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LM1, CHAPITRE 5 : Ensembles, relations, fonctions

Cours des mardis 30 novembre, 7 et 14 décembre 2010

Nous n’allons pas définir ici la notion d’ensemble, considérée comme une notion primitive en mathématiques. On ne peut évidemment pas tout définir à partir de rien. Cependant, il faut savoir que, en mathématiques, on ne peut pas considérer comme un ensemble n’importe quelle « collection » d’objets mathématiques, car cela conduit à des contradictions, comme nous le verrons (paradoxe de Russell). Dans ce chapitre, où nous allons nous appuyer essentiellement sur une idée naïve des ensembles, nous fixerons une terminologie et des notations et passerons en revue quelques propriétés fondamentales des ensembles, des relations et des fonctions. Une idée importante est qu’on peut considérer des ensembles sans être obligé de préciser la nature des objets qui les constituent. Ainsi par exemple, si A et B sont deux ensembles, il y a un ensemble constitué des objets qui appartiennent simultanément à A et à B ; on l’appelle « intersection des ensembles A et B » et on le note A B. Cette définition et les propriétés de l’opération sont va-

lables quel que soit le type d’objets composant les ensembles considérés : il peut

s’agir de nombres (entiers, rationnels, réels, complexes

(points, figures variées, transformations du plan ou de l’espace), de fonctions,

mais aussi d’ensembles ! Et cela amène à une deuxième idée impor-

d’objets géométriques

),

de suites

tante : il ne faut pas croire que les objets mathématiques se répartissent entre deux catégories distinctes qui seraient d’une part les ensembles et d’autre part les objets qui peuplent ces ensembles (les éléments). Avec des notations qui vous sont déjà familières et que nous rappellerons sous peu, on peut considérer l’en- semble {0, 1} (constitué de deux éléments : les nombes 0 et 1) mais on peut considérer aussi l’ensemble {∅, {0}, {1}, {0, 1}}, qui lui a quatre éléments, à sa- voir : les ensembles (ensemble vide), {0} (ensemble à un élément constitué du nombre 0), {1} (ensemble à un élément constitué du nombre 1) et {0, 1}. Vous le savez, lorsqu’un objet a figure parmi ceux qui constituent un ensemble A on écrit « a A » et on dit « a appartient à A » (ou « a est élément de A »). Et donc, on peut être amené à considérer {0, 1} comme un ensemble et 0 comme un élément de cet ensemble, en écrivant 0 ∈ {0, 1}, puis à considérer ce même objet {0, 1} comme un élément en écrivant {0, 1} ∈ {∅, {0}, {1}, {0, 1}}. Vous voyez que, en pareille situation, il vaut mieux être vigilant et bien placer les accolades

Égalité, appartenance, inclusion

Il y a en mathématiques deux énoncés fondamentaux : a = b et a b, qui correspondent aux deux relations fondamentales : l’égalité et l’appartenance. Ici a et b désignent des objets absolument quelconques. L’énoncé a = b (qui, vous l’avez remarqué, a deux variables libres a et b),

1

exprime que c’est UN SEUL ET MÊME OBJET qui est désigné par les lettres a et b. Disons cela autrement : affirmer que l’énoncé « a = b » est vrai, c’est dire que « a » et « b » sont deux noms pour un même objet. Il vous arrive très souvent, quand vous faites des mathématiques, d’avoir pour tâche d’établir des égalités, c’est-à-dire de prouver que sous deux noms différents se cache en fait le même objet. C’est vrai à l’école primaire, lorsque vous constatez que 2 + 3 = 5 ; c’est vrai à l’université, quand vous démontrez l’égalité :

x C | x 2 + x + 1 = 0 = 2 + i 3

1

1

2

,

2

i 3

2

(notez que dans cet exemple c’est la deuxième occurrence du signe = qui illustre notre propos).

Passons à l’énoncé a b. Au fait, quelles sont ses variables libres ? Oui, les mêmes que dans a = b. Cet énoncé (qu’on lit donc « a appartient à b » ou « a est élément de b », exprime que b est un ensemble et que a figure parmi les objets qui constituent cet ensemble. Insistons sur le fait que a peut parfaitement être lui-même un ensemble.

Le symbole d’appartenance, , est une graphie rare de la lettre grecque epsilon (minuscule), notée habituellement ε.

Il y a une relation entre appartenance et égalité : c’est une propriété très importante (même si elle semble aller de soi). Elle se décompose en deux :

1. Deux ensembles égaux ont exactement les mêmes éléments. Ça, ça va vraiment de soi ! En effet, si a et b sont des ensembles tels que a = b,

alors ils ne sont qu’un seul et même objet et ce qui vient d’être dit, c’est qu’un

lui-même ! On peut exprimer

le fait que les ensembles a et b ont exactement les mêmes éléments en utilisant

un quantificateur (et donc une variable muette) :

x(x a ⇐⇒ x b)

(ce qui vient d’être écrit, c’est que, pour tout objet x, ou bien x est simultané- ment un élément de a et un élément de b, ou bien x n’est ni un élément de a ni un élément de b). Et la propriété qui a été énoncée est la suivante :

quels que soient les ensembles a et b, si a = b, alors x(x a ⇐⇒ x b).

2. Deux ensembles qui ont exactement les mêmes éléments sont égaux. Cette fois, même si cela semble conforme au bon sens, on voit que c’est notre idée intuitive du concept d’ensemble qui nous dit que c’est vrai, et non un fait incontestable indépendamment de cette idée intuitive. Il s’agit donc d’une pro- priété que nous admettons (heureusement, nous n’avons pas beaucoup d’efforts à faire pour l’admettre). Elle peut s’exprimer ainsi :

ensemble a exactement les mêmes éléments que

2

Quels que soient les ensembles a et b, si x(x a ⇐⇒ x b), alors a = b.

Finalement, on peut énoncer la propriété suivante :

Deux ensembles sont égaux si et seulement si ils ont les mêmes éléments.

Autrement dit :

Quels que soient les ensembles a et b,

a = b si et seulement si x(x a ⇐⇒ x b).

On utilise très très souvent cette propriété pour prouver l’égalité de deux ensembles : on prouve en fait qu’ils ont les mêmes éléments, et on scinde souvent cette preuve en deux : on prouve d’abord que tout élément du premier est élément du second, puis que tout élément du second est élément du premier. Cela s’exprime plus facilement à l’aide de la notion d’inclusion, dont voici la définition :

Soit a et b deux ensembles. On dit que a est inclus dans b, ou que a est contenu dans b, ou que a est un sous-ensemble de b, ou que a est une partie de b, et on note a b (mais aussi a b, que vous rencontrerez plus souvent) si tout élément de a est aussi un élément de b. On a donc, par définition, Quels que soient les ensembles a et b,

a b si et seulement si x(x a =x b).

On voit donc immédiatement que, pour que deux ensembles a et b soient égaux, il faut et il suffit que chacun d’eux soit inclus dans l’autre, autrement dit que l’on ait simultanément a b et b a.

On écrit a / b pour « non a b » et a b (ou a

b) pour « non a b ».

Attention, ne confondez pas (symbole de non-inclusion) et le symbole (symbole d’inclusion stricte), qui a une tout autre signification : a b est une abréviation pour « a b et a = b » (et se lit « a est strictement inclus dans b). On voit que a b est vrai si et seulement si tout élément de a est un élément de b mais il y a au moins un élément de b qui n’est pas élément de a.

Il est important de remarquer que l’énoncé a b signifie qu’il existe au moins un élément de a qui n’appartient pas à b :

Quels que soient les ensembles a et b,

a b

si et seulement si x(x a et x / b).

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Il est essentiel de ne pas confondre appartenance et inclusion. Ces mots, et les symboles correspondants, ne sont pas interchangeables ! On a par exemple :

1 ∈ {0, 1}

{1} ⊆ {0, 1} mais {1} ∈/ {0, 1}

{0, 1} ∈ {∅, {0, 1}} mais {0, 1} {∅, {0}, {1}, {0, 1}}

i 3 x C | x 3 = 1 et aussi

1 2

+

i √ 3 , − 1 2 2
i √ 3 , − 1 2
2
x 3 = 1 et aussi − 1 2 + i √ 3 , − 1

2

− 2 1 + i √ 3 , − 1 2 − i √ 3
2 1 + i √ 3
, − 1 2 − i √ 3 x ∈ C | x 3 = 1 .
2
2

Une des choses qui favorisent la confusion entre appartenance et inclusion, c’est l’utilisation du mot « contient » qui peut parfois signifier « admet comme sous-ensemble » et parfois « admet comme élément ». Par exemple on pourra rencontrer tout aussi bien les deux phrases suivantes : « l’ensemble des entiers contient l’ensemble des nombres premiers » et « l’ensemble des entiers contient le nombre 2 » . or (en appelant P l’ensemble des nombres premiers) la première signifie « P Z » et la deuxième « 2 Z ». Il convient donc de manier cela avec précaution.

L’ensemble vide

Il y a un ensemble qui n’a aucun élément. On l’appelle l’ensemble vide et on le note . Certains utilisent la notation {} (une accolade ouvrante immédiatement suivie d’une accolade fermante) pour désigner l’ensemble vide. Nous vous la DÉCONSEILLONS TRÈS FORTEMENT. L’ensemble vide est unique. En effet, deux ensembles vides ont exactement les mêmes éléments (c’est-à-dire aucun !) et sont donc identiques.

ATTENTION ! IL NE FAUT SURTOUT PAS CONFONDRE

et

{∅}.

Il s’agit de deux ensembles distincts. Le premier est vide, le deuxième ne

l’est pas ! L’ensemble {∅} a UN élément. On a ∅ ∈ {∅}. Remarquez qu’on a aussi

∅ ⊆ {∅} et même {∅}. Mais {∅} ∈/

et {∅} .

En fait, l’inclusion ∅ ⊆ {∅} est un cas particulier de la propriété suivante :

Pour tout ensemble A, on a ∅ ⊆ A.

Pour s’en convaincre, il suffit de considérer la négation de l’énoncé ∅ ⊆ A, c’est- à-dire l’énoncé A, qui, comme on l’a vu, signifie « x(x ∈ ∅ et x / A) », qui est un énoncé clairement faux. Et donc l’énoncé ∅ ⊆ A est toujours vrai.

Remarquons enfin que l’énoncé A = est synonyme de l’énoncé x(x / A).

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Diverses façons de définir un ensemble ; notations associées

Il y a principalement deux façons de définir un ensemble :

1. En extension : on donne la liste exhaustive des éléments de l’ensemble. Cela

n’est évidemment possible que si l’ensemble est fini. Cette liste est donnée entre accolades, les éléments étant séparés par des virgules. On a déjà utilisé ce pro-

cédé plus haut : {0, 1}, {∅, {0}, {1}, {0, 1}}, {∅, {0, 1}}, −
cédé plus haut : {0, 1}, {∅, {0}, {1}, {0, 1}}, {∅, {0, 1}}, − 1 2 + i √ 3
, −
2 1 − i √ 3
,
2
2

{∅} sont des définitions en extension d’ensembles (le premier, le troisième et le quatrième ont chacun deux éléments, le deuxième en a quatre et le cinquième en a un. L’ordre dans lequel les éléments sont listés n’a pas d’importance :

{∅, {0}, {1}, {0, 1}} et {{0, 1}, {1}, , {0}}, désignent exactement le même en- semble.

2. En compréhension : on définit l’ensemble comme sous-ensemble d’un autre

ensemble en donnant une propriété caractéristique que vérifient les éléments de ce sous-ensemble. Plus précisément, étant donné un ensemble E et un énoncé Φ[x] où la variable x est libre, on peut définir l’ensemble A constitué des éléments x de E pour lesquels l’énoncé Φ[x] est vérifié. On le note :

A = {x E | Φ[x]}.

On remarque que cette définition revient à dire que l’énoncé suivant est vrai :

x (x A ⇐⇒ (x E et Φ[x])) .

On a déjà utilisé des définitions en compréhension plus haut, par exemple quand on a considéré l’ensemble

x C | x 2 + x + 1 = 0 .

On dispose donc de deux définitions différentes, mais équivalentes, de cet en-

semble, l’une en extension ( 1 2 + i 3 , 1 2 i 3 ), l’autre en compréhension

( x C | x 2 + x + 1 = 0 ).

( x ∈ C | x 2 + x + 1 = 0 ). 2 2

2

( x ∈ C | x 2 + x + 1 = 0 ). 2 2

2

ATTENTION : l’ensemble E joue ici un rôle essentiel, même si la plupart du temps il est loin d’être unique ! Il serait bien sûr tentant de considérer l’en- semble de tous les x qui ont la propriété Φ[x], sans se restreindre à ceux qui appartiennent à un ensemble E. Mais cela peut conduire à des contradictions (comme on l’a dit plus haut : il n’est pas vrai que n’importe quelle collection d’objets constitue un ensemble). Ce propos est illustré par le passage qui va suivre, consacré au célèbre paradoxe de Russell. Composé en petits caractères, il est surtout là à titre de complément et d’éclairage historique et culturel, et peut être ignoré en première lecture.

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Le paradoxe de Russell 1

Supposons que, pour tout énoncé Φ[x], il existe un ensemble constitué de tous les objets x pour lesquels Φ[x] est vrai, sans restriction ; on noterait naturellement un tel ensemble de la façon suivante : {x | Φ[x]}. Prenons alors pour Φ[x] l’énoncé x / x, et posons

B = {x | x / x}.

Le problème surgit lorsqu’on se pose la question « est-ce que B B ? » :

- si la réponse est oui, alors B doit satisfaire la propriété caractéristique des éléments de B,

c’est-à-dire qu’on doit avoir B / B ;

- si la réponse est non, alors c’est que B ne satisfait pas la propriété caractéristique des éléments

de B, donc B / B est faux et on a B B.

En conclusion, on a B B si et seulement si B / B, ce qui est contradictoire.

À l’époque où Russell a fait cette constatation (au tout début du xx e siècle), il semblait tout

à fait naturel et banal de considérer l’ensemble des objets x ayant une certaine propriété Φ[x], et

aucun mathématicien ne pouvait imaginer de remettre cela en cause. C’est pourquoi on a parlé de

paradoxe, et cela a contribué à alimenter le doute et à nourrir de sérieuses controverses entre les

plus grands mathématiciens de l’époque. On a ensuite décrit cette période comme étant celle de la

crise des fondements en mathématiques.

Pour nous aujourd’hui, les choses sont beaucoup plus simples et il n’y a pas de paradoxe,

mais simplement une contrainte qui nous est imposée lorsque nous voulons établir des règles pour

les mathématiques. Nous venons de démontrer qu’il n’est pas possible de supposer comme nous

l’avions fait que, pour tout énoncé Φ[x], il y a un ensemble ({x | Φ[x]}) formé de tous les objets x

qui satisfont Φ[x]. Signalons enfin que c’est par un raisonnement du même genre que celui qu’on vient de faire qu’on démontre qu’il n’est pas possible de supposer l’existence d’un ensemble qui serait constitué de tous les ensembles (on admet ici que tous les objets mathématiques sont des ensembles). On raisonne encore par l’absurde en supposant l’existence d’un tel ensemble, disons Z. On a donc, pour tout x, x Z. On peut alors considérer (légitimement, cette fois !), le sous-ensemble Y suivant de Z :

Y

= {x Z | x / x}.

On a donc, pour tout ensemble x, x Y si et seulement si (x Z et x / x), mais comme

l’énoncé x Z est supposé toujours vrai (puisque Z est l’ensemble de tous les ensembles), (x Z

et x / x) équivaut simplement à x / x. Finalement, pour tout x, x Y si et seulement si x / x, et

on conclut, de la même façon que pour le paradoxe de Russell, que Y Y si et seulement si Y / Y ,

ce qui est une contradiction. Il n’y a donc pas d’ensemble de tous les ensembles (mais on vit très

bien en s’en passant !).

On a de l’ensemble vide une définition en compréhension : on prend un

ensemble E quelconque, et on considère le sous-ensemble suivant de E : {x

E | x

= x}. C’est l’ensemble vide ! En donner une définition en extension est plus

C’est peut-être là l’origine de la notation {} signalée (et déconseillée !)

difficile

plus haut.

En dehors de ces deux principales méthodes de définition d’ensembles (ex- tension ou compréhension), il convient d’en signaler encore deux autres :

1. du nom du philosophe et mathématicien anglais Bertrand Russell (1872-1970).

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.} pour

.} pour l’ensemble

des carrés d’entiers, ou encore {1, 2,

(au sens large) entre 1 et k. Ces notations sont conventionnelles et facilement comprises par tout le monde, même si elles peuvent être jugées ambiguës en

raison des points de suspension dont le statut n’est pas facile à préciser. On est dans une situation intermédiaire entre la liste exhaustive (clairement impossible dans ce genre de cas) et la définition en compréhension qui est sous-jacente mais n’apparaît pas explicitement (ainsi, dans le troisième exemple ci-dessus, la propriété Φ[x] sous-jacente est 1 x k).

- la définition d’un ensemble comme image d’une certaine fonction ; exemple :

{cos t | t 0, π } (qu’on peut aussi définir comme étant l’intervalle fermé

, 1 , c’est-à-dire {x R | 2 x 1}) ; d’une façon générale, si f est une

application d’un ensemble A dans un ensemble B, la notation {f (x) | x A}

désigne l’image de l’ensemble A par l’application f . C’est un sous-ensemble de

B qui peut toujours être défini de façon équivalente, en compréhension, ainsi :

{y B | (x A)(y = f (x))}.

.} considéré plus

haut peut aussi être défini comme {n 2 | n N} ou encore comme {x N | (n N)(x = n 2 )}. Pouvoir passer sans difficulté de l’un à l’autre de ces divers types de défini- tions est important. Exercez-vous sur de nombreux exemples. Terminons cette section par une remarque importante sur le rôle des acco- lades dans les diverses notations que nous venons de voir. Dans la définition d’un ensemble en extension, les accolades ne sont pas des signes mutificateurs. Quand on écrit {a, b, c, d}, les quatre variables qui apparaissent sont libres. La situation est radicalement différente dans le cas des définitions en compré-

Voici encore un exemple : l’ensemble {0, 1, 4, 9, 16, 25,

, k} pour l’ensemble des entiers compris

l’ensemble des entiers naturels, ou {0, 1, 4, 9, 16, 25,

- une sorte d’extension généralisée : par exemple {0, 1, 2, 3,

n 2 ,

, n,

4

2

2

exemple { 0 , 1 , 2 , 3 , n 2 , , n, 4

2

n 2 ,

hension : associées à la barre verticale | (celle qu’on lit « tel que »), les accolades sont cette fois mutificatrices. Par exemple, dans l’expression x C | x 3 = 1 ,

.}

(c’est toujours la variable qui suit immédiatement l’accolade ouvrante qui est

mutifiée : toutes ses occurrences entre les deux accolades sont muettes). Dans ce que nous avons appelé des définitions d’ensembles en « extension gé-

néralisée », les choses sont en général moins nettes, et méritent d’être examinées

.}, n est muette, mais dans . Dans

, k}, il n’y a pas de variable muette qui apparaisse explicitement (bien

entendu, dès qu’on veut donner une définition équivalente sans utiliser les points de suspension, on est contraint d’utiliser une mutification, du moins si k n’est

pas explicitement donné : certes on peut donner une définition de l’ensemble

, 2011} sans utiliser de points de suspension ni de variable muette, mais

nous nous abstiendrons de le faire ici Enfin dans les définitions d’ensembles comme images de fonctions, il y a tou- jours mutification : dans {f (x) | x E}, la variable x est muette. Là encore, le

au cas par cas. Ainsi, dans {0, 1, 2, 3,

x est une variable muette, le mutificateur étant l’assemblage

|

, n,

{1, 2,

{1, 2,

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signe mutificateur est l’association des accolades et de la barre verticale |, mais vous remarquerez que l’assemblage est un peu différent de celui utilisé pour les

définitions en compréhension :

.} ; ici le symbole d’appartenance

est à droite de la barre verticale et non à gauche ; de plus la variable mutifiée n’apparaît pas nécessairement immédiatement après l’accolade ouvrante (repre-

nez l’exemple de {cos t | t 0, π }).

|

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Paires, singletons, couples

Les ensembles ayant un ou deux éléments s’appellent des paires. Les en- sembles ayant un élément et un seul s’appellent des singletons. Les singletons sont donc des cas particuliers de paires. Donnez des exemples de singletons et de paires.

Étant donné des objets a et b (distincts ou non), on leur associe le couple (a, b) encore appelé paire ordonnée (a, b). Nous ne donnerons pas de définition de la notion de couple. L’intuition suffit largement : pensez au couple (a, b) comme étant constitué des objets a et b mais PRIS DANS CET ORDRE. Le couple (a, b), ce n’est pas la même chose que le couple (b, a), sauf évidemment dans le cas où a = b. Peu importe la définition que l’on donne du couple ; ce qui compte, c’est que la propriété suivante soit vraie :

Quels que soient les objets a = a et b = b .

a, b, a et

b , (a, b) = (a , b ) si et seulement si

L’élément a est la première composante du couple (a, b) et l’élément b en est la deuxième composante. (On dit parfois « coordonnée » au lieu de « compo- sante ».)

Produit cartésien de deux ensembles

Soit A et B deux ensembles, le produit cartésien de A par B est l’ensemble, noté A × B, des couples dont la première composante appartient à A et la deuxième composante appartient à B. On a donc

A × B = {(a, b) | a A et b B}.

Cet ensemble est défini quels que soient les ensembles A et B, mais évidem- ment une preuve de cette affirmation supposerait qu’on ait donné une définition de la notion de couple, ce que nous n’avons pas fait. C’est donc un fait que nous admettrons. Remarque : En général, les ensembles A × B et B × A sont différents. Exercice : Démontrer que A × B = B × A si et seulement si A = B.

On généralise la notion de couple en définissant, pour chaque entier n 1, les n-uples : ce sont les listes ordonnées de n objets. Étant donné des objets a 1 , a 2 ,

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, a n ) le n-uple qu’ils constituent,

pris dans cet ordre. Pour chaque i compris entre 1 et n, l’objet a i est la i-ème composante du n-uple.

, a n , (distincts ou non), on note (a 1 , a 2 ,

On peut alors définir le produit cartésien de n ensembles A 1 , A 2 ,

, A n :

A 1 × A 2 ×

×

A n = {(a 1 , a 2 ,

, a n ) | (i ∈ {1, 2,

, n}) (a i A i )

Remarque : On dit parfois « n-uplet » au lieu de « n-uple ». Les 2-uples sont

donc les couples ; les 3-uples et les 4-uples sont plus souvent appelés respective- ment des « triplets » et des « quadruplets ». Enfin signalons que, pour tout ensemble A et tout entier n 2, le produit

× A (avec n occurrences de la lettre A) est souvent noté

cartésien A × A × A n .

Ensemble des parties d’un ensemble. Opérations dans cet en- semble des parties.

Dans cette section, un ensemble E est fixé une fois pour toutes et on va essentiellement s’intéresser aux sous-ensembles de E et aux opérations sur ces sous-ensembles.

Les sous-ensembles de E constituent un ensemble. C’est un fait qui ne peut pas être démontré, qu’on adopte comme axiome. L’ensemble des sous-ensembles de E, appelé aussi ensemble des parties de E , est noté (E). Les éléments de l’ensemble (E) sont donc les parties de l’ensemble E : on a, pour tout X,

X (E) si et seulement si X E.

Il revient au même de dire que, pour tout X,

X (E) si et seulement si v (v X =v E) .

On est dans une situation qu’on a déjà évoquée : des objets (les parties de E) peuvent jouer aussi bien le rôle d’ensembles que celui d’éléments. On a remarqué plus haut que l’ensemble vide est inclus dans n’importe quel ensemble. C’est donc certainement une partie de E, et par suite un élément de (E). Mais E aussi est une partie de E, et donc E (E). Bien sûr, si E = , ces deux remarques ne nous fournissent qu’un seul élément de l’ensemble (E), qui n’en a alors pas d’autres. Mais si E = , alors on a là deux éléments distincts qui appartiennent à (E) : et E.

Donnons quelques exemples simples d’ensembles de parties :

({1}) = {∅, {1}} ; ({0, 1}) = {∅, {0}, {1}, {0, 1}} ;

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() = {∅}

;

({1, 2, 3, 4}) =

{∅, {1}, {2}, {3}, {4}, {1, 2}, {1, 3}, {1, 4}, {2, 3}, {2, 4}, {3, 4}, {1, 2, 3}, {1, 2, 4}, {1, 3, 4}, {2, 3, 4}, {1, 2, 3, 4}}

On le voit, le nombre de parties d’un ensemble devient vite très grand Voici quelques remarques à ce sujet.

- Si l’ensemble E est fini, l’ensemble (E) est également fini (autrement dit un ensemble fini n’a qu’un nombre fini de sous-ensembles).

- Le nombre de sous-ensembles de l’ensemble fini E ne dépend que du nombre

d’éléments de E (et pas de la nature de ces éléments). Ces faits semblent couler de source mais il n’est pas si facile que cela de les justifier (essayez ! nous reviendrons sur ce point plus loin).

Nous donnerons un peu plus loin la preuve du théorème suivant :

Théorème Si E est un ensemble fini et si le nombre d’éléments de E est n, alors le nombre d’éléments de (E) est 2 n .

Opérations dans l’ensemble (E)

1. Le passage au complémentaire.

Pour chaque sous-ensemble A de E, on définit le complémentaire de A dans

E : c’est le sous-ensemble de E constitué des éléments de E qui n’appartiennent

pas à A. Nous le désignerons par E \A. On a donc la définition en compréhension suivante pour cet ensemble :

E \ A = {x E | x / A}.

On rencontre plusieurs autres notations pour désigner le complémentaire de

A dans E. En voici trois : E A, A c , A. Les deux dernières ont l’inconvénient de

ne pas faire intervenir l’ensemble E (mais cet inconvénient est mineur lorsqu’on a fixé cet ensemble une fois pour toutes et que le contexte indique clairement

que c’est à lui qu’on se réfère). La notation A est très utilisée en probabilités. Le passage au complémentaire est donc une opération unaire (à un argument) sur l’ensemble (E), c’est-à-dire une application de (E) dans (E). À chaque élément A de (E), elle associe E \ A, qui est aussi un élément de (E). Il est évident d’après la définition que le complémentaire dans E du complé- mentaire dans E de A, c’est A :

(A (E)) (E \ (E \ A) = A)

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(il est certainement plus commode et plus « parlant » d’écrire la dernière égalité sous la forme (A c ) c = A). Notons que l’on a toujours

E \ ∅ = c = E

et

E \ E = E c = .

Donnons enfin une propriété importante du passage au complémentaire : il renverse l’ordre des inclusions. Plus précisément :

(A (E)) (B (E)) (A B ⇐⇒ B c A c ) .

Preuve : soit A et B deux sous-ensembles de E. Si A est inclus dans B, tout élément de A est aussi un élément de B, donc il ne peut pas exister d’élément de A qui soit en même temps dans E \ B, ce qui veut dire qu’aucun élément de E \ B n’appartient à A, ou encore que tout élément de E \ B appartient à E \ A. On a ainsi prouvé que l’énoncé suivant est vrai :

(A (E)) (B (E)) (A B =B c A c ) .

Supposons maintenant que A et B soient des parties de E telles que B c A c . En appliquant ce qu’on vient à l’instant de prouver, on en déduit que (A c ) c (B c ) c , ce qui revient à dire que A B. Ceci achève la démonstration.

2. L’intersection :

Il s’agit d’une opération binaire (à deux arguments) sur (E). Étant donné deux éléments A et B de (E), on appelle intersection de A et B, et on note A B (lire « A INTER B »), l’ensemble des éléments de E qui appartiennent à la fois à A et à B :

A B = {x E | x A et x B}.

Donnons quelques propriétés très simples de l’opération d’intersection. Le lecteur est invité à faire lui-même les démonstrations. Quelles que soient les parties A, B et C de E, on a :

1. A B = B A (l’intersection est commutative)

2. (A B) C = A (B C) (l’intersection est associative)

3. A E = A (l’élément E est neutre pour l’opération d’intersection)

4. A A = A

5. A ∩ ∅ =

6. A A c = (rappelons que A c désigne le complémentaire de A dans E)

7. A B = A si et seulement si A B

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Rédiger soigneusement les démonstrations de toutes ces propriétés est un excellent exercice.

3. La réunion :

Il s’agit aussi d’une opération binaire (à deux arguments) sur (E). Étant donné deux éléments A et B de (E), on appelle réunion de A et B, et on note A B (lire « A UNION B »), l’ensemble des éléments de E qui appartiennent à au moins un des deux ensembles A, B :

A B = {x E | x A ou x B}.

Donnons quelques propriétés très simples de l’opération de réunion. Le lec- teur est invité à faire lui-même les démonstrations. Quelles que soient les parties A, B et C de E, on a :

1.

8.

A B = B A (la réunion est commutative)

9.

(A B) C = A (B C) (la réunion est associative)

10.

A ∪ ∅ = A (l’élément est neutre pour l’opération de réunion)

11.

A A

= A

 

12.

A E = E

13.

A A c = E

14.

A B = A si et seulement si B A On peut y ajouter des propriétés supplémentaires :

15.

A (B C) = (A B) (A C) (la réunion est distributive par rapport

à

l’intersection)

16.

A(B C) = (A B)(A C) (l’intersection est distributive par rapport

à

la réunion)

17.

(A B) c

=

A c B c

18.

(A B) c = A c B c

Les propriétés 15 et 16 expriment la distributivité de chacune des deux opé- rations (réunion et intersection) par rapport à l’autre. Les propriétés 17 et 18 sont les « lois de Morgan » qui expriment le fait que l’opération de passage au complémentaire échange les opérations d’intersection et de réunion (« le complémentaire de l’intersection, c’est la réunion des complémentaires ; le com- plémentaire de la réunion, c’est l’intersection des complémentaires »).

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Lien entre opérations ensemblistes et connecteurs logiques

Récapitulons les définitions des opérations ensemblistes. Étant donné des parties A et B de l’ensemble E, on peut écrire :

E \ A = {x E |non

A B = {x E | x A et x B}

A B = {x E | x A ou x B}

x A}

ou encore : quel que soit l’élément x appartenant à E,

x

E

\ A

si et seulement si

non

x A

x

A B

si et

seulement si

x A et x B

x

A B

si et

seulement si

x A ou x B

On voit ainsi qu’il y a une correspondance entre les opérations de passage au complémentaire, d’intersection et de réunion et, respectivement, les connecteurs logiques « non », « et » et « ou » :

Opération ensembliste

Connecteur logique correspondant

passage au complémentaire

négation (« non »)

intersection ()

conjonction (« et »)

.

réunion ()

disjonction (« ou »)

Attention : On pourrait envisager une ligne supplémentaire dans ce tableau, avec l’implication (connecteur =) dans la colonne de droite. Mais que faire figurer alors sur cette ligne dans la colonne de gauche ? Une erreur très répan- due est de répondre : « l’inclusion ». Cette erreur s’explique facilement : par définition de l’inclusion, on a

A B si et seulement si x(x A =x B).

ce qui établit certes un lien entre inclusion et implication, mais ce lien n’est pas du tout de même nature que ceux qui lient passage au complémentaire, intersection et réunion respectivement à négation, conjonction et disjonction. En effet, si on voulait poursuivre le parallèle établi, l’opération ensembliste qui correspondrait à l’implication serait celle qui, aux parties A et B,associe l’ensemble suivant :

{x E | x A =x B}

Il n’est pas difficile de voir (faites-le !) que cet ensemble n’est autre que

(E \ A) B

L’opération qui à A et B associe (E \ A) B, pour respectable qu’elle soit, n’est pas de celles qu’on utilise couramment ! La poursuite de l’analogie entre opérations ensemblistes et connecteurs ne présente donc pas un grand intérêt. En tout état de cause, la présence de l’inclusion dans la colonne de droite n’aurait pas été pertinente : l’inclusion n’est pas une opération binaire dans

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(E) ; c’est une relation binaire dans cet ensemble. Insistons : A B ne désigne pas une partie de E (contrairement à A B ou à A B), mais est un énoncé susceptible d’être vrai ou faux.

Relations binaires sur un ensemble. Applications d’un ensemble dans un autre.

[En cours de rédaction] Applications injectives, surjectives, bijectives. Image directe, image réci- proque d’une partie d’un ensemble par une application.

Familles d’ensembles. Réunion et intersection d’une famille d’en- sembles.

[En cours de rédaction] Lien avec les quantificateurs : soit (A i ) iI une famille d’ensembles indexée par un ensemble I non vide. On a :

iI A i = {x E | ∃i I

iI A i = {x E | ∀i I

x A i }

x A i }

Exemple : On prend I = N et, pour tout n N, A n = [0, n] = {x R | 0 x n}. On a alors (prouvez-le !) :

Cardinalité.

nN A n = R +

nN A n = {0}

[En cours de rédaction] Ensembles équipotents. Deux ensembles A et B sont équipotents s’il existe une application bijective de A sur B. Pour des ensembles finis, il est facile de se convaincre que « être équipotents » veut dire la même chose que « avoir le même nombre d’éléments ». La grande idée qu’a eue Georg Cantor dans les années 1870-1880, c’est d’utiliser cette notion d’équipotence pour concevoir celle de « nombre d’éléments » d’un ensemble infini. Ce qui est important, ce n’est pas vraiment de savoir ce qu’est exactement ce « nombre d’éléments », mais c’est de pouvoir dire si deux ensembles donnés ont ou n’ont pas le même nombre d’éléments. Et ce sera oui si les ensembles en question sont équipotents, et non dans le cas contraire. Ainsi il s’avère que

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N « a le même nombre d’éléments » que Q, mais « n’a pas le même nombre

d’éléments » que R (voir plus loin). On dira (comme on peut s’y attendre !) que

R a « strictement plus d’éléments » que N. Cela signifie tout simplement qu’on

peut trouver une application injective de N dans R (vous en voyez une ?) et qu’on ne peut pas trouver d’application injective de R dans N. Quand deux ensembles sont équipotents, on dit qu’ils ont même cardinal. Le cardinal d’un ensemble, c’est en quelque sorte la propriété qu’il partage avec tous les ensembles qui lui sont équipotents. Encore une fois, la définition précise du cardinal est beaucoup moins importante que celle de l’égalité des cardinaux ! Cantor a ainsi établi une « échelle des cardinaux infinis » qui est un sujet d’étude fascinant mais difficile. On n’en donne ici qu’un aperçu minuscule. Ensembles finis. Ensembles infinis. Ensembles dénombrables. Les ensembles dénombrables sont les ensembles équipotents à l’ensemble N des entiers naturels. Les ensembles suivants sont dénombrables : N × N, Z, Q, l’ensemble des nombres algébriques réels (par définition, un nombre réel est algébrique si et seulement si il est racine d’un polynôme de degré au moins 1 à coefficients dans Z). L’ensemble R n’est pas dénombrable. Théorème de Cantor (il n’existe pas de bijection d’un ensemble sur l’ensemble de ses parties. Une réunion dénombrable ou finie d’ensembles dénombrables ou finis est dénombrable ou finie. Autrement dit : si (A i ) iI est une famille d’ensembles indexée par un ensemble I non vide, dénombrable ou fini, et si pour chaque indice i I, l’ensemble A i est dénombrable ou fini, alors l’ensemble A i est

dénombrable ou fini.

iI

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