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MOOC

: Comprendre les nanosciences


4.5 – Exemple d’application avec les nanocapteurs.


A présent nous allons parler des applications des nanotechnologies dans le domaine des capteurs. Alors
pourquoi parler des capteurs ? Parce que les capteurs sont omniprésents dans le monde moderne. Dans votre
Smartphone vous avez au moins une dizaine de types différents de capteurs qui vont enregistrer votre voix, qui
vont vous permettre de prendre des photos, détecter la position de votre appareil. Dans votre véhicule, vous avez
au moins une cinquantaine de capteurs qui vont suivre la combustion, qui vont surveiller l'état des freins,
déclencher les airbags ou veiller à votre confort. Alors pourquoi des capteurs ? C'est parce que les capteurs
permettent de mesurer l'environnement et mesurer l'environnement permet de l'optimiser. Par exemple optimiser
votre consommation d'essence dans votre voiture.
Alors qu'est qu'un capteur ? Un capteur comme je dis est un objet électronique qui permet de suivre
l'environnement. C'est à dire en termes techniques, c'est composé d'un transducteur et d'un système
d'acquisition. Un transducteur est la partie clé. C'est l'élément sensible qui va transformer la variation d'une
grandeur physique en une variation de signal électrique. Par exemple, si vous prenez un capteur de pollution,
c'est l'élément qui va détecter les variations de concentration de particules dans l'air. Et transformer cette
variation en une variation de résistance électrique d'un capteur ou une variation de tension ou une variation de
courant. Ensuite un système d'acquisition c'est la partie électronique, électrique qui fait l'interface entre le
transducteur, c'est à dire l'élément sensible, et l'utilisateur par exemple par le biais d'un ordinateur. On parlait des
nanotechnologies, alors qu'est-ce qu'un nano-capteur ? Un nanocapteur est en général un transducteur qui utilise
des nanomatériaux ou des matériaux nano structurés. Parfois, on utilise des nanocapteurs pour un transducteur
de taille nanométrique mais le plus souvent, c'est vraiment un transducteur qui va utiliser des nanomatériaux.
Pourquoi on en parle ? Parce que cela intéresse énormément de gens dans la communauté scientifique, rien
qu'en 2015, pendant un an seulement, il y a eu 6500 articles scientifiques sur le thème des nanocapteurs ou en
anglais nanosensor. Pourquoi est ce que cela intéresse tant de personnes ? Il y a beaucoup d'arguments
différents mais prenons un argument simple. La sensibilité d'un capteur dépend de la surface exposée S c'est à
dire de la surface de matériau actif qui va être exposée à l'environnement. En revanche, le cout en général
dépend du volume de matériau que vous utilisez, le volume V. Si la taille caractéristique du système diminue, la
taille L du système diminue, alors on voit que le rapport entre la surface et le volume qui est proportionnelle à 1/L,
un sur la taille, il augmente. Donc quand on va tendre vers des objets de plus en plus petits, des nanomatériaux,
on se rend vitre compte qu'un nanomatériau est plus sensible qu'un matériau traditionnel pour un cout équivalent.
Si on veut aller plus loin, on voit là sur la slide, 2 exemples de nanomatériaux, des nanotubes de carbone ou des
particules d'argile et de carbone. On voit que ce sont des matériaux qui sont extrêmement intriqués, qui ont
extrêmement des surfaces très importantes exposées à l'environnement, qui va les rendre très sensible au
monde extérieur. Alors quelques exemples. Ce sont des exemples de capteurs que nous développons dans mon
laboratoire à partir de nanoparticules carbonées, à base de carbone. Par exemple, vous avez un capteur
d'humidité pour la domotique à base de graphène en haut à gauche. En haut à droite vous avez un capteur de
déformation pour les matériaux de construction qui est à base de nanotubes de carbone. Ou toujours à base de
nanotubes de carbone, un capteur de pH pour la qualité de l'eau. Ou enfin, dernier exemple, un capteur de force
pour la chaussée. Donc on voit que les applications potentielles des nano-capteurs sont dans tous les domaines
de la vie quotidienne. Dans le reste de cet exposé, on va étudier le cas particulier du capteur de déformation pour
les matériaux de construction et on va parcourir l'ensemble de la démarche de la fabrication jusqu'à l'utilisation du
nanocapteur.
Première étape : le nanocapteur, il faut le fabriquer. L'exemple dont je parle, des capteurs pour les matériaux de
construction, on a utilisé un capteur à base d'une résistance, formée par des nanotubes de carbone imprimés sur
un substrat. La première étape est de faire une encre à nanotube de carbone. Pourquoi faire une encre ? Parce
que les nanotubes de carbone, tel qu'on les achète, c'est une poudre noire dont on ne sait pas vraiment quoi
faire. C'est une poudre noire très légère et il faut la mettre en forme pour pouvoir l'utiliser. Donc la première étape
est d'en faire une encre en un process chimique qui permet de transformer cette poudre en une encre dont on
peut varier la concentration par exemple. L'enjeu ici est de bien disperser des nanotubes de carbone dans les
solvants qu'on utilise. Très souvent pour les nanotubes de carbone, ce n'est pas de l'eau, ce sont des solvants

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organiques. Une fois qu'on dispose d'une encre, c'est un liquide on peut faire très simplement, le déposer, faire
déposer des gouttes sur une surface. On a inventé des solutions beaucoup plus efficaces pour déposer des
encres sur des surfaces et vous les connaissez, ce sont les imprimantes jet d'encre. Donc vous en avez chez
vous ou vous en avez eu chez vous. Une imprimante à nanotubes de carbone, nous aujourd'hui on utilise des
imprimantes scientifiques c'est à dire que c'est un petit peu plus sophistiqué qu'une imprimante commerciale,
grand public, mais les fonctions sont les mêmes. C'est à dire que on a ce qu'on voit sur l'image, on a une
cartouche dans laquelle on a des encres à nanotube de carbone qui va envoyer des gouttes de nanotubes sur les
surfaces. Et donc vous voyez là qu'on a des substrats plastique qui sont sur un support sur lequel on va imprimer
des capteurs en grand nombre. Donc là c'est une imprimante scientifique pour des buts de recherche, donc on va
être capable d'imprimer une centaine de capteurs en une seule fois. Les industriels ont des systèmes améliorés
d'impression jet d'encre qui leur permet d'imprimer des milliers ou des dizaines de millier de capteurs à partir de
cette même technique.
Alors à quoi cela ressemble ? On a deux électrodes qui sont déposées sur un substrat polymère et entre ces
deux électrodes qui sont des électrodes en or, on dépose des nanotubes de carbone. Donc ces nanotubes de
carbone sont entre les électrodes et vous voyez que c'est quasiment transparent, c'est une légère teinte grise sur
la surface. Et donc c'est un capteur qui fait une fraction de centimètre carré. La zone active est entre les
électrodes, elle fait une fraction de centimètre carré. On peut faire plus petit par exemple on a d'autres exemples
de capteurs où la zone active fait quelques millimètres carré.
Alors qu'est ce qu'on en fait ? Là on a fabriqué un capteur, c'est une résistance à base de nanotube de carbone.
On va étudier comment cette résistance varie avec l'environnement. Donc vous voyez ici un exemple des courbes
qu'on obtient. On va mesurer la variation relative de résistance en fonction de la déformation du capteur parce
qu'on veut faire un capteur de déformation. Et on va mesurer la pente de la droite entre la variation de résistance
et la déformation et cette droite on l'appelle le facteur de jauge et ça va caractériser la qualité du capteur. Donc
pour les capteurs dont je vous ai parlé, le facteur de jauge est de l'ordre de 0,9. Donc on a bien un capteur, il
n'est pas mauvais, il n'est pas exceptionnel non plus. Ce qui est très important est que ce capteur est très
reproductible. Quand on a 4 capteurs produits dans le même process, ils auront le même facteur de jauge, ce qui
est très important pour aller ensuite vers des applications.
Pour utiliser un nanocapteur, il faut conditionner le signal c'est-à-dire transformer la variation du signal du
transducteur, la résistance variable en une information utilisable en l'occurrence une tension. Pourquoi une
tension ? C'est parce que l'électronique aujourd'hui est prévue pour faire l'acquisition de signal en tension. Il y a
une méthode très simple pour faire cela qui est d'utiliser un amplificateur opérationnel, vous voyez que c'est un
schéma très classique, on sait relier très simplement la résistance variable à la tension de sortie du système
électronique. Ca c'est la théorie. En fait dans la pratique, on a des systèmes qui sont beaucoup plus compliqués.
Par exemple là dans le système que vous voyez, c'est un système qu'on a effectivement réalisé. On a rajouté un
étage qui compense la variation en température du capteur car nos capteurs sont sensibles à la température. On
a rajouté un étage d'amplification, un étage de débruitage pour que le signal soit de la meilleure qualité possible.
Et au final, cela donne ça. Vous voyez le conditionnement du signal, c'est la partie en haut, vous avez quelques
composants électroniques, c'est très compact mais ça ne suffit pas. Quand vous avez fait le conditionnement du
signal vous avez juste obtenu une tension. Cette tension il faut être capable de la transmettre à l'utilisateur. De
préférence sans fil. Et donc on a connecté l'électronique de conditionnement à une puce RFID. La puce RFID est
ce que vous avez dans vos cartes de crédit ou dans vos badges. Cela permet de transformer le signal du
capteur, de l'envoyer via une antenne vers un utilisateur, vers un lecteur RFID. Et on a également ajouté une
antenne. Vous voyez à quoi cela ressemble. L'échelle est quelques centimètres carrés, c'est une électronique
très compacte.
Avec ce système là on peut faire parler notre capteur.
Une fois qu'on peut faire parler le capteur on peut envisager de le déployer c'est-à-dire de l'utiliser dans
l'application pour laquelle il est prévu. Donc dans le cas présent on veut noyer les nanocapteurs dans une dalle
de béton pour suivre le vieillissement de la dalle de béton. Le béton est un milieu très agressif pour des capteurs.
Ca a un pH très élevé, il y a des agrégats, des choses qui sont assez agressives pour les capteurs donc la
première chose va être de protéger en particulier l'électronique, le capteur lui va être directement en contact avec
le béton mais l'électronique va être protégée car elle n'est pas prévue pour vivre dans le béton. Vous voyez un

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exemple de protection, on utilise du silicone par exemple. Ensuite on va positionner les capteurs dans la dalle de
béton. On positionne les capteurs car on est dans une phase de recherche. Dans la vraie vie on voudrait jeter les
capteurs dans la toupie et que les capteurs se mettent tout seul en place. Mais dans un premier temps on place
ces capteurs et on met en place le béton, on le coule précautionneusement. Une fois qu'on a cela on a des
capteurs noyés dans le béton et qui envoient beaucoup de données à l'utilisateur. Là on a un exemple des
courbes qu'on obtient, on voit que ce sont des courbes très complexes, il y a beaucoup de variations. Ces
données vont devoir être exploitées à la main ou de façon automatique pour interpréter les données et
comprendre les informations que donne le nanocapteur. Dans le cas présent on a montré que le nanocapteur
était sensible aux dilatations du béton sous l'effet de la température puisque le béton se dilate lorsqu'il y a des
variations de température. Et ça le nanocapteur peut le voir et ce sont des choses qui sont très importantes pour
anticiper la durabilité de la dalle en béton.
Vous vous demander peut être pourquoi vous ne voyez pas plus de nanocapteurs dans la vraie vie. Une des
raisons est qu'on sait mal anticiper la durée de vie des capteurs. Si vous voulez mettre un nanocapteur dans une
application comme une réseau d'eau, un capteur pour l'eau. Vous voulez déployer un nanocapteur dans un
réseau d'eau. Vous devez prouver que votre capteur va durer deux ans dans un milieu extrêmement humide. Si
vous voulez mettre un capteur dans un pont, vous devez prouver qu'il va durer 50 ans dans un milieu là encore
extrêmement exposé aux éléments ou alors directement noyé dans le béton ce qui est aussi très compliqué.
Alors comment peut-on faire ? C'est d'autant plus important que les nanocapteurs sont des objets nouveaux
qu'on connait encore mal donc il faut prouver la durée de vie des nanocapteurs.
Nous travaillons justement à observer et à comprendre les mécanismes de vieillissement des capteurs. Par
exemple ici nous avons mesuré le taux de perte des nanocapteurs que nous avons noyé dans la dalle de béton.
Et on voit qu'au bout de quelques milliers d'heures, nous avons environ un capteur sur deux qui est défaillant.
Donc cela parait beaucoup, ceci étant dit ce sont des capteurs bas coût, donc ce n'est pas forcément grave. Ce
qui est très important est que par comparaison, sur la même durée, les capteurs commerciaux, on en a
seulement un sur dix qui ont survécu donc on voit que les nanocapteurs survivent mieux que des capteurs
commerciaux pour cette application. C'est très important.
Deuxième exemple. On essaie de comprendre à l'échelle fine, à l'échelle micrométrique, les mécanismes de
vieillissement. Là vous voyez un exemple de couche de carbone nanométrique et on voit la fracturation de la
couche sous l'effet de variation de température. Donc on voit en observant ces mécanismes et ce type de
structure, on peut comprendre les mécanismes de vieillissement des dispositifs.
Je vais conclure ainsi. Vous avez vu ici toutes les étapes qui vont permettre d'aller du nanocapteur jusqu'à
l'application. Et on voit que on se rapproche de plus en plus, on est de plus en plus proche d'applications réelles
pour les nanocapteurs. La clé pour cela est la pluridisciplinarité, c'est à dire qu'il est indispensable de faire
travailler ensembles différents domaines de la physique. De la physique et de la chimie pour mettre en place les
nanocapteurs, pour les nanomatériaux, pour les fabriquer jusqu'à l'électronique et l'électromagnétisme pour lire
les informations de nanocapteurs.la mécanique et la physique pour comprendre les mécanismes de vieillissement
des capteurs jusqu'à la physique et la statistique pour interpréter les données de capteurs. Et c'est tout cela la clé
qui va permettre d'amener les nanocapteurs vers des applications réelles.

Bérengère Lebental

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