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BAC TECHNOLOGIQUE 2022

Épreuve anticipée de français

Commentaire de texte

Objet d’étude : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle.  


Texte d’Émile Zola, Germinal, 1885.

Introduction.

Le texte soumis à notre étude est un extrait de Germinal, cinquième volume de la saga des
Rougon-Macquart. Ce roman naturaliste, écrit par Emile Zola, est publié en 1885 et évoque la vie de
la mine, dans le nord de la France. Il s’agit ici du récit de la descente du cheval Trompette pour
seconder Bataille au fond du puits, pour les besoins de l’activité minière. Nous nous demanderons en
quoi cet extrait permet à Zola d’aborder la question du cruel travail de la mine au travers du récit
pathétique de l’exploitation des chevaux.
 
I. Les chevaux : deux personnages bouleversants

1) Bataille, le vieux cheval plein de résilience et de sagesse.

Le premier paragraphe du récit est consacré à Bataille, un vieux cheval sage et résilient. Il s’est en
effet accoutumé à sa vie sous-terraine, et a pris des habitudes sereines. (Cf : le caractère rituel de
ses activités quotidiennes. Astuce : relever les compléments circonstanciels de temps et de lieu).

Ce cheval est en outre personnifié : il a l’air humain, et même “bonhomme” Il est “d’une grande
malignité”, et semble par ailleurs ressentir de la nostalgie vis-à-vis du moulin de son enfance, et
ressent aussi, avec la vieillesse, de la “mélancolie”. Enfin, il semble “[compter] ses tours”, expression
qui lui confère une compétence intellectuelle plutôt humaine. Bataille, cheval presque aveugle,
donne donc une image du vieux minier habitué à l’obscurité et à la souffrance.

2) Bataille et Trompette: deux chevaux qui racontent la même histoire

Or, ce récit évoque l’arrivée de Trompette, un jeune cheval qui sent encore le dehors et la campagne.
Bataille le sent de loin (cf. fin du premier paragraphe), et s’approche de lui quand il arrive au sol “pour
flairer ce compagnon”, ce qui provoque la surprise et l’amusement des mineurs. Il hennit alors
bruyamment, “allégresse” et “sanglot” tout à la fois : ce cheval à la sensibilité toute humaine, semble
se souvenir de sa jeunesse rustique.
Trompette est en effet un jeune cheval, une image de Bataille quand il était jeune. En le sentant,
Bataille lui souhaite “la bienvenue” comme à un autre lui-même, qui partagerait désormais le reste
de sa vie.
3) Une scène pathétique d’exploitation des animaux au coeur du travail de la mine

Ce texte est donc très touchant. Il explique comment la mine exploite les chevaux et les coupe de
leur milieu naturel pour les plonger dans l’obscurité à tout jamais, et comment ils finissent à
s’accoutumer à l’horreur.

Or, en donnant des caractéristiques humaines à Bataille et à Trompette, le texte évoque


indirectement la difficulté des conditions de travail des mineurs eux-mêmes à la mine.

II. Une progressive descente aux enfers.

1) La descente au fond du puits : une manœuvre délicate et compliquée.

Le lecteur suit la descente de Trompette au travers du regard de Bataille. En effet, le vieux cheval se
rend compte d’une “lampe” qui “[brûle] l’air” tandis que les "manœuvres [continuent] dans le puits”.
Le lecteur suit le regard de Bataille.

Or, ce regard complète celui des mineurs au travail. En fait, la descente dure "trois minutes”, durant
lesquelles le suspense est à son comble du côté des mineurs, comme le montrent les interrogations
directes insérées dans le récit “Quoi donc ? Est-ce qu’on allait le laisser en route, pendu dans le noir
?”.

2) L’évocation de la terreur du cheval pris au piège

La description de Trompette insiste sur la terreur du cheval. Après s’être défendu et débattu, la
sidération le tétanise, et il est “immobile”, l'œil fixe, comme mort. Cette terreur est présentée ici
comme habituelle : tous les chevaux réagissent de cette manière lors de leur descente au fond de la
mine, comme le montre les adverbes “toujours” et “parfois”.

Or, la peur du cheval est augmentée par le fait qu’on lui ait “[rebattu et attaché] la tête sur le flanc”. Il
est donc attaché “dans un filet”, “au-dessous de la cage”, ce qui constitue un nouvel acte de
maltraitance. Le cheval est fait prisonnier avec violence, ce qui suscite chez le lecteur un sentiment
de compassion certain, doublé d’un sentiment de révolte.

3) Une condamnation tragique au confinement

En effet, les deux chevaux, le sage et le terrorisé, sont tous les deux confinés à vie dans le sous-sol,
d’où ils ne “[remonteront] que morts”. La mine est pour eux comme un tombeau dans lequel ils sont
néanmoins condamnés à un travail forcé jusqu’à leur dernier souffle. La descente de Trompette, et
avant lui la descente de Bataille, était donc bien une descente aux enfers.

Leur destin est désormais scellé ici. Ils ne peuvent rien faire pour se sortir de ce trou, ce qui donne au
texte un caractère éminemment tragique.
Conclusion

En conclusion, on peut dire que ce texte évoque le sort pathétique et tragique de deux chevaux, et à
travers eux l’horreur du travail à la mine. Ce récit est en effet bouleversant, car on voit se côtoyer des
sentiments ou comportements très humains, comme la sérénité, la résilience, la peur, la sidération,
l’empathie, aux côtés de l’horreur et de la misère de la maltraitance.
Ce roman s’inclut en effet dans le vaste projet de Zola de rendre compte dans le roman des
différents milieux de son siècle et des comportements humains afférents.

Contraction de texte et essai

Objet d’étude : la littérature d’idée du XVIe au XVIIIe siècle.

A) Rabelais, Gargantua, chapitre XI à XXIV,


Parcours : la bonne éducation.
Texte de Jacqueline de Romilly, Écrits sur l’enseignement, 1984.

● Contraction de texte (185 mots)

Pour pouvoir enseigner ce qui concerne la pensée et la morale, il faut savoir porter sur le passé un
regard rétrospectif qui en fasse ressortir les lignes forces. Pour comprendre la complexité de nos
sociétés, il convient en effet de s’intéresser à des sociétés plus simples, notamment les sociétés
antiques, grecques et latines. Il faudrait étudier leurs organisations, leurs crises et relations
politiques, la littérature qui en rend compte, mais aussi leurs questionnements et dilemmes moraux.
L’étude de la sociologie ou de l’histoire nous donne ainsi des schémas efficaces qui nous permettent
d’interpréter notre monde si compliqué, à partir des mondes anciens. Il s’agit, pour comprendre le
présent, de prendre du recul par rapport à lui.
Le sentiment de désarroi est encore accru par le fait que les changements actuels s’accélèrent. La
science et les évolutions sociales et morales semblent s’emballer à un rythme effréné.
Or, pour enseigner, il faut pouvoir dégager des valeurs, discerner le bien et le mal au-delà des
événements et des épiphénomènes.
Il faut prendre du recul par rapport à notre présent, et accepter de plonger dans le passé, pour en
découvrir les éléments intemporels.

● Essai : dans un monde qui change, a-t-on forcément besoin d’une éducation nouvelle ?

Introduction.

L’éducation est une question qui agite toutes les sociétés de tous les temps. En effet, elle concerne la
formation des jeunes, et ce que leurs responsables doivent leur enseigner pour qu’ils puissent faire
face au monde dans lequel ils vivent, dans les meilleures conditions possibles. Il convient donc avant
tout de se poser la question des besoins des jeunes et de se demander si dans un monde qui change,
on a forcément besoin d’une éducation nouvelle, et pourquoi. Dans un premier temps, nous verrons
qu’il est nécessaire que l’éducation s’adapte au monde dans lequel les jeunes vivent. Dans un
deuxième temps, nous verrons qu’il est important au contraire d’enseigner des valeurs essentielles
et immuables, qui donnent des repères aux jeunes.

I. Oui, l’éducation doit s’adapter au monde dans lequel nous vivons.

1) Il faut que les jeunes reçoivent une éducation qui leur permette de faire face au monde dans
lequel ils vivent concrètement. Les jeunes doivent être armés face au monde des études et
du travail, mais aussi face aux relations humaines de toutes sortes.

2) Une éducation décalée par rapport à la réalité du monde est source de malentendus, de
discordes, de déchirements et parfois de drames.

II. Non, il faut enseigner des valeurs essentielles et immuables.

1) Les besoins essentiels demeurent les mêmes depuis la nuit des temps. L’éducation doit donc
garder les mêmes objectifs, même si la forme change.
Pyramide de Maslow : besoins physiologiques, sécurité, appartenance, estime,
accomplissement.

2) Les responsables doivent donner des repères fiables aux jeunes, afin qu’ils puissent faire
confiance aux adultes.

B) La Bruyère, Les Caractères, livre XI “De l’Homme”.


Parcours : peindre les Hommes, examiner la nature humaine.
Texte d’après Henri Amer, “Littérature et portrait, Retz, Saint-Simon, Chateaubriand, Proust”,
revue Études françaises, mais 1967.

● Contraction de texte (212 mots)

Le portrait littéraire est différent des autres types de portraits.

La photographie, portrait non-littéraire, prélève un moment privilégié dans le flux continu du temps,
pour le soustraire à sa finitude et le fixer dans une forme d’éternité. En outre, le photographe est
motivé par sa sensibilité, qui le pousse à photographier l’être aimé.
L’artiste qui produit un portrait plastique est habité par les mêmes sentiments, à cela près qu’ il
transforme la réalité et la stylise afin de valoriser le modèle. Et contrairement au photographe, il ne
capte pas l’instant présent, mais dégage ce que son modèle a d’intemporel, ce qui le définit au-delà
du moment où il est croqué. De là l’image fait ressortir l’essence, le portrait fait ressortir l’époque
d’où il est peint. Ce portrait se fait donc partiellement portrait imaginaire.
Or, le portrait littéraire est proche de ce type de portrait synthétique et stylisé. Il s’agit, au travers de
l’écriture, de concentrer un caractère, le caractère d’une époque, un faisceau de personnes aimées
ou haïes. Enfin, le portrait littéraire est caractérisé par son souci de vérité, même si son sentiment le
pousse à déformer la réalité. Il n’en est pas moins vrai qu’il exprimera l’essence du modèle
transfiguré par l’intelligence de l’écrivain, qui fera connaître sa psychologie profonde au public.

● Essai : peindre les Hommes, est-ce toujours avoir le “souci d’être vrai” ?

Introduction.

Peindre les Hommes pose le problème du regard que l’on porte sur eux. Le regard du peintre est donc
en jeu autant que le modèle présenté. Dans la représentation, il est donc autant question de
subjectivité que d’objectivité. On peut donc se poser la question de savoir si peindre les Hommes, c’est
toujours avoir le “souci du vrai”. Dans un premier temps, nous montrerons que peindre suppose un
souci de vérité de la part du peintre. Dans un second temps, nous montrerons que le peintre peut
peindre les Hommes pour toute autre raison que celle de la vérité.

I. Oui, peindre les Hommes suppose un souci de vérité de la part du peintre.

1) Peindre les Hommes, c’est faire un compte-rendu de leurs comportements et de leurs


caractères. Or, un compte-rendu doit être juste pour avoir de la valeur.

2) Même quand le portrait n’est pas objectivement juste ou vrai, le peintre a un souci de vérité :
celui de son sentiment face au modèle qu’il peint, sentiment qu’il cherche à retranscrire de
façon juste et vraie. Il a donc le “souci d’être vrai”.

II. Non, on peut peindre les Hommes pour d’autres raisons.

1) Rien n’oblige le peintre a faire une peinture vraie. L’art est aussi un exercice de style, et il est
de la liberté du peintre de s’écarter de la vérité objective.

2) L’écrivain peut choisir de peindre les Hommes sans souci de vérité, mais plutôt pour faire
rire, voire pour critiquer, polémiquer ou déranger.

C) Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.


Parcours : écrire et combattre pour l’égalité.
Texte de Martine Reid, “Georges Sand : le combat d’une romancière féministe”, revue Textes et
documents pour la classe, 15 septembre 2014.

● Contraction de texte (205 mots)

George Sand s’inquiète des questions de vie privée de ses contemporaines : question de la libre
disposition de soi et de ses biens, du mariage ou de la maternité. Ainsi revendique-t-elle l’obtention
de droits civils qui pourraient établir l’égalité entre les hommes et les femmes.
Or, Sand considère comme nécessaire le “contrat social” qui unit les sexes, à savoir le mariage
comme structure sociale qui permet à le femme de s’épanouir en tant que mère et en tant que
femme. Cette égalité des sexes au sein du mariage est d’ailleurs pour elle similaire à celle des
conditions au sein de la société.
D’autres femmes de son siècle, saint-simonistes, revendiquent des droits politiques pour les
femmes, et pas seulement civils, comme le fait Sand. Or, l’écrivaine considère les droits civils
nécessaires pour revendiquer les droits politiques. C’est pourquoi elle refuse de devenir députée :
elle a pourtant, pour sa part, obtenu plusieurs droits civils.
Sand est pour autant la militante la plus connue de son temps. Ses nombreuses figures d’héroïnes
romanesques finissent par se marier, mais après avoir obtenu l’égalité juridique, financière,
intellectuelle, morale, affective et sexuelle avec leur conjoint. Ses fictions permettent en effet à Sand
d’exprimer son rêve : ses héroïnes sensibles et indépendantes sont, pour sûr, féministes.

● Essai : écrire et combattre pour l’égalité, est-ce viser forcément une efficacité
immédiate ?

Introduction.

À l’ère de #MeToo et de la charge mentale, on évoque souvent tout texte féministe comme étant
« d’actualité ». Mais si un texte de l’époque d’Olympe de Gouges ou de George Sand peut encore
résonner en nous si fort, que veut dire une « actualité » qui dure des siècles ? À leur époque, ces
autrices avaient conscience des problèmes de leur temps sur lesquels elles pouvaient influer, mais
pensaient-elles que ce serait toujours le cas de nos jours ? Dans un premier temps, nous verrons
qu’un combat littéraire et politique s’inscrit toujours dans son contexte. Dans un second temps nous
constaterons qu’;il dépasse souvent son époque.

I. Oui, on combat dans un contexte donné pour une cause donnée.

1) Le combat suppose la prégnance d’une situation qui nous tient à cœur. On se bat pour une
égalité que l’on pense juste et pour laquelle on s’engage. Notre cœur vibre, on combat à
chaud dans l’instant.

2) On espère donc influencer et faire changer le monde autour de nous. Changer les choses
autant qu’elles nous ont changés. On s’est engagé, on attend en retour un changement suite
à notre action. On cherche à susciter des prises de conscience effectives, qui aboutiront à un
progrès global qu’on voudrait voir.

II. Non, certains combats pour l’égalité s’inscrivent dans la durée.

1) Mais les grands combats prennent du temps, et parfois plus que le temps de vie d’un
homme : celui de l’égalité entre tous les Hommes en est un. Pour changer profondément les
choses, il faut des décennies, parfois des siècles. On veut voir ce changement, mais on sait
qu’il n’est pas immédiat, et ceux qui le verront ne sont pas forcément ceux qui y auront le
plus travaillé, ou au moins pas les seuls.
2) Les prises de conscience authentiques sont de toute façon individuelles, même quand elles
sont prises à plusieurs. Le combat pour l’égalité est le combat de tous pour tous. Ce combat
est alors potentiellement illimité, et il n’est pas question de le voir terminé. “L’efficacité
immédiate” est seulement celle qui consiste à le voir en train de se faire, et c’est déjà
beaucoup.

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