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LA PARABOLE DU

SEMEUR

POURQUOI JESUS DIT-IL :


« Vous ne saisissez pas cette parabole ? Comment donc
comprendrez-vous toutes les paraboles ? »

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A Nivo,

A Tsiry et Dermott et à leurs épouses Noémie et Christelle

Pour Marine et Natasha

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Introduction : Le Royaume de Dieu

L’Evangile de Marc est chronologiquement le premier des Evangiles. La


parabole du semeur est sa première parabole. Elle inaugure l’enseignement de
Jésus au chapitre 4.

Jusqu’à présent, Jésus a manifesté le « Royaume de Dieu » / « Royauté de


Dieu » à travers des actes d’exorcismes et de guérisons. La notion de Royaume
de Dieu est large. Les énoncés qui le décrivent sont divers. Il est bon d’en
donner ici une vue générale.

Le Royaume de Dieu
Tout d’abord le Royaume de Dieu dont Jésus parle est quelque chose de vivant.
Il est mobile (Mc 1.15), il vient jusqu’à nous (Lc 11.20), il se proclame (Mc 1.15).
Ensuite sa nature est particulièrement active. Il rayonne (Mt 13.44), il attire (Lc
16.16). Il grandit (Mc 4.26) et fait grandir (Mt 13.33). Il vient avec puissance (Lc
11.20) et il guérit (Lc 9.11).
En même temps, son offre présente un caractère très relationnel. Il appelle, il
embauche (Mt 20.1), il invite à la fête (Mt 22.2). Il confère une autorité (Mt
16.19). Il se donne (Lc 12.32) et se reçoit, se laisse prendre (Lc 16.16) mais se
reprend aussi (Mt 21.43). Il délimite ainsi un dedans et un dehors (Mc 4.11) ; de
dedans il se saisit comme une évidence, de dehors il paraît totalement abscons.
Il possède encore des conditions d’entrée précises. Le candidat à l’admission
doit le considérer comme prioritaire (Mt 6.33), absolu (Mt 5.20) et dépasser
dans sa quête le point de non-retour (Lc 9.62). Autrement dit, il doit se donner
entièrement. Pour cela, il doit se convertir (Mc 1.15), croire (Mc 1.15), se
repentir (Mc 9.47). Il doit faire preuve d’humilité (Mc 10.14), de fidélité (Mt
5.10), d’obéissance (Mt 7.21). Il doit se départir de tout attachement aux
richesses (Mc 10.23). Il doit envisager le sacrifice (Mt 19.12) et rester

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ultimement conscient que satisfaire à toutes ces conditions est une œuvre de la
grâce de Dieu (Mc 10.27).
Enfin, l’identité du Royaume est éternelle. Le Royaume est transcendant (Mt
20.21). C’est un héritage céleste (Mt 25.34) et une promesse de communion
avec le Père (Lc 22.30). A ce titre il est une béatitude : Heureux celui qui
mangera dans le Royaume de Dieu (Lc 14,15).

Au final, il apparaît que la définition du Royaume que Jésus décrit ou allude


inclut le don, le Donateur et celui qui le reçoit. Le Royaume est avant tout un
don gracieux de Dieu. Il est la manifestation puissante d’un Dieu qui se donne
et veut faire prévaloir sa suprématie sur la terre comme au ciel : Que ton règne
arrive, dit Jésus. Le Royaume de Dieu est l’expression au sein du vide apparent
du monde, d’une Présence paternelle qui ne demande qu’à nous investir pour
nous faire régner avec elle. Il est le don d’une autorité nouvelle. Il est in fine le
territoire que s’approprie l’Esprit Saint.

L’Esprit Saint réveille par sa puissance, son énergie, et son amour ce qui est
inerte, virtuel ou potentiel. Il suscite la foi chez l’incrédule, l’espérance chez le
désespéré, le souci des autres chez le narcissique. Il guérit ce qui est malade,
prémunit ce qui est faible, ressuscite ce qui est nécrosé, rapproche ce qui est
éloigné. L’Esprit Saint associe, relie, accorde et finalement unit. Il suscite une
interaction qui fait vivre, lever (Mt 13.33), croître. Le partenariat qu’il crée
entre le donateur, le don et celui qui le reçoit intrique les protagonistes entre
eux. Cette intrication lie désormais les partenaires de telle façon qu’ils ne
cesseront d’interagir et que le sort de l’un affectera le sort de l’autre. La suite
de l’histoire de Jésus et notamment sa résurrection atteste que même la mort
ne saurait interrompre cette communion. L’apôtre Paul l’a formulée en ces
termes : «  ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses
présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur,
ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté
en Jésus-Christ notre Seigneur  » (Rm 8.38-39). Dans les mots de Jésus : Je vous
le dis en vérité, il n'est personne qui, ayant (tout) quitté, à cause de moi et à

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cause de la bonne nouvelle…ne reçoive au centuple, présentement dans ce
siècle-ci…et, dans le siècle à venir, la vie éternelle. » (Mc 10.29-30). Le Royaume
de Dieu est l’investissement par excellence. « Amassez-vous des trésors dans le
ciel » dit Jésus (Matt 6.20).

L’hostilité au Royaume : une nouvelle définition


Après avoir prêché, Jésus a essuyé une critique radicale qui attribue sa puissance
de délivrance et de guérison à Satan. On ne peut imaginer plus grande et plus
offensante mécompréhension de son ministère. Jésus dit au sujet de cette offense
qu’elle est un blasphème impardonnable contre le Saint Esprit dont la puissance
est à l’œuvre. Le Salut ne peut atteindre une personne qui attribue au diable ce
que Dieu est en train d’accomplir !
Le paradoxe n’aura pas échappé au lecteur de Marc. Il réside dans le fait que
l’esprit impur, dont Jésus avait affranchi un homme possédé dans une délivrance
inaugurale au chapitre 1, avait lui-même affirmé que Jésus était venu pour
perdre les esprits mauvais : « Pourquoi te mêles-tu de nos affaires Jésus le
Nazaréen ? Es-tu venu pour notre perte ? Je sais qui tu es : le Saint de Dieu »
(1.24). A sa manière, l’esprit impur pose la première « confession de foi »
relative à Jésus : il est venu détruire les œuvres de Satan.

Les deux pôles du combat de Jésus


La « confession de foi » de l’esprit impur nous offre une interprétation
complémentaire de ce qu’est le Royaume de Dieu. Jésus vient redonner Dieu
aux êtres humains et redonner les êtres humains à Dieu. En ce sens il est
médiateur entre le Père et ses enfants ; il vient réunir ce qui a été séparé. Pour
ce faire, il manifeste une puissance, la puissance de l’Esprit de Dieu, capable de
détruire les obstacles qui se dressent sur la route de cette communion, capable
d’arracher des mains du diable ce qui ne lui appartient pas et de déloger ce
dernier de l’espace qu’il a occupé tel un squatteur. Jésus est animé par un
pathos de conquête ou de reconquête. Il vient reconquérir ce qui appartient à
Dieu et réclamer ce qui Lui est dû. C’est le premier pôle de son action, le plus
fondamental.
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Ce pathos de la conquête, par la revendication qu’il exprime, explique que
certains, dont Judas, ont cru voir en Jésus celui qui combattrait (ou celui qui
amènerait Dieu à combattre) l’occupation romaine et en contesterait la
souveraineté. Mais son projet est autre comme en témoigne le récit de
guérison du démoniaque de Gerasa ( Mc 5.1-20), dans lequel la personne
malade s’avère être possédée par une « légion » : Car Jésus lui disait : « Sors de
cet homme, esprit impur ! » Il lui demandait : « Quel est ton nom ? » «Mon
nom, lui répond-il, c'est Légion, car nous sommes beaucoup.» (Mc 5.8-9). Si
Jésus s’attaque à des « légions », ce sont avant tout à celles qui sont en nous.
Le parallèle avec l’occupation romaine1 est surtout présent pour permettre une
allégorie et souligner un paradoxe : le véritable ennemi, l’occupant impur, celui
qu’il convient d’expulser et de renvoyer chez lui, est un ennemi spirituel.

Ce pathos de la conquête explique également l’inquiétude des autorités juives


de Jérusalem (les Saducéens) à l’égard de Jésus, le motif de son accusation, sa
comparution devant le préfet de Judée Ponce Pilate, son humiliation et sa mort
sur la croix sur laquelle fut inscrite l’inscription : Jésus le Nazaréen, roi des Juifs
(Jn 19.19).

Le pathos de la conquête est un Oui adressé à l’être humain et un Non adressé


aux forces et aux pouvoirs qui l’aliènent. Dans la prédication et les actions de
Jésus par conséquent, à l’image de la vocation de Jérémie, il n’y pas
d’affirmation sans contestation, pas de construction sans destruction, pas de
réhabilitation sans déchéance, pas d’admission sans exclusion, pas de oui sans
le non : « Voici, je mets dans ta bouche mes paroles ! Vois : aujourd’hui, je te
donne autorité sur les nations et les royaumes, pour arracher et renverser, pour
détruire et démolir, pour bâtir et planter. » (Jer 1.10). Le royaume du Malin et
de ses avatars doit être démantelé. Satan est l’adversaire qui se dresse entre
Dieu et les humains. Jésus est venu pour le vaincre et nous apprendre à le
vaincre à notre tour. C’est le second pôle de son ministère qui n’est autre que
le verso du premier. Comme l’écrit le bibliste allemand Joachim Jeremias dans
sa Théologie du Nouveau Testament :

1
La Xe légion Fretensis, dépêchée en Judée lors de la première Guerre juive et maintenue ensuite comme force
d’occupation à Jérusalem arborait un sanglier sur son étendard.

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« Dans ce monde asservi par Satan, Jésus fait son apparition et il vient avec
l’autorité de Dieu, non seulement pour exercer la miséricorde, mais et surtout
pour reprendre la lutte contre le Malin. »
L’auteur de la première épître de Jean le formule ainsi : Le Fils de Dieu est
apparu, afin de détruire les œuvres du diable (1 Jn 3.8). Le Nouveau Testament
est entièrement traversé par cette lutte entre 2 royaumes, celui du Mal, de
Satan, et celui de Dieu que vient proclamer Jésus.

Le centre de gravité du ministère de Jésus


Les deux pôles que sont la reconquête de ce qui appartient à Dieu et la victoire
contre le Malin à l’œuvre dans le monde constituent le centre de gravité du
ministère de Jésus. Ils sont le dénominateur commun et le barycentre de toutes
ses actions et de tous ses enseignements. Ils représentent donc le Grand
Ensemble qui contient tous les autres sous-ensembles tels que celui de la
justice, du pardon, de la guérison, de la délivrance, de la liberté, de la
sainteté…, ou encore de la justification par la foi et même de la grâce. Cette
remise en perspective est nécessaire. Nous avons trop tendance à considérer
certains sous-ensembles du ministère de Jésus comme le Grand Ensemble qui
résumerait toute son œuvre. L’accent parfois démesuré porté sur la
justification par la foi chez les Protestants en est un bon exemple. Celui porté
sur la justice sociale en est un autre. Les exemples sont nombreux.
Si l’on confère à un sous ensemble le statut de Grand Ensemble, nous perdons
de vue le principal objectif de Jésus et nous générons des angles morts. Par
conséquent, des paroles de Jésus perdent leur sens. A terme notre théologie
peut se transformer en une idéologie.

L’adversaire de Jésus
L’adversaire de Jésus en effet n’est pas quelque chose : la culpabilité, l’injustice,
la maladie, l’aliénation, l’impiété, l’attachement coupable, l’hypocrisie, ou
encore la souffrance (comme dans le bouddhisme). Même le péché n’est pas le
premier adversaire de Jésus bien que Satan et le péché soient intimement liés.
L’adversaire de Jésus, le Mal radical - pour reprendre les mots du philosophe

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Emmanuel Kant - qu’il est venu contester, est quelqu’un. Ce quelqu’un n’est
pas un être humain, un groupe d’êtres humains, une race ou une classe sociale,
mais une force spirituelle hostile à Dieu qu’il nomme Satan, adversaire d’abord
(Ge 3) puis accusateur ensuite (Za 3) des êtres humains. Dans l’Ancien
Testament, le livre de Job représente le meilleur témoignage de son action et
du combat que Dieu nous encourage à mener contre lui. Les images
égyptiennes du Léviathan (crocodile) et de Béhémot (hippopotame) qui le
représentent en Job 40 expriment son caractère monstrueux et hostile à l’être
humain. Ces deux animaux étaient considérées en Egypte (basse époque)
comme des incarnations de Seth le diabolique, le dieu de la terreur, de la
confusion et du chaos. Le prophète Esaïe avait déjà utilisé cette image bestiale
du Malin en affirmant : Ce jour-là, Iahvé sévira avec sa dure, grande et forte
épée, contre Léviathan, le serpent fuyard, contre Léviathan, le serpent tortueux,
et il tuera le dragon qui est dans la mer. (27,1)

C’est parce qu’il a su résister à ses tentations dans le désert que Jésus a pu
manifester le Royaume de Dieu. Et c’est une fois le Royaume propagé à travers
le succès de la mission de ses disciples que Jésus a dit : « Je voyais Satan
tomber du ciel comme un éclair » (Lc 10.18). L’apôtre Paul proclame à son tour
cette prophétie dans le dernier de ses livres : « Le Dieu de paix brisera bientôt
Satan sous vos pieds » (Rm 16.20). Le Nouveau Testament se clôture par le
majestueux déploiement de cette victoire dans le livre de l’Apocalypse qui
forme, avec le récit de la chute de l’être humain du livre de la Genèse, une
formidable inclusion. La boucle est bouclée.

La parabole du semeur

L’être humain peut se solidariser avec le Malin. On vient de le voir lors de la


polémique déclenchée par les adversaires de Jésus qui accusent ce dernier de

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délivrer les personnes possédées par un esprit impur au nom du diable.
L’accusation est un non-sens du point de vue de la logique, car le diable ne
saurait lutter contre lui-même et ainsi diviser son royaume (Mc 3.24). Elle est
aussi et surtout
une offense contre l’Esprit Saint au sujet de laquelle Jésus ne peut qu’adresser
une sévère mise en garde. On atteint là les limites du pardonnable. On tombe
dans un « trou noir ».

L’être humain peut se rendre à son insu ou par faiblesse le complice du Malin.
C’est pourquoi Jésus veut l’instruire. Il le fait notamment au moyen de
paraboles, des histoires du monde visible racontées pour décrire la réalité du
monde invisible, spirituel, à la fois extérieur et intérieur à l’être humain. Ces
paraboles sont au nombre de 4 dans le chapitre 4 de l’Evangile de Marc. Trois
d’entre elles reprennent l’image agricole de la croissance d’une semence. La
première est la parabole du semeur. Elle est donc déjà, par la place
prééminente qu’elle occupe, emblématique. Mais elle l’est également pour une
autre raison encore plus capitale. Quelle est cette seconde raison ? C’est la
seule parabole au sujet de laquelle Jésus dit :

« Vous ne saisissez pas cette parabole ?


Comment donc comprendrez-vous toutes les paraboles  ? ».

A en croire Jésus, la parabole du semeur donne la clé de compréhension des


autres paraboles. Autant dire des autres paroles de Jésus. Pourquoi ?
Comment ? Que faut-il découvrir dans cette parabole qui nous ouvre le monde
spirituel des autres paraboles et de la prédication du Royaume de Dieu ? Qu’y
a-t-il de si important et de précieux à discerner dans cette histoire ? C’est
précisément ce que nous allons découvrir.

Le texte

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Le semeur sortit pour semer.

 Quelques graines tombèrent le long du chemin,

les oiseaux arrivèrent et les mangèrent.

 D’autre tombèrent dans un endroit pierreux où elles n’avaient pas


beaucoup de terre.

Elles germèrent aussitôt parce que la terre n’était pas profonde.


Quand le soleil arriva, elles furent brûlées et se desséchèrent faute
de racines.

 D’autres tombèrent parmi les épines ;

Les épines montèrent et les étouffèrent et elles ne donnèrent pas


de fruits

 D’autres graines tombèrent dans la bonne terre ;

Montant et croissant, elles finirent par donner du fruit.


L’une rapporta trente et une autre soixante, une autre cent.

Et il disait : que celui qui a des oreilles pour entendre, entende !

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Interprétation
L’explication de la parabole est donnée par Jésus lui-même. Il faut donc en
tenir compte. La voici :

 Ceux qui sont sur le chemin, ce sont ceux en qui la parole est semée,

mais à peine l’ont-ils entendue que le Satan vient enlever la Parole


qui a été semée en eux.

 Quant à ceux qui ont été ensemencés dans les endroits pierreux, ce sont
ceux qui, lorsqu’ils entendent la Parole, la reçoivent aussitôt avec joie,

mais ils n’ont pas de racine en eux-mêmes ; ils ne tiennent qu’un


temps ;

sitôt que survient la détresse ou l’adversité à cause de la Parole,


c’est pour eux une cause de chute.

 D’autres ont été ensemencés parmi les épines ; ce sont ceux qui
entendent la Parole,

mais les inquiétudes du monde, l’attrait trompeur des richesses et


l’intrusion des autres désirs étouffent la Parole et elle devient
stérile.

 D’autres ont été ensemencés dans la bonne terre  ; ce sont ceux qui
entendent la Parole, l’accueillent et portent du fruit : l’un 30, un autre
60, un autre 100.

Nous avons donc 4 différents terrains qui correspondent à 4 états de la


personne pour ainsi dire scannée par Jésus. Les 3 premiers sont négatifs, le
dernier est positif. La dernier voit la promesse de la fécondité du Royaume
s’accomplir. Les 3 premiers représentent 3 obstacles à sa réalisation. Voyons
les caractéristiques de ces 3 terrains négatifs.

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Le premier terrain
Le premier terrain se caractérise par son caractère insensible, impassible, blasé,
fermé (« courbé sur lui-même », aurait dit Luther). Tel un chemin non labouré
sur laquelle la semence rebondit sans le pénétrer, il se montre imperméable à
la parole que Dieu lui adresse. Le Satan n’a aucune difficulté à éloigner cette
parole de lui. Il ne la retient pas. Il ne considère pas sa souveraineté. Il ne lui
accorde aucun poids, aucune gloire. Elle ne le concerne pas. Indifférence,
impassibilité, désintérêt, fermeture, autosuffisance, orgueil, lassitude,
résignation, inaccessibilité… ? Autant de catégories qui dessinent une
compréhension obturée, une disposition intérieure aliénée, une indisponibilité
réelle. C’est en présence d’une telle indécision que Jésus a pu dire :
“Nous vous avons joué de la flûte, et vous n’avez pas dansé.
Nous avons chanté des lamentations, et vous n’avez pas pleuré.” (Lc 7.32).
Le pathos de la parole du Royaume ne rencontre en retour aucune sympathie !

Il faudrait à ce terreau une réelle connaissance de Celui qui s’adresse à lui. Il lui
faudrait une écoute moins désenchantée, un appétit, une soif spirituelle, une
attente de Dieu dans tous les cas. Il lui faudrait une pauvreté intérieure, un
esprit indigent : « Heureux les mendiants en esprit » dit Jésus dans sa première
béatitude (Mt 5.3), reprenant l’affirmation d’Esaïe : (Dieu) donne vie à l’esprit
abaissé (57.15).
Le Nouveau Testament caractérise cet état d’ouverture par le mot de FOI (Mc
2.5 ; cf Jn 7.37). Dans le cas contraire, il parle d’un manque de foi (Mc 4.40).
L’Ancien Testament parle quant à lui d’une ouverture du cœur, d’un cœur de
chair, c’est-à-dire un cœur réceptif à la parole de son Dieu. Dans le cas
contraire, il parle d’un cœur gras (Ps 119.70), d’un cœur de pierre. Ainsi le
prophète Ezéchiel (36.26) : J'ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous
donnerai un cœur de chair. Il s’agit d’échanger un cœur mort contre un cœur
vivant. Le manque de foi est associé à la dureté du cœur dans l’Evangile de
Marc quand Jésus constate que ses apôtres ne comprennent pas le sens de ses
miracles car leur cœur était endurci (Mc 6.52).

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Tu aimeras Dieu de tout ton cœur
Le COEUR dans la Bible (‫ = לב‬leb) est précisément et spécifiquement le siège de
la disposition intérieure. Siège également des émotions, des affections, de la
volonté, de l’intention, de la conscience, il est le dépôt caché et profond de la
personne. Jésus le compare à ce titre à un trésor dans lequel la personne
puiserait de manière spontanée : « L'homme bon tire de bonnes choses du bon
trésor de son cœur, et le méchant tire de mauvaises choses de son mauvais
trésor; car c'est de l'abondance du cœur que la bouche parle » (Lc 6.45). Une
des plus belles paroles dites à son sujet nous vient du livre des Proverbes
(4.23) : « Garde ton cœur plus que toute autre chose, car de lui viennent les
sources de la vie ».
Le cœur fait l’objet des plus belles promesses de Dieu : « Je vous donnerai un
cœur nouveau » (Ez 36.26). Il fait aussi l’objet d’une circoncision : « Vous
circoncirez donc votre cœur, et vous ne raidirez plus votre cou. Car l'Éternel,
votre Dieu, est le Dieu des dieux » (Dt 10.16). La circoncision du cœur
représente l’oblation de la partie narcissique de l’être humain, ce que Paul
nomme « la chair » (Rm 8). Elle désigne à cet égard une entaille, une brèche,
une ouverture spirituelle, à travers laquelle Dieu peut s’adresser aux siens et
les guider par Son Esprit. Mais elle désigne aussi l’aptitude retrouvée à AIMER
DIEU comme l’atteste la même prophétie d’Ezéchiel : «  Je ferai en sorte que
vous suiviez mes ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois » (Ez
36.26-27). Plus explicite encore est la parole du Deutéronome 30.6 :
« L’Éternel, ton Dieu, circoncira ton cœur, et le cœur de ta postérité, afin que tu
aimes l’Éternel, ton Dieu… et que tu vives. »
Au fond, c’est précisément cette incapacité ou cette difficulté à aimer Dieu de
tout son cœur que Jésus déplore. La surdité de l’être humain, sa mauvaise
disposition, son apathie, rendent l’initiative de Dieu inefficiente. C’est le
premier obstacle qui se dresse devant la prédication du Royaume de Dieu.
Jésus en parle à de nombreuses reprises et sur tous les tons.

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Le second terrain
Le second terrain se caractérise par son caractère superficiel et pusillanime. Tel
un champ dont le sous-sol rapidement pierreux rend le niveau de terre
insuffisant pour que la semence s’enracine profondément, il peine à conserver
la parole que Dieu lui adresse. Il se contente de la surface, autant dire de
l’apparence. Cette parole le touche sans le remettre véritablement en question,
donc sans l’atteindre. Elle ne traverse pas ses doutes, sa méfiance, ou ses
inquiétudes. Il se soucie, se préoccupe, s’angoisse. Il oublie la parole de
confiance qui lui est adressée : « Cherchez premièrement le royaume et la
justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données en plus. Ne vous
inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. »
(Mt 6.33-34) Gare aux peurs, aux angoisses ou aux amertumes qui nous
envahissent, éclipsent la présence de Dieu et nous submergent telle la vague
qui engloutit l’apôtre Pierre (Matt 14.22-23). Gare à notre manque de
confiance dans la justice et la providence divines. L’adversaire de la grâce est
souvent le sentiment de pénurie, la peur de manquer.

La parole ne traverse pas non plus son histoire, ses fragilités, ses désirs de
vengeance, ses postures, son identité religieuse. Elle ne le pénètre pas
vraiment. Elle ne suscite pas chez lui un attachement viscéral. La conviction
d’un moment ne se prolonge pas en une persuasion d’agir afin d’engager la
lutte contre le Mal et ses démons. Sa maison est bâtie sur le sable (Lc 6), fragile
et soumise aux intempéries. Il peine à se mobiliser et les épreuves ainsi que les
tentations sont pour lui insupportables si ce n’est même rédhibitoires. Il
pourrait faire sienne la parole d’Oscar Wilde : « la meilleure manière de lutter
contre la tentation est d’y succomber. »

Il ne se battra donc pas pour défendre le bien de Dieu. Contrairement à la


veuve dont Jésus vante l’obstination à obtenir justice auprès d’un juge inique
en tambourinant à sa porte toute la nuit (Lc 18.1-8), il n’insiste pas. Fragilité,
peur de perdre, peur de se perdre, faiblesse, inconsistance, manque de
sincérité, hypocrisie, religiosité...? Autant de faisceaux qui dessinent les
contours d’un tempérament peu disposé à la lutte et aux exigences de la vie
spirituelle du Royaume de Dieu.

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Il manque à ce terrain humain une disposition au combat, le désir et même la
revendication d’acquérir le patrimoine qui lui est offert, un refus de perdre ce
que Dieu a donné, une aptitude à la colère contre tout ce qui viendrait mettre
en péril l’héritage divin. Il lui manque une ardeur, une certaine violence, ce que
la Bible appelle le zèle. Il lui manque ce feu dont Jésus était rempli lorsqu’il
chassa les marchands du temple (Marc 11.15-18). Les Pères appelaient cette
mobilisation agressive, la dimension « irascible » de la vie spirituelle. Jésus y
fait allusion dans une parole souvent mécomprise en parlant de la réussite des
violents :
« Le Royaume des cieux est pris par violence  ;
et ce sont les violents qui s’en emparent. » (Matt 11.12).

Il faudrait premièrement à ce terrain une capacité à percevoir les enjeux de


croissance et de maturité des épreuves qu’il traverse, une capacité à discerner
les différences entre la posture apparente, politiquement, socialement ou
religieusement correcte, et la réelle passion pour Dieu.
Il lui faudrait secondement une confiance plus solide dans la fidélité de Dieu,
afin de passer du fait de croire aujourd’hui au fait de croire également demain,
malgré les vicissitudes et les tourments. Cette capacité de croire au futur et
non plus seulement au présent s’appelle dans le Nouveau Testament
l’ESPERANCE. Elle implique une traversée des détresses et une compréhension
de ce qu’elles produisent. Voici comment l’apôtre Paul en parle en Romains
5.3-5 : « nous mettons notre fierté dans les détresses, sachant que la détresse
produit l’endurance, l’endurance une fidélité éprouvée, et une fidélité éprouvée
l’espérance. »
Il lui faudrait troisièmement retrouver le zèle authentique jalousement
soucieux de préserver l’intégrité du legs de Dieu. Retrouver la chaleur du feu
que Jésus est venu allumer sur la terre (Lc 12, 49). Au prix du combat spirituel.

Tu aimeras Dieu de toutes tes forces


La Bible juive nomme cette attitude : AIMER DIEU DE TOUTES SES EXTREMITES
(FORCES). Le mot hébreu utilisé (‫ =מאוד‬force) signifie également le pouvoir,
l’ardeur, la violence, l’étendue considérable d’une quantité ou d’une qualité,
c’est-à-dire l’abondance et l’intensité. Il s’agit donc d’aimer Dieu

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EXTREMEMENT. De combattre jusqu’au « bout » pour conserver ce qu’il nous a
donné ou promis. Le lecteur de la Bible pensera ici au combat de Jacob avec
l’ange (Gen 32) ou même et surtout au combat de Jésus à Gethsémani au cours
duquel le diable sonda les extrémités du zèle de l’amour de Jésus pour Dieu
avant de s’avouer vaincu.

Jésus encourage la persévérance. Pardonner est une attitude permanente.


Prier, c’est souvent batailler, dit-il (cf. Lc 18). Il prévient que la croix du
témoignage est inévitable pour ceux qui sont sincères (Mt 16). Il promet l’aide
ou la considération de Dieu pour ceux qui affrontent les persécutions (Lc 21). Il
incite ses disciples à rester sur leurs gardes et à veiller (Mt 25). Il encourage
l’endurance. Il annonce enfin vomir les tièdes, ceux qui n’osent avoir le courage
d’être froid ni celui d’être chaud (Apo 3,15-16), ceux qui prétendent désarmer
le croyant zélé, ces prêtres sans Dieu qui dissimulent derrière une posture
satisfaite leurs pseudo convictions pour lesquelles ils ne feraient pas le sacrifice
d’un cheveu.

Jésus a constaté et déploré notre manque de zèle, notre difficulté à aimer Dieu
de toutes nos forces. C’est le second obstacle qui se dresse devant
l’établissement du Royaume de Dieu. Là encore, de nombreux propos de Jésus
y font allusion.

Le troisième terrain
Le troisième terrain se caractérise par son caractère encombré. Tel un champ
rempli d’épines et de ronces dans lequel la semence semée ne parvient plus à
concurrencer l’appétit des plantes sauvages et finit par manquer de ressources,
il peine à accorder à la parole de Dieu la priorité qui lui est due. Celle-ci dépérit
et meurt. A l’image du sel qui a perdu de sa saveur et qui est bon à jeter (Mt
5.13), la parole perd son caractère unique et finit par disparaître dans le flot
des sollicitations et des attachements mondains.
Sur ce terrain le mélange est roi, tout se vaut et se compare. Ce terrain peine à
discriminer, trier, ordonner et surtout éliminer. Il veut bien dire oui, mais il dit
oui à tout. Son problème est qu’il ne sait dire non. Il peine à choisir parmi

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toutes les propositions qu’il reçoit, peine à relativiser les inquiétudes qui
l’assaillent, peine à hiérarchiser et à orienter ses désirs, ses passions, ses
relations, ses objectifs, confond les impératifs du monde terrestre et ceux du
Royaume de Dieu.
Il s’attache, contracte des liens qui finiront par le ligoter et le priver de sa
liberté. Aliénation encore. « Qui trop embrasse, mal étreint » dit la sagesse
populaire. « Malheur à qui a les yeux fixés sur deux chemins » conviendrait
mieux au monde biblique dont les traditions ont beaucoup médité sur
l’alternative cruciale que constituent ces deux itinéraires de vie possible. Jésus
a adressé une mise en garde à ce sujet : « Entrez par la porte étroite. Car large
est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a
beaucoup qui entrent par là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui
mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent. » (Mt 7.13-14). Dieu est un
Dieu jaloux. Il nous veut tout à Lui et rien qu’à Lui ! Tout autre attachement est
considéré comme une idolâtrie.

Gare aux systèmes de pensées trop inclusifs, qui veulent planter sans
déraciner, accueillir sans discriminer, consentir sans rejeter, dire oui sans dire
non. Partisans du syncrétisme ou du relativisme, leurs adeptes ne connaissent
pas le précieux adage qui veut que dans la vie spirituelle on n’avance pas sans
désaccord parfait. Gare aux sollicitations des appétits qui se muent en
convoitises et finissent par régner sur leur sujet. Sur un tel terrain, l’appétit du
Royaume de Dieu s’émousse et la personne se retrouve privée de la seule
nourriture qui lui soit profitable. Un comble ! Convoitise, confusion des plaisirs
et des pensées, attrait des ambitions personnelles, mauvais usage de la liberté,
craintes, sollicitations extrêmes, autant de tendances qui dessinent un
tempérament agité, confus, peinant à unir ses désirs au désir divin, puisant
sans cesse son énergie, à l’image de la Samaritaine (Jn 4), dans le puits des
illusions. Cette personne n’entend plus l’exhortation du psalmiste : « Fais de
l’Eternel tes délices, et il te donnera ce que ton cœur désire » (Ps 37.4).
Contrairement au héros d’une parabole de Jésus (Mt 13), il aperçoit le trésor
dans le champ, mais n’est pas prêt à vendre tous ses biens pour l’acquérir. Il

17
voit ainsi le trésor lui échapper. Il jalousera le fervent qui a tout donné pour le
recevoir.

Il manque à ce terrain un désir de servir Dieu, une capacité à orienter ses désirs
de façon à les éduquer et de les accorder à la partition divine. Il manque à ce
terrain une faculté de discrimination, le discernement pour distinguer ce qui
est superflu et ce qui est essentiel. Il manque à ce terrain l’acceptation de
l’outil qui le débroussaille et le désherbe, l’émonde et le fait croitre. Il manque
à ce terrain une discipline, une résolution, une capacité de choisir celui dont il
sera le sujet : Dieu ou ses désirs, Dieu ou Mammon. Dieu ou le monde, dit
l’Evangile de Jean. « Nul ne peut servir deux maîtres », affirme Jésus. « Car ou il
haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre » (Mt
6.24 //Lc 16.13). Nombreuses et vibrantes sont les exhortations de Jésus à
amasser un trésor céleste (Mt 6.19-20), à se garder des richesses de ce monde
(Lc 18.18-24), à avancer éborgné ou manchot vers le Royaume de Dieu plutôt
que disparaître en entier dans la géhenne (Mt 5.29-30). La condition pour
porter du fruit est de rester solidement attaché, tel un sarment à son cep, à la
Parole que Dieu adresse (Jn 15). Si cette condition n’est pas respectée, la
personne se voit réduite à l‘apparence trompeuse d’un figuier rempli de
feuilles mais dont les fruits sont absents (Mc 11.13-14 : Apercevant de loin un
figuier qui avait des feuilles, Jésus alla voir s'il y trouverait quelque chose; et,
s'en étant approché, il ne trouva que des feuilles, car ce n'était pas la saison des
figues. Prenant alors la parole, il lui dit: Que jamais personne ne mange de ton
fruit!). La croissance du Royaume dépend de la croissance de la Parole. Luc
insiste beaucoup sur ce fait dans son livre des Actes des Apôtres au prix parfois
de formulations qui peuvent nous paraître étranges. Voir par exemple Ac 6.7 :
Et la parole de Dieu croissait, et le nombre des disciples se multipliait beaucoup
dans Jérusalem ; Ac 12.24 : Mais la parole de Dieu croissait et se multipliait ; ou
encore Ac 19.20 : C'est ainsi que la parole du Seigneur croissait en puissance et
en force. Tout le livre des Actes des Apôtres est traversé par ce thème de la
croissance de la Parole. Si le véritable et unique héros du livre des Actes est
l’Esprit Saint (Ac 4), son principal succès et sa constante préoccupation est de
faire grandir la semence du Royaume prêché par Jésus.

18
Tu aimeras Dieu de toute ton âme
Dans la Bible, l’âme (‫ =נשמה‬âme) est le principe et l’expression de toute vie
corporelle, la vitalité même de ce corps et donc le lieu des appétits et des
passions. L’âme est dite résider dans le sang ; c’est à ce titre que les animaux
ont également une âme dans la Bible. L’âme est spécifiquement le siège des
désirs. Selon la nature de ses désirs, l’âme peut être « charnelle » ou
« spirituelle », autrement dit : vivant pour elle ou vivant pour Dieu. L’apôtre
Paul a beaucoup écrit sur l’antagonisme existant entre une âme charnelle (cf.
Galates 5.16-21 ; Romains 8.5-17) ou psychique (1 Corinthiens 2.6-15), et une
âme spirituelle. La première doit céder ses droits à l’autre dit-il. Elle doit faire le
deuil de vivre pour elle-même ; telle est la démarche du croyant initiée lors du
baptême (Rm 6).

On se rend bien compte que ce que Jésus déplore au sujet du 3e terrain de


parabole, c’est notre difficulté à aimer dieu de toute notre âme. Ici, il n’est plus
tant question de foi ou d’espérance que d’AMOUR. Il ne s’agit plus d’écouter la
parole ou de la conserver, mais de l’entretenir – ne serait-ce que sa mémoire,
de la jardiner, de la chérir, afin qu’elle porte le fruit convenu. Le fruit, tant en
qualité qu’en quantité comme le dit Jésus en Jean 15, mesurera le degré de
notre amour de Dieu, le degré de notre attachement à sa personne, le degré de
notre acceptation de Son désir, le degré de notre intégrité, le désir de voir
s’étendre son Royaume exclusivement. « Celui qui croit fera les mêmes œuvres
que je fais, il en fera même de plus grandes  » dit Jésus. » (Jn 14.12) C’est aux
fruits que l’arbre sera jugé (Lc 13.7). « Dieu rendra à chacun selon ses œuvres »
dit l’apôtre Paul (Rm 2.6).

19
Bilan

Que faut-il découvrir dans cette parabole qui nous ouvre le monde spirituel des
autres paraboles et de la prédication du Royaume de Dieu ? Qu’y a-t-il de si
important et de précieux à discerner dans cette histoire ? Telles étaient nos
questions inaugurales. Il est temps maintenant de poursuivre la réflexion et
d’élargir l’horizon du récit. D’écouter notre récit non pas du point de vue des
questions auxquelles il aurait répondu, en amont, mais du point de vue des
interrogations qu’il suscite, en aval, pour nous lecteurs.

Une première trilogie


Jésus nous offre ici un scan de la personne humaine. Il diagnostique trois
grandes difficultés, trois obstacles, trois tendances contre-nature, maladives,
égocentriques, qui nous font perdre le bénéfice – et le fond perdre à Dieu ! - de
ce que Dieu entend réaliser : l’établissement de son Royaume. Ces trois
obstacles ne sont pas nouveaux. Ils avaient été explicitement reconnus par la
tradition biblique juive. Le remède ? Le plus grand commandement du
judaïsme et le résumé de sa Loi : « TU AIMERAS LE SEIGNEUR TON DIEU, DE
TOUT TON CŒUR, DE TOUTE TON ÂME, DE TOUTES TES FORCES2 ». Tel est ce
que le judaïsme nomme le Schema Israël (Ecoute Israël). Dans la parabole, seul
l’ordre diffère quelque peu, sans que cela prête à confusion. La visée est la
même.

Jésus a répété cette confession de foi, preuve qu’elle avait pour lui son
importance (Mc 12.29-30 //Lc 10.27// Mt 22.37). Mais il a fait plus que cela. Sa
tentation victorieuse au désert, durant laquelle le diable a tenté d’éprouver son
cœur, son zèle et son âme sans le voir faillir, est la preuve qu’il a su honorer
chacun de ses trois principes (cf. Mt 4.1-11 ; chez Lc 4.1-13, l’ordre est
différent : cœur, âme, zèle).

2
Le résumé ajoute : et tu aimeras ton prochain comme toi-même, ce qui est aussi une préoccupation de Jésus
(Lc 10.25-37).

20
Beaucoup de ses enseignements reprennent la thématique spirituelle
circonscrite par le Shema Israël. Au fond, Jésus encourage les siens à suivre son
sillage et à mettre en pratique ce commandement. Il est venu nous aider à
aimer Dieu d’une vérité, d’une vigueur et d’une rigueur nouvelles afin que Dieu
règne sur la terre. Il a manifesté la part de Dieu : Sa paternité et la puissance de
l’Esprit Saint capable de combattre le Malin ; il sollicite notre part pour que ce
combat se transforme en victoire : notre sympathie et notre obéissance.
Autrement dit, écouter Dieu, conserver sa parole et lui accorder le poids et la
considération unique qu’elle mérite. La dynamique est celle de l’Alliance. Il
s’agit d’acquiescer à la présence de Dieu et d’accepter le « joug léger » (Mt
11.30) qu’il nous offre afin de traverser victorieusement l’existence et ses
périls. Dieu donne le Royaume ; les êtres humains honorent le triple
commandement de l’amour de Dieu. Cela revient à faire d’abord de Dieu le Roi
de notre vie, afin que cette Royauté s’étende. Une prédication de la venue du
Royaume de Dieu ne pouvait pas ignorer le Schema Israël.

Cela situe Jésus dans la plus parfaite continuité possible avec sa tradition juive.
Et si la parabole du semeur contient, du point de vue de la compréhension,
toutes les autre paraboles, (presque) toutes les autres paroles de Jésus, alors il
convient d’admettre que beaucoup d’autres paroles s’inscrivent dans cette
même continuité. Elles poursuivaient et poursuivent le même but. La
prédication du Royaume de Dieu est par conséquent une nouvelle tentative
d’offrir aux humains l’occasion de glorifier leur Dieu afin que la réalité de son
Royaume puisse transformer leur existence à jamais.

Une seconde trilogie


Une autre trilogie que celle du Shema Israël est apparue. Celle de la FOI-
ESPERANCE-AMOUR. Elle n’apparaît pas en tant que telle dans la prédication
de Jésus, mais nous la voyons en filigrane de tout son enseignement.

La foi y est partout encouragée. La foi permet le miracle et la guérison. La foi


permet au Royaume de Dieu de nous atteindre. La foi est mouvement vers
Dieu, ouverture et réponse du cœur. « Voici, je me tiens à la porte et je frappe,

21
dit le Ressuscité dans l’Apocalypse (Ap 3.20). Cette foi est dans un premier
temps une foi en Jésus et dans un second temps la foi de Jésus qu’il transmet,
telle une sève, à celui qui le suit (Jn 15).
A l’inverse, le manque de foi y est dénoncé. C’est celui-ci que Jésus stigmatise
quand on lui demande de manifester un signe divin. «  Vous n’aurez pas
d’autre signe que le signe de Jonas », dit-il à ses détracteurs. C’est-à-dire vous
n’aurez pas d’autre signe que celui que les Ninivites ont reçu de la part de
Jonas avant de se convertir : sa prédication, sa seule parole. C’est le manque de
foi qu’il dénonce chez les habitants de Chorazin ou de Betsaïda qui dédaignent
l’offre qui leur est faite (Mt 11.21 : Malheur à toi, Chorazin ! Malheur à toi,
Bethsaïda ! Car, si les miracles qui ont été faits au milieu de vous avaient été
faits dans Tyr et dans Sidon, il y a longtemps qu’elles se seraient repenties, en
prenant le sac et la cendre.). L’incrédulité ne reconnaît pas Dieu, ne s’ouvre pas
à sa présence, n’admet ni sa majesté ni sa souveraineté ; elle méprise la valeur
de sa proposition. L’affaire est sérieuse, car l’incrédulité se mue en ingratitude
et l’ingratitude transforme peu à peu la personne sourde à l’appel de Dieu en
une personne homicide (Mc 12.1-11).

De même, l’espérance est valorisée, le plus souvent associée à la confiance et à


la persévérance. «  Ne vous inquiétez pas… pour votre vie… au sujet de vos
vêtements… du lendemain » (Mt 6.25-28). Ne craignez pas… les épreuves… les
médisances… les persécutions… d’être traité comme des moutons au milieu des
loups » (Mt 10.16.19). L’Espérance permet à la foi de se déployer dans le
temps. Elle sait que le Royaume est une puissance qui travaille d’elle-même
comme le levain dans une pâte (Mt 13.33) ou une graine de moutarde qui finira
à terme par héberger les oiseaux du ciel, c’est-à-dire Dieu lui-même (Mt 13.31-
32). Elle se confie dans la providence divine. Elle croit que le pardon est une
arme qui sert avec efficacité le projet divin d’affaiblir le mal.
A contrario le manque d’espérance est inquiet et revanchard. Il enterre le
talent que son maître lui donne et devient la victime de ses propres procès
d’intentions (Mt 25.14-30). Il jalouse l’audace de celui qui se laisse enflammé
par le zèle du Royaume. Il accorde sa vigilance à la date de la fête plutôt qu’à la
présence qui l’habite (Mt 12). Il se crispe sur des questions relatives au pur et à

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l’impur (Mc 7). Sa pureté est celle de l’eau, toujours craintive vis-à-vis de la
souillure, toujours sur ses gardes, défensive, alors que la pureté de Jésus est
celle du feu, audacieuse, offensive : elle contamine l’impur. Quand le zèle
manque, la religiosité sert souvent de paravent. Etrange paradoxe que celui
d’un engagement qui qui ne fait que dissimuler son manque d’engouement.
Le manque d’espérance craint pour sa vie, sa sécurité, sa religion. Il crie au
blasphème à tout-va. Sa théologie est centripète ; la force centrifuge du
Royaume l’effraie. Au fond, il ne comprend pas cette folie et cette impatience
de Jésus à voir la terre s’embraser : « C’est un feu que je suis venu apporter sur
la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12.49)! La promesse
qui le faisait vivre s’étiole ; elle ne l’exalte plus, ne le porte plus. Il fait partie de
ces vierges folles qui, oubliant la venue de l’époux, finissent par s’endormir sur
leur lampe (Mt 25.1-13). L’espérance est la provision de la foi.

Quant à l’amour, il est lui aussi hautement estimé par Jésus. Comment
pourrait-il en être autrement ? L’amour de Dieu pour commencer. Comme chez
la veuve qui donne de son nécessaire pour honorer son Dieu (Mc 12 41-44). Ou
comme chez l’enfant qui ne cherche pas la première place (Mt 18.4). Ou
comme chez celui qui a tout quitté pour servir Dieu (Mt 19.28). « Heureux les
cœurs purs…Heureux ceux qui ont faim et soif de justice… Heureux les artisans
de paix. »
L’amour de Dieu n’est pas sans entrer en tension avec l’amour des autres.
L’attachement exclusif qu’il réclame et suscite peut prendre aux yeux de ceux
qui en sont témoin l’apparence d’un affront et provoquer amertume et
controverse. « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne
suis pas venu apporter la paix, mais l'épée. Car je suis venu mettre la division
entre l'homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa
belle-mère. » (Mt 10.34-35). Le disciple est invité à déclarer son amour à sa
mission plutôt qu’aux exigences de sa culture (Mt 8.21-22). « Suis-moi et laisse
les morts ensevelir les morts ». Les morts en question sont ceux qui ne
participent pas au combat contre le Satan. L’urgence du Royaume ne les presse
pas. L’amour s’attache à son Maître. Il a compris lui aussi, comme la foi et
l’espérance, qu’on est en guerre contre le Malin. Et en temps de guerre, les

23
morts ne s’enterrent pas. En temps de guerre on ne regarde pas en arrière (Lc
9.62 : « Quiconque met la main à la charrue et regarde en arrière n’est pas
propre au royaume de Dieu » ). En temps de guerre le frère ou la mère sont nos
voisins de tranchée, nos frères de combat, nos compagnons de persécution
plus que les gens de notre famille naturelle (Mc 3.33-35 : Qui est ma mère, et
qui sont mes frères? Puis, jetant les regards sur ceux qui étaient assis tout
autour de lui: Voici, dit-il, ma mère et mes frères). On ne comprend pas les
« paroles insensées » de Jésus si on oublie le conflit radical dans lequel il est
engagé et le bouleversement personnel, familial et social que ce conflit induit.
Et le fait d’appartenir à sa parenté n’aide pas toujours : « Les parents de Jésus,
ayant appris ce qui se passait, vinrent pour se saisir de lui; car ils disaient: Il est
hors de sens.» (Mc 3.21). Le feu de l’amour de Dieu peut paraître déraisonnable
aux personnes trop sensées.

Cependant l’amour d’autrui, pour autant qu’il ne s’oppose ni à l’ordre divin


auquel il est ordonné ni à la croissance du Royaume, conserve sa plus haute
valeur. Comment Jésus aurait-il pu oublier la seconde partie du résumé de la
Loi d’Israël : Tu aimeras ton prochain comme toi-même ? Dans la perspective
qui est la nôtre ici, il est le plus souvent associé à la grâce. Comme chez le
Samaritain qui traite le blessé du bord de la route comme lui-même (Lc 10).
Comme a contrario chez le débiteur impitoyable sanctionné pour ne pas avoir
su rendre la faveur qu’il a reçue (Mt 18.21-35). Comme chez le disciple invité à
aimer ses ennemis. Le commandement d’amour prend la forme d’un subtile
crescendo (Mt 5.44) : « Aimez vos ennemis  : bénissez ceux qui vous maudissent,
faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent
et qui vous persécutent. » Quand on ne parvient plus à bénir, il reste la
possibilité de faire du bien ; quand on ne parvient plus à faire du bien, il reste la
possibilité de prier. La visée d’un tel commandement ? Faire circuler la grâce.
Devenir fils du Père qui est dans les cieux. « Faire lever le soleil de Dieu sur les
bons comme sur les méchants » (Mt 5.45). Autrement dit, veiller à ne pas
accorder le moindre succès au Mal qui éclipserait la bénédiction et la victoire
accordées et promises par Dieu.

24
La visée éthique de Jésus
Toute la loi éthique juive est gouvernée par le souci de ne pas étendre le règne
du Mal mais d’étendre le règne de Dieu (la vie, la paix, le bien…). Chaque
commandement en est pétri ; c’est d’ailleurs leur seul critère de validité (et
devrait être leur seul critère d’invalidité le cas échéant).
Jésus conserve la même visée et la prolonge. L’ « impératif catégorique » de
son éthique et de l’éthique chrétienne par conséquent est le suivant : agissez
autant que possible afin de rendre Dieu/le bien victorieux. Le mal est attaqué à
la racine, traqué jusque dans ses intentions, débusqué derrière ses paravents
religieux ou moraux, épinglé sur le tableau de nos paresses ou de nos
justifications personnelles et enfin crucifié sur la croix de Golgotha. Le succès
de Dieu et de son œuvre en toute occasion est le critère absolu du
comportement de Jésus. Il s’agit de triompher du Mal et de le désarmer. Mais
si d’aventures la lutte contre le mal venait à prétériter la victoire de Dieu en le
lésant de quelque façon, alors cette lutte devrait être suspendue et son issue
remise à Dieu lui-même. Tel est l’enseignement de la parabole de l’ivraie dans
laquelle, par souci de ne pas abîmer les bonnes plantes, le maître de la maison
recommande à ses serviteurs d’attendre le temps de la moisson au cours de
laquelle les moissonneurs sépareront et détruiront eux-mêmes les mauvaises
herbes (Mt 13.24-30 expliquée en 36-43). Gare aux effets pervers de notre lutte
contre le mal. On ne saurait faire gagner Dieu en endommageant son
patrimoine. Ce dernier prime. Le zèle demandé n’est pas un zèle amer. La lutte
contre le mal n’est pas aveugle, frénétique ou obsessionnelle. Elle n’est pas
affaire de zizanies (le mot grec pour ivraie), mais elle est affaire de
discernement, de confiance et donc aussi d’espérance. Le temps du service
n’est pas le temps de la moisson. Dans la parabole, le travail des serviteurs est
d’ailleurs distingué du travail des moissonneurs.

Quel geste d’amour pouvait mieux figurer le désarmement du mal que le geste
du lavement des pieds au sujet duquel Jésus dit dans l’Evangile de Jean : « Vous
aussi, vous devez vous laver les pieds les uns les autres. » (Jn 13.14). C’est après
ce geste que, dans le même Evangile, le commandement est renouvelé sur la
base de l’exemple de Jésus : « Je vous donne un commandement nouveau:

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Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés. » (Jn 13.34). Cette
attitude radicale où le pathos prime sur l’ethos (aimer comme Jésus nous a
aimés !) ne relève plus de la juste réparation (récurrente dans la loi éthique
juive), mais du don et du pardon, de la dépossession et du service. La défaite
du Mal ne suffit pas, elle équivaudrait à un possible match nul ; il faut autant
que possible donner la victoire à Dieu. Aimer comme Jésus, c’est aimer à perte.
L’exigence est extrême, impossible sans l’aide divine, à la mesure de la
suprématie totale que Dieu réclame. Mais la récompense est grande. Pour ne
pas la manquer, l’amour donne tout ce qu’il a afin de mettre la main sur le
trésor du Royaume ou sur la perle de grand prix (Mt 13.45-46). Il accepte le
sacrifice (Mt 5.29) pourvu que le Royaume se déploie. Il sait se faire petit pour
faire grandir son Dieu (Mt 7.13). Il fait sienne la parole de Jean le Baptiste : « Il
faut qu'il croisse, et que je diminue » (Jn 3.30)

26
Conclusion

La trilogie de la confession juive : aimer Dieu de tout son cœur, de toute son
âme, de toutes ses forces, sous-tend le ministère de Jésus. La trilogie forgée
par la théologie chrétienne : foi, espérance, amour, la relit et la complète. Cette
dernière fut forgée par Paul. Elle récapitule l’héritage qu’il a légué à ses
premières communautés (1 Th 1.2). On la trouve présente dans son épitre aux
Corinthiens en un point cardinal (1 Co 13.13). Elle structure son épître
fondamentale aux Romains (Foi : Rm 1-4 ; Espérance : Rm 5-11 ; Amour : Rm
12-15)3. Elle est disséminée dans tout le Nouveau Testament.

Il ne saurait y avoir concurrence entre la formulation « juive » et « chrétienne »


car les deux trilogies s’enrichissent mutuellement. L’étude de la parabole du
semeur nous en a offert la plus belle des illustrations.

Si il nous est dit que si on ne comprend pas cette parabole on ne saurait


comprendre les autres paraboles, les autres paroles, la Parole, alors cela
signifie, par déduction logique, que nos deux trilogies constituent ensemble la
règle de lecture, la clé herméneutique des Ecritures en leur (presque) entier.
Leur raison d’être est spirituelle. Elles ont été écrites pour nous aider à aimer
Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces ; ou bien
celle-là : nous aider à croire, espérer et aimer… afin que Dieu règne. C’est
l’apport majeur de l’Evangile de Marc à la compréhension du ministère de
Jésus et de notre réponse à son appel. Les deux autres évangiles, Matthieu et
Luc, qui mentionnent la parabole du semeur, ne sont pas en reste. Dans
Matthieu, Jésus insiste sur la nouveauté de l’enseignement que cette parabole
inaugure : Je vous le dis en vérité, beaucoup de prophètes et de justes ont
désiré voir ce que vous voyez, et ne l'ont pas vu, entendre ce que vous entendez,
et ne l'ont pas entendu (Matt 13.17). Il ajoute enfin une mise en garde : Vous
donc, écoutez ce que signifie la parabole du semeur (Matt 13.18). Dans Luc, il

3
Je me permets de renvoyer le lecteur à un premier ouvrage qui en établit la démonstration : Yann Morvant,
La vie de la foi selon l’épître aux Romains, Editions Oasis, 2016.

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donne à ses auditeurs un avertissement encore plus solennel : Prenez donc
garde à la manière dont vous écoutez; car on donnera à celui qui a, mais à celui
qui n'a pas on ôtera même ce qu'il croit avoir (Lc 8.18). La foi, l’espérance et
l’amour balisent le chemin de la croissance spirituelle. Aimer Dieu de tout son
cœur, de toute ses forces, de toute son âme, nous permet de recevoir le
Royaume de Dieu.

Le nombre de textes bibliques, de sagas entières, parfois de livres entiers qu’il


serait possible d’associer à chacun ou à une combinaison des 4 terrains de la
parabole du semeur est impressionnant. En existe-t-il qui échapperaient à cette
typologie ? Oui et c’est tant mieux. L’idée n’est pas de limiter le monde que ces
textes nous présentent. L’idée est de leur rester fidèle. De déployer une lecture
qui permettre à l’Esprit de nous interroger et de nous conduire là où il le désire.

Car le parcours balisé par la parabole du semeur, entre autres paroles donc, est
bien un parcours spirituel. Guérir des pathologies de l’être humain déchu pour
recevoir la Liberté et l’Autorité que l’appartenance au Royaume confère.
Parvenir à la communion ardemment désirée par Dieu et Jésus-Christ.
Reconquérir les territoires perdus de notre humanité, étendre la Royauté de
Dieu sur le monde, redonner à Dieu ce qui EST à Dieu, telle est la motivation, le
mandat, et la visée de Jésus. Il n’est pas un Maître de sagesse, comme
beaucoup de théologiens l’ont affirmé, mais un Maître spirituel. Et la fièvre qui
l’enflamme n’est pas tant celle de la fin des temps, comme beaucoup
d’exégètes l’ont dit, que celle du début. Car Jésus vient réveiller l’image de Dieu
inscrite sur chaque être humain comme était inscrite l’image de César sur les
pièces de monnaies romaines : « Montrez-moi un denier. De qui porte-t-il
l'effigie et l'inscription? De César, répondirent-ils. Alors il leur dit: Rendez donc à
César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » (Lc 20.24-25).

Cela passe par un combat contre le mal et l’utilisation des armes de l’Esprit. Si
la victoire n’est pas toujours visible, elle est promise. Et à raison ! Le diable a-t-
il créé le monde ? Non. A-t-il créé l’humanité ? Non. Il ne crée rien, il dénature.
Il est second et il le restera, avant de disparaître. Fort de cette conviction, Jésus
est le libérateur qui vient rendre la liberté aux captifs (Lc 4.16-19). Il est le fils

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du Propriétaire qui vient réclamer ce qui lui appartient (Mc 12). Il est le doigt
de Dieu, plus fort que l’homme fort (Mc 3.27), qui déloge les usurpateurs et
autres squatteurs de l’âme humaine : Mais, si c'est par le doigt de Dieu que je
chasse les démons, le royaume de Dieu est donc venu vers vous. » (Lc 11.20). Il
est le médecin qui vient nous rendre la santé en nous délivrant de nos maladies
(Mc 2.17). Il est en tout cela le Sauveur selon la volonté du Père qu’il incarne.
Non pas un sauveur isolé mais un sauveur qui partage avec ses disciples son
autorité et son pouvoir (Lc 9.1) et les encourage à marcher dans son sillage et à
prier : Père, délivre-nous du Malin (Mt 6.13).

Jésus nous demande seulement de nous désolidariser de ce qui nous aliène.


C’est pour cette raison qu’il dit : « Le temps est accompli, et le royaume de Dieu
est proche. Repentez-vous donc, et croyez à la bonne nouvelle. » (Mc 1.15)
Quand la personne lui paraît totalement aliénée, Jésus le libère par un acte de
puissance. Quand la personne est seulement indécise ou incrédule, il lui
demande de revenir à Dieu et de recevoir Sa grâce et Son autorité. La
conversion qu’il attend, espère et suscite est une rémission, une repentance,
une disponibilité à la nouveauté que Dieu introduit dans le monde. C’est un
autre moyen de déposséder le Malin de ses possessions mal acquises et de
distribuer ses dépouilles (Lc 11.22). Car l’incrédulité est également maligne.

Envoi
Pour faciliter notre conversion, Jésus offre, en plus de l’autorité sur le mal, la
remise de dettes, la grâce, le pardon. Il le fait au nom de la paternité de Dieu. Il
le fera jusqu’à la mort sur la croix : Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce
qu’ils font (Lc 23.34). En agissant ainsi, il s’inscrit pleinement dans sa foi juive et
même dans son calendrier. La prédication de Jean le Baptiste en effet n’est pas
sans rappeler le « Jour du jugement » qui ouvre l’année juive. La prédication de
Jésus quant à elle, rappelle « Le Jour du Grand Pardon » qui lui succède dix
jours plus tard. Le parcours de Jésus ira jusqu’à Pâques. En le ressuscitant, Dieu
a dissipé l’éclipse du calvaire et a confirmé son Royaume. L’Esprit Saint a pris le
relais à la Pentecôte. Sa course nous fera accomplir le reste du calendrier en

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son entier. Jusqu’au jour du jugement final, jusqu’à la résurrection, jusqu’à
l’unité complète. La boucle sera bouclée. Et la victoire totale !

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Table des matières
POURQUOI JESUS DIT-IL :.............................................................................................................................. 1

« Vous ne saisissez pas cette parabole ? Comment donc comprendrez-vous toutes les paraboles ? ».........1

Introduction : Le Royaume de Dieu.............................................................................................................. 3

Le Royaume de Dieu............................................................................................................................. 3

L’hostilité au Royaume : une nouvelle définition..................................................................................5

Les deux pôles du combat de Jésus....................................................................................................... 5

Le centre de gravité du ministère de Jésus........................................................................................... 6

L’adversaire de Jésus............................................................................................................................ 7

La parabole du semeur................................................................................................................................. 8

Le texte..................................................................................................................................................... 9

Interprétation......................................................................................................................................... 10

Le premier terrain............................................................................................................................... 11

Le second terrain................................................................................................................................ 12

Le troisième terrain............................................................................................................................. 15

Bilan............................................................................................................................................................ 18

Une première trilogie.......................................................................................................................... 18

Une seconde trilogie........................................................................................................................... 19

La visée de Jésus................................................................................................................................. 22
Conclusion.................................................................................................................................................. 25

Envoi................................................................................................................................................... 27

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