AVANT-PROPOS

Je n'ai pas la prétention d'offrir au public médical (le nouvelles découvertes ; mon but est plus modeste. Savoir utiliser pour la cure des maladies les agents qui nous environnent : montrer comment chacun de nous, par l'étude du milieu extérieur, peut arriver à des modifications déterminées et durables dans l'organisme humain et appliquer ces notions au traitement des misères qui nous assaillent; tel est tout mon désir. Je me féliciterai si j'ai pu montrer, une fois de plus, que le ne doit rester étranger à rien de ce qui l'entoure, et que l'art de guérir n'a pas recours uniquement aux médicaments chimiques, mais qu'il doit, imitant la nature ou l'aidant dans ses méthodes curatives, utiliser toutes les ressources qui à l'état normal, entretiennent la vie et maintiennent cet équilibre harmonieux des forces vitales qui constitue la santé. St-Pol-de-Léon, le 1er mars 1899.

TABLE DES MATIÈRES
Avant propos

CHAPITRE 1er
Description, du pays

CHAPITRE II
Climatologie. Considérations générales Température Brouillards Humidité Pluies Orages Vents Soleil, Lumière Pression barométrique Qualités spéciales de l'air Conclusions

CHAPITRE III
Effets physiologiques Appareil respiratoire Chaleur animale Circulation Digestion et assimilation Action sur la peau Action sur le système nerveux et action psychique

CHAPITRE IV. — Aération continue CHAPITRE V. — Applications thérapeutiques CHAPITRE VI. — Traitements accessoires
Historique de la Thalassothérapie

Chapitre 1er Description du pays
Roscoff
est une petite ville bretonne de 3.000 habitants environ, située par 48°- 43° de latitude, à l'extrémité de la pointe la plus avancée au nord du Finistère. ( carte ) A marée haute, elle est très coquette, avec son clocher du XVI° siècle formé de plusieurs dômes superposés et ses anciennes maisons dont la vague vient battre les murs, A marée basse, le spectacle change: on aperçoit une grève immense, s'étendant à perte de vue, formée de sable gris très dur- et parsemée de rochers granitiques et d'îlots verdoyants où l'on peut s'aventurer sans aucun. Quelques particularités géographiques expliquent pourquoi Roscoff jouit d'un climat plus doux et plus constant que les autres points de la côte. Le Gulf-stream, en venant baigner ses rivages, y apporte un reflet de la chaleur des tropiques : d'autre part, à deux kilomètres et demi environ au nord de Roscoff, l'île de Batz, longue bande de terre courant de l'Est à l'Ouest, et formant une vaste digue de quatre à cinq kilomètres de long, abrite la petite ville contre les vagues du large. Une ceinture de rochers dont on voit la continuité à marée basse, prolonge dans l'Est cet abri naturel, de telle sorte que la partie de la mer comprise entre Roscoff et l'île de Batz, forme comme une sorte de lac où les hautes vagues sont rares, même lorsque le vent souffle en tempête. Une des meilleures preuves de l'influence de ces conditions géographiques, c'est que la traversée de l'île qui se fait sur des petites barques de pêche, n'est presque jamais interrompue, même en hiver. D'autre part, la pointe de Roscoff est abritée à l'Est par la côte de Lannion. L'influence du Gulf-stream, la présence de tous ces abris naturels, l'existence, tout autour de Roscoff, d'une nappe d'eau peu agitée et qui, peu profonde, s'échauffe davantage aux rayons du soleil et maintient dans l'air une température plus élevée et plus constante, le peu d'altitude de la région,située presque au niveau de la mer, toutes ces conditions réunies à Roscoff expliquent en partie le climat exceptionnel dont joui ce petit coin de terre bretonne. De là vient également que la faune marine y est une des plus riches que l'on connaisse sur nos côtes ; aussi M. de Lacaze-Duthiers, a choisi Roscoff pour y établir un laboratoire de zoologie expérimentale très estimé et très suivi. Le sol absorbe immédiatement les pluies les plus abondantes ; les marais y sont donc inconnus ce qui fait de Roscoff une localité très salubre. Enfin on y trouve toutes les ressources d'une petite ville bien organisée, et en particulier des légumes renommés, chose fort appréciable pour les familles qui viennent au bord de la mer dans l'intention d'y faire un assez long séjour. Retour au sommaire

Chapitre 2 Climatologie 1er – Considérations générales.
A Roscoff, la température est douce, sans extrêmes, régulière ; des brises rafraîchissantes tempèrent en été l'ardeur du soleil ; des sources nombreuses imprègnent le sol pour l'empêcher d'être aride sans qu'il y ait tendance au marécage. Pendant 5 à 6 mois de l'année on jouit d'un climat exceptionnellement agréable, et cela précisément au moment où la chaleur excessive chasse les malades des stations méridionales. Les autres localités de la Manche, moins abritées et moins chaudes que Roscoff ne peuvent qu'à peine lui être comparées. On sait qu'un climat est le résultat d'éléments nombreux : altitude, latitude. température, humidité, direction des vents, voisinage ou éloignement de la mer, nature du sol etc., sans compter les influences locales qui, comme nous l'avons vu plus haut modifient les facteurs précédents et donnent à chaque région un cachet spécial. Tous ces éléments divers se prêtent un mutuel concours pour constituer le climat d'un pays. Quoique notre organisme subisse en même temps l'influence de tous ces éléments, action toujours complexe, il est utile de les étudier successivement. Nous passerons donc en revue : la Température, l'Humidité, le Régime des vents, la Luminosité, la Pression barométrique, les qualités spéciales de l'air. Disons d'abord qu'au point de vue médical et à cause de l'absence de grands froids qui, en d'autres pays, caractérisent l'hiver, et des fortes chaleurs spéciales à l'été, on peut diviser l'année météorologique de Roscoff en deux parties bien tranchées : • • 1° La mauvaise saison, allant du commencement d'octobre à la fin avril, caractérisée par des pluies fréquentes et surtout par des tempêtes avec vents violents. 2° La belle saison qui s'étend du 1er et surtout du 15 mai, au commencement d'octobre, période pendant laquelle le séjour à Roscoff est très agréable.

Grâce à l'obligeance de M. Marty qui m'a communiqué les feuilles météorologiques du laboratoire zoologique de Roscoff depuis 1889, j'ai pu faire porter mes observations sur une période de dix années. Je vais tâcher de donner le résultat de mes nombreux calculs en ne citant que les chiffres indispensables, afin de ne pas fatiguer l'attention du lecteur. Retour au sommaire

2 – Température
Les climats maritime, sont généralement caractérisés par une plus grande constance de la température. Les variations de température de la mer ne se produisent pas, en effet, par à coup brusques ; au contraire, elles sont très lentes,. Le Dr Regnard (La vie dans les eaux) l'a démontré en immergeant au fond de la rade du Havre un thermomètre enregistreur qu'on relevait tous les 8 jours ; il a pris ainsi la température de la mer à une petite distance de la côte, heure par heure, pendant toute l'année 1888. En même temps un thermomètre semblable, exposé au soleil donnait la température à terre aux même instants. 0r si l'on considère les diverses courbes obtenues en hiver et en été, on constate ce qui suit : 1° Dans la dernière semaine de décembre la température à terre varie de +7° à -7°, c'est à dire de 14 centigrades dans les 24 heures, tandis que la température de la mer reste constamment à + 8°, avec un abaissement de 1/2 degré au plus la nuit. 2° Dans la 1ère semaine d'août les extrêmes à terre et au soleil sont de 45° à 2 heures après midi et 10° à 4 heures du matin, soit une différence de 35°. Pendant cette même semaine, le thermomètre immergé trace une ligne droite à 15° : tout au plus peut-on apercevoir une légère diminution la nuit. La mer joue donc un rôle d'une réserve de calorique pour l'hiver et d'un régulateur de la température, de la chaleur restant comme emmagasinée dans les masses d'eau qui entourent les côtes. D'autre part, l'humidité dont la mer imprègne l'atmosphère voisine met obstacle au rayonnement nocturne, et rend ainsi les variations nycthémérales peu étendues. Ce caractère, de constance se retrouve dans les températures saisonnières. Roscoff, par suite de ses abris, de sa position à l'extrémité d'une pointe entourée d'eau de trois côtés, de son peu d'altitude, subit aussi complètement que possible l'influence de ces diverses conditions météorologiques spéciales aux climats marins. On n'y voit jamais de grands froids même en plein hiver. Rarement le thermomètre atteint, le zéro; plus rarement encore il descend au dessous, et ce n'est jamais que par hasard et pour un ou deux jours. La neige y est presque inconnue, et bien souvent il m'est arrivé de voir à Saint-Pol, située à 5 kilomètres de Roscoff et à 1 km de la mer, une mince couche de neige couvrant la. campagne, et de constater que cette neige fondait à vue d’œil et disparaissait complètement à mesure que j'approchais de Roscoff. L'absence de grands froids est encore prouvée par la présence dans les jardins de cette localité et en pleine terre, d’Aloès des Barbades, de mésembryanthèmes, de camélias magnifiques, et la production dans les Champs de légumes variés au milieu de l'hiver. De même que l'hiver n'offre pas de température très basses, l'été ne présente pas de fortes chaleurs. Dans la période de 10 années., que j'ai étudié le thermomètre, à l'ombre, monte rarement au-dessus de 20° à 21°, aux heures les plus chaudes du jour. Retour au sommaire

Si on établit les moyennes de température mensuelle pour les dix dernières années, on obtient les chiffres suivants. • • • • • • • • • • • • Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Décembre 06,0° 06,2° 07,8° 09,7° 11,7° 14,3° 16.2° 16,2° 14,.8 11.,6° 09,5° 07,1°

La différence entre les extrêmes (janvier et août) (étant seulement de 10,2°). Mais les moyennes à elles seules n'ont qu'une valeur relative, car elles peuvent être obtenues à l'aide de nombres fort éloignés les uns des autres. Il faut donc analyser de plus près les chiffres qui, par leur ensemble, fournissent ces moyennes mensuelles générales. J'ai donc comparé avec attention • • • 1° Les moyennes des mois correspondants de chaque année, dont la somme sert à former la moyenne mensuelle générale. 2° Les températures journalières qui, par leur réunion déterminent la température de chaque, mois. 3°, Enfin les chiffres quotidiens, pris à diverses heures de la journée, à l'aide desquels on établit la moyenne de chaque jour.

Et de cette étude j'ai pu tirer les conclusions suivantes. Si pendant cette période de 10 années, on compare les moyennes données ci-dessus à la moyenne du mois correspondant dans une année quelconque, l'écart en plus ou en moins est souvent insignifiant, parfois de 1° à 1,5 ; rarement 2° dans certains mois d'hiver. Seule la moyenne de février 1895, fut de 5,8° au dessous de là moyenne donnée plus haut pour le mois correspondant, mais le fait fut regardé comme absolument exceptionnel. De même les écarts d'un jour à l'autre, à toute époque de l'année, sont peu marqués ; souvent pendant plusieurs jours on trouve la même moyenne journalière qui ne diffère de la moyenne mensuelle correspondante que par quelques dixièmes de degrés. La différence entre la moyenne journalière - la plus faible, et la moyenne journalière la plus forte d'un même mois, atteint parfois 3° mais ne dépasse presque jamais 4°, (sauf parfois en-août et septembre où, grâce à quelques journées très chaudes, cet écart peut atteindre exceptionnellement 5°, à 6,1°). Enfin l'écart de diverses températures d'une même journée à la moyenne journalière correspondante, ainsi que l'écart entre le minimum et le maximum des 24 heures, sont également peu prononcés. Parfois, pendant une série de jours consécutifs on trouve les mêmes températures aux mêmes heures. Les heures les plus chaudes du jour jouissent d'une température modérée ( 8,5° à 10° en hiver ; 18° à 20° en été). Retour au sommaire

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Ces tableaux nous montrent en outre : 1° La régularité de l'ascension et de la descente des températures mensuelles, l'écart de chaque mois au précédent et au suivant ne se traduisant parfois que par quelques dixièmes de degrés, rarement 2°. 2° Les faibles extrêmes dans lesquelles se meut la température de Roscoff, puisque le mois le plus froid a une température de + 60 et le plus chaud 16,2°. 3°,L'écart entre les températures extrêmes de chaque mois est peu prononcé. Si on considère particulièrement les 5 mois de belle saison, dont la température moyenne est de 14,6°, l'écart de chacun de ces mois à cette moyenne n'atteint pas 3° ; la température des heures les plus chaudes du jour, pendant cette période est en moyenne de 17,7° à 1° près. On peut également constater que la différence entre le minimum de chaque nuit et la température, déjà chaude, relevée à 7 h. du matin est presque toujours insignifiante. Elle atteint ordinairement 1°, rarement 2°, ; exceptionnellement 3° quand le ciel a été complètement découvert toute la nuit. Toutes ces considérations, basées sur des chiffres précis, établissent donc d'une façon incontestable que Roscoff jouit d'une température stable, à oscillations lentes, à extrêmes modérés. C'est un climat à la fois doux et constant, où les changements brusques de température sont extrêmement rares, surtout pendant la belle saison. Ces faits ont une grande importance clinique, car les variations brusques dans une même journée sont bien plus dangereuses que les variations lentes des saisons. L'économie, habituée à une certaine température moyenne variable avec chaque saison, supporte mal un abaissement subit auquel elle n'a pas eu le temps de s'habituer. Aussi le moindre refroidissement enrhume plus vite en été qu'en hiver, surtout pendant les fortes chaleurs. De même, vers la fin de septembre, on ressent davantage les premiers abaissements de température, et on doit prendre de grandes précautions contre les premiers froids, surtout si l'on est malade.

3 – Humidité
J'étudierai sous, ce titre :

• • • •

(a) l'hygrométrie, (b) les brouillards, (c) les pluies, (d) les orages.

(a) Hygrométrie.
Malheureusement les feuilles météorologiques que j'ai dépouillées ne portent aucune indication sur l'hygrométrie du pays. Ce qu'on peut dire, d'une façon générale, c'est que, comme partout au bord de la mer, la quantité de vapeur d'eau contenue dans l'air est considérable, mais l'air n'est pas saturé. Ainsi à Brest, qui est un peu plus pluvieux que Roscoff, l'hygromètre oscille entre 84 et 87 pour 100. L'air est même moins humide qu'au voisinage des rivières ou des lacs d'eau douce, car d'après Gavarret, l'eau de mer chargée de sels fournit à température égale moins de vapeurs que l'eau distillée. L'humidité de l'air, quand elle est modérée, et surtout quand le sol est perméable comme à

Roscoff, ne doit pas être regardée comme une des qualités de l'air les plus nuisibles à la santé. Elle rafraîchit l'air; elle atténue les changements brusques de température qui peuvent se produire quand le soleil disparaît à l'Horizon ; elle diminue le rayonnement nocturne, et rend aux couches atmosphériques voisine du sol une partie de la chaleur absorbée pendant le jour; par suite, grâce à elle, les variations nycthémérales sont peu étendues.

(b) Brouillards.
L'humidité de l'air est cause des brouillards qui existent parfois à Roscoff en été. Aux environs du lever du soleil la température de l'air est à son minimum et la vapeur d'eau peut se précipiter sous forme de brouillard ou de pluie fine. Aussi ce brouillard débute souvent dans la seconde moitié de la nuit ; il se dissipe à mesure que le soleil échauffe l'atmosphère, et vers 8 ou 9 heures du matin le temps devient ordinairement radieux. J'ai tenu à étudier la fréquence de ce phénomène et je donne le résumé de mes recherches dans le tableau suivant : La première colonne A indique combien de fois par mois, en moyenne on constate le matin du brouillard ou une pluie fine qui, se dissipant vers 8 ou 9 heures, est suivi d'une très belle journée. La deuxième colonne B indique le nombre de jours où le brouillard a duré toute la journée, empêchant toute, sortie, du moins pour les malades.

En résumé, pendant la belle saison, on observe 3 ou 4 fois par mois le matin un brouillard qui se dissipe vers 8 ou 9 heures et présage ordinairement une journée splendide. Exceptionnellement 1 ou 2 fois par mois, le brouillard persiste toute la journée. En outre de loin en loin, on voit se produire vers la fin de l'après-midi un brouillard momentané qui semble souvent en rapport avec les marées. Tous ces brouillards sont rares en mai, moins rares en juin et juillet.

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(c) Pluies.
Si nous établissons la moyenne des chiffres fournis par le pluviomètre pour chaque mois, en prenant pour point de comparaison Brest, nous obtenons les chiffres suivants : et l'on peut établir pour Roscoff le schéma suivant:

Si l'on jugeait d'après les chiffres du pluviomètre, on conclurait que les mois de juillet, août et septembre sont aussi pluvieux que mars et avril, ce qui serait absolument faux. Le chiffre d'eau recueilli dans les mois d'été peut être plus élevé que dans certains mois d'hiver, mais le régime des pluies est différent. Parfois en hiver après une pluie fine et pénétrante qui a duré toute la journée, le pluviomètre ne marquera presque rien, tandis qu'en été une grosse averse d'orage d'une demi-heure ou 1 heure le fera monter de plusieurs millimètres. D'une façon générale, en été, les pluies sont plus abondantes dans un temps donné, mais leur durée est beaucoup plus courte, Ainsi une plus grande quantité d'eau recueillie dans un mois, n'indique pas toujours un plus grand nombre de jours ou d'heures de pluie.. Pour établir le régime des pluies et les conditions de la journée médicale, il faut donc d'autres bases. Je bornerai mon étude à la belle saison, 'et je donne, dans le tableau suivant, le nombre moyen de jours par mois où l'on a constaté :

A) De la pluie durant toute la journée. B) De la pluie, pendant une partie du jour, laissant au moins 6 à 8 heures de beau temps. C) Une courte averse de 1 heure ou 2 heures, le temps restant beau avant et après.
Je ne compte pas dans ces dernières les pluies fines du matin, déjà étudiées à l'article brouillard.

Si l'on ajoute a ces chiffres les journées de brouillard et de pluie fine persistants ou passagers étudiés précédemment, on peut formuler les conclusions suivantes : Pendant la belle saison, il n'y a guère plus de trois journées par mois qui soient complètement pluvieuses au point d'empêcher toute sortie pour les malades. Trois ou quatre fois par mois le temps est passable, permettant de sortir pendant au moins la moitié de la journée. Enfin 6 à 7 fois par mois, on observe soit une grosse averse de courte durée, soit un peu de brouillard ou de pluie fine le matin disparaissant dès que le soleil a échauffé l'atmosphère. Ces phénomènes météorologiques, au lieu d'être nuisibles, rafraîchissent l'air et tempèrent les chaleurs de l'été. C'est d'ailleurs en juin et juillet qu'on les rencontre le plus fréquemment. Tout le reste du mois est beau sans variation. Il reste donc 20 à 25 belles journées par mois. Retour au sommaire

Un fait important à signaler au sujet des pluies et des brouillards passagers de l'été, c'est leur moment d'apparition. Nous avons vu que, pour le brouillard, le plus souvent c'est le matin, un peu avant le lever du soleil. Pour les fortes averses c'est également dans la matinée, de bonne heure, ou un peu avant le coucher du soleil. Mais en outre des pluies diurnes, il existe également des pluies nocturnes presque aussi fréquentes. Si on recherche le nombre de fois où ces pluies nocturnes plus ou moins abondantes ont existé, on trouve les chiffres suivants : • • • • • Mai Juin Juillet Août Septembre 1,0 fois par mois. 2,3 fois par mois. 2,2 fois par mois 3,3 fois par mois 2,6 fois par mois

Et ici encore on voit que la plus grande fréquence coïncide avec les mois les plus chauds. Comme le dit si bien Lalesque (Cure marine de la phtisie pulmonaire) cette pluie nocturne à une grande importance. Elle relève la température de la nuit par l'apport de calorique et l'uniformise par la suppression du rayonnement du sol. Dans ces conditions, la température de la nuit ne diffère plus de celle du jour qued'une quantité insensible. La pluie nocturne met donc les malades à l'abri des variations brusques de température et permet l'aération continue sans aucun danger.

(d) Orages.
Les journées orageuses produisent sur l'organisme un état spécial d'anéantissement général, de malaise indéfinissable qui porte à éviter tout mouvement, tout travail physique et intellectuel et ne permet pas le sommeil. L'air semble lourd et paraît faire défaut. Les constitutions nerveuses éprouvent plus vivement ces diverses sensations pénibles. Il faut que le tonnerre gronde, que la pluie tombe, que l'atmosphère reprenne son harmonie pour que l'être vivant retrouve son équilibre. Or, à Roscoff, de telles journées sont extrêmement rares, même en plein été. En recherchant dans les feuilles météorologiques le nombre de fois où l'on signale le « temps orageux » caractérisé par les sensations ci-dessus, décrites et le nombre de jours où il y a eu un peu de tonnerre, j'ai trouvé en tout un maximum de 4 ou 5 fois par an pendant la belle et en recherchant l'heure la plus fréquente, j'ai pu également constater que les orages avec éclairs et tonnerre éclataient d'ordinaire assez, tard dans la soirée ou même dans la nuit, et duraient rarement plus de une heure ou deux. Au point de vue médical on peut donc ne pas tenir grand compte de ces phénomènes météorologiques à cause de leur rareté relative dans notre pays.

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4 – Des vents
1. - CONSIDÉRATIONS, GÉNÉRALES
L'étude des vents est une des plus importantes au point de vue médical, car suivant leur provenance ou leurs caractères ils règlent la température de l'atmosphère, son humidité ou sa sécheresse et déterminent en partie les sensations que nous fait éprouver l'air extérieur. Leur action se fait sentir énergiquement sur la fonction respiratoire des mouvements de l'air facilitent l'aération pulmonaire et son évaporation, enlèvent du calorique au corps humain, etc). D'autre part la salubrité d'une région est le plus souvent sous la dépendance de l'aération. La chaleur et l'humidité sont modifiées par les divers courants qui brassent l'air incessamment. La direction des vents en un lieu donné dépend beaucoup de la situation géographique du lieu. Les brises sont fréquentes au bord de la mer par suite des inégalités de température qui se produisent entre la surface de la mer et celle de la terre ; elles sont évidemment d'autant plus sensibles que le climat est plus chaud. J'étudierai successivement : • 1° la direction habituelle des vents, • 2° leur force, • 3° leurs caractères (température, humidité ou sécheresse etc.) • 4° leurs variations.

1°. DIRECTION DES VENTS
Au lieu d'établir des tableaux difficiles à lire, j'ai préféré montrer aux yeux, par des graphiques, les vents les plus fréquents de chaque saison. Je prends comme unité, dans chaque période, le vent qui a soufflé le moins souvent, j'établis la fréquence, des autres vents par rapport à cette unité. Je puis alors, sur une rose des vents donnant les 8 directions principales et où Roscoff est supposé au centre, porter des longueurs proportionnelles aux chiffres trouvés. Ainsi, en hiver, le vent du Nord souffle rarement. Si je suppose sa fréquence égale à 1, je trouve que le vent du N.-E. souffle 3 fois plus souvent, celui du S.-0. 4,5 fois etc... Je porte sur la rose des vents des longueurs proportionnelles, soit : 1,0 cm. pour le Vent du N : 3,3 cm. pour le N.-E. ; 4,5 cm pour le S.-E. etc.

• • • •

On obtient ainsi les graphiques ci-joints où les longueurs sont proportionnelles à la fréquence de chaque vent. Ces graphiques permettent de tirer les conséquences suivantes : • 1°, Pendant toute l'année les vents les plus fréquents et surtout les plus réguliers sont ceux de S.-O. et N.-E.; il en est de même à Brest et à Plymouth. La cause en est sans doute dans la direction de la Manche, du Pas-de-Calais et de la mer du Nord qui forment un véritable couloir ou cheminée d'appel dont l'axe est sensiblement 2° Les vents de la direction perpendiculaire à la précédente (N.-O.-S.-E.) sont également très fréquents en automne et en hiver, tandis qu'au printemps les vents de N. -E. prédominent, et en été ce sont ceux de la moitié Ouest. Le graphique des vents du 1er mai au 30 septembre est semblable à celui du trimestre d'été. Si maintenant, tenant compte des caractères tout différents des vents suivant qu'ils soufflent de

la moitié Ouest ou de la moitié Est, on détermine leur fréquence dans chaque mois par rapport à la ligne Nord-Sud on trouve que : • • • • • Dans les deux premiers mois de l'année les vents soufflent aussi souvent de la moitié Ouest que de la moitié Est. En mars ceux d'Ouest prédominent En avril et mai il y a presque équivalence entre les vents d'Est et les vents d'Ouest. En juin, juillet, août et septembre les vents d'Ouest sont successivement 1,5 fois, 2,0 fois, 4,1 fois et 1,5 fois plus fréquents que ceux d'Est. Enfin en octobre, novembre et surtout décembre les vents de la moitié Ouest sont nettement prédominants. Ces faits ont une grande importance, comme nous le verrons bientôt.

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2° FORCE DU VENT
Souvent violent en hiver ; le plus souvent modéré en été. Il est rare qu'il n'y ait pas au moins une brise légère et agréable dans les jours les plus chauds. Pendant la belle saison la force du vent est exprimée ordinairement sur les feuilles météorologiques par les chiffres 1 et 2, ce qui, d'après les conventions, veut dire faible ou modéré.

3° CARACTÈRES DES VENTS
Je laisse de côté, les vents de N. et de S. peu fréquents, les premiers plutôt frais les seconds chauds et humides, pour me borner aux vents de S.-O., 0. et N. -0. d'une part, N.-E., E. et S. -E. d'autre part. Les caractères de ces vents varient suivant la saison. En hiver les vents d'O. et surtout de S.-0. qui nous arrivent après avoir passé sur une masse d'eau considérable, l'Atlantique, ont pour caractéristique d'être chauds et humides : aussi leur apparition est généralement signalée par une élévation du thermomètre et souvent par de la pluie. Au contraire les vents de S.E. d'E. et surtout ceux de N.-E. qui avant de nous arriver ont passé sur de vastes continents glacés (Nord de l'Allemagne et de la Russie, Suède et Norvège) sont d'ordinaire très froids et très secs. Lorsque, pendant l'hiver, les vents passent rapidement du S.-O. au N.-E. ou même de la direction générale Ouest à la direction générale Est, on voit immédiatement la température baisser de 4°, a 5° parfois même de 6°, et aussitôt le temps devient sec et beau. Cet abaissement de température dû aux vents d'E et N.-E. se fait surtout sentir la nuit, car le ciel plus clair, permet davantage le rayonnement, tandis que dans le jour la chaleur solaire s'oppose en partie au refroidissement de l'air.

Ces caractères restent bien tranchés jusqu'aux premiers jours de mai. A partir de ce moment, et à mesure que l'on approche de l'été, les changements de température dus à la direction des vents deviennent moins appréciables.

En effet, le soleil échauffant davantage les continents et l'atmosphère, les vents de mer (0. et S.-O.) deviennent relativement frais tandis que les vents de N.-E. et d'E., qui passent sur des régions que le soleil commence à échauffer, prennent eux mêmes une température plus élevée. Les températures de ces vents tendent donc à s'égaliser pendant la belle saison, et lés changements dans la direction des vents ne produisent plus, comme en hiver, de modifications notables du thermomètre.

Cependant un caractère persiste, c'est la sécheresse spéciale du vent de N.-E. sécheresse qui le rend très pénible à supporter surtout par les arthritiques et les nerveux.

Mais nous avons vu que, pendant la belle saison, les vents de la région de l'Ouest sont prédominants ; et à aucun moment on n'a à craindre ces vents froids (analogues au mistral pour le midi) qui déterminent des abaissements thermométriques subits et dangereux.

Du 15 mai à la fin d'octobre la température est remarquablement constante. Retour au sommaire

4°, VARIATIONS DES VENTS
Les vents ne rencontrant à Roscoff aucun obstacle élevé sont très uniformes. Pendant l'été il n'y a ni coups de vents ni vents tournants, ce qui donne une grande sécurité pour se livrer au canotage ou à la navigation à voiles. On ne connaît guère d'accidents arrivés entre Roscoff et l'île de Batz. Il est rare que le vent une fois établi dans une direction n'y reste pas pendant plusieurs jours. On constate ainsi dans chaque mois des séries où la direction reste la même pendant 8 à 10 jours de suite. Certains mois se partagent nettement en deux parties souvent égales, l'une pendant laquelle règnent surtout les vents de la moitié Ouest, l'autre avec des vents surtout de l'Est. Ces phénomènes sont fréquents en hiver et ne présentent pas de régularité apparente quoiqu'on puisse souvent leur trouver une relation avec les diverses phases de la lune. Fréquemment, lorsqu'il y a changement de direction, surtout en hiver et au printemps, la saute se fait du S.-O. au N.-E. ou inversement, soit brusquement, soit en passant rapidement par les directions intermédiaires. Dans la belle saison la direction des vents est plus constante puisqu'elle se fixe presque toujours à l'Ouest. Pendant l'été les variations journalières des vents sont peu marquées. En effet la température extérieure n'étant jamais élevée, les différences entre l'échauffement des terres et celui de la mer, soit le jour, soit la nuit, sont peu prononcée et ne peuvent donner lieu à ces brises spéciales si régulières et si nettes qui existent dans les pays plus chauds, au bord de la mer. Les changements se traduisent le plus souvent par des variations dans la force du vent plutôt que dans sa direction qui, une fois établie le matin, change peu en général dans la journée. Durant la belle saison le vent se calme souvent dans l'après midi et, surtout quand il y a pleine lune, il tombe complètement le soir : on jouit alors de soirées magnifiques.

Il est également probable que les marées, très fortes dans la Manche, et qui déterminent entre Roscoff et l'île de Batz un violent courant alternatif de l'Ouest à l'Est puis de l'E. à l'O., ne sont pas sans influence, par l'énorme déplacement d'air qu'elles entraînent, sur les variations journalières dans la force du vent.

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5 – Soleil et lumière
On connait l'influence bienfaisante de la lumière sur tous les êtres vivants. Le soleil est nécessaire à notre organisme, surtout lorsqu'on est malade ; et la sensation de bien-être qu'on éprouve lorsqu'il brille au firmament est la meilleure preuve de cette influence. Cette question demande donc une étude attentive: nous envisageons spécialement la belle saison. Tenant compte des particularités du climat de Roscoff, nous devons partager, sous ce rapport, la journée médicale en deux périodes inégales : • • l'une qui s'étend depuis le lever du soleil jusqu'à 8 ou 9 heures du matin ; l'autre qui va de ce moment jusqu'au coucher du soleil.

Nous avons déjà dit, que 3 ou 4 fois par mois, on remarque un peu avant le lever du soleil, un brouillard plus ou moins intense qui se dissipe vers 8 ou 9 heures et qui est ordinairement suivi d'une journée magnifique. Mais en outre, sans qu'il y ait ni bruine ni brouillard, on observe souvent à ces mêmes heures matinales un ciel couvert, soit uniformément gris, soit fortement nuageux : et cependant, quoique couvert, le temps peut être qualifié de clair et de beau. Vers 8 heures ordinairement, le ciel s'éclaircit et le soleil apparaît radieux. J'ai déterminé avec soin le nombre de jours, en moyenne, où le ciel se trouvait couvert avant 8 h. du matin soit complètement, soit dans les 4/5 de son étendue (en tenant compte des brouillards passagers du matin déjà étudiés et d'autre part, le nombre de jours où il se trouvait découvert complètement ou dans les 4/5 de son étendue. Je résume les chiffres obtenus dans le tableau suivant : Ainsi, avant 8 h. du matin, le ciel n'est complètement découvert que 2 ou 3 fois par mois ; il est découvert dans les 4/5 de son étendue 2 ou 3 autres fois. Pendant 15 à 17 jours par mois il est couvert complètement ou dans les 4/5 de son étendue. Enfin, le reste du mois l'étendue découverte varie de 1/5 à 4/5. Dans les mois de juillet et août, le ciel est presque toujours plus ou moins couvert le matin.

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Ces faits ont une immense importance. En effet, on sait, d'après les recherches faites avec, les thermomètres enregistreurs, que le moment le plus froid de la nuit a toujours lieu aux environs du lever du soleil. Ce minimum varie suivant la saison, mais surtout suivant l'état du ciel. La baisse est d'autant plus accusée que le ciel est plus pur et la saison moins avancée. Un ciel couvert, en s'opposant au rayonnement nocturne diminue ce refroidissement et contribue pour sa part à égaliser les températures du jour et de la nuit. J'ai pu constater bien souvent, lorsque les nécessités de ma profession m'obligeaient à voyager avant 5 h du matin, en été, combien le temps, quoique couvert, était doux et agréable. Le ciel nuageux du matin joue donc le rôle d'un écran protecteur fort utile. Recherchant maintenant le nombre de journées où le soleil a brillé depuis 8 heures du matin jusqu'à l'heure de son coucher, nous trouvons les chiffres suivants :

• • • •

Hiver Printemps Été, Automne

13 belles journées par mois et 3 demi-journées. 18 belles. journées par mois, et 4 demi-journées. 19 à 20 belles journées, et 5 demi-journées. 12 belles journées, et 4 demi-journées.

Dans les 5 mois de belle-saison, on peut compter sur au moins 20 journées par mois complètement belles,et 4 à 6 demi-journées. Les 5 ou 6 jours qui restent,présentent parfois des éclaircies, mais sont souvent complètement pris par la pluie ou le brouillard. Les mois de mai, juin et septembre sont ordinairement les mieux doués sous le rapport du beau temps. Reste l'étude de l'intensité du rayonnement solaire. En l'absence de mesures précises je ne puis que donner le résultat de mes impressions en les comparant avec ce que j'ai éprouvé dans mes voyages lorsque j'étais médecin de marine. Alors que dans nos colonies et même dans le midi de la France, en été, l'intensité lumineuse est souvent intolérable et peut à elle seule énerver les sujets bien portants et à fortiori les malades épuisés ou fatigués, à Roscoff, ce rayonnement n'est jamais pénible. L'excitation du cerveau qui résulte de l'impression des rayons solaires sur la rétine ne dépasse pas les limites d'une excitation agréable et légèrement stimulante sans être trop vive, permettant d'admirer le magnifique panorama qui existe entre Roscoff et l'île de Batz. C'est un plaisir et un délassement des sens qui influe avantageusement sur le moral et n'aboutit jamais à la fatigue.

On sait que les rayons solaires se composent de 3 spectres distincts : le spectre lumineux, le spectre calorifique et le spectre chimique ou actinique : mais le rayon complexe que nous recevons et qui jouit de ces trois propriétés, n'est pas identique dans tous les climats, car l'air absorbe certains rayons dans une proportion variable suivant qu'il est plus ou moins pur, plus ou moins humide et que ces rayons l'abordent plus ou moins obliquement. La vapeur d'eau .absorbe d'abord les rayons calorifiques, ensuite les rayons chimiques, enfin les rayons lumineux.

A Roscoff, dont la latitude est assez élevée et l'atmosphère assez humide, si grâce à la pureté de l'air les rayons lumineux restent conservés en quantité suffisante pour charmer les yeux sans les éblouir, les rayons calorifiques n'élèvent jamais la température d'une façon exagérée. J'ai constaté souvent que, en été, si je plaçais mon thermomètre successivement dans ma chambre, à l'ombre, mais toutes les fenêtres ouvertes, puis au dehors sur un mur exposé en plein midi, la différence entre les deux chiffres, à l'heure la plus chaude, atteignait rarement 10°. De même, les rayons chimiques ou actiniques n'ont qu'une activité modérée, car on peut sortir au milieu du jour sans ombrelle, sans que le soleil produise autre chose qu'un hale modéré ; et les touristes qui passent la journée à courir jambes nues sur les grèves, présentent rarement des coups de soleil ou des érythèmes sérieux de la peau.

6 – Pression Barométrique
Les pressions barométriques sont ordinairement élevées au bord de la mer. A Roscoff la moyenne pour les différents mois de l'année diffère peu, puisque les chiffres extrêmes sont : 759,3 mill. Et 763,9 mill. Voici le schéma des pressions (lecture brute) (1).
(1) Étant donnée la température moyenne de Roscoff, pour avoir le chiffre réel il faut retrancher environ 2mm. mais en réalité c'est la pression brute que notre organisme subit.

Si on étudie les chiffres quotidiens qui ont servi à établir ces moyennes, on peut faire les remarques suivantes: Dans la mauvaise saison les oscillations, sont assez fréquentes, parfois brusques et étendues, le baromètre descendant tout à coup de 770mm. ou même 775mm, à 755mm et parfois même à 740mm. ou 735mm., pour remonter ensuite rapidement dès que la bourrasque a passé. Ces variations existent non seulement d'un jour à l'autre, mais souvent dans la même journée.

Du 1er mai au 1er octobre les oscillations sont légères ; elles dépassent rarement 10à 12mm d'un jour à l'autre, n'atteignent presque jamais 15mm. parfois même, pendant une longue période, la variation quotidienne n'est que 2 ou 3mm Malheureusement les tables météorologiques de Roscoff ne donnent qu'un seul chiffre barométrique, relevé à 7 heures du matin. Je ne puis clone donner d'indications sur les variations diurnes. Cependant j'ai pu constaté maintes fois, l'année dernière, sur un baromètre enregistreur, que pendant l'été les variations diurnes sont le plus souvent insignifiantes. Les ascensions de même que les descentes se font lentement et sans secousses; parfois pendant toute une semaine la ligne est presque horizontale. Retour au sommaire

On peut donc dire que, pendant l'été, Roscoff jouit d'une stabilité barométrique très grande, indiquant la stabilité des conditions météorologiques en général. J'ai cherché a établir la relation de la pression barométrique et des autres phénomènes météorologiques. A part les écarts brusques et étendus indiquant le plus souvent un vent violent ou même une tempête on peut dire que la hausse modérée annonce ordinairement des vents de N. O. à l'E. en passant par le Nord, avec de la sécheresse ; la baisse modérée annonce plutôt des vents de la partie S. O. (du S.E. à l'O. en passant par le Sud) assez forts, et de l'humidité. Mais ces relations sont loin d'être constantes. D'une façon générale on sait que les mouvements lents indiquent un temps durable; les mouvements rapides un temps variable.

7 – Qualités spéciales de l'air
La situation de Roscoff à l'extrémité d'une pointe de terre avancée dans la mer explique que l'air y soit d'une grande pureté. On ne trouve dans le voisinage aucune cause de souillure ; ni marécages, ni agglomération considérable d'habitants, ni grande ville industrielle. D'autre part les brises qui y existent constamment et qui ont presque toujours passé sur la mer avant d'aborder Roscoff assurent la pureté de l'atmosphère. La pluie joue également un rôle utile sous ce rapport, en abattant les poussières qui souillent l'air par les temps trop secs. Toutes les conditions se trouvent donc réunies pour que l'on puisse admettre, sans contestation, même en l'absence de recherches spéciales à ce sujet, que l'air de Roscoff jouit au maximum des qualités de l'air marin et qu'il est extrêmement pur. L'existence de fortes marées découvrant une vaste étendue de grèves en pente douce, fait que cet air se charge à certaines heures du jour de principes volatils spéciaux produits par l'action du soleil sur ces immenses plages humides et riches en varechs. Ces circonstances lui donnent des qualités particulières dont nous reparlerons, mais qui nécessitent, pour se produire, des conditions spéciales ; fortes marées, grèves se découvrant sur une grande étendue, existence d'herbes marines et surtout de varechs : alternativement baignés par la mer et par la lumière solaire. Comme on n'a pas toujours tenu compte de ces conditions, on a alternativement affirmé et nié que l'air marin possédât des qualités particulières. Et cependant il suffit de parcourir la plage clé Roscoff à marée basse, par une belle journée d'été, pour que l'odorat, ce réactif si parfait, décèle immédiatement l'existence de ces effluves odorantes. Une constatation facile à faire sur les bords de la Méditerranée c'est l'inocuité de la poussière. A Roscoff, la sécheresse n'est jamais assez grande, même en été, pour que la poussière devienne une gêne. On n'y constate pas davantage ces tourbillons de sable qui, sur certaines plages (comme aux environs du Croisic) envahissent tout au moindre coup de vent et impressionnent péniblement les bronches et les yeux.

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8 – Conclusions
Résumons en quelques mots tous les paragraphes précédents afin de donner une idée d*ensemble de la météorologie de Roscoff, spécialement pendant la belle saison. Nous avons prouvé par des chiffres précis que la température était remarquablement constante, soit que l'on envisageât l'année entière, un mois quelconque ou même une journée en particulier. Pas d'écarts brusques, mais une grande uniformité et une grande lenteur dans les modifications thermiques. Ajoutons-y des extrêmes modérés, ce qui prouve un climat constant et tempéré ; une humidité moyenne, sans exagération, contribuant par son régime spécialement nocturne ou matinal à égaliser les températures de la nuit et du jour. Des vents modérés en été rendent plus agréable le séjour de cette station. Un ensoleillement régulier sans être trop intense; une pression barométrique généralement élevée, très stable en été. Grâce à la douceur de ce climat, à cet air vif et salubre, on peut chaque jour, à toute heure, sortir et respirer l'air extérieur, évitant ainsi le séjour dans une atmosphère confinée. Si nous voulons rapprocher Roscoff des autres stations médicales françaises nous ne pouvons guère que le comparer à Arcachon, qui, d'après Lalesque, jouit de particularités météorologiques analogues, avec cette différence cependant que le séjour de Roscoff est surtout agréable du 1er Mai à la fin de septembre (c'est spécialement une station d'été) tandis qu'Arcachon est plutôt indiqué du 1er septembre au 31 mai. J'ai cependant gardé certains malades à Roscoff jusqu'à la fin de l'année, mais dans des cas un peu exceptionnels.

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Chapitre 3
EFFETS PHYSIOLOGIQUES
Étudier un climat au point de vue médical, c'est rechercher l'influence exercée par le lieu considéré sur les êtres vivants qui y séjournent. On sait que les propriétés du milieu extérieur ne nous sont nullement indifférentes. La vie s'entretient en partie grâce aux excitations multiples et incessantes qui proviennent du milieu où notre corps est plongé. Lumière, chaleur, électricité, air en mouvement, son., etc., ce sont toujours des vibrations plus ou moins, rapides qui impressionnent le riche réseau nerveux épanoui à la surface de la peau et des muqueuses, et viennent parfois frapper nos sens spéciaux de façon à produire dés sensations d'une nature plus complexe (vision, audition, etc. et des réflexes nombreux. Mais dans tous les cas ces excitations agissent en même temps sur tout notre organisme, et même alors qu'elles ne sont pas perçues ni senties par l'être conscient (car nos sens n'ont qu'une portée limitée, et l'habitude émousse nos sensations), leur action sur le fonctionnement intime de nos cellules n'en est pas moins remarquable. Comme le dit le Dr Guimbail (Thérapeutique nouvelle) : « Les excitations apportées à l'organisme par les agents physiques extérieurs, excitations souvent minimes mais réitérées, revenant susciter sans cesse les mêmes vibrations légères, les mêmes ébranlements infinitésimaux, tous les jours et plusieurs fois par jour, avec méthode et régularité, produisent souvent des effets qui nous étonnent. » C'est la goutte d'eau qui creuse le rocher ; et l'action sur l'être vivant sera d'autant plus profonde et plus durable que les modificateurs extérieurs agiront avec plus de latence apparente, qu'ils seront euxmêmes plus stables de façon à imprimer comme une direction nouvelle, toujours la même, au mouvement cellulaire vital. C'est ce qui explique l'influence considérable des changements de climat et la longue durée de l'amélioration qu'ils produisent, à condition que le climat soit bien connu et exactement approprié au tempérament de chaque sujet.

Une autre considération permet également de se rendre compte de la puissance de ces impressions extérieures souvent renouvelées. Rien n'est isolé dans notre merveilleux organisme. Quoique formé de parties distinctes et différenciées, il représente un tout harmonieux. De quelque point que vienne une excitation, elle s'irradie plus ou moins sur l'ensemble de toute l'économie. Féré a montré que la force musculaire, mesurée chez un sujet qui ferme les yeux, augmentait notablement quand le sujet ouvre d'abord un œil, puis l'autre. Elle varie même suivant la couleur de la lumière. Un vélocipédiste en suçant un morceau de sucre augmente sa puissance d'effort, etc. Chaque sens qui fonctionne semble stimuler l'ensemble des cellules et rendre chacune d'elles ou chaque groupe capable de fournir un plus grand travail. Mais l'excitation ainsi transmise n'est pas toujours utilisée immédiatement sous forme de réflexe, d'acte musculaire ou psychique. Comme rien ne se perd dans la nature, elle est alors assimilée, employée dans un but trophique, pour entretenir et accroître le mouvement et la vie de nos cellules les plus intimes, ou bien elle s'accumule pour former une réserve de forces utilisable dans l'avenir en cas de besoin immédiat. Tous nos organes ont besoin de ces forces de réserve, destinées à parer à un danger ; et l'homme qui possède le plus de ces forces en puissance est le mieux armé pour résister sans succomber aux assauts de la maladie, des chagrins, etc. C'est en partie ainsi que se forme la réaction vitale, la résistance de nos cellules à la mort. Retour au sommaire

Mais pour que nous,jouissions de l'équilibre parfait qui est l'apanage de la santé, il faut que la somme des excitations que reçoit sans cesse le système nerveux tant du milieu extérieur que de l'intérieur (viscères, milieu humoral, origine psychique) soit dans une juste proportion pour stimuler son fonctionnement sans l'exciter outre mesure, sans l'épuiser en consommant les réserves oui en les empêchant de se produire. Ainsi les excès, les veilles, les chagrins, les souffrances internes prolongées amènent, l'épuisement nerveux et la neurasthénie. En suivant la méthode inverse, en mettant en œuvre simultanément ou successivement les modificateurs extérieurs tels que le repos ou le mouvement modéré, l'aération continue, le changement de climat, les divers agents physiques (hydrothérapie, massage, électricité etc. ); en modifiant le milieu intérieur par le régime et quelques médicaments (appelés autrefois des altérants) ; en calmant les malaises viscéraux par un traitement approprié, de façon à atténuer les impressions pénibles qui proviennent de nos divers organes; en y joignant un traitement moral (conseils, suggestion, aspect des grands spectacles de la nature et surtout de la mer) on comprend que nous puissions avoir une action considérable sur une foule d'états et de malaises chroniques qui rendent l'existence triste, pénible et fastidieuse.

Quoique mon but soit surtout d'étudier les effets du climat de Roscoff, les considérations précédentes ne me semblent pas un hors d'œuvre, elles permettront de comprendre combien un climat, quand on en connaît les moindres détails, peut devenir un merveilleux moyen, de traitement.

Mais, rappelons-le dès le début, les instruments de physique n'enregistrent que des caractères isolés ; l'homme. seul apprécie les moindres nuances et ressent l'action de tous les éléments réunis.

Souvent même ses sensations ne concordent pas avec les indications des instruments de physique, seule l'étude des modifications physiologiques doit donc nous guider en dernier ressort.

« A chaque saison, dit Fonssagrives, notre organisme subit dans toutes ses fonctions des modifications intimes qui le mettent en rapport avec les conditions météorologiques nouvelles qu'il va traverser; les changements de climat tendent outre mesure cette aptitude d’accommodation. » Si le changement est brusque, et les conditions nouvelles très différentes de celles où l'on vivait auparavant, l'adaptation ne se fait pas d'emblée, et l'on passe par une période de transition, assez pénible, avant d'arriver à l'accoutumance. Tel est le cas pour les climats d'altitude, les pays trop chauds ou trop froids. Au contraire, à Roscoff, grâce à la douceur et à l'égalité du climat, l'adaptation est presque immédiate, et je n'ai jamais vu s'y produire de malaises sérieux qu'on pût attribuer à l'acclimatement. Les arthritiques seul, et quelques neurasthéniques se plaignent non de l'humidité ni de la température, très douce l'été, mais du vent, spécialement du Nord-Est, plus âpre et plus sec et qui les impressionne toujours péniblement. Et encore nous avons établi que ce vent est plus rare en été qu'en toute autre saison. Une précaution qu'il ne faut pas négliger quand on vient à Roscoff, même au milieu de l'été, c'est d'apporter des vêtements de drap, car la sensation que l'on ressent au premier abord est généralement fraiche, surtout lorsque souffle une brise de mer modérée.

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1 – Appareil respiratoire
La fonction respiratoire est celle qui ressent de la manière la plus apparente l'influence du climat de Roscoff. « Comme on respire ici » tel est le cri que tous, bien portants ou malades, poussent dès leur arrivée : il leur semble que la respiration s'exerce seule, sans fatigue, et comme le dit le Dr Lagrange, on a le plaisir d'une fonction vitale s'accomplissant sans aucun effort de notre part. Étudions en détail les diverses conditions qui, par leur réunion, favorisent au plus haut degré la fonction respiratoire. Cette étude est très importante, car je suis convaincu que, dans un climat comme celui de Roscoff qui, n'ayant rien d'extrême, ne nécessite pas de grands efforts d'adaptation de la part de l'organisme, c'est surtout par suite de la suractivité immédiate imprimée à cette fonction que surviennent les modifications de tous les grands appareils, spécialement des fonctions assimilatrices (Digestion, Nutrition etc.) — On sait d'ailleurs que, dans les pays tempérés, le rôle du poumon comme générateur de calorique et éliminateur d'acide carbonique et d'eau est beaucoup plus important que dans les pays chauds où l'élévation de la température extérieure et le fonctionnement exagéré de la peau tendent à restreindre son activité. Je passerai successivement mais rapidement en revue l'influence sur la respiration : • • • • • • 1° de l'air marin 2°, de la température extérieure, 3° du vent, 4° de la sécheresse ou de l'humidité, 5° de la pression barométrique, 6°, de la lumière et de l'espace.

1° Air marin. Il agit surtout par ses qualités spéciales : (a) pureté (b) effluves odorantes. L'air marin jouit d'une très grande pureté, et cela est surtout notable clans une petite ville comme Roscoff qui baigne pour ainsi dire dans la mer. L'absence de poussière, de sable chassé par les vents a une grande importance au point de vue de la fonction respiratoire. On a beaucoup discuté sur les qualités spéciales de l'air marin dues à ce qu'il contient des émanations salines. Sans exagérer cette influence, elle n'est pas insignifiante. Nous avons expliqué plus haut les conditions de production de ces senteurs particulières. L'odorat est très impressionnable. Si l'odeur est agréable et excitante, les narines se dilatent ; il se produit un réflexe respiratoire et par suite des inspirations plus profondes. Cet effet est très net quand on parcourt à mer basse nos grèves couvertes de varechs qui répandent clans l'air leur parfum caractéristique. Il est moins appréciable en pleine mer ou sur les côtes, à faibles marées, car ces effluves ne sont pas tant des particules salines que des produits volatils spéciaux dus à la vie des varechs alternativement baignés par la mer et par la lumière solaire. Ces principes dont l'action sur la respiration est si importante, n'existent que sur la plage ou dans son voisinage immédiat. 2° Température extérieure Pour fonctionner dans de bonnes conditions, notre organisme a besoin d'une certaine stimulation provenant du milieu extérieur, mais cette stimulation, pour être bienfaisante, ne doit pas dépasser certaines limites. Un air trop chaud ou trop froid lui est également nuisible, le premier, en n'excitant plus de réflexes, entraîne un alanguissement de toutes les fonctions ; le deuxième, en demandant à l'organisme des efforts de défense et d'adaptation trop violents, risque de le faire succomber, dans la lutte, surtout s'il s'agit de valétudinaires ou de malades. Retour au sommaire

La température extérieure agit très énergiquement sur le poumon, car c'est elle qui règle la chaleur animale, la perte de calorique, les échanges (par la peau et le poumon) avec le milieu ambiant; et l'on sait que, sous ce rapport, le poumon est bien plus sensible que la peau. Les médecins de la marine ont soigneusement étudié les modifications physiologiques, qui se produisent chez des sujets adultes (de 25 a 40 ans) sains ou malades, partant des pays tempérés (17°), pour aller séjourner dans des climats chauds (25°à 28°), puis revenant ensuite dans leur pays natal. On constate ainsi les effets de l'action prolongée de prolongé température extérieure, comme dans le cas d'un changement de saison, et non des modifications brusques et passagères comme on les réalise dans les expériences physiologiques. — Ces médecins ont pu ainsi établir les faits suivants : (Archives de médecine navale, passim). Le séjour dans un climat à 25°-28°, après avoir produit une excitation passagère, entraîne un alanguissement de toutes les fonctions : la respiration est plus fréquente, mais moins profonde ; la capacité respiratoire (spirométrie) est plus faible sous les tropiques que dans les climats tempérés. On peut même constater que ces particularités de la respiration s'accusent davantage aux heures chaudes de la journée : il y a adaptation automatique constante de la fonction a la température extérieure. Le retour dans un pays tempéré (17°), produit des effets inverses: la capacité respiratoire est augmentée; le nombre des mouvements respiratoires est moindre, mais leur amplitude est plus grande. D'une façon générale. par conséquent, L'activité respiratoire se modifie dans un rapport inverse avec la température extérieure. La température moyenne de 25°, étant souvent atteinte, en été, dans une, partie de la France, nous pouvons donc en conclure que dans ces conditions il y a une moindre activité fonctionnelle de la respiration; la fréquence des mouvements tend à atténuer cet alanguissement sans le compenser complétement. D'autre part Viérord a trouvé, chez l'homme que, à une température extérieure voisine de 15°2, la quantité d'air expiré et d'acide carbonique fournie est de 1/6° plus grande que sous l'influence d'une chaleur modérée (24°). Et, dans ces recherches, il ne faut pas seulement tenir compte de la température de l'air au moment de l'expérience, mais aussi de l'influence que, les températures antérieures ont exercée sur la constitution des sujets par suite de l'adaptation naturelle de notre organisme à un climat ou à une saison. Ainsi l'expérience faite aux mêmes températures donne un écart plus grand en hiver qu'en été (MilneEdwards). Il semble établi que, pour réaliser les conditions optima de fonctionnement de notre organisme, l'air extérieur doit posséder une température voisine de 15° à 18° C. C'est justement la moyenne de Roscoff en été, ce qui rend ce climat éminemment favorable à la fonction respiratoire sans nécessiter une adaptation pénible. La température modérée de Roscoff a un autre avantage, Ne dilatant pas l'air, elle contribue avec la pression atmosphérique a offrir aux poumons un air plus condensé, c'est-à-dire un air contenant plus d'oxygène sous le même volume : et cette augmentation relative d'oxygène est encore favorisée par ce fait que la vapeur d'eau, possédant une tension moindre à une température modérée, ne prend pas la place d'air respirable, comme cela se produit au bord de la mer dans les pays plus chauds. 3°, Vents. Une brise modérée, en fouettant les narines et le visage, excite également des réflexes pulmonaires. D'autre part elle renouvelle rapidement L'air pur, active l'évaporation pulmonaire et cutanée et par suite stimule vivement toutes les fonctions et spécialement la respiration. Retour au sommaire

Les vents trop violents ont une action excitante et énervante; mais ils sont rares en été à Roscoff tandis que l'absence de toute brise y est exceptionnelle. 4°, Humidité. Elle joue un rôle très considérable dans le jeu de l'appareil pulmonaire, et on a souvent mal apprécié ce rôle parce qu'on a étudié l'humidité sans tenir compte des autres facteurs météorologiques. Un excès d'humidité serait aussi nuisible aux poumons qu'un excès de sécheresse; la première en entravant l'évaporation pulmonaire, la seconde en l'activant outre mesure, d'où congestions faciles, chez les valétudinaires, des bronches. Mais il ne faut pas croire que toujours au bord de la mer cette humidité entrave l'évaporation pulmonaire. C'est qu'il faut faire la part d'un second élément, la température de l'air, qui intervient comme correcteur de l'humidité. On sait en effet qu'un climat est d'autant plus malsain qu'il est à la fois chaud et humide. L'air que nous expirons, s'étant pour ainsi dire mis dans nos poumons en équilibre avec notre chaleur intérieure, sort à une température presque toujours la même. Comme d'autre part il se trouve après son passage dans nos poumons presque saturé de vapeur d'eau, il s'ensuit qu'il contient à ce moment à peu près la même quantité de vapeur quelle que soit la température de l'atmosphère. L'activité de l'évaporation pulmonaire dépendra donc surtout de la quantité de vapeur d'eau contenue dans l'air qui entre, puisque l'air qui sort en contient une quantité à peu près constante. Or, si l'air extérieur en le supposant saturé, est à une température modérée, il sera susceptible, en s'échauffant dans les alvéoles, de prendre encore une grande quantité de vapeur d'eau avant de quitter le poumon, D'autre part, une humidité modérée entraîne un dégagement d'acide carbonique plus abondant qu'un air sec, sans (Joute parce qu'elle provoque des inspirations plus profondes. On voit donc qu'à Roscoff, grâce à la température extérieure peu élevée, l'humidité relative de l'air n'empêche nullement l'activité de l'évaporation pulmonaire, et qu'au contraire elle s'oppose à l'exagération de ce phénomène, donnant ainsi au climat de Roscoff des propriétés sédatives remarquables. 5° Pression barométrique Cette pression est élevée, comme c'est la règle au bord de la mer (762,6 mm comme moyenne des cinq mois de belle saison). Paul Bert a montré que la pression atmosphérique agit sur les êtres vivants surtout en modifiant la composition chimique du milieu où ils sont plongés. A égalité de volume, l'air est plus condensé au bord de la mer, par suite de la pression plus élevée. Il est donc plus riche en oxygène, et quelque légère que paraisse la différence au premier abord, elle ne laisse pas que d'être appréciable si l'on songe que nous faisons 25 à 26.000 inspirations par 24 heures d'un 1/2 litre en moyenne chacune, et que dans le même temps le poumon est traversé par 20.000 litres environ de sang qui se renouvelle sans cesse. (Pour Bouchard, la masse du sang exécute son circuit total 1.850 fois en 24 heures). Joignons là cela que, par suite (le l'augmentation de pression, les inspirations sont plus profondes, le déplissement des vésicules pulmonaires est plus complet et s'exécute passivement, sans effort : par suite, le volume d'air introduit à chaque inspiration est plus grand ; la surface de ventilation est augmentée tandis que l'évaporation pulmonaire est légèrement ralentie par la pression extérieure.

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Donc, en résumé, double bénéfice ; inspiration d'un volume d'air plus considérable et air plus riche en oxygène. Nous avons déjà vu que cette augmentation relative d'oxygène est plus prononcée à une température modérée, qui n'entraîne pas la dilatation de l'air. Ces faits ont une grande importance, car on a établi que la fréquence des respirations ne compense pas leur faible amplitude. La respiration est d'autant plus efficace qu'elle est plus profonde, car il faut qu'elle déplace les couches d'air stagnantes au fond des alvéoles pulmonaires, qui s'opposent à l'hématose en maintenant au contact des vaisseaux une atmosphère viciée. Gréhant a montré qu'une respiration de 1/2 litre renouvelle mieux l'air dans les poumons que deux respirations de 300 cm3 chacune (ce qui fait cependant 600 cm3) exécutées dans le même temps. On comprend par suite, l'importance d'une respiration ample et profonde pour assurer la ventilation pulmonaire. 6° Lumière, espace. Par son action sur la rétine (et par suite sur le cerveau) la lumière provoque des réflexes utiles pour le fonctionnement respiratoire. On sait que l'attaque d'asthme est souvent atténuée ou dissipée par la lumière. D'autre part on respire plus à l'aise et plus largement, la poitrine semble se dilater plus librement lorsqu'on a devant soi un espace étendu, comme c'est le cas au bord de la mer. Joignons à ces causes l'influence dynamogène des grands spectacles de la nature, et on comprendra que la réunion de toutes ces influences puisse encore être un adjuvant utile de la fonction que nous étudions. Pour résumer en quelques mots ce chapitre, on peut donc dire qu'à Roscoff tout se trouve réuni pour faciliter et stimuler la fonction respiratoire sans fatiguer le poumon. Air pur, chargé d'effluves aromatiques qui, à l'instar des sels Anglais, frappent la pituitaire et font dilater la poitrine; brises légères et fraîches qui fouettent le visage et renouvellent rapidement l'atmosphère ; humidité moyenne corrigée par la douceur de la température extérieure ; pression barométrique élevée augmentant la richesse de l'air en oxygène et le volume d'air inspiré; lumière, espace, influences psychiques etc. Tout conspire pour aboutir à ce résultat ; respirations plus profondes, plus lentes, plus faciles d'un air plus riche et plus pur. Aussi ne doit-on pas s'étonner de trouver, au bout de quelques jours seulement, une hématose plus parfaite, un relèvement de l'état général auquel contribue aussi l'élimination plus active des toxiques volatiles sous l'influence des mouvements respiratoires plus amples et plus actifs.

Ce rôle d'épuration par le poumon est sans doute plus important qu'on ne le pense, et on sait que l'élimination pulmonaire est d'autant plus efficace : • • • • 1° que l'étendue de la surface respiratoire est plus grande, 2°, que le volume d'air introduit à chaque respiration et plus considérable, 3° que dans un temps donné cet air se renouvelle plus souvent, 4°, que la respiration est plus active. Or toutes ces conditions se trouvent réalisées à la fois à Roscoff.

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2 – Chaleur animale
La peau est une membrane protectrice d'une extrême sensibilité. Les qualités du milieu où elle est plongée (température, humidité ou sécheresse, vents, etc.), stimulent ses extrémités nerveuses et déterminent des séries de réflexes qui se répercutent sur les grandes fonctions, mais spécialement sur la chaleur animale. Comme la peau est le régulateur de la thermogenèse, à la fois par sa sensibilité spéciale, par l'évaporation cutanée, par, le rayonnement du calorique, etc. , il est évident qu'elle va immédiatement s'adapter aux conditions ambiantes et modifier la production de la chaleur d'une façon corrélative. L'homme se maintient à une température sensiblement constante quels que soient la chaleur ou le froid extérieur : les écarts ne dépassent pas 5 à 7 dixièmes de degré au-dessous ou au-dessus de la normale, suivant que l'atmosphère ambiante est à une température modérée (13° à 14°), ou assez élevée (28° à 29°). Ces différences sont plus marquées, comme j'ai pu m'en assurer, chez les sujets affaiblis ou malades. Quoiqu'il en soit, pour entretenir la vie dans ses conditions normales il ne faut pas que l'excitation des agents physiques extérieurs soit exagérée. Nous sommes adaptés pour résister au froid bien plus qu'à la chaleur. Si nous considérons, comme précédemment, la température de 15° à 18° C, comme étant celle qui fournit à notre organisme le maximum de facilité, une augmentation de 10° (T. 25° à 28°), sera très pénible à supporter longtemps et entraînera une langueur de toutes nos fonctions, tandis qu'un abaissement de 10°(T. 5° à 8°) nous fera peu souffrir : cependant il faudra une lutte et des efforts d'adaptation qui à la longue peuvent épuiser le système nerveux s'il est déjà affaibli. Placé dans un milieu plus ou moins chaud, le corps est protégé par le peu de perméabilité de ses tissus, par l'évaporation pulmonaire et cutanée, par la variation du rayonnement, par l'activité plus ou moins grande de ses organes importants. Les causes qui tendent à activer la respiration intime et les oxydations élémentaires ont pour conséquence une augmentation de la chaleur produite, et traduisent leur action, puisque la température du corps reste à peu près constante, par une augmentation de l'oxygène consommé. En appliquant ces considérations à notre cas particulier, nous pouvons, constater que le climat de Roscoff, où l'écart annuel de température moyenne ne dépasse pas 10°, jouit, par suite, de propriétés toniques, légèrement excitantes sans nécessiter aucun effort d'adaptation exagéré même en hiver. Il provoque une augmentation légère de la thermogenèse et stimule toutes les fonctions, sans les épuiser par un effort trop violent ou trop prolongé.

3 – Circulation
Son activité est liée d'une manière très étroite à la fonction respiratoire ; mais le milieu extérieur l'influence également dans de grandes limites. D'après les médecins de marine, la circulation serait même plus sensible que la respiration aux changements de climat. En effet, la température ambiante, par une série de réflexes cutanés, règle pour ainsi dire automatiquement la circulation périphérique et par suite réagit sur le moteur central. Dans les climats chauds, le chiffre des pulsations augmente les vaisseaux superficiels (cutanés) se trouvant dilatés, le cœur bat plus fréquemment parce qu'il a moins de résistance à vaincre. Mais en même temps la tension artérielle est diminuée, quoique l'élasticité des parois des vaisseaux semble exagérée. Le pouls est plus fréquent, mais les battements sont mous et sans, résistance.

Le passage d'un climat chaud dans un climat tempéré produit des effets inverse ; le cœur bat plus lentement, la tension augmente légèrement. Lorsque les Européens passent d'une température moyenne de 26° à une température de 17°, le pouls tombe de 8 à 10 pulsations par minute, (soit 500 à 600 par heure), d'où une moins grande fatigue.

Ces effets se produisent, quoique moins marqués, chez les personnes qui, en été, quittent une grande ville éloignée de la mer pour venir passer quelques semaines à Roscoff. La pression atmosphérique élevée contribue également à ralentir le cœur,

D'un autre côté la plus grande activité de la respiration, et surtout la plus grande profondeur de l'inspiration forment une gymnastique spontanée utile pour activer la circulation pulmonaire, faire appel, par suite du vide produit, à la circulation veineuse générale et par conséquent faciliter le travail du cœur. J'ai constaté, à plusieurs reprises, l'influence sédative du climat de Roscoff sur la circulation chez certains malades atteints d'une légère insuffisance cardiaque. On ne sait en effet combien les mouvements respiratoires influent sur la facilité avec laquelle le sang arrive au cœur ou s'en échappe.

4 – Digestion – Assimilation - Nutrition
Tout le monde connaît l'influence remarquable de la température ambiante sur cette fonction importante. En été, dès que la chaleur extérieure est élevée, l'appétit disparaît, la digestion est languissante, les selles irrégulières. Le besoin de nourriture est moins impérieux, la faim fait bientôt place à la soif L'atmosphère fournissant à l'organisme plus de chaleur, le mouvement nutritif est ralenti. La chaleur humide est plus déprimante encore que la chaleur sèche (on sait combien les chaleurs de l'été sont nuisibles aux enfants, même dans le pays qui les a vus naître). Au contraire, en hiver, par un temps sec et froid, les effets inverses se produisent ; il y a une suractivité des fonctions digestives et assimilatrices. A Roscoff, à l'influence d'une température modérée légèrement stimulante et d'un air toujours vif, s'ajoute la suractivité imprimée aux autres fonctions : toutes sont en effet solidaires et obligées de se mettre à l'unisson. L'activité plus grande de la respiration et l'oxygénation plus intense, l'augmentation de l'activité, des échanges nutritifs et de la production de la chaleur animale ; tous ces phénomènes qui entrainent un surcroît de dépenses réclament impérieusement des recettes correspondantes. Et, de fait, l'excitation de l'appétit est rapide surtout chez les enfants. J'en ai vu qui, en arrivant à Roscoff, manquaient d'appétit depuis longtemps et mangeaient du bout des lèvres. En moins de 48 heures, après une ou deux après-midi passées sur nos grèves, on ne pouvait les rassasier. Parfois même quoique la fonction digestive s'exécute mieux sous l'influence du climat, j'ai eu à combattre de légères indigestions dues à ce que les organes digestifs alanguis n'avaient pas eu le temps de s'accoutumer à cet excès de travail ; mais le fait est assez rare. On sait que la digestion gastro-intestinale et hépatique n'est que le premier stade de l'assimilation : il faut encore tenir compte de la digestion intracellulaire, dernière étape où la matière s'incorpore à notre organisme de façon à en faire partie intégrante. Or les mêmes raisons qui activent les fonctions digestives proprement dites, stimulent également la vie cellulaire, de façon à rendre nos cellules aptes à transformer les aliments en leur propre substance. De là un relèvement rapide, parfois même surprenant de l'état général. Enfin sous l'influence de l'atmosphère maritime, par suite de la stimulation générale apportée à toutes les fonctions, il y a meilleure utilisation des aliments et combustion plus parfaite, comme le prouvent l'augmentation de l'urée et la diminution relative de l'acide urique. Les impressions psychiques que développe la vue de la mer produisent une action dynamogénique qui se traduit par la joie de vivre et l'exaltation des fonctions nutritives. C'est une sorte de coup de fouet donné à toutes les mutations cellulaires. Retour au sommaire

5 – Action sur la peau
Nous avons déjà étudié en partie l'importance des réflexes qui proviennent de la peau : ses relations avec les reins, l'intestin et le foie sont également bien connues.

Mais elle a un autre rôle. Parmi les multiples impressions qu'elle reçoit du milieu extérieur, il en est qui ont une action plus spéciale, telle est la lumière. Les recherches de Roentgen ont montré que les corps appelés opaques n'ont qu'une opacité relative ; certains rayons peuvent traverser de grandes épaisseurs de tissus et notre corps est plus perméable à la lumière que nous ne le pensons.

A côté des rayons lumineux qui agissent plus spécialement sur notre rétine, des rayons calorifiques qui agissent surtout sur les nerfs cutanés, il y a des rayons chimiques très nombreux, surtout au bord de la mer où l'atmosphère est plus pure, (sur mer la plaque photographique est impressionnée avec une vigueur et une rapidité inconnues sur terre.) Il serait étonnant que ces rayons qui jouent un rôle si considérable dans le règne végétal (fonction chlorophyllienne, etc.) fussent sans action sur le règne animal.

Certains faits montrent l'influence de la lumière sur le tégument externe, même chez les animaux privés d'yeux. Les actinies se ferment quand on les met au soleil ; ce n'est pas dû à la chaleur des rayons solaires car elles s'épanouissent dans l'eau des aquarium chauffée, si on y réalise une obscurité relative. M. de Lacaze Duthiers a remarqué que la Bonellie, quoique aveugle, ne sort jamais au soleil ; le siphon du pholas dactylos se contracte violemment si on projette sur lui un rayon de lumière, et il réagit différemment suivant la coloration de la lumière : il y a en effet, pour certains animaux inférieurs, une lumière optima.

Ces faits et mille autres semblables prouvent donc que la peau jouit d'une sensibilité spéciale à la lumière. On connaît d'ailleurs la pâleur des individus qui vivent dans l'obscurité (mineurs, caliers des navires) comparée aux teintes vives de ceux qui passent leur existence au soleil.

Tout le monde sait également qu'un hâle spécial est produit par l'exposition au soleil et qu'il est très prononcé au bord de la mer. Ce hâle, qui atteint même les parties couvertes (car les vêtements ne s'opposent pas à la pénétration de certains rayons chimiques) est dû à une pigmentation spéciale de la peau ; les phagocytes chargés de pigment sanguin viennent le déposer dans les parties profondes de l'épiderme, afin de préserver le réseau vasculaire et nerveux du derme ainsi que les tissus profonds contre, l'effet d'une lumière trop vive.

Ce procédé de défense prouve que la lumière pénètre à l'intérieur de notre corps et, que son action est importante, car rien dans la nature ne se fait sans but. En supposant même qu'elle ne puisse pénétrer jusqu'aux organes internes, que l'on songe au vaste réseau sous-cutané où le sang vient à chaque instant, au niveau des papilles, se mettre en contact avec la peau, mince membrane translucide, et l'on comprendra qu'il y ait là une action d'autant plus considérable qu'elle se répète tous les jours et pendant plus de douze heures par jour en été.

Les modifications profondes apportées à la vitalité des globules dans la vaste nappe sanguine sous cutanée se traduisent cliniquement par la disparition de l'anémie, la rutilance des globules sanguins et la pigmentation normale des téguments. Le sang vient clone tout entier se revivifier au contact de la lumière ; la peau est un succédané du poumon, et c'est en vivant sans cesse à la lumière autant qu'en respirant un air plus pur que nos cultivateurs et les pêcheurs de nos côtes ont une si belle couleur de santé, quoique leur nourriture soit souvent grossière et insuffisante; « Vivre de l'air du temps » n'est pas toujours une métaphore, car l'air est un véritable aliment, essentiel à l'existence. Retour au sommaire

6 – Action sur le système nerveux et les sens – Action psychique
L'étude des animaux inférieurs prouve que le système nerveux n'est pas essentiel a la vie; c'est un appareil de perfectionnement. Mais du moment qu'il existe dans un être vivant, il relie entre eux les divers phénomènes de la vie et par suite il ressent le contrecoup de tous les, défauts de fonctionnement de nos organes. Le système nerveux subit l'influence, du milieu extérieur de deux façons : • 1° par les impressions que lui envoient sans cesse toutes les parties de notre corps, sensations, obscures, presque inconscientes a l'état normal quand tout marche bien, mais qui produisent un sentiment de malaise plus ou moins vif quand notre organisme fonctionne dans des conditions défectueuses et s'adapte mal au milieu ambiant. C'est un orchestre dans lequel, dès qu'un des instruments n'est plus au ton voulu, il se produit un désaccord. 2° par les influences, psychiques et morales.

Nos sens, par les multiples sensations qu'ils transmettent au cerveau, sont la source d'une série de réflexes sur les grandes fonctions organiques. Nous ne pouvons que soupçonner tous ces réflexes, les uns physiologiques, les autres psychiques (suivant l'intensité de la stimulation et l'individualité de chaque sujet). — Nous avons déjà étudié les réflexes respiratoires excités par les effluves odorantes des varechs et par l'action de la brise de mer à l'entrée des narines, ainsi que la sensation d'euphorie que procurent ces respirations plus profondes et plus libres. La vue, qui a des rapports plus directs avec le cerveau, produit des réflexes bien plus nombreux : action physique stimulante du bain lumineux dans lequel notre corps est plongé (cette action est d'autant plus agréable à Roscoff que la lumière n'atteint jamais l'intensité violente qu'elle a dans le Midi, et que nos plages ont une teinte grisâtre qui adoucit la réflexion du soleil sur le sol) — aspect de l'espace, qui facilite également la respiration;enfin vue du magnifique panorama qu'offre Roscoff, à marée, haute, par une belle journée, avec les îlots verdoyants et les rochers granitiques qui parsèment la mer, et l'île de Batz reposant la vue dans le lointain. Enfin, les sensations de l'ouïe contribuent à reposer et à tonifier le système Au lieu du bruit incessant et de l'agitation des villes, le silence n'est troublé que par le léger clapotis des vagues qui viennent mourir sur le sable. Grâce aux découpures de la côte et à la présence de l'île de Batz, il n'y a jamais de ces hautes lames dont le bruit strident énerve les natures nerveuses. On y trouve donc un calme physique et moral précieux chez les épuisés et les surmenés. Subissant l'influence du physique le moral réagit à son tour sur lui, de sorte que, au lieu du. cercle vicieux qu'avait créé la maladie, où le moral et le physique réagissant sans cesse l'un sur l'autre aggravaient peu à peu l'état du patient, nous obtenons un cercle en sens inverse qui conduit graduellement à la guérison. Rappelons, en effet, la loi d'Alexandre Bain « Les états agréables se rattachent à un accroissement, les états pénibles à une diminution de l'action des fonctions vitales. » Si un état pénible peut parfois, au début, déterminer une réaction violente, toujours lorsqu'il se prolonge, il aboutit à un effet déprimant. Grâce à toutes ces causes, l'activité physique, qui se trouve ordinairement alanguie sous l'influence des chaleurs de l'été, se trouve, ici remontée. Le système musculaire est plus dispos et fournit plus d'énergie. Il y a résistance plus grande à la fatigue physique ; car la fatigue, qui est autant, sinon plus, d'origine nerveuse que d'origine musculaire, ne se fait pas sentir aussi rapidement. L'oxygénation plus énergique du sang influence non seulement l'excitabilité des muscles, mais encore celle des centres nerveux qui donnent l'impulsion. Retour au sommaire

Cette stimulation de l'activité musculaire augmente à son tour le fonctionnement des grandes fonctions vitales et spécialement de la respiration. De là, par une série d'actions et de réactions physiques et psychiques, augmentation du tonus vital général. Telles sont les importantes modifications physiologiques sur lesquelles on peut compter à Roscoff. Après un séjour de quelques semaines, et surtout de 3 ou 4 mois, la vie cellulaire a acquis un mode d'existence nouveau, des habitudes plus normales, et en vertu des lois de l'organisme ce mouvement qui lui a été imprimé dans une direction déterminée va persister longtemps et maintenir le résultat acquis. J'ai pu m'en assurer chez des personnes qui sont venues à Roscoff pendant plusieurs années consécutives. Retour au sommaire

Chapitre 4 AÉRATION CONTINUE
Avant d'étudier les applications thérapeutiques du climat de Roscoff le vais consacrer quelques mots à l'étude de l'aération continue clans notre climat. Je, vois souvent cette excellente méthode prescrite ou appliquée sans aucune règle. Il semble que, en faisant ouvrir la fenêtre à son malade, on va le guérir de tous ses maux : souvent il y gagne une fluxion de poitrine ou une angine, comme j'en ai vu bien des exemples. Pour prescrire avec avantage la cure d'aération continue, il faut évidemment connaître à fond les diverses conditions météorologiques du lieu ; vents dominants avec leurs caractères, températures diurnes et surtout nocturnes dans chaque mois de l'année; il faut tenir compte de l'orientation de la chambre du malade, de l'emplacement de son lit par rapport à la fenêtre, etc... Voyons donc si l'aération continue est applicable à Roscoff et quelles précautions nous devrons prendre pour qu'elle ne soit jamais nuisible. A priori l'étude météorologique précédente nous indique que les qualités spéciales à notre climat se prêtent merveilleusement bien à l'aération continue, même l'hiver, comme j'ai eu occasion de m'en assurer bien des fois. L'absence de grands froids, la stabilité thermique, le peu d'écart entre le minimum de la nuit et la moyenne de la journée, l'absence de changements brusques de température sont des conditions très favorables. On sait, par suite des recherches faites avec les thermomètres enregistreurs, que le moment le plus froid de la nuit a toujours lieu aux environs du lever du soleil. L'abaissement de température est d'autant plus marqué que le ciel, est plus pur et la saison moins avancée. C'est donc à ce moment que le malade aurait le plus à craindre un refroidissement. Mais nous avons vu qu'à Roscoff, même pendant la belle saison, le ciel était presque toujours couvert de bon matin; aussi les thermomètres placés au dehors indiquent que, entre le minimum de la nuit et le chiffre relevé directement à 7 heures du matin, en été, la différence n'est le plus souvent que de quelques dixièmes. D'autre part, les recherches faites avec précision dans les lieux où l'on applique l'aération continue ont montré que la température intérieure des appartements dont on laisse la fenêtre ouverte est de plusieurs degrés plus élevée que la température extérieure, et que les modifications dues à la pluie, au vent, aux orages s'y font, peu sentir. Les personnes les plus délicates peuvent donc être assurées qu'à Roscoff, surtout pendant la belle saison, elles n'ont rien à craindre en laissant leur fenêtre ouverte la nuit. Les brouillards qui, nous l'avons vu, se produisent parfois le matin ; la pluie qui, de temps en temps, survient la nuit en été et qui est fréquente en hiver sont-ils des obstacles ? Nullement. Miss Niglitingale, qui écrivait pour des pays brumeux, insiste dans son livre « Soins aux malades » sur l'excellence de l'air de la nuit, et la nécessité d'ouvrir les fenêtres pendant la plus grande partie de la nuit. Lalesque, dans son excellent livre « Cure marine de la Phtisie pulmonaire » rappelle que la pluie nocturne relève et uniformise la température, diminuant l'écart entre la chaleur du jour et la fraîcheur des nuits, et par suite qu'elle met le malade à l'abri des variations brusques et profondes de la température. Quelle sera l'orientation de la pièce? En hiver il faut éviter l'exposition à l'Est et surtout au N.-E., car nous avons vu que les vents de cette direction sont extrêmement secs et froids. En été la contre indication est moindre, et j'applique l'aération nocturne quelle soit l'orientation.

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Cependant l'exposition au Nord n'est à conseiller en aucune saison, car la chambre ne recevant jamais de soleil est toujours plus froide et plus désagréable à habiter. Les autres orientations sont toutes également bonnes, mais, en hiver, je préfère, quand je le puis, l'exposition au midi, car la plupart des tempêtes soufflent du S.-O. Enfin il faut éviter les appartements dont les fenêtres ouvriraient sur une cour infecte, une prairie marécageuse ou une rivière encaissée couverte toutes les nuits de brouillards épais, une rue très fréquentée par les voitures de bruit pouvant amener l'insomnie), les avenues très poussiéreuses ou les plages à sable sec que le vent soulève en tourbillons. Heureusement qu'aucun de ces inconvénients n'existe à Roscoff.

On connait donc les conditions météorologiques auxquelles on va soumettre son malade; on a déterminé l'orientation de la chambre. Si on a le choix on préférera un appartement vaste, à deux fenêtres. Si la pièce est petite, mal disposée, on peut parfois ouvrir largement la fenêtre d'un appartement voisin communiquant avec le premier. Si on laisse ouverte la fenêtre de la chambre même du malade, j'engage à fermer les persiennes, car on s'oppose ainsi à l'entrée du brouillard, de la pluie et du vent tout en établissant un courant d'air continu et très suffisant.

On peut d'ailleurs toujours à l'aide de paravents, de rideaux convenablement disposés préserver le malade de l'accès direct de l'air sur le visage. Le malade sera soigneusement couvert, car pendant le sommeil on résiste moins bien au froid que pendant la veille ; le gilet de flanelle est de rigueur on y ajoutera un tricot si le malade se découvre souvent la poitrine en dormant. Avec toutes ces précautions l'aération continue est sans danger et je l'emploie depuis plusieurs années avec d'excellents résultats.

Utilité.
Les recherches de Pettenkoffer et Voit; ont montré que pendant le sommeil la respiration semble moins active, il y a une diminution notable de l'exhalation pulmonaire, mais par contre, il y a augmentation de l'oxygène absorbé (près du double, d'après Gautier). En effet, la nuit nous réparons nos forces, nous devons brûler les toxines accumulées dans nos tissus pendant la veille (car on sait que, l'organisme se débarrasse des toxines non seulement en les éliminant mais aussi en les oxydant) et en rejeter une partie à l'extérieur par la respiration. En même temps il nous faut emmagasiner une certaine quantité d'oxygène, sorte de réserve pour le jour suivant. On comprend par suite l'importance de l'aération nocturne de la chambre à coucher : elle remplace un air vicié et mille fois ruminé par de l'air toujours pur, source de forces nouvelles. Ce fait est encore plus important pour les malades. Toutes les fois que j'ai prescrit l'aération nocturne à un malade, il m'a déclaré que son sommeil était plus calme, qu'il se réveillait plus dispos, sans cette lourdeur de tête à laquelle il était habitué auparavant. Il est facile de déduire des considérations précédentes les cas où l'aération continue peut être utile. Je l'ai employé bien souvent non seulement dans la tuberculose pulmonaire menaçante ou confirmée, mais dans beaucoup de maladie chroniques des voies respiratoires (coqueluches traînantes, pleurésies chroniques, congestions pulmonaires chroniques d'origine grippale, etc.) et dans les maladies chroniques caractérisées soit par le ralentissement de la nutrition (diabète, obésité, albuminerie) soit par l'affaiblissement général de l'organisme (chlorose, anémie, convalescences des maladies graves, etc. Retour au sommaire

Chapitre 5 APPLICATIONS THÉRAPEUTIQUES DU CLIMAT DE ROSCOFF
Nous envisagerons la belle saison qui s'étend 1er mai au 1er octobre et qu'on peut appeler à proprement parler la véritable saison médicale. Il y a quelques années à peine, la théorie microbienne semblait avoir bouleversé complètement les anciennes conceptions de la médecine : le microbe était tout dans la genèse des maladies ; on n'accordait à l'organisme qu'un rôle purement passif. Une étude plus approfondie et une plus saine appréciation des choses ont permis de revenir aux idées anciennes en les expliquant. En effet, le rôle de l'organisme dans la production des maladies est considérable. Le microbe est partout ; il pullule autour de nous ; c'est souvent un hôte banal et inoffensif de nos tissus ou de nos humeurs . Que notre économie soit soumise à une cause d'affaiblissement ou de trouble (froid, chagrin, etc.) et cet hôte inoffensif va acquérir des propriétés redoutables ; il va produire la maladie. Au contraire un microbe même virulent peut rester inerte en présence d'un organisme dont toutes les fonctions s'exécutent d'une façon irréprochable. On sait aujourd'hui que la plupart de nos tissus jouissent de propriétés de défense variées (neutralisation ou fixation des microbes ou de leurs toxiques, élimination, etc.) qui leur permettent d'exercer une action protectrice très efficace dans l'état de santé, justifiant ainsi cette définition de Bichat « la vie est la résistance à la mort. » On comprend par suite que, même dans les affections les plus nettement microbiennes il ne suffit pas de poursuivre le microbe, car souvent on ne peut l'atteindre: il faut surtout viser l'organisme, relever toutes les énergies cellulaires qui, par leurs propriétés de défense, annulent le microbe en le rendant inoffensif. Mais en outre beaucoup de maladies ne sont pas d'origine microbienne: telles sont les affections héréditaires, celles qui proviennent d'accidents, d'écarts de régime, etc. Enfin, dans les maladies microbiennes les mieux caractérisées, après la disparition des accidents aigus et l'élimination des microbes et de leurs produits nocifs, il persiste souvent des reliquats dans lesquels le microbe n'a plus rien à voir: modifications anatomiques de divers organes, altérations chimiques de nos humeurs, troubles fonctionnels nombreux qui, par réactions de proche en proche, vont forcer tous nos grands appareils à s'adapter à de nouvelles conditions d'existence. Il faudra cicatriser ces lésions, refaire des forces nouvelles, et des tissus nouveaux, équilibrer les recettes et les dépenses et rétablir ainsi l'harmonie qui est la condition indispensable de la santé. Concluons donc que la clef de la pathologie comme de la thérapeutique reste toujours l'organisme; c'est la cellule vivante qui prépare la défense ou fait la maladie. Nous devons donc relever et tonifier l'énergie cellulaire, mettre l'être vivant à même de lutter avantageusement contre ses ennemis soit pour empêcher l'éclosion de la maladie (rôle prophylactique), soit polir en amener la guérison si c'est possible, soit au moins pour en arrêter et en limiter les ravages, pour réparer les pertes de façon à ramener l'équilibre dans les fonctions troublées et à permettre ainsi à nos organes de rétablir, par des compensations et des suppléances diverses dont la nature a le secret, un équilibre compatible avec une existence normale. Retour au sommaire

Si la guérison anatomique n'est pas toujours possible, on peut obtenir plus souvent qu'on ne le croit la guérison fonctionnelle car chaque organe d'une force latente capable d'entrer en jeu au moment opportun, lorsque sa fonction troublée l'exige ; et nous pouvons l'aider puissamment dans cette œuvre. On voit par cet exposé combien d'indications multiples le médecin doit et peut remplir ; et quelle est l'importance de sa tâche spécialement dans les maladies chroniques. Les agents physiques : climat, aération, gymnastique, massage, alimentation, hydrothérapie jouent un rôle prépondérant dans ce traitement lorsqu'on sait utiliser toutes leurs ressources. Pour ce qui est du changement de climat, en particulier, on comprend l'importance d'un procédé qui agit sur le sujet d'une façon passive, surtout quand il ne nécessite aucun effort d'adaptation, comme c'est le cas à Roscoff. Un climat bien connu peut donc devenir entre les mains du médecin un merveilleux moyen de traitement. Changer de climat c'est en effet naître une nouvelle vie. Toutes les grandes fonctions, comme nous l'avons vu, tendent à s'adapter au nouveau milieu, et si l'on connait d'un côté les particularités de ce milieu, de l'autre les modifications intimes que subit l'être vivant, qui y est plongé, ou peut utiliser le changement de climat pour produire des modifications bien nettes et bien définies. Les bienfaits de ce procédé de traitement sont d'ailleurs connus depuis longtemps, d'une façon empirique, dans certaines convalescences traînantes. Sans faire absorber de médicaments à un malade dont les voies digestives sont souvent en fort mauvais état on peut donc, profitant des ressources qu'offre un nouveau climat, réveiller l'appétit, augmenter les forces vitales et les faire concourir, clans un consensus harmonieux, à la guérison définitive. Les effets du climat de Roscoff sont évidemment complexes, à cause d'une part de la complexité, des éléments qui le composent, et d'autre part de la variété des individus qui, soumis à une même influence, réagissent différemment. On peut dire d'une façon générale qu'il est tonique et stimulant sans être excitant. Il relève rapidement les constitutions délabrées, épuisées ou alanguies. Son action éloignée est également sédative, car en éloignée rétablissant l'équilibre des fonctions organiques il empêche la prédominance du système nerveux, et l'on voit bientôt le calme succéder à l'énervement. « Fortifier c'est calmer » comme on l'a dit avec juste raison. D'ailleurs le modus faéiendi a une grande importance: stimulant si on laisse le malade courir sur les grèves, sédatif si on associe la cure de repos à l'aération continue ; mais tonique dans tous les cas. On le voit en définitive, ce qu'il faut surtout chercher à Roscoff c'est un effet de remontement général.

Qu'il s'agisse d'une maladie générale, anémie ou dystrophie, de causes, diverses, états de langueur, de dépérissement général ou convalescences traînantes ; qu'il s'agisse de ces affections organiques dites locales, dans lesquelles il y a souvent comme cause première réelle un fonctionnement vicieux acquis ou héréditaire de tout l'organisme, et qui d'ailleurs, en se prolongeant, entraînent une souffrance générale de tout l'être, (cause nouvelle d'aggravation pour la maladie locale), tous ces cas se rapprochent par un élément commun ; l'insuffisance relative de tous les grands appareils qui sont au dessous de leur tâche et dont le fonctionnement vicié tend à perpétuer l'affection.

L'appétit a disparu, les digestions difficiles ne fournissent pour renouveler le sang que des produits mal élaborés ; la respiration est superficielle et peu efficace ; la force vitale est abattue; le moral est atteint comme le physique et contribue à faire tourner le malade dans un véritable cercle vicieux.

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C'est contre cet état de méiopragie générale que Roscoff est souverain : en relevant l'état général on y obtient même souvent la guérison de lésions locales qui étaient entretenues par l'alanguissement de toutes les fonctions. Ces considérations générales suffisent pour que le médecin puisse poser, pour chaque cas particulier, les indications du climat de Roscoff, sans qu'il soit nécessaire de passer en revue la pathologie entière. Je n'ajouterai que quelques mots. • 1 - D'ans les affectations générales, telles que le, Rhumatisme, le Diabète, la scrofule et le lymphatisme, la syphilis ancienne, les anémies diverses, l'albuminurie chronique d'origine infectieuse chez les sujets épuisés par des suppurations chroniques ; dans la tuberculose osseuse, dans les convalescences traînantes, le climat de Roscoff donne d'excellents résultats surtout par l'activité extraordinaire qu'il imprime à l'hématose et au mouvement nutritif en général. Les enfants délicats, lymphatiques, les adénoïdiens (après l'enlèvement de leurs adénoïdes), ceux qui présentent de l'adénopathie trachéo-bronchite se développent à vue d'œil et reprennent rapidement appétit forces et couleurs. L'exagération de la nutrition, l'équilibre circulatoire, l'apparition du sang sous la, peau, la re-coloration des muqueuses sont déterminées à la fois par l'ampleur des fonctions respiratoires et circulatoires. 2 - Dans les affectations de voies respiratoires, la question du séjour au bord de la mer a été très discutée. S'il s'agit d'états chroniques consécutifs à une affection aiguë, tels, que coqueluches traînantes, engouements pulmonaires ou reliquats de pneumonie et de pleurésie grippales ou autres, je puis être très affirmatif : le séjour de quelques semaines à Roscoff amène une véritable transformation, et j'ai vu bien des malades guérir par ce seul mode de traitement.

Pour la tuberculose pulmonaire, les indications sont plus difficiles à saisir. Cependant une expérience datant de près de 11 ans me permet de donner les conclusions suivantes : • 1° Quand un sujet est prédisposé à la tuberculose pulmonaire par ses antécédents de famille ; lorsque l'on craint cette triste éventualité à la suite de misère physiologique, de causes déprimantes diverses (chagrins, excès, etc) ; lorsqu'enfin le sujet est délicat, s'enrhume facilement tous les hivers et présente en un mot l'apparence de ce qu'on a nommé le « candidat à la tuberculose », le séjour de Roscoff a un effet certain : Il met l'organisme en état de lutter avec avantage contre l'envahissement du microbe, et surtout, spécialement chez les adolescents, il amène une transformation complète du sujet. J'ai pu suivre pendant plusieurs années quelques-uns de ces malades qui venaient passer à Roscoff 3 ou 4 mois par an, et j'ai pu m'assurer que le résultat était durable.

2° Lorsque le malade en est à cette période que l'on désigne par l'euphémisme de « rhume négligé», lorsqu'il présente de la toux avec crachats bacillaires, des craquements aux sommets, sans fièvre ou avec peu de fièvre et que l'état général n'est pas encore gravement atteint, le climat de Roscoff est encore excellent. La respiration y est plus profonde, l'expectoration est facilitée par l'humidité relative de l'air (qui, en été, n'a rien d'exagéré) ; par suite, les toux quinteuses et fatigantes se calment, le sommeil est meilleur. Bientôt, l'aération continue aidant, le relèvement de l'état général entraîne peu à peu l'amélioration des signes locaux et pu arriver à des guérisons qui ne se sont pas démenties depuis plusieurs années. Mais, il faut bien le dire, pour obtenir ces heureux résultats le malade ne doit pas être livré à lui-même : il faut qu'il soit soumis à une surveillance médicale constante et éclairée.

II - Dans les périodes plus avancées, lorsque la fièvre est continue, surtout dans les formes éréthistiques avec pouls fréquent et instable, l'effet du climat de Roscoff est souvent nuisible, sans doute à cause de la vivacité de l'air. C'est une arme à deux tranchants qui demande à être maniée avec la plus grande précaution. — Cependant, en été, Roscoff offre à quelques-uns de ces malades bien des avantages : une température modérée, plutôt fraîche que chaude, un air vif et salubre qui excite l'appétit, et surtout l'uniformité, la stabilité des conditions météorologiques.

Quoiqu'il en soit, si je puis recommander chaudement le séjour à Roscoff aux prédisposés à la tuberculose pulmonaire et à ceux qui sont légèrement atteints, je serai plus réservé pour les formes plus avancées. Quelques-uns s'en trouvent bien, mais c'est le petit nombre ; et la question demande à être résolue pour chaque cas individuellement. III. — Le séjour au bord de la mer est nuisible aux cardiaques, disent certains auteurs. Ainsi posée la proscription est trop absolue. M. Huchard pense que le bord de la mer produit souvent chez les cardiopathes artériels une excitation circulatoire qui peut leur être défavorable. Je n'ai pas d'expérience à ce sujet; mais je puis assurer que les affections valvulaires peu avancées sont améliorées par un séjour à Roscoff. On sait que les vicissitudes atmosphériques sont préjudiciables aux cardiaques, qu'il leur faut, comme le dit Peter, une température modérée, plutôt fraîche que chaude entre 16° et 20° centigrades. D'autre part les pressions atmosphériques élevées ralentissent les mouvements du cœur et abaissent la tension artérielle; par suite le cœur se trouve soulagé, grâce à une diminution de sa vitesse et de l'effort à vaincre. L'activité imprimée à la respiration combat la stase veineuse en déterminant un appel plus énergique du cœur droit, et en imprimant au sang une impulsion plus grande, grâce au développement du champ hématosique et à l'augmentation de la capacité thoracique.

Cela répond au grand principe de cardiothérapie si bien mis en relief par M. Huchard : « soulager le cœur pour le fortifier. »

Enfin l'état général bénéficie de l'absorption plus active d'oxygène, de l'augmentation de l'appétit, de la suractivité imprimée à toutes les fonctions. Joignons-y le repos physique et moral, la facilité de suivre un régime spécial, la possibilité d'utiliser en même temps que le massage, quelques bains chauds chlorurés (eau de mer étendue de plus ou moins d'eau douce) et l'on comprendra que l'on puisse obtenir à Roscoff des améliorations fonctionnelles remarquables dans certaines affections du cœur. IV - Dans les affections chroniques du système digestif (estomac, intestins, foie) le séjour à Roscoff entraîne les mêmes modifications avantageuses que dans les autres états chroniques, et il en résulte une amélioration de la maladie locale. Bien des dyspepsies nervomotrices, des diarrhées chroniques par atonie générale disparaissent après quelques semaines de séjour sur nos plages. V — Mêmes remarques dans les affectations de l'utérus et de ses annexes. Que la malade soit épuisée par les douleurs ou par une suppuration chronique, etc., l'état local n'est pas tout et ne doit pas accaparer seul toute l'attention du médecin. J'ai vu plusieurs jeunes femmes qui avaient déjà subi plusieurs opérations (curettage, Schroeder, etc) avec grand avantage au point de vue local, mais sans amélioration notable au point de vue de l'état général trouver la guérison et la possibilité de reprendre leurs occupations habituelles après un séjour de quelques mois à Roscoff. En résumé, Roscoff s'adresse surtout aux affections chroniques avec ralentissement des combustions générales, avec symptômes d'insuffisance ou de torpidité respiratoire ou digestive ; aux états de langueur, de dépression physique et psychique avec ou sans déchéance organique ; en un mot aux hypofonctions des divers appareils de la nutrition et de l'assimilation. Retour au sommaire

CHAPITRE VI

Traitements et accessoires
Qu'on ne m'accuse pas de considérer le climat de Roscoff comme une panacée universelle. Je l'ai étudié au point de vue météorologique et J'en ai montré les indications générales : mais il ne faut considérer comme justiciables d'un seul agent physique qu'un petit nombre d'affections chroniques.

On ne peut demander à un unique moyen de traitement la guérison d'une maladie qui a entraîné une déchéance générale de tout l'être. Il faut y faire concourir plusieurs procédés employés simultanément. Le climat ne suffit donc pas pour entretenir le stimulus vital, le relever lorsqu'il est défaillant, l'abaisser quand il est exagéré ; mais c'est en somme un adjuvant de premier ordre.

A ce sujet, Roscoff offre encore bien des ressources à qui sait les utiliser : l'Hydrothérapie marine, chaude ou froide ; le canotage et les excursions en mer, ce merveilleux moyen de combiner la cure de repos avec l'aération continue; sans compter le massage, l'exercice méthodique et régulier que l'on peut utiliser là comme partout ailleurs ; enfin la possibilité de suivre, grâce aux ressources du pays, les régimes les plus variés.

C'est dire nombreuses indications que le médecin peut remplir a Roscoff, et je puis assurer en terminant, qu'en combinant suivant les circonstances, le séjour dans cette petite ville avec l'aération continue, l'hydrothérapie marine, la navigation, le régime, j'ai obtenu des résultats qu'il me paraît impossible d'obtenir par aucun autre procédé.

FIN

BUZANÇAIS (INDRE), IMPRIMERIE DEVERDUN ET JAGUIN.

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Historique de la thalassothérapie
Comme toutes les disciplines médicales, la thalassothérapie ne s'est pas faite en un jour. Si l'on se réfère à Euridipe (Vème siècle avant J-C) et sa célèbre phrase "La mer guérit les maux des hommes", il semblerait que les Grecs aient été les premiers à avoir découvert les vertus thérapeutiques de l'eau de mer. Il faudra attendre le 31 décembre 1865 pour que le mot "Thalassothérapie" voie le jour. Il est l'œuvre du Docteur Joseph La Bonnardière qui, présentant ce jour là à Montpellier sa thèse de doctorat en médecine, propose l'adoption de ce mot dans le vocabulaire médical français. L'utilisation de l'eau de mer à des fins thérapeutiques a entraîné, principalement au XIXème siècle, la création de quelques centres le long des côtes françaises. Ces établissements utilisaient l'eau de mer essentiellement sous forme de bains, douches, lotions ou vapeur mais également en cure de boisson. Les indications étaient alors le traitement du rachitisme chez l'enfant, la tuberculose osseuse et quelques affections chroniques. La thalassothérapie moderne, telle que nous la pratiquons aujourd'hui, est incontestablement l'œuvre d'un médecin de marine, le Docteur Louis Bagot. En 1887, ce praticien s'installe à Saint Pol de Léon et ouvre un cabinet annexe à Roscoff Passionné de climatologie, il profite des installations de la station biologique de Roscoff pour entreprendre de longues et minutieuses études sur le site et le climat. En 1899, il fonde l'Institut Marin Rockroum et décide de substituer au caractère empirique des soins une thérapeutique rationnelle fondée sur la tonicité du climat et la richesse physico-chimique de l'eau de mer. Pour la première fois, il met en œuvre le traitement des rhumatismes dans de l'eau de mer chauffée, avec un grand principe, le mouvement dans l'eau. La kinébalnéothérapie est née. 1964: Louison Bobet commence une retraite sportive active en ouvrant un institut de thalassothérapie à Quiberon. Cette reconversion, il la doit à Roscoff. "La Thalassothérapie est devenue pour moi une véritable obsession, au lendemain d'un séjour à Roscoff. En pleine carrière sportive, j'avais été victime d'un grave accident d'auto. Le chirurgien suggéra une cure d'eau de mer à Roscoff chez le Docteur Bagot. Les résultats sur mon organisme ébranlé, furent si nets, si spectaculaires que, remis sur pied, je restai ébloui par les vertus de l'eau de mer" L'apport de Louison Bobet à la thalassothérapie aura été de lui donner une nouvelle dimension en y apportant un nouveau concept, celui de la "remise en forme". Malgré tout ce passé, la thalassothérapie n'est véritablement revenue à la mode qu'à la fin des années 80 avec la prise de conscience de l'importance de la prévention pour garder une bonne santé. L'objectif de la cure de thalassothérapie est de promouvoir un mieux-être à tous les âges, à tous les niveaux et selon tous les besoins. La disponibilité de corps et d'esprit qui accompagne une cure génère dans un contexte de bienêtre et de retour vers soi un "espace-temps" idéal pour évacuer le stress et redonner à l'ensemble du corps une fonction harmonieuse. Elle est également le moment de devenir un acteur averti de sa santé en s'imprégnant des conseils et techniques proposés tout au long de la cure. Notre monde moderne ne s'y est pas trompé. En 1989, seuls 22 instituts de thalassothérapie étaient ouverts le long des côtes françaises. Aujourd'hui, ce sont plus de 45 centres qui fonctionnent en offrant suivant l'implantation géographique et les cures proposées une variété et une richesse uniques au monde. Tréboul - Douarnenez est le dernier-né de la profession et nul doute, que les compétences acquises ces dernières années lui permettront de naviguer très rapidement dans la cour des grands centres de thalassothérapie qui ont faits de la France une nation pionnière dans ce domaine. Retour au sommaire

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