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« Ce que vous visez

détermine ce que vous voyez. »


JORDAN PETERSON
SOMMAIRE

Titre

Préface

1 - Connaissez votre sujet !

• Qu'est-ce que la self-défense ?

• Commençons par le commencement : la légitime défense

• En quoi la self-défense diffère des arts martiaux et des sports de combat ?

• Mythes et réalités

• Qu'est-ce que la violence ?

2 - Connaissez votre adversaire !

• L'agresseur

• Le prédateur

3 - Connaissez-vous vous-même

• Qui est le héros intérieur ?

• La surconfiance ou le discours du héros intérieur

• La peur

• La peur et votre corps

• Le programme 4F

• Les risques du programme 4F

• Le prix du stress

• L'effet tunnel

• La peur de la peur

• Les limites

• Comment gérer son stress ?

• Devenez une cible indésirable

4 - Connaissez vos options


• Prévention

• Savoir observer pour anticiper

• Éviter

• S'échapper

• Désamorcer

• Affronter

5 - Le temps des conséquences

• Le temps du diagnostic

• Le temps de la justice

• Le temps de la résilience

• Le temps du changement : notre temps s'achève, le vôtre commence

Remerciements

Bibliographie

Copyright
PRÉFACE

Si vous venez d’ouvrir cet ouvrage, qui que vous soyez, d’où que vous veniez et où que vous alliez : bienvenue. Qui
vous êtes n’est pas un sujet pour moi. En revanche, pourquoi vous avez ouvert cet ouvrage en est un.
Avant de commencer, laissez-moi tout de même attirer votre attention sur quelques notions importantes :

Si vous êtes à la recherche d’un traité de mouvements secrets, vous allez être déçu. Si de telles
techniques existaient, croyez-moi, cela ferait longtemps que vous seriez au courant et autant de temps
que des personnes malintentionnées se seraient évertuées à trouver la parade pour les rendre caduques.
L’Homme est ainsi fait.
Ce livre ne fera pas de vous un superhéros. Vous ne serez pas capable à la fin de votre lecture de mettre à
terre six méchants et de vous enfuir en volant.

Voilà pourquoi il s’intitule « Manuel de défense à l’usage des antihéros ».


L’antihéros est une personne ordinaire, sans pouvoir particulier qui, par les circonstances, se trouve plongée dans
une situation extraordinaire.
Mon rôle, à travers ce livre, est de décortiquer cette situation extraordinaire pour que, si le moment se présente, vous
ayez les outils nécessaires pour vous en sortir le mieux possible. Et si mon travail a été de qualité, vous n’aurez
même pas besoin d’en venir aux mains.
Je pratique les arts martiaux et sports de combat depuis le siècle précédent mais j’ai appris la violence et vu ses
conséquences à l’extérieur. J’enseigne la self-défense depuis plus de quinze ans maintenant, et même si je n’en fais
pas l’étalage dans mon cercle privé, chaque évocation du sujet a toujours suscité une certaine forme d’intérêt.
Pourtant, de retour au sein de mes cours, force était de constater que les personnes présentes étaient bien différentes
de celles qui m’avaient interrogé le week-end. Sur les tatamis, à voir autant d’hommes dans la force de l’âge et au
profil sportif intimement convaincus de leur supériorité physique, le décalage était net et non représentatif de la
population. J’en suis venu à me demander où étaient ces amis, ces familles, ces grands-parents, et ces femmes que je
côtoyais au quotidien, tous ceux qui me parlaient de violence, de moments de vie. À quel moment, les avais-je
perdus ? Les techniques proposées étaient-elles une fin en soi ? Et tous ceux que je ne voyais pas, les « invisibles »,
ceux incapables de pousser la porte d’un de mes clubs, persuadés que je n’avais pas la réponse ou que ce cours
n’était pas fait pour eux ?
Si vous avez ressenti le besoin d’ouvrir ce livre, c’est que vous avez une raison. Peut-être avez-vous été confronté à
la violence, peut-être est-elle même encore présente ou peut-être l’appréhendez-vous. Dans tous les cas, faisons le
chemin ensemble et désarmons la violence.
Présentation et contre vérité

Il est assez naturel que ce genre d’ouvrage commence par un CV détaillé de qui je suis et de ce que j’ai accompli
dans ma vie. L’air du temps voudrait que j’y ajoute un lien vers une page Internet où vous pourriez me voir en train
d’accomplir quelques prouesses grâce à ce physique hors norme et bodybuildé qui est le mien. Étonnamment, il
n’en sera rien, laissez-moi plutôt vous dire que je ne fais partie ni des forces de l’ordre ni des forces armées, je ne
suis champion de rien du tout et mon physique n’a jamais intimidé personne. Je n’ai jamais enseigné à des forces
militaires ou d’élite et je ne suis pas un superhéros. Je paye suffisamment toutes les blessures et fractures
accumulées au cours de mes pérégrinations pour vous l’assurer. Je ne vaux pas plus que qui que ce soit en ce bas
monde. Je ne me permettrais pas de vous dire que mon expérience surclasse la vôtre, car mon expérience m’est
propre, elle ne vaut ni plus ni moins que la vôtre. Vous avez sûrement expérimenté certaines formes de violences
auxquelles je n’ai pas été confronté et inversement. Pourtant votre expérience personnelle porte vos forces et vos
faiblesses. Ce livre vise à l’enrichir et non à s’y substituer.
Ce que je vais vous livrer à travers ces pages est le fruit de mon expérience, tirée de mes rencontres avec des
centaines d’élèves, de victimes mais aussi de partages et de recherche. Mais au final, ce n’est que mon opinion.
Prenez un marqueur, surlignez ce qui vous semble cohérent, rayez ce que vous pensez ne vous être d’aucune utilité.
Cet ouvrage n’est pas un livre saint, prenez ce qui est écrit dedans avec scepticisme, la confiance aveugle et la self-
défense ne vont pas de pair. Au final, vous ne me connaissez pas, et nous ne nous rencontrerons peut-être jamais, qui
je suis n’est pas important car je ne serai pas là pour vous défendre en cas de besoin, ceci est votre tâche.
1

CONNAISSEZ VOTRE SUJET !

• Qu’est-ce que la self-défense ?


Avant toutes choses, mettons-nous d’accord sur ce qu’est la self-défense. Pour faire les choses simplement : la
« self-défense », ou « défense rapprochée » en français, regroupe l’ensemble des stratégies vous permettant de vous
défendre et de vous protéger en cas de danger ou lorsque vous êtes attaqué. C’est un vaste sujet aux multiples
ramifications. Pour vous donner un ordre d’idée, en France, mourir d’un homicide est la 45e cause de mortalité, en
revanche, mourir d’une noyade figure à la 13e place. Il apparaît donc tout aussi judicieux d’apprendre à nager que de
savoir se défendre physiquement en cas d’agression. Le monde est dangereux, identifier les dangers qui vous
entourent ou les comportements à risque est une partie capitale de votre défense.
La self-défense peut prendre mille formes, tout simplement parce que la violence peut prendre mille formes.
Pour clarifier certains points, prouver que vous êtes le plus fort, être l’outil de la justice, vous venger, etc. ne
relèvent pas de la self-défense. Désolé, ce n’est pas son rôle et ce n’est pas le vôtre. En revanche, identifier, éviter,
ou faire cesser l’attaque avant d’être maîtrisé, le plus rapidement possible, avec le minimum de force tout en
restant dans le cadre légal, voici son vrai challenge, et le vôtre.
Ce qui est certain, c’est qu’une application correcte de la self-défense ne devrait jamais vous envoyer en prison.
C’est pourquoi, avant tout, étudier et comprendre le cadre législatif appliqué en France reste la première pierre que
nous allons poser ensemble. Je sais que ce n’est pas le sujet le plus sympathique, mais il serait criminel de construire
quoi que ce soit sans étudier au préalable le terrain – et le terrain, c’est la loi. D’ailleurs si vous habitez à l’étranger
ou si vous avez prévu de vous y rendre, je vous conseille vivement de vous renseigner sur la légitime défense du
pays en question.

• Commençons par le commencement : la légitime défense


La légitime défense est évoquée lorsque nous commettons un acte interdit par la loi au cours d’une agression. Elle
permet d’éviter une condamnation pour un fait, à la base, puni par la loi.
Cependant, pour pouvoir invoquer la légitime défense, il faut respecter certaines conditions. Eh oui, il ne suffit pas
de dire : « Il m’a attaqué, je me suis défendu » pour pouvoir vous inscrire dans le cadre de la légitime défense… il y
a quelques subtilités.
Pour pouvoir être appelée « agression », trois éléments sont à réunir, car, soyons logique, s’il n’y a pas d’agression,
il n’y a pas de défense… Pour illustrer nos propos, convenons d’un scénario où l’une de vos connaissances aurait
décidé de régler une discussion houleuse autour d’un sujet tendancieux en vous jetant le gant. Traduction : de voir
qui de vous deux aura le dessus sur l’autre physiquement.
Primo, l’attaque doit être réelle : ceinturé par votre collègue, quoi qu’il en dise, votre agresseur ne représente pas
une menace réelle…
Secundo, l’attaque doit être actuelle ; nous parlons ici de temporalité : vous êtes giflé le lundi, vous le giflez le
mardi, eh bien, à part faire une jolie comptine, nous ne pouvons appeler ça de la légitime défense, car le mardi, il n’y
a pas eu d’agression. C’est une vengeance et ça, ce n’est pas autorisé.

« IL N’EXISTE PAS UN DROIT À LA LÉGITIME DÉFENSE, DE DROIT À L’AUTODÉFENSE OU DE DROIT À SE FAIRE


JUSTICE SOI-MÊME »

Tertio, l’attaque doit être injuste : contre-exemple, un agent des forces de l’ordre qui tente de vous appréhender est
dans son bon droit.
Maintenant que tous les facteurs sont réunis et que nous avons identifié une agression en bonne et due forme, nous
pouvons nous atteler à la riposte.
Pour que la légitime défense soit retenue, elle doit répondre elle aussi à trois critères :
Premièrement, elle doit être nécessaire : en effet si vous avez les moyens de fuir, d’appeler à l’aide ou de ne pas
vous battre, la légitime défense ne sera pas retenue. Exemple : un rendez-vous au douzième coup de minuit vous a
été donné pour que vous régliez votre querelle au premier sang versé. Le bon sens et la loi vous déconseillent
fortement d’y aller.
Deuxièmement, elle doit être proportionnée. En bref, vous avez été bousculé, vous ne pouvez pas grimper en haut
de l’armoire de votre bureau pour sauter le coude en avant… Sérieusement, devons-nous vraiment parler de cette
attitude ?
Troisièmement, elle doit être simultanée : après une grosse empoignade, votre tourmenteur vous tourne le dos pour
partir. Dans un souci de facilité, vous décidez de saisir l’occasion et de lui envoyer votre plus beau revers en travers
du visage ! Eh bien, ce n’est pas de la légitime défense, la loi vous imposait de le laisser partir !
Cependant, il existe certaines exceptions où, même si toutes les conditions ne sont pas remplies, la légitime défense
peut être invoquée :

le fait de repousser, de nuit, l’entrée d’une personne dans son domicile par effraction, violence ou ruse ;
le fait de se défendre contre les auteurs de vols ou de pillages exécutés avec violence.

N’oubliez pas une chose : en France, si vous voulez invoquer la légitime défense, c’est à vous d’apporter la preuve
de son existence.
• En quoi la self-défense diffère des arts martiaux et des sports
de combat ?

Pour la plupart des gens, la self-défense se résume à une activité durant laquelle les pratiquants font l’acquisition de
techniques leur permettant de contrer une attaque physique.
Pour commencer, essayons d’expliquer les différences et nuances des trois grandes familles dans lesquelles vous
pourrez retrouver différentes disciplines : la self-défense, les arts martiaux et les sports de combat. Bien que chacun
revendique une identité qui lui est propre et une supériorité face à ses concurrents, force est de constater que la
finalité reste la même, c’est-à-dire essayer de balancer une partie de son corps sur quelqu’un d’autre. Pourtant il
existe bien des différences. Les associer reviendrait à comparer du basket-ball, du football et du handball et dire
qu’il s’agit d’un même sport vu qu’il y a une balle !
Alors pour faire simple, vous trouverez face à vous : un sport, un art et, en dernier, un système. En bref, les arts
martiaux et les sports de combat parlent de techniques et la self-défense plutôt d’un système.
Prenons les arts martiaux : le terme « martial » en français, venu du latin martialis (de Mars, dieu de la Guerre chez
les Romains), est défini par « qui dénote une âme belliqueuse », et renvoie à une idée d’agressivité, de violence
assumée, voire souhaitée – l’emploi de la force étant ici préconisé pour résoudre un désaccord. Ainsi, vous allez
apprendre tout un registre propre à l’art que l’on vous enseigne ; vous allez gravir des échelons et vous serez
récompensé par des ceintures ou tout autre grade. Vous pratiquerez dans un espace défini, bien éclairé, et
généralement habillé d’une tenue imposée. Lorsque vous arriverez à un niveau suffisant, vous affronterez un
adversaire au niveau équivalent, muni de votre arsenal technique acquis à force de dures répétitions. Tout cela est
très bien. Techniquement parlant, vous avez appris des choses. En outre, votre enseignant vous instruira sur
l’histoire de cet art forgé dans le sang de la guerre, et il aura raison ; la majorité des arts martiaux trouvent leur
origine dans les conflits. Au tout départ, ils étaient même appelés « arts guerriers ». Pourquoi « guerrier » me direz-
vous ? Tout simplement car développés en temps de guerre, pour une population militaire habilitée à tuer et sous la
menace de l’être. De plus, à la guerre, il est de bon ton de rappeler que perdre signifie mourir, et clairement,
personne n’avait envie de mourir. « Super ! » me direz-vous, quoi de plus formateur que des techniques qui ont
connu la dure réalité de la guerre ? eh bien pas si « super » que ça en réalité, car vous pratiquez un art martial, et non
un art guerrier, c’est-à-dire expurgé de ses techniques mortelles. Il était, étonnamment, assez difficile pour
l’enseignant de recruter des personnes pour illustrer lesdites techniques lors de démonstrations ! Rajoutons à cela
qu’il est interdit de tuer les gens. Bien loin de la guerre, votre « art pacifié » sera confronté à un être humain qui va
vous attaquer en mode « guerre », le décalage d’intensité risque de vous mettre en fâcheuse posture.
Les arts martiaux ont donc évolué pour permettre un enseignement au plus grand nombre sans que vous ou votre
partenaire ne soyez blessés (et c’est tant mieux !). Tout a été codifié pour que la pratique soit encadrée et permette
l’évolution de son pratiquant en toute sécurité. Malheureusement, ces pratiques se concentrent sur la phase finale de
l’attaque, c’est-à-dire l’attaque physique. Fini l’aspect contextuel et émotionnel, les menaces sont enlevées, les
insultes aussi, etc. – certains arts martiaux se pratiquent même dans un silence religieux. De plus, les techniques sont
limitées par la discipline en question (que je ne vous prenne pas à mordre la joue de votre partenaire lors d’un cours
de karaté !). L’environnement va être maîtrisé pour protéger le pratiquant tout en permettant la répétition de la tâche.
Tel est le maître mot de l’apprentissage de la violence lors de cours d’arts martiaux : instaurer une maîtrise de la bête
par la création de règles pour protéger le pratiquant. Cette attitude bienveillante vient alors interférer
dangereusement avec ce que vous pourrez vivre car tous les repères qu’elle vise à instaurer risquent fort de ne pas se
retrouver à l’extérieur. À titre d’exemple, je pourrais vous dire que tomber sur du béton est totalement différent que
de tomber sur des tatamis ; qu’il est certain qu’avec un kimono, les mouvements sont moins contraints que dans une
tenue civile beaucoup plus limitante : essayez de refaire votre coup de pied au visage avec votre jeans serré dans
lequel vous aurez mis votre téléphone ou perchée sur des talons de 10 cm. À cela, ajoutons toutes les petites choses
qui interfèrent lors d’une attaque : la bouteille qui traîne sur la table, votre téléphone dans la main, la personne à côté
de vous qui hurle « arrêtez, mais arrêtez ! », etc. Je vais vous confier un secret qui n’en est pas un : lorsqu’un
prédateur en arrive à la phase d’attaque, il le fera toujours en vous prenant au dépourvu, sans vous laisser la moindre
chance, en un temps record. Vous n’aurez aucun confort, ni repère, ne vous y habituez donc pas.
Parlons maintenant des sports de combat tels que le MMA ou multiple martial arts. Pour simplifier, il s’agit d’une
pratique qui se rapproche le plus de ce que pourrait être une bagarre. Vous allez retrouver des coups, de la lutte et du
sol, tout cela enfermé dans une cage octogonale. Une pratique donc très complète, techniquement et physiquement.
Alors où se situe le problème ? Là encore, cette pratique est régie par des règles, règles faites pour maîtriser le chaos.
Mis en place pour protéger les participants, les combats sont scrutés de près par un arbitre qui va vérifier que tout est
bien respecté. Je ne vous ferai pas l’affront de parler de respect lors d’une agression, ceci serait un véritable
paradoxe. Malheureusement, la violence s’affranchit de règles et vous ne pourrez compter sur aucun arbitre pour
arrêter le massacre. La différence profonde résidera toujours dans la surprise : les deux combattants de MMA
choisissent de rentrer dans la cage après préparation, alors que vous, assis dans le RER après une journée de travail
avec votre livre de poche, vous n’avez pas l’air d’avoir fait le choix de vous battre tout de suite, maintenant.
En cas d’agression, l’asymétrie restera toujours la règle et elle ne sera jamais en votre faveur. À la différence de
toutes ces activités, régies par un système de catégorie de poids ou de niveaux techniques, il est assez rare d’assister
à une scène ou un gringalet s’en prend à un type taillé comme The Rock. Et s’il le fait, c’est qu’il sait quelque chose
que vous ignorez, quelque chose capable de faire pencher la situation en sa faveur (armes, ou amis prêts à en
découdre cachés pas loin).
Donc pour faire simple : l’ordre d’un côté avec les arts martiaux et les sports de combat et l’anarchie de l’autre avec
la réalité… Bien sûr, les techniques sont importantes mais vous ne vaincrez pas le chaos en lui donnant des coups
d’épée, il va vous falloir un filet pour le contenir et chercher à le ramener à un volume contrôlable.
Les choses commencent à se compliquer, je sais, mais il est capital de comprendre ce à quoi vous serez confronté.
Bien sûr, vous pouvez vous entraîner comme une furie tous les vendredis soir, frapper sur des sacs de frappe en
hurlant à pleins poumons, sauter à pieds joints sur quelqu’un qui vous a attrapé le poignet, habillé de son armure et
de son casque, le tout sous les cris d’un enseignant qui se prend pour le sergent instructeur de Full Metal Jacket, puis
rentrer chez vous galvanisé par cet entraînement paramilitaire. Passé tout cela, vous arrivez au travail lundi et là sans
préambule, vous vous retrouvez totalement démuni face à votre patron qui vous traite de tous les noms devant tout
l’open space car il a oublié la réunion que vous lui avez pourtant rappelée dix fois. Le stress, les sentiments
éprouvés, tels que la peur, la honte, vont engendrer un traumatisme. Votre entraînement ne vous y a pas préparé et
ne vous a été d’aucune aide, cette violence vous a laissé tétanisé et bouleversé. Oublié le guerrier incarné le vendredi
soir. Pourtant, il s’agit bien d’une agression, verbale et psychologique, les toutes premières étapes d’un schéma de
violence, et vous avez le droit de vous en défendre.

• Mythes et réalités
Avant de bâtir quoique ce soit ensemble, nous allons devoir balayer quelques détails qui risqueraient de faire
ressembler notre bâtiment à la tour de Pise plutôt qu’à un phare pouvant endurer vents et marées. Quotidiennement,
nous sommes exposés à des récits concernant la violence, à travers le cinéma, les livres ou les jeux vidéo, etc.
Toutes ces histoires qui nous parlent de violence à longueur de journée. Loin de moi l’idée de juger quoi que ce soit
en termes d’exposition, au contraire, dirais-je même. Ce dont nous allons devoir parler en revanche, c’est le visage
glamour et très éloigné de la réalité que ces supports nous livrent.
Au cinéma comme dans les fictions télévisuelles, vous trouverez toujours un script. Ce document de travail
réunissant non seulement les éléments de l’histoire et les dialogues des personnages, mais aussi les informations
techniques nécessaires au tournage de chaque plan. C’est un peu le squelette de votre film. Cependant dans la
réalité, vous serez toujours confronté à l’imprévu. Je vais vous révéler un secret : la violence est ennuyeuse. Si un
jour vous en êtes témoin, loin des chorégraphies hollywoodiennes, vous assisterez au spectacle de deux brutes se
chiffonnant comme deux chatons enragés, scène qui n’intéresserait aucun producteur. En revanche, si l’un des deux
est plus faible, que le début du combat tourne en sa défaveur, que nous le voyons s’accrocher pour sa survie et celle
de ses alliés au cours d’actions claires, lisibles et compréhensives, là, vous aurez le début d’un combat qui va vous
créer un frisson mais au prix de beaucoup de travail et de préparation. Dans la réalité, le chaos impose son rythme.
Si un jour vous recevez le manuscrit exact du déroulé de l’agression qui vous attend en sortant de chez vous,
appelez-moi, de jour comme de nuit.
Savez-vous ce qu’est une chorégraphie de combat ? Désolé, je sais que je suis en train de casser tous vos rêves. Une
scène de combat, c’est une histoire, et comme toute bonne histoire elle a un début, un milieu et une fin. Comme le
scénario, elle vous raconte une histoire, qui ne se limite pas à tuer des méchants, le but va être de susciter en vous
des émotions. Il faut reconnaître qu’il faut beaucoup de techniques et de travail pour que le rendu soit réaliste ou au
contraire complètement farfelu. Dans la réalité, une agression est dangereuse, traumatisante, illégale, et
moralement complètement indéfendable. Il n’y aura pas de sens, pas d’esthétisme, et les émotions engendrées ne
seront jamais positives.
Qui n’a jamais regardé ce genre de film où le héros se bat contre une ou plusieurs personnes, persévérant contre la
douleur et l’adversité ? Il prend des coups mais tient bon pour finalement gagner et sauver le monde trente secondes
avant le générique. Clap de fin, tout le monde est content, les gentils ont gagné, les méchants ont pris une raclée et
ont été mis hors d’état de nuire. Le héros a pris une balle, mais un bandage suffit à le sauver car : « Ce n’est rien, ça
n’a pas touché les organes vitaux. » Il a fini par remettre la justice à sa place. Les blessures servent juste à démontrer
l’ampleur de la difficulté de la tâche. Le cinéma d’action ou policier ne compte plus les morts et les blessures mais
rarement vous verrez le héros ou l’héroïne détruit par le deuil ou brisé par un syndrome post-traumatique. Ses
blessures sont réversibles, parfois d’une scène à l’autre, comme si la violence les traversait sans avoir aucune
emprise sur eux.
Malheureusement la leçon à retenir est celle-ci : quoi qu’il vous arrive, cela vous laissera des stigmates. Dans la
réalité, vos actions entraînent des conséquences.
Il faut savoir que les combats dans les films sont chorégraphiés et exécutés par des acteurs, ou des doublures. Les
coups ne sont pas portés mais s’arrêtent toujours à plusieurs centimètres des acteurs, les balles sont à blancs, les
couteaux sont limés pour ne pas blesser, les bouteilles, en sucre et le sang est un mélange de maïs et de colorant
industriel… Comme son nom l’indique, c’est du cinéma. Rappelons que lors d’une agression, le but d’un coup est de
blesser son adversaire, les armes sont vraiment mortelles, les objets qui sont jetés font vraiment des dégâts.
Sachez que la perte de plus d’un litre de sang peut avoir une issue fatale. Dans la rue, vous n’aurez qu’un seul
essai. Pas d’effets spéciaux, pas de répétition, pas de protection.
L’anatomie est donc un sujet qui va compter dans la réalité. Pour démystifier cet acte de violence qui s’exerce avec
de multiples coups de poing, sachez simplement que votre main est composée de vingt-sept os de tailles et formes
différentes. Votre crâne, que l’on pourrait comparer à une boîte renfermant le cerveau, n’en est quant à lui composé
que de huit et il est presque aussi solide qu’une noix de coco. Pour vous donner une idée, l’os frontal peut atteindre
jusqu’à 2,5 cm d’épaisseur… Conclusion : crâne contre poing, structurellement parlant, le crâne gagne. Votre main
ne pourra endurer les trente coups de poing que vous cherchez à donner. Dans la réalité, vous aurez mal, que vous
frappiez ou que vous soyez frappé.
Une blessure assez répandue d’ailleurs est appelée « fracture du boxeur ». Il s’agit d’une caractéristique due à un
choc contre une partie dure. Exemple : sous la contrariété, pour rajouter un effet dramatique à une dispute, vous
décidez de frapper un mur innocent – ce qui fait de vous un agresseur de mur, mais passons. Le mur étant de loin
l’objet le plus solide, votre cerveau se dissocie au dernier moment de votre initiative et va désaxer votre main pour
sacrifier la partie la moins importante, le petit doigt… Pourquoi parler de blessure du boxeur ? Car il est une chose
de frapper avec des gants et une autre de frapper à mains nues, et les boxeurs ont dû apprendre cette leçon dans la
douleur. Un conseil soit dit en passant pour les personnes frappant les portes : cette blessure est aussi appelée « la
blessure du crétin », laissez les portes en paix. Dans la réalité, votre agresseur ne se laissera pas faire.
En manque d’émotions ? Faisons durer le combat final de notre héros plusieurs minutes. Une agression ne dure
que quelques secondes. Si la situation n’a pas tourné en votre faveur, chaque seconde qui passe fera pencher la
balance en votre défaveur. Au cinéma, les scènes sont ralenties pour rajouter un effet spectaculaire. Les mouvements
de Bruce Lee étaient tellement rapides que la technologie qui filmait vingt-quatre images par seconde ne pouvait pas
les capter. Il était filmé au ralenti afin qu’on puisse voir tous ses mouvements et que tout le monde profite du
spectacle. Dans la réalité, une agression est rapide et brutale, vous ne pourrez voir tous les mouvements car il y
aura trop d’informations à gérer pour votre cerveau. Pas de slow motion pour vous aider. Parlons également du fait
qu’à l’évocation du mot « cardio » la première chose qui vous vient en tête est le service hospitalier dans lequel vous
serez retrouvé si vous sprintez trois minutes. Dans la réalité, vous ne serez jamais préparé à être agressé, vous
n’aurez pas la tenue adéquate, vous ne serez pas échauffé, vous ne choisirez pas votre partenaire, lui, en revanche,
vous choisira.
Un coup de poing au visage provoque un petit saignement au coin de la bouche, au pire un petit saignement de nez
et un cocard le lendemain. Alors… non : si vous saignez de la bouche, c’est que soit une de vos dents s’est cassée ou
déchaussée, soit que votre langue est passablement coupée (par vos mêmes dents), soit que votre lèvre est fendue en
deux (note pour vous-même : veillez toujours à bien conserver cette dent ou ce morceau de dent, idéalement dans
votre bouche, la salive aide à la conservation). Soyez conscient que la blessure ne saignera pas juste un peu, qu’elle
aura un goût, une texture. Je rappelle qu’au cinéma, les acteurs croquent une capsule qui libère un peu de liquide
rouge, en vrai il y a plus de sang. Toujours dans cette optique de conséquences, un coup au visage peut entraîner des
dégâts qui vont de la simple fracture du nez aux polytraumatismes, sachant qu’un traumatisme grave de la face peut
provoquer une détresse respiratoire et/ou circulatoire. De plus, on ne parle pas suffisamment du risque de blessures
et d’infections lié au fait de frapper les dents de quelqu’un sans être munis de gants ou que l’autre porte un protège-
dents. Sans traitement antibiotique ou prise en charge médicale, ce type de blessure peut amener à une amputation,
voire être mortelle. C’est pourquoi il est vivement recommandé de frapper directement avec la paume de main et les
doigts ouverts, avec un peu de chance les doigts toucheront les yeux et vous doublerez les dommages tout en
protégeant votre main. C’est gagnant-gagnant. Dans la réalité, toutes choses à des conséquences, il faudra gérer
l’après, physiquement, psychologiquement et légalement.
Nous sommes exposés une grande partie de notre temps à une violence qui ne reflète pas la réalité et, quoi que l’on
en dise, cela nous influence. Elle nous laisse imaginer que la violence est parfois nécessaire contre les méchants, et
qu’elle est surtout sans conséquences.

• Qu’est-ce que la violence ?


Bien qu’elle puisse prendre différentes formes, qu’on lui trouve toujours une excuse ou une justification, elle reste
toujours une action brutale physique ou morale envers quelqu’un. Ainsi la violence peut s’exprimer sous
cinq formes : psychologique, verbale, économique, physique, et sexuelle.
Ces cinq formes sont employées et s’expriment dans deux grandes familles de violence, voyons qui elles sont et
quels joueurs y évoluent.
La violence dite « sociale »

Le terme « violence sociale » définit une violence qui prend source dans l’interaction sociale ; en résumé, en public.
Loin de l’image du grand méchant loup, la plupart du temps il s’agit d’une personne dont la vie va venir télescoper
la vôtre pour une raison plus ou moins futile. Pour que la violence puisse se concrétiser, il doit y avoir : un
agresseur, celui qui va initier la séquence, une victime, vulnérable si possible, et un grief. Notez que la victime n’est
pas qualifiée de responsable, le grief est le responsable. Dans cette situation le grief est malheureusement crédibilisé
par l’agresseur. Même si c’est injuste et faux, vous allez devoir vous en dépêtrer quand même.
Bien que la raison qui ait poussé deux personnes tout à fait charmantes à se rouler par terre en se traitant de tous les
noms soit toujours insignifiante après coup, la véritable cause est toujours l’accumulation de contrariétés (liées ou
non à la situation) ou une forme de compétition. À un moment donné, un incident spontané va provoquer le
changement de trajectoire de ces vies pour s’intensifier jusqu’à la collision. L’incident spontané, que nous appelons
« grief », est un élément crucial de l’altercation, c’est le caillou qui fait dérailler le train, il est capital de l’identifier
pour pouvoir désamorcer la situation, comme nous le verrons plus tard.
Le désaccord d’un des deux protagonistes va donc s’étendre à l’autre, alors qu’il existe des milliers de façons de
passer outre ou d’ignorer le problème, et, de façon incompréhensible, les personnes vont franchir toutes les marches
déraisonnables jusqu’à son paroxysme qu’est la violence physique. Pour vous donner un exemple de ce qui pourrait
motiver un grief – il s’agit forcément de quelque chose qui doit générer un désaccord : une voiture qui coupe la route
à une autre, un verre renversé en soirée, un regard trop appuyé, une discussion politique en fin de repas… Bien sûr
cette collision prend de la vitesse encore plus rapidement quand alcool et autres produits y participent.
Ce qu’il faut comprendre, c’est que la violence sociale n’a pas de lettre de noblesse, elle ne vise pas à nourrir votre
famille, ou à défendre votre vie, elle sert principalement à redéfinir les relations entre les personnes ou le territoire.
Explication : même si l’objectif immédiat est toujours de soumettre l’autre, le véritable gain apparaît grâce à cette
soumission, à savoir en prouvant aux témoins qui est l’alpha. Nous sommes d’accord que cette logique empeste le
ridicule, pourtant elle est vieille comme le monde, l’histoire n’est-elle pas écrite par les vainqueurs ?
Bien que le sujet de l’agression génère immédiatement, dans l’inconscient collectif, l’image d’un inconnu au profil
de grand méchant loup déguisé en mauvais garçon, les chiffres prouvent malheureusement que ce portrait n’est pas
toujours réaliste. Pour preuve, en 2010 et 2011, 2,2 millions de personnes de 18 à 75 ans ont subi des violences
physiques ou sexuelles. Pour un homme sur deux victimes de violence, l’auteur était quelqu’un de connu, d’ailleurs
24 % des violences physiques se déroulent sur le lieu de travail ou d’études de la victime. Les femmes ne sont pas en
reste, en effet les trois quarts des victimes de violence connaissaient leur agresseur. Notamment, pour plus de 68 %
d’entre elles, il s’agit du conjoint ou de l’ex-conjoint. Ces violences conjugales sont rarement suivies de plaintes, en
particulier lorsqu’il s’agit d’agressions à caractère sexuel. En bref, bien qu’il soit plus simple de se dire que les
personnes qui composent notre groupe nous veulent du bien, a contrario des autres qui deviennent de facto une
menace, vous connaissez sûrement votre agresseur. Les lieux où vous vous sentiez en sécurité peuvent se révéler
être un piège, alors exit l’inconnu méchant de contes pour enfants, il va falloir se défendre contre des personnes du
quotidien.
Pourtant l’histoire n’est pas liée à la personne que vous êtes, ce sont le grief et l’ego qui mènent la danse. Nous
appellerons ce phénomène : « la danse de l’ascendance ». L’ego de chacun empêchant toute réflexion logique, cette
danse ancestrale est une voie assez sûre pour mener à la violence physique.
Il faut bien comprendre que la violence est un cycle, pas un moment à part de votre vie. C’est une machine qui
n’attend que vous, mais qui vous emmènera, vous et vos proches, si vous montez à bord. Et si vous, vous l’oubliez,
elle ne vous oubliera pas. Le point le plus désespérant de tout ça, c’est qu’il y a plus de gens qui meurent suite à des
altercations stériles, que tués par des prédateurs type tueur en série, etc. Alors que si les deux protagonistes avaient
décidé d’ignorer le grief, chacun aurait pu conserver une vie normale.
La violence antisociale

L’être humain a su créer des choses magnifiques : l’art, la musique, la philosophie, etc. Il fut capable de créer des
outils pour lui permettre d’arriver à ses fins, d’élaborer des stratégies. Il fut capable de créer des armes, pour pouvoir
chasser et se nourrir. C’est aussi le même qui utilisa ces mêmes armes pour simplement tuer des animaux « pour le
sport »… le plaisir étant généré par l’acte de tuer. Malheureusement, l’être humain est aussi la seule espèce qui
chasse au sein même de sa propre espèce, avec toute la créativité dont il sait faire preuve. En haut de la
chaîne alimentaire, il est à même de devenir son propre prédateur.
La violence asociale est donc le terrain de chasse de ces personnes : les prédateurs. Le statut ou le territoire ne sont
plus des objectifs pour lui. En effet, face à un gibier, le chasseur armé de son fusil a peu de doutes sur le placement
de chacun sur la chaîne alimentaire. Nous rentrons dans une catégorie où l’humanité n’existe plus car la victime
devient une ressource.
Je concède que l’existence de personnes capables émotionnellement de prendre la vie d’un autre humain ou de lui
infliger une douleur sans ciller est perturbante. D’autant plus que vous ne fonctionnez pas ainsi, du moins je
l’espère. Nous allons donc devoir au fil des pages rendre ce monstre de comptine plus concret, mais pour cela vous
allez devoir arrêter de projeter vos réactions sur eux. Les vrais prédateurs ne sont pas capables d’empathie, ils gèrent
les normes sociales comme un enfant les règles d’un jeu ; cela ne s’applique pas à eux, au besoin elles peuvent être
réécrites si elles sont trop contraignantes.
À savoir laquelle des deux formes de violence, sociale ou asociale, est la plus dangereuse, la violence asociale
assurément, conçue pour être efficace, voilà pourquoi elle hante nos cauchemars. Son mode opératoire la rend
terriblement efficace car elle est planifiée, elle n’arrive pas dans la fureur mais dans la discrétion – fini les gens
sympas ayant passé une mauvaise journée, place aux professionnels de la violence !
Ces personnes ont un objectif, et cela fait une grosse différence. Le hasard de la vie ne vous aura pas mis l’un en
face de l’autre, vous serez attendu, choisi. Le grief deviendra un prétexte. Ne cherchez plus pourquoi ; la réponse est
simple : il vous a trouvé, il vous a choisi. La violence devient alors un moyen, cet outil pourra prendre plusieurs
formes, selon leur besoin : psychologique, verbale, économique, physique, sexuelle. Certaines personnes, adulte ou
enfant, en subiront même plusieurs. Avant de diriger la lumière sur ces personnes, vous devez comprendre que
l’image que vous en avez est extrême, alors que la réalité est plus nuancée. Nous allons parler d’eux pour que vous
puissiez comprendre qui ils sont, voire les détecter plus facilement. Regardons ensemble : les sociopathes, les
psychopathes, et les narcissiques qui se cachent dans l’ombre.

La différence entre sociopathe et psychopathe

Les psychopathes et différents sociopathes occupent pas mal notre paysage audiovisuel – qui n’a jamais vu Le
Silence des agneaux, la série Dexter, etc. ? Heureusement pour nous, Hannibal Lecter est un personnage de fiction !
Mais ne vous méprenez pas, ils existent vraiment et, pour certains, cachés juste à côté de nous. Avant tout,
corrigeons l’image un peu déformée par la fiction. Le psychopathe n’est pas un tueur sanguinaire. « Antisocial » ou
« dyssocial », comme disent les spécialistes, il éprouve de grandes difficultés à maintenir des relations avec les
autres. Un rapport de la Haute Autorité de santé sur la prise en charge des psychopathies a établi six points qui
caractérisent la personnalité psychopathe :
« Le trouble de la personnalité habituellement repéré en raison de l’écart considérable qui existe entre le
comportement et les normes sociales établies. Il est caractérisé par :

une indifférence froide envers les sentiments d’autrui ;


une attitude irresponsable manifeste et persistante, un mépris des règles et des contraintes sociales ;
une incapacité à maintenir durablement des relations, alors même qu’il n’existe pas de difficulté à établir
des relations ;
une très faible tolérance à la frustration et un abaissement du seuil de décharge de l’agressivité, y
compris de la violence ;
une incapacité à éprouver de la culpabilité ou à tirer un enseignement des expériences, notamment des
sanctions ;
une tendance nette à blâmer autrui ou à fournir des justifications plausibles pour expliquer un
comportement à l’origine d’un conflit entre le sujet et la société. Le trouble peut s’accompagner d’une
irritabilité persistante. »

Cependant, la psychopathie n’est pas uniquement le panache des tueurs en série, elle est aussi présente dans votre
quotidien. Regardez cette personne à qui tout semble réussir par exemple. Celle que vos collègues qualifient
d’impitoyable dans les affaires ! Sans pitié mais pourtant très charmante quand vous parlez avec elle. Okay, elle n’a
pas une grande considération pour les autres ou leurs besoins, mais elle se lance dans des projets que d’autres
refuseraient ; un vrai requin ! Eh bien, il se pourrait qu’il s’agisse d’un psychopathe qui a réussi : sans être un tueur
en série, il en possède les traits. Pourquoi ? Car ils sont capables d’enfreindre les règles de façon préméditée si le
risque est calculé et maîtrisé, voire de pousser quelqu’un d’autre à le commettre pour eux, tout en restant en sécurité
eux-mêmes. Ce sont des rois de la manipulation, des sentiments, des autres, tout en étant incapables d’en ressentir
eux-mêmes.
Cela vous rappelle quelqu’un ? Vous en connaissez sûrement un, le taux de psychopathes se situe entre 0,2 % et
3,3 % de la population. Avant d’engendrer des personnages de film ou de roman, la psychopathie et la sociopathie
sont des pathologies de santé mentale. Mais comment les différencier ? Les deux partagent bon nombre de points
communs : un manque de remords ou d’empathie pour les autres, un manque de culpabilité ou de capacité à assumer
la responsabilité de leurs actes, une capacité à enfreindre les lois et surtout une tendance à la violence. Dans tous les
cas, n’oubliez jamais que ce sont des manipulateurs hors norme.

LE TAUX DE PSYCHOPATHES SE SITUE ENTRE 0,2 % ET 3,3 % DE LA POPULATION

Les sociopathes sont moins stables émotionnellement et surtout beaucoup plus impulsifs. Ce qui rend leur
comportement beaucoup plus désordonné que les psychopathes. Lors du passage à l’acte, le manque de patience,
l’impulsivité et le manque de planification rendront leur arrestation plus facile.
Les psychopathes, eux, planifieront leurs crimes de façon plus méticuleuse, faisant leur maximum pour ne pas être
pris. Les plus intelligents mettent des années à être appréhendés. Selon le Dr Xanthe Mallett, « la sociopathie décrit
les comportements comme le résultat d’une lésion cérébrale, ou d’abus et/ou de négligence dans l’enfance. Les
enfants victimes de maltraitance et de négligences payent le prix sur le long terme, 59 % auront affaire à la
délinquance juvénile ; 28 % finiront même délinquant en tant qu’adulte, et 30 % seront susceptibles de commettre
des crimes avec violence. » Cette phrase se suffit à elle-même pour prendre conscience de l’importance du
développement de l’enfant et de sa sécurité. La violence est toujours un cycle. Parfois, elle prendra sa source des
dizaines d’années en amont.
Si l’on devait résumer en une seule phrase, toujours en citant le Dr Mallett : « Les psychopathes sont nés, alors que
les sociopathes sont créés. »
En fin de compte, la différence entre les deux est-elle réellement importante ? Les deux peuvent être dangereux et
même mortels, ravageant la vie de personnes, ainsi que celle de leur entourage, ou bien passer leur vie sans passer à
l’acte.

Le trouble de la personnalité narcissique

Les personnes souffrant d’un trouble de la personnalité narcissique (TPN) sont caractérisées par un sentiment
constant de supériorité. Cette mégalomanie va les lancer dans un besoin existentiel d’être admiré. Ce qui rend leur
identification assez simple au final : quoi qu’ils fassent, disent ou vivent, cela ramènera toujours à eux-mêmes.
Évidemment, comme pour les deux cas précédents, le manque d’empathie est au cœur du sujet. Il est toujours
difficile de se soucier des autres, quand vous pensez que tout vous est dû.
Pour essayer de justifier ce trouble, deux grandes théories s’affrontent sur le sujet. Telle la sociopathie, le TPN prend
racine dans l’enfance. Dans les deux cas, le trouble de la personnalité narcissique serait un mécanisme de défense,
développé en réaction à des abus ou des traumatismes, il serait dû soit à un dysfonctionnement vécu dans l’enfance,
soit une surprotection excessive ou de très fortes attentes des parents envers l’enfant. Dans certains cas, l’enfant
grandit au contact de parents eux-mêmes narcissiques, qui projettent ainsi sur lui leurs propres attentes,
généralement très exigeantes. La violence se cache partout même derrière les bonnes intentions.
La deuxième hypothèse part dans le sens inverse et va chercher son explication plutôt vers les abus et la négligence.
Bien sûr, au premier abord, vous pourriez penser au cercle familial, mais ne négligez pas le harcèlement scolaire. En
effet, rejeté par ses camarades, moqué en permanence pour son physique, ou autre, l’enfant va développer un
sentiment narcissique comme une protection face aux autres : « Ce qu’ils disent ne m’atteint pas car je vaux mieux
qu’eux. »
Bien que les chiffres varient, il semblerait que le TPN affecte jusqu’à 6 % de la population générale, en étant plus
fréquent chez les hommes que chez les femmes.
Il faut comprendre que ces personnes ne voient pas la réalité comme vous et moi. Tout n’est vu pour eux qu’à
travers le prisme de leur ego. Tout ce qui encadre votre vie, comme les normes sociales, la moralité, les lois, ou tout
simplement l’éthique, va apparaître comme une contrainte pour celui qui est atteint de TPN. Toutes ces choses sont
mises en place pour le limiter, c’est bon pour les autres, lui est au-dessus de ça ! Le monde doit tourner autour de lui,
vous, vous gravitez autour de lui. Le problème est que ce type de pensée peut générer de la frustration. Quand le
plan qu’il avait créé n’est pas suivi, quand ses idées ne sont pas prises en compte, alors la rage peut prendre le
dessus, démontrant ainsi une certaine forme de fragilité. Comme un enfant qui se roulerait par terre à la moindre
contrariété, il laisse sa colère exploser, balayant ainsi toute forme de discussion.

6 % DE LA POPULATION SERAIT CONCERNÉ PAR CE TROUBLE

Pourtant, à l’image même du Dr Jekyll et Mr Hyde, il est capable du plus grand des charmes en société, tout en
cherchant à dominer ses collègues, conjoint, enfants… il n’hésitera pas à utiliser la violence sous toutes ses formes :
émotionnelle, psychologique, sexuelle, pour parvenir à ses fins. Il n’est donc pas le profil qui exerce le plus la
violence sous sa forme physique. Cependant, lorsque le harcèlement moral ne suffit pas à dresser/dominer sa
victime, la personne souffrant d’un TPN peut ajouter une forme de violence physique à la violence psychologique
pour reprendre l’ascendant.
Selon l’Encyclopedia of Mental Disorders, le meilleur espoir de prévention du TPN résiderait chez les parents et
personnes proches des enfants pendant les premières années préscolaires. L’empathie reste la clef de ce trouble, c’est
sur ce point que le rôle des parents est essentiel. Ils doivent être capables d’en faire la démonstration aussi bien vis-
à-vis de leur enfant qu’entre eux. Ils doivent également être capables de montrer qu’ils les aiment pour ce qu’ils sont
et non pour l’apparence ou leurs réalisations. Tout est une capacité d’adaptation, l’enfant évolue autant qu’il grandit.
En tant que parent, il est important d’être à l’écoute des besoins changeants de l’enfant plutôt qu’exiger de lui qu’il
réponde à des besoins de statuts, de confort ou de commodité. La violence est un cycle, en prévenant un enfant de
pouvoir développer un TPN, c’est tout un cycle de violence qui peut s’éteindre.
2

CONNAISSEZ VOTRE ADVERSAIRE !

Nous avons pu identifier deux grandes familles de personnes pouvant s’en prendre à vous : les agresseurs d’un côté,
et les prédateurs (sociopathes, psychopathes et les personnes atteintes d’un trouble de la personnalité narcissique) de
l’autre. Ce qui les attire est différent, ce qui les fait fuir aussi, d’où l’importance de bien les identifier. Se penser
dans une danse de l’ascendance alors que vous êtes en train d’être chassé reviendrait à essayer de convaincre un loup
de ne pas vous manger, avec comme seul argument que « manger cinq fruits et légumes par jour, c’est mieux… »
Leur nature est une chose, mais c’est uniquement ce qu’ils en font qui vous permettra de les identifier. Élément
crucial de votre processus de défense, l’identification de la menace va définir complètement votre stratégie. De plus,
vous n’aurez, en général, que quelques secondes devant vous pour les placer dans une catégorie ou l’autre. Sachant
que vos solutions de gestion de conflit vous offriront soit une porte de sortie, soit déclencheront une escalade véloce
si vous vous méprenez. En effet, ce qui découragera l’un encouragera l’autre et vice versa.

• L’agresseur

La danse de l’ascendance

Comme nous l’avons vu, le grief et la concurrence sont les deux grandes raisons qui peuvent pousser quelqu’un à
changer sa trajectoire pour foncer vers vous. L’histoire qui va se jouer est loin de la psychopathie ou autre, nous
sommes plus proches de la triste banalité humaine. La personne face à vous, loin du monstre sanguinaire, est
probablement une personne telle que vous et moi, fruit d’une somme de petites choses le poussant à ne pouvoir
ignorer cet événement qui va vous lier.
Donc cet être humain va puiser en lui un rituel vieux comme le monde pour venir vous exposer le manque de respect
impardonnable dont vous avez fait preuve envers lui, la fameuse danse de l’ascendance. Qu’est-ce qu’une danse de
l’ascendance ? C’est une danse qui se joue à deux ou à plusieurs, chorégraphie millénaire, elle est rythmée par une
musique jouée par l’ego. Si vous allez au bout, le final verra toujours un homme à terre. Comme dans toutes les
danses, vous aurez le choix de rester ou de partir. Dit comme ça, le choix peut paraître simple et évident, pourtant il
n’en sera rien. En effet, votre ego n’aura qu’une envie : prouver à tous que vous menez la danse. Dès que vous aurez
posé le premier pas sur la piste de danse, vous risquez de perdre le contrôle ; cette danse est le résultat de milliers
d’années d’évolution, véritable chant des sirènes, s’y soustraire est loin d’être facile.
Chaque culture a sa propre chorégraphie plus ou moins violente. Laissez-moi vous montrer les étapes de cette
chorégraphie dans notre culture : le grief lance la musique poussant un danseur à choisir son partenaire, contact
visuel, puis vient l’approche pour rentrer dans la danse. Le regard planté dans celui de sa victime, il expose son -w-
grief sur le ton le plus intimidant, puis vient le défi verbal. Du côté du partenaire, le ton monte.
Les corps se rapprochent, quitte parfois à se retrouver tête contre tête – technique dite « du paon », le but étant de
paraître plus grand et costaud. Plus la technique de paon est exécutée près de vous, plus elle va envahir votre espace
visuel. Tout en exposant tous ses organes sans aucune protection, le paon vous dit : « Je ne risque tellement rien que
je n’ai pas besoin de me protéger. » Tout cela n’a qu’un but, intimider l’autre.
Alors, l’un décide de pousser ou de planter son doigt sur le torse l’autre, qui se doit de répondre par la même action
pour ne pas être en reste. Cet enchaînement va aller crescendo, sauf si l’un des deux touche le visage de l’autre.
Alors arrive la légendaire frappe circulaire qui part de très loin, en visant le visage de l’autre. Cela vous rappelle
quelque chose ?
Vous voyez maintenant la notion de danse, mais la notion d’ascendance vous interpelle toujours ? Pourtant tout cela
est assez simple ; tout ce qui va se passer à partir du moment où l’agresseur va changer la trajectoire de sa vie pour
foncer vers vous va relever du rituel. Un rituel dont le but n’est pas de vous tuer, il est de gagner ce duel pour
afficher aux yeux de tous son statut de dominant, d’avoir l’ascendant sur vous. Il est attendu que vous vous
soumettiez, de vous-même ou contraint par toutes les formes de violence disponibles.
Pour identifier une danse de l’ascendance, vous allez pouvoir vous appuyer sur plusieurs choses, le nom de type de
violence, par exemple : « violence sociale ». En effet, ce type de rituel ne peut se faire que face à des témoins, un ou
plusieurs. À quoi bon prendre des risques si vous ne pouvez en tirer des bénéfices. Si la personne agit seule sans
spectateur, dites-vous que vous êtes face à un prédateur, ce n’est plus un grief mais un prétexte.
Le bruit peut être aussi un indice de choix pour savoir si vous êtes face à un prédateur ou un agresseur. Un prédateur
n’a aucun intérêt à mêler d’autres personnes, au contraire son but est de vous isoler pour vous donner le coup de
grâce sans être dérangé. L’agresseur, lui, cherche à vous intimider par tous les moyens possibles, il va grogner,
hurler, vous insulter, etc. : il va chercher à créer une ambiance sonore dissuasive et facilement reconnaissable par les
autres.
D’ailleurs c’est un défaut des clubs de sport, où vous allez apprendre face à un partenaire silencieux pour vous
permettre de vous concentrer sur ce que vous allez devoir faire. Notre monde est rarement silencieux.
Comportement sonore, bruyant : agresseur.
Attitude rassurante, discrète : prédateur.

Quelles sont ses motivations ?

Les quatre grandes voies de l’agression :

La voie du grief ou le « tu m’as offensé » : comme décrit plus haut, c’est l’agression physique la plus
courante, même si le but premier n’est pas de vous tuer, elle n’en reste pas moins dangereuse et n’est
donc pas à prendre à la légère. Le grief est un événement, réel ou imaginaire qui va pousser une personne
à amorcer une danse de l’ascendance. Il est primordial de l’identifier car ce sera un élément crucial de la
désescalade.
La voie de la meute : typiquement ces histoires de voisinage, où vous voyez deux individus se battre
devant chez eux, puis une deuxième altercation éclater juste à côté avec les conjoints respectifs, etc.
rendant totalement illisible le scénario.

La voie de la meute est une danse de l’ascendance qui évolue en ronde de l’ascendance. En effet, les différents
membres d’un même groupe vont rentrer dans la danse pour défendre leur membre et se transformer alors en meute,
cette démarche permettant à chacun de prouver aux autres leur implication au sein de l’entité collective. Ce genre de
situation est dangereuse car l’effet de groupe peut créer une escalade où chacun veut faire plus que l’autre. En effet
la danse de l’ascendance ne vise pas à tuer, car l’inconscient bride le potentiel danger mortel en redirigeant les
frappes au visage par exemple. La meute, elle, peut effacer ces barrières en rompant le lien empathique, la victime
n’est plus une personne et devient un moyen de montrer sa loyauté.
Pour comprendre l’importance de la menace que représente une meute, vous allez devoir comprendre sa structure :
L’alpha : le chef de groupe, il est celui qui montre le chemin, celui qui décide si les choses empirent ou bien si
elles s’arrêtent. Son estime pour lui-même ne lui fait craindre personne.
Les bêta : lieutenants de l’alpha, ce sont des enfants qui veulent se faire accepter par leurs amis. Ils suivront le
groupe, peu importe dans quelles situations malsaines cela les entraîne. Ils iront au contact si l’alpha le décide,
se défiler leur est impossible.
Les delta : ce sont les soldats de la bande, la chair à canon. Ni meneur, ni suiveur, vous pouvez les enlever de
l’équation cela ne changera rien. Ils ont rejoint le groupe pour survivre. Ils sont la partie variable de l’équation,
ils pourront se battre si le vent souffle dans le bon sens, se figer sous la surprise, voire fuir si la situation ne
leur est pas favorable.
Les oméga : ce sont les électrons libres, ils ne font pas partie du groupe mais prennent part à l’action, soit pour
le frisson de la violence, soit dans l’envie de rallier le groupe. Caché parmi les spectateurs, vous ne saurez qu’à
la dernière seconde s’ils décident de rester inactifs ou non.
La voie de la pédagogie : je vous donne un exemple tiré d’un fait divers, vous pourrez retrouver ces images
massivement relayées sur les réseaux sociaux, celles d’un « camion fou » slalomant sur l’autoroute.
Dans sa course, le chauffeur a percuté volontairement plusieurs véhicules en zigzaguant sur les trois voies. Il freine,
ralentit, puis fonce dans les autres voitures. En une phrase, rien ne va. Bref, beaucoup de dommages matériels mais
pas de blessés. Arrêté sur la bande d’arrêt d’urgence, le conducteur est alors interpellé par des témoins de la scène,
lui demandant ce qui s’est passé. Alors le conducteur sort de son véhicule et s’enfuit. Rattrapé par les
automobilistes, il est ceinturé et frappé. Loin de moi l’idée de cautionner quelque forme de violence que ce soit mais
le conducteur a généré lui-même le contexte propice à son agression, en ignorant et enfreignant volontairement les
règles d’un espace réglementé puis en tentant de se soustraire à la leçon. Dans ce type de situation, la violence est
utilisée pour lui apprendre les règles du groupe. Personne ne dit que l’utilisation de la violence est juste, simplement
que ce phénomène existe et que vous devez en être conscient car si vous vous évertuez à l’ignorer, la violence vous
tombera dessus, jusqu’à ce que vous ayez compris.

La voie de l’autorité : il s’agit d’une agression totalement gratuite qui ne vise qu’à assurer au pseudo-
chef sa situation, c’est un mixte entre la voie du grief et les profits hiérarchiques qu’une personne
pourrait espérer tirer lors d’une ronde de l’ascendance. Que ce soit lors du premier repas de famille, où le
père de votre moitié passe son temps à vous rabaisser, ou ce premier jour au boulot, où votre collègue se
moque régulièrement de vous face à toute l’équipe, ces formes de violence visent à vous rappeler votre
place dans l’organigramme. Cette forme d’agression a pour but d’assurer le statut social de celui qui
l’initie, elle doit être prise au sérieux. Sans le savoir, le pseudo-chef rejoue son statut chaque fois qu’il
initie ce type de séquence. En effet, si vous ne cédez pas, son statut de dominant sera remis en question.
Ce genre de comportement dénote d’un grand manque de confiance en soi. Le sentiment de perte de
statut peut entraîner une escalade véloce de la violence pour rétablir l’autorité perdue.
Comme vous avez pu le voir, chaque forme d’agression sert un but. Il est important pour vous de le comprendre, car
si vous ne comprenez pas ce qui anime votre agression vous serez totalement débordé. La violence peut prendre une
forme de tsunami sur vos vies : si vous ne voyez pas la vague venir, la fuite va être compliquée.
Faisons un point sur ce que nous venons de voir avant de continuer ainsi que sur les sentiments peut-être partagés
qui vous animent. Notre société très égocentrée pousse chacun à ne voir le monde que par son prisme, tout en
s’offensant si les gens ne respectent pas les règles qu’ils ont fixées pour leur monde. Même si vous n’avez jamais été
confronté à l’une de ces formes de violence sociale, ne commettez pas l’erreur de vous sentir protégé car ces faits
sont punis par la loi. Cela vous mènerait à les ignorer car finalement ce problème concerne d’autres que vous.
Faisons une expérience : partiriez-vous en vacances en laissant votre maison ouverte aux quatre vents ? Prévoyant,
vous auriez affiché devant pour rappel que le cambriolage est un crime passible d’une peine pouvant aller de
cinq ans de prison à la réclusion criminelle à perpétuité et jusqu’à 150 000 euros d’amende ? Bien sûr, c’est votre
maison, vous en faites ce que vous voulez et personne ne devrait jamais subir un cambriolage. Cependant ne soyons
pas dupe, les cambrioleurs savent pertinemment ce qu’ils risquent, ce qui les motive à ne pas se faire prendre. Vous
pouvez vous révolter et hurler votre indignation face à votre maison pillée, mais cela n’empêchera pas votre prise de
conscience ; de l’autre côté du miroir, ce que vous pensez ou exigez n’a aucune valeur ni aucune importance. Votre
opinion vous protégera toujours moins qu’une porte blindée.
Car la vérité est simple : la violence n’a clairement rien à faire de votre avis. Vous pouvez toujours tenter les
compromis mais votre avis n’implique que vous ; selon vous, peut-être est-il acceptable d’utiliser la violence pour
défendre ses idées et ses convictions, mais jamais contre quelqu’un pour un simple regard. Et pourtant… Apprenez
une chose : votre vision du monde est limitée, ce n’est pas un affront mais un état de fait. Il existe des mondes où
Internet est censuré, où la liberté d’expression n’existe pas, où malheureusement des enfants travaillent et des
mondes où votre sexualité peut vous condamner à mort. Ce n’est pas parce que vous n’êtes pas impacté dans votre
quotidien que cela n’existe pas à l’échelle du monde.
Comprenez bien que votre avis n’empêchera jamais personne de s’en prendre à vous. La seule vision qui va régir
votre monde à ce moment-là est celle de celui qui vous menace ou vous agresse. À ce moment seulement, nous
pourrons nous atteler à désamorcer la menace, pas tant que vous chercherez à convaincre le monde que votre point
de vue l’emporte sur celui des autres au lieu d’agir.

• Le prédateur
Il est temps de parler de cette catégorie, qui nous effraie autant ! Bien que le risque d’y être confronté soit bien plus
faible que celui d’être agressé par le premier profil, la probabilité est tout de même d’une chance sur dix. Il faut
comprendre que tout ce que nous avons vu avant ne s’applique pas à l’animal. Autant, dans la partie précédente nous
parlions de voitures qui se télescopaient pour différentes raisons, là nous sommes dans le cas où la voiture vous suit
puis d’un coup vous percute sans crier gare. Une chose à retenir, le prédateur vous a choisi, et cela fait une grande
différence ! Vous ne « désescaladerez » pas quelqu’un qui est là où il voulait être, en faisant ce qu’il a prévu de
commettre.
Nous avons vu que le point commun des trois profils psychologique était l’absence d’empathie. Quelle est la
conséquence ? me demanderez-vous.
L’empathie, c’est le verrou de l’agression : vous pouvez cueillir une fleur car vous n’avez pas conscience de lui faire
mal. C’est la même chose dans le milieu animal pour le prédateur qui tue sa proie pour nourrir ses petits. En
revanche, quand vous avez conscience de la souffrance d’autrui, votre champ d’action se limite pour ne pas le
blesser. Ainsi, le prédateur humain privé de son verrou vous verra comme un moyen d’obtenir ce qu’il veut,
déconnecté de votre souffrance, il ne sera pas limité par elle ni perturbé. En bref, vous serez l’équivalent d’une fleur
qui, une fois coupée, lui apportera une source de plaisir.

La mécanique d’une prédation

En 2014, durant un home jacking qui a mal tourné, deux cambrioleurs n’hésitèrent pas à torturer leurs victimes pour
un gain de 1 400 euros et une voiture. Pendant trois heures, ils déversèrent plus de vingt-deux bidons de solvants et
produits caustiques sur leurs victimes.
Les prédateurs n’ont besoin que de trois étapes pour pouvoir se transformer en chasseurs sans pitié : la
neutralisation, c’est-à-dire surmonter les barrières culturelles et morales qui associeraient l’acte commis à une
agression ; l’autolégitimation, le fait de légitimer et justifier l’acte ; et enfin la désensibilisation, le fait de se
déconnecter de la douleur et de la souffrance qu’il va infliger à sa victime. Il va redéfinir l’acte en lui-même pour le
dépouiller de son caractère délinquant, illégal et immoral (Fattah, 1991).
L’absence d’empathie abolit la notion de temps et d’échelle chez le prédateur. Pire encore, pour pouvoir accéder à ce
qu’il veut, il va se « désensibiliser » de la douleur de sa victime, lui permettant ainsi d’infliger des blessures
physiques et morales sans éprouver un malaise ou un sentiment de culpabilité, sans souffrir d’une dissonance
cognitive post-victimisation (Fattah, 1991).
Quel que soit le niveau de prédation auquel vous êtes confronté, vous pouvez être certain d’une chose : ce que le
prédateur veut a plus d’importance que vous.
Lors de son passage à l’acte, il utilisera toujours la méthode qu’il juge la plus sûre, et les outils les plus efficaces. Ce
profil a conscience du risque d’interférence, et soyez assuré de trois choses : il ne veut pas être pris, il ne veut pas
être blessé, et il ne veut pas que l’on interfère dans son plan.
Je vous parle de ses motivations, et non de ce à quoi il ressemble car en fait il vous ressemble, me ressemble. Ce
n’est pas un loup déguisé en brebis, mais un être humain que vous avez probablement déjà croisé, voire connu, ce
qui le rend si difficilement identifiable. Bien loin des clichés de cours de sport, caricaturant à gros traits le
délinquant essayant de vous braquer au distributeur, le prédateur vous choisit en toute discrétion. Ayant décidé que
la chasse débutait, il aura toujours l’avantage de l’initiative en s’appuyant sur ces facteurs :

L’intimidation/Blitzkrieg : pour qu’une embuscade soit couronnée de succès, l’attaque doit être
violente, rapide et suffisamment puissante pour que toute volonté ou capacité à vous défendre soit
balayée. Cependant, personne n’a dit que l’attaque serait forcément physique ! L’intimidation fait tout
autant le travail, tout en étant bien moins risquée pour le prédateur. L’ascendant psychologique est le
fruit de la même attaque surprise où la violence se retrouve suggérée, tout en étant bien présente, que ce
soit par la peur ou bien l’absence d’alternative pour la victime.
La séduction/ruse : une question, c’est juste ce dont il aura besoin pour vous ferrer. L’arme pressée
contre votre tête cette fois jouera sur les codes sociaux ; pas besoin d’armes, quand le piège se construit
avec votre accord à chaque étape, vous faisant même ressentir le sentiment d’en avoir été à l’origine.
Quand le prédateur charmeur aura le sentiment d’avoir pris votre contrôle, là il repassera sur le schéma
intimidation/Blitzkrieg.

Le mode opératoire
La plupart des prédateurs ont un premier contact tout à fait charmant, et c’est bien ça le problème. Plusieurs étapes
sont nécessaires pour arriver à leurs fins. Le but n’est pas de vous effrayer immédiatement, vous risqueriez de fuir
ou bien d’interpeller du monde. Pour vous faire comprendre l’approche d’un prédateur, faisons un parallèle avec la
séduction classique, car c’est la même méthode !
Une astuce, ce sont les deux types de situation où un inconnu peut être amené à vous regarder fixement, c’est normal
c’est l’étape 1 : observation et sélection de la cible. Si au cours d’une soirée, vous vous rendez compte qu’un ou
une inconnue vous fixe du regard, augmentez votre vigilance vis-à-vis de cette personne. Étape 2 : cette personne se
lance et se rapproche de vous, nous sommes dans l’approche physique et la prise de contact, ce qui permet ensuite
de débuter l’étape 3 l’interview. Si tous les voyants sont au vert cela amorcera l’étape 4 : un changement de lieu
pour plus d’intimité, et enfin l’étape 5 : le corps à corps. Reconnaissons-nous une situation déjà vécue ? Maintenant
faire la différence entre un séducteur ou un prédateur séducteur n’est pas chose aisée, et il n’y a pas de techniques
infaillibles, votre instinct pourra vous aiguiller certaines fois, s’appuyant sur certains signes comme le fait de
chercher à savoir des choses qu’il n’est pas en droit de savoir… Cependant, identifier un prédateur séducteur
expérimenté reste quelque chose de très compliqué.
Oui, nous avons tous en nous quelque chose de prédateur… Un jour, il vous est même sûrement arrivé de rigoler aux
éclats suite à la chute de quelqu’un sans vous soucier s’il avait mal, en rupture totale d’empathie vis-à-vis d’elle…
ou vous vous êtes servi de votre charme lors d’un entretien d’embauche, bref un numéro de charme pour obtenir ce
que vous désiriez. Alors vous avez eu une attitude psychopathe pendant un instant. Je vous donne cet exemple pour
que, à travers cette expérience personnelle sans conséquence, vous ressentiez à petite échelle ce que peut ressentir un
prédateur, et comment il peut cacher son jeu et vous instrumentaliser.
Bien sûr, toutes leurs actions ne sont pas organisées avec un plan sans faille. Ils connaissent dans les grandes lignes
ce qu’ils veulent faire, évidemment, mais il y a un véritable côté opportuniste. Ce qui est sûr, c’est qu’il y aura
forcément un déplacement vers un endroit calme et isolé.
D’ailleurs, dans certains cas, ce sera votre seul indice pour identifier un éventuel prédateur.
Ce qui est certain, c’est que la violence, qu’elle soit psychologique ou physique, sera brutale, et totalement
asymétrique tel un véritable tsunami.

Le prédateur en ligne/grooming en ligne

S’il y a bien un lieu où nous sommes censés être en sécurité, c’est bien chez nous, la porte fermée à double tour,
entouré uniquement de nos proches. N’est-ce pas l’endroit où notre vigilance peut-être à son minimum ? En êtes-
vous réellement sûr ? Connaissez-vous le « grooming en ligne » ? Selon la psychothérapeute et auteure Catherine
Knibbs, il s’agit de « l’intention délibérée d’auteurs de crimes contre les enfants de solliciter, d’exploiter et
d’interagir avec un enfant de moins de 16 ans à des fins sexuelles et de gains monétaires ». Et quel est le terrain de
jeu de ces prédateurs 2.0 ? Eh bien, toute forme de plateforme où ils peuvent entrer en contact. De préférence celles
que les parents n’utilisent pas ou, mieux, ne comprennent pas. Ensuite le schéma de prédation reste le même, le
déplacement est toujours là. Le prédateur cherchera à déplacer sa cible, en lui faisant découvrir par exemple une
application étonnamment plus cool et plus simple pour discuter… et hop ! votre enfant part vers une plateforme où
sa communauté n’est plus là et où vous ignorez qu’il y discute avec un inconnu. Puis l’enfant est soumis à une
demande qui peut lui paraître anodine, puis le prédateur le fera culpabiliser en lui disant que « ça ne se fait pas »,
« qu’il va en parler à ses parents ». Sans bruit, le piège se sera refermé, le prédateur usant de ce levier pour le faire
chanter et l’obliger à faire d’autres choses, de plus en plus sexuelles.
Tout va se jouer sur le degré d’acceptation de la peur, explique Knibbs, les enfants ont peur d’avoir commis une
bêtise, les ados que leurs amis ou leurs parents l’apprennent. De quoi ont-ils besoin pour que tout cela commence ?
Juste d’une réponse, même négative.

Quelles sont ses motivations ?

Rory Miller établit une classification assez juste, à mon goût, dont je vous fait part. Pour lui, il existe deux types
basiques de prédateurs : les prédateurs dits « ressources », et les « sadiques ».
Dans le premier cas, la violence est un moyen d’obtenir ce qu’il désire, et ce qu’il veut est matériel (notre histoire de
home jacking, par exemple). Dans le second, c’est l’acte en lui-même qui est l’objectif, et ce qu’il veut, c’est vous.
Exemple : violeur, tueur en série, etc.
La différence est cruciale, car le mode opératoire ne sera pas le même, et la façon d’y échapper non plus. Notre
prédateur ressource aura besoin de temps (pour mettre en place sa stratégie) et d’isolement (pour ne pas être pris).
Cela explique pourquoi les home-jacking peuvent être aussi violents. Nous isolons nos maisons pour avoir le
maximum d’intimité, le risque d’interférence étant quasi nul, le scénario n’a aucune contrainte de temps. Ne vous
faites aucune illusion, si le premier lieu est trop exposé, le prédateur ressource cherchera à vous déplacer et
souvenez-vous : le pire vous attend toujours si vous changez de lieu. Que peut-il ressortir de bon d’un moment en
tête à tête avec un criminel violent ?
Le prédateur sadique, le pire sur notre échelle d’agression, quant à lui, pourrait se résumer à « si c’est gratuit, c’est
vous le produit ». Autant avec le premier vous pouvez toujours accéder à sa demande (donner votre portefeuille,
clefs de voiture, etc.) et espérer que cela suffise, autant avec celui-ci il n’y aura pas de négociation possible. Comme
pour le prédateur ressource, le sadique gérera son environnement pour ne pas être dérangé.

Comment choisit-il sa proie ?

Vous vous doutez bien que les prédateurs et autres agresseurs ont écumé le monde à travers les lieux et les âges. Ce
qui a permis de nombreuses études de ces sujets, toutes alimentées par ce besoin propre à l’homme de comprendre
pourquoi. Pourquoi une personne est agressée et pas une autre ? Quels sont les critères qui indiquent à un prédateur
la présence d’une proie ?
Certains n’ont besoin que d’un détail physique pour lancer les hostilités, c’est-à-dire un point précis qu’ils vont
rechercher activement, d’autres, relevant de maladie psychiatrique, attaqueront car ils seront en pleine crise, sans
aucune évaluation du contexte ni de la personne.
Nous verrons que les violeurs, voleurs, harceleurs et autres possèdent tous un mode de chasse qui leur est propre,
basé sur des critères simples comme un lieu propice, un isolement, ou une tentation exposée. Pour nos agresseurs en
groupe, l’effet de meute va diminuer la capacité d’analyse individuelle pour une réaction plus instinctive de groupe,
avec du coup une prise de décision plus rapide.
Les prédateurs n’attaquent jamais par hasard, ils ne choisissent pas n’importe qui, n’importe où et n’importe quand.
Au contraire, les délinquants semblent nourrir des stéréotypes sur leurs probables victimes. Bien sûr, certains aléas
de la vie leur offrent des occasions sur un plateau d’argent, mais, comme vous et moi, ils sont régis par un système
de pertes et profits. Est-ce que cette cible est appropriée ou non, est-ce le bon endroit ou non ? Chaque victime est
sélectionnée sur une base de vulnérabilité et de risque qu’elle représente.
LES PRÉDATEURS N’ATTAQUENT JAMAIS PAR HASARD

Les facteurs les plus souvent sélectionnés peuvent être regroupés sous cinq titres : 1) proximité ; 2) attrait ;
3) accessibilité ; 4) manœuvrabilité ; et 5) risque (Fattah, 1991).
La proximité est importante parce que la plupart des agresseurs ne traversent pas de longues distances pour
commettre leurs crimes. Vous ne vous déplacez pas à 200 km pour faire vos courses, les prédateurs non plus. Ils
préféreront toujours une cible dans un espace qu’ils connaissent et maîtrisent. C’est la raison pour laquelle autant
d’agressions sont commises entre personnes se connaissant. La familiarité avec la victime accroît le sentiment de
l’agresseur qu’il agit en zone de confort et de sécurité, ce qui augmentera sa confiance.
Naturellement, ce qui rend attractive une victime varie selon le type de délits et les délinquants. Nous retrouverons
aussi bien l’attrait physique (en particulier pour les crimes sexuels) que le côté lucratif pour les crimes commis pour
un gain financier, la vulnérabilité, l’opportunité, etc.
3

CONNAISSEZ-VOUS VOUS-MÊME

« Connais l’adversaire et surtout connais-toi toi-même et tu seras invincible. » Sun Tzu


L’agression, la prédation, la violence dont vous êtes victime impliquent toujours votre participation. Vous êtes un
composant à part entière du process. Bien que vous n’ayez jamais voulu cette situation, vous en faites dorénavant
partie.
Danse aux airs de tragédie, nous allons nous pencher sur l’autre danseur, c’est-à-dire vous. Loin des pensées et des
propos rassurants où vous êtes le héros ou l’héroïne d’une agression imaginaire, rassurant ainsi votre entourage et
vous-même sur votre comportement face à tel ou tel type de violence, la violence est ce qu’elle est et vous êtes ce
que vous êtes. Levons le voile sur votre héros intérieur pour révéler de quel bois nous sommes tous faits et
comprendre ce que vous serez en mesure de faire.

• Qui est le héros intérieur ?


Votre héros intérieur est une partie intégrante de votre personnalité, il est le fruit de vos valeurs, de votre morale, de
vos idéaux, ainsi que de vos expériences. Il est la version fantasmée de vous-même, celle qui vous pousse à être la
meilleure version de vous-même. Parfois, nous pouvons entrevoir ses actes à travers certains faits de bravoure ou de
bienveillance au quotidien. Quand, seule contre tout un wagon indifférent, vous prenez la défense d’une autre face
au harcèlement ; quand vous prenez la défense d’un collègue soumis à l’injustice, le plus souvent, c’est sa voix que
vous entendez à travers des avis révoltés contre l’injustice de telle ou telle anecdote. Cette voix qui nous assure
qu’avec nous les choses auraient été différentes, nous réconfortant par là même contre le fait que ce genre de choses
ne pourrait jamais nous arriver…
Ce héros forge votre personnalité, à première vue en bien, il fait de nous une bonne personne. Le problème provient
du fait qu’il a principalement été créé par vos expériences des conflits et votre sentiment de justice. Si vous avez
vécu un nombre réduit de conflits aux conséquences minimes, alors ce personnage risque de se sentir fort, en étant
armé uniquement d’une vision réduite. Se contentant d’imaginer ses réactions face à des situations inconnues, il
basera ses projections sur ce qu’il pense être juste. Mais le monde est injuste… Sans se douter qu’il évolue dans un
univers fictif, votre héros imaginaire peut mourir durant une crise bien réelle, au risque de vous emmener dans sa
chute. Pilier de votre vie, en qui avoir confiance quand notre héros ou héroïne n’est plus ? quand nous découvrons
que, pire encore, il nous a menti…

• La surconfiance ou le discours du héros intérieur


Vous trouverez toujours quelqu’un pour exprimer l’avis de son héros, homme comme femme, ces personnes étalant
leur opinion en caractères gras, typo « Confiance extrême » et surlignée. Les entendre peut même vous faire
développer un sentiment d’infériorité immédiat : « Moi, perso, le mec, il me touche, je l’éclate » ou « Pourquoi tu ne
lui as pas mis un coup de genou ? Moi, par exemple… » Ce genre de phrases ne vous dit rien ? Connectez-vous à un
réseau social, visionnez n’importe quelle vidéo un tant soit peu violente, les commentaires sont pépites. Royaume de
tous les héros intérieurs, le monde virtuel a permis au héros de chacun et chacune de prendre corps pour devenir
pratiquement une véritable personne. Où est le mal, me direz-vous ? Laissez-moi vous parler deux secondes de
l’effet Dunning-Kruger, ce n’est pas bien vieux (1995 pour être précis). Nous sommes aux États-Unis, pour
rencontrer un certain McArthur Wheeler, qui a décidé de braquer deux banques. Ne vous inquiétez pas, il est très
vite arrêté. Pourtant, le type avait un plan carré qui devait le protéger : il s’était enduit le visage de jus de citron. Il
était persuadé que cela le rendrait indétectable aux yeux des caméras, un peu comme l’encre invisible. Les
psychologues David Dunning et Justin Kruger décidèrent de se pencher sur le cas du jeune homme qui restait
convaincu de la pertinence du projet, pour comprendre comment quelqu’un d’aussi ignare pouvait paradoxalement
être aussi sûr de lui. C’est l’effet de surconfiance, qui apparaît quand des personnes peu qualifiées sur un sujet sont
persuadées d’être très compétentes, alors que celles qui sont les plus qualifiées ont, au contraire, tendance à se sous-
estimer. Les ravages seront d’autant plus grands chez ceux dont l’avis est plus fort que l’expérience car si la violence
s’invite un jour dans leur vie, la dissonance entre l’avis de leur héros intérieur et la réalité les tétanisera. Cette
surconfiance a construit leur héros intérieur. Pourtant, un coup ne blesse pas que votre corps, il atteint l’image que
vous avez de vous-même. Votre corps peut guérir de beaucoup de choses avec du temps, il est même en capacité
d’endurer des douleurs extrêmes. Votre esprit, lui, est votre maillon faible. C’est lui qui décidera de capituler car il
veut que cela cesse. C’est lui, la véritable victime de votre agression. Vous avez passé votre vie à penser que vous
étiez une bonne personne, en phase avec votre héros intérieur, prête à combattre l’injustice s’il le fallait. Vous avez
construit votre personnalité là-dessus, pleinement confiant de qui vous étiez. Les limites étaient claires. Puis arrive
ce jour où, au cinéma, des spectateurs parlent fort durant la séance, vous exprimez votre mécontentement en leur
demandant de se taire. Sauf qu’ils ne se taisent pas, qu’au premier « ferme ta putain gueule ou je te casse la
bouche ! » votre ventre se serre aussi vite que votre gorge s’assèche. Que pensera votre personnage de justicier,
quand il vous verra fuir ou supplier cet homme qui vous a giflé en public, tout en bégayant que vous êtes désolé ?
Toute votre vie, il vous a accompagné, vous insufflant son extrême confiance en vous et les autres. Que restera-t-il
après que cet ami vous aura violée ? quand votre corps aura guéri, laissant cette image de personne forte,
indépendante, n’hésitant pas à sortir des sentiers battus, brisée ?

• La peur
« Vous allez avoir peur » est une vérité que nous oublions trop souvent et qui pourtant nous concerne tous. Avant
même de penser à faire quoi que ce soit, la violence est le royaume de la peur et du stress. Je n’apprends rien à ceux
qui ont déjà fait une incursion en ses terres. Leur mémoire se charge de leur rappeler comment ils ou elles n’ont pas
été à la hauteur de leur héros intérieur. Je vous annonce que vous pouvez enlever ce sentiment de honte, et le
remplacer par de la fierté, vous ne devez rien à votre héros intérieur, vous vous devez de survivre et c’est déjà
beaucoup parfois.
La peur, c’est votre ennemie intime. Celle dont nous avons honte et que nous n’assumons pas forcément, mais elle
n’est pas un choix. Nous allons voir ensemble que vous la subirez quoi qu’il arrive et qui que vous soyez.
Souvent absente des récits, vous en entendez rarement parler. Ennemi du héros intérieur, rare sont les anecdotes qui
commencent par « j’ai eu la peur de ma vie », l’ego loue le courage et désavoue la peur, pourtant l’ego a tué plus
de monde que la peur…
Alors laissez-moi vous dévoiler un secret : tout le monde a peur. Oui, j’ai bien dit « tout le monde », même le gros
dur que vous avez croisé en soirée et qui vous soûle avec ses histoires de justicier. Même cette femme qui ne craint
aucun homme, car sa bombe lacrymogène fera la différence, soyez-en sûr. Ce que vous entendez est un récit narré
par leur héros intérieur ; je vous parle de la peur qui est une réaction innée et narrée par votre corps. Cela veut dire
que le programme est installé d’office sur le disque dur de tous à la naissance (votre cerveau reptilien). Il fait partie
de votre pack de base, justement pour vous permettre de survivre, vous éviter par exemple l’envie de vous jeter du
troisième étage parce que vous avez la flemme de prendre l’escalier ; même si l’envie d’essayer de générer vingt
vues sur Internet est forte, la peur du vide et la peur de mourir vous déconseillent vivement de le faire. Votre corps
ne veut pas mourir et a peu confiance en vous. Par la force des choses, il a dû développer des programmes pour vous
empêcher de faire n’importe quoi.
La peur est l’ennemi du héros intérieur, c’est donc à juste titre qu’elle est devenue l’arme du prédateur, son outil
pour faciliter votre contrôle. Embuscade, intimidation, menaces, insultes, il ne reculera devant rien pour se simplifier
la vie en vous immobilisant, un peu comme un lapin pris dans les phares d’une voiture.
Pour ne rien arranger, notre mode de vie nous a éloignés de la véritable frayeur. Nous avons oublié ce que c’était de
pouvoir être pris en chasse par de plus gros prédateurs que nous. Même si cela a rendu nos vies infiniment plus
reposantes, ce confort a rendu notre héros intérieur trop téméraire. Celui-ci a oublié cette émotion violente, aux
conséquences bien physiques, qui, non canalisée, peut mener à la panique. Paradoxalement, plus vous ignorerez ce
sentiment de peur plus vous paniquerez le moment venu. Si votre héros intérieur a une très forte tendance à ignorer
la peur dans ses projections, votre corps, lui, en a pleinement conscience. À juste titre, d’ailleurs, car c’est lui qui va
en subir les conséquences (?).

• La peur et votre corps


Lorsque le cerveau détecte une source de stress (les enfants à aller récupérer et cette réunion qui n’en finit pas ; cet
examen à passer dans quinze minutes), il envoie un signal à l’hypothalamus, le centre de nos émotions, situé à la
base de notre cerveau. L’hypothalamus va envoyer un message nerveux aux glandes, situées au-dessus des reins. Ce
sont elles qui vont alors sécréter l’adrénaline. En résumé, il appelle à l’aide et on lui envoie un produit pour doper
ses capacités pendant un instant. La présence d’adrénaline dans le sang déclenche instantanément des réactions dans
tout le corps : le rythme cardiaque augmente, la respiration s’accélère, la pression artérielle augmente, le cerveau et
les muscles reçoivent plus d’oxygène, tandis que notre digestion se ralentit, les pupilles se dilatent pour augmenter la
vigilance. Vos veines se contractent pour envoyer plus de sang à vos muscles, vous commencez à transpirer. Vos
muscles se contractent, votre cage thoracique se détend pour vous permettre d’absorber plus d’oxygène, vous
commencez à trembler. Tout ceci annonce le lancement par votre corps du programme 4F. Il est important
d’apprendre à reconnaître ces symptômes pour ne pas céder à la panique. Votre corps n’est pas en train de vous
lâcher, au contraire, il se prépare pour optimiser vos chances.

• Le programme 4F
Pour mieux comprendre ce phénomène vous pourriez comparer votre corps à une machine et votre cerveau, à son
disque dur. La bonne nouvelle, c’est que, caché au fond de votre cerveau, se niche un programme de défense appelé
combat/fuite, selon le physiologiste Walter Cannon. Cette idée développée en 1920 a évolué pour devenir ce que
nous appellerons votre « programme 4F » : frappe, fuite, fixe, flirt.
Ce programme de self-défense de série, nous l’avons tous. Dès qu’il le jugera utile, notre corps va tout faire pour
lancer un des 4F pour assurer sa sécurité car, soyons honnête, il a moyennement confiance en nous pour remplir
cette mission.
Quand se déclenche-t-il ? Dès que quelque chose se produit qui suscite un sentiment de mise en danger, que la
menace soit réelle ou imaginaire, qu’elle soit physique ou psychologique. Dès qu’il reconnaît une menace, votre
système nerveux passe en mode « stress aigu ».
Le problème, c’est que l’intégralité de votre capacité à vous défendre va reposer sur votre état mental. Il est temps de
comprendre que l’expression « tout va se jouer dans votre tête » est plus vraie que vous ne le pensiez.

Le programme « Frappe »

Le programme « Frappe » est lancé par le corps, quand il pense que vous pouvez vous en sortir et potentiellement
maîtriser la menace ou au contraire que vous n’avez plus rien à perdre. Homme comme femme, le programme
« Frappe » transforme littéralement son hôte. Cependant, quoi que vous souffle votre personnage intérieur, sachez
que le programme « Frappe » n’est pas le premier programme à être lancé. À titre d’exemple, imaginez-vous en
randonnée quand soudain vous tombez face à un ours dressé devant vous, pensez-vous honnêtement avoir comme
réflexe premier de lever les poings en criant « viens te battre si t’es un ours » ?
☐ Émotions de base : colère, susceptibilité, impatience, énervement, agressivité.
☐ Signes : visage rouge, gestes brusques, voix forte, regard noir fixe, menton baissé, contraction du haut du
corps (mâchoires, cou, épaules, etc.).

Le programme « Fuite »

Considérez le programme « Fuite » comme votre siège éjectable. Vous allez ressentir une urgence à ne pas être là, à
vous éjecter de la situation. Réflexe toujours plus sûr que le combat, le programme « Fuite » trouve son origine au
plus profond du règne animal, où courir comme si sa vie en dépendait n’a jamais été aussi juste. Le programme
« Fuite » reste votre meilleure solution pour vous en sortir sans trop de dommages.
Quelques signes vont vous annoncer que votre corps vous prépare à battre le nouveau record du monde de course à
pied.
☐ Émotion de base : anxiété.
☐ Signes : débit verbal agité, respiration rapide, regard fuyant, et parfois des plaques rouges qui apparaissent,
mains moites, sentiment d’angoisse, de peur, confusion, difficulté à soutenir une discussion, les jambes
bougent nerveusement…

Le programme « Fixe »

C’est votre troisième programme, votre cerveau a traité la situation : courir n’est pas possible ou trop risqué, et
attaquer n’a aucune chance d’aboutir. Si aucune action ne semble être en mesure de vous sauver, il va choisir de ne
rien faire. Il y a plusieurs explications à cela : la tétanie peut vous permettre de prendre un maximum d’infos
rapidement pour affiner vos options, soit vous permettre d’échapper à certains prédateurs en espérant vous fondre
dans le décor.
☐ Émotions de base : découragement, tristesse, abattement.
☐ Signes : teint pâle, lèvres grises ou violacées, oppression thoracique, sensation de fatigue, sensibilité à la
douleur, spasmes, respiration retenue, regard vers le bas, épaules tombantes, voix basse, voire inaudible, « fait
le mort ».

Le programme « Flirt »

Ne sous-estimez jamais la capacité de votre cerveau à essayer de trouver une solution pour survivre. Le programme
« Flirt » sera lancé après les quatre autres : la fuite ne sert à rien, se battre est impossible, et le mode « statue » ne
parvient pas à vous faire oublier. Ce programme est beaucoup utilisé par les personnes qui ont connu une famille ou
une situation abusive.
Si vous êtes l’enfant maltraité d’un parent narcissique, votre seul espoir de survie pourrait être de répondre à toutes
ses attentes pour essayer de le rendre heureux plutôt que d’essayer de faire ce qui est bon pour vous. C’est un peu ce
chiot qui, pris à faire une bêtise, vient vous lécher les pieds pour éviter la punition. Si tu m’aimes, tu ne me feras pas
de mal…

• Les risques du programme 4F


Pourquoi apprendre à se défendre, si mon corps est déjà équipé d’un programme de défense ? Tout simplement car
ce sont des mesures d’urgence. Bien sûr, elles sont adaptées à certaines situations, mais elles ne vous transformeront
pas en surhomme Fuir est une bonne chose, mais faut-il encore en être capable physiquement. Si à la vue de
marches, votre condition physique vous suggère de remercier le créateur des escalators, le programme « Fuite »
risque de trouver ses limites vite fait – je ne parle même pas du fait de fuir à toutes jambes en abandonnant celui ou
celle qui vous accompagne. De plus, face à certains prédateurs, cela peut déclencher une chasse. Pour avoir fait le
test, face à quelqu’un d’affûté physiquement, il n’a fallu que quelques mètres au fuyard pour se faire rattraper et
plaquer au sol… Tourner le dos à une menace n’est pas toujours judicieux. Et puis, courir, d’accord, mais courir
où ? et je ne parle pas du mode « panique » où la course peut se transformer en suicide car vous traversez la route
sans avoir vu cette voiture qui arrivait.
À ce moment vous vous dites : « misons tout sur le programme “Attaque” », très bien, s’il s’agit d’un prédateur mais
s’il s’agit d’une agression, est-ce que vraiment vous aller frapper sur toute personne qui vient vous parler ?
Retournez lire le passage sur la self-défense. Je ne parle même pas de ces situations où se battre ne mènera à rien.
Remémorez-vous l’histoire de l’ours. De plus, votre cerveau a réattribué l’énergie vers ce qui lui semblait le plus
important, fini la clef de bras et la pirouette infernale. Il vous reste juste les frappes de gorille, vous êtes sur une
capacité d’attaque bien particulière. Votre motricité fine ayant disparu, cela va être très compliqué de composer un
numéro de téléphone pour appeler à l’aide. Votre téléphone sera peut-être même par terre car il est assez courant de
lâcher les objets sous stress – merci la motricité fine qui se fait la malle !
Bien sûr, tout cela ne vaudra que si vous avez identifié la menace correctement : ne frappez pas à chaque main posée
sur votre épaule en soirée ! surtout si la personne cherchait juste à vous prévenir que votre téléphone était tombé…
La séduction sur un prédateur ne vous sauvera nullement de ce qu’il a décidé de faire, vous lui faciliterez juste les
choses.
Donc aucune garantie, juste des contraintes avec lesquelles vous allez devoir composer et, pour avancer, il va falloir
apprendre à maîtriser sa tête, garder son sang-froid, pour maîtriser son rythme cardiaque. Tout se joue dans votre
esprit.

• Le prix du stress
Votre corps, cette superbe machine, est capable, en temps habituel, d’un nombre incalculable de gestes que nous
classerons dans trois grandes familles :

La motricité fine : les petits muscles, comme les doigts par exemple, utilisés pour la réalisation de
gestes précis comme signer un document. Dans les arts martiaux on les utilise pour réaliser des clefs ou
bien jouer sur des points de pressions.
La motricité complexe : c’est votre capacité à combiner plusieurs mouvements pour réaliser une action.
Dans votre vie quotidienne le fait de danser serait un bon exemple ; dans les AM, tous ces mouvements
chorégraphiés où vous frappez, tournez, etc. C’est beau et, comme son nom l’indique, complexe.
La motricité lourde : il s’agit de tous les gestes qui utilisent les grosses masses musculaires (le dos, les
cuisses, les pectoraux, les bras) dans des gestes simples, comme pousser, tirer, courir, ou les techniques
de boxe par exemple.

Passé ce petit cours technique, nous allons associer à cela vos battements cardiaques. Vous avez déjà subi une
blague d’un de vos amis qui vous surprend en criant ; vous avez sursauté et senti votre cœur s’emballer : la fameuse
expression « j’ai le cœur qui bat à toute vitesse ».
Vos battements de cœur ont une réelle influence. À titre d’exemple, en ce moment vous lisez tranquillement ce livre
avec un cœur qui doit battre aux alentours de 60 battements minutes (les fameux bpm). Si vous allez courir, vous
monterez vos battements à plus de 120 bpm, et là, votre fameuse motricité fine deviendra totalement inefficace.
Faites un test simple : allez courir, faites un petit sprint pour finir, toute suite après, essayez d’écrire vos nom et
prénom, et appréciez l’œuvre d’art. Rien n’arrive sans raison, l’explication de ce phénomène est la suivante : le sang
est envoyé en profondeur vers les organes nobles (ceux qui vous permettent de continuer à vivre), ce qui limitera le
saignement en cas de plaie de type couteau. Ne rêvez pas, dès le retour au calme le sang revient et l’hémorragie
avec.
Si votre cœur augmente encore, à partir de 145 bpm vous attaquerez votre capacité à faire des gestes complexes. À
175 bpm oubliez, vous n’en serez plus capable.
Mais le corps est bien fait, s’il perd certaines capacités, c’est pour mieux miser sur d’autres, en l’occurrence la
motricité lourde. Il bat vite pour envoyer un maximum de sang dans des muscles qui sont les plus gros de votre
corps, les cuisses pour mieux fuir, le dos/pectoraux/bras pour mieux frapper. Fini la poésie, nous passons à des
gestes simples mais puissants. Les frappes vont être les mêmes de votre bras gauche et du droit, en boucle, tout ça
sur un rythme pratiquement régulier. Vous serez plus proche du gorille que du ninja, désolé pour votre fibre
artistique.
J’entends au fond : « Que se passe-t-il si mon cœur continue à accélérer ? » Sur des cas de terreurs extrêmes, votre
corps veut continuer à vous aider mais le processus risque d’être contre-productif. Le sentiment de sortir de votre
corps et d’être spectateur de la scène s’appelle « la dissociation traumatique » (Dr Salmona). Votre corps
anesthésiera votre esprit pour lancer des actions de la dernière chance. Il lancera des boucles de gestes stériles,
retentant les mêmes actions en espérant une fin différente. Il n’y a qu’à voir ces scènes où une personne étranglée
cherche désespérément à griffer les bras de son agresseur, alors qu’elle pourrait chercher à le frapper. Dans le
registre de la fuite, vous vous lancerez dans la course de la dernière chance, votre corps enlevant les derniers verrous
de survie : si votre appartement brûle, tenter de sauter du 5e étage sera mieux que rien. Si la démarche d’insuffler du
chaos dans une situation proche de la fin est une stratégie comme une autre, quand elle est dictée par la panique et
un programme 4F poussé à l’extrême, vous pourrez décider de sauter dans le vide sans entendre le pompier qui vous
hurle de lui tendre la main. Peu de bonnes décisions ont été dictées par la frayeur.

• L’effet tunnel
Si le fait de se transformer en primate ne suffisait pas comme contrainte, en plus de ça vous allez souffrir d’un effet
appelé « tunnel ». Qu’est-ce donc que cette sorcellerie ? Vous avez assimilé ce programme défense, lancé par votre
corps quand il décide que ça commence à chauffer pour sa survie. Nous avons vu comment il boostait votre corps,
plus de muscles et des plans déjà tout faits. Cependant, il ne va pas en rester là, il va agir sur vos sens. La vision va
être réduite. Actuellement vous êtes concentré sur les pages de ce livre, mais finalement vous voyez aussi autour ; si
quelqu’un venait à rentrer dans cette zone, vous lèveriez les yeux. Cependant, en situation de stress, votre cerveau va
décider de ne plus traiter votre vision périphérique pour se concentrer sur la menace. Vous pourriez même avoir
l’impression de faire un hyper-zoom sur certaines zones, avec le sentiment que les choses vont moins vite, comme
au ralenti. Bref votre cerveau va appliquer un filtre défense pour vous focaliser sur la menace.
Idem pour l’audition. Au final, vous rentrez dans le tunnel de la violence.

• La peur de la peur
Comme nous le disions plus haut, avoir fait l’expérience de la peur n’est pas ressenti forcément comme un avantage
tactique par ceux en ayant fait l’expérience, cela peut même devenir une véritable source d’anxiété. Pourtant, dites-
vous que le danger sera moindre que quelqu’un qui ne l’a jamais connue ; la déferlante risque de le paralyser. Si
vous l’avez déjà vécue, vous vous attendrez à en subir les effets, vous arriverez à identifier les symptômes d’un
programme 4F. Vous pourrez éviter de passer en mode « urgence panique », pour mieux vous concentrer sur la
menace, la véritable menace.

• Les limites

Psychologiques

Quelques secondes, c’est tout ce que vous aurez pour vous sortir d’une situation critique – cela représente quelques
respirations, pas plus. L’équivalent de voir l’eau se retirer avant de prendre la vague de plein fouet. Plus vous
attendrez, plus le fait d’être potentiellement frappé se transformera en : « Jusqu’à quel point vais-je être frappé ? »
Ces précieuses secondes doivent être utilisées à bon escient. Si j’étais vous, je n’utiliserais pas ce temps pour me
rendre compte que j’ai quelques verrous qui m’empêchent de prendre une initiative. Croyez-moi, vous en avez. J’ai
posé un nombre incalculable de fois cette question autour de moi et aujourd’hui je vous la pose : « Jusqu’où seriez-
vous prêt à aller pour vous défendre ou défendre ceux que vous aimez ? » La réponse qui m’a été donnée a toujours
été la même : « Le gars qui touche à ma famille/enfants/chiens/qui vous voulez, je le tue. » Je suis intimement
persuadé de la conviction totale de ces personnes. La phrase est belle, juste, logique ; légalement il faudra peut-être
revoir le paragraphe sur la légitime défense. Le dire est une chose, mais ce n’est aucunement la garantie que vous le
ferez. J’entends déjà les cris de protestation du héros intérieur de certains. D’accord, mais alors dites-moi que vous
n’avez pas imaginé l’agresseur comme un homme, sans visage… bien jouer les prédateurs et prédatrices pour le
choix déshumanisé ! Si nous rajoutons à cela le fait que vous avez inconsciemment défini cette personne comme
méchante, un être aux limites du mal (je le sais, vous le savez, pas de mauvaise foi entre nous) qui s’en prend à un
innocent sans défense de votre entourage, réveillant ainsi le sens de la justice de notre conseiller interne ! Cependant,
je vous parle de votre capacité à vous défendre, pas de celle où vous vous rêvez en chevalier blanc. Je vous propose
une expérience, continuons ce jeu. La question de base était : « Que feriez-vous si quelqu’un s’en prenait à vous ou
vos proches ? » Donnons-lui un peu de corps et une arme blanche, histoire de pimenter ce choix si simple au départ,
et transformons la question en : « Que feriez-vous face à un individu armé qui fonce sur vous avec l’intention de
vous tuer ? » Il est acquis que vous ne pouvez pas fuir, ni éviter quoi que ce soit : c’est cette personne ou vous !
Votre seule latitude de mouvement se situe dans votre capacité à faire un choix, le même que tout à l’heure, et vu
que votre agresseur est armé, dans ma grande mansuétude je vous fournis un pistolet, vous n’avez plus qu’une seule
chose à faire : tirer et le tuer, non ?

Que feriez-vous si c’était une femme, par exemple une collègue de travail tentant de vous tuer, vous ou
un de vos proches ? Appuieriez-vous ? Cela ne vous pose toujours aucun problème ?
Si cette personne était votre père ou mère, pris sous un coup de folie, ou ivre ?
Votre neveu, adolescent en pleine crise, ou un enfant qui joue avec une arme à feu chargée ? Vous seriez
toujours prêt à presser cette queue de détente et le tuer ?
Seriez-vous capable de passer à l’acte devant votre enfant témoin de la scène ? Votre réponse est-elle
toujours la même, ou bien commencez-vous à négocier avec vous-même ?

Si votre réponse est : « Je ne sais pas », commencez à prendre un moment pour vous pencher honnêtement sur le
sujet, au risque que votre corps vous lance un programme de tétanisation car le dilemme moral est trop violent. Le
temps à ce moment-là n’est pas votre ami, chaque seconde qui passe aggrave votre cas. Comment vous défendre
physiquement si vous n’êtes pas sûr de vouloir le faire ? L’intérêt de cet exercice est de faire tomber les généralités
de votre héros intérieur.
Si vous n’avez pas voulu frapper une femme ou votre collègue, car vous ne frappez pas les femmes, souvenez-vous
que la mort est la mort, qu’elle soit donnée par une femme ou un homme. Rangez-moi votre machisme avant de
regarder bêtement cette lame plantée dans votre ventre. Dites-vous que ce genre de considération est stupidement
masculine.
Concernant un membre de votre famille, je concède que le dilemme soit grand, au-delà de l’affect et des souvenirs,
nous pourrions cependant résumer cela à : « Allez-vous le laissez-vous tuer pour ne pas avoir à le tuer ? » Sa
détermination à vous tuer fait-elle toujours de cette personne le membre de cette famille qui est la vôtre ?
Si vous commencez à sentir un début de sourire, face à l’idée qu’un enfant puisse tenter de vouloir vous tuer, voire
en ait la capacité, tapez « enfants tueurs » dans votre moteur de recherche, cela devrait vous passer l’envie.
L’Organisation des nations unies (ONU) estimait à 300 000 le nombre d’enfants soldats en activité, au début des
années 2010. C’est une réalité, loin de la vôtre peut-être, néanmoins nous étions d’accord pour dire que votre monde
n’était pas un bouclier d’invincibilité.
Autre lieu, autre temps, depuis début 2015 aux États-Unis, quarante-trois accidents par armes à feu ont impliqué des
enfants de 3 ans ou moins.
Parmi ces cas, treize enfants se sont ainsi donné la mort, deux ont accidentellement tué quelqu’un d’autre. Dans les
autres cas, les enfants se sont blessés eux-mêmes ou ont touché une autre personne. Croyez-moi, ces parents ne
pensaient pas non plus que cela leur arriverait.
N’oubliez pas que nous employons tous la phrase : « Ça ne m’est jamais arrivé », jusqu’à ce que cela arrive…
Si le fait que vos enfants soient traumatisés en étant les témoins de cette scène vous bloque, dites-vous que, quoi que
vous décidiez, il y aura des conséquences. Si vous ne le faites pas car vous ne voulez pas qu’ils voient ça, faites-le
pour eux, pour que leur parent ne les quitte pas.
Nous avons pris un assaillant armé pour vous mettre face à une menace mortelle plus qu’imminente, le but n’est pas
de démontrer une quelconque faiblesse de votre part, mais de vous faire prendre conscience que la plus grande ruse
de la violence est d’arborer un visage qui vous surprendra toujours. Et quoi de plus surprenant que découvrir que son
agresseur porte un visage familier, un visage qui vous inspirait confiance quelques instants plus tôt.
Selon un rapport de l’OMS rendu public en 2014, dans 94 % des situations d’agression sexuelle, c’est un proche qui
commet l’agression. Un enfant victime sur deux est agressé par un membre de sa famille. Dans un cas sur quatre,
l’agresseur lui-même est mineur. À l’âge adulte, un viol sur deux serait un viol conjugal. Seuls 18 % des viols de
personnes majeures seraient perpétrés par un inconnu. L’humain se sentira toujours menacé par ce qui ne lui
ressemble pas, inversement il hésitera toujours plus à attaquer ce qui lui ressemble. Pourtant, les chiffres nous
prouvent que ce que nous connaissons est aussi une menace.

Pour votre gouverne, 70 % des attaques au couteau sont lancées à moins d’un mètre et durent en moyenne moins de
32 secondes. L’agresseur va donner entre 5 et 7 coups de couteau toutes les 5 secondes avec une telle violence que la moitié
des personnes sont projetées au sol (Self-défense against knife attacks: the ultimate guide, Patrice Bonnafoux). Croyez-moi,
mieux vaut prendre le temps de la réflexion avant de vous retrouver confronté à ce type d’arme.
Le schéma de questionnement que je vous ai donné est une trame inspirée par R. Miller que j’utilise assez tôt avec
mes élèves pour leur permettre de prendre conscience que certaines de leurs croyances sont limitantes, voire leur
interdiraient d’utiliser la violence dans un cas où cela serait leur dernière option. Ces simples questions sont un point
de départ, je leur conseille toujours d’utiliser un court moment pour prendre une feuille et poser par écrit le
problème. Adaptez les questions à votre mode de vie, puis répondez honnêtement :

Quelles seraient les émotions que cela générerait en moi ?


Pourrais-je les gérer ? les ai-je déjà gérées ?
Saurais-je quoi faire ? sinon comment l’apprendre ?
Je n’en suis pas capable ? Pourquoi ? Comment pourrais-je remédier à ça ?

Morales

Faire du mal à quelqu’un est bien plus compliqué que nous pouvons l’imaginer, quoi qu’en dise votre héros
intérieur.
« Je n’arriverai jamais à mettre les doigts dans les yeux, frapper dans les parties, etc. », est une phrase qui ressort
énormément lors des premières leçons de self-défense. Je vous avoue que, même s’il est agréable d’entendre
quelqu’un vous dire qu’il ne pourra jamais faire de mal physiquement à quelqu’un d’autre, il est assez déconcertant
d’entendre que certains veulent se défendre sans faire mal à leur agresseur. N’oubliez pas que, vous aussi, vous
possédez le verrou de l’agresseur, celui qui vous pousse à ne pas blesser ni handicaper un autre être humain. Faites
un petit test introspectif : visualisez-vous en train de gifler quelqu’un. C’est bon ? Normalement pas trop de
problèmes, vous connaissez la gifle, voire vous en avez déjà reçu, vous êtes en terrain connu. Maintenant, imaginez-
vous lui enfonçant les doigts dans les globes oculaires avec le côté spongieux de la chose. Ressentez-vous du
dégoût ? Car oui, nous voulons bien frapper sur quelqu’un mais pas le handicaper ni le blesser gravement. Le
problème est que la personne en face de vous n’aura pas le même niveau de retenue que vous. Nous revenons sur le
dilemme de se défendre en mode « paix » face à quelqu’un investi du mode « guerre ». Le chaos n’a aucune règle
d’engagement à respecter, pas de Convention de Genève et encore moins d’honneur.
Il suffit de regarder la rubrique « Faits divers » pour se rendre compte que l’humanité a peu de limites en matière de
créativité pour infliger de la souffrance à ses congénères. Les limites ne valent que dans votre environnement social,
mais si cette bulle explose, elle abolit toutes formes de règles. Mieux vaut en être pleinement conscient avant que le
chaos n’envahisse votre monde. Attendre que les choses soient justes envers vous, car vous avez été juste envers
elles, revient à se dire que le lion ne va pas vous manger car vous ne l’avez pas mangé. Un conseil : pensez à vous
avant de penser à votre agresseur et faites ce qui est nécessaire pour rester en vie et en bonne santé.
Premièrement, il faut éliminer l’empathie et le déni de votre pensée. La violence existe, elle peut apparaître
n’importe où, n’importe quand, infligée par n’importe qui, même quelqu’un de votre entourage. Rien ne peut vous
mettre hors de sa portée. Nous ne parlons pas de paranoïa, nous parlons d’honnêteté, afin de pouvoir l’éviter, voire
de l’empêcher. Prendre en compte ce risque dans votre vie quotidienne n’augmentera aucunement la probabilité d’y
être confronté, rassurez-vous. Vous aurez juste atteint un niveau de compréhension qui vous permettra de voir des
indices là ou d’autres ne les auront pas vus. C’est le même schéma qui pousse votre cerveau à vous notifier autant de
restaurants sur votre chemin lorsque vous avez faim.
Éducatives

Votre main, si elle est liée, ne peut vous défendre car ses multiples liens vous entravent. Certains sont tissés par
votre corps, par la peur, le stress. D’autres sont plus subtils, invisibles au premier regard, ils joueront un rôle
d’entrave le moment venu. Les mettre en lumière vous permettra de les desserrer puis, avec le temps, de vous en
affranchir.
Votre éducation vous a appris des comportements, des croyances et même des schémas à suivre pour vous permettre
de gérer les conflits. Tout petit, il vous a été enseigné que faire du mal à quelqu’un, c’était mal. Que faire souffrir
physiquement, délibérément, autrui était TRÈS mal, totalement dérangeant et socialement, moralement inacceptable.
C’est une bonne chose pour notre vie en société, la plupart de ces règles sont ancrées si profondément dans votre
cerveau que vous n’y faites même plus attention. Toute votre vie, l’aspect gentil de votre personnalité a été loué,
arriverez-vous à vous en départir aussi facilement que ça pour vous en prendre physiquement à quelqu’un ?
Tous, nous avons entendu cette phrase : « Je ne veux pas que tu te battes, sauf si c’est pour te défendre. » Très bien,
mais très vite arrive le paradoxe que ce n’est pas à vous de gérer la violence physique ; si votre frère vous embête,
vous ne le frappez pas, vous en parlez à maman. À l’école, vous ne vous battez pas, vous en parlez à la maîtresse.
Puis dans votre vie d’adulte, ne vous battez pas, appelez la police ! Toute votre vie, il vous a été dicté d’être gentil
avec les autres et de prévenir une entité supérieure si vous étiez embêté, mais surtout de ne pas vous en occuper
vous-même. En termes de temporalité, ce type de logique trouve vite ses limites, car dans les faits, personne ne
pourra se substituer à vous pour arrêter ce coup de poing qui file vers votre visage. Demander de l’aide ne vous
protégera en rien de l’agression, cela ne vaut que si vous réussissez à vous en échapper. Ce genre de schéma de
pensée peut être dévastateur le moment venu. Comment réagirez-vous quand vous réaliserez que personne ne va
venir vous aider ? Pourtant vous êtes une bonne personne, polie, serviable et respectueuse, vous méritez cette
protection. À ce moment, vous ouvrez la porte à la panique, car votre première pensée risque de chercher quelqu’un
qui pourrait gérer cette situation pour vous, quelqu’un qui se devrait de vous protéger. Ne voyant personne venir,
comment allez-vous faire ? Habituellement ce n’est pas à vous de gérer ça !
Quand je demande à des élèves, lors d’un cours, de jouer ce que serait une agression pour eux, tous commencent de
la même de façon : « Hey, t’aurais pas une cigarette/un téléphone/etc. ? »
Ce qui est intéressant dans cette phrase, ce n’est pas le sujet de la question mais le point d’interrogation. En effet,
vous avez été éduqué pour répondre systématiquement aux questions, que ce soit chez vous ou à l’extérieur. Ce
schéma qui dure depuis votre plus jeune enfance est une faille dans laquelle tout bon prédateur va s’engouffrer. Sans
le savoir vous êtes programmé pour arrêter l’action que vous êtes en train de réaliser afin de répondre à une
question. La question est l’hameçon verbal de la prédation.
Toutes ces normes qui vous ont été inculquées ont construit la personne que vous êtes. Vous avez été le témoin de
comportements qui ont influencé l’adulte que vous êtes. Comment deux adultes se traitent lorsqu’ils sont en couple,
comment un adulte traite-t-il un enfant, le respect que nous portons aux autres, etc., tout cela a construit l’image que
vous avez de vous-même et j’ai besoin que cette image soit forte car vous allez devoir la défendre face à
l’envahisseur. Cet ensemble de normes et de règles peut élever l’enfant dans une spirale vertueuse, ou a contrario,
vicieuse si l’enfant est battu, humilié, abusé.
Que ce soit lors d’une agression ou lors d’un acte de prédation, la violence peut/va devenir physique. Nous avons vu
la volonté et l’asymétrie avec laquelle elle va déferler sur sa victime. Pour y faire face, vous devrez vous choisir
vous, de façon impérieuse, totale et irrévocable. Ce choix peut paraître évident pour certains, néanmoins pour
d’autres qui auraient été éduqués dans un système perverti par les personnes qui représentaient l’autorité et la
sécurité dans leur vie, le bon choix peut apparaître comme tout autre.
Les conséquences de l’éducation sont d’autant plus énormes quand les enfants qui ont été maltraités grandissent
avec des pensées structurantes totalement défectueuses. Quand vous ne pouvez pas vous protéger de la violence, elle
vous paraît inéluctable, si insurmontable. L’enfant qui demande un conseil à une mère émotionnellement instable
(du type bipolaire) apprend très vite qu’il s’expose à être rejeté violemment par un « tu me fais chier » ou
« démerde-toi ». Adulte, si cet enfant redevient la victime d’une violence qui prend la même forme que celle que sa
mère lui infligeait, il risquera de trouver une solution parmi les codes de conduite qui lui ont permis de survivre. Son
éducation ne lui proposant comme réponse que : « Si je me défends, je risque d’avoir encore plus mal, ça va
passer », la victime dépassera l’état de soumission pour atteindre celui de la résignation. Il ne se choisira pas, son
non-choix l’amenant à se laisser violenter sans rien faire. Une éducation pervertie, aux conséquences dramatiques.
Si vous vous reconnaissez dans ces mots, je ne saurais être qualifié pour vous aider à ouvrir ce verrou, des personnes
existent dont l’expérience et le savoir vous amèneront sur le chemin de la guérison.
Imaginez le grand écart que doit faire un enfant quand vous lui interdisez de se battre sauf pour se défendre. Vous
lui apprenez à attendre d’être frappé pour pouvoir se défendre.

De votre monde

Tous les schémas qui vous ont été appris pour éviter les conflits – la gestion des petits tyrans du quotidien, cet ami
un peu lourd qui a l’alcool mauvais, les règles de la jungle professionnelle, etc.–, tout cela s’applique à un monde
civilisé, dont vous connaissez les règles. Gardez bien en tête que nous ne parlons pas de ce monde, nous parlons de
l’obscurité sans lune, poisseuse et angoissante, un monde où un être humain peut décider de vous tabasser à mort ou
de vous violer juste parce qu’il le veut et le peut. Il n’y a rien qui évite aux « gentils » de se faire agresser dans ce
monde.Il serait facile de se dire que si vos croyances et stratégies fonctionnent aussi bien dans cette réunion avec
vos associés récalcitrants, elles devraient faire l’affaire face à un prédateur. Il n’en est malheureusement rien, votre
ego et votre héros intérieur cherchent à vous rassurer. Lorsque vous mangez une pièce de viande, vous ne vous
demandez pas si ce bœuf était la star de son troupeau. Pour un prédateur, vous êtes sa proie, ni plus, ni moins.
Regardez comme il est dérangeant d’être observé de façon lubrique par un inconnu, ce genre d’attitude vous laissant
comme sali, réduit uniquement à un morceau de viande pour un inconnu. De votre côté, vous valez plus que ça, mais
du sien, non.
Toutes vos stratégies de défense, affûtées durant toute votre vie, pourraient même être celles qui causeront votre
perte. Elles ont été développées pour mettre fin à un conflit, pas à la violence. À titre d’exemple, prenons ce conseil :
« S’il t’embête, ignore-le », cela marche à merveille avec votre petit frère, mais croyez-moi, ignorer un prédateur ou
un agresseur est une très mauvaise idée, rien de bon ne sort en facilitant la tâche de l’un et en augmentant la
frustration de l’autre. Vous ne pouvez tourner le dos qu’à une chose qui ne représente pas une menace.
Lorsque votre monde aux normes sociales se verra éclipsé par une situation violente ou prédatrice, que tous ces
éléments auront collé sur votre âme cette image traumatique de victime, quand votre croyance en un monde juste
vous poussera à chercher la cause humaine dans cet événement inhabituel et violent, que trouverez-vous comme
réponse pour assimiler cet événement au tableau de votre vie ? Que se passera-t-il si vous ne trouvez pas de
responsable à cette cause ? Imaginez un accident, la maladie, une catastrophe naturelle, le fait d’avoir survécu à la
violence par exemple ; si le phénomène se réitère une deuxième fois, les victimes ont tendance à s’accuser elles-
mêmes, à ressentir une culpabilité qui n’a pas lieu d’être (j’étais là au mauvais endroit, ma tenue n’était pas correcte,
je n’aurais pas dû faire ça…). Si vous connaissez votre agresseur (viol, agression physique), toutes vos croyances,
votre morale, tout ce qui fait de vous ce que vous êtes, accentueront la difficulté, voire l’impossibilité, de
comprendre ce qui a motivé votre agresseur, vous poussant à reporter sur vous une part de la responsabilité de l’acte.
• Comment gérer son stress ?
Tout part de la tête. Tout ce que nous venons de mettre en lumière part de votre disque dur puis se diffuse dans votre
machine.
Le secret n’est pas de lutter contre mais de le dépasser, quelques mots au pouvoir énorme… Tout ce que nous avons
vu ensemble avant a été mis en place pour vous permettre d’arriver à ce moment. Plus vous en savez sur un sujet,
moins vous risquez de vous figer, car l’esprit confronté à un problème commence à chercher une solution dans sa
banque de mémoire. Admettre que ça existe et que ça arrive, et pas comme votre héros intérieur vous avait vendu
l’histoire, va vous permettre d’éviter de vous figer face à ce monde qui absorbe le vôtre. Si vous absorbez les
informations au fur et à mesure en sachant où les classer, vous éviterez d’être submergé par un afflux de stimuli
totalement étrangers. Cherchez dans vos souvenirs ce moment où vous avez été prévenu d’une terrible nouvelle, une
seule information qui a redéfini vos vies, le premier réflexe est quasiment toujours le même, gagner du temps pour
assimiler l’information, soit par le silence soit par la stupéfaction : « Peux-tu répéter, j’ai du mal comprendre ? »
Observez le pouvoir et l’emprise d’une seule information, imaginez-vous maintenant devant en gérer plusieurs, face
à une situation où le temps joue contre vous, vous devez vous préparer à ces mauvaises nouvelles. Mieux vaut que je
vous annonce aujourd’hui que votre héros est malade, vous laissant ainsi le temps de vous faire à l’idée de sa fin,
plutôt que vous n’ayez à vivre sa perte lors d’un accident brutal.
Le déni est une phase de la tétanisation, dont la solution est en vous, avec pour point de départ : l’acceptation. Vous
allez devoir lâcher prise. À vous de reconnaître un des 4F et de réaliser qu’il prend place dans votre corps, puis de
commencer à travailler contre lui en faisant le contraire. Prenons la tétanie par exemple, face à votre corps dont vous
avez perdu les commandes, mentalisez votre premier constat : « Okay, je tétanise, ce n’est pas de la paralysie/je ne
suis pas en train de mourir », puis trouvez un mot qui agira comme une clef de contact pour relancer le moteur,
répétez-le-vous comme un mantra. Ce mot doit être de l’ordre de l’action par exemple : « Bouge, bouge, Bouge,
BOUGE, BOUGE », dites le de plus en plus fort dans votre tête jusqu’à le hurler. Pour ma part, il m’est arrivé de
rajouter une étape, sentant que le mantra de l’action augmentait le régime de mon moteur mais ne permettait pas de
libérer mon corps, j’ai fini mon cycle de pensée en hurlant intérieurement : « MAINTENANT ! » ce qui a eu comme
effet de me libérer comme un coureur entendant enfin le coup de feu. En un mot, il va falloir lâcher prise pour
dépasser votre 4F.

Le 4-4-8

Pour maîtriser le stress aigu et votre cœur qui se lance dans un solo de batterie, comme pour contrer un 4F, nous
allons retourner ses armes contre lui. Votre cœur vous impose son rythme, pour le dompter, vous allez devoir lui en
imposer un autre, le vôtre. Pour ce faire, vous pourrez vous appuyer sur un exercice de respiration rythmique assez
simple : le 4-4-8.
Le 4-4-8 est une technique de respiration utilisée pour se calmer, faire baisser ses tensions Il se fait en quatre étapes
simples.
1 - Inspirer pendant 4 secondes.
2 - Retenir sa respiration pendant 4 secondes.
3 - Expirer pendant 8 secondes.
4 - Revenir à une respiration normale
Nous sommes d’accord pour dire que, face à une voiture qui vous fonce dessus, vous aurez un temps relativement
court devant vous pour vous lancer dans un exercice de respiration de quarante secondes. Le but de cet exercice est
de maintenir votre cœur dans une zone plus favorable pour vous défendre, le temps que cela vous prend devant être
couplé avec une phase d’observation et de réappropriation de votre corps. Prenez conscience de vos mains, de vos
pieds, de vos jambes qui bougent, de ce corps qui se prépare et qui est avec vous dans ce moment. Ce corps est votre
équipe, votre armée, vos soldats, il a besoin d’un chef pour le mener, reprenez les rênes.

Unifiez votre esprit

Les prédateurs n’ont besoin que de trois étapes pour pouvoir se transformer en chasseur sans pitié : la
neutralisation, c’est-à-dire surmonter les barrières culturelles et morales qui associeraient l’acte commis à une
agression, l’auto légitimation, le fait de légitimer et justifier l’acte, et enfin la désensibilisation, le fait de se
déconnecter de la douleur et de la souffrance qu’il va infliger à sa victime sans éprouver de malaise ou de sentiment
de culpabilité, sans souffrir de dissonance cognitive post-victimisation, il va redéfinir l’acte en lui-même pour le
dépouiller de son caractère délinquant, illégal et immoral (Fattah, 1991).
Ce chemin, vous allez devoir l’emprunter à votre tour. Si vous vous dites que jamais vous n’y arriverez, que vous ne
pourrez pas faire de mal à quelqu’un, dites-vous qu’il ne s’agit pas de lui faire du mal, mais de l’empêcher de vous
faire du mal, et ce, en utilisant tout ce qui vous tombera sous la main. Ce sera votre phase de neutralisation
Souvenez-vous, la violence est un cercle vicieux qui vous touchera et, à travers vous, tous ceux qui sont importants
pour vous, votre famille, vos amis. Trouver la force en soi de faire ce qui doit être fait peut être une épreuve, et
parfois il est plus simple de le faire pour ceux que vous aimez.
Ôtez tout de suite de votre esprit ces phrases comme : « Cela ne fait rien » ou « Ça n’est pas grave » si vous êtes
humilié ou frappé. Personne n’a ce droit sur vous. Ces pensées, ces doutes, ces peurs des autres, ou cette recherche
perpétuelle de leur approbation ou de leurs sentiments attirent les personnes abusives aussi sûrement qu’une goutte
de sang au milieu d’un groupe de requins. Les prédateurs sentent le sang de manière instinctive, la souffrance, les
blessures, votre souffrance. Vous devez sortir de cette situation. Quoi que vous fassiez ensuite, quoi que la personne
vous dise, une seule certitude, dites-le vous comme un état de fait, une évidence : « Je vais survivre à ça », vous le
devez à vous-même, ainsi qu’à vos proches.
Transformez votre peur en révolte. Imaginez dès maintenant pour qui vous seriez prêt à vous jeter dans les flammes.
Vos sentiments peuvent aussi être vos moteurs, ils vous aideront, appuyez-vous dessus pour repousser votre
attaquant, le frapper, voire le mordre au visage si nécessaire. Votre but est de rentrer chez vous retrouver ceux que
vous aimez, personne n’a à les priver de vous et vous d’eux. Cette agression est une injustice que vous vous devez
de réparer. Ce sera votre phase d’autolégitimation, votre porte d’entrée vers la désensibilisation car la douleur que
vous infligerez sera juste. Une fois que la culpabilité de votre agresseur sera établie dans votre esprit, toute
compassion pour lui et tout sentiment de culpabilité personnelle pourront être écartés. Vous allez pouvoir le
déshumaniser, le dépersonnaliser jusqu’à nier les blessures que vous lui infligerez.
Car la violence physique a quelque chose de binaire, c’est tout ou rien. La notion de demi-mesure n’existe pas. Pour
pouvoir atteindre votre plein potentiel pour lutter contre elle, votre équipe devra être soudée : votre corps devra être
en phase avec votre esprit. Vous devrez être convaincu de deux choses : ce que vous allez faire est juste, autant
moralement que stratégiquement.

Balayez vos doutes

Il n’y a rien que vous ne puissiez atteindre, croyez-moi. Par contre, vous ne pourrez pas tout faire, il paraît assez
évident que vous ne pourrez pas vous envoler du haut d’un building, ou tirer des rayons laser depuis vos yeux.
Combien de fois ai-je entendu une femme me dire : « si un homme m’agresse, je ne pourrai pas me défendre » ?
Combien d’hommes ai-je entendu dire haut et fort qu’une femme ne pourrait se défendre s’il faisait ci ou ça ?
Combien d’adultes ai-je vu serrer les poignets d’un ado en rigolant pour lui prouver qu’il ne pouvait rien faire ?
Ma réponse est toujours la même : « Nous ne parlons pas de la même chose. » Abordons ensemble un sujet qui
depuis trop longtemps perdure : le complexe de la self-défense. Il est simple. Pour le grand public, la SD se destine à
une clientèle physiquement proche de l’image que nous nous faisons d’une victime. Ceux qui la pratiquent,
principalement des hommes sportifs, pensent que ces personnes ne pourront jamais se défendre. D’ou leur
conclusion : n’espérez pas avoir accès à une méthode efficace si vous n’avez pas déjà un physique dissuasif…
Personnellement, un système qui possède des conditions pour pouvoir marcher m’inspire moyennement confiance.
Comme si cela ne suffisait pas, vous trouverez toujours un tyran des bacs à sable pour vous prouver le bien-fondé de
cette pensée condescendante, généralement par une saisie bien forte visant à vous immobiliser (typique d’une
tentative de domination). Il vous sera alors demandé de façon totalement arrogante ce que vous allez pouvoir faire,
votre tortionnaire vous faisant gentiment remarquer votre incapacité. Ego du petit tyran : 1, ego de l’autre :
moins 1 000. La cerise sur le gâteau, c’est l’intime conviction qui les habite à ce moment précis. Démystifions
ensemble cette danse de l’ascendance. Tout d’abord, c’est une démonstration truquée, créée uniquement pour vous
soumettre, le tout reposant généralement sur le pari que vous n’utiliserez pas de technique douloureuse ou
handicapante contre son instigateur. Vous ne souhaitez pas faire mal à votre ami qui fait le malin, en règle générale
vous éprouvez envers lui des sentiments positifs – bon, peut-être un peu moins à ce moment précis. Vous n’avez pas
peur, ni l’envie de lui faire mal pour ne pas nuire à vos relations. Pourtant, si à ce moment précis vous lui enfonciez
vos doigts dans la gorge, dites-vous que, n’étant absolument pas préparé à avoir mal, sa tétanisation sera costaude :
« Ça va pas ! tu m’as fait super mal ! » Vous n’avez besoin que d’une chose : l’activation de votre volonté de lui
faire mal.

IL N’Y A PAS DE RÈGLES DANS LA VIOLENCE

Passons au timing. Si une personne vous dit : « Je vais faire un truc et on va voir ce que tu vas pouvoir faire », eh
bien dites-lui avec humour : « Non, je sais qu’avec ta force tu vas gagner » (car oui, il s’agit d’un jeu). Vous ne lui
devez rien et encore moins de croire que vous serez sa victime. S’il fait mine de vous attraper le poignet malgré
tout : frappez-le avant, vous lui avez offert une porte de sortie honorable, le fait qu’il l’ignore révèle que ce n’était
qu’un prétexte. Bonjour la petite prédation !
Pourquoi ne pas le laisser tout simplement faire ? Ce n’est pas grave… Bien sûr, la soumission offre une issue
honorable en cas d’agression. Cependant, nous parlions de l’intérêt à se fixer des limites. La violence est un langage
chez certaines personnes. Vous faire mal est une question. Ainsi cet ami qui vous bloque, ignore votre
consentement… Comme ce collègue qui vous touche systématiquement le bras quand il vous parle ou cet oncle
beaucoup trop tactile. Cela vous dérange, mais pas de quoi en faire un drame, hein ? ils font ça pour rigoler.
Pourtant, chaque fois que vous laissez passer, c’est une petite capitulation. Les choses ne s’arrêteront pas d’elles-
mêmes, pourquoi le feraient-elles d’ailleurs ? Votre tourmenteur augmentera juste d’un cran, pour voir jusqu’où il
peut aller. Balayez vos doutes, si cela vous dérange ou si juste cela mord la ligne de votre consentement, intervenez.
Se défendre des violences du quotidien est une des premières étapes de votre self-défense.
Vous ne vous sentez pas assez fort pour agir ? Rassurez-vous, il n’y a pas de règles dans la violence, ce que les gens
confiants de leur force ont tendance à oublier… Il y a juste une ligne de temps qui dit que plus vous attendez plus la
situation empire. Sur le moment, faites attention, car ce qui était au départ un jeu, n’est ni plus ni moins qu’une
danse de l’ascendance. Le choix d’un homme de choisir une femme pour ce genre de jeu stupide relève la plupart du
temps d’un désir de facilité et d’ego agressé : « Rassurez-moi, je suis toujours le mal dominant même si vous
pratiquez de la self-défense ! » Comme un prédateur, il choisit une proie qui va lui garantir une domination facile. Si
une femme déjoue sa tentative d’ascendance, il y a de grandes chances que le fait d’être mis hors d’état soit pris
comme une humiliation : jeu stupide, prix stupide. Passez en alerte rouge, une tentative de soumission sabordée peut
générer une envie de punition, ce qui n’est plus du tout la même chose.
Après, votre ami vous fera sûrement la tête, il ira même sûrement dire à ses amis que vous êtes une malade. Parfait,
primo il ne rejouera pas avec vous de sitôt ; deuxio les autres sauront maintenant à quoi s’en tenir ; tertio si ça peut
lui passer l’envie de jouer à ça, par ricochet vous pourrez protéger une autre personne, chat échaudé craint l’eau
froide.
Là, nous parlons enfin de self-défense en développant une vision globale de la scène. Votre opportunité d’agir
existe, elle tarde peut-être mais elle existe toujours. À celles et ceux qui pensent qu’une femme est moins forte qu’un
homme et qui, pour étayer leur discours, s’appuient sur le pourcentage de masse musculaire supérieur chez
l’homme, je ne dirai qu’une chose : « Pensez-vous que la nature aurait créé une espèce incapable de se défendre, ni
de défendre sa progéniture ? Quelle espèce ne se repose que sur le mâle viril pour sa défense ? » Présentez vos
arguments à une lionne, vous pourrez constater la fragilité de la bête…
L’image que vous avez de vous est votre premier frein, et sera votre première source de stress, lâchez prise ! Si vous
êtes une femme, oubliez les préjugés limitants, la lionne est plus frêle que le lion, pourtant c’est elle qui chasse. Si
vous êtes un homme, oubliez ces préjugés maintenant, avant qu’une femme ne vous les fasse ravaler. Le lapin courra
toujours plus vite que le renard, sa motivation n’est pas la même.
Quand je vous dis que tout est possible… il est évident que Mike Tyson vous fracassera en combat, mais qui vous a
demandé de monter sur le ring en fait ? Il se peut que, certaines fois, vous soyez propulsé sur le ring sans n’avoir
rien demandé, mais qui vous a demandé de suivre des règles qui vous condamnent à la défaite ?
Revenons à l’exemple. Les deux poignets immobilisés par un homme de deux fois votre poids, il est évident que
vous partirez avec un sacré malus. Cependant, avant, ou après, vos opportunités existent. Il existe mille et une façons
de s’en sortir, à vous de les voir. Si je devais vous en donner une, je vous dirais de lui cracher au visage. L’acte est
suffisamment choquant pour qu’il vous lâche immédiatement pour s’essuyer le visage. Je vous l’avais dit, si c’est
beau ce n’est pas de la self-défense.
Le secret unique, le seul qui compte, c’est celui-ci : le plus déterminé l’emporte. Qu’importe votre physique, ou je
ne sais quel critère pour vous limiter, il n’y a qu’une façon d’échouer, c’est d’abandonner avant d’avoir réussi.

• Devenez une cible indésirable


Qu’est-ce qu’être une cible indésirable ? C’est le fait de rejoindre le flux anonyme de personnes qui naviguent en ce
monde. C’est enlever ce petit spot qui vous rend visible auprès de cette minorité malveillante. Pour vivre heureux,
vivons cachés des prédateurs.
Rangez vos tenues de camouflage et vos peintures de guerre, vous n’en aurez pas besoin. De plus, cela pourrait avoir
l’effet inverse et être pris comme une provocation ou un manque de confiance. Rappelez-vous, le premier contact est
toujours visuel ; un coup d’œil suffit pour faire sortir quelqu’un du groupe et le définir comme cible.
Ted Bundy, célèbre tueur en série, a un jour déclaré pouvoir identifier une victime à la façon dont elle marchait dans
la rue, l’inclinaison de sa tête, la manière dont elle se comportait, etc. (Holmes and Holmes, 2009).
Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’au-delà de votre dernier téléphone portable hors de prix, ou autres signes de
tentations ostentatoires, le choix d’une cible ou d’une autre se ferait sur un autre plan : celui du langage corporel, cet
ami qui n’hésitera pas à dénoncer vos petits secrets.
Nous passons notre vie à interpréter ces signaux et en tirer des jugements sur la personnalité des autres, sa joie de
vivre, si elle est réceptive à notre charme, etc. Mais ces signaux peuvent aussi indiquer son degré de vulnérabilité, et
donc comment se placer par rapport à elle sur un rapport de dominance/soumission (Richards, Rollerson et Philips,
1991), de puissance (Montepare et Zebrowitz-McArthur, 1998), de confiance en soi (Murzynski et Degelman,
1996), la vulnérabilité aux agressions (Grayson et Stein, 1981 ; Gunns, Johnston et Hudson, 2002 ; Sakaguchi et
Hasegawa, 2006) et les antécédents de victimisation authentique (Wheeler et al., 2009).
De tous les indices que laisse échapper votre corps, voulez-vous savoir lequel vous trahit le plus ? Contre toute
attente, il s’agit de votre démarche. De multiples études ont été menées pour définir quels étaient les critères qui
distinguaient une victime d’une non-victime. L’une des expériences a consisté à choisir un groupe de psychopathes
violents le meilleur du pire. Des vidéos de personnes marchant dans un couloir leur furent montrées, certaines ayant
déjà subi une agression dans le passé : le choix leur fut laissé concernant qui ils agresseraient. Un programme bien
réjouissant en somme ! Le résultat fut édifiant, il s’est avéré que les psychopathes repéraient de façon inconsciente la
vulnérabilité en observant simplement une démarche. Tous avaient sélectionné des personnes marchant à petite
foulée et sans fluidité, quel que soit le sexe ou l’âge. Les autres critères les inspirant étaient une démarche lente, la
tête basse, le manque de vigilance, et une posture renfermée.
Il s’est avéré qu’ils avaient réussi à développer, dès le plus jeune âge, une aptitude basée sur le langage corporel leur
permettant de définir quasi intuitivement quel était le degré de vulnérabilité et le niveau de difficulté d’agression
d’une victime. Si vous doutez encore de leur potentiel, dites-vous que tous ont reconnu les personnes ayant déjà été
agressées par le passé.
Qu’est-ce que cela nous apprend ? Eh bien, que votre niveau de confiance en vous, ainsi que votre vigilance feront
de vous une cible plus ou moins désirable. Bien sûr, vous pouvez travailler sur une démarche pleine d’assurance,
mais l’effet semble disparaître avec le temps (Johnston et al., 2004).
Il est donc important de travailler sur une véritable confiance en soi plutôt que d’essayer de marcher en ayant l’air
confiant. Redressez la tête, reportez votre attention sur ce qui vous entoure plutôt que votre téléphone portable, il
tient parfois à peu de chose de ne pas être pris pour cible.
4

CONNAISSEZ VOS OPTIONS

« Les choix qui suivront seront les vôtres, les conséquences aussi. » R. Miller
Nous avons vu les acteurs et le contexte, qui était cette personne en face de vous, qui vous étiez. Maintenant il est
temps d’agir. Quand le problème est posé et identifié, il est possible de chercher des solutions.
« Tout le monde a un plan jusqu’au premier coup de poing dans la face » a dit Mike Tyson. Une phrase qui résume
assez bien les situations auxquelles vous pourriez être confronté. Oubliez les plans.

• Prévention

L’intuition

L’intuition, c’est votre garde du corps personnel. J’aime bien résumer l’intuition à une forme de préconscience.
C’est-à-dire que votre inconscient détecte quelque chose que votre conscience n’a pas encore décelé ou qu’il a jugé
la menace trop faible pour valoir une alerte générale. Concrètement, qui n’a jamais ressenti que quelque chose
n’allait pas, que ça ne collait pas, que la personne rencontrée était sympa mais que quelque chose ne fonctionnait
pas ?
L’intuition, c’est votre amie bienveillante qui va traiter en temps réel toutes les informations collectées par vos
cinq sens, même les plus insignifiantes. Si quelque chose l’interpelle, elle va vous envoyer un message d’alerte. Elle
ne peut malheureusement faire plus que vous alerter, elle allume juste une grosse ampoule rouge sur votre tableau de
bord. Il n’y a pas de message ou d’explication, juste une lumière rouge. Allez-vous lui accorder de l’importance ou
allez-vous décider d’ignorer le message ? Cela ne tient qu’à vous. Vous avez sûrement entendu parler de l’intuition
féminine ? Sachez qu’elle n’est pas la chasse gardée de certaines personnes, simplement certains l’écoutent plus que
d’autres, et ils ont bien raison.
En général, nous rejetons l’intuition pour son caractère non logique : le copain que votre amie vous a présenté est
hyper sympa et intéressant. Sur le papier tout correspond. Pourtant il y a quelque chose que vous ne sentez pas. Mais
bon, il n’y a aucune raison de s’alarmer ou de ne plus le voir, comme nous l’avons dit, il est sympa, respectueux et
plutôt mignon. Vous allez essayer de trouver une explication cohérente à cette alarme silencieuse, sans succès,
ensuite vous finirez par vous dire que c’est n’importe quoi ! Vous choisirez d’ignorer cette alarme, et d’accepter un
deuxième rendez-vous seule avec lui qui, sera catastrophique. Pourtant, quand vous regardiez ce jeune homme dans
les yeux, votre intuition prenait en compte ses microcontractions musculaires de colère dues à son plat pas assez
cuit, sa façon de regarder les autres femmes, etc. indiquant à coup sûr un problème de gestion de la colère plutôt
gênant.
Moralité, fiez-vous à votre intuition. Je sais qu’à notre époque, on cherche à tout justifier. Accepter quelque chose
sans chercher à comprendre peut-être déstabilisant, mais dites-vous que c’est la force de votre intuition : ne pas être
influencée par votre pensée. Faites-lui confiance, dites-vous qu’elle a perçu quelque chose à un niveau de conscience
supérieur. Si vous voulez comprendre pourquoi elle vous avertit, ne cherchez pas à comprendre mais observez plutôt
ce qui a déclenché l’alarme. Victime de son succès, il est difficile de vous forcer à suivre son chemin. En effet, si
vous refusez ce deuxième rendez-vous avec cette personne rencontrée sur une appli de rencontre car votre alarme
silencieuse s’est déclenchée, vous ne saurez jamais si vous avez eu raison ou si vous êtes passé à côté de l’histoire
de votre vie. Si avoir fait un détour pour éviter cette ruelle vous a sauvé la vie ou a juste rallongé votre trajet de
trente minutes, je n’ai pas la réponse, tout ce que je sais c’est que j’ai changé mes plans plus d’une fois en me fiant
au hérissement de poils dans ma nuque. Au final, je suis là à écrire, toujours en vie, toujours entier.
Votre intuition cherche à vous protéger, laissez-la faire son boulot. Si elle se déclenche, quittez le scénario dans
lequel vous êtes immédiatement. Rappelez-vous, le temps joue contre vous, vous n’aurez qu’une fraction de seconde
pour prendre certaines décisions, le tout avec seulement quelques informations. Pourtant, ces décisions influenceront
le reste de votre vie. Vous n’avez rien à gagner à aller contre une alarme de danger.

La vigilance

90 % de votre capacité à vous défendre repose sur cette notion. C’est donc un chapitre à ne pas rater.
Vous vous souvenez du schéma de prédation : le premier contact est toujours visuel. Le temps sera plus ou moins
long en fonction du type de violence engagé. Cela peut aller de quelques secondes pour un « affront évident »,
comme venir dans la mauvaise tribune avec le mauvais maillot de foot, à plusieurs jours ou semaines pour certains
cambriolages où vous aurez été surveillé, vos habitudes de vie scrutées. Le prédateur utilise le temps consacré à
observer sa proie pour engranger les informations dont il a besoin, tout en essayant d’être le plus discret possible
pour ne pas être repéré. Tandis que vous, à l’inverse, vous allez chercher à identifier les signes le plus tôt possible
pour éviter que le piège ne se referme sur vous. Votre avantage réside dans votre capacité à vous décider non pas
plus vite, mais plus tôt.
Celui qui remportera la manche bénéficiera d’un avantage non négligeable, soit l’effet de surprise sera grandement
diminué, soit il sera accentué, et l’effet de surprise, c’est la clef de voûte de l’embuscade. Évidemment, c’est
toujours plus facile à dire qu’à faire, car votre attention étant stimulée toute la journée, le prédateur va chercher à se
fondre dans la masse.
Pour commencer, la connaissance des schémas et des profils de violence va vous aider, je m’explique : il est dit que
nous devenons adultes quand nous prenons conscience de notre mortalité, ce que la phrase ne dit pas c’est que nous
ignorons délibérément certaines menaces pour pouvoir continuer à vivre sans devenir complètement paranoïaques.
La paranoïa vous pousse à gérer des menaces imaginaires. Pourtant les adultes que nous sommes ont tendance à
ignorer certaines alertes car ils ne se sentent pas concernés par le danger, la preuve en est du nombre de personne qui
prennent encore le volant après avoir bu car eux savent conduire. Je le répète : tout le monde pense que ça ne leur
arrivera jamais, jusqu’au jour où leur numéro tombe. La violence, c’est la même chose. Si vous n’avez jamais été
temoin, victime ou acteur, vous avez sûrement un avis sur la question mais au fond, vous ne vous sentez pas
concerné par le sujet.
La plupart des gens pensent qu’une victime d’une agression devrait se mettre à la self-défense. Pourtant cette même
personne sera beaucoup plus difficile à piéger que le donneur de conseil qui se sent naturellement en sécurité et qui
ne prendra pas en compte les signaux de danger émis par la personne qui le suit. Ne jamais avoir été agressé ne vous
donne pas de totem d’immunité. Un violeur, un sadique, ou un voleur vous a sûrement pris pour cible au moins une
fois dans votre vie, le fait qu’il ne soit pas passé à l’acte relève peut-être simplement du fait que les conditions
n’étaient pas à son avantage, ou qu’il a choisi la personne juste derrière vous. Cela ne veut absolument pas dire
qu’ils n’existent pas, ni que vous en êtes naturellement protégé.
La vigilance, c’est simplement un état de veille permettant la reconnaissance de signaux qui pourront vous aider à
prévenir une attaque. Connaissez-vous la règle des 3V ? Elle provient des travaux d’Albert Mehrabian, qui divise la
communication en trois parties :
7 % de la communication est verbale (par la signification des mots) ;
38 % de la communication est vocale (intonation et son de la voix) ;
55 % de la communication est visuelle (expressions du visage et du langage corporel).
Pour nous, cela représente de façon assez correcte comment nous allons envisager le monde et le pourcentage
d’attention que vous allez accorder aux autres.
Il y a toujours de l’émotion dans une agression, des deux côtés. Accorder de l’importance aux intonations vous
permettra d’identifier la charge émotionnelle distillée dans le message. Percevoir la colère, l’envie, la jalousie, ou la
haine vous renseignera bien plus sur les motivations de l’autre que les mots qu’il prononce.
Le langage corporel vous aidera à identifier une situation à risque, non pas plus vite mais plus tôt. Poser sur une
prédation le faisceau de la vigilance ôtera l’effet de surprise, pierre angulaire du système. Nous n’avons pas tous un
physique ou une condition nous permettant de sprinter avec la classe de Carl Lewis. Pour pouvoir gagner du temps,
nous devrons prendre conscience du monde qui nous entoure afin de pouvoir mettre le maximum de distance entre
nous et la violence.
Bien sûr, votre vigilance est essentielle pour prévenir toutes formes de violence, mais cela va bien plus loin. Quand
vous l’aurez fait vôtre, pleinement implantée dans votre quotidien, elle s’étendra alors aux autres, que ce soit votre
ami qui vous dit que tout va bien en regardant dans le vague, où cet enfant qui ne voit pas la voiture arriver, votre
vigilance les recouvrira comme une cape protectrice.

• Savoir observer pour anticiper

La vision périphérique

La vision périphérique est votre radar personnel. Bien moins nette que la vision centrale, elle vous permet de
détecter tout mouvement dans son champ ; nous l’opposerons à la vision centrale qui permet d’identifier et de
concentrer votre attention.
En situation de stress aigu, le corps favorise la vision centrale au détriment de la vision périphérique, c’est le fameux
effet « tunnel ». Pourtant, elle contribue largement à votre vigilance, vous indiquant en amont ce que votre vision
centrale n’a pas encore observé.
En termes de vigilance, je vous conseille d’accorder « un coup d’œil » aux informations que votre vision
périphérique vous donne. Si quelque chose bouge sur le côté, accordez-lui toujours une mesure de vérification. Ce
deuxième coup d’œil vous protégera peut-être d’une menace en approche. Dans tous les cas, elle enverra un message
à celui qui vous regarde et lui indiquera que vous êtes en alerte, moins enclin à subir une embuscade.
Fixez votre attention sur le torse au niveau de la ligne d’épaule et laissez votre vision périphérique détecter les
mouvements, la distance étant suffisamment courte pour que la personne face à vous pense que vous le regardez
dans les yeux.
Testez votre vision périphérique :
Fixez un point droit devant vous.
Gardez votre regard fixé devant vous tout en écartant les bras, index en l’air et en mouvement.
Arrêter votre mouvement de bras dès que vous ne percevez plus vos index.
La vision périphérique est estimée satisfaisante si les deux bras se trouvent approximativement dans le
prolongement l’un de l’autre.
Il est maintenant temps de faire quelques exercices, la finalité étant que ces exercices deviennent une routine.

Comment regarder : le diagnostic des 3 Z ?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce diagnostic n’est pas préconisé dans une situation à risques. Il serait
déjà trop tard. Le diagnostic arrive bien en amont, quand tout est calme, que les invités de cette soirée n’en sont qu’à
leur premier verre d’alcool, lorsque vous choisissez votre place dans le RER ou lorsque vous vous attablez à ce
restaurant en attendant fébrilement le croque-monsieur que vous venez de commander. Vos idées sont claires, aucun
stress n’est là pour parasiter votre réflexion.

Imprégnez-vous de votre environnement. Un premier mouvement oculaire formant la lettre Z doit être
initié à la distance la plus éloignée de votre position. Balayez les lieux de gauche à droite et repérez les
lieux de fuite, les endroits où vous cacher, ce qui pourrait vous gêner ou qui ne colle pas dans le décor.
Dans un second mouvement, observez à distance moyenne tout objet qui pourrait être utilisé contre vous
ou être un obstacle pour vous échapper. Puis un dernier Z à distance courte qui vous permettra
d’identifier les objets à portée de mains pouvant vous servir.
Énumérez-vous mentalement les objets que vous voyez.
Nommez l’utilité que vous pourriez en avoir : fuite, offensif, défensif.
Organisez-les. La porte d’entrée sera une première sortie, la porte de secours une sortie d’urgence. Le
cendrier sera écarté de cette personne qui vient me parler ; ainsi il ne pourra pas s’en servir pour
assommer qui que soit. Gentiment prendre en main ce verre qui pourrait vous servir à autre chose qu’à
vous désaltérer.

Votre capacité à vous défendre va dépendre en grande partie de votre capacité à exploiter votre environnement. Au
début, ce diagnostic peut paraître fastidieux mais à force de répétition, il devient une normalité et vous finirez par le
faire instinctivement. Ces éléments, réfléchis au calme, vous permettront un gain précieux de temps et surtout
d’efficacité.

Regardez le monde comme un joueur d’échecs


Comment font les grands joueurs d’échecs pour prendre cette décision qui fera pencher la situation en leur faveur ou
les fera glisser vers la défaite ? Il ne leur faut parfois que quelques secondes pour déplacer une pièce, sans même y
réfléchir. Si vous pensez que c’est dû au fait que le stress n’est pas énorme, je vous conseille de regarder Le Jeu de
la dame sur Netflix ! Dans les faits, les maîtres ne regardent pas les pièces individuellement, ils repèrent les
associations de pièces possédant des caractéristiques communes, comme la couleur et leur nature offensive ou
défensive. Ils vont chercher ainsi à retrouver des combinaisons que leur pratique intensive leur aura permis de
mémoriser. Selon Philippe Chassy, spécialiste de la psychologie des échecs à l’université de Liverpool : « En cinq
secondes, un grand maître a une meilleure compréhension de la situation qu’un novice en quinze minutes. » Ce qui
va permettre aux experts de savoir s’ils ont gagné bien avant que la partie soit finie, alors que le débutant continuera
la partie, pensant qu’il aura encore une chance de l’emporter. Bien sûr, pour arriver à ce niveau, des années
d’entraînement auront été nécessaires. Cependant, ce type de vision globale est assez proche de celle des experts en
matière de sécurité. Le danger, quand nous observons une situation, réside dans le fait de fixer son attention sur les
détails, le cerveau va alors chercher à rationaliser l’information, concentrant ainsi 90 % de ses ressources sur la
tâche, au détriment du contexte global. Cela fera de vous une victime toute désignée pour une embuscade avec
diversion, car vous ne verrez toujours que l’arbre qui cache la forêt. L’association d’informations vous permettra de
comprendre une situation plus aisément que l’hyper-zoom. Exemple : chercher toujours à voir les mains, le danger
vient de là, certes l’adage est vrai mais c’est un point de détail dans un tableau plus grand ! Si vous avez vu que les
mains du type assis dans le photomaton de la gare sont vides, mais que vous êtes passé à côté des deux autres qui se
jettent des regards près de la porte de sortie, croyez-moi, cette info ne vous aidera en rien à définir une stratégie
d’évitement. L’inverse, en revanche, vous aurait sûrement dissuadé de passer entre ces trois-là.

• Éviter
Les agressions sont commises par des êtres humains, mais elles se déroulent dans des lieux. Si vous évitez les lieux
ad hoc, vous évitez la menace qui y réside. Être absent à l’heure de son agression, un concept d’une simplicité
désarmante, si je puis dire.

Les espaces de violence

Je pourrais passer ma vie à recenser toutes les zones propices aux embuscades ! Tout en omettant bien sûr, celle qui,
comme par hasard, vous concernera. Cette fois, il va falloir travailler un peu.
Tout le monde a en tête que la fuite est la meilleure défense, enfin ceux qui ont compris qu’attaquer tout ce qui les
offensait était totalement improductif. Pourtant il existe une autre option avant. Souvenez-vous du chapitre sur la
légitime défense, les premières choses que nous avions identifiées étaient qu’une agression devait réunir trois
critères pour être reconnue comme telle. En effet s’il n’y a pas d’agression, il n’y a pas de défense. Bref, si vous
n’êtes physiquement pas là, eh bien vous venez de réussir un coup de maître, bien moins fatigant que la fuite, vous
venez d’éviter l’agression. Voilà en quoi réside la technique d’être absent à l’heure de son agression : éviter les lieux
où les agressions peuvent prendre place.
Commençons par des lieux qui devraient me faire passer pour un rabat-joie, mais tous les bars, toutes les boîtes ou
fêtes sont des terreaux hyper fertiles pour voir fleurir une mauvaise rencontre. En fait, ces lieux où se mélangent
alcool ou/et drogue, où vous rajoutez parade de séduction et concurrence, le tout peuplé d’une clientèle jeune,
forment un cocktail plutôt corsé en matière de menace. Rien de bon n’arrive quand toutes les inhibitions volent en
éclat, votre ami hyper sympa peut se mettre à oublier que le mot « non » est un monde en soi, votre copine a décidé
qu’il était plus simple de s’exprimer avec les poings vu qu’elle n’arrive plus à articuler clairement… Évidemment,
appliquer ce principe à la lettre risque de compliquer votre vie sociale, surtout si le but est de rencontrer de nouvelles
personnes. Cela reste toujours votre décision, et ses conséquences. Si malgré tout vous désirez passer outre ce
conseil, voilà ce que je peux vous conseiller : sortez en groupe, assurez-vous toujours que personne de votre groupe
n’est seul ou isolé, assurez-vous toujours d’avoir quelqu’un de confiance qui ne boit pas, autant pour la conduite que
pour prendre les bonnes décisions en cas de problème, n’intégrez pas un groupe supérieur numériquement au vôtre ;
prévoyez un mot et un lieu secret d’urgence (choisissez un lieu près de personnes type vigile ou barman) ; si
quelqu’un perd le groupe, rejoignez-vous au lieu sûr ; si quelqu’un prononce le mot d’urgence, surtout si c’est Sam,
repliez-vous poliment vers le lieu en question.
Personne ne pourra vous dire si le type bizarre qui vous regarde depuis tout à l’heure est un prédateur en puissance
ou juste un timide maladif qui cherche à prendre son courage à deux mains pour venir vous parler, vous serez seul à
pouvoir juger.
Ces lieux sont aussi propices à la création du contexte, ivre ou sous substance, qui vous fera devenir une victime en
puissance. Si je vous parle de cet inconnu hyper sympa qui vous paye verre sur verre, puis qui propose de vous
raccompagner parce que, clairement, vous avez tellement bu qu’il vous est difficile de marcher, entendez-vous le
mot « prédateur » chuchoté au fond de votre esprit ? Sous substance, votre capacité de discernement est plus que
conceptuelle.
Autre temps, autre lieu, bien que cela puisse paraître évident, disons-le-nous : tous les lieux où s’effectuent des
affaires illégales sont à proscrire. Pour la simple et bonne raison que les moyens légaux pour gérer les désaccords
d’une affaire illégale étant aussi développés que votre capacité à lire l’avenir dans les croquettes du chat, leur seul
moyen de se faire respecter ou de régler un dilemme est d’utiliser la violence s’ils sentent la moindre menace.
Concernant la meute, ce groupe où le but était de prouver son appartenance et si possible de gravir quelques
échelons sur l’échelle du respect, ô grand moteur de la violence sociale, en matière de conseil, je vais être concis :
pour qu’il y ait un syndrome de meute, il faut qu’il y ait un groupe, simple. Fuyez les groupes, et vous éviterez de
facto le syndrome de meute, basique. Les lieux où squattent des bandes de jeunes, chez qui le positionnement au
sein du groupe est plus flou que chez ces seniors qui jouent à la pétanque, sont toujours des lieux à éviter, vous ne
faites pas parti du clan, votre vie ne vaut pas autant que la leur car vous êtes étranger au groupe.
Dernier lieu, les zones de violences où deux voire plusieurs parties s’affrontent pour un territoire. Oui, cela
paraît tellement évident que le dire vous semble insultant mais si je vous parle de raids, de techniques de guérilla ou
de victimes collatérales, je ne vous parle pas forcément de pays en pleine guerre civile. Je vous parle aussi de
manifestations où vous savez que des parties vont affronter la police, je vous parle de ces quartiers où des émeutes
ont explosé, le tout avec des forces tentant de remettre de l’ordre. Dans ces moments-là, il ne sera pas nécessaire que
vous soyez impliqué pour être blessé. Si vous pensez que des règles régissent ces moments, détrompez-vous, rien ne
vous protégera d’un tel chaos.

Les lieux de chasse

Tout ce que nous entreprenons ensemble depuis le début de cet ouvrage n’a pour but que de vous permettre de vous
approprier un système de défense. Le meilleur moyen d’identifier un lieu de prédation est d’enfiler le costume de
prédateur pour voir ces endroits à travers leurs yeux et ainsi les détecter.
Pour comprendre comment un lieu, anodin au demeurant, peut se transformer en embuscade parfaite s’il est bien
utilisé, il faut le regarder comme un chasseur, en vous demandant quel bénéfice et quel désagrément il représente.
Identifier la place octroyant l’avantage est une compétence dans laquelle un prédateur expérimenté excelle. Quel est
le besoin premier des prédateurs ? La discrétion. Si le lieu ne leur est pas favorable, ils peuvent opter pour un
déplacement, ou tout simplement chercher leur victime déjà sur place. Le meurtre, le viol, ou les cambriolages sont
des actions que le cerveau planifie un minimum. Le criminel choisira toujours un lieu qui l’avantage lui. Si le risque
d’être arrêté est trop grand, il s’adaptera, quitte à retarder le passage à l’acte. Factuellement, plus le lieu sera isolé,
moins vos appels seront susceptibles d’apporter de l’aide.
La gestion de l’espace va être un point capital pour eux et pour vous, un signe à déceler hyper rapidement. Une
embuscade ne se fait pas n’importe où, c’est un piège qui doit se refermer sur vous. Forcément, l’espace choisi doit
vous offrir un minimum de moyens de vous enfuir, idéalement limiter votre capacité de mouvement. Un seul point
d’accès, comme un tunnel reste le top pour leur permettre de scanner leur victime potentielle tout en maîtrisant la
gêne qu’une intrusion extérieure pourrait créer. Exemple : un équipage de police qui ferait sa ronde au moment de
l’approche. N’oubliez pas que l’étape suivante est la prise de contact, donc il faut un lieu qui puisse permettre un
rapprochement en fonction du type de force qu’il compte utiliser. Menacer quelqu’un d’un couteau à plus de
dix mètres est plutôt contre-productif, mais sortir un pistolet est adéquat… Généralement, les lieux choisis sont des
lieux de passage, votre attention étant généralement focalisée sur le lieu où vous allez, vous écoutez de la musique,
regardez votre téléphone, vous appelez quelqu’un. Ce lieu est une transition où les personnes croisées n’ont pas de
visage. Quel meilleur lieu choisir pour quiconque voudrait vous surprendre tout en restant anonyme ? Voici
quelques exemples de lieux : tous les types de tunnels (métro, gare, etc.) les wagons, les escaliers, les chemins de
type raccourcis, les bois, les parkings, etc.
Cependant la violence apparaît toujours là où on ne l’attend pas. Selon une étude Ifop réalisée pour VieHealthy.com,
les transports en commun apparaissent comme des espaces plus propices que la rue aux viols et aux agressions
sexuelles, du fait de la promiscuité qu’impose notamment leur fréquentation à des heures de pointe. Près d’une
Française sur trois (30 %) a ainsi déjà senti un passager se frotter à elle de manière déplacée lors d’un trajet en
transport en commun, soit deux fois plus qu’en marchant dans la rue (13 %) ; 26 % des Françaises ont déjà fait
l’objet de caresses ou d’attouchements sexuels dans un transport en commun, contre 15 % dans la rue ; enfin, les
femmes rapportant avoir été victimes d’un acte de pénétration sexuelle avec violence, contrainte ou surprise au cours
de leur vie – c’est-à-dire d’un viol au sens juridique du terme – sont sensiblement plus nombreuses à l’avoir été dans
un transport en commun (7 %) que dans la rue (4 %).

Trouver le chasseur avant qu’il ne vous chasse

Rappelez-vous ce grand méchant loup que vous aviez appris à craindre au travers de contes pour enfants. Si au cours
de votre journée, vous tourniez la tête pour apercevoir ce loup accoudé à l’autre bout du bar, vous fixant de ses yeux
jaunes, n’auriez-vous pas envie de commander un taxi pour rentrer chez vous en sécurité ? Soit vous évitez le lieu,
soit vous évitez la personne.
Trouver le chasseur avant qu’il ne vous chasse.
Je ne peux vous donner de description précise du visage qu’arborera votre prédateur, maître du camouflage. Sera-t-il
un homme, une femme ? Sera-t-il jeune, vieux, brun, rousse ? Ce que je peux vous indiquer, c’est le chemin qu’il va
prendre pour vous chasser. Vous trouverez votre chasseur sur ces quatre sentiers de chasse. Employé par les
animaux pour subvenir à leurs besoins, dorénavant le prédateur l’utilise pour ses propres besoins.
La chasse mobile solitaire, ou l’art du guépard

« On obtient des résultats en exploitant des opportunités, non en résolvant des problèmes », selon Peter de Drucker,
théoricien du marketing américain. La plupart des prédateurs ressources passent à l’acte dès qu’une opportunité se
présente, tel le guépard, chasseur solitaire usant de sa rapidité pour capturer sa proie. Cela répond à un besoin, il
veut quelque chose et il va chercher le moyen le plus simple pour l’obtenir. Les vols à l’arraché en sont le digne
exemple. Agir en pleine journée, au milieu de passants, ne sera même pas une contrainte car la rapidité du passage à
l’action transformera tout ce monde-là en simples observateurs passifs et apeurés. Dans le meilleur des cas, vous
trouverez une ou plusieurs personnes pour leur courir après en hurlant de lâcher leur butin.
Cherchez les personnes statiques, qui détonnent dans un univers mobile, celles qui n’ont pas l’air de coller au
paysage. Leur attention est en mouvement, ne se fixant que quand leur proie est identifiée.

La chasse à l’affût, l’art du lion

D’autres aiment la chasse, tel un prédateur posté près d’un point d’eau. Ils guettent le moment où leur victime,
distraite, ne les verra pas surgir. Ce ne sont pas des sprinters, ils préfèrent des lieux dans lesquels les personnes
baissent leurs gardes et se laissent aller, comme les boîtes de nuit ou lieux de rencontres. La victime sera alors prise
en chasse et déplacée vers un lieu calme et isolé.
Ce type de prédateurs est plus difficile à identifier, car il peut recourir au charme. Méfiez-vous de toutes tentatives
pour chercher à apprendre des choses qu’il ne serait pas en droit de savoir, toutes tentatives de contacts physiques
inappropriées et de toutes tentatives d’isolement et de déplacement.

La chasse en groupe, l’art des hyènes

Notre fameuse meute va pourchasser sa proie en groupe et se partager les tâches ainsi que le fruit de sa chasse.
Typiquement, ce groupe de jeunes sur votre quai de gare qui discute fort tout en occupant la moitié de l’espace de
passage. Le message d’alerte « embuscade » doit s’afficher. Votre cœur commence gentiment à s’emballer à l’idée
de passer si près d’une menace. Rien d’anodin à leur placement, le but est effectivement de vous forcer à passer à
côté d’eux et d’apprécier la peur qu’ils inspirent. Il n’est pas rare d’entendre à votre passage une parole déplacée ou
une insulte, bref une phrase qui sent la menace : « Mate comment elle est bonne », « Regarde-moi la
baltringue », etc. Le but étant d’accentuer votre malaise tout en se sentant protégés par leur supériorité numérique.
Dans ce cas, le schéma reste le même : si cela fait du bruit et qu’il y a menace, vous serez dans une situation type
agression/sociale ; si au contraire le message n’est pas menaçant, voire insignifiant, vous serez dans un schéma de
violence prédatrice/asociale.
Vous les avez identifiés, votre intuition vous lance un signal d’alarme, votre cœur s’emballe légèrement. Changez
votre plan, faites semblant de vous être trompé de chemin puis faites demi-tour. Vous avez assez de signes pour
prendre une décision qui potentiellement vous sauvera d’être une proie. Vous vous dites que le prochain train est
dans 20 minutes, vous avez envie de rentrer, qu’il ne vous est jamais rien arrivé. C’est vous avec votre chance, votre
décision, les conséquences vous appartiennent.
Si vous ne pouvez changer ou ne voulez pas changer d’itinéraire, n’oubliez pas que le premier contact est toujours
visuel. Le premier message que vous allez délivrer sera, lui aussi, un message visuel. Vous allez avoir envie de vous
faire tout petit comme si cela allait vous faire disparaître ; au contraire, redressez-vous. Souvenez-vous : si ça fait le
bruit d’une victime, que ça ressemble à une victime, c’est une victime. Vous n’êtes pas une victime.
Comptez les personnes du groupe puis vérifiez si, quelques mètres plus loin, il n’y en a pas d’autres. Ne fixez
personne dans les yeux, mais balayez du regard la scène, vérifiez les mains de chacun, c’est de là que viendra le
danger : mains apparentes ou non ? vides ou pleines ? En bref, envoyez un message : je vous ai vus, je ne suis pas la
proie la plus facile que vous rencontrerez. Le but de cette démarche va être de décourager votre agresseur de vous
faire rentrer dans la case « victime potentielle facile » en lui montrant votre conscience du groupe. Pendant que vous
avancez, profitez-en pour faire un inventaire des objets offensifs que vous portez (le trousseau de clefs dans votre
main pourrait faire des dégâts si vous deviez frapper), des défensifs autour de vous (votre sac de sport pourrait faire
un bouclier assez efficace, etc.), coupez le son de vos écouteurs si vous écoutez de la musique (entendre un « viens,
on se la fait, celle-là » est une information plus que capitale). Vérifiez si une vitrine ou toute autre surface
réfléchissante ne pourrait pas vous permettre de les surveiller sans avoir à les fixer. S’il n’y a rien pour aider, servez-
vous de votre vision périphérique. Écoutez et observez, vous devez impérativement savoir si un ou plusieurs
membres de la meute se mettent en marche dans votre sillage après votre passage. La plupart des prédateurs
cherchent le minimum de résistance en jouant au maximum sur l’effet de surprise. Dans certains cas, lorsqu’ils
pensent avoir été détectés, ils peuvent abandonner la chasse pour s’en prendre à une proie qu’ils pourront
surprendre.

La chasse statique, l’art de la plante carnivore

Il existe un lieu qui ne connaît pas la pitié, un lieu où la violence s’exerce quotidiennement et par le plus grand
nombre, tous genres confondus, tous âges confondus. Les mœurs évoluent, les prédateurs aussi. Quand un nouveau
terrain de chasse apparaît, le chasseur s’adapte. Parlons d’un lieu qui n’existait pas il y a encore quelques décennies
et qui a donné aux prédateurs la possibilité de démultiplier les opportunités de contact tout en préservant au
maximum leur identité et leurs intentions : Internet.
Applications de rencontres, réseaux sociaux, forums, etc. Autant de supports qui permettent à chacun de se dévoiler,
de s’exprimer mais aussi de déverser sa violence et ses déviances. Derrière un écran, tout est permis ou du moins,
tout semble l’être : le timide peut prendre des initiatives, le cœur de l’épouse délaissée peut battre en retrouvant son
premier amour, le jeune homme complexé peut partager sa passion et être adulé par une communauté, etc. Oui,
Internet est un outil formidable mais, comme tout outil mis entre les mains d’humains, il n’a pas fallu longtemps
pour que les côtés pervers fassent leur apparition. Au-delà des belles histoires, il y a la cybercriminalité, le
cyberharcèlement, et autres violences tout aussi réjouissantes. Rappelez-vous toujours que non, ce n’est pas parce
que vous êtes tranquillement devant votre ordinateur avec votre tasse de café bien chaude dans le cocon si rassurant
de votre intérieur que vous êtes en sécurité. Chaque photo, chaque commentaire, chaque story, tout est information
personnelle et peut potentiellement se retourner contre vous.
Alors sans tomber dans la paranoïa et parce que cet outil reste tout de même l’invention incontestée du siècle et un
magnifique levier social et professionnel, il y a quelques règles de bases à suivre :

Tout d’abord, limitez les informations trop précises et trop personnelles comme le nom de votre école,
de votre employeur, votre lieu de résidence ou de vacances, surtout en temps réel (les cambrioleurs sont
toujours ravis pour vous que vous fassiez du jetski à Trifouilly-sur-Mer pendant qu’ils dévalisent votre
appartement).
Ne donnez de vous que des informations générales et prenez garde aux photos livrant trop de détails sur
votre position, votre niveau social (est-ce un vrai Picasso derrière vous ?) ou vos habitudes de vie
(personne n’a besoin de savoir que vous allez courir seul tous les dimanches matin dans le jardin du
Luxembourg entre 7 h 12 et 8 h 23).
Ai-je vraiment besoin de préciser que les échanges de photos dénudées sont à proscrire ? Compte tenu du
nombre de détournements de photos de jeunes innocentes et innocents, je crois que, malheureusement, je
suis dans l’obligation de le préciser. Peu importe le contexte, peu importe la raison évoquée, peu importe
le support ou l’application, aussi éphémère se prétend-elle, c’est non ! Il s’agit d’un levier de chantage,
de pression et de harcèlement qui peut gâcher votre vie. Je ne pourrais que vous encourager à plutôt
reconsidérer vos relations avec cette personne que vous connaissez depuis trois jours et qui vous
demande ce genre de clichés.

Néanmoins et parce que nous pouvons tout de même garder une part de romantisme dans ce monde, s’il vous prend
l’envie de rencontrer votre match Tinder, très bien, mais certaines règles peuvent aussi vous éviter des déconvenues.
Ce n’est pas parce que vous vous parlez depuis quinze jours et que vous vous êtes raconté tous vos souvenirs de
primaire que vous vous connaissez. Rien ne vous dit que les souvenirs échangés, les informations reçues ou même
les photos affichées soient le reflet de la réalité. Alors, par prudence :

donnez les informations concernant l’amoureux(se) en votre possession à un proche (nom, pseudo, âge,
photo, profession, etc.) ;
prenez la main sur le lieu des premiers rendez-vous, privilégiez des lieux publics et que vous
connaissez ; le prédateur cherche à maîtriser le lieu, refusez un déplacement en cours de rendez-vous, qui
sait ce qui vous attend au lieu numéro 2, rien de bon sans doute.
Échafaudez en amont un « scénario de sortie » (vous pouvez, par exemple, prévoir qu’un ami vous
appelle à 21 h 30 et convenir avec lui d’un mot codé en cas de rendez-vous peu concluant ou qui vous
met mal à l’aise).

Lorsque le virtuel devient réalité, lorsque les échanges épistolaires deviennent du face-à-face, les attitudes et les
codes changent. Observez, restez à l’écoute et relevez d’éventuelles incohérences, que ce soit dans les informations
reçues (le bellâtre n’était-il pas censé avoir 34 ans cette année ? Pourquoi vous semble-t-il que cet âge a plutôt été
atteint au début des années 2000 ?), que dans les attitudes (prêtez attention à la façon de s’exprimer, de se tenir, etc.).
Là encore, votre intuition est une arme. L’expression dit : « S’il y a un doute, c’est qu’il n’y a pas de doute », alors
prenez la poudre d’escampette si vous sentez des écarts d’informations trop importants ou tout simplement si vous
sentez que c’est ce que vous devez faire. Cette règle vaut pour chaque étape d’une rencontre ; il ne sera jamais trop
tôt pour partir mais il peut être trop tard.

La nuit plus dangereuse que le jour ?

Il n’y a pas de jour ou de nuit, il n’y a que des hommes et des lieux. L’être humain tend à vouloir rationaliser le
monde qui l’entoure. Un vieux dicton prétend : « Minuit est l’heure du crime. » Ce dicton, tiré d’un poème pour
enfants de Maurice Carême, se solde effectivement par un crime dont la victime, heureusement, est un artichaut.
Pour ce qui est de la réalité, c’est un peu plus compliqué que cela. En effet, il faut distinguer le sentiment
d’insécurité, que nous éprouvons lorsque nous sortons la nuit, des rares chiffres en notre possession qui effectuent
une corrélation entre les heures et les agressions. Notre sentiment d’insécurité provient avant tout de notre peur
ancestrale de la nuit. Effectivement, du fond de notre caverne, sortie des tréfonds de la forêt, l’obscurité était
synonyme de mauvaise rencontre avec certains prédateurs tapis dans l’ombre. De nos jours, bien que l’éclairage
urbain ait fait son apparition un peu partout, ce sentiment ne nous a pas quittés. Peut-être car la nuit correspond au
moment de la journée où la consommation d’alcool atteint son apogée, ce qui désinhibe les comportements. Vous
vous dites peut-être que le fait que la plupart des gens dorment favorise l’absence de témoins pour commettre un
délit ? Sûrement, pourtant il faut savoir qu’en France 65 % des agressions auraient lieu en plein jour. À Paris, une
étude basée sur les enregistrements « d’atteintes volontaires à l’intégrité physique » par la police, effectuée par
l’INSEE, montre que 18 heures-19 heures, lors des sorties de travail, est l’heure la plus dangereuse de la journée. Un
deuxième pic aurait lieu entre 23 heures et minuit. Minuit est peut-être l’heure où nous nous sentons le plus
vulnérable, mais l’heure du crime, finalement, ne serait-elle pas lorsque les gens se rencontrent ? Que ce soit à leur
sortie de travail ou à la fermeture des bars ?

Conseil pour votre trajet nocturne au cœur de l’angoisse

Il nous est tous arrivé au moins une fois de nous sentir suivis quand nous rentrions tard le soir. Un bruit suspect,
amplifié par le silence de la nuit, une présence derrière vous qui marche dans votre sillage, le tout saupoudré des
battements de votre cœur qui commence à s’emballer en se demandant s’il ne lancerait pas un programme 4F…
Voici quelques recommandations :

Respirez façon 4-4-8 (voir ici). Évitons un lancement intempestif d’un programme 4F.
Cherchez à identifier visuellement le bruit perçu. Il s’agit de votre voisin de 80 ans qui promène son
chien, vous pouvez revenir à un niveau de vigilance plus tranquille : repassez à la consigne 1. S’il s’agit
d’un inconnu, d’une vague connaissance, ou d’un groupe, passez à l’étape suivante.
Gérez la menace à distance en rajoutant plus de distance. Nous allons jouer sur l’étape 2 de la prédation.
Souvenez-vous, le prédateur a besoin de vous rejoindre. Compliquons-lui la tâche.
Accélérez le pas, essayez de mettre le plus d’obstacles entre vous et la menace. Changez de trottoir,
cassez le rythme en accélérant subitement, servez-vous de votre vision périphérique pour voir si vos
actions entraînent une réaction.
Le prédateur cherche l’isolement, et la discrétion, si possible rejoignez un groupe ou des personnes,
rentrez dans un bar.

Plus la distance sera grande entre lui et vous, plus vous bénéficierez de temps pour vous préparer mentalement et
prendre une décision sur la suite que vous désirez donner. Exemple : s’il court, je cours. J’envoie un message à
quelqu’un de mon entourage pour qu’il vienne à ma rencontre, je le fais avant d’être privé de ma motricité fine due
au stress. Concernant votre téléphone, ne négligez pas l’utilisation de l’assistant vocal. Vous pouvez désormais le
mettre en marche simplement avec quelques mots et lui demander de contacter un éventuel soutien ou un service
d’urgences. Pour rappel, votre message doit toujours contenir votre nom, où vous êtes et pourquoi vous appelez. « Je
suis suivi, viens me chercher » ne vous aidera pas si, sous le stress, vous oubliez de préciser où vous êtes.
Entraînez-vous à envoyer ce genre de message, ce n’est pas quand vous serez suivi, qu’il faudra chercher un tuto sur
Internet.
Attention à la précipitation. Arrivé près de chez vous, vous sortez vos clefs les mains tremblantes face à une serrure
qui semble s’être rétrécie sous l’effet de la peur. Bien que votre foyer représente pour votre esprit un lieu de totale
sécurité, prenez garde à ne pas faire rentrer le loup dans la bergerie. Le hall d’immeuble peut se transformer en piège
quand votre agresseur vous a suivi. Dans le doute, si vous n’êtes pas sûr de pouvoir rentrer chez vous avant d’être
rejoint, faites un détour ou continuez de marcher. Il est beaucoup plus difficile de maîtriser une cible en mouvement
que figée.
À titre informatif, 59 % des violences sexuelles hors ménage sont commises dans un domicile, 69 % en cas de viol
ou tentative. Que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur, vous n’êtes à l’abri de rien.
Source : « Cadre de vie et sécurité » INSEE 2017.
• S’échapper
Être absent à l’heure de son agression reste, en matière de self-défense, ce qui se fait de mieux. Cependant, certains
rendez-vous comme l’embuscade ou un cambriolage ne s’annoncent pas. Dans votre chaîne de solutions, la fuite
devient alors votre meilleure alternative. Fuir ne se résume pas à courir comme un dératé droit devant. La fuite se
met en marche quand à la question : « réellement, ai-je besoin d’être là ? », la réponse est non. Dès ce moment-là,
partez. Vous pouvez très bien le faire en marchant ; vous êtes en soirée et cette personne vient vous parler en vous
accaparant totalement, votre instinct se réveille et vous alerte. Posez-vous la question ; si la réponse est négative,
mettez fin à la discussion immédiatement pour rejoindre votre groupe d’amis. Bravo, vous venez de fuir.

La fuite, l’échappatoire

Avant que vous vous mettiez à penser que vous pouvez négliger la technique de l’absence pour celle de la fuite, en
vous disant que c’est moins contraignant au niveau de votre organisation, sachez que chaque étape franchie voit vos
chances de réussite diminuer. Regardons ensemble les contraintes liées à cette solution. Eh oui ! nous n’avons rien
sans rien en ce bas monde :

Pour fuir, il faut en avoir la possibilité. C’est une chose de courir pour sauver sa peau, c’est une tout
autre chose de prendre cette décision quand on est accompagné. Si la personne n’est pas en mesure de
courir à votre rythme, comme un enfant, une personne âgée, etc., moralement, cela risque d’être un choix
plus que cornélien. De plus, physiquement, vous ne devez pas être blessé (les joueurs de foot et vos
croisés, on vous aime), ou avoir été blessé durant l’agression. Le temps n’est toujours pas votre ami, plus
il s’écoulera durant une agression moins vous aurez d’options. Vous devez vous demander le plus tôt
possible si votre présence est nécessaire.
Pour fuir, il faut en être capable. Si votre dernier footing remonte au cross du collège, forcé par vos
professeurs déjà à l’époque, il va falloir parler d’un sujet qui fâche. En tant qu’adulte, nous avons
rarement l’occasion de courir, à l’inverse des enfants qui sautent en vous parlant et courent comme des
lapins sous stéroïdes dans la cour de récréation. Quand nous le faisons, nous sentons le poids des années,
ainsi que celui de notre amour pour la nourriture. Pourtant la fuite est un exercice des plus violents pour
le corps. Vous allez devoir faire un sprint, à froid, habillé pour tout sauf pour courir. Je n’ai qu’un
conseil, allez courir ! La self-défense repose en grande partie sur la préparation et l’anticipation. Il n’y a
pas de mystère, vous allez devoir affûter votre corps.
Pour fuir, il faut savoir où aller. Vous devez courir pour vous mettre en/vers la sécurité ! Tel est
l’objectif de la fuite, et surtout votre destination, que nous appellerons : zone sûre. Vous vous dites :
« Bravo, encore une belle porte ouverte d’enfoncée ! » Merci, c’est ma spécialité ! Pourtant, cette phrase
en gras va augmenter votre efficacité drastiquement. En effet, votre instinct ancestral va vous pousser à
fuir la menace, en courant le plus loin possible du danger. Au risque de rendre totalement flou l’endroit
où vous allez, car vous êtes plus concentré sur ce qui est derrière vous que devant. Si c’est pour foncer
droit devant en plein dans une impasse, vous noterez le côté improductif de la chose. De plus, tout le
monde a reconnu un programme 4F dopé à l’adrénaline, accompagné de l’effet tunnel, d’une panique
rampante, tout cela va limiter votre aisance. Vous serez très très loin de votre petit footing du week-end.

Qu’est-ce qu’une zone sûre ? Les zones sûres sont des zones, où vous pouvez soit vous cacher, soit vous mettre à
l’abri, soit trouver une protection. L’identification de ces zones passe par un repérage visuel, notre fameux scan en
Z. Voilà pourquoi il est important de faire ce scan le plus tôt possible, avant que la personne en face de vous
commence à saturer votre cerveau d’informations. S’il est éxécuté trop tard, vous risquez de recevoir un message
salé de votre cerveau qui va simplement refuser de se mobiliser pour vous trouver un lieu de fuite car il sera
sérieusement occupé à savoir si la personne en face va vous faire du mal. ANTICIPEZ TOUJOURS. Une bonne
cachette est un endroit où vous ne serez plus visible par vos poursuivants. Il arrive que l’énergie et le temps
nécessaires pour vous trouver découragent votre agresseur. Sinon vous aurez un laps de temps pour prévenir les
secours si possible, ou élaborer une contre-attaque. À la différence de la cachette qui a pour but de dissimuler votre
emplacement, l’abri ressemble plus à une couverture, en cas de fusillade par exemple ou bien quand vous risquez
d’être blessé par des objets – par exemple, se réfugier sous une table en cas de séisme est une très bonne idée. Le
dernier lieu de fuite est la recherche de protection, cela peut être soit courir vers un groupe de personne pour trouver
assistance, soit vers une pièce sécurisée.

LA FUITE :

Identification d’une situation à risque.


Prise de décision.
Augmenter la distance entre soi et la menace.
Se rapprocher de personnes, lumières, professionnels, lieux sécurisés.

Fuir une agression : Le but initial de cette forme de violence est de soumettre l’autre, soit par l’intimidation, soit
par la violence. La fuite est une forme de soumission acceptable pour l’instigateur. Elle permet à celui qui a un grief
de prouver sa domination, avec un minimum de risque physique. Je ne dirais pas qu’il désire votre fuite mais, en tout
cas, il l’espère. Il va falloir mettre son ego de côté pour certains, mais dans ce type de scénario, fuyez, l’agresseur
devrait vous laisser partir.
Fuir une prédation : Autant lors d’une violence sociale, la fuite était une option privilégiée, autant dans le cadre
d’une violence asociale, cette solution va dépendre d’où vous en êtes dans son process. Si vous en êtes au début,
dans un milieu où il y a du monde, dites-vous qu’il va avoir besoin d’un déplacement pour vous isoler. Dans ce cas,
restez entourée au maximum. Un prédateur vous a choisi. Rappelez-vous, la violence sociale a besoin de témoins, la
prédation les fuit. Si malheureusement vous sentez que vous arrivez à la fin du process de prédation, fuyez.
Cependant, méfiez-vous, le prédateur devrait passer en mode « chasse ». Courez alors pour vous mettre en sécurité.
Fuir une meute : Lorsque vous pénétrez sur un territoire qui allume votre alarme intérieure ou dans un endroit dont
les codes ou les règles vous sont inconnus, appliquez en tout premier ce conseil : faites-vous discret. Vous pouvez
très bien être quelqu’un de reconnu professionnellement dont l’avis est pris en compte pour chaque décision,
personne ne vous tient tête car votre charisme naturel balaye tout sur son passage et rajoutez à cela que l’avis des
autres vous importe peu ; tout cela vous donne sûrement le sentiment d’être en haut de votre chaîne alimentaire,
pourtant si vous changez d’environnement social, c’est exactement cela qui risquera de déclencher votre agression et
de vous voir finir fracassé au sol sous une pluie de coups de pied. Le monde n’est pas à vous, dès que vous changez
de contexte vous repartez de zéro au niveau des règles d’engagement. Le plus souvent, la prise de conscience
toujours trop tardive commence par cette phrase bégayée : « Mais lâchez-moi, vous ne savez pas qui je suis ! »
Généralement, la raclée pédagogique remet tout le monde à sa place.
Le temps n’est pas votre ami en matière d’agression, plus tôt vous fuirez ou quitterez ce scénario qui vous alerte,
mieux cela sera. Si vous êtes rentré dans ce bar où tout le monde vous regarde de travers ou si vous êtes assis, vous
et votre amie, à cette table entourée d’un groupe d’hommes complètement saouls, qui commencent déjà à chercher
de l’animation, demandez-vous si vraiment cela vaut la peine que vous restiez ? Vous vouliez vraiment essayer ce
nouveau cocktail ? Maintenant que vous êtes consciente de la face cachée du miroir, dois-je vraiment vous
demander ce qui compte le plus pour vous, votre intégrité physique ou ce mojito ? Levez-vous tranquillement et
sortez. Si vous êtes venu accompagné et que vous vous inquiétez pour la personne qui vous accompagne, sortez sans
perdre de temps.

L’étranger au sein du groupe

Nos cousins bonobos ou les chimpanzés identifient les étrangers sur la seule base de la familiarité. Vous vivez avec
eux, vous faites partie du groupe ; les autres sont les étrangers. Du coup, reconnaître les autres est assez simple, soit
vous êtes avec eux, soit non. Les chimpanzés peuvent entendre ou même voir d’autres singes mais leurs échanges
sont toujours courts et pas très amicaux. Les bonobos sont plus sympas avec les étrangers.
De notre côté, nous nous comportons différemment avec des personnes extérieures à notre cercle familier. Déjà,
contrairement aux animaux, les humains savent immédiatement si un inconnu appartient ou non à leur groupe. En
effet, ils vont définir leur groupe en fonction de l’apparence (uniforme, style vestimentaire, les années lycée sont
assez parlantes), la façon de parler (qui ne s’est jamais senti vieux en ne comprenant pas la nouvelle expression des
jeunes) ou l’ensemble de croyances (religion, convictions politiques, etc.). Cette image du groupe évolue
perpétuellement, elle permet de voir immédiatement qui est étranger au groupe ou qui y a sa place, même si
personne ne l’a jamais rencontré (si vous avez le bon maillot de foot, n’importe quel bar de supporters vous est
ouvert). Chaque jour, sans vous en rendre compte, vous vous parez de façon à être identifiable auprès des autres : le
tee-shirt d’un groupe de musique, le sac à main qu’il faut avoir auprès de votre génération, etc.
Autant ces symboles peuvent vous ouvrir certaines portes, autant ils peuvent être un déclencheur d’agression en
vous désignant comme étranger au groupe. Vous êtes responsable de votre tenue. Un groupe qui ne vous connaît pas
vous jugera totalement sur votre apparence physique. C’est la première information que vous allez lui délivrer, et
votre tenue vestimentaire est le point névralgique de votre apparence. Conclusion : méfiez-vous de votre tenue.
Vous sortez ce soir avec vos amis, laissez à la maison vos tee-shirts « Je fais du krav-maga, touche-moi et ta
première leçon sera gratuite » (oui, oui, ce tee-shirt existe). Honnêtement, outre le fait que ce genre de vêtement soit
d’un mauvais goût frôlant la peine de prison, il ne dissuadera personne de venir vous chercher des noises. Au
contraire il pourra être perçu soit comme une provocation, soit comme un signe de faiblesse (« Je le mets pour vous
dissuader, car je n’ai pas assez confiance en moi si ça devait déraper »). Mesdames, attention aux tenues
hypersexualisées sur des territoires dont vous ignorez les règles. Vous ne passerez pas inaperçues, sans forcément
comprendre comment vous serez perçues par les femmes et hommes présents. Comme pour les hommes, votre tenue
pourra paraître comme un affront pour le groupe, une insulte pour certaines et une invitation pour d’autres.
Dernier point sur le choix de vos vêtements, l’aspect tactique. En effet, vos vêtements pourront vous avantager ou
vous pénaliser en cas de conflit. Essayez de courir en tongs et vous comprendrez où je veux en venir ! Certains
vêtements vous empêcheront de courir, ou de pouvoir lever la jambe. Votre sac à main qui renferme tout ce dont
vous avez impérativement besoin (dont cette enclume au cas où vous auriez besoin de forger une épée) nuira
considérablement à votre capacité à mettre un coup de poing ou à pouvoir courir rapidement. Les cheveux longs ou
tout ce qui dépasse d’ailleurs peuvent être saisis et servir à vous envoyer au sol. Conclusion, ayez toujours une main
de libre, des chaussures qui vous permettent de courir, un sac à main contenant des choses que vous êtes
psychologiquement prête à abandonner en cas de besoin.

Fuir les lieux mais aussi les personnes toxiques

Savez-vous pourquoi nous affublons de l’adjectif « toxiques » certaines personnes ? Tout simplement car elles nous
empoisonnent la vie. Monstre aux multiples visages, la violence psychologique peut embaucher votre collègue, votre
ami, votre conjoint, un membre de votre famille, voire quelqu’un de virtuel pour s’en prendre à vous. Tout ce dont
elles ont besoin, c’est d’un lien.
Le concept de self-défense s’applique à tous les aspects de votre vie, et ceci n’a pas de limites. Si vous pensez que
seule l’agression de votre corps est un danger pour vous, sachez que l’agression de votre santé psychique peut être
tout aussi dangereuse pour votre corps. Être confronté à une personne toxique engendre du stress. Les conséquences
du stress dépendent de sa durée, le temps n’est toujours pas votre ami. Un stress chronique peut entraîner un état
d’épuisement qui augmente le risque de maladies cardiaques, d’hypertension artérielle, de taux de cholestérol élevé,
de diabète, d’ulcères à l’estomac, d’une baisse des défenses immunitaires… Je n’ai pas fini, car psychologiquement
votre état émotionnel va prendre un coup pouvant conduire à la dépression, l’hyperémotivité, aux troubles du
sommeil… Êtes-vous plus convaincu par la menace que cela peut représenter ? Parlons un peu de ces prédateurs de
l’esprit.
Il va falloir prendre conscience que vous êtes dans une relation toxique, ce qui n’est pas toujours évident. Pour cela,
vous allez devoir prendre du temps pour vous poser les bonnes questions : « Pourquoi je me sens mal ? Est-ce
normal que je me sente tendu dès que je le/la vois ? Est-ce que j’appréhende à l’idée de le/la voir ? », etc.
Si vous sentez que sa présence provoque un stress, que vous ne pouvez pas être vous-mêmes de peur de ses critiques
ou de la menace qu’il ou elle représente, au point de vous sentir fatigué d’avance à l’idée de le/la voir, il y a de fortes
chances que vous soyez au contact de quelqu’un de potentiellement nocif pour vous ; un prédateur de l’esprit.
Car oui, vous êtes en face de prédateurs, qu’ils soient manipulateurs ou pervers narcissiques, sans oublier les
égocentriques, quel que soit le degré qui les touche, ils n’en restent pas moins dangereux. Le danger prendra
différentes formes : manipulation, culpabilité, violence physique ou verbale, jalousie, critiques, etc. Pour faire
simple, tout ce qui ne permettra jamais à une relation d’être saine, car n’oubliez pas, un prédateur ne vous veut pas
du bien, il veut le sien.
Les schémas sont toujours les mêmes : un prédateur cherchera toujours la proie la plus facile. En l’occurrence, celle
qui aura la plus faible estime d’elle-même, celle qui ne s’aime pas assez pour savoir ce dont elle a besoin ou non. Ce
qui la conduira à ne plus distinguer qu’elle mérite tellement mieux que ça, car ses sentiments l’empêcheront de
prendre conscience de la toxicité face à elle. Rappelez-vous, les requins sont attirés par le sang. Pansez vos plaies.
Apprendre à s’aimer n’est pas évident, vous pourrez trouver de l’aide auprès de thérapeutes, de coachs de vie, etc.
N’oubliez pas qu’un prédateur cherchera toujours à isoler sa victime, pour la rendre plus vulnérable. Conservez le
contact avec les autres, les liens que vous coupez auprès des autres vous attachent à lui. Pouvoir échanger avec des
amis, votre famille, vous permettra de prendre du recul, de réfléchir à la potentielle toxicité de cette personne, voire
de trouver certaines solutions.
Souvenez-vous du poids de notre éducation, ce formatage de l’enfance nous conditionnant à satisfaire le besoin des
autres avant le nôtre. Le travail sur le fait de dire non est la porte qui vous mènera à exprimer vos besoins, à assumer
votre bonheur.
Face à un prédateur, rappelez-vous : vous n’êtes pas là pour l’immobiliser ou l’interpeller. Face à une personne
toxique, vous n’êtes pas là pour la faire changer ou la soigner. Dites-vous qu’elle n’a pas conscience d’être toxique,
ce sont vos sentiments qui aimeraient que cette personne change. « Le secret du diable est de faire croire qu’il
n’existe pas », dit le proverbe. Il en est de même avec la personne toxique, elle ne l’est pas avec tout le monde. Au
contraire, elle peut être tout à fait charmante en société toute la soirée et, dès la porte de la voiture claquée, redevenir
votre ennemi intime.
Identifiez la situation en faisant le bilan de ce que vous a apporté cette relation, du positif comme du négatif. Puis
prenez cette décision, difficile, je l’entends, où vous choisissez votre bien-être et non le sien. Le temps est votre
ennemi, la distance est votre amie, mettez de la distance émotionnelle et physique entre vous et elle. Rapprochez-
vous des autres, familles, amis et professionnels qui pourront vous sécuriser.
Fuir, c’est aussi savoir dire non

« Non est une phrase en soi. » Cette phrase est le résumé exact, précis et complet du mot « non ». Les enfants
possèdent cette capacité à verbaliser leur envie sans l’ombre d’une hésitation. « J’ai envie de jouer », « Non, je n’ai
pas aimé le repas », etc. Le « non » est même une phase de leur vie à part entière. Cependant, notre éducation nous
pousse à sortir de cette phase, nous désapprend à dire non au profit d’un oui qui fait plaisir à notre entourage, qui ne
blesse pas, qui ne déçoit pas. Puis vient la vie adulte où le oui devient votre diplomate officiel pour paraître bien
comme il faut. Le problème, c’est que sans vous en être rendu compte, le mot « non » est devenu pratiquement une
mauvaise chose.
Une chose est sûre, chaque fois que vous n’osez pas ou ne pouvez dire non, vous abandonnez votre liberté et, par la
même occasion, qui vous êtes. Outre votre estime de soi, les conséquences peuvent être plus ou moins graves :
harcèlement, perte de confiance en soi, violences sexuelles.
« Non, je ne répondrai pas à ce mail qui va me prendre cinquante minutes à 23 heures », « Non, je ne garderai pas
ton chat auquel je suis allergique et qui me déteste », « Non, je ne viendrai pas boire un verre avec toi qui arrive à
composer des phrases si lourdes avec si peu de vocabulaire ».
Le lien qui nous unit aux autres est une force la plupart du temps, mais elle peut être aussi notre faiblesse. Dire oui
pour ne pas faire de peine est très fréquent dans les relations, amis, parents, conjoint, avec qui le lien affectif est fort.
Ce lien pourra être utilisé contre vous pour vous faire changer de décision : « Tu es sûr de toi ? Je suis vraiment
déçu », « Si vraiment tu tiens à moi, prouve-le-moi », « Allez, fais-moi plaisir, s’il te plaît », etc. neuf fois sur dix la
victime connaît son violeur, ne sous-estimez jamais ce qu’un prédateur peut faire pour arriver à ses fins.
Où est alors la limite de ce véritable chantage affectif ? Sans vous en rendre compte, vous abandonnez votre libre-
arbitre. Vous le faites pour ce lien qui vous unit sans imaginer la toxicité qui s’étend autour de vous. S’il s’agit de
votre couple, agissez. Il y va de votre sécurité émotionnelle, psychologique et physique. Toutes les violences ne sont
pas physiques, mais toutes les défenses commencent par une décision, que ce soit d’agir ou de dire non. Alors
agissez, et vite : si vous vous soumettez à ce que l’autre désire sans oser lui dire non, votre relation sera toujours
déséquilibrée. Vous allez charger votre cœur de tristesse et de rancune, et dégrader l’estime de vous-même.
Méfiez-vous des pressions de groupe ! du regard de ces amis plein de bonnes intentions qui vous poussent à essayer
ce nouveau produit « trop bien » qu’ils ont eux-mêmes essayé. Ce lobbying qui se veut bienveillant, mais qui
finalement va à l’encontre de ce que vous êtes, pour vous faire ressembler à ce qu’ils sont.
Pour vous aider, reprenez la démarche que nous avions eue concernant jusqu’où vous étiez prêt à aller face à une
menace mortelle. Employez-vous à réfléchir à ce que vous voulez, ce dont vous avez envie et ce dont vous n’avez
pas envie. Faites-le là, tranquillement, c’est toujours plus simple l’esprit au calme. Vous gagnerez du temps à
connaître vos limites, celles qui, atteintes, vous pousseront à refuser le scénario. Le mot « non » deviendra alors
votre frontière entre l’inaction et l’action. « En ai-je vraiment envie ou pas ? », « Est-ce que je suis prête à avoir des
rapports sexuels avec lui ou elle, ou pas ? » « Je veux bien lui parler, mais pas coucher avec lui. »
Quand vous savez quoi refuser, il ne reste plus qu’à passer à l’acte : oser dire non, et s’y tenir, malgré l’influence
de l’auditoire pour vous faire changer d’avis, malgré la culpabilité de ne pas satisfaire les autres. Je sais que ça ne se
fait pas comme ça, vous devrez affronter un conditionnement qui s’étend sur des décennies pour certains. Allez-y un
pas après l’autre, entraînez-vous, répétez, essayez. Faites-vous la main avec des démarcheurs téléphoniques pour
commencer, puis avec votre collègue qui n’a jamais de monnaie pour le café et ainsi de suite.
Avec des personnes extérieures à votre cercle, exprimez-vous de façon nette, avec une intonation ferme, confiante,
et déterminée : « Non, merci, c’est gentil, j’ai déjà quelqu’un », « Non, je rentre chez moi ». Ne vous justifiez pas,
ou ne regrettez pas, ce faisant vous ouvrez la porte à la négociation et l’influence. Vous n’avez pas à convaincre les
autres que votre choix est juste.
Entraînez-vous devant un miroir, filmez-vous. Je sais, cela peut paraître ridicule, mais dites-vous que même les plus
grands acteurs répètent des heures pour trouver la bonne intonation. Votre prestation ne sera peut-être pas acclamée
par le jury, pourtant elle devra convaincre un public venu voir une autre séance. Votre non ne devra pas tomber dans
l’agressivité, qui pourrait servir de prétexte pour déclencher une agression ou qui pourrait décrédibiliser votre
position, ne caricaturez pas. Trouvez le ton juste, celui qui exprimera la frontière impénétrable de votre décision.
Il va falloir rester sur vos positions. Si vous sentez que vous vacillez, ou que votre intuition vous alerte, fuyez
immédiatement le scénario. C’est le meilleur moyen pour ne pas avoir à argumenter.
Bien sûr, les personnes de votre cercle proche s’attendront à peut-être plus qu’un « non ». Préparez vos arguments et
livrez-les sans attendre le dernier moment. Le temps n’est toujours pas votre ami en matière de stress. « Non, je ne
viendrai pas ce week-end chez ma tante avec vous, je dois finir mon mémoire. »
Maintenant, si les personnes en face de vous ne savent pas l’entendre, prenez des distances. Comme dit le proverbe :
« L’égoïsme des uns n’est que le prolongement de l’égocentrisme des autres. » Prendre une décision pour votre
bien-être ne fera pas de vous un monstre d’égoïsme.
Plus vous serez à l’aise avec le sujet, plus votre zone de pouvoir s’étendra, ainsi que votre zone d’affirmation.
Si un inconnu vous interpelle dans la rue, c’est pour mieux vous arrêter, mon enfant. Le prédateur risque de se servir
d’une question pour mieux vous hameçonner : « Excusez-moi, vous n’auriez pas une cigarette ? » « Non, désolé. »
Le point le plus important est de ne surtout pas vous arrêter pour répondre. C’est en mouvement que vous êtes le
plus en sécurité. Déjà, car vous envoyez un message de non-soumission : « Non, je ne m’arrête pas car tu me l’as
demandé. » Ensuite, cela dévoilera clairement son jeu : soit il continue sa route et vous la vôtre, soit il vous suit et
vous démasquez un prédateur, finie la surprise. Si vous vous arrêtez, remettez-vous au plus vite en mouvement.
Attention à l’emploi du « non ». N’oubliez pas que votre rencontre provient d’un grief. Si vous avez grillé la priorité
à une voiture, et que le type descend en vous hurlant dessus que vous avez failli le tuer ainsi que sa famille à
l’arrière, lui dire « non », aussi fermement soit-il, va vous mener directement à la violence. Dans un scénario de
violence sociale, reconnaître le grief exposé est une étape indispensable. Elle permet d’éviter que la frustration de ne
pas être entendu pousse l’agresseur à utiliser la violence physique. La justification aidera même à renouer le lien
empathique que la colère efface.
« Oui, je suis désolé, j’ai touché à ma radio à ce moment-là. C’est inacceptable, je suis d’accord. J’ai moi-même une
famille, je ferai plus attention à l’avenir. En revanche, non, je ne vous laisserai pas me taper dessus pour autant. »

• Désamorcer
Notre histoire se complique. Chaque étape que nous passons, aussi sympathique que soit le temps passé ensemble,
ne fait qu’augmenter le danger encouru et l’imminence de la violence. Vous ne le voyez pas mais un compteur vient
de s’allumer au-dessus de vous. Il égrène maintenant le temps qu’il vous reste avant l’explosion de la violence, votre
temps est compté. La seule chose qui refera passer votre jauge de sécurité dans le vert est la distance. Tout ce qui va
se passer maintenant ne vise qu’à retourner à l’étape précédente : la fuite et cela ne se fera pas sans risque.
Qu’est-ce que la désescalade ? Tout simplement le fait de convaincre la menace qui vous guette de faire marche
arrière.
Cependant, nous sommes trop près de la zone critique pour ignorer le besoin de se protéger physiquement. Vous êtes
proches et la plupart des attaques se font par surprise. Il est temps d’aborder la notion de garde et de garde passive.

La garde, cette clôture


La garde est une notion répandue dans tous les sports de combat ou arts martiaux. Il en existe autant qu’il existe de
disciplines. Pour faire simple, il s’agit d’une posture, généralement de trois quarts, les mains levées permettant soit
de se protéger soit d’attaquer. À partir de cela, vous trouverez autant de déclinaisons qu’il existe de disciplines.
Mains ouvertes, mains fermées, les mains en haut ou en bas, etc.
Ça, c’est pour l’approche sportive.
Outre la forme qu’elle peut prendre, la garde répond à deux besoins assez simples : celui de se protéger et celui
d’être plus confortable pour frapper. Une garde sert à protéger les organes nobles en pivotant le corps.
Rien de mieux qu’une petite expérience pour comprendre l’intérêt des choses. Prenez une feuille, dessinez un cercle
en son milieu, il représentera vos organes nobles. Tenez-la perpendiculairement à vous et frappez tout droit dans le
tracé. Vous sentez l’impact ? Parfait. Réitérez l’expérience maintenant en tenant la feuille de trois-quart ; le cercle
n’est plus parfaitement rond, il est devenu plus petit. Maintenant, frappez de la même façon. Vous sentez comment
l’effet de votre coup s’est réduit ? Plutôt intéressant comme avantage.
De quel côté tourner ? Naturellement, vous reculerez la jambe droite si vous êtes droitier et inversement. L’intérêt
est de positionner votre côté « fort », en arrière pour qu’il soit assisté au maximum par vos muscles lors de vos
déplacements. Il s’agit de votre artillerie lourde, votre autre côté aura un rôle d’éclaireur. Bien sûr chaque côté peut
endosser un rôle ou l’autre, avec de l’entraînement.
Ensuite vos mains, le fait de les monter va venir compléter ce tableau pour assurer votre protection, pour vous
permettre de déployer votre arsenal de frappe. Pour faire simple, il est l’heure de solliciter vos mains au cas où
l’obligation de passer à l’offensive se ferait sentir. Donc sortez-les-moi de vos poches !
Vos mains vont agir comme une barrière entre vous et votre interlocuteur. Je vous rappelle que ce paragraphe
s’appelle « Désescalade » et non : « La bagarre est la réponse à tout. » Pour former une barrière, venez joindre le
bout de vos doigts devant vous, le but est de former un espace qui vous appartiendra entre vous et votre
interlocuteur. Ne collez pas les mains contre votre ventre ; si nous devions utiliser une image, imaginez-vous à la
fenêtre de chez vous, face à votre jardin ; un inconnu vient à votre rencontre ; plus votre jardin est grand plus il
mettra de temps à venir, vous aurez alors un ajout de temps pour définir une stratégie.
Ce concept de clôture, développé par Geoff Thompson, peut sans doute être considéré comme l’un des principes
d’autodéfense les plus efficaces, mais encore négligé. En effet, la clôture contrôle la distance entre vous et votre
agresseur à l’approche d’une altercation et vous permet de contrôler la situation en tant que première ligne de
défense.
Geoff Thompson soulève l’intérêt de posséder un catalogue de techniques ou de frappes incroyablement puissantes,
seulement si elles sont utilisées avec ce facteur de contrôle qu’est la garde. La clôture vise à dicter la distance et le
timing, tout en étant détendue et naturelle, en embuscade.
Dans une situation à risque, adopter une garde traditionnelle, type boxe, reviendrait à assumer une situation de
combat et enlever soi-même l’élément de contrôle, l’effet de surprise et ses bénéfices. Honnêtement, quel serait la
crédibilité d’une personne se tenant face à vous les poings levés, tout en vous soutenant qu’il veut juste discuter ?
Subliminalement, la clôture vise à prendre le contrôle de la situation via l’espace et à faire savoir à votre agresseur
d’une manière ou d’une autre que vous savez ce que vous faites. Vous venez de fermer par vos mains l’espace
devant vous, ce qui, psychologiquement, vous rend beaucoup moins accessible. Toujours dans cette optique de
distance, comme dans la fuite, vos mains vont jouer le rôle d’obstacle entre vous et l’autre.
Trucs et astuces : l’être humain est rarement statique par nature, gardez une mobilité dans vos mains. Le fait de
parler avec vos mains rendra la posture plus naturelle et vous évitera de glisser vers la tétanie. La tétanie est un peu
comme une hypothermie du corps, continuez à bouger pour la repousser. Faire évoluer ses mains en fonction de
celles de l’autre pour toujours les avoir plus ou moins dessus sera un gros avantage tactique.
Un des avantages de la barrière est qu’elle va vous permettre de vous renseigner sur les intentions réelles de
l’interlocuteur en question. Si la personne est déterminée à vous agresser, le fait d’être confronté à vos mains en
obstacle va générer une certaine frustration. Il aura tendance soit à vous dégager les mains, soit à rentrer de force
dans votre espace : « Tu fais quoi avec tes mains ? », « Baisse ça tout de suite, t’as peur ou quoi ? » Passez
immédiatement au chapitre « Affronter » dans ce cas-là.

Les dangers

Si nous en sommes à cette étape, c’est que, de votre côté, les deux premières options (l’absence et la fuite) n’ont pas
porté leurs fruits. En revanche, que ce soit votre agresseur ou votre prédateur, eux ont avancé leurs pions jusqu’à
vous. Chaque étape franchie augmente la probabilité de perdre le contrôle de la situation, le danger étant accru par le
raccourcissement de la distance vous séparant de la menace.
Quotidiennement, nous entretenons des relations avec les autres et, ce faisant, nous les laissons s’approcher à une
distance où ils pourraient nous frapper avec quasiment n’importe quelle partie de leur corps. Alors pourquoi ne pas
frapper tout de suite ? J’en ai connu, des instructeurs déclarant à tout va qu’ils ne laissaient jamais personne rentrer
dans leur cercle, sans les frapper… Soyons honnêtes, tous les jours nous laissons des inconnus nous approcher. Ceux
qui prétendent le contraire sont soit des menteurs, soit des sociopathes. Ce genre de phrases à l’emporte-pièce sert
juste à éviter le sujet qui est : À cette distance, si je prends la vitesse d’une frappe, que je rajoute un peu beaucoup de
surprise là-dessus, que j’occupe votre esprit par des questions diverses et variées, tout en mélangeant le tout, le
temps que va mettre mon poing pour atteindre votre corps, opposé au temps que vous allez mettre pour comprendre
et réagir fera qu’il vous sera quasiment impossible physiologiquement de bloquer la première frappe. En self-
défense, nous pourrions résumer ce phénomène par une phrase : l’action prime sur la réaction.
Quelle est donc la distance adéquate alors ? Comme d’habitude, le contexte va définir les règles. Prenez le RER vers
18 heures en région parisienne, vous vous rendrez vite compte que si vous attendez d’avoir un mètre cinquante
autour de vous, rentrer à pied ira plus vite. Comment évaluer la distance à laquelle vous devez vous situer des
autres ? Quand vous arrivez sur un lieu, observez :

les distances entre les gens, vous verrez tout de suite quelle va être la règle – imaginez un wagon de
métro, les portes s’ouvrent, tout le monde est agglutiné ; vous savez qu’en rentrant vous allez être au
contact d’autres personnes, la proximité est dès lors acceptable ;
n’acceptez pas une distance inférieure à ce que ces personnes pratiquent entre elles ;
n’envahissez pas l’espace des autres ; le wagon est vide, n’allez pas vous asseoir sur les genoux de la
seule personne présente ;
n’acceptez pas que le vôtre le soit ; si cela devait arriver, n’ignorez pas l’intrusion, elle n’est pas anodine.

La façon dont vous gérez votre espace, est une indication importante dont le prédateur à besoin pour faire de vous
une victime.

Analysez l’espace de dialogue

Si vous n’avez pas pu anticiper l’arrivée de cet étranger dans votre cercle, gardons les bonnes habitudes et analysons
rapidement ce que vous voyez :

Les mains sont-elles visibles ? Partez du postulat : « mains cachées = mains armées ».
Y a-t-il dans sa tenue quelque chose qui pourrait éveiller votre suspicion (renflement sous le tee-
shirt, etc.) ?
La personne est-elle seule ? Y a-t-il des témoins, dans quel état d’esprit sont-ils ?
Y a-t-il des objets qui pourraient éventuellement être utilisés pour ou contre vous ?

Sur une distance de dialogue, prendre conscience de l’arrière-plan est toujours difficile car votre interlocuteur
occupe la majeure partie de votre champ visuel. Pour vous faciliter les choses, toujours le même conseil : essayez
d’être en mouvement. Comme dans une danse, vous allez essayer de tourner. Un quart de tour suffit, cela va vous
permettre de prendre connaissance ce qui se passe derrière vous. En effet, rien ne dit que la prise de contact ne soit
pas l’arbre qui cache la forêt.
Comment le mettre en œuvre ? Comme un prédateur ! Parlez pour faire diversion, cela focalisera l’attention de la
personne en face de vous. La distance de dialogue se réajustera toujours, donc votre interlocuteur suivra le
mouvement. Le fait de toujours chercher à vérifier ce qui se passe derrière vous vous obligera à mettre votre corps
en mouvement. Il sera toujours plus simple d’accélérer le mouvement pour fuir que de chercher à s’arracher du sol et
de la tétanie pour se sauver.

La distance de dialogue

L’école de Palo Alto, une école de pensée et de recherche sur les théories de la communication créée dans les années 1950
aux États-Unis par Gregory Bateson, a mesuré la distance précise séparant deux ou plusieurs interlocuteurs :
La distance intime (entre 15 et 45 cm) : zone qui s’accompagne d’une grande implication physique et d’un échange
sensoriel élevé.
La distance personnelle (entre 45 et 135 cm) : est utilisée dans les conversations particulières.
La distance sociale (entre 1,20 et 3,70 m) : est utilisée au cours de l’interaction avec des amis et des collègues de
travail.
La distance publique (supérieure à 3,70 m) : est utilisée lorsqu’on parle à des groupes.
Pour vous donner une idée de ce que représente la distance personnelle, faites une expérience : discutez avec une personne,
puis tendez votre bras ; vous verrez que vos doigts se poseront sur le haut de son épaule. Approchez-vous de quelques
centimètres et vous commencerez à ressentir un malaise. Reculez et votre interlocuteur ressentira le besoin de se remettre à
la distance initiale équivalente à un bras.

La désescalade et vous

Désamorcer une confrontation avec le stress et la charge émotionnelle qu’elle comprend revient à être propulsé sur
le devant de la scène face à un public armé de cailloux. La moindre erreur de votre part déclenchera les hostilités.
L’envie et les moyens sont là, ne manque plus que le coup de départ. C’est la raison d’être, la plupart du temps, de la
confrontation. La balance va-t-elle pencher vers la violence ou le retrait ? Rien n’est défini, cela peut dépendre de
vous. Quoiqu’il arrive, il est capital de tenter une désescalade ou du moins d’apaiser les esprits, cela évitera à tout le
monde des blessures et des suites judiciaires. Croyez-moi quand je vous dis que ça vaut toutes les victoires.

Votre témoin à charge

La violence sociale se produit toujours dans un environnement social, c’est-à-dire où il y a du monde. Souvenez-
vous de l’aspect global que nous évoquions, la violence est un tableau où vous allez vous inscrire, l’autre aussi, le
tout dans un environnement. Une fois fini, ce tableau sera exposé dans un cadre légal. Que votre désescalade soit
couronnée de succès ou non, vous aurez du public : des témoins. Illustrons nos propos. Mettez-vous à la place de
cette petite dame arrivant sur le quai du RER. Elle s’assoit sur un banc et observe deux personnes passablement
énervées à quelques mètres d’elle. Soudain, l’une frappe, elle ne voit pas trop qui a commencé mais elle se
souviendra avec certitude de qui a frappé en premier, d’ailleurs l’autre est au sol, c’est sûrement la victime ! La
plupart du temps quand les témoins ignorent le contexte d’une situation, ils partent du postulat que la
personne qui a reçu le plus de dommages est la victime. Ce qui risque de vous poser problème quand votre
agresseur réinventera l’histoire pour vous faire passer pour le ou la méchante de l’histoire.
Maintenant reprenez cette même dame qui arrive, elle voit deux personnes s’agiter, puis elle entend l’une dire à
l’autre de la laisser tranquille, qu’elle va partir maintenant, qu’elle s’est montrée raisonnable. Quoi qu’il arrive, elle
se souviendra que l’une a fait tout son possible pour éviter la confrontation. Si elle ne s’en souvient pas, rassurez-
vous, quelqu’un aura bien sorti son portable pour filmer la scène plutôt que de vous venir en aide. Quand les forces
de l’ordre lui demanderont ce qu’elle a vu ou entendu, elle se souviendra de ces mots et elle interprétera le reste. Il
est dit qu’il y a autant de versions que de témoins. Ce que vous ferez ou direz conditionnera la compréhension de la
scène par les témoins.

Démystifions l’agressivité

C’est un peu le premier rôle qui nous vient à l’esprit quand nous imaginons devoir traiter avec quelqu’un qui,
potentiellement ou intentionnellement, souhaiterait s’en prendre à nous ou à nos proches : face à quelqu’un
d’agressif, par effet miroir, l’idée de l’être aussi nous semble la bonne réponse.
Autant cette solution possède de l’intérêt lors la dernière étape, celle de l’action, autant avant cela elle se révèle
assez contre-productive. Personnellement, je n’ai jamais réussi à calmer un enfant en hurlant du death metal, je dis
ça…
Parlons ensuite de crédibilité. Je m’explique : si vous décidez de tout miser sur l’intimidation physique, j’espère
pour vous que vous dégagez une forte aura physique. Je ne dis pas que vous devez être taillé comme un haltérophile
jour de protéines, mais si vous êtes mal à l’aise dans votre corps et mal coordonné, même votre neveu de 6 ans
risquera de ne pas vous prendre au sérieux. Ainsi, ce qui devait à la base être une attitude de dissuasion massive
devient au final une expression de votre malaise et de votre peur et risque de déclencher le passage à l’acte violent.
Ensuite quel est le projet ? Endosser le rôle de l’agressif vise à intimider son interlocuteur, en lui exposant une
balance douleur/plaisir clairement penchée en sa défaveur, ce savant calcul le poussant ainsi à abandonner la partie.
Pour cela, il va clairement vous falloir plus qu’un regard tiré du film Le Parrain et une voix montée dans les tours.
Même si cela peut fonctionner au restaurant car vous trouvez votre plat trop froid, ou lors du repas de famille pour
imposer vos idées, passé quelques niveaux de violence, cette attitude ne fonctionne plus, voire peut sérieusement
faire tourner les choses en votre défaveur.
Par ailleurs, rappelons que la violence s’infiltre partout, parmi votre famille, vos amis, vos collègues de travail. Il
n’y a pas que des inconnus que vous ne croiserez jamais plus. Face à des personnes que vous êtes amené à recroiser,
vous aller juste générer une spirale de violence. Cette agressivité vous aura peut-être fait gagner cette bataille, mais
créera par là même une déclaration de guerre. La prochaine fois, soit vous devrez mettre vos menaces à exécution
soit grimper encore d’un palier dans l’intimidation. Clairement, vous êtes dans l’escalade.
Toujours pas convaincu ? Dites-vous qu’une intimidation efficace est une promesse de violence. Si à la lecture de
cette phrase, vous sentez venir une poussée d’adrénaline vous suggérant de vous tatouer cette phrase sur le biceps,
retournez lire le chapitre « Connaissez-vous vous-même ». Reprenons, à moins d’avoir fait le Conservatoire (d’art
dramatique), l’intimidation ne marchera que si vous êtes fondamentalement capable de devenir violent. Sachant que
plus vous serez dangereux, plus vous ferez peur.
Poussons le concept jusqu’au bout : vous décidez quand bien même de jouer cette carte, à qui allez-vous la jouer ?
Pour influencer quelqu’un, il faut que la personne soit influençable, simple. Je vais vous confier un secret, les
personnes facilement impressionnables s’en prennent rarement aux autres, et les personnes violentes sont rarement
impressionnables.
Les « + » dans le cadre d’une violence sociale :

Vous arrivez à soumettre immédiatement votre interlocuteur, du coup vous éteignez son agressivité pour
le soumettre. Personne n’atteint le stade suivant, c’est une victoire.

Les « – » :

Vous vous propulsez vous-même au plateau de la violence physique, en rajoutant la dose d’agressivité
qui manquait. À cela rajoutez que vous allez générer une grande frustration de ne pouvoir être entendu,
et la frustration mène à la violence physique.
Si votre prestation n’est pas convaincante, vous augmentez drastiquement le capital confiance de l’autre,
tandis que le vôtre fait de la chute libre sans parachute. Sachant que si votre interlocuteur arrive à un
niveau suffisant pour être sûr de l’emporter, le risque d’escalade devient massif.

Les « + » face à une meute :

Personnellement je n’en vois pas. Passez directement aux « moins ».

Les « – » :

À la base, vous étiez déjà considéré comme un intrus ou un étranger au groupe. En hurlant vos menaces
comme un Tony Montana enragé, vous venez juste rajouter une pierre à leur édifice appelé « pas de pitié
pour l’ennemi ». De plus, la peur assumée dans un groupe est une honte, la garde meurt mais ne se rend
pas. Bref, plus vous jouez au méchant, plus vous serez un ennemi qui pourra leur apporter une forme de
gloire, ce n’est pas une désescalade, c’est une escalade véloce.
Si vous êtes pris dans une forme de violence pédagogique, des instructions vous ont été données :
« Désolé, la queue commence là-bas. Vous n’êtes pas à la bonne place. » Prendre ces informations avec
arrogance ou agressivité va pousser les personnes en face de vous à devoir faire une démonstration de
force. À ce moment-là, rappelez-vous que quarante-cinq secondes d’excuses font beaucoup moins mal
que cinq minutes de raclée.

Les « + » dans le cadre d’une prédation :

Cela peut fonctionner au début de la confrontation, les prédateurs étant surtout à la recherche de
discrétion, provoquer un esclandre peut attirer une forme d’attention qui les pousserait à retourner dans
l’ombre.

Les « – » :

La mise en œuvre est difficile car le schéma de l’embuscade vise à endormir votre vigilance. Il devient
beaucoup plus difficile de déclencher un changement d’état d’esprit avant qu’il ne soit trop tard. Si le
changement de lieu a déjà eu lieu, et que votre isolement est acté, quoi que vous disiez, l’histoire est
pliée pour lui. Passez à l’étape « Affronter ».
Si c’est mal exécuté, vous indiquez clairement à la personne en face de vous votre degré de vulnérabilité.
Le prédateur n’a pas de griefs, il cherche un prétexte. En l’agressant verbalement vous venez de lui
fournir l’excuse dont il avait besoin pour passer à l’étape suivante. Epic fail.
Dans le cadre d’une prédation ressource, vous avez reçu des consignes. Comme pour l’agresseur, lui
opposer de l’agressivité va générer une escalade. Pour lui, les choses étaient déjà claires, la violence est
une option au programme. Ça peut bien se passer ou mal se passer, mais ça va se passer.

Les insultes

Pour toucher le fond du problème, vous devrez souvent passer outre la forme du message. « Putain, t’as pas vu le
feu, sale fils de pute. Avec ta gueule de Carlin, ce n’est pas étonnant ! »
Soulignez en bleu l’indication concernant le motif du grief, et en rouge tout ce qui va être considéré de l’ordre de
l’insulte. Un choix va s’offrir à vous maintenant, soit vous prenez la pilule bleue, soit la rouge. La bleue pourra vous
mener à la désescalade ; la rouge, au bon goût d’ego, vous mènera à l’escalade. Le choix n’est pas évident ? Parlons
un peu d’insultes, si ça peut aider.
L’injure va s’attaquer à votre essence, vos origines, votre sexualité, votre physique… Ce faisant, elle va chercher à
vous réduire à une sorte d’infamie, qui devrait être exclue de la société. Vous n’existez plus en dehors de ce à quoi
l’insulte vous a réduit. Le passage à l’acte violent en sera d’autant plus simple. Il est toujours plus difficile de s’en
prendre à ce qui nous ressemble, à ceux qui font partie de notre groupe. En vous bannissant de son groupe par le
biais d’insultes, votre agresseur va faire baisser son niveau d’empathie tout en vous attaquant psychologiquement et
émotionnellement. L’insulte, c’est le parfait substitut du coup.
Ainsi, le choix s’offrira à vous de savoir si vous vous attachez soit au fond soit à la forme du message. Le secret,
contre cette agression verbale, réside dans le lâcher-prise. Vous allez devoir faire le choix de la distance
émotionnelle, sans cela vous courrez droit à l’escalade.
Prenons l’exemple de l’insulte vis-à-vis de la mère, indémodable alpha et oméga de la phrase assassine. Force est de
constater l’efficacité de cette tirade : combien de personne ai-je entendu déclarer que cette phrase était une sorte de
point de non-retour, entraînant forcément une riposte physique. C’est chevaleresque, touchant, et dangereusement
stupide. L’injurié ressent alors le besoin impérieux de défendre l’honneur de la gent féminine de son groupe,
espérant ainsi gagner quelques points d’estime, surtout quand l’insulte est faite dans un contexte social devant
spectateurs… ça ne vous rappelle pas un des mécanismes de l’effet de meute ? Dites-vous que votre mère préférera
toujours vous voir rentrer en vie que de vous savoir mort pour avoir défendu son honneur. Lâchez prise, l’insulte n’a
de valeur que celle que vous lui donnez. Les prédateurs cherchent l’emprise, en réagissant aussi primairement vous
leur donnez un accès direct sur vos émotions. Vous devenez manipulable à souhait, donc une cible facile.
Plusieurs solutions s’offrent à vous.
Lors d’une agression, faites l’impasse sur les insultes, cherchez à trouver le grief. Si vous vous focalisez sur la
forme, vous passerez sur le fond. Ce qui vous privera de toutes possibilités de désescalade. L’insulte, dans ce cas,
prend la forme de l’état émotionnel de la personne. Reprenez la phrase d’exemple, la bonne réponse serait : « Je suis
désolé, effectivement je ne l’ai pas vu », comme si les insultes n’avaient jamais été prononcées. N’affichez pas de
failles, concentrez-vous sur le grief.
Lors d’une prédation, une insulte vaut une question. Dévierez-vous de votre route pour plonger dans leur filet ?
Quel comportement allez-vous adopter ? L’affront va être utilisé pour vous pousser à la faute et mettre en place le
passage à l’acte. Votre réaction va être passée à la loupe et définir la suite de l’histoire. Pour faire court, le prédateur
cherche à infliger de la douleur à un autre être humain. Tout le cinéma avant ne vise qu’à légitimer son acte à ses
yeux. Il vous insultera mais jugera votre façon de lui répondre. Si vous répondez en jouant les codes de la danse de
l’ascendance – « D’où tu m’insultes ? » –, vous risquez de vous jeter dans la gueule du loup. Le comportement
inverse serait tout aussi dangereux ; vous rétrécir sous le poids de l’affront et bégayer de peur fera de vous une
victime facile. Dans tous les cas, je vous déconseille fortement de bomber le torse en la jouant preux chevalier. Jouer
les codes de la danse de l’ascendance face à une prédation ou une meute reviendrait à se jeter dans la gueule du loup
en toute innocence.
Face à une meute, répondre aux insultes par d’autres insultes reviendrait à tenter une danse de l’ascendance avec
eux, et ça ne finira jamais à votre avantage. Si vous n’êtes pas en position d’éviter un groupe, ou de vous échapper,
laissez une meute vous insulter peut devenir toutefois très dangereux. Quand l’exclusion totale par l’insulte est
atteinte, elle peut devenir une émulation jusqu’à des actes d’une rare cruauté. Vous n’êtes plus différent, vous
devenez une chose, ainsi vous violer à douze ne sera plus grave car vous êtes juste un objet sexuel. Vous ne pouvez
pas subir, ni prendre la voie de l’insulte. Vous pourriez essayer l’humour et la confiance en vous. Une technique que
nous pourrions appeler « celle du saltimbanque ». Vous pouvez rire de vous mais évitez de vous humilier, ou
d’humilier un membre du groupe. Le but est de devenir insignifiant en termes de menace. Si vous arrivez à changer
l’énergie du groupe, vous pourrez espérer trouver une issue.

Les grandes règles de la désescalade

Un vieux proverbe chinois dit : « Si vous êtes patient dans un moment de colère, vous échapperez à cent jours de
chagrin. » Savoir comment désamorcer une situation potentiellement violente peut être une compétence qui sauve
des vies. C’est un art difficile qui va permettre de diffuser les émotions d’une personne violente et de l’aider à
atteindre un point où elle n’est plus une menace pour elle-même ou pour ceux qui l’entourent. En restant calme et en
aidant la personne en colère à le faire aussi, vous vous sauverez et sauverez les autres. C’est une opération gagnant-
gagnant.
Comme mentionné précédemment, il existe deux types de violences auxquelles vous risquez d’être confronté : les
violences sociales et antisociales.
Nous avons vu l’infinité de différences qui séparaient les deux. Ce qu’il va vous falloir retenir, c’est que la violence
sociale peut toujours être désamorcée. La violence sociale est avant tout une histoire humaine, peu importe les
insultes, les menaces, les manques de respect, il y a toujours un grief qui veut être résolu.
La violence antisociale est une tout autre histoire. Là, il s’agit d’un prédateur qui a déjà fait le choix de la violence
en ciblant une victime spécifiquement. Vous pouvez dire ou faire ce que vous voulez, s’il a décidé que ça allait se
passer, ça va se passer. La désescalade a très peu de chance d’aboutir. Imaginez-vous en forêt, soudain un ours
affamé se dresse devant vous ! Vous pourrez supplier, négocier, voir l’insulter, sa faim l’emportera sur tout ce que
vous pourrez dire.
Pourtant, je vous conseille malgré tout de vous lancer dans le désamorçage. Nous ne chercherons pas une issue
pacifique, terriblement improbable, mais plutôt à endormir le prédateur avant des représailles surprises. L’efficacité
de la surprise retournée contre les prédateurs, en somme.
Avant de passer aux choses sérieuses, abordons un dernier point, et pas des moindres. Bien que vous vous rendiez
compte de tous les avantages de la désescalade, croyez-moi, cela va être violent pour votre ego. Cependant pour
mener à bien notre opération, vous allez devoir mettre votre ego de côté. En effet, il va falloir inviter l’empathie et la
bienveillance à la table. Le seul moyen d’y parvenir va être de percer cette bulle d’ego qui va pousser à rejeter en
bloc ce qui vous déplaît. Votre ego dans cette situation précise peut être d’aussi mauvais conseil que cet ami ivre,
totalement lâche qui, en soirée, vous dit : « Rien à foutre, on a raison, on l’emmerde ce con ! » Si vous n’êtes pas
capable de le faire taire, donc d’avoir une influence sur vous-même, comment voulez avoir une quelconque
influence sur quelqu’un d’autre ?
La violence, c’est plus d’ego et moins d’empathie ; la désescalade, c’est moins d’ego et plus d’empathie.
Surtout, quand un inconnu viendra vous reprocher quelque chose, dont vous vous sentez totalement innocent, soyez
sûr que ce ne sera pas si évident de l’écouter pour comprendre. En résumé, choisir l’ego revient à dresser des murs
qui ne vous protégeront jamais d’une bonne gifle.
Commençons par la base, prenez le contrôle de vos propres émotions. Votre anxiété et votre peur peuvent être un
déclencheur pour la personne potentiellement violente. Maintenez une attitude calme, centrée et sûre de vous.
Adressez-vous à la personne sur un ton bas et monotone. Le contrôle de sa voix est essentiel, c’est une fenêtre
ouverte sur votre état d’esprit. Le langage corporel et la posture peuvent également jouer un grand rôle dans la
provocation de l’autre personne. Montez vos mains et fermez-moi cette barrière.
Pour ce qui est du contenu, soyez « sympa ». Votre ego vous poussera à être agressif, votre peur, à vous soumettre.
Les deux sont loin d’être vos meilleurs conseillers. Optez pour le bon sens, soyez sympa, du moins jusqu’à ce que
vienne le temps de ne plus l’être. Gardez l’agressivité si vous devez passer à l’étape contact, n’en faites pas votre
première carte. Sachez qu’une grande partie des gens ont besoin d’un petit coup de pouce pour devenir violents, ne
soyez pas ce léger boost d’adrénaline.
Il y a déjà assez de personnes suffisamment désagréables sur cette terre pour ne pas en rajouter. Si vous arrivez à
garder votre calme pendant plusieurs minutes, il y a de fortes chances que votre interlocuteur redescende de lui-
même. L’objectif va être de renouer un lien empathique, qu’il devienne assez solide pour que vous puissiez ramener
l’autre à vous.
Si vous êtes traitée de « salope » dans la rue, soit vous pouvez vous sentir blessée et penser que ce gros abruti de
macho vous prend pour un objet, soit vous pouvez prendre la pilule bleue et penser qu’il s’agit d’une personne en
souffrance. À vous de définir vos propres filtres.
Pour éviter de passer du côté obscur, ne faites pas de la colère face à vous la vôtre. Cette personne ne sait rien de
vous, de vos qualités ou de vos défauts, détachez-vous émotionnellement. Ne laissez pas les mots vous atteindre, ce
n’est qu’une interaction fugace, pas une relation.
Être sympa ne signifie pas être condescendant ou ramper devant l’autre. Il s’agit plutôt d’être raisonnable, pour
deux. Pas la peine de passer de la pommade, ni de disparaître sous terre, au risque de déclencher une escalade. Vous
allez devoir faire preuve de sincérité et de bienveillance dans ce que vous allez dire, quoi qu’il vous soit répondu, le
tout en plein chaos submergé par des flots de stress. Cela va nécessiter un peu d’entraînement.

N’augmentez pas les enchères

N’oubliez pas que notre but est de descendre ensemble cette montagne d’agressivité. Je comprends le sens de la
démarche, vous vous dites que si vous faites monter les enjeux assez haut, l’autre en face va se retirer de la partie,
mort de peur. En vous lançant dans cette vente aux enchères des menaces, vous enchérissez avec de l’ego. Arrivé à
un certain pallier, il y en aura tellement d’impliqué des deux côtés, qu’il sera impossible à quiconque de quitter la
partie. Gardez pour vous les grandes phrases comme « le premier qui me touche, je le tue », « je ne me bats que pour
tuer »… ou toutes autres tirades tirées de publication de réseau social et prononcées par des personnages de fiction
badass. Ce genre de phrases n’aide pas, elles n’impressionneront jamais personne.
La dynamique même d’une agression les rend inopérantes. Si votre agresseur était impressionné par vous, il n’aurait
pas franchi la distance vous séparant. Le prédateur est au-delà de ça, lui vous a choisi ; s’il avait le moindre doute, il
se serait déjà détourné ! Les deux sont intimement convaincus que vous ne pourrez rien leur faire. Vous pouvez
toujours enchérir mais, pour eux, la finalité de la vente est truquée ! Quoi que vous disiez, ils gagnent. Vos menaces
vont juste servir à gonfler leur ego, et de façon totalement improductive, les défier. « Ne me touche pas, sinon tu vas
le regretter » n’a jamais détourné une menace de sa cible, surtout devant témoins… En revanche, elle a généré plus
de « ah oui ? sinon quoi ? tu vas faire quoi ? » que toutes les vidéos de chatons du monde n’ont généré de vues.
Vous imaginez honnêtement un narcissique se défiler devant un tel défi ? Au contraire, c’est une incitation au
contact physique. Vous pouvez être sûr que la personne en face de vous va se sentir pratiquement obligée de vous
frapper rien que pour ne pas perdre la face, et de façon encore plus vicieuse, pour éliminer le moindre doute que
vous lui auriez insinué. Gardez pour vous votre capacité à lui faire du mal – si vous devez vous en servir, elle en sera
d’autant plus efficace couplée à l’effet de surprise. Tout en évitant que chaque personne ayant assisté à la scène
témoigne vous avoir entendu vous vanter d’être un tueur sanguinaire, sans pitié…

Écoutez l’autre

C’est peut-être le point le plus important. Quand nous parlons d’écoute, nous parlons d’écoute active. Derrière
chaque agression, il y a une personne qui vient exprimer une souffrance. Pour pouvoir s’en détacher, il n’a besoin
que d’une chose : être écouté. Quand je parle d’être écouté, je parle d’une véritable écoute, utilisée dans une
démarche de dialogue.
Pour pouvoir désamorcer ce conflit, il va vous falloir identifier le grief mais aussi les sentiments qui l’animent.
Dites-vous que la personne en face de vous cherche à sortir d’émotions difficiles dont vous n’êtes probablement pas
la cause.
Pour ce faire, vous allez devoir remiser au placard votre ego, il ne s’agit pas de parler de vous mais d’écouter l’autre.
Si, pour lui, le fait de marcher à gauche du trottoir est un comportement qui l’a agressé au point de s’en prendre à
vous, c’est important pour vous aussi maintenant.
Vous n’êtes pas dans votre cercle habituel, vous ne définissez pas ce qui compte ou pas. Imaginez-vous largué en
terre inconnue, effacez-vous pour apprendre en un temps record les us et coutumes. Vous n’êtes pas là pour
polémiquer, ni avoir raison même si vous êtes dans votre droit ! Ne vous sentez pas obligé de répondre à chaque
fois, vous n’êtes pas à un repas de famille ou vos remarques spirituelles amusent la galerie.
Lors de la phase verbale, bannissez : les ricanements, les sarcasmes, l’ironie, les humiliations et insultes. Dans
certains cas, votre position sera tellement précaire que vous devrez même envisager de vous taire tout simplement.
Faites taire votre ego au profit d’une véritable écoute.
Ne cherchez pas non plus à prendre le contrôle de l’autre, qu’importe sa motivation : une souffrance personnelle,
son ego ou sentiment narcissique exacerbé, personne n’aime qu’on lui donne des ordres. Surtout quand un sentiment
de supériorité l’anime suffisamment pour choisir une victime – à l’échelle de la chaîne alimentaire, la brebis ne
commande pas le loup. Ignorez ce conseil risquerait de déclencher une violence pédagogique.

Réinjectez de l’empathie

Il est assez courant de voir que la différence engendre la peur et l’agressivité, qui se renforcent mutuellement dans
une spirale infernale. La peur pousse à l’agressivité qu’elle provoque à son tour, tout en la légitimant ; et celle-ci
accroît la peur comme de l’huile sur du feu.
La nature n’aime pas le vide. Le fossé qui se creuse entre deux personnes lors d’une altercation violente se verra
rempli par la violence physique s’il perdure. Le meilleur moyen de le combler est d’y insérer un maximum
d’empathie.
Car après tout, personne n’est jamais totalement différent : il a toujours, si différent soit-il, quelque chose de
commun, que ce soit son langage, sa culture, son comportement, son apparence physique, ses valeurs morales. Nous
avons déjà assisté à des trêves pour que deux armées ennemies puissent passer Noël ensemble.
Vous allez devoir vous appuyer sur tous ces points pour restaurer un lien avec la personne en face de vous. Car oui,
de façon totalement injuste, ce sera à vous de le faire car votre agresseur, sur le moment, en sera totalement
incapable. Bien qu’admettre que nous puissions avoir des points communs avec certaines personnes soit un véritable
crève-cœur pour l’ego, vous allez devoir :

essayer de le comprendre, pour essayer de capter sa façon de voir les choses : « Honnêtement, je vous
comprends », « C’est vrai, vous avez raison », « Moi aussi, je l’aurais mal pris à votre place » ;
être majoritairement d’accord pour faire passer vos idées ; la personne est intimement convaincue
d’avoir raison, même si elle a tort vous allez devoir surfer sur la même vague qu’elle : « Tu regardais ma
femme ? – Désolé, c’est vrai que je regardais par-là, mais je suis crevé, je regardais dans le vide », etc. ;
utiliser au maximum, le pronom « on » ou « nous » au lieu de « je » et « tu » : vous êtes sur la même
vague, donc dans la même équipe.

L’important n’est pas de savoir qui a raison, c’est de vous permettre de quitter rapidement et de façon la plus sûre
possible cette situation.

Proposez une porte de sortie

La porte de sortie est la dernière étape de la désescalade. Votre interlocuteur est venu avec une motivation et une
vision des choses suffisamment fortes pour exécuter un all-in au niveau de son ego, le tout devant un public, ce qui
représente un problème plus qu’épineux. Pour rappel, la violence sociale s’effectue toujours devant témoins. Même
si sa volonté de passer à une violence physique faiblit, la violence aura aussi une suite pour lui. Il ne pourra pas
rentrer les mains vides, au risque de passer pour un lâche aux yeux des autres. La danse de l’ascendance nécessite un
final.
Une fois de plus, cela va être à vous de proposer une solution alternative autre que s’en prendre physiquement à
vous. Ce qui va vous permettre d’établir si la personne en face de vous est juste une personne lambda aux prises de
sentiments violents ou un prédateur à la recherche d’un prétexte. Pour ce faire, vous allez devoir trouver un
consensus. Le consensus, c’est l’option qui permet de répondre aux envies et besoin de chacun. Vous allez devoir
lâcher un peu d’ego pour que l’autre puisse lâcher l’affaire.
Je fais l’impasse sur la force. Nous avons vu qu’imposer ses idées à un individu violent était loin d’être le conseil le
plus avisé, surtout quand nous essayons d’être empathique.
Si nous reprenons l’exemple de : « Tu regardes mon mec/ma meuf/mon panda ? » le type de réponse pourrait être :
« Je suis désolé, effectivement je regardais par là car je me demandais si c’était quelqu’un/un panda, que je
connaissais, je m’excuse si vous vous êtes senti visé… ». Votre langage corporel ne doit pas être agressif, il doit être
en adéquation avec vos propos et la version que votre interlocuteur donnera à son groupe.
Ce que cherchent les gens lors d’une violence sociale, c’est la domination, pas la violence. Une solution où vous
reconnaissez « votre erreur » et vous vous en excusez pourra suffire à lui permettre de partir la tête haute. Ne relevez
pas la dernière insulte de fin de situation, vous avez gagné, ce n’est pas le moment de se planter à deux mètres de la
ligne d’arrivée.
En revanche, si vous êtes face à un prédateur, lui n’en aura strictement rien à faire. Il contournera votre solution avec
davantage de griefs et d’intimidation. Nous n’avions aucun espoir de les désamorcer mais son comportement vous
indique maintenant qui il est, le privant de l’effet de surprise. Car oui, il va continuer avec davantage d’agressions
pour aller jusqu’au contact physique.
Donc à ce moment précis, vous serez à l’embranchement ou trois voies s’offriront à vous :

Nous avons un consensus, le scénario s’arrête là et tout le monde prend de la distance.


La porte de sortie est ignorée, vous allez être agressé physiquement, préparez-vous.
Vous allez devoir frapper. Vous leur avez offert une sortie morale, légale et éthique pour pouvoir sortir
de cette confrontation, tout le monde en est témoin. Vous allez devoir les empêcher de manière
préventive de vous frapper.

Vous êtes à l’embranchement qui va définir radicalement la suite. Rien ne va plus, les jeux sont faits.

Le prix de la désescalade

Votre désescalade a porté ses fruits, vous avez proposé un consensus : il a été accepté. Chacun repart vers le cours
de sa vie, c’est une victoire ! Et pourtant… au fond de vous stagne une amertume vous empêchant de célébrer cette
résolution comme il se doit. Au contraire, plus vous y pensez plus ce consensus ressemble à un compromis de votre
part ! Vous vous refaites le film en transformant la fin en une danse de l’ascendance où vous finissez victorieux. Je
vous l’ai dit dès le début, la violence laisse toujours des traces. Dans le cas présent, les traces sont imprimées sur
votre ego. En effet celui-ci avait construit votre personnalité sur les valeurs, les postulats de réaction de votre héros
intérieur, et la soumission n’en faisait pas partie. Je vous ai mis en garde contre les idées préconçues, car ceci en est
le prix. Votre ego souffle à votre oreille le mot « lâcheté » et il a une mémoire d’éléphant… Ne négligez pas les
conséquences que peut avoir le fait de ne pas avoir été la personne que vous pensiez être. Si la situation venait à se
reproduire, vous risqueriez de vous lancer dans cette danse simplement pour prouver aux autres et à vous-même que
non, vous n’êtes pas un lâche.
Le remède a ce mal est simple. Rappelez-vous que vous n’avez pas subi cette soumission. Tout cela n’a été qu’une
stratégie visant à désamorcer un conflit. Le fait de conscientiser cette démarche fait de vous le maître du jeu. Au
final, vous avez dominé, même si vous avez baissé les yeux et vous êtes excusé.
La self-défense a pour but de vous protéger de dommages physiques et par là même des dégâts psychologiques qui
vont avec. Malheureusement, à chaque palier de violence franchi, vous laisserez une part de vous. Vous rejouerez la
scène, il est vrai, mais chez vous, entouré des vôtres et cela n’a pas de prix. Votre ego souffrira, mais une pensée
rationnelle vous permettra avec le temps d’assumer cette stratégie, voire d’en être fier.

• Affronter
Certaines situations ne peuvent être évitées, ni désescaladées. Parfois la violence s’abat sur vous sans même que
l’ayez vue venir. Quand la volonté de clôturer une danse de l’ascendance ou de finaliser une prédation est à son
paroxysme, il n’est plus temps de s’acharner à parlementer face à l’inévitable. Soyez conscient que, de toutes les
possibilités que nous avons vues ensemble, celle-ci est celle qui a le moins de chance d’assurer votre survie. Éviter
une agression restera toujours plus sûr que fuir, courir sera toujours préférable au fait de parlementer, désamorcer un
conflit vaudra toujours plus que devoir se battre, mais affronter l’autre prévaudra éternellement sur la mort.
Dans ce chapitre, vous ne trouverez pas de catalogues de techniques secrètes aux vertus imparables. Si ces
techniques existaient, croyez-moi, tout le monde serait déjà au courant et les criminels auraient déjà trouvé un
moyen de les contourner… Nous ne parlerons pas d’arts martiaux, ni de bagarres, ou de combats, non, nous allons
parler de chaos.
Nous n’allons pas le rationaliser non plus. Je comprends le besoin rassurant de structurer et mettre à plat la
confusion à laquelle vous allez être confronté, comme une promesse que tout ira bien si vous faites les bonnes
choses. Malheureusement, vous n’aurez aucune certitude. La vérité est plus simple, personne ne pourra vous dire ce
à quoi vous allez être confronté. Vous allez devoir gérer le chaos par vous-même et essayer de reprendre le contrôle.
Je peux juste vous donner la compréhension de ce que vous pourrez faire, mais ce sera à vous de gérer la situation.

La minute du soldat

C’est le nom que je donne à cet instant qui précède la déferlante du chaos, cet instant ou une part de vous comprend
que la violence est imminente. Pour certains, il n’est que d’une minute, pour d’autres, une poignée de secondes, pour
le reste, il n’existe pas. Durant ce laps de temps, votre cerveau risque de partir dans tous les sens ! dans le passé, à
chercher quelle erreur il a commise, ce qu’il aurait pu faire pour éviter ça… ; vers l’avenir : « Va-t-il m’arriver ça ou
ça ? » Ou bien des pensées hors contexte : face à deux prédateurs, il m’est déjà arrivé de me demander ce qu’il me
manquait dans mon frigo (ce qui n’est clairement d’aucune aide, nous sommes d’accord).
À ce moment précis, il n’y a qu’une chose que vous devez accepter : vous allez subir des dégâts et vous allez devoir
en infliger. Les quelques secondes durant lesquelles vous êtes menacé de choses visent à vous choquer au maximum,
elles sont un cadeau, voire une opportunité qui vous est donnée. Servez-vous-en pour trouver comment subir moins
de dégâts (par où fuir ? les cibles les plus proches ? quel outil défensif ai-je à ma disposition ?, etc.) et comment en
infliger plus (quels outils offensifs pourrais-je utiliser pour augmenter les dommages occasionnés chez l’autre ?).
Ensuite bougez, car vous ne pourrez pas planifier plus loin.
Le chaos est un état qui annule toute forme de plan, équivalent à « si je fais ça, il va faire ça, donc je ferai ci ». Vous
ne provoquerez jamais une chaîne de réactions vous permettant de finir avec une prise de l’ours sautée de la
troisième corde. Typiquement, la scène de combat tirée du film Sherlock Holmes où le héros organise mentalement
son action. Regardez-la, appréciez-la, et puis passez à autre chose car c’est exactement ce que vous ne pourrez
jamais faire. L’explication n’est pas compliquée : la personne en face de vous fera rarement ce que vous attendiez.
Vous pouvez amorcer un plan pendant cette minute du soldat, mais dès que l’Univers volera en éclat vous devrez
être en mesure de vous adapter et de créer une nouvelle solution. Honnêtement, quand vous venez de prendre une
grande gifle en travers du visage, penser pouvoir planifier quoi que ce soit relève du fantasme.

Le contrôle face au chaos

Au final, tout se résume à une notion de contrôle, pas de technique. Le prédateur cherche à vous placer sous son
contrôle pour obtenir ce qu’il veut. L’agresseur attend que vous vous soumettiez pour contrôler la situation. Que la
violence soit psychologique ou physique, voire financière, elle sera utilisée pour obtenir du pouvoir sur vous. Vous
allez être confronté à beaucoup de choses, plus de choses que vous ne pouvez gérer. Il est donc primordial que vous
repreniez le contrôle de vos pensées, ainsi que de votre corps, pour pouvoir espérer reprendre le contrôle de la
situation. En tant que victime, vous allez commencer avec un capital de contrôle très faible voire nul. Votre but va
être de récupérer une emprise sur la situation, de toutes les façons possibles et imaginables, que ce soit en utilisant
votre environnement ou en déstabilisant votre adversaire. Chaque initiative que vous allez prendre va forcer l’autre
en face à réajuster son comportement. Ce faisant, vous lui ferez perdre du contrôle à votre avantage et vous vous
créerez une opportunité d’action. La finalité de la démarche étant d’arriver à obtenir le quasi-contrôle de la situation
(agresseur et spectateurs compris) pour pouvoir fuir. Le contrôle n’est jamais acquis. Lorsque vous êtes au pic, ne
profitez pas du moment pour jubiler ou apprécier le moment, fuyez ! Vous ne savez pas ce que le temps vous
réserve.
Si la situation venait à être désespérée, que le contrôle vous échappe totalement – nous avons vu que certaines
situations ne permettaient pas la soumission –, avant de vous résigner et d’abandonner, il vous restera une dernière
carte à jouer, celle du chaos. À manier avec précaution, le chaos peut balayer le contrôle et rebattre les cartes, mais
ce n’est pas sans risque. En effet, certaines situations nécessitent malheureusement des décisions exceptionnelles.
Cela peut aller du fait de tirer le signal d’alarme d’une rame de métro face à un type qui vous aurait acculé, voire de
décider vous jeter dans les marches avec cet homme qui vous étrangle… Enfant de la stratégie du « perdu pour
perdu », le chaos peut vous offrir, peut-être, une opportunité ou pas. Parfois un « peut-être » vaut mieux qu’un « pas
du tout ».

Comment reprendre le contrôle

La violence a mille et un visages, elle opère en autant de lieux, infligée par autant de personnes différentes, ce qui
produit un nombre de scénarios infini. Il est illusoire de penser pouvoir s’entraîner contre chaque cas de figure.
Pourtant, bon nombre d’experts s’évertuent à enseigner un catalogue infini de déclinaisons d’enchaînements : si
vous êtes pied gauche en avant, pied droit, main gauche, etc. Certains vous diront que chaque technique apprise est
un outil qui vous permettra de répondre au mieux au problème qui s’offre à vous, que plus vous en avez, mieux
c’est. Ces personnes ignorent la loi de Hicks. En effet les émotions et la volonté interviennent dans le complexe
processus de prise de décision. La loi de Hicks affirme que plus vos alternatives sont nombreuses, plus votre temps
de prise de décision augmentera – et le temps est synonyme de dégâts chez nous. Tandis que si vous ne possédez
qu’un marteau, vous aurez la chance de voir qu’étonnement tous vos problèmes ne ressemblent qu’à des clous.
Vous devrez reprendre le contrôle pour pouvoir remettre un maximum de distance entre vous et lui dans ce
brouillard chaotique, reprenant ainsi la main sur votre vie. Pour ce faire, vous pourrez chercher à neutraliser
différentes capacités, qui deviendront ainsi vos objectifs :

Sa capacité à se mouvoir. Exemple : faire tomber votre agresseur ou le blesser au genou va compliquer
grandement sa tentative de vous poursuivre.
Cibles : toutes les articulations des membres inférieurs (genoux, chevilles, pieds), voire les tibias si vous
pouvez frapper avec un objet dur.
Sa capacité à respirer. Fidèle à la pyramide de Maslow, votre agresseur se préoccupera plus de son
souffle coupé que de vous. À juste titre, car l’usage de votre corps est étonnamment corrélé avec la
quantité d’air que vous lui procurez.
Cible : le plexus solaire (le ventre), le larynx, le triangle nez/bouche.
Sa capacité à vous voir. Il est toujours plus difficile de poursuivre une cible quand vous ne pouvez pas
la voir, simple mais terriblement efficace.
Cible : les yeux.
Lui faire perdre toutes ses capacités, autrement dit, le mettre K.-O. – une partie lui est dédiée,
rassurez-vous l’explication arrive.

Qu’est-ce qu’un K.-O. ?

Le knock-out, littéralement « frappé dehors » en français, est un état d’inconscience provoqué généralement par un
choc. Cet état représente le signal de fin de partie, que ce soit en matière d’agression ou de prédation. Pour vous,
c’est un moyen de vous permettre de fuir en toute sécurité.
Pour comprendre ce qu’est un K.-O., inutile de vous assommer de détails anatomiques. Voyons plutôt son utilité. Le
corps humain est bien fait, nous avons déjà vu qu’il possédait de multiples sécurités pour assurer son intégrité. Le
K.-O. est un peu son fusible lui permettant de disjoncter quand il détecte un péril. Vu qu’il ne vous fait pas
confiance pour prendre les bonnes décisions, il en a caché plusieurs : le K.-O. cérébral, le K.-O. vasculaire, le K.-O.
neurovégétatif, le K.-O. musculaire, le K.-O. à la suite d’un coup au foie ou au plexus solaire, et le dernier, le K.-O.
par épuisement.
En matière d’agression, la plupart des personnes vont chercher le K.-O. cérébral, par le biais de percussions à la tête,
à la mâchoire, ou aux tempes. Il faut voir le cerveau comme un passager sans ceinture à l’intérieur de la boîte
crânienne, collé à son siège en cas d’accélération brutale, ou projeté sur le pare-brise lorsque la voiture freine
brutalement. Le cerveau étant fragile, le corps humain « disjoncte » pour réinstaller son passager aux commandes.
Avant de lui redonner le volant, il va faire un point avec lui : le fameux décompte jusqu’à 10 réalisé par l’arbitre. Un
K.-O. n’est pas anodin, il est courant de voir une victime de K.-O. essayer de se relever, tituber puis retomber.
L’explication est simple : le check-up n’est pas terminé, le cerveau n’a pas encore reparamétré des facultés comme
l’équilibre.
Au vu de tout ça, il est assez simple de comprendre l’intérêt du K.-O. en self-défense. Cependant, il faut absolument
mesurer le danger du K.-O., non pas par les dégâts occasionnés par la frappe mais la chute. En effet, majoritairement
infligé à une personne debout, le K.-O. cérébral est à effet immédiat. La personne va donc tomber de toute sa
hauteur sans aucun réflexe pour amortir ou se protéger de l’impact au sol. Avec les plaies par armes blanches, les
traumatismes crâniens font partie des causes les plus fréquentes de décès lors d’agressions. Comme il est dit dans le
film La Haine, « le plus important, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage », il va donc être primordial pour vous de
retenir le corps de votre agresseur en cas de K.-O. Soit en le tenant par un vêtement, soit un contrôlant la tête. Ne
laissez jamais sa tête heurter le sol. Je sais que ça peut paraître en complète contradiction avec le fait de vouloir lui
infliger un maximum de dégâts, mais en le faisant, c’est votre avenir que vous protégez.

Ce dont vous allez avoir besoin

Pour faciliter la compréhension, imaginez-vous à bord d’une voiture fonçant pour renverser votre agresseur. Pour
qu’une frappe soit efficace vous allez avoir besoin de combiner trois facteurs :

Vitesse. Vous vous rendez bien compte qu’une voiture lancée à 5 km/h et une autre à 100 km/h ne
provoqueront pas les mêmes dégâts. De plus il est plus facile d’éviter la première que la deuxième.
Comme vous, votre agresseur va chercher à subir le moins de dégâts possible, il ne se privera pas de
vous intercepter ni de se protéger.
Puissance. Vous allez devoir faire une course sur une dizaine de centimètres, ce qui est très court. Plus
le moteur de votre voiture sera gros, plus vous irez rapidement.
Précision. Votre but est simple : atteindre votre adversaire. Lancer votre voiture à pleine vitesse contre
le mur juste à côté de votre cible serait clairement contre-productif.

Prenez tout ce que nous venons d’aborder et appliquez-le dans une optique clairement assumée d’économie de
moyens. En effet, le stress, la peur et le risque d’embuscade vous mettront dans des conditions dégradées
physiquement. De plus, si vous avez été attaqué, la première frappe peut vous avoir blessé ou tétanisé. Ne nous
voilons pas la face, vous n’allez avoir accès qu’à dix pour cent de votre potentiel. Si votre entraînement vous avait
octroyé une Ferrari, dites-vous que vous allez prendre la ligne de départ avec une Twingo. Le contraste est assez
déstabilisant.
Vous allez donc avoir une poignée de secondes d’efficacité devant vous, pas plus. La personne en face de vous
cherchant à augmenter les dégâts chez vous, votre condition va ensuite se dégrader rapidement.
Après toutes ces années, une des règles sur laquelle j’ai toujours pu m’appuyer est : plus c’est simple, plus ça
marche ! En partant de ce postulat l’idée de frapper la cible la plus proche, avec la partie de votre corps la plus
proche devient assez évidente. Oubliez les enchaînements techniques alambiqués. En cas de stress, frappez, mais
frappez fort avec l’envie de faire mal. Vous gagnerez ainsi du temps, car vos frappes partiront de moins loin ; de
l’énergie, car une frappe qui touche vaut mieux que douze qui brassent du vent ; et de l’efficacité, car il est toujours
plus difficile de bloquer une frappe qui part de très près.

Prendre en compte le hasard et intégrer l’imprévu

Cette phrase de Lars von Trier résume assez bien la situation à laquelle vous allez être confronté. En effet, nous
parlons de contrôle et de chaos, mais un troisième intervenant est à prendre en compte : le hasard. Qu’il relève du
contrôle ou du hasard, cela ne dépendra que de vous. Toutes les phases d’observation citées en amont ne visent qu’à
limiter le hasard au profit du contrôle. Le banc derrière vous que vous n’aviez pas pris en compte et qui vous fait
tomber fait basculer l’imprévu clairement du côté du chaos, alors que le même banc utilisé pour faire chuter votre
agresseur porte le visage du contrôle.
Dans certains cas, le hasard vous apportera une aide inespérée, comme cette patrouille de police qui croise votre
route à ce moment précis ou comme lorsque votre agresseur glisse sur cette flaque d’eau en vous poursuivant. Dans
d’autres, vous verrez deux potes de votre agresseur sortir d’on ne sait où, pour rentrer dans la danse de l’ascendance.
Quoi qu’il vous arrive, intégrez les informations, sans chercher à comprendre. Je vous rappelle que vous êtes face à
quelqu’un qui cherche lui aussi à accentuer vos dégâts. Vous n’avez pas le temps.

Les outils du contrôle

L’environnement

Dans beaucoup de situations, votre façon d’aborder la situation fera la différence. C’est une des raisons pour laquelle
je vous ai demandé à chaque étape de prendre conscience de ce qui vous entourait, de façon plus ou moins efficace
en fonction du stress. Il est maintenant temps d’utiliser certaines informations. Si vous n’avez pas du tout scanné
votre environnement avant que les coups pleuvent, vous aurez d’autres problèmes à gérer qu’intellectualiser le fait
que tel ou tel objet pourrait vous servir de façon offensive ou défensive. Ne vous voilez pas la face, je pourrais
passer déguisé en licorne que vous ne me verriez pas.
Je préfère l’idée d’outil à celle d’arme car la démarche associée n’est pas du tout la même. Si je vous dis :
« Cherchez une arme », vous allez chercher quelque chose de volontairement offensif (objet contondant, ou
pénétrant) pour neutraliser votre adversaire. La démarche est efficace mais réductrice. Le cerveau fonctionne comme
un moteur de recherche : en fonction des mots que vous employez pour la recherche, les résultats ne sont pas les
mêmes. La notion d’outil va lancer votre cerveau à la recherche de choses offensives et défensives qui pourraient
l’aider à assurer votre survie. Je vous donne un exemple. Vous êtes dans un bar en train de boire à une table. Je vous
demande de chercher une arme, immédiatement vous me répondez : « le verre ». Parfait. Maintenant, je vous
demande de trouver un outil : jeter votre verre au visage de votre agresseur pourrait vous paraître judicieux autant
que faire barrière avec la chaise sur laquelle vous êtes assis, etc.
Aspect trop souvent négligé, votre environnement peut devenir un véritable agent du contrôle. Tout va dépendre de
votre créativité et de votre expérience. Tout ce qui peut tenir dans votre main, de votre téléphone à la télécommande
de la télévision, augmentera votre efficacité. Rien que le fait de vous éviter une fracture de la main est un atout
indéniable. Si vous regardez bien, vous trouverez toujours quelque chose autour de vous qui pourra vous servir.
Pour vous aider dans votre façon d’aborder votre environnement, oubliez l’œil du tigre, et autre métaphore guerrière.
Inspirez-vous des plus expérimentés : les prédateurs. Je sais que l’idée peut être choquante, mais si nous enlevons
l’aspect moral de la question, force est de constater que leur gestion de la violence est terriblement efficace. Pour
maximiser votre taux de réussite, vous allez devoir concevoir le monde et l’action comme eux le feraient. Oubliez
les grands éclats de voix et les démonstrations de force, la notion d’honneur ou de règles, vous n’aurez qu’un but :
celui de vous en sortir. Comme eux, jouez sur l’effet de surprise, et trichez, nous ne sommes pas sur un ring. Jouez-
la profil bas, puis explosez. Cependant, gardez en tête que chaque ruse ou technique utilisée ne pourra servir qu’une
fois. Si elle est déjouée, vous ne pourrez plus vous en servir, la personne en face de vous aura appris de vous.

La frappe préemptive : l’ultima ratio regum

Selon l’article 122-7 du Code pénal, l’état de nécessité est accordé à :


« la personne qui, face à un danger actuel ou imminent qui menace elle-même, autrui ou un bien,
accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien, sauf s’il y a disproportion entre
les moyens employés et la gravité de la menace ».

La force est le dernier argument des rois. Lorsque tous les recours pacifiques et diplomatiques ont été épuisés, qu’il
ne reste plus aucune solution raisonnable, l’usage de la force apparaît comme judicieux. Face à un individu armé
vous hurlant dessus qu’il va vous tuer, il serait suicidaire d’attendre qu’il porte le premier coup pour pouvoir vous
défendre. Cette approche est le fer de lance de la self-défense anglaise et de leur école dite « combative ». Pour
comprendre l’importance de la première frappe, il faut comprendre la dynamique d’une agression physique. Les
boxeurs appellent ça « le timing » et sa maîtrise est un art. En effet, en combat, la simultanéité est assez rare.
Généralement, il s’agit plus d’un enchaînement de temps : son temps suivi de mon temps qui le force à se protéger,
puis il repasse à l’attaque, donc son temps, etc.
Les agressions physiques suivent une constante plus simple : son temps, son temps, puis son temps, et enfin son
temps, etc., jusqu’à ce que le contrôle soit total. Rappelez-vous, personne ne veut d’une bagarre, l’objectif est de
briser l’autre. Quand vous en êtes à subir un déferlement de violence, chaque temps augmente la quantité de dégâts
que vous subissez. Suivant cette logique, celui qui frappera le premier lancera sa séquence et verra ainsi ses chances
de repartir sur ses deux pieds grandement augmenter.
Donc pour être sûr de pouvoir initier sa séquence, le prédateur va chercher ce rythme à sens unique rapide, brutal et
sans concession, ne laissant quasiment aucune chance à la victime d’immiscer son temps. Cette séquence, quand elle
est initiée, peut rendre la notion même de défense tout à fait illusoire.
L’intérêt de la frappe préemptive est donc d’empêcher la mise en place de ce rythme, en lui coupant l’herbe sous le
pied. Vous avez été interpellé, vous avez proposé une solution diplomatique suite à un grief, la personne en face
refuse cette voie. Elle vous menace de vous tuer tout en cherchant une arme… Que voulez-vous de plus comme
information pour décider qu’au vu de la menace, il faut intervenir ? un couteau dans le ventre ?
Ou allez-vous vous décider à frapper en premier, quand l’autre ne s’y attend pas, vous permettant d’envoyer la
tétanie en face de vous et de pouvoir imposer votre temps ? La décision vous appartient, les conséquences aussi.
Parfois la décision vous sera fortement imposée. L’agression multiple en est le digne exemple. Dans ce cas de
figure, la frappe préemptive représentera votre seul et unique choix. Quand je parle de « multiple », ne fantasmez
pas à l’idée de vous défendre face à cinq ou six personnes. Pour illustrer la difficulté de la chose, imaginez-vous
écouter un morceau de musique inconnu, vous allez devoir battre le rythme du morceau le plus rapidement possible
avec vos mains. Pour l’instant vous gérez ? Bien, car maintenant je vais rajouter un deuxième morceau et votre
mission va être de battre le rythme du premier avec une main et le rythme du deuxième avec l’autre. Essayez, vous
comprendrez vite la complexité de la chose. Vous pourrez focaliser avec difficulté votre attention sur l’un des deux
mais toujours au détriment de l’autre. Trop d’informations, trop de chaos, pas assez de contrôle, chaque agresseur
face à vous représentant une source de chaos supplémentaire. Frapper le premier n’est jamais évident, pourtant face
à de multiples assaillants cela va relever du bon sens. Votre fenêtre d’action va se situer entre la phase de contact et
la fin de l’affrontement. Dès que la musique sera lancée, vous n’aurez de choix que d’essayer de vous relever pour
fuir à travers un labyrinthe de corps. Mais revenons à notre frappe, notre point faible réside donc dans notre capacité
à ne pouvoir gérer que peu d’infos sous stress et notre incapacité à voir dans notre dos. Failles que se feront un
plaisir d’exploiter prédateurs et agresseurs. D’où l’intérêt de vous mettre en mouvement dès le contact pour éviter
que les bêta ne se placent derrière vous. Des bêta qui se déplacent pendant que l’alpha vous parle est une perte de
contrôle. Vous ne pourrez pas jouer au chat et la souris longtemps, surtout si vous avez été ciblé. Vous allez devoir
insuffler du chaos à tout cela… Frappez l’alpha pour faire mal, en cherchant à vous placer sur un côté, le graal étant
de pouvoir aligner l’équipe pour qu’ils se gênent et que vous puissiez les contrôler tous visuellement, puis frappez
les bêta. La suite est une histoire humaine, le programme 4F ne concerne pas que vous, soit ils attaqueront (ce que
feront sûrement les bêtas), soit ils fuiront (voir du côté des deltas), soit ils tétaniseront. S’il semble évident de laisser
partir ceux qui fuient, pour se mettre soi-même en sécurité, il est judicieux de neutraliser ceux qui tétanisent. En
effet, leur état est temporaire, personne ne sait de quel côté ils basculeront quand ils se ressaisiront. Attaqueront-ils
sous les cris de leurs alpha ou bêtas, fuiront-ils ? Dans le doute, mettez-les hors service.

L’ÉTAT DE NÉCESSITÉ EST ACCORDÉ À LA PERSONNE QUI ACCOMPLIT UN ACTE NÉCESSAIRE À SA


SAUVEGARDE

Il est indéniable que la stratégie de devancer le danger et d’agir avant la disposition du piège est la plus efficace.
Pourtant elle est la plus difficile à mettre en place, car vous allez devoir agir alors que tout votre être vous pousse à
attendre la suite car rien n’est sûr. Ce qui est totalement vrai, vous ne saurez jamais si un autre futur aurait été
possible, mais ce qui est sûr, c’est que le temps n’est pas votre ami, lui faire confiance est-il judicieux ? Personne ne
le sait, mais parfois mieux vaut écrire l’histoire que de lire sa fin.

Les actions du contrôle à travers le chaos

Nous avons vu beaucoup de choses ensemble : les différents types d’intervenants, les émotions et choses auxquelles
vous risquiez d’être confronté, et les influences extérieures qui risquaient de perturber la donne. Maintenant, il est
temps d’aborder le temps du chaos, celui où la violence sera physique. Bien qu’il y ait peu de chances que vous vous
rappeliez ce que j’ai écrit ici, mais nous aurons essayé.
Il existe mille et une façons de frapper et d’être frappé, vous trouverez d’ailleurs des ouvrages vous détaillant des
centaines de techniques contre des centaines d’attaques. Pourtant, très peu vous parlerons de ce qui terrasse la
plupart du temps les victimes : l’intention. La violence est physique mais c’est toujours une guerre d’esprit.
Si je devais vous décrire le chaos, je vous dirais que ce poing qui file vers vous n’est pas seul. Il est accompagné de
ses cavaliers de l’apocalypse qui sont la colère, la haine, la peur, avec comme unique désir celui de vous faire mal.
Tous seront mobilisés contre votre corps, utilisant toutes les ressources à leur disposition pour vous faire mal. En
face de vous, point de techniques, ni d’enchaînements de frappe, ou de feintes, oublié l’honneur ou le respect, mis de
côté les blessures effacées un temps par l’adrénaline, vous ne trouverez que de l’attaque. Tellement d’attaque qu’elle
endossera aussi le rôle de défense, au son d’une urgence motivée par la peur de la contre-attaque. Le chaos est le
temps de l’ennemi et il est totalement dédié contre vous. Il n’y aura pas de place au doute, ni à quoi que ce soit de
juste, le but va être de prendre l’initiative et de la garder jusqu’au bout contre vous. Vous n’allez pas subir un coup,
vous allez subir une avalanche créée pour vous blesser, vous faire souffrir et vous soumettre mentalement et
physiquement.
Il est illusoire de penser pouvoir maîtriser cette déferlante. Vous allez devoir reprendre le contrôle et imposer votre
temps pour renvoyer le chaos en face. Votre temps ne pourra venir qu’à travers des moments que nous appellerons
« opportunités ». Vous devrez soit les déceler, soit les provoquer pour reprendre le pouvoir. Pour ce faire, vous aller
devoir changer d’état d’esprit.
Si la violence et les frappes déferlent sur vous, penser pouvoir gérer tous les coups est une chimère. Si vous vous
sentez débordé, repliez-vous vers un profil plus défensif. Placez vos mains derrière votre tête, vos coudes se
retrouveront devant vous, baissez votre menton pour réduire votre cou puis serrez votre tête. Vos bras agiront telle
une minerve et un casque pour protéger votre tête. Cette posture a pour but de protéger vos cervicales des coups,
ainsi que votre visage. Cependant, vous devrez tout de même bouger car, statique, votre assaillant cherchera une
autre voie d’accès pour vous faire mal si cela devait perdurer.
L’usage de la parole est un outil du chaos ou du contrôle lors de phases de violence physique. Que ce soit pour
conditionner les futurs témoins, donc vous défendre plus tard, ou tout simplement pour déstabiliser ou surprendre
votre agresseur, elle aura une influence indéniable. Au cours d’une altercation physique, vous pouvez toujours dire
quelque chose de suffisamment perturbant pour insuffler du chaos et le pousser à reconsidérer l’action, ou au
contraire calmer cet adolescent en colère que vous immobilisez. Le seuil de douleur auditive se situe à 130 décibels,
soit le bruit d’un avion au décollage, un cri quant à lui peut monter jusqu’à 150 décibels. Poussez un cri proche de
l’oreille de son agresseur peut transformer l’action en une frappe auditive, ce qui entraînera une réaction, donc une
opportunité.

L’interrupteur animal

La seule chose qui sépare l’action de l’inaction est une décision. Si, un jour, devait s’abattre sur vous une déferlante
de violence physique, vous devrez prendre une décision, celle de fuir, de désescalader ou de frapper. Nous avons
parlé des raisons fondamentales qui devraient vous pousser à vous choisir vous et vous révolter contre cette
violence. Parfois vous n’aurez qu’une fraction de seconde pour décider de saisir une opportunité. À ce moment
précis, vous devrez opérer une transformation fondamentale de toute votre personnalité. J’aime cette notion
d’interrupteur, car elle représente parfaitement ce changement profond qui doit s’opérer. Vous devrez éteindre en
vous, pour un instant, toute empathie morale et éthique pour la personne en face de vous, tout doit devenir un moyen
pour arriver à vos fins : votre survie. De plus, quand votre personnalité s’éteint, une autre se révèle, quelque chose
de plus ancien, aussi primaire que reptilien : votre versant animal. Cette animalité griffera, mordra, criera,
s’attaquera aux yeux, à la gorge, tout ce qui lui permettra de survivre, sans hésitation avec une totale détermination.
Face à votre survie, peu importe que la situation se présente mal ou que vous ne soyez pas convaincu de pouvoir y
arriver. Lâchez prise et agissez, non pas pour gagner mais pour sauver votre vie. Peu importe ce que vous ferez,
potentiellement tout peut fonctionner. Votre premier geste, pas, coup de pied, gifle, etc., doit être explosif. Imaginez-
vous comme une grenade dégoupillée dont l’explosion libère votre animalité. Le souffle de l’explosion doit stupéfier
votre agresseur et vous permettre de révéler tout votre potentiel de violence en une fraction de seconde. Votre
agresseur avait ciblé une victime facile, cette métamorphose n’étant pas au programme, il va devoir revoir ses plans :
ce temps sera votre opportunité de vous emparer du rythme.

Pousse et cours

Une des premières stratégies de votre arsenal est une application simple du concept : « plus de distance, plus
rapidement », le légendaire « pousse et cours ». Relativement simple et efficace, vous allez devoir vous servir de
votre force et de votre poids de corps, soit pour pousser, soit pour tirer et générer de la distance. Je parle d’action
sans y attacher de cible, tout simplement car vous pourrez agir sur le corps de votre opposant tout aussi bien que sur
votre environnement. La première idée qui vient à l’esprit est de pousser quelqu’un pour le faire tomber, ce qui est
évidemment une parfaite utilisation. Cependant, la violence physique prend place dans un environnement, parfois il
sera plus efficace de tirer une chaise entre vous pour gêner une poursuite que de vouloir faire tomber la personne.
Pour accentuer l’action de tirer ou de pousser, il est idéal de mettre de l’impact lors du contact, ce qui est toujours
déstabilisant pour l’agresseur car cela génère de la douleur. Pour ce faire, servez-vous de la partie inférieure de la
main, pas de vos doigts, beaucoup trop fragiles pour cette opération, puis imaginez-vous en train de jeter un poids le
plus loin possible. Avoir un gabarit costaud aide, mais la capacité à appliquer de la puissance, en utilisant tout son
corps, se travaille et s’acquiert quelle que soit sa forme de corps.

Le mouvement

Pour reprendre le pouvoir, le mouvement sera votre allié, car il est sûr que les choses bougent, tout le temps. Rien
n’est immuable : les bras, les jambes seront en mouvement, les frappes déplaceront les corps, chaque acte entraînera
des conséquences. Les opportunités se cachent dans les déplacements.
Faire le premier pas n’est jamais évident dans la vie, encore plus lors d’une altercation physique. Pourtant ce
déplacement peut vous offrir un abri, une opportunité. Ne plus être où vous êtes attendu – et ce qui est attendu de
vous est l’immobilité pour mieux vous faire mal. Comme je vous l’ai dit, un des impératifs pour qu’une percussion
soit efficace est qu’elle doit toucher sa cible. Votre agresseur va donc chercher à caler sa distance pour que ses
poings soient à distance idéale de frappe. Prenons la danse de l’ascendance et sa frappe circulaire : pour un homme
de taille moyenne, la distance idéale est d’environ 40 à 50 cm. Chaque percussion vise à vous faire reculer. Le corps
marche pour se réajuster et continuer à frapper fort. Si vous subissez en reculant, vous êtes toujours à une distance
de dégâts maximum. N’oubliez pas, vous n’avez que deux objectifs : recevoir moins de dégâts et en infliger plus.
Pour pouvoir en subir moins et avoir l’opportunité de reprendre le contrôle du temps, avancez. Avancer consiste à
refuser la distance nécessaire à votre agresseur pour vous frapper, faisant ainsi baisser drastiquement l’intensité de
ses percussions. Sous la distance des 40 cm, la puissance chute et nécessite un changement de frappe (fini les coups
poings, place aux frappes courtes, types coudes, et saisies). Cette adaptation forcée est votre opportunité pour
reprendre le contrôle et lancer votre séquence. L’avantage d’avancer sur son adversaire permet d’aller où il ne
s’attend pas. Quand quelqu’un avance sur vous, comme en danse, il attend que vous reculiez, foncez dessus. Pour
faire court, allez-vous cacher au seul endroit où il ne vous attend pas : chez lui.
Bien sûr, le risque d’être saisi est plus élevé, mais uniquement si vous le laissez reprendre la maîtrise du timing.
Entre-temps vous serez au plus proche de sa gorge, son visage, ses cervicales, son ventre, et ses parties génitales. En
solution de ripostes, vous aurez l’embarras du choix : coup de genoux, de tête, de coude, saisie des cervicales, etc.,
le tout tellement proche qu’il ne vous verra pas venir. Frappez comme vous voulez mais frappez avec une totale
détermination. Frappez pour faire mal. Ne vous posez pas la question du nombre de fois où vous allez devoir
frapper, mais plutôt jusqu’à quand. Lancez une séquence de frappe jusqu’à ce que votre adversaire ne soit plus
debout.
Au moment où votre agresseur est au sol, il est impératif d’arrêter de frapper. Il ne représente plus de danger vous
empêchant de fuir. Utilisez plutôt ce laps de temps pour contrôler votre environnement, vous serez saturé
d’adrénaline, reconnectez-vous avec votre environnement avant de prendre des décisions inconsidérées. Il serait
totalement contre-productif de courir droit dans les bras des trois brutes qui accourent vers vous en hurlant « il/elle a
éclaté machin », je dis ça, je ne dis rien. Vous ne serez pas en état émotionnel de gérer quoi que ce soit, donc forcez-
vous à regarder à 360 degrés en cherchant juste les menaces potentielles et par où vous échapper pour vous mettre
en sécurité ou parfois simplement appeler à l’aide, puis mettez le maximum de distance entre vous et la scène.
Ne faites pas l’erreur de vouloir rester et maîtriser votre agresseur, en tentant une clef articulaire ou, pire, en
décidant de ressortir une technique de judo de votre enfance, vous n’êtes pas là pour appliquer une quelconque
justice mais pour mettre de la distance entre vous. De plus, maîtriser quelqu’un est très difficile et dangereux, sans
parler du potentiel danger de choisir l’immobilité au lieu de la fuite. L’imprévu est toujours en embuscade pas trop
loin. Avez-vous l’assurance de pouvoir gérer tous les acteurs impliqués, tout en étant emmêlé avec votre agresseur ?
Qu’allez-vous faire si les spectateurs se retournent contre vous car vous êtes sur leur territoire ?
Ensuite vous avez réussi à appliquer une clef de bras au sol, malgré le stress, bravo, et ensuite ? Quel est le projet ?
Aucun juge n’accourra pour venir frapper dix fois à côté de vous et vous accorder la victoire tout en vous relevant
sous les hourras de la foule. Une personne sous alcool, drogue ou simplement très instable peut décider que la
menace ou l’acte de se retrouver avec une articulation disloquée ne lui fera ni chaud ni froid. Poussons même le
concept plus loin, il se soumet ! Arriverez-vous à lui faire suffisamment confiance pour le libérer de votre emprise ?
Croyez-vous honnêtement qu’il va vous laisser vous relever tranquillement et partir comme si de rien n’était ?
Laissez-moi vous conter la fable du scorpion désirant traverser une rivière, qui, pour mener à bien son projet,
demande à une grenouille assistance. La grenouille, peu rassurée par son aiguillon, décide malgré tout d’accepter :
au final, la piquer au milieu du trajet les mènerait tous les deux à la mort, n’est-ce pas ? Devinez la fin. Au milieu de
la rivière, le scorpion la piqua mortellement. La grenouille avant de sombrer put demander la raison d’un tel geste.
La seule réponse qu’il obtint fut : « C’est dans ma nature. » Ne faites jamais confiance à un scorpion, mettez de la
distance.

Savoir s’arrêter de frapper : la vengeance est une victime qui devient agresseur

Savoir s’arrêter de frapper est tout aussi primordial que de savoir commencer. Ne sombrez pas dans la vengeance, ne
sous-estimez pas son appel non plus car c’est la motivation la plus courante dans l’usage de la force. Les rôles de
victime et d’agresseur ne sont pas fixes, ni assignés à qui que ce soit, au contraire. La violence est une pièce aux
faces de victime et d’agresseur, vous laissant le choix d’être l’un ou l’autre ou les deux. Malheureusement être
victime n’autorise pas tout. Laissez-moi vous donner un exemple tiré d’un fait divers.
Un soir de décembre, une jeune femme de 18 ans est importunée à plusieurs reprises par un homme d’une trentaine
d’années sous emprise de l’alcool. À cet instant les rôles sont plutôt définis, elle est victime, lui agresseur. En tant
que victime, elle pousse son agresseur qui chute au sol. Parfaite utilisation de la partie « pousse » mais le choix à ce
moment de la vengeance en lieu et place du « cours » transformera un parfait scénario de self-défense en drame. Car
elle va alors lui asséner deux coups de pied à la tête, selon ses propres propos aux enquêteurs, « comme on frappe un
ballon ». Elle devient alors agresseur, lui victime. Transporté dans un état critique, l’homme décédera
malheureusement des suites de ses blessures quelques jours plus tard. Elle écopera de douze ans de prison. Quel est
le résultat de tout ça ? Un mort, des traumatismes, des familles brisées, un procès, de la prison, une victime qui finit
agresseur, un agresseur qui finit victime, un prix bien élevé et aucun gain en retour.
Quand l’agression devient la réponse à une agression, quand la violence répond à la violence, les rôles de victimes et
d’agresseurs se renversent. À ce moment précis, vous devrez choisir entre utiliser la violence tel un moyen pour
parvenir à fuir ou la laisser vous redéfinir et devenir un agresseur. Quoi qu’il arrive, gardez toujours à l’esprit que la
violence est un cycle : l’agresseur d’aujourd’hui était souvent la victime d’hier, et potentiellement celle de demain.
La vengeance n’est qu’une victime devenue agresseur, une pièce d’une spirale vicieuse.
5

LE TEMPS DES CONSÉQUENCES

Ce chapitre est le dernier, et j’aimerais vous dire que c’est la fin. Malheureusement il n’en est rien, au contraire.
Comme une pierre jetée au milieu d’un étang, la violence va produire des ondes impactant tous les niveaux de votre
vie (médical, légal, psychologique, et social), sur plusieurs années parfois. Vous en êtes, ici, dans les suites des
décisions que vous avez prises, ou que vous n’avez pas su ou pu prendre. Je vous avais prévenu que rien ne serait
sans conséquence.

• Le temps du diagnostic
Si vous avez dû aller jusqu’à la violence physique, soyez conscient qu’il y aura forcément des blessés, vous, votre
agresseur, vous deux, voire des personnes qui ont juste eu la malchance d’être là au mauvais moment au mauvais
endroit. La scène qui s’offre à vous à ce moment peut vous tétaniser autant qu’un coup de poing. Pour pouvoir
effectuer un diagnostic, qu’il soit visuel ou médical, votre environnement doit être sous contrôle, vous devez être en
sécurité. Puis prenez un temps pour faire un point sur votre état physique. Nous allons parler blessures et dégâts
corporels, toutes les questions que vous vous posez sur le sujet trouveront réponse lors d’une formation de premier
secours. Toutes les situations ne se résolvent pas en enfonçant ses doigts dans les yeux de quelqu’un. Selon la Croix-
Rouge, 10 000 vies supplémentaires pourraient être sauvées chaque année en France si 20 % de Français
supplémentaires étaient formés aux gestes de premier secours. Les malaises cardiaques font bien plus de victimes
que les psychopathes.
Revenons à notre scène, telle la victime d’un séisme, vous avez vu certaines choses, en avez perçu d’autres, et puis il
y a tout ce que vous n’avez pas vu. Il est urgent de faire un point sur votre corps. La première chose à faire est de
contrôler visuellement et tactilement chaque partie de votre corps (torse, membres) puis de palper toutes celles que
vous ne pouvez pas voir (dos, tête). Chaque palpation se déroule de la même façon :

Est-ce que j’ai mal ?


Est-ce que tout bouge normalement ?
Est-ce que je sens quelque chose d’humide ?
Est-ce que quelque chose dépasse de mon corps ? Si oui, ne l’enlevez pas, vous risqueriez de faire plus
de dégâts qu’autre chose.
Je vérifie mes mains à la recherche de sang dessus.

Il est important de commencer par soi-même, pour la simple et bonne raison qu’essayer de porter assistance à
quelqu’un en se vidant de son sang n’est pas chose aisée. Si vous décelez la moindre tache de sang, essayez de
limiter au maximum le saignement en comprimant la plaie. Si le manche d’un couteau dépasse de votre abdomen,
surtout ne l’enlevez pas, nous ne sommes pas dans un film, vous pourriez occasionner plus de dommage ce faisant
qu’en laissant les secours le gérer. Volontairement je ne détaille pas les gestes de premier secours qui méritent
amplement d’être vus lors d’une formation. Croyez-moi, le temps que j’ai consacré à ces formations a été un de mes
meilleurs investissements en matière de self-défense.
Si tout est dans le vert, alors là vous pourrez étendre votre diagnostic à ceux qui vous entourent, spectateurs comme
agresseur. Que ce soit cette personne que vous avez bousculée pendant votre altercation, ou bien votre agresseur qui
est K.-O., vérifiez leur état et effectuez les gestes de premier secours si possible. Je rappelle que cela ne peut se faire
que si vous êtes en sécurité, si cela n’est pas le cas, échappez-vous de la scène puis prévenez les secours.
Quoi qu’il arrive, si vous en êtes capable, prévenez les secours ou demandez à quelqu’un de le faire :
15 Samu : pour toutes les situations médicales d’urgence.
17 Police : si vous êtes en danger ou que vous en êtes témoin.
18 Pompiers : pour tous les secours d’urgence.
112 Urgence en Europe : pour toute urgence nécessitant une ambulance, les services d’incendie ou la police.
Ne raccrochez pas si vous appelez le 112 par erreur ! Expliquez à l’opérateur que tout va bien. Dans le cas contraire,
il se peut qu’une aide d’urgence soit envoyée pour s’assurer qu’il n’y a aucun problème.
114 : Numéro d’urgence pour les personnes sourdes et malentendantes. Ce numéro est traité par SMS. Si vous ne
pouvez pas parler ou que vous en êtes dans l’incapacité cela peut revêtir un très gros intérêt. L’opérateur contactera
ensuite les services d’urgence compétents.
Dans le feu de l’action, n’oubliez pas, il y a trois choses importantes à communiquer à la personne que vous avez au
bout de la ligne, que ce soit par message ou par téléphone :

qui vous êtes, victime, témoin… puis le numéro de téléphone sur lequel vous êtes joignable ;
l’adresse précise ou l’intervention est nécessaire – peut-être vous êtes-vous déplacé pour passer cet
appel ;
le motif de votre appel ; rassurez-vous, les opérateurs sont formés pour vous accompagner lors de cette
interview.

• Le temps de la justice
La self-défense n’est pas justice, pour l’obtenir il est très fortement recommandé en tant que victime de porter
plainte. C’est uniquement comme cela que vous pourrez rendre justice et faire condamner votre agresseur. En effet,
porter plainte consiste à demander à la Justice de rechercher la manifestation de la vérité, de se prononcer sur la
culpabilité de l’auteur et, le cas échéant, de le punir.
Ne nous voilons pas la face, se lancer sur le chemin judiciaire des victimes d’infractions pénales peut s’avérer long,
mais lors de ce chemin vous trouverez des clefs pour déverrouiller les traumatismes causés par la violence.
Pour déposer plainte, n’attendez pas, parlez-en le plus rapidement possible. D’un point de vue pratique, plus votre
témoignage sera proche, plus il sera précis, sans souffrir des affres du temps.
Cependant le plan émotionnel est toujours à prendre en compte. Parfois le choc est tellement violent que le cerveau
met du temps à accepter que l’agression ait bien été réelle. Dans ce cas, la plainte sera éloignée de l’origine de la
plainte, ce n’est pas grave, portez plainte malgré tout. Le dépôt de plainte est une des étapes de votre reconstruction,
une de celles qui vous permettra de passer à la suite. Le silence n’est jamais une bonne solution pour se remettre
d’une agression.
C’est pourquoi, si vous n’êtes pas en mesure de déposer plainte immédiatement dans un poste de police ou de
gendarmerie, il existe désormais des solutions de plainte en ligne rapides et efficaces. Dans tous les cas, vous pouvez
commencer par une main courante en ligne. Contrairement à un dépôt de plainte, votre dépôt de main courante
n’entraînera pas de poursuites contre l’auteur de l’infraction. Néanmoins, si vous faites immédiatement votre main
courante en ligne et que vous déposez plainte plus tard, cela expliquera grandement le caractère tardif de votre récit.

• Le temps de la résilience
La résilience est considérée comme la capacité à résister à des expériences traumatisantes ou stressantes, et la
possibilité de les transformer pour en faire un nouveau départ.
Il y a eu un avant, un pendant, voilà le temps de l’après. Parfois la violence surgit dans la vie de certains, fruit d’un
battement d’ailes de papillon, dévastant toute forme de normalité, comme une tornade, pour disparaître quelques
instants plus tard. Pour d’autres, elle s’installera dans leur quotidien comme une bactérie au traitement inconnu par
la science. Qu’importe sa durée, dites-vous que les traces qu’elle laisse perdureront toujours plus longtemps que
l’acte en lui-même. Bien que le but de la self-défense soit de vous permettre de revenir à l’état d’avant l’agression,
pour être honnête, cela aura un prix, vous devrez abandonner certaines choses au passage.
La période qui suit une agression est loin d’être anodine. Même si chacun réagit différemment, je dirais que cela
ressemble à une forme de deuil. Vous voilà privé d’un passé qui n’existe plus, et d’un avenir qui n’a plus rien de
certain : la violence vous prive du sentiment de sécurité, d’estime de vous, de votre intégrité physique, pour les
remplacer par un sentiment de culpabilité, d’impuissance vous reléguant à un état d’isolement, de méfiance et de
doute. Qu’importe l’issue, heureuse ou malheureuse, vous ne cesserez de penser, de revivre cet événement qui a
déstabilisé votre psychisme. Vous vous demanderez ce que vous auriez pu faire pour que les choses soient
différentes, ce que vous auriez pu dire ou ne pas dire. Vous imaginerez des scénarios où la situation est sous votre
total contrôle. Comme si le temps se fixait, se figeait au profit d’une boucle temporelle dans laquelle vous êtes
enfermé, vous empêchant d’affronter la réalité. Comme si l’imaginer ne suffisait pas, le moindre événement vous
rappelant de près ou de loin la source du traumatisme vous replongera dans cet état de stress comme si tout cela
allait encore se reproduire, générant une sorte de suranticipation toxique.

LE CERVEAU OCCULTE POUR SE PROTÉGER DE LA SOURCE DU TRAUMATISME


Certaines personnes développeront des troubles psycho-traumatiques, d’autres non. Parfois les conséquences se
paieront longtemps après. Souvent chez les victimes de viols, les personnes activent un mécanisme de déni, et
« oublient » l’événement. En effet, le cerveau occulte, comme un barrage construit grâce à une amnésie traumatique,
pour se protéger de la source du traumatisme. Cependant aucun barrage n’est indestructible, il lui arrive de céder.
Les souvenirs se déversent d’autant plus massivement que les images et souffrances ont été longtemps dans
l’incapacité à s’exprimer. C’est une des raisons qui poussent les autorités à dépêcher des psychologues sur les lieux
de drames. Le but est de prévenir ce phénomène de décompression particulièrement violent.
La violence peut prendre n’importe quelle forme et atteindre n’importe quelle cible… Sans que vous vous en rendiez
compte, ses répercussions risqueront de toucher vos croyances, vos idéaux, et vos valeurs, tout ce qui faisait le socle
de votre personnalité, ne laissant au final qu’un sentiment des plus angoissants, celui de vulnérabilité. La violence
quel que soit son visage, vous envoie à votre limite face à la réalité, vous faisant prendre conscience que le chaos,
l’inconnu et l’injustice font aussi partie du monde. Le traumatisme généré par l’agression risque de vous pousser à
faire le deuil de certains absolus, comme la constance de votre vie, son côté maîtrisable et planifiable, vous
renvoyant par là même à l’idée de votre mortalité. Comme le disait François de la Rochefoucauld, « ni le soleil ni la
mort ne peuvent se regarder en face », or, c’est exactement ce que l’agression physique vous force à faire.
Même vos interactions sociales pourront en pâtir. Si vous avez été victime d’une agression violente, il y a des
chances que cela génère chez vous un sentiment plus ou moins marqué de décalage vis-à-vis de votre entourage.
Vous pourrez avoir le sentiment d’être regardé différemment. Vos amis, votre famille chercheront à savoir « ce qu’il
s’est passé » ou « comment vous allez ». Même si vous avez le sentiment que leurs mots ou sentiments qu’ils
engagent ne vous procurent aucun réconfort, dites-vous qu’ils sont aussi les victimes de cette violence par extension.
Votre agression peut les renvoyer à leur propre vulnérabilité, ainsi qu’à leur culpabilité de n’avoir pas pu protéger
quelqu’un de leur groupe. Malgré cette envie de vous isoler qui se fait de plus en plus forte, si je peux vous donner
un conseil : osez leur parler. Quand vous vous sentirez prêt, ne laissez pas l’incompréhension s’ériger entre vous. Un
suivi auprès d’un psychologue s’avère utile et parfois indispensable pour surmonter cette épreuve. Le fait de pouvoir
parler vous permettra de remettre du sens et d’intégrer peu à peu l’événement. Un travail sur la gestion du stress et
de l’anxiété peut aider également à dépasser la souffrance psychique. Vous avez réussi à survivre à votre agression,
la seule chose qui peut vous faire du mal maintenant, c’est vous. Vivre une expérience violente vous transforme
évidemment, mais vous avez déjà traversé des expériences violentes, pas forcément physiquement mais du moins
perturbantes pour votre vie : la perte d’un proche, la naissance d’un enfant, votre premier amour puis votre première
déception amoureuse… Même si cette douloureuse expérience vous donne l’impression de ne jamais être réellement
revenu de l’autre côté du miroir, votre monde n’a pourtant pas disparu, il s’est juste agrandi. J’aimerais vous dire
que tout va bien aller, mais pour cela j’ai besoin que vous fassiez un choix. Le choix de la vie. Faites le choix de ne
pas vous résumer à cet événement ; faites le choix de célébrer, d’aimer, de travailler, de vous lever, de partager. Oui,
vous avez vu le côté obscur, cela doit vous pousser vers la lumière.

• Le temps du changement : notre temps s’achève, le vôtre


commence

Au vu du peu de pages qu’il reste, faites le deuil définitif de l’acquisition de techniques secrètes imparables.
Cependant, au fil des pages, j’espère que vous aurez acquis une vision plus claire des choses. Nous avons abordé
ensemble une multitude de sujets, que ce soit sur vous, sur la mise en place ou les intervenants de la violence, tout
cela a été fait pour vous permettre de dresser une image suffisamment nette pour vous éviter de tétaniser le moment
venu. Pour ce qui est de l’arbre de décision, nous avons vu ensemble cette trame qui est l’essence même de la self-
défense. Gardez à l’esprit que le temps n’est pas votre ami, a contrario de la distance. Ne cherchez pas les bonnes
décisions mais celles qui sont bonnes pour vous ; votre vigilance vous aidera à les mettre en lumière. Cet ouvrage
débutait en s’adressant aux antihéros, vous ne possédez toujours pas de pouvoir vous permettant de traverser les
murs, cependant si vous évitez ou arrivez à désarmer la violence, vous pourrez vous considérer comme un héros du
quotidien et c’est déjà beaucoup.
J’espère que ce livre vous aura apporté quelque chose, tout en espérant que vous n’aurez jamais à en faire l’usage. Si
un jour, il vous permet de lâcher prise face à une danse de l’ascendance ou de passer votre chemin face à la prise de
contact d’un prédateur, alors il n’aura pas été vain.
Le reste du chemin, vous devrez le faire seul. Gardez ce livre près de vous puis franchissez la porte d’un club de
boxe ou d’arts martiaux, confrontez-vous aux autres sans jamais abandonner votre scepticisme. Faites l’acquisition
de nouveaux savoirs en permanence, apprenez à nager si ce n’est pas le cas, formez-vous au secourisme, remettez-
vous à la course, etc. Vous seul êtes en charge de votre sécurité, soyez compétent. Prenez soin de vous et faites
attention.
REMERCIEMENTS

Ces pages s’achèvent, et il ne pourrait en être autrement que par des remerciements. La réalisation de ce livre tient à
peu de chose mais surtout, pour beaucoup, à certaines personnes. Pour ce message un matin de février, merci à
Guillaume Morel, homme aux innombrables talents, dont la patience et les échanges furent une aide précieuse. À
Jean-Philippe Bouchard ainsi qu’à la maison d’édition Solar, pour votre confiance et votre accompagnement. Merci
à vous, Jean-Marie, pour avoir été mon premier lecteur. À Damien, l’homme qui débat plus qu’il ne se bat. À
Natale, l’homme qui se bat plus qu’il ne débat. À mes enfants, pour avoir su que cela aboutirait avant même que cela
ait commencé. Un merci tout spécial à tous ceux que j’ai pu croiser au cours de ces années d’enseignement, élèves
comme experts. Pour finir, un merci tout particulier à celle qui partage ma vie, mon alpha et mon oméga, toi qui
rends possible les projets les plus fous.
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– Morel, Guillaume. Bouammache, Frédéric. PROTEGOR : Guide pratique de sécurité personnelle, self-
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Direction : Jean-Louis Hocq
Direction éditoriale : Jean-Philippe Bouchard
Directeur de collection : Guillaume Morel
Éditeur : Maxime Lafon
Fabrication : Emmanuelle Laine
Logos : Benjamin Giraudon
Couverture : Thierry Sestier

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EAN : 978-2-263-17952-5
Code éditeur : L17952

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