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Chapitre 1 

: l’approche conceptuelle de la responsabilité pénale


des dirigeants

 La personne physique qui agit pour le compte d’une personne morale est
susceptible de voir sa responsabilité engagée par toute personne qui estime avoir
subi un préjudice. Les dirigeants sociaux peuvent ainsi voir leur responsabilité
engagée à l’égard de la société, des tiers ou encore des associés.

Ainsi, le dirigeant engage sa responsabilité à l’égard de la société et des


associés pour toutes les fautes commises dans l’exercice de ses fonctions, qu’il
s’agisse de fautes de gestion, de la violation d’une loi, d’un règlement ou des
statuts, ou encore pour non-respect du devoir de loyauté.1

Section 1 : la responsabilité pénale

Au Maroc, le Code pénal a apporté trois précisions au sujet de la


responsabilité pénale du malade mental : en premier lieu, et en tant que cause
d’irresponsabilité, l’aliénation mentale interdit de réprimer les infractions mais
ne supprime pas leur existence. En deuxième lieu, il distingue selon que
l’aliénation mentale a aboli ou simplement altéré le discernement ce qui se
traduit par une différence dans les effets en adoptant la notion de troubles des
facultés mentales ayant entraîné « l’impossibilité de comprendre ou de vouloir »,
ainsi que celle « d’affaiblissement des facultés mentales » de nature à réduire la
« compréhension ou la volonté ». En dernier lieu, il précise que l’obligation de
sursoir de statuer en cas de continuation des troubles mentaux faisant obstacle au
déroulement du procès pénal, constitue une garantie des droits de défense. 2

L’article 132 du Code pénal marocain (CPM) pose la règle générale qui
constitue le principe fondamental en matière de la responsabilité pénale en

1
Ibidem p 41

2
La détermination de la responsabilité pénale de l'aliéné mental au Maroc et ses effets sur le

déroulement du procès , Mohammed Barrimi, Said Khelafa, Souad Rharrabti, Chadya Aarab, Ismail

Rammouz,  Rachid Aalouane p 124


disposant que : « toute personne saine d’esprit et capable de discernement est
personnellement responsable :

– des infractions qu’elle commet; des crimes ou délits dont elle se rend
complice; des tentatives de crimes; des tentatives de certains délits qu’elle
réalise dans les conditions prévues par la loi. »

Il n’est dérogé à ce principe que lorsque la loi en dispose autrement.

Il a ajouté dans son article 133 que « les crimes et les délits ne sont
punissables que lorsqu’ils ont été commis intentionnellement, que les délits
commis par imprudence sont exceptionnellement punissables dans les cas
spécialement prévus par la loi et que les contraventions sont punissables même
lorsqu’elles ont été commises par imprudence, exception faite des cas où la loi
exige expressément l’intention de nuire ».

Il ne suffit pas que l’acte matériel soit accompli et que son auteur soit
identifié pour qu’une infraction donnée soit sanctionnée. Dans ce cas, il faut
aussi que l’auteur soit responsable pénalement. Or, l’existence de l’aliénation
mentale élimine cette responsabilité, parce qu’elle décolle les faits de leur nature
pénale et par conséquent elle anéantit l’aspect pénal de l’acte. De ce fait, la
personne pourra en bénéficier même si l’infraction a été commise
intentionnellement ou non.

La responsabilité pénale est l'obligation faite à une personne reconnue


coupable par un tribunal de répondre d'une infraction délictueuse commise ou
dont elle est complice, et de subir la sanction pénale prévue par le texte qui la
réprime.

Elle s'applique aux personnes physiques ainsi qu'aux personnes morales par


l'intermédiaire des mandataires sociaux, qui les représentent. C'est ainsi
qu'en droit du travail la responsabilité pénale d'un chef d'entreprise peut être
engagée car il doit prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer
la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses salariés.

Le délinquant peut être l’auteur matériel de l’infraction, le co-auteur ou le


complice. L’auteur matériel est celui qui accomplit personnellement l’infraction.
La coaction est constituée d’acte positif conjointe de tout participant direct à
l’action. La complicité est le fait de favoriser intentionnellement et
matériellement la commission d’une infraction sans y participer directement. Il
existe 3 formes de responsabilité pénale : celle des personnes physiques, celle
dite du fait d’autrui et la responsabilité des personnes morales.3

Mais les personnes morales qui n’ont ni chair, ni sang pourtant elles ont des
organes. Elles n’ont pas des sentiments, pourtant, elles ont une volonté. Elles
sont invisibles, pourtant, elles agissent et peuvent même se voir reprocher leur
inaction. Elles n’ont pas de domicile, pourtant, elles ont un siège… ».
(Emmanuel Drayer).

Une personne morale est une entité qui dispose de la personnalité juridique.
Elle dispose à cet égard de droits et d'obligations.

Le principe de responsabilité pénale d'une personne morale est donc celui


suivant lequel une entité peut être tenue responsable d'une infraction. 

Cependant, le droit pénal des sociétés vise à frapper les dirigeants qui, par
leur spéculation ou mauvaise connaissance, compromettent cet édifice et, afin
que nul n’échappe à ses responsabilités, le législateur marocain a élargi la
définition de la notion du «  dirigeant » de société.4

Au sens large, ce terme de dirigeant s’applique à toute personne ayant une


responsabilité dans le cadre de l’administration, de gestion ou de la direction
d’une entreprise. Dans une acception plus restreinte, la qualification de dirigeant
est réservée à celui qui assure «  la direction ». Cette fonction de direction, au
sens strict, comporte un double pouvoir : celui de prendre la décision et celui de
la faire exécuter.

C’est ainsi que l’article 702 du code de commerce englobe dans cette
catégorie tous les dirigeants de sociétés qu’elles que soient leur forme,
individuelle ou sociétaire et que ces dirigeants soit de fait ou de droit, rémunérés
ou non. Cette disposition permet de traquer les véritables responsables qui ont
pris la fâcheuse habitude de traiter leurs affaires en cachant derrière «  des
hommes de paille » installés par eux , ce qui leur permettait de mettre leurs

3
La détermination de la responsabilité pénale de l'aliéné mental au Maroc et ses effets sur le
déroulement du procès , Mohammed Barrimi, Said Khelafa, Souad Rharrabti, Chadya Aarab, Ismail
Rammouz,  Rachid Aalouane p 134
4
https://www.erudit.org/fr/revues/crimino/2016-v49-n1-crimino02473/1036197ar/
personnes et leurs fortunes a l’arbi des poursuites pénales et pouvoir ainsi
disparaitre dans la nature après avoir commis leur méfaits .5

Dont la cour de cassation a rendu décision le, 16/07/2003,2207/3 Réf : 15889

Juridiction
Cour de cassation
Chambre
Pénale
Pays/Ville
Maroc/Rabat

Objet : responsabilité du dirigeant d’une usine

La Cour déclare coupable d’abus de confiance le dirigeant ayant avoué


avoir personnellement signé l’autorisation de sortie de cinq machines à coudre
de l’usine, en insistant sur le fait qu’il n y a pas eu retour de ces dites machines.
La Cour relève aussi l’absence d’une quelconque organisation ou d’une
comptabilité fiable au sein de la structure en cause. Sont de plus recueillis des
témoignages ainsi que des preuves d’abus de confiance et de mauvaise foi du
dirigeant.6

Section 2 : les dirigeants sociaux

Le dirigeant de société est un mandataire social : il représente la société


dans tous ses actes de la vie courante de l'entreprise. En tant que mandataire, le
dirigeant sera donc responsable de ses actes et devra rendre des comptes aux
associés de la société. C'est le représentant légal de la société.

Les dirigeants sociaux sont responsables, individuellement ou


solidairement, selon le cas, envers la société ou envers les tiers, soit des
infractions aux dispositions législatives ou réglementaires applicables à chaque
type de société, soit des violations des statuts, soit des fautes commises dans leur
gestion.

5
La détermination de la responsabilité pénale de l'aliéné mental au Maroc et ses effets sur le
déroulement du procès , Mohammed Barrimi, Said Khelafa, Souad Rharrabti, Chadya Aarab, Ismail
Rammouz,  Rachid Aalouane p 139
6
Décision de la cour de cassation le 16/07/2003,2207/3 Réf : 15889
Le gérant assure des tâches très diverses : recrutement des salariés, gestion
administrative de l'entreprise et tenue de la comptabilité en sont des exemples. 

Très important : le dirigeant d’une entreprise individuelle (auto-entreprise


ou pas) est confondu avec la personnalité juridique de son entreprise. Le
patrimoine du dirigeant et de l’entreprise ne font donc qu’un et l'entrepreneur est
en principe indéfiniment responsable.

Une des caractéristiques du droit pénal des sociétés est de prévoir


essentiellement des délits de fonction. Les personnes les plus susceptibles
d’encourir une sanction pénale pour violation des prescriptions du droit des
sociétés sont naturellement les dirigeants sociaux, à savoir les dirigeants de droit
et de fait.7

Paragraphe 1 : Le dirigeant de droit

C’est celui qui détient ses pouvoirs d’une désignation d’un organe habilité,
qui l’investi de pouvoir de direction et de représentation.

Le statut de dirigeant de droit est attaché, par, principe, à une désignation


conforme aux dispositions légales ou statuaires applicables à chaque structure.

De ce fait , il suffit de se référer au droit applicable à chaque type de


société pour déterminer qui sont les personnes détenant , légalement , tout ou
partie de pouvoir d’administration , de gestion ou de direction .

Le dirigeant de droit est le représentant légal de la personne morale, ses


actions pourront engager, de plein droit, la responsabilité pénale de celle-ci.

Cette notion s’oppose à celle de représentant de fait ou de dirigeant


technique.

Il s’agit, par exemple, pour les sociétés les plus répondues, à savoir les SA
et les SARL ; SCA ; président du conseil d’administration ou du président du
directoire, et du gérant.

Mais la loi 17-95 relative aux SA au Maroc, emploie le terme «  organes ».


En effet, les dispositions relatives aux sanctions pénales sont applicables aux

7
La responsabilité civile des dirigeants sociaux en droit Ohada , André Akam Akam Revue,
internationale de droit économique p 36
membres des organes d’administration de direction ou de gestion (art 373 de la
loi 17-95) qui désignent :

Investi des pouvoirs de gestion et de contrôler, cette mission peut être


confié à un dirigeant de fait, qui sera responsable pénalement au même titre que
le dirigeant de droit. Dans ce cas, le dirigeant de fait sera, en absence d’une
définition juridique précise, celui qui répond aux critères retenus par la
jurisprudence.8

Quant à la qualité de dirigeant de droit, elle diffère d’un type de société à


l’autre. Ainsi la notion de dirigeant s’applique :

 Dans la SARL, la direction de la société est désignée sous


l'appellation de gérance et la fonction de dirigeant est assurée par un
ou plusieurs gérants personnes physiques. Aux termes de l'article
63 de la loi 05-96 modifiée et complétée par la loi 21-05 , dans
leurs rapports avec les associés, leurs pouvoirs sont déterminés par
les statuts et, dans le silence de ceux-ci chaque associé peut effectuer
tout acte de gestion dans l'intérêt de la société.

« Les dirigeants de droit » de la SARL, au sens des dispositions ci-dessus,


ce sont soit l'associé nommément désigné par les statuts, soit tous les associés en
l'absence de désignation par les statuts et qui sont, dans les deux cas, « investis
des pouvoirs les plus étendus pour agir en toutes circonstances au nom de la
société », étant précisé que' en cas de pluralité de gérants, ceux-ci
détiennent séparément ces pouvoirs (5èmè alinéa de l'article 64). Par
conséquent, dans la SARL, à une pluralité de gérants, correspond une pluralité
de dirigeants pénalement responsables.9

 Les sociétés anonymes, le titre XIV intitulé sanctions pénales, de


la loi 17-95 modifiée et complétée par la loi 20-05 sur les SA
mentionne « les membres des organes d'administration, de direction
ou de gestion » et qui sont, aux termes de l'article 373 de la ladite
loi :
8
Dahir n° 1-96-124 du 14 rabii II 1417 (30 août 1996) portant promulgation de la loi n° 17-95 relative aux
sociétés anonymesd
9
Le nouveau droit pénal des sociétés au Maroc , Rachid Lazrak p 16
« - dans les sociétés anonymes à conseil d'administration, les membres du
conseil d'administration y compris, le président, les directeurs généraux et les
directeurs généraux délégués;

« - dans les sociétés anonymes à directoire et à conseil de surveillance, les


membres de ces organes ».

Tout d'abord le cas de la SA à conseil d'administration, la loi confère


certes aux administrateurs, à travers les pouvoirs du conseil d'administration,
« les pouvoirs les plus étendus pour prendre en toutes circonstances toutes
décisions nécessaires à la réalisation de son objet social, au nom de la société.. »,
mais elle fait une distinction entre les « administrateurs dirigeants » et « les
administrateurs non dirigeants ». Cette distinction 'est ce qui découle de l'article
76 qui dispose : « les administrateurs non
dirigeants sont particulièrement chargés, au sein du conseil, du contrôle de la
gestion et du suivi des audits internes et externes. Ils peuvent constituer entre
eux un comité des investissements et un comité des traitements et
rémunérations ». Or, les fonctions de contrôle de la gestion et du suivi des audits
sont justement à l'opposé de la direction et de la gestion et relèvent plutôt des
pratiques du « gouvernement d'entreprise » qui préconisent la séparation des
deux types de fonction avec les conséquences que cela peut signifier pour la
partie susceptibles de se voir engager sa responsabilité pénale.10

Il apparaît donc, du moins en droit dans le cas marocain, que la


responsabilité pénale du dirigeant de droit de la société anonyme à conseil
d'administration ne concerne que les administrateurs dirigeants à l'exclusion des
administrateurs non dirigeants au sens de l'article 76 précité.

Quant au cas de la société anonyme à directoire et à conseil de


surveillance, il convient d'abord d'identifier les dirigeants de droit susceptibles
d'engager leur responsabilité pénale :

- les membres du directoire, personnes physiques, actionnaires ou non,


nommés par le conseil de surveillance, et peuvent être salariés ou non-salariés
(article 78 et 79) ;

10
Dahir n° 1-96-124 du 14 rabii II 1417 (30 août 1996) portant promulgation de la loi n° 17-95 relative aux
sociétés anonymes
- le Président du directoire nommé également par le conseil de surveillance
parmi les membres du directoire ;

- le cas échéant, le directeur général unique lorsque une seule personne est
nommée pour exercer les fonctions du directoire.

Toutes ces personnes tiennent leurs pouvoirs de l'article 102 qui dispose
que le directoire est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute
circonstance au nom de la société. L'exercice de ces pouvoirs est et reste, de
droit, de nature collégiale, même s'ils répartissent entre eux les tâches de la
direction. Il en résulte que leur responsabilité pénale peut être engagée
collectivement.11

 La société en commandite, il y a lieu de distinguer :

- le cas de la société en commandite simple (SCS), pour laquelle il est fait


application, pour ce qui est du dirigeant de droit (entre autres), des mêmes
dispositions prévues pour la société en nom collectif. Par conséquent, comme
pour la SNC, le principe est donc la gérance assurée par tous les associés
(commanditaires et commandités) sauf si les statuts désignent un ou plusieurs
gérants, associés ou non, et le ou les gérants nommés sont investis des pouvoirs
pour accomplir les actes entrant dans l'objet social.

- Le cas de la société en commandite par actions (SCA) pour laquelle la


loi distingue deux types de dirigeants de droit (article 32 de la loi 05-96
modifiée et complétée par la loi 21-05) :

 Au cours de la constitution de la société : ce sont le ou les


premiers gérants qui sont désignés par les statuts pour accomplir les
formalités de constitution dont sont chargés les fondateurs de sociétés
anonymes ; la loi ne précise pas si le ou les premiers gérants doivent tous avoir
la qualité de fondateurs donc de futures associés ou peuvent être choisis en
dehors des fondateurs. Mais on peut penser que la référence aux fondateurs de
sociétés anonymes et l'affectio societatis qui est à la source de la réunion de
personnes dans le projet de constitution, nécessitent que le ou les premiers
gérants au sens de l'article 32 susvisé soient désignés parmi les fondateurs. En
effet, a la qualité de fondateur « la personne qui concourt de manière active à la
constitution ou à l'immatriculation d'une société pour son propre compte » , ce
11
Le nouveau droit pénal des sociétés au Maroc, Rachid Lazrak p 18
qui suppose « un intérêt personnel et une volonté autonome de participer à la
constitution de la personne morale et à la vie sociale ultérieure .
 Au cours de l'existence de la société, sauf clause contraire des
statuts, ce sont le ou les gérants, associés ou non, qui sont désignés par
l'assemblée des actionnaires avec l'accord de tous les associés commandités
(article 32) et qui sont, à ce titre, « investis des pouvoirs les plus étendus pour
agir en toutes circonstances au nom de la société ».

Cette distinction permet de fixer les limites de la responsabilité pénale du


dirigeant de la SCA selon qu'il est premier gérant, donc ayant la qualité de
fondateur, ou « gérant au cours de l'existence de la société » c'est-à-dire
postérieurement à la date de l'acquisition par la société de la personnalité morale
par l'effet de son immatriculation (« gérant permanent »). Sauf à être reconduite
par l'assemblée générale ordinaire pour être gérant après l'acquisition de la
personnalité morale, la personne investie de la fonction de premier
gérant n'engagerait sa responsabilité pénale qu'au titre des infractions relatives à
la constitution de la société.12

Paragraphe 2 : Le dirigeant de fait

C’est celui qui dirige une société, sans avoir été désigné par la loi ni
régulièrement désigné par les organes compétents de la société. « Il n’est pas le
représentent légal de la société, mais en raison des actes personnels qu’il
accomplit, il l’est, en fait, son dirigeant.  »13

Le dirigeant de fait est désigné par l’article 347 de la loi 17-95 relative aux
SA comme étant : «  toute personne qui, directement ou par personne interposée
aura, en fait, exercé la direction, l’administration ou la gestion de société
anonyme… » .

On notera cependant que la responsabilité du dirigeant de fait ne supprime


pas celle du dirigeant de droit mais, le cas échéant, s’y ajoute. Ainsi, il a été jugé
qu’un gérant de droit ne pouvait invoquer comme circonstance atténuante son
effacement derrière le dirigeant de fait, tout au contraire, l’acceptation de
fonctions de complaisance constitue une faute d’une particulière gravité.

12
Ibidem p 29
13
http://www.seban-associes.avocat.fr/la-signature-du-dirigeant-et-sa-portee-a-legard-de-lentreprise
Par ailleurs le dirigeant de fait, est également soumis au dispositif pénal qui
s'applique au dirigeant de droit de l'entreprise en difficultés. C'est ce qui est
prévu, sous le titre V de la loi 15-95 formant code de commerce, relatif aux
sanctions à l'encontre des dirigeants de l'entreprise et dont l'article 702 dispose :
« les dispositions du présent titre sont applicables aux dirigeants de
l'entreprise individuelle ou à forme sociale ayant fait l'objet d'une
procédure, qu'ils soient de droit ou de fait, rémunérés ou non ». Les sanctions
en question sont notamment la déchéance commerciale (l'équivalent de la faillite
personnelle en droit commercial français) et les peines de banqueroute et peines
assimilées.14

En définitive et quel que soit le type de société et la situation où elle se


trouve (in bonis ou en difficulté), d'après la loi, la direction de fait est établie par
la réunion des éléments suivants :

- Qualité du dirigeant de fait : la loi vise toute personne. Il s'agit bien sûr de
toute personne physique, associée ou non associée, interne ou externe à
l'entreprise, rémunérée ou non rémunérée ; mais il peut s'agir aussi d'une
personne morale qui s'immisce dans la gestion et la direction d'une autre
personne morale au lieu et place des dirigeants légaux de cette dernière ;

- Modalité de l'exercice de la direction de fait : elle peut être directe, le


dirigeant de fait agissant lui-même et personnellement ou indirecte en faisant
faire des actes de gestion par une tierce personne pour son compte ;

- Circonstance de la direction de fait : les actes doivent avoir été exercés :

Soit « sous le couvert » des représentants légaux de la société : comme par


exemple de faire des actes en laissant croire qu'ils sont accomplis agit avec
l'accord et l'assentiment du représentant légal de l'entreprise  Soit faire des
actes au lieu et place du dirigeant légal.15

14
Le nouveau droit pénal des sociétés au Maroc, Rachid Lazrak p 45
15
Revue marocaine de droit des affaires et des entreprises, n°2, mai 2003

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