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DÉDICACE

À
Mon défunt père Guiré Saïdou
Ma défunte mère Bagayan Salmata
Ma tante Bagayan Libata
Mon oncle Bagayan Waly

1
REMERCIEMENTS
Ce travail est le fruit du dévouement et de sacrifice de diverses bonnes
volontés à qui nous adressons nos sincères remerciements.

Nous exprimons notre reconnaissance à notre Directeur de mémoire le Professeur


Bamba Mamadou qui malgré un emploi du temps chargé nous a suivi de façon
singulière. Nous saluons sa rigueur et son extrême exigence pour le travail bien fait.
Nous disons grand merci au Professeur Latte-Egue Jean Michel, Directeur
scientifique du département d’Histoire de l’Université Alassane Ouattara de
Bouaké. Nous disons également merci au Professeur Gbodjé Sekré Alphonse
Directeur du département d’Histoire de l’Université Alassane Ouattara de Bouaké.
Merci au Docteur Kamara Adama pour son soutien sans limite à notre égard. Nous
n’oublions pas toutefois d’adresser nos remerciements à tout le personnel
enseignant du département d’Histoire de l’Université Alassane Ouattara de Bouaké
qui n’a ménagé aucun effort pour nous permettre d’acquérir le savoir.

Nous tenons à saluer toutes ces personnes qui ont volontairement accepté de nous
recevoir chez elles, en nous entretenant sur ce qu’elles savent concernant notre
sujet. Merci à elles. Nous tenons également à remercier tous les membres de la
cellule GRESA (Groupe de Recherche d’Etude des Sociétés Africaines). Nous ne
saurions finir cette série de remerciement sans faire un clin d’œil à nos ami(es) avec
qui nous avons passé de bons moments notamment Irié Bi Youan Firmin, Samy
Oulaї Reine Denou et Yao Akissi Marina.

Merci aussi aux parents qui de près ou de loin ont contribué à la réalisation de ce
travail, nous leur disons simplement « Merci ».

2
SOMMAIRE
DÉDICACE ....................................................................................................................... 1
REMERCIEMENTS ........................................................................................................ 2
INTRODUCTION............................................................................................................. 6
PREMIÈRE PARTIE I : ................................................................................................ 26
POLITIQUE D’ESPIONNAGE ET DE COOPTATION D’HOUPHOUËT-
BOIGNY À L’ÉGARD DES RELIGIEUX (1960-1970).............................................. 26
CHAPITREI : LE RÔLE DES CADRES ET LEADERS RELIGIEUX DANS LA
VIE POLITIQUE EN CÔTE D’IVOIRE DÈS 1960 ................................................... 27
CHAPITRE II : CONTRIBUTION FINANCIÈRE D’HOUPHOUËT DANS LES
AFFAIRES RELIGIEUSES .......................................................................................... 37
DEUXIÈME PARTIE : .................................................................................................. 45
LE RAPPROCHEMENT ENTRE HOUPHOUËT-BOIGNY ET LES RELIGIEUX :
FACTEUR D’EXPLOITATION DE LA FIBRE RELIGIEUSE : 1970-1980 .......... 45
I-MOSQUÉES ET EGLISES : LIEUX DE SUBORDINATION POLITIQUE ....... 46
CHAPITRE II : POLITIQUE DE LARGESSE, DE MANIPULATION ET DE
PARTIALITÉ D’HOUPHOUËT-BOIGNY VIS-À-VIS DES ASSOCIATIONS ET
ACTIONS RELIGIEUSES ............................................................................................ 57
TROIXIÈME PARTIE : ................................................................................................ 65
LES RAPPORTS CONFLICTUELS ENTRE LE POUVOIR POLITIQUE
D’HOUPHOUËT-BOIGNY ET LES RELIGIEUX : 1980-1993................................ 65
CHAPITRE I : LES ATTITUDES DES RELIGIEUX FACE AUX ABUS DU
POUVOIR POLITIQUE D’HOUPHOUET-BOIGNY ............................................... 66
CHAPITRE II : LES RELIGIEUX À L’ÉRE DU MULTIPARTISME ................... 82
CONCLUSION ............................................................................................................... 93
ANNEXES ....................................................................................................................... 98

3
LISTE DES SIGLES ET ACRONYMES

AEC : Association des Enseignants Coranique

AEEMCI : Association des Élèves et Étudiants Musulmans de Côte d’Ivoire

AMOAP : Association Musulmane pour l’Organisation du Pèlerinage à la


Mecque

ANAMUCI : Association nationale des Musulmans de Côte d’Ivoire

ANCIC : Afrique Nouvelle et la Côte d’Ivoire Chrétienne

BM : Banque Mondiale

CAOCICI : Confédération des Associations, Organisation et Conseil Islamique


de Côte d’Ivoire

CES : Conseil Économique et Social

CECCI : Conférence des Evêques Catholiques de Côte d’Ivoire

CII : Congrégation Islamique Ivoirienne

CNI : Conseil National Islamique

CFTC : Confrérie Française des Travailleurs Chrétiens

CSI : Conseil Supérieur Islamique

COSIM : Conseil Supérieur des Imam de Côte d’Ivoire

FMI : Fond Monétaire Internationale

FPI : Front Populaire Ivoirien

4
JEC : Jeunesse Etudiante Catholique

JOC : Jeunesse Ouvrière Catholique

PAS : Programme d’Ajustement Structurels

PDCI : Parti Démocratique de Côte d’Ivoire

RDA : Rassemblement Démocratique Africain

SMA : Société des Missions Africaines

UCM : Union Culturelle Musulmane

5
INTRODUCTION

6
I-JUSTIFICATION ET INTERET DU SUJET
1-Motivation
Ces dernières années, la question religieuse et ethnique est au cœur des
débats politiques en Côte d’Ivoire.

En effet, l’irruption de la question ethnique et religieuse au cœur du débat


national prend forme à cause des frustrations diverses qui apparaissent à la suite de
certains évènements de la crise socio-politique que connait la Côte d’Ivoire depuis
les années 1990. « la religion a été un facteur d’instrumentalisation et d’aggravation
des antagonismes politiques1. »

Déjà en 1993, Henry Konan Bédié dans le but d’écarter Alassane Ouattara,
utilisa le concept « d’ivoirité » à des fins politiques grâce au soutien d’un groupe
universitaire2. Il catégorisa les ivoiriens : les ivoiriens de souche et les ivoiriens de
seconde zone3. Se sentant visé directement, Alassane Ouattara utilise alors
l’argument de l’affiliation ethnico-religieuse pour s’attirer le soutien des
musulmans et des gens du nord (les populations du Nord).

De même, en 2002 durant la rébellion, les insurgés ont instrumentalisé la


fibre ethnico-religieuse pour s’assurer du soutien des populations nord-ivoirienne.
Ainsi, ont-ils présenté leur lutte politique comme étant un combat pour la cause des
musulmans lésés dans les différentes activités politiques. Suivant cette logique des
Imams, des chasseur traditionnels (Dozo) ont pris fait et cause pour ces derniers. Le
soutien apporté s’est matérialisé par des séances de prières, des immolations et des

1
Navigué Félicien COULIBALY « connexion entre politique et religieux en Côte d’Ivoire » :
2000-2010, in Rev hist archéol afr (GODO GODO), ISSN 18417-5597, 2012 p105
2
Thomas HOFNUNG, la crise en Côte d’Ivoire, Abidjan (Côte d’Ivoire), Collection Passerelle,
édition Fraternité Matin, Mars 2012, p 11.
3
Idem, p 12.

7
préparatifs « mystico-religieuse » à l’image d’Ousmane Doumbia4. Il était impliqué
dans ce conflit, car il avait servi de guide spirituel pour les insurgés5.

Quant à Gbagbo Laurent, il fera la promotion du pentecôtisme qu’il invitera


dans l’arène politique en faisant de certains hommes de Dieu, (pasteurs, prophètes)
des membres influents de son sérail. Parmi ceux-ci figure le prophète Amadou Koné
« Malachie ». Ce dernier depuis 2005 avait fait des révélations sur la grave crise
qu’allait connaitre la Côte d’Ivoire. Selon lui, cette crise serait à la fois civilo-
militaire, et à la fois politico-religieuse6. En plus en 2009, le même Malachie avait
organisé une séance de prière dans le but de sauver le pays de la grave crise vers
laquelle se dirigeait disait-il7.

Ce regain du religieux dans la vie politique a failli plonger la Côte d’Ivoire


dans une véritable crise religieuse en 2011. On assistait alors à la destruction de
lieux de cultes à l’image de la mosquée Yopougon LEM8, l’assassinat de guides
religieux.

Pourtant, sous Houphouët-Boigny, en dépit de quelques faits sporadiques, la


religion était restée largement donc, en retrait du champ politique.

Au regard de ce constat, il importe de s’interroger sur les subtilités utilisées


par Houphouët-Boigny durant 33 ans pour confiner les religieux aux questions
purement politiques. D’où le choix du sujet suivant : la politique religieuse
d’Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire de 1960 à 1993.

4
Ousmane Doumbia est leader religieux originaire du pays sénoufo. Il fait irruption dans le sillage
de la crise sociopolitique au début de la décennie 2000 en Côte d’Ivoire, marquée par également
par un contexte de renouveau de l’islam Soufi.
BINATE Issouf, « Ousmane Doumbia : un cheikh en pays sénoufo en Côte d’Ivoire
contemporaine », Journal des Africanistes n°86-2, 2016 : 96-20, p4
5
Idem n°86-2, 2016 : 96-20, p98
6
Ibidem, p76
7
Ibidem, 76
8
OUATTARA DJARIDJA (Aboubakar), les leaders de la communauté musulmane et la vie
politique en Côte d’Ivoire (1990-2011), Mémoire de Maîtrise, Université de Côte d’Ivoire, UFR :
CMS, Histoire, Bouaké, 2018, p23.

8
2-Intérêt du sujet
Étudier l'histoire de la politique religieuse d'Houphouët-Boigny en Côte d'ivoire
revêt un intérêt capital. En effet, les beaucoup d’études ont été menés sur la question
religieuse en Côte d’Ivoire, notamment sur l’Islam et le Christianisme. Mais, très
peu d’entre elles abordent véritablement la question des relations entre les religieux
et le pouvoir politiques d’Houphouët-Boigny en 1960 et 1993. Ainsi, le constat fait
réside dans le fait que la majorité des écrits sur la question de la religion et du
Pouvoir politique mettent plus l'accent sur l’islam. Comparativement à ces
nombreux travaux portant sur l’islam et l’Etat, très peu d’écrits existe sur le
christianisme et la politique.
Cette étude attend donc combler un vide historique en faisant l’analyse des
relations entre Houphouët et les religieux à parti de 1960 riche en évènements
politiques et religieuses. Cette étude permet de connaitre les facteurs qui ont
favorisé l’intensification des rapports politiques et religieux et l’exploitations de la
fibre religieuse par les politiques.
En outre, cette étude dans ces aspects montre non seulement les facteurs qui ont
engendré les rapports conflictuels entre les religieux et le Houphouët mais aussi
nous permet de connaitre le statut des religieux à l’avènements du multipartisme.
L'intérêt pour cette étude réside également dans le fait qu'elle apportera
certainement un plus à la connaissance scientifique sur la nature des relations
entre Houphouët-Boigny et les religieux en Côte d'ivoire.

II-Définition du sujet

1-Definition des thèmes du


sujet
L’étude sur : « La politique religieuse
D’Houphouët-Boigny en Côte d’ivoire : 1960-1993 », renferme des thèmes qu’ils
importent d’expliquer, notamment, les mots tels que « politique » et « religion »,
« politique religieuse »
Selon le dictionnaire Universel, la politique est la théorie de l’organisation

9
D’un Etat. Autrement dire, il définit la politique comme « la science ou l’art de
conduire les affaires d’un état9 ».
Quant à la religion le dictionnaire Universel la définie comme un ensemble de
croyances ou de dogmes et de pratiques culturelles qui constituent les rapports de
l’homme avec la puissance divine (monothéisme) ou les puissances surnaturelles
(polythéisme, …). Il s’agit de la religion chrétienne, musulmane et
traditionnelle10. Mais dans le cadre de notre étude, il s’agit précisément de l’islam
et du christianisme.
Par conséquent, les définitions du dictionnaire ne permettent à elles seule de
cerner véritablement la quintessence du sujet. Alors, nous définissons, la politique
religieuse comme étant un ensemble de stratégies formelle ou informelle adoptées
par un Etat vis-à-vis des religieux ou encore des communautés religieuses. En
d’autre termes c’est l’ensemble des stratégies utilisées par le pouvoir politique à
l’égard des religieux à travers « la politique de cooptation ou de la clientélisation
de ». En clair, l’ensemble des actions et actes posés laissent entrevoir une politique
de surveillance vis-à-vis des religieux en Côte d’Ivoire.

2- Le cadre géographique
L’entité spatiale concernée par notre étude est la Côte d’Ivoire. Elle s’étant sur
une superficie de 322 462 km2. Dans cadre de notre étude, il s’agira pour nous de
situer géographiquement l’itinéraire, les zones de pénétration et de pratique de
l’islam et du christianisme. Le paysage ivoirien est dominé majoritairement par
deux confession religieuses. Qui sont l’islam dont le foyer de concentration est le
grand nord de du pays et le christianisme.
L’islam fut introduit dans les régions septentrionales de la Côte d’Ivoire par les
Ligbi et les Numu11 avant le déclin de l’empire du Mali au XIII siècle. L’Islam a
connu un essor fulgurant dans les zones forestières, avec le déploiement des

9
Dictionnaire Universel « imprimé en Espagne par Dédalo Offset S.L. Dépôt légal » : 08/2008-
COLLECTION n°28- Edition n°059/5806/1.
10
Idem
11
Lémassou FOFANA, Côte d’Ivoire : Islam et société. Contribution des musulmans à
l’édification de la nation ivoirienne (XIe-XXe siècle), Abidjan, Les Editions du CERAP, 2007,
p.16

10
travailleurs de confession musulmane venus du Soudan et du Sénégal sur le
territoire ivoirien12
D’après le recensement de la population et de l’habitat de 2014, la religion la
plus pratiquées était l’Islam avec un taux de 42,9%.
Quant au Christianisme, il fit son apparition en Côte d’Ivoire pour la première
fois au XVII siècle. Ceci suite aux missions d’évangélisations des missionnaires
français sur la côte ivoirienne d’Assinie et de Bassam au Sud du pays. Le
Christianisme a connu son essor en Côte d’Ivoire dans les années 1893 où elle
devient une colonie française. En 1895, les premiers prêtres débarquèrent sur la
plage de Grand-Bassam où fut fondée la première mission catholique. Cela s’est
par la suite propagée partout dans le pays avec la construction de la mission
catholique de Dabou en 1922.
Cependant, le recensement général de la population et l’habitat de 2014 indique
que le Christianisme est pratiqué à 17,2% par les catholiques et protestantisme
baptistes à 11,8%. En un mot, les chrétiens occupent 29‰ de la population.
Aussi, faut-il ajouter que la Côte d’Ivoire se caractérise par une diversité ethnique,
religieuse et culturelle. Elle compte 60 ethnies réparties en quatre (4) grands
groupes à savoir les Akan, Krou, les Gour et les Mandé13.

12
Idem, P. 13
13
OUATTARA DJARIDJA (Aboubakar), op. cit., p.23.

11
►Grand foyer de peuplement et principale voies de pénétration dioula du XIe au
XIV siècle.
►Foyer de peuplement du XI e au XIII siècle (Ligbi et Numu).
►Foyer de l’Islam en Côte d’Ivoire.
Source : Lémassou FOFANA, Côte d’Ivoire : Islam et société. Contribution des
musulmans à l’édification de la nation ivoirienne (XIe-XXe siècle), Abidjan, Les
Editions du CERAP, 2007, p 22.

12
3- Les bornes chronologiques
Notre thème s'inscrit dans le cadre chronologique allant de 1960 à 1993. C'est-
à-dire de l'indépendance de la Côte d'ivoire jusqu’à la mort de Félix Houphouët-
Boigny.
Le choix de l'année 1960 comme borne chronologique de cette étude répond à
un élément essentiel.
Dans le cadre de cette étude, 1960 marque la gestion autonome des affaires du pays
par les ivoiriens eux même. À partir de là, Houphouët-Boigny eut les mains libres
pour élaborer la constitution d’une nation dont les religions devaient jouer un rôle
important de consolidation en les mettant au même pied d’égalité à travers la laïcité.
La laïcité est un principe qui consiste à ne privilégier aucune religion par rapport
à une autre, à ne privilégier aucun courant de pensée par rapport à un autre. Elle est
donc un consensus entre l’État et le peuple entre les directions d’enseignements et
le corps professionnel, entre le privé et le public. L’Etat a également mis en exergue
la loi du libre culte, c’est-à-dire permettre à chaque individu de pratiquer la religion
de son choix. Et ce principe, la Côte d’Ivoire l'a adopté en 1960 dans la constitution
du 03 novembre. Laquelle constitution en son article 2 stipule que « la République
de la Côte d’Ivoire est une et indivisible, laïque, démocratique et sociale ».
Quant à la seconde date, celle de 1993, elle marque un tournant décisif dans la
marche de la Côte d'ivoire, tant au plan politique que religieux.
En effet, cette date marque la fin de la politique religieuse d’Houphouët-Boigny
après sa disparition14 et le regain des religieux dans la reine politique.

13
III – ÉTAT DE LA QUESTION

A propos de l’histoire de la politique religieuse d’Houphouët-Boigny, plusieurs


études importantes ont été réalisées.
Parmi les auteurs qui ont étudié l’histoire religieuse notamment son évolution,
sa participation dans la sphère politique et son développement dans la société, nous
pouvons citer entre autres Marie MIRAN15 et Mamadou BAMBA16. Ces auteurs
ont respectivement étudié les rapports entre les religieux et le pouvoir politique. Le
premier lui a mis beaucoup l’accent sur la politique musulmane d’Houphouët-
Boigny qui s’est soldée par la marginalisation des musulmans et leur isolement sur
l’échiquier politique sous le régime parti unique. Il met aussi en exergue l’entrée
des musulmans dans l’arène politique avec l’émergence du mouvement réformiste
à parti des années 1990 et le dynamisme de la communauté musulmane en Côte
d’Ivoire. Quant au deuxième auteur, il montre l’engagement de la communauté
musulmane dans les différentes phases des mutations sociales, économique et
politique qu’a connue la Côte d’Ivoire de 1946 à1999. Au-delà de ces auteur,
d’autres auteurs comme Issouf BINATE et DIOMANDE Bourahima ont
respectivement abordé la question religieuse.
Issouf BINATE dans sa Thèse sur Histoire des enseignements Islamiques en Côte
d’Ivoire : Dynamisme d’évolution d’une éducation comme XIIème-200517, aborde la
question de l’enseignements, notamment les types d’enseignements. Il aborde également
dernière dans son travail la question des relations entre les religieux et l’administration au
temps colonial. Cependant, la question de la pratique de la pratique de la politique
religieuse n’a constitué une étude approfondie notamment la posture des musulmans à l’ère
du multipartisme. Ainsi, nous pensons que cette aspect revêt d’important éléments
historiques qui méritent une étude approfondie.

15
Marie MIRAN, Islam, histoire et modernité en Côte d’Ivoire, Paris, Edition Karthala,2006,546p,
16
Mamadou BAMBA, La communauté musulmane et les mutations sociales et politique en Côte
d’Ivoire de 1946 à 1999, Thèse de Doctorat unique d’histoire, Université de Cocody, 2009, 569p
17
BINATE (Issouf), Histoire de l’enseignement islamique en Côte d’Ivoire : Dynamique
d’évolution d’une éducation communautaire (Fin XIXème-2005), Thèse de Doctorat unique en
Histoire, Université de Cocody, Abidjan, 2012, 658p.

14
Quant à DIOMANDE Bourahima, dans sa Thèse sur la mosquée et ses enjeux en Côte
d’Ivoire : De 1891 à 201218, traite la question de la mosquée et son évolution et les types
de moquées en Côte d’Ivoire. Dans cette thèse, il traite aussi la question de la surveillance
et l’implication de l’État dans les affaires purement religieuses. Dès lors, il n’aborde pas
certains aspects talques les relations entre les religieux et le pouvoir politique l’orée du
multipartisme.
De plus, Paul MARTY et Jean-Louis TRIAUD qui ont respectivement écrit sur la
question religieuse en Côte d’Ivoire. Dans leur écrit sur la question musulmane en Côte
d’Ivoire (1893-193919), Jean-Louis TRIAUD fait l’analyse des relations entre les
musulmans et l’administration coloniale. Il fait l’analyse des subtilités utilisées par
l’administration pour maintenir les guides religieux sous son égide et les épargner des
questions purement politiques. Par contre, il ne fait pas l’écho de la situation qui a prévalue
entre les religieux en générale et les musulmans en particulier aves Houphouët entre 1960
et 1993.
En outre, la stratégie de cooptation des religieux et le patronage politique des
religieux (chrétiens et musulmans) ont été élucidés par Félicien Navigué
COULMIBALY20. Ces travaux sont d’une importance capitale pour notre étude.
De fait, il laisse de côté de nombreux aspects qui méritent une étude approfondie.
Notamment, les attitudes des religieux face au retour du multipartisme, le rôle de la
mosquée dans la politique religieuse d’Houphouët-Boigny. Dans cette même veine,
nous avons Boukary SAVADOGO qui une mène une réflexion sur l’implication
des associations islamiques dans le champs politique21. Alors, il commence d’abord
à mener à mettre en exergue le caractère d’accommodation des leaders musulmans
issus des indépendances. Selon lui les premiers leaders musulmans issues des
indépendances montrèrent une certaine accommodation vis-à-vis du pouvoir

18
DIOMANDE (Bourahima), La mosquée et ses enjeux en Côte d’Ivoire : De 1897 à2012, Thèse
unique de Doctorat en Histoire, Université de Bouaké, 2020, 446p.
19
TRIAUD (Jean-Louis), la question musulmane en Côte d’Ivoire (1893-1939) Outre-Mer. Revue
française d’Histoire, volume 61, pp. 542-571.
20
Navigué Félicien COULIBALY « Houphouët-Boigny, le pouvoir politique et les religions en
Côte d’Ivoire : 1960-1990 », in Suisse d’Histoire religieuse et culturelle, 19p, disponible sur le site
ht t://www.e-periodica.ch
21
Boukary Marthias, SAVADOGO, « l’intervention des associations musulmanes dans le champ
politique depuis 1990 », dans M. Gomez-Perez (éd), L’islam politique au sud du Sahara. Identité,
discours et enjeux Paris, Karthala, 2005, pp 583-600

15
politique. Mais à partir des années 1990, les leaders issus des nouvelles
organisations optèrent pour une certaine rupture en se prononçant sur toutes les
questions politiques
A côte de ces travaux, il y a aussi des auteurs comme À côté de ces nombreux
travaux sur l’islam et les la politique et aussi sur l’islam en général, il existe
également des travaux sur le christianisme en général mais aussi sur le christianisme
et la politique en Côte d’Ivoire. À cet effet, nous pouvons en guise d’illustration
citer Bony GUIBLEHON qui traité la montée de la spiritualité du pentecôtisme
investi par une génération de jeunes pasteurs qui se positionnent dans l’espace
publique religieux ivoirien. En effet, le marché de la spiritualité a émergé dans les
années 1990, dans un contexte de crise socio-économique, politique et de
libéralisation religieuse22. Ce mouvement religieux doit alors son essor en Côte
d’Ivoire par son irruption sur la scène politique par le biais de certains hommes
politiques à l’image de Gbagbo Laurent, qui fut le premier Président ivoirien
pentecôtiste.
De plus, nous avons certains auteurs qui aussi écrit sur le christianisme en Côte
d’Ivoire. Il s’agit entre autre de Florence AGOH, Ferdinand Tiona OUATTARA.
Florence AGOH, dans sa thèse sur la christianisation du pays Ebrié23, elle fait
l’analyse des méthodes utilisées par les missionnaires chrétiens, notamment des
méthodistes, harristes pour influencer les peuples du Sud la Côte d’Ivoire.
Ferdinand Tiona OUATTARA, dans Esquisse d’Histoire d’évangélisation du
diocèse de katiola 1908-200824, il a seulement résumé la naissance de la paroisse
de Niellé et mis en veille certains points très importants. C’est le cas de l’action des
missionnaires dans le cadre de la naissance du catholicisme à Niellé. Cependant, il
n’évoque pas la question sur le christianisme et la politique notamment les rapports
entre guides religieux chrétiens et politiques. Nous avons également certains

22
Bony Guibléhon, « les jeunes et le marché de la spiritualité pentecôtiste en Côte d’Ivoire »,
Université Alassane Ouattara, Côte d’Ivoire, October édition vol. 8, No.24 ISSN : 1857 7881
(print) e-ISSN 1857-7431.
23
Florentine AGOH, 2007-2008, la christianisation du pays Ébrié, thèse de Doctorat Unique en
histoire université de Cocody-Abidjan, Département d’histoire, 583p.
24
Ferdinand Tiona OUATTARA (sous dir), Esquisse d’histoire d’évaluation du diocèse de katiola
1908-2008, Canaan édition, 2009, 123p.

16
auteurs qui ont écrit sur le christianisme en Côte d’Ivoire. Il s’agit de Yao N’goran
bi et Michel Bi.
Yao n’goran Bi25 aborde la question des conséquences de l’église Catholique
en Côte d’Ivoire, sans toutefois faire l’histoire globale de cette Église, encore moins
pour aborder le regard que partaient les missionnaires catholiques sur les sociétés
ivoiriennes mais n’aborde pas véritablement les relations entre guide religieux
chrétiens et le pouvoir politique d’Houphouët-Boigny. Bee Michel parle de
l’implantation du christianisme en Côte d’Ivoire et témoigne de la présence des
missionnaires dans les régions de la Côte d’Ivoire. Après l’exploitation des
productions, on se rend compter que peu de travaux sur le christianisme aborde la
question les relations entre le christianisme et la politique comparativement à
l’Islam qui regorge d’énorme travaux sur la question.

IV-PROBLÉMATIQUE

Depuis les temps coloniaux, les prophétismes ont été des aspects importants de
l’histoire religieuse et politique de la Côte d’Ivoire26.

En effet, la marche de la Côte d’Ivoire à partir de la décennie 1990 est marquée par
des crises politico-religieuses. Le pays a traversé deux décennies noires où
l’appartenance religieuse et l’origine culturelle ont été au cœur du fait politique.
Les acteurs politiques ivoiriens ont instrumentalisé et exploité la fibre ethnique et
religieuse de leurs concitoyens dans le but d’assouvir leurs envies27.

Ainsi, les rapports étroits entre politique et religieux en Côte d’Ivoire ont révélé
tout le paradoxe et la complexité des liens que les politiques ont entretenus avec les
religions. La mutualité de ces liens devrait en tout état de cause aboutir à

25
Bi N’Goran YAO, l’église catholique en Côte d’Ivoire : Influence du catholicisme sur la société
ivoirienne pendant la période précédant l’indépendance 1930-1960. Thèse de Doctorat unique en
Histoire, Université de Paris Sorbonne, 1991, 482p.
26
Marie Miran-Guyon, « Apocalypse patriotique en Côte d’Ivoire : le pentecôtisme de la
démesure », Afrique contemporaine 252, p, 73
27
Navigué Félicien COULIBALY « Houphouët-Boigny, le pouvoir politique et les religions en
Côte d’Ivoire : 1960-1990 », in Suisse d’Histoire religieuse et culturelle, 19p, disponible sur le site
ht t://www.e-periodica.ch

17
« l’instauration de la sauvegarde des valeurs partagées de paix, de tolérance, de
justice, de vérité et de liberté mais aussi leur implication dans la pacification de la
sphère politique »28.

Pourtant, la crise que connait la Côte d’Ivoire depuis 1993 après la mort
d’Houphouët-Boigny, l’exploitation de la frange religieuse par les politiques a
constitué un élément favorable à son inflammation, comme ce fut le cas du 19
Septembre 2002.

Le coup d’état manqué du 19 Septembre 2002 divisa la Côte d’Ivoire entre le


« Sud » progouvernemental resté sous contrôle du régime Gbagbo et le « Nord »
rebelle passé dans le giron des forces nouvelles dirigées par Guillaume Soro. Dans
l’imaginaire théologico-patriotique des pro-Gbagbo, la rébellion, et par extension
les partis d’opposition, dont celui d’Alassane Ouattara, nord et musulman, faisaient
l’œuvre du diable contre le plan de Jésus pour la Côte d’Ivoire 29. La notion de
politique religieuse semble alors être mal cernée par les successeurs d’Houphouët-
Boigny après sa disparition.

Sous Houphouët-Boigny, une fois l’indépendance acquise, pour annihiler toute


velléité de contestation de sa gestion et toute dénonciation des dérives de son
régime, Houphouët-Boigny fit élaborer une stratégie d’emprise sur toute
composantes de la vie politique30. À ce titre, il définit non seulement une politique
de cooptation, de clientélisme, de contrôle des religieux, mais aussi une politique
d’exploitation de la fibre religieuse qui s’est soldée par leur absence dans l’arène
politique.

Les religieux en Côte d’Ivoire ne manifestèrent pas véritablement leur


engagement sur la scène politique. Dans la manifestation de la politique religieuse
en Côte d’Ivoire, les musulmans n’ont manifesté aucun engagement sur les

28
Navigué Félicien COULIBALY, « Connexion entre politique et religieux en Côte d’Ivoire », in
hist archéol afr (GODO GODO), 2000-2010, pp 89-105.
29
MARIE Miran-Guyon « Apocalypse patriotique en Côte d’Ivoire », in édition Afrique
contemporaine, pp 73-86.
30
OUATTARA DJARIDJA (Aboubakar), op,cit, p12.

18
questions politiques, comparativement aux chrétiens qui se prononcèrent sur
certaines questions à l’image de l’évêque d’Abidjan Mgr Bernard Yago.

Ainsi, dans le cadre de notre étude, le travail s’articulera autour d’un problème
central à savoir : comment se présentait la politique religieuse sous Houphouët-
Boigny en Côte d’Ivoire entre 1960 à 1993 ?

À côté de cette question centrale, surgit des questions subsidiaires.

Quels étaient les principes de bases de la politique religieuse d’Houphoët-Boigny ?

Comment s’est manifestée la collaboration entre le pouvoir politique et les


religieux sous le régime d’Houphouët-Boigny ?

Quels a été l’impact de la politique religieuse en Côte d’Ivoire ?

1-Les objectifs de l’étude


A- Objectif général
Cette étude a pour objectif de cerner, la politique religieuse d’Houphouët-Boigny à
l’égard des religieux de 1960 à 1993.

B- Objectifs spécifiques
Il s’agira pour nous, de montrer de façon spécifique :

-les actions qui ont constitué la politique clientéliste d’Houphouët-Boigny à l’égard


des religieux.

-Ensuite, d’analyser les éléments qui ont favorisé l’intensification des rapports
entre le Président Houphouët et les religieux.

-Enfin, de présenter les relations conflictuelles entre Houphouët-Boigny et les


religieux.

19
V- APPROCHE MÉTHODOLOGIE

À l’instar des autres sciences, l’histoire est une science épistémologique. C’est-
à-dire qu’elle est basée sur des principes et des méthodes de travail. À cet effet, les
travaux de Michel BEAUD31, Paul N’Da32 et de Alexander BUTTER33 nous
enseignent sur les processus et les démarches à suivre dans la rédaction du travail
scientifique.

Le travail de l’historien préconise le respect de la déontologie et l’éthique de


l’histoire. L’historien dans l’élaboration de son travail doit faire recours à une
démarche d’impartialité. Cela dit, il doit traiter avec beaucoup de recul et en
s’appuyant sur les analyse critiques des informations et évènements auxquels il est
confronté. Cette étude que nous tentons de mener se situe dans un cadre important
de la vie politique et religieuse de la Côte s’Ivoire. La méthode qui lui sied
nécessite, par conséquent, une double réflexion croisée sur ces différentes
tendances (politique et religion). De ce fait, nous avons eu recours pour
l’élaboration de ce travail à plusieurs types de sources. Il s’agit entre autres, des
sources d’archives et les sources orales.

►les sources d’archives

Les faits historiques de la Côte d’Ivoire jugés dignes de mémoires ont été
consignés par écrits et conservés dans plusieurs dépôts et centres de
documentations. Les articles de presse de Fraternité Matin ont été d’une
importance capitale dans la rédaction de ce travail. En effet, ils regorgent
d’importants renseignement sur les évènements politiques et religieuses qui ont
jalonné l’histoire postcoloniale de la Côte d’Ivoire. Dans la quête de résolution à la
problématique de ce travail, nous nous sommes intéressés à certains articles de cet

31
Michel BEAUD, l’art de la thèse, Paris, La découverte, 2000, 195p
32
Paul N’Da, Méthodologie de la recherche, de la problématique à la discution des résultats,
Abidjan, PUCI ? 120p.
33
Alexander BUTTER, comment rédiger un rapport ou une publication scientifique ? 18 p.

20
organe de presse traitant la question religieuse et politique de la Côte d’Ivoire de
1960 à 1993, notamment Fraternité Matin.

Les articles de presses issus de Fraternité Matin, en effet, abordent de façon


générale les affaire politiques et religieuses de la période étudiée. D’emblée, ils
nous fournissent de amples informations sur les relations entre les religieux,
notamment, la présence des hommes politique dans les lieux de cultes, pendant
l’inauguration des lieux de cultes, pendant la célébration des fêtes religieuses et
même pendant la pose des premières pierres pour la construction des édifices
religieuses (lieux de cultes).

En plus, il nous donne des informations sur l’islam et le christianisme. Il s’agit


des informations sur la construction des lieux de cultes, les fêtes musulmanes et
chrétiennes, les associations islamiques et chrétiennes et aussi des rapports entres
les leaders, les dignitaires religieux avec l’autorité politique. Ils nous donnent des
informations sur le statut des musulmans et des chrétiens dans la gestion de la
question religieuse par le pouvoir politique du président Houphouët-Boigny.

Dans les articles de Fraternité Matin, on y trouve des informations sur les
discours prononcés par les autorités politiques l’égard des religieux et aussi des
discours prononcés par les leaders religieux à l’égard de l’autorité politique. Nous
trouvons également dans les articles de Fraternité Matin, des informations sur la
posture des religieux s’agissant des questions politiques. L’exploitation des articles
nous ont permis de satisfaire certains de besoins. Il serait important pour nous de
signifier que Fraternité Matin est un organe de presse gouvernementale qui fait la
propagande des actions de l’État. Par conséquent, nous nous sommes dirigés vers
d’autres organes de presse comme le CERAP pour s’imprégner de ce qu’ils disent
des mêmes évènements. Ainsi, nous avons soumis ses informations à la critique
interne et externe enfin de faire la lumière sur les données collectées, dans ces
maisons de presses.

Au CERAP nous avons consulté les journaux des organes de presse,


notamment, le Patriote, le Liberal, Tassouman, Notre voie, le National et bien

21
d’autres. Ces journaux, nous ont donnés des informations sur la question politique
et religieuses de la Côte d’Ivoire. Les informations, sur collaborations des religieux
et l’autorité politique et les actions des politiques en vers les religieux. Il ressort en
effet, que les faits sont jugés autrement. Ils sont jugés selon son appartenance
politique. Cependant, les analyses critiques, nous ont permis de connaitre la véracité
des faits en suivant une démarche d’objectivité.

Ainsi, nous nous sommes rendus à la fondation Félix Houphouët-Boigny pour


la recherche de la paix de Yamoussoukro. À la Fondation, nous avons consulté les
documents suivent : Côte d’Ivoire : Islam et Société, contribution des musulmans à
l’édification de la nation ivoirienne (XIe-XXe) de Lémassou FOFANA34. Cet
ouvrage nous a permis de connaitre les zones de pénétration de l’Islam en Côte
d’Ivoire. Cela à travers la migration de Numu et des Ligbi venus du Mali dans le
Nord de la Côte d’Ivoire. En plus, nous avons consulté l’ouvrage sur L’Afrique des
Laïcités de Gilles HOLDER et Moussa Sow35. Cet ouvrage nous été bénéfique. Il
nous a permis d’avoir non seulement une notion plus claire de la laïcité et plus
précisément le cas de la Côte d’Ivoire.

En outre, l’exploitations des sources d’archives d’ordres privées ont contribué


à la reconstruction des faits passés de certains pans de la période étudiée. Nous
avons eu recours aux sièges respectifs des certaines associations religieuses : CNI
à la mosquée d’Aghien aux 2 plateaux. Les religieux disposent des d’archives
intéressantes qui ont permis de lever le voile sur certains aspects de leurs
contributions dans la vie politique en Côte d’Ivoire. Il s’agit entre autre des cahiers
du centre d’Étude, d’Information et de Documentation (CEID) du Conseil National
Islamique (CNI) qui contient toutes déclarations des responsables du CNI et du
COSIM relativement aux faits sociopolitiques en Côte d’Ivoire. Ces archives ont
été d’une valeur capitale dans la mesure où elles nous ont permis d’établir des

3434
Lémassou FOFANA, Côte d’Ivoire : Islam et société. Contribution des musulmans à
l’édification de la nation ivoirienne (XIe-XXe siècle), Abidjan, Les Editions du CERAP, 2007,
154p.
35
Gilles HOLDER et Moussa SOW, L’Afrique des Laïcités, édition Tombouctou, 2010, 345p.

22
comparaisons avec les données des articles de presses. En plus des sources
d’archives, nous avons aussi fait recours aux sources orales.

►les sources orales

La rédaction de ce travail de recherche a nécessité le recours aux sources orales.


Ces sources et les sources d’archives occupent une place indélébile à la
reconstitution des faits passés, c’est-à-dire indéniable à l’écriture de l’histoire.

Les sources orales dans la reconstruction des faits demeurent une source de
polémiques entre les historiens. Pour certains historiens à l’image de Joseph Ki-
Zerbo, remettent en cause la pertinence des sources orales. Pour eux les sources
orales sont fragiles pour remonter dans les couloirs obscurs de l’histoire. Ainsi, ils
privilégient les sources écrites et les sources archéologique.

Par contre, des historiens comme Jan VANSINA trouvent que les sources orales
sont d’une importance indéniable dans la reconstruction des faits passés d’un peuple
sans écriture. Selon Jan VANSINA :

Dans les régions du monde habitées par des peuples sans écriture, la tradition
orale reste la principale source historique qui puisse être utilisée pour la
reconstruction du passé. Même chez les peuples qui connaissent l’écriture,
nombre de sources historique, parmi les plus anciennes, reposent sur la
tradition orale36.

La reconnaissance des sources orales dans l’écriture de l’histoire de


l’Afrique nous a pousser à lui accorder une place importante. Ainsi, nous avons
limité nos enquêtes dans une localité en Côte d’Ivoire, notamment Bouaké. Le
choix pour cette localité se justifie par plusieurs raisons. La première c’est le fait
que Bouaké ait constitué une plate tournante pour les forces nouvelles. Dans cette
localité, nous avons plusieurs imams susceptibles de nous donner des informations

36
Jan VANSINA, De la tradition orale : Essai de méthodologie historique, Tervuren, Musée royal
de l’Afrique centrale, 1961, p5.

23
de qualité. En plus, certains imams sont également des membres d’associations
comme le COSIM, CNI et bien d’autre.

La collecte des données des sources orales a nécessité des moyens. Il s’agit
entre autre des blocs notes comme le téléphone pour l’enregistrement des
conversations, pour les prises de vues photographiques. Le choix de ces personnes
a été fait en fonction de leurs statuts.

La dernière étape de ce travail fut la confrontation des données. Nous avons


dans un premier temps confronter les données orales entre elles. Ensuite, nous
avons confronté les données orales aux données écrites. Enfin, ces différentes nous
ont permis de connaitre la vérité.

VI-ANNONCE DU PLAN
Nous avons articulé le travail en trois parties comportant chacune deux
chapitres.

La première partie traitera le début de la politique religieuse d’Houphouët-Boigny


à l’égard des religieux.

Le premier chapitre mettra en exergue la politique clientéliste d’Houphouët-


Boigny à l’égard des religieux, par la nomination des représentants des religieux au
seins du gouvernement.

Dans le second chapitre, l’accent sera mis sur la contribution d’Houphouët-


Boigny dans les affaires des religieux. Notamment, la subvention du pèlerinage, la
participation physique aux activités religieuse telle que l’inauguration des lieux de
cultes et autres.

Quant à la deuxième partie, il sera question d’analyser les facteurs de


rapprochement entre Félix Houphouët-Boigny et les religieux.

24
Le premier chapitre fera l’état de la politique de cooptation et d’exploitation de
la fibre religieuse par Houphouët-Boigny. Cela à travers la présence des hommes
politique et les représentants d’Houphouët dans les mosquées et églises

Dans le second chapitre, il sera question d’examiner, la politique de largesse et


de partialité du président Houphouët à l’égard de l’existence des associations
religieuses (islamiques et chrétiennes).

Enfin, dans la troisième partie, il sera question d’aborder les rapports


conflictuels entre Houphouët-Boigny et les religieux.

Le premier chapitre évoquera les attitudes des religieux face aux abus du
pouvoir politique d’Houphouët. Les manifestations contre l’ingérence de l’Etat
dans les affaires religieuses, la lutte contre la discrimination pour les musulmans.

Ainsi, le second chapitre lui abordera la question de la posture des religieux à


l’ère du multipartisme, notamment leurs positions face à l’État mais aussi leurs
positions face aux partis politiques.

25
PREMIÈRE PARTIE I :

POLITIQUE D’ESPIONNAGE ET DE COOPTATION D’HOUPHOUËT-


BOIGNY À L’ÉGARD DES RELIGIEUX (1960-1970)

26
CHAPITREI : LE RÔLE DES CADRES ET LEADERS RELIGIEUX DANS
LA VIE POLITIQUE EN CÔTE D’IVOIRE DÈS 1960
Dans ce chapitre, il est question de retracer la nature des relations entre
Houphouët-Boigny et les religieux aux lendemain des indépendances. Il s’agit des
rapports entre les leaders des différentes communautés religieuses et le pouvoir
politique d’Houphouët-Boigny. Cela vise à faisant ressortir la quintessence des
éléments qui ont engendré ce rapprochement entre pouvoir politique et religion.

I-LA NOMINATION DES CADRES RELIGIEUX DANS LES INSTANCES


GOUVERNEMENTALES ET AUX POSTES DE RESPONSABILITÉS
Pour consolider son pouvoir politique après les années de l’indépendance,
Houphouët-Boigny avait sans nul doute développé sa politique générale à partir de
sa conception personnelle de la notion de « l’État ». L’État pour lui, devrait être un
pur instrument au service de la raison autocratique par le souci de l’intérêt général.
Appréhender l’État de cette façon avait favorisé la mise en place d’un système
politique étatisé avec pour caractéristiques majeures le monopole de la force
publique, la régulation des comportements des concitoyens et la capacité de mettre
en œuvre des politiques publiques, telle la cooptation des religieux. Celle-ci s’est
manifestée dans les premières heure de l’indépendance par la nomination des cadres
religieux dans les instances gouvernementales et aux postes de responsabilités. Ici,
il serait important pour nous de faire un éclaircissement au sujet des nominations
des cadres religieux au sens général du thème. Il s’agit en grande partir des
musulmans. Quant aux chrétiens, cette communauté était déjà bien hiérarchisée.
Mentionner ce passage pour nous constitue est un bref rappel du système qui était
en place.

27
1. La Nomination des cadres musulmans
Dans les Etats postcoloniaux africains, de nombreux chef d’États ont inscrit
leur rapport avec la religion au cœur de leur politique de gouvernement. La Côte
d’Ivoire d’Houphouët-Boigny n’a cependant constitué une exception.

En effet, depuis la période coloniale, le président Houphouët-Boigny


entretenait des relations avec les religieux. Ces relations se sont intensifiées au
lendemain des indépendances37. Les relations entre Houphouët et les religieux
musulmans en est une parfaite illustration. En effet, dans sa politique de cooptation,
Houphouët s’est appuyé sur un certain nombre de ses collaborateurs notamment
Mamadou Coulibaly et Lanzéni Coulibaly Poto ; puis aussi sur les rapports privés
avec certains dignitaires musulmans. S’agissant de Mamadou Coulibaly, il est
originaire de la région d’Odienné nord-ouest de la Côte d’Ivoire. Il fut le « grand
ami musulman du président Houphouët38. » leur amitié remonte depuis la période
coloniale. Selon les écrits de Marie Miran, c’est en 1934 que Mamadou Coulibaly
fit la connaissance d’Houphouët-Boigny qui soigna « miraculeusement » sa femme,
que les docteurs avaient déclaré incurables. Cette rencontre fut le fil conducteur de
la carrière politique de Mamadou Coulibaly. Il part d’abord comme conseiller du
RDA de l’Assemblée de l’Union Française (1949-1956), trésorier général du PDCI
(1959-1980), premier vice-président de l’Assemblée Nationale Ivoirienne (1960),
rédacteur en chef de Fraternité Hebdo (1963-1965), Directeur (1961-1963) puis
président-directeur de Fraternité Matin (1974-1985). En plus de ces postes,
Mamadou Coulibaly fut le président du Conseil Economique et Social qu’il occupa
de 1962 jusqu’à sa mort en 1985, une fonction qui fit de lui le troisième personnage
d’État.

Militant actif du PDCI, Mamadou Coulibaly fut désigné par le président


Houphouët-Boigny comme le représentant de la communauté musulmane auprès
de l’État, dès l’accession à l’indépendance. À ce titre, il devenait l’orbite autour
duquel gravitait des satellites notamment les imams et les Associations islamiques.

37
Marie MIRAN, Op., P.152
38
Paul Henri SIRIEX, Houphouët-Boigny ou la sagesse africaine, France Les Nouvelles
Africaines, 1986, p. 1962

28
De 1960 à 1985, il a joué un rôle qui était de maintenir la communauté musulmane
sous le contrôle total de l’Etat. À travers lui, le régime bénéficiait du soutien
inconditionnel des musulmans et il était chargé d’éviter l’arabisation des
musulmans de Côte d’Ivoire voulu par Houphouët. En somme, Mamadou Coulibaly
était celui que Houphouët-Boigny avait désigné pour mettre en exergue sa politique
des musulmans et de cooptation. À sa mort en 1985, El Hadj Lanzéni Coulibaly
Poto, alors garde des sceaux, ministre de la justice et membre du bureau politique
fut désigné par le président Houphouët-Boigny pour assurer la continuité de sa
politique de cooptation à l’égard des musulmans. Pour ce fait, Lanzéni Coulibaly
devient le trait-d ’union entre la communauté musulmane et le régime d’Houphouët.
Le choix de Mamadou Coulibaly et de Lanzéni Coulibaly Poto comme patron des
musulmans, en plus de leur appartenance politique et religieuse, résultait aussi de
leur caractère personnel qui faisait d’eux des hommes passifs et non passionnés du
point de vue religieux ; car Houphouët-Boigny était opposé à toute forme
d’intégrisme et d’activisme musulman.

Houphouët-Boigny dans ses rapports avec les leaders musulmans avait un


seul objectif : avoir le contrôle de la communauté musulmane afin de dissuader
toute velléité de contestation. Ces relations avec les cadres musulmans ont permis
à Houphouët de contrôler la communauté musulmane sans difficultés majeures.
Ainsi, de 1960 jusqu’à 1993, l’on a assisté à une accommodation des musulmans et
à un effacement relatif des leaders musulmans de l’arène politique.

2. Nomination des cadres chrétiens


La cooptation clientéliste d’Houphouët-Boigny consistait à utiliser des
personnages clés qui constituaient des pions à son jeu de patronage politique,
Houphouët n ’a cependant pas négligé les grands hommes issus des catholiques.

Après l’indépendance, les nombreux cadres sortis des écoles missionnaires,


ex-animateurs des organes de presse chrétienne (Afrique Nouvelle et la Côte
d’Ivoire chrétienne). Houphouët-Boigny les recrutera pour faire d’eux des militants
indécrottables du parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI). A cet effet, ils
occuperont des postes politiques dans le gouvernement et seront dès lors les

29
membres influents de la vie politique locale et régionale. Les plus célèbres des
cadres et compagnons de lutte de Félix Houphouët-Boigny issus de l’ordre religieux
catholique sont Philippe Yacé, nommé Secrétaire Général du PDCI puis Président
de l’Assemblée Nationale, Jean-Baptiste Mockey, pharmacien et Mathieu Ekra.
Secrétaire d’Etat aux affaires Sociales puis Ministre de l’intérieur (c’est à lui que
reviendra l’homme de rédiger l’Hymne National de la Côte d’Ivoire). Outre ces
membres influents du PDCI,

Quelques anciens membres et animateurs de l’Action Catholique font leur


apparition au sein du gouvernement : MM. Bayablé Kouadio et Joseph
Pango, tous deux anciens scouts, se voient attribuer les postes de Ministre
de la Défense Nationale et Chef de la Fanfare de la Gendarmerie Nationale.
M. Jean Delafosse, ex-président du Conseil paroissial de Notre Dame de
Treichville devient le ministre de la Fonction Publique, alors que les
anciens élèves du Petit Séminaire de Bingerville, M. Amani Goli et Amon
Tanoh Lambert occupent respectivement les postes d’inspecteur des
impôts et de Ministre de l’Education Nationale39.

A cette époque de la vie politico-religieuse ivoirienne, nous avons presque


assister à ce que Marie Miran appelle « une christianisation de l’Etat » à l’égard du
grand nombre de cadre religieux nommés aux postes ministérielle et aux postes de
responsabilités.

39
Navigué Félicien COULIBALY « Houphouët-Boigny, le pouvoir politique et les religions en
Côte d’Ivoire : 1960-1990 », in Suisse d’Histoire religieuse et culturelle, p344, disponible sur le
site ht t://www.e-periodica.ch

30
II-LES GUIDES RELIGIEUX COMMES COMPAGNONS POLITIQUES
ET CONSEILLERS RELIGIEUX D’HOUPHPOET-BOIGNY
Pour Houphouët-Boigny, l’action politique et l’acte de foi font qu’un. En
d’autres termes, l’action politique ne trouve une dimension régulatrice que par
référence à des valeurs absolues. Cet ensemble de parallélisme qu’a fait Houphouët
entre la foi religieuse et la politique, l’ont amené à faire des religieux ces proches.
Certaines comme des compagnons politiques et d’autres des conseillers.

1. Les compagnons politiques et conseillers musulmans d’Houphouët-Boigny


En Côte d’Ivoire de nombreux musulmans participèrent à la marche vers
l’indépendance aux côtés du Rassemblement Démocratique Africain (RDA).
Houphouët-Boigny grand militant des premières heures de ce rassemblement
politique africain noua des relations politiques mais sur tout religieuses avec les
marabouts de renom. Ceux-ci constituèrent le premier cercle restreint de son réseau
musulman.

Bien que catholique, Houphouët-Boigny noua de solides relations avec les


dignitaires des confréries musulmanes d’où il tira d’énorme profits pour servir sa
cause politique et religieuse. Il approfondit ses relations avec les musulmans
lorsqu’il intégra le monde des marabouts par le canal de certains célèbres noms,
notamment le Cheick Yacouba Sylla de la confrérie des Hamallistes, un sous-
groupe de l’islam Tijaniayya. Les liens très intimes et intenses que Houphouët-
Boigny entretint avec cet illustres marabout très influent rencontre dans l’arène
politique à Gagnoa à l’époque de la lutte anticoloniale du Rassemblement
Démocratique Africain ont été fondés sur des engagements réciproques, comme le
témoigne Cheick Sylla :

Yacouba Sylla avait fait valoir notamment que, en tant que marabout, il ne
pouvait pas s’entendre sans certains engament de ce dernier. Le Député
Houphouët-Boigny, devrait par exemple, accepter en toute circonstance de
se mettre au service de la paix. Il devrait, abandonner certains sacrifices
qui n’étaient pas inhabituels autrefois, devrait en particulier ne pas verser
le sang humain. Sous ces conditions, l’homme de Dieu se mettrait à prier
pour que l’Afrique puisse être ce qu’elle est aujourd’hui […] Yacouba

31
Sylla était un conseiller assidu d’Houphouët-Boigny sur beaucoup de
plans. Il y avait des émissaires, des parents, des oncles qui circulaient entre
les deux hommes et qui disaient à celui qui agissait ce qu’il fallait faire, où
40
il fallait aller et où il ne fallait pas, pour réussir ce qui a été réussi

Plus généralement, Houphouët consultait régulièrement de grands imams et sages


musulmans tant bien pour des questions religieuses que politiques. L’imam vénéré
de Bondoukou, Ali Baba Timité, ami de lutte politique au temps du RDA, mort en
1988 avait ses entrées au palais présidentiel, tout comme les marabouts Cheikh Sidy
Modibo Kané Diallo qui respectivement dans les années 70 et 80, influencèrent
Houphouët-Boigny à cause de leur sagesse spirituelle.

Houphouët-Boigny noua des alliances avec d’autres familles musulmanes


dans le nord de la Côte d’Ivoire notamment en pays sénoufo, avec le patriarche
Péléforo Gbon Coulibaly, chef traditionnel musulman sénoufo. Houphouët-Boigny
avait tissé de fortes et intimes relations avec Gbon, « son père spirituel » à cause
des nombreux services politiques et mystiques que le chef sénoufo lui a rendu
pendant la lutte coloniale et surtout pendant l’exercice de son pouvoir politique en
tant que Chef d’Etat. Houphouët-Boigny, ne cessera de manifester partout et quand
l’occasion se présentait à lui, son amitié avec la famille Gbon de Korhogo. Il
effectuera le déplacement à Korhogo pour témoigner sa reconnaissance à Gbon
Coulibaly à la disparition en 1962. Mieux, il fit des membres de cette famille alliée,
des homme politiques et de hauts cadres de la Côte d’Ivoire postindépendance. En
instrumentalisant son amitié avec la famille Gbon Coulibaly, Houphouët-Boigny
récoltait des dividendes politiques dans le pays dans le pays sénoufo, lequel avait
insidieusement signé une sorte de pacte d’alliance avec Houphouët-Boigny, leur
libérateur et leur sauveur (il mit fin à leur souffrance avec l’abolition des travaux
forcés).

40
Témoignage de Cheick na Sylla, in : Mel Frédéric Grah, 56 témoignages, riches, surprenants,
édition, Abidjan 2005,367.

32
2. les compagnons politiques et conseillers chrétiens d’Houphouët-Boigny
Quant à la communauté chrétienne, Houphouët-Boigny s’est appuyé sur
deux personnalité qui sont l’évêque Bernard Mrg Yago et Papa nouveau, de son
vrai nom Dagri Najva pour manifester sa politique religieuse.

Bernard Mrg Yago, le collaborateur loyal, libre et « rebelle » dans la


politique religieuse d’Houphouët-Boigny.

Bernard Yago fut ordonné à Rome le 8 mai 1960 par Pape Jean XXIII. Il
était en ce moment le 1er et unique évêque ivoirien. Le 23 février 1983, il fut
ordonné cardinal par le Pape Jean-Paul II. Il fut le premier ivoirien président de la
Conférence épiscopale. Archevêque métropolitain (l’Eglise ne disposant d’un seul
archevêque à cette époque) d’Abidjan, il fut le « porte-parole » des Evêques de Côte
d’Ivoire. Houphouët et Bernard Yago ont eu tous deux des relations scellées au
lendemain des indépendances. Après les collaborations scellées d’Houphouët et
Yago dès les premières heures de l’indépendance, les relations entre ces deux hautes
personnalités du pays seront jalonnées de quelques tumultes et de heurt. Le fait qu’il
soit le représentant des évêques et exerça à Abidjan, fera de lui « le seul à prendre
position » (à cette époque, Houphouët-Boigny régnait de main de fer) pour
stigmatiser les tares de la politique générale du président à l’occasion de certaines
circonstances clés de la vie politique de la Nation.

Ces heurts débutèrent dans les années 1963 lors des « complots »
d’Houphouët-Boigny contre ses amis politiques, lesquels complots ayant
occasionné la mort d’Enerst Boka, son ami personnel, fidèle auditeur de ses
conférence épiscopales depuis 1959. En effet, Ernest Boka, président de la cour
suprême, ministre et collaborateur d’Houphouët-Boigny, trouva la mort dans la
prison d’Assabou à Yamoussoukro (village du président), accusé de vouloir attenter
à la vie d’Houphouët41. L’évêque Bernard Yago n’a pas aussi tôt affiché sa volonté
de ne laisser le pouvoir temporel exercer son autorité sur le pouvoir spirituel.

41
Siriex a, Houphouët-Boigny (voir note 8), 214-215.

33
Toutefois, les rapports d’Houphouët-Boigny avec le Cardinal Bernard Yago figure
charismatique de l’église romaine s’avère difficiles.

En effet, au-delà des critiques qu’il faisait face au faux complots de 1963, le
prélat resta un homme libre et critiqua avec vertement « l’ingénie politique
particulière » d’Houphouët-Boigny. Il blâma notamment la gestion paternaliste du
pouvoir et la philosophie de « grilleur d’arachides », c’est-à-dire la corruption42.

Comparativement à l’évêque Bernard Yago, qui dans sa collaboration avec


Houphouët, a présenté une double facette, Papa Nouveau, quant à lui, s’est révélé
plus loyal.

Papa Nouveau, fondateur de l’Eglise "Papa Nouveau", une branche


dissidente de la mouvance harriste témoignaient de l’amitié et du profond respect
mutuel de ces deux illustres du monde politico-religieux ivoirien.

Le prophète Papa Nouveau avait fait de son village toukouzou Hozalem en


pays avikam (toukou zou : le lieu du génie ; hozalem, la nouvelle Jérusalem) la
plaque tournante et le siège de la pratique de sa religion. Il « était de fait un prophète
typiquement ivoirien, liant un fort ancrage local et ethnique et une vocation à parler
au nom de Dieu pour tous les ivoiriens, conjuguant les valeurs des cultes
traditionnels de fécondité ( au point de prôner la polygamie et de tolérer l’adultère)
et l’ouverture vers le modernisme et le développement ( par la création d’école et
de dispensaires) soutenant dès les années 1930, le mouvement national et pratique
la bonne entente avec les blanc »43.

L’attachement de Papa Nouveau à la tradition africaine et sa bonne


connaissance du fait religieux ancestral avait fait de lui, un prophète très écouté et
beaucoup sollicité du président. Il joua auprès du président, le rôle de devin et de
consultant et de conseiller spirituel. De sorte qu’à son décès en septembre 1990, le
président Houphouët-Boigny à, qui il avait prédit la présidence de la république

42
Observatoire International du Religieux, Réligion et politique en Côte d’Ivoire : un Demi-Siècle
d’Intimités ambivalentes, Note d’analyse n°9, CERI-GSRL, Septembre 2018, p 7.
43
André Mary, Prophètes pasteurs, la politique de la délivrance de la Côte d’Ivoire, in : Politique
africaine, 87 (2002) 72-73.

34
pendant qu’il luttait activement pour la souverainement de son pays, ne manqua pas
de dire du « prophète des lagunes » qu’il « faisait partie de la race des prophètes
purs »44.

En effet, Papa Nouveau avait dès 1937 tenu des propos prémonitoires à l’égard
d’Houphouët-Boigny et l’accession de la Côte d’Ivoire à l’indépendance :

Les Blancs et les Noirs vont désormais manger à la même table. Il n’y aura
plus de peuple opprimés pour des raisons de peau. Les Noirs qui jusque-là
sont sous la domination des Blancs se prendront eux-mêmes en charge en
ayant à eux-mêmes leur gouvernement et leur président. Celui qui guidera
la Côte d’Ivoire sera un Ivoirien qui viendra du centre du pays45.

En faisant cette prophétie en 1937, à l’époque où la traite négrière battait son plein,
où les Blancs régnaient en maitres absolus sur les Noirs, Papa Nouveau se disant alors
envoyé de Dieu prenait assurément des risques. Il sera accusé de tenir des propos séditieux
à force d’invitation à la désobéissance civile, le prophète papa nouveau va intensément
subir la rage de l’administrateur colonial. Il sera arrêté et incarcéré pendant cinq (5) ans.
Ce n’est qu’en 1952 que le prophète fut blanchi par la cour d’appel d’Abidjan et lui
permettre de manifester sa foi religieuse46. L’ensemble de ces mésaventures traversées par
et le prophète et son attachement dans la lutte pour la liberté de nos pays africain ont
engendré des rapprochements entre l’homme de Dieu et le président Houphouët-Boigny.

44
Idem.
45
Fraternité Matin, Lundi 15 Juillet, 1996, p 2.
46
Idem, p 2.

35
Papa Nouveau

Source : Fraternité Matin, lundi 15 juillet 1996, p 2

36
CHAPITRE II : CONTRIBUTION FINANCIÈRE D’HOUPHOUËT DANS
LES AFFAIRES RELIGIEUSES
À ce niveau de notre étude, il sera question pour nous de montrer la
multiplication des actions de bienfaisances et la forte implication d’Houphouët dans
les activités et mouvements purement religieux. Il s’agit des mouvement religieux
chrétiens d’une part et des mouvements religieux musulmans d’autres part.

I-LA SUBVENTION DES MOUVEMENTS RELIGIEUX


Le président Houphouët-Boigny dans le but de contrôler l’arène politique
ivoirienne et d’empêcher les communautés religieuses de s’attaquer à son pouvoir,
n’a ménagé aucun effort pour apporter son soutien à ces dites communautés, même
quand celles-ci n’en demandaient pas. Cependant, certaines associations qui
existaient dans la clandestinité ont eu désormais une identité officielle. Elles ont
également bénéficié des largesses du régime politique d’Houphouët notamment, les
subventions de leurs associations et groupements religieux.

1. Subvention des mouvements islamiques


Avec les musulmans, Houphouët-Boigny manifestait sa solidarité et sa
charité à leur égard pendant le mois saint de Ramadan et à l’occasion du pèlerinage
à la Mecque, comme le témoigne la Confédération des Associations, Organisation
et Conseil Islamique de Côte d’Ivoire (CAOCICI) :

pendant les mois sacrés du Ramadan, des centaines de tonnes de riz, de


sucre, de laits, accompagnées d’importantes sommes d’argent sont
données aux imams et chefs religieux en vue de les distribuer aux fidèles
de leurs communauté, sans oublier qu’à chaque saison du pèlerinage à la
Mecque, la Présidence de la République vient en aide association
organisatrice du pèlerinage agrées par le ministre l’administration du
territoire afin d’assurer les frais de voyage de plusieurs centaines de
musulmans démunis financièrement, pour qu‘ils accomplissent en toute
facilité, le cinquième pilier de l’islam (le pèlerinage). Après feu le

37
président Houphouët-Boigny, tous ses successeurs ont maintenu cette
pratique qui est devenue une tradition en Côte d’Ivoire47.

2. Subvention des mouvements chrétiens


Malgré ses relations délicates avec le Cardinal, le président Houphouët-
Boigny, il réussit à nouer des rapports solides avec l’église Catholique et la faire
rayonner dans l’espace politique. Ainsi, il fait de la subvention des activités
religieuses un magnons essentiel dans son programme de gouvernement. En effet,
pendant les périodes de fêtes et de pèlerinage, le président Houphouët-Boigny ne
cessait de manifester son soutien aux religieux en participant directement ou
indirectement aux activités. L’un des éléments justificatifs de la forte implication
d’Houphouët dans les activités religieuses. L’un des évènements fut celle de 18
octobre 1973 et 1975. Cette période marque la journée annuelle de prière.

En effet, Houphouët célébrait son anniversaire qui coïncidait avec le


cinquantenaire de l’église catholique de Bouaké et la fin du Ramadan. Il participe
à toutes ces cérémonies d’abord à Bouaké avec les catholiques puis à
Yamoussoukro avec les musulmans. Même s’il professait la foi chrétienne. Toutes
les principales fêtes chrétiennes (noël, pâque, Ascension, Assomption, pentecôte,
Toussaint) auxquelles participait le président, en se rendant à la messe, était
célébrées. A la veille de chacune de ces fêtes, le président décrétait chômé payés
les jours de leur célébration ou le lendemain (le lundi de pâque et de la pentecôte).
Houphouët-Boigny lorsqu’il n’était empêché se faisait représenter aux fêtes
religieuses.

Marie-Miran considère ses « représentation » comme faisant partie des


stratégies de contrôle de l’appareil étatique et plus particulièrement du président.
Outre cela, Houphouët-Boigny visait plus encore à témoigner tout son attachement
à la communauté qu’il assiste. Aux cérémonies religieuses auxquelles participaient
les représentants du président Houphouët, la communauté devrait réaffirmer leur
attachement aux idéaux de paix et de fraternité si chers au président. Les

47
Marii Adèle Djidjé, CAOCICI : le haut conseil des ouléma et imamats chez Gbagbo, in :
Fraternité Matin, 11 Novembre 2005.

38
représentants même s’ils n’étaient de la confession comme ce fut le cas du ministre
Auguste Denise, qui a déjà représenté le président Houphouët-Boigny à des
cérémonies de confession religieuse musulmane.

II-LE LANCEMENT DES PREMIERS ÉDIFICES RELIGIEUX PAR


HOUPHOUËT-BOIGNY
La construction des édifices religieux en Côte d’Ivoire par Houphouët-
Boigny se veut la matérialisation de son attachement aux différentes communautés
religieuses. On connait surtout les mosquées, les temples, qu’il a bâtis. Ces maisons
de Dieu, traits d’union entre ciel et terre, ont contribué imperceptiblement mais
inexorablement au maintien de la paix dans le pays. Mais sur tout à pérenniser la
cohésion sociale entre la classe politique et les religieux en Côte d’Ivoire. Ce fut
l’une des politiques de patronage qui révèlera la dimension religieuse d’Houphouët-
Boigny mais aussi, c’est celle qui détermine la grandeur de sa foi.

1. Les premiers édifices islamiques


Le président Houphouët-Boigny fut un grand bâtisseur de mosquée. Mais,
c’est l’aide financière que le pouvoir apporta à la construction de mosquée qui
devint le terrain de prédilection de la politique de cooptation en vers les musulmans.
Dans ce domaine, le président Houphouët fut comparé à ses homologues tel que le
Marechal Mobutu du Zaïre et au président Daniel Arap Moi du Kenya.

En effet, Houphouët-Boigny initie à partir des année 1960 et 1975 une vaste
campagne de collecte de fond pour matérialiser son attachement vis-à-vis des
religieux. Dans cette campagne, il procède à la ponction des salaires des
fonctionnaires pour collecter des fonds nécessaires dédiés à l’édification des
édifices religieux. Cette campagne a permis aux musulmans d’avoir la somme de 1
milliard 350 millions de FCFA.

Cependant, à suite de ses campagnes de collecte des fonds le président


Houphouët-Boigny initie une vaste campagne d’édification d’édifice religieux.
Cette campagne d’édification des édifices religieux va commencer à Abidjan
précisément dans la commune d’Adjamé.

39
Ainsi, Houphouët-Boigny vient en contribution dans la finalisation de la
Mosquée d’Adjamé. Les premiers financements de la grande mosquée d’Adjamé
furent faits par six grands communautés ethniques. Il s’agit notamment de
musulmans originaires d’Odienné, Mankono, Séguéla, Touba, Korhogo et
Boundiali48. Il arrive que la contribution d’une communauté soit plus importante.
Pour autant, cela ne lui confère pas, de facto un droit de propriété sur le lieu de
culte. La mosquée s’étend sur une superficie totale de 4.052 m2.

En effet, l’édification de cette mosquée s’élève à un montant 247 millions


de francs. Le président contribua à hauteur de 152,5 millions, s’agissant des six
sous-préfectures, elles ont contribué à hauteur de 2,240 millions, la caisse de
stabilisation : 59 millions ; à ses dons s’ajoutent ceux du délégué au maire
d’Adjamé, du président du conseil Economique et Social, du Ministre de
l’Economie des Finances et du Plan, et de l’ancien ministre de l’agriculture49. Ce
qui donne un total de 247 millions, montant de la construction de la mosquée. Suite
à la construction de la mosquée, les musulmans initièrent alors l’idée de la
construction d’un Centre Culturel de trois étage à l’enceinte de la mosquée.

48
Fraternité Matin, du 8 août 1979
49
Idem, p 5, 8

40
La grande mosquée d’Adjamé

Source : Fraternité Matin, mercredi, 8 Août 1979, p 5.

41
En outre, Houphouët-Boigny dans le processus de construction de mosquée,
tourne le regard vers son village natal (Yamoussoukro). Il lance alors le projet de
construction des mosquées dans cette nouvelle capitale politique de la Côte
d’Ivoire. En effet, au cours d’une visite du président malien, Modibo Keita, Félix
Houphouët-Boigny procéda à la pose de la première pierre de la nouvelle grande
mosquée de Yamoussoukro. La construction de cette mosquée fut confiée à Balla
Camara. D’origine guinéenne, Balla Camara, acquit l’expérience dans le domaine
de la construction (ponts et bâtiments) auprès de l’administration coloniale dans la
région de Ségou (actuel Mali). Plus tard, installé en Côte d’Ivoire, précisément à
Bouaké au quartier Djamourou, il s’adonna à la construction de mosquées. Il parvint
à en édifier trois : la « mosquée koyaka » de Bouaké, la grande mosquée de Koro
et la grande mosquée de Touba.

Sur les péripéties de la construction de la grande mosquée de


Yamoussoukro, Issa Meïté, le premier muezzin de dudit lieu de culte raconte :

Balla Camara a fait la connaissance du président Houphouët par


l’entreprise du grand imam de Bouaké, Anzoumana Sylla. Pour la
construction de la grande mosquée de la grande mosquée de
Yamoussoukro, le président a envoyé Balla Camara au Sénégal pour voir
l’architecture de la grande mosquée de Dakar. A son retour du Sénégal,
Balla a dit au président qu’il ne peut pas construire une mosquée du même
modèle que celle de Dakar mais qu’il peut construire une mosquée plus
belle que celle de Dakar. Le président Houphouët lui a demandé, par la
suite, à combien il pouvait construire ladite mosquée. Il a dit 10 millions,
le président était à la fois surpris et content. Pour le remercier, il lui a donné
l’argent quand même. Quand Balla a terminé le travail avec les 10 millions,
le président était à la fois surpris et content. Pour le remercier, il lui a
donné, en plus de son salaire, le reste du matériel de construction. C’est
avec ces matériels que Balla à construire ses maisons et magasins non-loin
de la mosquée. Après la construction de la mosquée, c’est Anzoumana
Sylla qui a proposé au président Houphouët son gendre, Bazoumana
Fofana, qui était déjà imam de l’ancienne grande mosquée, comme imam
de la nouvelle mosquée. Le président a accepté sa proposition.

42
Pour donner un style particulier à la mosquée, la décoration intérieure de l’édifice
fut réalisée par des artistes marocains ; signe des relations cordiales entre le
président ivoirien et le roi Hassan II du Maroc (J-N. Loucou, 1989 : 14). A la suite
de Yamoussoukro, d’autres initiatives de constructions de mosquées furent lancée
par l’Etat ivoirien.

En outre, il y a la mosquée de Korhogo. En effet, le gouvernement en 1967


annonça son aide aux musulmans de Korhogo pour organiser les souscriptions
privées devant servir à l’édification de leurs mosquées. Alors, un appel de collecte
de fond fut lancé à l’échelle nationale pour couvrir le coût de projet estimé à 50
millions de FCFA. Ainsi, grâce aux compléments de la présidence, la mosquée fut
inaugurée en grande pompe au milieu des années 1970.

En plus de ces différentes mosquées, nous avons la mosquée d’Odienné. En


1972, soit deux (2) ans après fut lancé le chantier de la grande mosquée d’Odienné.
La réalisation de ces grands projets devrait être la preuve matérielle de la
grandeur spirituelle du président Houphouët à l’égard de la religion. La souscription
à laquelle le président fait appel tous les ivoiriens le 22 décembre 1964 le jour de
son lancement devrait permettre la construction d’édifice non pas à la mesure de
nos ambitions mais à la mesure de notre foi. Pour Houphouët-Boigny, il serait
souhaitable que la Côte d’Ivoire le pays dont les actes s’inspirent toujours de
l’amour et de la crainte de Dieu.50

2. Les premiers édifices chrétiens


La collecte des fonds dédié aux religieux n’a mis aucune communauté
religieuse en mage des répartitions. Après la répartition des fonds recueillis, la
communauté catholique a reçu la somme de 1 milliard 450 millions de FCFA. La
communauté protestante méthodiste a reçu d’Houphouët la somme de 650 millions
de FCFA.

50
Fraternité Matin, 22 décembre 1964.

43
En effet, dans la décennie de 1960 à 1970 après la construction de la
mosquée centrale de Yamoussoukro du côté des musulmans, il fit construire une
église catholique et un temple protestant dans cette même ville de Yamoussoukro
son village natal.

Le 22 décembre 1964, du haut du perchoir du parlement, Félix Houphouët-


Boigny lança une grande souscription pour la construction de trois édifices
religieux : une église catholique, un temple protestant et une mosquée.
Symboliquement, la construction de ces lieux de culte devait voir la participation
de toutes les confessions religieuses. Houphouët-Boigny versa, à titre privé,
1.500.000 FCFA. Trois de ses ministres, Philippe Grégoire Yacé, Mamadou
Coulibaly et Auguste Denise, donnèrent chacun la somme de 300.000fcfa. Des
comités de collecte de fonds par communauté religieuse furent mises en place.

Dans cette campagne de sensibilisation de collecte des font, l’intérieur du


pays reste peu mobilisé. Comparativement à ceux de l’est là où les édifices
devraient être construits. A effet, les chrétiens catholique demeure celle qui payait
mieux les cotisations, la majorité des leurs étaient des fonctionnaires et étaient bien
rémunérés. Quant aux protestants, ils venaient en dernière position avec un faible
taux de cotisation.

Cette action au début volontaire, devint au obligation sous forme d’impôt.


La somme de 1000 FCFA devrait être versée par chaque citoyen. A la suite chacun
devrait avoir une carte signée comme preuve. Cependant, au-delà de ces initiatives
catholiques, cette souscription avait d’autres enjeux.

Ces actions visait a fragilisée le tissu social ivoirien. Compte tenu des
évènements comme les faux complots d’Houphouët-Boigny entre 1963 et 1964.
Lesquels des complots qui engendré la mort de Ernest Boka.

En prélude de tous ces éléments, seul Mon seigneur Bernard Yago, jouissant
d’une immunité diplomatique du Vatican qui a pu exprimer son mécontentement
vis-à-vis d’Houphouët-Boigny. (Voir annexe n°1)

44
DEUXIÈME PARTIE :

LE RAPPROCHEMENT ENTRE HOUPHOUËT-BOIGNY ET LES


RELIGIEUX : FACTEUR D’EXPLOITATION DE LA FIBRE
RELIGIEUSE : 1970-1980

45
CHAPITRE I : LE RÔLE DES MOSQUEES ET DES EGLISES DANS LA
POLITIQUE RELIGIEUSE D’HOUPHOUET-BOIGNY
Ce chapitre a pour objectif d’analyser le rôle qu’a joué les mosquées et les
églises dans la pratique de la politique religieuse du pouvoir politique
d’Houphouët.

I-MOSQUÉES ET EGLISES : LIEUX DE SUBORDINATION POLITIQUE


Les mosquées et les églises sont des édifices dans lesquels les fidèles
religieux vont faire leurs prières quotidiennes. En effet, ces lieux de prières ont joué
un rôle prépondérant à la faveur du président Houphouët dans la manifestation de
sa politique de cooptation des religieux.

1. Présence des hommes politiques dans les mosquées


S’il est vrai que la politique de surveillance de la sphère publique islamique
se manifeste dans divers domaines, ce fut surtout dans les grandes mosquées que
l’implication de l’Etat se fit le plus sentir. De façon systématique, l’Etat se fit
représenté dans les mosquées lors de la célébration des fêtes musulmanes (l’Aïd el
kébir ou Tabaski et Aïd el Fitr ou ramadan). Se faisant collectivement et
publiquement de grand rassemblements des musulmans.

Conscient de cette réalité, l’Etat ne lésina pas sur les moyens pour y afficher
publiquement sa présence. Par conséquent, dans toutes les grandes localités, il
mandata ses représentants pour assister aux célébration religieuses. Dans les années
1960, informe Marie Miran, la plupart des représentants officiels de l’Etat lors des
fêtes musulmanes étaient de chrétiens (M. Miran, 2001 : 209). Le ministre d’Etat
Auguste Denise, par exemple, était un habitué de la mosquée dioula » de
Treichville.

À compter des années 1970, eu égard aux critiques de la nouvelle cohorte


d’imams, l’Etat remplaça progressivement les représentants chrétiens par de hauts
responsables musulmans. Au cours de l’office du culte, ceux-ci se joignaient à leurs
coreligionnaires. Mamadou Coulibaly, président du Conseil Economique et Social,
en fut la figure de proue. Selon les années, il priait soit à la « mosquée dioula » de

46
Treichville doit à la grande mosquée d’Adjamé51. Dans cette les tâches étaient
reparties. À l’intérieur du pays, sauf rares exceptions, les élus locaux assistaient à
la prière dans la mosquée-Etat de leur circonscriptions52.

Ainsi, en 1983 à Bouaké, le préfet Dahouda Coulibaly accompagné du


député-maire Konan Bledou, du sous-préfet central, N’Drin Amié prirent part à la
prière du Ramadan dirigée par l’Iman Laciné Diaby. À Odienné, la même année,
sous la conduite de l’Imam El Hadj Savané, les musulmans s’acquittèrent de leurs
devoir religieux en présence du préfet du département Benoit Koulaï Daudié et du
maire Henri Bourgoin. Simultanément à Divo, dans le jardin municipal qui servait
de cadre, assistèrent à la prière le préfet représenté par le secrétaire général de la
préfecture et le maire Konan kodjo Félicien53. Dans les communes d’Abidjan, par
contre, les membres du gouvernement furent les hôtes d’honneur des mosquées-
Etat.

Une géographie de la présence de ces hauts responsables dans les grandes


mosquées de quatre communes de la capitale économique permet d’en avoir une
idée. Dans la commune de Treichville, les deux mosquées centrales enregistrèrent
la présence des envoyés de l’Etat. À la « mosquée sénégalaise » de Treichville, le
ministre de l’information, Amadou Thiam, se joignait à ses « compatriotes » pour
y effectuer la prière. Grande des Sceaux, ministre de la Justice, Lazéni Coulibaly à
qui il succéda comme représentant des musulmans. À la tête d’une délégation
représentant le parti unique et le gouvernement, il y célébrait régulièrement la
prière54.

À Adjamé, la grande mosquée enregistrait la présence répétée d’Abdoulaye


Koné, ministre de l’Economie et des Finances. À la mosquée de la Rivera Golf à
Cocody, le ministre d’Etat, Lamine Diabaté conduisait souvent la délégation. En

51
DIOMANDE (Bourahima), Op Cit, p 186
52
Fraternité Matin du vendredi 15 juillet 1983.
53
Idem, 1983
54
Ibidem, 1983

47
1988, la grande mosquée de Koumassi fut ajoutée à la liste55. Pour la première fois,
le gouvernement y dépêcha un de ses représentants, Yaya Ouattara, ministre des
Affaires Sociales.

La présence des représentants de l’Etat dans les mosquées était interprétable


de deux manière. Dans la forme elle montrait que l’islam au même titre que le
christianisme avait droit de cité dans la Côte d’Ivoire. Elle témoignait également de
la solidarité du chef de l’Etat à l’endroit des musulmans. Cette solidarité avait déjà
été attestée par des dons pendant le ramadan. Cependant, le fond, la présence de
l’Etat dans les mosquées traduisait le contrôle subtil qu’il exerçait sur l’espace
public musulman. En réalité cette pratique de l’Etat est un héritage de la politique
coloniale. La présence de l’Etat dans les mosquées avait aussi un enjeu politique. Il
s’agissait pour le gouvernement de s’attirer constamment le soutien.

2. Présence des hommes politiques dans les Eglises


Les hommes politiques étaient aussi présents dans les églises. Effet, elle fut
une action générale c’est-à-dire qu’elle se manifestait tant chez les musulmans que
chez les chrétiens. À l’occasion de la célébration des 25 ans du temple du jubilé de
Cocody, le chef d’Etat étant invité fut représenté par le Ministre d’Etat Mathieu
Ekra et le Ministre de l’économie et des finances M. Moïse Kouamé Koffi et de
nombreux ambassadeurs56. Dans le but de manifester son attachement à cette
communauté protestante, il s’est associé à leur fête, celle des 25 ans en leur offrant
une modeste contribution de cinq millions de francs. L’anniversaire de ces nos
d’argent s’est achevée par une toute aussi belle fête de moisson57. Ainsi, dans cette
même veine, le chef d’État à l’occasion de l’inauguration de l’Eglise St Jacques au
Deux Plateaux a pris part avec à ses côtés Mgr Bernard Yago, Archevêque
d’Abidjan et Mullor Garcia, Nonce Apostolique, doyen du corps diplomatique.
Cette église fut entièrement financée par les fidèles de l’église et des chrétiens
d’ailleurs. Cet édifice fut réalisé à un montant de 100 millions de francs58.

55
Fraternité Matin du vendredi 18juillet 1983
56
Fraternité Matin, 05 Décembre 1989.
57
Idem
58
Fraternité Matin, samedi 24 avril 1982, p 4.

48
De plus, lors de la cérémonie de prière de fin d’année de 1984, Mgr Bernard
Yago59 avait axé la messe non seulement sur la prière pour l’avènement de la
nouvelle année mais aussi sur la question de la jeunesse en Côte d’Ivoire. Une
grande partie de la messe était consacrée à la jeunesse, l’Archevêque d’Abidjan a
tenu par son adresse du jour ce même thème : la jeunesse n’est-ce pas aujourd’hui
plus qu’hier un sujet devenu préoccupant ? Qui oserait soutenir le contraire ? le
cardinal avec cette passion pastorale qu’on lui connait quand un sujet l’interpelle, a
parlé de la jeunesse, une demi-heure durant, à la lumière du quotidien ivoirien. S’il
lui a plus de reconnaitre et de féliciter les autorités politiques pour ce qu’elles ont
entrepris depuis 25 ans en faveur de la jeunesse, il soulignera avec face que
profonde crise, qui n’est pas seulement de croissance, mais encore morale. Ainsi,
le président Houphouët-Boigny accompagné de sa délégation ont pris part à cette
cérémonie de prière de nouvelle année et de la messe dédiée à la jeunesse en Côte
d’Ivoire.

II- MOSQUÉES ET ÉGLISES LIEUX DE SOUTIEN DES ACTIONS


POLITIQUES
Grace à ses actions de charité à l’égard des différentes communautés
religieuse, le président Houphouët-Boigny tissé des liens très forts avec lesdites
communautés. Ces liens lui ont permis de bénéficier du soutien des guides religieux
et leurs fidèles.

1. Mosquées
La présence régulière des hommes politique dans les mosquées sous
Houphouët-Boigny à engendrer l’apparition d’un nouveau dynamisme dans ces
lieux de prière. À titre d’exemple, à l’occasion de la célébration du 70ème

59
Fraternité Matin, 2 janvier 1985, p10.

49
anniversaire de la naissance du président Houphouët-Boigny, une prière –
anniversaire fut organisée à la mosquée « dioula » de Treichville le samedi 18
octobre 1975. En présence de hauts fonctionnaires de l’Etat, Matié Diakité, le grand
imam d’alors et les fidèles venus des différentes communes d’Abidjan, « récitèrent
les versets du coran pour demander à Allah d’accorder une longue vie au président
Félix Houphouët-Boigny60 ».

En outre, toutes les prières furent ponctuées de bénédiction à l’endroit du


président Félix Houphouët-Boigny et ses ministres. Dans le sermon suivant la
prière, l’imam invitait toujours ses coreligionnaires à soutenir le pouvoir dans ses
actions. Publiquement, il matérialisait et renouvelait l’allégeance perpétuelle des
musulmans au gouvernement, au chef de l’Etat et au parti. Aussi n’était-il pas rare,
après une importante cérémonie religieuse, que l’imam fût soumis à une interview
radiotélévisée émaillée de l’actualisation de la fidélité des musulmans au président
Houphouët-Boigny.

Le soutien des musulmans à la l’Etat se révéla surtout au cours des crises


auxquelles le pouvoir fut en butte. Pour s’en rendre compte, il suffit de se référer à
la situation sociopolitique qui émailla la fin du règne de Félix Houphouët-Boigny.
Jusqu’à la fin des années 1970, la Côte d’Ivoire connut une prospérité économique
et une stabilité politique remarquable en dépit de ka parenthèse douloureuse de la
tentative sécessionniste du sawi (R. Degni-Segui, 1979) et des « faux complots »
(S. Diarra,1997). Le pays connut un taux de croissance annuel de l’ordre de 6%,
performance unique en Afrique et dans le monde à l’époque (P-H. Siriex, 1986 :
369). Le triplement des cours du café et du cacao favorisa considérablement cet
accroissement exceptionnel des recettes ivoiriennes.

Les recherches engrangées par la vente des matières premières permirent de


financer de grands projets, tels que les constructions des routes, d’Universités,
d’écoles polytechnique et de centre hospitaliers universitaires. Elles permirent
également d’étouffer toute tentative de contestation du pouvoir. Mais à partir de

60
Fraternité Matin du vendredi 20juillet 1975

50
1978 ; en raison de la guerre de Yom Kippour, l’ascension des coûts des produits
marqua un coup d’arrêt brutal avant de connaître une chute.

Pour protester contre les nouvelles mesures d’austérité, des mouvements


d’agitation sociales gagnèrent les rues. De simple contestations, les revendications
prirent des allures politique avec en toile de fond la réinstauration du multipartisme.
L’image du président Houphouët-Boigny y en fut édulcorée. Pour y remédier,
plusieurs actions furent menées. De fait, profitant des grands rassemblements dans
les mosquées, les représentants du pouvoir politique d’Houphouët-Boigny
distillèrent des messages de soutien au chef de l’Etat.

Souvent, se fut les imams mêmes qui prenaient le devant de la scène pour
exprimer le soutien de la communauté au président. En 1989, durant les prières
ayant marquées la fin du mois de jeûne, les imams prônèrent l’union et la solidarité
afin que le président Félix Houphouët-Boigny gagne la lutte engagée pour un
meilleur prix des matières prix des matières premiers61. Dans la même veine, lors
des remous sociaux liés à la réinstauration du multipartisme, la mosquée de la
Riviera Golf accueillit une réunion d’imam qui fut sanctionnée par la rédaction d’un
texte62. Ce texte fut, par la suite, lu à la télévision d’Etat par l’imam Tidian Ba. Tout
en invitant le président au dialogue et à la cohésion sociale, il réaffirmait le soutien
total des musulmans au chefs de l’exécutif. Sous Houphouët-Boigny donc, la
mosquée fut une caisse d’enregistrement et de résonnances des actions du PDCI-
RDA et de son leader. C’est sans nul doute tout cela qui amena le Cheick Al Aïma,
Boikary Fofana, à dire : « sous le parti unique, le PDCI avait complément
embrigadé les imams, ils étaient mêmes plus militants du PDCI (…) »63.

De même, À l’occasion de la célébration de la fête de Ramadan à Bouaké


capitale du centre des milliers de musulmans, c’est la grande mosquée de Dougouba
située en plein centre-ville, qui a drainé le plus de fidèles. Ces derniers ont
communié entre eux dans un amour fraternel sans aucune distinction sociale ni

61
DIOMANDE (Bourahima), Op Cit, p 191.
62
Idem, p 191.
63
Ibidem, p 191.

51
raciale prié dans la plus grande ferveur religieuse. A cette occasion, l’Imam Lamine
Diaby avait imploré la grâce et formuler des vœux à l’égard du président
Houphouët-Boigny. Celui-ci avait demandé à Dieu de le garder longtemps à la tête
du pays. Ainsi, à cette occasion de la Ramadan, le chef de l’Etat fut représenté part
des autorité politique, notamment M. N’Dri Amie, des personnalités politiquent
administrative. Il en est de même à la 68e anniversaire du chef de l’Etat64.

Pendant la célébration du 68e anniversaire du chef de l’Etat, les musulmans


avec à la tête l’Imam El Hadj Sidiki Diaby qui a dirigé la réunion religieuse à la
place de la nouvelle mosquée a demandé à tous les musulmans de formuler des
prières à honneur du président. Le ministre Tadjo Ehoué y était. Il fut l’envoyé du
chef de l’Etat.

Au demeurant, au lendemain de l’accession de la Côte d’Ivoire à


l’indépendance, des autorités politiques jouèrent un rôle important dans la
progression des mosquées. Cela se traduisit par l’octroi de terrains à usage de culte
et le financement d’édifices culturels. Toutefois, la participation de l’Etat n’est pas
dénuée d’enjeux. Elle visait la cooptation des musulmans. Cette politique eut ses
effets. Mais, à partir de 1993, les crises successives qui ébranlèrent la Côte d’Ivoire,
avec en toile de fond la question de la citoyenneté d’Alassane Ouattara, changèrent
profondément le statut de la mosquée65

2. Eglises
Les églises sous Houphouët-Boigny étaient devenues des lieux de soutien
des action politique au même titre que les mosquées.

64
Fraternité Matin, vendredi 15 juillet 1983 p 8.
65
Idem, p 192.

52
En effet, Houphouët-Boigny pour aboutir à ses objectifs de cooptation,
adopta une politique d’accommodation vis-à-vis des différentes communautés
religieuses. Dans la formation du gouvernement au lendemain des indépendances,
bon nombre des ministres et responsables d’entreprises étaient issus de la
communauté chrétienne. Ces différentes nominations avaient un enjeu ambivalent.

D’emblée, ces ministres et responsables d’entreprises étaient issus des


grandes écoles de formations. Ils étaient les premiers intellectuels issus des écoles
coloniale. Pour Houphouët, il fallait bâtir ce pays sur l’excellence.

Par ailleurs, le faisant, le président Houphouët-Boigny montrait son


attachement à la communauté chrétienne. Un autre aspect de ces nominations des
cadres chrétiens étaient de bénéficier du soutien de cette communauté du tout son
règne présidentiel. C’est dans cette optique qu’à la veille de la prolation de
l’indépendance que disait un cadre catholique en ces mots :

Une ère nouvelle va s’ouvrir dans quelques instants pour notre chère côte
d’Ivoire. Fidèles aux traditions de l’Afrique croyante, nous voici
rassemblés ce soir pour offrir au Seigneur les prémices de notre
indépendance nationale et lui chanter notre cantique d’Action de grâce. A
cette occasion, nous tenons à vous redire que l’Eglise s’assoie pleinement
à cette joie et vous invite à livrer vos cœurs à l’allégresse générale, car
Dieu, enseigne-t-elle, nous a créés et il n’est pas dans sa pensée qu’un
peuple reste perpétuelle sous tutelle. Oui réjouissons-nous parce que notre
pays retrouve sa dignité et sa personnalité. Mais nous tenons aussi, nous
tenons surtout à vous appeler, chrétiens, que la Nation reste à bâtir et que
l’Eglise vous fait une obligation d’être premier rang de la construction
nationale dans l’ordre et la paix. Notre tâche à tous, est d’abandonner les
rancœurs et de préparer la réconciliation de tous pour assurer dans une Côte
d’Ivoire unie, une construction nationale en y apportant le bénéfice des
valeurs chrétiennes. Gage d’équilibre et stabilité. Notre tâche se résume en

53
deux mots-collaborer et servir, collaborer et non critiquer, servir et non
briguer les places ou se servir […].66

Cette collaboration scellée entre le pouvoir politique d’Houphouët-Boigny et


l’église se matérialisa par le serment des chrétiens de ne « jamais critiquer le
système en place et faire de la « chose politique » leur bien propre, s’en servant
comme bon leur semble plutôt que de songer au bien être de leur compatriotes ».
C’est dans cette même ordre d’idée, Yao-Bi dira que

Les cadres catholiques n’ont pas redouté les responsabilités politiques


auxquelles l’Etat ou l’Administration les conviaient, qui ne représentaient
pas, somme toute, un danger pour leur foi. Préparés en cela par les
missionnaires, ils se hissèrent à tous les échelons de la vie : depuis les
ministères jusqu’aux chef d’équipe, jeune les syndicats et les écoles, dans
toutes les sphères de l’Etat67.

Houphouët dans ses stratégies bénéficiait déjà du soutien de l’église au lendemain


de l’indépendance de la Côte d’Ivoire.

En plus, dans le cadre de la célébration de la 70eme anniversaire du


président des prières furent organisées dans des églises pour honorer le chef d’Etat.
Des prières furent organisées à la cathédrale Notre Dame de Treichville et temples
protestants de Cocody à l’honneur du chef d’Etat.68

Cependant, bien qu’étant les principaux bénéficiaires des attentions et


subventions du pouvoir Houphouët, les dirigeants chrétiens furent peu enclins à de
telle pratiques.

66
Navigué Félicien COULIBALY « Houphouët-Boigny, le pouvoir politique et les religions en
Côte d’Ivoire : 1960-1990 », in Suisse d’Histoire religieuse et culturelle, p344, disponible sur le
site ht t://www.e-periodica.ch
67
Navigué Félicien COULIBALY « Houphouët-Boigny, le pouvoir politique et les religions en
Côte d’Ivoire : 1960-1990 », in Suisse d’Histoire religieuse et culturelle, p344, disponible sur le
site ht t://www.e-periodica.ch
68
DIOMANDE (Bourahima), La mosquée et ses enjeux en Côte d’Ivoire : De 1897 à 2012, Thèse
unique de Doctorat en Histoire, Université de Bouaké, 2020p 189.

54
Toutes ces pratiques étaient des moyens et canaux de diffusion des messages
du pouvoir politique du président Houphouët-Boigny.

Dans cette même foulé de soutien des actions politiques, le prophète Papa
Nouveau à l’honneur du président Houphouët-Boigny avait organisé une journée
de prière pour le célébrer. C’est donc dans son village que la communauté de
l’église Papa Nouveau s’est donné rendez-vous. D’abord pour célébrer la fête
d’anniversaire de la reconnaissance officielle de l’église Papa Nouveau par
l’administration coloniale qui a lieu le 8 juillet de chaque année et ensuite organiser
à l’intention du Président Houphouët-Boigny, une journée de bénédiction et
d’action de grâce. A cette cérémonie des fidèles étaient venus des quatre (4) coins
du pays, notamment de Abidjan, Lakota, Bouaké, Yamoussoukro, San-Pedro et
bien d’autres villes pour rejoindre le village du prophète Papa Nouveau
(Toukoz.ou-Hozalem)69.

Tous implorèrent la grâce du seigneur de bénir le Président afin qu’il vive


longtemps pour le bonheur des ivoiriens. Intercèdent auprès du seigneur, le
prophète Papa Nouveau dira dans son homélie :

Tu as créé et tu as donnée à chaque peuple un guide. En Côte d’Ivoire tu


as donné Félix Houphouët-Boigny et tous les habitants de ce pays aiment
celui que tu leur as choisi. C’est pourquoi les ivoiriens, femmes, hommes
et enfants ont demandé à Papa Nouveau ton messager de solliciter pour
béni leur président, ta grâce et ta bénédiction. Papa Nouveau les a compris
et le demande en ce jour béni de permettre à Félix Houphouët-Boigny de
vivre longtemps parmi les hommes pour continuer de conduire la Côte
d’Ivoire vers plus de progrès.

Faisant allusion à l’une de ses prophéties qu’il fit à l’aube de sa mission, le


prophète Papa Nouveau s’adressant au Seigneur dire :

C’est bien toi qui as dit que tu ferais venir l’abolisseur du travail forcé. Par
ta grâce Houphouët-Boigny qui est venu a réussi à mettre fin au travail

69
Fraternité Matin, mercredi 12 juillet 1989 p5.

55
forcé. Fais-en sorte Seigneur, que notre guide vénéré puisse bénéficier lui
aussi de ses propres bienfaits sans jamais rencontre de difficultés sur le
chemin de sa vie70.

Houphouët a joué un rôle indéniable quant à la construction des églises.

Toutefois, la contribution du chef de l’Etat dans la réalisation de ces édifices


visait non seulement à coopter les guides religieux mais aussi de bénéficier du
soutien de toute cette communauté en générale.

70
Fraternité Matin, mercredi 12 juillet 1989 p5.

56
CHAPITRE II : POLITIQUE DE LARGESSE, DE MANIPULATION ET
DE PARTIALITÉ D’HOUPHOUËT-BOIGNY VIS-À-VIS DES
ASSOCIATIONS ET ACTIONS RELIGIEUSES
Depuis la période coloniale et plus encore l’ère des indépendances, les
associations religieuses ont existé en Côte d’Ivoire. Cependant, seule les
associations chrétiennes étaient reconnues officiellement et bénéficièrent des
largesses de l’État. Quant aux associations musulmanes, elles existaient dans la
clandestinité et pire, celles-ci étaient combattues et surveillées par le pouvoir
politique d’Houphouët.

I-LES ASSOCIATIONS RELIGIEUSES OFFICIEUSES ET OFFICIELLES


Dans la Côte d’Ivoire poste coloniale, beaucoup d’associations religieuses
ont vu le jour. Ces associations ou groupements religieux ont joué un rôle important
dans le processus de décolonisation. Au lendemain des indépendances, certains
leaders de ces différentes associations ont eu respectivement des postes de
responsabilité au sein de l’administration.

De même, entre 1970 et 1980 et même au-delà, d’autres d’association ont


vu le jour. Il s’agit des associations musulmanes et chrétiennes. Mais, elles n’étaient
pas toutes officiellement reconnues. Bien que, d’autres l’étaient (les associations
chrétiennes) et jouissaient des bienfaits de l’État, cependant, certaines (les
associations musulmanes) ne l’étaient pas et étaient même combattues.

1. les associations islamiques officieuses


Depuis la période précoloniale, le président Houphouët-Boigny a noué des
relations très étroites avec les dignitaires, personnalités et chefs traditionnels
musulmans. Il en a fait des certains des proches collaborateurs au lendemain de
l’indépendance dans le premier gouvernement, et d’autres des conseillers religieux
qu’il consultait régulièrement. Houphouët qui dans sa posture politique n’était pas
en parfaite harmonie avec le monde arabe, se méfiait des musulmans à un degré
moindre.

En dépit des relations et ses actions de bienfaisances à l’égard des


communautés islamiques, celui-ci n’a jamais toléré la création et même l’existence
des associations islamiques, bien que les chrétiens eux jouissaient de ces largesses.

57
Pour Houphouët, la création des associations islamiques déboucherait sur une
ouverture aux monde arabe, chose qu’il n’a voulu. Alors toutes les issues pouvant
engendrer le financement des associations et mouvements islamiques par les
pétrodollars fut bloqué par Houphouët-Boigny.

En effet, beaucoup d’associations et mouvements islamiques ont existé dans


la clandestinité en Côte d’Ivoire. En guise d’illustration, nous pouvons citer le
Conseil Supérieur des Imams (COSIM). Le COSIM est une association islamique
qui a été créé par les dignitaires musulmans en 1989. Cette association des imams
de Côte d’Ivoire n’a pas été agréé dans sa période de création. Elle n’été reconnue
qu’en 1991. Elle a existé durant tout ce temps dans la clandestinité. Outre le
COSIM, il y aussi le Conseil National Islamique.

Le CNI est une association islamique à caractère fédératif. Il est né à l’issue


d’une crise de division au sein du CSI (Conseil Supérieur Islamique). Il est né le 29
avril 1979. Le conseil national a également existé dans la clandestinité jusqu’à sa
reconnaissance officielle en 1993. Aucune de ces associations n’a été reconnue par
Houphouët dès leurs créations. Cette méfiance d’Houphouët à l’égard de ces
associations émane du fait que les leaders de ces dites association soient formé dans
les université du monde arabe.

Au-delà de ces grandes associations islamiques, fort est de constaté que


certaines ont été créé mais n’étaient pas officiellement connues.

Il s’agit des associations comme l’AEEMCI (Association des Etudiants et


Élèves Musulmans de Côte d’Ivoire). Cette association des étudiants et des élèves
de Côte d’Ivoire est l’une des associations qui fut très tôt créé. Elle fut créée en
1972. L’AEEMCI fut créé non seulement dans le but de promouvoir l’islam dans
les écoles mais aussi pour sensibiliser la jeunesse islamique. Cependant, cette
association fut combattue par le président Houphouët-Boigny. À cet effet,
l’AEEMCI demeurait pendant longtemps dans le secret. Quant à sa vulgarisation,
elle fut officialisée à la suite d’une longue période de négociation en 1979, soit 7
ans après sa création.

58
L’existence de ces associations était un fait qui gangrénait le président
Houphouët, pourtant les associations chrétiennes existaient et fonctionnaient en
toute quiétude. Elles n’ont été à aucun cas victimes d’une quelconque contestation
par le régime. Dans cette posture le président marginalisait les musulmans
s’agissant de la mise en place de leurs associations et mouvements. Cette
communauté fut marginalisée quant à la gestion de l’appareil religieuse par
Houphouët. Par contre, certaines associations chrétiennes de nature catholique
jouissaient d’une double largesse. D’abord du président Houphouët, ensuite elles
bénéficièrent également des largesses du Vatican. Quant aux musulmans, les
collaborations avec les pétrodollars furent contestées par l’État.

2. Associations et actions religieuses officielles


Après les indépendances, des mouvements et groupement religieux ont
continués à exister sous la gouvernance d’Houphouët-Boigny. Il s’agit ici des
associations et mouvements chrétiens.

Le président Houphouët-Boigny, dans la gestion de la sphère religieuse en


Côte d’Ivoire a part moment mené une démarche de partialité en vers les
associations des différentes communautés religieuses. Le traitement des
associations selon leurs communauté d’origines. Beaucoup de mouvements et
associations chrétiens à l’image de l’ANCIC (l’Afrique Nouvelle et la Côte d’Ivoire
Chrétienne) et les mouvements de scouts ont continué à prospérer en Côte d’Ivoire.
Par ailleurs, nombreux des cadres du premier gouvernement sous Houphouët sont
issus de ces associations et mouvements actifs sur la scène politique. En revanche,
les associations musulmanes étaient farouchement combattues et même contestés
quant à leurs créations.

Par conséquent, les associations chrétiennes de nature fédératifs et


estudiantines ont prospérés en Côte d’Ivoire.

Il s’agit des organes tels que ANCIC (l’Afrique Nouvelle et la Côte d’Ivoire
chrétienne), ex-syndicalistes de la (CFTC) Confrérie Française des Travailleurs
Chrétiens.

59
En effet, cette association avait pour valeur défendre la laïcité, c’est affirmer
une primauté des droits de l’homme et du citoyen dans la sphère publique, tout en
reconnaissant à chacun la liberté d’opinion et de croyance dans sa vie privée. Or,
certaines associations islamiques furent crée dans cette même optique. Par contre,
elles ont existé officieusement.

En plus, il y a la jeunesse Etudiante Catholique (JEC. La jeunesse étudiante


catholique a été introduit en Côte d’Ivoire, à Bingerville en 1949 par le père André
Lombard et prête de la société des missions africaine (SMA). Cette association avait
pour objectif de promouvoir une plus grande responsabilisation des jeunes dans
milieux scolaires et universitaire, de sensibiliser ses membres aux questions sociale
et d’assurer leurs accompagnements dans la foi chrétienne.

Il y a également, la Jeunesse Ouvrière Catholique (JOC) et du mouvement


des scouts, seront actifs sur la scène politique.

Toutes ces associations étaient sous le contrôle du pouvoir politique du président.

En effet, les différentes communautés devraient se faire connaitre par le


gouvernement. Ainsi, Houphouët-Boigny pouvait avoir le contrôle des
mouvements des religieux à travers le ministère de l’intérieur exerce un droit de
contrôler et de protection des religions. La reconnaissance officielle et le permis de
fonctionner attribués à toute religion voulant s’organiser à travers des mouvements
et associations dans le pays, étaient dévolus à l’État. C’est d’ailleurs dans cette
perspective que l’Assemblée nationale avait abolie entre 1962 et 1965, les lois et
coutumes traditionnelles, pour dit-on, donner une chance à l’émergence d’un État
progressiste.

En outre, dans les années 1980, l’on assistait à une nouvelle forme de
prosélytisme religieux manifestée par les chrétiens. Il s’agit de la distribution des
bibles dans les établissements et dans les centres de formations professionnels. Or,
nulle circulaire du ministère de l’éducation national et de la recherche scientifique
n’a donné instruction à cet effet. Il semble donc que des personnes le fraisèrent

60
volontairement. Cette action parait-elle simple et sans conséquence du point de vue
que la bible enseigne des valeurs de civilités.

A cet effet, bien que l’État soit informé de cette forme de prosélytisme de la
foi chrétienne, aucune mesure ne fut prise. Or, cela était refusé aux musulmans qui
eux ne pouvaient manifestés leur foi que dans les écoles d’enseignements
coraniques et dans les mosquées et à la rigueur dans les forums. Cependant, en dépit
de quelques divergences théologiques, les manuels islamiques enseignent ces
mêmes valeurs morales et de civilités71.

II-LE REGARD D’HOUPHOUET-BOIGNY VIS-À-VIS DES


ASSOCIATIONS RELIGIEUSES
Longtemps, Houphouët-Boigny s’est opposé à la création et même à la
reconnaissance des associations religieuses. Cependant, compte tenu de ses
objectifs qui visent à coopter les religieux, alors il ordonna dans les premières
heures l’existence d’un nombre restreint d’association ou mouvements. Dans ce
passage, il serait important pour nous de mentionner qu’il s’agit des associations
islamiques, car celles des chrétiens étaient déjà bien en place. Ces corporations
nécessitèrent pour Houphouët une observation quant à leur existence et leurs
activités.

1- Politique de manipulation des associations islamiques


Dans la manifestation de sa politique religieuse, le président Houphouët-
Boigny n’a ménagé aucun complexe en intégrant les associations et organisations
islamiques dans son programme de gouvernement. Ce rapprochement entre, le
pouvoir politique d’Houphouët et les dignitaires musulmans visait à contrôler, à
dompter et à manipuler ces associations. Dans les années 1960, les associations
musulmanes évoluaient sur la scène locale et communautaire plutôt que dans
l’espace de l’État. Cette communauté connut des années plus tard alors une
émergence grâce à plusieurs associations. Il s’agit des associations qui ont émergées
entre 1970 et 1980. Il s’agit entre autres de l’Union Culturelle Musulmane (UCM),
l’Association musulmane pour l’organisation du pèlerinage à la Mecque (AMOP),

71
Fraternité Matin, mardi 29 mai 1984, p 16.

61
la fédération du Conseil Supérieur Islamique (CSI), auxquelles viennent se joindre
l’Association de Enseignants Coranique (AEC), la Congrégation Islamique
Ivoirienne et l’Association Nationale des Musulmans de Côte d’Ivoire
(ANAMUCI). Mais les plus influents furent une minoritaire.

En rappel, l’émergence des associations islamiques commence en Côte


d’Ivoire avec l’Union Culturelle Musulman créée en 195472. Elle avait pour objectif
d’unir les musulmans de la sous-région. C’est cette association qui a donné
naissance à la communauté Musulmane de Côte d’Ivoire en 1963 suite à des
dissidences doctrinales entre les leaders. Si cette structure avait la vocation de
regrouper tous les musulmans, certaines confréries ne se reconnaissaient pas en elle.
Cet objectif fut mal apprécié par la plupart des musulmans de la tendance
salafistes73 qui venait de naître en Côte d’Ivoire en 1945 dont le chef de fil était
Tiékoro Kamagaté74.

En effet, les salafistes ont combattu Aboubacar Sako, le premier président


de l’Union Culturelle Musulmane du fait de son appartenance à la confrérie
Tidjanite et de sa formation approximative en islam. Le changement par la violence
fut leur méthode. Cette querelle doctrinale, entre les membres de U. C. M. CI, a
abouti à la démission d’Aboubacar Sako de l’UCM75, conséquemment, son projet
sous-régional d’unir les musulmans et particulièrement ceux de la Côte d’Ivoire n’a
pu voir le jour76. Le mouvement salafiste, voulant changer les coutumes et les
traditions par la violence à provoquer de nombreuses dissension au sein de la
communauté musulmane. Il fut alors, qualifié de l’aile dure de l’islam sunnite en
Côte d’Ivoire77.

72
Lémassou FOFANA, Côte d’Ivoire : Islam et société. Contribution des musulmans à
l’édification de la nation ivoirienne (XIe-XXe siècle, op, cit, p112.
73
Est une idéologie musulmane fondée sur le respect de doctrine des ancêtres musulmans
notamment dans les questions relatives à la théologie.
74
KONATE Moussa, Idéologie des associations islamique en Côte d’Ivoire, (1954-2009), Rev,
Hist archéol. Afr, GODO GODO, n°24-2014, p 70.
75
La preuve n°26 Décembre 2009 p 7.
76
Idem, p 70.
77
Ibidem, 70

62
Quoique divisé et fortement concurrentiel, ce courant associatif était
homogène par le profil de ses responsables, par ses objectifs, par son organisation
et sur tout par sa politisation, non-avoué et même réfutée dans le principe mais dans
la pratique c’est ce qu’il en est.

En effet, réticents à leur constitution dans la première décennie


postindépendance, le pouvoir politique parvint à les intégrer au cœur de la politique
musulmane, surtout avec l’offensive diplomatique des nations arabo-islamique
présentes en Côte d’Ivoire au début des années 1980 consécutivement au booms
pétrolier de 1973 et 1979 dans les pays arabes. Ce n’est qu’à partir de 1983, que
l’Union culturelle musulmane (UCM) et le Conseil Supérieur Islamique (CSI) et
l’Association musulmane pour l’organisation du pèlerinage à la Mecque (AMOP)
joueront un rôle essentiel dans la communauté musulmane ivoirienne. Mais, à des
degrés, toutes ces associations se lancèrent à corps perdu dans la course au pouvoir
politique et succombèrent aux tentatives de cooptation78. Le Conseil Supérieur
Islamique, l’association la plus vue, aux dires de l’Imam Tidjane Bâ, était
une « association, paraétatique très politisée » les responsables de cette association,
pour la plupart sont des employés de l’administration publique, étaient des
« lieutenants dociles à travers lesquels le pouvoir croyait se garantir le contrôle de
l’Islam en Côte d’Ivoire»79.

Ceux qui avaient noué des relations très politisées avec Houphouët de qui
ils percevaient des subventions pour l’organisation du pèlerinage à la Mecque. Avec
l’argent, Houphouët arrivait à manipuler les associations musulmanes autour
desquelles était organisé tout un système d’escroquerie et de corruption surtout
lorsqu’il s’agissait de l’organisation du pèlerinage à la Mecque où l’Etat apportait
une forte subvention pour garantir son succès. Marie Miran dira en substance que
«les idéaux islamiques disparaissaient dans le système de corruption qui guettait les
associations islamiques »80.

78
Marie, Islam (voir note 3), 239
79
Idem,
80
Marie, Islam (voir note 3), 239.

63
De même, en 1978, au moment du lancement à Williamsville du magazine
Allahou Akbar qui dérangeait le pouvoir par son caractère inédit, Fofana fut
questionné par un général français des services de renseignement mis à la
disposition de la présidence ivoirienne. Soupçonné peut-être l’un de ces « mauvais
marabouts » que la France coloniale aurait jadis surveillés de près. Ainsi, Fofana
l’aurait convaincu qu’il ne voulait pas islamiser la Côte d’Ivoire81.

2. Le regard d’Houphouët sur les associations chrétiennes


Ayant existées depuis la période coloniale, les associations et mouvement
chrétiens sont les plus anciens en Côte d’Ivoire. Ces différentes associations ne
furent guère mis en mage dans la politique religieuse d’Houphouët-Boigny en Côte
d’Ivoire.

En effet, ces associations ayant fait leurs preuves dans la période coloniale,
représentaient aux yeux du président Houphouët comme des potentialités pouvant
valoriser ses actions de cooptation de leaders et de groupements religieux. Ce
rapprochement de l’État aux associations chrétiennes se situait à un degré moindre
dans le même cadre que celui des musulmans. C’est-à-dire dans un premier temps
prouver son attachement à cette communauté mais aussi de surveiller cette leurs
mouvements et activités. C’est justement pour cette raison que le président
Houphouët-Boigny dans la formation du premier gouvernement poste colonial n’a
ménagé aucun effort pour nommer certains des leurs dans des postes ministériels et
aux postes de responsabilités. Le regard des d’Houphouët-Boigny sur les
associations chrétiennes était différent des associations musulmanes.

81
MARIE-MIRAN(Guyon), EL HADJ TOURE (Moustapha), « Islam, autorité religieuse et sphère
publique en Côte d’Ivoire », Karthala, PP. 315-336, 2012, Homme et société, 9782811105839.
Halshs-01062582, pp. 327

64
TROIXIÈME PARTIE :

LES RAPPORTS CONFLICTUELS ENTRE LE POUVOIR POLITIQUE


D’HOUPHOUËT-BOIGNY ET LES RELIGIEUX : 1980-1993

65
CHAPITRE I : LES ATTITUDES DES RELIGIEUX FACE AUX ABUS DU
POUVOIR POLITIQUE D’HOUPHOUET-BOIGNY
Dans ce chapitre, il sera question pour nous d’analyser la nature des relations
entre le pouvoir politique d’Houphouët-Boigny et les communautés religieuses. En
faisant un rappel historique des crises qui ont jalonnée leurs relations depuis 1960
et en mettant en exergue les évènements qui ont eu lieu entre la fin de la décennie
1980 et 1993.

I-LES MANIFESTATIONS RELIGIEUSES : LES ORIGINES DIVERSES


Durent deux décennies, le président Houphouët-Boigny a entretenu avec les
religieux des relations affables. Mais, vers la fin de la décennie 1980 jusqu’au retour
du multipartisme en 1990, leurs relations ont connu des mutations.

1.Les manifestations musulmane


Au lendemain de l’indépendance, la Côte d’Ivoire comme bon nombre de
pays ont adopté la laïcité. Cependant, cette laïcité ivoirienne quant à elle demeure
moins folklorique à l’image de la constitution du 3 novembre 1960 à son article 2.
Car la gestion de l’appareil religieux ivoirien dépend toujours de l’Etat à travers le
ministère de l’intérieur qui est chargé de surveiller les activités et mouvements des
religieux.

Ainsi, vers la fin de la décennie 1980 jusqu’au retour du multipartisme en


1990, une certaine liberté va naitre en Côte d’Ivoire. Mais, une liberté d’expression
limitée au vu des actions de l’État en vers les religieux.

De ce fait, les musulmans ont saisi cette occasion pour exprimer de diverses
manières leurs mécontentements vis-à-vis du pouvoir politique du président
Houphouët-Boigny.

Alors certains, leaders à l’image de Boubacar Fofana, ont joué leurs parts
de responsabilité.

En effet, Fofana avait accordé chez lui un entretien à deux catholiques laïcs
français, qui à son issu, en publièrent l’intégralité dans un ouvrage paru à Paris
intitulé « Mission, En Afrique, les catholiques faces à l’Islam, aux sectes, au

66
Vatican » (Brézault et Claveuil) 198782. C’était avant le retour de la démocratie. La
liberté d’expression, tout spécialement à l’endroit du pouvoir, était sévèrement
limitée. Or dans ce libre, Fofana critiquait durement et ouvertement le régime pour
ses manquements à la laïcité constitutionnelle, pour sa dérive christianisante et pour
l’inégalité de traitement entre l’islam et le christianisme à même de générer des
troubles à venir. Il critiquait aussi vertement l’évêque de Bouaké, Mgr Agré et plus
largement l’Eglise catholique qu’il pensait peut ouvert à la rencontre avec les
musulmans et à un réagencement de la donne religieuse dans le pays.

Cette lutte avait pour but de promouvoir une participation plus égalitaire de
l’islam et des musulmans à l’espace public ivoirien, vis-à-vis de l’État et dans une
moindre mesure, vis-à-vis de l’église.

82
MARIE (Miran), EL HADJ TOURE (, Moussa), « Islam, autorité religieuse et sphère publique
en Côte d’Ivoire » in Homme et société, septembre2014, p 328.

67
Boubacar Fofana, leader musulman

Source : Fraternité Matin, lundi 27 mars 1995, p 11.

68
En plus de ce qui précède, les jours fériés furent un autre point de
revendication des musulmans. En effet, les jours fériés et chômés étaient reconnus
par l’État, hors des fêtes nationales, correspondent aux grands fêtes chrétiennes. Il
fallut attendre trente années 1991, avec l’arrivée d’Alassane Ouattara à la primature,
pour que les principales fêtes islamiques partagent ces privilèges.

De même, aucun aménagement particulier ne fut prévu pour les


fonctionnaires et les écoliers pour l’heure de la prière du vendredi.

Par ailleurs, l’insertion de la langue arabe fut un autre aspect des


revendications des musulmans face au pouvoir politique du Président Houphouët-
Boigny. Cette revendication des musulmans sur l’insertion de la langue arabe dans
le système éducatif ivoirien remonte à 1960 lors des débats sur le programme
scolaire.

En effet, cette proposition des musulmans fut refusée tandis que l’espagnol
et l’allemand étaient déjà enseigner dans les écoles comme des langues secondaires.
Cependant, le latin fut ajouté au programme.

Par conséquent, sous instruction du chef d’État en personne, les écoles


coraniques étaient obligées d’enseigner le français.

De plus, les musulmans combattaient cette image péjorative qui leurs était
affligée. Par exemple, en histoire, les manuels parlaient d’islam en termes plutôt
défavorables à cette religion, dépeinte sous l’angle des « djihad » et de « violence »,
point le plus sensible pour les musulmans. En outre, les écoles islamiques (écoles
coraniques par terre et écoles madrasa réformées) étaient placées sous la tutelle
non pas du Ministère de l’Éducation comme les écoles confessionnelles catholiques
et protestantes, mais sous celle du Ministère de l’Intérieur. L’État considérait ces
écoles comme relevant d’une affaire de religion que d’éducation. Alors, l’Etat ni
n’en a octroyé à ces écoles aucune subvention ni n’en a reconnu officiellement les
diplômes.

Par contre, Houphouët-Boigny favorisa « l’intégration nationale » des


écoles catholiques privée dans le système éducatif ivoirien, lesquelles écoles

69
bénéficièrent d’importantes subventions de l’Etat, qui restent à ce jour plus élevées
des écoles privées. Quelques écoles au statut ambivalent virent aussi le jour : à la
fois publiques (étatiques) et catholiques quoiqu’ouvertes à tous. Au premier rang
de celles-ci figure le collège, devenu lycée d’excellence, Saint Marie de Cocody83,
destiné à former aux valeurs de l’Etat et de l’Eglise l’élite des jeunes filles de la
Côte d’Ivoire. Les catholiques ont ainsi grandement contribué à la former et
socialiser l’élite du pays, y compris l’élite socio-économique musulmane, chose qui
n’était pas possible avec les écoles coraniques84.

Face à cette injustice de l’État en vers les musulmans, ils en ont fait écho
dans leurs écrits. Suite à toute ces manifestations des musulmans face aux abus du
pouvoir politique d’Houphouët-Boigny, les musulmans obtiennent un point
d’accord avec l’État. Cette toute première convention entre l’État et le leadership
musulman n’a été signée qu’en 1992 ne concernait toujours qu’un tout petit nombre
d’école et non toutes les écoles coraniques en générales. Cette situation défavorisa
les écoles d’enseignement coranique.

Cette crise de l’école islamique ne fit qu’empirer. Contrairement à leurs


ambitions, l’Union Culturelle Musulmane (UCM) et Association des Enseignants
Coranique (AEC) ne purent établir un programme commun d’enseignement à toutes
les écoles ni exiger que le recrutement de maître se fasse en fonction de certaines
critères académique et que soit requis le diplômé minimal du cycle secondaire. La
médiocrité des enseignants était criante : la plupart n’avaient que le certificat de
l’école primaire et « le plus souvent, ils n’exerçaient cette profession que pour
survivre et non pour vocation ». D’après le bilan dressé par Aboubacar Fofana en
1991 :

La communauté musulmane est la communauté la moins


alphabétisée, le mois instruit dans le pays. (…) sur mille
musulmans que vous prenez aujourd’hui, vous ne pouvez trouver

83
Observatoire International du Religieux, Réligion et politique en Côte d’Ivoire : un Demi-Siècle
d’Intimités ambivalentes, Note d’analyse n°9, CERI-GSRL, Septembre 2018, p 7.
84
Idem

70
facilement une seule personne capable d’aller expliquer l’islam
(…). Les hommes et les femmes.

Par ailleurs, les diplômes obtenues dans ces écoles d’enseignement n’étaient
reconnus par l’État. En effet, la non-reconnaissance de ces diplômes et en l’absence
d’enseignement technique ou professionnel appliqué, l’école islamique retrait une
impasse, produisant des marginaux et des déclassés sociaux. C’est dans cette veine
qu’en 1985, un journaliste réformiste de Fraternité Matin était au regret de
constater que la majorité des jeunes délinquant d’Abidjan étaient d’anciens élèves
des médersas. Ainsi, en 1991, Aboubacar Fofana notait aussi que ces élèves

Quittent l’islam parce qu’on leurs propose quelques sous ailleurs. (…). Ils
deviennent chrétiens, parce qu’en ayant fini ces études, pour manger, ils
n’ont rien, ils doivent se marier, ils n’ont pas une grande fonction, ils n’ont
pas une grande conviction et on leur propose des choses : qu’est-ce que
vous pensez ?

Dès lors, les parent d’élève étaient obligés bien qu’ils soient musulmans d’amener
leurs enfants vers les écoles chrétiennes pour la formation.

2. Les manifestations chrétiennes


Les manifestations des indignations des religieux à l’égard du pouvoir
politique d’Houphouët-Boigny se présentent sous diverses formes selon les
communautés religieuses.

Chez les musulmans, ces manifestations se situait dans le cadre du non-


respect de la laïcité mais aussi dans le cadre de la discrimination dont ils étaient
victime quant aux traitements des religieux et à un degré moindre dans leurs prises
de position dans la sphère publique en Côte d’Ivoire.

Quant aux chrétiens, ces mésententes se situait plus particulièrement dans le


cadre du non-respect de la laïcité car cette communauté était bien en place bien
avant la proclamation de l’indépendance en Côte d’Ivoire.

En effet, pour les chrétiens, l’église était une entité bien hiérarchisée et libre,
responsable et ne devrait en aucun cas marcher selon la volonté de l’État.

71
Pourtant Houphouët-Boigny dans le but d’assoir son pouvoir politique,
cherchait à par tous les moyens soumettre les religieux à sa politique de cooptation.
Cependant, certains dignitaires à l’image de Mon seigneur Bernard Yago, ont fait
preuve de résistance face à cette politique d’Houphouët.

Ces rapports conflictuels entre Bernard Yago et Houphouët-Boigny datait


des années 1962, c’est-à-dire au lendemain de l’indépendance. La crise entre le
dignitaire catholique et Houphouët à connue un tournant décisif suite à la mort
d’Enerst Boka pendant la période des « faux complots ». Il fut l’un des fidèles
compagnons d’Houphouët depuis la période de la lutte vers l’indépendance. Pour
Bernard Yago, Ernest Boka ne serait pas mort d’une mort naturelle et que cela était
le résultat des actions d’Houphouët.

Ainsi suite à ces évènements, Houphouët pris l’initiative d’estradier Bernard


Yago par la signature d’un décret. Ce projet n’a connu aucun succès car, celui-ci
bénéficiait de la protection du Vatican.

II-INCLINATIONS D’HOUPHOUET-BOIGNY FACE À CES


PROTESTATIONS
Les différentes manifestions des religieux contre l’Etat s’est soldées par
des actions plus concrètes d’Houphouët-Boigny à leurs égards, notamment les
constructions des plus grands édifices religieux du pays. En effet, étant confronté
critique de la part des religieux quant à la gestion des affaires religieuses, lance
alors une seconde campagne de construction d’édifices (mosquées et églises) pour
renouveler son attachement aux dites religieux. Ainsi, s’en est suivi la
construction de la monumentale Basilique Notre Dame de la paix de
Yamoussoukro, la Cathédrale Saint-Paul du plateau, le Sanctuaire Marial de
Yopougon, la mosquée de la Riviera Golf à Cocody

1. Les inclinations d’Houphouët face aux musulmans

Dans le camp des musulmans, président Houphouët-Boigny finança à


l’honneur d’une amie Bintou fille d’Amadou Hampaté Bâ la construction de la

72
Rivéra Golf dans le quartier huppé de Cocody. Des réflexions à propos du manque
d’équité quant à la répartition des investissements dans les deux religions majeures
étaient notées, mais de tels sentiments n’étaient pas exprimés ouvertement. Il était
clair que depuis longtemps la ville d’Abidjan, dotées d’infrastructures modernes, le
besoin impérieux d’une nouvelle Mosquée s’imposait.

À cette époque, comparativement aux musulmans, les chrétiens disposaient


d’édifices religieux répondant aux besoins de la population au regard de
l’urbanisation de la ville d’Abidjan. Il s’agit entre autre de la Cathédrale Saint Paul
du Plateau en 1985, le lancement des travaux de la construction de la Basilique
notre dame de la Paix à Yamoussoukro en 1986, l’inauguration du sanctuaire marial
de Yopougon en 1987. Pour les président le but ne se limitait pas seulement à la
construction de la mosquée mais, elle visait une fondation solide pour les jeunes
cadres qui peuplaient la Riviera. En un temps record, la mosquée de la Riviera se
présenta dans l’espace et les travaux avancèrent aussi rapidement.

73
La Visite du président Houphouët-Boigny au lancement de la mosquée de la
Riviera.
Source : DIOMANDE (Bourahima), La mosquée et ses enjeux en Côte d’Ivoire : De 1897 à
2012, Thèse unique de Doctorat en Histoire, Université de Bouaké, 2020p 181.

74
Suivant cette mouvance nous pouvons citer, la mosquée des Korhogo,
Gagnoa, et bien d’autres. Concernant la mosquée d’Odienné, c’est Balla Camara
qui fut le maitre d’œuvre. Le président à contribuer à hauteur de 70 millions à la
construction. En 1975 la mosquée fut inaugurée en présence du chef de l’État et
de son homologue libérien William Tolbert85.

DIOMANDE (Bourahima), La mosquée et ses enjeux en Côte d’Ivoire : De 1897 à 2012, Thèse
85

unique de Doctorat en Histoire, Université de Bouaké, 2020p 178.

75
La mosquée d’Odienné

Source : DIOMANDE (Bourahima), La mosquée et ses enjeux en Côte d’Ivoire : De 1897 à


2012, Thèse unique de Doctorat en Histoire, Université de Bouaké, 2020p 175.

76
2. Les inclinations d’Houphouët face aux chrétiens

La décennie 1980 marque un tournant décisif dans la vie politico-religieuse


de la Côte d’Ivoire et même sur le plan économique et social.

En effet, les religieux étant sous le joug de la politique religieuse


d’Houphouët-Boigny subissaient les abus du pouvoir politique d’Houphouët-
Boigny, notamment le non- respect de la laïcité mais aussi la confiscation de la
liberté d’expression. Ceux-ci ont alors fait des dénonciations des failles de l’État un
outil indispensable à la quête d’une identité parfaite vis-à-vis de l’État.

Ayant alors constaté les critiques des religieux vis-à-vis de sa personne, le


président Houphouët-Boigny va ainsi une seconde campagne de construction des
édifices religieux, si bien que le pays était fortement secoué par une grande crise
économique. Le faisant, Houphouët avait pour objectif de rehausser son image et
continuer sa politique de cooptation des religieux qu’il initia depuis 1960. À cet
effet, il fut interpelé par Mgr Bernard Yago surtout sur le cas de la construction de
la Basilique Notre Dame de la Paix. Pour Yago le président Houphouët devrait en
tout état de cause jeter un regard rétrospectif sur la situation que traversait le pays.
Pour lui le fond consacré à la construction des édifices religieux pouvait être destiné
aux pauvres populations qui en avaient autant besoin compte tenu de la situation du
pays.

En dépit de tous les débats sur la question des réalisations des édifices
religieux, le président Houphouët-Boigny initia tout de même la campagne de
construction de ces édifices.

Ainsi, va s’en suivre la construction des édifices suivants. La Cathédrale St


Paul du Plateau à Abidjan, le Sanctuaire Marial de Yopougon à Abidjan et la
monumentale Basilique Notre Dame de Paix de Yamoussoukro, dans le camp des
chrétiens.

D’abord, la cathédrale St Paul du Plateau, par l’architecte italien Aldo


Spirito. La première pierre de cette Cathédrale fut bénite le 11 mai 1980 par le Pape

77
Jean-Paul II à l’occasion de sa première visite en Côte d’Ivoire 86. Il a également
consacré l’édifice achevé le 10 août 1985 lors d’une seconde visite dans le pays. Le
coût de la réalisation de cette œuvre architecturale est estimé à 6 milliards de francs
CFA87. Ladite Cathédrale est bâtie sur une superficie de deux hectares, sur l’ancien
de la préfecture et de l’ancienne prison88. L’architecte a reçu le prix « Europe
Architecture » pour cet édifice en 1982. C’est un bâtiment en forme triangulaire de
4200m2 et a une capacité d’accueil de 4500 places assises et 1500 places débouts.
La réalisation de cet édifice, fut le fruit d’une doléance de Mgr Bernard Yago en
vers Houphouët.

86
Homélie du Pape Jean-Paul II, le dimanche 11 mai 1980.
87
Marie Miran, Islam, histoire et modernité en Côte d’Ivoire, Paris, Édition Karthala, 2006, p 184.
88
Raymond Borremans, Le grand dictionnaire encyclopédique de la Côte d’Ivoire, Tome 2 : C-D-
E, Abidjan, NEA, 1988, P32.

78
La Cathédrale Saint Paul du Plateau.

Source : Fraternité Matin, vendredi 9-1samedi 10-dimanche 11 Aout, p 9.

79
Ensuite s’en est suivi le Sanctuaire Marial de Yopougon dont les travaux de
construction ont débuté en 1985 et pris fin en 1987. Ce sanctuaire fut construit pour
être le sanctuaire principal du pays. Ce sanctuaire est un centre de pèlerinage en
Côte d’Ivoire.

Enfin, la Basilique Notre Dame de la Paix de Yamoussoukro. La Basilique


fut bâtie sur les plans de l’architecte Pierre Fakhoury, choisi par le président Félix
Houphouët-Boigny, le 4 février 1986, à l’issue d’un concours organisé entre la fin
1984 et le début de 1986. La Basilique fut réalisée par 24 entreprises nationales et
internationale entre 1986 et 1989. Cette œuvre architecturale fut également
consacrée par le Pape Jean-Paul II le 10 septembre 1990. Le coût de la réalisation
de cette Basilique est estimé à 40 milliards de francs cfa (120 millions d’euros, soit
6% du budget annuel du pays), ceci n’a pas manqué de susciter des polémiques.
Suite à cela, le président Houphouët aurait répondu que l’édifice avait été financé
sur sa fortune personnelle89. De même, un journaliste étranger qui l’interrogeait sur
la monumentalité de la Basilique dans le pays où les catholiques ne représentaient
que 21% des fidèles, Houphouët-Boigny répondait :

« Mais souffrez qu’en tant qu’homme, et non en tant que président, nous
faisons tout pour aider notre religion à nous, la religion catholique à se
développer90 ». Malgré la crise économique que traversait le pays, Houphouët
orchestra en outre trois visite du Pape Jean-Paul II en moins de dix ans, 1981, 1985
et 199091.

89
Article d’Isabelle Rannou, dans GEO, n°132, Février 1990, p 102.
90
Marie Miran, Islam, histoire et modernité en Côte d’Ivoire, Paris, Édition Karthala, 2006, p 184.
91
Idem, p 184.

80
Visite officielle du Pape Jean Paul II en Côte d’Ivoire à l’inauguration de la
Basilique notre Dame de la Paix de Yamoussoukro.

Source : Fraternité Matin, samedi 10-dimanche 11 mai 1980.

81
CHAPITRE II : LES RELIGIEUX À L’ÉRE DU MULTIPARTISME
Ce chapitre aborde deux aspects à cette étape de notre étude.

D’emblée, il aborde non seulement les éléments qui ont engendré le retour
du multipartisme en Côte d’Ivoire, mais aussi analyse la posture des religieux face
au multipartisme. Ensuite, il aborde, l’impact du multipartisme sur les différentes
communautés religieuses.

I-LE RETOUR DU MULTIPARTISME


Le retour du multipartisme, c’est le fruit de plusieurs difficultés dont étaient
confrontés la Côte d’Ivoire. Il s’agit notamment de la crise économique liée à la
chute du prix du cacao et du café mais aussi à la situation politique qui prévalait en
Côte d’Ivoire.

1.Le contexte du retour du multipartisme


Le retour du multipartisme en Côte d’Ivoire intervient dans un contexte
socio-politique et économique extrêmement difficile. Dans les années 1990, le pays
fut secoué par une crise à multiples facettes : économique, sociale et politique. Cette
crise appuyée par une pression extrême abouti à la réinstauration du multipartisme
après trente ans dans le parti unique.

En effet, en Côte d’Ivoire, les trois premières décennies qui ont suivi
l’indépendance furent caractérisées par une stabilité politique garantie par une
gestion quasiment autocratique du pouvoir par Houphouët-Boigny et une prospérité
économique due à l’augmentation des coûts des matières premières sur le marché
international. Les richesses engendrées par les ventes des matières premières
servirent à financer les infrastructures (routes, hôpitaux et écoles…). Elles
permettaient à étouffer toutes les velléités contestataires d’une opposition. Ce
système fonctionne parfaitement jusqu’au début des années 80, lorsque le secteur
économique et financier commence à se dégrader sérieusement, dû à la chute des
coûts des matières premières sur le marché international et au renchérissement du
coût de dollar et du pétrole. Cette situation coïncide avec un endettement extérieur
en forte croissance entrainant des déficits budgétaires des déséquilibres de la

82
balance des paiements. La dégradation de l’environnement économique atteignit
son paroxysme en 1990 avec l’exploitation de la dette publique.

La situation économique du pays provoqua des tensions sociales remet en


cause la stabilité socio-politique. En effet, à partir de janvier 1990, de nombreuses
vagues d’agitation sociales et de contestations politique gagnent la rue pour
protester contre les nouvelles rigueurs92 du quatrième d’ajustement structurel
négocié depuis juin 1989 avec la Banque Mondiale (BM) et le Fond Monétaire
Internationale (FMI). Ce fut, dans les débuts des contestations sociales avant de
glisser sur le terrain politique. Les hommes politiques notamment Laurent Gbagbo
qui, depuis longtemps s’opposait au régime, profitait pour revendiquer l’ouverture
politique. Par ailleurs, il sera réducteur voire même trompeur de donner la
réinstauration du multipartisme aux seules pressions nationales. À côté des
pressions nationales, celles de l’extérieur sont à mentionner. En effet, le vent de
démocratisation qui a soufflé sur le monde à la veille de la chute du mur de Berlin
en 1989, arrivait en Côte d’Ivoire pendant que le pays traversa sa crise économique.
Avec la chute du mur de Berlin et la dislocation du bloc communiste, l’Afrique perd
son statut de zone d’influence des deux rivaux. C’est dans ce contexte que le
président François Mitterrand exhorte les dirigeants africains à instaurer le
multipartisme lors de la conférence de Baule en juin 1990. Pour lui en effet, le
développement économique exige l’instauration obligatoire de la démocratie ; la
démocratie appelle obligatoirement le pluralisme politique.

Ainsi, la démocratie devint la condition sine qua non pour bénéficier des
soutiens financiers extérieurs indispensables pour les pays en voie de développent.
Et pourtant, Houphouët-Boigny avait besoin des soutiens financiers extérieurs pour
le redressement de l’économie ivoirienne.

Vu les pressions nationales et internationales, le président Houphouët-


Boigny se voit contraint d’accepter le multipartisme et procéder à d’autres reformes

92
Les rigueurs du quatrième plan d’ajustement structurel sont doubles : réduire les prix au
producteur du café et du cacao et baisser les salaires de la fonction publique. Les prix au
producteurs furent réduits de moitié en septembre 1989 tandis que l’application de la seconde
mesure fut empêchée par la résistance² sociale.

83
comme le partage du pouvoir exécutif avec la nomination d’un premier ministre93
la création des syndicats indépendant et, dans la foulée d’organiser les premières
élections multipartites. De tout ce qui, il faut retenir que le retour au multipartisme,
s’est fait dans un contexte socio-politique et économique extrêmement difficile. La
chute du mur de Berlin, le discours de Boule, le mesures d’austérité du quatrième
plan, d’ajustement structurel exigées par le FMI et la Banque mondiale, la
conjoncture économique et les nombreuses revendications sociales, économiques
et politique poussèrent Houphouët-Boigny à réinstaurer le multipartisme déjà prévu
par la constitution de novembre 1960 en son article 7. Cependant, quelle fut la
posture des religieux face au retour du multipartisme ?

2. La posture de religieux face au multipartisme


Le combat pour le retour du multipartisme, comme nous l’avons souligné
plus haut, a mobilisé les forces vives de la nation ivoirienne. Cela est le fruit des
mouvements de contestations, à savoir les meetings en a point fini, des grèves et
autres. Ainsi, au lendemain du retour du multipartisme, l’État fit face à d’autres
manifestations de rue. À cet effet, on peut citer celles de mai 1991 et celles de
février 1992. Suite aux violences survenues à ces manifestations, l’opposant
Laurent Gbagbo et sa femme furent arrêtés et condamnés.

Quant à la position des musulmans par rapport à la situation socio-


politiques, l’on doit comprendre que les musulmans ont adoptés une attitude
d’accommodation à l’égard du pouvoir politique d’Houphouët-Boigny,
contrairement aux chrétiens. Le chef de l’église Mgr Bernard Yago avait pris
position contre les abus et violences du gouvernement. Mgr Bernard Yago avait, à
cette période publié une lettre pour exprimer son indignation et sa colère devant les
images et les récits atroces des évènements. À ce propos, il disait : « l’Église se
désolidarise ouvertement quoique non radicalement du régime et se prononçait,

93
Ce poste fut créé à la suite de la réforme constitutionnelle de novembre 1990. Alassane Ouattara
fut le premier à être nommé à ce poste.

84
dans ses lettres postales, pour un ordre garantissant la justice et la liberté du
citoyen94 ». Pour cela, Mgr Yago fut menacé d’expulsion par l’État.

Les méthodes d’approches des leaders musulmans diffèrent des cadres


chrétiens (Catholiques). Lors de ces troubles socio-politiques, les musulmans à
l’image des leaders ont préféré appliquer la schéma d’apaisement. Dès lors, les
actions entrepris par les leaders religieux en est une parfaite illustration. À l’apogée
de la situation qui prévalait, les imams se sont dans le cadre de la communauté de
la Riviera pour rédiger un texte en commun et lu publiquement par le Cheick
Tidiane Bâ à la Télévision95. En prélude des évènements, il était question pour les
musulmans d’appeler à l’apaisement et au calme. Cette démarche des religieux
musulmans visait à éviter des différents avec le pouvoir d’Houphouët pour ne pas
en subir des conséquences. Pourtant, les chrétiens eux désolidarisaient Houphouët-
Boigny et mettaient à nu les tas de son régime. Selon Marie Miran, suite à cette
prise de position, Mgr Yago fut pour une énième fois menacé d’expulsion par le
l’État.

Les chef religieux musulmans rejetaient l’option de rejoindre les hommes


politiques et demandaient aux jeunes musulmans de guère prendre part aux
mouvements de contestations et de grèves96. Selon Boubacar Fofana, la jeunesse
musulmane a été plusieurs fois sollicitée par les oppositions et même par les
professeurs d’Université pour participer aux mouvements d’ensembles97. Boubacar
soutien qu’il a toujours ramener les jeunes musulmans à la raison et au calme. En
dépit, de tous ces consigne et sensibilisations, ces jeunes musulmans ont participé
à des mouvements d’ensemble. Cette action confirme l’intérêt que les jeunes
accordaient au combat pour la réinstauration de la démocratie (multipartisme). À
titre d’exemple, on peut citer le cas Dagnogo Bafro un jeune musulman qui devient
plus tard le président d’AEEMCI qui, avait pris part aux manifestations du 24

94
MARIE MIRAN, Op. Cit.p. 431
95
Idem, p. 431.
96
Fraternité Matin, n°9131, Lundi 27 mars 1995, p. 13
97
Idem

85
février 199098. Lors des manifestions, un groupe de jeune s’était réfugié dans
l’enceinte de la Cathédrale St Paul du Plateau pour échapper aux forces de l’ordre.
Mais les musulmans participèrent à titre individuel aux grèves, aux manifestations
et aux autres activités politiques aux cotés des hommes politiques.

II-LES RETOMBÉES DU MULTIPARTISME SUR LES COMMUNAUTÉS


RELIGIEUSES
Le retour du multipartisme a engendré des mutations dans la société
ivoirienne, plus précisément sur la scène politico-religieuse. Les religieux avec le
retour du multipartisme ont eu plus ou moins une certaine liberté et à un degré
moindre le développement d’une nouvelle élite des religieux, plus précisément dans
le camp des musulmans.

1.Les retombées du multipartisme sur les musulmans


La décennie 1980 et 1990, fut la période d’émergence des associations
islamiques.

En effet, l’émergence des associations islamiques est liée d’une part à


l’avènement du multipartisme mais aussi à la vision d’Houphouët à intensifier sa
politique religieuse. Cela a permis au musulmans de renforcer la position des
leaders musulmans dans l’animation de la vie politique. Dans le cadre de notre
étude, il serait désireux d’énumérer toutes les associations et organisations
musulmane qui ont vu le jour après le retour du multipartisme en Côte d’Ivoire.
Cependant, nous tenterons de citer ici les plus importants le COSIM (Conseil
Supérieur des Imams) et le CNI (Conseil National des Islamique).

Après, plusieurs réunions de concertation entre les réformistes et les


traditionalistes, le COSIM voit le jour en 1989. Avec le retour du multipartisme en
1990, le COSIM, sort de l’informel et de devient officiel le 12 novembre 1991 sous
la houlette de l’Imam Matie Diakité99. Dès sa naissance, le COSIM se présente
comme le défenseur des valeurs spirituelles islamiques et l’organe uni facteur de la
communauté musulmane de Côte d’Ivoire. À cet effet, ses statuts précisaient : « Le

98
OUATTARA DJARIDJA (Aboubakar), Op.cit, p37.
99
Marie MIRAN, Op ; Cit p. 376

86
COSIM est (…) non tribaliste, non raciste. (…) il ne se réclame d’aucune école
juridique ou secte de l’islam100 » il fut successivement dirigé par l’Iamm Matttié
Diakité de la mosquée Dioula de Treichville, ensuite l’Imam Affou Sanogo de la
mosquée Centrale d’Adjamé, puis Anzoumana Konaté enfin Aboubacar Fofana de
la mosquée d’Agbien101. Le COSIM devient le grand moral de la communauté
musulmane de la Côte d’Ivoire. En plus de sa mission religieuse, le COSIM se
réserve le droit d’exprimer son point de vue sur les évènements touchant aux
intérêts des musulmans et aux intérêts des musulmans. De ce fait, le COSIM
s’impliqua dans les débats politiques en tenant compte des intérêts des musulmans.
Il exhorta les musulmans de Côte d’Ivoire à prendre une part active dans le
développement économique, social et politique sur toute l’entendue du territoire
national.

A mi-parcours de cette étude, il ressort que la naissance du COSIM a permis


à la communauté musulmane ivoirienne de s’organiser et de prendre en main la
gestion des affaires musulmanes. Il a favorisé l’implication réelle des leaders
musulmans dans la vie politico-religieuse. Cette action du COSIM n’a pas posée de
difficulté majeures, celle du CNI par contre fut une épreuve pour la communauté
musulmane toute entière.

Le CNI est une association islamique à caractère fédératif né à l’issue d’une


dissidence au sein du Conseil Supérieur Islamique (CSI). Le CSI a été fondé le 29
avril 1979 sur la suggestion des organisations islamiques internationales dont sa
mission principale était de coordonner les nombreuses sollicitations financières que
les associations islamiques adressaient aux bailleurs de fonds du monde arabe102.
Dès sa naissance, en raison de son caractère fédératif le CSI phagocyta toutes les
associations musulmanes préexistantes et à naitre. Le CSI, depuis sa naissance fut
récupéré par le pouvoir politique d’Houphouët-Boigny.

100
Idem
101
Ibidem
102
OUATTARA DJARIDJA (Aboubakar). Op.cit.23.

87
Le 28 décembre, à l’issue d’une élection faite par consensus et non en
conformité avec les statuts de l’association Diaby Moustapha dit Diaby Koweït
arriva à la tête du CSI pour un mandat de cinq (5) ans provoquant une indignation
dans le camp des réformistes. Au cours d’une réunion convoquée le 8 aout 1992 et
boudé par le président Diaby Moustapha, certains membres103 de son bureau
l’accusèrent « d’indiscipline, d’incompétence, d’impopulaire et de moralité
douteuse104 » et tentèrent de le démettre de ses fonctions. Par la même occasion le
premier vice-président, Bakary Chérif a été chargé, pour une période transitoire de
trois mois (3), de prendre contact avec les autres associations et sensibilité pour
former un comité de réflexion qui conduira sous sa direction à une assemblé
générale afin d’élire un nouveau président105 ». Le lendemain de cette décision,
Diaby Moustapha riposte :

Le Conseil Supérieur Islamique de la Côte d’Ivoire est sans problème. (…)


je voudrais dire à l’attention de tous les musulmans que je suis toujours
président du Conseil Supérieur Islamique de Côte d’Ivoire. J’y suis, j’y
reste car j’ai été élu pour un mandat de cinq (5) ans (…). Sur les 400
membres qui composent notre bureau, ce sont seulement sept (7) personnes
qui réclament ma démission. Ces détracteurs selon eux m’ont demis de mes
fonctions. (…). D’ailleurs je viens de prendre une décision qui suspend ces
sept camarades qui ne font plus partie de mon bureau106 .

Ainsi, la tentative de renverser Diaby Koweït s’est soldée par un échec, et


pourtant contesté par les autres musulmans. Informé de cette situation, le ministre
de l’intérieur aurait reçu en audience toutes les parties concernées et leurs
demandait de tout mettre en œuvre afin que la paix et l’ordre règne au sein de la
communauté musulmane. Au terme de trois mois de démarches infructueuses
auprès de l’équipe de CSI, les opposants de Moustapha Diaby se trouvent vers le
gouvernement pour obtenir l’annulation de son élection. Le Ministre de l’intérieur

103
Laman BAKAYOKO, « Conseil Supérieurs Islamique : DIABY Moustapha révoqué ? », in
Fraternité Matin, n°8378, jeudi 10 septembre 1992, p. 2
104
Idem
105
Ibidem, p. 2
106
Ibidem

88
refusa d’annuler cette élection et répétant que le pouvoir n’avait pas à se mêler des
affaires intérieures d’un groupe religieux. En réalité, le pouvoir était favorable à
Moustapha Diaby. C’est dans ce contexte que ses détracteurs du CSI décidèrent de
créer le CNI.

89
Source : Fraternité Matin, jeudi 10 septembre 1992, p 2.

Prévue initialement le 28 novembre 1992, cette date de l’assemblé de


l’assemblée consécutive du CNI à la mosquée centrale d’Adjamé fut transformée

90
en une simple réunion. En effet, à la veille de l’assemblée générale consécutive, le
Ministre de l’intérieur aurait appelé pour demander la suspension de la séance sans
explication. Et pourtant, de nombreux fidèles venus des quatre coins du pays étaient
déjà sur place. C’est ainsi que, les organisateurs se replièrent à Adjamé en sollicitant
l’autorisation de tenir une simple réunion avec les imams pour faire part de la
situation. C’est dans ce contexte que les policiers et les faux loubards ont fait
l’irruption pour interrompe la cérémonie par l’usage de la force en usant des gaz
lacrymogènes. La date de l’assemblée constitutive « fut transformée en une journée
de douleur, d’humiliation et de larmes contenues107 ».

A la question de savoir les stratégies utilisées par les imams pour convaincre
les autorités à autoriser la création de l’association, Mamadou Dosso répond :
« Nous sommes montés au sommet. Sur la proposition du ministre Balla Keita, le
président Houphouët nous a reçus. Et lorsqu’on lui a présenté celui qui devrait
diriger la future association, il n’avait pas à craindre » c’est au cours de cette
rencontre que le président Houphouët donne son accord aux réformistes pour la
création de l’association. L’assemblée générale consécutive se tint finalement le 9
janvier 1993, en présence de Léon Konan Koffi, ministre de la défense représentant
le président de la république. Aussi El Hadj Idriss Koné fut-il élu et intronisé
comme le président du CNI.

2. Les retombées du multipartisme sur les chrétiens


En 1990, la Côte d’Ivoire fait un retour forcé au multipartisme après trois
décennies de parti unique. La rupture du consensus national, à la suite de
revendications sociales et politiques, ouvre la voie de la conquête du pouvoir d’État
à tous les citoyens qui pensent en avoir les capacités.

Par conséquent, le retour du multipartisme en Côte d’Ivoire a eu des


conséquences sur les religieux. Les retombées du multipartisme sur les religieux
varient d’un camp à un autre camp. Les retombées chez les musulmans ne sont pas
les mêmes chez les chrétiens.

107
Ladji SIDIBE, « Conseil National Islamique : El Hadj Drissa, Nouveau président », in
Fraternité Matin, n°8478, 11 janvier 1993, p. 4

91
En effet, les communautés musulmanes étaient en quête perpétuelle d’une
identité et un place importante quant à la vie politico-religieuse de la Côte D’Ivoire.
S’agissant des chrétiens, ceux-ci étaient bien hiérarchisés et bien en place depuis la
période précoloniale et a émergé dans la période postcoloniale. La lutte des leaders
chrétiens à l’image de Mgr Bernard Yago était le respect de la laïcité et le respect
de la liberté d’expression à leur égard. La question du respect de la laïcité et la
liberté d’expression étaient le point commun de la lutte des leaders musulmans et
des leaders chrétiens. En dépit de ces aspects, les musulmans, eux étaient en quête
d’une position stable, chose qui ne fut pas le cas chez les chrétiens. Le retour de la
démocratie en Côte d’Ivoire engendré une certaine autonomie chez les religieux qui
eux étaient mis hors des certaines questions socio-politiques. Les chrétiens
bénéficièrent à un degré moindre d’une liberté d’expression. Ayant constaté alors,
qu’après le retour de la démocratie, que « la rupture du consensus national », n’a
pas pour autant mis fin aux réflexes du parti unique, cas le PDCI reste le parti
dominant et un parti dominateur a créé des tumultes avec les manifestations de
l’opposition a fait un communiqué pour désapprouver cela. En guise d’illustration,
deux dates majeurs restent à retenir. Il s’agit notamment de la date 1991 et celui de
18 février 1992 qui a vu l’arrestation de certains opposants comme le secrétaire
général de FPI, Laurent Gbagbo et son épouse Simone Gbagbo.

92
CONCLUSION

Que retenir de ce travail intitulé la politique religieuse d’Houphouët-Boigny en


Côte d’Ivoire de 1960 à 1993 ?

93
La problématique qui fut le fil conducteur de cette étude visait à mettre en
exergue le déroulement de la politique religieuse en Côte d’Ivoire jusqu’à la mort
d’Houphouët-Boigny en 1993. De cette problématique, il convient de retenir que la
politique religieuse d’Houphouët-Boigny s’est présentée sous plusieurs formes.
Notamment, la politique clientéliste, de cooptation, et d’exploitation de la fibre
religieuse. Il convient de noter également que Houphouët dans sa gestion des
affaires de l’Etat a réussi a tissé des relations affables avec les religieux. En effet,
ce système appliqué par Houphouët-Boigny avait pour but de confiner les religieux
des affaires purement politique et assoir véritablement son pouvoir. Cette politique
religieuse consistait à utiliser les personnes clés qui constituent des pions à son jeu
de patronage politique.

En effet, cet acte avait une position ambivalente, celle d’exprimer l’attachement
du chef d’Etat aux dites communautés religieuses mais aussi de les surveiller. Ainsi,
la communauté musulmane était représentée par Mamadou Coulibaly, qui fut ami
au président Houphouët-Boigny et leur amitié remonte suite à la guérison de
l’épouse du chef de l’État par ce dernier alors que les médecins l’avaient déclaré
incurable. Bien qu’il ne fasse pas l’unanimité en occupant ce poste car pour les
musulmans, cette nomination s’est faite sous base de copinage. Au regard des
musulmans, cette nomination de Mamadou Coulibaly, s’est faite sur la base
politique et non religieuse. Le président en dépit de ce poste fera de lui un membre
influent de son sérail en le nommant conseiller du RDA. Il occupa également
d’autres postes très importants. De surcroit, dans cercle du président, il avait El
Hadj Mamadou poto Coulibaly, garde des sceaux, Ministre de la Justice et membre
du bureau du PDCI, qui fut lui aussi un trait-d ’union entre la communauté
musulmane et le régime politique d’Houphouët-Boigny.

S’agissant des chrétiens, le regard du président s’est porté plus sur les nombreux
cadres sortis des écoles missionnaires, ex- animateur des organes de presses
chrétiennes et anciens membres du corps syndicaliste qui fut des membres influents
des étudiants catholiques vivants en Europe. Les plus célèbres cadres et
compagnons de lutte de Félix Houphouët-Boigny issus de l’ordre religieux

94
catholique ont été Philippe Yacé, nommé Secrétaire Général du PDCI puis
Président de l’Assemblée Nationale, Jean Baptiste Mokey et Mathieu Ekra
Sécrétaire d’Etat au affaire Sociale puis Ministre de l’intérieur.

Malgré la nomination des cadres religieux, Houphouët-Boigny avait axé sa


politique religieuse sur d’autres aspects, notamment la désignation de certains
dignitaires musulmans et chrétiens comme des conseillers religieux. À cet effet, le
président consultait chez les musulmans des dignitaires comme le patriarche
Yacouba Sylla de Gagnoa de la confrérie des Hamallistes un sous-groupe des
Tidjanyya. La relation qu’entretenait Yacouba Sylla avec le président remontait à
la période coloniale. Plus régulièrement, Houphouët consultait le grand Imam et le
Sage musulman tant bien pour des questions religieuses que politique. En guise
d’exemple, nous pouvons citer l’Imam vénéré de Bondoukou Ali Baba Timité ami
de lutte politique au temps du parti de lutte(RDA) mort en 1988. Nous avons aussi
les marabouts Cheick Sidy, Modibo Kané Diallo qui, respectivement dans les
années 70 et 80 influencèrent le président Houphouët-Boigny. Le président
consultait aussi des personnalités comme Amadou Hampaté Ba et Péléforo Gbon
Coulibaly, qui lui était comme un père spirituel.

Quant aux chrétiens, Houphouët consultait très souvent Mgr Bernard Yago et
Papa Nouveau de son vrai nom Dagri Najva. Il avait des relations scellées avec
Bernard Yago dans les années 60. Il aurait pu être ce qu’a été Mamadou Coulibaly
pour les musulmans. Mais, au fil des temps ses relations avec Houphouët-Boigny
ont basculé. Ces heurts ont commencé par les dénonciations de la politique de fer
du régime et les faux complots qui ont engendrés la mort d’Ernest Boka en 1963.

Quant à Papa Nouveau, ce dernier fut un ami de longue date avec qui le
président a noué des relations scellées. Papa Nouveau avait tenu des propos
prémonitoires à l’égard du président concernant son autorité.

Au regard de tout ce qui précède, force est de constaté que le président dans la
manifestation de sa politique religieuse contribuait financièrement dans les affaires
des religieux bien que nous soyons dans un État laïc. Il subventionnait les activités

95
et mouvements religieux (islamiques et chrétiens). Pour les musulmans, il
contribuait à l’organisation du hadj et prenait certains pèlerins en charge. Au niveau
des chrétiens, malgré ses relations délicates avec le Cardinal il réussit tout de même
à nouer des relations avec ceux-ci. Pendant les fêtes de fin d’années, de pèlerinage
et aussi des activités, il leur apportait son soutien. Nous pouvons citer à cet effet,
les évènements du 18 octobre 1973 et 1975. Ces différentes dates marquent des
journées annuelles de prières. À cela s’ajoute aussi les fêtes de Pâque, Assomption,
Toussaint auxquelles il participait.

Il faisait aussi des constructions d’édifice religieux un pion fort de sa politique


religieuse. Nous avons assisté à la construction des édifices religieux tant chez les
musulmans que chez les chrétiens. Il contribua à l’édification de la mosquée
d’Adjamé. Il ordonna la construction de la grande mosquée de la Riviera Golf à
l’honneur d’une amie. Pour les chrétiens, il ordonna l’édification du sanctuaire
marial de Yopougon, la Cathédrale Saint Paul du Plateau, la Basilique notre Dame
de la paix à Yamoussoukro pour ne citer que ceux-là.

Ainsi, cette solide relation nouée depuis tant d’année va connaitre un


affaiblissement à partir de la décennie 1980, compte tenue de certains aspects. Il
s’agit entre autres des discriminations d’Houphouët à l’égard des religieux
musulmans. Ceux-ci réclamaient la justesse et l’équité dans la gestion des affaires
religieuses par l’Etat. Nous pouvons citer à cet effet, la construction des édifices
religieux. Ils luttaient aussi pour le respect de la Laïcité par l’Etat, contre la
nomination des représentants des religieux au sein du gouvernement que les
musulmans considèrent comme les hommes politiques plus que religieux.

En outre du côté des chrétiens, l’on observe une contestation de la part de Mgr
Bernard Yago contre certains abus émanant du pouvoir. Nous pouvons citer entre
autre l’arrestation des membres du FPI en 1992 au cours d’une marche visant à
montrer leurs mécontentements contre l’État. Ce mécontentement était dû au fait
que, même étant dans le multipartisme, l’on constatait toujours une mainmise de
l’État sur la vie politique. Le point commun de cette relation conflictuelle entre

96
Houphouët et les religieux était basé essentiellement sur le non-respect de la laïcité
en Côte d’Ivoire.

97
ANNEXES

Annexe n°1

Déclaration sur collette des fonds pour le financement des constructions des édifices
religieux.

98
LISTE DES PHOTOS

99
PHOTO 1 : la carte de la Côte d’Ivoire indiquant l’itinéraire de pénétration des
peuples Ligbi et Numu, dans le Nord du pays.

PHOTO 2 : Papa Nouveau, guide religieux chrétien.

PHOTO 3 : La grande mosquée d’Adjamé

PHOTO 4 : Boubacar Fofana, leader religieux musulman.

PHOTO 5 : La visite du président Houphouët-Boigny au lancement de la


construction de la mosquée de la Riviéra.

PHOTO 6 : Inauguration de la mosquée d’Odienné, en présence du président Félix


Houphouët-Boigny et son homologue William Tolbert.

PHOTO 7 : La Cathédrale Saint-Paul du Plateau

PHOTO 8 : La visite officielle du Pape Jean-Paul II en Côte d’Ivoire.

PHOTO 9 : Les membres du comité récusant l’autorité de M. Diaby Moustapha.

100
Table des matières
DÉDICACE ....................................................................................................................... 1
REMERCIEMENTS ........................................................................................................ 2
INTRODUCTION............................................................................................................. 6
I-JUSTIFICATION ET INTERET DU SUJET ......................................................... 7
1-Motivation .............................................................................................................. 7
2-Intérêt du sujet ....................................................................................................... 9
II-Définition du sujet ................................................................................................ 9
1-Definition des thèmes du sujet .............................................................................. 9
2- Le cadre géographique ....................................................................................... 10
3- Les bornes chronologiques ................................................................................. 13
III – ÉTAT DE LA QUESTION ................................................................................ 14
IV-PROBLÉMATIQUE ............................................................................................. 17
1-Les objectifs de l’étude ........................................................................................ 19
A- Objectif général .................................................................................................. 19
B- Objectifs spécifiques .......................................................................................... 19
V- APPROCHE MÉTHODOLOGIE........................................................................ 20
VI-ANNONCE DU PLAN .......................................................................................... 24
PREMIÈRE PARTIE I : ................................................................................................ 26
POLITIQUE D’ESPIONNAGE ET DE COOPTATION D’HOUPHOUËT-
BOIGNY À L’ÉGARD DES RELIGIEUX (1960-1970).............................................. 26
CHAPITREI : LE RÔLE DES CADRES ET LEADERS RELIGIEUX DANS LA
VIE POLITIQUE EN CÔTE D’IVOIRE DÈS 1960 ............................................... 27
I-LA NOMINATION DES CADRES RELIGIEUX DANS LES INSTANCES
GOUVERNEMENTALES ET AUX POSTES DE RESPONSABILITÉS ............ 27
1. La Nomination des cadres musulmans.............................................................. 28
2. Nomination des cadres chrétiens ....................................................................... 29
II-LES GUIDES RELIGIEUX COMMES COMPAGNONS POLITIQUES ET
CONSEILLERS RELIGIEUX D’HOUPHPOET-BOIGNY .................................. 31
1. Les compagnons politiques et conseillers musulmans d’Houphouët-Boigny 31
2. les compagnons politiques et conseillers chrétiens d’Houphouët-Boigny ...... 33
CHAPITRE II : CONTRIBUTION FINANCIÈRE D’HOUPHOUËT DANS LES
AFFAIRES RELIGIEUSES ...................................................................................... 37
I-LA SUBVENTION DES MOUVEMENTS RELIGIEUX .................................... 37

101
1. Subvention des mouvements islamiques ........................................................... 37
2. Subvention des mouvements chrétiens .............................................................. 38
II-LE LANCEMENT DES PREMIERS ÉDIFICES RELIGIEUX PAR
HOUPHOUËT-BOIGNY ........................................................................................... 39
1. Les premiers édifices islamiques ........................................................................ 39
2. Les premiers édifices chrétiens .......................................................................... 43
DEUXIEME PARTIE : .................................................................................................. 45
LE RAPPROCHEMENT ENTRE HOUPHOUËT-BOIGNY ET LES RELIGIEUX :
FACTEUR D’EXPLOITATION DE LA FIBRE RELIGIEUSE : 1970-1980 .......... 45
CHAPITRE I : LE RÔLE DES MOSQUEES ET DES EGLISES DANS LA
POLITIQUE RELIGIEUSE D’HOUPHOUET-BOIGNY ..................................... 46
I-MOSQUÉES ET EGLISES : LIEUX DE SUBORDINATION POLITIQUE ... 46
1. Présence des hommes politiques dans les mosquées ........................................ 46
2. Présence des hommes politiques dans les Eglises ............................................. 48
II- MOSQUÉES ET ÉGLISES LIEUX DE SOUTIEN DES ACTIONS
POLITIQUES.............................................................................................................. 49
1. Mosquées.............................................................................................................. 49
2. Eglises ................................................................................................................... 52
CHAPITRE II : POLITIQUE DE LARGESSE, DE MANIPULATION ET DE
PARTIALITÉ D’HOUPHOUËT-BOIGNY VIS-À-VIS DES ASSOCIATIONS ET
ACTIONS RELIGIEUSES ........................................................................................ 57
I-LES ASSOCIATIONS RELIGIEUSES OFFICIEUSES ET OFFICIELLES ... 57
1. les associations islamiques officieuses ............................................................... 57
2. Associations et actions religieuses officielles ..................................................... 59
II-LE REGARD D’HOUPHOUET-BOIGNY VIS-À-VIS DES ASSOCIATIONS
RELIGIEUSES ........................................................................................................... 61
1- Politique de manipulation des associations islamiques ................................... 61
2. Le regard d’Houphouët sur les associations chrétiennes ................................ 64
CHAPITRE I : LES ATTITUDES DES RELIGIEUX FACE AUX ABUS DU
POUVOIR POLITIQUE D’HOUPHOUET-BOIGNY ........................................... 66
I-LES MANIFESTATIONS RELIGIEUSE : LES ORIGINES DIVERSES ........ 66
1.Les manifestations musulmane ........................................................................... 66
2. Les manifestations chrétiennes .......................................................................... 71
II-INCLINATIONS D’HOUPHOUET-BOIGNY FACE À CES
PROTESTATIONS..................................................................................................... 72
2. Les inclinations d’Houphouët face aux chrétiens ............................................. 77

102
CHAPITRE II : LES RELIGIEUX À L’ÉRE DU MULTIPARTISME ............... 82
I-LE RETOUR DU MULTIPARTISME .................................................................. 82
1.Le contexte du retour du multipartisme ............................................................ 82
2. La posture de religieux face au multipartisme ................................................. 84
II-LES RETOMBÉES DU MULTIPARTISME SUR LES COMMUNAUTÉS
RELIGIEUSES ........................................................................................................... 86
1.Les retombées du multipartisme sur les musulmans ........................................ 86
2. Les retombées du multipartisme sur les chrétiens ........................................... 91
CONCLUSION ............................................................................................................... 93
ANNEXES ....................................................................................................................... 98

103

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