la crise qui secoue le
pays.
S’agissant des revendications communautaires,

596
Ibid.
597
Ibidem.
598
Idem.

303
ce type d’acteurs extraétatiques se retrouve
principalement dans l’est de la RDC et est de taille
réduite. La rébellion Mbororo, essentiellement
formée d’éleveurs venus du Soudan du Sud qui
combattent les autochtones en vue de conquérir des
pâturages. À l’inverse, d’autres groupes armés,
comme les Maï-Maï, luttent contre des groupes
d’origine étrangère (rwandaise ou ougandaise) qui
s’attaquent aux civils. C’est le cas de plusieurs
groupes d’autodéfense populaires. Dans la province
de l’Ituri (est), les Mai-Mai Simba s’opposent au
projet de sauvegarde des Okapi. Ces autochtones
revendiquent le droit de chasser cette espèce menacée
et mènent des attaques sporadiques sur le site d’une
réserve.
Proches des revendications communautaires,
celles « corporatistes » de certains groupes en RDC,
qui réclament leur réintégration dans l’armée
nationale, comme c’est le cas avec le Front de
Résistance Patriotique en Ituri, et l’Alliance des
Patriotes pour un Congo Libre. Concernant les
revendications ambiguës ou non-identifiables, nous
avons des acteurs extraétatiques comme les Forces
Démocratiques Alliées (ADF) et l’Armée de
Résistance du Seigneur (LRA) qui sont deux (2)
groupes rebelles d’origine ougandaise actifs. Présentés
au départ comme des opposants à Kampala, ils ont
abandonné tout activisme politico-militaire pour se
prêter à des exactions multiples ou des actions de
grand banditisme.
Par ailleurs, l’activité des acteurs extraétatiques
est conditionnée par leur capacité à se financer pour
leurs besoins opérationnels, mais également à des fins
de propagande, de recrutement et de formation. Ce
besoin de collecter, d’envoyer et d’utiliser des fonds
est primordial pour les organisations terroristes et

304
rebelles. Si des acteurs extraétatiques parviennent à
mener à bien leurs actions, c’est parce qu’ils arrivent
à se procurer les ressources financières qui leur sont
nécessaires. Néanmoins, de la même manière que la
taille, la portée et la structure des acteurs
extraétatiques des conflits en Afrique subsaharienne
ont évolué, leurs méthodes pour récolter et gérer leurs
fonds ont également changé. Sauf dans le cas très
particulier de structures terroristes et rebelles à
grande échelle, telles que Aqmi, Shebab, Boko
Haram et certains groupes politico-militaires dans la
région des Grands Lacs, dont les capacités de
financement reposent sur le contrôle d’un territoire et
de ressources pétrolières, le financement de la plupart
des acteurs extraétatiques se caractérise par la
multiplicité de canaux et de flux financiers de faibles
montants, qu’il faut pouvoir détecter et bloquer.
Ainsi, deux grands modes de financement sont
aujourd’hui observables : le financement décentralisé,
nécessitant de faibles montants, et l’autofinancement
territorialisé et centralisé599.
S’agissant du financement décentralisé
nécessitant de faibles montants, le phénomène des
acteurs extraétatiques n’est pas nouveau, mais le
récent changement d’échelle de ce phénomène est un
défi pour de nombreux pays. Les acteurs
extraétatiques utilisent surtout des méthodes
traditionnelles, principalement l’autofinancement,

599
Lire à ce propos TRACFIN, (Traitement du renseignement et
action contre les circuits financiers clandestins/cellule française
de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du
terrorisme), « Les modes de financement du terrorisme et l’action
des autorités publiques », Rapport moral sur l’argent dans le
monde 2015-2016, pp. 295-301, disponible in file : ///C :
/Users/user/AppData/Local/Temp/3386-les-modes-de-
financement-du-terrorisme-et-l-action-des-autorites-
publiques.pdf.

305
pour lever des fonds nécessaires pour leurs activités.
Les montants moyennement élevés dont ils ont besoin
peuvent être issus de sources légitimes, avec un
financement personnel, familial ou amical. Mais ces
fonds proviennent souvent de divers trafics de «  droit
commun  » (stupéfiants, contrefaçon)600.
Un second risque émergent est lié à l’utilisation
des réseaux sociaux pour collecter des fonds 601. Le
rôle des réseaux sociaux pour propager l’extrémisme
violent est déjà connu, mais ces réseaux sont
également utilisés pour lever des fonds pour les
acteurs extraétatiques ou asymétriques des conflits.
Des vulnérabilités significatives sont associées aux
réseaux sociaux qui permettent l’anonymat, l’accès à
un large nombre de donateurs potentiels et de
sympathisants, et qui intègrent avec une facilité
relative les mécanismes de paiement électronique 602.
Ces réseaux sociaux peuvent être utilisés par des
organisations à but non lucratif créées de toute pièce,
ayant une activité humanitaire de façade. Il est
fréquent que les donateurs ne soient pas souvent au
courant de l’utilisation finale de leur argent donné en
soutien sur les réseaux sociaux, y compris sur des
plates-formes de financement participatif
(crowdfunding)603.
Concernant l’autofinancement territorialisé et
centralisé, les principales ressources des acteurs
extraétatiques proviennent des revenus illicites
obtenus grâce à leur occupation de territoires 604. Ces

600
Ibid., p. 296.
601
GAFI, Emerging Terrorist Financing Risks, octobre 2015,
disponible in
https://www.fatf-gafi.org/media/fatf/documents/reports/Emerging
-Terrorist-Financing-Risks.pdf.
602
Ibid.
603
604
GAFI (Groupe d’action financière), Financing of the Terrorist

306
sources comprennent le pillage de banques et
l’extorsion, le contrôle de champs pétroliers et de
raffineries, et le vol de biens économiques. Le soutien
de donateurs qui abusent des organisations à but non
lucratif, la demande de rançon liée aux enlèvements
ainsi que le transport physique de capitaux
représentent également d’autres sources de
financement, tout comme la taxation de biens et
d’argent transitant par les territoires sous contrôle des
terroristes ou des rebelles 605. Afin de maintenir leurs
capacités opératoires et leurs dépenses, il semble
nécessaire que ces acteurs prennent souvent le
contrôle d’autres territoires afin de s’approprier les
ressources s’y trouvant. Mais il est toujours
nécessaire d’identifier les intermédiaires, les
acheteurs, les transporteurs et les routes par lesquelles
passe le trafic de produits de ces acteurs
extraétatiques. En prenant exemple sur les rebelles
centrafricains, le groupe d’experts sur la Centrafrique
mandaté par le Conseil de sécurité des Nations Unies
note dans un rapport qui date de juillet 2014, que
« des entreprises forestières ont payé des
commandants de la Séléka jusqu’à 6.000 dollars
américains par mois pour la protection de leurs
installations à Bangui »606. De plus, dans un nouveau
rapport, Global Witness a également accusé l’Union
européenne de ne pas empêcher le commerce du bois
illégal en Europe607.
Organisation Islamic State in Iraq and the Levant (ISIL), février
2015, disponible in
http://www.fatf-gafi.org/media/fatf/documents/reports/
Financing-of-the-terrorist-organisation-ISIL.pdf.
605
Ibid.
606
Cf. « RCA : qui finance la guerre ? » du 15/07/2015 disponible
in
https://www.bbc.com/afrique/region/
2015/07/150715_car_woods, consulté le 17/01/2019 à 18h40mn.
607
Ibid.

307
Bref, il existe quatre (04) catégories de
typologies de financement :
– le financement par le commerce et d’autres
activités lucratives.
– le financement par le biais des ONG, des
organisations caritatives, et des prélèvements ;
– le financement par la contrebande d’armes, de
biens et de devises par les passeurs de fonds.
– le financement par le trafic de drogue ; et
– le financement par les États étrangers. Par
exemple, en Centrafrique, certaines ONG déplorent
que ces entreprises européennes signent des contrats
lucratifs d’exploitation forestière avec des miliciens.

2. Au niveau opérationnel
Au fil des années, les acteurs extraétatiques ont
fait évoluer leur mode opératoire au niveau
opérationnel suivant leur mutation. Opérations
commandos organisées par petits groupes agissant en
autonomie contre des cibles vaguement déterminées
par des chefs qu’ils n’ont souvent jamais rencontrés.
Ici, la cible est laissée à la libre interprétation du
« Combattant ». Aujourd’hui, ces opérations visent
trois (3) facteurs : médiatique, psychologique et
politique.
La stratégie médiatique des acteurs
extraétatiques est double : terroriser une partie de la
population, et en séduire une autre pour recruter. Car,
ceux qui ne recrutent pas sont voués à disparaître.
Pour terroriser, la stratégie consiste à donner un écho
à l’acte, pour démultiplier son effet et pour le faire
durer. Car l’acte – l’attentat et autres – s’inscrit dans
l’instantané : une fusillade, une bombe, un
assassinat… cela dure parfois quelques secondes,
quelques minutes, éventuellement quelques heures ou
quelques jours dans le cas des prises d’otage. Mais la

308
durée est forcément limitée. Il faut donc démultiplier
l’effet de l’attentat.
L’écho médiatique ne vient pas de l’acteur
extraétatique, mais de la société visée elle-même. Les
choix de cet acteur vont influencer les suites
médiatiques de l’acte : les choix du lieu, de l’heure de
l’attentat. On note une évolution à cet égard assez
évidente, qui s’appuie sur les progrès techniques de la
presse. L’intégration de dessins, puis de photos, et la
télévision amplifient l’émotion suscitée par les
attentats et des attaques. Avec les reportages en
direct, de nouveaux critères sont pris en compte dans
le choix des cibles : l’accessibilité des lieux à la
presse, l’impact de l’image, la capacité de l’opinion à
s’identifier aux victimes. Et les phénomènes de
terrorisme, piraterie et rébellion, se mondialisent en
même temps que l’information. Les actes retransmis
quasiment en intégralité et en direct à la télévision,
donnent une portée mondiale et confèrent un
retentissement tout à fait exceptionnel aux acteurs
extraétatiques. Les médias jouent ici un rôle ambigu
et complexe. Aucun organe de presse ne peut ignorer
une attaque, mais en la couvrant, il tombe dans le
piège médiatique des terroristes et contribue à
propager la peur.
Mais le terrorisme vise aussi, et c’est le
deuxième volet de sa stratégie médiatique, à légitimer
son action608 et à la justifier. Cela passe par le discours
de revendication, mais cela repose aussi sur les
interrogations suscitées par l’acte terroriste au sein de
la société ciblée. Ainsi, les acteurs extraétatiques, en
se réclamant d’une partie de la population, y compris
608
Sur ce sujet, lire avec intérêt Edouard Epiphane YOGO, Les
groupes politico-militaires en Afrique centrale : entre
déconstruction et reconstruction de l’Etat, Thèse de Doctorat/Phd
– Université de Yaoundé II-SOA – FSJP – DPT/SPO, Année
académique 2014-2015, pp. 74-78.

309
contre son gré, en font une cible pour le reste de la
population. Cela a deux finalités : prouver à cette
première partie de la population tout le mépris et
l’hostilité que la seconde partie de la population est
censée leur vouer, et bien sûr recruter en jetant du
coup, dans leurs bras, cette partie fragilisée de la
société.
S’agissant du facteur psychologique, il faut
reconnaître que les phénomènes de terrorisme, de
rébellion et d’insurrection pèsent sur les sociétés
ciblées comme une menace permanente et invisible.
Nous venons de le voir que la stratégie médiatique
vise à faire durer la menace. Mais pour terroriser, il
faut aussi que chacun se sente vulnérable, et
potentiellement ciblé par la menace. Pour cela, les
attentats et attaques doivent être inattendus et
provoquer un maximum de dégâts, matériels ou
émotionnels. Comme le soulignent Garapon et
Rosenfeld dans le cas de l’action terroriste, « le
terroriste profite de la confiance spontanée que nous
accordons aux gens et aux objets de la vie
quotidienne pour en retourner le sens contre nous.
[…] L’état de stress est engendré par l’impossibilité
de localiser la menace aussi bien physiquement que
moralement. Le péril n’a pas de contour précis ; il
peut venir de l’intérieur ou de l’extérieur ; on ne sait
pas où il commence et quand il finit »609. Pour cela, le
choix des cibles n’est pas forcément en lien direct
avec les objectifs politiques des terroristes, il peut
appartenir au domaine du symbole ou de
l’opportunité. À cet égard, l’acteur extraétatique peut
être lui-même dépassé par les conséquences de son
acte.

609
Antoine GARAPON et Michel ROSENFELD, Démocraties
sous stress, les défis du terrorisme global, Paris, PUF, 2016, p.
127.

310
Au-delà du facteur psychologique tendu aux
individus, se situe le facteur politique qui concerne
ceux qui sont en charge des États : le phénomène
asymétrique de la guerre est une violence
disproportionnée qui demande une réponse
disproportionnée, qui elle-même met en danger les
États, les gouvernements, en mettant en cause les
valeurs sur lesquelles se fondent leur autorité 610. Le
risque est de basculer dans un système autoritaire,
discriminatoire, injuste, justifiant a posteriori le
discours des acteurs extraétatiques et en facilitant leur
recrutement. En plus de ces différents éléments qui
contribuent leur définition et leur compréhension
globale, les acteurs extraétatiques des conflits en
Afrique subsaharienne font également usage de
pièges et de ruse dans leurs modes opératoires directs
ou opérationnels. En effet, la dissimulation, le secret,
la ruse sont les armes favorites de la stratégie des
groupes terroristes, des rebelles, des pirates et autres.
L’acte, illégal, doit tromper les services de sécurité.
Et pour terroriser, il faut jouer sur l’effet de surprise.
Toute menace asymétrique repose donc sur la
clandestinité, qui impose, au quotidien, l’utilisation
de toutes les stratégies disponibles de dissimulation 611.
Dans un certain nombre de cas, l’acteur extraétatique
mène une double vie.
En prenant exemple sur le terroriste, Jean-Paul
Charnay note que « le terroriste vit dans une attente
perpétuelle : un temps étiré, une alternance rythmée ;
un temps fragmenté, car il se partage le plus souvent
entre deux activités, l’une visible, quotidienne,
610
Jenny RAFLIK-GRENOUILLEAU, « Le piège dans la
stratégie terroriste », Les Cahiers d’AGORA, disponible in
file : ///C : /Users/user/AppData/Local/Temp/10 %20Raflik %20
(2019) %20Le %20pi %C3 %A8ge %20dans %20la %20strat %C
3 %A9gie %20terroriste %20- %20AGORA %20No. %202.pdf.
611
Ibid.

311
banale, l’autre cachée, relative à son combat ; enfin,
un temps accéléré : celui de l’action suscitant à la fois
crainte, attirance et délivrance »612. Cette double vie
alimente la peur au sein de la société. L’idée que
chacun peut, potentiellement, être une source de
danger, nourrit la paranoïa dont se sert le terrorisme.
Certains groupes utilisent majoritairement ce que nos
médias appellent les « loups solitaires » ou les
« agents dormants »613. De plus, cette double-vie n’est
pas systématique. Certains groupes terroristes
fonctionnent sur le mode de commando, vivant en
groupe clandestin. Michel Wieviorka souligne que
« l’appartenance à un groupe clandestin pratiquant la
lutte armée impose des règles de vie, définit une
culture et, en même temps, contribue à ce qui est
souvent présenté comme une spirale de la violence
menant vers les conduites extrêmes et si particulières
du pur terrorisme »614.
Par ailleurs, la stratégie du cheval de Troie est
également appliquée par les acteurs extraétatiques.
Cela peut se dérouler par la dissimulation de la
charge : dans une voiture piégée, par exemple. Un
autre mode opératoire relativement courant dans les
stratégies terroristes consiste à « piéger » les victimes
par un premier attentat, un leurre de moindre
612
Jean-Paul CHARNAY, « Théorie stratégique de la praxis
terroriste », Terrorisme et culture, Cahiers de la FEDN, n°11,
1981, p. 217.
613
De fait, il s’agit de deux choses différentes. La notion d’agent
dormant renvoie à des groupes déjà très organisés, très structurés,
ayant planifié des opérations sur le long voire très long terme. Le
loup solitaire renvoie davantage à des individus à la conversion
terroriste rapide, agissant très vite après leur engagement dans le
groupe. Dans les deux cas, il existe une période de dissimulation,
où l’individu mène une vie la plus paisible possible pour ne pas
attirer les soupçons.
614
Michel WIEVIORKA, Sociétés et terrorisme, Paris, Fayard,
1988.

312
ampleur, mais dont le but est de piéger d’autres
victimes pour un second attentat615.
Par contre, les groupes pirates agissent en mer et
à terre, à travers des dégradations d’installations, des
prises d’otages, et des voitures piégées. Ces actes
peuvent être perçus comme ayant une portée
politique, puisqu’ils sont des moyens de pression,
mais certains ont également une portée économique,
comme les prises d’otages616. L’autre grande activité
économique des groupes est le détournement de
pétrole, appelé « bunkering »617. En sabotant des
oléoducs, les hommes en détournent le pétrole brut
qui y transite, pour le raffiner illégalement et de le
revendre sur le marché noir nigérian. Le bunkering
est essentiellement actif au Nigeria, mais la
contrebande organisée se destine aussi au Cameroun
et au Bénin ; et les raffineries ghanéennes et
ivoiriennes peuvent utiliser du brut illégal nigérian.
En effet, « le perçage des pipelines est favorisé par la
présence de 4 000 kilomètres d’oléoducs dans le delta
du Niger, pouvant même passer à travers des villes.
Mal entretenus, ces oléoducs ne résistent pas aux
tentatives des pilleurs, d’autant que les compagnies
pétrolières ne peuvent organiser la surveillance d’un
aussi grand réseau. La main-d’œuvre utilisée par les
groupes est jeune et pauvre »618. En réalité, « la main-
d’œuvre utilisée par les groupes est jeune et pauvre.
Le bunkering est une activité très dangereuse, près de

615
Jenny RAFLIK-GRENOUILLEAU, « Le piège dans la
stratégie terroriste », op. cit.
616
Alexis RIOLS, Piraterie et brigandage maritime dans le golfe
de Guinée, Paris, Centre d’études supérieures de la marine, 2011,
p. 40, disponible in https://d2071andvip0wj.cloudfront.net/195-
the-gulf-of-guinea-the-new-danger-zone-french.pdf.
617
Ibid., p. 41.
618
Ibid.

313
2 000 tués sont recensés depuis 1998 »619. Le
bunkering peut aussi être perçu comme un moyen de
pression, et donc un outil politique. Mais derrière ces
ambitions se cachent avant tout des enjeux
économiques, et le fonctionnement d’un système
commercial parallèle.
En réalité, « les réseaux de pillage, de raffinage,
et de revente aboutissent à la présence de systèmes
mafieux, dont les activités sont transfrontalières
puisque le pétrole peut être raffiné et vendu à
l’étranger. Le nord du Cameroun est ainsi dépendant
à 67 % du pétrole illégal détourné au Nigeria »620. De
cette façon, « tous ces réseaux ne sont pas ou
n’alimentent pas les groupes armés responsables
d’actes de piraterie et de brigandage. Néanmoins, les
liens sont effectifs entre les groupes armés de la côte
et une partie des opérations de détournements »621.
Ainsi, avec ces activités, les groupes s’autofinancent
comme ils le font également grâce aux rançons
versées lors des prises d’otages. Ces ressources leur
permettent de financer les coûts inhérents à leurs
actions (achat de matériels dont armes, essence), et à
se rémunérer622.

619
Benjamin AUGE, « Pillage et vandalisme dans le Delta du
Niger », Hérodote, n°134, pp. 151-174.
620
Ibid.
621
Alexis RIOLS, Piraterie et brigandage maritime dans le golfe
de Guinée, op. cit, p. 42.
622
À ce propos, lire utilement Joseph Vincent NTUDA EBODE,
« Francophonie et piraterie maritime dans le golfe de Guinée »,
Les Cahiers de la Revue Défense Nationale, Hors-Série Janvier
2010.

314
Conclusion du chapitre

En définitive, ce chapitre nous a permis de faire


une présentation plus moins exhaustive des acteurs et de
leurs modes opératoires dans les conflits en Afrique
subsaharienne contemporaine. Ainsi, il semble bien que
ce soit bien l’État qui est au cœur des conflits en
Afrique. Un État qui peut être source de conflit par ses
carences (armée déficiente et corrompue, frontières mal
contrôlées, richesses mal réparties) soit par la volonté de
contrôler cet État afin d’en tirer des bénéfices à court
terme (comme lors de guerres civiles ou de guérillas) à
travers des conflits régionaux et pluridimensionnels.
Loin de l’idée d’un continent à la dérive, ou « mal
parti »623, il faut voir que l’Afrique et les Africains n’ont
pas su (ou pas pu) constituer des États solides capables
de gérer la violence ni même de la contrôler. Trop
souvent l’État est générateur de violences. Cependant, il
ne faut pas oublier que des facteurs externes restent
puissants dans la gestion des conflits : l’Afrique,
continent marginalisé de la mondialisation ne l’est pas
forcément pour tous624.
623
Cf. René DUMONT, L’Afrique noire est mal partie, Paris,
Seuil, 1962 qui annonçait la situation actuelle malgré des années
fastes de l’époque.
624
Pour une démonstration de cet argument, voir Eustache
AKONO ATANGANE, « L’Afrique occidentale au centre des
convoitises mondiales », Diplomatie Hors-Série, n°12, Juin-

315
En effet, aux guerres idéologiques auxquelles se
sont confrontées les deux superpuissances par acteurs
interposés de l’époque de la guerre froide, se
succèdent aujourd’hui sur le continent africain, des
guerres ethniques, tribales, de contrôles de ressources
naturelles ou encore des guerres de frontières. Dans
ces conditions, chaque puissance développe dans les
pays africains, des stratégies afin de défendre ses
intérêts ; l’objectif recherché est la main mise sur les
appareils de l’État, la restriction de la vie politique 625.
Les violences militaires sont autant des pratiques
couramment vécues comme des moyens d’action.
Dans ce cadre, les puissances étrangères entretiennent
des tensions tribalo-ethniques à l’intérieur des pays,
soutiennent ou financent des mouvements
sécessionnistes à l’intérieur des territoires, le tout
dans une dynamique des coups d’État626. Ainsi, qu’ils
partent de l’intérieur ou de l’extérieur des pays, les
opérations de déstabilisation des régimes s’effectuent
par des pays voisins et les transferts d’armes se
multiplient627.
Cela dit, les acteurs extraétatiques obéissent à la
logique paradoxale628 de la stratégie de guerre
(convergence voire intervention des contraires)
nécessitant une force armée, dont la constitution et
l’emploi exigent la mobilisation des ressources
naturelles, des territoires et des populations (identités
ethniques, citoyens), un moral de fer, un

Juillet 2010, pp. 46-49.


625
Simplice FEIKOUMO, « Les conflits armés en Afrique
subsaharienne, un défi pour la communauté internationale »,
Centre d’études diplomatiques et stratégiques de Paris – Master
d’études diplomatiques supérieures, Année 2011- 2012.
626
Ibid.
627
Ibidem.
628
Edward LUTTWAK, Le paradoxe de la stratégie, Paris, Odile
Jacob, 1989, p. 13.

316
commandement efficient (procédures, tactiques,
méthodes), connaissance de terrain, etc. De ce point
de vue, ressources naturelles, territoires, identités
ethniques, sont les moyens au service d’une fin : la
lutte pour le pouvoir d’État. Ainsi, la thèse selon
laquelle, la présence des ressources naturelles et des
identités ethniques sur le territoire d’un État est
belligène, est une ratiocination, qui ne résiste pas à
l’analyse stratégico-polémologique des acteurs
extraétatiques des conflits en Afrique.

317
318
Chapitre IV
Représentations géopolitiques
et rationalité économique des
conflits en Afrique

D’après Yves Lacoste, chaque acteur développe


des représentations géopolitiques629 en fonction de la
situation dont il fait face et de son niveau
d’engagement. Une représentation géopolitique est
une conception de l’espace et du cadre politique
propre à un acteur. Elle peut s’apparenter à une
revendication territoriale, à une hiérarchisation des
territoires distinguant un espace central (région
économique, région focale, région d’importance
symbolique), des périphéries moins importantes, à la
confiscation et la gestion patrimoniale du pouvoir, à
la question du sentiment national en matière de
conflit.
De même, elle est le choix d’un mode de gestion
du territoire et de la politique d’un État. Ainsi, dans le
cadre des conflits en Afrique au sud du Sahara, trois
(03) représentations s’affrontent privilégiant la
gestion politique de l’État, les ressources naturelles et
629
Cf. Yves LACOSTE, Dictionnaire de Géopolitique, Paris,
Flammarion, 1993.

319
les identités ethnocommunautaires. En effet, le
gouvernement (facteur politique), les ressources
naturelles (facteur territorial), les identités ethniques
(facteur humain) sont des variables structurelles de
l’État et leur soumission à la souveraineté de l’État
n’est pas belligène en soi. En revanche ce qui l’est,
c’est la faillite ou la déstructuration de l’État à travers
l’absence du sentiment national (sentiment
géographique) et la mal gouvernance, qui met en
danger les identités ethniques, les territoires et les
ressources naturelles face aux menaces internes ou
externes. À cet effet, ces représentations
géopolitiques se résument par l’absence de sentiment
national et le mal gouvernance (Section 1).
De plus, la multiplicité et la perpétuation des
conflits en Afrique au sud du Sahara sont également le
fait des rationalités économiques des belligérants avec
un impact socio-économique non négligeable (Section
2). À cet égard, l’approche pluridisciplinaire des conflits
permet de révéler un ensemble de facteurs qui
permettent de mieux apprécier les manifestations
récurrentes de la conflictualité africaine. Toutefois,
l’étude de ces différents facteurs ne suffit pas à apporter
une explication de la nature de ce processus. C’est en
s’inscrivant dans une démarche socio-économique
qu’on peut appréhender la construction de systèmes
rationnels et leurs manifestations pour saisir la nature
réelle de la conflictualité.

SECTION I : LES REPRÉSENTATIONS


GÉOPOLITIQUES
L’État en tant qu’à la fois construction humaine
et fiction juridique est faillible et les États africains ne
sont pas l’exception à la règle. En effet, la faillite
dont il est l’objet ici, c’est celle de l’État en tant que
souveraineté, c’est-à-dire capacité de faire, faire faire

320
et interdire de faire630 dont la dégradation fait basculer
dans l’évanescence, l’informel, les normes, l’esprit
des lois, la lettre des institutions, l’organisation de
l’État et de la société globale, dévoie les intelligences
et disperse dévouements. Ceci explique pourquoi
l’hypothèse des « souverainetés déchues »631
s’applique aux Etats en conflit permanent.
Ici, la déstructuration de l’État s’entend au sens
de l’opposition frontale entre l’État et la nation, l’État
et les territoires. Et ce, à cause de l’absence de
sentiment national et de la mal gouvernance. Ceci est
en partie la résultante du placage du modèle
occidental de l’État/Nation sur les sociétés africaines
plurales construites autrefois par deux (2) modèles
spécifiques de l’État et de la nation : le modèle de
l’État multinational632 ou État de plusieurs peuples
façonné à l’image des royaumes du Congo, du
Monomotapa, du Bénin, du Ghana, du Songhaï,
d’Éthiopie, etc. ; le modèle de la nation cosmopolite
ou multi-nation, que l’on pourrait définir comme :
« une communauté des citoyens et des peuples dits
ethnies, exprimant la volonté de vivre ensemble, en
vue de bâtir un destin commun, dans la loyauté et le
respect de la différence »633.
Les logiques nationales sous-tendant ces deux
modèles d’État et de nation peuvent être belligènes, à
cause de l’irréductibilité de leurs fondements : celui
630
Mwayila TSHIYEMBE, Quel est le meilleur système politique
pour la RDC : fédéralisme ? Régionalisme ? Décentralisation ?,
Paris, L’Harmattan, 2012, pp. 54-57.
631
Cf. Bertrand BADIE, Un monde sans souveraineté. Les Etats
entre ruse et responsabilité, Paris, Fayard, 1999.
632
Mwayila TSHIYEMBE, Etat multinational et démocratie
africaine. Sociologie de la renaissance politique, Paris,
L’Harmattan, 2001.
633
Mwayila TSHIYEMBE, Refondation de la nation et
nationalité en République Démocratique du Congo, Paris,
L’Harmattan, 2007.

321
de l’unicité ethnique, culturelle, linguistique,
religieuse, selon l’État/Nation ; celui de la diversité
ethnique, culturelle, linguistique, religieuse, selon
l’État multinational. Et ce, à deux (2) conditions, à
savoir :
– Premièrement, si la faillite de l’État entraîne
l’éviction du nationalisme de l’État de l’espace public
et sa substitution par les idéologies sectaires
(tribalisme, régionalisme, autochtonie).
– Deuxièmement, si la désorganisation de la
société globale profite aux leaders des sécessions, des
rébellions, des terroristes en déficit de mobilisation
sociale. Dans cette hypothèse, ils peuvent être
capables d’instrumentaliser les identités ethniques et
de piller les ressources naturelles.
Ainsi, pour examiner clairement les
représentations géopolitiques des conflits en Afrique
au sud du Sahara, il nous revient d’étudier
séparément la problématique de l’absence du
sentiment national (I) et celle de la mal gouvernance
(II).

I. L’absence du sentiment national


Un groupe d’individus peut proclamer son unité
historique et/ou culturelle – mais pas forcément
ethnique, même si le cas se rencontre fréquemment –,
désireux de vivre ensemble dans le cadre d’un État
indépendant, constitue une nation. Ce désir
s’accompagne logiquement de la volonté d’être dirigé
par des hommes et des femmes appartenant à la
nation en question. L’identité nationale participe
absolument des représentations géopolitiques, dans la
mesure où elle découle d’une construction
idéologique élaborée à partir d’un ensemble
d’éléments plus ou moins vérifiables634.
634
Patrice GOURDIN, « Le sentiment national », Manuel de

322
Ainsi, en mettant de côté la diversité des
situations et de la particularité de chaque trajectoire
nationale, la persistance de foyers de conflits sub-
sahariens est généralement associée, et en premier
lieu, à la problématique de la fragilité de l’État 635.
L’État africain postcolonial se caractérise par sa
faiblesse et par la défaillance relative de ses
institutions. En effet, nombreux sont les États sub-
sahariens qui peinent à assurer leur autorité sur
l’ensemble de leur territoire, et à garantir à la fois les
services de base, la sécurité humaine et territoriale.
Un mode d’organisation territoriale hérité de la
colonisation accentue, dans bien des cas, des
disparités en termes d’infrastructures, de
développement et aussi de contrôle de l’État sur
certaines régions636.
La géopolitique interne de nombreux États de
cette région africaine traduit le plus souvent une
opposition entre un « centre » hégémonique et des
« périphéries » relativement marginalisées qui
revendiquent une redistribution du pouvoir et des
ressources du pays637. Dans ce cadre, la récurrence de
l’instabilité ou des conflits confirme une indéniable

géopolitique, diploweb.com/La revue géopolitique, du


23/03/2016, disponible in https://www.diploweb.com/Le-
sentiment-national.html.
635
Alain DUBRESSON et Jean-Pierre RAISON, L’Afrique
subsaharienne : une géographie du changement, Paris, Armand
Colin, 1998, pp. 32-37.Lire aussi avec intérêt, Edouard Epiphane
YOGO (dir.), La fragilité de l’Etat en Afrique centrale. Ressorts,
implications et prescriptions, Paris, Edilivre, 2017.
636
Michel LUNTUMBUE, « Comprendre la dynamique des
conflits. Une lecture synthétique des facteurs de conflits en
Afrique de l’Ouest », Note d’Analyse du GRIP, 14 janvier 2014,
p. 5, disponible in
https://www.grip.org/sites/grip.org/files/NOTES_ANALYSE/201
4/NA_2014-01-14_FR_M-LUNTUMBUE.pdf.
637
Ibid.

323
faiblesse des mécanismes institutionnels de régulation
sociale et de redistribution des richesses 638. En
l’absence de pratiques démocratiques crédibles et de
mécanismes impartiaux d’arbitrage, les contradictions
et les oppositions sociales dérivent dans certains cas
vers un conflit violent et armé639.
À cet effet, les demandes démocratiques,
exacerbées notamment par la crise des ajustements au
début des années 1990, n’ont pas contribué partout à
la pérennisation d’une bonne gouvernance640. En
réalité, la fragilité de l’État a notamment été
accentuée par les politiques d’ajustements structurels
imposées par le Fonds Monétaire International (FMI)
et la Banque mondiale (BM) au cours des années
1980. Ces mesures d’austérité et de rigueur
comptable, recommandant notamment une baisse
drastique des dépenses publiques, ont retiré à la
plupart des appareils gouvernementaux les moyens de
mener de véritables politiques publiques ainsi que
leur capacité de redistribution641. Cette carence dans la
gestion politique et socio-économique du territoire est
une source d’instabilité et un facteur de fragmentation
de l’espace et du sentiment national642. En
conséquence, il en résulte dans bien des cas une
rupture du monopole de la violence légitime,
alimentée par une démultiplication d’acteurs
concurrents à l’État : groupes armés, milices, réseaux
638
Ibidem.
639
Idem.
640
Ibid., p. 6.
641
Alain DUBRESSON et Jean-Pierre RAISON, L’Afrique
subsaharienne : une géographie du changement, op. cit., pp. 32-
37.
642
Cf. Yann BEDZIGUI, « Les conflits en Afrique, une résolution
improbable », AFRI, Les situations conflictuelles et leur
prolongement, Vol IX, 2008, disponible in disponible in
http://www.afri-ct.org/wp-content/uploads/
2009/12/11_Bedzigui_Afrique.pdf.

324
criminels régionaux ou internationaux, etc. 643. À cet
égard, l’absence de sentiment national se vérifie à
travers la confiscation des ressources et la gestion
patrimoniale de l’État d’un part (1), et par l’échec du
processus démocratique de l’après-guerre froide
d’autre part (2).

1. Confiscation et gestion patrimoniale de l’État


La plupart des États d’Afrique subsaharienne ont
en commun un système patrimonial généralisé, qui
est un facteur non négligeable de désordre. C’est ce
que montrent la forte inefficacité gouvernementale et
administrative, les déficiences institutionnelles,
l’inertie habituelle des règles politiques et
économiques formelles et le recours à des solutions
verticales et personnalisées notamment la corruption,
pour résoudre les problèmes de société 644. C’est ce qui
conduit également René Lemarchand, à noter que :
« Le continent africain est jonché des débris
d’organismes politiques implosés. De la Guinée-
Bissau au Burundi, du Congo-Brazzaville au Congo-
Kinshasa, de la Sierra Leone à la Guinée et à la Côte
d’Ivoire, des États effondrés ou chancelants nous
confrontent à une trop familière litanie d’échecs –
sociétés civiles réduites en miettes par la violence
ethno-régionale, flots massifs de réfugiés épuisés
traversant les frontières, catastrophes
environnementales, montée de la criminalité et
banqueroute absolue des économies nationales »645.
Dans un tel système et à la limite, les acteurs

643
Cf. Jakkie CILLIERS, « L’Afrique et le terrorisme », Afrique
contemporaine, n° 209, 2004, pp. 81-100.
644
Patrick CHABAL et Jean Pascal DALOZ, Africa Works :
Disorder as political instrument, Londres, James Currey, 1999, p.
19.
645
Ibid., pp. 44-45.

325
étatiques et infraétatiques ont intérêt à favoriser la
guerre et le désordre puisque ceux-ci peuvent leur
fournir des occasions supplémentaires d’accumuler
des ressources leur permettant mieux d’asseoir les
divers réseaux patrimoniaux sur lesquels ils
s’appuient. En l’absence d’autres possibilités pour le
système néo-patrimonial et dans des conditions de
raréfaction de la ressource, associer la vie politique
au règne du désordre, guerre ou activités criminelles
peu importe, devient une tentation irrésistible646. Dans
ces conditions, la violence apparaît nécessaire pour
acquérir ou conserver sa part du gâteau 647. Le désordre
se fait lui aussi un impératif et une chance à la fois en
termes de gains prévisionnels, alors que les
incitations à organiser la société d’une manière plus
formelles se raréfient 648. Le recours à la violence et à
la terreur est donc légitimé comme une issue logique
autant qu’une exigence absolue dans la consolidation
des dynamiques politiques d’une survie élémentaire.
Lorsque la baisse des ressources et la compétition
n’en deviennent que plus dures, il n’y a plus d’autre
option que de s’affirmer et se défendre par les armes
le plus souvent.
En réalité, peu nombreux sont les travaux
consacrés à la confiscation et à la gestion
patrimoniale en vue du contrôle de l’État comme un
enjeu des conflits en Afrique subsaharienne. On
n’évoque qu’insuffisamment les facteurs qui, propres
au caractère néo-patrimonial des États africains 649,

646
Cf. Jean-François BAYART, Stephen ELLIS et Béatrice
HIBOU, La criminalisation de l’Etat en Afrique, Bruxelles,
Complexe, 1997.
647
Jakkie CILLIERS, « L’Afrique et le terrorisme », op. cit., p.
92.
648
Patrick CHABAL et Jean Pascal DALOZ Africa Works :
Disorder as political instrument, op. cit., p. 5-6.
649
Sur le néo-patrimonialisme lire Jean-François MEDARD,

326
contiennent en eux-mêmes des germes d’exclusion et
d’affrontements meurtriers. En effet, « lorsque la
théorie du complot international ne prend pas le
dessus pour expliquer les guerres intestines sur le
continent, ce sont des médias qui, peu regardants sur
les responsabilités des acteurs internes, développent
abondamment l’idée de déstabilisations par
procuration, supposées exclusivement commanditées
par des entreprises minières ou pétrolières »650.
En prenant l’exemple de la République
centrafricaine (RCA), on note que des dissensions
intestines déchirent le pays depuis plusieurs années.
Sans en nier les implications extérieures, les facteurs
qui, propres au caractère néo-patrimonial de cet État,
sont porteurs d’exclusion et de violences. La
confusion entre l’exercice du pouvoir et des
considérations économiques personnelles a fait du
contrôle des ressources de l’État, chez de nombreux
acteurs nationaux, l’un des principaux enjeux de
l’engagement politique. Ainsi, « ce néo-
patrimonialisme, auquel se rattachent
l’instrumentalisation de l’ethnicité, mais aussi
l’utilisation du népotisme et du clientélisme comme
critères de distribution des ressources convoitées,
concourt ainsi à éclairer les violences en
Centrafrique »651.
En effet, « depuis l’indépendance du pays, il y a
eu pas moins de sept coups d’Etats. Cette récurrence
des prises de pouvoir violentes a institué en RCA une

« L’État patrimonialisé », Politique africaine, n° 39, septembre


1990 ; Daniel C. BACH et Mamoudou GAZIBO, L’État
néopatrimonial : Genèse et trajectoires contemporaines, Ottawa,
Les Presses de l’Université d’Ottawa, 2011.
650
Gervais NGOVON, « Le contrôle des ressources de l’État, un
enjeu des conflits en Centrafrique », Les Cahiers d’Outre-Mer, n°
272, 2015, p. 501.
651
Ibid.

327
culture de la violence et de l’impunité politique. Par
ailleurs, cette prolifération des coups d’État témoigne
qu’en RCA, les dirigeants bénéficieraient d’une
incompétence politique et de l’absence d’une culture
démocratique. On assiste donc en République
centrafricaine à l’accaparement du pouvoir par un
seul homme et au profit de sa famille élargie. On
parle même de personnalisation du pouvoir. Ainsi, il
existe en RCA une réelle absence de légitimité
politique. Cependant cette légitimité s’acquiert par les
armes, la répression et la manipulation de
l’opposition »652. Bref, le contrôle des ressources de
l’État comme enjeu des conflits en Centrafrique
repose sur la gestion néo-patrimoniale comme
prémisse d’exclusion et de conflits, le népotisme et
l’ethnicité, comme circuits d’une distribution
problématique des ressources nationales, l’infidélité
et les trahisons au cœur des réseaux clientélistes, la
fragilité institutionnelle pour aboutir au recours à la
violence653.
Dans cette perspective, deux (02) mécanismes
liant exploitation des ressources naturelles et conflits
s’avèrent particulièrement importants :
– le financement du gouvernement dans la lutte
contre une rébellion par les revenus issus de
l’exploitation des ressources naturelles. Le pétrole a
ainsi financé le gouvernement en Angola 654 ainsi que
les deux principales factions qui ont alterné au
652
Sophie ESCOFFIER, Emeline FERRIER, Mia Marie OLSEN,
Miranda SHUSTERMAN, Monika NORKUTE, « Nature et
formes de la violence, causes du conflit en RCA », Fiche
d’analyse, Grenoble, Irénées.net, Février 2014, disponible in
http://www.irenees.net/bdf_fiche-analyse-1022_fr.html.
653
Gervais NGOVON, « Le contrôle des ressources de l’État, un
enjeu des conflits en Centrafrique », op. cit., pp. 502-533.
654
Philippe Le Billon, « Angola’s political economy of war : the
role of oil and diamonds, 1975-2000 », African Aftairs, n°100,
2000, pp.55-80.

328
pouvoir au Congo Brazzaville ;
– le financement des mouvements rebelles par
l’exploitation de ressources naturelles dans un cadre
d’une économie informelle à faible taux
d’investissement productif (RDC, Liberia, Sierra
Leone). Cette exploitation est essentiellement de type
artisanal, elle concerne donc des essences forestières
ou des minerais à haute valeur ajoutée (or, diamants,
coltan). La vente de ces ressources se fait par le biais
de la contrebande et leur utilisation finale se fait
souvent loin de leurs origines.
Ces deux (02) mécanismes sont les résultats à la
fois d’un déclin économique et d’une dégradation de
la situation politique intérieure. Les deux
phénomènes sont intimement liés655.
La confiscation de l’appareil étatique s’est fait au
profit des groupes dominants qui, délaissant les
fonctions traditionnelles de l’État (assurer le bien-être
de sa population par des institutions souveraines dans
des conditions de sécurité satisfaisantes) l’ont utilisé
à des fins prédatrices656. La distribution des richesses
qui assoie le pouvoir se fait donc à des fins
personnelles et patrimoniales. Ainsi, « parallèlement,
pour renforcer leurs positions, les groupes au pouvoir
durcissent leurs discours et neutralisent l’opposition
interne par la violence ou par le clientélisme.
L’essentiel du budget de l’État est détourné au profit
des dirigeants et de leurs captifs »657.
655
Voir Pierre ENGLEBERT, State Legitimacy and Development
in Africa, Boulder, Lynne Rienner, 2000.
656
David Luks et Stephen Riley, « The politics of economic
decline in Sierra Leone », The Joumal of Modem African Studies,
Vol. 27, n°1, 1989, pp.133-141 ; Marc-Antoine DE
MONTCLOS, « Liberia : des prédateurs aux ramasseurs de
miettes », in F. JEAN et J.-C. RUFIN (dir.), Économie des
guerres civiles, Paris, Hachette, 1996, pp. 269-298.
657
Julien VANDEBURIE, « Le rôle de l’État dans la genèse des
conflits liés aux ressources naturelles : le cas du Congo-Zaïre »,

329
Dans ces conditions, pour survivre, la population
locale développe des stratégies économiques
échappant au contrôle de l’appareil étatique 658. Dès
lors, l’économie informelle apparaît comme une
réponse politique à la domination des groupes
parasites et se légitime davantage. Sur cette base, le
passage au conflit est induit par :
– l’accommodation avec l’économie de guerre,
due à la violence de l’appropriation par les groupes
dirigeants et à l’hégémonie de l’économie
informelle ;
– l’exacerbation des tensions politiques entre des
groupes dirigeants agrippés au pouvoir et de
nouvelles générations de laissés-pour-compte ;
– la diffusion d’armes par la contrebande,
corollaire de l’économie informelle659 ;
Ainsi, l’exploitation de ressources naturelles
prend une importance toute particulière. S’il s’agit de
ressources à haute valeur ajoutée, comme l’or ou le
diamant, l’intérêt est encore plus grand, car
l’« exportation » par contrebande et le trafic illicite en
est facilitée660.

2. Échec du processus de démocratisation


À la fin de la guerre froide et au début des
années 1990, le monde a connu des mutations
profondes, lesquelles ont été les conséquences du
changement survenu en Union des Républiques
Soviétiques et Socialistes (URSS). Ce changement
venu de l’Europe de l’Est a mis fin à la guerre froide
Écologie et politique, n° 34, 2007, p. 59.
658
Cf. Janel MACGAFFEY (dir.), The Real Economy of Zaire.
An Anthropological Study, London, James Currey, 1991.
659
Julien VANDEBURIE, « Le rôle de l’État dans la genèse des
conflits liés aux ressources naturelles : le cas du Congo-Zaïre »,
op. cit.
660
Ibid.

330
que connaissait le monde depuis 1947. Cette fin a
provoqué l’effondrement du communiste au profit du
capitaliste. Cet effondrement a été accompagné par
un courant de démocratisation visant à mettre fin à
tous les régimes dictatoriaux au profit des régimes
libéraux. En fait, « en Afrique des revendications
multiformes, en occurrence les tenues des
conférences nationales souveraines qui visaient un
changement radical des institutions républicaines ;
des convulsions populaires ont été vécues visant
l’ouverture des pays au processus démocratique ; les
gouvernements de transitions ont été formés, des
revendications des intellectuels, etc., avaient pris
d’ampleur »661.
À ces différentes revendications internes, il faut
y ajouter la pression externe de la communauté
internationale. Face à toutes ces revendications, les
dirigeants africains ont fini par se plier. Ainsi, des
élections pluralistes avaient été organisées dans
plusieurs pays, notamment le Gabon, le Benin, la
Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Sénégal, etc. Au cours
de ces élections un grand nombre des dirigeants
autoritaires avaient été écartés du pouvoir. Plus tard,
quelques dirigeants écartés au pouvoir par les moyens
des urnes tentaient d’y retourner par la force. C’est
alors que certains d’entre eux organisaient des
rebellions, pendant que d’autres procédaient par des
coups d’état (Congo Brazzaville, Niger, Côte
d’Ivoire, Siéra Leone, etc.) 662. En réalité, la période
des transitions démocratiques n’avait pas réussi à
implanter la démocratie. Ces différentes tentatives de
661
Honoré EBENGO ALFANI, « La faillite du processus
démocratique en Afrique », Université de Lubumbashi RDC –
Licence en relations internationales 2011, disponible in
https://www.memoireonline.com/12/13/8374/La-faillite-du-
processus-democratique-en-Afrique.html.
662
Ibid.

331
conquêtes de pouvoir par la force en violation de
règles démocratiques entamaient le blocage de la
réussite du processus démocratique en Afriques 663. À
ces tentatives, s’ajoutent les différentes guerres
civiles (Burundi, Rwanda, RDC, etc.).
Pourtant, on a assisté à un « réveil du
Constitutionnalisme en Afrique »664, car, partant de ce
contexte, la quasi-totalité des États d’Afrique
subsaharienne est entrée dans un processus de
transition démocratique. Les élites politiques
africaines vont tenter d’élaborer des stratégies
politiques et géopolitiques diverses qui ont pour but
la naissance d’un État de droit. Il s’agit d’un
processus de reproduction des savoirs pour assurer à
la collectivité son implication et sa marche vers une
réelle émancipation. Cette phase qui est la
conjonction des facteurs tant externes qu’internes,
vont entraîner de nouvelles formes de structures
sociales et, favoriser l’expression d’une liberté tant
pacifique que violente. De plus, la libéralisation de la
parole autrefois confisquée par l’autoritarisme
postcolonial a fait exploser le pluralisme touchant les
partis politiques, les mouvements associatifs, les
organes d’information et de presse, les ligues des
droits de l’homme, etc.665.
En effet, le « vent d’Est », c’est-à-dire les vagues
de bouleversements sociopolitiques, survenues dans
les pays d’Europe de l’Est et d’Europe centrale au
cours de la même période, vont atteindre les pays
d’Afrique subsaharienne avec leurs corollaires, des
663
Ibidem.
664
Voir Gérard CONAC (dir.), L’Afrique en transitions vers le
pluralisme politique, Paris, Economica, 1993.
665
Mwayila TSHIYEMBE, « L’autopsie de l’échec de la
transition démocratique en Afrique à la lumière de la théorie des
conjonctures politiques fluides », Présence Africaine, n° 157,
1998, pp. 71-99.

332
crises marquées par de vives manifestations
populaires, revendiquant la fin des pouvoirs
autocratiques et néocoloniaux, et la mise en place des
systèmes démocratiques, multipartites. À défaut d’en
assurer la prospérité des pays africains, l’avènement
de la démocratie qui est l’art de l’entente et de la
médiation. L’entente permet d’avoir la paix, de
partager, d’éviter l’exclusion et en somme de créer
les conditions d’un débat sain, nécessaire à la prise de
conscience. Mais l’avènement de la démocratie et
l’échec de son processus de transition dans certains
États d’Afrique subsaharienne semble donner un
coup d’accélérateur à des conflits particulièrement
internes, violents, lesquels ont entamé la vie socio-
politico-économique de la majorité des pays qui y
sont soumis. Aux frustrations de domination
politique, économique et sociale, certaines catégories
de populations qui vivent sous l’emprise d’un régime,
se saisissent de la démocratie pour se soulever en
décriant l’injustice sociale, la persécution des
minorités ou du groupe ethnique défavorisé. La lutte
porte le nom de la libération et la revendication
s’articule de plus en plus autour d’une demande
d’autonomie vis-à-vis du pouvoir central.
Or, naturellement, la démocratie postule
l’abandon de tout recours à la force au profit du
dialogue dans les compétitions politiques, le
renouvellement des élites dirigeantes et la résolution
des problèmes sociaux. Les conflits armés et les
coups d’État sont donc incompatibles avec la
démocratie. Au début des années 1990, l’entrée de
l’Afrique dans le train de la démocratie sous
l’influence de la convergence d’événements
nationaux et internationaux avait laissé entrevoir
l’espoir d’un bannissement de la violence dans le
champ politique. Cependant, « cet espoir a été de

333
courte durée. Les coups d’État ont repris de plus belle
et les conflits armés perdurent bien que le vent de la
démocratie continue de souffler en Afrique »666. La
plupart des conflits armés qui ont affecté le continent
africain pendant les premières années d’indépendance
étaient des conflits de souveraineté, des conflits
interétatiques. Aujourd’hui, ces affrontements se sont
intensifiés et, surtout, ont changé de nature. Ce sont
désormais des conflits intraétatiques, ou guerres
civiles, engendrés par la gouvernance des États qui
frappent l’Afrique subsaharienne. De ce fait, « la
récurrence de ces affrontements armés ne remet pas
seulement en cause la démocratie naissante, elle sape
aussi les fondements de l’État africain et de l’unité
nationale »667.
À cet égard, le conflit ivoirien est symbolique,
puisqu’il a éclaté au moment précis de l’élection
présidentielle, à l’occasion d’un banal contrôle
d’identité. De même, les guerres civiles dans les deux
Congo avaient confirmé la fragilité de l’expérience
démocratique, celle-ci n’étant pas encore parvenue à
extirper la violence du champ des compétitions
politiques et de la résolution des problèmes sociaux 668.
Tout comme, les conflits de Sierra Leone, du Liberia
et de la Guinée-Bissau ont également éclaté pendant
le processus de démocratisation de ces pays. Des
foyers de conflits intraétatiques font toujours des
ravages en RDC, en Somalie et au Soudan du Sud
malgré plusieurs tentatives de faire revenir la paix.
Dans la situation des pays affectés par la révolte
armée, la guerre civile pervertit les institutions de
l’État. Les forces armées et de sécurité, l’appareil

666
Babacar GUEYE, « La démocratie en Afrique : succès et
résistances », Pouvoirs, n° 129, 2009, p. 20.
667
Ibid.
668
Ibid., p. 21.

334
judiciaire et les organes de régulation qui permettent
un fonctionnement républicain de l’État sont
dépouillés de leur rôle d’intégration nationale, pour
n’être plus que des outils au service de factions ou de
groupes à base ethnique ou régionale 669. Dans ce
contexte, les conflits émergent avec le retour des
coups d’État et la tenue des élections imparfaites ou
irrégulières670.
En effet, dès les premières heures des
indépendances, les jeunes États indépendants ont très
tôt semblé s’accommoder du coup d’État comme
mode naturel de conquête du pouvoir. Pendant les
décennies 1960-1970, plusieurs pays africains ont
subi des coups d’État qui ont porté des militaires au
pouvoir671. Le vent de démocratisation qui a soufflé
sur l’Afrique au début des années 1990 avait entrepris
de battre en brèche les fondements théoriques de
validation des coups d’État, en considérant
l’intervention des militaires en politique comme étant
par nature contraire aux pratiques, valeurs
constitutionnelles et démocratiques. Il s’agit ici d’une
lecture réaliste du phénomène des coups d’État. Pour
Daniel Lerne et Richard Robinson, « l’intervention en
politique des militaires, quelles qu’en soient les
formes, peut aller dans le sens du développement
économique et/ou de la modernisation politique de
ces pays »672.
669
Ibid.
670
Ibidem.
671
Pierre F. TAVARES, « Désintégration des souverainetés
nationales. Pourquoi tous ces coups d’État en Afrique ? », Le
Monde diplomatique, janvier 2004, p. 16.
672
Daniel LERNER et Richard ROBINSON, «  Swords and
Plougshares. The Turkish Army as a Modernising Force », World
Politics, n° 13, 1960, pp. 14-19. Parmi les raisons avancées, on
note les capacités d’organisation des forces armées, les qualités
morales, le patriotisme des cadres militaires… Lorsque les
circonstances et l’histoire en consacrent la légitimité, le coup

335
De la sorte, « profitant du contexte international
favorable ou contrainte par elle, l’Organisation de
l’unité africaine (OUA) avait décrété les coups d’État
hors la loi et sonné l’alerte contre des régimes
prétoriens »673. Mais l’avènement de dirigeants élus
démocratiquement n’a rien changé aux politiques de
prédation, de clientélisme et de corruption, alors que
les populations attendaient une répartition plus
équitable des richesses nationales. De ce point de
vue, « dans plusieurs pays, les gouvernements se sont
révélés incapables de satisfaire les demandes des
populations. L’euphorie a alors cédé la place à la
désillusion et à la frustration »674. C’est dans ce
contexte social que les coups d’État militaires ont fait
de nouveau irruption675, à l’instar de celui de 2013 en
RCA676.

d’État est accueilli avec soulagement, voire enthousiasme, par les


peuples opprimés. On ne saurait soutenir que la prise du pouvoir
au Mali par le général Amadou Toumani Touré, en 1991, n’a pas
été salutaire pour le peuple malien.
673
Babacar GUEYE, « La démocratie en Afrique : succès et
résistances », op. cit., p. 22.
674
Ibid.
675
Voir Niandou SOULEY ABDOULAYE, « Le capital de
confiance initiale des régimes militaires africains », Afrique et
Développement, vol. 20, n°2, 1995, p. 42.
676
Les rebelles centrafricains de la coalition Séléka avaient pris
Bangui, après une offensive éclair mettant en fuite le président
François Bozizé au Cameroun, lieu-même arrivé au pouvoir en
2003 par un coup d’Etat. Quand ce fils de gendarme s’est
présenté à la présidentielle de 1993, remportée par Ange-Félix
Patassé (les seules élections libres dans ce pays), Il n’avait
recueilli qu’un peu plus de 1 % des voix. Une fois aux
commandes du pays, il s’est fait élire dans des conditions
contestées en 2005 et surtout en 2011 : l’opposition avait appelé
au boycott, accusant le pouvoir de fraude pendant le 1er tour du
scrutin. Sa fragilité s’explique aussi par le manque de soutien des
forces armées, que le président, de crainte d’un coup d’Etat,
s’était efforcé d’affaiblir. L’arrivée au pouvoir de Bozizé avait été
facilitée par l’ami de toujours, le Tchad, dont l’armée lui a fourni

336
L’incapacité des gouvernements
démocratiquement élus à promouvoir le
développement économique et à faire respecter
l’ordre et la loi est le principal argument invoqué par
les juntes militaires. Samuel Huntington avait
pourtant averti dès 1991 que les problèmes qui
affecteraient à l’avenir les rapports entre les
gouvernements civils et l’armée dans les nouvelles
démocraties viendraient plus probablement des civils
que des militaires677. À titre illustratif, sa prédiction
s’est réalisée dès 1996 avec l’interruption du
processus démocratique au Niger par le coup d’État
du colonel Baré Maïnassara. À cet effet, la question
militaire est redevenue prégnante et délicate pour le
devenir de l’Afrique. Au cours de la seule année
1999, des coups de force sont intervenus en Côte
d’Ivoire, en Sierra Leone, au Niger et en Guinée-
Bissau. De même, en Mauritanie, la junte militaire a
renversé, le 6 août 2008, le président élu
démocratiquement, Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Le
23 novembre 2008, une partie de l’armée a tenté de
prendre le pouvoir par la force en Guinée-Bissau
après la publication des résultats des élections
législatives. Dans la même année, le président Idriss
Déby échappait au coup d’État des forces rebelles
entrées dans N’Djamena, capitale du Tchad, pour
tenter de le renverser du pouvoir. Cette tentative de
coup d’État échoua grâce à la France en partie tout
comme celle de 2013678.

sa garde rapprochée et l’a ensuite aidé à se débarrasser de


rébellions du nord fin 2010 avant qu’il ne soit finalement laché
fin 2012 par le président Idriss Déby. Mais il semble que le voisin
se soit lassé de soutenir ce dirigeant incontrôlable.
677
Samuel HUNTINGTON, The Third Wave : Democratization
in the Late Twentieth Century, Norman, University of Oklahoma
Press, 1991.
678
« En 2013, la France a empêché un « coup d’État » au

337
Par ailleurs, s’agissant des élections imparfaites
ou irrégulières, on note que la période des élections
est l’un des temps forts de la vie politique d’un pays.
L’élection exprime le pluralisme politique, fonde la
démocratie représentative et légitime le pouvoir. Elle
est devenue « un rite démocratique », 679 mais qui
« n’invente pas la paix »680  ? Mais, on peut
s’interroger sur sa pertinence lorsqu’elle sert
uniquement à légitimer des pouvoirs, à renforcer des
pouvoirs autoritaires par le détournement du suffrage
universel par des clans et des intérêts privés.
L’élection présidentielle, notamment, devient dans ce
cas une simple formalité administrative, un simple
verni démocratique681 dont certains n’hésitent plus à
demander la suppression682.
Son organisation par les pouvoirs en place ne
cesse de susciter de vives contestations, conduisant
parfois les oppositions à les rejeter et refuser d’y
participer. Par exemple, au Sénégal, l’opposition dite
significative regroupée au sein du Front «  Siggil
Sénégal » a décidé de boycotter les élections
législatives du 3 juin 2007 au motif que le fichier
électoral n’était pas fiable683. Pareilles contestations
Tchad », L’Express, du 14/02/2019 disponible in
https://www.lexpress.fr/ actualite/monde/afrique/en-2013-la-
france-a-empeche-un-coup-d-etat-au-tchad_2062246.html,
consulté le 18/06/2019 à 22h17mn.
679
Babacar GUEYE, « La démocratie en Afrique : succès et
résistances », op. cit., p. 23.
680
Joseph Vincent NTUDA EBODE, « La crise ivoirienne :
l’élection n’invente pas la paix », Jeune Afrique Economique, n°
383, Avril-Mai 2011.
681
Francis FUKUYAMA, La Fin de l’histoire et le Dernier
Homme, Paris, Flammarion, 1992, p. 47.
682
Voir Thierry MICHALON, « Le suffrage universel détourné
par les clans et les intérêts privés. Pour la suppression de
l’élection présidentielle en Afrique », Le Monde diplomatique,
janvier 2004, pp. 24-25.
683
Babacar GUEYE, « La démocratie en Afrique : succès et

338
ont émaillé d’autres scrutins un peu partout en
Afrique, notamment en Centrafrique en 1998, au
Burkina Faso en 2000, au Togo en 2005, au Gabon en
2001, au Cameroun en 1997 et en Côte d’Ivoire en
1995, au Zimbabwe en 2005 et 2008. Au Cameroun,
une grave crise sociopolitique est née de l’élection
présidentielle du 05 octobre 2018. En effet, la
sincérité des résultats de l’élection, consacrant la
victoire de Paul Biya à la magistrature suprême, a été
contestée par l’opposition et il en est résulté une crise
post-politique particulièrement tendue conduisant aux
casses des ambassades du Cameroun à l’étranger.
Plus grave, la crise a pris une tournure ethnique et
communautaire avec des expressions pour telles que
« sardinards » pour désigner les partisans du
président Paul Biya et « tontinards » pour les soutiens
du principal opposant de l’élection présidentielle
Maurice Kamto. Des appels au « nettoyage
ethnique » et des accusations mutuelles de
génocidaires se sont faits entendre.
La rétention des résultats du scrutin présidentiel
obéit à la même logique de perpétuation du pouvoir et
constitue une forme d’entrave à la libre expression du
suffrage populaire et à l’alternance. Par exemple, « au
Zimbabwe, plus d’un mois après le scrutin
présidentiel du 29 mars 2008, le régime du président
Robert Mugabe avait usé du subterfuge du
recomptage des voix pour tenter d’inverser les
résultats de l’élection, avant de publier finalement des
résultats manifestement préfabriqués. Ces manœuvres
lui permirent de se maintenir pour le second tour
contre l’opposant Morgan Tsvangirai dont le parti
avait déjà remporté les élections législatives avec une
confortable majorité. Mais ce dernier, qui était
pourtant arrivé largement en tête à l’issue du premier

résistances », op. cit.

339
tour selon les résultats officiels, fut contraint de se
retirer de la course pour mettre un terme aux
intimidations, actes de violence et arrestations
arbitraires perpétrés contre ses partisans par l’armée
et la police zimbabwéenne dans l’entre-deux-tours.
Ce retrait a permis à Robert Mugabe, unique candidat
au second tour, d’obtenir 85 % des voix à l’issue d’un
scrutin marqué par un très fort taux d’abstention.
Cette élection entachée de multiples irrégularités est
qualifiée par la plupart des d’observateurs de
simulacre de démocratie »684.
L’acte électif n’a de sens, au fond, que s’il
permet à terme l’alternance démocratique, c’est-à-
dire s’il réunit les conditions d’un changement de
régime sans effusion de sang, l’alternance étant un
puissant indicateur de l’enracinement d’une
expérience démocratique. Or les manipulations
électorales, intimidations et recours à la force qui
émaillent bien des élections en Afrique sont les
signes du refus d’accepter les règles du jeu
démocratique, souvent à l’origine de troubles
postélectoraux. En somme, les pays africains ont
certes accompli des progrès significatifs sur la voie
de la démocratisation. Cependant, « l’expérience est
encore jeune et fragile, donc réversible. Les
résistances rencontrées démontrent que les
perspectives prometteuses que l’ouverture
démocratique au début des années 1990 avait laissé
entrevoir semblent être dans une impasse
préoccupante »685.

Tableau 5 : Améliorations ou aggravations selon


l’indice de fragilité des États, 2007-2016
1 Amélioration ≥10 points 1 pays Seychelles
684
Ibid., p. 24.
685
Ibid., p. 25.

340
notable gagnés sur 6
2 Forte 6 à 9,9 3 pays Cabo Verde,
amélioration points sur 38 Zimbabwe et
gagnés Côte d’Ivoire
3 Amélioration 2 à 5,9 6 pays Sao Tomé-et-
relative points sur 33 Principe,
gagnés Guinée
équatoriale,
Botswana,
Malawi,
Sierra Leone
et Soudan
4 Amélioration 0,5 à 1,9 4 pays Togo,
marginale point sur 14 République du
gagné Congo
Gabon et
Maroc
5 Changement Entre 0,5 4 pays Maurice,
négligeable point sur 16 Burkina Faso,
perdu et Lesotho et
0,5 point Namibie
gagné
6 Détérioration 0,5 à 1,9 4 pays Éthiopie,
marginale point sur 17 Ouganda,
perdu Tchad et
Égypte
7 Détérioration 2 à 5,9 11 Comores,
relative points pays Zambie,
perdus sur 24 Angola,
Burundi,
République
démocratique
du Congo,
Somalie,
Libéria,
Tanzanie,
Guinée,
Algérie et
Rwanda
8 Détérioration 6 à 9,9 11 Djibouti,
points pays Ghana,
perdus sur 17 Tunisie,
Mauritanie,
Nigéria,

341
Madagascar,
Niger, Kenya,
Bénin,
Swaziland et
Cameroun
9 Détérioration 10 à 14,9 6 pays Gambie,
notable points sur 7 Mozambique,
perdus Guinée-Bissau,
République
centrafricaine,
Afrique du
Sud et
Érythrée
10 Détérioration ≥16 points 3 pays Sénégal, Mali
critique perdus sur 5 et Libye

Source : Calculs de l’auteur sur la base des données


provenant du Fund For Peace (2016).

II. La mal gouvernance


La mal gouvernance s’apparente généralement
aux pratiques de mauvaise gestion des affaires
publiques. De nombreux pays africains sont classés
parmi les mauvais élèves de l’Indice de perception de
la corruption publié chaque année par Transparency
International. Ainsi, « La Somalie, le Soudan, la
Guinée Équatoriale, le Burundi, la RD Congo, le
Tchad, l’Angola, la Guinée, le Zimbabwe et le Kenya
figurent chaque année à la fin du classement. Quatre
pays – Botswana, Cap-Vert, Maurice et Rwanda – ont
en revanche obtenu en 2012 une note supérieure à 5
dans l’indice de Transparency International »686.
La plupart des conflits violents et des crises
auxquels sont confrontées certaines parties du
continent africain prennent leurs sources dans les
insuffisances de gouvernance, notamment la
mauvaise gestion de la diversité, la manipulation de
686
Pierre JACQUEMOT, Economie politique de l’Afrique
contemporaine, Paris, Armand Colin, 2013, pp.51-78.

342
la constitution, la marginalisation de la jeunesse et la
mauvaise gestion des ressources naturelles. L’analyse
qui fait l’unanimité retient que les crises sécuritaires,
voire humanitaires qui tenaillent l’Afrique trouvent
leur lit dans les zones défavorisées, voire
marginalisées dans les options politiques. Ce qui
résulte d’une absence de processus démocratique qui
prend en charge l’ensemble des préoccupations de
toutes les couches sociales. Pour essayer de
comprendre la résistance des extrémistes au Mali,
l’expansion de Boko Haram au Nigéria et ses
ramifications au Cameroun, au Niger et au Tchad, la
montée en puissance de l’État islamique au Libye, la
balade des rebelles Chebabs en Somalie et même
jusqu’au Kenya, il faut sortir de la solution militaire
qui est essentielle dans la résolution des crises, mais
insuffisante dans un contexte où la géopolitique a
grandement évolué.
En effet, l’essentiel des crises africaines est dû à
l’absence d’un processus démocratique comme c’est le
cas en Côte d’Ivoire, au Zimbabwe, au Burundi, etc.
Par exemple, la multitude des options prises comme le
déploiement de l’armée kényane ainsi que la Mission
de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) n’a pas
été suffisante pour faire face à la montée Chebab. Une
situation similaire pourrait se reproduire au sud
Soudan. De plus, on a cru au pire avec la situation
burundaise de 2015 qui résultait des exécutions
sommaires et du forcing du président Pierre
Nkurunziza contre la volonté de la Constitution. Une
crise qui a failli conduire à un conflit ethnique
semblable à celui du Rwanda. Par ailleurs,
l’intervention de la communauté internationale au Mali
en 2012 a été décisive et souhaitable. Au-delà de son
aspect militaire, la crise malienne est liée à la
problématique profonde de l’État et le déploiement de

343
l’administration sur le plan national. Elle pose des
problèmes de gouvernance tels que la réforme de la
justice, la lutte contre la corruption, la question
identitaire, la décentralisation et la régionalisation avec
le développement des localités désertes, surtout celles
du Nord.
En réalité, la plupart des déclenchements de la
guerre civile peuvent s’expliquer à partir d’une
interprétation qui place les capacités de l’État au
cœur de l’histoire. Dans ce cadre, « un faible revenu
par tête est fortement corrélé avec le déclenchement
de la guerre civile, dans la mesure où c’est une
variable de la capacité du pouvoir central à dissuader
et à réprimer les détracteurs armés, ainsi que de sa
capacité à fournir des services publics. D’autres
interprétations prétendent qu’un faible revenu exerce
un effet direct sur la propension à la guerre civile, à
travers le canal du marché du travail. Plusieurs
soutiennent ainsi que la pauvreté rend relativement
attrayante, pour les jeunes hommes, la perspective de
rejoindre un groupe rebelle »687. Ainsi, nous
étudierons la corrélation entre le seuil de pauvreté et
d’instabilité d’une part (1) et celle entre l’oppression
et la restriction des libertés d’autre part (2).

1. Corrélation entre égalité, pauvreté et instabilité


Les inégalités et la pauvreté sont des moteurs
importants de l’exclusion sociale dont les conflits, les
troubles sociaux et l’instabilité sont la manifestation.
La prépondérance des conflits dans des sociétés
pauvres et inégalitaires a été amplement décrite dans
la littérature spécialisée. Comme l’avance brièvement
Nagel, « … le mécontentement politique et ses
687
James D. FEARON, « Fragilité des États, indicateurs de
gouvernance et risque de guerre civile », Revue d’économie du
développement, Vol. 19, n° 4, 2011, pp. 170-171.

344
conséquences (manifestations, instabilité, violences,
révolution) dépendent non seulement du niveau
absolu de bien-être économique, mais aussi de la
répartition des richesses »688. Selon Muller, un degré
élevé d’inégalité de revenus radicalise le prolétariat,
accentue la polarisation des classes et diminue la
tolérance de la bourgeoisie quant à la participation
d’un groupe à faible revenu aux processus politiques
et décisionnels689.
Les inégalités et les conflits créent un cercle
vicieux qui tend à se perpétuer et à propager encore
plus le sous-développement. Le risque de conflit est
plus élevé dans les pays pauvres et inégalitaires que
dans les pays riches et moins inégalitaires dans la
mesure où un énorme fossé entre le bien-être
économique attendu et la situation réelle d’un groupe
peut engendrer des conflits. Les sociétés caractérisées
par des niveaux élevés de pauvreté, d’inégalité et de
chômage sont des terrains propices pour les rebelles
et les groupes radicalisés. Et pour autant, la pauvreté
et l’iniquité constituent aussi le prix à payer des
conflits et d’une instabilité marquée. Les inégalités
(liées ou non aux revenus) et non seulement les
conflits ont un lien double de cause à effet, mais ils
représentent aussi des entraves de taille au
développement humain et national. De plus,
l’inégalité entre les pays et au sein d’un pays, de
communautés et de groupes, est un critère essentiel
pour mesurer la cohésion sociale. Elle s’accompagne
souvent d’un degré de pouvoir qui peut difficilement
être ignoré pour évaluer les résultats de
688
Jack NAGEL, « Inequality and discontent : A non-linear
hypothesis », World Politics, n° 26, 1974, p. 453.
689
Edward N. MULLER, « Economic determinants of
democracy », in Manus I. MIDLARSKY (dir.), Inequality,
Democracy and Economic Development, Cambridge University
Press, Cambridge, 1997.

345
développement. La prévalence de l’inégalité est une
mesure tout aussi importante de l’exclusion
économique et sociale, qui souvent se manifeste par
des conflits et une instabilité. Malgré la littérature sur
la relation entre l’inégalité et les conflits, le débat sur
leur corrélation et les effets qui en découlent n’est
toujours pas tranché.
Ainsi, « la proportion d’Africains vivant dans
une extrême pauvreté (moins de 1,90 dollar par jour)
a continué de se contracter. La proportion de
personnes disposant de moins de 1,25 dollar par jour
pour vivre en Afrique subsaharienne (SSA) est passée
de 57 % en 1990 à 43 % en 2012, soit une baisse de
25 % environ »690. Aussi, avec un plus grand nombre
de pays disposant désormais d’enquêtes comparables
sur la consommation, le nombre de pauvres pourrait
être inférieur aux estimations, à 37 %691. Le nombre
absolu de personnes vivant en dessous du seuil de
pauvreté a cependant augmenté, passant de
280 millions en 1990 à 330 millions en 2012692.
En 2012, « six pays ont accompli des pas de
géant : la Tunisie (79,7 %), la Mauritanie (73,5 %), la
Guinée (61,8 %), la Namibie (57,3 %), l’Ouganda
(51,2 %) et l’Éthiopie (50,6 %). Quatre autres (le
Swaziland, l’Afrique du Sud, le Botswana et le
690
Bureau régional pour l’Afrique du PNUD, Inégalités de
revenus en Afrique subsaharienne : Tendances divergentes,
déterminants et conséquences, Livret infographique, Semer les
graines et entretenir les plantes de l’équité en Afrique, New York,
United Nations Development Programme /Regional Bureau for
Africa, 2017, p. 236, disponible in
https://www.undp.org/content/dam/rba/docs/Reports/undp-
rba_Income %20Inequality %20in %20SSA_Fre_Chapter %2010
.pdf.
691
Ibid.
692
Kathleen BEEGLE, Luc CHRISTIANSEN, Andrew
DABALEN et Isis GADDIS, Poverty in a Rising Africa : An
Overview, Washington. D.C., Banque mondiale, 2016.

346
Ghana) sont à moins de 5 points de pourcentage de la
cible de réduction de 50 % de leur taux de pauvreté.
Néanmoins, la pauvreté s’est aggravée à Madagascar,
en Zambie, au Kenya, en Guinée-Bissau, en Côte
d’Ivoire, au Malawi et au Maroc, entre autres. Au
Kenya et en Guinée-Bissau, il s’agit même d’une
régression (plus de 50 %), comme dans d’autres pays
(entre 11 et 35 %). Tous les pays qui ont enregistré
une hausse du taux de pauvreté présentaient un indice
de fragilité de 80 sur 120 points, à l’exception du
Maroc, dont le taux de pauvreté (3,12 % de la
population) était très faible »693.
En réalité, l’inégalité de revenus la plus élevée est
concentrée en Afrique australe, où le coefficient de Gini
est supérieur à 0,5694. À noter qu’il est aussi relativement
élevé en Afrique centrale. Les résultats en Afrique de
l’Est sont mitigés, tandis que l’Afrique de l’Ouest est la
moins inégalitaire. Cornia et Martorano, et Bhorat et
al… avancent quelques causes historiques
profondément ancrées des inégalités sur le continent, en
particulier l’accumulation de terres durant la période
coloniale695. Dans ce sens, les plantations à grande
échelle en Afrique de l’Est et en Afrique australe,
comparées aux systèmes familiaux de propriété foncière
en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale expliquent,
entre autres, les différences observées sur le plan des

693
Bureau régional pour l’Afrique du PNUD, Inégalités de
revenus en Afrique subsaharienne : Tendances divergentes,
déterminants et conséquences, op. cit., p. 237.
694
Ibid.
695
Giovanni Andrea CORNIA et Bruno MARTORANO, « Building
the Integrated Database and the Seven Sins of Inequality
Measurement in sub-Saharan Africa », UNDP Working Paper
Series, UNDP-RBA WPS n°2, juin 2016 ; Haroon BHORAT,
Karmen NAIDOO et Kavisha PILLAY, « Growth, Poverty and
inequality Interactions in Africa : An Overview of Key Issues »,
UNDP Working Paper Series, UNDP-RBA WPS n°1, juin 2016.

347
inégalités696.
Dans cet ordre d’idées, l’essor d’un extrémisme
violent dans certaines parties de l’Afrique a
compliqué les situations de conflit. À cet égard, en
2016 on a estimé « à plus de 24 000 le nombre de
décès et à 1,2 million celui des personnes déplacées
du fait du fondamentalisme extrémiste à tendance
religieuse. Cette situation de conflit s’est
considérablement détériorée à cause d’Al-Shabaab
surtout présent en Somalie et au Kenya, de Boko
Haram, qui sévit dans la région du bassin du Tchad,
du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique
de l’Ouest (MUJAO), qui opère dans les États du
Sahel, du groupe Ansar Dine, semant principalement
la terreur au Mali, et d’AlShabaab et Hizb-Al-Islam,
présents en Somalie »697. Bien plus, le débat sur la
relation entre les inégalités et les conflits ne date pas
d’hier. Une distribution inéquitable des ressources et
des richesses peut susciter des ressentiments
d’exclusion et des rébellions violentes. Il en est le cas
lorsque le sentiment d’inégalité des personnes est
légitimé et/ou accompagné d’un pouvoir et d’une
répression suffisamment forts pour empêcher une
action collective698.
Cependant, les inégalités économiques, sociales
et politiques peuvent nuire à la croissance
économique si elles résultent d’une accumulation de
mécontentements parmi certains groupes de
population à des niveaux suffisamment élevés pour
briser la cohésion sociale. S’il est vrai que tous les
conflits sociaux et politiques ne sont pas animés par
l’existence et/ou la persistance d’inégalités, plusieurs
696
Bureau régional pour l’Afrique du PNUD, Inégalités de
revenus en Afrique subsaharienne : Tendances divergentes,
déterminants et conséquences, op. cit., p. 238.
697
Ibid., p. 240.
698
Ibid.

348
études ont suggéré que l’inégalité et une pauvreté
persistante parmi certains groupes de population sont
des causes importantes d’émeutes, d’insurrections et
d’autres formes de soulèvements civils699.
Outre le fait qu’elles freinent la croissance et la
diminution de la pauvreté, des inégalités
économiques élevées attisent le risque de conflits
violents et elles constituent souvent un point de
ralliement pour déclencher un conflit parmi des
groupes qui se sentent lésés au sein de la société 700. Il
ne faut pas pour autant accorder à l’inégalité une
signification monolithique, au risque de jeter la
confusion sur sa corrélation avec les conflits. Dès
lors, il convient de la considérer au sens large et d’y
intégrer les dimensions économique, sociale et
politique, car les interactions ne sont pas toujours
aussi claires qu’on s’y attendrait. D’après Cramer,
l’inégalité économique n’est un facteur clé dans
l’explication d’un conflit civil que si le facteur
économique est considéré comme indissociable des
facteurs sociaux, politiques, culturels et historiques 701.
699
Dipak K. GUPTA, The Economics of Political Violence : The
Effect of Political Instability on Economic Growth. New York,
Praeger, 1990 ; Ibrahim ELBADAWI et Nicholas SAMBANIS,
« Why are there so many conflicts in Africa ? Understanding and
preventing violent conflict », Journal of African Economies, Vol.
9, n°3, 2000, pp. 244-269 ; David DOLLAR, William
EASTERLY et Roberta GATTI, « What Causes Political
Violence ? A Research Outline », Washington D.C., World Bank
Development Research Group, 2000.
700
Mark Irving LICHBACH, « An Evaluation of Does Economic
Inequality Breed Conflict Studies », World Politics, Vol. 41, n°4,
1989, pp. 431-470 ; Christopher CRAMER, « Does Inequality
Cause Conflict ? », Journal of International Development, n° 15,
2003, pp. 397-412 ; Frances STEWART, Horizontal Inequalities
and Conflict : Understanding Group Violence in Multi-ethnic
Societies, Palgrave Macmillan, Basingstoke, 2008.
701
Christopher CRAMER, « Does Inequality Cause Conflict ? »,
op. cit.

349
Se concentrer sur l’inégalité verticale uniquement,
souvent mesurée par le coefficient de Gini, peut ne
pas donner les résultats escomptés. Il convient donc
d’examiner la manière dont est gérée l’inégalité dans
une société, ainsi que la signification de ses
différentes formes702.
Ainsi, les inégalités liées à une ségrégation
horizontale plutôt que verticale entraînent des conflits
quand les inégalités économiques coïncident avec des
inégalités sociales, politiques et culturelles entre les
groupes703. Un conflit survient lorsqu’il y a une
combinaison d’inégalités économiques, sociales (y
compris des problèmes d’origine raciale ou ethnique),
politiques ou culturelles qui peut être utilisée comme
un facteur commun ou « un intérêt coordonné » pour
mobiliser des partisans au sein de groupes de
personnes lésées. Certains ont avancé que l’inégalité
ordinaire entre les riches et les pauvres n’était pas
suffisamment forte pour engendrer des conflits
violents. Un conflit armé pourrait néanmoins éclater
lorsque le pouvoir et les ressources sont distribués de
manière inégale entre les groupes qui se distinguent
par d’autres aspects, tels que l’ethnie, la religion ou la
langue704. Une analyse qui suggère clairement que
l’inégalité horizontale s’avère plus explosive que
l’inégalité verticale705. La capacité à alimenter un
conflit dépend de l’accès d’un groupe à l’emploi et à
des capitaux.

702
Bureau régional pour l’Afrique du PNUD, Inégalités de
revenus en Afrique subsaharienne : Tendances divergentes,
déterminants et conséquences, op. cit., p. 244.
703
Frances STEWART, Horizontal Inequalities and Conflict :
Understanding Group Violence in Multi-ethnic Societies op. cit.
704
Ibid., pp. 136-159.
705
Bureau régional pour l’Afrique du PNUD, Inégalités de
revenus en Afrique subsaharienne : Tendances divergentes,
déterminants et conséquences, op. cit., p. 245.

350
À cet effet, Daouda a établi que les conflits dans
le nord du Niger étaient liés aux privations, mesurées
par l’accès aux services sociaux de base 706. D’après
Cramer, l’inégalité économique joue un rôle
déterminant dans l’explication du violent conflit en
Angola, si elle est abordée uniquement sous l’angle
de l’économie politique (là où le facteur économique
est intrinsèquement lié aux forces politiques et
sociales du pays)707. Certes, il existe des pays, tels que
la République centrafricaine, où l’inégalité élevée de
revenus est associée à des conflits politiques. Pour
autant, en Afrique australe, en particulier en Afrique
du Sud, si l’inégalité de revenus est plus élevée, il n’y
a pas de conflit à l’exception de fréquentes émeutes et
protestations, ce qui semble impliquer une corrélation
faible708. La pauvreté, d’autre part, semble être liée
aux conflits en Afrique709.
De surcroît, les conflits en République
centrafricaine, en République démocratique du
Congo, à Madagascar et au Nigéria sont provoqués
par des niveaux préoccupants de pauvreté. De ce fait,
la pauvreté, les inégalités spatiales, entre les sexes et
les revenus, fusionnent pour priver les personnes de
leurs droits socioéconomiques élémentaires ainsi que

706
Youssoufou Hamadou DAOUDA, Conflits armés, inégalités et
pauvreté : quelles interactions dans la région nord du Niger,
Université de Tahoua, Niger, LAREfi, Groupe d’économie du
développement université Montesquieu-Bordeaux IV, 2011.
707
Christopher CRAMER, « Does Inequality Cause Conflict ? »,
op. cit.
708
Bureau régional pour l’Afrique du PNUD, Inégalités de
revenus en Afrique subsaharienne : Tendances divergentes,
déterminants et conséquences, op. cit.
709
Ibrahim ELBADAWI et Nicholas SAMBANIS, « Why are
there so many conflicts in Africa ? Understanding and preventing
violent conflict », op. cit., James FEARON et David D. LAITIN,
« Ethnicity, Insurgency and Civil War », American Political
Science Review, Vol. 97, n°1, 2003, pp. 75-90.

351
d’un rôle dans le système, alimentant de la sorte des
conflits politiques710. La privation est également l’un
des facteurs principaux mentionnés par les insurgés
de Boko Haram. En effet, « la pauvreté et le manque
de perspectives d’emplois créent les conditions
favorables au recrutement des jeunes et à leur
intégration dans des groupes terroristes. Si ces jeunes
avaient bénéficié d’une bonne éducation et d’emplois
décents, Boko Haram aurait peut-être été privé des
jeunes soldats qu’il utilise pour perpétrer des crimes
haineux »711. De plus, en République centrafricaine, si
les chrétiens et les musulmans ont vécu ensemble
pendant des générations en relative harmonie, les
pénuries, la privation et les inégalités ont dégénéré en
conflits politiques712. Bien plus, certaines études
« montrent de fait que l’inégalité de revenus et la
pauvreté jouent un rôle crucial dans le conflit en
République centrafricaine, mais qu’elles n’ont pas de
rôle aussi prépondérant dans de nombreux autres
pays »713.

2. Oppression et restrictions des libertés


Les institutions démocratiques jouent un rôle très
important dans le processus de croissance
économique. En définissant clairement les
mécanismes d’accession au pouvoir et d’alternance,
les régimes démocratiques inhibent les velléités de
déstabilisation politique. En favorisant les libertés
civiles et des droits politiques, la démocratie crée les
conditions appropriées pour une croissance

710
Bureau régional pour l’Afrique du PNUD, Inégalités de
revenus en Afrique subsaharienne : Tendances divergentes,
déterminants et conséquences, op. cit., p. 246.
711
Ibid.
712
Ibidem.
713
Idem.

352
soutenable et un développement durable. Un régime
politique démocratique permet d’effectuer un
contrôle sur les dirigeants afin de minimiser leur
pouvoir à travers une réduction de la corruption et les
dissuader de mener des politiques inefficaces ou
impopulaires. En outre, Ellingsen et Parsa ont
souligné l’importance du type de régime dans la
stabilité politique des pays et précisent les
mécanismes par lesquels les régimes démocratiques
soutiennent la stabilité politique, comparativement
aux régimes autoritaires714.
Ils expliquent qu’un régime démocratique permet
aux citoyens de participer au processus politique,
d’une part, et de fixer les politiques
macroéconomiques, d’autre part, à travers les
élections. Ils ajoutent aussi que la violence à
motivation politique est moins susceptible de se
produire dans les régimes démocratiques, car les
conflits peuvent être résolus à travers des procédures
démocratiques telles que le dialogue et le vote. En
effet, la démocratie augmente fortement la stabilité
politique et les régimes politiques démocratiques
souffrent moins de l’instabilité politique par rapport
aux régimes autocratiques. L’absence de démocratie
peut produire des événements d’instabilité politique
comme les manifestations antigouvernementales, les
émeutes et les guérillas. Cela est justifié par le
manque d’outils constitutionnels, pouvant aider à
résoudre les points de divergences politiques. En
absence de mécanismes transparents d’alternance au
714
Tanja ELLINGSEN, « Colourful community or ethnic
witches’ brew ? Multiethnicity and domestic conflict during and
after the Cold War », Journal of Conflict Resolution, Vol. 44,
2000, pp. 228-249 ; Misagh PARSA, « Will democratization and
globalization make revolutions obsolete ? » in John FORAN
(dir.), The Future of Revolutions, Rethinking Radical Change in
the Age of Globalization, New York, Zed Books, 2003, pp.73-82.

353
pouvoir, le non-respect des droits et libertés, les
régimes autocratiques sont plus propices au
népotisme, à la gabegie et à la corruption ; ces
derniers pouvant être également considérés comme
des ingrédients de l’instabilité politique.
Ainsi, parler de l’oppression et de la restriction
des libertés en Afrique revient à poser la question de
la résistance en démocratie. Au premier abord, la
résistance et la démocratie peuvent paraître des
termes contradictoires. Certains perçoivent la
résistance comme ce qui met en mal les efforts de
ceux qui s’engagent dans la recherche d’une
démocratisation. D’après eux, la résistance, comprise
dans la perspective de la désobéissance civile,
constitue un obstacle à l’œuvre entreprise par ceux
qui militent en faveur des institutions démocratiques.
Pourtant, la démocratisation de l’Afrique passe
obligatoirement par une certaine forme de résistance
et que celle-ci peut être définie comme la position
d’actes contraires au système juridique et
gouvernemental d’un État715. Le discours en faveur du
multipartisme prononcé par François Mitterrand au
XVIe sommet France-Afrique à La Baule, du 19 au
21 juin 1990, a constitué un tournant décisif dans la
vie politique de nombreux États africains. Ces États
se sont engagés, de gré ou de force, dans un
processus de démocratisation. Et cela notamment par
l’introduction ou le développement du
multipartisme : d’où la consubstantialité du
multipartisme et de la démocratie en Afrique. Ce qui
est synonyme d’« instauration de la démocratie
pluraliste »716.
715
Cf. « Résistance et démocratisation en Afrique : Entretien avec
Rodrigue W. Sawadogo », Cahiers philosophiques, n° 136, 2014,
p. 101.
716
Sémou PATHE GUEYE, Du bon usage de la démocratie en
Afrique : contribution à une éthique et à une pédagogie du

354
En réalité, rares étaient les États africains, avant
ce tournant décisif, où un multipartisme était
effectivement en vigueur. Par exemple, au Sénégal, le
multipartisme s’était développé depuis 1974. Mais il
est utile de préciser qu’il s’agissait d’un
multipartisme « encadré »717. Cependant, Sémou
Pathé Guèye a fait remarquer que la démocratie
pluraliste « avait ouvert la boîte de Pandore et libéré
ainsi les vieux démons de l’ethnicisme, du
régionalisme, du confessionnalisme ou du tribalisme
que les anciens régimes autoritaires avaient réussi
jusque-là, sinon à éliminer, du moins à tenir en
respect sous le giron d’États-nations »718.
Toutefois, il convient de relever que l’oppression
et la restriction des libertés trouvent un terrain
favorable dans l’absence d’un espace public
pluraliste, pacifique, civilisé et convivial et dans la
confusion entre les pouvoirs législatif, judiciaire et
exécutif : le non-respect de la spécificité de ces
pouvoirs, la corruption des représentants du peuple,
l’établissement de lois favorisant exclusivement les
chefs d’État, la confiscation du pouvoir législatif par
l’exécutif, l’ingérence du pouvoir exécutif dans les
tribunaux. Bien plus, le risque le plus important est
celui d’une suspension, voire d’un anéantissement du
droit à une vie politique. En effet, « certains États
dans lesquels, en principe, la contrainte liée à l’État
de droit devrait s’appliquer universellement en font
usage contre tel citoyen ou tel groupe de citoyens,
désigné comme obstacle à la réalisation des desseins

pluralisme, Dakar, Nouvelles Éditions africaines du Sénégal,


2003, p. 12.
717
Voir Philippe LEYMAIRE et Thierry PERRET, Les 100 clés
de l’Afrique, Paris, Hachette Littératures, 2006, p. 142.
718
Sémou PATHE GUEYE, Du bon usage de la démocratie en
Afrique : contribution à une éthique et à une pédagogie du
pluralisme, op. cit., p. 8.

355
inavoués et inavouables des représentants. Les
dispositifs de la contrainte légale deviennent des
instruments d’oppression et de répression dans les
mains de la classe politique dominante »719. Ambroise
Kom utilise le concept de la « mal-démocratie » pour
désigner la situation actuelle des pays africains.
Ngoma-Binda parle de « parodie de démocratie »720.
Les composantes en sont « l’injustice, la répression,
l’arbitraire, le pillage économique »721.
En conséquence, « le droit devient une pure et
simple fiction. De tels États ne protègent plus, ils
menacent. On constate également une inefficacité
dans la gestion publique et une absence de contrôle
de l’action gouvernementale »722. À cet égard, entre
1990 et 1995 : les mutineries, les tentatives de coup
d’État, les putschs et le génocide ont eu lieu
respectivement en Centrafrique, en Guinée, au Niger
et au Rwanda. La crise anglophone au Cameroun a
connu en partie son aggravation et sa dérive en conflit
en armé à cause aussi de la restriction des libertés et
la bonne mauvaise réponse apportée aux
mobilisations sectorielles ou socioprofessionnelles
par la police et l’armée entre octobre et novembre
2016 dans le Nord-Ouest en premier et dans le Sud-
Ouest en second723.
719
« Résistance et démocratisation en Afrique : Entretien avec
Rodrigue W. Sawadogo », op. cit., p. 103.
720
Phambu NGOMA-BINDA, Philosophie et pouvoir politique
en Afrique : la théorie inflexionnelle, Paris, L’Harmattan, 2004,
p. 219.
721
Ambroise KOM, Éducation et démocratie en Afrique : le
temps des illusions, Paris, L’Harmattan/Éditions du CRAC, 1996,
p. 257.
722
« Résistance et démocratisation en Afrique : Entretien avec
Rodrigue W. Sawadogo », op. cit.
723
Lire à ce propos, « International Crisis Group, Cameroun : la
crise anglophone à la croisée des chemins, Rapport Afrique
n°250, 2 août 2017, pp. 9-11.

356
Toutefois, il convient de s’interroger sur les vrais
mobiles des résistants et surtout sur leur capacité à
œuvrer pour l’établissement d’une paix civile
durable. Car, il ne faut pas perdre de vue que le
pouvoir a toujours une capacité violente. Ainsi, le
groupe islamique Ansar Dine, le Mouvement pour
l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest et le
Mouvement national pour la libération de l’Azawad,
au nord du Mali, les Shebabs en Somalie, Boko
Haram au Nigéria et dans la région du lac Tchad,
constituent une source permanente d’instabilité. On
peut aussi penser par exemple au coup d’État qui a
conduit au renversement d’Amadou Toumani Touré,
et remis en cause le processus démocratique dans ce
pays.

SECTION II : LA RATIONALITÉ


ÉCONOMIQUE
DES CONFLITS EN AFRIQUE
À la fois comme enjeux, vecteurs et sources de
financement, les facteurs économiques jouent un rôle
déterminant dans les conflits724. Mais, les ressources
économiques ne jouent pas toujours un rôle
primordial dans le démarrage des conflits. Elles en
deviennent bien souvent des catalyseurs en
contribuant à la prolongation des conflictualités,
notamment, lorsqu’un État pourvu en ressources est
faible et incapable de protéger ses frontières d’autres
acteurs armés, étatiques ou non. Nombre de conflits
nés de griefs politiques au départ se sont mués en
conflits liés au contrôle des richesses et des
ressources : le diamant dans l’espace du « système de
conflit du fleuve Mano »725, le pétrole dans le système
724
Philippe HUGON, « L’économie des conflits en Afrique »,
Revue internationale et stratégique, n° 43, 2001, p. 152-169.
725
Michel LUNTUMBUE, « Comprendre la dynamique des

357
du golfe de Guinée, les narcodollars dans l’espace
sahélo-saharien, ou encore à une échelle plus locale,
l’accès aux ressources rares comme la terre ou l’eau
dans le pourtour sahélien726. D’une manière plus
fondamentale, les dynamiques d’instabilité
subsahariennes s’enracinent dans les caractéristiques
structurelles des systèmes économiques et leur mode
d’insertion dans l’économie-monde.
En effet, nombreuses sont les économies des
États d’Afrique au sud du Sahara qui restent des
économies à dominantes agricoles, ou des économies
de rente, peu diversifiées, peu créatrices d’emplois et
vulnérables aux chocs extérieurs. Par exemple,
l’essor de la piraterie dans le golfe de Guinée
s’explique par plusieurs facteurs, dont la
paupérisation de couches importantes de la
population et par la recherche de revenus de
substitution727. Les systèmes de conflits subsahariens
s’appuient sur un contexte de pauvreté et de
chômage, notamment des jeunes, qui favorise
l’enrôlement dans les milices, groupes armés et autres
réseaux criminels728. D’une manière globale, les États
d’Afrique subsaharienne se trouvent aussi insérées
dans une économie mondiale informelle, qui est à la
fois source d’accumulation pour certains acteurs et
facteur de conflits. Aussi, les systèmes de conflits de

conflits. Une lecture synthétique des facteurs de conflits en


Afrique de l’Ouest », Note d’Analyse du GRIP, 14 janvier 2014,
Bruxelles, p. 6.
726
Cf. Bruno HELLENDORFF, « Acquisitions de terres en
Afrique de l’Ouest : État des lieux, moteurs et enjeux pour la
sécurité », Note d’Analyse du GRIP, 30 décembre 2012,
Bruxelles.
727
Michel LUNTUMBUE, « Insécurité maritime dans le golfe de
Guinée : vers une stratégie régionale intégrée ? », Note d’Analyse
du GRIP, 31 décembre 2012, Bruxelles.
728
Philippe HUGON, « L’économie des conflits en Afrique »,
op.cit.

358
ces États se greffent sur des interdépendances
complexes entre la contrebande de produits illicites,
les organisations criminelles, les trafiquants d’armes,
en lien avec le monde international des affaires et
certains acteurs nationaux ou régionaux 729. En
favorisant une mécanique de circulation de biens
illicites, certaines crises internes ou locales peuvent
ainsi devenir les catalyseurs régionaux de conflits
impliquant une multitude d’acteurs étatiques et non
étatiques730.
Comme l’histoire l’a souvent montré, les conflits
sont la cause de souffrances humaines
incommensurables et engendrent des coûts élevés sur
les plans économique et social. Les pertes de vies
humaines, la destruction d’infrastructures, de capital
humain et d’institutions, l’instabilité politique et les
incertitudes accrues liées aux conflits peuvent
entraver l’investissement et la croissance
économique, non seulement au moment des
affrontements, mais aussi après, rendant difficile une
sortie du « piège du conflit »731. En outre, les conflits
pèsent généralement sur les dépenses publiques : les
recettes tendent à diminuer, du fait de la réduction de
l’assiette fiscale, et les recettes militaires, à
augmenter. Il s’ensuit un accroissement du déficit
budgétaire et de la dette publique ainsi qu’une
réorientation des ressources au détriment des
dépenses sociales et de développement, ce qui
729
Michel LUNTUMBUE, « Groupes armés, conflits et
gouvernance en Afrique de l’Ouest : Une grille de lecture », Note
d’Analyse du GRIP, 27 janvier 2012, Bruxelles. p. 7.
730
Ibid.
731
Le concept de « piège du conflit » renvoie au cercle vicieux
entre conflits et résultats économiques : les conflits freinent la
croissance et le développement, ce qui accroît la probabilité
qu’un conflit éclate (Patrick COLLIER et Nicholas SAMBANIS,
« Understanding Civil War : A New Agenda », Journal of
Conflict Resolution, Vol. 46, n° 1, 2002, pp. 3–12.

359
accentue encore la fragilisation des économies due
aux conflits. Par ailleurs, la diminution de
l’investissement, des échanges et de la productivité,
ainsi que de la destruction du capital physique et
humain (notamment sous l’effet des déplacements
forcés et de la dégradation de l’éducation et des soins
de santé) sont les principaux facteurs de
ralentissement de la croissance imputables aux
conflits.
De cette façon, nous nous intéresserons non
seulement au jeu des intérêts économiques et de
pouvoir comme la traduction de la faillite du contrat
social (I), mais également aux conséquences
économiques et sociales des conflits en Afrique
mettant en exergue le coût de la guerre (II).

I. Le jeu des intérêts économiques et de pouvoir :


la faillite du contrat social
Les conflits africains sont liés à la fois à des
histoires propres des États-nations, au contexte de sous-
développement, à une fragmentation de l’espace
national non contrôlé et à des modes spécifiques
d’insertion postcoloniale dans l’économie mondiale,
avec un poids particulier des mafias internationales, des
diasporas, des conglomérats et des puissances
régionales, et des jeux d’alliance ou d’allégeance. Dans
ce cadre, il faut distinguer l’économie de guerre (liens
entre ressources, armes et troupes), les économies dans
la guerre (contrebande, marché noir) et les activités
économiques légitimées par la guerre (pillage). À
travers cette structuration, la guerre se finance à travers
des motivations de captation de richesses. Ainsi, les
combattants peuvent être traités comme des
entrepreneurs de la guerre, c’est-à-dire comme des
agents rationnels faisant des calculs coûts/avantages.
Dès lors, comment appréhender le « straddling » entre

360
les pouvoirs économiques et politiques dans les conflits
en Afrique subsaharienne et le développement de
l’économie mafieuse qui en résulte ? (2)

1. Le « straddling » entre les pouvoirs économiques et


politiques
Il est souvent perçu un certain état de nature
hobbesien des conflits en Afrique mettant aux prises
une pluralité d’acteurs avec un renforcement des
référents identitaires, une concurrence des allégeances
possibles et le rôle des mercenaires. Ainsi, Thomas
Hobbes a établi l’autorité comme une nécessité pour le
maintien de la paix732. On suppose, dans un état de
nature, que les hommes égaux sont rationnels,
défendent leurs intérêts, préfèrent la paix à la guerre et
ont des droits absolus sur les biens et sur les personnes.
Dans cette situation, la solution choisie est forcément la
guerre. Certes, la paix est profitable à chacun, mais la
paix a surtout un coût élevé si l’autre décide de faire la
guerre. Or, rien ne garantira que l’autre respectera son
contrat de non-agression. Les États se trouvent là dans
une situation de type « dilemme du prisonnier ». Dans
ces conditions, « si une autorité intervient pour faire
respecter le contrat et sanctionner celui qui ne le
respecte pas, il y aura un coût réduisant les dividendes
de la paix, mais les solutions de paix seront préférables
aux solutions de guerre »733.
À cet égard, les conflits armés africains peuvent
être lus comme des défaillances de contrat. Plusieurs
explications peuvent être données de la rupture du
contrat social. L’État ou l’autorité n’est ni crédible ni
neutre vis-à-vis des acteurs ; il est souvent
732
Pierre DOCKES, Pouvoir et autorité en économie, Paris,
Economica, 1999.
733
Philippe HUGON, « L’économie des conflits en Afrique », op.
cit., p. 158.

361
opportuniste. Les équilibres de pouvoir nécessaires
pour que l’autorité soit bienveillante sont limités.
Dans un jeu à plus de deux, des stratégies de
« passager clandestin ». De ce point de vue, « il y a
retrait des médiateurs institutionnels extérieurs et
absence de médiateurs internes nécessaires pour
assurer la confiance. Les rétributions des joueurs
pouvant les inciter à respecter les contrats sans
nécessité d’autorités supérieures disparaissent
notamment du fait de la libéralisation et de la
privatisation. En l’absence d’éducation civique, les
joueurs ne peuvent intérioriser des normes morales
(« tu ne tueras point ») ou des conventions “common
knowledge” »734.
Dans les sociétés africaines, la construction
nationale est permanente, et la citoyenneté est
élémentaire. L’État africain postcolonial se
caractérise par sa faiblesse menant au quasi-
effondrement d’institutions telles l’armée ; lui-même
est faiblement connecté à une société civile instable.
La faillite du modèle étatique postcolonial, l’échec de
l’État importé, auxquels s’est ajoutée la
dévalorisation de l’État par l’idéologie libérale, ont
conduit à des fractures géopolitiques et territoriales,
et à une montée en puissance de factions s’appuyant
sur des identités claniques, communautaires,
ethniques ou religieuses735.
Les risques de guerre ne sont pas amoindris par
des réformes libérales partielles dans un contexte
transition d’États totalitaires ou autoritaires vers la
démocratie et vers l’économie de marché. En
principe, les risques de guerre devraient être atténués
par la libéralisation du marché des idées. En réalité,
les pays en transition vers la liberté de l’information
734
Ibid.
735
Ibidem.

362
n’ont pas de mécanismes institutionnels garants de la
démocratie736. La liberté de la presse relaie souvent les
propagandes « ethnicides ». Les télévisions montrent
un monde de violence et créent un écart entre le vécu
et les aspirations. La circulation rapide des idées se
fait à l’intérieur de réseaux sociaux avec des appuis
extérieurs.
À cet effet, « il importe de prendre en compte les
enchevêtrements entre les intérêts économiques des
firmes et des réseaux contrôlant les rentes, de manière
officielle ou non, et les forces politiques et militaires,
officielles ou parallèles »737. De cette façon, les liens
entre la prédation des ressources minières, le
blanchiment d’argent et le trafic d’armes conduisent à
un « straddling » entre les pouvoirs économiques et les
pouvoirs politiques, et à une insertion de l’Afrique dans
une économie mondiale plus ou moins criminelle. Si
l’Afrique s’est fortement marginalisée au niveau
mondial, elle s’est en revanche intégrée dans une
économie « informelle », et ceci d’autant plus que les
États étaient en déshérence et que les enjeux miniers et
pétroliers étaient croissants. La part de l’Afrique dans
les exploitations minières mondiales est passée de 6 % à
13,5 % entre 1980 et 1995738.
Par ailleurs, on peut représenter les jeux
stratégiques des entreprises multinationales, pétrolières
ou minières, qui cherchent à maintenir des positions de
rente face aux concurrents en versant, en contrepartie
de leurs positions, des investissements aux pouvoirs en
place ou aux rebelles susceptibles de prendre le
736
Jack SNYDER et Karen BALLANTYNE, « Nationalism in the
Market Place of Ideas », International Security, Vol. 21, n° 2,
1996, pp. 5-40.
737
Philippe HUGON, « L’économie des conflits en Afrique », op.
cit., p. 158.
738
Claude SERFATI, La mondialisation armée. Le déséquilibre
de la terreur, Paris, Textuel, 2001.

363
pouvoir. La firme cherche à diversifier les risques, et
affecte une certaine probabilité subjective au maintien
en place du gouvernement et des rebelles. Cette
présomption dépend en partie du financement de la
firme au gouvernement et aux rebelles. Ainsi, « on
suppose que le gain sera maximum si le gouvernement
reste en place et si la firme ne finance que le
gouvernement. Il sera, en revanche, nul si la firme n’a
pas financé les rebelles et que ceux-ci renversent le
gouvernement. La solution de gains intermédiaires
consiste, pour la firme, à financer à la fois le
gouvernement et les rebelles, maintenant ainsi sa
position dans les deux cas »739. La firme peut
maximiser ses gains en finançant les rebelles.
Cependant, tout dépend de la valeur retenue pour les
probabilités subjectives et pour la rente dont elle
dispose dans les diverses configurations. Ce modèle
peut s’appliquer au soutien par Elf de Dos Santos et de
Savimbi en Angola ou de Sassou Nguesso et de
Lissouba au Congo. L’accès aux richesses minières ou
pétrolières conduit à des « straddling » entre les
positions de pouvoir et les positions d’accumulation740.
En outre, les richesses naturelles essentiellement
du sous-sol permettent le financement des conflits
tout en étant l’un des principaux enjeux741.
739
Philippe HUGON, « L’économie des conflits en Afrique », op.
cit., p. 158.
740
Pour la criminalisation de l’État en Afrique, se reporter à Jean-
François BAYART, Béatrice HIBOU et Stephen ELLIS, La
criminalisation des États en Afrique, Paris, Éditions Complexe,
1997 ; Pour le cas du diamant, lire François MISSER et Olivier
VALLE, Gemnocratie, l’économie politique du diamant en
Afrique, Bruxelles, Desclée de Brouwer, 1997.
741
Ian BANNON et Paul COLLIER, Natural Resources and
Violent Conflict : Options and Actions, Banque mondiale,
Washington DC, 2003, disponible in
http://documents.worldbank.org/curated/en/
578321468762592831/pdf/

364
Déterminés à l’origine par la captation de ressources,
les conflits s’auto-entretiennent. Les rentes minières
permettent l’achat d’armes et le recrutement de
rebelles. Ainsi, « on peut ainsi différencier les guerres
liées au pétrole (Angola, Casamance, Congo,
République centrafricaine, Ogaden, Soudan, delta du
Niger au Nigeria, Tchad), au diamant (Angola,
Guinée, Liberia, Nord Côte-d’Ivoire, République
démocratique du Congo, Sierra Leone), aux métaux
précieux (or, coltan) au Kivu en République
démocratique du Congo, à l’uranium (Touareg au
contrôle de l’eau, riverains du Niger et fleuve
Sénégal), aux narcodollars, au contrôle des ressources
agricoles (coton au nord de la Côte-d’Ivoire, café et
cacao au sud), des ressources forestières ou des terres
(Burundi, Côte-d’Ivoire, Darfour, Rwanda), aux
espaces surdensifiés en voie de stress hydrique et de
désertification (Sahel, Corne de l’Afrique, Afrique
australe), au contrôle des routes maritimes et à la
piraterie (mer Rouge, golfe d’Aden, golfe de
Guinée) »742. De plus, l’économie de pillage est
assurée par un consortium d’hommes d’affaires, de
mercenaires, de vendeurs d’armes de compagnies de
sécurité face à la défaillance des États. On observe
également autour de la drogue tout un circuit mafieux
source de violence.
Cela étant, les avantages économiques attendus
de la guerre civile sont, pour les rebelles, le pillage, la
protection moyennant rémunération, les profits liés au
commerce des armes, des aliments ou des
narcodollars, l’exploitation de la main-d’œuvre, le
contrôle des terres, le vol de l’aide étrangère ou les
avantages des combattants. Dès lors, « ces conflits de

282450Natural0resources0violent0conflict.pdf.
742
Philippe Hugon, « Le rôle des ressources naturelles dans les
conflits armés africains », Hérodote, n° 134, 2009, p. 72.

365
captations de rentes ne sont pas réductibles aux seuls
rebelles prédateurs ; ils peuvent tenir aux gaspillages
de la part de gouvernements non légitimes ou
d’oligopoles privés internationaux. Les guérillas, les
rebelles ou les soldats perdus vivent de soutiens
extérieurs, de prédation sur les productions ou sur les
aides extérieures, de captation des ressources
naturelles »743. Ainsi, il importe de prendre en compte
les enchevêtrements entre les intérêts économiques
des acteurs privés, des firmes et des réseaux et les
intérêts des oligopoles de la violence bénéficiant du
marché de la violence, contrôlant les rentes de
manière officielle, ou non, et les forces politiques et
militaires officielles ou parallèles.

2. Le développement d’une économie mafieuse


internationale
Au lendemain de la guerre froide, les
organisations criminelles et autres trafiquants d’armes
ont eu champ libre dans la structuration des conflits
en Afrique. En conséquence, Les États africains se
sont intégrées dans une économie mondiale
informelle voire un « monde sans loi »744. En effet,
« l’Afrique s’est insérée dans cette économie
parallèle internationale, à la fois source
d’accumulation et facteur de conflits et de
décomposition/recomposition d’États »745. À cet effet,
les conflits résultent d’une interdépendance entre le
contrôle des produits illicites, les achats d’armes, la
mobilisation des milices et des liens avec le monde
international des affaires. De plus, l’Afrique de
l’Ouest côtière et une partie de l’Afrique australe sont
743
Ibid., p. 73.
744
Jean De Maillard, Un monde sans loi, Paris, Stock, 1998.
745
Philippe HUGON, « L’économie des conflits en Afrique », op.
cit., p. 161.

366
devenues des zones de production de drogue, et
plusieurs États mafieux sont entrés dans le trafic des
narcodollars.
Ainsi, en 2010, « le produit criminel brut mondial
est estimé à 1 200 milliards de dollars correspondant à
15 % du commerce mondial. Le FMI évalue les flux
financiers criminels entre 700 et 1 750 milliards de
dollars, soit entre 2 et 5 % du PIB mondial »746. Quatre
cinquièmes de ces flux sont réinvestis dans l’économie
légale. Le financement est assuré « par le haut »
(banques, États, ingénierie financière sophistiquée où
interviennent des offshores et des paradis fiscaux). Il
l’est également « par le bas » avec le rôle des
diasporas, des impôts religieux, des ONG, des activités
informelles, allant de la petite délinquance jusqu’à la
grande criminalité.
En 2007, on estime le commerce de la drogue à
8 % du commerce mondial et son chiffre d’affaires à
400 milliards de dollars747. Un chiffre qui a
certainement augmenté au regard de la prolifération
des nouvelles menaces. À cet égard, « le chiffre
d’affaires de la contrefaçon est estimée entre 150 et
350 milliards de dollars. Cette économie parallèle
internationale est à la fois une source de rentes et un
facteur de conflits et de décomposition/recomposition
des États »748. L’Afrique est également un lieu de
recyclage des capitaux permettant le blanchiment de
l’argent, le financement des partis politiques
étrangers ou les surfacturations, sources de rentes
privées et publiques. De ce fait, « elle sert de
déversoir de médicaments frelatés ou de décharge de
produits toxiques par le biais de circuits reliant les
746
Philippe Hugon, « Le rôle des ressources naturelles dans les
conflits armés africains », op. cit., p. 73.
747
ONU, Rapport mondial sur les drogues, 2007.
748
Philippe Hugon, « Le rôle des ressources naturelles dans les
conflits armés africains », op. cit., p. 74.

367
ports francs (Maurice, Zanzibar) et les circuits
mafieux localisés à Dubaï, dans les paradis fiscaux ou
en Suisse »749.
Par ailleurs, on note l’éruption d’un nouveau
commerce triangulaire illégal qui intègre l’Afrique
exportatrice de matières premières vers l’Europe et
l’Asie, les pays de l’Est et de l’Asie exportateurs
d’armes et de mercenaires et les États de l’Ouest, de
l’Est et de l’Asie par des relations financières
parallèles. De ce point de vue, « l’accroissement du
nombre d’États en collapsus (collapsed states) ou
défaillants (failed states), d’États voyous ou parias
(rogue states) résulte largement de l’insertion dans
une économie mondiale criminelle. Celle-ci se traduit
par la grande corruption, les trafics d’armes, le
blanchiment de l’argent dans les offshore ou les
réseaux mondialisés de la drogue, la traite des
organes, le commerce sexuel, le trafic de diamants et
le pillage des mines »750.
Bref, le pétrole ou le commerce des stupéfiants
sont devenus des sources de richesse déterminantes
(Angola, Côte-d’Ivoire, pays du golfe de Guinée,
République démocratique du Congo, Sierra Leone,
Liberia, Guinée, Burkina Faso). L’accès aux richesses
minières ou pétrolières conduit à des
entrecroisements entre le pouvoir politique, les
milieux d’affaires et les oligopoles. La contrebande,
la contrefaçon (Maurice, Nigeria), les pavillons de
complaisance (Liberia), le trafic de bois (République
centrafricaine, République démocratique du Congo)
procurent des ressources importantes. Les cultures de
drogues sont présentes au Lesotho, en Côte-d’Ivoire
ou au Ghana, le Sénégal, le Cap-Vert et le
Mozambique participent du trafic de transit. La
749
Ibid.
750
Ibidem.

368
drogue alimente la criminalité locale et la corruption
du politique (Nigeria, RDC, Afrique du Sud) ou les
conflits (Liberia, Sierra Leone, Casamance, Guinée-
Bissau, Congo).

II. Les conséquences socio-économiques : le coût de la


guerre
La littérature abonde sur l’impact
socioéconomique des conflits. Certains effets majeurs
ont été examinés dont le fait que la majorité des
victimes sont des civils non combattants,
principalement des femmes, des enfants et des
personnes âgées. Outre ceux qui décèdent des suites
de leurs blessures, des milliers d’autres personnes
connaissent la mort par le biais de la maladie, la faim,
la malnutrition et les maladies transmissibles. Les
migrations forcées, le phénomène des réfugiés et les
déplacements à l’intérieur du pays font partie des
tragédies des conflits que rencontrent les populations
dans les régions conflictuelles. Le déclin
économique, la baisse des exportations, une inflation
élevée, la flambée des prix des produits alimentaires,
la détérioration du niveau de vie et le recul de la
sécurité économique et humaine provoquent de
grands bouleversements socioéconomiques. D’autres
conséquences suivent la destruction des
infrastructures physiques et sociales telles que les
écoles, les services de santé, les usines, les routes et
les ponts.
De plus, les dégâts causés par les conflits
débordent dans les pays voisins. Comme l’a signalé
Collier, dans une guerre civile typique, ce sont les
pays voisins et non le pays lui-même qui supportent
plus de la moitié du coût économique total751. De ce
751
Paul COLLIER, « On the economic consequences of civil
war. », Oxford economic papers, Vol. 51, n°1, 1999, pp. 168-183.

369
fait, les coûts des guerres civiles sont pris en grande
partie en charge non seulement par ceux qui en sont
les protagonistes, mais aussi par des non-combattants
dans le pays, par les habitants des États voisins.
Pour preuve, les conflits et les guerres civiles
dans la Corne de l’Afrique présentent tous ces traits
négatifs et ont dans la plupart des cas une dimension
régionale. À titre d’exemple, les conséquences du
conflit somalien s’étendent au Kenya, en Éthiopie et
même plus loin encore en Ouganda et en Tanzanie.
De même, les effets des conflits au Soudan et au
Soudan du Sud sont ressentis par les communautés
frontalières des deux pays et au-delà en Ouganda, en
Éthiopie, au Kenya, au Tchad et en République
centrafricaine. Dans la plupart de ces pays, les
conflits ont soit empêché l’achèvement d’importants
projets de développement national, soit freiné la
production dans des projets fonctionnant déjà, sans
compter la nécessité de recourir à la médiation
internationale.
Cela dit, les connaissances (exactes ou pas) sur
les conséquences des conflits sont maigres, en
particulier en Afrique subsaharienne où les données
statistiques sont médiocres et où il n’existe souvent
pas d’archives et dont les archives éventuelles sont
inadéquates ou incomplètes. Cependant, il est
possible de reconstituer des estimations brutes qui
peuvent servir à rappeler les tristes conséquences des
conflits et contribuer à mettre en balance les coûts et
les avantages réels ou perçus.
Il est donc clair que les conflits violents font des
victimes, mais il est souvent difficile de savoir
exactement combien. Leurs conséquences dans les
pays touchés sont nombreuses et diverses. Ainsi, « les
conflits violents tuent de plusieurs manières : les
combats font des victimes parmi les civils et les

370
militaires, les maladies sont plus fréquentes et la
criminalité violente s’accroît. Les guerres entraînent
des migrations massives. Les pays qui sortent d’un
conflit sont confrontés à un risque aggravé de
résurgence des hostilités »752.
Comme nous l’avons dit, les conflits conduisent
à une montée du chômage et à une perte de revenu,
car ils perturbent l’activité économique, détruisent
l’infrastructure, génèrent de l’incertitude, font
augmenter les coûts de transaction et favorisent la
fuite des capitaux. En effet, « Les dépenses sociales
sont souvent comprimées afin de permettre une
hausse des dépenses militaires. L’économie subit des
changements structurels. Il importe de traiter les
conséquences d’un conflit violent, non seulement
pour des raisons humanitaires, mais aussi pour
réduire la probabilité de récurrence du conflit »753. De
cette façon, cette section examine les conséquences
sociales et économiques des conflits en Afrique
subsaharienne à travers d’un côté la baisse croissance
des États (1), le taux de mortalité et les déplacements
des personnes (2).

1. La baisse de la croissance
Une simple comparaison des taux de croissance
des pays en situation de conflit et des autres montre
que la croissance du PIB réel est généralement en cas
de conflit, l’écart le plus important se produisant en
cas de conflit d’intensité élevée. Si la croissance tend à
être plus lente en période de conflit, cela vaudrait dire
que les pays exportateurs de produits de base (en

752
Cf. « Les conséquences des conflits », Rapport sur le
développement en Afrique 2008/2009, p. 13, disponible
https://www.afdb.org/fileadmin/uploads/afdb/Documents/Publica
tions/rap-2008-2009_p012-023.pdf.
753
Ibid.

371
particulier, les exportateurs de produits de base autres
que le pétrole) sont ceux qui pâtissent des conflits, en
partie parce que nombre d’entre eux ont connu des
conflits d’intensité élevée (République centrafricaine,
Libéria, République démocratique du Congo et Sierra
Leone). Lorsqu’il est possible de déterminer
précisément le début d’un conflit d’intensité élevée, il
apparaît que l’effet du conflit sur la croissance est, en
général, plus important au cours de la première année,
après quoi, il diminue progressivement754. Toutefois,
comme les taux de croissance restent négatifs en
moyenne sur une longue période, l’effet cumulé sur la
production augmente avec le temps.
Ainsi, ces idées peuvent être corroborées par une
analyse empirique plus rigoureuse prenant en compte
d’autres déterminants classiques de la croissance, qui
montre que les conflits ont un important effet négatif
sur la croissance économique en Afrique
subsaharienne. Une augmentation de l’intensité du
conflit, peut-être en général, liée à une baisse de la
croissance du PIB réel par habitant. Ces conclusions
restent les mêmes dans l’ensemble lorsque l’on
remédie aux problèmes de causalité inverse entre
croissance et conflit à l’aide de différentes
approches755.
Les conflits d’intensité élevée (à savoir ceux qui
causent au moins 5 décès par millier de personnes)
expliquent l’essentiel de la variable conflit. Cette
conclusion est similaire à celle obtenu par Rother et
les autres, qui montrent également que les conflits
754
Cas des conflits qui ont eu lieu dans les pays suivants : Libéria,
1990 ; Sierra Leone, 1991 ; Burundi, 1993 ; République
démocratique du Congo, 1996 ; République du Congo, 1997 ;
Éthiopie, 1998 ; Érythrée, 1998 ; Guinée Bissau, 1998 ; Côte
d’Ivoire, 2002 ; Mali, 2012 ; République centrafricaine, 2013.
755
Cf. « Les conséquences économiques des conflits », disponible
in file : ///C : /Users/user/AppData/Local/Temp/ch2.pdf, p. 31.

372
d’intensité élevée en Afrique du Nord ont des effets
plus importants que les autres756. En outre, des
données montrent que les actes de violence dans les
centres économiques ou urbains ont un effet plus
marqué sur la croissance que ceux se produisant dans
les zones périphériques. S’agissant du type de
conflits, aucun élément probant n’étaye l’existence
d’un effet différentiel, et tant les conflits impliquant
un État que les conflits non étatiques ont un effet
statistiquement important sur la croissance 757, et de
pourcentage plus élevé dans les pays dotés
d’institutions moins solides758.
De même, les pays présentant de moins bons
paramètres fondamentaux budgétaires, c’est-à-dire un
déficit budgétaire ou un niveau d’endettement plus
élevé, enregistrent une plus forte baisse de leur
croissance, probablement parce qu’ils disposent
d’une plus faible marge de manœuvre pour réparer
les dégâts causés par les conflits. Succinctement, « la
croissance diminue de 2,4 points de pourcentage
lorsqu’un conflit touche un pays affichant un déficit
budgétaire négligeable et de 3,4 points de
pourcentage si le déficit représente 5 % du PIB »759.

756
Bjoern ROTHER, Gaelle PIERRE, Davide LOMBARDO, Risto
HERRALA, Priscilla TOFFANO, Erik ROOS, Allan G AUCLAIR
et Karina MANASSEH, « The Economic Impact of Conflicts and
the Refugee Crisis in the Middle East and North Africa »,
Washington, DC, IMF Staff Discussion, Note 16/8, International
Monetary Fund, Septembre 2016.
757
Ibid., p. 32.
758
L’effet des conflits peut dépendre de la solidité des
institutions, mais les conflits peuvent également miner la qualité
des institutions, ce qui aggrave alors leurs conséquences.
759
« Les conséquences économiques des conflits », op. cit.
S’agissant d’autres facteurs, les résultats montrent également
l’existence d’un lien statistiquement significatif entre croissance,
d’une part, et investissement et ouverture commerciale, d’autre
part.

373
De plus, les effets des conflits sont dynamiques et
subsistent au moins cinq ans après le début du conflit.
En effet, « d’après des estimations, le déclenchement
d’un conflit d’intensité élevée (conflit causant 29
décès par million ou appartenant au 75 e centile) ferait
baisser la production par habitant de 5 % la première
année et de 7,5 % au bout de cinq ans, effet qui
resterait statistiquement significatif »760.
En réalité, les conflits peuvent avoir des
conséquences importantes sur les finances publiques
d’un pays, tant sur ses recettes que sur ses dépenses.
Cette situation limite la capacité des pouvoirs publics à
répondre aux conflits de façon efficace, et alourdit
leurs coûts économiques et sociaux. Les recettes
peuvent diminuer sous l’effet des perturbations de
l’activité économique, de la destruction d’une partie de
l’assiette fiscale et de l’affaiblissement de l’efficience
de l’administration fiscale engendrés par les conflits.
Ainsi, « ses données montrent que ces facteurs
pourraient jouer un rôle important en Afrique
subsaharienne, où une augmentation de l’intensité du
conflit, de l’absence de conflit à une situation de
conflit appartenant au dernier quartile, est liée à une
diminution des recettes totales d’environ 12 % en
termes réels ou d’environ 2 % du PIB »761.
De ce point de vue, « du côté des dépenses, une
augmentation de l’intensité du conflit est, en
moyenne, liée à une hausse de 9 % des dépenses
budgétaires militaires réelles (soit environ 0,6 % du
PIB) et à une baisse des dépenses d’investissement
réelles de quelque 9 % »762. C’est pourquoi les
dépenses publiques totales n’augmentent pas
sensiblement durant les conflits. Leur évolution

760
« Les conséquences économiques des conflits », op. cit.
761
Ibid., p. 36.
762
Ibid.

374
semble montrer que les inquiétudes relatives à la
sécurité conduisent les pouvoirs publics à diminuer
les dépenses de capital propices à la croissance au
profit des dépenses militaires. Dans ces conditions,
« l’augmentation de l’intensité du conflit a pour effet
net un creusement du déficit budgétaire d’environ
1,7 % du PIB »763.
Par ailleurs, si l’on examine l’impact des conflits
sur la dette publique, la détérioration du solde
budgétaire, conjuguée à une baisse de la croissance,
se traduit par une élévation du niveau d’endettement.
Le ratio dette publique/PIB augmente durant les
conflits d’intensité élevée, une perception semblable
à la baisse moyenne de la dette observée durant la
période couverte par l’initiative en faveur des pays
pauvres très endettés et par l’initiative d’allégement
de la dette multilatérale764. S’agissant des épisodes de
conflits intenses en Afrique subsaharienne, « le ratio
dette publique/PIB augmente de 16 points de
pourcentage au cours des deux premières années, cet
effet atteignant près de 20 % du PIB au bout de cinq
ans »765.
En effet, comme pour la croissance, ce sont
principalement les conflits d’intensité élevée qui ont
des conséquences sur les finances publiques. Tant les
recettes réelles que les dépenses d’investissement
réelles baissent fortement lorsque les conflits sont les
plus intenses, tandis que les dépenses militaires
augmentent. À contrario, l’effet des conflits sur la
croissance semble dépendre de certaines
caractéristiques macroéconomiques, en particulier de
la qualité des institutions et des paramètres
fondamentaux budgétaires, au moment du

763
Ibidem.
764
Idem.
765
Ibid.

375
déclenchement du conflit. À cet effet, « plus
précisément, une augmentation de l’intensité du
conflit s’accompagne d’une baisse de la croissance
d’environ 1,5 point de pourcentage dans un pays
ayant des institutions relativement solides »766.
Au regard des conséquences négatives du conflit
sur la croissance économique et le bien-être social, il
est cependant difficile de déterminer le niveau de
production si le conflit n’avait pas eu lieu, mais il peut
s’avérer utile de comparer le PIB réel par habitant
projeté avant le déclenchement du conflit et sa valeur
effective après le début du conflit. De la sorte, « une
telle comparaison dans le cas de dix grands conflits,
menée à partir des prévisions issues de la base de
données des Perspectives de l’économie mondiale du
FMI, révèle qu’au moment du déclenchement du
conflit (t = 1), le taux de croissance médian effectif
chute à –6 % par rapport au taux de croissance de 1 %
prévu, ce qui revient à une baisse du PIB réel par
habitant d’environ 7 % »767.
En outre, « cinq ans après le début du conflit, le
PIB par habitant est en moyenne 8 % inférieur à son
niveau d’avant le conflit, alors qu’il aurait dû
augmenter de 7 % d’après les prévisions, ce qui
permet de situer la baisse du PIB par habitant due au
conflit à environ 15 % »768. Ces conclusions sont
similaires à celles obtenues en appliquant la méthode
du contrôle synthétique, qui consiste à créer, pour
chaque épisode de conflit, un groupe de contrôle
synthétique (moyenne pondérée des pays ne
766
Ibidem.
767
De façon à tenir compte de tout biais d’optimisme, les
prévisions des Perspectives de l’économie mondiale (PEM) pour
chaque pays sont corrigées du biais moyen des prévisions de
croissance. Cf. « Les conséquences économiques des conflits »,
op. cit., p. 33.
768
Ibid., p. 34.

376
connaissant pas de conflit) ayant des caractéristiques
similaires à celles du pays en situation de conflit
avant le début des actes de violence769.

2. Les conséquences sociales


La littérature différencie les « morts des
combats » – les militaires et les civils qui périssent
dans des opérations militaires – et le « nombre total de
morts causés par la guerre » qui englobe les morts des
combats et les décès dus à la recrudescence de la
violence unilatérale, des maladies, de la famine, de la
malnutrition et de la criminalité. Entre 1960 et 2005,
les conflits armés interétatiques ont fait environ
6,6 millions de morts dans le monde. Sur cette période,
« l’Afrique a enregistré environ 1,6 million de morts
des combats, soit près de 24 pour cent du total
mondial, et l’Asie environ 3,6 millions, soit 54 pour
cent du total »770. Au-delà de ces chiffres globaux, la
question se pose de savoir qui sont les personnes tuées
lors d’opérations militaires. Murray et les autres
examinent la distribution par âge et par sexe des morts
des combats. D’après leurs données, les hommes de
15-29 ans sont les plus susceptibles d’être tués, mais
les femmes représentent près d’un quart des
victimes771. Leurs estimations indiquent également que
les combats tuent quasiment autant de civils que de
militaires.
Le pourcentage de morts des combats dans le total
est généralement faible : de 3 à 30 pour cent environ772.
Même si cette fourchette est large, ces chiffres
montrent que le nombre de tués lors d’opérations

769
Ibid.
770
« Les conséquences économiques des conflits », op. cit., p. 13.
771
Murray et al., cité par « Les conséquences économiques des
conflits », op. cit.
772
Ibid.

377
militaires représente en général une petite proportion
du total des morts causés par la guerre. Il est difficile
d’estimer le nombre total de morts causés par la
guerre. Un certain nombre d’études épidémiologiques
ont tenté de le faire à l’aide d’enquêtes auprès des
ménages. Il est difficile, voire impossible, de réaliser
ce type d’enquête dans les zones de conflit. En général,
ces micro-enquêtes sont menées lorsqu’un conflit est
sur le point de se terminer ou qu’il est terminé. Elles
s’appuient sur des données faisant appel au souvenir.
C’est le cas des travaux de Coghlan et al… qui
cherchent à estimer le nombre de décès dus à la guerre
en République démocratique du Congo sur 1998-2004,
le nombre total de morts estimé avoisine
3,9 millions773, ce qui en fait le conflit plus meurtrier
depuis la fin de la deuxième guerre mondiale 774. Selon
les estimations de 2008, ce chiffre serait plutôt de
l’ordre de 5,4 millions (morts des combats non
compris)775.

Tableau 6 : Morts des combats et nombre total de


morts causés par la guerre dans plusieurs pays
d’Afrique subsaharienne entre 1990-2008
Pays Période Morts des Total
combats
Burundi 1990- 6 750 200 000
2002
Congo 1993- 9 791 -
Brazza 2002
RDC 1998- - 5,4 millions
2008
Guinée- 1998-99 - 1 850
Bissau
773
Ibidem.
774
Idem.
775
Ibid., p 15.

378
Libéria 1989-96 23 500 150 000 –
200 000
Sierra 1991- 12 997 -
Leone 2000
Source : « Les conséquences des conflits », op. cit. p. 15.

Par ailleurs, la plupart des victimes de la guerre


décèdent des suites d’une maladie contagieuse et non
à cause des violences. Pendant les guerres civiles, les
programmes de santé publique destinés à prévenir et
à lutter contre les maladies ne peuvent pas être mis en
œuvre. Les conséquences ne se limitent pas aux
habitants du pays en guerre, elles s’étendent par-delà
les frontières. Ainsi, l’Ouganda n’a pas signalé de cas
de poliomyélite depuis 1996, mais doit poursuivre
son programme de vaccination de masse dans ses
régions frontalières avec le Soudan et la République
démocratique du Congo776.

Alors que le nombre total de conflits dans la


première décennie 2000 a diminué dans l’ensemble
des régions et des groupes de revenus par rapport aux
années 90, la région du Sahel a connu un important
regain de violence après l’an 2000, en particulier
depuis 2010777. Ainsi, dans les pays de la région du
Sahel, le bassin du lac Tchad (frontière entre le
Nigéria, le Cameroun, le Tchad et le Niger) a
enregistré une augmentation particulièrement
importante des actes de violence entre 2010 et 2017,
le nombre de morts dans la région représentant
Ibid., p. 17.
776
777
Dans le cadre de ce travail, la région du Sahel comprend le
Burkina Faso, le Cameroun, le Mali, le Niger, le Nigéria et le
Tchad, et le bassin du lac Tchad recouvre les États de Yobe, de
Borno et d’Adamawa au Nigéria, le département de Diffa au
Niger, la province du Lac au Tchad et la région de l’Extrême-
Nord au Cameroun.

379
respectivement 77 % et environ 40 % de l’ensemble
des décès liés à des conflits dans la région du Sahel et
en Afrique subsaharienne778.
En outre, contrairement au nombre de morts, il
est facile d’obtenir des données comparables au plan
international pour les personnes déplacées. Le Haut-
Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés
(HCR) collecte et publie des données mondiales. En
2006 par exemple, il a été répertorié 33 millions de
personnes déplacées à travers le monde. Ces
personnes sont définies selon trois (03) grandes
catégories : les réfugiés, les personnes déplacées à
l’intérieur de leur pays (PDI) et d’autres (demandeurs
d’asile, réfugiés de retour/PDI et apatrides). Ainsi, la
plupart des réfugiés africains viennent du Soudan, de
la Somalie, de la République démocratique du Congo,
du Burundi, de l’Angola, de l’Érythrée, du Liberia,
du Rwanda, du Sahara occidental et de l’Éthiopie.

Tableau 7 : Nombre de réfugiés, demandeurs


d’asile
et déplacés internes dans les sous-régions
d’Afrique subsaharienne en 2017
Sous-région Réfugiés Demandeur Déplacés
s internes
d’asile protégés
et
assistés
par le
HCR
Afrique 1 355 163 26 082 3 000 098
centrale
etdes
Grands
Lacs
Afrique de 3 290 441 128 224 5 766 377

778
Cf. « Les conséquences économiques des conflits », op. cit., p.
28.

380
l’Est et
Cornede
l’Afrique
Afrique de 300 616 7 004 2 377 353
l’Ouest
Afrique 162 090 288 891 15 128
australe
Source : Le HCR en 2018-Chiffres clés, Appel global du HCR
2018-2019, p. 35, disponible in
http://reporting.unhcr.org/sites/default/files/ga2018/pdf/Chap
ter_Overview_FR.pdf.

De plus, les conflits violents ont des


conséquences diverses sur les enfants selon que ce
sont des garçons ou des filles et les femmes. Les
enfants soldats font souvent partie de la stratégie de
guerre. Ils sont recrutés par la force ou bien ils
s’enrôlent parce qu’ils recherchent une protection ou
par désir de vengeance. Au Mozambique, le
mouvement rebelle de la Renamo (Résistance
nationale du Mozambique) a fait appel à au moins 10
000 enfants soldats, certains âgés de six ou sept ans à
peine779. Cependant, les garçons et les filles
rencontrent différents problèmes de réintégration. Les
filles ont souvent des enfants, d’où des difficultés à
rattraper leur retard de scolarité ou de formation
professionnelle. On observe également une forte
prévalence de maladies sexuellement transmissibles
qui nécessitent un traitement. En outre, en raison des
expériences sexuelles qu’elles ont connues pendant la
guerre, les filles sont souvent considérées comme
« amoindries », ce qui les expose à d’autres abus, car
il est alors plus difficile pour elles de trouver un mari

779
Ibid., pp. 18-19. Lire utilement, Joseph Vincent NTUDA
EBODE, « Les enfants soldats dans les crises africaines : entre
logique militaire et stratégies politiques », Guerres Mondiales et
Conflits Contemporains, n°222, 2006, pp 111-119.

381
et de mener une vie de famille normale780.

En plus, les décès des hommes pendant les


conflits augmentent la proportion de femmes à la tête
d’un ménage. Ainsi, dans les sociétés post-conflit, les
femmes semblent assumer une charge bien plus lourde
pour s’occuper du ménage. En effet, elles sont
confrontées à des difficultés plus grandes que les
hommes pour s’intégrer sur le marché du travail même
dans des circonstances normales. En période post-
conflit, la réduction des opportunités de travail
entraîne une concurrence accrue pour les emplois et
rend l’accès des femmes au marché du travail encore
plus difficile781. Aussi, il est clair que les conflits
entraînent une destruction du capital humain en raison
de leurs effets sur l’éducation et la santé. En moyenne,
les taux de scolarisation des filles et des garçons dans
l’enseignement primaire sont pourcentage inférieur en
cas de conflit d’intensité élevée qu’en l’absence de
conflit782. S’agissant de la santé, l’espérance de vie est
nettement plus faible durant les conflits, en partie du
fait des décès directement causés par les conflits.
D’autres indicateurs de santé publique, comme la
mortalité maternelle, se dégradent également. En outre,
les femmes et les enfants souffrent souvent davantage
des conflits que le reste de la population : les conflits
accroissent les taux de malnutrition des enfants ainsi
que les actes de violence fondés sur le genre, qui
rendent difficile l’accès des femmes à l’éducation et à
des opportunités professionnelles. Ces conséquences
sociales, souvent profondes et durables, permettent
d’expliquer la persistance des effets des conflits sur la
croissance.
780
« Les conséquences économiques des conflits », op. cit., pp.
19-20.
781
Ibid.
782
Ibidem.

382
Par ailleurs, une conséquence importante des
conflits en Afrique subsaharienne, comme dans les
autres régions du monde, est le déplacement de
populations. Ce phénomène entraîne des coûts
considérables sur les plans économique, budgétaire et
social pour la région touchée par le conflit, mais aussi
pour les régions voisines qui accueillent les
populations déplacées783. Au fil du temps, le nombre de
personnes relevant de la compétence du Haut-
Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés
(HCR-ONU) issues de pays d’Afrique subsaharienne
(dont les personnes déplacées à l’intérieur de leur
propre pays, les demandeurs d’asile et les réfugiés) a
plus que triplé, passant de moins de 5 millions dans les
années 80 à 18 millions en 2017, sachant que le
nombre de personnes déplacées augmente avec
l’intensité du conflit784. Il est à noter que, depuis 2017,
la majorité des près de 6 millions de réfugiés et du
million de demandeurs d’asile originaires d’Afrique
subsaharienne se sont réinstallés dans la région, le
nombre de personnes cherchant refuge dans les pays
avancés étant relativement faible785. Les réfugiés
représentaient plus de 3 % de la population en
Ouganda et au Tchad en 2017 (seuls le Liban, la
Jordanie et la Turquie ont un ratio plus élevé, du fait
de la crise syrienne)786.
De même, le nombre de personnes déplacées a
considérablement augmenté en Afrique subsaharienne.
En effet, il a été multiplié par cinq, passant de moins de

783
« Les conséquences économiques des conflits », op. cit., p. p.
29.
784
Ibid., p. 30.
785
Ibid.
786
Voir Banque mondiale pour une étude approfondie de la
gestion des réfugiés en Ouganda 2016, ainsi que du rôle joué par
les lois progressistes en faveur des réfugiés en matière de liberté
de circulation et d’accès au marché du travail.

383
2 millions à plus de 10 millions au cours des deux
dernières décennies787. De cette façon, « les pays de la
région qui comptent le plus de personnes déplacées
sont la République démocratique du Congo
(4,4 millions de personnes), le Soudan du Sud
(1,9 million) et le Nigéria (1,7 million), dont la
situation est dans une certaine mesure comparable à la
celle de la Syrie (6,2 millions) et de l’Iraq
(2,6 millions) en 2017 »788.

787
« Les conséquences économiques des conflits », op. cit.
788
Ibid.

384
385
Conclusion du chapitre

Au terme de ce chapitre, il retient que les conflits


africains sont liés à la fois à des histoires propres de
constitution d’États-nations, au contexte de sous-
développement, à une fragmentation de l’espace
national non contrôlé par un État fort et à des modes
spécifiques d’insertion des post-colonies dans
l’économie mondiale, avec un poids particulier des
mafias internationales, des diasporas, des
conglomérats et des puissances régionales, et des jeux
d’alliance ou d’allégeance.
Par ailleurs, les États africains ont certes accompli
des progrès significatifs sur la voie de la
démocratisation. Mais l’expérience est encore fragile,
donc réversible. Les résistances rencontrées démontrent
que les perspectives prometteuses que l’ouverture
démocratique au début des années 1990 avait laissé
entrevoir semblent être dans une impasse préoccupante.
Mais cette mauvaise passe ne doit pas être vue comme
pessimiste, car la démocratie est une quête permanente.
Il reste que, pour qu’elle puisse se hisser de son état
embryonnaire à un niveau plus achevé, elle doit
s’appuyer sur une véritable culture démocratique qui
lui fait encore défaut.
Ainsi, il n’existe pas de cause unique ni de

386
solution unique, à l’ensemble des conflits et de
violences auxquels le continent africain et d’autres
régions de la planète sont continuellement confrontés.
Cependant, il est généralement admis que les conflits
africains contemporains, et les conflits armés en
particulier, sont fortement corrélés avec le déficit
d’État, la gestion patrimoniale de l’État, l’échec du
processus de démocratisation, l’oppression, la
restriction des libertés et la pauvreté, entendus dans le
sens d’une faiblesse institutionnelle engendrant elle-
même une incapacité à gérer les conflits. À la lumière
de divers conflits observés en Afrique subsaharienne,
il semble que la prévention de la violence passe
immanquablement par les améliorations
fondamentales à la pratique de la démocratie en tant
que telle. Dans nombre de cas, le déficit de la
légitimité de l’État pourrait être solutionné par la
création de plus de cadres de participation politique –
y compris pour exprimer des désaccords et la
résistance –, couplés au renforcement des capacités
politico-institutionnelles de l’État à répondre aux
demandes légitimes des populations.
À cet effet, si la décennie 2000-2010 a été moins
meurtrière que celle des années 1990, marquée par les
conflits des Grands Lacs, du Libéria, de Sierra Leone
et le génocide du Rwanda, l’Afrique subsaharienne
continue à être fortement déstabilisée par des conflits
qui la ravagent. La plupart des pays africains sont de
plus en plus à la merci de groupes infra ou
transétatiques qui contestent leur autorité (guérillas
séparatistes, groupes criminels, pirates ou terroristes)
le cas le plus extrême étant la Somalie qui est un
« État failli » ou le Mali dont l’intégrité est remise en
cause depuis 2013. L’intangibilité des frontières
proclamée par l’OUA n’est plus un dogme comme
l’ont démontré les indépendances de l’Érythrée

387
(1993) et du Sud-Soudan (2011), qui semblent être
les seules solutions pour résoudre les crises les plus
graves.
De plus, les conflits violents durent plus
longtemps et sont plus meurtriers en Afrique
subsaharienne que dans les autres régions du monde,
d’où des coûts sociaux et économiques élevés. Ils se
propagent bien au-delà des frontières du pays
concerné et persistent longtemps après la fin des
opérations militaires. Si les jeunes hommes
constituent l’essentiel des morts des combats, ce sont
essentiellement les femmes et les enfants qui sont les
victimes des maladies. Aussi, les conflits violents
continuent de tuer bien après l’arrêt des combats.
Dans les pays qui se relèvent d’un conflit, le secteur
de la santé est paralysé et incapable de répondre à la
demande considérable de soins. Les moyens
disponibles pour traiter le traumatisme sont
généralement faibles. Les guerres ont également des
conséquences sanitaires sur les États voisins.
En outre, ces conflits violents provoquent
également des déplacements de populations à grande
échelle. Les africains subsahariens représentent une
forte proportion du total mondial de réfugiés et de
personnes déplacées dans leur propre pays. Ainsi, les
conséquences d’un conflit dépendent de son degré
d’intensité. En effet, les conflits les plus intenses
provoquant une destruction du capital humain et
physique plus importante et entraînant des coûts plus
élevés et plus durables en freinant les
investissements, les échanges et la productivité. Bien
plus, les conflits pèsent sur les finances publiques
sous l’effet de la baisse des recettes, de la
modification de la composition des dépenses au
détriment des dépenses d’investissement et au profit
des dépenses militaires, et de la hausse du niveau de

388
la dette publique qu’ils engendrent, ce qui fragilise
encore davantage la stabilité socioéconomique et
accroît le risque de prolongation des conflits. In fine,
le conflit n’est qu’un indicateur objectif de mauvaise
gouvernance ou de fragilité. Ainsi, réduire la
corruption, améliorer l’État de droit, la qualité de la
bureaucratie ou toute autre dimension de la
gouvernance peut conduire à minimiser les risques de
conflit.

389
Conclusion générale

En définitive, cet ouvrage nous a permis de


réactualiser plusieurs approches théoriques de la
compréhension du conflit et de son fonctionnement,
combinant différents modèles pour faire apparaître
les multiples composantes du conflit. En effet, la
dynamique des conflits se comprend mieux à travers
ses composantes et ses différentes phases. De cette
façon, la fin de la guerre froide n’a pas marqué le
terme, ni des conflits interétatiques, ni des conflits
civils en Afrique. Mais, dans bien des cas, ces guerres
intraétatiques ou transétatiques sont intimement liées
à des conflits civils, avec lesquels elles forment un
système. Ainsi, ces conflits entrent en résonance et
s’imbriquent les uns dans les autres, transformant
leurs conditions de reproduction et, surtout, les
parties qui s’affrontent, les enjeux de la lutte et les
objectifs poursuivis. Une telle intrication de violences
armées civiles et internationales rend extrêmement
complexes les logiques des acteurs, obscurcit le jeu
d’alliances qui peuvent paraître, elles aussi, sans
logique dans le déroulement du conflit. Dès lors, la
présentation des différentes formes des conflits en
Afrique de nos jours789 n’est, bien entendu, qu’une
789
Jean-Marie BALANCIE et Arnaud de la GRANGE, Mondes

390
esquisse et surtout une invitation à la réflexion.
Qu’ils soient d’ordre culturel, économique,
politique ou social, les conflits armés en Afrique
subsaharienne, depuis la fin de la guerre froide à
l’avènement du processus de démocratisation, se
déroulent de plus en plus à l’intérieur du territoire,
mettant en prise des groupes armés qui s’opposent
aux forces gouvernementales. À cet effet, ces conflits
sont devenus des fléaux qui ralentissent le
développement des États africains. De par leur multi-
dimensionnalité, ces conflits trouvent leur source
dans le pillage des ressources naturelles, la violence
et la mal gouvernance. En effet, les conflits internes,
de plus en plus fréquents sur le continent africain,
sont de véritables problèmes pour la population. Au-
delà des souffrances physiques et morales endurées
par les personnes déplacées, c’est tout l’appareil
économique du pays qui est touché si la crise est
d’une grande ampleur. Aucun domaine
socioéconomique et culturel n’y échappe souvent. La
santé, l’éducation, l’emploi sont touchés à des degrés
divers. En ce qui concerne les déplacés internes, des
structures d’accueil n’étant souvent prévues, ils se
sont retrouvés dans des situations difficiles, que ce
soit dans les centres de transit ou dans les ménages
d’accueil. Quant aux réfugiés, ils vivent aussi leur lot
de souffrances malgré la présence de l’aide
humanitaire.
De plus, le terrorisme en tant que forme de
conflit à la fois interne et transnational, n’est pas
assimilable à la criminalité, même si des passerelles
peuvent exister entre eux. Étant l’une des
composantes de la guerre irrégulière, avec la guérilla,
l’insurrection ou encore la guerre des partisans, au

rebelles, op cit.

391
sens contemporain790, le terrorisme est une forme
d’action armée, qui dépasse la seule violence
politique, dès lors qu’il s’intègre dans un schéma
d’action proprement stratégique, devant atteindre des
fins et articulant des voies et moyens. En outre, la
violence contre les civils est également utilisée en
relation avec un autre facteur stratégique :
l’instrumentalisation de l’ethnicité et parfois de la
religion. L’ethnicité est souvent vue comme un
élément central des conflits en Afrique. Toutefois,
l’exploitation des divisions ethniques doit être
envisagée dans un contexte d’extrême faiblesse
politique et économique des États. Pour les dirigeants
et les opposants de ces Etats faibles, le recours au
critère ethnique en tant que stratégie de pouvoir
présente de grands avantages. Il offre une nouvelle
source de légitimité là où le nationalisme et
l’idéologie politique ont échoué.
Ainsi, l’État est au cœur des conflits en Afrique.
En effet, l’État est d’abord source de conflits pour
son enracinement dans un nouvel environ où il doit
supplanter toutes les autres formes d’allocation
autoritaire dans un territoire déterminé. Ensuite, il
devient source de conflit par ses carences (armée
déficiente et corrompue, frontières mal contrôlées,
richesses mal réparties) soit par la volonté de
contrôler cet État afin d’en tirer des bénéfices à court
terme (comme lors de guerres civiles ou de guérillas)
à travers des conflits régionaux et pluridimensionnels.
Néanmoins, il ne faut pas oublier que des facteurs
externes restent puissants dans la gestion des
conflits : l’Afrique, continent marginalisé de la
mondialisation ne l’est pas forcément pour tous 791.

790
Joseph HENROTIN, Techno-guérilla et guerre hybride. Le
pire des deux mondes, op. cit.
791
Eustache AKONO ATANGANE, « L’Afrique occidentale au

392
Dans les guerres ethniques, tribales, de contrôles de
ressources naturelles ou encore les guerres de
frontières, l’objectif recherché est la main mise sur
les appareils de l’État792. Dans ce cadre, les puissances
étrangères entretiennent des tensions tribalo-
ethniques à l’intérieur des pays, soutiennent ou
financent des mouvements sécessionnistes à
l’intérieur des territoires, le tout dans une dynamique
des coups d’État793. Ainsi, qu’ils partent de l’intérieur
ou de l’extérieur des pays, les opérations de
déstabilisation des régimes s’effectuent par des pays
voisins et, les transferts d’armes se multiplient 794.
Cela étant, les acteurs extraétatiques obéissent à la
logique paradoxale795 de la stratégie de guerre
(convergence voire intervention des contraires)
nécessitant une force armée, dont la constitution et
l’emploi exigent la mobilisation des ressources
naturelles, des territoires et des populations (identités
ethniques, citoyens), un moral de fer, un
commandement efficient (procédures, tactiques,
méthodes) et une connaissance de terrain. En vérité,
les conflits africains sont liés à la fois à des histoires
propres de constitution d’États-nations, au contexte de
sous-développement, à une fragmentation de l’espace
national non contrôlé par un État fort et à des modes
spécifiques d’insertion des post-colonies dans
l’économie mondiale, avec un poids particulier des
mafias internationales, des diasporas, des
conglomérats et des puissances régionales, et des jeux
d’alliance ou d’allégeance. Ainsi, il n’existe pas de

centre des convoitises mondiales », op. cit.


792
Simplice FEIKOUMO, « Les conflits armés en Afrique
subsaharienne, un défi pour la communauté internationale », op.
cit.
793
Ibid.
794
Ibidem.
795
Edward LUTTWAK, Le paradoxe de la stratégie, op. cit.

393
cause unique, ni de solution unique, à l’ensemble des
conflits et de violences auxquels le continent africain
et d’autres régions du monde sont continuellement
confrontés. Toutefois, il est généralement admis que
les conflits africains contemporains, et les conflits
armés en particulier, sont fortement corrélés avec le
déficit d’État, la gestion patrimoniale de l’État, l’échec
du processus de démocratisation, l’oppression, la
restriction des libertés et la pauvreté, entendus dans le
sens d’une faiblesse institutionnelle engendrant elle-
même une incapacité à gérer les conflits.
Dans nombre de cas, le déficit de la légitimité de
l’État pourrait être solutionné par la création de plus
de cadres de participation politique – y compris pour
exprimer des désaccords et la résistance –, couplés au
renforcement des capacités politico-institutionnelles
de l’État à répondre aux demandes légitimes des
populations. En effet, les conflits violents durent plus
longtemps et sont plus meurtriers en Afrique
subsaharienne que dans les autres régions du monde,
d’où des coûts sociaux et économiques élevés. Ils se
propagent bien au-delà des frontières du pays
concerné et persistent longtemps après la fin des
opérations militaires. Ces conflits violents
provoquent également des déplacements de
populations à grande échelle. Les Africains
subsahariens représentent une forte proportion du
total mondial de réfugiés et de personnes déplacées
dans leur propre pays. Ainsi, les conséquences d’un
conflit dépendent de son degré d’intensité.
Par ailleurs, la fin de la guerre froide marque le
début de la démocratisation en Afrique. Ce vent qui
vient souffler sur le continent est censé mettre terme à
toutes sortes de crises et d’injustice sociale. Cette
période de mutation politique marque une nouvelle
forme de conflit qui se veut interne avec des

394
conséquences désastreuses pour la population et les
pays : destructions des infrastructures, de
l’environnement, des tissus socio-économiques ; les
personnes déplacées se comptent par milliers. Des
groupes armés qui combattent le gouvernement
central, foisonnent sur le continent et se réclament
défenseurs de la démocratie ou de la justice sociale. Il
s’agit ici d’un paradoxe où on dispose des armes pour
revendiquer la démocratie et l’égalité sociale 796. Cette
option tel que l’on observe, n’atteint pas toujours son
objectif et finit par faire de l’Afrique un continent sur
lequel persiste, l’antagonisme entre le dialogue
comme action politique et la violence armée comme
solution avérée.
Ces conflits interpellent l’ensemble de la
communauté internationale qui s’attèle à œuvrer au
côté des Africains pour mener les actions visant à
prévenir et à gérer ces conflits, considérés comme un
des facteurs ralentissant la croissance du continent.
Aujourd’hui, les affrontements armés en Afrique
entraînent des souffrances et atrocités du fait des
combattants qui utilisent ces conflits comme un
moyen pour se faire entendre, prenant en otage les
populations civiles. Transgressant les principes des
droits de l’homme dans les conflits armés, ils opèrent
des attaques expresses, ciblées contre les installations
civiles, les infrastructures sociales de base et les
personnes innocentes. Les rebelles et leurs leaders
pourraient être inquiétés de prime abord par des
mécanismes contraignants, avant, pendant et après les
conflits.
De plus, la prolifération des armes légères dans
la région contribue pour sa part à entretenir ces
violences d’une atrocité ahurissante. Depuis 1990,
796
Dominique BANGOURA, « État et sécurité en Afrique »,
Politique africaine, n°61, mars 1996, pp.39-53.

395
l’Afrique constitue la plateforme où se croisent toutes
sortes d’armes légères. Ceci contribue à renforcer les
mouvements rebelles, attise les velléités politiques.
Les mesures qui visent à limiter la propagation des
armes en Afrique (institution de lutte contre la
propagation des armes légères), méritent d’être
harmonisées et renforcées pour agir en amont que de
réagir en aval.

396
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Prologue……………………………………………
……..………………5
Réflexion sur la Guerre en général…………….
……………….5
A) Ce que la guerre n’est pas :………………….
…………………5
Il n’y a pas de guerre propre……………..........
…………………5
Il n’y a pas de guerre presse-
bouton…...................................6

442
Il n’y a pas de « guerre juste »............................
…....................6
Il n’y a pas de guerre, ni d’intervention, légitimée par
un droit
international…..............................................................
........7
La guerre n’est pas déclarée par les militaires dans les
démocraties…...............................................................
....................8
Par contrearmements et risques de guerre sont
liés......8
Il n’y a pas de guerre sainte, sinon par un
dérangement de la
pensée….......................................................................
.............9
La guerre est le résultat d’une combinaison très
complexe entre la liberté et la
fatalité….............................10
B) Ce qu’est la
guerre….............................................................11
 La guerre en réalité est la conséquence de
l’échec de la
politique….............................................11
 1 – un drame
effrayant………………………………..11
 Une guerre n’est jamais
propre…..........................12
 2 – une passion
humaine……………………………13
PROLEGOMENES…….......
………………………………………….16
I. La stratégie dans le domaine des conflits et de la
sécurité…......................................................................
...................22
1. Les grands principes de la
stratégie…............................27

443
2. Les niveaux de la
stratégie…..............................................28
II. La
polémologie…………………………………………..
……….29
1. Sens de la
notion………………………………………………....30
2. Conception et développement…………………….
……… 31
III. Comprendre la notion de conflit en
Afrique……… ..34
1. Détermination du concept de conflit…....35
a- Problèmes de définition et
d’approche…......................37
b- Typologies des conflits…………………………..
……………41
1- Typologie fondée sur l’enjeu du
conflit………………...41
1.1- Conflits sur la détermination d’une
situation…….42
1.2- Conflits sur les intérêts………….
…………………………43
1.2.1- Les conflits
économiques….........................................43
1.2.2- Les conflits
politiques…...............................................45
1.3- Conflits sur les
valeurs................................................…...47
1.4- Conflits sur l’identité
collective….................................49
2- Typologie fondée sur la dimension géographique
des conflits……………………………………….
…………………….52
c- Historique des conflits en Afrique…..
……………………63
2. Acteurs et déclenchement du conflit…….

444
………………70
e- le déclenchement par décision..,…….
…………….73
f- Le déclenchement par
occasion…........................73
g- Le déclenchement par
contrecoup…...................74
h- le déclenchement par maturation……..
………….74
i- Les approches philosophiques et juridiques
des conflits interétatiques………………...
…………78
1. Les dynamiques conflictuelles et les approches
rationnelles…...............................................................
..................80
1. les explications à dominante psychosociale :
Le paradigme épidémiologique……………………....
……….80
– Les théories de la société de masse………….
……………81
– Les approches fonctionnalistes……………….
…………….82
– Les théories de la frustration
relative…..........................82
2. Les explications rationnelles de la mobilisation des
ressources….................................................................
..................84
– Le paradoxe d’Olson……………………….
…………………….84
– L’approche
entrepreneuriale…………………………….….85
– La dimension interactionniste de la participation à
l’action
collective……………………………………………...
…….86
– Mobilisation des ressources et structure des liens

445
sociaux………………………………………………
…………….…….86
– Le modèle politique de Charles
Tilly.........................…...87
Conclusion……………………………………………
…………….….90
1. Les approches en termes de besoins
fondamentaux...............................................................
.................90
– Besoins et
ressources………………………………………...…
93
– Besoins et
utilité………………………………………………..
…94
Les classifications
internationales..................................…..95
2. Les différents types de
guerres…...................................98
– Les trois âges de la
guerre…................................................98
Première partie : Évolution des situations
conflictuelles et nature des
conflits...............................................................102
Chapitre 1 : Manifestation des conflits en Afrique
ausud du Sahara.
…..................................................................................
106
SECTION I : LA DYNAMIQUE DES
CONFLITS................107
I. Les composantes du
conflit...............................................107
1. Attitude et
comportement…............................................109
2. Contradiction et
escalade..............................................…111

446
II. Les phases du
conflit….......................................................116
1. Phase
préconflit.................................................................…
117
2. Phases du conflit à proprement parler et post-
conflit............................................................................
..................118
SECTION II : LES DIFFÉRENTS FORMES DE
CONFLITEN AFRIQUE
AUJOURD’HUI….....................................................
121
I. Les conflits irréguliers ou intraétatiques...............…
122
1. La fin de la guerre froide comme essor..................
….123
2. Des conflits à caractère internes et sans
frontière.125
II. Les conflits réguliers, interétatiques ou
conventionnels..............................................................
.............128
1. Les conflits de frontières en
Afrique...........................129
a-Des conflits de frontières et
internationaux…..........131
b-Conflits de frontières provenant de l’intérieur
des États en
Afrique…..............................................................139
Conclusion du
Chapitre.......................................................…151
Chapitre II : Nature et géographie des
conflitscontemporains
Africains........................................................153
SECTION I : NATURE DES CONFLITS EN
AFRIQUE....155
I. Les paradigmes conflictuels actuels ou

447
dominants.....................................................................
................155
1. Les conflits asymétriques et hybrides....................
…156
2. Les conflits pour l’appropriation du pouvoir
politique........................................................................
................162
II. La labellisation ou la qualification des conflits....
…167
1. La marginalisation sociale et l’exclusion
politique........................................................................
................167
2. Les facteurs structurels des
conflits.............................172
SECTION II : GÉOGRAPHIE DES CONFLITS
À L’AUBE D’UNE NOUVELLE
ÈRE…....................................179
I. Les richesses naturelles au cœur de conflits..........
…180
2. Des conflits pour contrôler des minerais et des
pierres
précieuses…..................................................................
...............188
II. Déplacements des populations et pression
politique........................................................................
................197
1. Les déplacements des populations...........................
…197
2. La pression
politique….......................................................201
Conclusion du
chapitre….......................................................204
Deuxième partie : Configurations et
représentations géopolitiques des conflits en
Afrique….............................207
Chapitre III : Acteurs et leurs modes opératoires

448
dans les conflits en
Afrique…...........................................................211
SECTION I : ACTEURS, PARTIES
PRENANTES
DES CONFLITS EN
AFRIQUE…..........................................…213
I. Les acteurs internes ou africains des
conflits..........................................................................
..............…215
1. Rôle des États
africains…..................................................216
2. Sociologie du comportement des acteurs
extraétatiques…............................................................
.............234
II. Les acteurs
extérieurs........................................................239
1. Les puissances
traditionnelles…................................…240
2. Les puissances
émergentes…..........................................246
SECTION II : LES MODES
OPÉRATOIRES/STRATÉGIES DANS LES
CONFLITS…............................................................2
53
I. Le mode opératoire des acteurs
étatiques…..............254
1. Les États
africains….........................................................…255
2. Les États
étrangers…...........................................................264
II. Le mode opératoire des acteurs
extraétatiques.....282
1. Au niveau
stratégique…….................................................283
2. Au niveau
opérationnel…................................................295

449
Conclusion du
chapitre...........................................................302
Chapitre IV : Représentations géopolitiques
et rationalité économique des conflits en
Afrique…..304
SECTION I : LES REPRÉSENTATIONS
GÉOPOLITIQUES....................................................
....................307
I. L’absence du sentiment
national…...............................309
1. Confiscation et gestion patrimoniale de l’État…..…
312
2. Échec du processus de
démocratisation…................317
II. La mal
gouvernance…........................................................328
1. Corrélation entre égalité, pauvreté et
instabilité...330
2. Oppression et restrictions des
libertés…...................338
SECTION II : LA RATIONALITÉ
ÉCONOMIQUE
DES CONFLITS EN
AFRIQUE….........................................…342
I. Le jeu des intérêts économiques et de pouvoir :
la faillite du contrat
social…..............................................…345
1. Le « straddling » entre les pouvoirs économiques
et
politiques…...................................................................
................346
2. Le développement d’une économie mafieuse
internationale…............................................................
............. 351
II. Les conséquences socio-économiques : le coût de
la

450
guerre...........................................................................
................. 353
Conclusion du
chapitre......................................................….370
Conclusion
générale…….........................................................374
Bibliographie…….......................................................
................381

451
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Imprimé en France, 2020

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