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Réflexions autour des Fleurs du Mal

« alchimie poétique : la boue et l’or »

Le recueil Les Fleurs du Mal sont le fruit de 20 ans de travail de la part de Charles Baudelaire, qui y publie des poèmes
écrits depuis 1840. Une première édition en 1857 sera censurée à l’issue d’un procès pour outrage aux bonnes mœurs.
Je vous conseille d’aller lire la page 385 de votre manuel, qui explique cela très bien. Voici un extrait d’un critique
littéraire dans un journal qui rend compte de sa lecture des Fleurs du Mal… :

Baudelaire est donc condamné à enlever 6 poèmes, qui sont aujourd’hui publiés sous le titre « les épaves » ou « pièces
condamnées ». En principe, vous les avez dans votre livre.
Il change la structure de ses sections, ajoute la section « tableaux parisiens ».
= nous étudions cette édition de 1861.

Nous verrons en quoi ce parcours qu’on nous propose d’une « alchimie poétique », entre « la boue et l’or », nous fait
réfléchir à ce recueil comme une aventure poétique, artistique, mais aussi une aventure spirituelle.

1. Une aventure poétique et artistique

- Le mot « poésie » vient du verbe grec « poiein » qui veut dire : créer !
Le poète = c’est le créateur, c’est le savant au travail. C’est ainsi qu’il se montre dans beaucoup de poèmes du début
du recueil
Dans « la Muse malade », il s’adresse à la Muse, déesse de l’inspiration (déesse entourant Apollon, dieu des arts dans
l’Antiquité) :
Je voudrais qu’exhalant l’odeur de la santé
Ton sein de pensers forts fût toujours fréquenté,
Et que ton sang chrétien coulât à flots rhythmiques,
Comme les sons nombreux des syllabes antiques,
= il aimerait que la Muse lui inspire des poèmes comparables à ceux des poètes antiques. Car pour lui, l’époque où il
vit est une époque de misère et son esprit est en proie à l’horreur.

Ma pauvre muse, hélas ! qu’as-tu donc ce matin ?


Tes yeux creux sont peuplés de visions nocturnes,
Et je vois tour à tour réfléchis sur ton teint
La folie et l’horreur, froides et taciturnes.

C’est ce qu’on retrouve dans « Le mauvais moine »


Mon âme est un tombeau que, mauvais cénobite,
Depuis l’éternité je parcours et j’habite ;
Rien n’embellit les murs de ce cloître odieux.

Ô moine fainéant ! quand saurai-je donc faire


Du spectacle vivant de ma triste misère
Le travail de mes mains et l’amour de mes yeux ?

Dans ce que j’ai surligné, on voit bien la question que se pose Baudelaire : il s’agit bien de transformer en poésie
quelque chose de bas, de vil, en « travail » et en « amour », en poésie.

Le poème « le guignon » témoigne de toute la difficulté de la tâche du poète au travail :


Bien qu’on ait du cœur à l’ouvrage,
L’Art est long et le Temps est court.

il donne l’impression qu’il n’arrive pas à trouver ce qu’il cherche, comme s’il était un mineur de fond, à la recherche
d’un poème extraordinaire qu’il ne trouve pas :
— Maint joyau dort enseveli
Dans les ténèbres et l’oubli,
Bien loin des pioches et des sondes ;

Mainte fleur épanche à regret


Son parfum doux comme un secret
Dans les solitudes profondes.

- dans les Fleurs du Mal, il se donne pour défi de sublimer la laideur, d’en faire un objet esthétique, c’est ce qu’il écrit
dans un projet de préface :
Des poètes illustres s’étaient partagé depuis longtemps les provinces les plus fleuries du domaine poétique. Il m’a paru
plaisant, et d’autant plus agréable que la tâche était plus difficile, d’extraire la beauté du mal. Ce livre, essentiellement
inutile et absolument innocent, n’a pas été fait dans un autre but que de me divertir et d’exercer mon goût passionné de
l’obstacle.

= il s’agit bien d’un défi, c’est parce que c’est difficile de rendre poétique quelque chose de laid, que ça l’intéresse
comme expérience, aventure poétique.

- dans un autre passage de ce même projet de préface, il va bien distinguer l’aventure poétique, esthétique, et le
contenu moral, en imaginant ce qu’il aurait pu dire à tous ceux qui trouvent que son projet est dangereux :

Qu’est-ce que la poésie ? Quel est son but ? De la distinction du Bien d’avec le Beau ; de la Beauté dans le Mal ; que le
rythme et la rime répondent dans l’homme aux immortels besoins de monotonie, de symétrie et de surprise ; de
l’adaptation du style au sujet ; de la vanité et du danger de l’inspiration

= il sépare la morale (le bien / le mal) et la recherche esthétique


→ le poète peut tout « travailler » par la poésie, et même, si le matériau de départ est bas, sans attrait, il aura la tâche
plus difficile et s’il arrive à créer de la beauté poétique, il aura accompli une tâche plus difficile que les poètes qui
parlent de belles choses.

→ en cela, il s’accorde avec des théories qui avaient cours à son époque
- la dédicace du recueil est à Théophile Gauthier, qu’il qualifie de « poète impeccable » : Théophile Gauthier a été un
poète romantique dans sa jeunesse et en 1857, est devenu un adepte de l’Art pour l’art, c’est-à-dire qu’il préfère une
poésie plus objective, moins sentimentale, descriptive, au service du travail de la matière.
C’est à lui que Baudelaire dédie ses « fleurs maladives »…

- Baudelaire est aussi en lien avec le Romantisme du début du siècle, on dit même qu’il appartient au dernier
Romantisme. Victor Hugo, le poète-phare du Romantisme des années 1820/1840, exilé en Angleterre à cause du coup
d’état de Louis-Napoléon Bonaparte, au moment où paraît le recueil de Baudelaire, Victor Hugo donc avait montré
que les héros monstrueux étaient des ressources littéraires fabuleuses (pensez à Casimodo, le sonneur de Notre Dame
dans le roman de Victor Hugo). "le beau est toujours bizarre", dit Baudelaire, dans un de ses essais.

- il est aussi au cœur des réflexions de son temps sur le renouvellement des formes artistiques : lui qui a horreur du
« progrès », qu’il trouve anti poétique au possible, il est pour la « modernité » en poésie et en art, ce que confirmera
la section « Tableaux parisiens » où il décrit le Paris de son temps, pas du tout idéalisé. Ainsi, il a quelque chose à voir
avec les peintres réalistes, tels Courbet, qui d’ailleurs le peint dans son tableau : L’atelier du peintredans les années
1850, et Edouard Manet dans La musique aux tuileries, dans les années 1860.

- les sujets que va choisir Baudelaire vont associer la beauté au mal, l’or et la boue : comme les alchimistes qui
voulaient transformer le fer en or, il va partir de matériaux non nobles et ne pas hésiter à choisir ce qui choque

- la section "fleurs du mal", à l’intérieur du recueil « fleurs du mal », c’est un peu « le saint des saints » de l’horreur,
avec des poèmes sur la destruction, le sang, « la Débauche et la Mort ».

- dans « spleen et idéal », le poème qui en est devenu une sorte d’emblème, c’est «une charogne"

Rappelez-vous l’objet que nous vîmes, mon âme, Et le ciel regardait la carcasse superbe
Ce beau matin d’été si doux : Comme une fleur s’épanouir.
Au détour d’un sentier une charogne infâme La puanteur était si forte, que sur l’herbe
Sur un lit semé de cailloux, Vous crûtes vous évanouir.

Les jambes en l’air, comme une femme lubrique, Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
Brûlante et suant les poisons, D’où sortaient de noirs bataillons
Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Son ventre plein d’exhalaisons. Le long de ces vivants haillons.

Mais je vous conseille aussi


« les métamorphoses du vampire », pièce condamnée…

Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle, À mes côtés, au lieu du mannequin puissant
Et que languissamment je me tournai vers elle Qui semblait avoir fait provision de sang,
Pour lui rendre un baiser d’amour, je ne vis plus Tremblaient confusément des débris de squelette,
Qu’une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus ! Qui d’eux-mêmes rendaient le cri d’une girouette
Je fermai les deux yeux, dans ma froide épouvante, Ou d’une enseigne, au bout d’une tringle de fer,
Et quand je les rouvris à la clarté vivante, Que balance le vent pendant les nuits d’hiver.

= ici, Baudelaire choisit un sujet typiquement tiré de ce qu’on appelle le romantisme gothique, qui relève du
fantastique, car tout pourrait être un cauchemar qu’il lie à une scène érotique. Bref, évidemment, nous sommes très
loin de sujets « sentimentaux »…

- même chose pour la douleur morale, la « boue » morale.


Baudelaire va écrire sur le "spleen" = mot anglais introduit au 18ème siècle. Avec Baudelaire, il devient le lieu des
cauchemars de l'auteur et du poète :

On y trouve :
- le refus de soi, la dégradation de soi, le remords qui ronge dans un poème comme « l’ héautontimoroumenos (mot
grec qui veut dire : le bourreau de soi-même)

Ne suis-je pas un faux accord Je suis la plaie et le couteau !


Dans la divine symphonie, Je suis le soufflet et la joue !
Grâce à la vorace Ironie Je suis les membres et la roue,
Qui me secoue et qui me mord ? Et la victime et le bourreau !

Elle est dans ma voix, la criarde ! Je suis de mon cœur le vampire,


C’est tout mon sang, ce poison noir ! — Un de ces grands abandonnés
Je suis le sinistre miroir Au rire éternel condamnés,
Où la mégère se regarde. Et qui ne peuvent plus sourire !

= autoportrait du poète en proie à la souffrance du cynisme, de l’ironie cruelle qui se retourne contre lui, qu’il
retourne contre lui. = il prend le pire de la souffrance, pour en faire une œuvre d’art.
- dans les causes du spleen, il y a aussi le rejet par l’autre, le sentiment d’être incompris : le poète, c’est « l’albatros »

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !


Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !

Le Poëte est semblable au prince des nuées


Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.
= le poète, c’est celui qui est totalement inadapté au monde « normal »…d’où le spleen.

- le spleen, c’est aussi l’angoisse de la mort et du temps qui fuit, qui s’échappe, qui rend plus pénible encore la difficulté
à créer, à agir, la procrastination, la stérilité, la désolation = le Temps, c’est « l’ennemi ».
— Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !

Je vous donne ici le lien vers une mise en images du poème « l’horloge », où …
Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! — Rapide, avec sa voix
D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

- Dans le spleen, cette « boue » morale qui étreint le poète, on trouve également un paradoxe : l’éternité de l’angoisse
et du désir que l’on ne peut dissocier, notamment dans le poème « duellum », qui met en scène l’humanité toujours
à se battre et à s’étreindre.

- on y trouve dès le premier poème, adressé « au lecteur », l’Ennui, avec un E majuscule : cette détresse qui empare
l’homme quand il reste seul dans sa chambre, obligé de contempler sa condition mortelle1.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,


Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices,

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !


Quoiqu’il ne pousse ni grands gestes ni grands cris,
Il ferait volontiers de la terre un débris
Et dans un bâillement avalerait le monde ;

C’est l’Ennui ! — l’œil chargé d’un pleur involontaire,


Il rêve d’échafauds en fumant son houka.
Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat,
— Hypocrite lecteur, — mon semblable, — mon frère !

- parmi les divertissements qui permettent d’échapper à l’ennui :


- l’Art, comme les Parnassiens cf : « les phares », « la beauté »
- l’exotisme cf : « la chevelure », « parfum exotique »
- l’ivresse . section « le vin »
- la sensualité et l’érotisme, dans toutes ses facettes cf « Les bijoux » . « Lesbos ».

1
Baudelaire ici reprend les idées de Blaise Pascal, écrivain du XVIIème siècle, qui a décrit cet Ennui, qui nous étreint quand nous sommes dans
la solitude totale. Pour Blaise Pascal, les hommes y échappent par le « divertissement », tout ce qui peut nous amuser et nous empêcher de
penser à nous-mêmes, à ce que nous sommes : des êtres mortels. Pour Pascal, il faudrait au contraire se tourner vers Dieu.
- l’Ailleurs : cf « l’invitation au voyage » « Le Voyage »

- or, de tous ces moyens, seul l’art est sûr. L’ivresse de la création est sûre.
C’est ce qu’il dit dans un des Petits poèmes en prose, qu’il écrira quelques années plus tard : dans « Une mort héroïque
», il écrit que « l'ivresse de l'art est plus apte que toute autre à voiler les terreurs du gouffre ». le gouffre du spleen, de
l’appel mortifère, l’angoisse de vivre et de mourir.

- comme pour le savant alchimiste du Moyen Age, le poète part donc, comme on l’a vu de matériaux non nobles,
physiques ou moraux, et va les transformer par la poésie : il va essayer par ses images, par son travail sur les sonorités
et le rythme d’en faire quelque chose de Beau

- en fait, la forme des poèmes de Baudelaire n’est pas aussi nouvelle que les sujets qu’il exploite : il utilise le plus
souvent le sonnet, qui vient de la Pléiade (16e siècle), parce qu’il aime beaucoup la contrainte que cela donne : il faut
tout dire en 14 vers.

Une des seules formes nouvelles qu’il utilise, c’est le pantoum, avec une reprise de vers assez originale : cf "harmonie
du soir"

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige


Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;


Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

= il franchira une nouvelle étape dans sa « science alchimiste », avec les poèmes en prose, quand il transformera la
prose en poésie : dans les Petits Poèmes en Prose, on voit le travail de la langue sur ce qui ressemble pourtant le plus
au langage de tous les jours, alors que dans la poésie versifiée, rien que le vers éloigne déjà du langage de tous les
jours.

Dans notre recueil, il utilise les formes très classiques du vers, avec une prédominance d’alexandrins.
- on peut étudier le travail musical sur la langue, notamment dans les poèmes avec refrains :
"réversibilité"44 « l’invitation au voyage"53 "moesta et errabunda"62 (= triste et vagabonde)

- il joue avec les changements métriques


cf "le serpent qui danse" 8/5, s’accordant à la danse chaloupée de la belle

cf "une charogne" , où il reprend une alternance 12/8 très fréquente chez les poètes lyriques, parce que cela crée un
effet d’attente, mais ici pour dire des horreurs !

cf. "l'invitation au voyage" avec un rythme 5/7 = faire de la mélodie avec des vers impairs, qui donnent toujours
l'impression d'être un peu en suspens, puisqu'on a forcément une différence de quantité de syllabes entre deux parties
du même vers (alors que l’alexandrin : 6+6)

- le travail sur les sonorités est extrêmement raffiné : cf. études des poèmes pour le bac.

Ainsi, bien des vers se fixent dans l’esprit, par leur mélodie, leur harmonie qui crée une sorte de musique originale,
unique.

- les images sont aussi ce qui va permettre cette transmutation, cette transformation du matériau réel en « or » de la
poésie. Parmi mille autres images :
LE POISON

Le vin sait revêtir le plus sordide bouge


D’un luxe miraculeux,
Et fait surgir plus d’un portique fabuleux
Dans l’or de sa vapeur rouge,
Comme un soleil couchant dans un ciel nébuleux.

= ici par exemple, le vin de l’ivresse est personnifié en magicien, la « vapeur rouge » devient « l’or » et est comparé
au « soleil couchant ».

Mais vous pouvez en trouver pratiquement dans chaque poème.


Dans le « spleen » qui commence par le vers « quand le ciel bas et lourd », on voit le travail du poète pour donner au
plus près le ressenti de son angoisse, avec toutes les images de prison, d’animaux considérés comme répugnants, de
combat épique où « l’Angoisse, atroce, despotique, plante son drapeau noir »

Le poème « spleen » 76 est une succession d’images pour qualifier son triste cerveau, et l’ensemble aboutit à un
kaléidoscope poétique, du « cimetière abhorré de la lune» au « vieux Sphinx ignoré ».

= ainsi, le poète, en partant de ce qui est laid, de ce qui fait mal, de ce qui nous rend épouvantablement malheureux,
tire l’élixir du poème, jusqu’à arriver à la Beauté, le poème dont on ne peut changer un mot sans changer l’équilibre
de l’ensemble. C’est un peu cet éloge de la Beauté, de l’Esthétique, qui est au cœur de la recherche artistique au 19 e
siècle, que l’on trouve dans ce poème :
LA BEAUTE
Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour, Les poëtes, devant mes grandes attitudes,
Est fait pour inspirer au poëte un amour Que j’ai l’air d’emprunter aux plus fiers monuments,
Éternel et muet ainsi que la matière. Consumeront leurs jours en d’austères études ;

Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris ; Car j’ai, pour fasciner ces dociles amants,
J’unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ; De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :
Je hais le mouvement qui déplace les lignes, Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

= les vers que j’ai surlignés vous montrent que pour Baudelaire, la Beauté, c’est d’abord de l’étude, et non pas du
sentimentalisme (encore moins de la « fumette »…). Dans un de ses journaux intimes, il dit par exemple que si vous
n’avez pas, pour un mot donné, dix rimes qui arrivent tout de suite, vous n’êtes pas digne du nom de poète !...

Cf. dans le poème « le Soleil », il se peint :


Je vais m’exercer seul à ma fantasque escrime,
Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
Trébuchant sur les mots comme sur les pavés,
Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.
Et comme le soleil y est comparé au poète :
Quand, ainsi qu’un poëte, il descend dans les villes,
Il ennoblit le sort des choses les plus viles
= par son travail esthétique, par son aventure créatrice, la plume à la main, à partir de pas grand-chose, le poète
transforme la boue en or.

C’est ce qu’il dit dans le projet d’épilogue, qu’il n’a pas terminé : il s’y adresse à la ville de Paris, qu’il personnifie.

Ton vice vénérable étalé dans la soie, Tes dômes de métal qu’enflamme le soleil,
Et ta vertu risible, au regard malheureux, Tes reines de théâtre aux voix enchanteresses,
Douce, s’extasiant au luxe qu’il déploie… Tes tocsins, tes canons, orchestre assourdissant,
Tes magiques pavés dressés en forteresses,
Tes principes sauvés et tes lois conspuées, Tes petits orateurs, aux enflures baroques,
Tes monuments hautains où s’accrochent les brumes. Prêchant l’amour, et puis tes égouts pleins de sang,
S’engouffrant dans l’Enfer comme des Orénoques, Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte.
Tes anges, tes bouffons neufs aux vieilles défroques Car j’ai de chaque chose extrait la quintessence,
Anges revêtus d’or, de pourpre et d’hyacinthe,
Ô vous, soyez témoins que j’ai fait mon devoir Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or.

= la « quintessence », dans le vocabulaire des alchimistes, c’est le « cinquième élément », ce qu’il y a de plus précieux,
de plus rare, « essentiel ».
Le dernier vers est exactement l’intitulé de notre parcours : c’est bien l’objectif du poète.

2. La création poétique est aussi une aventure spirituelle :


Non seulement la création poétique, l’alchimie poétique, transforme la « boue » des matériaux en « or » du
poème, en « fleur du mal », mais elle aide à sortir de la « boue » du malheur pour nous élever vers la contemplation
esthétique, qui va nous éclairer, nous remplir d’une profonde satisfaction.
- en effet, l’Art va arracher l'homme à sa condition par l'ivresse poétique : c’est ce que dit Baudelaire dans l’ "hymne
à la beauté"
Que tu viennes du ciel ou de l’enfer, qu’importe,
Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton œil, ton souris, ton pied, m’ouvrent la porte
D’un Infini que j’aime et n’ai jamais connu ?

De Satan ou de Dieu, qu’importe ? Ange ou Sirène,


Qu’importe, si tu rends, — fée aux yeux de velours,
Rhythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! —
L’univers moins hideux et les instants moins lourds ?

= la Beauté, et donc la création poétique pour y arriver, aide à vivre !

- l’action du poète a quelque chose à voir également avec l’élévation


Lui seul sait déchiffrer les correspondances par la création de nouvelles images, la traduction de synesthésies

CORRESPONDANCES Vaste comme la nuit et comme la clarté,


Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ; Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
L’homme y passe à travers des forêts de symboles Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
Qui l’observent avec des regards familiers. — Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Comme de longs échos qui de loin se confondent Ayant l’expansion des choses infinies,
Dans une ténébreuse et profonde unité, Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

= le poète est celui qui exprime les synesthésies, la rencontre de plusieurs sens simultanés, comme ici, « les parfums,
les couleurs et les sons » qui « se répondent », par la comparaison de parfums avec le son d’un hautbois, ou la
comparaison d’un parfum avec la couleur verte des prairies.
= le poète capable d’imaginer ses rapports entre les choses, crée une correspondance entre ce sens et cet autre sens
→ il enrichit la perception que l’on a des choses
→ il est celui par qui « l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens » vont chanter « les transports de l’esprit et des
sens »,
Il est comme dans « élévation », celui qui comprend « le langage des fleurs et des choses muettes »

= il n’est plus comme Victor Hugo, un prophète qui va dire au peuple ce que Dieu lui a dicté. Mais il a toujours une
fonction un peu mystique :
"c'est à la fois par et à travers à la poésie, par et à travers la musique que l'âme entrevoit les splendeurs situées derrière le
tombeau"

C’est ce qui rend sa mission supérieure et tragique :


- le poète, certes est montré comme supérieur, comme l'albatros. Il se rêve peut-être « phare » pour l'humanité,
comme ces peintres que Baudelaire admire

LES PHARES Comme des papillons, errent en flamboyant,


Décors frais et léger éclairés par des lustres
Rubens, fleuve d’oubli, jardin de la paresse, Qui versent la folie à ce bal tournoyant ;
Oreiller de chair fraîche où l’on ne peut aimer,
Mais où la vie afflue et s’agite sans cesse, Goya, cauchemar plein de choses inconnues,
Comme l’air dans le ciel et la mer dans la mer ; De fœtus qu’on fait cuire au milieu des sabbats,
De vieilles au miroir et d’enfants toutes nues,
Léonard de Vinci, miroir profond et sombre, Pour tenter les démons ajustant bien leurs bas ;
Où des anges charmants, avec un doux souris
Tout chargé de mystère, apparaissent à l’ombre Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges,
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays ; Ombragé par un bois de sapins toujours vert,
Où, sous un ciel chagrin, des fanfares étranges
Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures, Passent, comme un soupir étouffé de Weber ;
Et d’un grand crucifix décoré seulement,
Où la prière en pleurs s’exhale des ordures, Ces malédictions, ces blasphèmes, ces plaintes,
Et d’un rayon d’hiver traversé brusquement ; Ces extases, ces cris, ces pleurs, ces Te Deum,
Sont un écho redit par mille labyrinthes ;
Michel-Ange, lieu vague où l’on voit des Hercules C’est pour les cœurs mortels un divin opium !
Se mêler à des Christs, et se lever tout droits
Des fantômes puissants qui dans les crépuscules C’est un cri répété par mille sentinelles,
Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts ; Un ordre renvoyé par mille porte-voix ;
C’est un phare allumé sur mille citadelles,
Colères de boxeur, impudences de faune, Un appel de chasseurs perdus dans les grands bois !
Toi qui sus ramasser la beauté des goujats,
Grand cœur gonflé d’orgueil, homme débile et jaune, Car c’est vraiment, Seigneur, le meilleur témoignage
Puget, mélancolique empereur des forçats ; Que nous puissions donner de notre dignité
Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge
Watteau, ce carnaval où bien des cœurs illustres, Et vient mourir au bord de votre éternité !

= c’est un élu mais incompris : comme l’albatros, il est condamné à vivre dans des cieux d’où il voit le monde tel qu’il
est et moqué dès qu’il se pose parmi les hommes.
= élu mais maudit, comme les alchimistes du Moyen Age…

- maudit aussi car le rêve de beauté s’éloigne au fil du recueil, dirait-on, le spleen donne l’impression de l’emporter
dans les contenus, dans ce que disent les poèmes : on l’entend bien dans le poème « alchimie de la douleur »
Par toi je change l’or en fer
Et le paradis en enfer ;
Dans le suaire des nuages

Je découvre un cadavre cher,


Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages.

= c’est le ratage, dû à la mort des êtres chers et au spleen qui l’étreint.

- de plus, le poète nous expose son drame : l’impuissance à créer, à atteindre l'idéal.
Dans « la cloche fêlée", il avoue :
"moi, mon âme est fêlée"
= l'âme et la cloche sonnent faux…

- on dirait peu à peu que le constat de ce qu’il voit recouvre tout du drapeau noir du spleen : l’homme et la femme
vivent dans « l’immortel péché »… (Voyage VI).
- le poète est dans la chambre de tortures du corps syphilitique et du cerveau en proie aux crises d’angoisse soignées
par du laudanum
→ cycle infernal de l’addiction (cf « rêve parisien »)

= c’est le contraire de l’alchimie, ou du moins, c’est une sorte d’alchimie négative, qui fait passer de l’or de « l’idéal »
rêvé (allez lire « la vie antérieure », par exemple ; ou « le balcon ») à la boue du néant.

- il reste la dernière solution, qui fera peut-être passer de nouveau, de la boue à l’or : l’inconnu du dernier voyage,
l’appel vers un ailleurs qui nécessitera la mort du corps ici-bas ou du gouffre à l’abîme de la contemplation poétique :
ce sont les deux dernières strophes qu’il place à la fin de son recueil :

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l’ancre !


Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre,
Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons !

Verse-nous ton poison pour qu’il nous réconforte !


Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu’importe ?
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !

Baudelaire retrouve ici les accents de Chateaubriand. Dans son récit autobiographique René, en 1802, le
personnage éponyme , terrassé par le deuil et la solitude, criait ceci :

« Levez-vous vite, orages désirés qui devez emporter René dans les espaces d’une autre vie ! »

En proie au mal du siècle, le héros de Chateaubriand trouvera la paix dans une nature sauvage.
Baudelaire, lui, nous offre l’Art comme remède : que chaque « fleur du mal » devienne un objet d’art dont la
contemplation nous emporte. Ce n’est plus la Nature qui est le refuge, c’est l’œuvre d’art elle-même…

Ceux qui viendront après lui (Verlaine, Rimbaud, Cendrars, Apollinaire, les surréalistes…), tous s’inspireront de la
liberté qu'il a fait souffler sur la poésie et donneront à la poésie la fonction de transmuter le langage par la place et le
travail des mots et du rythme, se libèreront de la versification régulière, et garderont l'importance de l'image et de
l'imagination, en dehors de tout concept moral ou moralisant, contrairement à Victor Hugo, par exemple, qui fait
servir la poésie à ses idées politiques.
Pour Baudelaire :
" la poésie n'a pas d'autre but qu'elle-même"

et c'est en cela qu'elle transforme le monde, en nous donnant accès à cette émotion étonnante que pour l’instant
nous sommes la seule espèce à éprouver, celle qui nous a fait peindre sur des roches, chercher le geste parfait, chanter
des odes et des hymnes : l’émotion esthétique.
Annexes : deux poèmes en prose + le tableau de Courbet et le tableau de Manet

LA CHAMBRE DOUBLE commun avec cette vie suprême dont j’ai maintenant
connaissance et que je savoure minute par minute,
Une chambre qui ressemble à une rêverie, une seconde par seconde !
chambre véritablement spirituelle, où l’atmosphère Non ! il n’est plus de minutes, il n’est plus de secondes !
stagnante est légèrement teintée de rose et de bleu. Le temps a disparu ; c’est l’Éternité qui règne, une
L’âme y prend un bain de paresse, aromatisé par le éternité de délices !
regret et le désir. — C’est quelque chose de Mais un coup terrible, lourd, a retenti à la porte, et,
crépusculaire, de bleuâtre et de rosâtre ; un rêve de comme dans les rêves infernaux, il m’a semblé que je
volupté pendant une éclipse. recevais un coup de pioche dans l’estomac.
Les meubles ont des formes allongées, prostrées, Et puis un Spectre est entré. C’est un huissier qui vient
alanguies. Les meubles ont l’air de rêver ; on les dirait me torturer au nom de la loi ; une infâme concubine
doués d’une vie somnambulique, comme le végétal et qui vient crier misère et ajouter les trivialités de sa vie
le minéral. Les étoffes parlent une langue muette, aux douleurs de la mienne ; ou bien le saute-ruisseau
comme les fleurs, comme les ciels, comme les soleils d’un directeur de journal qui réclame la suite du
couchants. manuscrit.
Sur les murs nulle abomination artistique. La chambre paradisiaque, l’idole, la souveraine des
Relativement au rêve pur, à l’impression non analysée, rêves, la Sylphide, comme disait le grand René, toute
l’art défini, l’art positif est un blasphème. Ici, tout a la cette magie a disparu au coup brutal frappé par le
suffisante clarté et la délicieuse obscurité de Spectre.
l’harmonie. Horreur ! je me souviens ! je me souviens ! Oui ! ce
Une senteur infinitésimale du choix le plus exquis, à taudis, ce séjour de l’éternel ennui, est bien le mien.
laquelle se mêle une très-légère humidité, nage dans Voici les meubles sots, poudreux, écornés ; la
cette atmosphère, où l’esprit sommeillant est bercé cheminée sans flamme et sans braise, souillée de
par des sensations de serre-chaude. crachats ; les tristes fenêtres où la pluie a tracé des
La mousseline pleut abondamment devant les fenêtres sillons dans la poussière ; les manuscrits, raturés ou
et devant le lit ; elle s’épanche en cascades neigeuses. incomplets ; l’almanach où le crayon a marqué les
Sur ce lit est couchée l’Idole, la souveraine des rêves. dates sinistres !
Mais comment est-elle ici ? Qui l’a amenée ? quel Et ce parfum d’un autre monde, dont je m’enivrais avec
pouvoir magique l’a installée sur ce trône de rêverie et une sensibilité perfectionnée, hélas ! il est remplacé
de volupté ? Qu’importe ? la voilà ! je la reconnais. par une fétide odeur de tabac mêlée à je ne sais quelle
Voilà bien ces yeux dont la flamme traverse le nauséabonde moisissure. On respire ici maintenant le
crépuscule ; ces subtiles et terribles mirettes, que je ranci de la désolation.
reconnais à leur effrayante malice ! Elles attirent, elles Dans ce monde étroit, mais si plein de dégoût, un seul
subjuguent, elles dévorent le regard de l’imprudent qui objet connu me sourit : la fiole de laudanum ; une
les contemple. Je les ai souvent étudiées, ces étoiles vieille et terrible amie ; comme toutes les amies, hélas !
noires qui commandent la curiosité et l’admiration. féconde en caresses et en traîtrises.
À quel démon bienveillant dois-je d’être ainsi entouré Oh ! oui ! Le Temps a reparu ; Le Temps règne en
de mystère, de silence, de paix et de parfums ? Ô souverain maintenant ; et avec le hideux vieillard est
béatitude ! ce que nous nommons généralement la vie, revenu tout son démoniaque cortége de Souvenirs, de
même dans son expansion la plus heureuse, n’a rien de
Regrets, de Spasmes, de Peurs, d’Angoisses, de goût ; un paysage fait avec la lumière et le minéral, et
Cauchemars, de Colères et de Névroses. le liquide pour les réfléchir ! »
Je vous assure que les secondes maintenant sont Mon âme ne répond pas.
fortement et solennellement accentuées, et chacune, « Puisque tu aimes tant le repos, avec le spectacle du
en jaillissant de la pendule, dit : — « Je suis la Vie, mouvement, veux-tu venir habiter la Hollande, cette
l’insupportable, l’implacable Vie ! » terre béatifiante ? Peut-être te divertiras-tu dans cette
Il n’y a qu’une Seconde dans la vie humaine qui ait contrée dont tu as souvent admiré l’image dans les
mission d’annoncer une bonne nouvelle, la bonne musées. Que penserais-tu de Rotterdam, toi qui aimes
nouvelle qui cause à chacun une inexplicable peur. les forêts de mâts, et les navires amarrés au pied des
Oui ! le Temps règne ; il a repris sa brutale dictature. Et maisons ? »
il me pousse, comme si j’étais un bœuf, avec son Mon âme reste muette.
double aiguillon. — « Et hue donc ! bourrique ! Sue « Batavia te sourirait peut-être davantage ? Nous y
donc, esclave ! Vis donc, damné ! » trouverions d’ailleurs l’esprit de l’Europe marié à la
beauté tropicale. »
Pas un mot. — Mon âme serait-elle morte ?
ANYWHERE OUT OF THE WORLD « En es-tu donc venue à ce point d’engourdissement
N’IMPORTE OÙ HORS DU MONDE. que tu ne te plaises que dans ton mal ? S’il en est ainsi,
fuyons vers les pays qui sont les analogies de la Mort.
Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé — Je tiens notre affaire, pauvre âme ! Nous ferons nos
du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en malles pour Tornéo. Allons plus loin encore, à l’extrême
face du poêle, et celui-là croit qu’il guérirait à côté de bout de la Baltique ; encore plus loin de la vie, si c’est
la fenêtre. possible ; installons-nous au pôle. Là le soleil ne frise
Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis qu’obliquement la terre, et les lentes alternatives de la
pas, et cette question de déménagement en est une lumière et de la nuit suppriment la variété et
que je discute sans cesse avec mon âme. augmentent la monotonie, cette moitié du néant. Là,
« Dis-moi, mon âme, pauvre âme refroidie, que nous pourrons prendre de longs bains de ténèbres,
penserais-tu d’habiter Lisbonne ? Il doit y faire chaud, cependant que, pour nous divertir, les aurores boréales
et tu t’y ragaillardirais comme un lézard. Cette ville est nous enverront de temps en temps leurs gerbes roses,
au bord de l’eau ; on dit qu’elle est bâtie en marbre, et comme des reflets d’un feu d’artifice de l’Enfer ! »
que le peuple y a une telle haine du végétal, qu’il Enfin, mon âme fait explosion, et sagement elle me
arrache tous les arbres. Voilà un paysage selon ton crie : « N’importe où ! n’importe où ! pourvu que ce
soit hors de ce monde ! »

Voici Baudelaire peint par Gustave Courbet en 1854-


55 et par Edouard Manet en 1862

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