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AIX-MARSEILLE UNIVERSITE

Faculté d’Économie et de Gestion

École doctorale n° 372 Sciences Économiques et de Gestion d’Aix-Marseille

Centre de Recherche sur le Transport et la Logistique (CRET-LOG)

Les motivations d’engagement des entreprises dans la


responsabilité sociale : le cas du secteur industriel algérien

THESE

présentée en vue de l’obtention du

DOCTORAT EN SCIENCES DE GESTION

Le 09 Décembre 2013 par

Badreddine TALEB

JURY

Directeur de thèse : Sylvie AVIGNON


Maître de conférences HDR à Aix-Marseille Université

Rapporteurs : Patricia DAVID


Professeur à l’ESDES
Bernard GUILLON
Maître de conférences HDR à l’Université de Pau

Suffragants : Jacques COLIN


Professeur à Aix-Marseille Université
Gérald NARO
Professeur à l'Université Montpellier 1
Gilles PACHE
Professeur à Aix-Marseille Université
 

 
 

« L’université n’entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions émises


dans les thèses : ces opinions doivent être considérées comme propres à leurs auteurs »
Remerciements

Nombreuses sont les personnes qui ont contribué, directement ou indirectement, à l’aboutissement de
ce travail. C’est un honneur pour moi de les remercier dans ces quelques lignes.

Je souhaite tout d’abord exprimer ma profonde gratitude à mon directeur de thèse, Madame Sylvie
AVIGNON, qui m’a fait confiance et m’a guidé tout au long de ce travail. Je le remercie également
pour sa disponibilité, ses encouragements et ses précieux conseils.

Mes plus vifs remerciements s’adressent aux membres du jury Madame Patricia DAVID et Monsieur
Bernard GUILLON qui m’ont fait l’honneur de se consacrer à l’évaluation de ce travail. Je remercie
sincèrement le Professeur Gilles PACHE qui a accepté de siéger dans ce jury et le remercie également
pour ses efforts et son interactivité dans les moments critiques de cette thèse. Ma sincère gratitude va
également vers Monsieur Jaques COLIN et Monsieur Gérald NARO qui ont été contactés dans des
conditions particulières et qui ont accepté de siéger dans ce jury.

Ce travail n’aurait pu être réalisé sans une investigation sur le terrain. Par conséquent, je remercie
particulièrement le directeur de l’entreprise Laiterie EDOUGH Annaba, et le directeur de l’entreprise
PROTUIL Annaba qui m’ont accordé plusieurs entretiens au cours de mon étude exploratoire. Je
remercie aussi le Responsable de la Politique Environnementale Urbaine dans la Direction de
l’Environnement de la Willaya d’Annaba qui m’a reçu avec beaucoup de gentillesse.

Je remercie également l’ensemble des membres du CRET-LOG, en particulier Madame FABBE-


COSTES, Monsieur Gilles GUIEU, Monsieur Claude FIORE pour leurs disponibilités, conseils et
échanges tout au long du processus de construction de cette thèse.

Je remercie aussi les secrétaires du CRET-LOG Laurence COMBARIEU et Elisabeth JANULEWICZ


ainsi que les responsables de la bibliothèque de GLT et celle de la faculté de sciences économiques et
de gestion.

Mes remerciements vont également vers les nombreux «relecteurs » de cette thèse, notamment Fayçal,
Mounir, Nadjib, Chakib et Myriam.

Je ne peux clore ces remerciements sans exprimer toute ma reconnaissance et toute ma gratitude et
mon amour à mes parents, mes frères et sœurs, ma femme ainsi qu’à toute la famille, sans leurs
affections, leurs amours et leurs soutiens, je ne parviendrai pas à finir cette thèse.

Enfin, ma reconnaissance va en particulier à ma femme qui a fait preuve d’amour et de patience et qui
a supporté mes sauts d’humeur à la fin de cette thèse.

 
Sommaire
1 Chapitre 1. La responsabilité sociale historique, émergence et définitions .......................................................................15
1.1 Section 1.1. Genèse et développement de la RSE .....................................................................................................16
1.2 Section1.2. La responsabilité sociale des entreprises sous l‘éclairage de la théorie ................................................48
Conclusion du chapitre 1…...……………………………………………………………………………………………68
2 Chapitre 2.L‘engagement des entreprises dans la responsabilité sociale ............................................................................70
2.1 Section 2.1.Fondement théorique des motivations d‘engagement dans la responsabilité sociale ...........................71
2.2 Section 2.2. Les motivations d‘engagement dans la RSE au niveau de la littérature managériale ..........................82
Conclusion du chapitre 2…………...…………………………………………………………………………………....99
3 Chapitre 3. Construction d‘un modèle explicatif des motivations d‘engagement dans la responsabilité sociale ...........101
3.1 Section 3.1. Les tentatives de classement des motivations d‘engagement dans la responsabilité sociale (exemple
des modèles multi-niveaux) .....................................................................................................................................................103
3.2 Section 3.2. Modélisation de l‘engagement dans la responsabilité sociale.............................................................119
Conclusion du chapitre 3……..…………………………………………………………………………………..157
4 Chapitre 4. Contexte de la recherche, choix méthodologiques et résultats de l‘enquête exploratoire .............................162
4.1 Section 4.1. Le contexte de la recherche ..................................................................................................................163
4.2 Section 4.2. Les choix épistémologiques et méthodologiques de la recherche ......................................................192
4.3 Section 4.3. La phase exploratoire ...........................................................................................................................209
Conclusion du chapitre 4………………………………………………………………………………………………..219
5 Chapitre 5 Méthodologie quantitative de la recherche ......................................................................................................220
5.1 Section 5.1. L‘opérationnalisation des variables du modèle de recherche .............................................................221
5.2 Section 5.2. La mise en œuvre du questionnaire et la collecte des données ...........................................................264
5.3 Section 5.3. L‘évaluation de la qualité et de la validité des échelles de mesure ....................................................276
Conclusion du chapitre 5…...…………………………………………………………………………………………..293
6 Chapitre 6. Résultats et discussions du test des hypothèses ..............................................................................................294
6.1 Section 6.1. Résumé des hypothèses de la recherche ..............................................................................................295
6.2 Section 6.2. L‘analyse descriptive ............................................................................................................................302
6.3 Section 6.3. L‘analyse des données ..........................................................................................................................308
Conclusion du chapitre 6………………………………………………………………………………………………..333
Conclusion générale………………….……………………………………………………………………………………….335
Bibliographie .................................................................................................................................................................................349
Liste des tableaux ..........................................................................................................................................................................384
Liste des figures……………………………………………………………………………………………………………….385
Table des matières .........................................................................................................................................................................387
Annexes .........................................................................................................................................................................................396


 
 

 
Introduction Générale


 
 

 
« Notre succès sera mesuré non seulement par la croissance de la valeur pour les
actionnaires, mais aussi par notre réputation, la qualité de nos relations et notre engagement
dans la responsabilité sociale »1

La responsabilité sociale des entreprises (RSE) est devenue un sujet populaire, qui se traite
dans les conférences de gestion, les discussions publiques et les débats médiatiques dans
lesquels les entreprises affichent leur maîtrise du langage de la RSE. Cependant, cette
attention croissante à la RSE ne prouve pas pour autant que les choses ont changé dans la
pratique professionnelle quotidienne (Albaum et Peterson, 2006).

Aujourd‘hui, le mouvement de la RSE construit une dynamique de premier plan avec le


soutien des gouvernements et de la communauté financière. Il est majoritairement admis que
les entreprises font beaucoup plusque jamais auparavant pour se prémunir contre des
compromis éthiques, tout en reconnaissant leur responsabilité sociale, la création d'une plus
grande transparence de la gouvernance. Elles deviennent plus responsables envers leurs
parties prenantes (Baur et Schmitz, 2012).

Historiquement, les pratiques de la RSE ont été toujours liées à des disparités issues du monde
des affaires ou des réponses individuelles aux besoins de la société. Dès 4400 av.JC, il existe
des preuves d'activités caritatives en Mésopotamie où la philanthropie a été signalée pour
soulager la faim (Pederson, 2006). Pour Visser (2008), les religions comme l'hindouisme, le
bouddhisme et l'islam qui incitent les riches à contribuer au développement de la société
peuvent être à l‘origine de la RSE.

Plus récemment, l'intérêt de la recherche pour la RSE a été fondé dans les années cinquante
avec la publication du livre de Bowen2 en 1953, dans lequel il a tenté une première définition
du concept de la RSE (Carroll, 2008).

Bien que les chercheurs ont tenté d‘apporter une définition plus claire à ce concept (Frederick,
1960 ; Friedman, 1962 ; Eells et Walton, 1974 ; Carroll, 1979 ; Jones, 1980 ; Wood, 1991 ;
Waldman et al., 2006), la définition exacte de la RSE est restée insaisissable et souvent tirée
                                                             
1LeviStrauss etCo, l'énoncé de vision de l'entreprise, cité par Patricia Jones et Larry Kahaner (1995).
2Bowen H., (1953), « Social responsibilities of the businessman », Harper et Row, New York. 

 

 
 

 
entre plusieurs visions, notamment la vision altruiste ou instrumentale. Dans ce sens, Votaw
et Sethi (1973) ont défini la responsabilité sociale comme « un terme brillant, qui signifie
quelque chose, mais pas toujours la même chose pour tout le monde ». Néanmoins, ce
concept est généralement utilisé dans la littérature pour désigner un mode d‘engagement des
entreprises qui permet de dépasser les attentes sociales, juridiques et éthiques (Luetkenhorst,
2004).

Cependant, si les chercheurs ont proposé des définitions de la RSE depuis plusieurs
décennies, ce n'est que récemment que l'intérêt pour les motivations d‘engagement dans la
RSE s‘est répandu (Wood, 1991; Carroll, 1999; Reynaud et al., 2008 ; Baret, 2011).

Ces appels concernant l‘intégration de la RSE ont eu des conséquences directes sur les
changements des objectifs des entreprises. Traditionnellement, la maximisation du profit a été
considérée comme l‘objectif ultime de l‘activité de toute entreprise. Aujourd'hui, les
managers déclinent plusieurs autres objectifs à l‘entreprise : profit plutôt à long terme qu'à
court terme, rémunération des actionnaires, image de marque, croissance de l'entreprise et
respect de l‘environnement (Boiral, 2006).

Dans ce sens, les chercheurs ont identifié d‘une part, les motivations liées à des disciplines
spécifiques tels que le marketing, la gestion des ressources humaines et la performance
financière (Margolis et Walsh, 2001 ; Waddock et al., 2002 ; Gardberg et Fombrun, 2006), et
d‘autre part, des motivations plus spécifiques, comme les avantages concurrentiels (Cheryl et
al., 2010), les subventions publiques (Chan et Wong, 2006) ou la crainte des sanctions due au
non-respect de la réglementation (Givel, 2007).

D‘une manière générale, la question des motivations d‘intégration de la RSE a été étudiée
dans la littérature à partir d‘un seul niveau d'analyse : individuel, organisationnel ou
institutionnel, (McWilliams et Siegel, 2000 ; Chan et Wong, 2006 ; Givel, 2007 ; Cheryl et
al., 2010).

De plus, ces analyses ont été focalisées sur le niveau organisationnel ou institutionnel.
D‘après Herman et Ante (2012), uniquement 4% de la littérature a utilisé le niveau de
motivation individuel et seulement 5 % a utilisé plusieurs niveaux de motivation pour
expliquer l‘engagement des entreprises dans la responsabilité sociale.

 
 

 
Or, Un grand nombre de chercheurs suggèrent, de prendre en compte de multiples acteurs
(internes et externes) à différents niveaux d'analyse pour comprendre le changement dans le
comportement social et environnemental de l‘entreprise, car il existe une interaction entre les
niveaux de motivations lors d‘une décision stratégique. Autrement dit, le dirigeant prend en
considération une multitude de facteurs lorsqu‘il s‘agit de prendre la décision de
l‘engagement dans la RSE (Bansal et Roth, 2000 ; Garriga et Mele, 2004 ; Aguilera et al.,
2007).

Ce constat indique qu‘il existe une importante lacune au niveau de la littérature concernant
l‘analyse des motivations d‘engagement des entreprises dans la RSE sur un seul niveau
(Margolis et Walsh, 2001; Waddock et al., 2002). D‘où, le besoin vital d‘un examen global à
plusieurs niveaux et pluridisciplinaire dans lequel la littérature existante peut être intégrée et
synthétisée d'une manière cohérente et globale.

Par conséquent, dans cette recherche nous proposons une analyse multi-niveaux qui intègre la
vaste et très hétérogène littérature sur la RSE, en utilisant le cadre d‘analyse sur trois niveaux
de Wood (1991), mais, avec une nouvelle interprétation de chaque niveau d‘engagement
(Individuel, organisationnel et institutionnel).

Toutefois, si la question de la RSE et ses motivations d‘intégration au sein des entreprises


dans les pays développés a été largement traitée dans littérature, cette question, notamment
dans son aspect environnemental reste loin d‘être satisfaite dans les pays en développement.

Les plus grands enjeux sociaux et environnementaux de ces concepts se trouvent dans les
pays en développement, à cause de l‘expansion rapide de l‘économie qui peut engendrer des
conséquences dramatiques pour la société et l‘environnement.

Dans ce sens, l‘Algérie, semble être un pays qui possède l‘ensemble des caractéristiques d‘un
pays en voie de développement (une économie dominée par un secteur majeur, celui de
l‘hydrocarbure, un taux de chômage élevé notamment chez les jeunes, une situation
économique fragile, un faible taux d‘alphabétisation, un système légal qui manque de
contrainte et de transparence, etc.).


 
 

 
Toutefois, dans le cadre de la mise à niveau des entreprises algériennes et de la réduction de
leur impact sur l‘environnement, le gouvernement algérien a complété le cadre réglementaire
existant par un ensemble d‘instruments volontaires mise en œuvre par le Ministère de
l‘Aménagement du Territoire, de l‘Environnement et du Tourisme (MATE), notamment, dans
le but de la préservation de l‘environnement, à l‘instar du « Contrat de Performance».

À ce jour plus de 80 contrats de performance environnementale ont déjà été signés entre le
Ministère de l‘Aménagement du Territoire, de l‘Environnement et du Tourisme et les
entreprises qui œuvrent dans les secteurs industriels, à savoir, la Sidérurgie, le Cimenterie, la
Construction métallique, la Chimie, l‘Electro- ménager et l‘Agroalimentaire.

Ces contrats signés volontairement par les dirigeants des entreprises, nous amènent à réfléchir
à la question des motivations réelles qui ont poussé les entreprises qui évoluent dans un climat
socioéconomique peu contraignant à s‘engager dans un processus de RSE généralement
coûteux.

L’objet de la recherche

L‘objet d‘une recherche se traduit par une question générale posée par le chercheur afin de
satisfaire l‘objectif qu‘il cherche à atteindre. Cette question est formulée souvent de la
manière suivante « qu‘est-ce que je cherche ? » (Saunders et al., 2003). L‘objet de la
recherche qui doit être défini plus étroitement que le thème de la recherche, représente une
difficulté majeure dans la réalisation d‘un travail doctoral. D‘après Perrin (2008) « Définir
l’objet et la question de recherche est certainement le travail le plus déroutant pour un
doctorant». En effet, construire un objet de recherche constitue de dresser une question qui
articule des objets théoriques, empiriques ou méthodologiques (Allard-Poesi et Maréchal,
2007). Dans le but de questionner les différents aspects de la réalité afin de décrire,
d‘expliquer ou de comprendre le phénomène étudié et de contribuer plus généralement à
approfondir et enrichir la connaissance en sciences sociales. Cet objet se résume dans notre
recherche en une seule question :


 
 

 
Quelles sont les motivations réelles d’engagement des entreprises dans la RSE,
notamment celles du secteur industriel algérien ?

Cet objet de recherche se subdivise en deux questions de recherche :

Q1 : quelles sont les motivations individuelles, organisationnelles et institutionnelles qui


poussent les entreprises à s‘engager dans la RSE ?

Q2 : quelles sont les motivations réelles derrière l‘engagement des entreprises algériennes du
secteur industriel dans la RSE ?

Notre objet de recherche se construit à travers la définition en premier lieu, du concept de la


responsabilité sociale, ainsi que la présentation du débat théorique entre les approches
instrumentales menées par les publications de l‘école de Chicago notamment celles de Milton
Friedman, (Friedman, 1970; Higgins, 2000 ; Kerr, 2004) ainsi que les approches intégratives
proposées par la majorité des chercheurs dans ce domaine (Klonoski, 1991 ; Freeman et Evan,
1990 ; Donaldson et Dunfee, 1994 ; Hasnas, 1998 ; Von, 2003). En deuxième lieu, cette
recherche va nous amener à exposer quatre approches théoriques, qui traduiront trois niveaux
de motivation : un premier individuel qui regroupe les motivations individuelles représentées
par les valeurs managériales (l‘idéalisme et le relativisme), les caractéristiques observables
(l‘âge, le niveau d‘éducation, la carrière et l‘expérience). Un deuxième niveau
organisationnel, qui regroupe les motivations initiées par la logique interne de l‘entreprise à
savoir la réduction des coûts de production, le bien-être des employés et la rareté des
ressources. Le dernier niveau, institutionnel regroupe les motivations externes à l‘entreprise à
savoir : la législation, les avantages concurrentiels, les attentes des clients, les subventions de
l‘Etat, la pression des organisations non-gouvernementales, la pression des médias, le
commerce international et la société mère. En troisième lieu, à partir de ces trois niveaux nous
construisons un modèle de recherche, qui est testé auprès de 94 entreprises qui exercent dans
le secteur industriel algérien. Les résultats confirment une partie de notre modèle et nous
ramènent vers les objectifs attendus de cette recherche.


 
 

 
Les objectifs et les intérêts de la recherche

Le travail de recherche se fixe des objectifs qui consistent à guider les choix méthodologiques
les plus appropriés. Les objectifs de recherche peuvent être formulés pour explorer, décrire,
vérifier ou maîtriser l‘objet de recherche (Evrard et al., 2003). L‘objectif principal de notre
recherche est de déterminer les motivations réelles qui poussent les entreprises à s‘engager
dans la responsabilité sociale, notamment dans le secteur industriel algérien. Afin de réaliser
cet objectif, nous proposons un modèle conceptuel construit sur trois niveaux qui explique les
motivations d‘engagement dans la RSE. Ce modèle est testé à travers un corps d‘hypothèses
reliant les différentes approches théoriques choisies. De cet objectif de confirmation et
d‘explication découle les intérêts pour les chercheurs, les praticiens, les décideurs, les
entreprises algériennes. Ces intérêts peuvent être regroupés en trois intérêts majeurs,
théoriques, méthodologiques et managériaux.

Sur le plan théorique, la recherche doit permettre d‘enrichir le débat concernant le


changement comportemental des entreprises entre, d‘une part, les approches théoriques
instrumentales qui considèrent la RSE comme un moyen de faire plus de bénéfice, (Friedman,
1970 ; Higgins, 2000 ; Kerr, 2004 ; Henderson, 2005 ; Crook, 2005), et d‘autre part, les
approches théoriques politiques et intégratives, qui considèrent que le comportement
responsable de l‘entreprise est une réponse automatique à l‘exploitation des ressources
physiques et humaines de la société (Klonoski, 1991 ; Freeman et Evan, 1990 ; Donaldson et
Dunfee, 1994 ; Hasnas, 1998 ; Von, 2003 ; Jenkins et Yakovleva, 2006). Notre thèse a pour
ambition d‘apporter une définition unifiée de la RSE qui synthétise les différentes définitions
théoriques et managériales repérées dans la littérature, et participe à la clôture d‘un débat qui
perdure depuis cinquante ans, (Gond et Matten, 2007). Notre recherche permet de classer les
différentes théories et études empiriques concernant les motivations d‘engagement des
entreprises dans la responsabilité sociale autour des quatre approches théoriques identifiées
dans le travail de Garriga et Mele (2004). Ce travail de classification a été recommandé dans
les travaux de recherche (Kleinet et al., 1999; Logsdon et Wood, 2004). Notre apport est
d‗associer des théories rarement mobilisées en même temps dans la littérature à l‘exemple des
théories psychologiques (l‘alignement sur les valeurs personnelles, l‘engagement, et la
sensibilisation), ainsi que les théories organisationnelles et instrumentales (théorie du contrat


 
 

 
social, théories institutionnelles et des parties prenantes), afin de définir les motivations qui
poussent les entreprises à s‘engager dans la RSE (Kleinet et al., 1999; Logsdon et Wood,
2004).

Notre recherche nous permet de développer un modèle de recherche fondé sur trois niveaux
(individuel, organisationnel et institutionnel) pour analyser les motivations d‘engagement
dans la RSE.

Ce modèle multidisciplinaire mobilise les différents concepts et théories issus d‘autres


disciplines (l‘économie, la sociologie, la psychologie, la philosophie, la stratégie). Outre le
recours à cette multidisciplinarité, notre recherche s‘inscrit également dans une démarche
transversale à d‘autres domaines de recherche en sciences de gestion, à savoir le marketing, la
stratégie et le management. L‘utilisation de multiples acteurs à différents niveaux d'analyse,
va contribuer à réduire la fracture entre le niveau « microéconomique» d‘analyse représenté
par les motivations individuelles et niveau « macroéconomique » d‘analyse représenté par les
motivations organisationnelles et institutionnelles (Kleinet et al., 1999 ; Logsdon et Wood
2004 ; Aguinis, et al., 2011).

Sur le plan méthodologique, les apports sont à trois niveaux :

Tout d‘abord, nous avons utilisé la littérature existante ainsi que les résultats de l‘enquête
exploratoire, afin de définir les échelles qui vont mesurer les variables latentes de notre
modèle de recherche. Dans le but de rendre les variables observables, nous avons réalisé un
travail de traduction empirique des définitions conceptuelles afin de tester nos hypothèses de
recherche. Dans ce sens, nous avons utilisé des échelles de mesure qui ont été développées et
validées dans des études ultérieures à l‘exemple du questionnaire EPQ développé par Forsyth,
(1980), pour mesurer l‘idéalisme et le relativisme ainsi que les échelles de mesure des
caractéristiques observables (Thomas et Simerly, 1994 ; Postma et Kok, 1999 ; Yordanova,
2011 ; Godos-Diez et al., 2011). Une partie des échelles de mesure des variables, notamment
au niveau organisationnel et institutionnel a été développée en s‘appuyant sur les résultats de
notre étude exploratoire. Le délicat travail d‘opérationnalisation des concepts fait de notre
recherche une contribution importante dans la mesure où aucune étude, à notre connaissance,
ne s‘est intéressée aux motivations d‘engagement des entreprises dans le contexte algérien.


 
 

 
Ensuite, l‘importance de ce travail de recherche réside dans l‘utilisation d‘une étude
exploratoire préliminaire qui nous a permis de faire des entretiens avec des chefs
d‘entreprises, des experts, des académiciens et des représentants du Ministère de
l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement (MATE). L‘étude quantitative, à travers
un questionnaire nous a permis de contacter plus de 400 entreprises et de récupérer 94
questionnaires exploitables, avec un taux de réponse très encourageant par rapport à notre
terrain d‘investigation.

Enfin, le dernier apport méthodologique concerne le choix de la méthode de la régression


logistique d‘analyse des variables de notre modèle. Elle consiste à retenir en bloc toutes les
variables explicatives, pour ensuite procéder à l‘élaboration des différents tableaux
statistiques. Cette technique va assurer l‘analyse simultanée de toutes les variables, sur les
trois niveaux de notre modèle. Cela soutient aussi, notre vision multi-niveaux des différentes
motivations d‘engagement dans la RSE.

Sur le plan managérial, cette thèse permet de mettre en avant un terrain d‘investigation
original et non étudié auparavant. Ce sujet qui est très important pour toutes les parties
prenantes (entreprise, public et Etat), mais n‘a jamais été étudié dans ce contexte. En Algérie,
à ce jour aucune thèse n‘a été soutenue sur l‘intégration de la responsabilité sociale, et aucun
article n‘a été publié concernant le rôle stratégique de la RSE au sein des entreprises
algériennes. Toutefois, ce concept gagne de plus en plus d‘importance au niveau des
communications du Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement
(MATE). Les entreprises algériennes semblent avoir pris conscience de l‘importance de la
RSE.

Le deuxième apport managérial met l‘accent sur les valeurs du chef d‘entreprise algérien,
plus exactement sur le comportement idéaliste du dirigeant algérien face à la décision
stratégique. En d‘autres termes, le dirigeant algérien prend en considération les normes
universelles quand il s‘agit de prendre une décision stratégique. Cela confirme les recherches
de Schwartz et Bilsky (1993) qui stipulent que « les exigences individuelles universelles,
s’exprimant dans tout type de société, constituent les véritables « fondations » des systèmes de
valeurs individuelles ».

10 
 
 

 
Le troisième apport, concerne le gouvernement et les entreprises algériennes. En premier lieu,
cette thèse devrait permettre au gouvernement, de voir que la réglementation imposée n‘est
pas une fin en soi, mais un moyen pour préserver l‘équilibre social et l‘environnemental.
Cette recherche a prouvé que la contrainte règlementaire n‘est pas la source majeure de
pression. Autrement dit, le manager algérien ne pense pas directement à la réglementation,
lorsqu‘il doit prendre une décision. En deuxième lieu, cette thèse permet aux entreprises
participantes de recevoir un résumé des résultats de la recherche. Cela peut leur permettre
d‘acquérir un regard critique sur les pratiques de la RSE dans les entreprises algériennes et de
les informer sur l‘importance attribuée par les autres entreprises au concept de la RSE, ainsi
qu‘aux parties prenantes. Ces constats empiriques, doivent pousser d‘une part, le
gouvernement à revoir la politique sociale et environnementale et à choisir d‘autres politiques
plus adaptées à la situation. D‘autre part, cela permet d‘établir une comparaison de l‘attitude
individuelle de l‘entreprise par rapport à l‘ensemble afin de reconsidérer ses approches envers
les parties prenantes et l‘engagement dans la RSE.

D‘une manière générale, cette thèse nous permet de mobiliser une littérature vaste et
hétérogène, afin de construire un modèle de recherche nous permettant de répondre à nos
questions de recherche en fournissant une explication des motivations d‘engagement des
entreprises dans la RSE, notamment celles du secteur industriel algérien. Ce travail de
recherche aboutit à créer de nouvelles échelles de mesure en nous basant sur la littérature
mobilisée et les résultats de l‘enquête exploratoire. Enfin, cette recherche doctorale nous a
permis d‘accéder à un terrain d‘investigation très peu étudié et de poser une pierre angulaire,
base de futures recherches dans ce domaine.

La structure de la recherche

Afin de satisfaire aux objectifs et de répondre à notre question de recherche -la détermination
d‘un modèle multi-niveaux de recherche qui explique les réelles motivations d‘engagement
des entreprises dans la RSE, notamment les entreprises du secteur industriel algérien, nous
organisons notre travail de recherche en deux parties.

11 
 
 

 
Dans une première partie, nous présentons le cadre théorique de la recherche qui nous a
amené à définir le concept de la RSE et à proposer un modèle conceptuel de recherche
expliquant les motivations d‘engagement des entreprises dans la RSE. Cette première partie
est construite autour de trois chapitres.

Le premier chapitre est consacré à la présentation du développement du concept de la RSE,


ainsi que son émergence sur chaque continent. Nous terminons ce chapitre par la présentation
d‘une définition de synthèse du concept de la RSE.

Le deuxième chapitre se concentre sur la mobilisation des approches théoriques, afin


d‘expliquer l‘engagement des entreprises dans la RSE, ainsi que la classification des
différentes motivations repérées dans la littérature.

Le troisième chapitre, présente les différents modèles multi-niveaux les plus utilisés dans la
littérature et synthétise les différentes variables retenues en les liants par des hypothèses, dans
le but de construire un modèle conceptuel de recherche basé sur un corpus théorique vaste et
hétérogène

La deuxième partie de ce travail de recherche confronte le modèle de recherche élaboré à


partir d‘une littérature théorique et empirique à un terrain d'application spécifique qui est le
secteur industriel algérien. Cette deuxième partie est ordonnée autour de trois chapitres.

Le quatrième chapitre est consacré à la présentation de notre terrain d‘investigation. Nous


abordons également, les choix épistémologiques et méthodologiques, ainsi que les résultats de
l‘enquête exploratoire.

Le cinquième chapitre présente la traduction des concepts théoriques en indicateurs, les étapes
de construction d‘outil de recueil des données et l‘évaluation de la qualité des échelles de
mesure.

Dans le sixième et dernier chapitre de la thèse, nous testons statistiquement le modèle de


recherche et nous discutons les différents résultats obtenus en nous appuyant sur les travaux
théoriques et empiriques antérieurs.

12 
 
 

 
Partie 1.Analyse théorique des motivations
d’engagement dans la responsabilité sociale des
entreprises et modèle conceptuel de recherche

13 
 
 

 
Introduction de la partie 1

L‘objectif de la première partie est de définir le cadre conceptuel de la recherche. Plus


exactement, nous mobilisons les multiples approches théoriques ainsi que les différentes
études empiriques, afin de définir le concept de la RSE des entreprises (RSE) et les multiples
motivations sur trois niveaux qui poussent les entreprises à intégrer ce concept dans leurs
pratiques managériales.

Pour ce faire, un premier chapitre présente, l‘histoire du développement du concept de la


responsabilité sociale des entreprises et son émergence sur chaque continent, et expose
également, les fondements théoriques du concept de la responsabilité sociale. Ce chapitre
s‘achève par la présentation d‘une définition unifiée du concept de responsabilité sociale des
entreprises.

Le deuxième chapitre, a comme objectif, d‘une part de mobiliser les approches théoriques,
afin d‘expliquer l‘engagement des entreprises dans la RSE, et d‘autre part, d‘identifier et de
classer les différentes motivations repérées dans la littérature, en se basant majoritairement sur
les quatre catégories théoriques examinées dans le travail de Garriga et de Mele (2004).

Enfin, un troisième et dernier chapitre, présente d‘une part, les différents modèles multi-
niveaux les plus utilisés dans la littérature et d‘autre part, la construction d‘un modèle
conceptuel de recherche qui se base sur les critiques des modèles multi-niveaux
précédemment présentés, ainsi que, la grande et très hétérogène littérature sur les motivations
d‘engagement dans la RSE. Pour chaque motivation d‘engagement, nous exposons et
discutons sa définition et les principaux travaux théoriques et empiriques l‘ont traité.

Nous terminons cette première partie par une conclusion, rappelant les principaux apports des
trois chapitres.

14 
 
 

 
1 Chapitre 1. La responsabilité sociale historique, émergence et
définitions

La recherche d‘un mode de développement économique respectant l‘équilibre


environnemental et social est aujourd‘hui une tendance dans les économies post-industrielles.
Cette dernière concerne tous les acteurs de la société, qu‘ils soient publics ou privés, issus de
grandes ou de petites structures, dans les pays développés ou en développement. Toutefois, ce
n‘était pas le cas dans toutes les phases de développement de ce concept, notamment au début.

Historiquement, les pratiques de la RSE ont été toujours liées à des disparités issues du monde
des affaires ou des réponses individuelles aux besoins de la société. Les preuves d'activités
caritatives et philanthropiques ont été signalées dès 4400 avant J-C (Pederson, 2006).

L'intérêt des chercheurs, dans le domaine de la RSE a été enregistré dans les années cinquante
avec la publication du livre de Bowen3 en 1953, dans lequel l‘auteur a tenté la première
définition de RSE (Carroll, 1999). Toutefois, il est intéressant de savoir qu‘une grande partie
des publications sur la RSE ont été générées aux États-Unis. En Europe, la préservation et le
développement de la société étaient toujours, le problème de l‘Etat, ce qui participe, à
l‘émergence tardive du concept de la RSE au niveau du continent Européen.

Cependant, la propagation de la notion de RSE, au 21ème siècle dans le monde a renforcé


l‘ambigüité et la complexité de ce concept, même si les définitions ne manquent pas, il
n‘existe pas à ce jour de consensus autour d‘une de la définition de la RSE.

Dans ce chapitre, nous allons dans une première section présenter, l‘histoire de l‘émergence
du concept de la RSE, et son développement sur chaque continent. Dans une deuxième
section, nous allons présenter, les fondements théoriques du concept de RSE, ainsi que la
définition choisie pour notre recherche.

                                                             
3Bowen H, (1953), « Social responsibilities of the businessman », Harper et Row, New York.

 
15 
 
 

 
1.1 Section 1.1. Genèse et développement de la RSE

Les racines duconcept de RSEqui sont connuesaujourd'huiont une longue histoirequi indique
que leschercheurs, les organisations et les managersont porté une attentioncroissante à
cespréoccupations (Carroll, 2004).

La RSE a commencé comme uneforme de philanthropiepaternalisteau début du 19ème siècle.


Le 20ème siècle, a connu une nouvelle forme de RSE, avec les travaux de Bowen considéré
comme le père fondateur de la RSE (Carroll, 1999), bien que, plusieurs chercheurs renvoient
ce concept à des nations anciennes comme les autochtones Africains (Visser 2007 ; Visser
2008 ; Lutz, 2009). Toutefois, ce concept a connu ses premiers débats avec les publications de
Milton Friedman, à partir des années soixante, qui annonce que la seule responsabilité de
l‘entreprise est de faire des profits.

Les conférences internationales réalisées autour de ce sujet par l‘Organisation des Nations
Unies, notamment celle de 1987 reconnu sous le nom de Brundtland ainsi que le Sommet de
Johannesburg en 2002, ont participé à la diffusion globale du concept de la RSE. Ce concept a
fait le tour du monde, en cherchant toujours à joindre l‘efficience économique à la
performance sociale et environnementale. Cependant, l‘émergence et la diffusion de ce
concept ne sont pas opérées au même rythme aux quatre coins du monde.

Cette section, examine l‘évolution du concept de RSE au fil du temps, comme elle aborde
aussi, l‘émergence de ce concept sur les quatre continents. Cette section se termine par la
présentationdu lien entre la RSE et le cadre réglementaire.

16 
 
 

 
1.1.1 Le développement durable et la responsabilité sociale des entreprises

La recherche d‘un équilibre entre protection de l‘environnement et développement


économique et social a été depuis longtemps au centre des préoccupations et des réflexions.
Dès les années cinquante, l‘Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN)
apublié son premier rapport sur l‘état de l‘environnement dans le Monde. Il s‘agissait d‘un
rapport annonciateur de la recherche de réconciliation entre l‘économie et l‘écologie. Des
années après, le club de Rome a travaillé sur des concepts dépassant les idées écologistes de
l‘époque.

Avec l‘aide de différents chercheurs du Massachusetts, l‘Institute of Technology en 1972 a


commandé un rapport qui démontrait que « dans un monde aux ressources naturelles limitées,
un modèle économique fondé sur une croissance illimitée conduira à un effondrement des
sociétés »4. La même année, l‘Organisation des Nations Uniesa organisé à Stockholm, sa
conférence sur l‘environnement humain, dont l‘objectif était l‘examen des liens entre
environnement et développement.De cette conférence, aboutitla création du Programme des
Nations Unies pour l‘Environnement (PNUE), en complément du Programme des Nations
Unies pour le développement (PNUD)5.

Les années quatre-vingt, sont beaucoup plus sombres puisque à cette époque le grand
public était témoin de la montée en puissance de la pauvreté, ainsi que de la pollution ce qui a
montré l‘urgence d‘une solidarité planétaire aussi bien pour l‘homme, la société, et
l‘environnement. En réponse à de telles préoccupations, la Commission Mondiale sur
l‘Environnement et le Développement (CMED), a pour la première fois fait référence en 1987
dans un rapport intitulé « Notre Avenir à tous » au terme de « sustainable development »,
traduit en français par « développement durable ». Depuis l‘emploi de ce terme en 1987,
nombreuses sont les institutions et les personnes qui ont exigé de donner une définition. Mais
la plus importante définition reste celle de la Commission Brundtland (ou Rapport Brundtland
du nom de la présidente de la commission, la Norvégienne Gro Harlem Brundtland) qui
définissait le développement durable comme «un développement qui s’efforce de répondre
                                                             

4Meadows, D.H., D.I. Meadows, L. Randors, and W. Behrens.«The Limits of Growth: A Report for the Club of
Rome's Project in the Predicament of Mankind». 1972. Universe Books. NY, USA. 205 p.
5 Jean luc LEGARREC, « La physique et le développement durable », http://perso.univrennes1.fr/jean-luc.le-
garrec/zfiles/33.pdf. 
17 
 
 

 
aux besoins du présent, sans compromettre la capacité des générations futures à répondre
aux leurs »6 Autrement dit, le développement durable ne doit pas être de court terme mais en
revanche il doit avoir des objectifs de long terme. L'idée d‘une durabilité pourrait être classée
selon une triple notion c‘est à dire économique, sociale et environnementale. En outre, nous
devons assurer la croissance économique et sociale tout en respectant l'environnement dans
lequel nous menons nos activités (voir la figure n 1). Cependant, une difficulté demeure,
comment assurer un équilibre dans la réalisation de ces objectifs. Cela a toujours été
problématique pour la plupart des acteurs du développement (Adams ,2001). À la fin des
années quatre-vingt, le Rapport Brundtland a été débattu lors d‘une assemblée générale des
Nations Unies, dans une conférence mondiale organisée sur les thèmes de l‘environnement et
du développement.

Figure 1 Les trois dimensions du développement durable

Source : d‘après le Rapport Brundtland 1987, Commission mondiale de l‘environnement et du développement


durable

Ainsi, nous pouvons penser que le rapport de Brundtland a en quelque sorte jeté un pavé dans
la mare en soulevant un tel problème puisque depuis de nombreux sommets ont été organisés
à l‘exemple du sommet de la Terre à Rio en 1992 qui a offert un programme d‘action concret

                                                             
6Rapport  Brundtland,  1987,  «  Notre  avenir  à  tous »,  http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/sites/odyssee­
developpement­durable/files/5/rapport_brundtland.pdf  
18 
 
 

 
pour son application au niveau local, national et international, qui est l'Agenda 21, (Vivien ,
2003). Nous pouvons également noter la réalisation d‘autres conférences proches du concept
du développement durable, comme le Sommet de Johannesburg en 2002, auquel des
populations très diverses (grandes entreprises, entreprises privées, Présidents des pays
développés ou en développement, etc.) ont pu exprimer leurs points de vue de manière
constructive, afin de trouver la meilleure voie à suivre pour que les principes du
développement durable soient respectés et se traduisent par des résultats concrets. Dans cette
logique, le sommet a présenté pour la première fois, le concept de la RSE, « comme une
déclinaison pour l'entreprise des concepts de développement durable, qui intègrent les trois
piliers environnementaux, sociaux, et économiques »7.

Ce lien définit dans le sommet de Johannesburg entre le développement durable et la RSE a


été conservé dans les définitions de plusieurs pays et organisations, à l‘exemple du Ministère
Français de l'Ecologie et du Développement Durable qui considère que « le concept de la
responsabilité sociale est directement lié à la notion de développement durable, dont il est la
déclinaison pour les entreprises »8.

De la même manière, The World Business Council for Sustainable Development (WBCSD)
intègre la RSE dans un contexte de développement durable. Selon le (WBCSD), la RSE est «
l’engagement continu des entreprises à agir correctement sur le plan de l’éthique et de
contribuer au développement économique, tout en améliorant la qualité de vie de ses
employés et de leurs familles, de la collectivité locale et de l’ensemble de la société »9.

Dans les paragraphes suivants nous allons revenir avec plus de détail sur la définition,
l‘origine et l‘évolution du concept de la RSE qui est liée d‘une manière ou d‘une autre au
concept du développement durable.

                                                             
7 Nation Unis, Rapport du Sommet mondial pour le développement durable Johannesburg (Afrique du Sud), 26
août-4 septembre 2002 http://wwwv1.agora21.org/johannesburg/rapports/onu-joburg.pdf
8Responsabilité sociétale des entreprises en France, ministère de l'écologie, http:// www. developpement-
durable.gouv.fr/Responsabilite-societale-des.html.
9 www.wbcsd.org 
19 
 
 

 
1.1.2 L’evolution du concept de la responsabilité sociale à travers l’histoire

Le concept de la responsabilité sociale d‘entreprise (RSE) ou la responsabilité sociétale


d‘entreprise (RSE), a pour origine la locution anglo-américaine « corporate social
responsiblity ». Ces deux expressions sociales et sociétales représentent pratiquement le
même concept. De ce fait, dans notre recherche, nous allons utiliser l‘expression
responsabilité sociale des entreprises afin de désigner la responsabilité sociale et
environnementale, même si, l‘expression anglo-américaine « corporate social responsiblity »
laisse entendre qu‘il s‘agit juste d‘une responsabilité sociale. Ce concept est souvent associé
au développement durable (comme nous avons vu ci-dessus) ou encore à la mondialisation,
alors que cette association représente juste une partie de la vérité 10. En réalité, la RSE est
apparue aux États-Unis dès les années cinquante où elle a émergé de considérations éthiques
et religieuses, qui ont donné lieu à des actions philanthropiques. La responsabilité s‘est
progressivement transformée pour exprimer la recherche d‘une conciliation entre les activités
économiques, les attentes et les préoccupations de la société (Capron et Quairel-Lanoizelée,
2007). Cependant, l‘évolution de ce concept est passée par plusieurs étapes. Ainsi, afin de
mieux comprendre ces étapes de développement, nous allons étudier l‘évolution du concept
de la RSE, à partir des années cinquante jusqu‘à nos jours.

1.1.2.1 La RSE dans les années cinquante

Les années cinquante, furent marquées par l‘ouvrage de Bowen, publié en 1953 qui s‘intitulait
« The social responsibilities of the businessman ». Cet ouvrage posait les premiers piliers de
la RSE (Carroll, 1999 ; Acquier et al. 2005 ; Locket et al, 2006). En effet, Bowen considérait
que les grandes entreprises étaient des importants centres de pouvoir et que leurs décisions et
actions avaient affecté la vie des citoyens, (Carroll, 1999). Néanmoins, Bowen soutenait dans
son ouvrage que la RSE n'était pas la solution, mais qu‘elle tenait une vérité essentielle et que
les entreprises devaient l‘utiliser comme guide pour faire des affaires dans l‘avenir, (Carroll,
1999). Or, nous pouvons relever certaines critiques dans la mesure où même si Bowen est
reconnu dans la littérature comme étant le père fondateur de la RSE, Carroll, (1999) signalait
que les idées exprimées dans ce livre, affichaient des similitudes, avec certains essais de la
littérature managériale des années trente et quarante. Acquier et al. (2005), ont également noté
                                                             
10Michel Capron Les éditions des Récollets - L'encyclopédie du développement durable. N° 99 - Juillet 2009.

20 
 
 

 
que Bowen avait formulé dans son ouvrage des idées qui étaient « à la mode » de cette
époque dans le contexte Nord-Américain. En 1978, Bowen émettait des critiques de son
propre ouvrage, notamment pour son caractère idéaliste et normatif. De sa critique naîtra deux
principes : le premier renvoie au fait que les entreprises doivent être tenues de poursuivre ses
politiques, prendre des décisions, et suivre les lignes d'action qui sont compatibles avec les
objectifs et les valeurs de notre société. Le deuxième, stipule que la prise en compte des
préoccupations sociales par la firme doit se faire d‘une manière volontaire (Ben Yedder et
Zaddem, 2009).

De plus, les années cinquante furent également marquées par la publication d‘autres ouvrages
importants comme le livre de Eells en 1956, « Corporation. Giving in a Free Society », de
Heald en 1957 intitulé « Management’s Responsibility to Society: The Growth of an Idea »,
ou encore celui de Selekman en 1959 intitulé « A Moral Philosophy for Management » (cité
dans Carroll 1999).

1.1.2.2 La RSE dans les années soixante

Plusieurs chercheurs célèbres ont enrichi la littérature dans les années soixante. Parmi ces
chercheurs nous trouvons, Keith Davis, Joseph McGuire, William Frederick et Clarence
Walton Gautam et Singh (2010). Chacun de ces auteurs, apportait sa propre interprétation de
la RSE, mais tous s'accordaient sur le fait que la responsabilité de l'entreprise devait dépasser
les intérêts économiques de l'organisation. Ainsi, Davis (1960) estimait qu'une entreprise
socialement responsable était celle dont « les dirigeants prennent des décisions et des actions
qui sont partiellement basées sur plus que des intérêts économiques ou techniques directes de
l'entreprise ». Davis (1960) considéra également, que les décisions en matière de RSE et les
actions des entreprises se traduisaient par des avantages économiques à long terme pour leur
entreprise ou encore que certaines décisions socialement responsables d'une entreprise étaient
justifiables parce qu'elles pourraient avoir comme conséquence le gain économique à long
terme (Davis, 1960, cité par Lefebvre et Lefebvre, 2012).

En 1960, Frederick a également contribué à l‘enrichissement de la littérature sur la RSE en


stipulant que, les entreprises devaient remplir les attentes du public dans la poursuite de leurs
objectifs d'affaires, ce qui signifiait que la production et la distribution résultant des

21 
 
 

 
entreprises devraient se traduire par l'amélioration du bien-être socio-économique total
(Carroll 1999).

D'autres chercheurs à l‘exemple de McGuire ont en 1963 essayé de définir la RSE, en


continuant sur la lancée de Frederick, et en mettant l'accent sur les obligations de l'entreprise
qui s'étendaient au-delà des domaines économiques et juridiques, afin d'inclure les employés,
le bien-être communautaire, la politique et les besoins éducatifs de la société(Carroll et
Shabana 2010).

En 1966, Davis et Blomstrom proposaient une nouvelle définition de la RSE en affirmant


que : « La responsabilité sociale se rapporte à l'obligation d'une personne de considérer les
effets de ses décisions et actions dans l'ensemble du système social. Les dirigeants appliquent
la RSE quand ils considèrent les besoins et les intérêts d'autres personnes qui pourraient être
touchées par les actions de l'entreprise. Ainsi, ils regardent au-delà des intérêts économiques
et techniques étroites de leur entreprise » (Davis et Blomstrom 1966 cité par Carroll, 1999).

Par la suite, les travaux de Frédérick (1960), et McGuire (1963), ont conduit à l‘émergence de
la notion de «volontarisme» qui a été reconnue pour la première fois par Walton en 1967 dans
son ouvrage intitulait «Corporate Social Responsibilities». Walton soulignait dans son
ouvrage que la RSE d'une entreprise comprenait toujours un certain degré de volontarisme,
car les entreprises devaient accepter que des coûts soient impliqués dans des actions sociales
sans retour économique mesurable (Walton, 1967 cité par Carroll, 1999).

Les années soixante représentent une décennie où l‘on a vu naître de nombreux débats à ce
sujet, (Gendron, 2000), notamment avec la fondamentale opposition de Milton Friedman en
1962. Selon ce dernier : « la seule responsabilité de l’entreprise est de maximiser les profits
de ses propriétaires et actionnaires ». En tant qu'économiste, Friedman considère que, seuls
les individus pouvaient avoir des responsabilités. Cependant, son point de vue a été critiqué à
de nombreuses reprises.

Le concept de la RSE a évolué dans cette période par plusieurs études, en réponse à la
structure émergente des grandes entreprises et de leurs responsabilités, censées aller au-delà
de leurs intérêts juridiques et économiques. Les premiers écrits de (Bowen, 1953 ; Davis,
1960 ; Frédérick, 1960 ; McGuire, 1963 ; Walton 1967 ; cité par Badry, 2009), indiquaient
22 
 
 

 
que les entreprises et les gestionnaires étaient attendus pour examiner les préoccupations qui
étaient plus larges que les aspects techniques et économiques des entreprises. Ces recherches,
pouvaient être considérées comme les premiers fondements de la RSE moderne.

1.1.2.3 La RSE dans les années soixante­dix

Dans les années soixante-dix, le nombre d'auteurs qui ont fait référence à la RSE a
considérablement augmenté. Parmi les premiers livres qui ont marqué le début de cette
décennie, nous pouvons noter, le livre de Heald publié en 1970 et intitulé «The Social
Responsibilities of Business: Company and Community», qui fournit un compte rendu de la
RSE du point de vue des entreprises (Carroll, 1999). Dans son ouvrage, l‘auteur affirmait que
la RSE des gestionnaires devait finalement être recherchée dans leurs propres politiques. Il
présenta également dans son ouvrage, un historique des programmes axé sur la collectivité,
les politiques et les considérations des dirigeants de la RSE des entreprises dans cette époque.

En 1971, Harold Johnson fit pour la première fois référence aux parties prenantes dans son
livre intitulé « Business in contemporary society: framework and issues ». Dans son ouvrage,
ce dernier fit quatre constats : Tout d‘abord, dans son premier constat, Johnson déclarait
qu'une entreprise socialement responsable était celle dont les leaders en compte, conciliaient
des intérêts divers, et pas seulement l'intérêt de la richesse des actionnaires (Carroll, 1999). Il
affirmait également qu'une entreprise socialement responsable devait aussi tenir compte de
l'intérêt de ses employés, fournisseurs, revendeurs, et des collectivités locales. C‘est lors de
l'inscription de ces différents acteurs que Johnson fit allusion à une approche des parties
prenantes et à la RSE des entreprises. Ensuite, dans son deuxième constat, ce dernier signalait
que, la maximisation du profit était la raison pour laquelle les entreprises réalisaient des
programmes sociaux. Dans une telle perspective, Johnson classa la RSE comme une stratégie
à long terme de maximisation du profit. Puis, dans son troisième constat Johnson fit référence
à la maximisation de l'utilité. Il soutenait que la motivation des décisions de la RSE et les
actions des entreprises étaient la maximisation de l'utilité. Dans cette perspective, les
entreprises socialement responsables poursuivaient des objectifs multiples plutôt que le seul
but de maximiser les profits. Ainsi, pour Johnson un« gestionnaire socialement responsable
est celui qui pense non seulement de son propre intérêt, mais aussi aux intérêts des autres
dans la société ». Enfin, le quatrième constat présenté par Johnson était connu comme le point
de vue lexicographique de la RSE, ce qui suggère que les entreprises qui sont très motivées
23 
 
 

 
par les profits, peuvent agir ou se comporter d'une manière socialement responsable. Il en
résulte qu‘une fois leurs objectifs de profit atteint, les entreprises pouvaient agir comme si la
RSE était un objectif important alors qu‘il est secondaire (Carroll, 1999).

L'une des contributions les plus importantes à la définition de la RSE a été faite par le Comité
pour le Développement Economique (CDE) en 197111. Le CDE articulé un modèle triple
concentrique de ce concept. Le cercle intérieur comprend les responsabilités de base pour
l'exécution efficace des fonctions économiques comme la productivité, l'emploi et la
croissance économique, ce qui représente la notion «responsabilité sociale d'entreprise»
présentée par Friedman en 196212. Le cercle intermédiaire englobe la responsabilité de la
fonction économique en ce qui concerne l'évolution des valeurs et des priorités sociales,
comme la conservation de l'environnement, les relations avec les employés et les attentes plus
rigoureuses des clients. Le cercle extérieur émerge de nouvelles responsabilités, où les
entreprises doivent s'efforcer de devenir plus largement impliquées dans l'amélioration de
l'environnement social (Carroll, 1999). Dans cette publication, le CDE a fait observer que
l'objectif fondamental des entreprises publiques était de satisfaire de manière constructive les
besoins de la société (voir la figure n 2). Carroll (1999) décrit le modèle de la CDE comme
«une contribution historique à la notion de la RSE» qui illustre l'évolution des relations entre
les entreprises et la société.

                                                             
11CED Committee for Economic Development,1971, ―publication Social Responsibilities of Business
Corporations”.http://www.ced.org/
12Friedman M. (1962), Capitalism and Freedom, University of Chicago press.

 
24 
 
 

 
Figure 2 Le modèle CED de la responsabilité sociale des
entreprises

Cercle intérieur: responsabilités fondamentales. 

Cercleintermédiaire:Exercezlafonctionéconomiquela  conscience  des 


valeurssociales. 

Cercle  extérieur :  des  responsabilités  Nouvellement  émergentes  que  les 


entreprises devraient s'efforcer de devenir plus largement impliquée dans 
pour l'amélioration d'environnement social  

Source : Adapté de Carroll (1999)

Il ajoute également, que l‘entreprise est appelée à assumer des responsabilités plus larges que
jamais pour la société et à servir un large éventail des valeurs humaines. A l‘exemple des
entreprises commerciales américaines qui ont été appelées à contribuer davantage à la qualité
de vie de la société américaine, plus que la simple fourniture des biens et des services. En
effet, une entreprise est au service de la société, car son avenir dépendra de la qualité de la
réponse de la direction à l'évolution des attentes du public (Carroll, 1999).

De son côté, Davis en (1973) soutenait que « la RSE est la réponse de l'entreprise à des
questions qui dépassent les exigences économiques, techniques et juridiques étroites d'une
entreprise et par conséquent, il commence là où le droit prend fin ». D'ailleurs à ce sujet, il
convient de souligner que d‘autres chercheurs de l‘époque avaient des opinions similaires, à
l‘exemple de (Manne et Wallich 1972 cité par Carroll 1999). En revanche, Eells et Walton,
(1974) avaient une vision plus large des activités des entreprises, car ils ont estimé que les
entreprises pouvaient se déplacer vers un concept plus large comme le contrat social, qui
émergera près de trente ans plus tard (Carroll, 1999). Ces auteurs ont donc suggéré qu'un
25 
 
 

 
dirigeant d'entreprise devait garder son attitude et sa philosophie, pour prendre des actions
décisives qui sont immédiatement rentables et compatibles avec les valeurs acceptées de sa
société.

Pour sa part, Sethi (1975) a exposé une idée similaire basée sur les entreprises en tant que
partie intégrante de la société. Ce dernier a proposé un modèle à trois niveaux ou le
comportement des entreprises est classé en fonction des niveaux croissants d'engagement par
les entreprises, à savoir l'obligation sociale (une réponse à des contraintes juridiques et de
marché), la RSE (en harmonie avec les normes sociales) et la réactivité sociale (adaptation,
anticipative et préventive). Sethi, affirmait que la RSE va au-delà de l'obligation sociale et
comprenait la nécessité de traduire le comportement des entreprises jusqu'à un niveau où il est
en harmonie avec les normes sociales en vigueur, les valeurs et les attentes des rendements.

Une étape vers la résolution de cette confusion a été élucidée par le travail de Carroll. Après
avoir mis en avant une explication complète de la RSE. Carroll (1979) a développé un modèle
de performance sociale de l'entreprise en quatre parties, en intégrant notamment le point de
vue de Friedman, concernant la RSE. Les parties composantes sont concentrées sur les
attentes capitalistes et sociales. Dans sa première conception, le cadre a été élaboré à partir
d'une perspective développementale rétrospective, basée sur l'affirmation selon laquelle
«l'histoire de l'entreprise suggère une première accentuation sur l'aspect économique et
ensuite les aspects juridiques et plus tard une inquiétude pour les aspects éthiques et
discriminatoires», (Carroll, 1979) (voir la figure n° 3).

Carroll (1999) a expliqué que les quatre classes, sont simplement là pour nous rappeler que le
motif où les actions peuvent être classées comme étant principalement l‘un ou l'autre de ces
quatre types. L'ordre et la pondération relative de ces catégories de motifs est de « suggérer ce
qu'on pourrait appeler leur rôle fondamental dans l'évolution de l'importance». Pour finir, la
différence remarquable dans la définition de Carroll (1979), est l'inclusion des responsabilités
économiques et juridiques au sein de la RSE. En outre, la définition de Carroll est en
contradiction avec de nombreux points de vue de cette époque, comme celui de Davis (1973)
qui présente la RSE comme quelque chose qui commence là où se termine la loi.

26 
 
 

 
Figure 3 Les quatre catégories de la responsabilité sociale (Carroll, 1979)

Responsabilité
discrétionnaire

Responsabilité éthique

Responsabilité légale

Responsabilité
économique

Source : Carroll (1979)

1.1.2.4 La RSE dans les années quatre-vingt

Les années quatre-vingt ont été dominées par les travaux de recherche sur des thèmes
alternatifs avec moins de travaux sur la définition de la RSE des entreprises. Cette baisse de
publication a été confirmée dans l‘article de Aguinis et Glavas (2012), qui a recensé les
publications sur la RSE des entreprises depuis les années soixante-dix jusqu‘à 2011. Certains
concepts alternatifs ont d‘ailleurs été abordés lors de cette époque comme la réactivité et la
performance sociale des entreprises, la politique publique, de l'éthique des affaires ou bien
encore de la théorie de gestion des parties prenantes. Toutefois, l‘une des premières
définitions remarquables dans les années quatre-vingt a été celle de Thomas M. Jones qui
définissait la RSE comme «la notion que les entreprises ont une obligation envers les autres
groupes de la société autre que les actionnaires et au-delà decelle prévuepar la loi. Deux
facettes de cette définition sont essentielles. Premièrement, l'obligation doit être
volontairement adoptée ; le comportement sous l'influence des forces coercitives de loi ou de
contrat d'union n'est pas volontaire. Deuxièmement, l'obligation est large, elle s'étendant au-
delà du devoir traditionnel envers les actionnaires à d'autres groupes sociétaux tels que les

27 
 
 

 
clients, les employés, les fournisseurs et etc. ». Ainsi, il reconnaît que les entreprises et la
société sont étroitement liées au lieu d'être des entités distinctes (Jones, 1980).

Afin de développer un meilleur mécanisme pour faire évoluer la RSE des entreprises,
Tuzzolino et Armandi (1981) ont utilisé un cadre de besoin hiérarchique conçu d‘une part, sur
le modèle des besoins hiérarchiques de Maslow en 1954, et d‘autre part, sur la définition de la
RSE de Carroll (1979), pour expliquer les différents besoins des diverses organisations. Le
modèle des besoins hiérarchiques organisationnels, n'a pas cherché à redéfinir la RSE, mais a
suggéré que les organisations, comme les individus, ont des besoins qu'ils veulent accomplir.
Une tentative similaire a été faite par Dalton et Cosier (1982) dans leur modèle de matrice
2x2, où la RSE est présentée sous quatre faces : responsables, irresponsables, légales et
illégales.

Parmi les publications les plus célèbres de cette période nous pouvons noter le livre de
Freeman (1984) « Strategic Management: A Stakeholder Approach », qui est à la base de la
théorie des parties prenantes (voir figure n° 4). Cette théorie a largement été acceptée par les
organisations professionnelles contemporaines qui l‘ont considéré comme un moyen utile
pour enquêter sur l‘approche organisationnelle de la RSE. Cependant, il convient de souligner
que si le livre de Freeman a été classé dans le domaine de la gestion stratégique, son impact le
plus important a été dans les domaines de l‘entreprise et la société.

Nous terminons cette période avec la définition de la RSE proposée par Epstein (1987) qui a
considère que la RSE est « la réalisation des résultats des décisions organisationnelles
concernant les questions spécifiques qui ont des avantages plutôt que des effets indésirables
sur les parties prenantes pertinentes d'entreprise».

28 
 
 

 
Figure 4 Les parties prenantes désignées par Clarckson (1995)

Source : Cazal (2011).

1.1.2.5 La RSE dans les années quatre­vingt­dix

Avec la RSE comme partie intégrante du monde des affaires, les années quatre-vingt-dix sont
apparues comme une période d'expansion de la théorie et des nouveaux modèles. Il s'agit
notamment de la performance sociale des entreprises (CSP), de la théorie des parties
prenantes, la théorie de l'éthique des affaires et de la citoyenneté d'entreprise (Carroll, 1999).

Wood (1991) critiquait l'approche de Carroll (1979), notamment en ce qui concerne les quatre
responsabilités. Wood (1991) estimait que les quatre responsabilités qui avaient été définies
par Carroll (1979) ont été délimitées, comme des «domaines isolés». Pour cela, il décida de se
baser sur l'interconnexion entre l'entreprise et la société, en superposant les catégories de
responsabilité de la RSE avec trois niveaux d'analyse qui seront répartis avec sa propre
interprétation. Tout d‘abord, cette interprétation suggère que le principe de la légitimité
devient efficace sur le plan «institutionnel» qui stipule, qu‘une entreprise ne doit pas utiliser
son pouvoir sans raisons justifiées. Ensuite, à partir du niveau «organisationnel», le principe
de la responsabilité publique suggère que les entreprises seront responsables de leurs actions
qui affectent la société, directement ou indirectement. Enfin, concernant le niveau

29 
 
 

 
«individuel», les gestionnaires ont besoin d'être constamment conscients de la nécessité d'agir
en fonction des différents points de vue moraux. Wood (1991), a même tourné la
responsabilité de la pyramide de Carroll (1979) (voir figure n° 5) à l'envers pour comprendre
l'interconnexion entre les entreprises et la société.

Figure 5 La pyramide de la responsabilité sociale Carroll, (1979)

Source : Carroll (1979)  

Simultanément, Wood (1991), a composé la pyramide de trois niveaux distincts : le principe


de la RSE des entreprises, le principe de la réactivité sociale des entreprises et les résultats du
comportement des entreprises. A ce propos, Carroll (2008) a commenté les critiques de Wood
(2000), en exprimant que « bien que Wood ait discuté et ait crédité les nombreux
contributeurs à la notion de plus en plus populaire de CSP, le modèle qu'elle a présenté est
principalement construit sur mon modèle de responsabilité sociale des entreprises en trois
dimensions ».

Johnson et Greening (1999) ont contribué aux travaux sur les CSP en évaluant les relations
possibles entre les types d'investisseurs institutionnels, la composition du conseil
d'administration, la haute direction d‘action, la performance financière et les dimensions de la
CSP. Les résultats de leur étude nous ont montré l'importance des types d'investisseurs
institutionnels ainsi que la composition du conseil d'administration, la haute direction des

30 
 
 

 
actions de l'équipe sur les deux CSP et de la performance financière Johnson et Greening
(1999).

Les influences mondiales sur la RSE ont continué dans les années quatre-vingt-dix, à l‘instar
du rôle de l‘entreprise et du gouvernement, qui ont continué à s'estomper. En 1997, Salomon a
fait valoir que: « Les nouvelles entreprises sont souvent les institutions les plus puissantes
dans le monde et l'étendue de la responsabilité sociale pour inclure des secteurs autrefois
considérés comme domaine des gouvernements ... Les entreprises deviennent puissantes, plus
la responsabilité pour le bien-être du monde » (Solomon, 1997). Roman et al. (1999) ont
mené une analyse de 51 études, réalisées au cours des vingt-cinq dernières années, à partir de,
1989 dans laquelle ils ont étudié la relation entre la performance sociale des entreprises (CSP)
et la performance financière de l'entreprise (PCP). Ils ont rapporté que 32 des 51 études ont
trouvé une relation positive, que 14 n'ont trouvé aucun effet ou n'ont pas été concluantes, et
que seulement 5 des51 études ont trouvé une corrélation négative. Roman et al. (1999) ont
conclu que ces études antérieures ont fourni la preuve que la corrélation entre la performance
sociale de l‘entreprise et la performance financière de l‘entreprise peuvent être positive.

À l‘approche du nouveau millénaire, Carroll (1999) a affirmé que le concept de RSE restera
comme une partie essentielle du langage et pratique des affaires, car c‘est un fondement,
comme il reste continuellement conforme à ce que le public attend aujourd'hui de la
communauté des affaires.

1.1.2.6 La RSE dans les années deux mille

Les années deux mille ont été dominées par plusieurs sujets de grande envergure tels que le
commerce international, les inquiétudes sur l'approvisionnement en énergie, le réchauffement
climatique, l'explosion des télécommunications, ainsi qu‘une escalade de problèmes sociaux
qui ont débuté dans les années quatre-vingt-dix.

Avec le développement du commerce mondial, la récente littérature concernant le concept de


la RSE semble s'éloigner du discours dominé par les Etats-Unis qui a duré depuis les années
cinquante. La récente littérature a préféré aller vers un discours plus international. À
l‘exemple des travaux de recherche de : (Maignan et Ralston 2002, Aaronson 2003 ; Mathieu

31 
 
 

 
et Reynaud, 2005 ; Perrini et al., 2006) qui ont étudié la RSE en France, Pays-Bas, Royaume-
Uni etc... (Nous revenons sur la RSE en Europe dans les prochains paragraphes).

Pendant cette période, le débat sur la RSE a été étendu à d'autres pays afin d‘étudier la
perception nationale de la RSE ainsi que son rôle dans la société mondiale. Suite aux travaux,
de Roman et al. (1999) d‘autres groupes de chercheurs ont tenté d'établir la relation entre la
performance sociale et les résultats financiers des organisations. Or, Hopkins en (2003), n'a
pas réussi à valider cette conclusion lors de son étude empirique sur les dix premières
entreprises du Royaume-Uni (cité par Sweeney et Coughlan, 2008). De son côté, Orlitzky
(2005) a constaté que la participation à des activités socialement responsables réduit le risque
financier des entreprises.

Les années deux mille ont aussi été marquées par l‘examen pour la première fois de la RSE
dans les petites et moyennes entreprises (PME), (Spence et Rutherford 2003; Jenkins 2004;
Mathieu et Reynaud, 2005; Berger-Douce, 2008).

Lors de cette décennie, Perrini (2006) a présenté une proposition concernant l'utilisation des
théories pour enquêter sur la RSE. Ce dernier a suggéré que la RSE dans les grandes
entreprises devait être basée sur la théorie des parties prenantes, alors que la RSE dans les
PME devait être comprise par l'application de la théorie du capital social. Plus tard, Russo et
Perrini (2009) ont modifié la conclusion ci-dessus en considérant que : « la théorie du capital
social et la théorie des parties prenantes doivent être prises comme des moyens alternatifs
afin d’expliquer la RSE dans les grandes entreprises et les PME».

Toutefois, il est important de comprendre les origines de la RSE, de son développement et de


sa future orientation, afin de mieux percevoir le succès des activités de la RSE. Ainsi, dans le
point suivant, nous allons exposer à nouveau le développement de la RSE, mais cette fois ci
en prenant en considération, le paramètre géographique, c‘est-à-dire, le développement de la
RSE sur chaque continent.

32 
 
 

 
1.1.3 La responsabilité sociale : émergence et développement dans les différents
continents

L‘ensemble des chercheurs qui ont travaillé sur l‘histoire et le développement de la RSE,
désignent l‘Amérique du Nord plus précisément les États-Unis, comme le berceau de ce
concept. Par conséquent, il nous semble évident de s‘attarder sur cette partie du monde, et de
reprendre certaines discussions qui ont été abordées ci-dessus.

1.1.3.1 L’émergence de la RSE en Amérique

Dans ce point, nous présentons l‘émergence du concept de la RSE en Amérique du Nord, puis
nous exposons l‘évolution de ce concept dans l‘Amérique latine. Bien que les années
cinquante soient considérées comme la naissance de RSE aux États-Unis, Carroll (2008) a
identifié la fin du 19ème siècle comme un point raisonnable pour localiser les origines de la
RSE. Ainsi, la révolution industrielle de la fin du 19 ème siècle, a vu naître l‘apparition des
premières actions qui rappellent la RSE. En Amérique, les villes étaient semblables à des
villes de campagne qui se développaient autour d‘un industriel, qui possédait généralement
l‘ensemble des infrastructures sociales à savoir, logement, hôpital, école, église, etc. (Heald
1988 cité par Garriga et Mele, 2004). Les ouvriers étaient souvent forcés de s‘endetter auprès
des magasins et des services de santé appartenant à l‘entreprise afin de pouvoir vivre. Ces
endettements rendaient les ouvriers liés à leur employeur. A cette époque, les entreprises
avaient pour les ouvriers et leurs familles un rôle très important dans le domaine de la santé et
de l‘éducation. En conséquence elles exerçaient souvent un pouvoir abusif sur la vie de leurs
employés.

Au cours du 19ème siècle, l'Etat a pris un plus grand rôle dans l'éducation et la santé, en
établissant notamment des droits pour les ouvriers, ce qui a au fur à mesure construit un
système de protection sociale au profit des ouvriers et de leurs familles. L‘intervention de
l‘Etat a considérablement réduit le rôle des entreprises dans la vie sociale des ouvriers. Ainsi,
les entreprises se sont tournées vers des actions « de philanthropie », comme par exemple les
œuvres caritatives, le développement des arts et de la culture dans leur ville et leur
communauté (Heald 1988 cité dans Garriga et Mele, 2004). Ce n'est que dans les années
soixante que les chercheurs ont tenté de cerner la définition de la RSE, suite au débat portant
sur ce concept.

33 
 
 

 
A partir de cette époque, le milieu académique américain a commencé à étudier plus
largement le concept de la responsabilité des entreprises, en se basant sur l‘aspect éthique de
ce concept. Ce courant de recherche a fait évaluer les actes d‘une entreprise et de ses
dirigeants par rapport à la morale. Il s‘agissait tout d‘abord de définir ce qui est bien ou mal.
Ensuite, cette réflexion s‘est développée autour d‘un lien dit contractuel qui lie l‘entreprise au
reste de la société (Cyert et March, 1963 cités par Moir, 2001). Ainsi, ce courantdéfinit la
légitimité de l‘entreprise comme condition du lien social entre l‘entreprise et la société
(Gendron, 2000).

En 1984, Freeman a publié un livre, à travers lequel il a revisité la réflexion autour de la RSE,
en intégrant un nouveau levier stratégique. Celivre fondateur a proposé aux gestionnaires de
tenir compte desdifférentes parties prenantes de l‘entreprise lors de l‘élaborationdes stratégies,
car ces dernières peuvent nuire à la rentabilitéde l‘entreprise (Freeman, 1984). La RSE avec
une vision stratégique fait alors son entrée dans plusieurs entreprises de l‘Amérique du Nord.

Les années quatre-vingt-dix ont connu une tendance croissante à utiliser la RSE comme une
rampe de lancement pour des concepts complémentaires comme la théorie des parties
prenantes, l'éthique des affaires, la citoyenneté d'entreprise et la performance sociale des
entreprises (Wood, 1991). Depuis, les entreprises Nord-Américaines œuvrent dans le but
d‘identifier les facteurs extra-financiers qui lui permettent de contribuer au développement
durable sans sacrifier sa performance économique.

En Amérique latine, malgré des caractéristiques communes, il existe de grandes différences


dans l‘émergence et le développement de la RSE dans les pays d‘Amérique Latine.
Cependant, nous pouvons constater que l‘évolution du concept de RSE demeure le même,
pour l‘ensemble de ces pays.

Ainsi, le concept de la RSE s'est rapidement étendu dans la région, souvent porté par les
grandes compagnies nationales et internationales dans chaque pays d‘Amérique latine, où ils
avaient déjà, un passé philanthropique avant la mise en place structurelle d'une démarche de
la RSE.

Cependant, il existe des grandes disparités concernant les stades d‘évolution dans chaque pays
en Amérique Latine. Dans le cas des pays qui connaissent un développement industriel
34 
 
 

 
important et possèdent un nombre élevé de grandes entreprises dans leur économie
(Argentine, Chili et Brésil), le progrès en matière de RSE est plus rapide. Toutefois, le
développement de la RSE dans la plupart des pays en Amérique latine demeure dans une
étape d‘introduction. Ce développement est souvent représenté par des pratiques à caractère
charitable ou philanthropique.

1.1.3.2 L'émergence de la RSE en Europe

Matten et Moon (2005) font valoir que, bien que l'histoire de la RSE semble provenir des
États-Unis, les sociétés européennes ont été impliquées dans la RSE pendant une longue
période avant la définition proposée par la Commission Européenne en 2001. Ainsi, dans ces
paragraphes, nous allons présenter, le constat de l‘émergence de la RSE, en Europe en
commençant par les pays de l‘Europe de l‘Ouest, et puis, nous présentons l‘évolution de la
RSE dans les pays de l‘Europe Central et l‘Europe de l‘Est.

Dans ce continent, la RSE a commencé à se développer dans les pays de l‘Europe de l‘Ouest,
grâce à deux facteurs. Le premier résulte des revendications provenant de la société, qui ont
poussé les entreprises à intégrer la RSE. Les pays de L‘Europe à l‘exemple de l‘ensemble des
autres nations dans le monde ont subi les effets pervers de la course aux profits (les
catastrophes nucléaires, les marées noires, les délocalisations, les licenciements boursiers, des
scandales financiers, etc.), suite à ces évènements de nombreux acteurs dans la société ont «
interpellé » de différentes façons les entreprises impliquées dans ce scandale. À l‘instar du
mouvement d‘interpellation des banques qui a vu le jour dans les années quatre-vingt, les
banques qui œuvrent en Europe et aux États-Unis ont été interpellées, à propos de leurs
investissements en Afrique du Sud lors de l‘apartheid (Commenne, 2006).

Le deuxième facteur, résulte du comportement proactif de l‘entreprise, soutenu, d‘un côté par,
l‘évolution de la conscience des entreprises, concernant certains enjeux et soucis de la société,
et d‘un autre côté, par les incitations des autorités publiques. Cela est le cas, de la
Commission Européenne, qui a lancé un appel aux entreprises européennes, en 1993, pour
lutter contre l‘exclusion sociale. Dans la même logique, le Conseil Européen de Lisbonne, a
également fait appel en mars 200013, à la conscience sociale des entreprises, afin de

                                                             
13Commission des communautés européennes (2001) « Promouvoir un cadre européen pour la responsabilité
sociale des entreprises », LIVRE VERT, Bruxelles, le 18.7.2001.
35 
 
 

 
promouvoir les bonnes pratiques liées à l‘organisation du travail, à l‘égalité des chances,
l‘insertion sociale et au développement durable.

Le développement du concept de la RSE en Europe, est également le fruit d‘un courant


paternaliste qui a laissé sa place progressivement à un autre modèle d‘arrangement entre les
patrons et les syndicats, spécifiques aux pays européens. Ce modèle a subi des critiques
constantes de la part du modèle « anglo-saxon », sous-tendu par une vision de l‘économie,
que certains qualifieront de néo voire ultra-libérale. Matten et Moon (2005) considère que la
principale différence entre la RSE dans les pays de l‘Europe de l‘Ouest et l‘Amérique,
concerne la vision des gouvernements en Europe. Ainsi, en Europe la plupart des
gouvernements Européens intègrent les politiques socialement responsables dans leur cadre
juridique, car dans les pays de l‘Europe de l‘Ouest, les activités de la RSE ont été
comptabilisées dans les obligations juridiques et fiscales.

D‘autres chercheurs ont avancé plusieurs autres explications à cette divergence de vision entre
l‘Europe de l‘Ouest et l‘Amérique : D‘abord, au niveau de la participation des gouvernements
européens dans la vie sociale et économique de leurs nations, ainsi que les systèmes
d'assurance de santé, les retraites et la protection sociale dans son ensemble. Ces actions aux
Etats-Unis seront présentées comme une preuve de la RSE. Cette RSE a été réalisée par l'Etat
et non par des entreprises individuelles contrairement aux Etats-Unis, (Matten et Moon
,2005). Ensuite, la présence des syndicats actifs en Europe a contribué à régler la question des
travailleurs au niveau national plutôt qu'au niveau de l'entreprise. En Europe, la responsabilité
de la société civile, repose sur les organisations représentatives telles que les partis politiques,
les syndicats, les associations patronales et l'État, à la différence des Etats-Unis où cette
responsabilité repose sur les individus et les entreprises, (Matten et Moon ,2005). Enfin, la
raison qui a fait que le concept de la RSE a été plus abordé aux Etats-Unis qu‘en Europe,
réside dans le fait, que les entreprises européennes contrairement à leurs homologues
américains ont été modestes dans les communications de leurs engagements en matière de la
RSE, (Maignon et Ralston, 2002).

Pour résumer, nous pouvons considérer que la RSE, telle qu‘elle est conceptualisée et
pratiquée actuellement en Europe de l‘Est, est issue de la rencontre entre deux courants
                                                                                                                                                                                              
 
36 
 
 

 
principaux : d'une part, le courant paternaliste historique de certaines grandes entreprises au
19ème siècle, et d'autre part, l'influence du courant d'interpellation des entreprises dans le
monde anglo-saxon qui a démarré dans les années quatre-vingt avec les campagnes anti-
apartheid.

Concernant les pays de l‘Europe Centrale et l‘Europe de l‘Est, la RSE trouve ses origines
dans l‘intention du communisme à installer des entreprises, afin de servir les « parties
prenantes » par la possession et la gestion collectiviste des moyens de production ainsi que
par l‘abandon du rôle du capital et de ses détenteurs. A l‘exemple des modèles développés par
les entreprises dans certains pays communistes, qui assurent les soins et les services gratuits
pour leur personnel. Le contexte permettait également le développement d‘un modèle
coopératif-collectiviste. Aujourd‘hui, lorsque nous traitons la RSE dans chaque pays de
l‘Europe de l‘Est, nous constatons que ce concept diffère dans la compréhension et la mise en
œuvre d‘un pays à un autre. Cependant, le processus d‘intégration de la RSE reste le même
dans l‘ensemble des pays de le Europe de l‘Est. Selon un rapport publié en novembre 2002
par l‘International Business Leaders Forum 14, sur la RSE au niveau des dix nouveaux pays
membres de l‘UE seules les grandes firmes multinationales ont introduit ce type de
comportement dans ces pays à l‘instar de ce que l‘on a observé dans les pays d‘Amérique
Latine. Dans un premier temps, il s‘agissait d‘actions philanthropiques; puis ensuite les firmes
multinationales ont mis en œuvre des actions de type communautaire. Dans un second temps,
les firmes multinationales effectuent des transferts de compétence de gestion et de procédés
technologiques, vers les grandes entreprises locales qui sont souvent leurs partenaires.
Concernant, les petites et moyennes entreprises, ces dernières ont eu plus de difficultés à
intégrer la démarche de RSE. Le modèle de processus d‘intégration de la RSE dans les pays
émergents est présenté dans la (voir figure n° 6).

                                                             
14Simpson, S., 2002, The state of play of CSR in Central and Eastern Europe, Produced by:
International Business Leaders Forum (Prince of Wales International Business Leaders Forum).
http://redirect.eldis.org/cf/rdr/gdndoc.cfm?id=DOC11466.
 
37 
 
 

 
Figure 6 Le processus d’intégration de la RSE dans les pays émergents 

 
Les petites et 
Les firmes  Les grandes  moyennes 
multinationales  Influencent  firmes nationales  Influencent  entreprises locales 

Les catalyseurs : 

­ l’existence des firmes mixtes  

­ le développement de l’industrie 

­ le nombre de grande firme nationale 
 

Source : réalisation personnelle

1.1.3.3 L’émergence de la RSE en Asie

Ce n‘est que dans les années quatre-vingt-dix, que la RSE a commencé à se développer en
Asie. Depuis, la RSE a connu un essor considérable, et a même finit par rattraper une grande
partie de son retard face aux pays européens et américains.

Ainsi, ce concept a commencé à voir le jour avec l‘arrivée massive des différentes firmes
multinationales occidentales qui sont venues en Asie pour installer des unités de fabrication.
C‘est en suivant, le schéma observé dans les pays d‘Amérique Latine et de l‘Europe de l‘Est
(voir figure n° 6), que ce phénomène a contaminé de manière positive les compagnies
asiatiques (en particulier les grandes compagnies qui désirent commercer avec l‘Ouest) à
pratiquer la RSE (Commenne, 2006).

En Asie, les initiatives de la RSE locale et les questions de la RSE à l‘échelle internationale
varient énormément. En Chine, par exemple, le gouvernement a mis au point un certain
nombre de lignes directrices et d'initiatives autour de la RSE. Au Vietnam, nous assistons à un
38 
 
 

 
partenariat entre la direction de la Chambre de Commerce qui représente l‘Etat vietnamien et
le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), afin de développer la RSE
(Chapple et Moon, 2005). Le Bangladesh a mis en place des exonérations fiscales pour les
entreprises qui s'engagent dans des programmes de RSE. Cependant, au Japon et en Corée,
l'accent a été mis sur l'information et le volontariat. Les entreprises japonaises, en particulier,
ont été des leaders sur les initiatives environnementales.

En résumé, le rapport des pays asiatiques à la RSE n‘a pas cessé de se développer, et cela se
traduit notamment par, la création d‘institutions puissantes qui pilotent les démarches et qui
placent des exigences, des initiatives et des normes volontaires pour encourager le
développement de la RSE. Dans certains pays, comme le Japon, la Corée du sud et l‘Inde,
nous assistons à un abandon des approches volontaires de la RSE. Dans ces pays, les
entreprises elles-mêmes reconnaissent la valeur de la RSE dans l‘amélioration de la réputation
et la confiance, ainsi que l‘image de marque (Chapple et Moon, 2005). Néanmoins, cela ne
veut pas dire que tout est positif, en ce qui concerne la RSE en Asie. En effet, il existe encore
une énorme confusion entre RSE et philanthropie, notamment dans les pratiques de la RSE au
Philippines et au Pakistan à l‘exemple des pratiques de la RSE dans les pays de l‘Amérique
Latine (Welford, 2005).

De plus, il convient également de souligner que la région asiatique est confrontée à de


nombreuses difficultés particulières comme les structures de gouvernances sous-développées
au sein des entreprises et la corruption. A cela s‘ajoute de nombreuses inquiétudes au sujet
des catastrophes naturelles menant à des risques commerciaux considérables. On constate
aussi de nombreux abus concernant le droit du travail et les violations des droits de l'homme
qui demeurent toujours présents (Commenne, 2006).

Il ressort de ces constats qu‘aujourd‘hui, que les gouvernements et les entreprises devraient
prêter de plus en plus d‘attention au rôle joué par la RSE dans le développement de la région.

1.1.3.4 L’émergence de la RSE en Afrique

En premier lieu, dans ce continent nous allons présenter l‘émergence de la RSE, dans les pays
du Sud de l‘Afrique, puis en second lieu, nous allons exposer l‘émergence de ce concept dans
les pays du Maghreb, notamment en Algérie, qui fait l‘objet de notre terrain d‘investigation.

39 
 
 

 
Ayant peu d‘études écrites sur la RSE en Afrique, Visser (2008), a affirmé que la civilisation
occidentale, avait inspiré le concept de la RSE, des traditions fondamentalement enracinées
dans la culture, la philanthropie et l'éthique des autochtones Africains. Lutz (2009) confirme
cela, et va même plus loin puisqu‘il considère que les approches actuelles de la RSE globale
sont basées sur la philanthropie traditionnelle liée aux valeurs de l‘humanisme africain.
Néanmoins, contrairement à l'Occident où la RSE est bien ancrée, en Afrique, la pratique de
la RSE par les entreprises est encore un nouveau concept.

La RSE sur le continent Africain est un concept très peu connu et partagé dans les milieux des
entreprises africaines. De plus, les pratiques de la RSE n‘existent pratiquement pas dans une
grande partie des pays africains (Ofori ,2007).

Les différentes actions de la RSE menées dans les pays africains, résultent plutôt des
obligations auxquelles les grandes firmes multinationales sont soumises dans le cadre des
législations en vigueur dans leurs pays d‘origine (Europe, Amérique du Nord, etc.), (Visser,
2008).

Visser (2008)a confirmé que les pays Africains dans leur ensemble sont à la traîne en matière
de recherche sur la RSE et sa littérature. Cette pénurie résulte du fait que seulement 12 pays
sur les 53 que compte le continent africain ont eu des recherches publiées dans des revues de
RSE. 73% des articles publiés, ont concerné l‘Afrique du Sud et le Nigeria (Visser et al 2006
cité par Visser 2008).

Ainsi, près de la moitié des articles dans la littérature sur la RSE en Afrique, traitent le sujet
de l'éthique des affaires notamment en raison des « problèmes d'injustice, de colonialisme,
d’apartheid, de la prévalence et de la corruption sur le continent » (Visser, 2007). Dans son
étude sur l‘Afrique, Ofori (2007) confirme également que les besoins identifiés et les
perspectives en matière de la RSE en Afrique sont nombreux et dépendent de la capacité des
différents acteurs à s‘entendre sur les enjeux et les problématiques qui mettent en avant la
satisfaction des besoins fondamentaux de vie comme partie intégrante de la notion de la RSE.

Concernant les pays de l‘Afrique du Nord, notamment les pays du Maghreb, les pratiques de
la RSEtrouvent ses origines dans les valeurs de la religion islamique, comme aider son
prochain, s‘acquitter de la zackat (une somme d‘argent obligatoire donnée par les riches au
40 
 
 

 
pauvre) ou bien encore préserver la faune et la flore, etc. Au niveau des pays du Maghreb, les
publications restent très faibles, à l‘image de l‘ensemble des publications en Afrique.
Toutefois, il existe certaines études sur la RSE dans les entreprises au Maghreb qui ont
montré que les enjeux réglementaires et la réduction despressions sur la législation, sont
derrière l‘émergence du concept de la RSE au Maghreb (Dhouib et Haddad, 2009 ; Boussoura
et al., 2009 ; Attouche et Nia, 2009 ; Turki 2009).

Parmi les pays d‘Afrique du Nord, l‘Algérie souffre particulièrement d‘un manque de
publications sur le concept de la RSE. D‘ailleurs, dans ce pays aucune thèse n‘a été soutenue
jusqu‘à ce jour, et il faut savoir qu‘une seule communication sur ce concept, a vu le jour lors
du colloque international sur la RSE qui s‘est tenu à Agadir (Maroc) en février 2009. Dans ce
colloque, Atil (2009), a souligné que le comportement des entreprises algériennes face à la
problématique de la RSE est soit « passif », ou « opportuniste ». Dans le chapitre quatre, nous
reviendrons avec plus de détail sur l‘état de la RSE en Algérie. Toutefois, les dernières études
de cas réalisées sur le continent Africain nous ont montré que, la question de la RSE, ainsi
que, d'autres questions, comme les parties prenantes, la RSE, la santé et la sécurité au travail,
se posent de plus en plus notamment avec la vague de délocalisation des grandes entreprises
qui s‘implantent dans les régions où sont extraites les matières premières.

Ainsi, il en résulte que la démarche vers la RSE est très importante dans le continent Africain
dans la mesure où il faut lutter contre, la pauvreté, la précarité des conditions de vie, la
souveraineté alimentaire, le besoin d‘accès aux marchés, la lutte contre les pandémies et le
développement local.

Nous pouvons donc voir, à travers la présentation de l‘émergence et du développement du


concept de la RSE sur l‘ensemble des continents que ce concept progresse dans le monde
entier. Force est de constater que, bien qu‘il existe des pratiques responsables dans toutes les
entreprises qui œuvrent au Nord et au Sud, publiques et privées, grandes et petites, la RSE est
encore, dans sa grande majorité, le fait des très grandes firmes multinationales, qui œuvrent
dans les pays développés.

41 
 
 

 
1.1.4 Le cadre juridique de la responsabilité sociale

Après avoir placé la RSE dans son contexte historique, et géographique nous allons aborder la
relation entre la RSE, le cadre juridique et la réglementation.

Ainsi, « Le droit du développement durable et de la responsabilité sociale des entreprises ne


constitue pas encore réellement une branche du droit. Toutefois, nous pouvons parier qu’il
est en phase de le devenir » (Avignon et Taleb, 2013). En effet, l‘impact des activités des
opérateurs économiques est évident, aussi leur encadrement par des règles juridiques est au
cœur de nombreuses actions destinées à protéger des valeurs majeures. Ces actions vont être
menées par les pouvoirs publics, mais également par l‘ensemble des autres parties prenantes.

L‘Organisation des Nations Unis (ONU) dans le Global Compact 15, s‘adresse aux entreprises
afin, qu‘elles participent à la reconnaissance et la protection des principes relatifs aux droits
de l‘homme comme l‘environnement, les normes sociales ou la lutte contre la corruption.
L‘Union Européenne à elle décider de mettre en place des règles qui sont parmi les plus
strictes au monde en ce qui concerne le changement climatique et l‘émission des gaz à effet
de serre. De même, la Charte Sociale Européenne garantit les droits économiques et sociaux
de l‘homme. La directive européenne 89/891 16 pose les principes généraux concernant la
prévention des risques professionnels, la protection de la santé, de la sécurité, de l‘élimination
des facteurs de risques et des accidents.

En France par exemple, le code du travail dans son article L4121-117, dispose que
l‘employeur à l‘obligation de prendre des mesures nécessaires pour protéger la sécurité et la
                                                             
15 Global Compact - le Pacte Mondial, Annoncé par le Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies,
par Kofi Annan, lors du Forum économique mondial qui s'est tenu en janvier 1999 à Davos (Suisse) et
officiellement lancé au siège de l‘ONU en juillet 2000, le Pacte mondial invite les sociétés à adopter dix
principes universels, sur les droits de l'homme, les normes de travail et l'environnement, et la lutte contre la
corruption dans l'esprit d'un « développement responsable et
durable ».http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/sites/odyssee-developpement-durable /files /17/10 _ principes _
pacte_mondial.pdf.
16La directive 89/891/CEE) porte sur les risques qu'entraînent, pour la santé et la sécurité des travailleurs, les
effets nocifs sur les yeux et sur la peau de l'exposition à des rayonnements optiques artificiels. Par rayonnement
optique artificiel, elle comprend les rayonnements cohérents (lasers) et les rayonnements incohérents émis par
toutes les sources autres que les lasers. 
17Article L4121-1 L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé
physique et mentale des travailleurs. Ces mesures comprennent : 1° Des actions de prévention des risques
professionnels ; 2° Des actions d'information et de formation ; 3° La mise en place d'une organisation et de
moyens adaptés. L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des
circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes.
42 
 
 

 
santé physique et mentale de ses salariés. De même, la France avec les lois Grenelle 1 et 2
évoque le concept de gouvernance écologique. Les pouvoirs publics sont donc des acteurs
normatifs et en tant que sujets de droit, les entreprises doivent respecter la législation tant
sociale qu‘environnementale. Toutefois, leur positionnement par rapport aux règles juridiques
est intéressant à observer. Ainsi, l‘attente des pouvoirs publics vis à vis des grands groupes
privés est tout à fait particulier puisqu‘il s‘agit en quelque sorte de leur confier une mission
qui à priori n‘entre pas dans leur champ de compétences mais en l‘occurrence se justifie par
leur présence dans l‘ensemble du globe et leur pouvoir financier. C‘est donc à ces derniers
d‘être socialement responsable pour le bien-être des hommes et de la nature.

Cette vision globale nous montre les difficultés tant au niveau de la complexité des opérations
menées par les acteurs économiques que par celles liées aux méandres juridiques dû en grande
partie au morcellement des droits applicables. Le droit communautaire est, dans un contexte
de globalisation, un relais pour faire circuler les objectifs déterminés lors des Sommets de la
terre Nairobi (Kenya) en 1982, Rio de Janeiro (Brésil) en 1992, et Johannesburg (Afrique du
Sud) en 2002. Même si, ces systèmes juridiques souffrent d‘imperfections, trop floues ou trop
rigides selon les cas, ils peuvent être ressentis comme des obstacles par les entreprises. Ces
systèmes sont déterminés dans des directives qui représentent, un socle commun de règles qui
sont ensuite transposées dans chacun des droits nationaux des pays membres (Avignon et
Taleb, 2013).

Au milieu de cette forêt juridique dense, plusieurs pays ont opté pour une solution à deux
vitesses, c‘est à dire entre obligations et incitations. Les entreprises doivent respecter les
règles issues du droit dur (Hard law) qui représente un ensemble de règles impératives qui
s‘imposent aux acteurs et se positionnent concernant le droit mou (Soft law) qui est représenté
par les incitations. En outre, la loi peut jouer le rôle d‘un « énergisant » pour les entreprises,
c‘est à dire ceux où la règle juridique a impulsé une meilleure performance, tout comme elle
peut être assimilée à des « freins » qui entravent le développement des entreprises. Cependant,
Il appartient au droit de se munir d‘outils nécessaires non seulement à la répression de ces
comportements parce qu‘ils sont anti-concurrentiels et parce qu‘ils compromettent les droits
de l‘homme mais aussi à l‘incitation des parties prenantes à être socialement responsables.

                                                                                                                                                                                              
 
43 
 
 

 
Contrairement à l‘idée dominante, qui stipule que les incitations et le (Soft low), sont des
pratiques anglo-saxonnes, l'Union européenne a été à l'avant-garde de l'évolution du (soft law)
dans le domaine de RSE. Les institutions de l'UE ont joué un rôle actif en encourageant, par
voie de résolutions, les communications, les recommandations et l'adoption volontaire des
codes de conduite, notamment, pour les firmes multinationales. Sous la bannière de la RSE,
ces institutions (principalement le Parlement Européen et la Commission Européenne) ont
cherché à sensibiliser le public à la nécessité pour les sociétés transnationales à respecter
certaines normes de santé, environnementales et sociales (Voiculescu, 2011). Ces codes se
sont inspirés de l'Organisation Internationale du Travail (OIT), conventions, directives
européennes sur l'égalité de traitement, et de l'Organisation de Coopération et de
Développement Economiques (OCDE).

Dans cette logique, Le 25 avril 2002, l‘Union Européenne a ratifié le Protocole de Kyoto qui
imposait des objectifs contraignants de baisse des émissions aux signataires. La directive
2003/87/CE18 traduit cet engagement en des propositions concrètes, et met en place un
système d‘échange de quotas non applicables au secteur du transport routier de marchandises
pourtant à l‘origine d‘un quart des émissions nationales. Le 14 février 2007, le Parlement
Européen dans une résolution sur le changement climatique insiste sur la nécessité de
procéder à une réduction globale des émissions, dans tous les pays industrialisés de 30% par
rapport aux niveaux atteints en 1990 à d‘ici 2020. Dans cette directive, l‘Union Européenne a
choisi, de laisser une marge importante de liberté aux Etats. En effet, les directives fixent des
objectifs à atteindre, mais les Etats disposent du libre choix de moyens pour y parvenir. De la
même manière, dans la loi du 3 août 2009 de programmation relative à la mise en œuvre du
Grenelle de l‘environnement, la France a opté pour une politique fiscale incitative. Dans son
article 13, la loi dispose que l‘Etat étudiera la modulation des tarifs des péages autoroutiers
notamment en fonction de leur efficacité énergétique. Cependant, ces approches non
contraignantes dites (Soft low), ne font pas vraiment l‘unanimité auprès de l‘ensemble des
parties prenantes alors que les gestionnaires de l'industrie ont tendance, à souligner que la
souplesse inhérente à une démarche volontaire de RSE permet à chaque entreprise d'adapter la
                                                             
18 La directive 2003/87/CE est l'instrument juridique de base ayant mis en place, dans l'Union européenne, le
système communautaire d'échange de quotas d'émission concernant les gaz à effet de serre. Elle a modifié la
directive 96/61/CE relative à la prévention et à la réduction intégrées de la pollution (IPPC), et a elle-même été
modifiée à plusieurs reprises, par les directives 2004/101/CE ; 2008/101/CE ; 2009/29/CE (s'intégrant au
« paquet climat-énergie ») ; et le règlement CE no 219/2009.
44 
 
 

 
mise en œuvre et l'application à sa situation particulière. Toutefois, de nombreuses
associations de consommateurs et d‘ONG, à l‘exemple de l‘association les Amis de la Terre
Europe qui s'oppose à une telle approche et favorise la loi contraignante (Hard law) car, elle
prétende que les rapports sociaux et l'auto contrôle ne sont pas crédibles sans des méthodes
standardisées ou de surveillance indépendante.

Ce deuxième mode de loi a été intégré, pratiquement dans l‘arsenal juridique de l‘ensemble
des pays au monde, à l‘exemple de la France, qui a initié la loi sur les nouvelles régulations
économiques du 5 mai 200119 qui oblige les sociétés cotées à publier annuellement dans leur
rapport de gestion des commentaires sur le volet social et environnemental de leurs activités.
Traditionnellement, le droit des sociétés établit des obligations de publications de certaines
informations destinées aux actionnaires ou aux investisseurs. Le reporting des performances
sociales et environnementales tend à être lié aux intérêts des actionnaires, même si, les autres
parties prenantes interagissent fortement (Grégor, 2007). Les pouvoirs publics ont déterminé
une série d‘obligations portant aussi bien sur le fond que sur la forme dans une série de textes.
Le décret d‘application du 20 février 2002 20 a précisé la liste des informations internes et
externes à fournir. Ces informations portent sur la politique sociale (effectifs, organisation du
temps de travail, hygiène, formations, licenciements, etc.) et sur l‘environnement (rejet dans
l‘air, l‘eau le sol etc.).Ensuite, l‘ordonnance du 20 décembre 2004 21 portant sur l‘adaptation
de dispositions législatives relatives à la comptabilité des entreprises aux dispositions
communautaires dans le domaine de la réglementation comptable, issus de la directive 2003-
51-CE du 18 juin 200322, ajoute une nouvelle obligation. Le rapport de gestion doit comporter

                                                             
19 La loi du 15 mai 2001 relative aux Nouvelles Régulations Economiques consacre plus de dix ans de
réflexions et de débats sur la réforme du droit des sociétés. Elle modernise les règles du droit des sociétés
commerciales en réorganisant les règles de fonctionnement des organes sociaux et en clarifiant les droits et
devoirs des mandataires sociaux. Enfin, elle modernise les règles relatives aux délais de paiement puisqu'elle
contraint les entreprises à réclamer les pénalités de retard à leurs débiteurs afin de réduire les délais de paiement.
20 Le décret d‘application n°2002-221 du 20 février 2002 de la loi NRE, traduit la croyance du législateur quant
à l‘utilité de ces informations pour la prise de décisions des investisseurs. 
21l‘article L225.100 du code du commerce : « Dans la mesure nécessaire à la compréhension de l'évolution des
affaires, des résultats ou de la situation de la société et indépendamment des indicateurs clés de performance de
nature financière devant être insérés dans le rapport en vertu d'autres dispositions du présent code, l'analyse
comporte le cas échéant des indicateurs clés de performance de nature non financière ayant trait à l'activité
spécifique de la société, notamment des informations relatives aux questions d'environnement et de personnel ».
22Directive 2003/51/CE du Parlement européen et du Conseil du 18 juin 2003 modifiant les directives
78/660/CEE, 83/349/CEE, 86/635/CEE et 91/674/CEE du Conseil sur les comptes annuels et les comptes
consolidés de certaines catégories de sociétés, des banques et autres établissements financiers et des entreprises
d'assurance. Cette directive permet aux Etats membres d‘autoriser ou d‘imposer la comptabilisation des
45 
 
 

 
désormais une information sur les principaux risques et incertitudes auxquels la société est
confrontée. La loi 2009-967 du 3 août 200923 de programmation relative à la mise en œuvre
du Grenelle de l‘environnement (1) souligne l‘importance de la qualité des informations
transmises par les entreprises, afin de prévoir, une harmonisation des indicateurs sectoriels au
niveau communautaire. De même, celle de 2010-788 du 10 juillet 201024 portant engagement
national pour l‘environnement élargit le dispositif NRE aux sociétés anonymes et aux sociétés
commandites par actions non cotées à partir d‘un seuil fixé par un décret en Conseil d'Etat en
fonction du bilan, du chiffre d‘affaires et du nombre de salariés.

Soumises à ce cadre légal, et aussi au souci de légitimité vis à vis de leurs parties prenantes,
les entreprises ont « découvert » des comportements éco-responsables, sources
d‘économies. Pratiquer la RSE peut agir directement sur les coûts à l‘exemple de réduire la
production de déchets qui agit directement sur le coût complet, en diminuant les coûts de
production et les coûts de gestion des déchets. Ainsi, Le respect de la législation de la part
des entreprises écarte le risque de la mise en cause de leur responsabilité pénale, et entraîne
des bénéfices pour l‘entreprise.

                                                                                                                                                                                              
instruments financiers à la juste valeur dans les comptes annuels et dans les comptes consolidés des entreprises
industrielles et commerciales, banque, assurance.
23Cette loi générique fixe les objectifs et définit le cadre d‘action d‘une politique environnementale sur le long
terme et énonce les instruments pour lutter contre le changement climatique, privilégier un développement
durable respectueux de l‘environnement tout en diminuant la consommation en énergie, en eau et autres
ressources naturelles. Elle affecte les secteurs traditionnels de l‘environnement (eau, air, risques majeurs,
déchets, biodiversité), mais aussi prend en compte des aspects intéressants, tels que : les transports, l‘énergie, la
construction, l‘alimentation et l‘agriculture, les risques sanitaires, la santé au travail.
24Loi de 2010-788 du 10, dite La loi "Grenelle 2", votée les 28 et 29 juin 2010 a été promulguée le 12 juillet
2010 et publiée ce matin au Journal officiel. En réalité, les dispositions de la loi Grenelle 2 comportent des
dispositions plus ou moins ambitieuses selon les secteurs impactés et sont en cela le reflet du compromis que
représente le document issu des tables rondes finales des 25, 26 et 27 octobre 2007. Sauf sur un point : l'énergie
éolienne. Sur ce point la loi Grenelle représente objective une régression importante. Il suffit de relire le rapport
du Comité opérationnel n°10 pour s'en convaincre. On notera d'ailleurs que le Conseil constitutionnel n'a pas été
saisi.
 
46 
 
 

 
Synthèse de la section 1
Dans cette section, nous avons traité l‘évolution de la RSE historique du concept de la RSE,
en débutant par, la définition de Bowen en 1953 concédée comme la première définition à un
concept qui a toujours existé mais sa définition est restée souvent insaisissable. Ce concept a
connu son premier débat, avec les publications de Miltan Friedman, à partir des années
soixante. Suite à la prolifération de ce concept dans les années deux mille, nous avons assisté
à la publication de la première définition de la RSE au niveau européen, établie dans le livre
vert par la Commission Européenne. Depuis, ce concept a fait le tour du monde, en cherchant
toujours à joindre l‘efficience économique à la performance sociale et environnementale.
Cette analyse intercontinentale de l‘émergence de la RSE nous a permis d‘observer un
processus d‘intégration de la RSE qui est pratiquement le même, dans l‘ensemble des pays en
développement. Cette section s‘achève parla présentationdu lien entre la RSE et la loi.

47 
 
 

 
1.2 Section1.2. La responsabilité sociale des entreprises sous l’éclairage de la
théorie

Définir les fondements théoriques d‘un concept, est une étape très importante dans
l‘explication de ce dernier. Dans ce sens, plusieurs sont les chercheurs qui ont essayéde
mobiliser différentes théories, à travers de multiples disciplines, afin d‘expliquer le concept de
la RSE (Carroll, 1991; Jones, 1995; McWilliams et Siegel, 2000). Toutefois, le changement
de l‘objet de l‘étude concernant la RSE, complique le choix des théories explicatives. Dans le
but de cerner le concept de la RSE dans cette étude, nous allons baser notre recherche sur les
sept théories qui reviennent le plus dans la littérature.

L‘instabilité du fondement théorique de la RSE, a contribué à l‘accroissement de la


complexité de la définition de ce concept, ainsi qu‘à la prolifération d‘une multitude
d'interprétations et de controverses au sein des études d'un grand nombre de chercheurs
(Carroll, 2004; Robins, 2005 ; Dahlsrud, 2006).

Afin, d‘apporter de nouveaux éléments de réponse à la question, de quoi parle-t-on lorsqu‘on


parle de la RSE ? Nous allons présenter une grande majorité des définitions de la RSE dans la
littérature. Sur la base de ces définitions, nous exposons une définition de ce concept, issue
d‘une synthèse des travaux de recherche qui s‘articulent autour de quatre points : le
volontarisme, le profit, les objectifs sociaux et environnementaux et la relation avec les
parties prenantes internes et externes.

48 
 
 

 
1.2.1 Le cadre théorique

La théorie, est un ensemble de propositions logiquement liées qui expliquent un ensemble


d'observations (Klimosky, 1991). Avec cette idée à l'esprit, les chercheurs ont tenté d‘utiliser
des théories qui décrivent et capturent l'ensemble du phénomène de la RSE. Cependant, nous
pouvons constater qu‘il existe au sein de la littérature une immense incohérence concernant
l‘étude de la RSE dans la mesure où de nombreuses définitions de la RSE sont proposées. La
théorie pour expliquer la RSE peut varier d‘une conceptualisation à une autre selon ce que le
chercheur choisit d‘étudier. Par exemple, un chercheur intéressé par les aspects financiers de
la RSE, peut choisir d‘utiliser la théorie des parties prenantes pour encadrer sa recherche, et
étudier hypothétiquement les effets de la RSE sur les gains des actionnaires. De même,
lorsque le chercheur étudie par exemple les effets du reporting environnemental de la firme, il
pourra étudier la question sous l'angle de la théorie de la légitimité.

Alors qu'un nombre considérable de ces théories est abordé dans la littérature (théories :
économique libérale, politique, institutionnelle, de la légitimité, du capital social, du contrat
social, des parties prenantes, de l'éthique normative, et de l'agence, etc.), il convient de
souligner que la discussion dans cette partie de l'étude se concentrera seulement sur les sept
théories, qui sont les plus fréquemment discutées et souvent citées dans la littérature.
Cependant, Il ne s‘agit pas de présenter les théories en détail, mais juste de présenter le lien
entre la RSE, et chacune des sept théories.

1.2.1.1 Les théories économiques libérales

Traditionnellement, l‘objectif des entreprises était de maximiser les profits pour les
actionnaires. Ce qui signifie que les entreprises, ne sont pas mandatées pour s‘engager dans
des projets qui ne favorisent pas directement la maximisation du profit. Selon l‘école de
Chicago et Milton Friedman, la RSE, au-delà de ses responsabilités pénales, est l‘amélioration
du profit des actionnaires. Ainsi, il revient à l‘Etat d‘en corriger les effets notamment par des
incitations directes ou indirectes. Pour inscrire la prise en compte des objectifs sociétaux dans
les décisions des entreprises, il faut donc démontrer qu‘il y a une corrélation positive entre les
performances financières et les performances sociales. En outre, le dirigeant peut intégrer la
RSE, dans le cas où l‘engagement est présenté comme une condition incontournable d‘une «
rentabilité durable ».

49 
 
 

 
Pour les néoclassiques, les dirigeants ont le droit d‘adopter des stratégies intégrant la RSE,
mais seulement dans les cas où cela vient à créer un avantage financier. À l‘inverse, La mise
en place des politiques concernant le développement durable signifie dépenser l‘argent des
actionnaires au profit de l‘intérêt collectif, afin d‘améliorer le bien-être de la société.

Ce courant théorique représente le volet purement rentable de la RSE, où la seule


responsabilité de l‘entreprise est de faire du profit.

1.2.1.2 La théorie de l’agence

La théorie d‘agence constitue une clef explicative pour les relations. Elle suggère l'existence
d'un contrat Eisenhardt (1989), entre un mandant (le principal) qui délègue à un mandataire
(l‘agent) le pouvoir de prendre, à sa place, un certain nombre de décisions, par exemple,
employeur-employé, avocat-client, les actionnaires directeur, etc.

L'idée de la théorie d'agence est de contrôler les conflits d'objectifs substantiels entre les
principaux et les agents, en particulier lorsque des agents, en vertu de leurs positions,
s‘engagent dans des comportements opportunistes au détriment de leurs mandants, qui
souvent trouvent difficile et coûteux la vérification des actes de leurs agents (Fontrodona et
Sison, 2006). De ce fait, il peut y avoir des conflits d‘intérêts et des divergences
d‘appréciation du risque entre le principal et l‘agent (Eisenhardt, 1989). En d‘autres termes,
les agents peuvent avoir d‘autres intérêts. Ainsi, pour accomplir leurs propres intérêts ils
peuvent modifier les règles ou ne pas s‘y conformer et créer de nouvelles manières d‘agir et
de s‘organiser. Ces contrats qui sont nécessairement incomplets vont permettre, dans un
contexte d‘asymétrie d‘informations, des stratégies d‘opportunistes ou de dédouanements.
Diverses mesures d‘incitations vont être destinées à réduire les divergences entre agent et
principal. Dans ce cadre théorique, l‘information diffusée, joue un rôle déterminant entre les
acteurs (Capron, 2003).

La relation d‘agence peut être élargie à l‘ensemble des parties prenantes avec lesquelles
l‘entreprise entretient des transactions. La responsabilité de l‘entreprise repose sur ses
dirigeants qui sont des « agents » en relations contractuelles explicites ou implicites avec
plusieurs catégories d‘acteurs actionnaires, créanciers, mais aussi salariés, clients et
consommateurs, fournisseurs, collectivités, ONG, etc. Il revient donc de gérer les diverses

50 
 
 

 
attentes de façon équilibrée, c‘est-à-dire de manière à ce qu‘aucune partie ne soit tentée de
quitter le système de « coalition » au sens de (Cyert et March, 1963 cité par Moir 2001).

1.2.1.3 La théorie du contrat social

La théorie du contrat social a été extrapolée à partir des théories politiques du contrat social
de Rousseau, Hobbes et Locke, afin d‘expliquer la relation entre l‘entreprise et la société
(Aras et Crowther, 2008).

L'idée centrale de la théorie du contrat social est comment relier l‘entreprise à la société.
Selon cette théorie, l‘entreprise doit agir de façon responsable, non seulement parce que c'est
dans son intérêt commercial de le faire, mais parce, qu'elle fait partie de la vision générale de
la fonction de l‘entreprise attendue implicitement par la société (Moir, 2001). En outre, selon
le paradigme du contrat social, une entreprise est considérée comme une institution sociale et
doit s'associer à d'autres structures sociales comme la famille, le système éducatif et les
institutions religieuses, pour aider à améliorer la vie et répondre aux besoins de la société. En
d'autres termes, selon, la théorie du contrat, l‘entreprise et la société sont des partenaires
égaux, ou chacun bénéficie d'un ensemble de droits, de devoirs et de responsabilités
réciproques. Il y a donc, un besoin réciproque direct et indirect entre les entreprises et la
société. Autrement dit, l‘entreprise a besoin d‘un soutien continu de la société en termes de
ressources humaines et matérielles, tandis que, la société attend que l‘entreprise opère d'une
manière socialement responsable, puisque les entreprises contrôlent d'énormes quantités de
ressources économiques et productives (technologies, finances qui peuvent affecter
directement ou indirectement la société dans laquelle elles opèrent) (Lantos, 2001).

1.2.1.4 La théorie des parties prenantes

La théorie des parties prenantes (stakeholders), est basée sur la question : qui important pour
une entreprise et a qui les entreprises devraient prêter attention ? Mitchell et al. (1997) ont
inscrit l‘entreprise au cœur d‘un ensemble de relations avec des partenaires qui ne sont plus
uniquement les actionnaires (shareholders), mais des acteurs intéressés ou concernés par les
activités et les décisions de l‘entreprise à savoir les salariés, les consommateurs, la société ou
encore l'environnement (voir figure n° 7). Cette théorie présente l‘entreprise comme une «
constellation » d‘intérêts coopératifs ou concurrents (Donaldson et Preston, 1995).

51 
 
 

 
La littérature organisationnelle, ne relève pas un vrai désaccord concernant les définitions des
parties prenantes, même si, elle considère que les définitions plus ou moins larges, sont moins
opérationnelles, Freeman (1984). Cependant, la littérature relève un véritable problème dans
la désignation des acteurs qui sont les plus touchés par la réalisation des objectifs de
l‘entreprise, ainsi que, les acteurs qui méritent le plus d‘attention de la part de
l‘organisation,(Mitchell et al., 1997).

Au niveau de la littérature, la théorie des parties prenantes a été utilisée pour définir et donner
du sens au concept de RSE. Dans ce sens, la responsabilité envers la société devient la
responsabilité envers les parties prenantes. Nous pouvons donc distinguer trois approches de
cette théorie : une approche descriptive, instrumentale et normative (Donaldson et Preston,
1995).

Concernant les approches descriptives et instrumentales, ces dernières reposent sur une vision
contractualiste de la relation entreprise parties prenantes (Hill et Jones, 1992). Elles décrivent
la nature des relations entre la firme et ses parties prenantes ainsi que l‘intérêt pour
l‘entreprise de mettre en œuvre des réponses adaptées à leurs attentes. De son côté, l‘approche
normative de la théorie transforme les observations en des préconisations pour un
comportement plus juste.

Ainsi, l‘utilisation de ces approches issues de la théorie des parties prenantes semble
susceptible de contribuer à développer et renforcer les fondements théoriques de la notion de
RSE. Ces renouvellements des fondements conduisent à de nouvelles conceptions de la RSE,
par rapport à son appropriation par les entreprises, son instrumentalisation, et son
environnement économique.

52 
 
 

 
Figure 7 La typologie des parties prenantes de Mitchell et al (1997)

Source : Mitchell et al. (1997).

1.2.1.5 La théorie de la dépendance à l'égard des ressources

« Cette théorie fait dépendre l'entreprise de son environnement et affirme que sa pérennité
dépend de son aptitude à gérer des demandes de groupes différents, en particulier ceux dont
les ressources et le soutien sont déterminants pour sa survie » (Pfeffer, 1978 cité par Capron
et Quairel-Lanoizelée, 2007).

Il en résulte que la vulnérabilité d‘une organisation naît de son besoin en ressources qui sont
contrôlées par son environnement. Cette situation implique un management qui reconnait et
identifie les groupes sociaux dont l‘organisation dépend de : l‘ajustement de ses actions à
leurs demandes et de la gérance des contre-pouvoirs qui servent à réduire les incertitudes.

1.2.1.6 Les théories néo­institutionnelles de la légitimité

Cette approche implique une représentation de l'organisation qui est totalement introduite
dans la société, dans ses valeurs et sa culture. Les parties prenantes sont considérées comme
des « mises en scène » et déterminées par l‘importance que leur donnent les dirigeants. Par
exemple, l'établissement, pour une entreprise dont l'activité est polluante, d'un partenariat «
sans concession », avec une ONG défenderesse de l'environnement, édifie l'image de sa
responsabilité et lui donne un sens. Or, une telle représentation se fait en fonction du capital
53 
 
 

 
confiance octroyé par les médias et le public, aux ONG en matière d'environnement et du lien
symbolique de légitimité qui lui est attribué.

Ainsi, la légitimité est « l’impression partagée que les actions de l’organisation sont
désirables, convenables ou appropriées par rapport au système socialement construit de
normes, de valeurs ou de croyances sociales » (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007).

Autrement dit, lorsque nous sommes dans un environnement institutionnalisé, les


organisations légitimes parviennent à obtenir un soutien indépendamment de leur valeur
intrinsèque, sans évaluation précise. Mais lorsque l‘organisation se présente selon les critères
convenus, ses activités réelles ont la possibilité d‘être différentes des apparences, notamment,
s‘il est difficile d‘en mesurer les résultats (Meyer et Rowan, 1991). Le nombre de fois où les
termes « transparence », « engagement », « développement durable » ont été employés dans
les discours managériaux peuvent être interprétés comme une volonté de présenter une image
de conformité aux valeurs dominantes.

Les représentations de la RSE lues au travers de ce prisme sont donc le résultat d‘actions
symboliques tendant à créer une image, une « réputation ». Les signaux émis par la firme
sont relayés par les médias qui forment le jugement des publics et donc en retour influencent
les parties prenantes, qui contribuent au processus d‘institutionnalisation de la RSE.

1.2.1.7 La théorie du leadership stratégique

Concernant la théorie du leadership stratégique, dont la naissance résulte des travaux de


Hambrick et Mason (1984), le principal acteur, qui correspond à la compréhension des
comportements organisationnels, est l‘homme. Ainsi, le comportement de l‘entreprise
constitue le reflet des caractéristiques personnelles des membres de l‘équipe dirigeante. Le
processus étant le suivant : les managers interprètent les stimuli environnementaux à travers
un filtre de valeurs personnelles et de croyances (Thomas et Simerly, 1995). De ce fait, il en
résulte des comportements et des résultats organisationnels façonnés à leur image. Cette thèse
qui utilise la compréhension des comportements organisationnels responsables est soutenue
par le travail de Wood (1991) qui défend l‘idée selon laquelle « la responsabilité de
l’entreprise n’est pas réalisée par des acteurs organisationnels abstraits mais bien par des
acteurs humains ». Ces constats mettent l‘accent sur la dimension volontariste des

54 
 
 

 
organisations et rappellent que les comportements des firmes sont le reflet et la conséquence
de l‘action humaine. Plus précisément, ce champ de réflexion soutient que le comité de
direction et le PDG (Président Directeur Général) sont tous deux importants dans la
compréhension des comportements organisationnels (Thomas et Simerly, 1995).

En conclusion, les théories discutées ci-dessus représentent les théories les plus couramment
utilisées et liées à la RSE.

Toutefois, il convient de préciser qu‘il ne s‘agit évidemment pas d‘une présentation


exhaustive puisqu‘il existe plusieurs autres théories qui sont parfois utilisées à l‘exemple de la
théorie de l'identité sociale, la théorie comportementale et etc. (Klimosky, 1991).

Ainsi, l‘utilisation des différentes théories montre, la complexité de définir, d‘appréhender et


de circonscrire la notion de RSE.

Cependant, à partir de ce constat, il est possible d‘encadrer la définition de la RSE, à travers


les théories qui se sont développées jusqu‘à aujourd‘hui en fonction des relations existantes
entre l‘entreprise et la société (Gond et Matten, 2007).

1.2.2 L’absence d’une définition consensuelle

Le large consensus qui accompagne la véritable marée montante de la RSE est à la fois
rassurant et source d‘interrogations. Dans l‘histoire de notre société, nous avons rarement
assisté à une telle affirmation de convergence des intérêts des divers acteurs sociaux.
L‘émergence de ce concept, a mis en avant, l‘existence d‘une diversité d'approches, tout
comme il a permis de souligner le manque de consensus sur la RSE et, en conséquence, une
multiplicité de définitions (Gond et Mullenbach, 2003).

Considéré comme « un concept qui signifie quelque chose, mais pas toujours la même chose
pour tout le monde » (Votaw et Sethi, 1973). Le concept de la RSE était souvent décrit
comme, une vague, ambiguë et complexe (Frankental, 2001; Coelho et al., 2003). Cette
complexité, provient des énormes variations, et de la manière dont les organisations
s'acquittent de leurs responsabilités sociales (Ziek, 2009). L‘évolution théorique et empirique
de ce concept, a contribué à son tour à la complexité de ce concept.

55 
 
 

 
Dans ce sens, Locket et al. (2006) ont confirmé que l‘une des explications à cette confusion
des diverses définitions, est que le domaine de la RSE, n‘a pas été influencé simplement par
les évolutions théoriques, mais aussi par des agendas politiques, sociaux et managériaux

Carroll (1991) a mis en évidence un paradoxe, entre l'enthousiasme croissant des chercheurs
pour préciser la définition de la RSE, et l'absence de consensus sur ce que nous entendons par
un tel concept. Selon Reinhardt et al. (2008), l'un des défis de l'examen du concept de RSE est
d'identifier une définition cohérente et sensée, parmi une gamme ahurissante des concepts et
des définitions qui ont été proposés dans la littérature. Ainsi, il semble difficile de trouver une
formulation qui satisfait l‘ensemble des parties en question (Windsor, 2006). Selon Allouche
et al. (2004), les tentatives de définitions de la RSE par les acteurs concernés c‘est à dire les
entreprises, les agences de notations et les chercheurs, génèrent une confusion dans la
conceptualisation de cette notion. De son côté, Carroll (1999) a également affirmé que, définir
la RSE est un exercice difficile car, la RSE est un phénomène dynamique, à multi facettes, qui
englobe tout. Gray et al. (1995) stipulent que le changement de préoccupations de la RSE,
chaque décennie, est un signe de complexité du concept. En effet, ces préoccupations
concernant la RSE, sont passées des employés et syndicats pendant les années soixante-dix, à
des objectifs économiques avec une préoccupation de la communauté dans les années quatre-
vingt, vers une préoccupation environnementale, dans les années quatre-vingt-dix. Enfin, la
multiplication des définitions sur la RSE, à savoir, sur une base géographique (Amérique,
Europe ou Nord, Sud), selon l‘intitulé de l‘auteur (académique, institutionnel), selon le champ
de définition (large, restreint), ou selon l‘impact de la RSE (direct, indirect), ont souvent accru
l‘ambigüité et la complexité du concept. Il en résulte que, le concept de la RSE reste très
débattu et très contesté au niveau de la littérature (Humphreys et Brown, 2007; Orlitzky et al.,
2011).

Selon Hopkins (2004), Sriramesh et al. (2007) et Ismail (2011) une variété de définitions de la
RSE a été proposée, or, aucune définition claire et universellement acceptée du concept a été
donnée. Il n'y a donc, pas d‘accord global ou de consensus dans le sens idéal de la RSE, ce qui
rend, le développement théorique et la mesure de ce concept de plus en plus difficile. Par
conséquent, nous allons présenter l‘ensemble des définitions au sein de la littérature sur le
concept de la RSE, afin d‘élaborer une définition unifiée de la RSE.

56 
 
 

 
1.2.3 Définir le concept de la RSE

Malgré la complexité de la définition de la RSE, nous avons assisté ces dernières années à un
effort démesuré de la part des chercheurs, qui a permis d‘affiner ce concept. A ce propos, on
peut noter la définition d‘Elhauge (2005) qui est de « Sacrifier des profits dans l'intérêt
social » (cité par Bénabou et Tirole 2010). Cela signifie que, l'entreprise doit aller au-delà de
ses obligations légales et contractuelles, sur une base volontaire, Dans ce sens la RSE englobe
un large éventail des comportements, qui touchent les employés, comme par exemple
l‘environnement amical, l'éthique sociale, le respect des communautés, etc. Bénabou et Tirole
(2010) ont d‘ailleurs remarqué que certains partisans de la RSE à l‘exemple de Porter et Van
der land (1995) faisaient valoir qu'il existe une analyse de rentabilisation pour les bons
comportements des entreprises ce qui est plus intéressant que le sacrifice.

Parmi les définitions qui ont marqué la littérature sur la RSE, la définition de Carroll (1979) a
énoncé que « l’histoire suggère une prise en compte précoce des dimensions économiques et
légales et plus récemment des aspects éthiques et discrétionnaires » (Kim, 2011; Devi et al.,
2011).

La définition de Wood (1991), construite en grande partie sur les critiques de la définition de
Carroll (1979), a transféré le concept de la RSE vers la performance sociale des entreprises,
en précisant trois niveaux de responsabilité pour l‘entreprise : tout d‘abord on constate la
responsabilité de l‘entreprise en tant qu‘institution sociale où l‘entreprise dispose d‘une
légitimité accordée par la société et doit utiliser son pouvoir économique, qui découle de
l‘exercice de cette légitimité, dans un sens favorable aux attentes de la société, au risque de
perdre ce pouvoir. Ensuite, la responsabilité de l‘entreprise en tant qu‘organisation, c‘est-à-
dire que l‘entreprise doit assumer les conséquences de ses activités, au niveau de ses parties
prenantes primaires ou secondaires. Enfin, la responsabilité individuelle et morale des
dirigeants et des managers. Plusieurs sont les chercheurs qui considèrent que l‘approche de
Wood (1991), est complémentaire à celle de Carroll (1979), car, chacune des formes de
responsabilité proposées par Carroll (économique, légale, éthique et philanthropique) peuvent
être déclinées selon les trois niveaux définis par Wood (1991). De plus, ces deux définitions
de Carroll (1979) et Wood(1991) vont plus loin que les approches précédentes en spécifiant
les catégories d'analyse de la RSE.

57 
 
 

 
La définition de la RSE proposée en 2001 par la Commission Européenne a été largement
utilisée, dans la littérature francophone et anglo-saxonne. Pour la Commission Européenne, la
responsabilité sociale « est le concept dans lequel les entreprises intègrent les préoccupations
sociales, environnementales, et économiques dans leurs activités et dans leurs interactions
avec leurs parties prenantes sur une base volontaire » il en ressort qu‘il faut « non seulement
satisfaire pleinement aux obligations juridiques applicables mais aussi aller au-delà et
investir davantage dans le capital humain, l’environnement et les relations avec les parties
prenantes. » Livre vert en 200125.

Le tableau ci-dessous énumère une partie des principaux auteurs et leurs points de vue sur la
RSE des entreprises :

Tableau 1 Définition de la responsabilité sociale des entreprises

Définitions de la RSE

Auteurs Définitions

Bowen (1953) Les entreprises devraient être tenues de


poursuivre leurs politiques, prendre des
décisions, et suivre les lignes d'actions qui sont
compatibles avec les objectifs et les valeurs de
notre société.

Davis (1960) La responsabilité sociale des entreprises doit être


en rapport avec leur pouvoir social.

Frederick (1960) Les entreprises doivent remplir les attentes du


public dans la poursuite de leurs objectifs
d'affaires.

                                                             
25 Selon la Commission européenne, définition Livret vert, Commission Green Paper 2001 « Promoting a
European Framework for Corporate Social Responsibility ».
58 
 
 

 
Friedman 1962 La seule responsabilité de l‘entreprise est de faire
du profit dans l‘intérêt des actionnaires.

Johnson (1971) Une entreprise socialement responsable est celle


dont les leaders concilient des intérêts divers, et
pas seulement l'intérêt de la richesse des
actionnaires.

Eells et Walton (1974) Le dirigeant d'entreprise doit rester ancré dans sa


philosophie, dans son attitude ouverte et être
capable de prendre des actions décisives qui sont
à la fois rentables et compatibles avec les valeurs
acceptées de sa société.

Sethi (1975) Faisant partie intégrante de la société, les


entreprises devraient remplir leurs obligations
sociales, la responsabilité sociale et la réactivité
sociale.

Carroll (1979) L‘histoire suggère une prise en compte précoce


des dimensions économiques et légales et plus
récemment des aspects éthiques et
discrétionnaires.

Jones (1980) Le fait que les entreprises créent une obligation


envers les autres groupes de la société autres que
les actionnaires et au-delà de celle prévue par la
loi. Deux facettes de cette définition sont
essentielles. Premièrement, l'obligation doit être
volontairement adoptée ; le comportement sous
l'influence des forces coercitives de loi ou de

59 
 
 

 
contrat d'union n'est pas volontaire.
Deuxièmement, l'obligation est large, elle s'étend
au-delà du devoir traditionnel envers les
actionnaires à d'autres groupes sociétaux tels que
les clients, les employés, les fournisseurs, etc.

Epstein (1987) La réalisation des résultats des décisions


organisationnelles concernant les questions
spécifiques qui ont des avantages plutôt que des
effets indésirables sur les parties prenantes
pertinentes des entreprises.

Wood (1991) L‘entreprise dispose d‘une légitimité accordée


par la société. Par conséquent, elle doit assumer
les résultats de ses activités, ainsi que la
responsabilité morale qui permet aux
gestionnaires de prendre des décisions éthiques
ce qui est la plus élémentaire des composantes de
la RSE.

Livre vert, (2001) La responsabilité sociale est le concept dans


lequel les entreprises intègrent les préoccupations
sociales environnementales, et économiques dans
leurs activités et dans leurs interactions avec
leurs parties prenantes sur une base volontaire.

Krarup (2001) Les engagements des firmes à améliorer leurs


performances environnementales au-delà de ce
que demande la loi.

Elhauge (2005) Sacrifier des profits dans l'intérêt social,


l'entreprise doit aller au-delà de ses obligations
légales et contractuelles, sur une base volontaire.

60 
 
 

 
Waldman et al. (2006) La RSE comme action de la part de la firme qui
semble avancer, ou acquiescer à la promotion
d'un bien social, au-delà des intérêts immédiats
de l'entreprise et de ses actionnaires ce qui est
requis par la loi.

Crouch (2006) Le comportement des entreprises qui prend


volontairement en compte les externalités
produites par leur comportement sur le marché.
Les externalités sont définies comme des
résultats des opérations de marché qui ne sont pas
eux-mêmes incorporés dans ces opérations. La
RSE est essentiellement en reconnaissance
d'externalité des entreprises

Fifka (2009) L'obligation juridique et économique ainsi que


les responsabilités volontaires des entreprises à
participer au développement social des
communautés où elles opèrent, tout en restant
dans la limite de leurs ressources disponibles et
des stratégies commerciales sous-jacentes.

Hopkins (2011) Il s‘agit d‘encourager les entreprises à faire des


profits tout en soumettant le «processus» à un
comportement responsable.

61 
 
 

 
Maguire (2011) Au sens large, la RSE comprend les efforts
volontaires (c'est à dire pas requis par la loi) des
entreprises pour répondre aux préoccupations
sociales et environnementales de leurs parties
prenantes. L‘entreprise n‘a pas que des
obligations envers ses actionnaires.

Source : élaboration personnelle

1.2.4 La RSE des éléments de critiques

Le concept de la RSE est critiqué par deux courants de pensées,le premier ceux qui
considèrent que la RSE est mauvaise pour le développement de l‘entreprise, et le deuxième
ceux qui pensent que la RSE est mauvaise pour le développement de la société. Dans ces
paragraphes nous avons exploré les arguments des deux courants de pensées.

1.2.4.1 La RSE serait mauvaise pour le développement de l’entreprise

La personne la plus connue pour son rejet du concept de RSE, est l'économiste néoclassique,
Milton Friedman.Dans ses propos largement cités, «La responsabilité sociale des entreprises
est d'accroître ses profits», Friedman (1970) critique l'affirmation selon laquelle les
entreprises devraient avoir une conscience sociale,et affirme qu‘il existe une seule et unique
RSE, qui est d‘accroître des profits, tout en restant dans les règles du jeu et le respect de la
libre concurrence sans tromperie ni fraude.

Friedman assure que les dirigeants des entreprises ne peuvent pas être tenus d'exercer leur
RSE car cela exigerait qu'ils compromettent le bénéfice des actionnaires et imposent des coûts
supplémentaires à leurs clients.

Même si les arguments de Friedman, ne sont pas les plus utilisés dans la littérature , les
chercheurs qui ont adopté son point de vue continuent à prétendre que la RSE va diminuer le
bien-être, porter atteinte à l'économie de marché, réduire la liberté économique, et détourner
62 
 
 

 
l'entreprise de son rôle principal qui est la création de richesse (Henderson, 2005; Kerr, 2004;
Crook, 2005).

Henderson (2005), fait valoir que si les entreprises choisissent de se concentrer sur la RSE
plutôt que d‘augmenter l'efficacité, les entreprises deviendront moins productives. La
croissance économique va décliner, et la société dans son ensemble aura moins de ressources
pour répondre à ses besoins.

1.2.4.2 La RSE serait mauvaise pour le développement de la société

Même si, ce deuxième groupe de pensée voit que les entreprises devraient être plus
socialement responsables, il souligne que la RSE ignore les questions clés qui peuvent
participer au développement de la société. A l‘exemple de la relation entre entreprise et
pauvreté. Blowfield (2005) estime que si la pauvreté est le résultat de la structure politique,
sociale ou économique, plutôt que d'une question de capacité, d‘accès et d‘opportunité, la
RSE est peu susceptible de fournir une solution. Ainsi, ce courant de pensée se demande si les
questions de la distribution des ressources peuvent être réduites à l'amélioration d'une société
et de leur performance sociale et environnementale dans une région. Ce problème est peut-
être mieux articulé par Kemp (2001) qui stipule que « si la notion de RSE n'est pas remise en
question, son application dans la redistribution des ressources et loin d’être parfaite ».

Les critiques dans le sens de développement de la société ont porté aussi, sur le vrai rôle de la
RSE, en affirmant que la RSE peut être utilisée par les entreprises pour légitimer l'expansion
capitaliste. D‘après Kemp (2001), « Il est pertinent de se demander si la RSE et les initiatives
volontaires, qui viennent de l’occident, ne comprennent pas un détournement des véritables
enjeux de la réforme législative et le développement politique et social ». La dernière critique
des initiatives en matière de la RSE concerne les entreprises qui ignorent souvent les
questions clés où leur responsabilité est la plus tangible et efficace. Ainsi, on peut noter que
les entreprises qui s‘engagent dans des campagnes de communication concernant la RSE, ne
s‘intéressent pas à l‘amélioration des questions comme le travail des enfants, le droit à un
salaire décent, la liberté d'association et de syndicalisation, au niveau de leurs usines dans les
pays en développement (Utting 2005). Dans ce sens, Blowfield (2005) a estimé que la RSE
aborde seulement les questions sociales et environnementales que les entreprises sont prêtes à
accepter dans les négociations.
63 
 
 

 
D‘une manière générale, les critiques de la RSE ont porté sur, le fait que, RSE et les objectifs
de développement de l‘entreprise et de la société, sont souvent contradictoires ou
incompatibles (Blowfield, 2005). Cependant, la plupart des critiques ne nient pas que
certaines entreprises ont réussi à livrer simultanément des avantages sociaux à long terme et
des rendements financiers à court terme, même si, une partie des chercheurs soutiennent que
ces cas sont l'exception plutôt que la norme (Fig, 2005).

1.2.5 Définition de la RSE choisie pour notre recherche


De quoi parle-t-on lorsqu‘on évoque la RSE ? C‘est la question qu‘ont évoqué les
débats et les conflits, autour de ce concept qui dure depuis plus de cinquante ans.

Les recherches présentées précédemment, ont montré qu‘il n‘existe pas une définition unifiée
de ce concept. Cependant, tous les chercheurs sont d‘accord pour dire que, le concept de la
RSE, est entrain de définir de nouvelles règles économiques, sociales, écologiques.

Toutefois, il est difficile de choisir une définition de la RSE pour notre recherche, à cause,
d‘une part, du nombre considérable de définitions souvent contradictoires, et d‘autre part, de
la difficulté de trouver une nouvelle définition, au risque d‘ajouter à la confusion préexistante
des définitions. De plus, Van Marrewijk (2003) a fait valoir que le moyen le plus fructueux de
se réconcilier avec le sens même de la RSE n‘est pas de chercher la définition «parfaite»,
mais plutôt de comprendre la nature des différentes caractéristiques qui sont à sa base.

Par conséquent, nous proposons dans cette recherche une définition de la responsabilité, issue
d‘une synthèse de la revue de littérature discutée ci-dessus. Les différentes définitions de la
RSE semblent converger sur quatre critères :

(1) La RSE est un engagement volontaire (unilatéral, multilatéral, etc.). En effet, étant donné
que chaque entreprise est sensée respecter la réglementation, l‘objectif annoncé par la RSE est
d‘aller au-delà des exigences réglementaires.

(2) La RSE n‘est pas et ne devrait pas être séparée du profit, de la stratégie et des opérations
commerciales puisqu‘il s‘agit d‘intégrer les préoccupations de la société, dans les stratégies et

64 
 
 

 
les opérations. En d‘autres termes, RSE rime avec l‘amélioration de l‘efficience économique
afin d‘atteindre l‘objectif de développement de l‘entreprise.

(3) La RSE couvre les objectifs sociaux ou environnementaux, ou les deux en même temps,
malgré la locution anglo-américaine « corporate social responsiblity », qui laisse entendre
qu‘il est seulement question des objectifs sociaux.

(4) la RSE consiste à valoriser la relation et les interactions de l‘entreprise avec ses parties
prenantes internes et externes (employés, clients, voisins, ONG, autorités publiques,
actionnaires, etc.).

En conséquence, nous pouvons définir la RSE comme un engagement volontaire, qui


consiste à intégrer les objectifs économiques, sociaux et environnementaux, dans le
processus de production et dans la relation avec les parties prenantes externes et internes.
Cette définition est résumée dans (la figure n° 8). Dans ce sens, la définition qui s‘approche le
plus de notre définition de synthèse et celle proposée en 2001 par la Commission Européenne
qui dispose que« la responsabilité sociale est le concept dans lequel les entreprises intègrent
les préoccupations sociales, environnementales, et économiques dans leurs activités et dans
leurs interactions avec leurs parties prenantes sur une base volontaire » cela explique la
vaste utilisation de cette définition dans la littérature.

65 
 
 

 
Synthèse de la section 2

Dans la deuxième section de ce premier chapitre, nous avons présenté l‘instabilité au niveau
du fondement théorique de la RSE, qui participe dans la complexité de la définition de ce
concept, ainsi qu‘à la prolifération d‘une multitude d'interprétations et de controverses au sein
des études d'un grand nombre de chercheurs (Carroll, 2004; Dahlsrud, 2006; Robins, 2005).
Dans le but de mettre fin aux multitudes de définitions controversées sur le concept de la
RSE, nous avons présenté une définition de ce concept issue d‘une synthèse des travaux de
recherche. Cette définition se base sur quatre caractéristiques qui se résument dans la
suivante définition « la responsabilité sociale des entreprises comme un engagement
volontaire, qui consiste à intégrer les objectifs économiques, sociaux et environnementaux,
dans le processus de production et dans la relation avec les parties prenantes externes et
internes ».

66 
 
 

 
Figure 8 Les quatre caractéristiques qui constituent la définition de la RSE

Volontarisme 

LA RESPONSABILITE SOCIALE DES  Objectifs sociaux et 
Profit 
ENTREPRISES  environnementaux 

Relation avec les 
parties prenantes 
internes et 
externes 

Source : élaboration personnelle

67 
 
 

 
Conclusion du Chapitre 1

La première section de ce chapitre a été consacrée à la présentation, de l‘évolution historique


du concept de la RSE, en commençant par, le travail de Bowen en 1953, qui est considéré
comme le père fondateur du concept de la RSE. En effet, c‘est lui qui a ouvert la réflexion sur
ce concept avec un ouvrage intitulé « Social Responsabilities of theBusinessman », dans
lequel il s‘interrogeait sur le rôle que devrait jouer l‘entreprise dans la société, et soutenait
l‘idée que les entreprises devraient réviser leurs stratégies de manière à intégrer dans leur
processus de décision des dimensions sociales. Le concept de la RSE a connu son premier
débat, lors de la publication du livre de Milton Friedman en 1972, dans lequel il s‘est opposé
férocement à la définition de la RSE, en considérant que la seule responsabilité de l‘entreprise
est de faire des profits. L‘évolution de ce concept a été faite à travers les travaux de Carroll
(1979) et Wood (1991), qui ont précisé pour la première fois des catégories d'analyse de la
RSE.

En 2001, la Commission Européenne a publié dans le livret vert une définition globale de la
RSE qui a été largement utilisée dans la littérature. Depuis, l‘ensemble des définitions ont
cherché à joindre l‘efficience économique à la performance sociale et environnementale des
entreprises. Il nous a paru nécessaire de comprendre les origines de la RSE, en prenant en
considération cette fois-ci le paramètre géographique, c‘est-à-dire, le développement de la
RSE sur chaque continent, afin de mieux comprendre le succès des activités de la RSE. Cette
analyse nous a permis d‘observer un processus d‘intégration de la RSE qui est pratiquement le
même, dans l‘ensemble des pays en développement. Ce processus commence par l‘intégration
de la RSE dans ces pays à travers les grandes firmes multinationales, à cause des relations
étroites de ces firmes avec les entreprises locales, ces derniers profits de l‘échange de
technologie afin d‘intégrer la RSE. Ce concept pratique sera après étendu à l‘ensemble des
entreprises locales notamment les moyennes et les grandes entreprises. En raison de la nature
de cette recherche qui traite plutôt des motivations d‘engagement que le processus
d‘engagement dans la RSE nous ne détaillerons pas ce processus d‘intégration de la RSE
identifié dans cette recherche.

Après avoir abordé, la question du lien entre la RSE et la loi, nous avons présenté dans une
deuxième section le fondement théorique du concept de la RSE, en s‘appuyant sur les sept
68 
 
 

 
théories qui ont été les plus mobilisées dans ce domaine. Ainsi, nous avons tenté de mettre en
avant une définition de la RSE, malgré l‘ambiguïté et la complexité de ce concept, en dressant
un bilan des différentes définitions de la RSE, présentées dans la littérature. Enfin, nous avons
achevé cette section, en proposant une définition de la RSE pour notre recherche, issue d‘une
synthèse de la revue de littérature. Cette définition se base sur les quatre critères, qui ont été
résumés dans la définition suivante, la RSE comme un engagement volontaire, qui consiste à
intégrer les objectifs économiques, sociaux et environnementaux, dans le processus de
production et dans la relation avec les parties prenantes externes et internes.

Le chapitre suivant sera l‘occasion de présenter le fondement théorique des motivations


d‘engagement des entreprises dans la RSE, ainsi que la classification de ces différentes
motivations.

69 
 
 

 
2 Chapitre 2. L’engagement des entreprises dans la responsabilité sociale

L‘analyse de l‘abondance théorique en matière de motivation d‘engagement dans la RSE


demeure un exercice très complexe pour les chercheurs dans la mesure où cette dernière fait
l‘objet d‘une diversité théorique ainsi que d‘une multiplicité d‘approches controversées
(Garriga et Mele 2004). Dans le but, de faire face à de telles insuffisances théoriques,
plusieurs chercheurs ont tenté de classer ce foisonnement théorique autour des motivations
d‘engagement des entreprises dans la RSE. Frederick (1998) présente un modèle de
classement théorique basé sur la transition conceptuelle de la notion éthico-philosophique de
la RSE, mais, l‘instabilité au niveau théorique des motivations d‘engagement dans la RSE, a
rendu la distinction et la classification de ces motivations d‘engagement très complexe. Dans
ce sens, les chercheurs ont identifié des motivations traditionnelles pour l‘engagement dans la
RSE, souvent représentées par la volonté de maximiser le profit (Friedman, 1972).
Aujourd‘hui, les managers déclinent plusieurs autres motivations d‘engagement pour
l‘entreprise dans la RSE, à l‘instar du gain à long terme, l‘image de marque et la réputation
(Boiral 2006).

Ainsi, l‘objectif de ce chapitre, consiste d‘une part, à mobiliser les approches théoriques, qui
seront capables d‘expliquer les motivations d‘engagement des entreprises dans la RSE, et
d‘autre part, à identifier et classer ces motivations. Pour ce faire, nous allons relever dans une
première section, les théories qui contribuent à expliquer l‘engagement des entreprises dans le
processus de la RSE, en se basant sur le travail de Garriga et de Mele (2004), qui ont identifié
quatre groupes de théories pour classer la majorité des approches théoriques sur la RSE. Dans
une deuxième section, nous allons dresser un bilan détaillé des différentes motivations qui
existent dans la littérature, en se concentrant sur les quatre catégories théoriques examinées
dans la précédente section, afin de classer ces motivations. Il en ressort qu‘une nouvelle
catégorie est utilisée pour répertorier les motivations liées aux caractéristiques de l‘entreprise.

70 
 
 

 
2.1 Section 2.1.Fondement théorique des motivations d’engagement dans la
responsabilité sociale

Dans sa démarche de construction, le concept de RSE était au carrefour des débats théoriques,
ainsi que, des approches divergentes. En conséquence, l‘analyse de ce foisonnement théorique
est un exercice complexe pour les auteurs dans ce domaine, dans la mesure où il existe une
diversité théorique, mais également une multitude d‘approches controversées, complexes et
incertaines, qui sont susceptibles d‘expliquer ce concept (Garriga et Mele 2004). Afin de
remédier à ces lacunes théoriques de la RSE, plusieurs études ont tenté de classer les théories
qui expliquent les motivations26 d‘engagement des entreprises dans la RSE, à l‘exemple de
l‘étude de Frederick (1998) qui décrit une classification basée sur une transition conceptuelle
de la notion éthico-philosophique de la RSE, ainsi que, la classification plus systématique de
(Heald 1988 cité par Garriga et Mele 2004), qui a préféré une séquence historique des
principales évolutions de la compréhension de la RSE dans la société. De la même manière,
Burell et Morgan (1979) ont essayé de présenter une grille d‘analyse qui classe les travaux
sociologiques et les grands courants de la théorie des organisations en fonction de leurs
orientations épistémologiques et sociopolitiques (cité dans Gond et Matten, 2007).

Dans cette section, nous présentons les théories qui contribuent à expliquer l‘engagement des
entreprises dans le processus de la RSE. Ainsi, nous nous sommes basés sur le travail de
Garriga et Mele (2004), qui ont identifié, quatre groupes de théories qui peuvent classer la
majorité des approches théoriques sur la RSE, dans le but de répondre à la question pourquoi
les entreprises devraient-elles pratiquer la RSE ? Cependant, l‘intention de cette section n‘est
pas de fournir une description détaillée de ces théories car il existe un certain nombre de
publications qui se sont chargées de le faire (Gendron, 2000 ; Capron, 2003). Néanmoins,
nous allons donner un bref aperçu de l‘ensemble de ces théories, bien qu‘il y ait un grand
chevauchement entre les théories employées pour expliquer l‘engagement.

                                                             
26Motivation : est l‘ensemble des motifs qui expliquent l‘acte. (Dictionnaire La rousse Edition 2000).
71 
 
 

 
2.1.1 Le premier groupe de théories : les théories instrumentales

Selon Garriga et Mele (2004), ce groupe rassemble plusieurs théories, qui considèrent que la
poursuite du profit est la chose la plus importante. De plus, ils considèrent également que la
satisfaction des intervenants, ou les contributions philanthropiques sont possibles, du moment
où elles conduisent au profit, à long ou à court terme. Par conséquent, l‘ensemble des théories
qui s‘intéressent aux aspects économiques des interactions entre l'organisation et le public
sont principalement les théories instrumentales, car elles perçoivent la RSE comme un
instrument pour créer des bénéfices (Garriga et Mele, 2004).

Dans cette première approche de la RSE, Garriga et Mele (2004) ont identifié trois types de
considérations théoriques instrumentales :

Le premier est de maximiser la richesse des actionnaires. La RSE sera donc vue comme, un
outil permettant de maximiser la valeur des actionnaires qui est mesurée par le cours des
actions de la société, comme suggéré par les néoclassiques. D‘après Milton Friedman : «La
responsabilité sociale des entreprises est d'accroître ses profits»27, Friedman déclare que les
discussions autour de la RSE sont remarquables pour leur faiblesse analytique et leur manque
de rigueur. De plus, il affirme que « seuls les hommes peuvent avoir des responsabilités,
vraisemblablement, les individus qui doivent être responsables sont les hommes d’affaires,
donc les propriétaires individuels ou les dirigeants d’entreprise». Pour Friedman, dans le
système de la libre entreprise et de la propriété privée, le dirigeant d‘entreprise est l‘employé
des propriétaires de l‘entreprise. Il est directement responsable devant ses employeurs. Ainsi,
sa responsabilité consiste généralement à gagner autant d‘argent que possible tout en se
conformant aux règles de base de la société c‘est à dire celles représentées par la loi et celles
représentées par la coutume éthique. Par conséquent, les dirigeants ne peuvent pas s‘engager
dans la RSE, sauf si cette dernière rapporte des bénéfices à travers l‘image, la réputation et le
marketing comme nous allons le présenter lors des approches suivantes.

La deuxième, concerne l'amélioration ou le maintien d'un avantage concurrentiel. Dans une


logique basée sur les ressources sociales et humaines, les capacités d'une entreprise peuvent
constituer un avantage concurrentiel, par exemple, la capacité de satisfaire de nombreux
                                                             
27 Milton Friedman, "The Social Responsibility of Business is to Increase its Profits", The New York Times
Magazine, September 13, 1970.
72 
 
 

 
acteurs à la fois et de développer des relations appropriées avec eux. Une autre façon
d'améliorer les avantages concurrentiels est de se concentrer sur le bas de la pyramide
économique et de créer des produits novateurs pour répondre à leurs exigences qui
permettront d'améliorer la situation de l‘entreprise.

La dernière considération théorique instrumentale, mentionnée par Garigga et Mele (2004) est
une cause de commercialisation. Dans cette approche, la RSE est utilisée comme un outil de
marketing, grâce à la reconnaissance sociale par les consommateurs, la société essaie de
construire son image de marque. Elle pourrait même différencier son produit, par rapport à
d‘autres concurrents en lui donnant plus d‘attributs socialement responsables (Smith et
Higgins, 2000). Au sein de cette première approche qui explique l‘engagement des entreprises
dans la RSE, Garriga et Mele (2004), identifient plusieurs théories instrumentales qui
dégagent un ensemble de motivations qui nous aident à comprendre l‘engagement des
entreprises. Parmi ces motivations nous trouvons : la maximisation de la richesse des
actionnaires, l'amélioration ou le maintien d'un avantage concurrentiel, et l‘utilisation de la
RSE comme outil de marketing.

2.1.2 Le deuxième groupe d’approches théoriques : les théories politiques

L‘ensemble des théories présentées dans le second groupe, semble être plus philosophique sur
le rôle des entreprises dans la société. Plusieurs concepts et théories, sont abordés dans ce
groupe, tel que le concept du constitutionnalisme social de l‘entreprise, la théorie du contrat
social, ou encore de l‘entreprise citoyenne. Dans cette logique nous pouvons citer les théories
suivantes :

Le premier concept est le constitutionnalisme social de l‘entreprise. Ce concept soutient que


l‘entreprise en tant qu‘institution sociale, dispose d‘un pouvoir social, qu‘elle doit utiliser de
façon responsable (Davis, 1960 cité par Garriga et Mele, 2004).Il affirme que le pouvoir
social d'une entreprise est instable, et la quantité d'énergie dépensée, représente le degré de
responsabilité de l'entreprise envers la société.

En raison de la prestation externe de ce pouvoir, l'équilibre se déplace constamment. Ainsi,


afin de conserver l'essentiel de son pouvoir social, les entreprises doivent agir de manière
responsable. Toutefois, si une société estime qu'une entreprise ne répond pas suffisamment à
73 
 
 

 
ses responsabilités, un nouveau groupe prendra le relais et assumera ces responsabilités. Davis
(1967) a précisé que, si une entreprise ne prend pas sa responsabilité, elle finit par perdre son
pouvoir. En outre, le pouvoir social d'une entreprise grandit avec, les responsabilités que cette
dernière doit assumer (Davis, 1967 cité par Garriga et Mele, 2004).

Le deuxième concept au sein de l'opinion politique est la théorie du contrat social, qui
suppose un contrat social implicite entre les entreprises et la société (Garriga et Mele, 2004).
Ce contrat social stipule que l‘entreprise a des obligations envers la société. En effet, la
présence de l‘entreprise dépend de l'acceptation de la société (Donaldson et Dunfee, 1994). Il
en résulte que, les entreprises sont des institutions sociales qui existent à travers le
consentement du public (Donaldson et Dunfee, 1994). Cette approche met l'accent sur le rôle
important de la société pour l‘existence de l‘entreprise. Cela implique une obligation indirecte
de l‘entreprise envers la société. Un contrat social est formé sous la condition qu'il existe un
consentement et un choix, chez les deux parties, afin de soutenir le contenu du contrat. Le
contrat n'est pas une sorte d'accord qui définit les devoirs, les droits des individus et des
groupes de la société, mais fait référence aux efforts des entreprises pour non seulement
améliorer leurs bénéfices, mais aussi le bien-être de la société, Klonoski (1991). Donaldson et
Dunfee (1994) ont considéré que le contrat social se compose du contrat normatif général qui
sous-entend le second contrat, qui se produit au sein des communautés spécifiques. Dans un
contrat social chaque partie est supposée avoir des attentes, maximiser les avantages et
minimiser les impacts négatifs des organisations productives (Donaldson et Preston, 1995).
Hasnas (1998) ajoute également que la théorie du contrat social met l'accent sur l'importance
des sociétés à atteindre leurs objectifs ainsi que sur la satisfaction de leurs parties prenantes,
sans violer aucune loi. Par conséquent, cette approche fournit des lignes directrices pour
rendre un jugement éthique sur le comportement économique des sociétés (Donaldson et
Preston, 1995).

Le concept final dans l'approche politique, est la théorie de l'entreprise citoyenne, qui peut
être interprétée de trois façons, comme l‘ont indiqué (Matten et Crane 2005). La première
interprétation, est la version limitée de la citoyenneté d'entreprise où les entreprises assument
une certaine responsabilité envers la communauté locale. La deuxième interprétation de la
théorie, est le fait que l‘entreprise intègre les attentes de la société dans sa stratégie. Dans ce

74 
 
 

 
cas «l’entreprise citoyenne» est un synonyme pour le terme de la RSE. Concernant la
troisième interprétation, il s‘agit d‘une interprétation élargie de la citoyenneté d'entreprise, ce
qui suggère que l'entreprise remplace la position du gouvernement qui ne parvient pas à
protéger les droits de ses citoyens : droits civiques, sociaux et politiques (Matten et al., 2003).

Ainsi, les théories politiques nous ont aidées à souligner un ensemble de motivations qui
participent, dans l‘explication des engagements des entreprises. Parmi ces motivations nous
trouvons : le bien-être des employés, le devoir moral de l‘entreprise et le bien-être social.

2.1.3 Le troisième groupe d’approches théoriques : les théories intégratives.

Les théories de ce groupe examinent les motivations des entreprises à intégrer des exigences
sociales et environnementales dans ses opérations. Cette perspective, fait valoir que
l‘existence de la continuité et de la croissance de l‘entreprise, dépend de la société (Garriga et
Mele, 2004). Ainsi, les revendications sociales qui pèsent sur les entreprises doivent être
respectées afin d'obtenir une bonne image fondée sur la légitimité et le respect, de l‘ensemble
des institutions locales et internationales. Ce groupe synthétise les théories suivantes : la
théorie de gestion des enjeux, la théorie des parties prenantes, le concept de la performance
sociale des entreprises, etc. (Garriga et Mele, 2004).

Pour Garigga et Mele (2004), les théories intégratives sont construites autour de la phrase
suivante « La principale raison de la RSE, est la croyance que l’existence des entreprises
dépend de la société ». Les demandes sociales imposées aux entreprises doivent être
respectées afin de gagner en légitimité et en respect, ce qui concorde avec le premier niveau
de la RSE de Wood (1991), appelé le niveau institutionnel. Depuis toujours, les demandes
sociales changent, en suivant, le temps, la situation et le lieu. Il n'existe pas de cadre fixe, ou
une façon unique pour répondre à ces changements. En conséquence, les entreprises trouvent
une grande difficulté, à détecter et réagir, face à ces changements. La plupart des théories de
cette approche sont concernées par la réponse à la demande sociale d'acquérir plus de
légitimité (Garigga et Mele, 2004).

La première théorie utilisée dans ce cas est la théorie de gestion des enjeux, ou la théorie de
réactivité sociale. Cette théorie tente d'identifier et de combler les lacunes entre, la
performance attendue par le public et la performance réelle de l'entreprise. Elle sert à
75 
 
 

 
identifier le processus d‘évaluation et répond aux enjeux sociaux et politiques afin de
minimiser les risques de surprises par des changements de la demande sociale (Garriga et
Mele, 2004). Dans ce cas, la théorie de la réactivité sociale peut aussi être considérée comme
un guide pour répondre à la demande sociale, car elle identifie les acteurs majeurs pour les
entreprises et tente de faciliter le dialogue.

La théorie de l'approche intégrative cherche, aussi, à identifier la bonne façon de gagner en


légitimité sociale. Ce concept est appelé Performance Sociale des Entreprises (CSP), qui a été
préconisé par Carroll en 1979. Comme il a été décrit ci-dessus, ce dernier a d'abord identifié
quatre, et plus tard trois domaines, Carroll et Schwartz (2003), pour construire la RSE :
économique, juridique et éthique. Les entreprises ont des obligations envers la société dans
chacun de ces trois domaines, en répondant à ces obligations la société tire sa légitimité.

La dernière théorie dans ce groupe d‘approches, est la théorie des parties prenantes. Cette
dernière a été mise en place pour définir le fondement théorique du concept de la RSE
(chapitre 1), ainsi que, pour expliquer l‘influence des parties prenantes sur l‘engagement des
entreprises dans la RSE. Freeman et Evan (1990), ont souligné que chaque groupe de parties
prenantes a le droit de ne pas être traité comme un moyen pour une fin, et doit donc participer
à la détermination de l'orientation future de l'entreprise dans laquelle ils ont un intérêt. Von
(2003) ajoute que pour gérer la RSE, l'identification des parties prenantes est cruciale. Les
sociétés ont besoin d'être préoccupées par les besoins, les espoirs et les influences des parties
prenantes (Jenkins et Yakovleva, 2006). Par conséquent, les entreprises ne devraient pas
rendre des comptes qu‘aux actionnaires seulement, mais aussi, aux restes des parties
prenantes. Selon Mitchell et al. (1997), il existe de nombreuses approches utilisées pour
définir les parties prenantes. Parmi ces définitions, nous présentons en premier lieu, la
définition dite étroite des parties prenantes, élaborée par Wood et al. (2008). Selon cette
définition « les parties prenantes, représentent les groupes qui sont vitales pour la survie et le
succès de l'organisation». Ces groupes se composent d'actionnaires, employés, clients,
fournisseurs et organismes gouvernementaux clés (Klonoski, 1991). En deuxième lieu, la
définition dite large, est souvent présentée à travers la définition de Freeman (1984). Les
parties prenantes sont donc considérées comme : «des groupes ou des individus qui affectent
ou peuvent être affectés par la réalisation des objectifs de l’entreprise ». En outre, ces

76 
 
 

 
intervenants comprennent collectivités locales, associations professionnelles, syndicats ainsi
que d'autres groupes d'intérêt public (Klonoski, 1991). Ainsi, concernant la vision étroite,
cette dernière exige que les entreprises doivent avoir une compréhension globale de leur
environnement, et faire davantage d'efforts pour identifier les intérêts et les revendications des
parties prenantes afin de créer une relation juste et équilibrée. Il en résulte que, la vision
globale est nécessaire en matière de RSE, car l‘entreprise ne traite pas seulement des intérêts
économiques (Mitchell et al., 1997).

Dans l'ensemble, les théories d'approches intégratives, telles qu'elles sont décrites ci-dessus,
se concentrent sur la manière d'acquérir une légitimité aux yeux du public afin de gagner leur
approbation et leur respect. Tout cela se fait parce que les auteurs de ces théories estiment que
les entreprises dépendent de la société dans leurs existences. Le groupe des théories
intégratives, présente à son tour un ensemble de motivations qui expliquent l‘engagement des
entreprises : répondre aux attentes de la clientèle (consommateur), pression de la
réglementation, pression des ONG et autres organismes internationaux, pression des
investisseurs, etc.Toutefois, les théories politiques et les théories d'intégrations présentent à
première vue des similitudes, sauf que, la théorie politique se préoccupe du rôle social de
l‘entreprise dans la société, ainsi que son devoir envers la société, alors que la théorie
intégrative ressemble plus à la façon d'intégrer les exigences sociales, faisant valoir que les
entreprises dépendent de la société pour son existence Garriga et Mele, (2004).

2.1.4 Le quatrième groupe d’approches théoriques : les théories éthiques

Ce groupe de théories se concentre sur des principes éthiques qui renforcent les relations entre
les entreprises et la société. Ces théories, sont concernées par la bonne chose à faire ou les
exigences nécessaires pour atteindre une bonne société (Garriga et Mele, 2004). Toutes les
approches éthiques partagent l'idée que les entreprises doivent contribuer à une bonne société
et, à cet égard faire la bonne chose. Ce groupe est souvent présenté par, les théories
normatives des partenaires même si nous avons classé la théorie des parties prenantes dans le
groupe des théories intégratives. Cette théorie est également considérée comme une théorie
normative car la société attend de la part de l‘entreprise une considération éthique à tous les
intervenants (Freeman 1984). En outre, la théorie normative des parties prenantes ne s‘arrête
pas à une formulation générique de la relation entre une entreprise et la société, mais ajoute

77 
 
 

 
six autres principes pour entretenir les relations fondées sur l'équité à savoir : l'avantage
mutuel, la justice, la coopération, le sacrifice, la possibilité de resquillage et l'acceptation
volontaire des avantages des régimes de coopération (Carroll et Buchholtz, 2006).

D‘autres approches théoriques, sont classées, dans le groupe des approches éthiques à l‘instar
de l‘approche du bien commun qui se situe entre l'approche des parties prenantes et le
développement durable, même si, cette approche a une base philosophique différente.
L'interprétation de la notion de bien commun, repose sur la connaissance de la nature humaine
et son accomplissement (Garriga et Mele, 2004). Pareillement, aux théories citées ci-dessus,
le groupe des théories éthiques, s‘appuie aussi, sur les théories éthiques qui misent sur
l‘importance du leadership stratégique, ainsi que sur les valeurs personnelles de l‘équipe
dirigeante, qui poussent l‘entreprise à faire des choix responsables. Dans ce sens, nous avons
identifié deux théories :

La première se base sur les valeurs de l‘équipe dirigeante (la théorie du leadership
stratégique). Les recherches sur les choix stratégiques ont mis en évidence l‘importance des
valeurs personnelles sur les actions organisationnelles et plus spécifiquement sur
l‘engagement responsable des firmes (Branzei et al., 2000). Reynaud et al. (2007), affirment
que « les managers agissent en fonction des représentations qu’ils se font », Par conséquent,
ces représentations ont un effet très important sur le comportement du manager. D‘autres
chercheurs comme (Rohan, 2000; Feather, 2002) présentent le fonctionnement des valeurs,
comme des normes guidant la pensée et l‘action humaine. Elles apparaissent comme des
caractéristiques propres à l‘individu. De son côté, Rokeach (1973), définit une valeur
personnelle comme « une conviction stable chez l’individu qu’un mode de conduite
particulier ou un objectif poursuivi dans l’existence est préférable personnellement ou
socialement à son contraire », cité par Thomas et Simerly (1995).

La deuxième théorie est la théorie de l'échelon supérieur qui est identifiée dans le fondement
théorique du concept de la RSE (chapitre 1). La théorie de l'échelon supérieur, est née des
travaux de Hambrick et Mason (1984), qui affirment que le principal acteur, pour la
compréhension des comportements organisationnels, est l‘Homme. Les chercheurs
reconnaissent aux managers et principalement à l‘équipe dirigeante une influence
déterminante sur les comportements des firmes. Hambrick et Mason (1984), ont souligné que
78 
 
 

 
« les comportements de ces dernières seraient le reflet des caractéristiques personnelles des
membres de l’équipe dirigeante ». Le processus est le suivant : les managers interprètent les
stimuli environnementaux à travers un filtre de valeurs personnelles et de croyances puis ces
interprétations seront traduites par un comportement organisationnel façonné à leurs images
(Thomas et Simerly, 1995). Cette théorie est mobilisée dans la compréhension des
comportements organisationnels responsables à l‘instar de Wood (1991), qui défend l‘idée
selon laquelle « la responsabilité de l’entreprise n’est pas réalisée par des acteurs
organisationnels abstraits mais bien par des acteurs humains ».

Les recherchers sur les motivations éthiques d'engagement dans la RSE prennent également
en considération les valeurs éthiques et les croyances des employés comme une approche qui
explique l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE. Indépendante des valeurs des
propriétaires, actionnaires et gérants, nous avons choisi de nous concentrer dans le fondement
théorique des motivations d‘engagement dans la RSE, sur le rôle du comité de direction ainsi
que sur celui du PDG, à cause des affirmations théoriques sur leurs rôles importants dans la
compréhension des comportements organisationnels des entreprises, ainsi que dans la décision
d‘engagement dans les stratégies volontaires à l‘exemple de la RSE (Thomas et Simerly,
1995). Ce développement des différents groupes d‘approches théoriques montrent bien les
chevauchements et la complexité dans la manière de définir les motivations qui poussent les
entreprises à adopter la RSE. Néanmoins, ces groupes de théories constituent aussi une
analyse plus approfondie, qui nous a permis de clarifier et de classer les différentes théories
qui portent sur les motivations d‘engagement des entreprises dans la RSE. La figure n° 9,
présente les quatre approches théoriques identifiées dans la littérature afin d‘expliquer les
motivations d‘engagement des entreprises dans la RSE.

79 
 
 

 
Figure 9 Les approches théoriques qui expliquent l’engagement des entreprises dans la
RSE

Source : élaboration personnelle


80 
 
 

 
Synthèse de la section 1

Pour résumer, le débat autour des théories qui identifient les motivations d‘engagement des
entreprises dans la RSE continuera toujours car, il est fondé sur des opinions et des croyances
philosophiques, qui ont causé un désaccord depuis des millénaires. Cependant, avec l'idée des
motivations concrètes sur la RSE, le débat sur la RSE devient plus transparent. Ainsi, dans
cette section, Garriga et Mele (2004) ont identifié quatre catégories théoriques qui peuvent
expliquer les motivations des entreprises à s'engager dans la RSE. Tout d‘abord, la première
catégorie est celle des approches instrumentales qui dispose que l‘engagement dans la RSE,
procure des avantages économiques. Ensuite, la deuxième concerne les approches politiques,
qui confirment que l‘engagement dans la RSE permet d‘obtenir des subventions, éviter les
sanctions, anticiper sur de nouvelles lois. De son côté, la troisième est relative aux approches
intégratives. Cette dernière a été mise en avant pour améliorer le bien-être des employés et
répondre aux attentes des consommateurs comme motivation pour l‘engagement dans la RSE.
Enfin, la quatrième catégorie des approches éthiques, explique que l‘engagement de
l‘entreprise peut être motivé par des valeurs personnelles et éthiques. Ce cadre théorique des
motivations d‘engagement des entreprises présenté ci-dessus, nécessite l'examen empirique
des effets de ces motivations. Plus précisément, l‘ensemble des auteurs qui ont proposé des
cadres théoriques d‘analyse des motivations d‘engagement dans la RSE, appellent à des
examens empiriques confirmatoires de ces modèles théoriques. Par conséquent, dans la
deuxième section de ce chapitre, nous allons examiner de près, les différentes motivations
d‘engagement avancées dans la revue de littérature empirique, ainsi que celles qui sont liées
aux quatre catégories examinées dans cette section.

81 
 
 

 
2.2 Section 2.2. Les motivations d’engagement dans la RSE au niveau de la
littérature managériale

Depuis un certain temps, les objectifs des entreprises n‘ont pas cessé de changer.
Traditionnellement la maximisation du profit a été considérée comme l‘objectif ultime de
l‘activité de toute entreprise. Aujourd'hui, les managers déclinent plusieurs autres objectifs à
l‘entreprise : profit à long terme plutôt qu'à court terme, rémunération des actionnaires, image
de marque, croissance de l'entreprise et respect de l‘environnement (Boiral 2006).

Suite à ce changement de cap, au sein des objectifs de l‘entreprise, la RSE a été vue comme
un moyen pour aider la société et recevoir en retour des ressources. Alors que d'autres, l‘ont
vue comme une source pour les gestionnaires qui sert à maximiser les profits, et réduire les
coûts. D‘autres encore l‘ont également vue comme un instrument de réciprocité, par lequel
une entreprise aide ses parties prenantes (Porter et Kramer, 2006). A cet égard, l‘intégration
de la RSE, est devenue une priorité pour les entreprises, souvent motivées par de multiples
enjeux.

L‘intégration massive de la RSE a poussé de nombreux chercheurs à étudier les différentes


motivations derrière ces engagements volontaires.

Dans cette section, nous allons dresser un bilan détaillé des différentes motivations qui
existent dans la littérature, en se concentrant notamment sur les quatre catégories théoriques
examinées dans la précédente section, afin de classer ces motivations. Une nouvelle catégorie
réservée aux caractéristiques de l‘entreprise viendra compléter ce tableau de classement.

82 
 
 

 
2.2.1 Les motivations instrumentales d’engagement dans la RSE

Cette catégorie instrumentale identifiée par Garriga et Mele (2004) affirme que les entreprises
s'engagent dans la RSE car elles considèrent que l‘engagement leur sera bénéfique dans
l'avenir. Au sein de cette première approche, nous identifierons l‘ensemble de ces motivations
qui expliquent l‘engagement des entreprises dans la RSE, à l‘exemple de la maximisation de
la richesse des actionnaires, l'amélioration ou le maintien d'un avantage concurrentiel, ainsi
que l‘utilisation de la RSE comme outil de marketing.

2.2.1.1 Réaliser des économies (des bénéfices financiers)

Les débats sur l'implication financière de la RSE, ont fait rage durant ces dernières années.
Depuis la déclaration de Milton Friedman qui a identifié le profit des actionnaires, comme la
seule responsabilité de l‘entreprise, Friedman (1970).Plusieurs sont les études empiriques qui
ont soutenu que le processus d‘engagement dans la responsabilité était coûteux et mettait les
entreprises en situation de désavantage économique par rapport à d'autres entreprises moins
responsables (Aupperle et al., 1985 ; Luck et Pilotte, 1993; Schueth, 2003).

A la différence des études empiriques citées auparavant, plusieurs recherches ont constaté que
la RSE est associée à des rendements financiers qui sont supérieurs à la moyenne du marché
(Luck et Pilotte, 1993; Schueth, 2003). Ainsi, un sondage de cabinet d‘audit d‘expertise
comptable et de conseil (KPMG) 28 a considère que la motivation la plus courante pour avoir
divulgué la RSE sont des considérations économiques (Verschoor, 2005). Une autre enquête
réalisée auprès des dirigeants des entreprises par « Price water house Coopers »29, a indiqué
que 73% des répondants ont estimé que les économies ont été l'une des trois principales
raisons des actions socialement responsables. Cependant, il faut savoir qu‘une grande partie
des études empiriques qui ont examiné ce sujet, ont conclu l‘absence d‘une différence
significative entre la RSE et la performance financière (Hamilton, et al., 1993 ; Bauer et al.,
2002). A leur tour McWilliams et Siegel (2000), ont déduit que l'impact de la RSE sur la
performance financière était neutre.

                                                             
28 KPMG International Survey of Corporate Responsibility Reporting 2001, http://www.kpmg.com / PT /pt/
IssuesAndInsights/Documents/corporate-responsibility2011.pdf
29Top 10 Reasons, PricewaterhouseCoopers 2002 Sustainability Survey Report, reported in ―Corporate
America‘s Social Conscience,‖ Fortune, May 26, 2003, 58. 
83 
 
 

 
Dans l'ensemble, les études empiriques concluent que, les entreprises préfèrent s'engager dans
des activités de la RSE, même si, l'impact n'est pas facilement mesurable en termes de
performance financière. L‘impact négatif de ne pas prendre la « voie responsable» serait
probablement encore plus fort.

2.2.1.2 Réduire les coûts de production

A l‘instar de ces études, plusieurs autres recherches empiriques (Chan et Wong, 2006 ; Hesan
et al., 2001 ; Egels-Zanden, 2009) ont démontré un impact positif sur les coûts de production,
suite à l‘intégration de la RSE. Wong et Chan (2006) ont confirmé à travers une étude dans le
domaine de l‘hôtellerie que la mise en œuvre de la RSE vise à réduire la consommation
d'énergie, d'eau ainsi que la réduction de la pollution et des déchets. Melnyk et al. (2002) ont
conclu dans leur étude que la réduction des coûts et une meilleure qualité de produit sont les
principales retombées de la mise en œuvre de la RSE, pour plus de 1500 organisations en
Amérique du Nord.

2.2.1.3 Améliorer la qualité du recrutement

L‘engagement des entreprises dans la démarche de la RSE est motivé par le recrutement des
meilleurs employés. Pour avoir un bon recrutement, l‘entreprise doit mettre en œuvre des
perspectives environnementales pour attirer de bons employés qui seront fiers de travailler
pour une société respectueuse de l'environnement ce qui améliore la position concurrentielle
de l‘entreprise (Chan et Wong 2006).

Une étude de McKinsey30 réalisée sur 403 cadres supérieurs dans le monde entier, a confirmé
à 68% que les organisations avec un pauvre bilan environnemental trouveraient de plus en
plus de difficultés à recruter et conserver du personnel de haute compétence (Hesan et al.,
2001). Pareillement, une autre étude menée par le Bureau de l'Environnement en Asie de
Sony international nous a également montré que, l'introduction du Système de gestion de
l'environnement avait un effet positif sur le recrutement des employés compétents (Chan
1997). Dans la même année, une enquête réalisée par Stodder (1998) a révélé que 86% des
employés sont fortement liés à une organisation si cette dernière a un bon sens de l‘éthique
dans les affaires.


                                                             
30 http:http://www.mckinsey.com/insights/sustainability
84 
 
 

 
2.2.1.4 Un outil de marketing

Certaines études réalisées à partir des années quatre-vingt-dix, ont montré que les
programmes de marketing qui utilisent la RSE (normes sociales et environnementales)
rencontrent beaucoup plus de réussite (Creyer et Ross, 1997; Barone et al., 2000). Maignan et
Ralston (2002), soulignent qu‘aux Etats-Unis, la RSE est particulièrement utilisée comme un
instrument de marketing ou un instrument de gestion de l'impression, afin d'influencer les
perceptions de la société. D'autres études ont également démontré que les consommateurs
sont prêts à soutenir activement les entreprises engagées dans des pratiques respectueuses de
l'environnement, ou de l'éthique (Creyer et Ross, 1997; Barone et al., 2000).

2.2.1.5 Les subventions de l’Etat

Les subventions étatiques des projets de la RSE, motivent aussi bien les moyennes que les
petites entreprises à intégrer les projets environnementaux. Dans ce sens, l‘article de Chan et
Wong (2006), confirme ces propos. Ces auteurs ont annoncé que les gouvernements des
différents pays, qui souhaitent disposer d'un environnement plus propre, ont beaucoup investi
pour encourager les entreprises à poursuivre la norme. Cela est le cas des entreprises à
Singapour, où 70% du coût de l'obtention d'une certification ISO 14001 est subventionnée par
le gouvernement (Haklik, 1997).

2.2.1.6 La licence d'exploitation

Le terme «Permis d'exploitation» fait référence à la capacité d'une entreprise à acquérir les
autorisations juridiques et politiques nécessaires pour mener leurs activités dans une région ou
une communauté donnée. Tallontire (2007) explique que la licence d'exploitation est perçue à
la fois comme un terme littéral et figuré, qui décrit simultanément la capacité d'une société à
obtenir des licences légales (ex. permis de zonage, les permis de construction, etc) et que la
possibilité pour cette société d‘obtenir une «licence sociale», où la majorité des citoyens
reconnaissent la légitimité de cette entreprise. Bien souvent négligée dans la littérature sur les
motivations d‘engagement dans la RSE, la capacité des entreprises à obtenir une licence
sociale et juridique pour fonctionner à émerger comme un facteur important d'initiatives
commerciales responsables, en particulier dans les pays développés (Burke, 1999).

Porter et Kramer (2006) ont affirmé dans une étude empirique que, de nombreuses entreprises
s'engagent dans la RSE,dans l‘espoir de convaincre les communautés locales qu‘elles sont de
85 
 
 

 
«bonnes citoyennes corporatives» et qu‘elles méritent d‘avoir les autorisations nécessaires à
l'exploitation,

2.2.1.7 Les obstacles du commerce international

Les résultats de multiples études empiriques indiquent qu‘un grand nombre d‘entreprises
adoptent des démarches de responsabilité sociale, par crainte des obstacles que leurs produits
peuvent rencontrer au niveau du commerce international. Gugler et Shi (2009) ont affirmé que
les entreprises qui s'engagent dans la RSE possèdent de meilleures chances pour accéder aux
marchés internationaux. L‘exemple des hôtels chinois qui ont adopté la norme ISO 14001
EMS, confirme les résultats de l‘étude de Carraro et Lévêque (1999), qui ont déclaré que de
nombreuses entreprises sont préoccupées par les restrictions commerciales causées par les
normes exigées dans les contrats par les pays où la norme est très populaire.

Ce problème se manifeste plus clairement dans les pays en voie de développement où une
étude de l‘Organisation des Nations Unies Pour le Développement Industriel
31
(ONUDI) réalisée en (1997) a révélé que les exigences croissantes des normes et des
certificats, auprès des importateurs dans les pays industrialisés, sont considérés comme un
obstacle potentiel au commerce. La même étude a dévoilé que pour plus de la moitié des
répondants, la norme l'ISO 14001, a déjà entravé les possibilités d'exportation.

2.2.1.8 L’acquisition des avantages concurrentiels

Les études académiques citées ci-dessus, montrent que d‘une manière générale, les entreprises
cherchent à obtenir, des avantages concurrentiels, à travers, l‘intégration de la RSE. Un
manager de firme japonaise a déclaré que « Les entreprises qui ont rivalisé sur le prix et la
qualité, rivalisent maintenant davantage sur les questions environnementales, qui peuvent
acquérir des avantages concurrentiels » (Cheryl et al., 2010). Une telle déclaration, nous aide
à faire le lien avec une autre motivation qui pousse les entreprises à adopter une démarche de
responsabilité sociale.

Davis en 1973, a affirmé dans une étude empirique que l'adoption des pratiques de RSE
conduit les entreprises à acquérir un avantage concurrentiel qui produit des effets à court et à
long terme comme par exemple l'augmentation de la productivité en améliorant leur capacité
                                                             
31 L‘Organisation des Nations Unies Pour le Développement Industriel(ONUDI), 1997, « bâtir la confiance ».
http://www.iso.org/iso/fr/casco_building-trust.pdf
86 
 
 

 
à attirer des ressources humaines de haute qualité (Davis 1973 cité par Poussing, 2008). Ainsi,
les entreprises qui sont en harmonie avec la RSE, peuvent acquérir des avantages
concurrentiels par rapport aux concurrents tout au long de leur chaine d‘approvisionnement.
Par exemple, en intégrant la RSE, les entreprises seront en mesure de : différencier ses
produits de ses concurrents, réduire les coûts, utiliser des procédés qui réduisent la
consommation d'énergie et dégagent moins de pollution, anticiper sur la nouvelle législation,
réduire les coûts d'assurance, et obtenir un produit avec une qualité élevée. Ainsi, ces
pratiques responsables se transforment en des avantages concurrentiels (Bansal et Roth, 2000
; Egels-Zanden 2009).

En définitive, les études empiriques ont démontré qu‘adopter une démarche de la RSE permet
d‘accroître la performance de l‘entreprise par rapport aux concurrents qui n‘adoptent pas les
démarches de la RSE, (Freeman, 1984 ; Ullmann, 1985). Les entreprises actives dans ce
domaine bénéficieront d‘un avantage comparatif, qui leur sera particulièrement important,
notamment pour les entreprises qui exercent leurs activités sur un marché où la concurrence
est forte.

2.2.2 Les motivations politiques d’engagement dans la RSE

Dans la catégorie politique, à l‘encontre de la catégorie instrumentale, les entreprises qui


s‗engagent dans la RSE, considèrent la RSE comme une obligation envers la société et non
pas comme une opportunité. La catégorie politique, nous a aidés à identifier l‘ensemble des
motivations, qui expliquent les raisons de l‘engagement des entreprises dans la RSE. Parmi
ces motivations nous trouvons : le bien-être des employés, le devoir moral de l‘entreprise et le
bien-être social.

2.2.2.1 Le devoir moral de l’entreprise

La motivation financière n'est pas la seule raison derrière l‘intégration de la RSE. Beaucoup
d'entreprises intègrent la RSE dans ses actions et ses relations avec ses parties prenantes car
elles considèrent que cette intégration n‘est qu‘un devoir moral envers la société, qui permet
d‘avoir un comportement responsable (Freeman et Evan, 1988). Dans ce sens, Etzioni (1988)
fait référence à des preuves empiriques pour démontrer que le devoir moral de l‘entreprise est

87 
 
 

 
de se comporter d'une façon responsable envers la société. Par conséquent, l‘entreprise à un
devoir envers chaque partie prenante. De ce fait, l‘entreprise ne doit pas traiter les parties
prenantes seulement comme un moyen pour une fin mais comme une fin en soi, (cité dans
Swanson 1992).


2.2.2.2 Le bien­être social

A ce niveau la RSE consiste à améliorer le bien-être de la société, dans les limites de la


réglementation des autorités légitimes. En outre, les organisations tentent de répondre aux
considérations de de la société. Cette motivation est perçue comme un devoir moral plutôt
qu‘une obligation. Starck et Kruckeberg (2003) font valoir que les entreprises ont gagné leur
droit d'exister seulement parce qu'elles étaient censées avoir les intérêts de la société dans
toutes leurs opérations. Enderle (2004) a constaté suite à une étude empirique que les PME
s'engagent dans la RSE parce qu'elles ont la volonté d‘être de bonnes citoyennes en se basant
sur l'obligation morale de contribuer au bien-être de la société, et non pour augmenter les
profits.

2.2.2.3 Le bien­être des employés (santé et sécurité dans le travail)

La RSE, ne concerne pas que la fabrication des produits du quotidien par des enfants dans les
pays asiatiques. La RSE commence sur le lieu de travail où, chacun doit pouvoir mener à bien
ses missions dans une ambiance humaine basée sur l‘écoute et le respect de l‘autre 32.
L‘introduction de la RSE est donc motivée par un besoin d‘assurer le bien-être des employés,
en particulier, lorsqu‘ il s‘agit de leur santé et sécurité sur leur lieu de travail. Fukukawa et
Moon (2004) ont montré dans une étude empirique publiée en 2000, que la réduction au
minimum des risques d'accidents était la principale cause dans la mise en œuvre des
démarches de la RSE par les entreprises japonaises (Fukukawa et Moon, 2004).

                                                             
32 Hélène Bouillon-Duparc (2012), Biomasse algale : des ressources aux applications multiplesLe Grand Débat
– La gestion globale des déchets et la fonction des filières REP Le bien-être au travail, axe majeur de la RSE
Publié le 24 janvier 2012 par Pollutec dans la catégorie : Regard : Capture d‘avenir le blog des professionnelles
de l‘environnement.
 
88 
 
 

 
2.2.3 Les motivations intégratives d’engagement dans la RSE

Les motivations intégratives, sont celles qui reviennent le plus dans la littérature, car les
entreprises considèrent souvent ces motivations externes comme le moteur principal pour
s'engager dans la RSE (Garriga et Mele, 2004). Dans cette catégorie de motivation, les
entreprises se sentent dépendantes de la société pour leur existence, d‘où l‘intérêt de combiner
les exigences de la société aux bénéfices des entreprises. Le groupe des motivations
intégratives, est souvent représenté à travers les motivations suivantes : répondre aux attentes
de la clientèle (consommateurs), pression de la réglementation, pression des ONG et autres
organismes internationaux, ou encore pression des investisseurs, etc.

2.2.3.1 Une réponse aux attentes de la clientèle (consommateurs)

Les consommateurs d‘aujourd'hui se préoccupent de plus en plus des conditions de fabrication


des produits. Une enquête a d‘ailleurs montré que les citoyens dans 24 pays industrialisés et
pays en développement considèrent la prévention de l'environnement plus importante que la
croissance économique (Haklik, 1997). Cela se confirme à travers les résultats d‘une enquête
réalisée en France, sur la notoriété du concept de Développement Durable, qui est passée de
(33% en 2002 à 91% en 2009)33.Ces attentes se répercutent dans les comportements d‘achat
des consommateurs. Une étude menée par l‘organisme Ethicity 34 en 2010 a démontré que plus
de 60% des consommateurs français déclarent avoir changé leurs comportements en faveur du
Développement Durable. Cela est particulièrement vrai pour les entreprises dont les produits
peuvent être très similaires dans le goût, l‘aspect, le toucher et l'emballage (Dacin et Brown,
1997).

L'examen de la littérature et des diverses enquêtes qui ont été menées sur les consommateurs,
confirment que la confiance que les consommateurs donnent aux entreprises est liée à un
comportement éthique des entreprises (Dacin et Brown, 1997; Sen et Bhattacharya, 2001;
Maignan et Ferrell, 2003; Pivato et al., 2008). De plus, les travaux qui ont été menés sur les
motivations d‘engagement des entreprises dans la RSE ont confirmé l‘influence des
consommateurs sur le choix d‘adopter le concept de la RSE. Dans ce sens, Nawrocka (2007),
a également noté que les exigences du client est les principaux éléments qui motivent les

                                                             
33Sondage IFOP2007 Observatoire du Développement Durable 2009 www.ifop.fr
34http://www.ethicity.net 
89 
 
 

 
entreprises à adopter les démarches environnementales volontaires. Une étude similaire dans
le secteur de l‘hôtellerie a énoncé que les consommateurs peuvent également influencer les
hôtels afin d'adopter la RSE (Souza, 2004). De même, Maignan et al., (1999) ont établi une
relation positive entre la RSE et la fidélité des clients suite à une enquête réalisée sur des
managers. Par ailleurs, il existe des preuves que certains consommateurs sont prêts à
sanctionner des entreprises socialement irresponsables notamment en boycottant leurs
produits et services (Garrett, 1987; Sen et al., 2001).

2.2.3.2 L’influence des Organisations Non Gouvernementales

Parmi les motivations qui poussent les entreprises à adopter la RSE, la pression des ONG,
notamment des ONG internationales, qui ont fait évoluer leurs stratégies pour passer d‘un
militantisme purement critique à la sollicitation et à la mobilisation directe des entreprises
autour des problèmes sociaux (Friedman et Miles, 2002). Selon Knox et al. (2005),
l‘évolution du pouvoir des ONG, a poussé les organisations à revoir leurs politiques dans les
domaines du commerce, des droits de l‘homme, des droits des travailleurs, de l'impact
environnemental, de la probité financière et la gouvernance d'entreprise. Cabagnols et Bas
(2008), ont confirmé que le développement des ONG prouve qu‘il y a toujours une relation de
dominance entre ONG et entreprises. Cette thèse a été vérifiée auprès de nombreuses études
académiques, qui ont identifié l'influence croissante des ONG dans l'intégration de la RSE et
des orientations éthiques des entreprises (Guay et al., 2004 ; Ottaway, 2001). Plusieurs
chercheurs ont également confirmé à travers des travaux empiriques que les entreprises
publient des rapports sur le comportement social et environnemental pour atténuer la pression
des ONG (Patten 1992 ; Deegan et Rankin 1996 ; Schepers, 2006). Parallèlement, de
nombreuses entreprises ont vu ce qui pourrait arriver si la demande des citoyens a été ignorée,
à l‘exemple des affrontements qui ont été enregistrés en 1994, entre l‘entreprise Shell et les
groupes de pression sur le placement de la plate-forme pétrolière de Brent Spar en mer. Afin
d‘éviter cette situation critique, l‘entreprise Shell ne voyait pas, d'autres solutions que
d'investir dans un programme de RSE. Aujourd‘hui, le modèle du Partnership, où les
entreprises sont en cours d'exécution des projets qui ressemblent à ceux des ONG (Murray,
2007).

90 
 
 

 
2.2.3.3 La pression des organismes internationaux

Le concept de la RSE qui a été promulgué au sommet de la Terre de Johannesbourg en 2002,


s‘est développé dans le monde par différents niveaux d‘obligation, et par des organismes
régionaux, intergouvernementaux, et internationaux. Généralement, les programmes des
Nations Unies, de la Banque Mondiale et de L'OCDE, constituaient de simples
recommandations, qui pouvaient se transformer pour devenir de véritables pressions qui
poussent les entreprises à intégrer la RSE, notamment, dans les pays en développement.

Un rapport de l'association agréée des comptables, publié en 2010 par Muhammad Azizul
Islam et Craig Deegan sur la RSE au Bangladesh35, a affirmé que les pressions des institutions
internationales influencent les politiques opérationnelles, les rapports sociaux et
environnementaux dans les pays en développement. Dans cette logique, l‘étude réalisée par
Rahamana et al. (2004), sur le reporting social et environnemental des entreprises dans le
secteur énergétique au Ghana, a confirmé que la forte pression des institutions internationales,
en particulier de la Banque Mondiale, explique les pratiques de la RSE.

2.2.3.4 La crainte des réglementations

La plupart des entreprises et des groupes industriels préfèrent auto-régler les problématiques
sociales et environnementales afin de démontrer aux décideurs publics et politiques que
l'intervention gouvernementale n‘est pas nécessaire (Tallontire, 2007). En outre, les
entreprises ont choisi d'agir dans l'esprit de la RSE pour éviter la réglementation. Williams et
Aguilera (2008), ont reconnu suite à une étude empirique que les lois, les normes et la
réglementation sont de puissantes incitations pour les entreprises à élaborer des politiques et
des pratiques en matière de RSE. En conséquence, la réglementation figure parmi les
motivations qui reviennent le plus dans la littérature sur les motivations d‘engagement dans la
RSE, représentées souvent par : la crainte des sanctions, le non-respect de la réglementation
environnementale et l‘anticipation sur de nouvelles lois susceptibles d‘être élaborées par
l‘Etat. Cette motivation a été confirmée par plusieurs études empiriques à l‘exemple de
l‘étude de Givel sur l'industrie chimique américaine, qui a annoncé que l‘effort réalisé dans
l‘intégration de la démarche environnementale, vise également à éviter les plus fortes et plus
coûteuses législations et réglementations des produits chimiques (Givel, 2007).
                                                             
35L'associationdes comptables agréés publié en 2010 : http://www.accaglobal.com/content /dam/ acca/ global/
PDF-technical/sustainability-reporting/tech-tp-srd.pdf
91 
 
 

 
Dans une étude empirique, Irene et perry (1996) ont déclaré qu‘il n‘est pas surprenant que la
plus grande source de pression qui motive les entreprises à intégrer la RSE est la
réglementation gouvernementale, puis ils ont rajouté que, lorsque les entreprises sont invitées
à spécifier la source la plus importante de pression, ces dernières déclarent que ce sont les
règlements gouvernementaux. De la même manière, Chan et Wang, ont confirmé dans une
étude sur les hôtels en Chine, que ces derniers, adoptent des processus de protection de
l‘environnement pour répondre aux changements législatifs (Chan et Wang, 2006).

2.2.3.5 L’améliorationde la légitimité, de l’image et de la réputation

La bonne image renforce la légitimité des entreprises et le capital de réputation. Ce dernier est
défini comme un actif incorporel de valeur qui peut découler de la RSE (Fombrun et Shanley,
1990). La gestion de l‘image est considérée comme vitale pour les entreprises, compte tenu de
sa capacité à influencer les opinions des consommateurs et des investisseurs potentiels
(Harrison et Freeman, 1999). L‘engagement de l‘entreprise dans la RSE a souvent été justifié,
au niveau de la littérature par l‘amélioration de l‘image de l‘entreprise, en faisant valoir que la
création d'une image environnementale forte peut aider à attirer des clients soucieux de
l'environnement. Une enquête réalisée en France en 2007, a révélé que deux Français sur trois
déclarent qu‘ils privilégient l‘achat de produits respectueux de l‘environnement et 59% ont
estimé que les entreprises dont ils sont clients doivent se préoccuper de l‘environnement 36.

Des travaux de recherche ont représenté la réputation des firmes à travers l‘adoption de la
RSE, comme un actif intangible, qui peut atteindre des valeurs extrêmement élevées,
(Fombrun et Shanley, 1990). Ainsi, l‘engagement dans la RSE peut aider une entreprise à
traverser les barrières nationales en renforçant sa légitimité, et en lui permettant de mieux
fonctionner dans un environnement externe (Oliver, 1991). Dans les marchés en
développement, les gouvernements attribuent souvent des contrats spéciaux pour les
multinationales en raison de leur réputation impressionnante (McWilliams et Siegel, 1997).

Nombreux sont les travaux empiriques qui ont fait le lien entre l‘adoption de la RSE, l‘image
de l‘entreprise et le profit à long terme, à l‘exemple de Orlitzky et al. (2003). Ce constat est
également soutenu, par plusieurs chercheurs. Par exemple Maignan et Ralston (2002) qui

                                                             
36Enquête LH2 pour Vraiment Durable en 2007 http://www.consoglobe.com/developpement-durable-mode-
realites-2522-cg.
92 
 
 

 
considèrent que généralement aux États-Unis, la RSE est utilisée comme un outil d‘image et
de marketing ce qui influence les perceptions de la société. Cette même idée est partagée par
Morimoto et al. (2005), qui considèrent la RSE comme un outil pour le développement d'une
image de marque positive. Au-delà des profits qu‘elle peut générer sur du long terme, la
réputation peut contrecarrer les perceptions défavorables de l'entreprise et renforcer la
probabilité de survie. En cas de survenance d‘évènements négatifs, une entreprise qui est
largement perçue comme ayant une bonne réputation, peut surmonter les effets de
délégitimassions (Wartick et Cochran, 1985).

En d‘autres termes, nous pouvons considérer qu‘en adoptant une démarche responsable,
l‘entreprise peut améliorer ses relations avec les consommateurs, les investisseurs, les
banques, les fournisseurs et attirer une base d'employés plus compétents et loyaux. Ainsi,
l‘adoption d‘une démarche RSE permet à l‘entreprise de transmettre une image positive aux
parties prenantes (Orlitzky et al., 2003).

2.2.3.6 Les pratiques de la société mère (la direction générale)

Souvent repérée dans les filiales des entreprises multinationales qui œuvrent dans les pays en
voie de développement, cette motivation se traduit par une obligation des entreprises, à
adopter la RSE, afin de suivre les pratiques de l‘entreprise mère souvent installée dans les
pays développés. Une étude menée par Gupta (1995) a démontré que l‘adoption des processus
de la RSE passe par l‘implication de la direction générale de l‘entreprise dans des projets
environnementaux. Ces résultats ont été confirmés par plusieurs autres études comme par
exemple celle de Flyn et al qui ont fait valoir que sans l'appui solide du siège de la société
mère, les pratiques de base d'une organisation seraient inefficaces. Berry et Rondinelli (1998)
ont également identifié le siège de la direction générale de l‘entreprise comme l'un des six
éléments essentiels requis pour créer une gestion d‘environnement proactive. De même,
Hesan et al. (2001) ont affirmé que le soutien de la haute direction est nécessaire dans
l‘intégration des démarches environnementales volontaires.

93 
 
 

 
2.2.4 Les motivations éthiques d’engagement dans la RSE

Dans cette catégorie, les entreprises s‘engagent dans la RSE, suite aux raisons morales et
éthiques des individus (chef d‘entreprise, employés) au sein de l‘entreprise. Contrairement à
la catégorie instrumentale et intégrative de dans la catégorie éthique, les individus avec des
motivations morales vont instinctivement influencer l‘engagement de l‘entreprise dans la
RSE, afin d‘engendrer un impact positif sur la société, indépendamment des pressions des
parties prenantes (Garriga et Mele, 2004).


2.2.4.1 L’éthique individuelle et les valeurs des dirigeants

En règle générale, une entreprise prendra des mesures socialement responsables lorsqu‘elle
sera obligée de le faire (Aguilera et al., 2007). Cependant, les acteurs sont capables de
regarder au-delà des retombées directes et immédiates, (Thibaut et Walker, (1975) cité par
Aguilera et al, 2007). Dans de telles circonstances, la vertu peut servir de sa propre
récompense (Folger, 1998). Les données empiriques montrent que les gestionnaires sont
préoccupés par la justice, même en l'absence de gain économique (Turillo et al., 2002).

A ce stade Wood (1991), défend l‘idée selon laquelle « la responsabilité de l’entreprise n’est
pas réalisée par des acteurs organisationnels abstraits mais bien par des acteurs humains ».
D‘autres études ont mis l‘accent sur le rôle crucial des valeurs des dirigeants dans ce type de
structure pour impulser une démarche de RSE (Irene et Perry, 1996). Hemingway et
Maclagan (2004), ont confirmé qu‘il était également nécessaire de prendre en compte les
valeurs des managers dans le processus d‘adoption du concept de la RSE. Selon ces auteurs,
les impératifs commerciaux ne permettent pas d‘expliquer l‘adoption de la RSE dans toutes
les entreprises. En revanche, l‘appropriation et la mise en œuvre de la RSE, peuvent aussi être
guidées par les valeurs défendues par les managers. Les travaux de Moon (2001) vont
également dans ce sens puisqu‘ils montrent que l‘intérêt du manager pour la RSE induit son
adoption par les entreprises. De plus, il convient de préciser que l‘équipe de manager
supérieur, inculque ses propres valeurs à travers l'organisation (David et al., 2005).

Dans ce sens, plusieurs auteurs ont validé empiriquement l‘existence d‘un lien positif entre les
valeurs des membres de l‘équipe dirigeante d‘une organisation et son niveau d‘engagement
socialement responsable, (Branzei et al, 2000 ; Turillo et al., 2002 ; Porter et Kramer, 2006).
94 
 
 

 
Reynaud et al. (2008) ont noté que la Commission Européenne en 2002 a révélé que 75% des
PME s'engagent dans la RSE pour des raisons éthiques37.

2.2.5 Les motivations des caractéristiques de l’entreprise

Bien que les quatre catégories identifiées par Garriga et Mele (2004), nous avons utilisé
l‗étude de Carroll (1991, 2000), afin d‘ajouter une nouvelle catégorie de motivations propres à
l‘entreprise, qui joue le rôle de catalyseur ce qui peut influencer la décision de l‘entreprise
pour s‘engager dans la RSE. Parmi ces motivations nous trouvons : la taille de l‘entreprise, la
situation financière et le secteur d‘activité.

2.2.5.1 La taille et l’internationalisation de l’entreprise

Des études empiriques ont mis l‘accent sur la taille et l‘internationalisation de l‗entreprise
comme des motivations qui poussent les entreprises à intégrer la RSE. Dans cette optique,
Pougnet-Rozan a déclaré que l‘adoption de la RSE relève dans un premier temps du
comportement des grandes entreprises, en particulier des grandes entreprises implantées à
l‘échelle internationale (Pougnet-Rozan, 2005). Cela a été confirmé par les recherches de
Raffournier (1997) qui montrent que le niveau d‘internationalisation d‘une entreprise est une
variable qui contribue à sa visibilité politique et sociale.

D‘autres études ont évoqué le lien entre la taille de l‘entreprise et ses motivations d‘adoption
de la RSE. Il semble, qu‘être une entreprise de grande taille et/ou appartenir à un groupe
international, peut avoir un effet positif sur le fait d‘adopter une démarche RSE. Une étude sur
la RSE des PME, synthétisant les résultats d‘une enquête auprès de plusieurs milliers
d‘entreprises européennes, faisait état d‘une corrélation entre la taille de l‘entreprise et le
degré d‘implication dans les différents types d‘activités sociales (Cabagnols et Lebas 2008).

2.2.5.2 Le secteur deproduction

Fraisse et Guerfel-Henda (2005) considèrent que la dimension environnementale de la RSE


est indéniablement celle qui a fait l‘objet de plus d‘efforts et a atteint plus de résultats visibles.
                                                             
37 Commission Européenne, Gros plan sur les PME : Principaux résultats de l‘Observatoire des PME
européennes, 2002, http:// ec.europa.eu/enterprise/enterprise_ policy/analysis/doc/ execsum_ 2002 _ fr .pdf.
 
95 
 
 

 
Pour cette raison, appartenir à un secteur d‘activité réputé polluant pourrait motiver les
entreprises à adopter la RSE. De ce fait, les entreprises qui œuvrent dans le secteur des
ressources naturelles sont plus susceptibles de s‘engager dans la RSE que les entreprises qui
œuvrent dans le secteur des services (Irene et Perry 1996).

2.2.5.3 La situation financière de la Société

La situation financière des entreprises joue un rôle important dans l‘adoption du processus de
la RSE. La mise en œuvre de tout plan social et environnemental a besoin d‘un solide capital
financier, à cause, des coûts associés à l'implantation d'une stratégie de RSE. McGuire et al.
(1988) ont indiqué que la performance financière permettait d‘améliorer le niveau de
performance sociale. Ces travaux ont été partiellement confirmés par ceux de Preston et al.
(1991). Il en ressort que la rentabilité de l‘entreprise est alors une condition pour avoir un
comportement social. Kraft et Hage (1990), ont montré que l‘excédent des ressources et
l‘attitude des managers à l‘égard de la société influencent fortement le niveau de RSE. La
figure n°10, résume l‘ensemble des motivations d‘engagement des entreprises dans la RSE,
ainsi que, dans la littérature empirique.

96 
 
 

 
Figure 10 Classement des motivations empiriques d’engagement dans la RSE

Motivations instrumentales 
* Réaliser des économies  
* Réduire les coûts de production  
* Un meilleur recrutement et outil de marketing 
* Licence d'exploitation et la Subvention de l’Etat 
* Les obstacles au commerce international  
* Acquérir des avantages concurrentiels.  

Caractéristiques de  Motivations politiques 
l'entreprise  * Le Devoir moral de 
* taille et internalisation  l’entreprise 
* secteur d'activité  * Le bien­être social  
* situation financière   * Le bien­être des 
employés  
 
  motivations   
 
 
d'engagement   

dans la 
responsabilité 
sociale 

Motivations intégratives 
Motivations normatives  * Répondre aux attentes de la 
  clientèle  
* Éthique individuelle et valeurs  * L’influence des ONG   
des dirigeants   * La pression des organismes 
  internationaux  
 
 
* La crainte des réglementations   
  * l'amélioration de la réputation  
  * suivre les pratiques de la société 
mère  

Source : élaboration personnelle


97 
 
 

 
Synthèse de la section 2

Ainsi, nous avons choisi de classer les motivations d‘engagement dans la RSE, en suivant un
modèle composé de quatre catégories. La première catégorie représente les motivations
instrumentales, la deuxième représente les motivations politiques, la troisième représente les
motivations intégratives et enfin la quatrième représente les motivations éthiques. A cela nous
avons rajouté une cinquième catégorie inspirée de l‘étude de Carroll (1991, 2000) qui
regroupe les caractéristiques de l‘entreprise. De plus, nous avons concentré notre travail sur
les motivations qui reviennent le plus dans la littérature, notamment dans le secteur industriel.
Il est également important de signaler que, la majorité des motivations sont liées entre elles, et
la décision de les installer dans un groupe ou un autre, ainsi que, les distinctions faites ici sont
quelques peu arbitraires. À exemple de classement : les avantages concurrentiels qui peuvent
être dans la catégorie instrumentale ou intégrative. Pour l‘exemple de distinction entre
motivations : les avantages économiques et concurrentiels, l‘amélioration de la réputation et
les attentes des consommateurs. Bien que chacune de ces motivations est traitée seule, il
existe une interaction qui crée une influence considérable et qui pousse les entreprises à
intégrer la RSE.

98 
 
 

 
Conclusion du chapitre 2

La complexité du concept de la responsabilité sociale, a entrainé une grande difficulté au


niveau des théories qui cherchent à expliquer les motivations des entreprises à intégrer la
responsabilité sociale. D‘où la divergence des approches théoriques.

Dans le but de palier à ces divergences théoriques, nous avons utilisé, le modèle de
classification théorique des motivations d‘engagement des entreprises dans la RSE, établi par
Garriga et Mele (2004). A traves ce modèle, nous avons classé les théories en quatre
catégories d‘approches. La première est la catégorie instrumentale, où les entreprises
s'engagent dans la RSE parce qu'elles estiment que la RSE est bénéfique pour l‘entreprise.
Cette catégorie est aussi appelée la théorie de l'intérêt personnel éclairé. Dans cette catégorie,
nous avons identifié les approches théoriques néoclassiques. La deuxième catégorie est la
catégorie politique qui représente les entreprises qui considèrent la RSE comme une
obligation envers la société. Ce groupe de théories contient, la théorie du contrat social, la
théorie de l‘entreprise citoyenne et le concept du constitutionnalisme social de l‘entreprise. La
troisième est la catégorie intégrative, où les entreprises se sentent dépendantes de la société
pour leur existence. Ce groupe de catégorie combine les exigences de la société et le bénéfice
pour l‘entreprise. Dans cette catégorie nous avons classé la théorie de gestion des enjeux, la
théorie des parties prenantes, le concept de la performance sociale des entreprises. La dernière
catégorie est la catégorie éthique où cette catégorie représente les entreprises ou leurs
dirigeants, propriétaires qui ont des raisons éthiques et morales qui les poussent à s'engager
dans la RSE. Dans cette catégorie, nous avons classé tout particulièrement la théorie des
valeurs de l‘équipe dirigeante et la théorie du leadership stratégique. Cependant, les valeurs
des autres individus dans l‘entreprise comme les employés n‘ont pas été prises en compte,
suite à un choix méthodologique.

Pour garder, le fil conducteur dans cette thèse, nous avons choisi de classer les motivations
d‘engagement dans la RSE, en utilisant le modèle de Garriga et Mele (2004), qui identifie
quatre catégories de motivation. La première catégorie représente les motivations
instrumentales comme les avantages économiques, les avantages concurrentiels, réduire les
coûts, les subventions de l‘Etat et etc. La deuxième représente les motivations politiques,
comme le bien-être social, le bien-être des employés et le devoir moral. La troisième,
99 
 
 

 
représente les motivations intégratives à l‘exemple des attentes des clients, les pressions des
ONG, les craintes de la législation, et etc. La quatrième représente les motivations éthiques,
représentées par les valeurs de l‘équipe dirigeante. Toutefois, nous avons décidé de rajouter à
cela, une cinquième catégorie inspirée de l‘étude de Carroll (2000) qui regroupe les
caractéristiques de l‘entreprise.

Dans le prochain chapitre, nous allons identifier un nouveau mode d‘analyse des motivations
d‘engagement dans la RSE, très peu utilisé dans la littérature. Ce mode d‘analyse dit multi-
niveaux va nous aider à établir un modèle de recherche, qui sera utilisé dans la deuxième
partie pour définir les motivations d‘engagement des entreprises dans la RSE, dans le secteur
industriel algérien.

100 
 
 

 
3 Chapitre 3. Construction d’un modèle explicatif des motivations
d’engagement dans la responsabilité sociale

La majorité des récents travaux de recherche menés sur les motivations d‘engagement des
entreprises dans la RSE, ont identifié deux types de classement des motivations. Dans le
premier type, les motivations sont classées par discipline, tels que le marketing, la gestion des
ressources humaines et la performance financière. Dans le second type de classement, les
motivations sont plus spécifiques, à l‘exemple, des avantages concurrentiels, des subventions
étatiques, ou encore de la crainte des sanctions du au non-respect de la réglementation, etc
(Givel, 2007; Chan, et Wong, 2006; Cheryl, et al., 2010).

Cependant, cette question des motivations d‘engagement dans la RSE a été étudiée dans la
littérature à partir d‘un seul niveau d'analyse : individuel, organisationnel ou institutionnel, etc
(McWilliams et Siegel, 2000 ; Chan et Wong, 2006).

De plus, Herman et Ante (2012) ont noté qu‘il existe un énorme déséquilibre dans l‘utilisation
des niveaux de motivation. D‘après ces chercheurs, 4% de la littérature a utilisé le niveau de
motivation individuel, et seulement 5 % a utilisé plusieurs niveaux de motivation, contre 33%
pour le niveau institutionnel et 57% pour le niveau organisationnel, afin d‘expliquer
l‘engagement des entreprises dans la RSE.

En revanche, (Bansalet Roth, 2000 ; Garriga etMele, 2004 ; Aguilera et al., 2007),suggèrent
de prendre en compte de multiples acteurs (internes et externes) à différents niveaux d'analyse
pour comprendre le changement social, car les interactions au sein et entre les niveaux
peuvent à la fois faciliter et entraver la RSE. Ce constat indique, qu‘il existe une importante
lacune au niveau de la littérature concernant l‘analyse des motivations d‘engagement des
entreprises dans la RSE, qui est l‘analyse sur un seul niveau (Margolis et Walsh, 2001;
Waddock et al., 2002).

D‘où, le vrai besoin d‘un examen global à plusieurs niveaux et pluridisciplinaire dans lequel
la diverse littérature existante, peut être intégrée, et synthétisée d'une manière cohérente et
globale.

101 
 
 

 
Contrairement à la grande majorité des modèles publiés, notre modèle propose une analyse
multi-niveaux, qui intègre la grande et très hétérogène littérature sur la RSE, en utilisant le
cadre d‘analyse sur trois niveaux de Wood (1991), mais, avec une nouvelle interprétation de
chaque niveau (Individuel, Organisationnel, et Institutionnel).

Pour construire ce modèle, nous proposons de mettre l‘accent dans cette première section sur
les certains modèles multi-niveaux qui reviennent le plus dans la littérature sur l‘engagement
dans la RSE, afin d‘examiner de près, les méthodes utilisées par ces modèles pour classer et
définir ces motivations. Dans la deuxième section nous allons proposer un modèle conceptuel
de recherche construit sur trois niveaux et dix-neuf motivations qui intègre la grande et très
hétérogène littérature sur les motivations d‘engagement dans la RSE.

102 
 
 

 
3.1 Section 3.1. Les tentatives de classement des motivations d’engagement dans
la responsabilité sociale (exemple des modèles multi-niveaux)

Les chercheurs ont commencé à étudier les préoccupations sociales des entreprises depuis
plusieurs décennies (Bowen, 1953 ; Davis, 1960). Cependant, ce n'est que récemment que
l'intérêt pour la RSEs‘est répandu (Wood, 1991; Carroll, 1999; Reynaud et al., 2008 ; Baret,
2011).

Les études des motivations d‘engagement dans la RSE ont évolué, aux rythmes des
recherches sur la RSE. Ces derniers ont identifié d‘une part, les motivations liées à des
disciplines spécifiques tels que le marketing, la gestion des ressources humaines et la
performance financière, et d‘autre part, des motivations plus spécifiques, à l‘exemple, des
avantages concurrentiels (Cheryl et al., 2010), les subventions étatiques (Chan et Wong
2006), la crainte des sanctions du au non-respect de la réglementation (Givel, 2007).

D‘une manière générale, la question des motivations d‘intégration de la RSE a été étudiée
dans la littérature à partir d‘un seul niveau d'analyse : individuel, organisationnel ou
institutionnel, etc. (McWilliams et Siegel, 2000 ; Chan et Wong, 2006 ; Givel, 2007 ; Cheryl
et al., 2010). De plus, même si l‘ensemble des niveaux de motivation ont été abordés dans la
littérature, il existe un énorme déséquilibre entre les niveaux. D‘après Herman et Ante (2012),
juste 4% de la littérature a utilisé le niveau de motivation individuel, et seulement 5 % a
utilisé plusieurs niveaux de motivation pour expliquer l‘engagement des entreprises dans la
RSE. Cependant, les politiques et les actions dans les entreprises sont souvent influencées et
mises en œuvre par les acteurs à tous les niveaux d‘analyse dans l‘entreprise (institutionnel,
organisationnel, individuel et etc.).

Par conséquent, il existe aujourd‘hui un besoin vital d‘examiner les motivations


d‘engagement dans la RSE, à plusieurs niveaux en intégrant la diverse littérature existante
dans ce domaine. Dans cette première section nous allons mettre l‘accent sur quatre modèles
multi-niveaux qui reviennent le plus dans la littérature, afin d‘examiner de près, les méthodes
utilisées par ces modèles pour classer et définir les motivations.

103 
 
 

 
3.1.1 Le modèle fondateur du Bansal et Roth (2000)

Nous ne pouvons, aborder les modèles multi-niveaux, sans évoquer le modèle de Bansal et
Roth (2000), qui a servi de base pour plusieurs autres modèles (Aguilera et al., 2007 ; Egels-
Zandén 2009), qui ont étudié les motivations d‘engagement des entreprises dans la
RSE.Bansal et Roth (2000), ont défini quatre principales raisons pour adopter la RSE: la
législation, la pression des parties prenantes, les opportunités économiques et les motivations
éthiques. Ainsi, dans les actions suivantes nous allons examiner les différentes motivations
qui expliquent l‘engagement des entreprises dans la RSE (Bansal et Roth, 2000).

3.1.1.1 La législation et la légitimité

Selon Bansal et Roth (2000), il existe souvent des obligations juridiques qui poussent une
entreprise à intégrer la RSE, et dans le cas contraire le non engagement pourra lui faire subir
des amendes légales. Pour Bansal et Roth (2000), une entreprise qui s'engage dans la RSE
peut acquérir une plus grande légitimité que ses concurrents. Sa marque sera considérée
comme quelque chose de positif et sa réputation peut être améliorée. Cela peut se traduire par
une hausse des ventes, notamment, si les autres entreprises concurrentes ne suivent pas cette
stratégie, ces hausses des ventes peuvent aussi compensées les dépenses plus élevées, dans la
démarche vers la RSE. D‘après Bansal et Roth (2000), l‘engagement dans la RSE peut être
aussi motivé par l‘attraction d‘une bonne image, qui peut aider l‘entreprise à attirer et garder
de nouveaux talents, sans augmenter leurs salaires. En s'engageant dans la RSE, une société
peut être en mesure d'éviter les interférences avec le gouvernement, car ce dernier voit
l‘entreprise comme quelque chose de bénéfique pour la société. Selon Bansal et Roth (2000),
l‘intégration de la RSE, peut convaincre l‘Etat de ne pas légiférer de nouvelles lois.

3.1.1.2 La pression des parties prenantes

Alors que la pression des parties prenantes découle des différents acteurs et se présente de
différentes manières, les motivations d'engagement dans la RSE sont à leurs tours très
différentes (Bansal et Roth 2000). Les parties prenantes ont un intérêt dans les activités d'une
entreprise pour une variété de raisons, qui sont souvent liées. Ces raisons peuvent aller des
aspects environnementaux, comme la libération des toxines qui pourrait nuire à la population
locale, ou des aspects sociaux comme la façon dont les fournisseurs traitent leurs employés à
l'étranger dans les pays en développement. D‘après Bansal et Roth (2000), la pression en elle-

104 
 
 

 
même aura une incidence sur la société d'une manière ou d'une autre. Par exemple, les
organisations non gouvernementales (ONG) qui ont un intérêt dans l'environnement, veulent
changer la façon dont une entreprise fonctionne avec sa pollution et si l'entreprise ne respecte
pas les volontés des ONG. Ces dernières vont libèrer des informations négatives sur les
pratiques de l'entreprise aux médias. Pour cette raison, les propriétaires et le conseil
d'administration doivent prendre en considération, toutes les parties prenantes, car si les
efforts qui sont fournisfont défaut, il y aura toujours un risque à courir, tandis que, si ces
efforts seront à la hauteur des attentes des parties prenantes, ils seront perçus comme quelque
chose de positif (Bansal et Roth, 2000).

3.1.1.3 Les opportunités économiques

Selon Bansal et Roth (2000), les entreprises s‘engagent aussi dans la RSE, pour contracter
des avantages concurrentiels vis-à-vis des concurrents. En étant à la pointe de la RSE,
l‘entreprise peut différencier les produits par rapport à ses concurrents, obtenir une qualité
perçue élevée, réduire les coûts d'assurance et maintenir des normes élevées tout au long de la
chaîne d'approvisionnement (Bansal et Roth, 2000). A l‘exemple, de l‘utilisation de da la RSE
pour réduire les coûts, ainsi que, l‘utilisation des procédés qui réduisent la consommation
d'énergie et dégagent moins de pollution. Être à la pointe de la technologie dans ces domaines
(récupération, tri des déchets, etc), permet à l‘entreprise d‘acquérir des avantages
concurrentiels, qui sont souvent derrière son engagement dans la RSE (Bansal et Roth, 2000).

3.1.1.4 Les motivations éthiques

Ainsi, Bansal et Roth (2000) confirment que les motivations et les valeurs des dirigeants, des
employés et des fortes parties prenantes, dans une organisation déterminent leurs propres
impressions et réflexions, qui peuvent influencer le processus de prise de décision.

Pour cette raison, les motivations ne sont pas seulement de maximiser les profits, car
l‘entreprise peut s‘engager dans la RSE, afin de satisfaire la propre conscience des dirigeants,
des employés et des parties prenantes influentes, même si nous pouvons affirmer qu‘il existe
des avantages qui découlent de cet engagement, à l‘exemple d‘avoir des employés ou des
dirigeants plus motivés dans l'organisation. Il ne faut pas oublier que souvent, dans cette zone
les coûts dépassent les avantages d'une perspective de prise de profit (Bansal et Roth, 2000).

105 
 
 

 
Le but de l‘étude de Bansal et Roth (2000), était d'examiner pourquoi les entreprises «passent
au vert» ?38. La réponse a été de définir un modèle multi-niveaux qui explique la réactivité
écologique des entreprises qui est « l’ensemble d'initiatives visant la réduction de l’impact sur
l’environnement» en identifiant les quatre motivations pour l'adoption de la RSE et les
facteurs sous-jacents qui conduisent à chaque motivation. Cependant, bien que le modèle de
Bansal et Roth (2000), tient compte de nombreuses motivations sur plusieurs niveaux
d'analyse, ce modèle est loin d‘être complet, notamment au niveau des parties prenantes où il
ne prend en considération que les ONG, ainsi que le niveau individuel qui ne distingue pas
vraiment le rôle des valeurs individuelles notamment celle du dirigeant dans le processus de
décision d‘engagement dans des actions vertes. Le modèle de Bansal et Roth (2000), n‘a pas
pris en considération les motivations politiques identifiées dans le modèle théorique de
Garriga et Mele(2004), qui considèrent la RSE comme une obligation envers la société, à
l‘exemple du bien-être de la société ou des employés. Le modèle de Bansal et Roth (2000),
n‘a pas intégré les motivations liées aux caractéristiques de l‘entreprise comme le secteur
d‘activité, les ressources humaines et financières et la taille qui sont très sollicitées dans la
littérature sur l‘engagement des entreprises dans la RSE. Ainsi, le modèle de Bansal et Roth
(2000), ne fait pas de distinction entre les degrés de gravité des motivations de la RSE, tout
comme il ne donne pas de classement des motivations les plus pertinentes dans l‘engagement
des entreprises vers les pratiques vertes. Enfin, le modèle de Bansal et Roth (2000), aborde le
contexte préalable, et son influence sur l‘engagement, mais il ne détaille pas le processus
ultérieur à l‘engagement.

3.1.2 Le modèle d’Aguilera, Rupp, Williams, et Ganapathi (2007)

Le deuxième modèle multi-niveaux proposé dans cette section est celui développé par
Aguilera et al. (2007). Ce modèle théorique qui est construit autour de la théorie de justice
d'organisation et du gouvernement d'entreprise, soutient que les organisations sont pressées
pour s‘engager dans la RSE, motivées par plusieurs acteurs. Cependant, chaque acteur est
conduit par trois motivations : instrumentale, relationnelle et morale. Ce modèle a été conçu

                                                             
38 Bansal et Roth (2000), ―Why Companies Go Green: A Model of Ecological Responsiveness‖, The Academy
of Management Journal, 43 (4), 717-736.

 
106 
 
 

 
pour comprendre pourquoi les organisations sont de plus en plus engagées dans les initiatives
de RSE et expliquer le processus d‘engagement à travers les trois types de motivation :

3.1.2.1 Les motivations instrumentales

Niveau individuel : Inspiré par le modèle instrumental de Tyler en 1987, qui affirme que, les
personnes sont motivées par la recherche du contrôle. Aguilera et al. (2007) s‘intéressent aux
motivations instrumentales des employés Ces auteurs considèrent que si une organisation
possède une préoccupation générale pour la justice (le respect et la protection de
l'environnement, des conditions de travail), les salariés peuvent déduire qu‘il y a plus de
chance que les conditions de travail seront équitables pour eux. Cela répond à leur besoin de
contrôle, et explique les motivations recherchées par la promotion de la RSE, qui est la
maximisation de leurs résultats.

Niveau organisationnel : Dans ce contexte, Aguilera et al. (2007), ont fait la distinction entre
deux modèles de gouvernance d‘entreprise. Le premier modèle Anglo-américain (illustré par
les Etats-Unis) se caractérise par des actionnaires à court terme qui peuvent avoir des
motivations instrumentales, qui poussent à intégrer la RSE, notamment, lorsque, les
motivations de l‘intégration de la RSE sont directement liées à une plus grande compétitivité
(Aguilera et al., 2007). Le deuxième modèle est Continental (illustré par l'Allemagne et le
Japon) et se caractérise par des propriétaires comme les banques, l'Etat, ou les employés, qui
ont plutôt tendance à définir les attentes à long terme de la rentabilité et inclure plus de
flexibilité dans leurs réflexions stratégiques, tels que la promotion sociale des employés à
long terme ou investir dans la recherche et le développement des produits de haute qualité
(Aguilera et al., 2007).

Niveau national : Les gouvernements des pays développés, cherchent à créer un climat
d'affaire concurrentiel qui encourage le développement économique au niveau national et
international à travers l‘intégration des politiques de la RSE. En effet, ces politiques sont
établies, afin de promouvoir la compétitivité internationale et améliorer les avantages
concurrentiels des entreprises en alimentant l'innovation, ou encore en améliorant la
réputation, ainsi que la fidélité des clients, et des employés (Aguilera et al., 2007).

107 
 
 

 
Niveau transnational : Souvent représenté par des ONG, qui n‘agissent pas essentiellement
pour des motivations instrumentales dans leurs engagements dans la RSE, même si, comme
chaque organisation, les ONG ont des besoins de survie. Dans ce sens, Aguilera et al. (2007),
ont présenté les motivations instrumentales des ONG comme la quête du pouvoir et de la
puissance, qui sont des conditions nécessaires pour les ONG, notamment pour faire avancer
leurs objectifs externes, tels que les droits humains mondiaux.

3.1.2.2 Les motivations relationnelles

Niveau individuel : Dans ce niveau Aguilera et al. (2007), utilisent le modèle de la justice de
Tyler et Lind, établi en 1992, afin d‘affirmer que la relation construite sur la justice et la
transparence entre les employés et la direction, a un impact sur le sentiment d'identité et
d'estime de soi chez les employés. Pour Aguilera et al. (2007), les employés souhaitent que
les organisations agissent d'une manière socialement responsable, car dans ce concept les
initiatives en matière de RSE exigent des employés et de la direction, de travailler ensemble,
afin d‘intégrer les préoccupations sociales, et améliorer la gestion de la qualité relationnelle.

Niveau organisationnel : D‘après Aguilera et al. (2007), au niveau organisationnel, les


motivations relationnelles des acteurs poussent les entreprises à s‘engager dans la RSE. Cet
effort peut être remarqué à travers l‘intégration de la théorie des parties prenantes par la firme,
Freeman, (1984). Ainsi, cette théorie explique la diversité des intérêts des parties prenantes et
leurs concurrences pour les ressources des entreprises. Dans ce cas, les propriétaires qui ont
des intérêts à maximiser les richesses des parties prenantes, s‘engagent dans une relation avec
la société à travers la RSE, afin d‘assurer le bien-être des différents groupes.

Niveau national : Dans ce niveau, Aguilera et al. (2007), expliquent que les gouvernements
reconnaissent un partenariat entre les entreprises et les sociétés. Les gouvernements qui ont
été les plus actifs dans la promotion de la RSE articulent explicitement un certain nombre de
motivations relationnelles, à savoir, le regroupement autour de l'idée que les entreprises ont la
responsabilité de promouvoir la cohésion sociale et de résoudre les problèmes d'exclusion
sociale Aguilera et al. (2007).

Niveau transnational : Pour Aguilera et al. (2007), l‘action des ONG transnationales, se
traduit par une multitude de relations, à savoir : des partenariats avec les entreprises, les

108 
 
 

 
réseaux d'information, les coalitions qui coordonnent des stratégies dans le cadre des
mouvements sociaux, etc. Ces relations font de l‘ONG un acteur central qui converge les
intérêts de tous les acteurs et établit des relations de collaboration.

3.1.2.3 Motivations morales

Niveau individuel : Aguilera et al. (2007) terminent le niveau individuel par un troisième
besoin psychologique majeur, qui est la nécessité d‘une existence significative. Pour ces
derniers, la plupart des individus partagent un respect fondamental de la dignité humaine, et
se sentent attirer par les valeurs justes, indépendantes des avantages économiques. Cela a été
vérifié empiriquement par (Kahneman, et al.1986; Turillo, et al. 2002 cités par Aguilera et al.
2007).

Niveau organisationnel : Aguilera et al. (2007), utilisent la théorie d'intendance, Davis et al.
(1997), pour définir les pressions qui poussent les organisations à intégrer la RSE. Par cette
théorie, ils suggèrent que les acteurs organisationnels apportent leurs valeurs fondées sur la
morale personnelle dans l'entreprise, ce qui pourrait aller au-delà des intérêts économiques.
Par conséquent, les motivations morales qui poussent les entreprises à s'engager dans le
changement social via des initiatives de RSE peuvent provenir d'acteurs organisationnels dont
les motivations éthiques sont particulièrement importantes. Nous pouvons relever par
exemple, les membres de l‘équipe dirigeante qui prennent des décisions en se basant sur leurs
biais cognitifs et valeurs personnelles, ce qui propage des valeurs éthiques dans l'ensemble de
l‘entreprise.

Niveau national : Pour Aguilera et al. (2007), les valeurs morales au niveau national sont
étroitement liées à l'idée du partenariat social qui signifie que les sociétés ont une
responsabilité collective à contribuer à une meilleure société. Par exemple les pays de
l‘Europe, où les gouvernements ont été particulièrement actifs dans les efforts qui
encouragent la mise en œuvre de la RSE, il existe un sens fort de la responsabilité collective
au sein de la société (Aguilera et al., 2007).

Niveau transnational : Aguilera et al. (2007), suggèrent que les ONG transnationales sont
plus susceptibles d'être entraînées par des motivations altruistes que par des motivations
instrumentales ou relationnelles. En effet, généralement les populations reconnaissent cette

109 
 
 

 
forme de motivation altruiste chez les ONG (Aguilera et al., 2007), ce qui confirme que le
public à davantage confiance aux ONG, qu‘aux gouvernements ou aux entreprises pour
promouvoir l'intérêt public.

En résumé, le modèle d‘Aguilera et al. (2007) affirme que l‘engagement des entreprises dans
la RSE est poussé par la recherche d‘une réconciliation avec les employés, ainsi que la
préservation des intérêts des actionnaires et des parties prenantes. De plus, l‘engagement dans
la RSE permis au gouvernement d‘établir un environnement d'affaire compétitif, qui favorise
la promotion de la cohésion sociale et la stimulation de la responsabilité collective dans la
société. Enfin, le besoin du pouvoir de la part des ONG conduira les entreprises à s'engager
dans le changement social à travers la RSE.

Le modèle de d‘Aguilera et al. (2007), analyse d‘une manière très détaillée les motivations
d‘engagement des entreprises sur les quatre niveaux (individuel, organisationnel, national et
transnational). Cependant, ce point fort, de l‘analyse théorique, peut bien se transformer, en
point faible lors d‘une étude empirique, notamment quand il s‘agit de mesurer les valeurs au
niveau individuel comme la justice, l‘appartenance et l‘existence significative. Il est
également important de souligner que certaines autres limites de ce modèle théorique
d‘Aguilera et al. (2007), à savoir : le modèle n‘a pas présenté l‘ensemble des pressions qui
poussent les entreprises à intégrer la RSE, à l‘exemple des pressions des fournisseurs au
niveau externe qui sont de plus en plus importantes, et qui affectent la motivation des
entreprises, afin d‘adopter des politiques de RSE. De plus, la pression des syndicats au niveau
interne, devrait également bénéficier d'un traitement séparé, plutôt que de les traiter comme
un type d'ONG, notamment pour les entreprises dans les pays développés. Il existe d'autres
acteurs importants qui contribuent à influencer la décision de l‘entreprise de s‘engager dans la
RSE, et qui ne sont pas cités dans l‘étude d‘Aguilera et al. (2007). Il s‘agit des institutions
financières, tels que la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International. De plus, le
modèle d‘Aguilera et al. (2007), n‘a pas abordé les valeurs du chef d‘entreprise et leurs
influences sur la décision d‘engagement dans les politiques de la RSE. Pour finir, le modèle
d‘Aguilera et al. (2007), n‘a pas fait l‘objet d‘une étude empirique quantitative qui confirme
ces constats théoriques.

110 
 
 

 
3.1.3 Le modèle d’Egels-Zandén (2009)

Ce modèle multi-niveaux proposé par Egels-Zandén (2009) tente d‘expliquer les motivations
des entreprises derrière la signature de (International Framework Agreements, IFA) traduit
par le cadre d‘accord international (CAI), notamment, pour les firmes multinationales qui
évoluent dans les pays en développement. Ce modèle vient donc compléter les recherches
existantes dans lesquelles les entreprises adoptent des politiques en matière de RSE en
démontrant que les entreprises peuvent être incitées par quatre types de motivations résumées
brièvement dans les paragraphes suivants.

3.1.3.1 Améliorer la légitimité (confiance, réputation et image)

Pour Egels-Zandén(2009), l'explication la plus courante de l‘engagement des entreprises dans


les politiques de la RSE (codes de conduite, cadre d‘accord international, etc.) est que ces
politiques représentent un moyen de restaurer et d'améliorer la légitimité, la confiance, la
réputationet l‘image. D‘après (Van Tulder et Kolk 2001, cité par Egels-Zandén, 2009), les
années quatre-vingt-dix, ont vu l‘apparition d‘une vague des codes volontaires des
entreprises, déclenchée par l'attention aux développements qui ont posé de grands problèmes
de légitimité aux entreprises. Ces problèmes ont conduit les entreprises à adopter des
politiques de RSE, afin d‘avoir plus d‘acceptation dans la société où elles opèrent.
Selon Egels-Zandén(2009), la légitimité est aussi la raison principale pour l'intégration des
codes d‘accords internationaux (CAI), au niveau de l‘entreprise (Miller, 2004).

Egels-Zandén(2009) démontre le rôle de la pression de légitimité dans l‘acceptation des


politiques de la RSE, à travers l‘exemple de l‘étude de Riisgaard (2005), qui s‘est intéressée
au cadre d‘accord international (CAI) signé en 2001 entre l‘entreprise (Chiquita) et le géant
mondial de la Coordination latino-américaine (COLSIBA), qui a été motivé par les
campagnes publiques des ONG qui ont touché les consommateurs, les investisseurs et autres
parties prenantes de l‘entreprise (Chiquita), qui a fini par signer le (CAI) afin d‘ améliorer sa
légitimité.

Pour Egels-Zandén (2009), sans doute, la menace de la légitimité qui pousse les entreprises à
adopter des politiques de la RSE, est principalement exercée sur les campagnes des ONG et
des consommateurs.

111 
 
 

 
3.1.3.2 Éviter l'ingérence gouvernementale

Selon Egels-Zandén (2009), la deuxième motivation autre que l'amélioration de la légitimité,


qui pousse les entreprises à adopter les politiques de la RSE est d‘éviter l‘ingérence
gouvernementale. Egels-Zandén (2009), cite l‘exemple d‘Esbenshade (2001), qui soutient que
l'adoption des politiques en matière de RSE tels les codes de conduites, offre un moyen pour
les entreprises qui permet d‘empêcher l'application des lois existantes et prévenir les futures
réformes juridiques. Pour Egels-Zandén (2009), plusieurs autres chercheurs qui ont examiné
les motivations d‘engagement dans les politiques de la RSE, stipulent qu‘éviter l‘ingérence de
l‘Etat et l‘application des lois figure parmi les principales motivations (Bondy et al., 2004;
Diller, 1999; Bartley, 2005 cités par Egels-Zandén, 2009).

3.1.3.3 Les avantages concurrentiels

Les avantages concurrentiels représentent la troisième motivation qui pousse les entreprises à
s‘engager dans les politiques de la RSE (Egels-Zandén, 2009). Ce dernier estime que ces
avantages pourraient être obtenus de différentes manières, en dehors de l'amélioration de la
légitimité, comme il a déjà été mentionné dans la première motivation. Egels-Zandén (2009),
cite l‘exemple de l‘étude de Christmann et Taylor (2002), qui ont affirmé que les initiatives
volontaires de la RSE peuvent fournir un apprentissage qui permet aux entreprises de modifier
et d'améliorer les routines et les politiques d'exploitation. Bondy et al. (2004), ont également
identifié les avantages potentiels suivants: les différenciations des produits dans le marché, les
signaux de qualité, une réduction des primes d'assurance, et le maintien des normes de la
chaîne d'approvisionnement. Pour Egels-Zandén (2009), peu importe les raisons particulières,
l'argument général est le même: l'adoption des politiques de la RSE offre un moyen d'obtenir
des avantages compétitifs vis-à-vis des concurrents.

3.1.3.4 La raison éthique

La dernière raison dans le modèle proposé par Egels-Zandén (2009), est l‘éthique. Comme
nous avons vu dans les modèles multi-niveaux précédents, plusieurs auteurs soutiennent
également que les entreprises adoptent des politiques en matière de la RSE (Bansal et Roth
2000 ; Aguilera et al. 2007), pour raison éthique. Ainsi, dans cette recherche, la prise de
décision morale n'est pas présentée comme des idéaux de maximisation des profits des
actionnaires, mais elle est également motivée par d'autres valeurs.

112 
 
 

 
Egels-Zandén (2009), rapporte l‘exemple de Weaver (1993) qui affirme que certains
gestionnaires préconisent la mise en œuvre du code de conduite, pour le bien de l'action
éthique comme une fin en soi. Selon Egels-Zandén (2009), ce raisonnement est lié à un
argument plus général, qui stipule que les entreprises sont entraînées par des objectifs
multiples, d‘où l‘intérêt de faire un modèle qui explique les motivations sur plusieurs niveaux,
Donaldson et Preston (1995).

Ces quatre explications donnent une réponse précise à la question : pourquoi les entreprises
adoptent des codes de conduite ? Ce modèle présente des grandes similitudes avec les
principales explications fournies par les recherches antérieures, qui cherchent à mettre en
avant les motivations qui poussent les entreprises à adopter des pratiques sociales et
environnementales. Par exemple, les travaux de (Bansal et Roth 2000 ; Aguilera et al. 2007)
cités ci-dessus, décrivent un modèle multi-niveaux qui définit les motivations d‘engagement
dans la RSE.

Toutefois, ce modèle possède des lacunes, notamment, en ce qui concerne la globalité du


modèle. En effet, ce dernier ne couvre pas une grande partie des motivations reconnues dans
la littérature par sa pertinence dans l‘explication de l‘engagement des entreprises dans la RSE,
à savoir, les valeurs des individus employés et dirigeants, les subventions étatiques
notamment dans le domaine des initiatives comme les codes de conduite. Le modèle d‘Egels-
Zandén (2009), n‘a pas intégré des motivations qui considèrent la RSE comme une obligation
envers la société, à l‘exemple des motivations sur le bien-être, identifiées par Garriga et
Mele(2004). Le modèle d‘Egels-Zandén (2009), ne propose pas une taxinomie des
motivations d‘engagement dans la RSE, mais, il considère que toutes les motivations sont
dans la même classe d‘influence. En résumé, le modèle d‘Egels-Zandén (2009), n‘a pas été
vérifié empiriquement afin de confirmer les constats théoriques.

3.1.4 Le modèle de Thien (2011)

Le modèle multi-niveaux proposé par Thien (2011), est constitué de trois groupes de
motivation représentés par des forces ou des pressions qui poussent les entreprises à intégrer
la RSE. Le premier groupe de motivationreprésente les pressions gouvernementales : ce sont
113 
 
 

 
les règles dans une forme de régulation qui poussent les entreprises à se confirmer. Le
deuxième groupe est la pression des parties non gouvernementales : tels que les mouvements
de la société civile, qui exercent une influence par le biais de pétitions, protestations ou de
manifestations, etc. Le troisième groupe concerne les pressions des organisations
professionnelles des forces internes souvent représentées par l‘éthique des dirigeants et des
employés qui incitent les entreprises à adopter la RSE. Ces trois groupes seront plus détaillés
dans les paragraphes suivants :

3.1.4.1 Pressions gouvernementales : (Les parties prenantes gouvernementales)

Selon Thien (2011), les pressions gouvernementales sont représentées par la législation sur la
RSE. Wilson (2003) affirme que la «législation» sur la RSE existe depuis la Grèce antique où
les organes directeurs établissaient des règles de conduite pour les entreprises et les
commerçants. Pour Thien (2011), l‘essentiel du débat sur le rôle des organisations
professionnelles dans la société était de savoir si la RSE devrait être obligatoire pour les
organisations commerciales. Autrement dit, le non-respect peut exposer l‘entreprise à des
amendes et de l‘emprisonnement.

Plusieurs sont les pays qui ont tenté d‘adopter leur législation pour faire face aux exigences de
la RSE à l‘exemple, de la Nouvelle-Zélande qui a légiféré une loi sur la gestion de ressource
en 1991. Cette loi concerne le rejet de contaminants dans l'environnement, etsanctionne celui
qui rejette les contaminants par un emprisonnement maximal de deux ans ou d'une amende ne
dépassant pas 200.000 dollars en cas de condamnation. Les exigences législatives, font du
gouvernement une partie prenante puissante qui peut influencer les organisations vers des
activités plus responsables (Thien, 2011).

Une loi sur la reglementation de l‘investissement socialement responsable a été votée en 2000
au Royaume-Uni. Cette loi exige que les gestionnaires de fonds de pension, doivent divulguer
leurs politiques en matière d'investissement socialement responsable. Les divers rapports
sociaux et environnementaux ont également été rendus obligatoires dans des pays comme la
Malaisie, le Japon, la Suède, la Norvège, l'Allemagne, la France, la Belgique (Waddock, 2008
cité par Thien 2011).

114 
 
 

 
Bien qu‘il existe des recherches qui font valoir que les activités prévues par la loi, tels que les
rapports obligatoires sur la RSE, ont un impact négatif notamment sur les coûts de mise en
œuvre et d'application car, ces exigences peuvent étouffer la créativité, (Banerjee, 2007).
D‘autres études, comme celles de (Porter et Van derland 1995 ; Thornton, 2003 ; Buhr, 2007
cités par Thien, 2011) ont fait valoir que la législation pourrait forcer les organisations à être
plus créatives.

3.1.4.2 Les parties prenantes non gouvernementales

Pour Thien (2011), comme les acteurs gouvernementaux, il existe des organisations non
gouvernementales (ONG) et des mouvements de la société civile qui influencent les
organisations professionnelles pour qu‘elles soient responsables de leurs actes.

Thien (2011) rapporte que depuis le milieu des années quatre-vingt-dix, des manifestations
violentes contre le pouvoir des entreprises ont secoué les villes Nord-américaines et
européennes. Ces manifestants, font partie d‘un vaste mouvement « de la société civile »,
constitué des organisations non gouvernementales et coalitions communautaires et syndicales,
qui ont pris en partie les entreprises, qui ont causé un préjudice aux travailleurs,
consommateurs, communautés et à l'environnement.

Knox et al (2005) assurent que les ONG qui sont devenues plus puissantes aujourd‘hui
essayent par différents moyens, d'influencer les entreprises pour entreprendre ou accroître
leurs activités de la RSE. Aujourd‘hui, les organisations reconnaissent pertinemment que, les
liens officieux établis avec une ONG peuvent aboutir à un résultat positif avec les
populations, tout en renforçant la réputation et la viabilité de l‘entreprise (Thien, 2011).

De même, les études empiriques réalisées par (Patten, 1992 ; Deegan et Rankin, 1996), ont
souligné que les organisations augmentent leurs rapports sur l'environnement à la suite des
pressions exercées par des groupes de parties prenantes.

Thien (2011) assure que la pression des ONG est parmi les motivations qui ont mobilisé les
entreprises autour de problèmes sociétaux et environnementaux, et qui ontégalement poussé
les entreprises à adopter la RSE.

115 
 
 

 
3.1.4.3 Les parties prenantes internes

Alors que les deux précédentes motivations ont porté sur l'influence des parties prenantes
gouvernementales et non gouvernementales dans les organisations commerciales qui
entreprennent des activités de la RSE, cette sous-section concerne les organisations et les
entreprises qui adoptent la RSE (Thien, 2011). Les organisations professionnelles sont
souvent sous pression pour maximiser les rendements pour les actionnaires. Toutefois, il peut
aussi y avoir des pressions sur les entreprises pour mener des activités de RSE qui se
rapportent à la collectivité et l'environnement afin de maintenir la légitimité, la croissance de
l'entreprise ou de rester compétitif. Cependant, Thien (2011) affirme qu‘il existe des
gestionnaires d'entreprises qui assurent avoir entrepris volontairement des activités de RSE.

Thien (2011), utilise l‘étude de Bansal et Roth (2000), réalisée sur 53 organisations au
Royaume-Uni et au Japon, pour affirmer que l'avantage concurrentiel n'est pas une forte
motivation pour entreprendre des initiatives en matière de RSE.

Selon Thien (2011), Ce type d'avantage concurrentiel qui est lié à la justification et initié par
des forces internes de l'organisation plutôt que par des intervenants externes, bien que,
Margolis et al. (2008), ont constaté dans leur étude que la participation à des activités qui
entraînent des avantages sociaux ne donne pas le meilleur retour sur investissement. Ils
concluent qu'il y a une petite relation positive entre les activités de RSE et les performances
économiques des organisations, et que, la rentabilité ne devrait pas être la principale
justification de la RSE. Malgré le lien peu concluant entre la RSE et les avantages de
rentabilisation, ce lien semble être dans une augmentation encourageante (Thien, 2011).

Thien (2011), termine son étude en affirmant que le problème dans l‘intégration de la RSE est
de trouver l‘équilibre entre les responsabilités économiques, sociales et environnementales
d‘un côté, et de l‘autre côté l‘impact de l‘entreprise sur son environnement interne et externe,
afin de prendre en considération les attentes des parties prenantes. L‘auteur de ce modèle
propose une solution à ce problème à travers la combinaison de trois niveaux pour arriver à
une meilleure intégration des activités de la RSE.

Le modèle proposé par Thien (2011), traite des motivations d‘engagement sur trois niveaux.
Le premier niveau concerne les motivations liées aux pressions des parties prenantes

116 
 
 

 
gouvernementales représentées par la réglementation. Le deuxième niveau fait référence aux
motivations liées aux parties prenantes externes représentées par les organisations non
gouvernementales. Le dernier niveau, est lié aux parties prenantes internes représentées par le
volontarisme de l‘entreprise.

Même si le modèle de Thien (2011), a présenté une taxonomie différente des trois premiers
modèles théoriques. Le modèle de Thien (2011), compte pratiquement les mêmes lacunes que
les autres modèles cités ci-dessus. Le modèle multi-niveaux proposé par cet auteur n‘a pas
pris en considération un grand nombre de motivations qui sont susceptibles d‘influencer
l‘engagement des entreprises dans la RSE. Dans ce sens, Thien (2011), a brièvement traité le
rôle des individus, présenté sous le titre des parties prenantes internes sans mettre vraiment
l‘accent sur l‘implication du dirigeant dans le processus de prise de décision d‘engagement
dans la RSE. Thien (2011), n‘a pas discuté dans son modèle, l‘influence des motivations
propres aux caractéristiques de l‘entreprise qui sont longuement débattues dans la littérature
sur l‘engagement des entreprises dans la RSE. De même, il n‘a pas intégré les motivations
liées à la catégorie politique, identifiées dans le travail de Garriga et Mele (2004).

117 
 
 

 
Synthèse de la section 1

Dans cette section, nous avons examiné les modèles multi-niveaux qui expliquent
l‘engagement des entreprises dans la RSE, qui reviennent le plus dans la littérature, afin
d‘utiliser leurs résultats et critiques, pour construire notre propre modèle de recherche. Nous
avons tout d‘abord, commencé par présenter le modèle de Bansal et Roth (2000), qui examine
les motivations des entreprises qui sont « passées au vert ». Ce modèle a révélé qu‘il existe
quatre motivations : la législation, la pression des parties prenantes, les opportunités
économiques et les motivations éthiques. Ensuite, le modèle d‘Aguilera et al. (2007), a
analysé d‘une manière détaillée les motivations d‘engagement des entreprises, à travers les
trois niveaux de motivation : instrumentale, relationnelle et morale. Puis, le modèle d‘Egels-
Zandén (2009), a analysé les motivations d‘engagement des entreprises dans les politiques de
la RSE. Cette analyse a révélé quatre motivations qui poussent les entreprises à s‘engager
dans les politiques de la RSE : L‘amélioration de la légitimité, Les avantages concurrentiels,
éviter l'ingérence gouvernementale et la raison éthique. Enfin, le modèle multi-niveaux par
Thien (2011) a montré qu‘il existe trois motivations qui poussent les entreprises à s‘engager
dans la RSE : les parties prenantes gouvernementales, les parties prenantes externes et les
parties prenantes internes. Nous avons succédé chaque modèle par une analyse critique qui a
révélé que le peu de modèles multi-niveaux présents dans la littérature contiennent plusieurs
lacunes qui se résument dans, le traitement de quelques motivations comme la légitimité, la
législation au détriment du reste des motivations, la négligence des motivations dites
politiques identifiées dans le modèle de Garriga et Mele (2004), l‘utilisation des
classifications qui ne reflètent pas souvent les motivations qui contiennent. Enfin, l‘ensemble
des modèles n‘ont pas utilisé les motivations propres aux caractéristiques de l‘entreprise.
Dans la deuxième section, nous allons établir notre modèle de recherche sur trois niveaux qui
explique les motivations d‘engagement des entreprises dans la RSE.

118 
 
 

 
3.2 Section 3.2. Modélisation de l’engagement dans la responsabilité sociale

Il existe une importante lacune au niveau de la littérature concernant l‘analyse des motivations
d‘engagement des entreprises dans la RSE, à savoir l‘analyse sur un seul niveau (Margolis et
Walsh, 2001; Waddock et al., 2002). Dans le même sens, les modèles théoriques multi-
niveaux discutés dans la section précédente, ont présenté également, des déficiences
notamment, en ce qui concerne la globalité et la multidisciplinarité des modèles.

Par conséquent, nous sommes en présence d‘un vrai besoin d‘un modèle d‘analyse global,
pluridisciplinaire et sur plusieurs niveaux, dans lequel la diverse littérature existante, peut être
intégrée, et synthétisée d'une manière cohérente.

Dans cette section, nous allons construire un modèle de recherche théorique sur trois niveaux,
en se basant sur les critiques apportées aux modèles cités dans la section précédente, ainsi que
l‘étendue littérature sur la RSE, afin d‘apporter de nouvelles réponses au débat de longue
durée sur l‘intérêt de l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE (Wood et Jones, 1995; Bansal
et Roth 2000 ; McWilliams et Siegel, 2000 ;Margolis et Walsh, 2003; Aguilera et al., 2007 ;
Egels-Zandén, 2009; Thien, 2011).

Notre modèle de recherche multi-niveaux, sera concentré sur les dix-neuf motivations
d‘engagement dans la RSE qui ont été prouvées théoriquement et empiriquement dans la
littérature. Afin de classer ces différentes motivations, nous avons fait appel à un cadre
théorique qui figure parmi les plus utilisés dans la littérature, celui de Wood (1991). Ce cadre
nous a permis de classer les motivations sur trois niveaux. Le premier est le niveau individuel,
ce groupe représente les motivations liées aux valeurs des dirigeants. Le deuxième est le
niveau organisationnel, ce groupe rassemble les motivations et les pressions internes à
l‘entreprise. Le troisième et dernier niveau, est le niveau institutionnel qui regroupe les
motivations externes à l‘entreprise. A ces trois niveaux nous avons rajouté d‘autres
motivations qui sont liées aux caractéristiques de l‘entreprise. Il s‘agit de la taille et du secteur
d‘activité, qui influencent l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE. La construction de ce
modèle niveau par niveau sera présentée dans cette section.

119 
 
 

 
3.2.1 Au niveau individuel

Le niveau de motivation individuelle, évoque les approches théoriques éthiques identifiées


dans le modèle de Garriga etMele (2004). Ce niveau représente les valeurs propres au chef
d‘entreprise ou à l‘équipe dirigeante, qui influencent la décision d‘engagement de l‘entreprise
dans la RSE.

Ces motivations sont les plus utilisées dans la littérature théorique et empirique.À titre
d‘exemple, les quatre modèles multi-niveaux (Bansal et Roth 2000 ; Aguilera et al., 2007 ;
Egels-Zandén 2009 ; Thien 2011), présentés dans la section précédente, ont fait appel à ce
niveau, afin d‘expliquer l‘engagement des entreprises dans la RSE. Plus exactement, depuis
les travaux fondateurs de Hambrick et Mason (1984), les chercheurs ont accordé une grande
attention à comment comprendre le côté humain des gestionnaires, telles que leurs valeurs et
leurs propres caractéristiques, qui influencent sur les décisions qu'ils prennent.

Dans notre modèle, nous avons représenté ce niveau de motivation à travers, les
caractéristiques managériales, qui sont constituées de : valeurs managériales, ainsi que, des
caractéristiques observables. Dans les prochains paragraphes, nous allons examiner la
littérature sur l‘engagement individuel de plus près, en se basant, en particulier sur le travail
de recherche de Hambrick et Mason (1984).

3.2.1.1 Les caractéristiques managériales

Dans le but de définir les caractéristiques managériales, nous allons nous concentrer sur la
définition choisie par Hambrick et Mason (1984), qui dispose que les caractéristiques
managériales, sont constituées de deux catégories qui influencent les décisions stratégiques.
La première catégorie, fait référence aux valeurs managériales et la deuxième concerne les
caractéristiques observables.

Au début de leur recherche Hambrick et Mason (1984), se sont uniquement concentrés sur la
deuxième catégorie qui concerne les caractéristiques observables, car les valeurs managériales
étaient difficiles à mesurer. Dans ce sens, des recherches antérieures qui ont fait usage de la
théorie des échelons supérieurs de Hambrick et Mason (1984), ont porté sur les
caractéristiques observables. A l‘instar de l‘étude de Thomas et Simerly (1994), qui a analysé

120 
 
 

 
l'impact de la formation et de l'ancienneté du gestionnaire sur le degré de la performance
sociale des entreprises (PSE).

Toutefois, dans la mise à jour de la théorie des échelons supérieurs, Hambrick (2007) a incité
les chercheurs à étudier directement les valeurs et les dirigeants des principaux acteurs de
l'entreprise. Contrairement aux études mentionnées ci-dessus. Dans le précédent paragraphe,
nous allons démontrer comment les deux catégories qui constituent les caractéristiques
managériales, influencent la décision de l‘engagement dans la RSE.

3.2.1.1.1 Les valeurs managériales

Ces dernières années, la littérature, notamment, dans le domaine du marketing a commencé à


se concentrer sur le processus de prise de décision éthique.
Différents auteurs dans ce domaine à l‘exemple de Vitell et al. (2010), ont étudié la relation
entre la RSE et l‘idéologie éthique de l‘individu.

A son tour Forsyth (1980), a stipulé que la philosophie morale personnelle a été largement
utilisée par les chercheurs et que sa taxinomie a fourni une plate-forme utile pour examiner le
jugement moral des managers (Forsyth, 1992 ; Tansey, 1994). Un peu plus tard, (Sharp, 1898
cité par Forsyth, 1992) a conclu que le manque de consensus dans le jugement moral est
obtenu parce que les individus adoptent différents systèmes éthiques. Forsyth (1980, 1992)
estime que chez la plupart des individus, les convictions éthiques tournent autour de deux
dimensions le relativisme et l'idéalisme.

La première dimension se définit comme la mesure dans laquelle l'individu rejette les règles
morales universelles en faveur du relativisme (Forsyth, 1980). La deuxième dimension se
concentre sur l'idéalisme dans ses attitudes, qui est la supposition que des conséquences
désirables peuvent toujours être obtenues avec l'action « juste » (Forsyth, 1980).

Il en résulte du croissement de ces deux dimensions, quatre philosophies morales


personnelles distinctes qui sont : le Situationnisme, le Subjectivisme, l'absolutisme et
l‘exceptionnisme, (voir figure n° 11).

121 
 
 

 
Figure 11 Taxinomie des idéologies éthiques Forsyth, (1980)

Source :Forsyth (1980)

En conséquence, l‘idéologie éthique d'un individu est une partie de son idéologie globale, qui
se constitue de normes, de croyances et de valeurs (Van Ken et al., 2001). Pareillement,
l'idéologie éthique du chef d‘entreprise doit être considérée comme un élément de ses valeurs,
décrite dans la théorie des échelons supérieurs (Hambrick et Mason, 1984).

Dans ce sens, des recherches antérieures ont montré que les individus ayant un intérêt social
élevé préfèrent davantage des valeurs qui comprennent le souci des autres, tandis que les
individus avec des valeurs d'intérêts sociaux faibles semblent être plus autocentrés.

En outre, les personnes ayant un intérêt social élevé, cumulent un score élevé sur l'échelle de
l'idéalisme, et un score bas sur l‘échelle du relativisme, alors que les individus avec un faible
intérêt social ont un faible score sur l‘échelle de l'idéalisme et un score élevé sur l‘échelle du
relativisme (Van Kenhove et al., 2001).

Il en résulte que les personnes qui obtiennent un score élevé sur l'échelle de l'idéalisme
perçoivent l‘engagement dans la RSE comme plus important, alors que les personnes qui
obtiennent un score élevé sur l'échelle du relativisme sont censées percevoir l‘engagement
dans la RSE comme moins important (Singhapakdi et al., 1996 ; Vitell et Hidalgo, 2006).
122 
 
 

 
Des recherches empiriques antérieures ont trouvé des preuves sur l'influence des valeurs
personnelles d'un individu, en particulier de son idéologie éthique, sur sa perception de la
RSE (Singhapakdi et al., 1995; Vitell et al., 2010). Plus précisément, l'idéalisme a été désigné
comme un facteur qui a un effet positif et le relativisme a été désigné comme un facteur qui a
un effet négatif sur la perception du rôle de la RSE. Les résultats de l'étude réalisée par
Singhapakdi et al. (1995) considèrent que les valeurs morales ont une influence sur la
perception de l'éthique du gestionnaire et par conséquent, sur la perception de la RSE dans la
réalisation de l‘efficacité organisationnelle. Schwartz (2001), a constaté que ces valeurs
personnelles ont été liées avec la conformité de son code de déontologie d'entreprise et de la
même façon avec l'importance perçue de l‘éthique et de la RSE.

Dans cette logique, certains chercheurs à l‘exemple de Vitell et al. (2010) sont arrivés à
expliquer le processus de prise de décision éthique en examinant certains modèles éthiques
existants et en analysant les antécédents et les conséquences de la perception des
responsables marketing de l'éthique et de la RSE. Le modèle qui a résulté de cette recherche a
mis l'accent sur un processus qui commence par la perception du rôle de l'individu de l'éthique
et termine par l‘engagement de l‘entreprise dans les pratiques sociales et environnementales.
En outre, les chercheurs supposent que les perceptions sur l'éthique et la RSE sont une
variable médiatrice dans le processus de prise de décision éthique.

A propos des résultats sur les antécédents de la perception du rôle de l'éthique et de la RSE
des professionnels du marketing, Vitell et al. (2010) ont trouvé que l'idéalisme a un effet
positif et que le relativisme a un effet négatif sur l'importance de l'éthique et de l‘engagement
dans la RSE.

Toutefois, il convient de noter que les résultats de la recherche effectués par Etheredge
(1999), montrent que le relativisme influence positivement sur l'importance de l'éthique et de
la RSE, qui est en contraste avec l'influence négative du relativisme dans l‘ensemble des
autres études. Autrement dit, les résultats de la recherche concernant l'influence du relativisme
ne sont pas totalement compatibles.

Concernant les échelles de mesure utilisées, les valeurs éthiques des entreprises ont été
mesurées en utilisant l‘échelle de la Valeur de l‘éthique de l‘entreprise (CEV) élaborée par

123 
 
 

 
Hunt et al. (1989), alors que, le Questionnaire de Pposition Ethique (EPQ), développé par
Forsyth (1980), a été utilisé pour mesurer les valeurs morales personnelles, à savoir
l'idéalisme et le relativisme.

En résumé, pour notre travail de recherche nous avons conclu que, les valeurs éthiques de
l‘individu se traduisent par deux dimensions, le relativisme et l‘idéalisme. L‘idéalisme reflète
« le degré auquel les individus croient qu’un comportement moralement « bon » conduit
toujours à des conséquences positives. Les idéalistes valorisent des relations chaleureuses
avec les autres, aiment être respectés, ont un sens de l’appartenance et des croyances
éthiques fortes ». Le relativisme « reflète une certaine réticence à adhérer à des principes
moraux universels et se traduit par une prise en compte des variables situationnelles et
cultures locales lors de jugements éthiques » (Pras et Vaudour-lagrace, 2007).

Ainsi, les dirigeants qui sont plus « idéalistes » accordent plus d‘importance à l‘éthique et aux
normes universelles, et par conséquent, ils s‘engagent dans la RSE (voir la figure n° 12). Cela
nous ramène vers la première hypothèse de notre recherche qui est :

H1 : Les valeurs idéalistes du dirigeant influencent positivement l’engagement de


l’entreprise dans la responsabilité sociale.

Comme on pourrait s'attendre logiquement à ce que les dirigeants qui sont plus « relativises »,
accordent moins d‘importance à l‘éthique et aux normes universelles et par conséquent ils ne
s‘engagent pas dans la RSE (voir la figure n° 12). Cela nous ramène vers la deuxième
hypothèse de notre recherche qui est :

H2 : Les valeurs relativistes du dirigeant influencent négativement l’engagement de


l’entreprise dans la responsabilité sociale.

3.2.1.1.2 Les caractéristiques observables

La deuxième catégorie est constituée de caractéristiques observables, qui influencent les


perceptions des gestionnaires et donc les choix stratégiques, dans notre cas l‘engagement dans
la RSE (Hambrick et Mason, 1984).

124 
 
 

 
L'idée de base de Hambrick et Mason (1984) est que les caractéristiques observables des
membres de l'équipe dirigeante servent de procuration pour la base cognitive sous-jacente et
les valeurs par lesquelles les gestionnaires perçoivent leur environnement sur lesquels ils
fondent leurs décisions. En outre, les caractéristiques observables peuvent être des substituts
pour les croyances et les valeurs des Managers. Hambrick et Mason (1994), affirment que
les« facteurs démographiques observables fournissent une représentation fiable de la
composition d'une personne ... [et] sont des prédicteurs puissants de stratégies ».

Par conséquent, le choix des caractéristiques observables est primordial, car elles servent à
prédire les stratégies de l‘entreprise et enfin de compte sa réussite.

Dans ce sens, Hambrick et Mason (1984) ont identifié six caractéristiques observables
spécifiques (âge, piste fonctionnelle, d'autres expériences professionnelles, niveau
d‘éducation, etc) qui contribuent à prédire la décision du leadership.

Une variété d‘études empiriques ont suivi ce raisonnement, en se concentrant sur la relation
entre les valeurs des gestionnaires et les caractéristiques observables (démographiques) tels
que l'âge, le sexe (Wiersema et Bantel, 1992 ; Westphal et Milton, 2000), ainsi que, les
caractéristiques observables (contextuelles), à exemple de, l'éducation, l'ancienneté et le
contexte fonctionnel (Walker, 1985; Wagner, 1987; Papadakis et Barwise, 2002).

De la même manière, Yordanova (2011) dans une étude pour mesurer l‘influence du chef
d‘entreprise dans l‘engagement dans des plans de croissance en Bulgarie, a identifié trois
caractéristiques observables, comme (l'âge, le sexe, l'éducation).

Dans les paragraphes suivants nous allons présenter, les caractéristiques observables choisies
dans notre étude qui influencent la décision du chef d‘entreprise pour s‘engager dans la RSE.

3.2.1.1.2.1 L’âge du dirigeant

La première caractéristique observable qui est identifiée dans notre recherche est l‘âge du
dirigeant. En outre, L'âge du directeur influence la décision stratégique de l‘entreprise. Dans
ce sens, (Norburn et Birley 1988 ; Hitt et Tyler, 1999 cités par Yordanova, 2011) ont désigné
l'âge comme une caractéristique personnelle qui influence sur la prise de décision stratégique.

125 
 
 

 
L'âge influence la recherche d'information et de traitement dans le processus décisionnel. Par
conséquent les capacités mentales et physiques semblent être une fonction de l'âge (Postma et
Kok, 1999). Hambrick et Mason (1984) indiquent un autre aspect important de l'âge: «cadres
plus âgés ont un plus grand engagement psychologique».

Nombreux sont les chercheurs qui ont également constaté, que les attitudes deviennent plus
éthiques avec l'âge, car les personnes âgées sont susceptibles d'avoir une perspective plus
large sur les enjeux et les entités qui entourent la prise de décision.

Il en ressort que les gestionnaires les plus âgés peuvent avoir plus de valeurs éthiques et
s‘engagent de manière beaucoup plus active dans la RSE (Borkowski et Ugras, 1998;
Waldman et al., 2006; Diez et al., 2011). Dans ce sens, Borkowski et Ugras, (1998) ont
constaté que les attitudes deviennent plus éthiques avec l'âge.

Ce phénomène peut être expliqué par la théorie de Kohlberg concernant le développement


moral de l'individu, (Kohlberg1981 cité par Borkowski et Ugras, 1998). Selon Kohlberg, les
individus passent par six stades de développement moral cognitif et présentent de plus en plus
les attitudes morales à leur échéance (Borkowski et Ugras, 1998). En outre, Diez et al. (2011)
considèrent que les personnes âgées sont susceptibles d'avoir une perspective plus large sur
les enjeux et les entités qui entourent la prise de décision, y compris de multiples parties
prenantes. Il en ressort que les gestionnaires plus âgés peuvent avoir des valeurs éthiques et
s‘engagent plus facilement dans la RSE.

A son tour, Deshpande (1997) suppose que les personnes âgées sont plus conscientes des
conséquences d'un comportement contraire à l'éthique. De la même manière, Waldman et al.
(2006) ont constaté que l'âge est positivement corrélé avec l'aspect communautaire des valeurs
de la RSE.

En résumé, la majorité des études empiriques réalisées dans ce domaine ont approuvé cette
relation positive, à l‘exemple de l‘étude de Borkowski et Ugras (1998) qui ont réalisé une
méta-analyse de 56 études portant sur l'influence des caractéristiques démographiques sur les
attitudes éthiques des répondants. Sur la base de cette revue de littérature, les auteurs ont
conclu que les facteurs rapportés avec cohérence sont le sexe, l'âge et le niveau d'instruction.

126 
 
 

 
Cette relation entre l‘âge du dirigeant et la sensibilité envers l‘intégration de la RSE (voir la
figure n° 12), nous a conduits vers la troisième hypothèse :

H3: L’âge du dirigeant influence positivement l’engagement de l’entreprise dans la


Responsabilité Sociale.

3.2.1.1.2.2 Le niveau d’éducation

Le niveau d‘éducation indique la connaissance d'une personne et de ses compétences


(Hambrick et Mason, 1984). L'éducation pourrait également influencer la décision d'un
gestionnaire à s'engager dans la RSE, puisque, l'engagement est motivé par le fait que
l'éducation façonne partiellement la connaissance d'un individu. En outre, Waldman et al.
(2006), estiment que des niveaux élevés de l'éducation peuvent être associés à une perspective
plus large sur les exigences des différents groupes d'intervenants, ce qui entraînera des valeurs
fortes en matière de RSE.

Wiersema et Bantel indiquent que: «les niveaux élevés d’éducation sont associés à une forte
capacité de traitement de l'information et de la capacité à discriminer entre une variété de
stimuli» (Wiersema et Bantel, 1992). Le niveau d'instruction des dirigeants a toujours été lié à
l‘adoption du comportement stratégique, (Kimberley et Evanisko, 1981 cité par Deshpan,
1997).

Selon Quazi (2003), « Les gestionnaires possédant des qualifications d'enseignement


supérieures tendent à avoir des attitudes libérales qui poussent leur organisation vers une
plus grande orientation sociale ».

Les résultats empiriques de la recherche donnent la preuve de ce raisonnement dans la mesure


où l'éducation a été jugée significativement lier à la perception du gestionnaire en matière de
RSE (Kolvereid, 1992). De la même manière, les études empiriques de Davidson (1991) ont
démontré aussi, un lien entre le propriétaire hautement instruit et les deux motivations de
croissance et du développement du capital humain.

Pareillement, Yordanova (2011) a prouvé dans une étude réalisée sur 350 entreprises
bulgares, que le niveau d‘éducation du chef d‘entreprise, influence l‘engagement de
l‘entreprise dans les plans de croissance.
127 
 
 

 
Par conséquent, la quatrième hypothèse, mise en avant est l‘influence positive du niveau
d'instruction du gestionnaire sur l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE (voir la figure n°
12).

H4: Le niveau scolaire du dirigeant influence positivement l’engagement de l’entreprise


dans la responsabilité sociale.

3.2.1.1.2.3 La carrière

« Bien que les membres de la coalition dominante d'une entreprise, en particulier le chef de la
direction sont présumés avoir le point de vue d'un généraliste, chacun apporte à son travail
une orientation qu’il a souvent développé à partir de l'expérience dans un domaine
fonctionnel primaire» (Hambrick et Mason, 1984).

Ainsi, les gestionnaires et en particulier les chefs de direction sont supposés avoir un point de
vue d'un généraliste. Cependant, il est reconnu que la carrière primaire d‘un chef d‘entreprise
influence sa décision. En d‘autres termes, chaque directeur apporte à son orientation
professionnelle et sa décision, ce qu‘il a développé habituellement à partir de l'expérience
dans une piste fonctionnelle primaire.

Les pistes fonctionnelles dans l‘entreprise peuvent être classées en trois catégories : les
fonctions sorties (comprennent les traces de marketing, des ventes et des produits de
Recherche et Développement), les fonctions de débits (fonctions d‘accompagnements tels que
l'ingénierie de production et de processus), et les fonctions droits et finances (Hambrick et
Mason, 1984 ; Thomas et Simerly, 1994).

Ainsi, les gestionnaires ayant une expérience dans les fonctions de sorties, tels que le
marketing et les ventes, sont plus tournés vers l'extérieur et peuvent donc être plus sensibles
aux besoins des parties prenantes, contrairement aux autres fonctions qui sont internes
(Thomas et Simerly, 1994).

Toutefois, la piste fonctionnelle ne peut pas dominer les choix stratégiques d‘un dirigeant,
mais on peut s'attendre à ce qu‘elle exerce une certaine influence (Hambrick et Mason, 1984).

128 
 
 

 
Cette sensibilité des dirigeants peut être traduite en une plus grande importance accordée à
l‘intégration de la RSE (voir la figure n° 12). Cela nous conduit vers la cinquième hypothèse :

H5: La carrière suivie par le chef d’entreprise (dans le marketing et le commerce)


influence positivement, l’engagement de l’entreprise dans la responsabilité sociale.

3.2.1.1.2.4 L’expérience

La quatrième et dernière caractéristique observable, qui peut influencer le choix stratégique


d‘un directeur et donc l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE est l‘expérience du chef
d‘entreprise.Cette caractéristique est définie dans notre recherche comme le temps de service
passé à l'intérieur de l‘entreprise. Cette caractéristique est appelée également, la permanence,
la titularisation ou l‘expérience d‘une manière générale (Hambrick et Mason 1984 ; Miller,
1991 ; Wiersema et Bantel, 1992; Thomas et Simerly, 1994).

La titularisation de l‘équipe dirigeante ou du chef d‘entreprise est un facteur essentiel pour la


stabilité, la communication et l‘élimination du conflit, Tihanyi et al. (2000). En outre, un
mandat de longue durée, de l‘équipe de direction, a un rapport positif sur la cohésion sociale
et les bases cognitives partagées (Michel et Hambrick, 1992).

Après avoir accumulé plus d'ancienneté, l‘équipe de direction ou les dirigeants peuvent créer
des bases de connaissances partagées plus correctes concernant les parties prenantes qui les
entourent (Gimeno et al., 2005).

Dans ce cas, les managers qui ont passé le plus d'années de service dans l‘entreprise, finissent
par construire un réseau avec les parties prenantes à l'intérieur et à l'extérieur de
l'organisation, ce qui permet, au manager d‘être le mieux informé des circonscriptions de
l'entreprise et de ces exigences contradictoires (Thomas et Simerly, 1994). Cela se traduit par
une plus grande sensibilité pour l‘engagement dans la RSE (voir la figure n° 12). Ainsi, nous
avons la sixième hypothèse qui est :

H6: L’expérience du chef d’entreprise influence positivement, l’engagement de


l’entreprise dans la responsabilité sociale.

129 
 
 

 
Le niveau individuel de notre modèle a été représenté, par les caractéristiques managériales.
Ces dernières influencent l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE à travers les valeurs
managériales (l‘idéalisme et le relativisme) du chef d‘entreprise d‘une part, et d‘autre part,
selon les caractéristiques observables (démographiques et contextuelles) propres au chef
d‘entreprise à savoir (l‘âge, le niveau d‘éducation, la carrière et l‘expérience). Ces
motivations individuelles sont représentées dans la figure n°12.

Figure 12 Les motivations d’engagement dans la RSE au niveau individuel 

Niveau                                                                      Motivations                                                                    Engagement 

H1. L’idéalisme  (+) 

Valeurs 

Managériales   H2. Le relativisme  (­) 

Engagement 
dans la 
Niveau  H3. L’âge   (+) 
responsabilité 
individuel   sociale des 
(+)  entreprises 
H4. Le niveau de scolaire 
Caractéristiques 
observables  (+) 
H5. La carrière 
(marketing)  
(+) 

H6. L’expérience 

130 
 
 

 
3.2.2 Au niveau organisationnel

Le niveau organisationnel (le niveau interne), rappelle les approches théoriques


instrumentales et politiques identifiées dans le modèle de (Garriga etMele, 2004). Ce niveau
regroupe les motivations et les pressions qui sont initiées par des forces internes à l‘entreprise,
et influencent son engagement dans la RSE.

Plusieurs sont les modèles et les recherches qui ont évoqué ces motivations (Bansal et Roth,
2000 ; Barnett et Salomon, 2006 ; Wang et Chan, 2006 ; Egels-Zandén, 2009 ; Thien, 2011)39
mais, sans pour autant, les spécifiées de cette manière.

Dans notre modèle, le niveau organisationnel regroupe les motivations suivantes : la réduction
des coûts, le bien-être des employés et le manque de moyens. Ce niveau sera examiné dans les
paragraphes ci-dessous.

3.2.2.1 La réduction des coûts

Considérée autrefois comme une barrière face à la rentabilité de l‘entreprise, l‘adoption de la


RSE n‘est pas toujours synonyme d‘investissement colossal non rentable. Cette vision
économique traditionnelle a été réfutée, par une nouvelle perspective appelée « l‘hypothèse de
Porter », qui découle du travail de recherche de Porter et Van Der Linde (1995) qui stipulent
que l‘intégration des démarches environnementales ne provoque pas forcément une baisse des
profits et peut au contraire stimuler la firme pour modeler sa stratégie, en conjuguant
l‘innovation environnementale et les avantages économiques « gagnant-gagnant »
stratégie 40.

Définie comme, la motivation des entreprises à s‘engager dans la RSE, dans le but de réduire
leurs coûts de production pour augmenter la profitabilité, la motivation « réduction des coûts
de production » représente parfaitement l‘approche « gagnant - gagnant ». Cette motivation a
été utilisée pratiquement dans tous les modèles présentés dans la section précédente.

Dans cette logique, l‘intégration de la RSE à travers des pratiques tels que l‘installation des
technologies propres ou la valorisation et le recyclage des déchets procurent aux entreprises

                                                             
39Voir la section 1dans le chapitre 3 et la section 2 dans le chapitre 2.
40Porter,M. et C.vanderLinde(1995)‗GreenandCompetitive:Endingthestalemate‘,Harvard Business Review,
73(5):120-134. 
131 
 
 

 
une économie des matières premières et de l‘énergie ce qui allégeraient leurs coûts de
production. Dans ce cas, les firmes tendent à mettre en place des pratiques de management
environnemental, qui contribuent à réduire les coûts de production et à augmenter les profits
(Quazi et al., 2001 ; Céspedes-Lorente et al., 2003 ; Gonzales-Benito et Gonzales-Benito,
2005 ; Melsa, 2006).

Pareillement, Shrivastava (1995) soutient que les organisations ont la possibilité de faire
baisser les coûts d'exploitation en exploitant l'efficacité écologique.

Margolis et al. (2009), ont suggéré également cela dans une méta-analyse où ils en ont conclu
qu‘il existe un lien positif entre les politiques environnementales des entreprises et la
profitabilité. De même, Melnyk et al. (2002) ont affirmé dans leur étude que la réduction des
coûts et une meilleure qualité de produit ont été les principales retombées de la mise en œuvre
de la RSE, pour plus de 1500 organisations en Amérique du Nord.

Le rapport des Affaires canadiennes pour la Responsabilité Sociale (CBSR, 2003) 41 sur
l‘engagement des PME dans la RSE au Canada, a souligné que la RSE dans les PME est
étroitement liée à la réduction des coûts, l'augmentation des performances économiques et a
une situation financièrement viable grâce à une gestion plus éco-efficace.

Cependant, les données empiriques sur l'hypothèse de Porter semblent encore mitigées. Des
travaux de recherche qui ont pris conjointement en compte les multiples dimensions de la
RSE (environnement, ressources humaines, activités communautaires, etc.) ont contredit les
conclusions des travaux cités ci-dessus (Barnett et Salomon, 2006; Brammer et al., 2006).

Plus directement, d‘autres chercheurs à l‘exemple de Cerin (2006) vont jusqu‘à remettre
fortement en question les fondements théoriques de l'hypothèse de Porter « gagnant-
gagnant ».

Néanmoins, plusieurs chercheurs ont continué à démontrer l‘impact positif de la RSE sur les
économies, suite à l‘intégration de la RSE, (Bansal et Roth, 2000; Egels-Zanden 2009 ;

                                                             
41 Rapport d‘ Affaire canadienne pour Responsabilité Sociale (Canadian Business for Social Responsibility),
intitulé « Engaging Small Business in Corporate Social Responsibility, A Canadian Small Business Perspective
on CSR » October 2003. http://info.worldbank.org/etools/docs/library/ 114189/ Engaging %20SME
%20in%20CSR%202003.pdf.
132 
 
 

 
Margolis et al., 2009 ; Campopiano et al., 2012). Wong et Chan (2006) ont confirmé à travers
leur étude dans le domaine de l‘hôtellerie que la mise en œuvre de la RSE vise à réduire la
consommation d'énergie, d'eau, et d‘autres matières premières.

De la même manière, Campopiano et al. (2012) ont affirmé que l‘intégration de la RSE a été
motivée par des économies de coûts directement, comme elle conduit à une amélioration des
portefeuilles financiers.

La majorité de la littérature semble affirmer que l‘engagement volontaire des entreprises dans
la RSE est motivé par la réduction des charges et des coûts de production (voir la figure n°
13). Cela nous conduit vers la septième hypothèse qui concerne le niveau organisationnel :

H7 : La réduction des coûts de production influence positivement l’engagement de


l’entreprise dans la responsabilité sociale.

3.2.2.2 Le bien­être des employés

Cette notion se définit comme, la motivation qui pousse l‘entreprise à s‘engager dans la RSE
afin d‘améliorer le bien-être des employés dans le domaine de la santé et la sécurité dans le
travail.

Ainsi, l‘amélioration du bien-être des employés, notamment la santé et la sécurité au travail,


est reconnue par certains chercheurs comme la première motivation d‘engagement dans la
RSE. D‘après Boiral (2006), la pollution industrielle est une question de santé et de sécurité
des ouvriers à l‘usine avant qu‘elle soit un grave problème d‘environnement. En effet, les
ouvriers sont les premières victimes de cette pollution puisqu‘ils se retrouvent généralement
au plus près de la production qui est à l‘origine des rejets polluants.

Il en ressort donc que, la RSE commence sur le lieu de travail où, chacun doit pouvoir mener
à bien ses missions dans des conditions de travail basées sur la préservation de la santé et de
la sécurité des employés. Dans ce sens, Fukukawa et Moon (2004) ont démontré que la
réduction au minimum des risques d'accidents était la principale cause dans la mise en œuvre
des démarches de la RSE par les entreprises japonaises.

133 
 
 

 
Dans cette logique, Werner (2009) a estimé que les activités traditionnellesen matière de la
RSEenglobent « la santé, l'éducation et les services communautairessont généralement
considérés commedistinctset sans rapport avecles opérations commercialesde base ».

L‘engagement dans la RSE afin d‘améliorer les conditions de santé et de sécurité, peut être
réclamé par les employés, à travers le recours à des intermédiaires internes tels que le comité
d‘hygiène ou le service d‘environnement.

Pareillement, plusieurs sont les études empiriques qui ont établi une relation positive entre
l‘engagement dans la RSE et l‘amélioration du bien-être à l‘exemple de l‘étude menée par
Quazi et al. (2001) et qui affirme que les entreprises s‘engagent dans des processus
environnementaux, afin d‘assurer le bien-être des employés.

Par conséquent, l‘existence d‘une relation entre l‘amélioration du bien-être des employés
notamment la santé et la sécurité au travail et l‘engagement dans la RSE, peut expliquer la
montée en intensité des engagements des entreprises dans la RSE (voir la figure n° 13). Ce
constat nous conduit vers l‘hypothèse suivante qui est :

H8 : Le bien-être des employés influence positivement l’engagement des entreprises


dans la responsabilité sociale.

3.2.2.3 Le manque de moyens

Le manque de moyens se définit dans notre recherche comme les moyens financiers et
humains, réclamés par la démarche sociale et environnementale qui freinent la motivation des
entreprises pour s‘engager dans la RSE. Cette motivation est composée en majorité de trois
types de barrières qui peuvent freiner l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE.

Tout d‘abord, le manque de moyens financiers, malgré le potentiel pour une production plus
respectueuse de l‘environnement et qui génère des économies, des coûts substantielles.
L‘intégration de la responsabilité sociale dans l‘entreprise, peut être inhibée par plusieurs
obstacles financiers. Tout d‘abord, les coûts de la mise en œuvre des pratiques de la RSE
présentent un obstacle face à l‘intégration de la RSE notamment dans les PME. Le rapport des
Affaires canadiennes pour la Responsabilité Sociale (CBSR, 2003) a affirmé que la
règlementation industrielle et les coûts de la technologie propre, interdisent aux PME

134 
 
 

 
l‘intégration de la RSE. A cela s‘ajoute, les faibles aides gouvernementales et les politiques
d'investissements internes incompatibles avec les objectifs de la RSE.

Ensuite, le manque de moyens humains (personnel qualifié), les différents aspects de la force
de travail au sens large d'une entreprise peuvent présenter des obstacles à l‘intégration de la
RSE. Dans ce sens, des problèmes peuvent se produire lorsqu'il existe: un manque de
personnel en charge de la gestion, du contrôle et de la technologie de réduction des déchets de
mise en œuvre; une réticence à employer des ingénieurs formés pour la prétendue conception
du temps des technologies de réduction des déchets, une incapacité à gérer un programme
supplémentaire au sein de l'entreprise, le manque de compétences appropriées empêche les
entreprises à s‘engager dans la RSE, (Carlisle et Faulkner, 2004; Sweeney, 2007).

Enfin, un manque d'information constitue un obstacle majeur à l'adoption de la RSE, qui est
l'inaccessibilité de l'information et de l'expertise appropriée. Malgré le potentiel considérable
de la RSE à améliorer la compétitivité d'une entreprise, dans de nombreux cas, les entreprises
sont incapables d'exploiter ces possibilités en raison de l'ignorance. Le manque d'informations
au niveau de l‘entreprise sur les technologies propres spécifiques, contribue ainsi aux risques
et incertitudes en ce qui concerne l'adoption de la RSE, Castka et al., (2004). Ce manque
d‘informations est constaté en particulier au niveau des PME, ce qui les empêchent souvent
d‘intégrer la RSE, (DeTienne et Lewis, 2005).

Des études empiriques ont confirmé ces constats, (Laudal, 2011; Arevalo et Aravind, 2011), à
l‘exemple de l‘étude réalisée par Santos (2011), qui a prouvé que le manque de moyens peut
freiner l‘engagement des entreprises dans les démarches environnementales volontaires.

Dans le même sens, Laudal (2011), ainsi qu‘Arevalo et Aravind (2011) ont prouvé que le
manque de moyens, influence négativement l‘engagement des entreprises dans la RSE.

Au niveau interne, le manque de moyens financiers et humains, a souvent handicapé les


entreprises dans leurs démarches stratégiques. De plus, le manque de moyens, freine
l‘engagement des entreprises dans la RSE (voir la figure n° 13). Ce qui nous ramène vers la
neuvième hypothèse qui est :

135 
 
 

 
H9 : Le manque de moyens (financiers et humains) influence négativement
l’engagement de l’entreprise dans responsabilité sociale.

Dans le but d‘identifier les motivations d‘engagement des entreprises dans la RSE au niveau
organisationnel ou interne à l‘entreprise, nous avons représenté ce niveau par un groupe de
motivation qui a été largement utilisé dans la littérature à savoir la réduction des coûts de
production, le bien-être des employés et le manque de moyens. Ces motivations
organisationnelles sont représentées dans la (figure n° 13):

Figure 13 Les motivations d’engagement dans la RSE au niveau organisationnel 

Niveau                                                                    Motivations                                                                    Engagement 

H7. Réduire les coûts de  (+) 
production 

Engagement 
(+) 
dans la 
Niveau  responsabilité 
H8. Le bien­être des  
organisationnel  employés(santé et sécurité)  sociale des 
(­) 
entreprises 

H9. Le manque de moyens 

3.2.3 Au niveau institutionnel

Le niveau institutionnel (le niveau externe), représente les approches théoriques intégratives
et une partie des approches instrumentales identifiées dans le modèle de Garriga et Mele
(2004). Ce niveau regroupe les motivations et les pressions externes à l‘entreprise, qui
influencent l‘engagement dans la RSE. Nous retrouvons une partie de ce groupe de
motivation dans le modèle de Bansal et Roth (2000), cité sous le titre de « la pression des
136 
 
 

 
parties prenantes », ainsi que, dans le modèle d‘Egels-Zandén (2009), représenté sous le titre
« L‘amélioration de la légitimité (confiance, réputation, image et marque) » (voir la section
précédente).

Dans notre modèle, le niveau institutionnel regroupe les motivations suivantes : la législation,
les avantages concurrentiels, les attentes des clients, lessubventions de l‘Etat, la pression des
organisations non-gouvernementales, la pression des médias, le commerce international et la
société mère. Ce niveau sera examiné dans les paragraphes ci-dessous :

3.2.3.1 La législation

La législationreconnue comme la première déterminante des comportements responsables des


entreprises par une très grande et vaste littérature sur les motivations de l‘engagement dans la
RSE, à l‘instar des modèles présentés dans la section précédente, ainsi que dans l‘ensemble de
la littérature (Schwartz et Carroll, 2003 ; Tallontire, 2007; Williams et Aguilera, 2008).

Cette motivation est définie dans notre étude comme : la réglementation et la législation en
vigueur qui poussent les entreprises à intégrer la RSE. Cette motivation est représentée par
les deux dimensions suivantes : la crainte des sanctions, et l‘anticipation sur de nouvelles lois
susceptibles d‘être élaborées par l‘Etat, Schwartz et Carroll (2003). Les motivations
réglementaires sont liées aux exigences légales en matière de l'environnement, la santé et la
sécurité (Quairel et Auberger, 2005).

Ces textes visent à empêcher toutes manifestations d‘externalités à l‘encontre du patrimoine


naturel. Cette réglementation correspond à des mesures institutionnelles interdisant ou
limitant certaines activités, ou produits portant des nuisances aux milieux naturels (Salamitou,
2004).

Dans ce nouveau climat, les entreprises ont compris, que le respect de la réglementation en
vigueur est une condition nécessaire pour leur pérennité et leur développement, ainsi que,
pour l‘instauration d‘une relation fondée sur la confiance avec les pouvoirs publics, DiMaggio
et Powell (1983). Par conséquent, la législation a été reconnue par un grand nombre de
chercheurs comme étant la première motivation qui amène les entreprises à tenir compte de
l‘impact de leurs activités sur l‘environnement naturel (Quairel et Auberger, 2005).

137 
 
 

 
A leur tour, Irene et perry (1996) ont déclaré qu‘ils « ne sont pas surpris que la plus grande
source individuelle de la pression qui motive les entreprises a intégré la RSE est la
réglementation gouvernementale ». De plus, l‘intégration de la RSE, peut convaincre l‘Etat de
ne pas légiférer des nouvelles lois (Bansal et Roth, 2000).

Ces motivations réglementaires ont été confirmées par un très grand nombre d‘études
empiriques à savoir, l‘étude menée par Chan et Wang, sur une série d‘hôtels en Chine, qui a
confirmé que, les hôtels adoptent des processus de protection de l‘environnement pour
répondre au changement législatif (Chan et Wang, 2006).

Givel dans son étude sur l'industrie chimique américaine a annoncé que l‘effort réalisé dans
l‘intégration de la démarche environnementale, vise également à éviter les plus fortes et plus
coûteuses réglementations imposées sur les produits chimiques (Givel, 2007).

Sam et Innes (2008) ont montré que la participation à un programme de réduction des déchets
toxiques (US 33/50)42 a été motivée par l'attente d'un examen réglementaire détendu. De la
même façon, en utilisant les données sur environ 4000 établissements dans sept pays de
l'OCDE, Johnstone et Labonne (2009) ont fourni des preuves solides sur les certificats
environnementaux qui servent à anticiper sur la réglementation gouvernementale.

En résumé, dans ce domaine, la littérature a formellement identifié la crainte de la législation


ou l‘anticipation sur la nouvelle législation comme une motivation incontournable qui
influence l‘engagement des entreprises dans le processus volontaire de la RSE (voir la figure
15). Cela nous ramène donc vers la dixième hypothèse testable formulée comme :

H10 : La crainte de la règlementation influence positivement l’engagement de


l’entreprise dans la responsabilité sociale.

                                                             
42US 33/50,C‘est un programme volontaire lancé par agence de protection environnementale (EPA), qui incite
les industries américaines às'engage da la réduction des Déchets toxiques.
138 
 
 

 
3.2.3.2 Les avantages concurrentiels

Les études43empiriques réalisées sur les motivations d‘engagement des entreprises désignent
l‘avantage concurrentiel, comme un résultat direct de l‘engagement des entreprises dans la
RSE.

Les avantages concurrentiels sont définis comme des politiques qui servent à restaurer et
améliorer la légitimité, la confiance, la réputation, l‘image et la marque. Cette motivation
représente l‘explication la plus courante de l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE (Egels-
Zandén, 2009).

Selon Bansal et Roth (2000), les avantages concurrentiels sont des mesures qui permettent de
différencier les produits, réduire les coûts, anticiper sur la nouvelle législation, obtenir un
produit de qualité, etc. que les entreprises cumulent à travers l‘engagement dans la RSE.

D‘une manière générale, les entreprises s‘engagent dans la RSE qui est motivée par
l‘acquisition de nouveaux atouts de concurrence face à ses rivaux.

Avoir un avantage concurrentiel, a toujours été l‘objectif principal des entreprises. Un


manager de firme japonaise a déclaré que « Les entreprises qui ont rivalisé sur le prix et la
qualité, rivalisent maintenant davantage sur les questions environnementales, qui peuvent
acquérir des avantages concurrentiels » (Cheryl et al., 2010).

Les études académiques convergent vers trois raisons concurrentielles principales qui
poussent les entreprises à s‘engager dans la RSE à savoir, la légitimité, l‘image, la
différenciation du produit et le recrutement des éléments compétents.

Les entreprises adoptent des comportements responsables afin d‘améliorer leur image et la
valeur de leurs produits. Il s‘agit, donc d‘une manipulation en marketing écologique qui fait
apparaître l‘entreprise comme une firme responsable et ses produits comme étant respectueux
de l‘environnement naturel. D‘ailleurs, cela a été confirmé dans le modèle de (Bansal et Roth,
2000), que nous avons vu dans la section précédente. Ainsi, d‘après ces chercheurs,
l‘engagement dans la RSE peut être motivé par l‘attraction d‘une bonne image.

                                                             
43 Voir section 2 chapitre 2, et section 1 chapitre 3.
139 
 
 

 
La bonne gestion de l‘image de l‘entreprise, renforce sa légitimité et sa réputation, qui sont
vitales pour les sociétés, compte tenu de leurs capacités à influencer les opinions des
consommateurs et des investisseurs (Harrison et Freeman, 1999).

En d‘autres termes, l‘adoption d‘une démarche RSE permet à l‘entreprise de transmettre une
image positive aux parties prenantes (Orlitzky et al., 2003).

Kevin Keller a écrit sur l‘effet d‘une bonne image créée dans l'esprit du consommateur en
raison de l'activité responsable des entreprises qu‘ « Une association d'image d'entreprise
socialement responsable implique la création de la perception des consommateurs d'une
entreprise en contribuant à des programmes communautaires, soutien aux activités
artistiques et sociales et qui tente généralement à améliorer le bien-être de la société dans
son ensemble » (Keller, 1998, cité par Balachandran et Malani, 2013).

Nombreux sont les travaux empiriques qui ont fait le lien entre l‘adoption de la RSE, l‘image
de l‘entreprise et le profit à long terme, (Morimoto et al., 2005; Maignan et Ralston, 2002;
Orlitzky et al., 2003). Dans ce sens, l‘étude Maignan et Ralston (2002) considère qu‘aux
États-Unis, la RSE est particulièrement utilisée comme un outil d‘image et de marketing qui
influence les perceptions de la société. Cette même idée est partagée par Morimoto et al.
(2005), qui voient la RSE comme un outil pour le développement d'une image de marque
positive.

Avec des marchés devenus de plus en plus concurrentiels où chaque entreprise cherche à se
démarquer de ses adversaires. Aujourd‘hui, le comportement responsable envers
l‘environnement naturel semble être la nouvelle arme utilisée par les entreprises afin de
différencier le produit dans un marché dominé par des produits quasiment similaires. En effet,
l‘intégration des préoccupations écologiques permettra aux entreprises d‘améliorer leurs
ventes et leurs positions concurrentielles (Gonzales-Benito et Gonzales-Benito, 2005).

Arora et Lason (1995) affirment que le comportement écologique de la firme est influencé par
le niveau de concentration d‘un marché. Dans le cas d‘une forte intensité concurrentielle, les
entreprises opteront beaucoup plus pour une stratégie de différenciation de produit,
notamment par des spécificités écologiques.

140 
 
 

 
Pour maintenir l‘avantage concurrentiel, l‘entreprise sera souvent contrainte à imiter les
organisations performantes qui s'engagent dans la RSE authentique, sans avoir à prendre
deréelles mesures (Weaver et al., 1999).

L‘avantage concurrentiel de l‘entreprise se manifeste aussi, par la force d‘attractivité des


meilleurs employés. Afin, d‘avoir un bon recrutement, l‘entreprise doit mettre en avant des
perspectives sociales et environnementales pour attirer les employés compétents, qui seront
fiers de travailler pour une société respectueuse de l'environnement ce qui améliore la position
concurrentielle de l‘entreprise (Chan et Wong, 2006).

Ces manœuvres ont toujours existé, puisque Davis en 1973 affirme que l'adoption des
pratiques de RSE conduit les entreprises à acquérir un avantage concurrentiel, en passant par,
l‘amélioration de leur capacité à attirer des ressources humaines de haute qualité (Davis, 1973
cité par Poussing, 2008)

Dans cette logique, une étude de McKinsey réalisée sur 403 cadres supérieurs dans le monde
entier, a confirmé à 68% que les organisations avec un pauvre bilan environnemental
trouveraient de plus en plus de difficultés à recruter et conserver un personnel de haute
compétence (Hesan et al., 2001). Pour Egels-Zandén (2009), peu importe les raisons
particulières, l'argument général est le même: l'adoption des politiques de la RSE offre un
moyen d'obtenir des avantages compétitifs vis-à-vis des concurrents.

En résumé, adopter une démarche de RSE permet d‘accroître la performance de l‘entreprise


par rapport aux concurrents qui n‘adoptent pas les démarches de la RSE, (Freeman, 1984 ;
Ullmann, 1985 cités par Bansal et Roth, 2000).

En conséquence, nombreux sont les auteurs qui ont lié l‘engagement volontaire des
entreprises dans la RSE à la recherche interminable des avantages concurrentiels de la part
des entreprises. Ces avantages sont représentés par l‘amélioration de la réputation de
l‘image, la différenciation du produit et l‘attraction d‘une main-d‘œuvre qualifiée (voir la
figure n° 14). D‘où notre hypothèse exprimée en ces termes :

H11 : Les avantages concurrentiels influencent positivement l’engagement de


l’entreprise dans la responsabilité sociale.

141 
 
 

 
3.2.3.3 Les attentes des clients

Selon Freeman, « plusieurs acteurs exercent des pressions sur la firme en vue de protéger et
de favoriser leurs propres intérêts », (Freeman 1984 ; cité par Dontenwill 2005). Ainsi, cette
motivation pousse les entreprises à s‘engager dans la RSE, dans le but de satisfaire les attentes
de ses clients.Cette motivation figure parmi les motivations les plus rencontrées dans la
littérature sur les motivations d‘engagement dans la RSE, (Sen et Bhattacharya, 2001;
Maignan et Ferrell, 2003; Pivato, et al., 2008).

Selon Nawrocka (2007), les exigences du client sont considérées comme le principal élément
qui motive les entreprises à adopter les démarches environnementales volontaires.

Les consommateurs sont devenus très sensibles quant au potentiel éthique des entreprises et
écologique des produits achetés. Les sondages tendent en effet à signaler une préoccupation
croissante des consommateurs aux raisons éthiques et écologiques (Pelsmacker et al., 2005).
Par exemple, 46% des consommateurs européens déclarent être prêts à payer beaucoup plus
pour des produits éthiques (Mori, 2000).

Pour manifester leur enthousiasme envers l‘état environnemental et social, les consommateurs
sont prêts à punir les entreprises qui affectent négativement l‘environnement par des
boycottes, des manifestations, etc.Pour encourager les entreprises qui affectent positivement
l‘environnement, les consommateurs sont prêts à payer un supplément pour les produits verts.
Pour cela, les consommateurs s‘organisent afin de rassembler un ensemble d‘informations
objectives sur la performance écologique et éthique de chaque entreprise afin d‘envisager des
actions contre ou pour ces entreprises (Louppe et Rocaboy, 1994).

Renneboog et al. (2008) ont souligné que les marchés financiers peuvent réagir négativement
à l'annonce d'incidents environnementaux négatifs, tels que la violation de permis, les
déversements, les actions en justice, des plaintes ou réagir positivement à l'annonce d'une
performance environnementale supérieure.

Quelles que soient, les modalités d‘action, le comportement écologique des consommateurs
est derrière l‘adoption de l‘entreprise d‘une attitude plus responsable envers la société et
l‘environnement (Henriques et Sadorsky, 1996).

142 
 
 

 
Dans ce sens, Arora et Cason (1995) ont considéré que ce changement de comportement
écologique est beaucoup plus observé auprès des entreprises qui sont en contact direct avec
les consommateurs finaux.

Ce constat a été confirmé par les études empiriques, telles que celles menées par (Douglas et
Glen, 2000; Zutshi et Sohal, 2005) qui ont rapporté que l‘intégration des démarches
environnementales volontaires résulte d‘une meilleure conformité aux exigences des clients.

Une étude similaire réalisée par Souza (2004) dans le secteur de l‘hôtellerie a révélé que les
consommateurs peuvent également influencer les hôtels afin d'adopter la RSE. Dans cette
logique, Maignan et al. (1999) ont établi une relation positive entre la RSE et la fidélité des
clients suite à une enquête réalisée sur des consommateurs.

Ainsi, les clients ont toujours pesé lourd dans l‘équation de la survie de chaque entreprise. Par
conséquent, la stratégie de l‘entreprise est étroitement liée aux envies de ses clients. La
littérature a d‘ailleurs reconnu les attentes des clients, comme une motivation qui pousse
l‘engagement volontaire de l‘entreprise dans la RSE (voir la figure n° 14). D‘où l‘hypothèse
suivante :

H12 : Les attentes des clients influencent positivement l’engagement de l’entreprise dans
la responsabilité sociale.

3.2.3.4 Les Subventions

Parmi les motivations qui représentent le niveau institutionnel de notre modèle, la subvention
de l‘Etat, est définie comme les subventions financières, humaines ou autres qui poussent les
entreprises à s‘engager dans la RSE.

Les gouvernements utilisent une variété de subventions financières pour orienter le


comportement des entreprises, afin qu‘il soit compatible avec les plans nationaux et
régionaux, ainsi que les objectifs économiques, sociaux et environnementaux déterminés
(Allen et al., 2005).

Les subventions étatiques des projets de RSE, motivent les entreprises notamment les
moyennes et petites à intégrer des projets environnementaux.

143 
 
 

 
Selon Chan et Wong (2006) « Les gouvernements de différents pays, qui souhaitent disposer
d'un environnement plus propre, ont beaucoup investi pour encourager les entreprises à
poursuivre l’adoption des démarches environnementales volontaires, à l’exemple de
Singapour, où 70% du coût de l'obtention d'une certification ISO 14001 est subventionné par
le gouvernement ».

Les études existantes dans ce domaine ont fourni des preuves empiriques que les subventions
gouvernementales sont très pertinentes pour améliorer les valeurs des entreprises (Chen et
Wang, 2006; Santos 2011).

Toutefois,les entreprises qui reçoiventdessubventions de l'Etat sont également susceptibles


d'être exposées à une plus grandepression du publicainsi que de la surveillance du
gouvernement. Ces pressions amènent souvent les entreprises vers des activités socialement
bénéfiques, Schwartz et Clements (1999). En d‘autres termes, le gouvernement et le public
attendent des entreprises qui ont reçu une aide financièrede la part du gouvernement, qu‘elles
se comportent d'unemanière socialement responsable.

Les études empiriques dans ce domaine ont identifié un lien positif entre les subventions
financières de l‘Etat et l‘engagement dans la RSE, à l‘exemple de l‘étude menée par Santos
(2011) qui a reconnu le rôle des subventions dans l‘engagement des entreprises dans les
démarches environnementales et sociales volontaires.

De la même manière, dans un travail de recherche académique réalisé en Chine, Zeng (2012)
a affirmé que les subventions étatiques sont positivement corrélées avec la RSE, notamment
dans les entreprises publiques.

Par ailleurs, la littérature a confirmé, qu‘il existe un nombre considérable d‘entreprises


notamment dans les pays en développement qui s‘engagent dans la RSE afin de bénéficier de
subventions de l‘Etat, ou après avoir bénéficié d‘une subvention de l‘Etat (voir la figure n°
14). Cela nous conduit vers la suivante hypothèse.

H13 : La subvention de l’Etat influence positivement l’engagement de l’entreprise dans


la responsabilité sociale.

144 
 
 

 
3.2.3.5 La pression des organismes non gouvernementaux

Van den Berghe et Louche (2005) estiment que « les entreprises sont confrontées à une
nouvelle main invisible, représentée par des forces non marchandes exercées par les ONG,
les médias, les syndicats et d'autres, qui poussent les entreprises à envisager la RSE comme
condition préalable à la croissance et à la prospérité durable ».

Cette motivation est représentée comme une pression exercée par des organismes non
gouvernementaux, qui poussent l‘entreprise à intégrer la RSE. Cette motivation a connu une
augmentation intense, dans les années quatre-vingt-dix avec l‘éclatement des scandales
environnementaux dans les quatre coins du monde.

Selon Thien (2011), il existe des ONG et des mouvements de la société civile qui influencent
les organisations professionnelles pour qu‘elles soient responsables, de la même façon, que
les acteurs gouvernementaux, même si, les pressions des ONG demeurent parmi les nouvelles
motivations qui poussent à la mobilisation directe des entreprises autour des problèmes
sociétaux et environnementaux. D‘après Bansal et Roth (2000), la pression de l‘ONG aura
une incidence sur l‘entreprise d'une manière ou d'une autre.

Selon Knox et al., (2005), l‘évolution du pouvoir des ONG, est derrière l‘amélioration des
politiques des entreprises, en ce qui concerne : les droits de l‘homme, les droits des
travailleurs et l'impact environnemental. Des études confirment désormais, que les entreprises
publient des rapports sur le comportement social et environnemental pour atténuer la pression
des ONG, (Patten 1992 ; Deegan et Rankin, 1996 ; Schepers, 2006).

Dans ce sens, Van Yperen (2006) a relevé de nouvelles pratiques, chez les entreprises
multinationales sous la pression des ONG et des consommateurs, « …En réponse à l'attention
internationale sur les questions de RSE et les pressions des consommateurs et des ONG, les
entreprises de marque, en particulier les sociétés multinationales, des marques telles que
Nike, Adidas, Reebok, Mattel, Levi, Gap et d'autres ont développé des codes de conduite
visant à garantir et à améliorer les normes de base des pratiques en milieu de travail ».

Parallèlement, plusieurs chercheurs ont confirmé totalement ou partiellement ces résultats à


travers des études empiriques, (Ottaway, 2001 ; Guay, et al., 2004).

145 
 
 

 
Dans le but de définir les pressions externes qui poussent les entreprises à s‘engager dans la
RSE, Heyder et Theuvsen, (2009), ont réalisé une étude empirique sur 175 entreprises
allemandes, qui a prouvé que les pressions des ONG figurent parmi les premières pressions
qui poussent les entreprises à intégrer la RSE au sein de leurs stratégies.

Pour conclure, Egels-Zandén (2009), déclare que la menace de la légitimité qui pousse les
entreprises à adopter des politiques de la RSE, est principalement exercée par les campagnes
des ONG. Ainsi, la littérature sur les motivations d‘engagement dans la RSE, a confirmé, que
les pressions des ONG en particulier, dans les pays développés sont derrière l‘engagement des
entreprises dans la RSE (voir la figure n° 14). Cela nous conduit vers hypothèse suivante.

H14 : La pression des ONG influence positivement l’engagement de l’entreprise dans la


responsabilité sociale.

3.2.3.6 La pression des médias

Actuellement, les médias ne sont plus présentés comme un moyen pour divulguer les
publicités et les résultats positifs des firmes, afin d‘attirer plus de consommateurs et
d‘actionnaires. En revanche, aujourd‘hui, les médias sont présentés comme des agents actifs,
qui défendent des valeurs par la mise en forme d‘informations en utilisant une base éditoriale
et des articles de presse (Fombrun et Shanley, 1990).

Kell et Ruggie (2001) ont indiqué que la préoccupation des médias des affaires sociales et
environnementales ont contribué à diriger l‘attention de la société sur ces sujets. En effet,
« l'utilisation efficace des technologies de la communication et de la volonté des médias
internationaux pour mener des histoires sur des délits d'entreprise ont considérablement
accru l'attention du public sur les sociétés » (Kell et Ruggie, 2001).

Ainsi, selon Simon, « … les médias sont la principale source d'information sur
l'environnement……. Les médias ne jouent pas seulement un rôle passif dans l'élaboration de
normes institutionnelles, mais aussi un rôle plus actif en choisissant une des histoires d'une
valeur de rapports et de les encadrer afin de refléter les valeurs de la rédaction » (Simon
1992 cité par Reverte, 2008).

146 
 
 

 
Cette nouvelle situation, donne aux médias la possibilité d'influencer les opinions de
nombreux intervenants. Cette idée a été défendue dans de nombreuses recherches en sciences
de la communication (Ader, 1995; Dalton et al, 1998 cités par Carroll 2004).

Par conséquent, les médias sont devenus une partie intégrante du processus de renforcement
institutionnel, et de l'élaboration des normes et des pratiques de RSE acceptables et légitimes.
En outre, les médias ont acquis un grand pouvoir d‘influence sur le comportement des
entreprises en général, et de la RSE en particulier. Nombreux sont les chercheurs qui ont
affirmé ce constat à l‘exemple de (Berman, et al., 1999; Henriques et Sadorsky, 1999 ; Siegel
et Vitaliano, 2007).

Ces affirmations nous amène vers notre nouvelle motivation institutionnelle qui se définit
comme les pressions exercées par les médias (presses écrites et audiovisuelles), qui poussent
l‘entreprise à intégrer la RSE.

Aujourd‘hui, les entreprises dépendent de ce que les médias rapportent à leurs sujets parce
qu‘elles peuvent toucher plusieurs parties prenantes (consommateurs, actionnaires,
gouvernement, etc.) avec les informations diffusées (Siegel et Vitaliano, 2007).

Dans ce sens, Reverte (2008), stipule qu‘un certain nombre de caractéristiques de l'entreprise,
ainsi que l'exposition aux médias, sont les déterminants potentiels de l‘engagement des
entreprises dans la (RSE).

Des études empiriques ont montré que les médias jouent un rôle important dans la
mobilisation des mouvements sociaux, ce qui influence l‘engagement des entreprises dans la
RSE, (Bansal et Clelland, 2004; Bansal et Roth, 2000; Henriques et Sadorsky, 1996).

De la même manière, dans une étude pratique réalisée sur les entreprises espagnoles cotées en
bourse, Reverte (2008), a réussi à prouver l‘existence d‘un lien positif entre l‘exposition
médiatique et l‘engagement de l‘entreprise dans la responsabilité. D‘après ce dernier
« l'augmentation de l'attention des médias est liée à l’augmentation de la RSE ».

L‘étude réalisée par Carroll et Shabana (2010), sur 367entreprises aux Etats-Unis entre 2000
et 2004 a révélé pratiquement les mêmes résultats que l‘étude menée par Reverte (2008) en

147 
 
 

 
Espagne, où les médias sont des déterminants qui influencent l‘engagement des entreprises
dans la RSE.

En résumé, Bansal et Roth (2000) ont affirmé que les médias ont été particulièrement
influents sur les réponses de l'environnement des entreprises (voir la figure n° 14). Ainsi, sur
la base de ces arguments, nous avançons l'hypothèse suivante :

H15 : La pression des médias influence positivement l’engagement de l’entreprise dans


la responsabilité sociale.

3.2.3.7 Les barrières du commerce international

La motivation du commerce international, représente l‘engagement des entreprises dans la


RSE afin que, les produits puissent dépasser les barrières de commerce international.

La RSE est souvent utilisée comme une barrière afin de protéger les entreprises qui évoluent
dans les marchés internes et d‘augmenter les coûts des potentiels concurrents, généralement
venus des pays en développement.
Chambolle et Giraud-Héraud (2005) ont estimé que, les certificats, notamment imposés par
les pays européens sont comme des barrières non-tarifaires, utilisées pour réduire l‘intensité
de la concurrence sur le marché interne, et en conséquence augmenter les profits des
entreprises locales.
L‘utilisation de la RSE comme une barrière face à la concurrence, a incité sans doute les
entreprises qui œuvrent dans les pays en développement, à intégrer les pratiques responsables
sociales et environnementales, au sein de leur stratégie, afin qu‘elles puissent continuer leur
conquête des marchés occidentaux.

Ces pratiques se manifestent par l‘exemple cité par Lyon et Maxwell (2008), qui a révélé que
dans le programme « Florverde » conduit sur le marché européen, où le choix des fournisseurs
de fleurs, a été selon l‘usage des pesticides. Ces exigences ont donc permis d‘empêcher les
producteurs colombiens leaders dans ce domaine d‘intégrer l‘appel d‘offre, et de revoir leur
stratégie concernant les pratiques sociales et environnementales (Crifo et Forget, 2012).

Dans ce sens, Gugler et Shi (2009) attestent que les entreprises qui s'engagent dans la RSE
possèdent de meilleures chances pour accéder aux marchés internationaux.

148 
 
 

 
Les conclusions des études empiriques garantissent, qu‘un nombre croissant d‘entreprises
adoptent la RSE, par crainte des barrières dressées face à leurs produits au niveau des
marchés internationaux.

Ce problème se manifeste notamment dans les pays en voie de développement. Une étude de
l‘Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (UNIDO) en 1997 a
révélé que les exigences croissantes des normes et certificats, notamment auprès des
importateurs dans les pays industrialisés, sont considérées comme un obstacle potentiel au
commerce. La même étude a révélé que pour plus de la moitié des répondants, la norme l'ISO
14001, a déjà entravé les possibilités d'exportation (revoir le chapitre n 2).

Ces constats corroborent les conclusions de l‘étude de Carraro et Lévêque (1999) qui
affirment que de nombreuses entreprises notamment dans les pays en développement sont
préoccupées par les restrictions commerciales causées par les nouvelles normes exigées dans
les contrats par les pays développés où la norme est très populaire.

Pour finir, Carraro et Lévêque (1999) ont certifié qu‘une des principales motivations qui
poussent les entreprises à s‘engager dans la RSE est la volonté de dépasser les barrières du
commerce international (voir la figure n°14). Ce constat théorique nous conduit directement
vers la seizième hypothèse :

H16 : Les barrières du commerce international influencent positivement l’engagement


des entreprises dans la responsabilité sociale.

3.2.3.8 Suivre la pratique de la société mère

Cette notion se définit comme l‘engagement de la société dans la RSE, afin de se conformer
aux exigences imposées par la société mère, notamment, pour les filiales des entreprises où le
siège mère est installé dans un pays occidental.

Bine qu‘elle est très peu utilisée dans la littérature, cette motivation a souvent été repérée dans
les filiales des entreprises multinationales qui œuvrent dans les pays en voie de
développement.

149 
 
 

 
Roy et Lagacé (2000) ont validé dans ce sens que les entreprises peuvent adopter un
comportement plus respectueux de l‘environnement et de la société, afin de répondre aux
pressions subies par leurs sociétés mères soucieuses de leurs notoriétés écologiques.

Dans ce cadre, les investisseurs étrangers transfèrent tout genre de produits et de


connaissances du marketing à leurs associés et filiales dans les pays en transition. En
contrepartie, les entreprises qui œuvrent dans ces pays doivent adopter un comportement
responsable, qui correspond à l‘image écologique de leurs associés ou leurs sociétés mères
(Uhlenbruck et De Castro, 2000). D‘autant plus, que les transferts fluides des connaissances et
des expériences entre les filiales des entreprises multinationales, l‘adoption de nouvelles
pratiques responsables semblent être plus facile (Gonzales-Benito et Gonzales-Benito, 2005).

Cette motivation peut aussi être provoquée par, les groupes écologistes qui intensifient leurs
pressions sur les filiales qui disposent des ressources financières plus importantes en raison de
leur appartenance à des groupes industriels très puissants (Buysse et Verbeke, 2003).

Au niveau empirique, différentes études ont tenté l‘expérience à l‘exemple de celle de Quazi
et al., (2001) qui ont utilisé cette motivation afin de mesurer l‘influence du siège mère sur
l‘intégration des démarches responsables environnementales sur l‘ensemble des filiales.

De la même manière, une étude menée par Gupta (1995) a démontré que l‘adoption des
processus de la RSE passe par l‘implication de la direction générale de l‘entreprise dans des
projets environnementaux. Ces résultats ont été confirmés par plusieurs autres études à savoir
Flynn et al. (1996) qui ont fait valoir que sans l'appui solide du siège de la société mère, les
pratiques de base d'une organisation seraient inefficaces.

Berry et Rondinelli (1998) ont également identifié le siège de la direction générale de


l‘entreprise comme l'un des six éléments essentiels requis pour créer une gestion
environnementale proactive. De la même manière, Hesan et al. (2001) attestent que le soutien
de la haute direction est nécessaire dans l‘intégration des démarches environnementales
volontaires (voir chapitre n° 2).

Suivre les pratiques de la société mère, notamment pour les filiales de grandes entreprises qui
exercent dans les pays en voie de développement, reste une motivation qui a prouvé son

150 
 
 

 
existence dans la littérature sur l‘engagement des entreprises dans la RSE (voir la figure n°
14). Ces constatations nous dirigent vers l‘hypothèse suivante :

H17 : Suivre les pratiques de la société mère, influence positivement l’engagement des
entreprises dans la responsabilité sociale.

Ce niveau institutionnel, représente les motivations et les pressions externes à l‘entreprise qui
influencent son engagement dans la RSE. Ce niveau regroupe les motivations suivantes : la
législation, les avantages concurrentiels, les attentes des clients, les Subventions de l‘Etat, la
pression d‘organisation non-gouvernementale, la pression des médias, le commerce
international et la société mère. Ces motivations institutionnelles sont présentées dans la
figure n°14:

Figure 14 Les motivations d’engagement dans la RSE au niveau institutionnel 

Niveau                                                                    Motivations                                                                    Engagement 

H10. La législation 
(+) 

H11. Avantages concurrentiels  
(+) 

H12. Attentes des clients 
(+) 

H13. Subventions   (+)  Engagement 


Niveau  dans la 
responsabilité 
institutionnel  (+) 
H14. Pressions des ONG  sociale des 
entreprises 
(+) 

H15. Pressions des médias 
(+) 

H16. Barrières du commerce 

(+) 
151 
  H17. Société mère 
 

 
Cependant, nous ne pouvons pas clôturer cette série de motivations, sans aborder, les
motivations liées aux caractéristiques de l‘entreprise. Davidson (1991) a indiqué que les
caractéristiques de l‘entreprise peuvent être des indicateurs pertinents qui affectent la
motivation d‘engagement des entreprises dans la RSE.

Plusieurs sont les motivations liées aux caractéristiques de l‘entreprise qui ont été utilisées
dans la littérature pour expliquer l‘engagement des entreprises dans la RSE à l‘exemple, de
l‘état financier de l‘entreprise, l‘expérience de l‘entreprise, la taille de l‘entreprise, les
dépenses de la Recherche et du Développement, les dépenses de la publicité, l'âge moyen des
actifs de l'entreprise et etc.

De la même manière qu‘avec les précédentes motivations, nous allons introduire dans notre
modèle les motivations propres à l‘entreprise qui ont été prouvées théoriquement et
empiriquement dans les recherches ultérieures. Ces motivations sont ; le secteur de production
et la taille de l‘entreprise, (Gray et al., 1995; Clarke et Gibson-Sweet 1999; Hoffman, 1999;
McWilliams et Siegel, 2000; Bowen, 2000; Line et al. 2002; Mahoney, et Roberts, 2007;
Gang et al., 2012).

Selon une analyse récente et approfondie de la littérature (41 articles depuis 1990), sur la
question du rapport entre l‘engagement des entreprises dans la RSE et le secteur d‘activité,
Gang et al. (2012), ont confirmé que plus 54% des articles dans la littérature ont utilisé la
motivation du secteur d‘activité comme une explication de l‘engagement des entreprises dans
la RSE.

Les résultats des études qui ont examiné ce sujet, montrent que les entreprises des industries
dont le processus de fabrication a une influence négative sur l'environnement sont plus
susceptibles de s‘engager dans la RSE que d‘autres industries, (Jenkins et Yakovleva, 2006 ;
Line et al., 2002).

Nous constatons généralement, que les entreprises qui œuvrent dans le secteur minier,
chimique, des ressources, de papier, de production d'électricité, et des hydrocarbures mettent
plus l‘accent sur des grands projets de protection de la sécurité, la santé ainsi que de la
responsabilité environnementale, à cause des pressions des parties prenantes internes et
externes (Clarke et Gibson-Sweet 1999; Line et al., 2002; Jenkins et Yakovleva, 2006).
152 
 
 

 
Partant, de cette analyse Ashford, a considéré que l‘adoption d‘un comportement responsable
par les entreprises qui appartiennent à un secteur polluant (chimique, pétrolier, métallurgie,
traitement de surface, etc.) est considéré comme un passage obligé pour se déculpabiliser
auprès de la société civile, (Ashford, 1993 cité par Claver et al., 2006). En revanche, les
entreprises qui évoluent dans le secteur : de la finance et des services en général semblent plus
préoccupées par des actions de communication sur les questions sociales et les actes
philanthropiques (Hoffman, 1999 ; Line et al., 2002).

Ainsi, il en résulte que, les entreprises de certains secteurs, notamment des secteurs polluants,
ont plus tendance à s‘engager dans la RSE afin de préserver l‘environnement et faire face aux
pressions quotidiennes des parties prenantes externes et internes, alors que, les entreprises qui
œuvrent dans le secteur de la finance et du service, font l'objet de beaucoup moins de pression
des parties prenantes en ce qui concerne leur performance environnementale, et ainsi,
s‘engagent moins dans la RSE (voir figure n° 15). La littérature présentée ci-dessus
concernant la relation entre le secteur d‘activité et l‘engagement dans la RSE, nous conduit à
l'hypothèse suivante :

H18 : Le secteur d’activité influence positivement son engagement dans la responsabilité


sociale.

La dernière motivation est la taille de l‘entreprise. Cette motivation fait partie des motivations
les plus largement utilisées dans la littérature sur l‘engagement des entreprises dans la RSE.

Dans ce cadre, la littérature, avance que les grandes entreprises ont beaucoup plus de facilités
à s‘engager dans les démarches sociales et environnementales responsables que les PME,
Persais (1998). Cette facilité découle de deux raisons principales :

Premièrement, les entreprises de grande taille disposent d‘importants moyens financiers et


decompétences humaines, qui leur permettent de faire face aux coûts d‘investissement
écologique (station d‘épuration, etc), qui sont souvent très importants, (Gonzales-Benito et
Gonzales-Benito, 2005).

Deuxièmement, grâce à leur caractère de leader et leur visibilité, les grandes entreprises sont
considérées comme des modèles à suivre, ce qui augmente l‘attention et les pressions des

153 
 
 

 
parties prenantes, Dobers (1997). En outre, Les grandes entreprises ont un effet plus important
sur la communauté, car, elles sont présentes à travers un groupe d‘acteurs qui influencent la
vie sociale de la société (Knox et al., 2006).

Ainsi, les grandes entreprises, sont souvent victimes de leur grande visibilité, même si elles ne
sont pas celles qui affectent le plus l‘environnement. Les grandes entreprises subissent une
très grande pression des différents acteurs de la société (Henriques et Sadorsky, 1996).

De plus, à cause de leur grande taille, les entreprises peuvent être visibles et proches du
public. Watts et Zimmerman (1986) affirment que les grandes entreprises sont les plus
visibles pour le public, donc, elles sont plus susceptibles de faire l'objet d'hostilité des
consommateurs, des employés militants, et aussi des organismes gouvernementaux et non-
gouvernementaux.

Du point de vue empirique, plusieurs études ont montré qu'il existe une relation positive entre
l‘engagement dans la RSE et la taille des entreprises ou de la visibilité politique (Adams,
2011; Cullen et Christopher, 2002; Hamid, 2004; Haniffa et Cooke, 2005; Hossain et al.,
1995; Neu et al., 1998; Patten, 1991).

A l‘exemple de Reverte, qui a conclu après une étude sur la motivation d‘engagement des
entreprises espagnoles que la taille des entreprises était la motivation qui a influencé le plus
l‘engagement des entreprises dans la RSE (Reverte, 2008).

Par ailleurs, la taille de l‘entreprise représentée par son nombre d‘employés peut également
augmenter la probabilité que cette entreprise intègre une démarche environnementale et
sociale volontaire (voir figure n° 15). D‘où la dernière hypothèse de notre recherche :

H19 : La taille de l’entreprise influence positivement son engagement dans la


responsabilité sociale.

La figure n°15 représente notre modèle de recherche, construit autour de l‘ensemble des
motivations sur les trois niveaux individuel, organisationnel et institutionnel, ainsi que, les
motivations propres aux caractéristiques de l‘entreprise.

154 
 
 

 
Figure 15 Le modèle conceptuel de recherche

H5. Carrière (marketing) 

du dirigeant

moyens 

s de l’Etat 

155 
 
 

 
Synthèse de la section 2

Dans cette section, nous avons proposé un modèle de recherche multi-niveaux, qui a intégré la
grande et très hétérogène littérature sur les motivations d‘engagement dans la RSE. Pour
préserver la qualité de ce modèle nous avons choisi d‘intégrer les motivations approuvées
théoriquement et empiriquement, au sein de cette vaste littérature, tout en se basant sur le
modèle de Wood (1991), afin de classer ces différentes motivations. Ces interactions ont
donné un modèle constitué de trois niveaux. Tout d‘abord, un niveau individuel qui regroupe
les motivations liées aux valeurs du dirigeant, ensuite, un niveau organisationnel qui regroupe
les motivations et les pressions internes à l‘entreprise, et enfin, un niveau institutionnel qui
regroupe les motivations externes à l‘entreprise. Ce modèle va nous aider à comprendre
l‘ensemble des facteurs explicatifs du comportement responsable des entreprises à travers
l‘engagement dans la RSE.

156 
 
 

 
Conclusion du chapitre 3

Le besoin d‘un modèle d‘analyse multi-niveaux, qui comble les lacunes de la littérature
actuelle sur les motivations des entreprises à s‘engager dans la RSE, nous a poussé à examiner
quelques modèles multi-niveaux qui reviennent le plus dans la littérature, afin d‘examiner de
près et de confirmer les motivations qui seront utilisées dans notre propre modèle d‘analyse.

Pour ce faire, nous avons analysé un premier modèle, qui est celui de Bansal et Roth (2000)
qui a présenté quatre types de classement des motivations: la législation, les pressions des
parties prenantes, les opportunités économiques et les motivations éthiques. Le deuxième
modèle examiné est celui d‘Aguilera et al. (2007), où ces derniers ont identifié trois types de
motivation : instrumentale, relationnelle et morale. Le troisième modèle de Egels-Zandén
(2009) a mis en avant un classement sur quatre points « l‘amélioration de la légitimité, les
avantages concurrentiels, éviter l'ingérence gouvernementale et la raison éthique ». Enfin, le
modèle de Thien (2011) qui a présenté un nouveau type de classement des motivations qui
sontles parties prenantes gouvernementales, les parties prenantes externes et les parties
prenantes internes.

Cet examen des quatre modèles nous a servi de base pour définir et confirmer les motivations,
que nous avons utilisées pour construire un modèle de recherche sur trois niveaux expliquant
les motivations d‘engagement des entreprises dans la RSE. De la même manière, nous avons
utilisé le cadre du modèle de Wood (1991), qui nous a aidés à classer les dix-neuf
motivations, autour de trois niveaux.Le premier est individuel et regroupe les motivations en
lien avec les valeurs propres du dirigeant, à savoir les valeurs managériales (l‘idéalisme et le
relativisme), les caractéristiques observables (l‘âge, le niveau d‘éducation, la carrière et
l‘expérience). Le deuxième niveau est organisationnel, et regroupe les motivations et les
pressions qui sont initiées en interne, à savoir la réduction des coûts de production, le bien-
être des employés et le manque de moyens. Un dernier niveau institutionnel, regroupe les
motivations et les pressions externes à l‘entreprise à savoir : la législation, les avantages
concurrentiels, les attentes des clients, les subventions de l‘Etat, la pression d‘organisations
non-gouvernementales, la pression des médias, le commerce international et la société mère.
Dans les chapitres suivants, nos hypothèses seront testées, à travers une étude empirique et
tout particulièrement l'appartenance à un secteur donné.

157 
 
 

 
Conclusion de la partie 1

Cette première partie a eu pour ambition de présenter le cadre théorique qui a conduit à
l‘élaboration d‘une définition du concept de la RSE, ainsi que, notre modèle de recherche.
Cette partie s‘est organisée en trois chapitres.

Le premier chapitre a été consacré à la présentation, de l‘évolution historique du concept de la


RSE, en commençant par, les travaux de Bowen en 1953 qui est le père fondateur du concept
de la RSE. Ce concept a connu son premier débat, avec les publications de Milton Friedman, à
partir des années soixante. Suite à la prolifération des travaux sur ce concept dans les années
deux mille, nous avons assisté à la publication de la première définition de la RSE, établie
dans le livre vert par la Commission Européenne. Depuis, ce concept est devenu une réalité,
en cherchant toujours à joindre l‘efficience économique à la performance sociale et
environnementale. Cette analyse internationale de l‘émergence de la RSE nous a permis
d‘observer un processus d‘intégration de la RSE qui est pratiquement le même, dans
l‘ensemble des pays en développement. Après avoir abordé, la question du lien entre la RSE
et la loi, nous avons présenté une définition de la RSE, issue d‘une synthèse des travaux de
recherche sur le concept de la RSE : « la responsabilité sociale des entreprises comme un
engagement volontaire, qui consiste à intégrer les objectifs économiques, sociaux et
environnementaux, dans le processus de production et dans la relation avec les parties
prenantes externes et internes ».

Le deuxième chapitre s‘est attaché à remédier aux divergences autour des théories utilisées
pour expliquer les motivations d‘engagement dans la RSE au niveau des entreprises. Pour cela
nous avons mobilisé, le modèle de classification théorique des motivations d‘engagement
dans la RSE, établi par Garriga et Mele (2004). A travers ce modèle nous avons classé les
théories en quatre catégories d‘approches théoriques. La première catégorie concerne la
dimension instrumentale, où nous avons identifié les approches théoriques néoclassiques. La
deuxième catégorie est d‘ordre politique. Ce groupe de théorie contient ; la théorie du contrat
social, la théorie de l‘entreprise citoyenne et le concept du constitutionnalisme social de
l‘entreprise.La troisième catégorie examine le volet intégratif. Dans cette catégorie nous
trouvons ; la théorie de gestion des enjeux, la théorie des parties prenantes, le concept de la
performance sociale des entreprises. La dernière catégorie fait référence à l‘approche éthique,
158 
 
 

 
où nous avons classé ; la théorie des valeurs de l‘équipe dirigeante et la théorie du leadership
stratégique. De la même manière, nous avons choisi de classer les différentes motivations
empiriques disponibles dans la littérature en se basant sur les mêmes catégories de classement
identifiées dans le modèle de Garriga et Mele (2004).

Dans le troisième chapitre, nous avons présenté, les modèles multi-niveaux des motivations
qui reviennent le plus dans la littérature. Puis nous nous sommes fondés sur les critiques des
modèles multi-niveaux, et les motivations d‘engagement dans la RSE approuvées
théoriquement et empiriquement au sein de la littérature, ainsi que, le modèle de Wood
(1991), afin de synthétiser les différentes variables retenues en les liants par des hypothèses,
ce qui nous a permis de proposer notre modèle conceptuel de recherche.

Dans la suite de notre thèse, nous allons soumettre les hypothèses formulées à l‘épreuve des
faits, dans le but d‘identifier les motivations qui poussent les entreprises à intégrer la RSE,
notamment dans le cas des entreprises du secteur industriel algérien.

159 
 
 

 
Partie 2 : Etude empirique :

L’engagement des entreprises dans la RSE : le cas


du secteur industriel algérien

160 
 
 

 
Introduction de la partie 2

Dans le but de définir les motivations qui poussent les entreprises en général et les entreprises
algériennes en particulier, à intégrer la RSE, nous avons commencé dans la première partie de
cette thèse par présenter et discuter le cadre conceptuel de notre recherche, puis, nous avons
dressé une large revue de littérature, qui nous a permis d‘élaborer un premier corps
d‘hypothèses portant sur trois niveaux d‘analyse (individuel, organisationnel et institutionnel)
et de repérer les variables explicatives d‘engagement des entreprises dans la RSE .

Une fois le modèle de recherche explicatif établi, désormais l‘objectif est de tester la validité
de ce modèle, et son pouvoir explicatif. Car une étude empirique, qui a pour objectif essentiel
de confronter le modèle conceptuel à la réalité du terrain.

Pour ce faire, nous allons partager cette partie en trois chapitres. Nous abordons dans le cadre
du quatrième chapitre, le terrain de nos investigations empiriques, à savoir les entreprises du
secteur industriel algérien. Le choix de ce pays est pertinent pour étudier les démarches de
RSE des entreprises du fait d‘une situation économique difficile, dans laquelle l‘écologie
n‘est pas forcément une priorité, avec un cadre règlementaire loin d‘être contraignant mais
qui se développe jour après jour. Dans ce chapitre, nous évoquons également, les choix
épistémologiques et méthodologiques, ainsi que les résultats de l‘enquête exploratoire.

Le cinquième chapitre est consacré à l‘opérationnalisation de l‘ensemble des variables du


modèle conceptuel, aux méthodes mobilisées pour traiter statistiquement les données
recueillies et à la vérification de la qualité des échelles de mesure.

Dans le sixième et dernier chapitre de la thèse, nous testons statistiquement le modèle de


recherche et ses hypothèses, puis nous discutons les différents résultats obtenus en nous
appuyant sur les travaux théoriques et empiriques antérieurs.

161 
 
 

 
4 Chapitre 4. Contexte de la recherche, choix méthodologiques et résultats
de l’enquête exploratoire

Ce chapitre est dédié à la présentation du terrain de recherche, ses caractéristiques sociales et


économiques, ainsi, que ses mutations politiques et environnementales. Nous présentons aussi
les contrats de performance environnementale et nous expliquons pourquoi on les considère
comme de la RSE.

Dans ce chapitre, nous présentons également, les choix épistémologiques et méthodologiques


qui caractérisent notre recherche. Ces choix résultent de l‘attitude du chercheur face à la
connaissance et particulièrement de l‘impérieux besoin de la connaissance en gestion de « se
réfléchir, reconnaître, situer, problématiser » (Morin, 1986). Ainsi, avant d‘élaborer les
méthodes de recherche et de discuter les résultats qui permettent l‘élargissement du champ du
savoir en gestion, il est nécessaire d‘engager une véritable réflexion épistémologique.

Ces choix méthodologiques et épistémologiques sont suivis par une phase exploratoire, qui a
consisté à atteindre une qualité d'information certaine, qui nous a permis d‘identifier les
aspects critiques de l‘étude, clarifier les concepts théoriques et vérifier l‘existence des
hypothèses tirées de la littérature, pour en faciliter l‘opérationnalisation dans le cadre de
l‘enquête quantitative (Evrard et al., 2003).

Ce chapitre est structuré en trois sections. La première traite le contexte dans lequel s‘inscrit
notre recherche. Il s‘agit, d‘une part, de présenter les spécificités du contexte
socioéconomique et environnemental algérien, et d‘autre part de présenter les contrats de
performance environnementale, puis d‘identifier le lien entre ces contrats et la RSE.

Les choix épistémologiques et méthodologiques sont ensuite présentés et justifiés dans une
deuxième section. Enfin, la troisième section comporte la phase exploratoire de notre
recherche, qui a été décisive dans l‘aboutissement de ce travail.

162 
 
 

 
4.1 Section 4.1. Le contexte de la recherche

Dans les années qui ont suivi l‘indépendance, l‘Algérie a connu un développement, grâce aux
grands projets économiques qui ont mis en place un tissu industriel dense, notamment à
travers l‘investissement d‘une grande partie de la rente pétrolière dans ces projets
économiques. Cependant, ce développement s‘est fait au détriment de la préservation de
l‘environnement et de l‘amélioration de la vie sociale 44.

Eclairée par les événements internationaux, la politique économique algérienne est passée
d‘une économie socialiste qui réduit l‘effort de l‘individu dans le groupe et qui donne à
l‘entreprise un rôle bien précis qui ne dépasse pas l‘embauche des personnes et la production
des biens, à une économie de marché avec plus d‘ouverture et plus de liberté pour les
individus et les entreprises. Néanmoins, l‘économie algérienne, qui passait par divers stades
de turbulences, n‘arrive toujours pas à trouver ses repères et à tirer les leçons des échecs
précédents45.

Désormais, avec une situation politique et sociale de plus en plus stable, le changement de cap
dans la politique économique a commencé à porter ses fruits. L‘Algérie a retrouvé sa
croissance depuis quelques années. D‘après le Fonds Monétaire International, les indicateurs
macro-économiques sont relativement favorables pour l‘Algérie, une croissance de 3,3% en
2013, pour 2,7 % en 2012 et 3.3% en 2011, avec une croissance hors hydrocarbures qui
avoisine les 4.8% pour 2012. Le rapport du FMI a également mis l‘accent sur le problème du
chômage qui est devenu un enjeu majeur ; le taux de chômage avoisine 9.3% mais il demeure
plus élevé chez les jeunes, avec un taux de 21,5% pour ceux âgés entre 15 et 24 ans. Ce souci
primordial, pousse le gouvernement à accorder de plus en plus d‘importance à la croissance
économique, afin de réduire le chômage au détriment de l‘environnement.

Pour mieux cerner le contexte de notre recherche nous présentons, différentes caractéristiques
du contexte socioéconomique et environnemental algérien.

                                                             
44 Abdelguerfi A2003, « Les Zones de Développement Durables » Bilans des Expertises sur « La Conservation
in situ et ex situ en Algérie» MATE-GEF/PNUD : Projet ALG/97/G31. http://www. naturevivante.
org/documents/strategie/tome3_b.pdf.
45 Boukadoum R, 2012, « les revenues des hydrocarbures s‘amenuisent » Chiffre d‘Affaires Le www.
lechiffredaffaires. comN° 556 3e année - Jeudi 23 août 2012. P3.
163 
 
 

 
4.1.1 L’état socioéconomique de l’Algérie
4.1.1.1 La démographie algérienne

L‘Algérie a vu le nombre de sa population triplé en l‘espace de trente-cinq ans. Ce nombre est


passé de 10 millions en 1962 à 29.3 millions en 1998. Aujourd‘hui, la population résidente en
Algérie est de 37.9 millions d‘habitants46. La situation démographique en 2012 est marquée
par une augmentation conséquente du volume des naissances (978 000), le volume des décès
continue son accroissement pour atteindre 170 000 décès.

En 2012, la population résidente s‘est accrue de 808 000 personnes, seuil jamais atteint
auparavant. Le taux d‘accroissement naturel est établi à 2,16 %, atteignant ainsi un niveau
assez important qui avoisine celui observé en 1994. L‘évolution de cet indicateur intervient
suite à une quasi-stagnation observée entre 2010 et 2011. Notons que si ce niveau de
croissance devait se maintenir, la population résidente atteindra, au 1er janvier 2014, 38,7
millions d‘habitants47 (voir tableau n° 2).

Les politiques de développement qui ont privilégié l‘industrie en périphérie des grands centres
urbains, ont favorisé un phénomène d‘urbanisation remarquable et une répartition sur le
territoire inégale puisque deux tiers de la population sont en effet concentrés dans la région
Nord du pays qui ne couvre que 4 % du territoire. Le taux d‘urbanisation qui était de 31 % en
1966, a atteint 40 % en 1977, 50 % en 1993 et 60 % en 2000 (voir tableau n° 2). Ce
phénomène a exercé une pression très forte sur la disponibilité des ressources naturelles, sur la
qualité de l‘air, de l‘eau ainsi que sur l‘amplification des déchets, comme nous allons le voir
dans les paragraphes suivants.

                                                             
46 Rapport de l‘office national des statistiques (ONS), Avril 2013.
47 Rapport de l‘office national des statistiques (ONS), Avril 2013. 
164 
 
 

 
Tableau 2 Evolution des principaux indicateurs sociaux en Algérie 1999-2012

Source : Rapport de la Direction Technique chargée des statistiques de Population et de l‘Emploi, office national des
statistiques (ONS) Avril 2013.

4.1.1.2 L’économie algérienne

Ces dernières années, l‘économie algérienne s‘est développée de façon remarquable. Cette
croissance est tirée par les dépenses publiques, en particulier dans le secteur de la construction
et des travaux publics, et par la demande intérieure croissante. En même temps, l‘inflation,
connait une baisse continue dans la mesure où elle passe de 8,9% en 2012 à 5% en 2013 48.

Parmi les caractéristiques de l‘économie algérienne, le taux de chômage reste également plus
au moins élevé à 9.3%, notamment chez les jeunes entre 15 et 24 ans où le taux de chômage
est de 21,5%.
                                                             
48 Publié mardi 16 Avril à l‘approche de la réunion de printemps, prévue du 19 au 21 avril à Washington.
165 
 
 

 
L‘économie algérienne est marquée aussi par sa dépendance du secteur des hydrocarbures. Ce
secteur représente de très loin, la principale source de revenu du pays avec plus de 70 % des
recettes budgétaires49. L‘Algérie possède une importante réserve de pétrole qui la classe à la
quinzième place à l‘échelle mondiale, et à la troisième place à l‘échelle Africaine. En matière
de gaz, l‘Algérie est le premier producteur africain avec plus de 50 % de la production de gaz
en Afrique, et le 10ème producteur de gaz à l'échelle mondiale. Afin de préserver ses réserves
énergétiques actuelles, l'Algérie a opté pour le développement et l‘exploitation de l'énergie
solaire. Ainsi, un premier projet d‘énergie solaire a vu le jour dans la région de Hassi el Rmal
avec une capacité énergétique de 150 mégawatts.

Cependant, les revenus du secteur des hydrocarbures et de gaz naturelassurent le financement


d‘autres secteurs notamment celui de l‘industrie lourde à savoir : le secteur Métallurgique, qui
s‘est développé grâce aux réserves en minerai de fer, dans le sud du pays. Ces réserves sont
estimées à 1,7 milliards de tonnes exploitables, dont la teneur en métal est de 57 %. Ces
réserves ont poussé le géant indien ArcelorMittal, leader mondial de l'acier à venir investir en
Algérie50.

Les revenus du secteur des hydrocarbures, sont également investis dans la construction des
51
infrastructures à l‘exemple de l‘autoroute Est Ouest et des logements sociaux. Cae en
Algérie où il existe 553 000 logements précaires. De nombreuses sociétés algériennes ont
ainsi émergé dans le ce secteur comme les groupes TGCTP et COSIDER en collaboration
avec d'autres entreprises dont beaucoup de sociétés chinoises.

L'industrie électronique a enregistré une croissance rapide ces dernières années de 6 à 10 %


par an. Le chiffre d‘affaires du secteur de l‘électricité et de l‘électronique a atteint en 2005
environ 40 millions de dollars. L‘Algérie couvre aujourd‘hui 83 % de ses besoins en
l‘électricité et en l‘électronique. Ainsi, parmi les entreprises algériennes qui exercent dans ce
domaine, nous pouvons relever, ENIE, ENIEM.
                                                             
49 Trésor Direction General « situation économiques de l‘Algérie perspective2012 », Avril 2012.
50RahmaniM, 2012, la Tribune « Algérie: Complexe sidérurgique d'El Hadjar - Une fierté nationale », 8 Juillet
2012.
51 Compétences de la main-d‘œuvre locale en Algérie et management de projets nationaux : Le cas de
l‘autoroute Est-ouest, Brahimi, F, Morana J et Bonet Fernandez D., Actes de la 2 ème conférence ISGTM, Nice, 4
juillet 2011.

166 
 
 

 
Parallèlement, aux secteurs d‘industrie lourde détenus généralement par l‘Etat, les industriels
privés jouent aujourd'hui un rôle important dans l‘économie algérienne, en particulièrement
dans l‘industrie de l‘électronique ainsi que dans l‘industrie de haute technologie à l‘exemple
de ZALA Computer, Cristor, Condor, etc.

Le privé s‘est également fait une place, dans le secteur agroalimentaire comme la farine, le
sucre, la margarine, le blé, les produits laitiers et ses dérivés, à travers des entreprises
algériennes ou des entreprises mixtes. Parmi ces entreprises, nous comptons Cevital,
Semoulerie industrielle de la Mitidja, La Belle, Groupe Bimo et Ifri, Danone, etc.

De même, le secteur pharmaceutique algérien, est également constitué de plusieurs entreprises


et laboratoires privés, ainsi que de plusieurs entreprises mixtes, comme par exemple le
Groupe Saidal algérien qui détient le monopole de cette industrie et des sociétés étrangères.
La production des médicaments couvre 38% des besoins nationaux alors que le reste est
comblé par l‘importation52.

Ce processus de développement de l‘industrie algérienne qui a touché l‘ensemble des


secteurs, s‘est effectué dans des conditions qui n‘ont pas pris en compte les priorités
environnementales. La recherche de la réduction du taux de chômage à tout prix, et la logique
économique des opérateurs industriels ont favorisé l‘aménagement des industries, proches des
ressources naturelles et des réserves de main d‘œuvre qui sont nécessaires au fonctionnement
des projets. Ce rapprochement a notamment favorisé la progression des deux formes de
pollution les plus problématiques en Algérie c'est-à-dire la pollution de l‘eau et des déchets
toxiques (Kaïd, 2005).

Dans le but de mieux saisir les dommages causés par cette pollution industrielle en Algérie,
nous allons dresser un court bilan de l‘état de l‘environnement en Algérie.

                                                             
52 Journal La Tribune « La nouvelle politique de l‘industrie pharmaceutique en Algérie ficelée », Par Salah
Benreguia 10-10-2010.
167 
 
 

 
4.1.1.3 Etat de l’environnement en Algérie

Le « Rapport National sur l‘Etat et l‘Avenir de l‘Environnement » (RNE 2002) 53, a dressé un
bilan accablant. En effet, la situation de l‘environnement en Algérie est alarmante. La
dégradation de l‘environnement en Algérie se traduit par : une régression du couvert végétal
et la progression des paysages désertiques, les ressources en eaux qui sont en voie
d‘épuisement rapide à cause de la surexploitation, la dégradation de l‘espace côtier et du
milieu marin, une pollution industrielle préoccupante, des déchets dangereux et toxiques
stockés à l‘air libre, auxquels s‘ajoutent les incendies et l‘érosion hydrique.

Les premiers coupables désignés sont les industries qui utilisent le plus souvent le processus
de production le moins coûteux, à savoir le non- recyclage des eaux et le rejet des effluents
liquides et gazeux directement dans le milieu naturel.

De même, l‘urbanisation rapide du pays a accéléré l‘implantation des unités industrielles, sur
des vastes terres agricoles, comme elle a augmenté l‘intensité des migrations internes. En
conséquence, une masse importante des personnes vivant à la campagne étaient de plus en
plus attirées par les avantages offerts par le secteur industriel. Cette prolifération des
industries a affecté aussi, les productions et les rendements agricoles de manière directe, mais
a également accentué la prévalence des maladies respiratoires dans les grandes villes.

Dans cette recherche, nous allons mettre l‘accent sur la dégradation environnementale de l‘air,
de l‘eau et du sol causée particulièrement par l‘industrie algérienne.

4.1.1.3.1 La dégradation de l‘eau :

La petite quantité d'eau disponible en Algérie est menacée par les sécheresses régulières, la
surconsommation et la pollution industrielle. A cause de la place incontournable de l‘eau au
niveau des différents processus industriels (réalisation du produit, le lavage, le
refroidissement, etc.), les industries épuisent une quantité considérable de ressources
hydriques en Algérie. D‘où, le déficit important enregistré dans cette ressource qui avoisine
les deux milliards de m3.

                                                             
53Ministère de l‘Aménagement du Territoire et de l‘Environnement « Plan National d‘Actions pour
l‘Environnement et le Développement Durable (PNAE-DD) » Janvier 2002.
 
168 
 
 

 
Le rejet des eaux usées du fait des activités industrielles a entraîné une importante pollution
3
du milieu naturel d‘où 600 millions de m d'eaux usées non traitées sont évacuées
3
annuellement dans les cours d‘eau, ce qui correspond à 12 barrages de 50 millions de m de
volume qui pourrait irriguer près de 80.000 habitants. Ces eaux usées sont souvent déversées
dans les rivières qui passent à proximité des agglomérations urbaines et des zones
industrielles, causant, de grands problèmes d‘incommodités et d‘insalubrités aux riverains à
l‘exemple de l‘Oued El-Harrach à Alger et de l‘Oued Seybouse à Annaba.

Le manque d‘eau potable, d‘assainissement et la pollution de la ressource entraine un impact


sur la santé, la morbidité et la mortalité. Ces dommages sont estimés à 0, 69 % du PIB annuel.
Ainsi, on note une perte d‘économie évaluée à 0,18 % du PIB annuel notamment à cause de la
mauvaise desserte dans le réseau d‘eau potable (Kaïd, 2005).

4.1.1.3.2 La dégradation de l‘air :

La pollution de l‘air est définie dans le journal officiel comme « l'émission dans l'atmosphère,
de gaz, des fumées ou de particules solides ou liquides, corrosifs, toxiques ou odorantes de
nature à incommoder la population, à compromettre la santé ou la sécurité publique ou à
nuire aux végétations, la production agricole et aux produits agro-alimentaires, à la
conservation des constructions et monuments ou au caractère des sites »54.

Ainsi, la pollution atmosphérique est due essentiellement aux polluants industriels, car les
émissions industrielles contiennent un grand nombre de polluants solides ou liquides qui sont
émis par des procédés de fabrication et des matières premières utilisées. Ces émissions
altèrent la qualité de l‘air et provoquent des maladies respiratoires. De plus, la pollution
industrielle devient de plus en plus préoccupante dans les grandes villes urbaines où la qualité
de l‘air se dégrade quotidiennement. Cette pollution atmosphérique a provoqué 353.000 cas
de bronchite, 544.000 de crises d'asthme qui pourraient être la cause de 1500 cas de cancer
des poumons sur une base annuelle55. A Annaba par exemple, les différents polluants
atmosphériques de la région, sont causés par deux unités industrielles. Le complexe

                                                             
54Journal Officielle, 1983
55La  Banque  mondiale  Programme d'Assistance Technique pour l'Environnement Méditerranéen« Coût de la
dégradation de l'environnement en Algérie » 1999.
169 
 
 

 
sidérurgique d‘El Hadjar et l‘usine d‘Asmidal où ces deux unités rejettent plus de cinq types
de polluants liquides, gazeux (CO, CO2, SO3, H2SO4, HF, SiF4, Nox) et solides qui sont
constitués de poussières de photogypse. D‘où le taux de prévalence de l‘asthme en 2000
(environ 9000 asthmatiques, ce qui est supérieur au taux national.)

L‘augmentation des polluants toxiques dans l‘atmosphère occasionne aussi l‘inversion de la


température à cause d‘un brouillard photochimique oxydant très dangereux ce qui est le cas
des villes telles qu‘Alger et Annaba. En Algérie, le nombre total de cas d‘asthme en 1993 était
de 459.566, parmi eux 5000 sont décédés56. Actuellement, le nombre d‘asthmatiques en
Algérie se rapproche de 2.5 millions de cas. La prévalence de cette maladie est en
augmentation visible notamment ce qui est due au fait de l‘accroissement de l‘urbanisation et
de l‘industrialisation dans le pays.

Aujourd‘hui, les dommages causés par la pollution de l‘air concernant la santé du peuple
algérien s‘élève à 0,82 % du PIB, tandis que pour la détérioration du cadre de vie, cet
impact est estimé à 0,12 % du PIB chaque année, évalué par la méthode de la disponibilité à
payer (DAP)57. De même, la pollution de l‘air a engendré une perte de productivité de 50000
hectares de terres agricoles situées près des cimenteries et zones industrielles. Ce déclin
représente une perte de 0,01% du PIB. Parmi les formes les plus répandues de pollution de
l‘air, nous pouvons relever le rejet de gaz à effet de serre (CO2), par les transports et les
industries.

En Algérie, la croissance annuelle du rejet de CO2 est estimée à 3.59 TM/H. Ainsi,
l‘augmentation enregistrée entre 1960 et 2010 est de 626%. La figure suivante montre
l‘ampleur des émissions deCO2 depuis 1960 à 2010.

                                                             
56L‘enquête nationale de santé publique (1990)
57 Somme d‘argent payée par les ménages vivant en zones urbaine et industrielles et près des décharges pour
améliorer la qualité de vie et prévenir la dégradation des immeubles.
 
170 
 
 

 
Figure 16 Les émissions de CO2 en Algérie (tonnes métriques par habitant)

Source : La Banque Mondiale, 2011.

Tableau 3 Emissions du gaz à effet de serre en 2010 (en million de tonnes de CO2)

Secteur Pays

Tunisie Maroc Algérie Etats-Unis Chine

Secteur d‘industries 5.1 7.6 12.7 587.1 2 333.4


manufacturières et de
construction

Total des émissions tout 21.9 46.0 98.6 5 368.6 7 217.1


secteur confondu

Source : Rapport de l‘Agence internationale de l'énergie 2012.

En comparant l‘Algérie avec ces pays, nous pouvons constater que, la part des émissions de
gaz à effet de serre en Algérie est bien inferieure. Cependant, si on compare l‘émission du gaz
à effet de serre en Algérie avec ces pays voisins comme la Tunisie et le Maroc, cette dernière
est classée de loin première émettrice de CO2, (tableau n° 3).

171 
 
 

 
4.1.1.3.3 La dégradation du sol et les Déchets :

En Algérie, la production annuelle des déchets industriels a atteint plus de 325 000 tonnes.
Cette quantité se rajoute chaque année aux 2 millions de tonnes déjà stockées 58. Le sol et les
eaux en Algérie ont souvent, supporté une charge de pollution en manifestant des signes de
déséquilibre. C‘est le cas notamment des nappes d‘eaux situées dans la partie Nord du pays où
sont concentrées des implantations de complexes industriels. Les barrages ne sont pas non
plus, à l‘abri de la pollution d‘origine industrielle. Les déchets industriels dangereux
représentent une autre source de nuisance. Un grand nombre de sites sont contaminés par les
déchets industriels faute d‘une politique rigoureuse de stockage. On estime à 185.000
tonnes59, la quantité de résidus d‘origine industrielle considérés comme dangereux et
toxiques. Les résidus industriels, éliminés par stockage sur des terrains vagues ou rejetés dans
des cours d‘eau conduisent à des contaminations graves et parfois irréversibles de la chaîne
alimentaire pour aboutir jusqu‘à l‘homme. Les régions où sont implantées des unités de
production industrielle constituant des sources de pollution importantes telles que les
cimenteries, les unités de plâtre et de chaux, les raffineries de pétroles, etc.

A ce problème de déchet industriel s‘ajoute la grande quantité de déchets municipaux générés


en Algérie qui est estimée à 8,5 millions de tonnes / an (déchets ménagers et assimilés).
Chaque algérien dans les zones urbaines génère environ 0,7 kg de déchets solides par jour.
Dans la capitale (Alger), cette production est proche de 0,9 kg par jour60.

La mise en décharge est la destination finale préférée pour l'élimination des déchets solides
urbains. L'enquête menée par les services du Ministère de l'Aménagement du Territoire et de
l'Environnement (MATE) a révélé qu‘il existe plus de 3000 décharges sauvages à travers le
pays sur une superficie de plus de 150.000 hectares qui la plupart du temps sont situées sur
des terres agricoles ou le long des rivières61. Globalement, l‘impact de ces déchets coute au
gouvernement, plus de 0,19 % du PIB annuel.

                                                             
58 Report Mission Préparatoire‐Algérie/Déchets‐June 2007
59 Rapport de l‘Agence nationale des déchets (AND) de 2011.
60The regional solid waste exchange of information and expertise network in Mashreq and Maghreb countries,
rapport «Country Report On The Solid Waste Management».July 2010.
61The regional solid waste exchange of information and expertise network in Mashreq and Maghreb countries,
rapport «Country Report On The Solid Waste Management».July 2010.
172 
 
 

 
De plus, il convient de souligner que, le recyclage des déchets en Algérie, ne fait pas l‘objet
d‘une action développée et organisée. En Algérie, la récupération et le recyclage touche
seulement de 4 à 5% des déchets générés, alors que les capacités de recyclage ont été
annuellement estimées, à près de 100.000 tonnes pour les métaux, 385.000 tonnes pour le
papier, 50.000 tonnes pour le verre et 130.000 tonnes de plastiques (Figure n° 17).


Figure 17 Capacité de recyclage en Algérie en tonne par an 

Verre 
50000T/AN 

Métaux 
100000 T/AN 

papier   
Plastique 130000  385000 T/AN 
T/AN 
  

Source : MATE, 2006

A ces dégradations de l‘environnement causées par l‘industrialisation s‘ajoute les dangereux


déchets du secteur de la santé, ainsi que, les déchets toxiques, qui dépassent annuellement, en
Algérie les 100 000 tonnes. Le total des effets de pollution sur la santé et la qualité de vie sont
estimés à 1.98 % du PIB par an.

En plus de ces déchets polluants, l‘environnement Algérien est confronté, à l‘existence des
installations des risques majeurs dont le nombre a été estimé, en 2005, par le Ministère de

173 
 
 

 
l'Environnement et de l'Aménagement du Territoire à près d‘une soixantaine installations
essentiellement localisées sur le Nord du pays 62.

Concernant le littoral, l‘impact de la pollution causée par les accidents chimiques dans les
régions portuaires est relativement mineur, il s‘élève à 0,01 % du PIB.

De même, la dégradation des sols est causée par l'érosion, la désertification et les activités
industrielles ; l'impact de cette dégradation a été évalué sur la base des pertes de productivité
agricole résultant de l'érosion hydrique qui menace 12 millions d'hectares, dans le nord et
l'ouest de l‘Algérie.

La dégradation des sols (bassins versants dénudés, zones steppiques dégradées,etc.) a un


impact sur les activités agricoles ainsi que sur les activités non agricoles et de services.La
perte de revenu non agricole est calculée sur la base du nombre d‘emplois non
agricolesestimés perdus. En Algérie, près de 44.000 emplois non agricoles sont perdus chaque
année à cause de la dégradation des sols. Ceci représente près de 0,15 % du PIB annuel. Au
totale, la dégradation environnementale coûte au gouvernement algérien 3.6% du PIB annuel,
d‘après un rapport de la banque mondiale (Figure n°18).

Figure 18Coût de la dégradation environnementale sur PIB annuel de l’Algérie 

 
    Forêt                 Air                        Eau        Les zones côtières     Déchet   

Source : La Banque Mondiale 2006

                                                             
62 Notons à cet effet, qu‘en l‘espace de deux ans (2003-2005), l‘Algérie a enregistré pas moins de huit incidents
technologiques (explosions, fuites, incendies) au niveau des installations industrielles de Skikda et d‘Arzew.
174 
 
 

 
Comme cela a été démontré dans les sections précédentes, l‘ampleur des problèmes
environnementaux en Algérie, est intimement lié au processus de développement
socioéconomique des activités industrielles.

En conséquence, à cet état environnemental catastrophique qui règne actuellement en Algérie


(dégradation de l‘air, d‘eau et de sol), un changement de la vision des responsables algériens
est imposé, afin de promouvoir une nouvelle politique globale qui vise à encourager la mise
en œuvre de la RSE au niveau des entreprises algériennes. Dans les paragraphes suivants,
nous allons aborder la démarche vers la RSE dans le contexte algérien, puis nous allons
détailler l‘ensemble des mesures prises par le gouvernement afin de promouvoir la RSE et la
préservation de l‘environnement.

4.1.2 La responsabilité sociale des entreprises en Algérie

Historiquement, ce sont les acteurs économiques des pays du Nord qui ont commencé à
s‘intéresser au processus de préservation de l‘environnement et au concept de la RSE, alors
que les plus grands enjeux sociaux et environnementaux de ces concepts sont au Sud, à
l‘exemple de l‘Algérie qui a connu une rapide expansion économique. Cette expansion a été
suivie par un développement des marchés et des entreprises63 qui avait un effet dramatique,
notamment sur l‘environnement64. Dans ce sens, l‘Algérie fait aussi partie des pays les plus
touchés par les crises sociales et environnementales65.

A travers la présentation de la RSE en Algérie, nous présentons la problématique de la RSE


dans l‘ensemble des pays en développement, car, l‘Algérie semble avoir les caractéristiques
typiques d‘un pays en voie de développement à savoir : économie en transition, secteur
d‘hydrocarbure dominant, un taux de chômage élevé notamment chez les jeunes, une
alphabétisation faible, un système légal qui manque de transparence, la corruption et la faible
autorité du gouvernement, etc. (voir paragraphes1.1.2).

                                                             
63 Rapport FMI, 2006.
64 Banque mondiale, Rapport sur « les pays en développement » 2006.
65Rapport ,WRI, 2005; PNUD, 2006. 
175 
 
 

 
Toutefois, afin de mettre l‘accent sur les efforts produits par l‘Algérie, pour revenir vers un
équilibre écologique, nous abordons la promotion du concept de la RSE au niveau des
entreprises.

4.1.2.1 La préservation de l’environnement et la responsabilité sociale

Au début des années quatre-vingt, l‘Algérie a abandonné le modèle de gestion administrative


de l‘économie vers une économie de marché plus libre. Les réformes des années quatre-vingt-
dix, ont changé complètement la composition du tissu industriel qui était essentiellement
composé d‘entreprises d‘Etat obéissant à des exigences « politiques » loin des contraintes
productives, et avec une préoccupation sociale forte.

La RSE en Algérie était seulement basée sur le levier social, qui s‘exprimait dans l‘obligation
d‘offrir un emploi à une population qui en était dépourvue auparavant, ainsi que, des services
sociaux relatifs à la santé, et au logement.

L‘état politique et socioéconomique en Algérie, a rendu difficile, la démarche vers la


promotion de la responsabilité environnementale.

A cela s‘ajoute : la mise en avant des problèmes économiques dans le pays, plutôt que les
problèmes écologiques, ainsi que, la difficulté de convaincre les entreprises algériennes,
notamment, les PME, qu‘elles sont concernées par la RSE, même si, la production de ces
entreprises est tournée vers le marché interne (Atil, 2007).

Une autre difficulté figure parmi les obstacles les plus importants qui stoppent les démarches
de la RSE, il s‘agit du coût d‘intégration, qui reste prohibitif en particulier pour les PME « le
prix de la certification est considérable : jusqu’à 20 000 dollars pour un audit
environnemental (ISO 14001) ou social (SA 8000), soit dix-sept fois le revenu annuel moyen
par habitant des pays en développement » (Severino, 2005).

De plus, l‘absence de la volonté politique en Algérie de faire de la RSE sa priorité explique en


partie le faible nombre des entreprises certifiées, même par rapport aux pays voisins qui
vivent presque dans les mêmes conditions socioéconomiques (voir tableau n° 4 et 5).

176 
 
 

 
Tableau 4 Nombre d’entreprises certifiées ISO 9001 au Maghreb
Pays Décembre 2005 Décembre 2006 Décembre 2007

ALGERIE 185 103 171


MAROC 403 457 504
TUNISIE 380 585 690

Source: The ISO Survey of Certifications 2007

Tableau 5 Nombre prévisionnel d’entreprises certifiées ISO 14001 version 2004


Décembre 2005 Décembre 2006 Décembre 2007
ALGERIE 6 6 17
MAROC 26 37 39
TUNISIE 30 50 67

Source: The ISO Survey of Certifications 2007

Néanmoins, depuis quelques années, cette situation n‘a pas cessé de se développer. Les
entreprises algériennes, semblent, avoir pris conscience des exigences de la RSE. Ainsi, la
mise à niveau qui devrait être pilotée pour accréditer leurs performances par rapport à un
référentiel de triple qualité (le savoir-faire technique, la protection de l'environnement, et la
sécurité du produit).

Ce développement de la conscience des entreprises algériennes a été accompagné par, de


nouvelles mesures prises par le gouvernement, pour promouvoir la RSE en Algérie, tels que :

­ le lancement en 2000 d‘un programme d‘accompagnement des entreprises pour la


certification, qui a été très efficace. D‘après M. Mohamed Chaïb Aïssaoui, directeur général
de l‘Institut algérien de normalisation (IANOR), 370 entreprises, publiques et privées, ont été
certifiées depuis le lancement du Programme d'accompagnement des entreprises pour la
certification en 2001, sur 437 entités économiques inscrites à ce dispositif66.

                                                             
66 A déclaré M. Mohamed Chaïb Aïssaoui, directeur générale de l‘Institut algérien de normalisation (IANOR),
lors d‘une conférence de presse.27/03/2011.
177 
 
 

 
­ la signature en décembre 2001 de l‘accord qui porte sur le renforcement de la
coopération économique lancé par la conférence de Barcelone en 1995, ainsi que, l‘accord
d‘association et de coopération établi entre la Communauté Européenne et l‘Algérie, qui vise
à l‘amélioration de la vie sociale et la préservation de l‘environnement 67.
­ Une aide financière de 500 millions de dinars a été allouée pour l‘application du
programme de développement d‘un système de normalisation.

Ainsi, pour renforcer ces mesures qui n‘obligent pas les entreprises algériennes à se soumettre
à un audit social et environnemental à l‘instar du système de normalisation, l‘Etat algérien a
mis en place un cadre législatif contraignant, cohérent et complet, qui vise la mise à niveau
des entreprises algériennes et la réduction de leurs emprunts sur l‘environnement.

4.1.2.2 Les institutions et la législation environnementale en Algérie


 

4.1.2.2.1 Droit algérien de l‘environnement

Avignon (2010) a consieré que le droit pourrait être un outil de régulation efficace face aux
problèmes environnementaux. Dans ce sens, le législateur algérien à développer un appareil
législatif dense et diversifiéqui recouvre plusieurs aspects. Nous présentons certains décrets et
lois qui portent sur la responsabilité et la préservation de l‘environnement. D‘une manière
générale, cette réglementation a commencé dans les années quatre-vingt avec :

- la loi cadre 83 - 03 du 5 février 1983, qui porte sur la protection de l‘environnement, la


restauration et la valorisation des ressources naturelles, la prévention et lutte contre toute
forme de pollution et nuisance, et l‘amélioration du cadre et de la qualité de vie.

- Loi n°84-12 du 23 juin 1984 qui porte sur le régime général des forêts. Responsabilité
claire vu les peines prévues mais pas de réparation.

                                                             
67ACCORD EURO-MÉDITERRANÉEN « établissant une association entre la Communauté européenne et ses
États membres, d‘une part, et la République Algérienne démocratique et populaire », Journal officiel de l‘Union
européenne 10.10.2005.

 
178 
 
 

 
- Décret présidentiel n°98-123 du 18 avril 1998, ce décret assure la signature du protocole
de 1992, qui porte sur le changement de la convention internationale de 1969 sur la
responsabilité civile pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures.

Cet arsenal juridique s‘est vu renforcer avecde nouvelles législations dans le cadre du
développement durable et de la préservation de l‘environnement, ainsi que, l‘adaptation des
lois sur l‘aménagement du territoire, les déchets, le littoral et les montagnes, tout en
appliquant les lois existantes sur l‘eau et la maîtrise de l‘énergie. Ces nouvelles lois sont
représentées par :

- Loi n°01-19 du 12 décembre 2001 pour la gestion, au contrôle et à l‘élimination des


déchets; cette loi fait obligation aux générateurs des déchets inertes et des déchets spéciaux
d‘assurer ou de faire assurer l‘élimination de leurs déchets dans des conditions qui ne risquent
pas de porter atteinte à la santé publique et à l‘environnement. Cette obligation, constitue le
fondement du principe de la responsabilité du générateur de déchets et consacre le principe
universel du pollueur-payeur.

- Loi n°01-20 du 12 décembre 2001, relative à l'aménagement et au développement durable


du territoire vient définir les orientations et les instruments d'aménagement du territoire de
nature à garantir un développement harmonieux et durable de l'espace national 68.

- Loi n°02-02 du 5 février 2002, porte sur la protection et la valorisation du littoral. Cette loi
fixe les prescriptions générales et particulières relatives à la protection et à la valorisation du
littoral.

- la loi n°03-10 du 19 juillet 2003, porte sur la protection de l‘environnement dans le cadre
du développement durable. Elle s‘appuie sur les principes du nouveau droit de
l‘environnement adoptés au niveau international, à savoir : le principe de préservation de la
diversité biologique; le principe de non dégradation des ressources naturelles; le principe
d‘action préventive et de correction par priorité à la source; le principe de précaution; et le
principe du pollueur-payeur.

                                                             
68 Résumé de la loi sur l'aménagement et au développement durable du territoire de 2001.
179 
 
 

 
- Loi n°04-07 du 14 août 2004 relative à la chasse a pour objet de déterminerles règles
relatives à l‘exercice de la chasse 69.

- Loi n°04-20 du 25 Décembre 2004 relative à la prévention des risques majeurs et à la


gestion des catastrophes dans le cadre du développement durable.

- Loi n°05-12 du 04 août 2005 relative à l‘eau. Cette loi engage une claire responsabilité vu
les peines prévues mais pas de réparation.

- L’ordonnance n°06-05 du 15 juillet 2006relative à la protection et à la préservation de


certaines espèces animales menacées de disparition.

4.1.2.2.2 Les sanctions prévues par la loi algérienne

Le droit algérien de l'environnement, notamment la loi n° 03-10 du 19 juillet 2003 relative à


la protection de l'environnement dans le cadre du développement durable, a prévu des
sanctions qui vont jusqu‘à l‘emprisonnement, parmi ces sanctions. Nous trouvons :

4.1.2.2.2.1 Des sanctions relatives à la protection de la diversité biologique 

Article. 81. « Quiconque a, sans nécessité, abandonné et, publiquement ou non, exercé des
sévices graves ou commis un acte de cruauté envers un animal domestique ou apprivoisé ou
tenu en captivité, est puni d'un emprisonnement de dix (10) jours à trois (3) mois et d'une
amende de cinq mille dinars (5.000 DA) à cinquante mille dinars (50.000 DA) ou de l'une de
ces deux peines seulement. En cas de récidive, la peine est portée au double ».

Article. 82. « Sont punies d'une amende de dix mille dinars (10.000 DA) à cent mille dinars
(100.000 DA), les infractions aux dispositions de l'article 40 de la présente loi 70.
Sera punie de la même peine toute personne qui:

­ détient un animal domestique, un animal sauvage ou apprivoisé sans respecter les


règles de détention mentionnées à l'article 42. En cas de récidive, la peine est portée au
double ».71
                                                             
69 Journal officiel de la république algérienne démocratique et populaire 2004 (donner la date de publication)
70 Article 40. Nonobstant les dispositions des lois relatives à la chasse et à la pêche et lorsqu'un intérêt
scientifique particulier ou que les nécessités ayant trait au patrimoine biologique national justifient la
conservation d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées. 
180 
 
 

 
4.1.2.2.2.2 Des sanctions relatives à la protection de lʹair et de lʹatmosphère 

Article. 84. « Est punie d'une amende de cinq mille dinars (5000 DA) à quinze mille dinars
(15.000 DA), toute personne dont le comportement contrevenant aux prescriptions visées à
l'article 47 de la présente loi, engendre une pollution atmosphérique. En cas de récidive
d'une peine d'emprisonnement de deux (2) mois à six (6) mois et d'une amende de cinquante
mille dinars (50.000 DA) à cent cinquante mille dinars (150.000 DA) ou de l'une de ces deux
peines seulement ».

Article. 85. « En cas de condamnation aux peines prévues à l'article 84 ci-dessus, le juge fixe
le délai dans lequel les travaux ou les aménagements prévus par la réglementation devront
être exécutés. Le juge peut, en outre, ordonner que les travaux ou aménagements soient
exécutés d'office aux frais du condamné et, le cas échéant, prononcer jusqu'à leur
achèvement, l'interdiction d'utiliser les installations ou tout autre objet meuble ou immeuble
qui sont à l'origine de la pollution atmosphérique. Il peut, dans les cas où il n'y aurait pas
lieu de procéder à des travaux ou aménagements, fixer un délai au condamné pour se
soumettre aux obligations résultant de ladite réglementation ».

4.1.2.2.2.3 Des sanctions relatives à la protection de lʹeau et des milieux aquatiques 

Art. 88. « Lorsque les nécessités de l'enquête ou de l'information ainsi que la gravité de
l'infraction l'exigent, le bâtiment, aéronef, engin ou plate-forme qui a servi à commettre l'une
des infractions visées à l'article 52 de la présente loi, peut être immobilisé sur décision du
procureur de la République et du magistrat saisi. A tout moment, l'autorité judiciaire
compétente peut ordonner la levée de l'immobilisation, s'il est fourni un cautionnement dont
elle fixe le montant et les modalités de versement. Les conditions d'affectation, d'emploi et de
restitution du cautionnement sont réglées conformément aux dispositions du code de
procédure pénale ».

Article. 93. « Est puni d'un emprisonnement d'un (1) an à cinq (5) ans et d'une amende d'un
million de dinars (1.000.000 DA) à dix millions de dinars (10.000.000 DA) ou de l'une de ces
deux peines seulement, tout capitaine soumis aux dispositions de la convention
                                                                                                                                                                                              
71Article 42. Sans préjudice des dispositions de la présente loi et des textes législatifs en vigueur, toute personne
a le droit de détenir un animal, sous réserve des droits des tiers, des exigences du cadre de vie, de santé, de
sécurité et d'hygiène, et dans des conditions qui excluent toute atteinte à la vie ou à la santé de celui-ci.
181 
 
 

 
internationale pour la prévention de la pollution des eaux de la mer par les hydrocarbures,
signée à Londres le 12 mai 1954 et de ses modifications, qui se sera rendu coupable
d'infraction aux dispositions relatives aux interdictions de rejet à la mer d'hydrocarbures ou
de mélanges d'hydrocarbures. En cas de récidive, la peine est portée au double ».

Article. 94. « Est puni d'un emprisonnement de six (6) mois à deux (2) ans et d'une amende
de cent mille dinars (100.000 DA) à un million de dinars (1.000.000 DA), ou de l'une de ces
deux peines seulement, tout capitaine d'un bâtiment non soumis aux stipulations de la
convention susmentionnée et qui se sera rendu coupable d'infraction aux dispositions de
l'article 93 ci-dessus. En cas de récidive, la peine est portée au double ».

4.1.2.2.2.4 Des sanctions relatives à la protection contre les nuisances 

Article. 107. « Est puni de six (6) mois d'emprisonnement et de cinquante mille dinars
(50.000 DA) d'amende le fait de mettre obstacle à l'accomplissement des contrôles par les
agents chargés de procéder à la recherche et à la constatation des infractions aux
dispositions de la présente loi ».

Article. 108. « Est puni de deux (2) ans d'emprisonnement et de deux cent mille dinars
(200.000 DA) d'amende le fait d'exercer une activité sans l'autorisation prévue à l'article
73 »72.

4.1.2.2.2.5 Des sanctions relatives à la protection du cadre de vie 

Article. 109. « Est puni d'une amende de cent cinquante mille dinars (150.000 DA) le fait
d'apposer, de faire apposer ou de maintenir, après mise en demeure une publicité, une
enseigne ou une pré enseigne dans les lieux ou sur des emplacements interdits prévus à
l'article 66 »73.

                                                             
72Article 73 — Sans préjudice des dispositions législatives en vigueur, les activités bruyantes exercées dans les
entreprises, les établissements, les centres d'activités ou les installations publiques ou privées établis à titre
permanent ou temporaire et ne figurant pas dans la nomenclature des installations classées pour la protection de
l'environnement, ainsi que les activités bruyantes sportives et de plein air susceptibles de causer des nuisances
sonores, sont soumises à des prescriptions générales.
73Article 66Toute publicité est interdite :
1. sur les immeubles classés parmi les monuments historiques,
2. sur les monuments naturels et les sites classés,
3. dans les aires protégées,
4. sur les édifices des administrations publiques,
182 
 
 

 
En se basant sur ce cadre réglementaire de protection de l‘environnement, le directeur de
l‘environnement de la wilaya d‘Annaba, M. Omar Alleg, a ordonné en juin 2012, la
fermeture de deux unités industrielles pour non-respect de la réglementation en matière de
protection de l‘environnement. Selon le site officiel du Centre de Développement des
Énergies Renouvelables (CDER), ces deux unités n‘ont pas effectué, préalablement, l‘étude et
la notice d‘impact, conformément à la réglementation en matière de protection de
l‘environnement. M. Alleg a souligné que cette fermeture avait été décidée par la commission
de wilaya de contrôle des installations industrielles classées, dans le cadre des missions
réservées à la direction de l‘Environnement. D‘après la même source, la direction de
l‘environnement de la wilaya d‘Annaba, plus de 25 mises en demeure ont été par ailleurs
adressées, durant la même période, aux entreprises pour non-respect des règles de protection
de l‘environnement. Ces entreprises font actuellement l‘objet d‘un « suivi rigoureux » pour
vérifier leur mise en conformité vis-à-vis de la réglementation en matière de protection de
l‘environnement74.

4.1.2.2.3 Institutions et programmes algériens

Dans cette logique de préservation de l‘environnement, le gouvernement algérien a également


mis en œuvre, plusieurs actions et programmes qui visent à la protection de l‘environnement.
Nous relevons ici :

- Le Programme National de Gestion des Déchets Propres.

- Le Programme National de l‘Aménagement du Territoire.

- Le Programme Directif d‘Aménagement et d‘Urbanisme.

- Le Programme National des Affaires de l‘Environnement.

- Le Programme de Gestion intégrée des Déchets Municipaux.

                                                             
74 Le Centre de Développement des Énergies Renouvelables (CDER) est chargé de la gestion et du suivi de
l'exécution de Projets Nationaux de Recherche soumis dans le cadre des Programmes Nationaux de Recherche
Energies Renouvelables / Techniques Nucléaires / Hydrocarbures. http://www.cder.dz/.
 
183 
 
 

 
- Le Programme National du Développement Durable.

- Le Plan national d‘Action pour l‘Environnement et le Développement Durable.

La prise de conscience croissante des questions environnementales en Algérie a été


accompagnée par une création de nouvelles institutions qui assurent la bonne gestion des lois,
des programmes et des actions, parmi ces institutions nous avons :

­ Le Centre National de Technologies Plus Propres (CNTPP) qui prône le


développement des techniques de production plus propres et de réduction des déchets.
­ L‘Observatoire National de l‘environnement et du Développement Durable (ONEDD)
qui encourage et institutionnalise la surveillance des installations et des sites ainsi que la
caractérisation des déchets.
­ Le Fonds pour l‘Environnement et la Dépollution (FEDEP) qui a pour principale
mission l‘incitation à la reconversion des installations existantes obsolètes et polluantes vers
des technologies de production plus propres et l‘encouragement des projets d‘investissement.
- Le Conservatoire National des Formations à l‘Environnement.

­ L‘Observatoire National de l'Environnement et du Développement Durable.


­ La Conférence Régionale de l‘Aménagement et Développement du Territoire.
­ Ministère de l‘Aménagement du Territoire et de l‘Environnement (MATE) pour la
mise en place de programmes nationaux sur l‘environnement.
­ L‘Office national de l‘Environnement et du Développement Durable.
­ Le Centre National des Technologies à Production plus Propre.
­ L‘Agence Nationale des Déchets.
­ Le Centre de Développement des Ressources Biologiques.
­ Le Fonds National pour l‘Environnement et la Dépollution.
­ Les Directions de l‘Environnement au Niveau des Wilayas et des Départements
­ Les Inspections Régionales de l‘Environnement.
­ L‘Agence Nationale des Changements Climatiques.
­ Le Conseil National de l‘Aménagement et Développement Durable du Territoire.

184 
 
 

 
Une grande partie de ces institutions, contribuent effectivement à l‘amélioration de la qualité
de l‘environnement en Algérie, tandis que, les autres sont victimes de leur jeune âge et de leur
manque d‘expérience et n‘arrivent pas à promouvoir la protection de l‘environnement.

Le changement quotidien dans les politiques algériennes de protection de l‘environnement, est


à l‘image du changement du rattachement de la fonction de l‘environnement qui a fait le tour
entre plus de dix Ministères, en commençant par le rattachement auMinistère de
l‘hydraulique, de la mise en valeur des terres et de la protection de l‘environnement en 1974,
tout en passant par, le Ministère de l‘hydraulique, de l‘environnement et des forêts, le
Ministère de l‘intérieur, le Ministère délégué à la recherche, à la technologie et à
l‘environnement, le Ministère de l‘éducation nationale et le Ministère chargé des universités
entre les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. L‘année 2000, a connu la création du
Ministère de l‘Aménagement du Territoire et de l‘Environnement (MATE).

Aujourd‘hui, dans sa démarche vers la préservation de l‘environnement, l‘Algérie peut


compter sur un cadre législatif et réglementaire cohérent, et une stratégie nationale dense,
ainsi qu‘une armada d‘instruments volontaires, mise en œuvre par le (MATE), à la
disposition de toutes les entreprises qui exercent en Algérie (publiques et privées, mixtes,
étrangères) dans le but de compléter le cadre juridique existant, afin de promouvoir la RSE, à
l‘instar du « Contrat de Performance » qui fera l‘objet de notre étude dans les prochains
paragraphes.

4.1.2.3 Le Contrat de Performance Environnementale, un engagement dans la


responsabilité sociale pour les entreprises algériennes
 

4.1.2.3.1 Le Contrat de Performance Environnementale

L‘engagement des entreprises algériennes dans les processus de RSE s‘est concrétisé à travers
le nouveau projet appelé contrat de performance, ou contrat de performance environnementale
(CPE) lancé par le Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement en 2006.

185 
 
 

 
Nous avons assimilé l‘engagement dans le contrat de performance environnementale à
l‘engagement dans la RSE car cet engagement est compatible aux quatre caractéristiques de la
définition de synthèse de la RSE qui est établie dans le troisième chapitre à savoir :

- Le caractère volontaire de l‘engagement : les entreprises algériennes publiques et privées ne


sont pas obligées de signer les contrats de performance environnementale lancés par le
Ministère de l'Aménagement du Territoire, de l'Environnement et du Tourisme.

- Le caractère de protection de l‘environnement : l‘objectif de cet engagement est la


préservation de l‘environnement par l‘amélioration de la performance environnementale des
entreprises algériennes et la réduction de leur impact sur l‘environnement.

- le caractère relationnel : le contrat de performance valorise la relation et les interactions de


l‘entreprise avec ses parties prenantes internes et externes (les employés, l‘Etat (MATE), les
experts, etc.).

- le caractère bénéfique : Le contrat de performance a pour objectif, la mise à niveau des


entreprises. En d‘autres termes, l‘amélioration de l‘efficience économique de l‘entreprise qui
renforce sa position concurrentielle.

La définition du contrat de performance environnementale, donnée par le Ministère de


l'Aménagement du Territoire, de l'Environnement et du Tourisme, va nous permettre de
mettre l‘accent sur ces quatre caractéristiques :

« Les contrats de performance environnementale (CPE) sont des outils qui permettent de
mettre à niveau les entreprises et à améliorer leur performance environnementale, ils sont
établis entre l’Administration en charge de la protection de l’environnement et les industriels
qui s’engagent et définissent volontairement leurs efforts en matière de protection de
l’environnement (réduction et traitement de la pollution générée par leurs activités,
économie d’eau, économie d’énergie, etc.) »75.

                                                             
75Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement, 2006
186 
 
 

 
Cela se confirme aussi, dans le premier article du contratde performance environnementale
qui est « Le présent contrat de performance représente un engagement mutuel et participatif
du Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement et de la Société. Il
vise la promotion, la définition et la mise en œuvre de mesures volontaires de dépollution et
de protection de l'environnement »76.

Le contrat de performance environnementale a une finalité explicite c'est-à-dire celle de


mettre en exergue l‘engagement des responsables des entreprises, des travailleurs et des
délégués de l‘environnement, afin de, mettre en œuvre un programme de dépollution
industrielle. Il a également pour ambition de préparer le secteur de l‘industrie, et d‘adopter
des méthodes de management environnemental sur la base des critères standards
internationalement reconnus77.

A travers ces contrats, les industriels s‘engagent volontairement à mettre en œuvre un


programme qui assure l‘efficience écologique et l‘efficacité économique. Ce programme
s‘étalera sur trois ou cinq années selon le contrat établi entre l‘entreprise et le Ministère de
l'Aménagement du Territoire, de l'Environnement et du Tourisme, ce contrat qui permettra : la
mise à niveau des entreprises, le respect de la réglementation environnementale et l‘efficience
écologique et économique 78(annexe n° 1).

4.1.2.3.2 Les entreprises qui ont signé les contrats de performance environnementale

A ce jour, le nombre d‘entreprises qui se sont engagées dans ce processus de RSE par la
signature des contrats de performance environnementale avec le Ministère de l‘Aménagement
du Territoire et de l‘Environnement (MATE), s‘élève à plus de 80 entreprises.

                                                             
76 Contrat de performance environnementale 2006
77CNTPP Centre National des Technologies de Production Plus Propre.
78CNTPP Centre National des Technologies de Production Plus Propre. 
187 
 
 

 
Tableau 6 Exemple des entreprises signataires des CPE

Dénomination de l’Entreprise

Mégisserie Aurassiene /MEGA (Batna)

Cimenterie Aîn Touta (Batna)

ISPAT (complexe sidérurgique d‘Annaba)

ASMIDAL / FERTIAL ( Annaba )

Complexe des Corps Gras de Maghnia (Tlemcen)

Complexe Electrolyse de zinc de Ghazaouet (Tlemcen)

Cimenterie Ain Kebira.( Setif )

Source : site du Ministère de l'Aménagement du territoire, de l'Environnement et du Tourisme, 2009.

Les entreprises qui ont ratifié ces contrats représentent les différents groupes du secteur
industriel algérien, à l‘exemple de (la Sidérurgie : ISPAT complexe sidérurgique de (Annaba),
Ciments : Cimenterie Ain Kebira (Setif), Construction métallique : Complexe Electrolyse de
zinc de Ghazaouet (Tlemcen), Chimie : ASMIDAL / FERTIAL (Annaba), Pharmacie :
SAIDAL (Annaba), Agroalimentaire : Complexe des Corps Gras de Maghnia (Tlemcen), etc.

Ainsi, diverses formes juridiques à l‘exemple de ISPAT, complexe sidérurgique de Annaba,


ASMIDAL / FERTIAL (Annaba), Pharmacie : SAIDAL (Annaba), qui sont des sociétés par
action (SPA). Nous trouvons aussi, des sociétés à responsabilité limitée, à l‘exemple de
HAAL Oran, SBGEM El Goléa Ghardaïa et El Menia Ghardaïa, ainsi que, des entreprises
unipersonnelles à responsabilité limitée (EURL) à l’exemple, SNC-Lavalin Algérie.

De même, les entreprises qui ont ratifié ce contrat de performance sont de taille différente,
même si, elles sont majoritairement de moyennes et grandes entreprises à l‘exemple de
Cimenterie Hdjar Soud.( Skikda ), Cimenterie Ain Kebira.( Setif ) ,ISPAT.(complexe
188 
 
 

 
sidérurgique de (Annaba), ASMIDAL / FERTIAL ( Annaba ), L‘Algérienne des Fonderies
d‘Oran, L‘Entreprise Nationale de Fonderie Tiaret, Entreprise Nationale de Fonderie, Dérives
Bitume Algérie (Blida), ainsi que quelques entreprises de petites tailles, notamment dans le
secteur de l‘agroalimentaire, à l‘exemple de Vitajus (Blida), Toudja (Béjaia), Sidi Dris
(Skikda).

Les entreprises qui ont singé les contrats de performance ont aussi différents propriétaires.
Nous trouvons des entreprises publiques à l‘exemple de Fonderies d‘Oran, ERCO (Cimenterie
d‘El Hassasna Saïda, d‘Ain Timochent et de Sig Mascara), Dérives Bitume Algérie (Blida).
Des entreprises privées comme Vitajus (Blida), Toudja (Béjaia), Sidi Dris (Skikda), Civital
(Béjaia). Des entreprises mixtes à savoir, ISPAT (complexe sidérurgique de (Annaba) et
ASMIDAL / FERTIAL (Annaba), ainsi que, des entreprises étrangères à l‘exemple de
Schlumberger Nord Afrique Alger et SNC LAVALIN.

Enfin, les entreprises qui ont signé ce contrat de performance sont installées dans les quatre
coins de l‘Algérie, à l‘Est à l‘exemple de, Toudja (Béjaia), Sidi Dris (Skikda), ISPAT
(complexe sidérurgique de (Annaba), ASMIDAL / FERTIAL (Annaba). A l'Ouest à
l‘exemple de : Fonderies d‘Oran, Dénitex (Tlemcen) Cimenterie Ouest ERCO (Cimenterie
d‘El Hassasna Saïda, de Ain Timochent et de Sig Mascara). Au Centre, à savoir, Cimenterie
Raïs Hamidou (Alger), Dérives Bitume Algérie (Blida), ainsi qu‘au Sud, qui sont istallées
dans la région de Ghardaia, à l‘exemple de Sarl SBGEM El Goléa, Sarl El Menia, Société de
Recyclage des Batteries, Sarl Recibat.

4.1.2.4 Pourquoi l’Algérie et pourquoi le secteur industriel ?

Dans le but, de confirmer notre recherche théorique ainsi que le modèle conceptuel développé
dans le troisième chapitre de ce travail, nous avons choisi d‘étudier ces contrats de
performance environnementale, qui partagent toutes les caractéristiques de la RSE, signés
entre les entreprises et le Ministère de l‘Aménagement du Territoire, de l‘Environnement
(MATE) Algérien. En choisissant l‘Algérie comme terrain de recherche, cela va nous
permettre d‘enrichir la littérature sur l‘engagement la RSE dans les pays en développement,
notamment dans les pays d‘Afrique du nord où peu de travaux ont été publiés, d‘une part.
D‘autre part, ce contexte socioéconomique et légal peu contraignant par rapport aux pays du
Nord, va nous aider à exposer les réelles motivations derrière l‘engagement des entreprises
189 
 
 

 
dans la RSE.

De la même manière, la problématique d‘intégrer de la RSE dans le secteur industriel algérien


parait extrêmement importante, à cause de la relation d‘interaction entre le secteur industriel
algérien et la RSE. D‘un côté, l‘intégration de la RSE au niveau de l‘industrie algérienne
pourrait contribuer à promouvoir la compétitivité et l‘innovation de l‘industrie algérienne, en
favorisant ; les gains d'efficacités opérationnelles, l'amélioration de la gestion des risques, la
promotion des relations avec (la communauté, les investisseurs et les clients), l'accès au
capital, la réputation ainsi que la productivité des industries algériennes (Porter et Vander
land, 1995, Bansal et Roth, 2000 ;Porter et Kramer 2006 ; Egels-Zandén, 2009 ; Cheryl et al,
2010). De l‘autre côté, le développement rapide du secteur industriel algérien, considéré par le
gouvernement comme le secteur qui doit conduire le développement du pays, participe
vivement dans la promotion et la vulgarisation des principes et des pratiques de la RSE,
(figure n°19).

Figure 19 : La relation entre le secteur industriel algérien et la RSE

responsabilité  Le secteur 
sociale   industriel 

Source : élaboration personnelle.

190 
 
 

 
Synthèse de la section 1

Dans cette section, nous avons présenté notre terrain de recherche. Ce dernier possède toutes
les caractéristiques d‘un pays en développement dont la récente prise de conscience
concernant la RSE.

De même, nous avons mis l‘accent, sur l‘ensemble des mesures prises par le gouvernement
algérien afin de préserver l‘environnement, représentées d‘un côté par l‘arsenal juridique qui
s‘appuie sur des lois, des ordonnances et des décrets dotés d‘une grande force contraignante.
Et d‘un autre côté, des mesures volontaires non contraignantes qui laissent le choix à
l‘entreprise de l‘engagement dans la RSE.

Parmi ces mesures volontaires nous trouvons le contrat de performance qui a été lancé par le
Ministère de l'Aménagement du Territoire, de l'Environnement et du Tourisme. A travers ses
caractères, ce contrat représente parfaitement la RSE, et par conséquent, nous allons
considérer que, les entreprises qui se sont engagées dans le contrat de performance
environnementale, comme des entreprises qui s‘engagent dans la démarche de la RSE. Ainsi,
ces entreprises feront partie de l‘échantillon sur lequel se déroulera notre étude empirique.

191 
 
 

 
4.2 Section 4.2. Les choix épistémologiques et méthodologiques de la recherche

Chaque travail de recherche repose sur une vision particulière et une propre épistémologie et
méthodologieafin de produire des résultats, qui permettent de fournir la connaissance et aident
à comprendre ou à expliquer la réalité.

Dans cette section, nous allons exposer nos choix épistémologiques et méthodologiques qui
nous permettont de qualifier et de quantifier les motivations d‘engagement des entreprises
dans la RSE, restées jusqu'à ce stade, théorique.

Afin de mener à bien un travail de recherche, le chercheur doit faire un choix épistémologique
et méthodologique qui détermine sa démarche scientifique et permet d‘expliquer le processus
de recherche suivi.

En conséquence, avant de faire un travail de recherche et d‘utiliser une démarche scientifique,


il faut d‘abord être conscient de certains principes concernant l‘épistémologie. Cette dernière
traite la nature de la réalité que le chercheur appréhende, ainsi que, le lien qui unit le sujet et
l‘objet de recherche et sa propre vision du monde. En outre, chaque travail de recherche
repose sur des présupposés qui président à « sa vision du monde » et qu‘il est indispensable à
expliquer afin « de contrôler la démarche de recherche et d’accroître la validité de la
connaissance qui en est issue » (Thiétart et al., 2003). Après avoir expliqué, les différents
paradigmes les plus utilisés en sciences de gestion (positivisme, constructivisme et
l'interprétativisme), nous donnons notre positionnement épistémologique choisi pour ce
travail de recherche.

Le deuxième choix porte sur la méthodologie du travail, qui se réfère, à la connaissance


empirique. Si le rationalisme renvoie à la connaissance provenant de la raison et de la pensée,
l‘empirisme fait référence à la connaissance issue de l‘expérience.

De même, après avoir détaillé les méthodologies de recherche suivies dans les sciences de
gestion, nous exposons notre design de recherche ainsi que les deux phases méthodologiques
adoptées. Dans ces paragraphes nous allons expliquer nos choix épistémologiques et
méthodologiques qui garantissent la validité de cette recherche.

192 
 
 

 
4.2.1 Le positionnement épistémologique de la recherche

Le processus de recherche est constitué de trois grandes dimensions: l'ontologie,


l‘épistémologieet la méthodologie (voir figuren° 20). Un paradigme de recherche est un
système qui englobe toutes les pratiques interdépendantes et les pensées qui définissent la
nature de l'enquête sur ces trois dimensions (Grawitz, 1996).

Bien que l‘ontologie est définie comme le statut de la relation entre le chercheur et ce qui peut
être connu. L‘ontologie est définie comme la question de la réalité, qui peut avoir un sens
objectif ou constituer un construit social.

Ces deux concepts sont amplement liés, d‘après, Evrard et al. (2003) chaque position
ontologique implique une particulière position épistémologique et vice versa.

Ainsi, le choix épistémologique dans un travail de recherche sérieux demeure capital, car il
permet de mener à bien le travail de recherche et d‘assurer sa validité et fiabilité (Girod et
Perret, 1999).

Pour ces raisons, nous devons répondre à une question cruciale pour notre travail de
recherche: quel est le paradigme épistémologique que nous devrions adopter afin de préserver
la validité et la fiabilité de notre travail de recherche ?

Pour apporter des éléments de réponse à cette question, nous allons, définir l‘épistémologie,
ainsi que, les trois paradigmes épistémologiques les plus usuellement rencontrés en sciences
de l‘organisation: le paradigme positiviste, le paradigme interprétativiste et le paradigme
constructiviste, Giordano (2003). Ces paradigmes constituent les schémas intellectuels dans
lesquels peut s‘inscrire notre recherche, ainsi, que toutes les recherches en sciences sociales.

Le choix du paradigme épistémologique pour notre travail de recherche sera construit autour
des trois caractéristiques suivantes :
 La nature de la connaissance produite.
 Le chemin de la connaissance.
 Les critères de validité de la connaissance.

Ce sont ainsi ces trois éléments qui permettent le choix d‘un courant épistémologique
structurant le projet de recherche (Girod et Perret, 1999).
193 
 
 

 
Figure 20 Le processus épistémologique dans la recherche

Source : Schoeb (2012)

4.2.1.1 Définition de l'épistémologie

L'épistémologie est dérivé de deux mots grecs: la connaissance « épistémè » et la science


« logos », et signifie la science de la connaissance. Telle qu'elle est utilisée en philosophie, le
mot signifie la science de la certitude et de la connaissance humaine.
L'objet matériel d'épistémologie est la connaissance humaine et ses sources.
L'objet formel de l'épistémologie est la certitude de la connaissance humaine, (Browaeys et
Fisser, 2012).

Le terme «épistémologie», qui par dérivation signifie la science de la connaissance, est très
couramment utilisé pour signifier la science de la certitude de la connaissance humaine. La
«Certitude» est ici utilisée pour noter que la possession consciente de la vérité est l'acte ou
l'état d'esprit dans lequel l'esprit possède la vérité. Parmi les sujets traités dans la science on
releve la nature de la vérité, les sources de la connaissance humaine, les obstacles qui
entravent la recherche de la vérité, les moyens d'éviter l'erreur, et le critère de certitude
(Flood, 2008).

En d'autres termes, l‘épistémologie réalise l‘étude critique des principes, des hypothèses et
des résultats des sciences afin de déterminer leurs valeurs. Dans la tradition de la langue

194 
 
 

 
française, l'épistémologie est devenue particulièrement la philosophie des sciences qui signifie
qu'elle pose les questions relatives à la science en générale.

De plus, l‘épistémologie concerne au-delà de la connaissance, la pensée, l'intelligence, la


conscience, l'imagination, les perceptions, les sensations, etc. Elle soulève, aussi, des
questions sur les fondements du discours scientifique d'un point historique et linguistique,
ainsi que d‘autres questions, sur la méthode, le sens de l'interprétation et les processus
logiques de construction des modèles, les questions sur la valeur, les limites des résultats et
les relations entre les sciences et les autres formes de connaissances, Browaeys (2004).

En sciences de l‘organisation, trois paradigmes épistémologiques sont usuellement rencontrés:


le paradigme positiviste, le paradigme interprétativiste et le paradigme constructiviste
(Giordano, 2003 ; Browaeys, 2004). Ces paradigmes offrent trois façons distinctes de définir
les connaissances produites, le processus de production de cette connaissance, et la valeur de
cette connaissance.

4.2.1.2 Le paradigme positiviste

Le positivisme est parfois appelé «méthode scientifique» ou «recherche scientifique», fondé


sur le rationalisme et la philosophie empiriste qui a pris naissance avec les travaux d‘Aristote,
de Francis Bacon, de Auguste Comte, et de Emmanuel Kant, (Evrard et al., 2003).

En outre, le paradigme positiviste, affirme une philosophie empiriste, où les causes


déterminent les effets. Comme il vise à observer directement, mesurer quantitativement et
prévoir objectivement les relations entre les variables. Le paradigme positivisme vise aussi à
tester une théorie ou décrire une expérience à travers l'observation et la mesure dans le but de
prévoir et de contrôler les forces qui nous entourent (Browaeys, 2004).

Comme il reflète une philosophie déterministe qui provoque probablement des effets et
résultats déterminés. Le paradigme positiviste peut être appliqué au monde social sur
l'hypothèse que le monde social peut être étudié de la même façon que le monde naturel. Il
existe aussi, une méthode pour étudier le monde social qui est la valeur libre, et que les
explications de nature causale peuvent être employées (Evrard et al., 2003).

D‘une manière générale, le positivisme est le paradigme épistémologique le plus utilisé dans

195 
 
 

 
la littérature. Ce paradigme affirme que la connaissance qui construit progressivement la
science est la connaissance de la Réalité, qui est une réalité en soi, objective, indépendante
des observateurs qui la décrivent « le chercheur est posé en extériorité par rapport à la
situation observée » (Giordano, 2003).

L‘objectif de la recherche dans le paradigme positiviste est d‘utiliser le construit en préalable


et d‘une manière intentionnelle, pour pallier aux carences et contradictions de la littérature.
D‘après Thiétart et al. (2003) « L’objet de recherche dans le positivisme s’élabore à partir de
l’identification d’insuffisances ou d’incohérences dans les théories rendant compte de la
réalité ou entre les théories et les faits ».

Le positivisme a été remplacé après la Seconde Guerre mondiale, par le post positivisme. Ce
dernier, est défini comme le paradigme qui voit le monde comme ambiguë, variable et
multiple dans ses réalités, ce qui veut dire que «ce qui pourrait être la vérité pour une
personne ou groupe culturel, pourrait ne pas être la vérité pour les autres ». Cette définition
suggère que le paradigme post-positiviste est intuitif, holistique, inductif et exploratoire avec
des résultats qui sont de nature qualitative (Lapid, 1989). Cette définition du post-positivisme
semble être en contradiction avec la définition la plus largement utilisée par Lapid (1989).

Cependant, dans la recherche, les paradigmes positivistes et post-positivistes sont le plus


souvent alignés avec des méthodes quantitatives de collecte et d'analyse des données

La principale critique du positivisme est la question de la séparation du chercheur de ce qui


est recherché (Hammersley, 2006). En conséquence, le positivisme aujourd'hui, reconnaît
que, même si la vérité absolue ne peut être établie, il existe des réclamations de connaissances
qui sont encore valables, qui peuvent être déduites logiquement (Hammersley, 2006).

Enfin, la méthode de recherche positiviste se constitue des expériences et des essais. Cette
méthode particulière peut être contrôlée, mesurée et souvent utilisée pour soutenir une
hypothèse.

4.2.1.3 Le paradigme Interprétativiste

Le positivisme est apparu comme un paradigme philosophique au 19ème siècle avec le rejet
par Auguste Comte de la métaphysique et son affirmation que seule la connaissance

196 
 
 

 
scientifique peut révéler la vérité sur la réalité. Ce paradigme a été formellement considéré
comme la méthode scientifique dominant au début du 20ème siècle par les membres du Cercle
de Vienne, y compris Gustav Bergmann, Rudolf Carnap, Herbert Feigl, Philipp Frank, Karl
Menger, Otto Neurath et Moritz Schlick (Kaboub, 2008).

Wilhelm Dilthey était parmi les auteurs les plus influants dans le paradigme interprétativiste
au milieu du 20ème siècle. Cet auteur a souligné que, l'objet étudié par les sciences naturelles
est différent de l‘objet étudié par les sciences sociales, Johnson et Onwuegbuzie (2004). Dans
la pratique de la recherche contemporaine, cela signifie qu'il existe une reconnaissance que les
faits et les valeurs ne peuvent pas être séparés et que l'intelligence est inévitablement lésée car
elle est située au niveau de l'individu et de l'événement (Cousin, 2005; Elliott et Lukes, 2008).
Les chercheurs dans le paradigme interprétativiste reconnaissent que tous les participants, y
compris le chercheur, apportent leurs propres interprétations uniques au monde ou la
construction de la situation de la recherche et du chercheur doit être ouverte aux attitudes et
aux valeurs des participants (Mackenzie et Knipe, 2006).

L‘objet de recherche dans le paradigme interprétativiste, ne trouve sa forme définitive qu‘à la


fin de la recherche contrairement à l‘objet de recherche dans le paradigme positiviste. Par
conséquent, la définition de l‘objet de recherche dans le paradigme interprétativiste implique
l‘immersion du chercheur dans le phénomène étudié. L‘objet émane de l‘intérêt du chercheur
pour un phénomène. La définition de l‘objet implique une observation plus ou moins
participante. Il en résulte que l‘objectif de la recherche se précise au fur et à mesure de sa
compréhension et se développe par son empathie et son adaptation constante au terrain,
(Thiétart et al., 2003).

L'une des critiques d‘interprétativisme est qu'il ne permet pas de généraliser, car il encourage
l'étude d'un petit nombre de cas qui ne s'appliquent pas à l'ensemble de la population.
Cependant, d'autres ont fait valoir que le détail et les efforts nécessaires à l'enquête
d'interprétation permettent aux chercheurs de mieux comprendre des événements particuliers,
ainsi que plusieurs points de vue qui ne seraient pas venus à la lumière, sans l‘examen d‘un
petit nombre de cas (Mackenzie et Knipe, 2006).

197 
 
 

 
En conséquence, La méthodologie de recherche d'étude de cas est la plus adaptée pour le
paradigme interprétativiste. Ainsi, les méthodes de recherche se constituent : des groupes de
discussion, des entretiens et des agendas de recherche qui semblent être les plus adaptés à ce
paradigme car, ces méthodes permettent d‘enregistrer autant de variables que possibles
(Elliott et Lukes, 2008).

4.2.1.4 Le paradigme constructiviste

Le paradigme de constructivisme découle des travaux dePiaget 1937, 1964, (cité par
Lourenço et Machado, 1995) menés en psychologie génétique. Ces travaux se sont ensuite
enrichis par les apports de la psychologie cognitive. Le constructivisme est une forme
d‘épistémologie qui peut contribuer à l'intelligibilité des phénomènes complexes. Les
constructivistes s'opposent à la perspective d'un monde prédéterminé, ordonné, et considéré
formellement que la connaissance émerge d'un processus humain de la construction continue
et de la reconstruction (Lourenço et Machado, 1995).

Cela implique que dans un paradigme constructiviste, l'épistémologie est pluraliste, subjective
et pragmatique, ce qui signifie, contrairement au paradigme positiviste, que l'observateur n'est
pas neutre, (Piaget 1967 cité par Lourenço et Machado, 1995).

Il est possible de décrire le paradigme constructiviste d‘après l‘hypothèse sur laquelle il


s‘appuie : la réalité est relative, elle est interprétée et construite par le chercheur. Il existe
donc de multiples réalités sociales différentes, que nous pouvons remettre en cause par la
suite, tout en étant en mesure d‘en expliquer les différentes interprétations. En conséquence,
la recherche dans le cadre d‘un paradigme constructiviste produit des explications qui se
basent sur des réalités conçues et capables d‘être expliquées (Holstein et Gubrium, 1998).

Le paradigme constructiviste est donc de la même famille que le paradigme interprétativiste,


avec une nuance qu‘il présuppose, non seulement une réalité sociale subjective mais aussi une
réalité sociale construite à l‘aide de l‘interprétation que le chercheur effectue de cette réalité
sociale. D‘où l‘utilisation de la proche interprétativiste par la méthodologie constructiviste
basée dans la pratique des associations et des relations entre sujets, objets et projets (Holstein
et Gubrium, 1998).

198 
 
 

 
Les travaux de recherche qui se basent sur le paradigme constructiviste adoptent souvent, une
cible d‘action qui s‘appuie sur des modèles et sur des outils qui sont construits par les acteurs
pour leurs propres intérêts. Ces travaux insistent donc sur la consistance des modèles conçus
dans un contexte précis qui établit la liaison entre les concepts théoriques et la pratique.

Nombreuses sont les études qui ont souligné que le choix d‘un paradigme épistémologique
qui prend en considération l‘objectif, la question et les hypothèses de recherche est primordial
dans la réalisation d‘un bon travail de recherche (Igalens et Roussel, 1998 ; Evrard et al.,
2003). Cependant, si nous avons mis en exergue les oppositions traditionnelles entre
paradigme positiviste, interprétativiste et constructiviste, le chercheur n‘est pas contraint de
faire un choix de principe et de s‘en tenir de façon rigoureuse qu‘a ce dernier. Il est possible,
en effet, de se doter d‘une position épistémologique aménagée en mobilisant des éléments
appartenant aux différents paradigmes (Séville et Perret, 1999).

Notre travail de recherche vise à découvrir et expliquer les réelles motivations qui poussent
les entreprises algériennes à s‘engager dans la RSE, et à définir la relation de causalité entre
les variables explicatives (individuelles, organisationnelles et institutionnelles) et la variable à
expliquer qui est l‘engagement dans la RSE. S‘interroger sur les raisons qui poussent les
entreprises à intégrer la RSE nous conduit à adopter une posture positiviste.

Le paradigme positiviste, nous apporte aussi, l‘indispensable confrontation des hypothèses


formulées à la réalité, qui permet non seulement de renforcer un objet, un modèle ou une
théorie mais surtout de les faire évoluer par rapport à un nouveau contexte.

Le positionnement épistémologique positiviste, convient parfaitement à notre question de


recherche qui est de nature exploratoire, ainsi que, le positivisme et le paradigme qui
conviendra le mieux avec nos choix méthodologiques.

En s‘appuyant sur les définitions des trois principaux paradigmes épistémologies portées dans
les précédents paragraphes, ainsi que, l‘objet de la recherche et le type de la question de notre
recherche, nous avons choisi d‗adopter un positionnement épistémologique positiviste.

199 
 
 

 
4.2.2 La méthodologie de recherche

La méthodologie de la recherche est une« façon dont on peut se rendre compte de la réalité »
(Schoeb, 2012). Ainsi, tout chercheur en Sciences de Gestion est confronté au choix d‘une
méthodologie de recherche. Ce choix se fait en se basant sur la posture épistémologique
choisie, appropriée aux objectifs de recherche et de la nature d‘investigation. Nous allons
commencer par présenter l‘ensemble des méthodologies utilisées dans les sciences de gestion,
puis nous exposons nos choix méthodologiques en présentant le design de recherche. Celui-ci
s‘articule autour de deux approches quantitatives, qualitatives et de la méthodologie mixte.
Enfin, nous abordons le processus d‘analyse des données.

Avant de définir la méthodologie de recherche que nous allons utiliser dans ce travail, nous
devons d'abord faire la distinction entre les deux mots «méthode» et «méthodologie», qui sont
souvent utilisés de manière interchangeable. Les deux termes ne sont pas similaires. D‘un
côté, la méthodologie, représente l‘étalement logique de la position épistémologique utilisée
pour étudier le travail de recherche. D‘après Duffy (1985), la méthodologie, est l‘approche
générale à l'étude des sujets de recherche, alors que les méthodes sont les outils et les
techniques de recherche spécifiques utilisés par la méthodologie générale de la recherche.

4.2.2.1 Méthodologie qualitative

La méthodologie de recherche qualitative est utilisée « comme véhicule pour étudier le monde
empirique du point de vue du sujet et pas le chercheur » (Duffy, 1987).

Les chercheurs qualitatifs étudient les choses dans leur milieu naturel, en essayant de donner
un sens ou interpréter les phénomènes en termes de perception des personnes, Newman et
Benz (1998).

La méthodologie de recherche qualitative est « Tout type de recherche qui produit des
résultats sans faire appel aux méthodes statistiques et autres moyens de quantification »
(Newman et Benz, 1998).

Alors que les citations ci-dessus décrivent adéquatement la recherche qualitative (Miles et
Huberman, 1994) préfèrent ne pas définir précisément la recherche qualitative, mais

200 
 
 

 
concentrent leur compréhension de la recherche qualitative autour des données sous forme de
mots, tels que les observations, les interviews ou les documents.

Dans une méthodologie qualitative, l'information recueillie est non numérique et pourrait
inclure des réponses à une question de l'enquête ouverte et à un dialogue à partir d'un groupe
de discussion, à une question de la dissertation.

Parmi les avantages de la méthodologie qualitative, cette dernière permet d'obtenir le plus
d'informations en profondeur, comme elle assure une certaine liberté aux personnes
interrogées pour pouvoir, répondre comme elles le voudraient. Elles ne sont pas contraintes à
un ensemble prédéterminé de réponses possibles que vous pourriez voir sur un sondage.
Enfin, cette méthodologie permet de poser les bonnes questions et d'identifier les bonnes
hypothèses.

Cependant, cette méthodologie affiche différents inconvenants, par rapport à ces méthodes de
recueil des données. D‘un côté, la méthode qualitative est très dépendante des compétences
des enquêteurs, puisque, elle est compliquée à mettre en place car les thèmes abordés par
l'enquêteur peuvent casser le fil et la dynamique de l‘entretien. De l‘autre côté, le problème du
temps, la réalisation de l‘enquête et le recueil et l‘analyse des données prennent beaucoup de
temps. D‘autant plus, que le temps est très souvent lié aux coûts. Les approches qualitatives
sont plus coûteuses car, elles sont généralement plus longues à réaliser.

4.2.2.2 La méthodologie quantitative

La méthodologie de recherche quantitative est décrite par les termes de l‘empirisme et du


positivisme (Duffy, 1985). Elle découle de la méthodologie scientifique utilisée dans les
sciences physiques. Cette méthodologie de recherche est un objectif, du processus
systématique formel dans lequel, nous découvrons les résultats des données numériques.
Cette méthodologie décrit des tests et examine la cause et les relations causales, en utilisant
un processus déductif de réalisation de la connaissance (Duffy, 1985).

La méthodologie quantitative est celle dans laquelle les chercheurs utilisent des allégations
pour le développement des connaissances, testées des théories, réfutées ou confirmées des
hypothèses et réduire en augmentant le nombre des variables.

201 
 
 

 
D‘après, Creswell et al. (2006), la recherche quantitative est souvent désignée comme une
recherche des tests d‘hypothèses.

Le processus de recherche dans cette méthodologie commence par la déclaration des théories
à partir desquelles les hypothèses de recherche sont dérivées. Ensuite, un modèle
expérimental est établi. Il s‘agit d‘un modèle dans lequel les variables dépendantes sont
mesurées tout en contrôlant les effets des variables indépendantes sélectionnées.

Dans une méthodologie de recherche quantitative toutes les données numériques recueillies
sont comptables ou quantifiables. Comme par exemple le revenu annuel d'une personne, la
hauteur ou le poids, de même que le nombre des réponses correctes à un test de conduite.

Chaque type de méthode a ses avantages et ses inconvénients. Les méthodes quantitatives
permettent de faire la synthèse d‘une vaste source d'information et facilitent les comparaisons
entre les catégories dans le temps. Ces comparaisons sont nécessaires, notamment pour
évaluer les progrès réalisés. De plus, de son efficacité extrême dans la collecte des données,
en particulier pour les grands groupes de personnes. Cette méthodologie permet de réduire les
coûts notamment dans le cas des données qui sont dispersées géographiquement.

Les détracteurs des méthodes quantitatives ont également fait remarquer, qu'il est difficile
d'obtenir le vrai sens d'une question en regardant les chiffres. Les statistiques agrégées sont
une arrivée relativement récente dans l'histoire humaine, ce qui pourrait expliquer nos
difficultés à comprendre les probabilités et les autres phénomènes statistiques (Creswell et
al., 2006). De plus, il convient de souligner que cette méthodologie ne fournit pas vraiment le
« pourquoi » car le but des questions est de générer des données quantitatives.

4.2.2.3 La méthodologie mixte

La méthodologie de recherche mixteest une méthodologie qui associe à la fois des éléments
de la recherche qualitative et quantitative. Cette méthodologie a fait son entrée dans la fin des
années quatre-vingt avec les travaux de recherche de (Patton, 1987; Behrens et Smith, 1996;
Rousseau, 1997; Karsenti et Savoie-Zajc, 2000 ; cité par Pinard et al., 2004). Ces recherches
ont permis d‘amener le débat sur cette méthodologie à un niveau plus développé. La
méthodologie de recherche mixte représente un nouveau paradigme, intégrateur des
différentes approches de recherche ce qui met l‘accent sur les alliances possibles et les
202 
 
 

 
complémentarités entre l‘approche quantitative et l‘approche qualitative. Il s‘agit de la suite
naturelle et surtout pragmatique des méthodologies traditionnelles de nature quantitative ou
qualitative. La méthodologie mixte permet en fait la fusion stratégique des données
qualitatives et quantitatives, de façon harmonieuse, afin d‘enrichir les résultats de la
recherche. Cette approche mixte permet en effet, d‘utiliser les diverses méthodes qualitatives
et quantitatives, en fonction de nos objectifs de recherche. Les chercheurs qui choisissent cette
méthodologie, utilisent, la méthode qualitative qui permet d‘évaluer et de recueillir en
profondeur des informations pour répondre à certaines questions, et la méthode quantitative,
pour le recueil et l‘évaluation des informations numériques.

L'avantage d'une méthodologie mixte, est que cette dernière équilibre la collecte de données
efficace et l'analyse des données fournit par le contexte. En d‘autres termes, les données
quantitatives captent rapidement et efficacement de grandes quantités de données des grands
groupes de parties prenantes. Les données qualitatives qui fournissent les informations
contextuelles et facilitent la compréhension et l'interprétation des données quantitatives.
Ainsi, vu que les données qualitatives recueillies auprès d'un sous-ensemble des parties
prenantes, les coûts sont atténués. Johnson et Onwuegbuzie (2004) font également remarquer
que les méthodes mixtes engendrent souvent des résultats de recherche supérieurs aux
méthodes uniques.

Le défi d'une méthode mixte est d‘éviter que les deux méthodes de collecte de données ne se
reproduisent pas, car lorsque les méthodes de collecte de données sont redondantes, les coûts
de collecte d'informations seront forcément doublés.

En conclusion, le chercheur en Sciences de gestion est confronté à une multitude de


méthodologies de recherche, ce qui rend le choix d'un plan de recherche approprié pour une
étude particulièrement difficile. D‘où la nécessité d'une compréhension d'une vaste gamme de
méthodes de recherche afin de choisir le modèle le plus approprié, ou une combinaison de
modèles, le plus approprié pour une étude particulière. En outre, il faut faire une étude
approfondie des méthodologies choisies pour exécuter une bonne pratique de la recherche
(Groenewald, 2004). Cependant, il n‘y a pas de méthode de recherche parfaite, le choix
inévitable de la méthodologie est guidé par les questions, les objectifs de recherche et la
nature du terrain d‘investigation (Coll et Chapman, 2000).
203 
 
 

 
Concernant notre étude, la nature de la question et les objectifs de recherche ainsi que les
caractéristiques de notre recherche, nous ont consolidé dans le choix d‘une méthodologie de
recherche mixte : qualitative et quantitative.

Cependant, au niveau de la première phase qualitative, basée sur des méthodes de recueil des
données, à l‘exemple des entretiens et des réunions de groupe, nous avons été confrontés au
refus et à l‘indisponibilité des responsables susceptibles de répondre à nos questions, ainsi
qu‘à la dispersion géographique des entreprises sur le territoire algérien qui dépasse les 2
millions de km2.

Face, a l‘impossibilité de réaliser une étude qualitative globale, nous nous sommes contentés
de la réalisation d‘une étude exploratoire qui concernera seulement la ville d‘Annaba. Cette
étude exploratoire s‘est révélée très importante pour les raisons suivantes :

Premièrement, la thématique d‘engagement dans la RSE, reste un nouveau concept pour la


majorité des dirigeants des entreprises et des employés. De même, au niveau de la littérature
ce concept est très peu, voire pas du tout appréhendé, dans le contexte algérien. D‘après le
bilan du Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement, il existe moins de
vingt thèses de doctorat réalisées sur le thème de l‘environnement (la pollution de l‘eau, de
l‘air et des déchets), mais aucune sur le sujet de RSE79. De plus, aucun article n‘a été publié
concernant la RSE en Algérie. Il s‘agit donc d‘un terrain vierge d‘où le choix de commencer
par une phase exploratoire qui semble être le mieux adapté à notre contexte.

Deuxièmement, la phase exploratoire, concerne la préparation du terrain de recherche, qui


n‘est pas vraiment habitué à cette interaction entre le milieu académique et le milieu
professionnel (faire des entretiens avec des doctorants), ainsi que, la vérification de
l‘existence des hypothèses, notamment les valeurs éthiques des chefs d‘entreprises , les
avantages concurrentiels, les pressions des ONG et des médias dans l‘engagement des
entreprises algériennes dans la RSE. De plus, cette phase exploratoire, nous a permis
d‘identifier la méthode la plus appropriée pour le recueil des données. Cette étude
exploratoire sera plus détaillée dans la section suivante.
                                                             
79Ministère de l'aménagement du territoire et de l'environnement, Site internet du Ministère
http://www.matev.gov.dz/.

204 
 
 

 
4.2.3 Le choix du mode de raisonnement

Le raisonnement est un processus cognitif, présenté par une suite de propositions vraies ou
fausses qui permet d'obtenir de nouveaux résultats ou de vérifier la réalité d'un fait en faisant
appel soit à différentes « lois » ou soit à des expériences. Dans ce contexte, quatre modes de
raisonnement se distinguent à cause de leur large utilisation, dans les sciences de gestion :

Le mode de raisonnement déductif : procède du général au particulier. Dans ce mode de


raisonnement les propositions sont établies par des références à des propositions déjà faites, et
non à des observations directes. Ce mode de raisonnement permet d'exploiter un modèle, une
loi, une théorie pour expliquer un fait ou anticiper un événement.

Le mode de raisonnement inductif : contrairement au mode déductif, le raisonnement inductif


procède du particulier au général. Il consiste à généraliser à partir d‘une série d'observations
spontanées ou provoquées. Ce mode de raisonnement permet d‘élaborer des lois, des
hypothèses et poser de nouvelles vérités mais sans certitude car le nombre d'observations est
souvent limitées.

Le mode de raisonnement abductif : ce mode de raisonnement, commence généralement par


un ensemble incomplet d‘observations et procède à l'explication la plus probable possible
pour l'ensemble.

Le mode de raisonnement hypothético déductif : consiste à commencer par établir des


hypothèses avec tous les facteurs possibles qui peuvent influencer le résultat, puis confronter
ces hypothèses à la réalité du terrain, afin de juger la pertinence des hypothèses initialement
formulées.

Ces quatre modes de raisonnement sont présentés dans la figure suivante (voir figure n° 21).

205 
 
 

 
Figure 21 Les quatre démarches de recherche

Source : Thiétart et al. (2003)

Dans notre travail de recherche, nous avons privilégié le raisonnement hypothético déductif,
qui commence par l‘élaboration des hypothèses, à partir d‘un ensemble de connaissances
acquises, de théories et de concepts, puis nous avons confronté ces hypothèses à la réalité du
terrain, afin de se prononcer sur la pertinence des hypothèses principales, (Charreire et
Durieux, 2003 ; Evrard et al., 2003). Par conséquent, ce mode de raisonnement est compatible
avec nos objectifs de la recherche. En effet, notre travail vise à : analyser et expliquer les
motivations qui poussent les entreprises dans le secteur industriel algérien à s‘engager dans la
RSE.

4.2.3.1 Le design de la recherche

Le design de la recherche représente le plan qui constitue le fil conducteur autour duquel
s‘articulent les différentes composantes d‘une recherche. Cette architecture est constituée
d‘une revue de littérature pertinente dressant un inventaire raisonné des champs théoriques
existants sur le sujet ; puis elle passe à la formulation d‘un corps d‘hypothèses issu des
développements conceptuels traitant la question de recherche ; cette architecture termine par
le recueille et l‘analyse des données empiriques. Le design de recherche décrit ainsi les lignes
directrices qui lient les paradigmes théoriques à la stratégie de recherche et aux méthodes de
collecte d‘informations, (Giordano et al., 2003 ; Evard et al., 2003).

206 
 
 

 
Le design de la recherche représente un élément indispensable pour toute recherche
scientifique (Grunow, 1995). Ainsi, il existe un ensemble de modèles de présentation du
design de la recherche selon la nature de l‘étude, la problématique, la littérature et les
données. Dans le même cadre, il n‘existe pas une préférence ou plutôt une supériorité entre les
méthodes utilisées (voir figure n°22).

Figure 22 Le design de la recherche adopté

                            Revue de littérature     

                      Élaboration des hypothèses 

            Construction du modèle de recherche 

                Enquête exploratoire 

               Elaboration du modèle définitif 

       Construction et discussion du questionnaire  

        Recueil, analyse et traitement des données  

                      Discussion des données  

207 
 
 

 
Synthèse de la section 2

Dans cette section, nous avons présenté nos choix épistémologiques et méthodologiques.
Nous avons commencé par le choix du paradigme positiviste, car le positionnement
épistémologique positiviste, convient parfaitement à notre question de recherche qui est de
nature exploratoire. Concernant le choix méthodologique, nous avons opté pour une
méthodologie mixte exploratoire quantitative, suite à l‘impossibilité de réaliser une étude
qualitative globale. Egalement, le choix d‘un mode de raisonnement hypothético-déductif,
représente une continuité logique des choix décidés auparavant. Selon Dubé et Paré (2003), le
raisonnement hypothético-déductif est le type de raisonnement privilégié dans une approche
positiviste. Cette section est terminée par la présentation du design de la recherche qui est le
fil conducteur autour duquel s‘articulent les différentes composantes d‘une recherche.

208 
 
 

 
4.3 Section 4.3. La phase exploratoire

Une fois que le projet de recherche est provisoirement formulé. L‘étape suivante, appelée
phase exploratoire, consiste à atteindre une certaine qualité d'information, permettant au
chercheur d‘identifier les aspects critiques de l‘étude et de clarifier les concepts théoriques
pour en faciliter l‘étape de l‘opérationnalisation dans le cadre de l‘enquête quantitative. Ainsi,
cette phase demeure très importante notamment, pour l‘élaboration de la méthodologie de
l‘étude quantitative (Evrard et al., 2003). Au niveau de cette étape, la littérature à approuver
plusieurs modes de recueil de données, l‘analyse de documents, la revue de la littérature,
l‘étude de cas, les entretiens non directifs ou semi-directifs, les tests projectifs, les entretiens
des groupes (Evrard et al., 2003).

Parmi ces méthodes de collecte de données, nous avons privilégié dans notre recherche,
l‘étude documentaire et les entretiens exploratoires.

4.3.1 L’étude documentaire

Les études exploratoires commencent souvent par l‘étude documentaire appelée aussi analyse
secondaire des données. Elle consiste à analyser et synthétiser les données secondaires
internes ou externes à l‘entreprise, déjà menées sur notre objet de recherche.

Les données secondaires internes, correspondent aux données collectées au sein de


l‘entreprise à l‘exemple des Brevets, brochures techniques, comptes rendus, statistiques des
ventes par produit et par secteur, tableau de bord par grande fonction, circulaires internes,
rapports des conseils d‘entreprises…etc.

Les données secondaires externes, représentent les documents de recherche ou de


compilations déjà réalisés par des organismes extérieurs qui apportent généralement de
précieux renseignements sur l‘entreprise à l‘exemple des rapports des organismes publics, les
associations privées, la presse générale et professionnelle, les annuaires et les banques de
données, etc (Evrard et al., 2003).

209 
 
 

 
L‘étude documentaire se caractérise par, un processus de collecte qui est facile et rapide. Une
période de recueil d‘information qui est généralement courte et un coût de recueil qui est peu
élevé. Toutefois, les données récoltées suite à une étude documentaire, doivent être utilisées
avec une grande prudence, car, les informations recueillies peuvent être : incomplètes
notamment au niveau des chiffres, inadaptées à notre question de recherche, afin d‘induire le
lecteur en erreur pour des raisons politiques, fiscales, etc.

Au niveau de notre recherche, nous nous sommes basés dans notre étude documentaire sur un
ensemble de documents internes comme les rapports annuels, l‘histoire d‘évolution de
l‘entreprise, ainsi que, le contrat de performance singé avec le Ministère de l‘Aménagement
du Territoire et de l‘Environnement (MATE), fournit par quelques entreprises à l‘exemple
EDOUGH, PROTUIL, FERTIAL, etc. De plus, les documents secondaires externes à
l‘exemple des quelques articles disponibles de presse professionnelle, les données statistiques
trouvées sur le site de l‘Office National des Statistiques (ONS), les documents fournis par le
Ministère de l‘Aménagement du Territoire et de l‘Environnement (MATE), notamment pour
les entreprises qui ont signé les contrats de performance environnementale. Ces données,
nous ont permis dans un premier temps de préparer les entretiens semi-directifs menés avec
les chercheurs, les dirigeants des entreprises industrielles et les représentants locaux du
(MATE).

4.3.2 Les entretiens exploratoires

Le deuxième mode de recueil des données lors de l‘étude exploratoire, sont les entretiens
exploratoires non directifs ou semi-directifs. Ces entretiens servent à recueillir des éléments
provenant du terrain pour mieux construire l'objet de la recherche.

A travers les entretiens exploratoires, nous avons cherché à apprivoiser le terrain, à compléter
les connaissances et les informations, à vérifier l‘existence des hypothèses établies
auparavant, à explorer de nouvelles pistes de recherche (hypothèses), à mieux connaître le
vocabulaire utilisé par la population interrogée, pour avoir des repères dans le milieu enquêté
et aussi à éclairer certains comportements cachés au chercheur lors de l‘étude documentaire,

210 
 
 

 
(Evrard et al., 2003). Ces entretiens ont servi aussi à lancer des essais, concernant les
questions les plus pertinentes, et les thèmes qui captent le plus l‘intention des enquêtés.

D‘une manière générale, les entretiens exploratoires ont aidé à récolter des informations et des
données, à prendre des contacts et à agrandir le réseau des relations avec les professionnels, ce
qui facilite la poursuite de l‘étape quantitative confirmatoire.

En suivant les recommandations de la méthodologie de recherche qui stipulent que dans un


terrain très peu abordé dans la littérature, il vaudrait mieux commencer par une étude
exploratoire pour bien cerner l'univers, les critères de segmentation et la verbalisation, (Evrard
et al., 2003).

Dans un contexte algérien où il n‘existe que très peu d‘études qualitatives et quantitatives
dans le domaine de la RSE, nous avons opté, dans un premier temps pour une étude
exploratoire basée sur une étude documentaire, soutenue par, une étude préliminaire sous
forme de différents entretiens exploratoires oraux non directifs réalisés auprès des différents
acteurs (voir tableau n° 7), avec pour objectif d'apprivoiser le terrain de recherche représenté
par les entreprises Algériennes qui œuvrent dans le secteur industriel.

À cet effet, nous avons procédé à 7 entretiens non enregistrés du fait du refus répondants.
Chaque entrevue est d'une durée comprise entre 15 et 30 min.

Des questions ouvertes générales ont été posées (voir tableau n° 7), afin de laisser libre cours
au récit de la personne interrogée. Ces entretiens ont été ponctués par des questions de type
relance ou reformulation synthèse. Dans le (tableau n° 7), nous présentons un exemple des
questions posées lors des entretiens.

211 
 
 

 
Tableau 7 Panel de répondants et questions

Personnes interrogées Durée de Questions


l’entretien

Directeur de l‘entreprise PROTUIL 15min - Connaissez-vous la notion de la responsabilité


SPA sociale et environnementale des entreprises (RSE) ?

- quelles sont les pratiques les plus courantes de la


responsabilité sociale au sein de votre entreprise ?

- quelles sont les motivations qui peuvent influencer


Directeur de l‘entreprise 30 min l‘engagement de votre entreprise dans la
LAITERIE EDOUGH responsabilité sociale ?

- L‘engagement dans la responsabilité sociale a-t-il


permis de réaliser des résultats significatifs en
matière de préservation d‘environnement au niveau
de votre entreprise ?
Responsable de l‘environnement 20 min
dans l‘entreprise FERTIAL - Quels sont les obstacles que vous avez rencontrés
pendant l‘intégration du processus du développement
durable ?

Professeur à l‘université BADJI 30 min - Existent-ils des études sur la responsabilité sociale
MOKTAR ANNABA et environnementale des entreprises (RSE) réalisées
sur les entreprises algériennes ?

- Quelle est l‘attitude des entreprises et leur


collaboration et implication dans les études de
recherche lancées par les étudiants et les enseignants
Maitre de conférences à 30 min
chercheurs ?
l‘université de FARHAT ABBAS
SETIF - quelle est la meilleure méthode, pour interroger,
administrer et formuler les questionnaires dans le
contexte algérien ?

212 
 
 

 
Responsable de la Politique 15 min - Quels sont les plans à l‘échelle locale et nationale
lancés par le Ministère de l‘Aménagement du
Environnementale Industrielle
Territoire et de l‘Environnement (MATE), afin de

au Ministère de l‘Environnement préserver l‘environnement ?

à ALGER
- Existent-ils des subventions qui peuvent être
obtenues dans le cadre de la mise en œuvre de leurs
projets DD / RSE ?
Responsable de la Politique 20 min

- Quelles sont les réactions des entreprises face aux


Environnementale Urbaine dans la
nouvelles lois et exigences de l‘Etat en matière de la
direction de l‘environnement de la
préservation de l‘environnement ?
willaya d‘Annaba

Source : élaboration personnelle

4.3.3 Les résultats de l’étude exploratoire

L‘étude exploratoire, fondée sur l‘analyse documentaire et les entretiens exploratoires non
directifs, réalisés dans cette étape nous ont permis :

En premier lieu, d‘acquérir davantage d‘informations spécifiques au terrain algérien,


notamment sur la manière de conduire notre étude quantitative à savoir les questions à poser.
Les enseignants chercheurs nous ont confirmé, dans les entretiens, que les dirigeants algériens
se lassent très vite devant de longs questionnaires. Concernant le mode d‘administration des
questionnaires, en Algérie, une grande majorité des entreprises notamment les petites et
moyennes ne possèdent pas de site internet, ni même de connexion à internet dans les
bureaux. Cela nous a donc orientés vers un mode d‘administration des questionnaires plus
approprié. Cette étape nous a aidés à tisser des liens avec les chercheurs qui travaillent sur le
thème de la RSE et du développement durable au niveau des entreprises algériennes.

En deuxième lieu, elle nous a permis de mieux saisir la vision des chefs d‘entreprises et des
cadres du Ministère de l'Aménagement du Territoire, de l'Environnement et du Tourisme, par
rapport à la notion de RSE. Ceux-ci nous ont affirmé que même si la RSE est indispensable,
213 
 
 

 
la lutte contre le chômage et l‘amélioration de la productivité restent la priorité de l‘Etat et des
entreprises. L‘étape de l‘étude exploratoire, nous a permis, de se familiariser avec notre
terrain de recherche, et d‘explorer de nouvelles pistes de recherche citées par les dirigeants,
comme la volonté individuelle des chefs d‘entreprises de lutter contre les dérives subies par
l‘environnement du fait des faibles politiques de préservation, ainsi que, le manque
d‘implication de l‘Etat que ce soit en sensibilisation et en subventions financières.

En troisième lieu, nous avons pu distinguer le faible rôle joué par les organismes
internationaux, les médias et les organismes non gouvernementaux (ONG), dans la pression
exercée sur les entreprises, afin d‘intégrer la RSE. Le directeur de laiterie EDOUGH Annaba
a affirmé « qu’il ne subit pas de la pression de la part des organismes internationaux, et des
organismes non gouvernementaux afin de s’engager dans la responsabilité sociale». Ce
dirigeant va jusqu‘à affirmer que ce type d‘organisation n‘existe pas en Algérie.

De la même manière, l‘hypothèse articulée autour des pressions des médias a été fortement
contestée de la part de toutes les personnes interrogées. En avançant la thèse de l‘inexistence
totale des médias notamment audiovisuels, ainsi que la presse écrite spécialisée. Dans ce
sens, durant l‘entretien avec le directeur de laiterie EDOUGH Annaba, ce dernier a également
affirmé « que l’Etat possède la totalité des chaînes télévisées, et que son entreprise ne subit
aucune sorte de pression des médias ». Pareillement, le directeur de l‘entreprise PROTUIL
Annaba, a attesté « que même dans un secteur chimique avec beaucoup de risque sur
l’environnement, aucune pression n’est exercée par les médias sur les entreprises en générale
et sur son entreprise en particulier ». Cela se confirme par l‘état actuel de l‘audiovisuel en
Algérie, où l‘Etat exerce le monopole depuis 1962, avec une seule chaine qui est restée unique
jusqu‘à la fin 2001. Aujourd‘hui, l‘audiovisuel algérien est composé de cinq chaînes
télévisées, qui appartiennent toutes à l‘Etat.

Même si, ces entretiens exploratoires, ne remplacent en aucun cas, les entretiens qualitatifs
qui sont retenus éventuellement comme outil de validation ou de réfutation des hypothèses,
ces affirmations répétées de la part de l‘ensemble des dirigeants des entreprises et des
responsables d‘environnement interrogés nous ont encouragé à supprimer les motivations
« pression des ONG » ainsi que « pression des médias », de l‘inventaire des motivations qui
poussent les entreprises à s‘engager dans la RSE, et ce d‘autant plus que, cette suppression de
214 
 
 

 
ces deux motivations va nous permettre d‘avoir un outil de recueil de données quantitatives,
qui n‘est pas très long, surtout, que nous avons appris lors de l‘étude exploratoire, que le
manager algérien se lasse rapidement, face à la longueur du questionnaire. Par conséquent,
nous présentons une version finale de notre modèle de recherche, qui sera confronté à l‘étape
de l‘opérationnalisation et l‘analyse quantitative (figure n° 24).

En quatrième et dernier lieu, l‘étude exploratoire nous a permis de mettre en avant, les
questions les plus pertinentes et les thèmes sur lesquels les dirigeants et les cadres se sont
attardés dans l‘explication, à savoir le gain en énergie, l‘efficacité des projets nationaux de
préservation d‘environnement, le manque de cohésion entre l‘Etat et les entreprises dans ce
domaine. Cette étude nous a offert également la possibilité de tisser des liens avec les
dirigeants de ces entreprises qui nous ont invités à prendre des photos de leurs efforts
concernant la préservation de l‘environnement, comme ils nous ont invités par la même
occasion à revenir voir l‘aboutissement final de ces projets (figure n° 23).

215 
 
 

 
Figure 23 Les efforts réalisés dans le Cadre du contrat de performance

Pancarte du programme du contrat de performance environnementale


à l‘entrée de l‘usine

La récupération du bois et du papier pour le recyclage

Nouvelles installations pour réduire la consommation de l‘eau

216 
 
 

 
Figure 24 Le modèle récapitulatif des motivations d’engagement des entreprises du
secteur indusriel algérien dans la RSE.

du dirigeant

moyens 

s de l’Etat 

217 
 
 

 
Synthèse de la section 3

A la fin, la construction du modèle qui synthétise les facteurs des motivations de


l‘engagement des entreprises dans la RSE est essentiellement basée sur un développement
théorique. Cependant, pour expliciter et formuler le modèle conceptuel nous avons eu
recours, dans le cadre d‘une enquête exploratoire, à des entretiens semi-directifs complétés
par une source secondaire de données, Lambin (1990). A l‘issue de cette première phase
exploratoire de recherche, nous avons défini la version définitive du modèle d‘analyse de
l‘engagement des entreprises dans la RSE (voir figure n° 24).

Sans aucun doute, l‘étape de l‘étude exploratoire nous a permis de collecter des données et
des informations très pertinentes et aussi, de tisser des liens avec les chercheurs et les
professionnels qui se sont avérés très importants pour le reste de la recherche.

218 
 
 

 
Conclusion du chapitre 4

Dans le quatrième chapitre, nous avons abordé le contexte de la recherche, les choix
épistémologiqueset méthodologiques ainsi que les résultats de l‘enquête exploratoire à travers
trois sections. Dans la première section, nous avons commencé par présenter. Puis, nous
avons mis l‘accent sur l‘ensemble des mesures prises par le gouvernement algérien afin de
préserver l‘environnement. Ces mesures sont d‘une part, l‘arsenal juridique qui s‘appuie sur
des lois, des ordonnances et des décrets dotés d‘une grande force contraignante, et d‘autre
part les mesures volontaires non contraignantes qui laissent le choix de l‘engagement dans la
RSE.

Parmi ces mesures volontaires nous trouvons le contrat de performance qui a été lancé par le
Ministère de l'Aménagement du Territoire, de l'Environnement et du Tourisme, à travers les
caractères de ce contrat : nous avons conclu que ce dernier représente parfaitement la RSE.
Dans la deuxième section, nous avons examiné, les choix méthodologiques et
épistémologiques. La présentation de notre positionnement épistémologique correspond à une
volonté d‘affirmation de notre intention scientifique. En se basant sur la théorie pour aboutir
à des hypothèses, ces dernières, seront confrontées à la réalité du terrain. Ce schéma renvoie à
une démarche positiviste.

Concernant la méthodologie, nous avons choisi d‘associer, dans un processus séquentiel, une
phase exploratoire et une phase quantitative confirmatoire. Après la présentation de notre
positionnement épistémologique et le choix méthodologique, dans la dernière section de ce
chapitre, nous avons exposé l‘enquête exploratoire et discuté ses résultats. A l‘issue de cette
première phase exploratoire de recherche, nous avons présenté un modèle conceptuel final de
l‘engagement dans la RSE, au niveau des entreprises qui exercent dans le secteur industriel
algérien. La phase suivante se constitue d‘une seconde enquête quantitative de type
confirmatoire, construite à partir des résultats de l‘étude exploratoire.

219 
 
 

 
5 Chapitre 5 Méthodologie quantitative de la recherche

Dans le but de définir les motivations qui poussent les entreprises dans le secteur industriel
algérien à intégrer la RSE, nous avons utilisé dans les chapitres précédents, une revue de
littérature, afin d‘approfondir les concepts clés et formuler nos hypothèses de recherche.
Concernant la méthodologie, nous avons choisi d‘utiliser une méthodologie de recherche
mixte qui prend en considération la nature explicative et causale, de notre problématique. Afin
d‘arriver à l‘étape de traitement et d‘analyse de données, des étapes préparatoires devraient
être réalisées. Il s‘agit essentiellement de l‘opérationnalisation des variables du modèle,
l‘administration du questionnaire, et le contrôle de la qualité des instruments de mesure
mobilisés. Le respect de ces étapes séquentielles est indispensable pour assurer la qualité, la
rigueur et la possibilité de vérifier et de reproduire l‘étude par d‘autres chercheurs en sciences
de gestion (Evrard et al., 2000).

Par conséquent, nous allons procéder dans ce chapitre de la manière suivante : Dans la
première section, nous allons opérationnaliser l‘ensemble des variables du modèle : les
variables explicatives, à expliquer et les variables de contrôle. Dans la deuxième section, nous
allons présenter le questionnaire, l‘outil qui nous permet de recueillir des données. Pusi, nous
abordons l‘étape du pré-test et l‘administration du questionnaire. Nous terminons, ce chapitre
par la vérification de la qualité des échelles de mesure des variables.

220 
 
 

 
5.1 Section 5.1. L’opérationnalisation des variables du modèle de recherche

Après une présentation conceptuelle du modèle synthétique des motivations susceptibles


d'expliquer l‘engagement des entreprises dans la RSE dans le chapitre précédant. Nous
présentons dans cette section, une proposition opérationnelle des échelles représentatives des
concepts sur lesquels portent les opérations concrètes de mesure,

Par conséquent, l‘opérationnalisation des variables consiste à passer du stade conceptuel et


abstrait de la recherche à celui des manifestations observables comportementales. Au niveau
de cette étude, nous allons commencer, la conceptualisation des variables à partir de la
littérature en choisissant la définition de la variable la plus adaptée. Cette étape consiste à lier
des concepts théoriques à des données empiriques (Evrard et al., 2003).

La méthodologie quantitative de la recherche permet de tester les hypothèses du modèle


élaboré. Afin de mettre ces hypothèses à l'épreuve, il est nécessaire de construire un outil de
recherche (questionnaire) qui permet le recueil des données.

Ci-dessous, nous allons tout d‘abord présenter, l‘opérationnalisation de la variable à expliquer


(l‘engagement dans la RSE). Ensuite, nous évoquons les variables explicatives (des variables
individuelles, des variables organisationnelles et institutionnelles). Puis, nous discutons les
variables de contrôle (caractéristiques de l‘entreprise). Enfin, nous terminons cette section par
une synthèse des mesures qui ont été adoptées.

221 
 
 

 
5.1.1 L’opérationnalisation des variables à expliquer

La variable à expliquer est une variable qui dépend, dans ses variations, d'autres variables
que l'on peut étudier ou manipuler. Cette variable est souvent désignée par le symbole Y
(Aktouf, 1987). Notre variable dépendante est l‘engagement dans la RSE. Dans un premier
temps, nous présentons la définition de la variable, ainsi que son codage et les différentes
mesures au niveau de la littérature, même si, cet exercice reste difficile compte tenu de la
rareté des études empiriques dans la littérature sur l‘engagement dans la RSE. Dans un
seconde temps nous terminons ces paragraphes en présentant l‘outil de mesure choisi pour
notre variable dépendante.

5.1.1.1 Définition de la variable

Dans le but de définir notre variable dépendante nous nous sommes basés sur la définition de
la RSE établie dans le premier chapitre « la responsabilité sociale des entreprises est un
engagement volontaire, qui consiste à intégrer les objectifs économiques, sociaux et
environnementaux, dans le processus de production et dans la relation avec les parties
prenantes externes et internes », ainsi que, la définition du contrat de performance présentée
dans le quatrième chapitre « Les contrats de performance environnementale (CPE) sont des
outils qui permettent de mettre à niveau les entreprises et à améliorer leur performance
environnementale, ils sont établis entre l’Administration en charge de la protection de
l’environnement et les industriels qui s’engagent et définissent volontairement leurs efforts en
matière de protection de l’environnement (réduction et traitement de la pollution générée
par leurs activités, économie d’eau, économie d’énergie, etc.) »80. Afin de préciser que dans
notre recherche les entreprises qui se sont engagées dans la RSE, sont les entreprises qui ont
signé le contrat de performance environnementale avec le Ministère de l‘Aménagement du
Territoire, de l‘Environnement Algérien (MATE), dans le but, de préserver l‘environnement.

5.1.1.2 La mesure de la variable dépendante au niveau des études empiriques

La plupart des études sur l‘engagement des entreprises dans les processus de la RSE, ont
identifié un certain nombre d‘items pour opérationnaliser l‘engagement des entreprises dans
la RSE. Or, il n‘existe pas de consensus dans la littérature sur ces mesures. Aragon-Correa et
al. (2004) ont tenté de mesurer l'engagement environnemental des entreprises, en invitant les

                                                             
80Ministère de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement, 2006.
222 
 
 

 
répondants à marquer si leur entreprise avait mis en œuvre chacune des 14 activités
mentionnées dans le (tableau n° 8). Puis, la mesure dans laquelle ils se sont engagés dans ces
activités en utilisant une échelle de Likert de 7 points allant, de 1 (cette entreprise n'a pas mis
en place cette activité), jusqu‘au 7 (cette entreprise est toute à fait d‘accord pour mettre en
œuvre cette activité). En utilisant l‘indice de la situation environnementale (ISE), pour
indiquer l‘intensité de l‘engagement environnemental.

De la même manière, Roy et al.(2008)et Cheah et al.(2011) ont essayé d‘évaluer la force des
attitudes en matière de RSE (variables dépendantes), dans 20 pays différents, à travers quatre
catégories de variables, où chaque catégorie contient un item sur l‘attitude des investisseurs
concernant la RSE sur lequel les répondants ont été amenés à exprimer leur degré d'accord, en
utilisant une échelle de Likert à 4 points, qui va de 1 (fortement d'accord) jusqu‘au 4
(fortement en désaccord). Les items utilisés pour mesurer les attitudes en matière de la RSE
dans les différents pays sont présentés dans le (tableau n° 8).

Egalement, Roy et al. (2008) ont utilisé le concept d'engagement environnemental, afin de,
décrire l'intensité des efforts déployés par les entreprises pour réduire leurs impacts
environnementaux. Dans cette étude, les chercheurs ont mesuré l'engagement
environnemental, en demandant aux répondants de décrire si leur stratégie environnementale
comportait un engagement qui dépassait la stricte conformité réglementaire en utilisant une
échelle de type Likert variant de 1 à 5, et qui s‘appuie sur la moyenne comme point de
référence à cette échelle qui est présentée dans le (tableau n° 9). À la fin du test, deux
groupes d‘entreprises ont émergé. Il s‘agissait des entreprises à faible engagement
environnemental et des entreprises à fort engagement environnemental (Roy et al.,2008).

Cependant, la mesure de l‘engagement dans la RSE par les échelles de mesure qui se réfère à
la moyenne comporte trois problèmes :

Le premier problème correspond aux choix des items de mesure, ce problème représente la
difficulté dans le développement et la mesure des attitudes de la RSE, ainsi que la sélection
des questions à inclure dans cette opération de mesure. En effet, les questions de fond utilisées
sont souvent déterminées par le chercheur et couvrent un large éventail du sujet, allant des
problèmes généraux telles que la pollution et la surpopulation jusqu‘aux problèmes plus

223 
 
 

 
spécifiques tels que la législation sur l‘environnement et les boycotts des produits. Cette
situation est problématique puisque : d‘abord, les mesures contiennent différentes questions
et items qui ne sont pas comparables d‘une étude à l‘autre, et le fait, d‘utiliser une question de
fond non compatible avec la variable étudiee, affecte les relations entre les items utilisés pour
mesurer les variables (Van Liere et Dunlap, 1995). Le choix des questions et des items, est
également compliqué par le fait que, les items utilisés peuvent perdre de leurs importances
d‘une époque à une autre. Par exemple, certaines études dans les années soixante-dix avaient
des items qui faisaient référence à l‘utilisation de l‘essence sans plomb, mais l‘essence sans
plomb est très peu utilisée voire pas du tout dans les pays développés actuellement. D‘autant
plus, que de nouvelles questions sont de plus en plus étudiées aujourd‘hui comme (le
réchauffement climatique et la couche d'ozone, le gaz à effet de serre, etc.) qui doivent être
inclues dans l'ensemble des problématiques. De la même manière, les items de mesure
changent d‘un contexte à un autre, par exemple les items d‘une échelle de mesure développée
dans un pays occidental ne sont pas forcément les mêmes utilisés dans un pays en
développement à cause des différences entre les contextes socioculturels.

Le deuxième problème correspond à la représentativité des items choisis. Ces derniers


représentent plutôt des intentions comportementales, que des actions ou des comportements
réels. En utilisant les items qui ciblent les intentions comportementales des répondants nous
tombons souvent, dans l‘exagération des intentions (Follows et Jobber, 2000). Par conséquent,
de plus en plus d‘études à l‘exemple de Williams (2005) et Nilsson (2008) utilisent des
comportements réels afin de mesurer les intentions d‘engagement dans la RSE et de pallier
aux défaillances de la représentativité des items qui traitent des intentions comportementales.

Le troisième problème fait référence au manque de précision dans la mesure de la variable


dépendante.Les réponses des items utilisés dans l‘ensemble des études de la RSE, restent des
convictions d‘engagements chiffrées qui se réfèrent à une moyenne mathématique des
ensembles des items, mais pas à une moyenne calculée selon des études sur l‘engagement
dans la RSE. En d‘autres termes, le fait d‘avoir une moyenne qui est légèrement supérieure
ou inférieure à la moyenne mathématique ne fait pas que l‘entreprise est socialement
responsable ou le contraire. Par exemple, si nous utilisons un groupe d‘items pour
opérationnaliser l‘engagement social sur une échelle de likert de 5 point, la moyenne de

224 
 
 

 
référence mathématique sera de 2 ,5. Il en résulte que les entreprises qui ont une moyenne
d‘engagement de 2.4 seront considérées comme des entreprises qui ne sont pas engagées dans
le processus de RSE tandis que celles qui ont une moyenne de 2.6 seront considérées comme
des entreprises socialement responsables. Cela n‘est pas toujours vrai, d‘autant plus que,
lorsque les items de mesure de l‘engagement seront ciblés selon les dimensions de la RSE,
c‘est-à-dire sociale ou environnementale, nous trouvons, que l‘entreprise qui se préoccupe
d‘une seule dimension pour une raison ou une autre, affiche une moyenne faible et par
conséquent sera considérée comme une entreprise qui ne s‘engage pas dans la RSE, même si,
sur le terrain elle est le leader dans le domaine social ou environnemental.

Afin de dépasser les carences de l‘échelle de mesure des variables dépendantes, Nilsson
(2008) a mesuré la variable dépendante « achat des portefeuilles d‘investissement chez les
consommateurs respectueux de l‘environnement », à l'aide d'un seul élément. Dans cette
étude, les répondants ont été invités à indiquer dans quelle mesure le total de leurs placements
dans les fonds communs a été dessiné comme un investissement socialement responsable. Les
répondants ont eu douze alternatives ordonnées au choix (0%, 1-10%, 11-20%, 21-30%,% 31-
40, 41-50%, 51-60%, 61-70%, 71-80%, 81-90%, 91-99%, 100%). Dans cette étude, le
chercheur a utilisé une mesure de comportement réel au lieu des intentions comportementales
comme variable dépendante, afin de remédier au problème des échelles de mesure.

De la même manière, Williams (2005), a utilisé une variable dépendante réelle qui est « la
performance sociale », afin d‘identifier les déterminants de l‘investissement socialement
responsable dans cinq pays. Dans cette étude, le chercheur a considéré que les investisseurs
qui agissent réellement sur les aspects sociaux de l'information sont considérés comme des
investisseurs socialement responsables. De ce fait, il a proposé un modèle binaire simple, dans
lequel la décision d'investissement est affectée par la performance sociale des entreprises à
savoir : (1 la décision d‘investissement est affectée par la performance sociale de l‘entreprise,
0 la décision d‘investissement n‘est pas affectée par la performance sociale de l‘entreprise).
En paramétrant ce choix par un modèle probit binaire qui vise à identifier les facteurs qui
influencent la probabilité qu'un investisseur sera influencé par la performance sociale ou pas.

225 
 
 

 
Tableau 8 Les mesures de la variable dépendante (engagement dans la RSE) dans les
études empiriques
Etudes empiriques Items
Auteurs Années pays Nombre de
répondants

Aragon- 2004 Espagne 112 1. Sponsorship of natural environmental events.


Correa 2. Use of natural environmental arguments in marketing.
3. Natural environmental aspects in administrative work.
4. Periodic natural environmental audits.
5. Residue recycling.
6. Purchasing manual with ecological guidelines.
7. Natural environmental seminars for executives.
8. Natural environmental training for firm‘s employees.
9. Total quality program with natural environmental aspects.
10. Pollution damage insurance.
11. Natural environmental management manual for internal use.
12. Filters and controls on emissions and discharges.
13. Natural environmental analysis of product life cycle.
14. Participation in government-subsidized natural environmental
programs.
Cheah, E.T et 2001 20 pays 2464 - En tant qu'investisseur, la performance sociale et
al environnementale d'une entreprise n'est pas aussi importante pour
moi que de sa performance financière.
- Les entreprises qui sont socialement responsables sont plus
rentables que les entreprises socialement irresponsables
- Les entreprises devraient être plus responsables devant leurs
actionnaires que de la société en général
- Je ne fais pas confiance à l'exactitude des états financiers de
nombreuses sociétés
Roy, M.J et al 2008 Canada 136 - Stratégie environnementale comportant un engagement qui va
au-delà de la loi.

Jonas Nilsson 2007 Europe 1000 (0%, 1-10%, 11-20%, 21-30%,% 31-40, 41-50%, 51-60%, 61-
70%, 71-80%, 81-90%, 91-99%, 100%)

226 
 
 

 
Geoffrey 2005 RoyaumeUn 528 1 la décision d‘investissement est affectée par la performance
Williams i,Etats-Unis, sociale de l‘entreprise, 0 la décision d‘investissement n‘est pas
Allemagne, affectée par la performance sociale de l‘entreprise.
Australie,
Canada

5.1.1.3 La mesure de la variable dépendante dans notre étude

A l‘instar de l‘étude de Williams (2005) qui a utilisé une variable dépendante dichotomique
dans le but, d‘expliquer pourquoi les investisseurs choisissent d'investir des proportions
différentes de leur portefeuille dans des investissements socialement responsables. La variable
dépendante dans notre étude, qui est l‘engagement dans la RSE. Cette variable codée
(ENGARSE) sera considérée comme une variable dichotomique. On parle de variable
dichotomique lorsque, la variable dépendante qualitative, n‘admettait pas de valeur numérique
naturelle, par conséquent, la variable dépendante prend la valeur 1 quand l‘entreprise prend la
décision de s‘engager dans la RSE en signant le contrat de performance et elle prend la valeur
0 dans le cas contraire. Pour construire cette variable, nous avons tenu compte de la liste des
entreprises signataires du contrat de performance environnementale postée sur le site du
Ministère de l‘Aménagement du Territoire et d‘Environnement (MATE). Afin de confirmer
l‘exactitude de ces informations, nous avons pris contact avec le Ministère en cause, dans le
but de vérifier le nom, le nombre et l‘adresse des entreprises signataires de contrat de
performance environnementale.

Toutefois, il est important de préciser qu‘au niveau de la littérature, très peu d‘études
Nilsson(2008) et Williams(2005) ont utilisé l‘engagement direct ou réel des entreprises, afin
de mesurer l‘engagement dans la RSE. Et moins encore dans les pays en développement, ce
qui confirme l‘intérêt théorique de ce travail. Cependant, bien que, les études citées
auparavant (Nilsson, 2008 ; Williams, 2005) n‘ont pas utilisé la même variable à expliquer
(s‘engager ou pas dans la RSE), la méthode de mesure demeure très semblable à celle utilisée
dans notre travail.

227 
 
 

 
Après avoir défini la méthode de mesure de la variable à expliquer (l‘engagement dans la
RSE) (ENGARSE), nous présentons ci-dessous les mesures des différentes variables
explicatives et variables de contrôle.

Tableau 9 La mesure retenue de la variable dépendante (engagement dans la RSE)


Variable Items Code

Engagement dans - nous n‘avons pas signé le contrat de performance ENGARSE


la responsabilité environnementale
sociale.
- nous avons signé le contrat de performance
environnementale

5.1.2 L’opérationnalisation des variables explicatives

Chaque hypothèse proposée par le modèle de recherche multi-niveaux identifié dans le


chapitre trois et vérifié lors de l‘étude exploratoire sera opérationnalisée dans la
présente section. Par conséquent, l‘opérationnalisation des variables sera étalée sur : un
premier niveau individuel qui a regroupé les variables qui ont un rapport avec les
caractéristiques managériales, à savoir les valeurs managériales (l‘idéalisme et le
relativisme), et les caractéristiques observables (l‘âge, le niveau d‘éducation, la carrière
et l‘expérience). Un deuxième niveau organisationnel, regroupe les variables initiées
par la force interne de l‘entreprise, à savoir la réduction des coûts de production, le
bien-être des employés et le manque de moyens. Le dernier niveau est le niveau
institutionnel, qui regroupe les variables liées aux pressions externes à l‘entreprise à
savoir : la législation, les avantages concurrentiels, les attentes des clients, les
subventions de l‘Etat, le commerce international et la société mère.

5.1.2.1 L’opérationnalisation des variables individuelles

Nombreuses sont les études qui ont essayé d‘opérationnaliser l‘influence de l‘individu
représenté par le chef d‘entreprise ou de l‘équipe dirigeante, sur l‘engagement socialement
responsable de l‘entreprise. Parmi les premières études nous trouvons, celle de Hambrick et
Mason (1984), qui distingue deux catégories de caractéristiques des dirigeants : les
caractéristiques psychologiques et les caractéristiques observables. Afin de mesurer le mode
d‘interprétation des dirigeants Hambrick et Mason(1984), se sont concentrés sur les
228 
 
 

 
caractéristiques observables (l'âge, la carrière, l'éducation, l'origine sociale, la spécialité),
parce qu‘elles permettent de poser des hypothèses empiriques testables (Hambrick et Mason,
1984).

En suivant la même logique d‘analyse, Thomas et Simerly (1994) ont étudié l'impact de la
formation et de l‘ancienneté du manager sur l‘engagement dans la performance sociale des
entreprises, (voir tableau n°10).

De la même manière, Cheah et al. (2001) et Nilsson (2008) ont essayé de mesurer l‘attitude
des dirigeants envers la RSE, à travers les caractéristiques observables des dirigeants (voir
tableau n°10).

De leur côté, Bamber et al. (2010) ont utilisé la théorie des échelons supérieurs pour étudier
l'influence des quatre caractéristiques démographiques du contexte personnel des managers, à
savoir leur cheminement de carrière professionnelle, groupe d'âge, les expériences ou d'autres
carrières et l'éducation, sur la divulgation volontaire des informations financières des
entreprises, (voir tableau n°10).

Après son article publié en 1984 sur la théorie des échelons supérieurs, Hambrick (2007) en
publiant un nouvel article, intitulé la mise à jour de la théorie des échelons supérieurs, où il
incite les chercheurs à étudier les valeurs et les perceptions des principaux acteurs décideurs
directement, sans pour autant oublier les caractéristiques observables du contexte personnel
de ces décideurs. Aujourd‘hui, nous constatons, qu‘il existe de plus en plus d‘articles au
niveau de la littérature qui mesurent l‘influence des managers sur l‘engagement des
entreprises dans la RSE par la perception et les caractéristiques des managers. A l‘instar de
l‘étude réalisée par Dıez et al. (2011) qui ont analysé la relation entre le profil du manager et
l‘engagement dans la RSE, à travers, des items qui reflètent les facteurs psychologiques du
chef d‘entreprise et sa vision de la RSE. Puis, ils ont utilisé des variables démographiques
pour démontrer l‘influence du contexte personnel du chef d‘entreprise, sur la décision
d‘engagement dans la RSE (voir tableau n°10).

De même, Williams (2005) fournit une analyse de la différence entre les investisseurs
socialement responsables et les investisseurs traditionnels dans six pays, en utilisant, d‘un
côté, les attitudes et les comportements des chefs des entreprises, et d‘un autre côté, les
229 
 
 

 
critères démographiques à l‘exemple de (l‘éducation, l'emploi industriel, la taille de la
collectivité, etc,) (voir tableau n°10).

Tableau 10 Les mesures de la variable caractéristique managériale dans les études


empiriques
Etudes empiriques Items

Auteurs Années pays Nombre


d’échantillons

Thomas et 1994 Amérique 97 - Functional Background (FBACK)


Simerly - the number of years the executive had spent in the organization
was counted (COTEN)
- the number of years the CEO had spent in his position, prior to
being promoted to its helm (INOUT).
Cheah, et al 2001 20 pays 2464 - Education: Low (0), Medium (1), High (2)
- Age
- Income: Low (0), Medium low (1), Medium (2), Medium high
(3), High (4)
- Gender: Male (0), Female (1)
Jonas Nilsson 2008 Suède 2200 - Age
Less than less than 50, 51–60, more than 61
- Gender
Male Female
- Education
University graduate, Not university graduate
- Income
Less than 20 19 21–30, 31–40, 41–50, More than 51
- Place of residence
Larger city, Smaller city, Countryside
Bamber, Jiang 2010 Amérique 303 Acct/Fin= 1 if managers rise from accounting/finance
et Wang backgrounds, and 0 otherwise;
Legal= 1 if managers rise from legal backgrounds, and 0
otherwise;
PreWWII=1 if managers were born before World War II, and 0
otherwise;
Military =1 if managers have military experience, and 0
otherwise;

230 
 
 

 
MBA = 1 if managers hold an M.B.A. degree, and 0 otherwise.

De Godos- 2011 Espagne 149 psychological characteristics


Diez, J.L. 1: Being ethical and socially responsible is the most important
Fernandez- thing a firm can do.
Gago R et 2: Whilst output quality is essential to corporate success, ethics
Martınez- and social responsibility is not.
Campillo A, 3: Communication is more important to the overall effectiveness
of an organisation than whether or not it is concerned with ethics
and social responsibility.
4: Corporate planning and goal setting sessions should include
discussions of ethics and social responsibility.
5: The most important concern for a firm is making a profit, even
if it means bending or breaking the rules.
6: The ethics and social responsibility of a firm is essential to its
long-term profitability.
7: The overall effectiveness of a business can be determined to a
great extent by the degree to which it is ethical and socially
responsible.
8: To remain competitive in a global environment, business firms
will have to disregard ethics and social responsibility.
9: Social responsibility and profitability can be compatible.
10: Business ethics and social responsibility are critical to the
survival of a business enterprise.
11: A firm‘s first priority should be
employee morale.
12: Business has a social responsibility beyond making a profit.
13: If survival of a business enterprise is at stake, then you must
forget about ethics and social responsibility.
14: Efficiency is much more important to a firm than whether or
not the firm is seen as ethical or socially responsible.
15: Good ethics is often good business. Presor16: If the
stockholders are unhappy, nothing else matters.

Observable characteristics
age (35and under,36-50,50 +), strong mandate(10 and under, 11-
20, 20 and over), current position, or5, 6-10, More than

231 
 
 

 
10university degree(yesno)

Geoffrey 2005 Royaume- 528 Psychological characteristics


Williams Uni - The Role of Firms Profit
Etats-Unis -- Religion Catholic
Allemagne - Propensity to Punish
Australie - Financial vs Social Priorities of Firms
Canada - Shareholder vs Social Priorities of Firms
- Portfolio Strategy
-Perception of Profitability of Socially Responsible Companies
- Confidence in Company Accounts
Observable characteristics
Education, Industrial employment, community size, industrial
use, Internet use, Gender, Age Group

5.1.2.1.1 La mesure des caractéristiques managériales

A l‘instar des études mentionnées ci-dessus, nous allons tenter d'obtenir dans notre recherche,
un aperçu à la fois psychologique des valeurs managériales ou de l‘idéologie éthique des
dirigeants (qui renvoient aux modes d‘interprétation des dirigeants de l‘approche cognitive),
sans laisser de côté, la dimension des caractéristiques observables des dirigeants (censées
rendre compte indirectement des modes d‘interprétation des dirigeants). Ainsi, nous allons
mesurer les valeurs des dirigeants de la manière suivante :

5.1.2.1.1.1 Les mesures des valeurs managériales (l’idéalisme et le relativisme) 

Afin de mesurer l‘idéologie éthique des valeurs managériales nous allons utiliser le
questionnaire intitulé Questionnaire de Position Ethique (EPQ) développé par Forsyth (1980).
Ce questionnaire se compose de vingt items, où dix d'entre eux mesurent l'idéalisme et les dix
autres mesurent le relativisme (voir tableau n°11 et n°12). Cette échelle a été fréquemment
appliquée dans les études antérieures, donnant la preuve de sa fiabilité et de sa validité
(Singhapakdi et al. 1995; Singhapakdi et al. 1996; Etheredge, 1999; Van Kenhove et al.
2001;Vitell et al. 2010). Dans ce questionnaire les répondants sont invités à indiquer leur
accord avec les items à l'aide d'une échelle de Likert en 5 points. Puis, le score moyen de leurs
réponses sur les deux dimensions sera utilisé pour déterminer l‘idéologie éthique des chefs
232 
 
 

 
d‘entreprises. Afin d‘assurer, une traduction compréhensible et claire des items du
Questionnaire de Position Ethique (EPQ), de la langue d‘origine l‘anglais à la langue cible le
français (car l‘ensemble des dirigeants des entreprises algériennes s‘expriment en français),
nous avons respecté les recommandations de Malhotra (2004), dans les étapes du pré-test du
questionnaire. En conséquence, nous avons obtenu une première version des items du
Questionnaire de Position Ethique (EPQ), qui a été pré-testé deux fois encore, avec les
chercheurs et les professionnels. Cette étape sera détaillée dans la (section 2).

Tableau 11 la mesure retenue de la variable valeur idéaliste du dirigeant


Codes Pas du tout d’accord / Tout à fait d’accord (1-5)

INDIDIA1 Les gens doivent s'assurer que leurs actions ne nuisent pas intentionnellement à
autrui, même à un faible degré.
INDIDIA2 les risques aux autres ne doivent jamais être tolérés, quelles que soient leurs
natures
INDIDIA3 L'existence d'un préjudice potentiel pour les autres est toujours négligeable,
quels que soient les avantages à tirer.
INDIDIA4 On ne doit jamais nuire à autrui psychiquement ou physiquement.

INDIDIA5 On ne doit pas effectuer une action qui pourrait menacer la dignité d'une
autre personne.
INDIDIA6 Si une action pourrait nuire à un autre innocent, elle ne doit pas être faite.
INDIDIA7 Décider ou non d'accomplir un acte en équilibrant les conséquences positives de
la loi contre les conséquences négatives de l'acte est immoral.
INDIDIA8 La dignité et le bien-être des personnes devraient être la préoccupation la plus
importante dans toute société.
INDIDIA9 Il n'est jamais nécessaire de sacrifier le bien-être des autres.

INDIDIA10 Les actions morales sont celles qui correspondent étroitement aux idéaux de la
plupart d'action « parfaites ».

233 
 
 

 
Tableau 12 la mesure retenue de la variable valeur relativiste du dirigeant

Codes Pas du tout d’accord / Tout à fait d’accord (1-5)

INDRELA11 Il n'y a aucun principe éthique qui est si important qu'il devrait faire partie de
n'importe quel code de déontologie.
INDRELA12 Ce qui est éthique varie d'une situation à une autre et d‘une société à un autre.

INDRELA13 Les normes morales doivent être considérées comme étant individualistes, ce
qu'une personne considère comme morale peut être jugée immorale par une
autre personne.
INDRELA14 Les différents types de morales ne peuvent pas être comparés à «justesse».

INDRELA15 Les questions de ce qui est éthique pour tout le monde ne pourront jamais être
résolues, puisque ce qui est moral ou immoral, revient à l'individu.
INDVALREL16 Les normes morales sont tout simplement des règles personnelles qui indiquent
la façon dont une personne doit se comporter, et ne doivent pas être utilisées
dans la formulation des jugements d'autrui.
INDRELA17 Les considérations éthiques dans les relations interpersonnelles sont si
complexes que les individus devraient être autorisés à formuler leurs propres
codes individuels.
INDRELA18 Codifier fermement une position éthique qui empêche certains types d'actions
pourrait faire obstacle à de meilleures relations humaines et à l'adaptation.
INDRELA19 Aucune règle au sujet du mensonge ne peut être
formulée ; qu'un mensonge soit permis ou pas dépend totalement de la situation.
INDRELA20 juger un mensonge, moral ou immoral dépend des circonstances entourant
l'action.

234 
 
 

 
5.1.2.1.2 La mesure des variables caractéristiques observables

Les instruments qui mesurent les variables relatives aux caractéristiques observables des
dirigeants ont également été inclus dans le questionnaire, tout en prenant en considération le
contexte de notre recherche. Ces caractéristiques seront examinées dans les paragraphes
suivants.

5.1.2.1.2.1 L’âge du dirigeant : 

La manière de mesurer l‘âge varie d‘une étude à une autre. Nous trouvons par exemple des
études qui mesurent l‘âge comme une variable numérique qui capture l'âge du manager ou
une échelle de mesure qui contient deux ou trois catégories (moins de 56 ans, plus de 56 ans)
ou (Moins 50 ans, de 51à 60 ans, plus de 61ans) (Williams, 2005 ; Nilsson, 2008 ;Yordanova,
2011).

En Algérie, les postes des dirigeants et des cadres de l‘Etat, à l‘exemple des Ministres ou les
leaders des partis politiques, ainsi que, les chefs d‘entreprises sont occupés en majorité par
une classe d‘âge qui dépasse les 50 ans. Ces constats corroborent avec les derniers statistiques
de l‘Office National des Statistiques (ONS) algérien qui révèle que le taux de chômage est de
1.7% pour la tranche 50-54 ans et 1.9% dans celle des 55-59 ans81. En se basant sur le
contexte des chefs d‘entreprises algériens, nous avons choisi de mesurer la variable de l‘âge
du dirigeant dans notre recherche de la manière suivante (voir tableau n° 13) :

Tableau 13 La mesure retenue de la variable âge du dirigeant


Variable Items Code
L‘âge du - moins 50 ans INDAGE
dirigeant - entre 50 et 59 ans
- plus de 60 ans

                                                             
81Rapport de la Direction Technique chargée des statistiques de Population et de l‘Emploi, office national des
statistiques (ONS) Avril 2013.
 
235 
 
 

 
5.1.2.1.2.2 L’éducation 

La variable éducation a été mesurée par différents types de mesures (Zu et Song, 2009 ;
Quazi, 2003 ; Waldman et al. 2006, Yordanova, 2011), cependant, la plupart des recherches
ont pratiquement utilisé les mêmes catégories qui s‘étalent des études primaires, jusqu‘aux
études supérieures.De même, lors de notre étude, sur les entreprises algériennes nous allons
mesurer la variable éducation à travers 4 catégories (voir tableau n° 14) :

Tableau 14 La mesure retenue de la variable éducation


Variable items Code
Education - école secondaire INDEDUC
- baccalauréat
- diplôme universitaire (Maîtrise,
Master, Ingénieur)
- post-universitaire (doctorat)

5.1.2.1.2.3 La carrière 

La variable carrière se définit comme les fonctions de chef d‘entreprise occupées avant de
rejoindre son poste à la direction (poste actuel). Très peu d‘études ont utilisé cette variable à
l‘exception de Hambrick et Mason, (1984) et Thomas et Simerly (1994), pour mesurer
l‘engagement des entreprises dans la RSE. En conséquence, nous allons utiliser les études
citées auparavant, afin de, mettre en place notre outil de mesure adapté au contexte algérien
(voir tableau n° 15).

Tableau 15 La mesure retenue de la variable carrière


Variable Items Code
Carrière - dans les fonctions de production (Recherche et INDCARR
développement, Production, Ingénieur (génie) des
procédés)
- dans les fonctions de sortie (Marketing,
commercialisation, vente).
- Finance et comptabilité

236 
 
 

 
5.1.2.1.2.4 L’expérience 

La variable expérience mesure l‘ensemble des années passées dans l‘entreprise dans toutes les
diverses fonctions. Nous avons choisi de mesurer l‘expérience professionnelle du chef
d‘entreprise, en se basant sur la revue de littérature et la définition de la variable. Il en résulte
que, l‘expérience est représentée par les catégories qui indiquent la période passée par le
directeur au service de l‘entreprise. Cette variable a été utilisée de la même façon dans l‘étude
de (Thomas et Simerly, 1994). Par conséquent, nous allons mesurer l‘expérience des
dirigeants algériens au service de leurs entreprises de la manière suivante (voir tableau n° 16).

Tableau 16 La mesure retenue de la variable expérience

Variable Items Code

Education - moins de 5 ans INDEXP


- entre 6 et 15 ans
- entre 16 et plus ans

 
 
5.1.2.2 L’opérationnalisation des variables organisationnelles

Le niveau organisationnel (le niveau interne), regroupe les motivations et les pressions qui
sont initiées par des forces internes à l‘entreprise, et influencent son engagement dans la
RSE. Dans notre modèle, le niveau organisationnel regroupe les variables suivantes : la
réduction des coûts, le bien-être des employés et le manque de moyens.

Nombreuses sont les études empiriques (Quazi et al. 2001 ; Llorente et Macia, 2005; Núñez,
2008) qui ont essayé d‘opérationnaliser ces variables organisationnelles, dans le but, de
choisir les instruments de mesure qui convient le mieux à notre recherche. Ainsi, nous allons
mobiliser, la littérature empirique existante et les informations obtenues lors de notre enquête
sur terrain d‘investigation.

237 
 
 

 
5.1.2.2.1 La mesure de la variable « réduction des coûts »

Plusieurs sont les études qui ont utilisé la variable « réduction des coûts », en vue de mesurer
la motivation des entreprises à s‘engager dans la RSE, dans le but de réduire leurs coûts de
production. Cette variable est codée ORGCOUT.

Dans un rapport de l‘organisation des Nations Unies, coordonné par Núñez (2008) sur une
étude qui traite la RSE dans les pays des caraïbes, les chercheurs ont utilisé un ensemble
d‘items qui concernent les coûts de production (voir le tableau n°18) afin de mesurer la
motivation de 365 entreprises caribéennes à s‘engager dans la RSE pour réduire leurs coûts de
production.

De la même manière, Legendre (2008) dans une étude exploratoire des motivations
d‘engagement des entreprises dans la RSE a mesuré la variable « réduction des coûts de
production » avec une unité d‘items utilisé pour questionner 48 entreprises australiennes.

Parmi les nombreuses études, qui ont aussi utilisé, la variable réduction des coûts de
production, nous trouvons l‘étude de Quazi et al. (2001). Ces auteurs ont utilisé un ensemble
de questions mesurées sur une échelle de likert variant entre 1 et 5 (voir tableau n°17), dans le
but d‘expliquer la motivation d‘engagement de 61 entreprises dans l‘acquisition du certificat
ISO 14001, par la variable réduction des coûts de production.

Tableau 17 Les mesures de la variable réduction des coûts dans les études empiriques
Etudes empiriques Items

Auteurs Années pays Nombre


de répondants
Georgina 2008 Caraïbes 365 - Reduce compliance and permitting costs
Núñez, - Reduce operational risks
- Lower operating/production costs

Anne-Laure 2008 Australie 48 - Cost savings


Legendre - Increased productivity
- Profitability
- Risk reduction

238 
 
 

 
Quazi, H. et al 2001 Singapour 61 - Return on investments on environmental programs
can be measured accurately in our organisation.
- Environmental programs contribute to our
organisation‘sbottomline.
- Benets from ISO 14000 outweigh cost needed to
implement the program in our organisation.
- Operation costs will increase if ISO 14000 is
adopted by our organisation.

En analysant les études empiriques disponibles dans la littérature sur les motivations
d‘engagement dans la RSE par la réduction des coûts de production, nous avons repéré trois
sujets qui reviennent assez souvent dans ces études : « la consommation d‘énergie », « le
risque opérationnel » et « la rentabilité ». Ainsi, nous avons ciblé nos questions sur ces trois
sujets pour avoir d‘un côté des réponses bien précises sur l‘impact de la variable utilisée, et
d‘un autre côté, nous avons choisi de rester sur trois questions pour ne pas avoir un long
questionnaire ce qui réduit nos chances d‘avoir des réponses. Nous présentons ci-dessous
(tableau n°18) la traduction des items choisis et soumis au pré-test des experts et retenus pour
mesurer cette variable, tels qu‘ils seront intégrés au questionnaire, en tenant compte de
l‘échelle de mesure de Likert de 5 niveaux, qui va de 1 pas du tout d‘accord à 5 tout à fait
d‘accord.

Tableau 18 Mesure retenue de la variable


Items Pas du tout d‘accord / Tout à fait d‘accord (1-5)
ORGREDU1 L‘entreprise est motivée par la réduction de la consommation des énergies et
du rejet des déchets.
ORGREDU2 L‘entreprise est motivée par la réduction des coûts d'observation et les
risques opérationnels.
ORGREDU3 L‘entreprise est motivée par une augmentation de la productivité et de la
rentabilité.

239 
 
 

 
5.1.2.2.2 La mesure de la variable « bien-être des employés »

La variable bien-être des employés mesure l‘intensité de l‘entreprise à s‘engager dans la RSE
afin d‘améliorer le bien-être des employés dans le domaine de la santé et la sécurité dans le
travail. Cette variable est codée ORGBIEN.

Plusieurs sont les études qui ont considéré le bien-être des employés comme une variable qui
explique l‘engagement des entreprises dans la RSE.

Ainsi, dans le but d‘opérationnaliser la variable « bien-être des employés », une étude des
Nations Unies, coordonnée par Núñez (2008) a utilisé des items cités dans le (tableau n°20),
afin de questionner 365 entreprises caribéennes sur l‘impact de l‘influence de cette variable
ainsi que sur l‘engagement dans RSE.

Pareillement, dans une étude empirique qui a cherché à établir une relation entre le bien-être
des employés et la motivation d‘engagement dans la RSE, Legendre (2008) a posé deux
questions sur 48 entreprises australiennes pour vérifier l‘existence de cette relation (Legendre
2008), (tableau n°20).

De même, Quazi et al, (2001) ont utilisé quatre items afin de vérifier l‘hypothèse qui suggère
que l'intention d'adopter la norme ISO 14000 est motivée par la nécessité d'assurer le bien-être
des employés.

De leur côté, Tanur et Jordan (1995) puis Llorente et Macia (2005) ont utilisé deux indices.
L‘indice global de satisfaction et l‘indice de la qualité de vie au travail, construit de plusieurs
items dans le but de mesurer, la satisfaction des employés dans le travail. Le tableau ci-
dessous affiche un exemple des différents items utilisés par Tanur et jordan (1995), pour
mesurer la satisfaction et la motivation des employés au travail.

Le (tableau n° 19) suivant représente une synthèse des études empiriques les plus citées dans
la littérature sur la variable bien-être des employés.

240 
 
 

 
Tableau19 Les mesures de la variable bien-être des employés dans les études empiriques
Etudes empiriques Items

Auteurs Année Pays Nombre


de répondants
- Environmental health & Safety complaints from
Georgina 2008 Caraïbes 365 employees
Núñez, - Fatigue at work
- Harassment at workplace
- Working hours and over-time Hygiene at workplace
Anne-Laure 2008 Australie 48 - Attracting and retaining employees
Legendre - Career Development
- Level of noise and dust at workplace
- Training of employees
Quazi, H. et al 2001 Singapour 61 - Employees will join an organisation that has a good
Environmental Management programme.
- Our organisation shows great concern in improving
Employee Welfare in the area of Environment Health
and Safety.
- Implementation of ISO 14000 helps to ensure good
employee welfare in the area of environmental health.
- Our employees support Environmental programmes
as it is linked to their welfare.

Jordan et Tanur 1995 Etats unis - There is good cooperation between work groups in
d‘Amérique my department.
-I understand how my performance on the job is
evaluated.
-My manager communicates effectively.
-My work gives me a sense of personal
accomplishment.
- I believe I have an opportunity for professional
growth and development.
-I am satisfied with how job openings are filled in my
department.
-There are sufficient opportunities for me to receive
training to improve my skills in my current
job.Overall, the physical conditions - - location are

241 
 
 

 
satisfactory (e.g. ventilation, temperatures, space to
work).
-This organization does an excellent job of keeping
employees informed about matters affecting us.
-I have confidence in the decisions made by my
Operating Unit Sr. Management Team.
-The decisions [corporation] management makes
concerning employees are usually fair.
-How satisfied are you with these aspects of your
current job: employment security?
-How satisfied are you with these aspects of your
current job: your pay?

En s‘appuyant sur la définition du bien-être des employés dans le domaine de la sécurité et de


la santé au travail, et grâce aux études empiriques citées ci-dessus, nous avons pu poser trois
questions qui cernent particulièrement la variable bien-être des employés et qui s‘articulent
autour de ces trois sujets c'est-à-dire la sécurité, la santé, et la satisfaction des employés dans
le travail, tout en conservant la légèreté du questionnaire. Nous présentons ci-dessous dans (le
tableau n° 20) qui contient la traduction des items soumis au pré-test des experts pour mesurer
la variable « bien-être des employés », tels qu‘ils seront intégrés au questionnaire. L‘ensemble
des items sont mesurés sur une échelle de Likert de 5 niveaux.

Tableau 20 La mesure retenue de la variable bien-être des employés

Items Pas du tout d’accord / Tout à fait d’accord (1-5)


ORGBIEN4 L‘entreprise est motivée par l'amélioration de la protection de la santé des
employés dans le travail (nuisances, gaz chimiques, vapeurs, poussières,
fumées, odeurs, etc).
ORGBIEN5 L‘entreprise est motivée par l‘amélioration de la sécurité et l‘hygiène du lieu
de travail.
ORGBIEN6 L‘entreprise est motivée par l‘amélioration des heures de travail, afin de
concilier le travail et la vie privée des employés.

242 
 
 

 
5.1.2.2.3 La mesure de la variable « manque de moyens »

La variable « manque de moyens » mesure l‘intensité des moyens financiers et humains,


réclamés par la démarche sociale et environnementale qui freine la motivation des entreprises
pour s‘engager dans la RSE. Cette variable est codée ORGMANQ.

Au niveau de la littérature, il n‘existe pas d‘échelle retenue pour mesurer cette variable.
Néanmoins, différents chercheurs ont tenté de mesurer cette variable à l‘exemple de l‘étude
réalisée par Santos (2011), sur 2000 petites et moyennes entreprises portugaises, ce dernier a
utilisé 6 items afin d‘identifier les barrières qui freinent les entreprises dans le processus
d‘engagement dans la RSE (Santos, 2011).

De son coté, Legendre (2008) a utilisé une série de 12 items sur une échelle de Likert de 4
niveaux qui va de 1 ce n‘est pas un obstacle jusqu‘au 4 c‘est un obstacle majeur, afin de
mesurer l‘impact des obstacles sur la motivation d‘intégration de la RSE (voir tableau n° 21).

Dans le même sens, (Laudal, 2011 ; Arevalo et Aravind, 2011) ont utilisé 5 items qui tournent
autour de trois questions : le manque de moyens financiers, le manque de moyens humains, et
le manque de temps à consacrer à la RSE. Ces items sont mesurés sur une échelle de Likert de
6 niveaux, (voir tableau n°21). Le tableau suivant résume les études empiriques les plus citées
dans la littérature sur la variable « manque de moyens ».

Tableau 21 Les mesures de la variable manque de moyens dans la littérature

Etudes pratiques Items

Auteurs Années pays Nombre de


répondants

Maria Santos 2011 Portugal 2000 -Never thought about it


-Lack information on ‗‗how to do it‘‘
-Not related to the activities of my company
-Financial Lack of money
-Lack of state support
-Temporal Lack of time

243 
 
 

 
Anne-Laure 2008 Australie 48 -Lack of resources
Legendre -Lack of knowledge on technologies
-Lack of market opportunities /demand
-Reluctance to change from senior management
-Short term projects override Long --Term Strategy
-Lack of upward movement of initiatives
-Culture of Business As Usual / Organizational
culture
-Lack of capability/knowledge with employees –
and management
-Lack of market forces or incentives within industry
sector
-Unsupportive reward structures
-Lack of support at an industry level
-Lack of support at a government level
Thomas Laudal 2011 Norvège 300 -Factor that may make it difficult to impose
demands on suppliers as regards environmental and
social conditions. We lack time and/or financial
resources
-Factor that may make it difficult to impose
demands on suppliers as regards environmental and
social conditions. We do not have the necessary
knowledge of the area
- Factor that may make it difficult to impose
demands on suppliers as regards environmental and
social conditions. We are unable to monitor
whether these requirements are being met
-Threat to your company‘s reputation: business
practices in the domestic market
-Threat to your company‘s reputation: business
practices abroad

244 
 
 

 
En se basant sur la définition de la variable « manque de moyens » et les études citées ci-
dessus nous avons distingué quatre sujets qui reviennent toujours dans les questionnaires sur
les barrières ou les freins, comme notamment le manque : de moyens financiers, de moyens
humains, des compétences et de temps. Dans notre étude, nous avons choisi de poser cinq
questions sur ces quatre sujets, afin d‘avoir des réponses précises concernant les sujets qui
reviennent le plus dans la littérature d‘un côté. Et d‘un autre côté, pour ne pas gêner le
répondant avec un nombre excessif de questions et augmenter nos chances de réponses. Nous
présentons ci-dessous dans le (tableau n° 22) qui contient la traduction des items soumis au
pré-test des experts et retenus pour mesurer la variable « manque de moyens » tels qu‘ils
seront intégrés au questionnaire. L‘ensemble des items sont mesurés sur une échelle de Likert
de niveaux 5.

Tableau 22 La mesure retenue de la variable « manque de moyens »


Items Pas du tout un obstacle / c’est un obstacle majeur (1-5)
ORGMANQ8 L‘entreprise est freinée par le manque de moyens financiers
ORGMANQ9 L‘entreprise est freinée par le manque de compétences au niveau interne

ORGMANQ10 L‘entreprise est freinée par le manque de connaissances sur les technologies et des
instruments de gestion
ORGMANQ11 L‘entreprise est freinée par le manque de temps à consacrer à cette question

ORGMANQ12 L‘entreprise est freinée par le manque d‘intérêt pour cette question

 
 
5.1.2.3 L’opérationnalisation des variables institutionnelles (externes à l’entreprise)

Le niveau institutionnel (le niveau externe), regroupe les variables qui sont liées aux pressions
externes à l‘entreprise, qui influencent l‘engagement dans la RSE. Dans notre modèle multi-
niveaux présenté dans le chapitre trois, le niveau institutionnel regroupe les variables
suivantes : la législation, les avantages concurrentiels, les attentes des clients, les subventions
de l‘Etat, le commerce international et la société mère.

Plusieurs sont les études empiriques, Porter et van derLinde (1995), Henriques et Sadorsky
(1999), Quazi et al.(2001), Legendre (2008), Santos (2011), Laudal(2011) et El Ghoul et
al.(2011) qui ont essayé d‘opérationnaliser ces variables, afin de choisir les instruments de
245 
 
 

 
mesure qui conviennent le mieux à notre recherche, nous allons d‘une part, mobiliser la
littérature empirique existante, et d‘autre part, mobiliser les données concernant les
caractéristiques de notre terrain de recherche.

5.1.2.3.1 La mesure de la variable « législation »

La variable « législation », mesure l‘intensité de l‘entreprise à intégrer la RSE, qui est


influencée par la réglementation et la législation en vigueur. Les études dans ce domaine ont
démontré que la régulation gouvernementale est la source la plus importante dans la pression
sur les entreprises afin de s‘engager dans les démarches sociales et environnementales
(Newton et Harte, 1997 ; Porter et van derLinde, 1995 ; Henriques et Sadorsky, 1999 ; Quazi
et al. 2001). Cette variable est codée INSTLEG.

La variable de législation a souvent été mesurée à travers des items sur une échelle de Likert
de niveaux 5 ou 7 à l‘exemple de l‘étude réalisée par Quazi et al. (2001), qui ont utilisé quatre
items sur une échelle de likert de niveaux 5, notamment pour, répondre aux questions sur le
lien entre l‘engagement volontaire dans la norme ISO 14001 et la pression de la législation
(voir tableau n°23).

De la même manière, Legendre (2008) a utilisé deux items, en évoquant le risque subi par
l‘entreprise dans le cas de non-conformité à la législation, ainsi que, la question de
l‘anticipation sur la législation, qui revient souvent dans la littérature empirique (voir tableau
n° 23).

Dans son étude, Laudal (2011) s‘est contenté d‘une seule question, où il a évoqué l‘efficacité
de législation internationale notamment sur les entreprises privées, à protéger la société. Cette
question a été mesurée sur une échelle de likert qui varie entre 0 pas du tout d‘accord et 6 tout
à fait d‘accord (voir tableau n° 23). Le tableau suivant résume les études empiriques les plus
citées dans la littérature sur la variable « législation ».

246 
 
 

 
Tableau 23 Les mesures de la variable législation dans les études empiriques
Etudes pratiques Items

Auteurs Années pays Nombre de


répondants
Thomas Laudal 2011 Norvège 300 - The private business sector should be regulated and monitored
via international agreements so as to protect the needs of the
population

Anne-Laure 2008 Australie 48 - Compliance with legislation/standards


Legendre - Risk of regulation
- Anticipate or meet regulatory expectations

Quazi, H. et al 2001 Singapour 61 - Our organisation will adopt ISO 14000 only if required by the
environmental regulations.
- Environmental protection legislation is the only way to
encourage our organisation to adopt ISO 14000.
-The government strongly encourages our company to adopt
ISO 14000.
- ISO 14000 will be widely adopted by our industry even
though there is no government regulation / policy encouraging
it.

Les différents items synthétisés dans le tableau ci-dessus désignent trois questions pour
mesurer la variable législation, à savoir : l‘obligation de se conformer à la législation, la
minimisation du risque pénal et l‘anticipation sur la nouvelle législation qui peut être élaborée
prochainement par le gouvernement. Dans cette recherche, nous avons opté pour un tableau à
quatre items qui traite soigneusement la variable législation, tout en conservant une forme de
question claire et directe. Nous présentons ci-dessous le (tableau n°24) qui contient la
traduction des items soumis au pré-test des experts et retenus pour mesurer la variable
« législation», tels qu‘ils seront intégrés au questionnaire. L‘ensemble des items sont mesurés
sur une échelle de Likert de niveaux 5.

247 
 
 

 
Tableau 24 La mesure retenue de la variable « législation »
Items Pas du tout d‘accord / Tout à fait d‘accord (1-5)
INSTLEG1 L‘entreprise est motivée par la conformité à la législation et loi en vigueur
INSTLEG2 L‘entreprise est motivée par la diminution du risque pénal pour non-respect de
la réglementation
INSTLEG3 L‘entreprise est motivée par la crainte des avertissements des autorités
réglementaires
INSTLEG4 L‘entreprise est motivée par les nouveaux instruments et institutions
réglementaires crées par l‘Etat (la gendarmerie de l‘environnement).
INSTLEG5 L‘entreprise est motivée par l‘anticipation sur la nouvelle législation

5.1.2.3.2 La mesure de la variable « avantage concurrentiel »

La variable avantage concurrentiel mesure la motivation des entreprises à intégrer la RSE,


afin d‘avoir de nouveaux atouts face à ses concurrents. Cette variable est codée INSTAVA.

A ce sujet, certaines études ont utilisé la variable avantage concurrentiel pour expliquer
l‘engagement des entreprises dans la RSE, par des questions (voir tableau n° 25) qui abordent
le sujet de l‘amélioration de la réputation, de l‘image et la crainte d‘ être dépassée par les
concurrents (Núñez, 2008).

Dans le même sens, Quazi et al. (2001) ont consacré quatre items (voir tableau n° 25) dans le
but d‘éclaircir l‘impact de la variable avantage concurrentiel sur l‘engagement des entreprises
dans le processus de certification ISO 14001.

De leur côté, Santos, (2011), Laudal (2011) etEl Ghoul et al.(2011) ont employé des questions
identiques, afin de mesurer la variable avantage concurrentiel à savoir : l‘amélioration de
l‘image, la crainte d‘être dépassée par les concurrents et faciliter le recrutement du personnel
hautement qualifié (voir tableau n° 26). Le tableau ci-dessous résume les études empiriques
citées dans la littérature sur la variable « avantage concurrentiel ».

248 
 
 

 
Tableau 25Les mesures de la variable avantage concurrentiel dans les études empiriques
Etudes pratiques

Auteurs Années Pays Nombre


Items
de
réponda
nts
Thomas Laudal 2011 Norvège 300 -reputation
-Improving the brand image
-Brand Awareness
- Attracting/retaining talented Personnel

Maria Santos 2011 Portugal 2000 -Improvement of institutional image


- Image and Communication
- Raising employee satisfaction
- Raising employee motivation
- Strengthening the company image in the community
Anne-Laure 2008 Australie 48 - Conductcompetitive advantages
Legendre - Reputation crisis
- Improving the reputation of the organization
- Reduced cost of recruitment
- Attracting/retaining talented personnel
Quazi, H. et al 2001 Singapour 61 - Our organisation is benchmarking against our competitors
with regards to ISO 14000.
- Our competitors may gain competitive advantages if they are
ISO
14000 certified.
- Our organisation will apply for ISO 14000 certication if our
competitors have done so or have the intention to do so.
- There is competitive pressure in our industry to adopt ISO
14000.
Georgina 2008 Caraïbes 365 - Improving the brand image
Núñez, - Improving the reputation of the organization
-Corporate Reputation
- Brand Awareness

En considérant les travaux de recherche invoqués ci-dessus, nous constatons que les
recherches ont employé plusieurs questions pour mesurer la variable avantage concurrentiel.
249 
 
 

 
Ces questions se récapitulent dans : l‘image et la réputation de l‘entreprise, l‘envie de cette
dernière de ne pas être dépassée par ses concurrents, ainsi que le recrutement du personnel
hautement qualifié. Pareillement, dans notre étude nous avons proposé trois items qui traitent
les principaux sujets de la variable avantage concurrentiel. Nous présentons ci-dessous
(tableau n°26) qui contient la traduction des items soumis au pré-test des experts et retenus
pour mesurer la variable « avantage concurrentiel», tels qu‘ils seront intégrés au
questionnaire. L‘ensemble des items sont mesuré sur une échelle de Likert de niveaux 5.

Tableau 26 La mesure retenue de la variable avantage concurrentiel


Items Pas du tout d‘accord / Tout à fait d‘accord (1-5)

INSTAVA5 L‘entreprise est motivée par l‘amélioration de son image et sa réputation

INSTAVA6 L‘entreprise est motivée par le fait que les concurrents se sont engagés dans la
responsabilité sociale.
INSTAVA7 L‘entreprise est motivée par la facilité dans le recrutement du nouveau
personnel, tout en gardant ses employés hautement qualifiés.

5.1.2.3.3 La mesure de la variable « attentes des clients »

La variable « attentes des clients », mesure l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE, qui est
motivé par l‘influence et le but de satisfaire les clients. Cette variable est codée INSTAT.

Ainsi, certaines études ont employé la variable attentes des clients, afin d‘expliquer
l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE. Parmi, ces études nous trouvons celles de Legendre
(2008),Santos(2011), et Arevalo et Aravind (2011) qui ont utilisé plusieurs items afin
d‘identifier l‘impact du client sur l‘engagement des entreprises comme l‘envie de l‘entreprise
de dérocher un avantage concurrentiel près du client, d‘augmenter la fidélité des clients et de
construire un produit respectueux de l‘environnement.

De la même manière, Quazi et al. (2001) ont utilisé la variable attentes des clients afin
d‘expliquer l‘engagement des entreprises dans la certification ISO 14001. En employant des
items qui ne sont pas différents de l‘étude précédente à savoir, bien se positionner dans la tête
des clients par rapport à la concurrence, satisfaire les clients avec un produit nouveau qui
250 
 
 

 
prend en considération les préoccupations des clients et rendre les clients de plus en plus
respectueux de l‘environnement. Le (tableau n° 27), résume les études empiriques citées dans
la littérature sur la variable (attentes des clients).

Tableau 27 Les mesures de la variable attentes des clients dans les études empiriques
Etudes pratiques Items

Auteurs Années pays Nombre de


répondants
Anne-Laure 2008 Australie 48 - Competitive advantage
Legendre - Competitor advance
- Customer demand
- Product development/Innovation
- New market
- Increased Customer Loyalty
- Customer demand
- Public awareness on climate change

Maria Santos 2011 Portugal 2000 - Consumer and client loyalty


- Client pressures
- Raising the reputation among clients/consumers,
business and community partners

Quazi, H. et al 2001 Singapour 61 - ISO 14000 will help our company clinch positioning
advantage in customers‘ minds over its competitors.
- Our organisation will adopt ISO 14000 if required by
our customers.
- Our customers are increasingly aware of the need to
protect the environment via adopting ISO 14000.
- Our products are environmentally of concern to the
consumer or public.

En s‘appuyant sur les travaux de recherche invoqués ci-dessus, ainsi que la définition de la
variable « attentes des clients », nous constatons que les recherches ont employé quatre
questions pour mesurer la variable « attentes des clients ». Ces questions se récapitulent dans :
251 
 
 

 
le positionnement chez le client, la satisfaction du client, la production de nouveaux produits
et la sensibilisation du client. De la même manière, au niveau de cette étude nous avons
proposé quatre items qui traitent les principaux sujets de la variable attentes des clients. Nous
présentons ci-dessous le (tableau n° 28) qui contient la traduction des items soumis au pré-test
des experts et retenus pour mesurer la variable « attentes des clients», tels qu‘ils seront
intégrés au questionnaire. L‘ensemble des items sont mesurés sur une échelle de Likert de
niveaux 5.

Tableau 28 La mesure retenue de la variable attentes des clients


Items Pas du tout d‘accord / Tout à fait d‘accord (1-5)
INSTAT8 L‘entreprise est motivée par le positionnement dans l'esprit des clients par
rapport à ses concurrents.
INSTAT9 L‘entreprise est motivée par la création d‘un produit qui prend en
considération la préoccupation des clients.
INSTAT10 L‘entreprise est motivée par l‘augmentation de la fidélité de ses clients

INSTAT11 L‘entreprise est motivée par l‘amélioration de la sensibilité des clients envers
la protection de l‘environnement.

5.1.2.3.4 La mesure de la variable « subvention »

La variable « subvention » mesure l‘intensité de l‘engagement des entreprises dans la RSE,


qui est influencé par les subventions humaines et financières reçues de la part de l‘Etat ou
autres organismes internationaux. Cette variable est codée INSTSUB. Les études sur
l‘engagement des entreprises dans la RSE a reconnu en grande majorité le rôle des
subventions dans l‘engagement des entreprises dans les démarches environnementales. Cette
variable a été mesurée à travers deux sujets principaux. Le premier est l‘accès au capital et le
deuxième est l‘accès aux conseils des professionnels notamment pour les petites et moyennes
entreprises (Legendre, 2008 ; Santos, 2011).

Dans un sondage réalisé par Les Centres Nationaux de Développement de la Responsabilité


Sociale (CNDRS) avec la collaboration de l'Organisation des Nations Unies du
Développement Industriel (ONUDI) sur les petites et moyennes entreprises dans les pays de
252 
 
 

 
l‘Europe de l‘Est (Ukraine, Croatie, Serbie, Bulgarie et Bosnie-Herzégovine), coordonnés par
Ivicic (2010), la variable subvention a été utilisée afin d‘expliquer l‘engagement dans la RSE
à travers quatre items qui s‘articulent autour des sujets suivants : l‘accès au crédit, l‘incitation
financière, la subvention de l‘Etat et l‘accès aux conseils. Dans le (tableau n° 29), nous
mettons en avant les items utilisés dans les deux précédentes recherches.

Tableau 29 Les mesures de la variable subvention dans les études empiriques


Etudes pratiques Items

Auteurs Années Pays Nombre de


répondants
Anne-Laure 2008 Australie 48 - Lower cost of capital
Legendre - Access to Capital
- SRI demand
- Gain access to capital

Maria Santos 2011 Portugal 2000 - Recourse to pubic incentives (subsidies,supports and
fiscal benefits)
Ivana Ivicic, 2010 Ukraine - Concessional credit/matching grant schemes
Croatie - Credit and lending arrangements
Serbie - government financial incentives
Bulgarie - free/subsidized counseling
Bosnie- - sponsored participation in fairs
Herzégovine

En se basant sur la définition de la variable « subvention », ainsi que, sur les échelles
proposées par Ivicic (2010) et Legendre (2008) qui sont assez proches, nous avons remarqué
que les chercheurs ont utilisé trois questions dans le but de mesurer la variable subvention.
Ces questions se résument de la manière suivante : l‘accès à la subvention financière, l‘accès
aux conseils des professionnels et au parrainage de l‘Etat afin de pouvoir accéder aux
différents événements. Dans cette recherche, nous avons opté pour la création d‘une échelle
de mesure à trois items qui traite précisément la variable subvention. Nous présentons ci-
dessous le (tableau n° 30) qui contient la traduction des items soumis au pré-test des experts et

253 
 
 

 
retenus pour mesurer la variable « subvention », tels qu‘ils seront intégrés au questionnaire.
L‘ensemble des items sont mesurés sur une échelle de Likert de niveaux 5.

Tableau 30 La mesure retenue de la variable subvention

Pas du tout d‘accord / Tout à fait d‘accord (1-5)


INSTSUB12 L‘entreprise est motivée par l‘accès aux crédits proposés par l‘Etat
INSTSUB13 L‘entreprise est motivée par les subventions financières.

INSTSUB14 L‘entreprise est motivée par l‘accès aux conseils de professionnels.

INSTSUB15 L‘entreprise est motivée par le parrainage de l‘Etat afin d‘accéder aux
événements comme les foires, les expositions, etc.

5.1.2.3.5 La mesure de la variable « commerce international »

La variable « commerce international » mesure l‘intensité de l‘entreprise à s‘engager dans la


RSE afin que ses produits puissent dépasser les barrières exigées par les marchés nationaux et
internationaux. Cette variable est codée INSTCOM.

Dans le rapport de l‘ONU Núñez (2008) a utilisé la variable « commerce international », afin
d‘expliquer l‘engagement des entreprises caribéennes dans la responsabilité sociale. Núñez
(2008) a mesuré cette variable à travers un seul item sur une échelle de likert de 5 niveaux
(voir tableau n° 31).

De la même manière, dans le sondage réalisé par les Centres Nationaux du Développement de
la RSE des pays de l‘Europe de l‘Est en collaboration avec l‘ONU, Ivicic (2010) a mesuré la
variable « commerce international » avec une échelle de mesure de trois items qui mettent
l‘accent sur l‘importance de la RSE dans les relations d‘affaires avec les entreprises
occidentales et l‘opportunité d‘intégrer les réseaux d‘affaires qui ont été acquis par les
entreprises engagées dans la RSE (voir le tableau n°31).

254 
 
 

 
De plus, dans une étude qui a mesuré la variable commerce international auprès des
entreprises qui se certifient ISO 14001, nous pouvons remarquer que les chercheurs ont
proposé cinq items, qui s‘articulent autour des sujets suivants : l‘environnement comme
obstacle au commerce international, la volonté des pays à créer des lois pour préserver leurs
frontières commerciales, la RSE comme une occasion pour faire plus de bénéfices (voir le
tableau n° 31). Dans le (tableau n° 31), nous mettons l‘accent sur les items utilisés dans les
trois précédentes recherches.

Tableau 31 Les mesures de la variable commerce international dans les études


empiriques
Etudes pratiques Items

Auteurs Années pays Nombre de


répondants
Quazi, H. et al 2001 Singapour 61 - Environmental trade barrier is the only way to
encourage our organisation to adopt ISO 14000.
- Our organisation is concerned about
Environmental trade barriers.
- There is increasing sign that environmental
issues will become a trade barrier to our
organisation in the future.
- Policy makers of the home country may pass a
law to make ISO 14000 organisations preferred
corporate citizens.
- It is foreseeable that ISO 14000 will become a
minimum EMS standard for our company to do
business with its partners in the trade block.
Georgina 2008 Caraïbes 365 - Easier access to foreign markets
Núñez,
Ivana Ivicic, 2010 Ukraine Croatie - CSR is an important prerequisite if a firm
Serbie Bulgarie wants to enter into a
Bosnie- business relationship with a Western company
Herzégovine - linkages with larger firms
- facilitated participation in business networks

255 
 
 

 
Aucune échelle de mesure n‘est parfaitement adaptée à notre recherche. Par conséquent, nous
allons procéder à l‘instar des variables mesurées précédemment, et créer une échelle de
mesure qui prend en considération les items des recherches précédentes, pour les adapter à
notre recherche. Ainsi, les trois items créés pour notre recherche vont aborder les
sujets suivants: l‘engagement dans la RSE comme un lien entre les entreprises nationales et
internationales, l‘engagement dans la RSE comme une importante opportunité pour
l‘entreprise et encore l‘engagement dans la RSE qui ouvre le chemin vers de nouveaux
engagements sociaux et environnementaux à l‘exemple de l‘ISO 14001 ou bien encore le
système de management environnemental, etc. ci-dessous nous présentons le (tableau n°32)
qui contient les items créés et soumis au pré-test des experts et retenus pour mesurer la
variable « commerce international», tels qu‘ils seront intégrés au questionnaire. L‘ensemble
des items sont mesurés sur une échelle de Likert de niveaux 5.

Tableau 32 La mesure retenue de la variable commerce international


Items Pas du tout d‘accord / Tout à fait d‘accord (1-5)
INSTCOM16 L‘entreprise est motivée par l‘amélioration d‘accès aux marchés
nationaux et internationaux.
INSTCOM17 L‘entreprise est motivée par la participation à des nouveaux réseaux
d'affaires qui exigent la responsabilité sociale.
INSTCOM18 L‘entreprise est motivée par le dépassement des obstacles créés par les
gouvernements des pays de destination.

5.1.2.3.6 La mesure de la variable « Société Mère »

La variable « société mère » mesure l‘intensité de l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE,


afin de, se conformer aux exigences imposées par l‘entreprise mère, notamment pour les
filiales des entreprises où le siège mère est installé dans un pays occidental. Cette variable est
codée INSTMER.

Très peu d‘études ont utilisé la variable « société mère » afin d‘expliquer l‘engagement des
entreprises dans des processus sociaux et environnementaux. Parmi ces études, nous trouvons

256 
 
 

 
celles de Quazi et al. (2001) qui ont mesuré la variable société mère à travers cinq items (voir
le tableau n°33), qui traitent l‘implication de la société mère dans l‘ISO 14001et l‘exigence
d‘intégration de la certification pour l‘ensemble des filiales. Dans le (tableau n° 33), nous
présentons les items utilisés dans la précédente recherche.

Tableau 33 La mesure de la variable entreprise mère dans les études empiriques


Etudes pratiques Items

Auteurs Années Pays Nombre de


répondants
Quazi, H. et al 2001 Singapour 61 - Our Head Office (HO) is involved in ISO
14000 planning activities
in our company.
- Our Head Office may adopt ISO 14000 as
its Environmental Management System
standard.
- Our Head Office environmental goals and
policies are understood or applied
within our organisation.
- There is a target set by our Head Office to
implement ISO 14000 in our organisation.
- Our Head Office is heavily involved in
implementing ISO 14000.

En se basant sur la définition de la variable société mère et l‘étude précédente, nous allons
construire une échelle de mesure qui adapte les items existants au niveau de la littérature, à
notre contexte de recherche, afin de pouvoir mesurer la variable « société mère » avec une
grande précision. Autrement dit, nous avons créé trois items qui s‘articulent autour de
l‘implication et l‘exigence de la société mère ou du siège social. Ci-dessous nous présentons
le (tableau n°34) qui contient les trois items créés et soumis au pré-test des experts et retenus
pour mesurer la variable « société mère», tels qu‘ils seront intégrés au questionnaire.
L‘ensemble des items sont mesurés sur une échelle de Likert de niveaux 5.

257 
 
 

 
Tableau 34 La mesure retenue de la variable mère

Items Pas du tout d‘accord / Tout à fait d‘accord (1-5)


INSTMER19 L‘entreprise est motivée par la pratique des mêmes politiques sociales et
environnementales appliquées dans l‘entreprise mère (siège social).
INSTMER20 L‘entreprise est motivée par la réalisation des objectifs sociaux et
environnementaux tracés par l‘entreprise mère.
INSTMER21 L‘entreprise est motivée par la lourde implication de l‘entreprise mère dans la
mise en œuvre de la responsabilité sociale.

5.1.2.4 L’opérationnalisation des variables de contrôle

Même si, notre travail de recherche est concentré sur les trois niveaux de motivation
(individuel, organisationnel, institutionnel), qui poussent les entreprises à s‘engager dans la
RSE, il existe d‘autres caractéristiques propres à l‘entreprise qui peuvent influencer son
engagement. Ainsi, il est essentiel de prendre en considération, les variables liées aux
caractéristiques des entreprises, pour mieux expliquer l‘engagement des entreprises dans la
RSE. Ces variables dites « de contrôle » permettent d‘améliorer le degré de validité et de
fiabilité des résultats (Thiétart et al., 2003 ; Callan et Thomas, 2009). Dans ce domaine, les
chercheurs ont utilisé différentes variables de contrôle (la taille des entreprises, le risque, le
secteur, la propriété, les dépenses de recherche et de développement, les dépenses
publicitaires, l'âge moyen des actifs de l'entreprise, etc.) pour étudier l‘engagement des
entreprises dans la RSE.

Dans le cadre de notre recherche, nous avons effectué une revue de littérature spécifique afin
d‘identifier les variables de contrôle les plus utilisées dans le domaine de la RSE. Puis nous
avons retenu les variables de contrôle présentées dans le tableau ci-dessous :

258 
 
 

 
Tableau 35 La mesures des variables de contrôle dans les études empiriques

Variables Auteurs

Taille de l‘entreprise Johnson etGreening (1994); Peteret et Sarah, (1998), Ho


etWong, (2001) et Said et al (2009), Zu et Song, (2009) et
Udayasankar (2008) ; McWilliams et Siegel, (2000);
Mahoneyet Roberts, (2007);

Secteur d‘activité McWilliams, et Siegel, (2000); Ruf, et al (2001); Zu et


Song, (2009), fu et Jia (2012).

5.1.2.4.1 La taille de l‘entreprise

La taille de l‘entreprise a été retenue comme une variable de contrôle, car elle fait partie des
variables les plus utilisées dans la littérature. La variable de contrôle « taille » a été mesurée à
travers différentes méthodes à savoir, les ventes totales, l'actif total, le nombre d'employés, le
journal d'actif et le chiffre d'affaires moyen sur la période (Johnson et Greening 1994; Peter et
Sarah, 1998 ; McWilliams et Siegel, 2000 ; Mahoney et Roberts, 2007). Parmi ces méthodes
de mesure, deux ont particulièrement retenu notre attention :

La première, est la taille de l‘entreprise qui est mesurée à travers le nombre d‘employés à
plein temps, selon plusieurs catégories de mesure par exemple (moins de 49 employés, entre
50 et 149 employés, plus de 150 employés) pour désigner les petites, moyennes et grandes
entreprises (Zu et Song, 2009 ; Udayasankar, 2008).

La deuxième, concerne la taille de l‘entreprise qui est mesurée à travers des résultats
financiers : chiffre d‘affaires réalisé l‘année précédente, actif total de l‘entreprise, à l‘exemple
de l‘étude de (Ho et Wong, 2001 ; Said et al., 2009) sur le reporting de la RSE.

Dans notre étude nous avons choisi d‘une part, d‘utiliser le nombre d‘employés à plein temps
en se référant à la définition de la taille de l‘entreprises par la loi algérienne, afin de mesurer
la variable de contrôle taille de l‘entreprise, à cause de la vaste utilisation de cette méthode
259 
 
 

 
dans la littérature, et d‘autre part, de soulever la difficulté d‘obtenir des résultats financiers
récents des entreprises. Ainsi, nous mesurons la variable taille de l‘entreprise de la manière
suivante :

Tableau 36 La mesure retenue de la variable taille de l’entreprise


Variable Items Code
Taille de - moins de 49 employés TAILLE
l‘entreprise - entre 50 et 249 employés
- plus de 250 employés

5.1.2.4.2 Le secteur d‘activité

D‘après l‘étude de Fu et Jia (2012), qui a porté sur 41 articles de recherche depuis 1990, qui
ont abordé le concept de la performance sociale puis celui de la performance financière, plus
de 54% des articles utilisent la variable « secteur d‘activité » comme variable de contrôle, en
se référant au code standard ou spécifique de classification des industries, afin de mesurer
l‘influence du secteur d‘activité. Parmi les exemples de classification, nous trouvons la
classification binaire (1pour l‘industrie de fabrication, 0 pour non), ainsi que la classification
par catégorie (Essence et gasoil, Électroniques et optiques, Métalliques et construction,
Électricité et énergie, Transport et entreposage) (McWilliams et Siegel, 2000 ; Bernadette, et
al. 2001).

Afin de mesurer la variable « secteur d‘activité » dans notre travail, nous allons utiliser un
système de classification qui se réfère au code de classification de l‘industrie algérienne. En
conséquence, nous mesurons la variable à travers la classification suivante :

260 
 
 

 
Tableau 37 La mesure retenue de la variable secteur d’activité

Variable Items Code


SECTEUR
Secteur d‘activité - Industrie pétrolière

- Industrie textile et habillement

- industrie d‘agroalimentaire

- industrie du bois

- industrie de ciment et d‘amiante

- industrie de pharmacie et parapharmacie

- industrie de la chimie

- industrie de la métallurgie

- industrie de l‘électronique

- Industrie du papier

- Industrie de céramique

- autres

261 
 
 

 
Synthèse de la section 1

En résumé, l‘opérationnalisation des variables à expliquer, explicatives, et de contrôle, nous a


permis de disposer de 82 items, concernant le niveau d‘analyse individuel. Nous avons 33
items qui mesurent les 6 variables. Au niveau organisationnel nous avons 11 items qui
mesurent les 3 variables. Au niveau institutionnel nous avons 21items qui mesurent 7
variables. De plus, concernant les variables de contrôle nous avons 15 items, qui mesurent 2
variables. Enfin, deux items pour mesurer la variable dépendante de l‘engagement de
l‘entreprise dans la responsabilité sociale. Le tableau ci-dessous récapitule les variables
étudiées précédemment, leur code, le nombre d‘items de chaque échelle de mesure, ainsi que
son origine.

Tableau 38 Récapitulatif de l’opérationnalisation des variables


Variables codes Nombre Auteurs
d’items
Variable dépendante à expliquer
Engagement dans la ENGARSE 2 Williams (2005) Nilsson (2007) (Nilsson, J. (2008) et
responsabilité sociale Williams, G. A, (2005)
Variables explicatives (niveau individuel)
Valeurs managériales INDVALIDIA 10 Forsyth (1980), Singhapakdi et al, (1995); Singhapakdi
(indianisme) et al, (1996); Etheredge, (1999); Van Kenhove et al,

Valeurs managériales 10 (2001);.Vitell et al. , (2010)


(relativisme) INDVALREL

Caractéristiques observables INDAGE 3 Borkowski et Ugras, (1998) Waldman et al. (2006) Diez
(âge) et al. (2011)
Caractéristiques observables INDEDUC 4 Zu et Song (2009), Quazi (2003), Waldman et al.
(éducation) (2006)

Caractéristiques observables INDCARR 3 Hambrick et Mason, (1984), Simerly (1994),


(carrière) Thomas et Simerly, 1994)

Caractéristiques observables INDEXP 3 Thomas et Simerly, (1994),


(expérience)

262 
 
 

 
Variables explicatives internes (niveau organisationnel)
Réduction des coûts ORGREDU 3 Núñez, (2008)Legendre (2008)
Quazi et al (2001).
Bien-être des employés ORGBIEN 3 Tanur et Jordan (1995)Quazi et al (2001)Llorente and
Macia (2005) Legendre (2008)
Manque de moyens ORGMANQ 5 Legendre 2008 Santos 2011 Laudal(2011)

Variables explicatives externes (niveau institutionnel)

Législation INSTLEG 4 Quazi et al (2001) Legendre (2008)


Laudal(2011)
Avantage concurrentiel INSTAVA 3 Fombrun et al (2000) Quazi et al (2001),Núñez,
(2008)Legendre (2008) Laudal(2011) Santos (2011)
Attentes des clients INSTAT 4 Quazi et al (2001) Legendre 2008 Ouyang (2010),
Ramzi et Mohamed (2010). Santos (2011)
Subvention INSTSUB 3 Legendre (2008) Ivana Ivicic (2010)Santos(2011)

Commerce international INSTCOM 3 Quazi et al (2001)Núñez, (2008), Ivana Ivicic(2010)

Entreprise mère INSTMER 3 Quazi et al (2001)


Variables de contrôle
Taille de l‘entreprise TAILLE 3 Ho etWong, (2001) Zu et Song, (2009) et Udayasankar
(2008).
Secteur d‘activité SECTEUR 12 McWilliams, Siegel, (2000); Zu et Song, (2009), fu et
Jia (2012)

263 
 
 

 
5.2 Section 5.2. La mise en œuvre du questionnaire et la collecte des données

Dans les paragraphes suivants, nous présentons en détail les différentes étapes de la mise en
œuvre de la collecte des données. Tout d‘abord, nous allons aborder, la phase du pré-test du
questionnaire. Et ensuite, nous exposons le nouveau questionnaire après les dernières
modifications. Puis, nous décrivons l‘étape de l‘administration du questionnaire. Enfin, nous
discutons les résultats des questionnaires envoyés et nous commentons les caractéristiques des
répondants.

5.2.1 Le pré-test du questionnaire

Souvent le questionnaire est le principal support de collecte d‘informations. Par conséquent,


les chercheurs ont accordé une grande importance à la qualité du questionnaire. Cette qualité
est obtenue à travers la phase du pré-test du questionnaire, (Boudreau et al., 2001).

La littérature sur la construction et la validation des questionnaires a reconnu plusieurs


méthodes pour tester les questionnaires à savoir le pré-test à travers la revue informelle par
des experts, le système formel d‘évaluation cognitive, l'interview cognitive, etc.

Cependant, ces méthodes restent différentes et ne conduisent pas souvent aux mêmes
résultats. Néanmoins, toutes ces méthodes mettent l‘accent sur l‘importance de la phase du
pré-test, avant la divulgation du questionnaire à grande échelle, par rapport aux divers
objectifs à savoir :

- Le pré-test permet de vérifier si les items proposés expriment les informations recherchées.

- Le pré-test nous assure que la formulation des items est suffisamment compréhensible et
facile à interpréter, notamment pour les items traduits.

- Le pré-test nous aide à s‘interroger sur la forme (l‘ordre des items et leurs classifications par
thème, par niveau).

- Le pré-test nous permet de s‘interroger sur les questions supplémentaires, si elles sont
nécessaires ou si certaines questions doivent être éliminées.

264 
 
 

 
- Le pré-test, notamment par la méthode du face à face nous permet d‘évaluer le temps
consacré par le répondant pour remplir le questionnaire.

D‘une manière générale, cette technique a pour objectif de détecter les erreurs commises, de
s‘assurer de la bonne compréhension des questions de la fluidité du questionnaire et d‘évaluer
la durée moyenne des réponses, (Evrard et al. 2003 ; Jolibert et Jourdan, 2006).

Habituellement, un petit nombre de répondants sont sélectionnés pour le pré-test. Les


répondants sélectionnés pour tester le questionnaire devraient être largement représentatifs du
type de personne à interroger dans l'enquête principale (Malhotra, 2004).

Au niveau de notre recherche, nous avons essayé de respecter les recommandations de


Malhotra (2004), en réalisant le pré-test de notre questionnaire à travers trois étapes :

Une première étape, consiste à vérifier la traduction et à conserver la dimension grammaticale


et le vocabulaire du questionnaire, notamment pour les items traduits. Dans, un premier
temps, nous avons fait appel à un expert en traduction (anglais/ français) pour une première
traduction. Dans un deuxième temps, nous avons fait appel à un étudiant où la langue source
(l‘anglais), est sa langue maternelle pour une deuxième traduction. Cette étape a été réalisée,
au fur et à mesure, de la construction des échelles de mesure, d‘où la présentation directe des
échelles de mesure retenues des variables en français.

Lors de la deuxième étape, notre questionnaire a été soumis à trois enseignants universitaires
(deux enseignants chercheurs en Algérie, et un enseignant chercheur en France), qui ont eu
l‘occasion auparavant, d‘adresser à leurs tours aux entreprises des questionnaires qui ont traité
la thématique du développement durable en générale.

Les modifications formulées ont porté sur la lettre d‘accompagnement du questionnaire. Le


contenu des questions sur différents termes ont mérité plus d‘explication surtout dans un
contexte algérien où le sujet reste particulièrement nouveau ainsi que sur la longueur et la
fluidité du questionnaire. Toutes ces modifications ont été notées dans le (tableau n° 39).

La troisième et dernière étape, est l‘étape où le questionnaire a subi le plus de modification.


Nous avons présenté le questionnaire à deux chefs d‘entreprises qui œuvrent dans deux
secteurs différents et leurs remarques étaient les suivantes :
265 
 
 

 
Pour le premier chef d‘entreprise, ces demandes de modifications ont porté, d‘une manière
générale, sur la mise en forme du questionnaire, la lettre d‘accompagnement, et la structure
grammaticale de quelques items, ainsi que, sur l‘échelle de mesure des caractéristiques
managériales constituée de 20 items. Le chef d‘entreprise a signalé que cette échelle est
péniblement longue tout comme il a exprimé son incompréhension à quelques items qui
seront présentés dans le (tableau n° 39).

Concernant, le reste des échelles de mesure, le premier chef d‘entreprise, a suggéré d‘utiliser
que trois items pour mesurer chaque variable, notamment pour les items qui se rapprochent
dans le sens, sans toucher à la représentativité des items aux variables mesurées.

Ce chef d‘entreprise nous a également informé concernant le niveau d‘éducation des


dirigeants en Algérie que pour le secteur public, les dirigeants doivent avoir au minimum un
diplôme de baccalauréat. Cette confirmation nous a poussés à supprimer le niveau secondaire,
dans les catégories des items du « niveau d‘éducation ».

Pour le deuxième chef d‘entreprise, les remarques émises se rapprochent considérablement


des remarques des enseignants ainsi que du premier chef d‘entreprise. Les similitudes des
points soulevés concernent aussi bien la longueur du questionnaire que les 20 items qui
mesurent les valeurs des dirigeants. En plus, des différentes remarques émises précédemment,
le second chef d‘entreprise a également émis des remarques sur différents items, dont il ne
voit pas leur impact sur l‘engagement à l‘exemple des pressions des associations de
consommateur dans le contexte algérien. Enfin, le chef de la deuxième entreprise nous a
conseillé des modifications sur quelques énoncés, ainsi que, sur la mise en forme générale du
questionnaire. Il est également important de signaler qu‘après une tentative de réponse à notre
questionnaire des deux chefs d‘entreprises, nous avons évalué la durée de la réponse à environ
15 minutes, cette durée sera ramenée à environ 10 minutes après les modifications qui seront
apportées sur la forme et le fond du questionnaire. Les suggestions et les indications faites par
les répondants (chercheurs et professionnels) du questionnaire nous ont amené à modifier
certains éléments, combinés ou même supprimés d‘autres éléments (tableau n°39), afin
d‘arriver à la version finale du questionnaire (annexe 2).

266 
 
 

 
Tableau 39 Les différentes modifications apportées sur les échelles de mesure
Items après le
Variable Items avant le pré-test
pré-test
Valeurs Décider ou non d'accomplir un acte en équilibrant les conséquences positives de la loi Supprimé
managériales contre les conséquences négatives de l'acte est immoral.
(idéalisme) La dignité et le bien-être des personnes devraient être la préoccupation la plus importante Supprimé
dans toute société.
L'existence d'un préjudice potentiel pour les autres est toujours négligeable, quels que Supprimé
soient les avantages à tirer.
les risques aux autres ne doivent jamais être tolérés, quelles que soient leurs natures Modifié

Valeurs Les normes morales doivent être considérées comme étant individualistes, ce qu'une Modifié
managériales personne considère comme morale peut être jugée immorale par une autre personne.
(relativisme) Les normes morales sont tout simplement des règles personnelles qui indiquent la façon Supprimé
dont une personne doit se comporter, et ne doivent pas être utilisées dans la formulation
des jugements d'autrui.
Les considérations éthiques dans les relations interpersonnelles sont si complexes que les Supprimé
individus devraient être autorisés à formuler leurs propres codes individuels.
Codifier fermement une position éthique qui empêche certains types d'actions pourrait Supprimé
faire obstacle à de meilleures relations humaines et à l'adaptation.

Education Ecole secondaire Supprimé


Bien-être L‘entreprise est motivée par l‘amélioration de la sécurité et l‘hygiène du lieu de travail. Modifié
Manque de L‘entreprise est freinée par le manque de compétences au niveau interne (personnel Modifié
moyens sensible et qualifié).
L‘entreprise est freinée par le manque de connaissances sur les technologies et les Supprimé
instruments de gestion.
L‘entreprise est freinée par le manque de temps à consacrer à cette question. Supprimé

Législation L‘entreprise est motivée par les nouveaux instruments et institutions réglementaires crées Supprimé
par l‘Etat (la gendarmerie de l‘environnement).

Subvention L‘entreprise est motivée par l‘accès aux crédits proposés par l‘Etat. Combiné
L‘entreprise est motivée par les subventions financières.

267 
 
 

 
A la fin, de cette étape, notre questionnaire a été validé par notre Directrice et Co-Directrice
de thèse. La phase du pré-test nous a permis d‘approfondir, la forme finale du questionnaire.
Tout ce qui reste à faire est le processus mécanique de mise en page et la mise en place du
questionnaire dans sa forme finale, avant de passer à la prochaine étape qui est
l‘administration du questionnaire. La figure ci-dessous retrace le déroulement de cette phase
du pré-test.

Figure 25 La construction, du pré­test et la validation du questionnaire 

Analyse de la revue de littérature  
PHASE DE CONSTRUCTION 

Choix de l’échelle de mesure 

Elaboration du questionnaire de recherche 

Pré­test du questionnaire auprès des experts 
linguistiques 
PHASE DE PRE TEST ET DE VALIDATION 

Pré­test du questionnaire auprès des experts 
chercheurs  

Pré­test du questionnaire auprès des 
entreprises 

Validation de la versionfinale du questionnaire 

268 
 
 

 
5.2.2 Nouveau design du questionnaire

Le but de cet instrument de mesure (questionnaire) est d‘obtenir des données pour tester les
relations hypothétiques indiquées dans le modèle de notre recherche présenté dans (le
troisième chapitre), et d‘identifier les facteurs qui influencent l‘engagement des entreprises
dans la RSE. L'instrument de mesure pour cette étude (voir annexe 2) est construit d‘une lettre
de motivation (d‘accompagnement) et quatre parties, qui représentent le corps du
questionnaire.

La lettre d'accompagnement fournit des détails concernant l'objet de l'étude ainsi que le rôle
d'information recherché, l‘explication des attentes et les garanties de confidentialité des
informations collectées auprès des entreprises.

La première partie du questionnaire, concerne les informations démographiques. Cette partie


se compose de deux sections, une première, qui traite les caractéristiques observables propres
au chef d‘entreprise (le genre, le niveau d‘éducation, la carrière et l‘expérience) qui devaient
être dans la deuxième partie, mais pour raison d‘organisation nous avons préféré les mettre
dans cette partie. Une deuxième section traite les informations démographiques qui
concernent l'entreprise elle-même, à savoir la taille de l‘entreprise, le secteur d‘activité, la
forme de l'entreprise et l‘âge de l‘entreprise (annexe 2).

La deuxième partie du questionnaire représente les variables individuelles. Cette partie se


compose de 14 items qui mesurent les deux variables valeurs idéalistes et valeurs relativistes
du chef d‘entreprise, censées expliquer l‘engagement des entreprises dans la RSE. Ces items
sont mesurés sur une échelle de mesure de 5 point du type Likert, qui mesure le degré
d‘accord ou de désaccord du répondant allant de « pas du tout d‘accord » jusqu‘à « tout à fait
d‘accord ». Cette échelle correspond le mieux au contexte algérien car elle est simple et elle
ne prend pas beaucoup de temps, contrairement à celle à 7 points, où les répondants se
trouvent souvent disperser au moment des réponses, et éprouvent une difficulté à se
positionner. Ainsi, pour des raisons d‘organisation nous avons préféré mettre les variables
« caractéristiques observables » qui expliquent à leurs tours l‘engagement des entreprises au
niveau individuel dans la partie 1, pour assurer une fluidité et une homogénéité au niveau des
items du questionnaire.

269 
 
 

 
La troisième partie du questionnaire concerne les variables organisationnelles (internes à
l‘entreprise). Cette partie se compose de 9 items qui mesurent trois variables (la réduction des
coûts, le bien-être des employés et le manque de moyens), qui expliquent l‘engagement des
entreprises dans la RSE. Ces variables sont mesurées sur une échelle de mesure de 5 point du
type Likert, qui mesure le degré d‘accord ou de désaccord du répondant allant de « pas du tout
d‘accord » jusqu‘à « tout à fait d‘accord ».

La quatrième partie du questionnaire, représente les variables institutionnelles (externes à


l‘entreprise). Cette partie se compose de 19 items qui mesurent 6 variables, (la législation, les
avantages concurrentiels, les attentes des clients, la subvention, le commerce international et
la société mère) qui expliquent l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE au niveau externe.
Ces 6 variables sont mesurées sur une échelle de mesure de 5 point du type Likert, qui mesure
le degré d‘accord ou de désaccord du répondant allant de « pas du tout d‘accord » jusqu‘à «
tout à fait d‘accord ».

Tableau 40 La structure du questionnaire

Numéro de la Titre de la partie Nature des Nombre Pages


partie questions d’items

1 partie Informations démographiques Autres 33 1 et 2

2 partie Variables individuelles Likert 5 Point 14 2 et 3

3 partie Variables organisationnelles Likert 5 Point 9 3

4 partie Variables institutionnelles Likert 5 Point 19 4

270 
 
 

 
5.2.3 L’administration du questionnaire

L‘administration de notre outil de collecte des données, se compose d‘une part, du processus
d‘échantillonnage des entreprises, et d‘autre part, du déroulement chronologique du protocole
de collecte des données auprès des entreprises.

Le processus d‘échantillonnage s‘intéresse à l‘unité de l‘analyse, de la constitution de la base


de sondage et de la sélection des éléments de l‘échantillon. Ce travail a débuté en Avril 2010
avec une phase exploratoire, qui avait pour but, de prendre contact avec les entreprises dans le
secteur industriel algérien, et d‘aborder la problématique de recherche et la faisabilité de
l‘étude empirique envisagée. Grâce à ces interactions avec les chefs d‘entreprises, les
représentants du Ministère de l'Industrie, de la PME et de la Promotion de l'Investissement et
du Ministère de l‘Aménagement du Territoire, de l‘Environnement et du Tourisme Algérien
(MATE), nous avons pu avoir une liste des entreprises industrielles qui se sont engagées dans
la RSE à travers la signature des contrats de performance, qui contient plus de 80 entreprises ,
et aussi une liste non exhaustive globale des entreprises qui œuvrent dans le secteur industriel
algérien, et qui compte actuellement plus de 1000 entreprises tous secteurs et tailles
confondus, y compris publique et privée. A cause du faible nombre d‘entreprises par secteur,
nous avons choisi d‘envoyer le questionnaire au plus grand nombre d‘entreprises, qui œuvrent
dans le secteur industriel algérien, que ce soient, les entreprises qui ont singé ou pas le contrat
de performance environnementale proposé par le (MATE). Pour renforcer la crédibilité
perçue de l'étude et augmenter la probabilité de toucher le plus de répondants, nous avons
précisé dans la lettre d‘accompagnement, le but de l'étude et le type d'information recherchée.
Nous avons également garanti la confidentialité des informations de ce travail de recherche.
Dans le même sens, les répondants ont reçu l'assurance qu'un résumé des résultats définitifs
sera mis à leur disposition.

271 
 
 

 
5.2.4 Le protocole d’administration

En février 2011, nous avons commencé un travail de recueil des données, concernant les
moyens de contacter les entreprises disponibles sur les différentes bases de données et de
divers réseaux (elmouchir.caci.dz et www.annuaire-algerie.eu/, dz.kompass.com), pour
administrer nos questionnaires. Dans cette étape, nous nous sommes heurtés à un problème,
qui a eu des conséquences directes sur le taux de réponse des questionnaires. En effet, les
entreprises algériennes ont un réel retard, concernant l‘outil informatique et les technologies
d‘information et de communication (TIC), puisque seulement 20% des entreprises sont
raccordées à Internet82. Néanmoins, douze entreprises ont été contactées par courrier
électronique (email) et ont accepté de remplir le questionnaire.

Face au problème d‘impossibilité de l‘administration des questionnaires par le courrier


électronique, la remise des questionnaires a été réduite à deux méthodes :

L‘administration en face à face, qui ne représente pas une solution idéale, dans un pays avec
une surface qui dépasse les deux millions de kilomètres carrés. Cependant, nous avons réussi
à présenter directement 49 questionnaires aux entreprises de la région Est du pays (Annaba,
Skikda, Bejaia) qui ont accepté de participer et de remplir le questionnaire.

L‘administration par voie postale a représenté la majorité des questionnaires envoyés avec
348 questionnaires, qui ont été accompagnés par une lettre de motivation et une enveloppe
prépayée et libellée à une adresse en Algérie.

De ce fait, 408 questionnaires ont été envoyés aux directeurs des entreprises qui répondaient
aux critères de notre recherche. Par la suite, les répondants ont été contactés par téléphone de
manière régulière, afin de les inciter à remplir le questionnaire.

Un mois après, l‘envoi des questionnaires, nous avons commencé à recevoir des retours. Ces
questionnaires se sont répartis en trois cas :

Le premier cas : les questionnaires remplis correctement et souvent avec des lettres
d‘encouragement, qui mettent en valeur la qualité de l‘étude et l‘importance du sujet traité.

                                                             
82 Le chiffre d‘affaire : quotidien algérien d‘économie et de finance N 629 3 Mardi 12 Novembre 2012
272 
 
 

 
Le deuxième cas : les questionnaires ont été remplis mais, pas entièrement. Ces entreprises
ont été recontactées par téléphone, afin de compléter les données manquantes.

Le troisième cas : les questionnaires, qui sont revenus avec des accusés de réception, qui
portent la mention « fausse adresse », ainsi que les entreprises qui ont confirmé par téléphone
qu‘elles n‘ont pas reçu les questionnaires. En conséquence, nous avons envoyé, pour une
deuxième fois, les questionnaires à ces entreprises après avoir vérifié les adresses auprès du
bureau du Ministère concerné.

Ainsi, 408 questionnaires ont été administrés aux répondants potentiels. À la suite de la
relance pour les entreprises qui n‘ont pas reçu les questionnaires, 94 questionnaires ont été
récupérés dans les deux mois et demi suite au premier envoi et ont tous été traités
statistiquement. Voici les résultats du processus de recueil des données :

Tableau 41 Récapitulatif des questionnaires reçus

Questionnaires Réponses

Questionnaires envoyés 408

Questionnaires exploitables 94

Taux de réponse 21.56%

Ce taux de réponse nous permet de réaliser notre étude statistique. Cependant, ce taux reste
moyennement faible. Cela se justifie par, le manque de volonté et de motivation des
entreprises contactées, la bureaucratie de l‘administration algérienne, à cela s‘ajoute le
problème du faible développement de technologie de l‘information et de la communication au
niveau des entreprises algériennes.

273 
 
 

 
Toutefois, un test de biais de non réponse ne semble pas très intéressant dans notre travail de
recherche, du moment où, la relance effectuée des questionnaires a été juste pour les
entreprises qui n‘ont pas reçu les questionnaires. Mais d‘un autre côté, ces entreprises qui ont
reçu notre questionnaire dans la deuxième relance (par voie postale, par fax ou par face à
face) ont répondu rapidement, ce qui a rapproché la période de réponse entre les deux groupes
de questionnaires reçus (Jang et al., 2010).

Toutefois, d‘autres précautions ont été prises en compte dans le but d‘une part d‘améliorer la
qualité des mesures utilisées dans notre questionnaire, et d‘autre part d‘éviter d‘autres biais
dans le recueil des données à savoir :

- Croiser plusieurs sources de données (questionnaires, recherche documentaire et


entretiens) et questionner plusieurs responsables de la même entreprise, notamment dans la
phase de l‘étude exploratoire, afin de, diminuer les biais de répondant unique et assurer la
triangulation des preuves (Avolio et al., 1991).
- Assurer l‘anonymat et la confidentialité dans le traitement des données ; nous avons
accompagné notre questionnaire d‘une lettre de motivation, dans laquelle nous avons assuré
l‘anonymat des données et des résultats à toutes les entreprises qui ont accepté de collaborer
dans cette enquête.

274 
 
 

 
Synthèse de la section 2

Cette section nous a aidés à explorer de près les diverses étapes de collecte des données. Le
pré-test du questionnaire, nous a permis d‘évoluer notre instrument de collecte des données
dans des conditions aussi proches que possibles de notre terrain de recherche.

Lors de cette étape, nous avons établi une version finale du questionnaire, qui a été envoyée
avec une lettre d‘accompagnement qui explique l‘intérêt de la recherche et assure la
confidentialité des informations à 408 entreprises. Après deux mois d‘attente de relation et
d‘appels téléphoniques. Au total nous avons reçu 94 questionnaires exploitables.

275 
 
 

 
5.3 Section 5.3. L’évaluation de la qualité et de la validité des échelles de mesure

Après avoir abordé l‘opérationnalisation des variables du modèle de recherche, la


construction, le pré-test, l‘administration et la récupération des questionnaires, nous allons
maintenant évaluer la qualité des instruments de mesure de ces variables.

Dans un premier temps, nous présentons les résultats issus de la phase de validation des
instruments de mesure, en exposant les résultats des tests de KMO et Bartlett, les analyses
factorielles exploratoires, ainsi que l‘analyse de la fiabilité par le test de l‘alpha de Cronbach.
Ces tests permettent de vérifier la qualité des échelles liées aux variables de notre modèle de
recherche.

Dans un second temps, nous présentons, les statistiques descriptives qui nous ont permis de
dresser une description détaillée des entreprises qui sont engagées ou qui ne sont pas engagées
dans la RSE et qui représentent notre échantillon.

5.3.1 Analyse des données collectées

Pour analyser les données, un chercheur a besoin de comprendre ce que l'étude vise à
accomplir. Les outils de mesure peuvent être jugés sur leurs caractéristiques techniques
(fiabilité et validité). Johnson et Onwuegbuzie (2004) ont affirmé, que les outils de mesure
doivent satisfaire aux critères de validité et de fiabilité. La fiabilité est définie comme la
mesure dans laquelle un instrument de mesure (questionnaire, test, observation) donne les
mêmes résultats sur les essais répétés. Autrement dit, une échelle de mesure fiable produit les
mêmes résultats lors des mesures répétées, quel que soit le moment où le test est effectué
(Evrard et al., 2003 ; Jolibert et Jourdan, 2006). Ainsi, la validité consiste à vérifier la
conformité des échelles de mesure utilisées, et à vérifier si nous mesurons bien les
phénomènes décrits, Evrard et al. (2003). D‘une manière générale, le test de fiabilité et la
validité des instruments nous aide à évaluer si l'instrument est «bon» ou «mauvais», et
indique enfin de compte si l'interprétation des données est précise ou si elle induit en erreur.

Ces tests sont importants étant donné que les échelles de mesure utilisées ont fait l‘objet, pour
certaines, d‘une réduction du nombre d‘items, d‘une traduction et d‘une adaptation à la
276 
 
 

 
lumière des résultats de l‘enquête exploratoire, qui n‘ont jamais fait l‘objet d‘un test dans le
contexte algérien pour s‘assurer que les échelles proposées mesurent fidèlement les variables
de notre recherche, (Jarvis et al., 2003). Les techniques de validité et de fiabilité seront
discutées de manière plus explicative dans les paragraphes suivants.

5.3.2 Validité d’instrument de mesure

D‘après Joshi (2007), La validité est définie comme la mesure dans laquelle l'instrument
mesure ce qu'il prétend mesurer. La validité est également considérée comme la mesure dans
laquelle une mesure empirique reflète parfaitement la véritable signification du concept à
l'étude. La validité est fondamentale pour la crédibilité d‘un instrument, car elle indique que
l'instrument mesure avec précision, ce qu'il a été conçu pour le mesurer (Whichard, 2006). En
conséquence, plus la validité de l'instrument est élevée, plus la probabilité qu'il mesure les
constructions théoriques pour lesquelles il est conçu est élevée. Il existe quatre procédures
communes pour établir la validité d'un instrument: (face validity, content validity, criterion
validity and construct validity), traduites en français respectivement par la validité apparente,
la validité de contenu, validité de critère et la validité conceptuelle.

La validité apparente, est une validité qualitative qui désigne le fait qu‘une personne juge
fiable le contenu d‘un questionnaire, par ses éléments. Autrement dit, il s‘agit de lire ou de
faire lire le questionnaire par un ou plusieurs experts et décider si ces éléments mesurent bien
tel ou tel construit. La validité apparente reste probablement la forme de validité la plus
faible, pour démontrer la fiabilité du construit, car il s'agit essentiellement d'une question de
jugement subjectif. Cependant, nous pouvons considérablement améliorer la qualité de
l'évaluation de la validité apparente, en envoyant le test à un échantillon soigneusement
sélectionné d'experts sur le construit testé et utilisé leurs jugements afin de confirmer la
validité de l‘instrument de mesure.

La validité du contenu est la mesure dans laquelle la méthode de mesure couvre toute la
gamme des comportements pertinents, des pensées et des sentiments qui définissent le
concept mesuré. Par exemple, l‘attitude envers un objet est constituée des : pensées au sujet
de l'objet, des sentiments au sujet de l'objet, et les comportements envers l'objet. Par
277 
 
 

 
conséquent, un test pour évaluer l‘attitude d‘une personne à l'égard des impôts devrait inclure
des éléments sur les pensées, les sentiments et les comportements de la personne envers les
impôts (Vogt et al., 2004). La validité du contenu des échelles de mesure dans cette étude a
été réalisée en demandant à quelques spécialistes de la recherche d‗examiner notre
questionnaire. Ainsi, nous avons fourni à ces spécialistes, les définitions de construction des
différentes variables et nous avons demandé leurs jugements concernant, la pertinence,
l‘apparence et la représentabilité, des éléments d‘instruments de mesure. Sur la base des
commentaires reçus, des modifications et corrections mineures qui ont été effectuées avant,
l‘administration des questionnaires. De plus, afin d'établir l'authenticité de l'instrument de
mesure utilisé dans cette étude, la validité de construit a été prise en compte.

La validité de critère est une mesure de la manière dont une variable ou un ensemble de
variables prédit un résultat fondé sur des informations provenant d'autres variables. Autrement
dit, il compare le test avec d'autres mesures ou les résultats ont déjà été validés dans d‘autres
études (Vossler et Kerkvliet, 2003). Par exemple, un test du niveau d'intelligence, pourrait
être analysé statistiquement contre un test de QI standard, s'il y a une forte corrélation entre
les deux ensembles de données, ce qui veut dire que, la validité de critère est élevée. Ce type
de validité est souvent divisé en validité «concourante» et «prédictive» des sous-types de
validité.

La validité conceptuelle ou la validité discriminante, se réfère à la mesure dans laquelle les


scores sur une échelle ne sont pas corrélés avec les scores des échelles destinés à mesurer des
concepts différents, (Johnson et Onwuegbuzie, 2004).

5.3.3 La fiabilité de l'instrument de mesure

Une mesure est fiable dans le cas où elle fournit des résultats cohérents. Bien que la fiabilité
soit un facteur nécessaire à la validité, ce n'est pas une condition suffisante pour la validité,
(Johnson et Onwuegbuzie, 2004). La fiabilité est l'une des questions les plus importantes de la
qualité des mesures et elle doit être bien réfléchie avant qu'une mesure soit proposée et
utilisée, avant que les données soient recueillies et les résultats soient analysés. Cependant,
certaines variables sont plus stables que d'autres. C‘est un changement important, alors que
278 
 
 

 
d'autres sont relativement constantes. Mais, la procédure de mesure d‘une variable introduit
une certaine quantité d'erreur, qui peut être petite ou grande. Cette quantité d'erreur dans une
procédure de mesure varie d'une mesure à une autre, comme elle augmente et diminue le
score de la variable. Toutefois, toutes les méthodes de mesure n‘ont pas le même degré
d'erreur par exemple, certaines procédures de mesure sont sujettes à des erreurs plus grandes
que les autres (Miller, 1995).

La fiabilité peut aussi être considérée comme la cohérence d'un certain nombre de mesures
prises à l'aide de la même méthode de mesure sur le même sujet, avec l'absence relative de
l‘erreur au niveau de l‘instrument. En conséquence, plus les résultats obtenus par les mêmes
participants dans les mêmes mesures répétées sont cohérents, plus la fiabilité de la procédure
de mesure est élevée (Miller, 1995 ; Whichard, 2006).

L'une des mesures de cohérence interne qui est la plus souvent préférée et utilisée est le
coefficient alpha de Cronbach (Javali, 2011). Le coefficient alpha de Cronbach, aussi connu
sous le nom technique de coefficient alpha ou coefficient alpha de fiabilité, est un test de
fiabilité de cohérence interne Cronbach.

5.3.3.1 Définition du coefficient alpha de Cronbach

Alpha a été développé par Lee Cronbach en 1951 pour fournir une mesure de la cohérence
interne d'un test ou d'échelle, il est exprimé par un nombre entre 0 et 1. La cohérence interne
décrit la mesure dans laquelle tous les éléments dans un test mesurent le même concept. En
outre, la cohérence interne doit être déterminée avant d‘utiliser le test, afin d‘assurer sa
validité, (Cronbach 1951 cité par ; Javali, 2011).

De plus, les évaluations de la fiabilité montrent le montant d'erreur de mesure dans un test.
Cependant, cet indice interprète seulement la fiabilité, qui est la corrélation de test avec elle-
même. L‘élévation au carré de cette corrélation est soustrayant de 1.00 de l'index d'erreur de
mesure. Par exemple, si un test a une fiabilité de 0.80, il y a 0.36 de variance d'erreur aléatoire
dans les scores (0,80 × 0,80 = 0,64; 1,00 à 0,64 = 0,36) (Tavakol et Dennick, 2011).

D‘une manière générale, quand les éléments dans un test sont corrélés les uns aux autres, la
valeur de alpha est augmentée. Toutefois, un coefficient alpha élevé ne signifie pas toujours
un degré élevé de cohérence interne. Il en résulte que l'alpha est aussi affecté par la durée du
279 
 
 

 
test. Si la durée du test est trop courte, la valeur d'alpha est réduite. Il est également important
de préciser que l'alpha est une propriété du grand nombre sur un test d'échantillon spécifique
des personnes soumises à l'épreuve. Ainsi, les enquêteurs ne devraient pas compter sur des
évaluations alpha publiées et devraient mesurer l'alpha chaque fois que le test est administré
(Streiner, 2003).

5.3.3.2 L'utilisation de l'alpha de Cronbach

Une mauvaise utilisation de l'alpha peut conduire à des situations dans lesquelles soit un test
ou d'échelle est mal mis au rebut ou le test est critiqué pour ne pas générer des résultats
fiables. Pour éviter cette situation une bonne compréhension des concepts associés de la
cohérence interne, l'homogénéité ou l'unidimensionnalité peut aider à améliorer l'utilisation de
l'alpha. La cohérence interne est préoccupée par l'interdépendance d'un échantillon d'items de
test, alors que l'homogénéité se réfère à l'unidimensionnalité.

Une mesure est dite unidimensionnelle si ses items mesurent un seul trait latent ou la
construction. La cohérence interne est une condition nécessaire mais non suffisante pour
l'homogénéité de mesure ou l‘unidimensionnalité dans un échantillon de test d‘items.
Fondamentalement, le concept de fiabilité suppose qu‘unidimensionnalité existe dans un
échantillon de test de 16 items et si cette hypothèse est violée, elle provoque une sous-
estimation importante de la fiabilité (Cortina, 1993).

Enfin, si un test a plus qu'un concept ou construction, cela ne peut pas signifier quelque chose
de rapporter l'alpha pour le test dans l'ensemble comme le plus grand nombre de questions
sera inévitable de gonfler la valeur d'alpha. En conséquence, l'alpha devrait être calculé pour
chacun des concepts plutôt que pour le test entier (Jasper, 2010).

5.3.3.3 La valeur acceptable d’alpha de Cronbach

Comme indiqué précédemment, le nombre d'items de test, de rapprochement entre les items
et la dimensionnalité affecte la valeur d‘alpha (Cortina, 1993). Cependant, plusieurs études
recommandent le type de recherche comme un critère de choix de la valeur d‘acceptabilité
(Evrad et al., 2003 ; Malhotra, 2004). Il en ressort qu‘au niveau des rapports qui ont traité la
valeur acceptable d‘Alpha de Cronbach, nous distinguons deux degrés d‘acceptabilité : Une
acceptabilité du coefficient d‘alpha de Cranbach qui va de (0,50-0,60 jusqu‘au 0,70) pour les

280 
 
 

 
recherches exploratoires qui utilisent une seule dimension et une valeur qui va de (0,80 0,90
jusqu‘au 0,95) pour les recherches fondamentales et appliquées qui utilisent plusieurs
dimensions ou multidimensionnelles.

Une faible valeur de l'alpha pourrait être due à un faible nombre de questions, ou à une
mauvaise inter-parenté entre des éléments ou des constructions hétérogènes. Par exemple, si
un alpha faible est dû à une mauvaise corrélation entre les éléments, certains devraient être
révisés ou mis au rebut. La méthode la plus simple est de calculer la corrélation de chaque
item de test avec le test du score total, ainsi que les articles avec des faibles corrélations
(proche de zéro) seront supprimés. Si alpha est trop élevé, il peut penser que certains éléments
sont redondants car ils testent la même question, mais sous une forme différente. Pour évaluer
la fiabilité et la validité des échelles de mesure, nous nous sommes basés sur les étapes
suivantes.

5.3.4 Évaluer la fiabilité et la validité de nos échelles de mesure

Dans cette section, nous allons évaluer la fiabilité et la validité des échelles de mesure de
notre recherche, car ces échelles n‘ont jamais été testées dans des conditions similaires. De
plus, elles étaient majoritairement traduites de l‘anglais au français, et adaptées en se basant
sur plusieurs études, ou même créées spécialement pour les besoins de cette étude et de notre
contexte de recherche. Par conséquent, nous avons jugé qu‘il est nécessaire de vérifier
lavalidité et la fiabilité de chaque échelle de mesure (Evrard et al., 2003).

Toutefois, dans le but de vérifier la « validité de construit », nous allons effectuer une analyse
en composantes principales (ACP) qui permet d‘analyser la validité convergente et
discriminante de chaque échelle (Lehmann, 1988). Cette analyse est réalisée selon les étapes
suivantes :

Premièrement, nous allons effectuer le test de Bartlett et le test de l‘échantillonnage de


Kaiser-Meyer-Olkin (KMO), dans le but de vérifier la présence des corrélations entre les
variables et mesurer le degré de corrélation entre ces variables, afin de s‘assurer de la
faisabilité de l‘analyse factorielle (Ponta et Lago, 2008).

281 
 
 

 
Deuxièmement, nous exécutons l‘étape de la purification des échelles de mesure en réalisant
une analyse en composantes principales (ACP) sur les items de nos échelles de mesure. Cette
purification consiste à : supprimer les items qui sont faibles ou n‘ayant aucune contribution
factorielle supérieure ou égale à 0,500 sur l‘une des composantes principales identifiées. Cette
opération est aussi appelée « loading », il s‘agit de supprimer les items qui ont un pouvoir
discriminant faible, c‘est-à dire la corrélation est supérieure à 0.500 avec plusieurs facteurs et
aussi supprimer les items qui ont une communalité faible, donc ceux qui présentent une
communalité inférieure à 0.400 qui correspond à la variance restituée par les facteurs (Evrard
et al., 2003). A l‘issue, de cette phase de purification nous avons vérifié l‘unidimensionnalité
en réalisant une autre (ACP) sur les items gardés à l‘issue de la phase de purification, nous
avons considéré que si l‘échelle de mesure remplie les conditions décrites auparavant, ainsi
que le premier facteur dépasse le deuxième avec plus de 30% nous sommes devant une
échelle unidimensionnelle avec un seul facteur dominant (Chandon, 2007 ; Balambo, 2012).

Troisièmement, nous avons examiné la fiabilité des axes factoriels à travers le test de l‘alpha
de Cronbach, pour chaque variable de notre modèle de recherche. En suivant les
recommandations de (Evrad et al. 2003 ; Malhotra 2004), nous avons considéré que l‘indice
d‘Alpha de Cronbach, doit dépasser le seuil de 0.6 pour considérer que l‘échelle dispose
d‘une bonne cohérence interne.

L‘ensemble des tests de validité et de fiabilité seront conduit à l‘aide du logiciel statistique
SPSS (Statistical Package for the Social Sciences) version 20.

5.3.4.1 Validité et fiabilité des échelles de mesure des variables explicatives

Dans ces paragraphes, nous allons présenter la validité et la fiabilité des échelles qui mesurent
les variables explicatives de notre modèle de recherche.

5.3.4.1.1 Validité et fiabilité des échelles de mesure de la variable valeur du chef d‘entreprise
l‘idéalisme (INDIDIA)

Les valeurs idéalistes des dirigeants sont évaluées à travers sept items codés sous les
abréviations: INDIDIA1, INDIDIA2, INDIDIA3, INDIDIA4, INDIDIA5, INDIDIA6 et
INDIDIA7.

282 
 
 

 
Nous avons commencé notre analyse par les tests de Bartlett et celui du (KMO). Le test de
(KMO) a affiché une valeur supérieure de 0.5 (KMO = 0,755), ainsi que, le test de sphéricité
de Bartlett a présenté un Khi-deux élevé avec une significativité satisfaisante à 0,000 (Annexe
3.1). Les tests de Bartlett et celui du (KMO) ont confirmé la faisabilité de l‘analyse
factorielle.

Ensuite, nous avons effectué une analyse en composantes principales (ACP) sur l‘ensemble
des items, qui a révélé qu‘ils ont une forte contribution factorielle et un bon pouvoir
discriminant. Cette (ACP) a révélé également qu‘il existe un seul facteur qui explique 67,497
de l‘information initiale et intègre les items INDIDIA1, INDIDIA2, INDIDIA3, INDIDIA4,
INDIDIA5, INDIDIA6 et INDIDIA7 (Annexe 3.2). Ce facteur se révélé dominant, puisqu‘il
dépasse le deuxième avec plus de 30% (Annexe 3.2).

Après avoir déterminé le facteur dominant, nous avons analysé la cohérence interne de
l‘échelle de mesure. L‘examen de la fiabilité de l‘échelle a démontré un alpha de Cronbach
qui avoisine le 0,9. Il en ressort qu‘au niveau des rapports de (Evrad et al. 2003 ; Malhotra
2004) qui ont traité la valeur acceptable d‘Alpha de Cronbach, que pour une recherche
exploratoire qui utilise une seule dimension le coefficient doit dépasser le seuil de (0,60), par
conséquent cet indice est très satisfaisant.

5.3.4.1.2 Validité et fiabilité de l‘échelle de mesure de la variable valeur du chef d‘entreprise


le relativisme (INDRELA)

Les valeurs relativistes des dirigeants sont estimées à travers sept items codés sous les
abréviations suivantes : INDRELA1, INDRELA2, INDRELA3, INDRELA4, INDRELA5,
INDRELA6 et INDRELA7.

Dans la première étape, nous avons commencé notre analyse par les tests de Bartlett et celui
du KMO. A l‘issue de l‘analyse, du test (KMO) a affiché une valeur supérieure à 0,5
(KMO=782), en ce qui concerne le test de Bartlett l‘indice de Khi-deux a enregistré une
valeur satisfaisante (Khi-deux=0,000) (Annexe 4.1), ces résultats indiquent que l'analyse
factorielle est une méthode appropriée et pertinente pour analyser les données.

Dans une deuxième étape, nous avons effectué une analyse en composantes principales (ACP)
sur l‘ensemble des items, qui a révélé qu‘ils ont une forte contribution factorielle et un bon
283 
 
 

 
pouvoir discriminant. Cette ACP a révélé aussi qu‘il existe un seul facteur qui explique
52,321 de l‘information initiale et intègre les items INDRELA1, INDRELA2, INDRELA3,
INDRELA4, INDRELA5, INDRELA6 et INDRELA7 (Annexe 4.2). Ce facteur s‘est révélé
dominant, puisqu‘il dépasse le deuxième avec plus de 30% (Annexe 4.2).

Bien que, l‘échelle de mesure des valeurs relativistes des dirigeants a été valable et a présenté
un seul facteur dominant à l‘issue de l‘analyse en composantes principales, nous passons
maintenant à l‘analyse de sa fiabilité et de la cohérence interne des items permettant en
utilisant l‘indice d‘alpha de Cronbach. Ce dernier test conduit a révélé un alpha satisfaisant
qui s‘élève à 0,873 (Annexe 4.3).

1.1.1.1 Validité et fiabilité de l’échelle de mesure des variables organisationnelles 

Dans ces paragraphes, nous allons présenter la validité et la fiabilité des échelles qui mesurent
les variables organisationnelles qui sont : réduction des coûts de production, bien-être des
employés et le manque de moyens.

5.3.4.1.3 Validité et fiabilité de l‘échelle de mesure de la variable réduction des coûts

La dimension de la variable organisationnelle réduction des coûts de production a été


opérationnalisée en utilisant trois items codés sous les abréviations suivantes : ORGREDU1,
ORGREDU2 et ORGREDU3.

Les tests de Bartlett et celui du (KMO), que nous avons réalisé paraissent satisfaisants.
L‘analyse révèle un indice du test KMO qui affiche une valeur de 0,716 et le test de Bartlett
affiche un indice de Khi-deux satisfaisant (Khi-deux= 0,000), ce qui confirme la faisabilité de
l‘analyse factorielle (Annexe 5.1).

Après la réalisation d‘une analyse en composantes principales (ACP), sur les trois items
mesurant la variable de réduction des coûts de production, nous constatons l‘existence d‘un
seul facteur qui restitue 71,227% de la variance. Ce facteur est dominant et dépasse le
deuxième facteur par plus de 30 % (Annexe 5.2).

Le test de fiabilité, réalisé sur les items qui mesurent la variable de réduction des coûts de
production, par l‘indice d‘alpha de Cronbach a permis de mesurer la cohérence interne des
items, affiche un alpha de Cronbach satisfaisant de 0,698 (Annexe 5.3).
284 
 
 

 
5.3.4.1.4 Validité et fiabilité de l‘échelle de mesure de la variable bien-être des employés

L‘engagement de l‘entreprise dans la RSE a été expliqué par la variable le bien-être des
employés, qui est mesurée via les trois items dont les abréviations sont les suivantes :
ORGBIEN1, ORGBIEN2 et ORGBIEN3.

L‘analyse de validé de l‘échelle de mesure de la variable bien-être des employés a révélé des
indices satisfaisants. D‘un côté, pour le KMO nous avons obtenu un indice de 0,671, qui est
supérieur au critère du KMO 0,5. D‘un autre côté, nous avons obtenu un indice de Khi-deux
satisfaisant Khi-deux = 0,000. Ces deux tests nous ont assuré la faisabilité de l‘analyse
factorielle (Annexe 6.1).

Nous avons ensuite réalisé une analyse en composantes principales ACP sur l‘ensemble des
items, qui nous a affirmé l‘existence d‘un seul facteur qui explique 63,872% de la variance de
la variable bien-être des employés (Annexe 6.2).

Toutefois, nous avons remarqué que l‘item ORGBIEN2, indique une faible qualité de
représentation de la variable bien-être des employés (Annexe 6.3). Cela nous a conduits à le
supprimer et lancer une deuxième analyse en (ACP). La réalisation d‘une nouvelle analyse
des items restants en (ACP) a révélé une amélioration de l‘explication du facteur par rapport
à la variance de la variable. En outre, ce facteur explique 76,782 % de l‘information initiale et
intègre les items ORGBIEN1 et ORGBIEN3. Il s‘agit également d‘un facteur dominant étant
donné qu‘il dépasse le deuxième par plus de 30% (Annexe 6.4).

Pour affirmer la fiabilité de l‘échelle après avoir confirmé sa validité et son


unidimensionnalité, nous avons lancé un test de l‘indice alpha de Cronbach qui a révélé la
fiabilité de l‘échelle avec un indice alpha qui s‘élève à 0,728 (Annexe 6.5).

5.3.4.1.5 Validité et fiabilité de l‘échelle de mesure de la variable manque de moyens

La variable explicative manque de moyens a été opérationnalisée par trois items codés sous
les abréviations suivantes : ORGMANQ1, ORGMANQ2 et ORGMANQ3.

Les tests de Bartlett et celui du (KMO), que nous avons réalisé sur l‘ensemble des items qui
mesurent la variable manque de moyens, paraissent satisfaisants. L‘analyse révèle un indice

285 
 
 

 
du test (KMO) qui affiche une valeur supérieure à 0,5 (KMO=0,684), et le test de Bartlett
affiche un indice de Khi-deux satisfaisant (Khi-deux=0,000). Les résultats de ces analyses
confirment la faisabilité de l‘analyse factorielle (Annexe 7.1).

Nous avons également réalisé une analyse en composantes principales (ACP) sur les trois
items mesurant la variance de la variable manque de moyens. Cette analyse nous a révélé
l‘existence d‘un seul facteur qui explique 68,549 % de la variance de cette variable.
Concernant la qualité de représentation, tous les items sont satisfaisants en termes de qualité
de représentation. De même, le facteur est dominant et dépasse le deuxième facteur par plus
de 30 % (Annexe 7.2).

Pour finir, nous avons mesuré la fiabilité de cette échelle de mesure par l‘indice d‘alpha de
Cronbach. Ce dernier a affiché une valeur satisfaisante de 0,773 qui démontre la validité de
cette échelle, (annexe 7.3).

5.3.4.2 Validité et fiabilité de l’échelle de mesure des variables institutionnelles

Dans ces paragraphes, nous allons présenter la validité et la fiabilité des échelles qui mesurent
les variables organisationnelles qui sont : la législation, les avantages concurrentiels, les
attentes des clients, la subvention, le commerce international et la société mère.

5.3.4.2.1 Validité et fiabilité de l‘échelle de mesure de la variable législation

La variable législation est opérationnalisée au niveau de notre étude par quatre items
INSTLEG1, INSTLEG2, INSTLEG3 et INSTLEG4.

Afin de vérifier la validé de cette échelle de mesure nous avons réalisé les tests de Bartlett et
celui du (KMO) qui ont affiché des résultats satisfaisants. L‘analyse a révélé un indice du test
(KMO) qui a été supérieur à 0,5 (0,692), et le test de Bartlett un indice de Khi-deux
satisfaisant (Khi-deux=0,000). Ces résultats ont confirmé la faisabilité de l‘analyse factorielle
(Annexe 8.1).

Ensuite, nous avons réalisé une analyse en composantes principales sur les quatre items qui
mesure la variable législation. Ce test nous a confirmé qu‘il existe un seul facteur qui
représente 56, 324 de la variance de la variable législation (annexe 8.2).

286 
 
 

 
Pourtant, l‘examen de la qualité de représentation par item, nous a révélé que l‘item
INSTLEG3, participe le moins dans la représentation de la variable avec une valeur de 0,337,
par conséquent nous avons décidé de le supprimer, (annexe 8.3).

Suite, à la suppression de l‘item INSTLEG3, nous avons conduit une nouvelle ACP sur les
trois items restants, cette analyse a affirmé l‘évolution de la variance et de la qualité de
représentation par item (annexe 8.4). L‘analyse a également révélé l‘existence d‘un seul
facteur dominant, qui dépasse le deuxième facteur de plus de 30 %, comme il explique 67,162
% de la variance de la variable (Annexe 8.5)

Enfin, nous avons analysé la cohérence interne de l‘échelle de mesure. L‘examen de la


fiabilité de l‘échelle a démontré un alpha de Cronbach qui avoisine le 0,7. D‘après les études
(Evrad et al. 2003 ; Malhotra 2004) qui ont traité la valeur acceptable d‘Alpha de Cronbach,
dans la recherche exploratoire qui utilise une seule dimension le coefficient doit dépasser le
seuil de (0,6), par conséquent cet indice est très satisfaisant (Annexe 8.5).

5.3.4.2.2 Validité et fiabilité de l‘échelle de mesure de la variable avantages concurrentiels

La mesure de la variable avantages concurrentiels a été évaluée par une échelle constituée de
trois items. Ces items sont codés sous les abréviations suivantes : INSTAV1, INSTAV2 et
INSTAV3.

Les tests de sphéricité de Bartlett et celui du (KMO), que nous avons réalisé sur les items qui
mesurent la variable avantages concurrentiels, paraissent satisfaisants. L‘analyse réalisée a
révélé un indice du test (KMO) qui a noté une valeur supérieure à 0,5 (0,728). Ainsi, le test de
Bartlett a affiché un indice de Khi-deux satisfaisant (Annexe 9.1). Ces tests ont confirmé la
faisabilité de l‘analyse factorielle.

La réalisation d‘une analyse en composantes principales (ACP) sur les trois items mesurant la
variable avantages concurrentiels, nous a révélé l‘existence d‘un seul facteur dominant, qui
représente 74,231% de la variance et dépasse le deuxième facteur par plus de 30 %. Tous les
items sont satisfaisants en termes de qualité de représentation, par conséquent nous avons
gardé, ces trois items INSTAV1, INSTAV2et INSTAV3, afin d‘expliquer la variance de la
variable avantages concurrentiels (Annexe 9.2)

287 
 
 

 
Le test de fiabilité, réalisé sur les items qui mesurent la variable d‘avantages concurrentiels, à
travers l‘indice d‘alpha de Cronbach a permis de mesurer la cohérence interne des items, en
affichant un alpha de Cronbach satisfaisant de 0,707 (Annexe 9.3).

5.3.4.2.3 Validité et fiabilité de l‘échelle de mesure de la variable attentes des clients

La mesure de la variable attentes des clients a été opérationnalisée en utilisant trois items
codés sous les abréviations suivantes : INSTAT1, INSTAT2 et INSTAT3.

Les tests de Bartlett et celui du KMO, réalisés sur les trois items qui mesurent la variable
attentes des clients paraissent satisfaisants. L‘analyse a révélé un indice du test (KMO) qui
affiche une valeur de 0,712 et le test de Bartlett affiche un indice de Khi-deux satisfaisant
(Khi-deux= 0,000). Les résultats obtenus à partir des deux tests ont confirmé la faisabilité de
l‘analyse factorielle (Annexe10.1).

Après la réalisation d‘une analyse en composantes principales (ACP), sur les trois items
mesurant la variable attentes des clients, nous constatons l‘existence d‘un seul facteur qui
restitue 72,121% de la variance. Ce facteur est dominant et dépasse le deuxième par plus de
30 % (Annexe10.2).

Le test de fiabilité, réalisé sur les items qui mesurent la variable attentes des clients, par
l‘indice alpha de Cronbach a permis de mesurer la cohérence interne des items, et affiche un
alpha de Cronbach satisfaisant de 0,692, (Annexe10.3).

5.3.4.2.4 Validité et fiabilité de l‘échelle de mesure de la variable subvention

La variable subvention est une variable explicative institutionnelle, qui a été mesurée au
niveau de notre recherche à travers trois items codés sous les abréviations suivantes :
INSTSUB1, INSTSUB2 et INSTSUB3.

Dans le but de vérifier la validité de cette échelle de mesure, nous avons réalisé les tests de
Bartlett et celui du (KMO). Les différents tests effectués ont révélé un indice de (KMO)
supérieur de 0,5 (0,594) et un test de Bartlett avec un Khi-deux satisfaisant qui est de (Khi-
deux=0,000). Ces données prouvent la faisabilité de l‘analyse factorielle (annexe 11.1).

288 
 
 

 
A la suite, nous avons réalisé une analyse en composantes principales ACP sur les items qui
mesurent la variable subvention. Cette analyse a révélé l‘existence d‘un seul axe factoriel qui
représente 55,113 % de la variance. Toutefois, ce premier facteur ne dépasse le deuxième
facteur que par 26 % (Annexe 11.2). Cela nous a conduits à vérifier la qualité de
représentation de chaque variable. Cette opération nous a affirmé la faible représentation de
l‘item INSTSUB3, ce qui nous a poussés à le supprimer.

Ensuite, nous avons procédé à une nouvelle ACP sur les items restants ce test nous a révélés
l‘existence d‘un seul axe factoriel qui dépasse le deuxième axe factoriel de 73 % (supérieur à
30 %) et qui représente 76,849 % de la variance (Annexe 11.2).

Le test de la fiabilité conduit sur les deux items qui mesurent la variable subvention par
l‘indice de l‘alpha de Cronbach, qui nous a révélé un indice d‘alpha satisfaisant qui est de
0,749 (Annexe 11.3).

5.3.4.2.5 Validité et fiabilité de l‘échelle de mesure de la variable commerce international

La variable explicative commerce international se mesure par une échelle composée de trois
items qui sont codés sous les abréviations suivantes : INSTCOM1, INSTCOM2 et
INSTCOM3.

Les tests de Bartlett et celui du (KMO) conduits sur l‘ensemble des items qui mesurent la
variable commerce international, paraissent satisfaisants. Ces différents tests effectués ont
affiché un indice de (KMO) supérieur de 0,5 (0,572) et un test de Bartlett avec un Khi-deux
satisfaisant qui est de (Khi-deux=0,000). Ces résultats ont confirmé la faisabilité de l‘analyse
factorielle (Annexe 12.1).

Après la réalisation d‘une analyse en composantes principales (ACP) sur les trois items
INSTCOM1, INSTCOM2 et INSTCOM3, qui mesurent la variable commerce international,
nous remarquons qu‘il existe un seul facteur qui explique 52,541 % de la variance (annexe
12.2). Cependant, après la consultation de la qualité de représentation par item, nous avons
constaté que l‘item INSTCOM3 représente le moins la variable commerce international, ainsi
nous avons choisi de le supprimer (Annexe 12.3).

289 
 
 

 
Après la réalisation d‘une nouvelle (ACP) sur les deux items INSTCOM1, INSTCOM2
restants, nous avons constaté l‘amélioration de la variance et la qualité de représentation des
items avec un seul facteur dominant qui dépasse le deuxième facteur de plus de 30 %, avec
une représentation de la variance de 74,214 % (Chandon, 2007) (Annexe 12.4). Le test de
fiabilité de l‘alpha de Cronbach permet de mesurer la cohérence interne des items qui
mesurent la variable commerce international a affiché un indice alpha de Cronbach de 0,771
(Annexe 12.5).

5.3.4.2.6 Validité et fiabilité de l‘échelle de mesure de la variable société mère

La variable explicative société mère a été opérationnalisée par trois items codés sous les
abréviations suivantes : INSTMER1, INSTMER2 et INSTMER3.

Les tests de Bartlett et celui du KMO, que nous avons réalisés sur l‘ensemble des items qui
mesurent la variable société mère, paraissent satisfaisants. L‘analyse révèle un indice du test
KMO qui affiche une valeur supérieure à 0,5 (KMO=0,672). Ainsi, le test de Bartlett a affiché
un indice de Khi-deux satisfaisant (Khi-deux=0,000) les résultats de ces analyses confirment
la faisabilité de l‘analyse factorielle (Annexe 13.1).

Nous réalisons une analyse en composantes principales ACP sur les trois items mesurant la
variance de la variable manque de moyens. Cette analyse nous a révélé l‘existence d‘un seul
facteur qui explique 69,453 de l‘information initiale et intègre les itemsINSTMER1,
INSTMER2 et INSTMER3, (Annexe 13.2). Concernant la qualité de représentation, tous les
items sont satisfaisants en termes de qualité de représentation. De plus, le facteur est dominant
et dépasse le deuxième facteur par plus de 30 % (Annexe 13.2).

Pour finir, nous avons analysé la cohérence interne de l‘échelle de mesure. L‘examen de la
fiabilité de l‘échelle a démontré un alpha de Cronbach qui avoisine le 0,72. D‘après les
études (Evrard et al., 2003 ; Malhotra 2004) qui ont traité la valeur acceptable d‘Alpha de
Cronbach, dans la recherche exploratoire qui utilise une seule dimension le coefficient doit
dépasser le seuil de (0,6), par conséquent cet indice est très satisfaisant (annexe 13.3).

Dans le (tableau n°42) nous récapitulons l‘ensemble des items qui vont nous aider à mesurer
nos variables explicatives.

290 
 
 

 
Synthèse de la section 3
La synthèse a été consacrée à la présentation de la validité et la fiabilité des variables explicatives
Tableau 42 Récapitulatif des items retenus pour mesurer les variables explicatives

Variables Items retenus alpha de


Cronbach
L‘idéalisme INDIDIA1, INDIDIA2, INDIDIA3, INDIDIA4, 0,896
INDIDIA5, INDIDIA6 et INDIDIA7
Le relativisme INDRELA1, INDRELA2, INDRELA3, INDRELA4, 0,873
INDRELA5, INDRELA6, INDRELA7
Réduction des coûts de ORGREDU1, ORGREDU2, ORGREDU3 0,716
production
Bien-être des employés ORGBIEN1, ORGBIEN3. 0,728
Le manque de moyens ORGMANQ1, ORGMANQ2, ORGMANQ3 0,773

La législation INSTLEG1, INSTLEG2, INSTLEG4 0,689

Avantages concurrentiels INSTAV1, INSTAV2, INSTAV3 0,692

Subvention INSTSUB1, INSTSUB2 0,749

Attentes des clients INSTAT1, INSTAT2, INSTAT3 0,692

Commerce international INSTCOM1, INSTCOM2 0,771


Société mère INSTMER1, INSTMER2, INSTMER3 0,720

291 
 
 

 
Conclusion du Chapitre 5

Dans l‘objectif de définir les motivations expliquant l‘engagement des entreprises algériennes
dans la RSE, nous nous sommes appuyés sur le modèle conceptuel de recherche, et le résultat
de l‘enquête qualitative, afin de convertir les hypothèses, vers un questionnaire empirique
exploitable, qui nous a permis de collecter les données auprès des entreprises dans le secteur
industriel algérien, et d‘évaluer la qualité des instruments de mesure mobilisés.

En premier lieu, nous avons commencé par l‘opérationnalisation des variables. Dans cette
étape, nous avons employé des échelles de mesure largement utilisées et vérifiées dans la
littérature, comme le questionnaire d‘EPQ (Ethics Position questionnaire), conçupar Forsyth
(1980) pour mesurer les variables individuelles (le relativisme et l‘idéalisme). Pour d‘autres
variables notamment les variables organisationnelles et institutionnelles, la majorité des
échelles de mesure ont été créées, en se basant sur différentes études empiriques et la
préalable étude exploratoire.

En deuxième lieu, nous avons tout d‘abord, exploré les différentes étapes de collecte de
données, en commençant d‘abord, par la construction du questionnaire en se basant sur les
résultats de l‘étape de l‘opérationnalisation des variables et l‘étude exploratoire. Ensuite, nous
avons procédé à la phase du pré-test du questionnaire. Cette phase nous a permis d‘évoluer
notre instrument de collecte de données dans des conditions aussi proches de notre terrain
d‘investigation. Cependant, le but n‘était pas de se rendre compte des résultats, mais plutôt de
vérifier les problèmes dans la formulation des questions et bannir le manque de clarté des
instructions. Enfin le pré-test a été effectué de façon systématique, avec, les spécialistes de
construction des questionnaires, notamment dans le contexte algérien et des répondants
potentiels à savoir les chefs d‘entreprises. Une version finale du questionnaire, a été obtenue
après de nombreuses modifications apportées essentiellement à la formulation des questions,
aux modalités de réponse, nombre des questions ainsi qu‘à la dynamique du questionnaire. Ce
questionnaire a été envoyé à plus de 400 entreprises. Après presque deux mois d‘attente, nous
avons reçu une centaine de réponses dont 94 questionnaires sont exploitables.

En troisième lieu, un contrôle des échelles de mesure a été effectué, afin d‘épurer les
instruments de mesure. En utilisant d‘abord, des analyses factorielles en composantes

292 
 
 

 
principales pour vérifier la dimensionnalité de chaque échelle retenue (Evrard et al., 2003).
Puis, nous avons réalisé, une analyse de la validité des composantes de chaque mesure. Enfin,
l‘alpha de Cronbach est calculé pour évaluer la consistance interne de chaque dimension
retenue.

Dans le prochain chapitre, nous allons utiliser les données collectées, afin de mesurer
quantitativement la solidité du modèle de recherche et la significativité des hypothèses
avancées, en utilisant le logiciel statistique IBM SPSS 20. Ce logiciel est choisi en raison de
sa convivialité et de sa souplesse dans l‘exécution des différents traitements statistiques.

293 
 
 

 
6 Chapitre 6. Résultats et discussions du test des hypothèses

Les études de terrain en sciences sociales basées sur l‘expérimentation, les entretiens ou les
questionnaires, apportent beaucoup plus que de montrer la simple existence des phénomènes.
En effet, ces études de terrain fournissent un aperçu très utile des contextes dans lesquels ces
phénomènes interviennent; tout comme elles donnent une estimation de la force de ces
phénomènes et des liens entre les variables (Taylor, 1998).

Dans le précédant chapitre, nous avons procédé à la vérification de la validité et de la


fiabilité des échelles de mesure, en se basant sur, l‘analyse factorielle exploratoire. A la fin de
cette vérification nous avons regroupé les différents énoncés composant chaque facteur dans
une variable dont la valeur correspond à la valeur moyenne des scores obtenus pour les
énoncés de chaque facteur. A présent, nous allons étudier les différentes relations, entre
l‘ensemble des variables de notre modèle de recherche (variable à expliquer, variables
explicatives et variables de contrôle). L‘objectif de ce chapitre, est d‘identifier précisément les
motivations qui poussent les entreprises qui évoluent dans le secteur industriel algérien, à
s‘engager dans la RSE. Dans le but de vérifier l‘effet de ces motivations, nous nous sommes
basés sur, l‘ensemble des observations recueillies (94 questionnaires) auprès des entreprises
algériennes.

Ce dernier chapitre est organisé en trois sections. Dans la première section nous résumons
l‘ensemble des hypothèses qui constituent notre modèle de recherche. La deuxième section est
réservée à l‘analyse descriptive sur les données des entreprises qui constituent notre
échantillon. La dernière section, concerne la présentation de la fonction de la régression
logistique, l‘analyse des motivations, et la discussion des résultats.

294 
 
 

 
6.1 Section 6.1. Résumé des hypothèses de la recherche

La littérature concernant les motivations d‘engagement dans la RSE nous a permis de


dégager plusieurs hypothèses83 qui entourent ces différentes motivations. Ces dernières sont
partagées selon trois niveaux (individuel, organisationnel et institutionnel). Ces motivations
sont les suivantes :

6.1.1 Niveau individuel

Différentes études ont défini les motivations qui influencent l‘individu (le dirigeant) dans
l‘engagement socialement responsable. Dans cette optique, les études ont distingué deux
catégories qui peuvent influencer l‘engagement des dirigeants dans la RSE : les valeurs
managériales et les caractéristiques observables.

6.1.1.1 Les valeurs managériales

Les perceptions managériales sont influencées par des valeurs managériales (Hambrick et
Mason, 1984). Au niveau de la littérature, différents auteurs ont étudié la relation entre la
perception d'un individu sur l'éthique, la RSE et son idéologie éthique (Van Kenhove et al.,
2001 ; Vitell et al., 2010). En effet, les valeurs managériales d'un individu sont une partie de
son idéologie globale, constituée de normes, de croyances et des valeurs (Van Kenhove et al.,
2001). Par conséquent, nous nous attendons à ce que les personnes qui obtiennent un score
élevé sur l'échelle de l'idéalisme s‘engagent dans la RSE, alors que les personnes qui
obtiennent un score élevé sur l'échelle du relativisme, ne s‘engagent pas dans la RSE, d‘où les
deux premières hypothèses dans notre recherche :

H1 : Les valeurs idéalistes du dirigeant influencent positivement l’engagement de


l’entreprise dans la responsabilité sociale.

H2 : Les valeurs relativistes du dirigeant influencent négativement l’engagement de


l’entreprise dans la responsabilité sociale.

                                                             
83 Voir le Chapitre 3, section 2. 
295 
 
 

 
6.1.1.2 Les caractéristiques observables

Les caractéristiques observables, représentent les instruments qui mesurent les variables
relatives aux caractéristiques observables des chefs d‘entreprises à savoir :

6.1.1.2.1 L‘âge du dirigeant

Plusieurs sont les études qui ont identifié l‘âge parmi les caractéristiques démographiques qui
influencent positivement l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE(Borkowski et Ugras,
1998). Ainsi, les chercheurs ont constaté que les attitudes deviennent plus éthiques avec l'âge,
car les personnes âgées sont susceptibles d'avoir une perspective plus large sur les enjeux et
les entités qui entourent la prise de décision, y compris de multiples parties prenantes. Cela
nous conduit vers la troisième hypothèse :

H3: L'âge du dirigeant influence positivement l’engagement de l’entreprise dans la


responsabilité sociale.

6.1.1.2.2 L‘éducation

L'éducation peut également influencer la décision d'un gestionnaire à s'engager dans la RSE.
L'influence est motivée par le fait que l'éducation façonne partiellement la connaissance d'un
individu. Dans ce sens, plusieurs sont les chercheurs qui considèrent que des niveaux élevés
d‘éducation peuvent être associés à une perspective plus large sur les exigences des différents
groupes d'intervenants, ce qui qui peut entrainer des valeurs fortes en matière de la RSE
(Quazi 2003 ; Waldman et al., 2006). Par conséquent, la quatrième hypothèse, mise en avant
par l‘influence positive du niveau d'instruction du gestionnaire sur son engagement dans la
RSE.

H4:Le niveau scolaire du dirigeant influence positivement l’engagement de l’entreprise


dans la responsabilité sociale.

6.1.1.2.3 La carrière

La variable carrière se définit comme les fonctions effectuées par le chef d‘entreprise avant de
joindre son poste à la direction. Bien que, le chef d‘entreprise est présumé avoir le point de
vue d'un généraliste, chacun apporte à son travail une orientation qui a souvent été développée

296 
 
 

 
à partir de l'expérience dans un domaine fonctionnel primaire (Hambrick et Mason, 1984;
Thomas et Simerly ,1994).Cette orientation peut être traduite par une plus grande importance
accordée à l‘intégration de la RSE, ce qui nous ramène à la cinquième hypothèse :

H5: La carrière suivie par le chef d’entreprise (dans le marketing et le commerce)


influence positivement, l’engagement de l’entreprise dans la responsabilité sociale.

6.1.1.2.4 L‘expérience

En plus, des domaines fonctionnels dans lesquels les dirigeants ont travaillé, il y a d'autres
éléments qui peuvent influencer l‘engagement du chef d‘entreprise dans la RSE. Parmi ces
éléments, nous retrouvons : l‘expérience du chef d‘entreprise (les années de travail passées
dans l‘entreprise). Les managers qui ont passé le plus d'années de service dans l‘entreprise,
finissent par construire un réseau avec les circonscriptions à l'intérieur et à l'extérieur de
l'organisation (Thomas et Simerly, 1994). D‘où la suivante hypothèse :

H6: L’expérience du chef d’entreprise influence positivement, l’engagement de


l’entreprise dans la responsabilité sociale

6.1.2 Niveau organisationnel

Ce niveau représente les motivations organisationnelles. Ces motivations internes sont


représentées par les avantages, qui peuvent être acquis par l‘entreprise suite à son engagement
social et environnemental, ainsi que, les barrières internes qui peuvent empêcher la réalisation
de cet engagement. Les hypothèses organisationnelles se constituent de la :

6.1.2.1 La réduction des coûts

L‘ensemble de la littérature affirme que l‘engagement des entreprises dans la RSE est motivé
par la réduction des charges et des coûts de production (Quazi et al., 2001 ; Melsa, 2006).
Cela nous conduit vers la septième hypothèse qui concerne le niveau organisationnel :

H7 : La réduction des coûts de production influence positivement l’engagement de


l’entreprise dans la responsabilité sociale.


297 
 
 

 
6.1.2.2 Le bien­être des employés

De la même manière, la littérature a révélé, qu‘au niveau organisationnel, les entreprises


s‘engagent dans la RSE, afin de renforcer la sécurité dans le travail et d‘améliorer le bien-être
des employés (Quazi et al., 2001 ; Llorente et Macia 2005). Ce qui nous ramène à la huitième
hypothèse :

H8 : Le bien-être des employés influence positivement l’engagement des entreprises


dans la responsabilité sociale.

6.1.2.3 Le manque de moyens

Au niveau interne, le manque de moyens financiers et humains, a souvent handicapé les


entreprises dans leurs démarches stratégiques. De plus, le manque de moyens financiers et
humains, réclamés par la démarche sociale, freine la motivation des entreprises pour
s‘engager dans la RSE (Arevalo et Aravind 2011 ; Santos, 2011). Cela nous conduit vers la
neuvième hypothèse :

H9 : Le manque de moyens (financiers et humains) influence négativement


l’engagement de l’entreprise dans responsabilité sociale.

6.1.3 Niveau institutionnel

Le niveau institutionnel (externe à l‘entreprise) se caractérise par les pressions externes à


l‘entreprise qui influencent son engagement dans la RSE. Les hypothèses sur les motivations
institutionnelles sont :

6.1.3.1 La législation

La littérature dans ce domaine à formellement identifier la crainte de la législation ou


l‘anticipation sur la nouvelle législation comme une motivation incontournable qui influence
l‘engagement des entreprises dans le processus de la RSE (Porter et van derLinde 1995 ; Irene
et Perry, 1996 ; Henriques et Sadorsky, 1999 ; Quazi et al. 2001 ; Givel, 2007). Il en ressort
donc la dixième hypothèse testable qui est :

H10 : La crainte de la règlementation influence positivement l’engagement de


l’entreprise dans la responsabilité sociale.

6.1.3.2 Les avantages concurrentiels


298 
 
 

 
De la même manière, nombreux sont les auteurs qui ont lié l‘engagement des entreprises dans
la RSE à la recherche permanente des avantages concurrentiels. Ces avantages sont
représentés par l‘amélioration de la réputation, de l‘image et le fait de ne pas être dépassé
dans son domaine (Poussing, 2008 ; Cheryl et al., 2010 ; Santos, 2011 ; Laudal, 2011 ; El
Ghoul et al. 2011). D‘où notre onzième hypothèse exprimée en ces termes :

H11 : Les avantages concurrentiels influencent positivement l’engagement de


l’entreprise dans la responsabilité sociale.

6.1.3.3 Les attentes des clients

Les clients ont toujours pesé fortement dans l‘équation de la survie de chaque entreprise. Par
conséquent, la stratégie de l‘entreprise est étroitement liée aux attentes de ses clients. De
plus, la littérature a également reconnu les attentes des clients, comme une motivation qui
pousse l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE. Afin de satisfaire les clients et d‘éviter le
boycott des produits (Quazi et al 2001 ; Santos, 2011 ; Arevalo et Aravind, 2011). D‘où
l‘hypothèse suivante :

H12 : Les attentes des clients influencent positivement l’engagement de l’entreprise dans
la responsabilité sociale.

6.1.3.4 Subventions

Par ailleurs, la littérature a confirmé, qu‘il existe un bon nombre d‘entreprises qui s‘engagent
dans les démarches environnementales et sociales afin de bénéficier des subventions de l‘Etat
et des organismes internationaux qui œuvrent dans le domaine de la préservation de
l‘environnement (Santos, 2011). Cela nous conduit vers la suivante hypothèse.

H13 : La subvention de l’Etat influence positivement l’engagement de l’entreprise dans


la responsabilité sociale.


6.1.3.5 Commerce international

La motivation commerce international est souvent employée dans la littérature des pays en
développement, comme une principale motivation qui pousse les entreprises à s‘engager dans
la RSE afin que leurs produits puissent dépasser les barrières commerciales exigées par les
marchés internationaux (Carraro et Lévêque, 1999). Cela nous conduit vers la treizième
299 
 
 

 
hypothèse :

H14 : Les barrières face au commerce international influencent positivement


l’engagement des entreprises dans la responsabilité sociale.

6.1.3.6 Société mère

Suivre les pratiques de la société mère, notamment pour les entreprises qui évoluent dans des
pays en voie de développement avec une société mère installée dans un pays développé, reste
parmi les plus importantes motivations évoquées au niveau de la littérature, dans le but
d‘expliquer l‘engagement des entreprises dans la RSE, particulièrement, dans les pays avec un
contexte peu contraignant. Cela nous dirige vers l‘hypothèse suivante :

H15 : Suivre les pratiques de la société mère, influence positivement l’engagement des
entreprises dans la responsabilité sociale.

A la finde ces hypothèses, un certain nombre de motivations doivent être vérifiées, et tout
particulièrement l'appartenance à un secteur donné. Ce genre de facteur peut influencer les
entreprises, afin de s‘engager dans la RSE. En effet, les entreprises de certains secteurs,
notamment les secteurs polluants, ont besoin d‘intégrer la RSE à cause de la nature de leurs
produits et leurs processus de production. Cela nous amène vers une autre hypothèse :

H16 : Le secteur d’activité de l’entreprise influence positivement son engagement dans


la responsabilité sociale.

Par ailleurs, la taille de l‘entreprise représentée par son nombre d‘employés peut également
augmenter la probabilité que certaines entreprises intègrent la RSE. D‘où la dernière
hypothèse de notre recherche :

H17 : La taille de l’entreprise influence positivement son engagement dans la


responsabilité sociale.

300 
 
 

 
Synthèse de la section 1

Cette section a été réservée à la présentation de la validité et la fiabilité des variables


explicatives.

Tableau 43 Récapitulatif des hypothèses


Code Items Hypothèses
H1.INDIDEAL 7 Les valeurs idéalistes du dirigeant influencent positivement l‘engagement de l‘entreprise dans
la RSE
H2.INDRELA 7 Les valeurs relativistes du dirigeant influencent négativement l‘engagement de l‘entreprise
dans la RSE
H3.INDAGE 3 L‘âge du dirigeant influence positivement l‘engagement de l‘entreprise dans RSE

H4.INEDUC 3 Le niveau scolaire du dirigeant influence positivement l‘engagement de l‘entreprise dans la


RSE
H5.INDCARR 3 La carrière suivie par le chef d‘entreprise influence positivement l‘engagement de l‘entreprise
dans la RSE
H6.INDEXP 3 L‘expérience du chef d‘entreprise influence positivement l‘engagement de l‘entreprise dans la
RSE
H7.ORGCOUT 3 La réduction des coûts de production influence positivement l‘engagement de l‘entreprise dans
la RSE
H8.ORGBIEN 2 Le bien-être des employés influence positivement l‘engagement des entreprises dans la RSE
H9.ORGMANQ 3 Le manque de moyens influence négativement l‘engagement de l‘entreprise dans RSE
H10.INSTLEG 3 La crainte des règlements influence positivement l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE
H11.INSTAVA 3 Les avantages concurrentiels influencent positivement l‘engagement de l‘entreprise dans la
RSE
H12.INSTATT 3 Les attentes des clients influencent positivement l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE
H13.INSTSUB 2 La subvention de l‘Etat influence positivement l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE
H14.INSTCOM 2 Les barrières face au commerce international influencent positivement l‘engagement des
entreprises dans la RSE
H15.INSTMER 3 Suivre les pratiques de la société mère, influence positivement l‘engagement des entreprises
dans La RSE
H16.SECTEUR 10 le secteur d‘activité de l‘entreprise influence positivement son engagement dans la RSE

H17.TAILLE 3 la taille de l‘entreprise influence positivement son engagement dans la RSE

301 
 
 

 
6.2 Section 6.2. L’analyse descriptive

Dans cette section, nous allons résumer la masse d‘informations numériques accumulées dans
le corpus des données, les statistiques descriptives de notre terrain, en un ensemble
synthétique d‘informations et offrir une représentation graphique des résultats qui permettent
de voir rapidement leurs principales caractéristiques.

6.2.1 Nombre d’entreprises de notre échantillon

Nous commençons l‘analyse descriptive par la présentation de l‘échantillon de notre


recherche, qui contient au total 94 entreprises, dont 39 entreprises qui se sont engagées et 55
entreprises qui ne sont pas engagées dans la RSE.

6.2.1.1 Engagement dans la Responsablilité sociale

Notre échantillon de recherche est constitué de 41% des entreprises qui se sont engagées dans
la RSE à travers la signature du contrat de performance, et de 58.5% des entreprises qui ne
sont pas engagées dans la RSE.

6.2.1.2 Le secteur d’activité

La grande majorité des entreprises qui constituent notre échantillon œuvrent dans les secteurs
du (ciment amiante, agroalimentaire, métallurgie, chimique et pharmaceutique).

302 
 
 

 
Le diagramme suivant présente l‘engagement dans la RSE, par le secteur d‘activité. Ce
diagramme nous donne déjà une idée sur le secteur d‘activité dans lesquels œuvrent les
entreprises qui s‘engagent dans la RSE. Ces secteurs sont en majorité les plus polluants ou
ceux qui demandent une parfaite propreté à savoir, le secteur du (ciment, agroalimentaire,
chimique et pharmaceutique).

303 
 
 

 
6.2.1.3 Nombre d’employés

Par rapport au nombre d‘employés, notre échantillon contient que des moyennes et grandes
entreprises.

Concernant, le nombre d‘employés par entreprise et l‘engagement dans la RSE nous


constatons sur le diagramme suivant que la majorité des entreprises qui se sont engagées dans
la RSE sont des grandes entreprises

 
 
304 
 
 

 
6.2.1.4 Le chiffre d’affaires
 

Le diagramme en barres des chiffres d‘affaires rejoint le diagramme du nombre d‘employés


afin de mettre l‘accent sur le type d‘entreprises qui s‘engagent dans la RSE. Ce diagramme
démontre que les entreprises qui s‘engagent dans la RSE, sont des entreprises en situation
financière solide. La majorité de ces entreprises (20 entreprises) ont fait un chiffre d‘affaires
pour l‘année précédente qui dépasse les 100000 MDA, tandis que la majorité des entreprises
(34 entreprises) qui ne sont pas engagées dans la RSE, sont dans une situation financière
moins solide, leurs chiffres d‘affaires de l‘année précédente n‘ont pas dépassé le 10000 MDA.
1.1.1.2 La propriété 

305 
 
 

 
Le diagramme en barres de la propriété de l‘entreprise, nous révèle qu‘au niveau de notre
échantillon, 36% des entreprises qui ne sont pas engagées dans la RSE sont des entreprises
publiques 21% de ces entreprises, sont des entreprises privées et un peu plus de 1 % sont des
entreprises mixtes. Or, 23% des entreprises de notre échantillon qui se sont engagées dans la
RSE sont des entreprises publiques, 10% sont des entreprises privées, 3% sont des entreprises
mixtes et plus de 4% sont des entreprises étrangères. Ce diagramme montre que les
entreprises mixtes et étrangères, ont tendance à s‘engager dans la RSE.

6.2.1.5 L’intégration de la norme ISO 9001 et ISO 14001

306 
 
 

 
Ces diagrammes nous montrent que d‘une manière générale les entreprises dans notre
échantillon adoptent plutôt la norme ISO 9001 que la norme ISO 14001. Cela est forcément
lié à la nouveauté de la norme ISO 14001 pour les entreprises algériennes. Cependant, nous
remarquons que les entreprises qui s‘engagent dans la RSE, adoptent plus les normes par
rapport aux entreprises qui ne s‘engagent pas, avec 49% contre 30% pour la norme ISO 9001,
et 18% contre 8% pour la norme ISO 14001.

Synthèse de la section 2

L‘analyse descriptive, nous a permis d‘avoir une vue générale sur l‘ensemble des entreprises
qui constituent notre échantillon et de mettre en avant les caractéristiques des deux groupes
d‘entreprises ; celles qui se sont engagées dans la RSE et celles qui ne sont pas engagées. Ces
motivations seront examinées de plus près lors des paragraphes suivants à travers l‘analyse
quantitative pour définir d‘une manière absolue les motivations qui poussent les entreprises
algériennes à intégrer la RSE dans le secteur industriel algérien.

307 
 
 

 
6.3 Section 6.3. L’analyse des données

Après la phase de recueil des données, qui nous a permis de récupérer un total de 94 réponses
(dont 39 entreprises qui se sont engagées, dans la RSE, et 55 entreprises qui ne sont pas
engagées), cet échantillon a fait l‘objet d‘une étude statistique descriptive qui a révélé les
caractéristiques des deux groupes qui constituent notre échantillon. Cet échantillon va faire de
nouveau l‘objet d‘une deuxième étude, quantitative plus approfondie afin de confirmer ou
infirmer les hypothèses de notre recherche. L‘aboutissement de ces opérations statistiques va
nous aider à déterminer : les motivations qui poussent les entreprises du secteur industriel
algérien à intégrer la RSE.

6.3.1 Méthode d’analyse : la régression logistique

Pour identifier les motivations qui sont derrière l‘engagement volontaire des entreprises
algériennes, nous avons utilisé la régression logistique. Cette méthode statistique est souvent
employée pour expliquer la variance d‘un phénomène afin de le prévoir, et dégager des
processus explicatifs, des relations causales.

La régression logistique qui se définit comme une technique statistique qui permet d‘établir
une relation entre une variable dépendante (à expliquer) et une ou plusieurs variables
indépendantes (explicatives). Cette technique a fait son apparition dans les années soixante,
afin de pallier aux carences de la régression linéaire puis de l‘analyse discriminante linéaire
car, dans ces deux techniques :

-Les erreurs ne sont pas distribuées selon une loi normale.

- Les variances ne sont pas constantes pour chaque valeur de xi

- Les deux techniques ont des difficultés pour gérer les variables dichotomiques. On dit
variable dichotomique lorsque, la variable dépendante qualitative, n‘admettait pas de valeur
numérique naturelle, par conséquent, la variable dépendante ne prend que la valeur 0 ou 1.

Par exemple, lors de notre analyse nous coderons « 1 » si l‘entreprise s‘est engagée dans la
RSE en signant le contrat de performance, et « 0 » dans le cas contraire.

A partir de ce codage quantitatif, on établit un lien entre l‘espérance mathématique de y


conditionnelle à x (E (y/x). Ainsi, la formule du modèle logistique à plusieurs facteurs s‘écrit :
308 
 
 

 
e  0  1x
 ( x)  P(Y  1 / X  x) 
1  e  0  1 x
Où Y est la variable dépendante (l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE)

X est l‘ensemble des variables exogènes ou explicatives qui peuvent être :

- des variables continues.

- des variables « discrétisées ».

- des variables qualitatives.

Dans, notre recherche X, est constitué de variable en majorité qualitative, représentée par
l‘ensemble des trois groupes de motivation (motivations individuelles, motivations internes ou
organisationnelles et motivations externes ou environnementales), ainsi que, des variables
discrétisées, l‘âge, l‘expérience, la taille, etc.

En outre, P (Y/Xi) correspond à la probabilité de la survenue du phénomène (ex : engagement


de l‘entreprise) ou non à un ou plusieurs facteurs (X1, ...Xi,...Xp). Ces facteurs sont les
motivations : individuelles, organisationnelles, environnementales, secteur et taille.

e, représente la constance du modèle.

β1,... βn sont les paramètres du modèle.

Toutefois, l‘interprétation des résultats du modèle de régression logistique nécessite la


connaissance des règles suivantes :

- La contribution d‘une variable indépendante (ou d‘un bloc de variables indépendantes) à


l‘explication est significative si la probabilité (test de Wald) de la variable est inférieure à
0,05.

- Le signe du coefficient de régression indique le sens de la relation (positive ou négative), qui


fait augmenter ou diminuer la probabilité de connaître l‘événement ;

- Pour chaque catégorie de variable nominale et pour chaque variable continue, le rapport de
côte (Odds Ratio) indique combien de fois, plus ou moins de «chance», de connaître
309 
 
 

 
l‘événement (représenté par la valeur 1 de la variable dépendante) quand on possède telle
caractéristique de la variable indépendante plutôt que la caractéristique de référence ;

- La constante du modèle s‘interprète comme « l‘effet » de la catégorie de référence ;

- La table de classification renseigne sur la justesse du modèle (à utiliser en faisant attention à


sa pertinence et au point de coupure).

6.3.2 Résultats de la régression logistique

Afin d‘élaborer une régression logistique, nous utilisons la version 20 du logiciel IBM SPSS.
Concernant les méthodes d‘analyse, nous avons choisi la méthode « entrée », où le logiciel
retient en bloc toutes les variables explicatives, pour ensuite procéder à l‘élaboration des
différents tableaux statistiques. En effet, cette technique est utilisée lorsqu‘aucune hypothèse
spécifique n‘est formulée concernant l‘ordre ou l‘importance des variables indépendantes
d‘un côté. D‘un autre côté, cette technique permet de rentrer les variables en bloc, ce qui se
rapproche le plus du contexte de notre recherche multi-niveaux. Autrement dit, il est
important de signaler que la régression logistique exige que les variables indépendantes soient
mutuellement exclusives et exhaustives, (Evrard et al., 2003).

À présent, nous allons analyser les résultats de chaque test pour fournir le maximum
d‘informations relatives à la validité globale de notre modèle et à sa qualité de prédiction.

6.3.2.1 La corrélation

L‘analyse de la régression logistique exige en effet que les variables indépendantes soient
mutuellement exclusives et exhaustives. Nous devons ainsi examiner, cette relation entre les
prédicteurs (variables explicatives) en utilisant la matrice de corrélation (Evrard et al., 2003).
Le (tableau n°44) enregistre l‘absence d‘une relation forte et directe entre ces variables
indépendantes, ce qui signifie qu‘il s‘agit bien de deux dimensions distinctes. Ce résultat
donne une meilleure qualité au modèle et nous autorise à procéder au lancement de la
régression.

310 
 
 

 
Tableau 44 La corrélation des variables explicatives



311 
 
 

 
6.3.2.2 La significativité du modèle

En lançant l‘analyse de régression logistique à travers le logiciel IBM SPSS, nous avons
obtenu les résultats suivants:

Tableau 45 Récapitulatif des traitements des observations


Observations non pondérées a N Pourcentage
Inclus dans l'analyse 89 94,7
Observations sélectionnées Observations manquantes 5 5,3
Total 94 100,0
Observations exclues 0 ,0
Total 94 100,0
a. Si la pondération est activée, reportez-vous au tableau de classement pour connaître le nombre total
d'observations.

Ce tableau récapitule l‘ensemble des traitements, comme il nous informe que le logiciel a pris
en compte 89 observations, sur les 94, avec une moyenne de 94.7% des observations inclues
dans l‘analyse.

Tableau 46 Tableau de classement (block 0 de départ)


Observations Prévisions
Pourcentage
correct

engagement dans le contrat de pas d‘engagement 100,0


Etape 0 performance environnementale Engagement ,0
Pourcentage global 59,6
a. La constante est incluse dans le modèle.
b. La valeur de césure est ,500

312 
 
 

 
Le « Bloc 0 » donne des informations sur un modèle, qui ne comporte que la constante et
aucune variable explicative. C‘est une sorte de point de référence. Le tableau de classement
permet de voir comment le modèle reclasse les observations de la variable dépendante entre
ses deux catégories : les entreprises qui se sont engagées et les entreprises qui ne sont pas
engagées. Sans variable explicative, on n‘arrive à classer correctement que 59.6% des
observations, ce qui reste faible. En outre, en suivant cette stratégie de prédiction, nous aurons
59.6% de prédictions correctes.

Tableau 47 La significativité du modèle


Score ddl Sig.

SECTEUR 1,748 1 ,186

INDAGE ,001 1 ,973


TAILLE 5,177 1 ,023
INDEDUC ,002 1 ,962
INDCARR ,113 1 ,736
INDRELA ,123 1 ,726
INDIDEAL 17,664 1 ,000
ORGCOUT 11,145 1 ,001
Variables ORGBIEN 3,824 1 ,051
Etape 0
ORGMANQ 2,391 1 ,122
INSTLEG 10,293 1 ,001
INSTAVA 1,274 1 ,259
INSTATT ,017 1 ,895
INSTSUB 15,886 1 ,000
INSTCOM ,074 1 ,786
INSTMER ,756 1 ,385
INDEXP ,701 1 ,403
Statistiques globales 49,699 17 ,000

313 
 
 

 
Ce tableau donne des informations sur le modèle (composé de la seule constante) et les
variables explicatives, qui ne sont pas encore dans le modèle mais qui seront introduites dans
l'étape suivante.

Tableau 48 Test de Hosmer-Lemeshow

Etape Khi-Chi-deux Ddl Sig.

1 6,565 8 ,584

Le test de Hosmer-Lemeshow (tableau n° 48) vérifie qu‘il existe bien une différence
significative entre les valeurs observées et les valeurs prédites par le modèle. En outre, en
quoi le modèle offre un meilleur ajustement que le modèle vide (sans les variables
explicatives).

Dans ce test, on accepte l‘hypothèse de nullité (Ho : bon ajustement) si la valeur de la


probabilité (significativité) est supérieure à 5%. En conséquence, dans notre modèle,
l‘hypothèse Ho est acceptée.

Au seuil de 5%, l‘ajustement du modèle est acceptable car la probabilité (ou significativité) du
Chideux à 8 degrés de liberté (dd) vaut 0,584 soit 50 %. D‘autant plus, que la distance entre
les fréquences observées et prédites au moyen du Chi-deux est petite (6,565). Le modèle est
donc bien calibré. Ainsi, le fait de s‘engager ou non dans la RSE pour les entreprises
algériennes dans le secteur industriel, varie en fonction des différentes variables inclues dans
notre modèle.

Tableau 49 Tests de spécification du modèle

Khi-Chi-deux Ddl Sig.


Etape 73,577 17 ,000
Etape 1 Bloc 73,577 17 ,000
Modèle 73,577 17 ,000

314 
 
 

 
Tableau 50 Récapitulatif du modèle 

Etape -2log-vraisemblance R-deux de Cox & Snell R-deux de Nagelkerke

1 46,536a ,563 ,759

a. L'estimation a été interrompue au numéro d'itération 8 parce que les estimations de paramètres ont changé de
moins de ,001.

La valeur dite du « moins 2 log vraisemblance » (-2 log likelihood), est conçue pour mesurer
l‘écart entre les valeurs de Y calculées à partir du modèle et les valeurs de Y telles
qu‘observées. Toutefois, ce qui importe ici, ce n‘est pas la valeur en soi de cette mesure mais
la différence des valeurs entre deux modèles pour savoir si cette différence est significative.
Nous procédons à un test du khi2, avec un degré de liberté égal à la différence du nombre de
paramètres entre les deux modèles. Ainsi, en comparant les deux, le modèle de l‘étape 1 avec
les variables indépendantes au modèle vide Etape 0 (sans variable indépendante) la valeur du
« moins 2 log vraisemblance » pour le modèle de l‘étape 1 est de 46,536. La différence de
cette valeur avec celle calculée pour le modèle vide est de 73,577.

Ces résultats confirment que le modèle comprenant les variables explicatives permet de mieux
se rapprocher des valeurs Y observées que le modèle vide (Etape 0). Il est important
maintenant de vérifier la force de cette variance.

Le test de R² de Nagelkerke est une version du R² (réservé à la régression linéaire) mieux


adaptée dans le cas de la régression logistique. Selon le (tableau n° 51), le R² s‘élève à 0,759
un pourcentage satisfaisant, notamment dans le cas d‘une étude exploratoire. En effet, notre
modèle explique à 76 % la variance de la variable dépendante qui est l‘engagement dans la
RSE « ENGARSE ». Autrement dit, notre modèle de recherche explique 76% de
l‘engagement des entreprises dans la RSE.

315 
 
 

 
Tableau 51 Tableau de classement

Observations
Prévisions
Pourcentage
correct

engagement dans les contrats de pas d‘engagement 92,5


performance environnementale
Engagement 86,1
Etape 1

Pourcentage global 89,9

a. La valeur de césure est ,500

La prédiction du modèle avec la réalité est expliquée par le (tableau n° 52). Ce test permet de
vérifier la puissance du modèle. Autrement dit, un modèle dichotomique est supposé être
robuste lorsqu‘il permet de classer correctement au moins la moitié des entreprises de
l‘échantillon. D‘abord, il convient de noter que notre modèle a retenu 89 réponses à cause des
valeurs manquantes. Ensuite, même si cette classification ne donne aucune indication sur la
significativité, les résultats du (tableau n° 52) indiquent un pourcentage satisfaisant. Le
modèle classe correctement presque 90% des entreprises. Enfin, ce tableau signifie également
que, si une entreprise est influencée par les différentes motivations inclues dans notre modèle,
elle s‘engage dans 90 % des cas dans la RSE par la signature du contrat de performance
environnementale.



316 
 
 

 
6.3.2.3 La validité des hypothèses

Après avoir vérifié la solidité et la fiabilité du modèle utilisé, nous examinons à présent, les
hypothèses de notre recherche où le modèle retient en bloc toutes les variables explicatives.

Tableau 52 Modèle final de la régression logistique


A E.S. Wald Ddl Sig. Exp(B)

SECTEUR ,016 ,150 ,012 1 ,914 1,016

INDAGE -,027 ,417 ,004 1 ,948 ,973

TAILLE 2,567 1,324 3,759 1 ,053 13,025

INDEDUC 1,543 1,146 1,812 1 ,178 4,679

INDCARR ,314 1,161 ,073 1 ,787 1,369

INDRELA ,747 ,624 1,433 1 ,231 2,110

INDIDEAL 1,378 ,449 9,409 1 ,002 3,965

ORGCOUT ,858 ,443 3,747 1 ,053 2,359

ORGBIEN ,104 ,338 ,095 1 ,757 1,110


Etape 1a
ORGMAN -,301 ,570 ,278 1 ,598 ,740

INSTLEG 1,684 ,613 7,547 1 ,006 5,387

INSTAVA 1,286 ,502 6,554 1 ,010 3,617

INSTATT -,309 ,485 ,406 1 ,524 ,734

INSTSUB ,835 ,386 4,667 1 ,031 2,304

INSTCOM -,600 ,374 2,569 1 ,109 ,549

INSTMER ,096 ,364 ,070 1 ,792 1,101

INDEXP -,453 ,437 1,077 1 ,299 ,636

Constante -26,071 8,762 8,852 1 ,003 ,000


a. Variable(s) entrées à l'étape 1 : SECTEUR, INDAGE, TAILLE, INDEDUC, INDCARR, INDRELA, INDIDEAL, ORGCOUT,
ORGBIEN, ORGMANQ, INSTLEG, INSTAVA, INSTATT, INSTSUB, INSTCOM, INSTMER, INDEXP.

317 
 
 

 
Ce tableau présente le résultat de la régression logistique finale sur les 17 variables
indépendantes. Au départ, nous avons commencé avec 94 observations dont (39 entreprises
engagées et 55 entreprises qui ne se sont pas engagées dans la RSE). Suite, à plusieurs valeurs
manquantes, l‘échantillon qui a servi pour construire le modèle est tombé à 89 observations.

Dans notre recherche, les variables incluses dans l‘équation de régression sont celles qui
présentent des coefficients de régression statistiquement significatifs, c‘est-à-dire celles avec
un seuil de signification fixé à5 % et à 10 %, tandis que, les variables retirées de l‘équation de
régression sont celles qui s‘associent à des coefficients de régression statistiquement non
significatifs, qui dépassent le seuil de 10%.

Les résultats de la régression logistique (tableau n° 53) confirment que notre modèle retient
six variables sur dix-sept, afin d‘expliquer l‘engagement des entreprises dans la RSE. Ces
variables sont : les valeurs idéalistes du chef d‘entreprise INDIDEAL, les avantages
concurrentiels INSTAVA, les subventions étatiques INSTSUB, la crainte de la législation
INSTLEG, la réduction des coûts de production, ORGCOUT, ainsi que, la taille de
l‘entreprise TAILLE. Cependant, le reste des variables : secteur d‘activité SECTEUR, l‘âge
du chef d‘entreprise INDAGE, le niveau d‘éducation du chef d‘entreprise INDEDUC, la
carrière du chef d‘entreprise INDCARR, les valeurs réalistes INDRELA, le bien-être des
employés ORGBIEN, le manque de moyens ORGMANQ, les attentes des clients INSTAT, le
commerce international INSTCOM, et la société mère INSTMER, ont été rejetées.

Ces résultats confirment en partie les hypothèses de notre recherche tirées de la littérature et
confirmées auprès de notre terrain de recherche. Les résultats statistiques, confirment l‘impact
très significatif (aux seuils de 5% et 10%) des motivations sur l‘engagement des entreprises,
représentées respectivement par les coefficients suivants : INDIDEAL 0,002, INSTAVA
0,010, INSTSUB 0,031, INSTLEG 0,006. Cependant, ORGCOUT 0,053 et TAILLE 0,053
affiche une significativité au seuil de 10%.Ces résultats nous ont conduits à valider les
hypothèses suivantes :

 
318 
 
 

 
Tableau 53 Les hypothèses acceptées

Code Hypothèses
H1.INDIDEAL Les valeurs idéalistes du dirigeant influencent l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE
H7.ORGCOUT La réduction des coûts de production influence positivement l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE
H10.INSTLEG La crainte des règlements influence positivement l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE
H11.INSTAVA Les avantages concurrentiels influencent positivement l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE
H13.INSTSUB La subvention de l‘Etat influence positivement l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE
H17.TAILLE la taille de l‘entreprise influence positivement son engagement dans la RSE

Toutefois, les variables SECTEUR, INDAGE, INDEDUC, INDCARR, INDRELA, ORGBIEN,


ORGMANQ, INSTATT, INSTCOM, INSTMER ne semblent pas être pertinentes pour expliquer
l‘engagement des entreprises dans RSE, car leurs significativités dépassent de loin le seuil de 10 %.
Ceci réfute les hypothèses suivantes :
Tableau 54 Les hypothèses rejetées

Code Hypothèses
H2.INDRELA Les valeurs relativistes du dirigeant influencent négativement l‘engagement de l‘entreprise dans la
RSE
H3.INDAGE L‘âge du dirigeant influence positivement l‘engagement de l‘entreprise dans RSE
H4.INEDUC Le niveau scolaire du dirigeant influence positivement l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE
H5.INDCARR La carrière suivie par le chef d‘entreprise influence positivement l‘engagement de l‘entreprise dans la
RSE
H6.INDEXP L‘expérience du chef d‘entreprise influence positivement l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE

H8.ORGBIEN Le bien-être des employés influence positivement l‘engagement des entreprises dans la RSE
H9.ORGMANQ Le manque de moyens influence négativement l‘engagement de l‘entreprise dans RSE
H12.INSTATT Les attentes des clients influencent positivement l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE
H13.INSTSUB La subvention de l‘Etat influence positivement l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE
H14.INSTCOM Les barrières face au commerce international influencent positivement l‘engagement des entreprises
dans la RSE
H15.INSTMER Suivre les pratiques de la société mère, influence positivement l‘engagement des entreprises dans La
RSE
H16.SECTEUR le secteur d‘activité de l‘entreprise influence positivement son engagement dans la RSE

319 
 
 

 
Figure 26 Le modèle validé de la recherche

6.3.2.4 Résultats et interprétations

A la fin de nos analyses, nous pouvons considerer que l‘intégration de la RSE au niveau des
entreprises algériennes dans le secteur industriel, est motivée principalement par six
variables :

6.3.2.4.1 Les variables significatives dans notre recherche

Les valeurs idéalistes du chef d’entreprise H1 : les valeurs idéalistes du chef d‘entreprise,
poussent l‘entreprise à intégrer la RSE. La variable INDIDEAL présente un taux de
significativité de P=0.02 au seuil de 5%. Et un Wald de 9.409 > 4.

En outre, au niveau individuel les valeurs idéalistes du chef d‘entreprise poussent l‘entreprise
à intégrer la RSE. Cela rejoint les travaux de recherche de Wood (1991), Branzei et al.(2000),

320 
 
 

 
Reynaud et al.(2008) qui mettent l‘accent sur l‘importance des valeurs personnelles sur
l‘action organisationnelle, car cette dernière, n‘est pas abstraite, mais elle est réalisée par des
acteurs humains. En outre, l'idéologie éthique du chef d‘entreprise dans le secteur industriel
algérien a une forte influence notable, alors que les caractéristiques observables, ont moins de
résultats significatifs. Généralement, les dimensions psychologiques réelles pourraient fournir
un plus grand pouvoir explicatif par rapport à la perception du chef d‘entreprise, que des
caractéristiques observables qui ne sont utilisées que, pour appuyer l‘analyse des valeurs qui
n'ont pas été saisies par une réelle dimension psychologique (Hambrick, 2007).

De plus, la nature idéaliste du chef d‘entreprise algérien, prouve que ce dernier, prend en
considération des normes universelles quant il s‘agit de prendre une décision stratégique.
Egalement, le manager algérien, s‘intéresse aux conséquences de ces actes sur les parties
prenantes externes et internes.

Ce résultat prouve aussi que face aux nouvelles exigences mondiales sociales et
environnementales, une forme de valeur individuelle universelle est en train d‘émerger dans le
monde y compris dans les pays en développement comme l‘Algérie. Cela confirme les
recherches de Schwartz et Bilsky (1990) qui stipulent que « les exigences individuelles
universelles, s’exprimant dans tout type de société, et constitue les véritables fondations des
systèmes de valeurs individuelles ».

La crainte de législation H10 : les entreprises dans le secteur industriel algérien s‘engagent
dans la responsabilité motivées par leurs craintes de la législation actuelle. Ainsi, pour
anticiper sur la nouvelle législation, la variable INSTLEG présente un taux de significativité
de P=0.06 au seuil de 5%. Et un Wald de 7.547> 4.

Nos résultats nous ont permis d‘identifier la crainte de la législation comme une des
motivations importantes qui agissent sur l‘intégration de la RSE de la part des entreprises
algériennes. Ces résultats confirment les recherches au niveau de la littérature dans ce
domaine qui ont identifié formellement la crainte de la législation ou l‘anticipation sur la
nouvelle législation comme une motivation incontournable qui influence l‘engagement des
entreprises dans le processus de la RSE (Porter et van derLinde 1995 ; Irene et Perry, 1996 ;
Henriques et Sadorsky, 1999 ; Quazi et al. 2001 ; Givel, 2007). En Algérie, les entreprises ont

321 
 
 

 
compris, que l‘engagement volontaire dans la RSE va leur permettre de prendre de l‘avance
sur la législation qui n‘est pas certes contraignante en ce moment, mais qui ne cesse pas de le
devenir avec les grands changements, au niveau de la politique environnementale dans le
pays.

Les avantages concurrentiels H11 : Les entreprises algériennes s‘engagent dans la RSE, afin
d‘acquérir de nouveaux outils, et de gagner des batailles à l‘intérieur et à l‘extérieur du pays.
Cela rejoint les travaux de Morimoto et al. (2005) et Chan et Wong(2006). La variable
INSTAVA présente un taux de significativité de P=0.10 au seuil de 5%, et un Wald de 6.554
> 4.

Les résultats de notre travail de recherche exploratoire, rejoint les études de nombreux
chercheurs qui ont identifié un lien entre, l‘engagement volontaire des entreprises dans la RSE
et la recherche des avantages concurrentiels de la part des entreprises Poussing (2008), Cheryl
et al. (2010), Santos(2011), Laudal(2011) et El Ghoul et al. (2011). Souvent motivées par des
avantages comme l‘amélioration de l‘image, l‘attractivité et l‘accès à une grande partie des
marchés, les entreprises algériennes réalisent de jour en jour, l‘importance de ce concept et
son impact sur ses capacités concurrentielles. Aujourd‘hui, de plus en plus d‘entreprises se
tournent vers le marché extérieur, attirées par l‘éventuelle possibilité d‘exportation,
notamment, vers les pays du Maghreb qui vivent une instabilité politique et économique qui
les empêchent de relancer les machines de production. Notre étude a également révélé que, les
entreprises algériennes s‘engagent dans la RSE, afin d‘améliorer leurs images, qui va leur
permettre d‘être plus attractives, notamment, aux investissements directs étrangers.

Les subventions étatiques H13 : les résultats nous ont affirmé l‘existence de l‘impact positif
entre l‘engagement volontaire environnemental des entreprises algériennes et la recherche des
subventions. La variable INSTSUB présente un taux de significativité de P=0.34 au seuil de
5%, et un Wald de 4.667 > 4. Ce qui rejoint les études de Maignan et Ralston (2002),
Morimoto et al. (2005) et Cheryl et al.(2010) qui affirment que, les subventions étatiques,
restent parmi les raisons qui poussent les entreprises algériennes à s‘engager notamment pour
les petites et moyennes entreprises. Aujourd‘hui la majorité des entreprises algériennes
n‘intègreront jamais, les processus de RSE, sans aide de la part de l‘Etat et des organisations
spécialisées.
322 
 
 

 
La réduction des coûts de production H7 : l‘hypothèse de réduire les coûts de production se
confirme aussi dans le contexte algérien même si la significativité, est au seuil de 10 % et P =
0.53 et avec un coefficient de Wald qui est un peu moins que 4. La relation positive entre la
recherche de réduction des coûts de production chez les entreprises algériennes reste
acceptable et confirme notre constat sur le terrain lors de l‘étude exploratoire où plusieurs
dirigeants, nous ont confirmé la mise en place des conteneurs pour récupérer les déchets du
bois, plastiques et papiers ainsi que le renouvellement des installations d‘eau et d‘électricité
afin de réduire leurs factures. Ce résultat confirme aussi le constat de plusieurs études au
niveau de la littérature Henriques et Sadorsky (1996), Dobers (1997), Persais (1998),
Gonzales-Benito et Gonzales-Benito (2005) et Knox et al. (2006).

La taille de l’entreprise H17 : l‘hypothèse de la taille de l‘entreprise se confirme aussi dans


le contexte algérien, avec une significativité au seuil de 10 % et P = 0.53 et un coefficient de
Wald qui est un peu moins que 4. Au même titre, les résultats de notre recherche confirment
la relation positive, qui revient souvent dans la littérature (Johnson et Greening 1994; Peter et
Sarah, 1998 ; McWilliams et Siegel, 2000 ; Mahoney et Roberts, 2007), entre l‘engagement
dans la RSE et la taille de l‘entreprise, avec une significativité intéressante à la limite du seuil
de 5%. Cela confirme aussi les résultats de l‘étude descriptive, qui a montré que les
entreprises qui s‘engagent dans la RSE sont en majorité, de grandes entreprises qui ont un
chiffre d‘affaires de l‘année dernière qui a dépassé les 100000 MDA.

6.3.2.4.2 Les variables qui n‘ont pas été significatives dans notre recherche

Nous présentons ci-dessous les coefficients des variables explicatives qui n‘ont pas été
significatives et par conséquent, qu‘ils n‘ont pas été retenus pour expliquer les motivations
d‘engagement des entreprises du secteur industriel algérien, dans la RSE :

Les valeurs relativistes et les caractéristiques observables H2, H3, H4, H5 et H6 : Le


modèle de régression logistique n‘a pas retenu l‘hypothèse H2, qui stipule que les valeurs
relativistes du dirigeant influencent négativement l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE. Il
en résulte que, les valeurs relativistes du chef d‘entreprise algérien, représentées par une
certaine réticence à adhérer à des principes moraux universels et se traduit par une prise en

323 
 
 

 
compte des variables situationnelles et des valeurs culturelles, qui n‘influencent pas
l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE.

De la même manière, le modèle de régression logistique a rejeté l‘influence de l‘ensemble des


caractéristiques observables, propres au chef d‘entreprise sur l‘engagement de l‘entreprise
dans la RSE. En d‘autres termes, les coefficients des variables INDAGE, INDCARR,
INSTMER et INDEXP (H3, H4, H5 et H6) ne sont pas statistiquement significatifs. Il en
ressort qu‘il n'y a pas de différences significatives dans la probabilité d'intégrer la RSE entre
les entreprises gérées par des chefs d'entreprises âgés ou jeunes, comme il n‘y a pas de
différences significatives dans la probabilité d'intégrer la RSE entre les entreprises gérées par
des chefs d'entreprises avec un diplôme de baccalauréat, Master ou post-universitaire. De la
même manière, il n‘existe pas une différence significative dans l‘engagement des entreprises
entre les entreprises gérées par un directeur qui a fait carrière dans le marketing ou autres
fonctions. Aussi, il n‘existe pas une différence significative dans la probabilité d‘intégrer la
RSE, entre les entreprises gérées par un chef d‘entreprise qui a passé beaucoup de temps dans
l‘entreprise, ou un nouveau chef d‘entreprise qui vient juste de s‘installer. Ces constats
empiriques contredits, plusieurs études empiriques qui ont été mobilisées pour élaborer ces
hypothèses à l‘instar de (Hambrick et Mason 1984 ; Miller, 1995, Wiersema et Bantel, 1992,
Deshpan, 1997 ; Thomas et Simerly, 1994 ; Yordanova, 2011).

Toutefois, Le fait que les caractéristiques observables démographiques et contextuelles, ainsi


que les valeurs relativistes ne sont pas significatives. Cela confirme, l‘hypothèse de
l‘idéalisme du chef d‘entreprise algérien parce que, ce dernier se base sur des normes
universelles lors de la prise de décision d‘engagement dans la RSE.

Le Bien-être des employés H8 : Le modèle de régression logistique a rejeté l‘hypothèse H8,


qui est représentée par l‘influence du bien-être des employés sur l‘engagement de l‘entreprise
dans la RSE. En d‘autres termes, le coefficient de la variable ORGBIEN n‘est pas
statistiquement significatif. Ainsi, soit les entreprises algériennes ne considèrent pas, que
l‘amélioration de la santé et de la sécurité des employés ne passent pas forcément par
l‘intégration de la RSE, ou l‘amélioration du bien-être des employés qui n‘est pas une priorité
actuellement pour les entreprises algériennes. Or, cette dernière supposition est réfutée par le

324 
 
 

 
passé socialiste des entreprises algériennes ainsi que la revue de littérature abordée dans le
chapitre trois Boiral (2006), Fukukawa et Moon (2004) et Werner (2009).

Une autre explication potentielle au rejet de la variable bien-être des employés est la
précision des items utilisés. Afin d‘opérationnaliser la variable bien-être des employés, nous
nous sommes basés principalement sur des travaux antérieurs qui ne sont pas forcément
adoptés au contexte algérien à l‘exemple de l‘étude de Tanur et Jordan (1995) réalisée aux
Etats-Unis et l‘étude de Quazi et al. (2001) réalisée à Singapour.

De plus, le rejet de cette hypothèse par le modèle de régression logistique peut être dû à la
taille de l‘échantillon qui demeure relativement petit. Selon Hair et al. (2006), une taille
restreinte de l‘échantillon pourrait engendrer des résultats non fiables.

Le manque de moyens H9 : L‘étape de l‘analyse des données n‘a pas retenue la variable
manque de moyens (hypothèse H9), représentée par l‘influence négative du manque de
moyens sur l‘engagement des entreprises dans la RSE. D‘après les résultats de la régression
logistique, le coefficient de la variable manque de moyens n‘est pas significatif. Cette
variable, ne fait donc pas la différence dans la décision de l‘entreprise de l‘engagement dans
la RSE. Ainsi, les moyens financiers et humains ne sont pas derrière, l‘engagement des
entreprises algériennes dans la RSE.

En d‘autres termes, il n'y a pas de différences significatives dans la probabilité d'intégrer la


RSE entre les entreprises algériennes qui ont les moyens et les autres qui n‘ont pas les
moyens. Ainsi, pour découvrir les obstacles face à l‘intégration des entreprises de la RSE, il
faut chercher d‘autres obstacles exceptés les moyens financiers et humains cités dans les items
qui ont opérationnalisé cette variable dans notre recherche.

Les attentes des clients H12 : Le modèle de la régression logistique n‘a pas retenu la
variable les attentes des clients sur l‘influence de l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE.
En d‘autres termes, le coefficient de la variable INSTATT (hypothèse H12), n‘est pas
statistiquement significatif. Et c‘est pourquoi les attentes des clients, ne constituent pas une
différence significative dans la probabilité que l‘entreprise s‘engage ou pas dans la RSE.

325 
 
 

 
Bien que, la littérature a été abondante sur l‘influence de cette variable sur l‘engagement des
entreprises dans la RSE Poussing (2008) ; Cheryl et al. (2010) ; Santos(2011), Laudal
(2011) et El Ghoul et al.(2011), le rejet de cette motivation dans notre terrain d‘investigation
était pratiquement sans surprise. Dans le contexte algérien, nous avons constaté, dès la phase
de l‘étude exploratoire, que le degré de la sensibilisation environnementale et sociale est très
faible dans cette société, ainsi que, les clients (consommateurs) ne s‘intéressent qu‘au prix des
produits. De plus, le manque visible d‘ONG, et des associations qui regroupent les clients et
qui veillent sur leurs satisfactions, ne participe pas à accroître l‘importance de cet engagement
auprès des entreprises.

Une autre explication consiste à dire que cette motivation n‘est pas appropriée dans notre
terrain d‘investigation. Cette variable est mesurée par des items à l‘instar du « positionnement
dans l'esprit des clients », qui semblent ne pas être compréhensibles et ne représentent pas une
priorité pour les entreprises algériennes.

Commerce international H14 : La régression logistique a rejeté la variable commerce


international (hypothèse H14), qui se traduit par l‘influence du commerce international sur
l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE. Ce résultat affirme que le coefficient de la variable
commerce international n‘est pas significatif. En d‘autres termes, les barrières du commerce
international ne représentent pas une différence significative dans la probabilité de
l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE. Ce constat, peut être imputable à la transposition
des échelles de mesure (mesures réalisées à : Singapour, pays des Caraïbes et pays de
l‘Europe de l‘Est) marquées par des différences culturelles, qui peuvent atteindre la
pertinence de ces échelles de mesure lors de la reproduction dans le contexte algérien. Ce
résultat peut également être expliqué par une erreur de mesure lors de l‘opérationnalisation
des items issus des études antérieures, (Quazi et al., 2001 ; Núñez, 2008 ; Ivicic, 2010).

Société mère H15 : Le modèle de la régression logistique n‘a pas retenu l‘influence de la
variable société mère sur l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE. En d‘autres termes, le
coefficient de la variable INSTMER, représenté par l‘hypothèse H15, n‘est pas
statistiquement significatif. Il en résulte que suivre les pratiques de la société mère neconstitue
pas une différence significative dans la décision de l‘entreprise concernant l‘engagement dans
la RSE.
326 
 
 

 
La faible significativité de cette variable dans notre terrain d‘investigation est probablement
dû à l‘échantillon utilisé dans notre recherche, qui est composé majoritairement des
entreprises algériennes avec un siège sociale de la société mère en Algérie.

Cela nous ramène vers une autre explication potentielle, qui est la taille de notre échantillon,
qui peut induire les résultats de notre étude en erreur.

Le type de l‘énoncé peut aussi être derrière ce résultat car l‘échelle de mesure a été
opérationnalisée principalement sur une étude réalisée sur les motivations d‘intégration des
démarches environnementales à Singapour (Quazi et al. 2001), ainsi que, sur les conclusions
de notre étude exploratoire.

Le secteur d’activité H16 : Contrairement à ce qui a été suggéré dans la littérature par Gray
et al.(1995) ; Clarke et Gibson-Sweet (1999) ; Hoffman (1999) ; McWilliams et Siegel
(2000) ; Bowen (2000); Line et al.(2002) ; Mahoney et Roberts (2007) concernant les
caractéristiques propres à l‘entreprise, notamment le secteur d‘activité (hypothèse 16), ce
dernier n‘influence pas l‘engagement de l‘entreprise dans la RSE. Autrement dit, il n'y a pas
de différences significatives dans la probabilité d‘intégrer la RSE, entre les secteurs d‘activité.
Par conséquent, l‘hypothèse H16 est rejetée.

Il en résulte que les neuf variables indépendantes avec des coefficients qui ne sont pas
statistiquement significatifs, n‘exercent aucune influence sur l‘engagement des entreprises
algériennes dans la RSE. Toutefois, l‘ensemble de ces hypothèses pourraient faire l‘objet
d‘approfondissement dans des recherches futures. Enfin, L‘explication des résultats de la
phase de l‘analyse des données, concernant les motivations d‘engagement des entreprises
dans la RSE a permis, de commenter les variables incluses dans le modèle de la régression
logistique, ainsi que celles exclues de ce modèle.

6.3.2.4.3 Les variables qui n‘ont pas été testées dans la recherche

Suite aux résultats de l‘enquête réalisée sur le terrain, les motivations « pression des médias et
pression des ONG », n‘ont pas actuellement leur place parmi le panel des motivations qui
poussent les entreprises algériennes à s‘engager dans la RSE. Toutefois, cette situation ne
cesse pas de changer, concernant :

327 
 
 

 
Les médias qui depuis l‘annonce de l‘ouverture audiovisuelle dans le secteur privé par la loi
sur l‘audiovisuel soumise par le Gouvernement au Parlement lors de la session de
l‘Assemblée populaire nationale au mois d‘avril 2013 84, plusieurs chaînes de télévision
algériennes sont mises sur orbite, à l‘exemple de El-Djazaïria TV, Echourouk TV, Al
Magharibya TV, Dzshop TV, Jil TV. Les opérateurs privés se sont précipités pour ouvrir leurs
chaînes sans même attendre l‘ouverture officielle de l‘audiovisuel et la promulgation du texte
de la nouvelle loi, pour se lancer dans l‘aventure audiovisuelle.Le nombre de chaînes qui ont
ouvert depuis l‘année dernière dépasse, le nombre de chaînes ouvertes depuis plus de
cinquante ans. Aujourd‘hui, en Algérie chaque mois une nouvelle chaîne de télévision
apparaît sur le satellite, à l‘exemple des chaînes de télévision Ech-Chourouk, E-Nahar et El
Djazairia qui ont été autorisées, à leur demande, à ouvrir « provisoirement » des
représentations à Alger.

Dans ce sens, le Ministre de la Communication, M. Mohamed Saïd a affirmé que « le secteur


de la communication franchira, à l’aube de l’année 2014, une nouvelle étape dans le
processus de son développement avec l’ouverture du champ audiovisuel, décidée par le
président de la République »85. Ce nouveau mouvement de développement des médias
participera sans doute prochainement, à accroître l‘intensité de la pression des médias sur les
choix stratégiques des entreprises, notamment l‘engagement dans la RSE.

Les ONG, ne se développent pas forcément avec le même rythme que les médias en Algérie.
En dehors de quelques bureaux de représentants des ONG internationales, en Algérie il
n‘existe pas actuellement de masse d‘ONG. Dans un article de presse intitulé « Peut-on
réellement parler d'ONG en Algérie ? », l‘auteur à expliquer la faible présence des ONG en
Algérie à travers trois raisons : D‘abord, selon la Constitution algérienne et la loi 90 /31 du 31
décembre 1990, les associations ne peuvent exercer leurs activités en dehors du territoire
national sans se procurer une autorisation spécifique auprès des autorités publiques. Il en
ressort que, quel que soit leur nombre, ces ONG n'ont pas la liberté nécessaire pour exercer
leurs activités. Ensuite, la liberté des ONG, a un lien direct avec son financement. Ainsi, le
                                                             
84 Djilali BENYOUB, 2013, « Le texte de loi a été endossé, hier, par le gouvernement, Ouverture de
l‘audiovisuel», LIBERTE, jeudi, 04 Avril 2013, http://www.liberte-algerie.com/actualite/ouverture-de-l-
audiovisuel-en-deca-des-engagements-le-texte-de-loi-a-ete-endosse-hier-par-le-gouvernement-197363.
85Idir Aït Meziane, 2009, « Peut-on réellement parler d'ONG en Algérie ? », Journal Djazairess, 07 - 02 – 2009,
http://www.djazairess.com/fr/lemaghreb/1630.
328 
 
 

 
manque de liberté des ONG algériennes, est lié essentiellement au mode de financement, qui
est basé sur les subventions et aides offertes par les autorités publiques. Enfin, l‘auteur
renvoie la faible présence des ONG en Algérie, à un manque de culture associative au sein de
la société algérienne. Toutefois, cet auteur ne manque pas de rappeler que la société
algérienne est dans une phase « d'apprentissage », en ce qui concerne les pratiques
associatives.

Aujourd‘hui, ce constat est en train d‘évoluer, notamment avec la signature des accords entre
le gouvernement et les ONG internationales à l‘exemple de l'accord86 qui a été signé le
25/06/2013, entre le gouvernement algérien représenté par , Monsieur Amara Benyounes le
Ministre de l'Aménagement du Territoire et de l'Environnement du côté algérien, et
l‘Organisation Ecologiste non Gouvernementale R20, représentée par son président Arnold
Schwarzenegger, en présence du Premier Ministre Algérien, Abdelmalek Sellal. Cet accord,
pèsera surement sur les choix des entreprises algériennes concernant les pratiques
environnementales dans le futur.

                                                             
86 Média Terranee, 2013, « un bureau pour l‘ONG R20 d‘Arnold Schwarzenegger », Journal de la
Méditerranée, 26/06/2013,http://www. Mediat erranee.com UjsvmD__RSQmer, 26/06/2013.

 
329 
 
 

 
Synthèse de la section 3

Cette section a présenté l‘analyse de la régression logistique ainsi que les résultats empiriques
de cette recherche. Notre modèle explique près de 76% de l‘engagement des entreprises dans
la RSE à travers six variables représentées par les valeurs idéalistes du chef d‘entreprise, les
avantages concurrentiels, les subventions étatiques, la crainte de la législation, la réduction
des coûts de production, ainsi que la taille de l‘entreprise. Cependant, il convient de signaler
que neuf variables n‘ont pas été retenues par notre modèle et par conséquent elles
n‘expliquent pas l‘engagement dans la RSE. Ce sont l‘âge du chef d‘entreprise, le niveau
d‘éducation, la carrière du chef d‘entreprise, les valeurs réalistes, le bien-être des employés, le
manque de moyens, les attentes des clients, le commerce international, la société mère et le
secteur d‘activité. Enfin, deux variables n‘ont pas été testées dans ce modèle à savoir la
pression des ONG et la pression des médias.

330 
 
 

 
Figure 27 Récapitulatif des résultats de l’étude empirique

du dirigeant

moyens 

s de l’Etat 

331 
                  Hypothèses acceptées 
 
                Hypothèses rejetées  

 
Conclusion du chapitre 6

Dans ce chapitre, nous avons démontré empiriquement les liens entre les différentes variables
de notre modèle de recherche, en utilisant une analyse de régression logistique binaire, avec le
logiciel IBM SPSS.

Tout d‘abord, nous avons présenté un résumé des hypothèses qui constituent le modèle de
recherche utilisé pour définir les motivations d‘engagement dans la RSE, ainsi que la méthode
d‘estimation et d‘interprétation d‘un modèle de régression.

Ensuite, nous avons réalisé une étude descriptive, dans le but d‘analyser l‘échantillon de notre
recherche qui contient au total 94 entreprises. Cette analyse, nous a permis d‘avoir une vue
générale sur l‘ensemble de l‘échantillon et de mettre en avant les caractéristiques des deux
groupes d‘entreprises dont ceux qui se sont engagés dans la RSE et ceux qui ne sont pas
engagés.

Enfin, dans la dernière section de ce chapitre, nous avons présenté la régression logistique
binaire qui est : la méthode utilisée pour analyser les données, ainsi que les résultats de la
régression logistique finale sur les 17 variables indépendantes. Ces résultats ont confirmé que
le modèle retient six variables sur dix-sept, afin d‘expliquer l‘engagement des entreprises dans
la RSE. Ces variables sont : les valeurs idéalistes du chef d‘entreprise, les avantages
concurrentiels, les subventions étatiques, la crainte de la législation, la réduction des coûts de
production, et la taille de l‘entreprise. Or, le reste des variables ont été rejetées : le secteur
d‘activité, l‘âge du chef d‘entreprise, le niveau d‘éducation, la carrière, l‘expérience, les
valeurs réalistes, le bien-être des employés, le manque de moyens, les attentes des clients, les
barrières face au commerce international, et enfin suivre les pratiques de la société mère. Ce
rejet des hypothèses s‘explique en partie par l‘insuffisance du nombre d‘observations
collectées et/ou la non pertinence de la transposition des échelles de mesure anglo-saxonnes
dans le cas des entreprises algériennes. Pour finir ce travail de recherche, nous allons enfin
exposer les contributions de la recherche, théoriques, méthodologiques et managériales.

332 
 
 

 
Conclusion de la partie 2

La deuxième partie de ce travail de recherche a été consacrée à confronter notre modèle de


recherche à la réalité de notre terrain d‘investigation, représenté par les entreprises qui
œuvrent dans le secteur industriel algérien. Cette partie a été structurée de la manière
suivante :

Un quatrième chapitre, qui a été consacré à la présentation de l‘état économique, social et


environnemental de l‘Algérie. Puis nous avons présenté les démarches des entreprises vers la
RSE. Ce chapitre a également été consacré à l‘explication des choix épistémologiques et
méthodologiques de la recherche et à la présentation des résultats de la phase exploratoire de
cette étude.

Un cinquième chapitre, a été consacré à l‘explication de notre étude quantitative, qui a


commencé d‘abord par, l‘opérationnalisation des variables explicatives, en se basant, d‘un
côté sur, des échelles de mesure largement utilisées et vérifiées dans la littérature, comme
l‘échelle deForsyth (1980). Et d‘un autre côté, sur des échelles de mesure qui ont été créées à
partir des études empiriques ultérieures et des résultats de l‘étude exploratoire. Par la suite,
nous avons présenté dans ce chapitre, la construction du questionnaire ainsi que l‘étape du
pré-test de ce dernier, dans le but de vérifier les problèmes dans la formulation des questions
et d‘éliminer le manque de clarté. Le cinquième chapitre s‘est terminé sur le contrôle de la
validité et la fiabilité des échelles de mesure utilisées pour mesurer les variables explicatives.
Dans le sixième et dernier chapitre, nous avons testé le modèle de recherche auprès de 94
entreprises qui œuvrent dans le secteur industriel algérien. Les résultats ont confirmé en partie
nos hypothèses à savoir que l‘engagement des entreprises dans la RSE est expliqué par les
valeurs idéalistes du chef d‘entreprise, la réduction des coûts de production, l‘anticipation sur
la législation, l‘avantage concurrentiel, la subvention de l‘Etat et la taille de l‘entreprise. En
revanche, les variables, âge, éducation, carrière et expérience du chef d‘entreprise, le
relativisme, le bien-être des employés, le manque de moyens, les des attentes des clients, le
commerce international, ainsi que la variable secteur d‘activité, ne semblent pas être
pertinentes pour expliquer l‘engagement des entreprises dans la RSE.

333 
 
 

 
Conclusion générale et apports de la recherche

334 
 
 

 
En raison des récents scandales éthiques, sociaux et environnementaux causés par les grandes
entreprises dans les quatre coins du globe désormais, les entreprises se préoccupent de plus en
plus de leur responsabilité sociale (Albaum et Peterson, 2006). Toutefois, la question qui se
pose est de savoir si cette attention portée au concept de la RSE, est née d‘une démarche
éthique qui tente d‘améliorer le contexte social et préserver l‘environnement, ou plutôt d‘une
pression qui pèse sur l‘entreprise et qui dicte ses choix stratégiques.

Dans ce sens, les chercheurs ont identifié des motivations traditionnelles pour l‘engagement
dans la RSE qui sont souvent présentées par la volonté de maximiser le profit
(Friedman,1972), ainsi que d‘autres motivations d‘engagement pour l‘entreprise dans la RSE,
à l‘instar du gain à long terme, l‘image de marque et la réputation (Boiral,2006).

Cependant, il existe une importante lacune au niveau de la littérature concernant l‘analyse des
motivations d‘engagement des entreprises dans la RSE, à savoir l‘analyse sur un seul niveau
(Margolis et Walsh, 2003 ; Waddock et al., 2002), même si les politiques et les actions dans
les entreprises sont influencées par les acteurs à tous les niveaux d‘analyse dans l‘entreprise
(interne, externe, institutionnel, organisationnel, individuel, éthique, etc.).

Par conséquent, il existe aujourd‘hui, un besoin vital d‘examiner les motivations


d‘engagement dans la RSE, à plusieurs niveaux en intégrant la diverse littérature existante
dans ce domaine (Herman et Ante, 2012).

Dans le but de déterminer un modèle multi-niveaux de recherche qui explique les réelles
motivations d’engagement des entreprises dans la RSE, notamment les entreprises dans
le secteur industriel algérien, nous avons choisi de présenter un travail de recherche
construit autour de deux parties. La première a été consacrée à la revue de littérature visant la
construction d‘un modèle théorique testable, et la deuxième a permis d‘établir une
confrontation de la revue de littérature à la réalité empirique de notre terrain d‘investigation.

Dans une première partie, nous avons présenté le cadre théorique de la recherche qui nous a
amené à proposer un modèle conceptuel de recherche. Dans le premier chapitre, nous avons
cherché à clarifier l‘ambiguïté autour du concept de la RSE, en proposant une définition de
synthèse claire et globale.

335 
 
 

 
Le deuxième chapitre, a établi un cadre théorique général qui a classé l‘ensemble des théories
utilisées pour expliquer les motivations d‘engagement des entreprises dans la RSE, ainsi que
la majorité des motivations issues des études pratiques selon l‘étude de Garriga et Mele
(2004).

Dans le troisième chapitre, nous avons synthétisé les différentes variables retenues sur les
trois niveaux d‘engagement, ce qui nous a permis de présenter un modèle conceptuel de
recherche.

La deuxième partie a été consacrée au volet empirique, représenté par le quatrième chapitre
qui a été consacré à la présentation de notre terrain d‘investigation qui est marqué par un
contexte socioéconomique peu contraignant qui nous a aidés à démontrer les réelles
motivations derrière l‘engagement des entreprises dans la RSE. Dans ce chapitre, nous avons
également présenté les choix épistémologiques et méthodologiques, ainsi que la phase de
l‘étude exploratoire.

Le cinquième chapitre, a fait l‘objet d‘une explication de la méthode quantitative et de la


transformation des concepts théoriques identifiés dans la première partie en indicateur de
mesure puis la purification de ces derniers.

Le sixième chapitre a eu pour objectif de présenter et commenter les résultats de l‘étude


empirique réalisée sur un échantillon de 94 entreprises algériennes.

D‘une manière générale, ce travail de recherche a mis en avant, la particularité du terrain


algérien qui a participé dans l‘émergence de différentes variables qui ne sont pas les plus
utilisées dans la littérature comme la subvention étatique, tandis qu‘il a écarté d‘autres
variables souvent utilisées dans la littérature pour expliquer les motivations d‘engagement
dans la RSE, comme les attentes des clients. Toutefois, pour une première recherche
exploratoire, qui étudie les motivations d‘engagement dans la RSE des entreprises
algériennes, par une série de dix-sept variables, et qui arrive à expliquer 76% de l‘engagement
des entreprises, ce travail de recherche a largement atteint ces objectifs.

336 
 
 

 
Les apports de la recherche

Chaque travail de recherche est évalué selon ses apports et son utilité sociale. Dans
l‘ensemble des recherches fondamentales, ces évaluations se réfèrent à deux catégories
distinctes. La première est la catégorie académique, où « l’utilité se mesure par rapport à la
valeur des enseignements délivrés et à la qualité académique des publications et autres
travaux de recherche » (Xuereb, 2007). La deuxième est la catégorie méthodologique, où
« l’utilité se mesure par rapport à la pertinence pour le monde de l’entreprise » (Xuereb,
2007). L‘appartenance au domaine de recherche des sciences de gestion, nous impose de
présenter les contributions managériales susceptibles d‘influencer le comportement des
acteurs. Par conséquent, nous distinguons dans cette section trois niveaux de contribution : les
apports théoriques, méthodologiques et managériaux.

Les apports théoriques

La revue de littérature développée sur le concept de la RSE, ainsi que les motivations
d‘engagement des entreprises dans ce concept, a fait émerger les principaux apports
théoriques suivants :

Le premier apport : nous avons accordé une attention au débat théorique concernant le
changement de comportement des entreprises, qui date de plus de cinquante ans, entre d‘une
part, les approches théoriques instrumentales qui considèrent la RSE comme un moyen de
faire plus de bénéfice, représenté généralement par les travaux de Milton Friedman 87, et
d‘autre part, les approches théoriques politiques, qui se basent particulièrement sur la théorie
du contrat social qui considère que le comportement responsable de l‘entreprise est une
réponse automatique à l‘exploitation des ressources physiques et humaines de la société. Ce
même débat, a été projeté ensuite au niveau des motivations d‘engagement des entreprises
dans la RSE, entre les approches théoriques instrumentales, qui considèrent que la RSE est un
instrument comme d‘autres pour améliorer la rentabilité de l‘entreprise, et les approches
politiques et intégratives définies par Garriga et Mele (2004), qui stipulent que la RSE, est une
obligation envers la société.

                                                             
87Friedman M. (1962), Capitalism and Freedom, University of Chicago press.
337 
 
 

 
Le deuxième apport : cette thèse apporte une définition globale de la RSE, qui synthétise les
différentes définitions théoriques et managériales proposées dans la littérature. Cette
définition se traduit par un engagement volontaire, qui consiste à intégrer les objectifs
économiques, sociaux et environnementaux, dans le processus de production et dans la
relation avec les parties prenantes externes et internes, en prenant en considération la relation
existante entre l‘entreprise et la société, comme il a été suggéré par Gond et Matten (2007),
également cette définition a essaié de mettre fin à un débat qui dure depuis cinquante ans.

Le troisième apport : cette recherche nous a permis de mettre en avant, un schéma


d‘intégration de la RSE qui semble revenir dans l‘ensemble des pays en développement. Ce
schéma commence par l‘intégration de la RSE dans ces pays à travers les grandes firmes
multinationales, puis, grâce aux relations étroites de ces firmes multinationales avec leurs
associés locaux, où ces derniers profitent du transfert des pratiques de la RSE. Par la suite, ces
pratiques s‘étendent à l‘ensemble des entreprises locales, en commençant, par les grandes
entreprises, puis vers les moyennes et les petites entreprises dans une dernière étape.

Le quatrième apport : face aux chevauchements des différentes théories citées dans la
littérature concernant les motivations d‘engagement des entreprises dans la RSE, nous avons
utilisé les quatre approches théoriques identifiées dans le travail de Garriga et Mele, (2004),
qui sont les approches instrumentales, politiques, intégratives ainsi que les approches
éthiques. Pour classer et utiliser conjointement des théories qui n‘ont jamais été mobilisées
simultanément à notre connaissance, ce travail a été recommandé dans les travaux de
recherche de (Kleinet et al., 1999 ; Logsdon et Wood, 2005).

Le cinquième apport : cette analyse nous a donné la possibilité de relier pour la première fois,
à notre connaissance la majorité des motivations d‘engagement dans la RSE, identifiées dans
la littérature empirique à un champ théorique spécifique, en s‘appuyant sur la classification
théorique de Garriga et Mele (2004). Dans ce sens, plusieurs sont les études qui ont suggéré
de relier les motivations prouvées empiriquement, à une théorie ou des approches théoriques
afin de renforcer le fondement de ces résultats empiriques (Aguilera et al., 2007; Herman et
Ante, 2012)

338 
 
 

 
Le sixième apport : le développement d‘un modèle de recherche conceptuel sur trois niveaux.
Plusieurs sont les chercheurs qui ont souligné la nécessité d‘un modèle multi-niveaux pour
analyser les motivations d‘engagement dans la RSE (Aguilera et al., 2007; Lindgreen et
Swaen, 2010). Dans ce sens, Herman et Ante (2012), ont précisé que « l’intégration des
variables à différents niveaux d’analyse à le plus grand potentiel pour déplacer ce champ
vers l'avant ». En effet, habituellement, les études dans le domaine des motivations
d‘engagement des entreprises dans la RSE utilisent un seul niveau pour expliquer les
motivations d‘engagement, à savoir le niveau individuel, organisationnel ou institutionnel. Or,
dans notre modèle de recherche, nous avons traité les trois niveaux simultanément afin de
donner une explication complète aux motivations d‘engagement.

Le septième apport : l‘utilisation de multiples acteurs à différents niveaux d'analyse, au sein


de notre modèle de recherche, a contribué théoriquement à réduire la fracture entre les
niveaux « Microéconomique » et « Macroéconomique » d‘analyse. En regroupant le niveau
microéconomique de l‘analyse qui est représenté par le niveau individuel, avec le niveau
macroéconomique qui est représenté par le niveau institutionnel et organisationnel, qui sont
souvent testés indépendamment les uns des autres. Dans notre recherche nous avons tenté
dans un seul modèle d‘analyse, de définir les multiples motivations d‘engagement des
entreprises dans la RSE (Klein et al, et 1999; Logsdon et Wood, 2004 ; Aguinis et al., 2011).
Ce type d‘analyse a été recommandé par Aguinis et al., (2011), qui ont affirmé que
« l’approche à plusieurs niveaux, comble le très regrettable fossé entre le micro et macro
dans le domaine de gestion ».

Le huitième apport : cette analyse nous a permis de mettre en exergue la RSE au niveau
individuel, notamment, les valeurs du chef d‘entreprise ou de l‘équipe dirigeante et leurs
influences sur la stratégie de l‘entreprise, car ce niveau est très peu mobilisé dans la littérature
sur les motivations d‘engagement dans la RSE. D‘après Herman et Ante (2012), seulement
(4%) de la littérature utilise ce niveau, malgré le fait que nous sommes devant un besoin
urgent d'une meilleure compréhension des motivations qui influencent l‘individu pour mener
des activités de la RSE. Akerlof (2002) a affirmé que la pénurie des études au niveau
microéconomique est une tendance observée dans les recherches qui concernent la RSE.
Pour Akerlof (2002), la RSE est plus visible aux niveaux organisationnels et institutionnels,

339 
 
 

 
alors que les acteurs individuels sont ceux qui dressent les stratégies, prennent les décisions et
exécutent les initiatives en matière de la RSE.

Pour finir, ces apports théoriques, nous ne manquerons pas de noter que cette analyse des
motivations d‘engagement dans la RSE, nous a permis aussi, de regrouper dix-sept
motivations, déclinées de la théorie et confirmées empiriquement, dans un seul modèle ce qui
est une première à notre connaissance. Par conséquent, notre approche interdisciplinaire, a
fourni un outil nécessaire pour commencer à relier les points à l'intérieur et entre les niveaux
qui étaient auparavant principalement déconnectés au sein de la littérature organisationnelle.
Il est aussi important de signaler que ce travail doctoral est le premier qui aborde la question
des motivations d‘engagement des entreprises dans la RSE en Algérie, et avance une analyse
sur trois niveaux, en utilisant la théorie psychologique ainsi que les caractéristiques
observables, afin de mesurer les valeurs des managers algériens, et leurs influences sur le
changement de comportement des entreprises algériennes.

Les apports méthodologiques

Les apports méthodologiques concernent la méthode de collecte des données ainsi que
l‘analyse des données. Ces apports sont développés autour de cinq axes principaux.

Le premier apport : dans notre travail de recherche sur les motivations d‘engagement des
entreprises dans la RSE, nous avons utilisé la littérature ainsi que les résultats de l‘enquête
exploratoire, afin de définir les échelles qui vont mesurer les variables latentes de notre
modèle de recherche. En outre, dans le but, de rendre ces variables observables, nous avons
réalisé un travail d‘opérationnalisation. En d‘autres termes, il est question d‘une
transformation empirique des définitions conceptuelles en des indicateurs indispensables pour
tester les hypothèses conceptuelles. Dans ce sens, nous avons utilisé des échelles de mesure
qui ont été développées et validées dans des études ultérieures à l‘exemple du questionnaire
de (EPQ) développé par Forsyth (1980), pour mesurer l‘idéalisme et le relativisme ainsi que
les échelles de mesure des caractéristiques observables, alors que la majorité des autres
échelles de mesure des variables à l‘exemple de législation, le bien-être des employés, la
société mère, etc., ont été développées en s‘appuyant sur des études empiriques réalisées dans
d‘autres contextes et les résultats de notre étude exploratoire. Nous avons procédé à une

340 
 
 

 
vérification de chaque variable, en ce qui concerne : l‘équivalence conceptuelle et la possible
adoption dans notre champ de recherche ainsi que dans notre contexte d‘investigation qui a
ses spécificités socio-culturelles.

Le deuxième apport : concerne la construction et la validation de notre outil d‘investigation


empirique, à savoir, le questionnaire de recherche. L‘étape de l‘opérationnalisation nous a
permis de construire un questionnaire autour de quatre parties. Ce questionnaire a été testé
auprès des professionnels dans plusieurs domaines, afin qu‘il prend sa forme définitive avec
seulement 17 questions. Cet outil d‘investigation a été administré à plus de 400 entreprises
dans les quatre coins de l‘Algérie, par voie postale, mais aussi en se rendant auprès de chaque
entreprise. Dans notre contexte d‘investigation, l‘administration des questionnaires sur
internet était impossible car seulement 20% des moyennes et des grandes entreprises étaient
raccordées à Internet88. A la fin de cette étape nous avons récupéré 94 questionnaires
exploitables, ce qui est un très bon taux de retour, face à la réticence des chefs d‘entreprises
qui estiment que ces informations sur les choix stratégiques relèvent, du secret professionnel.

Le troisième apport : concerne la vérification de la validité et la fiabilité des échelles de


mesure appliquées à notre travail de recherche. Un contrôle des échelles de mesure a été
effectué, afin d‘épurer les instruments de mesure, en utilisant d‘abord, des analyses
factorielles en composantes principales pour vérifier la dimensionnalité de chaque échelle
retenue (Evrard et al., 2003). Ensuite, nous avons réalisé, une analyse de validité des
composantes de chaque mesure. Enfin, nous avons effectué une analyse à travers, l‘indice
alpha de Cronbach pour évaluer la consistance interne de chaque dimension retenue.

Le quatrième apport méthodologique : se consacre au terrain d‘investigation où « tout est à


construire », dans un terrain d‘investigation comme l‘Algérie, l‘utilisation séquentielle d‘une
double approche méthodologique qualitative exploratoire puis quantitative semble être une
étape cruciale dans la réalisation d‘un travail de recherche. A ce jour, aucune thèse n‘a été
soutenue sur l‘intégration de la RSE en Algérie, ou sur les démarches sociales et
environnementales volontaires, au niveau des entreprises, à notre connaissance.

                                                             
88 Le chiffre d‘affaire : quotidien algérien d‘économie et de finance N 629 3 Mardi 12 Novembre 2012
341 
 
 

 
Si un tel constat représente à première vue un avantage, il est nécessaire de préciser que ce
terrain représente un réel handicap. La nature réticente des chefs d‘entreprises algériens, était
un obstacle colossal face à l‘organisation des entretiens semi directifs, par conséquent, nous
n‘avons pas réussi à réaliser plus de sept entretiens. De la même manière, le manque
d‘intégration des entreprises dans les recherches académiques a baissé le taux de réponse en
particulier pour les questionnaires qui ont été envoyés par voie postale. Pour pallier à ce
problème qui représente un obstacle face à l‘avancement de nos investigations sur le terrain,
nous avons tenté, d‘une part, de sensibiliser et d‘informer les dirigeants sur l‘intérêt de ce
type de recherche et ses retombées positives sur l‘entreprise à chaque fois que nous nous
rendons dans une entreprise, et d‘autre part, nous avons essayé d‘installer un contact direct
avec le personnel des entreprises. Ce face à face a permis de mettre en confiance les
employés qui ont contribué au recueil à la fois des données quantitatives et qualitatives sur
leurs entreprises.

Bien que le mode d‘administration des questionnaires en face à face, prend plus de temps et
occasionne un coût plus élevé par rapport aux autres modes d‘administration du questionnaire
par (voie postale, téléphone), ce mode reste le plus approprié et le plus efficace, notamment
face à l‘attitude méfiante du manager algérien.

Le cinquième et dernier apport : la méthode de la régression logistique « entrée », choisie


pour analyser les variables de notre modèle, consiste à retenir en bloc toutes les variables
explicatives, pour ensuite procéder à l‘élaboration des différents tableaux statistiques. En
effet, cette technique permet de rentrer les variables en bloc, ce qui a assuré l‘analyse
simultanée de toutes les variables, sur les trois niveaux de notre modèle. Cela soutient aussi,
notre vision multi-niveaux des différentes motivations d‘engagement dans la RSE.

Après ces contributions méthodologiques qui ont été développées autour de cinq éléments,
nous allons présenter les apports, de nature managériale.

342 
 
 

 
Les apports managériaux

Les contributions managériales dégagées par les résultats de notre recherche se concentrent
sur trois niveaux : premièrement les apports managériaux qui concernent les dirigeants des
entreprises algériennes et leur perception de la RSE. Deuxièmement les apports managériaux
qui concernent les entreprises algériennes et leurs motivations d‘engagement dans la RSE. Et
troisièmement les apports managériaux qui concernent le gouvernement algérien et ses
politiques envers la RSE.

Le premier apport : la motivation individuelle du chef d‘entreprise algérien, notamment dans


ses valeurs idéalistes poussent l‘entreprise à intégrer la RSE, ce qui rejoint, les travaux de
recherche de (Wood, 1991; Reynaud et al., 2008) qui affirment que ce n‘est pas l‘organisation
qui prend la décision mais c‘est l‘être humain. En outre, l'idéologie éthique du chef
d‘entreprise dans le secteur industriel algérien a une forte influence notable, alors que les
caractéristiques observables, ont moins de résultats significatifs (Hambrick, 2007).

Le deuxième apport : le manager algérien est un idéaliste, ce qui signifie que le manager
algérien prend en considération les normes universelles quand il s‘agit de prendre une
décision stratégique. Dans ce sens, le dirigeant algérien suppose que les conséquences
désirables peuvent toujours être obtenues avec l'action juste, comme il estime que nuire à
autrui est toujours évitable (Forsyth, 1980). De ce fait, le manager algérien s‘intéresse aux
conséquences de ses actes sur les acteurs autour de lui (la société, l‘environnement, les
employés, etc.). Ce constat corrobore avec les travaux de Schwartz et Bilsky (1990) qui ont
fait le lien entre les motivations universelles des individus et les valeurs, en affirmant que les
forces motivationnelles sont plus ou moins conscientes, chez tous les êtres humains, quelles
que soient leurs cultures. Schwartz et Bilsky (1990) confirment aussi que « les exigences
individuelles universelles, s’exprimant dans tout type de société, et constitue les véritables
fondations des systèmes de valeurs individuelles ». D‘autant plus, que les résultats empiriques,
de cette recherche doctorale, n‘a pas validé la variable relativisme ni les caractéristiques
observables, ce qui signifie que le dirigeant algérien ne rejette pas les règles morales
universelles en faveur de ses propres jugements basés sur ses convictions personnelles ainsi
que son environnement culturel.

343 
 
 

 
Le troisième apport : ce travail de recherche confirme que ce sont les caractéristiques de
l‘entreprise qui influencent davantage l‘engagement dans la RSE, que les caractéristiques
personnelles du chef de l‘entreprise. Ce résultat confirme le constat de l‘étude de Zu et Song,
(2009), réalisée sur 83 entreprises chinoises dans le secteur industriel, afin d‘identifier
l‘influence des caractéristiques de l‘entreprise ainsi que les caractéristiques observables
propres au chef d‘entreprise, qui a affirmé que les caractéristiques personnelles des
gestionnaires (âge, éducation) ne sont pas statistiquement significatives dans la détermination
de leur choix sur la RSE, contrairement aux caractéristiques des entreprises (propriété, secteur
d‘activité, provenance, taille)qui ont été significatives dans l‘engagement dans la RSE.

Le quatrième apport : sans aucun doute l‘entreprise algérienne est incitée par les avantages
concurrentiels, qui peuvent être obtenus suite à l‘engagement dans la RSE. Les résultats de
l‘étude empirique ont identifié les avantages concurrentiels parmi les motivations les plus
significatives qui influencent l‘engagement des entreprises du secteur industriel algérien dans
la RSE. Même avec un pouvoir de pression faible de la part des parties prenantes externes,
notamment, les ONG, les médias et les consommateurs, les entreprises algériennes
s‘engagent dans la RSE, afin d‘améliorer leur capital de légitimité et d‘image. Ce constat
paradoxal résulte d‘une part, d‘un comportement de mimétisme. Puisque, les entreprises
algériennes cherchent à suivre le mouvement mondial vers la RSE. Et d‘autre part, la
concurrence qui devient de plus en plus rude sur les marchés pousse les entreprises vers ce
type d‘engagement. Selon le directeur de Laiterie EDOUGH Annaba, « les entreprises
algériennes se préparent à une éventuelle ouverture de marché qui impliquera une nouvelle
forme de concurrence plus développée, venant des pays de l’autre rive de la méditerranée à
l’exemple de l’entreprise DANONE ».

Le cinquième apport : les deux motivations (les pressions des ONG et les pressions des
médias), n‘ont pas été prises en considération par rapport, à notre contexte de recherche
actuel. En Algérie, il existe aujourd‘hui très peu d‘ONG qui exercent sur le terrain algérien.
Par conséquent, leur influence sur les entreprises algériennes n‘est pas vraiment visible. De la
même manière, concernant les pressions des médias, il n‘existe que quatre chaînes télévisées
qui appartiennent à l‘Etat (ENTV). La réglementation en matière de création des médias
audiovisuels, interdit de créer des chaînes et des radios privées, ce qui baisse

344 
 
 

 
considérablement l‘influence des médias sur les entreprises algériennes. Cependant, rien
n‘empêche le changement dans les prochaines années, notamment, grâce à la prolifération des
réseaux sociaux ainsi que les mouvements politiques dans le monde arabe, ce qui propulsera
les motivations de pressions des ONG et des médias dans le cercle des facteurs qui
influencent l‘engagement des entreprises algériennes dans la RSE.

Le sixième apport : notre analyse a également des implications importantes pour les
politiques du gouvernement visant à encourager l‘intégration de la RSE, même si, la
réglementation imposée par le gouvernement ne peut pas être une fin en soi, mais un moyen
pour préserver la vie sociale et environnementale. Notre recherche a prouvé que la motivation
règlementaire n‘était pas la plus significative dans notre recherche. Autrement dit, le manager
algérien ne pense pas en priorité, à la réglementation, lorsqu‘il s‘agit de prendre une décision.
Ce constat empirique, pousse le gouvernement à revoir sa politique sociale et
environnementale et à choisir, un autre chemin en dehors de l‘intensification de la
réglementation. Ce chemin se traduit, d‘une part, par l‘adoption des projets d‘engagement
volontaire, à l‘exemple des contrats de performance sociale et environnementale, les systèmes
de managements environnementaux, etc. et d‘autre part, par l‘augmentation de
l'autoréglementation de l'industrie qui passe par la collaboration entre les gouvernements et
les groupes d'autoréglementation de l'industrie pour améliorer la préservation sociale et
environnementale.

Le septième apport : Chan et Wong (2006), ont affirmé que « Les gouvernements de différents
pays, qui souhaitent disposer d'un environnement plus propre, ont beaucoup investi pour
encourager les entreprises à poursuivre l’adoption des démarches environnementales
volontaires ». De la même manière, le gouvernement algérien soutient activement, les
démarches des entreprises algériennes vers la RSE. Dans le cadre de notre enquête
exploratoire, le directeur de l‘entreprise PROTUIL a affirmé que « non seulement les
subventions étatiques portent un grand soutien financier, mais encore elles permettent d’avoir
accès à des experts dans le domaine de l’environnement ». En outre, les subventions de l‘Etat
sont très importantes dans la démarche des entreprises algériennes vers la RSE. Dans ce sens,
les petites et moyennes entreprises, ont souvent besoin d‘un soutien financier, alors que les
grandes entreprises ont plutôt besoin de professionnels et d‘experts afin de superviser leur

345 
 
 

 
démarche sociale et environnementale. Cela explique les motivations des grandes entreprises
derrière la ratification des contrats de performance environnementale, (Maignan et Ralston
2002; Morimoto et al., 2005; Cheryl et al., 2010).

Les limites de la recherche

L‘analyse d‘un travail de recherche ne peut s‘achever sans prendre le recul nécessaire pour en
cerner les limites, qui sont aussi de nouvelles voies de recherche pour les prochaines études.

Ainsi, il est important de souligner qu‘il reste une certaine incertitude concernant la qualité
des mesures des variables, notamment celles mesurées par des échelles construites autour des
études empiriques ultérieures et de l‘enquête exploratoire. De même, certaines échelles de
mesure ont été créées pour le besoin de notre recherche, nécessitant d‘être réutilisées, voire
améliorées, dans des contextes similaires, afin d‘améliorer leurs qualités de mesure.

Une des limites de notre travail est liée à la taille de l‘échantillon relativement restreint (94
entreprises), même s‘il correspond à un taux de réponse acceptable (21.56%). En effet, la
déficience dans les réseaux de communication, notamment internet, ainsi que, l‘étalement
géographique des industries sur les deux millions de km2 du territoire algérien, n‘ont pas
facilité notre recueil des questionnaires.

Une autre limite est l‘utilisation du questionnaire comme mode de recueil des données. Cette
limite réside dans le fait que les réponses ne correspondent pas vraiment à la réalité. Cette
difficulté est en effet due au décalage entre ce qui est déclaré et ce qui est pratiqué. Malgré les
efforts fournis dans le sens de la réduction de ce décalage, il convient de prendre en compte
cette limite dans le sens de l‘utilisation des résultats avec prudence.

Parmi les limites de notre recherche, nous pouvons noter l‘interruption de l‘étude qualitative
engagée sur le terrain, à cause de l‘indisponibilité des directeurs d‘entreprises. En effet, dans
notre cas, l‘étude qualitative était nécessaire pour améliorer notre compréhension, notamment
en ce qui concerne les variables sous-jacentes dans l‘engagement ainsi que les caractéristiques
spécifiques culturelles et environnementales des entreprises algériennes.

346 
 
 

 
Une autre limite réside dans le fait que dans notre modèle multi-niveaux nous n‘avons pas
intégré des variables qui sont largement débattues dans la littérature à l‘exemple de la variable
« valeur des employés ».

Dans notre étude, nous n‘avons pas utilisé des variables médiatrices, car il existe très peu de
documentations à propos les variables sous-jacentes qui interviennent entre les variables
indépendantes et les variables dépendantes dans la littérature sur les motivations
d‘engagement des entreprises dans la RSE. Ce constat a été confirmé aussi par Herman et
Ante (2012) qui ont déclaré « qu’il n’existe pas beaucoup de variables connues qui peuvent
servir de médiateurs …… autrement dit, les mécanismes sous-jacents entre les prédicteurs et
les résultats de la RSE sont rarement, voire jamais, utilisées à ce niveaux d'analyse ». De la
même manière, notre recherche ne s‘est pas intéressée à l‘analyse des variables qui mesurent
l‘influence entre les trois niveaux d‘engagement (individuel, organisationnel et institutionnel)
il y a peu de connaissances sur ce sujet.

La dernière limite de ce travail concerne les résultats de notre étude de recherche, qui peuvent
être influencés par des caractéristiques spécifiques de l'environnement culturel et
institutionnel algérien et ne peuvent donc pas être applicables dans des pays en
développement ou encore dans les pays développés.

Les perspectives de la recherche

Dans ce paragraphe, nous transformons les limites et les enseignements de notre travail à des
pistes de réflexion qui peuvent donner lieu à de futures recherches, qui enrichiront les
connaissances sur ce sujet.

Nous proposons aux futurs chercheurs d‘utiliser les valeurs du chef d‘entreprise comme une
variable médiatrice, qui va permettre de voir comment le micro niveau représenté par les
variables individuelles influence les deux autres macro niveau représentés par les variables
organisationnelles et institutionnelles afin de comprendre les processus et les mécanismes
sous-jacents par lesquels les motivations de l‘individu influencent les deux autres niveaux
dans l‘engagement des entreprises dans la RSE.

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Nous proposons aussi aux futurs chercheurs de ne pas s‘arrêter aux motivations citées dans
notre modèle et d‘essayer d‘intégrer des nouveaux domaines de recherche comme le droit, la
psychologie, etc. Pour donner une analyse plus complète des motivations d‘engagement des
entreprises dans la RSE, nous proposons également aux chercheurs, de continuer à pousser la
réflexion sur l‘analyse des variables qui mesurent l‘influence entre les trois niveaux
d‘engagement des entreprises dans la RSE (individuel, organisationnel et institutionnel).

Nous recommandons aux chercheurs qui travaillent sur les entreprises en Algérie, de cibler
une zone géographique et d‘administrer le questionnaire avec le mode du face à face afin
d‘accroître le taux de retour des questionnaires.

Nous recommandons également aux chercheurs qui travaillent sur la thématique des
motivations d‘intégration de la RSE dans les entreprises algériennes, de prendre en
considération le levier culturel, notamment au niveau individuel d‘engagement ainsi que les
caractéristiques des entreprises algériennes et, de commencer la recherche par une étude
qualitative exploratoire approfondie afin de saisir toutes les variables indépendantes et sous-
jacentes avant d‘entamer une étude quantitative.

Dans la continuité de ce travail, il serait intéressant d‘élargir cette problématique à d‘autres


pays qui possèdent le même environnement culturel (pays du Maghreb), et à l‘ensemble des
secteurs où la RSE est mise en avant ainsi qu‘une analyse longitudinale devrait compléter les
conclusions de cette recherche afin de confirmer les relations causales.

En résumé, dans ce travail doctoral nous avons mobilisé une large et hétérogène littérature
afin de construire un modèle de recherche fiable, qui nous a permis de répondre à nos
questions de recherche en fournissant une explication des motivations d‘engagement des
entreprises dans la RSE, notamment dans le secteur industriel algérien. Cependant, ce travail
de recherche ne prétend pas donner une explication exhaustive et complète de ces
motivations. Pour finir, cette recherche doctorale nous a permis de prendre contact avec un
terrain de recherche qui est resté longtemps isolé, peut être considéré comme une pierre
angulaire et une baseessentielle pour le début d‘un long processus de recherche illustré par les
différentes voies de recherche exposées ci-dessus, qui nécessitent d‘être complétées dans le
cadre de travaux de recherche futurs.

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Jang J