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M. Stanić – Grammaire en ligne – lelatiniste.

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14 – L'infinitif

À l’opposé des modes personnels, l’infinitif entre dans la catégorie des modes du verbe impersonnels
(ne varie ni en genre ni en nombre). Voir leçon 6. Il ne présente du procès que sa pure image virtuelle, sans le
situer dans le monde actuel, c'est-à-dire sans le rattacher explicitement à un support sujet, puisqu’il ne connaît
pas la flexion personnelle, ni à la temporalité. L’infinitif n’actualise pas, il laisse le procès dans sa plus grande
virtualité, comme un nom employé sans déterminant. Parenté avec le nom qui fait considérer l’infinitif comme
la forme nominale du verbe (participe = forme adjectivale, gérondif = forme adverbiale).

1 – Une forme verbale


L’infinitif possède la plupart des prérogatives syntaxiques du verbe :
-peut régir des compléments verbaux. Manger des pommes est bon.
-peut supporter une négation à 2 éléments, mais la négation se place à gauche du verbe, tandis qu’elle
encadrait le verbe personnel. Ne rien dire ≠ Il ne dit rien.
-peut jouer le rôle de centre de proposition, fonction verbale par excellence.
Ce procès est nécessairement rattaché à un actant, mais ce dernier peut, à l’infinitif, rester virtuel et inexprimé  :
lire est agréable. L’infinitif n’a pas de sujet, pour la raison seule qu’il ne s’accorde pas. On parlera de support
actant, qui est confondu avec le sujet de la proposition principale dans J’aime lire.

2 – Une forme nominale


Comme le nom, l’infinitif est invariable en personne ; il l’est aussi en temps. Constituant nominal dans la phrase,
l’infinitif occupe des fonctions normalement réservées au nom : COD / COI. Le cas extrême de son emploi
nominal est représenté par l’infinitif substantivé (Il néglige le boire et le manger). L’infinitif a changé de
catégorie grammaticale par dérivation impropre et abandonné du même coup toutes ses prérogatives de
verbe, pour se comporter comme un nom commun, nécessitant la détermination pour être actualisé et occuper
une fonction dans la phrase.

On peut considérer la particule de, qui précède obligatoirement dans certaines constructions l’infinitif, comme
l’indice de l’infinitif. Et tous de s’esclaffer. Mon rêve, ce serait de partir vivre à l’étranger.

3 – Centre de phrase autonome


L'infinitif peut assumer la fonction de centre de proposition, comme le ferait un verbe conjugué à un mode
personnel. Ne pas fumer = ne fumez pas. L’infinitif est prédicat et apporte au support actant une
information inédite.
L’infinitif peut se plier à toutes les modalités ou commuter avec d’autres modes auxquels une valeur modale
est attachée.

3.1 – En modalité déclarative : l'infinitif de narration


Il est alors remplaçable par un indicatif. Tour littéraire permettant de présenter avec vivacité une action comme
découlant infailliblement d’événements antérieurs.
Et les enfants de sauter dans la piscine = Les enfants sautèrent dans la piscine.

3.2 - En modalité interrogative


Il s'agit de l'infinitif délibératif, commutant avec l’indicatif, mais dont la virtualité lui permet de présenter
seulement l’idée générale du procès sans même en évoquer la possibilité effective. L’énonciateur en reste à la
simple évocation. Que faire ? = Que ferai-je ?

3.3 - En modalité jussive (injonctive)


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Il s'agit de l'infinitif d’ordre, variante de l’impératif ou de l’indicatif. Il apparaît dès que le destinataire de
l’énoncé doit rester dans sa plus grande virtualité, le plus implicite possible (guides, recettes, prescriptions
officielles…). Ajouter les œufs et tourner la pâte. = Ajoutez les œufs… = Tu ajoutes les œufs...

3.4 - En modalité exclamative


L'infinitif peut exprimer diverses nuances affectives (souhait, regret, indignation, surprise). Le procès n’est que
l’objet d’une évocation et n’est pas actualisé. Commutable avec les modes conditionnel et subjonctif. Voir
Naples et mourir ! Moi, croire à une histoire pareille ! = Que j’aimerais voir Naples une fois
dans ma vie ! Moi, que je croie à une histoire pareille !

4 – Centre d’une proposition subordonnée


4.1 - En proposition infinitive
Voir document de présentation. Avec les verbes de perception et le présentatif voici, l’infinitif (chanter) est le
prédicat d’un support propre exprimé (les oiseaux). La proposition complétive infinitive est COD du verbe
j’entends. J’entends les oiseaux chanter.

4.2 - En proposition relative


L’infinitif est dépourvu de support exprimé. Je cherche un endroit où travailler tranquillement.

4.3 - En interrogative indirecte


Emploi possible seulement en interrogation partielle, c'est-à-dire avec des outils interrogatifs. L’interrogative
indirecte est une complétive, COD du verbe recteur. Je ne sais plus que faire.

5 – Centre de périphrase
La périphrase est une forme verbale complexe, composée :
1°-d'un semi-auxiliaire, conjugué à un mode personnel, qui actualise le procès. Le semi-auxiliaire est un autre
verbe qui, en s’auxiliarisant, a perdu son sens propre. Ce mécanisme d’infléchissement sémantique est
constitutif des périphrases verbales.
2°-d'une forme verbale impersonnelle, ici l’infinitif, qui porte l’information et constitue le contenu lexical du
verbe. Prédicatif, il n’est jamais pronominalisable.
Je vais vous répondre > *J’y vais.
> Je vais le faire.
Les périphrases verbales servent à préciser le procès du point de vue du temps, de l’aspect, de la modalité ou
de l’actant. Voir leçon 6.

5.1 - La périphrase temporelle

Elle situe le procès par rapport à l’énonciation. Ne se conjugue qu’au présent ou à l’imparfait.

-aller + inf : futur proche


J’allais le dire.

-devoir + inf : futur proche dans un contexte au passé


Elle rencontra celui qui devait devenir son mari.

-venir de + inf : passé récent


Je viens de vous le dire.
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5.2 - La périphrase aspectuelle

Elle envisage le procès à un moment de sa durée interne.

-phase initiale d’entrée dans l’action : aspect inchoatif


commencer à /de - se mettre à - être sur le point de
-sous l’angle du déroulement : aspect non borné ou progressif
être en train de - être à (emploi littéraire)
-phase finale du procès : aspect terminatif
finir de

5.3 - La périphrase de modalité

Elle précise le point de vue de l’énonciateur sur le contenu évoqué.

-sembler + infinitif : l’énoncé traduit une mise à distance relativisant la proposition et marquant la
possible discordance entre apparence et réalité
Il semble bien prendre les choses.
-devoir + infinitif : probabilité ; le locuteur marque que ce qu’il avance n’est qu’une supposition
Tu dois être fatiguée.
-pouvoir + infinitif : éventualité (chances de vérification plus faibles que dans le cas de la probabilité)
Il pouvait être huit heures quand il est rentré.
-faillir + infinitif : indique qu’une action presque faite a avorté et n’a finalement pas été réalisée
J’ai failli attendre.

5.4 - La périphrase actancielle

Elle modifie le nombre de participants au procès (= les actants) et précise leur rôle logique. Elle permet de
dissocier les sujet et objet grammaticaux des sujet et objet logiques.

-faire + infinitif > périphrase factitive ou causative. J’ai fait partir nos invités.
Le sujet grammatical ne fait pas l’action lui-même, mais la fait faire par une
autre personne. Le sujet grammatical est donc la cause de l’action et non
l’agent.
-laisser + infinitif > périphrase tolérative. J’ai laissé partir nos invités.
Le sujet de la périphrase est présenté comme actant passif du procès, dont il
n’empêche pas la réalisation.
-(se) voir + infinitif > périphrase de « non-ingérence ». Il s’est vu signifier son congé.
Le sujet est simple spectateur passif du procès ; l’action se déroule sans l’accord ni
même la volonté du sujet.
-se faire + infinitif > périphrase de sens passif. Elle s’est fait chahuter par les élèves.

Note : bien que l’infinitif possède un support actant, ces périphrases ne sont pas des propositions infinitives,
car le verbe conjugué est un semi-auxiliaire qui ne conserve pas son sens propre.

6 – Emplois nominaux de l'infinitif


L’infinitif assume les fonctions syntaxiques du nom, tout en gardant ses prérogatives de verbe (c’est pourquoi il
continue à régir des compléments). Il n’est plus prédicatif, donc n’a pas de support actant distinct et peut être
repris par un pronom.
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6.1 – Autour du groupe sujet-verbe


a sujet
Lire est agréable.

a attribut
L’essentiel est de participer.

b régime du verbe impersonnel


Il me tarde de te lire.

c régime du présentatif
C’est me faire trop d’honneur.

d complément d’objet
-direct : je te conseille de partir > je te le conseille
-indirect : je me réjouis de partir > je m’en réjouis
-second : je l’ai accusé d’avoir menti

e complément circonstanciel
Toujours prépositionnel dans cette fonction, l’infinitif prend diverses valeurs logiques. Le support actant de
l’infinitif est obligatoirement le sujet du verbe recteur conjugué.
-temps : Téléphone-moi avant de partir.
-cause : Il est tombé malade d’avoir trop travaillé.
-but : Je viendrai te chercher pour aller au cinéma.
-conséquence : Il est trop vieux pour sortir ce soir.
-concession : Pour être dévot, je n’en suis pas moins homme !
-manière (niée) : Il travaille sans se fatiguer.

f complément de progrédience
Il n’existe qu’à l’infinitif. On le trouve en construction directe, après des verbes de mouvement, employés dans
leur sens plein. L’infinitif de progrédience est pronominalisable par y et ne peut être nié.
Je cours te chercher ce livre. > J’y cours. > *J’y cours ne pas te le chercher.
J’ai emmené les enfants voir un film > Je les y ai emmenés. > *Je les y ai
emmenés ne pas voir un film.

6.2 – Autour du groupe nominal


a) complément de nom et de pronom
Le plaisir de lire et celui de comprendre.

b) complément d’adjectif
Désireux de lire.

c) en position détachée : apposition


J’ai deux plaisirs, lire et chanter.

Le cas extrême de l’emploi nominal de l’infinitif est représenté par l’infinitif substantivé. L’infinitif a changé
de catégorie grammaticale par dérivation impropre et renoncé du même coup à toutes ses prérogatives
verbales, pour se comporter comme un nom commun, nécessitant la détermination pour être actualisé. Le
boire et le manger ne lui sont plus nécessaires.

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