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LES

MARTYROLOGES HISTORIQUES

DU MOYEN AGE

IMPRIMI POTEST

t Fr. Pau lu s Delatte,

Abbas S. Pétri de SoleF,mis.

IMPRIMATUR

Parisiis, die 26 julii 1907

G. Lefebvre,

vie. sen.

Typographie Firmiu-Didol et C'^ Mesuil (Eure).

Etudes d'histoire des dogmes et d'ancienne littérature ecclésiastique

LES

MARTYROLOGES HISTORIQUES

DU MOYEN AG^E

ÉTUDE SUR LA

FORMATION DU MARTYROLOGE ROMAIN

PAR

Dom HENRI QUENTIN

BK^fÉDlCTIN DE SOLESMES

PARIS

LIBRAIRIE VICTOR LECOFFRE

J. GABALDA & Ci©

RUE BONAPARTE, 90

1908

V ^

.

COLLEGE

ubrar>(

'ii^e

8134

y^^

A SON ÉMINENCE

LE CARDINAL RAMPOLLA

Hommage

de très respectueuse reconnaissance.

PRÉFACE

Ce volume est extrait de matériaux réunis en vue d'une édi-

tion des martyrologes historiques du moyen âge. Il a semblé

utile de présenter dès maintenant, avec plus de détails qu'il ne

serait possible de le faire dans la préface d'une édition, les ré- sultats acquis pour la critique des plus importants de ces mar-

tyrologes, c'est-à-dire de la série qui s'étend de l'ouvrage de

Bède à celui d'Adon de Vienne dont le texte, abrégé par Usuard,

a servi de base au Martyrologe romain actuel. Les diverses no- tices historiques dont se composent ces martyrologes ayant

acquis une importance particulière par le fait de leur insertion

au livre ofticiel de l'Eglise, il y a intérêt pour nous à en con-

naître exactement les sources, à constater dans quelle mesure

ces sources ont été exploitées, à savoir si les données fournies

par elles n'ont pas été déformées soit par les rédacteurs des

martyrologes eux-mêmes, soit par les hasards de la transmission

du texte à travers les rédactions successives. Cette étude suppose qu'au préalable les problèmes soulevés par la succession des

martyrologes historiques du moyen âge ont été résolus. Je m'y suis attaché et on trouvera dans ce livre des aperçus nouveaux

sur cette littérature spéciale dont deux des plus importants té-

moins sont ici mis en lumière pour la première fois.

C'est en 1899 que j'ai commencé à m'occuper de ce tra-

vail. L'occasion m'en a été fournie par un martyrologe inédit

viii

PRÉFACE.

que j'ai rencontré dans un manuscrit contenant des textes con-

ciliaires. Si j'ai pu mener à bonne fin une tâche qui exigeait la

connaissance de tant de documents dispersés, je le dois avant

tout au secours que m'a constamment accordé mon supérieur,

le Révérendissime Père Dom Delatte, abbé de Solesmes, aux

yeux de qui aucun progrès des sciences ecclésiastiques n'est indifférent. Grâce à son insigne libéralité, j'ai eu la satisfaction

de pouvoir donner à mon enquête la base la plus large et, je

crois aussi, la plus solide. J'ai tenu et étudié, ou, tout au moins,

soigneusement examiné tous les manuscrits donc je fais usage

et que j'identifie avec les différents martyrologes connus. Tou-

jours, j'ai cherché à faire œuvre de première main.

La même méthode a été suivie dans l'étude des sources.

C'eiit été une besogne énorme, et le plus souvent inutile, que de

rechercher et surtout de discuter tout ce qui a été écrit dans le passé sur cette matière. Il était plus simple et plus sûr d'aller

droit aux sources. De plus, en considérant la place que pren-

nent les explications sur le rapport des textes, leur caractère

presque nécessairement incomplet, et les difficultés qu'éprou-

vent certains lecteurs pour recourir aux originaux, j'ai cru qu'il

était plus sûr encore, et plus court, de mettre en regard sour- ces et noti(îes martyrologiques avec les parties communes en

italique. Ce procédé n'est pas seulement bon en lui-même, il

offre dans le cas présent un avantage spécial. Il ne faut pas perdre de vue, en effet, que si les notices martyrologiques sont

intéressantes parce qu'elles empruntent aux documents qu'elles

résument, elles le sont davantage encore par ce qu'elles y ajou-

tent, et c'est de quoi une simple liste de références serait im-

puissante à rendre compte. H y a d'ailleurs des opérations

qu'il faut

faire une bonne fois.

Prises isolément

dans ce

malheureux ordre du calendrier qui est la plaie de l'hagio-

graphie, éloignées de leurs sources, distraites de l'ensemble

formé par l'œuvre spéciale de chacun des auteurs qui les ont

composées ou remaniées, les notices des martyrologes liisto-

PRÉFACE.

IX

riqiies ont pu être inexactement appréciées et, dans certains

cas, prendre une importance a laquelle elles n'avaient pas droit.

Les voici remises à leur vraie place et rapprochées de leurs sources : on ne pourra plus les en séparer désormais et il sera

facile de porter sur chacune d'elles, comme sur leur ensemble,

un jugement sain et motivé.

Ai-je besoin d'ajouter qu'arrivé à ce point je considère ma

tache comme terminée et que je laisse de coté la critique des

sources elles-mêmes. 3e ne m'y suis ingéré que dans les cas

ou le martyrologe est entré comme un élément actif dans

l'évolution d'un texte ou d'une tradition. On ne devra pas

non plus chercher ici une édition critique des martyrologes du

Le texte des notices est reproduit d'après les

éditions courantes, mais je me suis assuré qu'il était substan- tiellement exact et je l'ai corrigé d'après les manuscrits toutes

les fois que le besoin d'une amélioration s'est fait réellement

sentir. Enfin, il ne sera peut-être pas inutile de faire observer que c'est pour l'uniformité de la méthode que j'ai toujours traité

le martyrologe hiéronymien comme ayant servi à dater les ex-

traits préalablement empruntés à d'autres sources; il est clair

que très souvent c'est le contraire qui a arriver et que les rédacteurs, le prenant pour point de départ, ont demandé

après coup à leurs autres sources une notice sur le personnage

dont il leur fournissait le nom.

Il me reste à remplir l'agréable devoir de remercier les

personnes qui ont bien voulu m'aider ou s'intéresser à mes

recherches. Partout, ou presque partout, j'ai rencontré la plus

grande bienveillance chez MM. les Conservateurs des Biblio-

thèques, mais je me sens tout particulièrement redevable en- vers MM. Omont à Paris, Holder à Carlsruhe, Jadart à Reims,

von Laubmann et le R. P. Dom Odilon Rottmanner à Mu-

nich, Paulus à Metz, le Révérendissime P. abbé Dom Grégoire

Ehrlich et le R. P. Dom Anselme Achatz à Saint-Paul de

Carinthie, Fàh à Saint-Gall, le R. P. Ehrle au Vatican, feu

moyen âge.

X

PRÉFACE.

M^*" Ceriaui à rAinbrosienne de Milan, Don Spagnolo à Vé- rone et le R. P. Dom Amelli au Mont-Gassin. M^"^ Duchesne,

directeur de l'Ecole Française de Rome et Président de la

Commission historico-liturgique adjointe à la Congrégation

des Rites, a bien voulu témoigner pour la mise au jour de ces

recherches un intérêt dont je lui suis profondément recon-

naissant. Au mois de mars de igoS, en réponse à une question

qu'il m'avait fait l'honneur de m'adresser, j'avais rédigé

un Mémoire privé où les principales conclusions du présent ouvrage sont déjà exposées. Je mentionne ici ce petit écrit

parce qu'il a laissé çà et des traces dans ma rédaction défi-

nitive.

Ceux qui me touchent de plus près me pardonneront de

leur adresser à eux aussi mes remerciements. Mon frère Emile,

lorsqu'il était encore élève de l'Ecole des Langues Orientales,

m'a souvent remplacé dans les Bibliothèques de Paris et de

Londres. Ses excellents renseignements et ses collations m'ont

permis d'éviter bien des déplacements. Que ces lignes lui por- tent mon souvenir jusqu'au lointain et dangereux Maroc! J'ai dit plus haut combien j'étais redevable à la paternelle bien-

veillance et aux encouragements de mon Révérendissime abbé ;

le dévouement de mes confrères ne m'a jamais fait défaut. Je

dois au R. P. Dom Emile Mesnagé la copie ou la collation de

plusieurs martyrologes manuscrits; je lui en suis vivement

reconnaissant. Le R. P. Dom Amand Ménager a consenti à

m'accompagner, durant l'hiver de 1901, au cours d'un long

et fatigant voyage à travers l'Allemagne et l'Italie et nous

avons collationné ensemble la plupart des manuscrits du texte

de Bède. Je garde de cette collaboration malheureusement trop

tôt interrompue par les exigences d'autres travaux, le meilleur et le plus reconnaissant souvenir. Plus grand encore a été le

secours que j'ai reçu du R. P. Dom Brunet. Depuis le jour

où j'ai commencé à mettre en œuvre les matériaux réunis en

vue de cet ouvrage, c'est-à-dire depuis plusieurs années, ja-

PREFACE.

IX

mais cet ami excellent n'a cessé de me donner le concours le

plus précieux et le plus désintéressé. Doni Brunet m'a surtout

aidé dans la partie la plus délicate de mon travail,

re-

cherclie et la transcription des sources, mais il a aussi revu tout le reste et je puis dire en toute vérité qu'il n'y a pas une

la

page de ce livre qui ne lui doive quelque chose, aussi suis-je

ici bien impuissant à exprimer à mon confrère toute ma gra-

titude. Assurément il doit y avoir encore plus d'une inexacti-

tude dans un ouvrage aussi rempli de menus détails que l'est

celui-ci, mais s'il ne renferme pas trop de fautes et trop d'er-

reurs, c'est à l'affectueuse et vigilante critique de Dom Brunet

que j'en suis redevable.

Je ne saurais passer sous silence, avant de mettre une fin à

cette préface, l'impression que m'a laissée à Rome, en iQor,

l'accueil de S. E. le Cardinal Rampolla. Bien que la compé-

tence archéologique de l'illustre Secrétaire d'Etat de Léon XIll

fût dès lors connue de tout le monde, j'ai été, je l'avoue, surpris

autant que charmé en entendant un personnage occupé de si

grandes affaires me poser des questions aussi précises, nommer

les principaux manuscrits romains, s'informer si je les con-

naissais déjà et si j'avais le moyen de les atteindre tous, fina-

lement, formuler des objections et exprimer ses doutes sur la

possibilité de démêler l'œuvre de Bède d'avec ses additions pos-

térieures et de retrouver le texte si longtemps cherché de Florus. Le savant C^ardinal a bien voulu me permettre d'inscrire son

nom en tête de cet ouvrage, je l'en remercie très respectueu-

sement et je souhaite que mes arguments d'aujourd'hui le sa-

tisfassent mieux que mes affirmations d'alors.

Que les saints daignent eux aussi accepter l'hommage de ce

livre! Il a été écrit avec le souci de leur lionneur.

ï

I

LISTE DES PRINCIPALES ABREVIATIONS

AA.SS.

Acta Sanctorum quoUiuot orbe coliiniiir

collegit

loan-

iies BoLLANDus, etc. Anvers, Tongerloo, etc., i64^-i90.>.,

in-folio.

Anal. Boll.

Ànalecta Bollandiana, ediderunt Carolus De Smedt, etc

Bruxelles, 1-XXV (1882-1906), in-S».

BHL.

Bill. Casin.

Bihliotlicca hagiograpliica latina antiquae et mcdiac aeta- lis, ediderunt Socii Bollxxdiani, Bruxelles, 1898-1901,

2 vol, in-8*'.

Le principal éditeur est le R. P. A. Ponce-

i.ET, sous le nom duquel Touvrage est quelquefois cité. PnhUothcca Casinensis seii codicwn manuscriptaniin qui in

tahiUario Casincnsi asseivantur scrie.s\ Mont-Cassin,

Catalog. Codd. Ita-

gioî(r. Hnixell.

Catalog. Codd.

hagiogr. J*aris.

1873-189/Î, 4 vol- in-fol. et partie d'un 5^ vol.

La des-

cription des

ments : Florilegiiun {=

manuscrits y est suivie d'un choix de docu-

Florileg.).

Catalogus codiciini liagiographicorum Bibliothecae Regiae Bruxellensis , ediderunt Hagiographi Bollandiani, Bruxelles, 1888-1889, 2 vol. in-S".

Catalogus codicum hagiographicorum latinorum antiquio-

runi saeculo XVI qui asservantur in Bihliotlieca Nationali

Pariùensi, ediderunt Hagiographi Bollandiani, Bruxel-

CI. T

les, 1889-1893, 4 vol. in-80. Corpus Inscriptionum lAitinarum.^ consilio et auctoritate

Académie Litterarum Regiae Borussicae edituni,

Tom. I-XV, Berlin, 1862-1906, in-fol.

C.S.E.G

Die griechischen cliristlichen Schriftsieller der ersten drei

C.S.E.L.

Jahrhunderte .^ herausgegebeu von der Kirchenvaiter-

Commission der Kgl. Preussischen Akademte der Wis-

SENSCHAFTEN, Tom. I-XVI, Lcîpzig, 1897-1906, in-8°.

Corpus Scriptoruni ecclesiaslicorum latinorum, editum con-

silio et impensis Academiae Litterarum Caesareae

ViîSDoBoNENSis, Tom. I-XXXXVIl, Vienne, 1866- 1906,

FI.

in-8«.

Martyrologe de Florus de Lyon^ voyez plus loin, pp. 17.1-

408.

FI. M, recension de ce martyrologe contenue dans le ms.

de Maçon (Par. lat. )554), cf. p. 247.

Florez,

FI. ET, recension du même contenue dans les martyro-

loges d'Epternach (Par. lat. ioi58) et de Toul (Par. lat.

10018), cf. p. 1S0.

Henrique Florez, Espana sagrada, Teatro geoaràjico-

liistôrico de la iglesia de Espana, Madrid, 1747- 1886,

5i vol. in-8^

XIV

LISTE DES ABRÉVIATIONS.

H.E.

Ëusebii Historia Ecclesiastica, interprète Rufiiio. Les édi-

tions citées sont celles de Mommsen, C.S.E.G. , Eusebius, II, Leipzip:, igoS, et de Cacciaki, Rome, 17401741.

Libellas.

Libellas de festivitalibas Âpostolorum et reliqaorani qui

discipali

mit vicini saccessoresqae Apostoloriim f aérant^

placé par Adon en tête de son martyrologe. Cf. plus

L.P.

loin, p, 469. lÀber Pontificalis. I^es éditions citées sont celles de Du- CHESNE, he Liber Pontificalis, Paris, 1886-1892, 2 vol.

in-/j°, et de Mommsen, dans M. G. H., Gesta Pontificum

Romanoriun, I, Berlin, 1898, in-4^.

Mart, lyonn.

Martyrologe lyonnais du manuscrit latin 8879 ^^ ^^ ^^~

bliothèque Nationale. Cf. plus loin, pp. i3i-22i.

M. G. H.

Monurnenta Germaniae liistorica^ edidit Societas aperien-

DIS FONTIBUS ReRUM GeRMANICARUM MEDII AEVI.

Auctores antiquissimi, Tom. I-XIV, Berlin, 1877-1905,

in-4°. Les Clironica Minora forment le tome XIIP de

cette série.

Epistolae, Tom. I-Yl, Berlin, 1887-1905, in-4'^.

Gesta Pontificum Romanorum, Tom.I, Berlin, 1898, in-4'^.

Poetae medii aevi Carolini,Tom. I-IV, Berlin, 1881-1899.

in-40.

Scriptores, Tom. I-XXX, Hanovre, 1 826-1 896, in-fol.

Scriptores Rerum Langobardicarum et Italicarum saec.

VI-IX, Hanovre, 1878, in-40.

Scriptores Rerum Merovingicarum, Tom, I-IV, Hanovre,

M.H.

1885-1902, in-4c'.

Martyrologiiun hieronyniianiim. L'édition citée est celle

de De Rossi et Duchesne, dans AA.SS. Nov., II, i , Bruxel-

les, 1894. Les sigles additionnels le plus souvent em- ployés désignent les manuscrits suivants :

B, Bernensis 289, saec. VIII ex.

G, Corbeienses, Par. lat. 124 10, 17767, saçc. XII.

E, Epternacensis, Par. lat. 10837, saec, VIII in.

G, Gellonense Breviariiim, Par. lat. 12048, saec. VIÏI.

L, JMareshaniensefraginentum, Vat. Palat. 238, saec. IX.

VV, ^me//6«r^ew.çt.s\, Wolfenbûttel, Wissenb. 81, saec.

MoMBRiTius.

VIII ex. Boninus Mombritius, Sanctuariam, seu Vitae Sanctorum

ex diversis codicibus coUectae, Milan, vers 1480, 2 vol.

in-fol,

P.G.

J. P. MiGNE, Patrologiae cursus complétas, Séries graeca

P.L.

et orienlalis, Paris, 1857-1886, 161 (i65), vol, in-S^.

J. P. MiGNE, Patrologiae cursus completus, Séries latina,

Paris, 1844-1864, 221 vol. in-8«.

P.R.

RuiNART,

Martyrologe « Petit Romain ». Cf. plus loin, pp. 4o9-4fi4. Th. RuiNAUT, Acta primorinn martyriim sincera. L'édition

citée est celle de Ratisbonne, 1859, in-8'^,

SuRius.

Laur. Surius, De probatis sanctorum historiis. L'édition

citée est celle de Cologne, 1676-1586, 7 vol. in-fol.

Synax. de CP.

Synaxarium ecclesiae Constantinopnlitanae e codice Sir-

mondiano nunc Berolinensi, opéra et studio Hipp, De-

LEHAYE (AA.SS. Nov., Propylaeuni)^ Bruxelles, 1902,

in-folio.

LES MARTYROLOGES

HISTORIQUES

CHAPITRE PREMIER

ÉTAT DE L\ CRITIQUE DES MARTYROLOGES HISTORIQUES

Le martyrologe est le livre des anniversaires des martyrs et,

par extension, des saints en général, des mystères et des évé-

nements qui sont susceptibles d'une commémoration annuelle dans l'Eglise. Composé de simples listes de noms, il appartient

d'ordinaire à la famille pseudo-hiéronymienne dont les ramifi-

cations sont nombreuses ^ ; on lui donne le qualificatif àliisto-

rique, lorsque aux noms des saints il ajoute un résumé ou des

extraits de leur Passion, de leur Vie ou des documents et tra-

ditions qui les concernent. Le Martyrologe Romain actuel re- présente un type complet de martyrologe historique. Avant

l'apparition de ce livre officiel, l'ouvrage analogue d'Usuard,

moine de Saint-Germain des Prés, avait joui d'une vogue à peu

près universelle. Le Vénérable Bède, Rhaban Maur, Florus de

Lyon, Wandelbert de Prûm, Adon de Vienne, Notker le Bègîïc,

Hermann Contract, Wohlfard, moine de Herrieden, sont nom-

mément connus comme auteurs de martyrologes historiques. Du

i. Le texte du martyrolog-c hiéronymien a été reproduit d'après les plus an-

ciens manuscrits par de Rossi et Duchesnd , en tète du tome II de novembre

des Acta sanctorum des BoUandistes, Bruxelles, 1894. Voyez la Préface de cette

édition, les critiques de Krusch, Neues Arc/iiv der GesellscJiaft fur altère dcutschc

Geschichtukunde, XX (iSgS), pp. 437-440; XXIV (1898), pp. 287-337; XXVI (1901),

pp. 349-389; les réponses de Duchesne, Analecta BoUandiana, XVII (189S},

pp. 421-447; XX (1901), pp, 241-245; et l'ouvrag-e d'AciiELis cité plus bas.

,

2

LES MARTYROLOGES HISTORIQUES.

développement de toute cette littérature, aux origines de laquelle

il place un document anonyme connu sous le nom de « Petit

Martyrologe Romain », M. Achelis, dans son récent ouvrage

sur les martyrologes^, donne le rapide aperçu suivant :

(( L'ouvrage que l'on trouve au début de ce genre, écrit-il, (( [il s'agit du genre historique, par opposition au genre hié- (( ronymien,] est le Martyrologium Romanum Par<^um qui paraît

avoir été composé à Rome, vers l'an ^700 ^. Son auteur em-

((

« ploie, outre le martyrologe hiéronymien, les œuvres de Cy-

« prien, de Jérôme, surtout l'Histoire Ecclésiastique deRufin,

Victor de Vite et des Actes. Bien qu'il se soit servi, comme

« on le voit, des récits accrédités, et qu'il ait eu sous la main

« les sources en grand nombre, cet auteur fut néanmoins en-

(( core si fortement gêné par l'ancien style des martyrologes,

(c [c'est- à-dire par l'usage de se contenter de simples listes ono- (( mastiques et topographiques,] qu'il n'inséra les détails histo-

« riques, qu'avec une extrême parcimonie, et qu'il lui arriva de

(( trouver trop verbeuses les courtes passions du martyrologe

« hiéronymien elles-mêmes.

((

« Le nouveau style des martyrologes fut inauguré par Bède.

(( Celui-ci fit de larges emprunts à ses sources, mais la parci-

« monie se

montre chez lui d'un autre côté :

il laisse vides

(( beaucoup de jours dans l'année. Des mains plus tardives ont

« entrepris de combler ces lacunes, au moyen d'additions si

(( considérables et si fréquentes, qu'il n'a pas encore été, jus-

ce qu'à présent, possible de dire avec sûreté ce qui appartient

(( en propre à Bède. Celui-ci composa son ouvrage probable-

ce

ment à l'époque qui vit paraître le Petit Romain, au com-

(( mencement du huitième siècle. Il avait pris pour base de son

« travail le martyrologe hiéronymien, le Libe?^ Pontificalis

(.< quelques Actes et d'autres sources.

(( Un continuateur de Bède fut maître Florus, de Lyon, vers

a 83o. Comme cet

auteur a donné de son travail plusieurs

« éditions qui sont différentes l'une de l'autre, comme, de plus,

1. Die Maj'tyrologien, ihrc Geschiclitc und ihr Werth, Berlin, Weidmann, igoo

(Extrait des Abhandliin^cn der K. GescUscJtaft der WisHenschaflen zu Gôttingen.

Phil.-IIist.

Klasse, N. F., III, 3), pp. 112 et suiv.

2. M. Dulourcq, dans son Étude siu- les Gcsta Marti/ru/u roinains, Paris, Fon-

temoing-, 1900, pp. 374-375, insinue une date pins ancienne : la première moitié

du vii*= siècle. Du Sollier tenait pour 740. M^'- Ducliesne, après avoir d'abord suivi de Rossi, s'est, depuis, plus d'une fois prononcé pour la limite des vm"^ et

ix° siècles. Nous verrons plus loin que ce document est plus récent encore.

ÉTAT DE \A CIUTIQUE.

.*]

« il n'est pas le seul qui se soit appliqué à cette tâche, il se trouve

((

que, jusqu'ici, le texte (jui appartient à Florus dans les ma-

« nuscrits de i^ède, reste lort douteux. Seules des études réité-

« rées sur les manuscrits pourront résoudre cette question. «

« Wandelbert de Priim composa, vers 848, un calendrier en

(( vers latins, plus complet que l'œuvre de Bède, mais moins

« riche que le Petit Martyrologe Romain.

((

En face de ces

trois derniers ouvrages qui ont entre eux

((

un rapport plus étroit, se place celui de Rhaban Maur qui,

(( lui, est plus indépendant^.

C'est à l'aide du martyrologe

« hiéronymien et de nombreux Actes particuliers que Rhaban

(( Maur composa son martyrologe. Il était alors encore abbé

« de Fulda, d'après M. Hauck, c'est-à-dire entre 822 et 842.

(( La date que l'on propose d'ordinaire pour la composition ({ de son travail est plus tardive et se rapproche de 85o.

(( Adon, archevêque de Vienne, vers 870, employa tous ses

(( prédécesseurs, sauf les deux derniers. Mais il fit surtout usage

(( du premier, le Petit Martyrologe Romain, qu'il mit en tête

(( de son propre ouvrage. Outre de nouvelles sources, il em- (( ploie fréquemment des Vies de saints auxquelles il fait de

« larges emprunts. C'est pour cette raison qu'Adon l'em-

l'ampleur de son œuvre sur tous ses prédéces-

(( porte par

« seurs.

« Il l'emporte aussi sur ses successeurs, qui se trouvant en

« présence d'une richesse peut-être trop considérable, s'appli-

« quèrent dès lors à abréger leurs martyrologes.

(( Le travail d'Usuard, moine de Saint-Germain des Prés, se « rattache si étroitement à celui d'Adon, qu'il peut être con-

« sidéré comme une édition abrégée de celui-ci. il est d'autant

(( plus étonnant, après cela, qu'CJsuard, dans sa préface, après (f avoir nommé ses prédécesseurs, Jérôme, Bède et Florus,

«

n'ait

pas même dit un mot d'Adon, et se soi