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Valoriser les ressources de l’Afrique


pour le bénéfice des Africains

Rapport 2010
sur les progrès
en Afrique
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

A PROPOS DE L’AFRICA PROGRESS PANEL


L’Africa Progress Panel rassemble, sous la présidence de Kofi Annan, un groupe unique de personnalités dont le
rôle est d’évaluer et de promouvoir la notion du partage des responsabilités pour le progrès en Afrique dans trois
domaines-clés d’action : la gouvernance politique et économique, le financement pour le développement
(y compris l’aide publique au développement) et la réalisation des OMD notamment dans le perspective du
changement climatique. L’Africa Progress Panel mesure les progrès effectués en Afrique et attire l’attention sur
les obstacles et opportunités présentes sur le continent.

SECRéTARIAT

Michael Keating, Directeur exécutif


Le présent rapport peut être reproduit
Violaine Beix librement, en partie ou dans sa totalité,
à condition d’en mentionner la source.
Sandra Engelbrecht

Benedikt Franke

Africa Progress Panel


Dawda Jobarteh
9-11 rue de Varembé
1202 Genève
Temitayo Omotola
www.africaprogresspanel.org
Carolina Rodriguez

REmERCIEmENTS
L’Africa Progress Panel tient à remercier de leurs précieuses contributions Dr. Olusoji Adeyi (le Fonds mondial de
lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme), M. Hubert Escaith et M. Andreas Maurer (OMC), Pr. Franklyn
Lisk (Université de Warwick), Dr. Carlos Lopes (UNITAR) , Mme Kate Norgrove (WaterAid International), M. Paatii
Ofosu-Amaah (Banque africaine de développement), Dr. Patrick Osakwe (CNUCED), Mme Judith Randal
(Development Initiatives), M. Guido Schmidt-Traub (South Pole Carbon Asset Management), ainsi que Mme
Alyson Warhurst et M. Jason McGeown (Maplecroft Maps). Nous tenons également à remercier le
Département du développement international du Gouvernement britannique, les gouvernements allemand et
néerlandais et la Fondation Bill & Melinda Gates.

Le présent rapport a été imprimé sur du papier Cyclus Print mat couché composé à 100% de papier recyclé. Le
processus d’impression est respectueux de l’environnement.

Design de la couverture, infographiques et design du rapport : Violaine Beix, Thad Mermer, Carolina Rodriguez
et Blossom Communications. Correctrice : Nina Behrman.

Imprimé par l’Imprimerie Lenzi, Genève, Suisse.

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Passer ˆ lÕ action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

TABLE DES mATIÈRES


PRINCIPALES CONCLUSIONS ET RECOmmANDATIONS 4
AVANT-PROPOS 8
INTRODUCTION 10
PARTIE I : CINQ ANNéES PROmETTEUSES 11
Croissance économique 12
Les tendances économiques avant la crise 12
Effets de la crise économique mondiale 15
Réponses à la crise 16
Premiers Signes de Reprise 16
Gouvernance 18
La gouvernance au niveau national 18
Gouvernance régionale 20
Gouvernance mondiale 20
Développement social 23
Atténuation de la pauvreté 23
Éducation 23
Égalité des sexes et émancipation des femmes 25
Santé publique 28
Eau et assainissement 30
Impact de la crise économique mondiale sur le développement social 30
Paix et sécurité 31
Sécurité alimentaire et nutritionnelle 33
Changement climatique 35
L’impact du changement climatique 35
Aspects politiques du changement climatique 35
Financement et coopération pour le développement 38
Les partenaires traditionnels 38
Les nouveaux partenaires 40
Philanthropie et dons privés 41
Allégement de la dette 42
L’efficacité de l’aide 42
PARTIE II : RéALISER LE POTENTIEL DE L’AFRIQUE 43
Pour une meilleure gestion des relations et des avoirs 44
Pour des partenariats mutuellement bénéfiques 44
Pour la valorisation des ressources naturelles au profit des Africains 46
Exploiter les tendances et les événements opportuns 48
Protéger le développement et la croissance économique des effets du changement climatique 49
Accélérer l’intégration régionale 50
Valoriser le potentiel des technologies de l’information et de la communication 50
La contrainte démographique 52
émanciper les femmes africaines 53
Rendre le système international plus équitable 56
Améliorer la cohérence des politiques de développement 56
Honorer les engagements pris s’agissant des ressources et de l’aide 58
Les besoins de financement de l’Afrique 58
L’avenir de l’aide au développement 58
CONCLUSION 61
LISTE DES ABRéVIATIONS 63
NOTES 64

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RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

PRINCIPALES CONCLUSIONS
ET RECOMMANDATIONS
Croissance économique durable et réduction de la pauvreté
Il faut exploiter les vastes ressources de l’Afrique pour le bien de sa Les femmes africaines doivent avoir plus largement accès aux
population ressources
L’Afrique est riche en terres et en ressources naturelles, dont la L’accès des femmes aux ressources et le contrôle et la possession de
valeur augmente. Les découvertes de pétrole et de gaz et d’autres ces ressources et des revenus qui en découlent, s’il s’agit de la terre,
ressources précieuses se poursuivent et elles rendent d’autant plus des ressources naturelles ou productives, demeurent insuffisants en
importante une gestion transparente et efficace. Les recettes ainsi Afrique. L’investissement consacré aux femmes et ceux réalisés par
dégagées doivent être appliquées à un développement durable des femmes sont donc insuffisants et cela retarde ou compromet
et équitable. Nous engageons les dirigeants des pays qui ont la le progrès. Nous engageons les dirigeants africains à appliquer les
chance d’être dotés de vastes ressources naturelles à honorer les plans d’amélioration de l’accès des femmes aux ressources et aux
engagements pris (UNCAC et EITI). revenus qu’elles produisent.

Les pays africains doivent se doter de leur propre stratégie de Il faut mettre les femmes au centre des stratégies de développement
développement à l’épreuve du climat à l’épreuve du climat
Le changement climatique alourdit le coût de la réalisation des Le changement climatique frappe plus les femmes que les hommes,
OMD – dans la production vivrière, la santé publique, l’adduction car ce sont elles qui le plus souvent vont chercher l’eau, trouvent
d’eau, l’énergie, l’équipement et d’autres secteurs – et il aura des des ressources énergétiques et assurent la sécurité alimentaire;
effets disproportionnés sur les femmes et les pauvres. La question des contraintes résultent des fonctions traditionnelles qui leur sont
du changement climatique ne peut être traitée isolément. Des attribuées, elles n’ont pas suffisamment accès aux ressources et sont
efforts tels que ClimDev doivent être accélérés par les organisations peu mobiles, et tout cela fait qu’elles sont les plus touchées par le
africaines et internationales telles que la BAfD, les Nations Unies et changement climatique. En même temps, elles ont su mobiliser leur
la Banque mondiale, à l’appui de stratégies de développement à groupe local pour réagir au changement climatique et prévenir
l’épreuve du climat et de réduction de la pauvreté, et pour préparer les catastrophes naturelles. Les gouvernements et autres acteurs
des programmes directement finançables, créateurs d’emploi, doivent veiller à ce que les initiatives prises au sujet du changement
sobres en carbone, et créateurs d’infrastructures. climatique tiennent compte de l’expérience, des connaissances et
des capacités de survie des femmes.

L’investissement consacré à l’agriculture et aux biens collectifs ruraux L’émancipation des femmes est la condition de l’augmentation de
doit augmenter la productivité agricole
Plus de 70 % des Africains vivent de l’agriculture et pourtant ce secteur En Afrique subsaharienne ce sont les femmes qui produisent 80
ne réalise pas son potentiel dans l’atténuation de la pauvreté et la % des denrées alimentaires de base pour l’autoconsommation
croissance économique, et ne garantit pas à tous une alimentation ou la vente. Étant donné leur rôle essentiel dans l’agriculture,
suffisante et équilibrée. La faim et la malnutrition chronique sont l’amélioration de leur situation, en particulier un meilleur accès aux
répandues et l’accélération du changement climatique ne laisse avoirs productifs et à la propriété, ferait progresser le secteur et
pas de réduire encore la productivité. Nous engageons les dirigeants l’ensemble de l’économie. Nous engageons les dirigeants africains
africains, leurs partenaires internationaux et le secteur privé à appliquer à faciliter en priorité l’accès des femmes rurales à la terre, aux droits
le Programme commun de développement de l’agriculture en de propriété, à l’information, au crédit et à l’aide financière, et aux
Afrique et à réaliser en priorité des investissements dans l’agriculture, services d’assurance et de vulgarisation.
notamment pour élargir l’accès aux marchés.

Il faut faire connaître et étendre les modèles d’engagement du Les dirigeants africains doivent tirer parti de l’esprit d’entreprise des
secteur privé femmes
On sait de mieux en mieux comment le secteur privé peut travailler Les femmes chefs d’entreprise jouent un rôle de plus en plus important
avec les autorités, les acteurs de développement et les collectivités dans beaucoup de pays africains, dans l’économie formelle et
locales pour stimuler l’entreprise, créer des emplois, des échanges et informelle, malgré les nombreuses contraintes avec lesquelles elles
des investissements dans la production de biens et services collectifs. sont aux prises. Nous engageons les dirigeants africains à appliquer les
Les enseignements dégagés et les perspectives qui s’offrent recommandations du Sommet économique des femmes africaines
doivent être valorisés par le réseau d’organisations africaines et et à créer un environnement réglementaire propice à l’inclusion
internationales telles que : Business Call to Action, Corporate Council et la protection des femmes dans l’économie formelle. Les chefs
on Africa, et Frontier 100, qui encouragent un engagement des d’entreprise peuvent faire plus pour tirer parti des qualifications et
entreprises dans le développement; ces modèles doivent être utilisés de l’énergie des femmes africaines en éliminant les stéréotypes
pour stimuler et accélérer les partenariats public-privé. concernant l’emploi, la promotion, les pratiques de rémunération, et
en accroissant la part des femmes dans les effectifs de direction, tout
en facilitant le développement de leurs compétences.

Les dirigeants africains doivent stimuler la connectivité et l’utilisation L’accès des femmes à l’informatique, clef de l’économie de la
des technologies de l’information et de la communication (TIC) connaissance
Malgré des progrès notables, l’Afrique demeure en retard dans En raison d’obstacles culturels et comme elles sont moins
la production de matériel informatique et dans l’utilisation des TIC alphabétisées que les hommes, les femmes ont moins accès qu’eux
(télématique) dans la gestion, l’entreprise, le développement, à la télématique. Améliorer leur participation à l’économie de
les réseaux sociaux et la responsabilisation. Mais ce “déficit de l’information comporterait tout un ensemble d’avantages, comme
connectivité” de l’Afrique offre également des perspectives une plus grande compétitivité des secteurs technologiques et une
de sauter les étapes coûteuses des technologies dépassées et meilleure qualification de la main-d’œuvre. Cela facilitera aussi le
d’appliquer les enseignements recueillis ailleurs. Nous engageons les développement d’une économie de l’information et aidera les plus
dirigeants africains, dans le secteur public et le secteur privé, à créer pauvres, les plus marginalisés, en particulier les femmes et les filles,
des partenariats pratiques sur des plans de connexion informatique à exercer leurs droits fondamentaux. Nous engageons les chefs
du continent africain, notamment dans les écoles, les centres de d’entreprise et leurs autorités de tutelle à suivre, encourager et faire
soins, les exploitations agricoles, les autorités locales et les médias. connaître l’accès des femmes aux technologies de l’information et
de la communication.

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Progrès social
Un effort massif pour la réalisation des objectifs du Millénaire pour le Les femmes doivent pouvoir se prononcer sur la planification du
développement est urgent développement
L’investissement consacré à l’éducation, la santé et la sécurité Les femmes africaines ne sont toujours pas assez engagées
alimentaire est à la base de la croissance économique et de la et consultées dans la conception, la gestion et l’évaluation
sécurité humaine. Les progrès dans la réalisation des OMD au cours des initiatives et des programmes qui les concernent pourtant
des cinq prochaines années donneraient d’énormes dividendes directement. Cela est particulièrement fâcheux pour la réalisation
sociaux et économiques, permettraient aux collectivités locales d’objectifs sexospécifiques tels que la santé maternelle et infantile
et aux pays de devenir plus autonomes. Les dix années écoulées et l’éducation, qui sont à la base de la réalisation des OMD. Les
ont vu d’importants progrès dans la réalisation des cibles liées aux décisions des pouvoirs publics, des entreprises et de la société civile
OMD, notamment dans les pays les plus pauvres et les plus instables. en faveur de la participation des femmes à tous les niveaux et pour
Ces succès doivent être amplifiés et reproduits, en s’inspirant des collecter et ventiler des données par sexe sont indispensables. Cela
interventions éprouvées, en mettant en valeur le potentiel notateur contribuera à la réalisation des OMD et aidera les femmes à mieux
de l’émancipation des femmes, de l’accès à l’informatique et de connaître et exercer leurs droits fondamentaux.
nouveaux partenariats – avec les autres pays du Sud et avec le
secteur privé. La réunion au sommet prévue en septembre 2010
pour examiner les OMD est l’occasion idéale de mobiliser un soutien
renouvelé.

L’éducation est le fondement du progrès L’autonomisation des femmes africaines


Les faits montrent l’importance essentielle de l’éducation comme L’éducation des filles a un impact positif direct sur leur état de
moteur de progrès social, économique et politique. L’accès à santé, leurs perspectives sociales et leurs possibilités d’emploi ainsi
l’enseignement primaire a considérablement progressé, mais de que sur leur famille, leurs communautés et l’économie en général.
graves lacunes demeurent dans l’enseignement secondaire et L’éducation les aide et les dispose à exercer leurs droits et à participer
supérieur, et les taux d’achèvement d’études sont insuffisants dans aux décisions. Il y a pourtant à tous les niveaux d’éducation de
l’ensemble. Le problème est de pouvoir financer des plans nationaux fortes disparités entre les sexes. Cela vise les femmes et retarde le
assez détaillés. Nous encourageons instamment des dirigeants développement économique de l’Afrique et la réalisation des OMD.
politiques et autres africains et leurs partenaires internationaux à Les hommes politiques, les médias et la société civile doivent suivre
n’épargner aucun effort pour mobiliser des ressources, notamment avec soin et faire largement connaître les lois prescrivant l’égalité
par l’Initiative de réalisation rapide de l’Éducation pour tous. entre les sexes, les politiques suivies dans ce sens et les objectifs
éducatifs.

Les stratégies de croissance économique doivent réduire la pauvreté La discrimination entre les sexes est un obstacle majeur au
et l’inégalité développement
Bien que l’on manque de données factuelles et de statistiques fiables, Les sociétés qui instituent une discrimination sur la base du sexe
il est manifeste que les inégalités, dans les pays africains, augmentent en paient le prix, sous la forme d’une plus grande pauvreté,
et que les bienfaits de la croissance sont très inégalement partagés. d’une croissance économique plus lente, d’une gouvernance
Cela est à la fois injuste et potentiellement dangereux. Il lest essentiel plus précaire et de moindres niveaux de vie. La féminisation
de réduire la pauvreté et l’inégalité pour que le progrès et la stabilité croissante de la pauvreté et les inégalités persistantes des chances
soient durables; nous engageons les dirigeants africains à utiliser socioéconomiques et éducatives entre les femmes et l’homme
leur arsenal de mesures budgétaires et sociales pour produire en doivent d’urgence être éliminées. Les stratégies de croissance et de
priorité des biens et services collectifs profitant à tous et créant des réduction de la pauvreté doivent être conçues, appliquées et suivies
perspectives nouvelles pour toute la population. en fonction de normes et d’objectifs précis en matière d’égalité
des sexes et dotées de ressources adéquates pour assurer le suivi,
l’évaluation et la publication des progrès, notamment parmi la classe
politique et dans les médias.

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RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

Exercice du pouvoir politique et gouvernance


Il ne faut plus se contenter de formuler des programmes d’action, il Il faut en priorité appliquer les mesures d’émancipation des femmes
faut les appliquer Les politiques et la législation ont été améliorées, mais cela ne se traduit
Au cours des dix dernières années, l’Afrique et ses partenaires pas encore en progrès suffisants sur le front de l’égalité entre les sexes
internationaux ont adopté des agendas, des plans et des programmes et l’émancipation des femmes. La fragilité des capacités institutionnelles
d’action judicieux, souvent visionnaires – au sujet par exemple de la et la part insuffisante des ressources consacrées à ce problème
gouvernance, de l’intégration régionale, de l’investissement agricole, compromettent l’efficacité des lois existantes. Nous engageons
de la santé publique et de l’éducation. Nous engageons les dirigeants les dirigeants africains et leurs partenaires internationaux à revoir et
africains et leurs partenaires internationaux à accélérer l’application augmenter le niveau des ressources consacrées à l’application des
de ces plans en s’en tenant à des calendriers précis convenus. politiques et des plans visant l’émancipation des femmes et l’exercice
de leurs droits.

La bonne gouvernance et le respect de l’obligation comptable Les femmes et la responsabilisation


détermineront l’avenir de l’Afrique Les femmes contribuent aux discussions sur le choix des politiques
La qualité de la gouvernance est un facteur décisif de la stabilité et l’utilisation des ressources. Participant activement à la vie de
politique et sociale, de la croissance économique équitable et leurs familles et de leurs collectivités locales, elles ont beaucoup à
de la réduction de la pauvreté. Des systèmes de responsabilisation gagner à une utilisation équitable et sage des ressources. Elles sont
financière et politique sont essentiels pour que ceux qui seront au généralement plus efficaces que les hommes dans la gestion du
pouvoir respectent l’obligation de rendre des comptes aux citoyens et budget du ménage, la tenue des prêts et de l’épargne, si on leur
de veiller à ce que les recettes publiques soient utilisées dans l’intérêt laisse cette possibilité. Elles sont également très efficaces comme
général. Le droit de la société civile, et notamment des médias et dirigeantes dans le secteur public et le secteur privé, apportant
des associations, de jouer un rôle de contrôle doit être légalement souvent des perspectives nouvelles différentes de celles des hommes.
protégé. Nous engageons les dirigeants africains à tenir les promesses Nous engageons les autorités, les entreprises et les organisations de la
consignées dans l’Acte constitutif de l’Union africaine et autres société civile à adopter et appliquer des stratégies élargissant le rôle
conventions d’importance essentielle concernant la gouvernance des femmes et, le cas échéant, améliorant les possibilités de formation
et la transparence, notamment en coopérant avec le Mécanisme et de recrutement, notamment dans les postes les plus élevés.
africain d’examen par les pairs du NEPAD et en appliquant ces
recommandations.

L’Afrique doit exprimer plus nettement son opinion dans la création de Les femmes africaines doivent être adéquatement représentées sur
l’architecture internationale la scène internationale
Alors que le continent africain compte plus d’un quart des pays du Si bien souvent l’Afrique est sous-représentée dans les processus
monde et un milliard d’hommes et qu’il est affecté profondément internationaux formels et informels, les femmes africaines le sont
par la dynamique mondiale, l’Afrique demeure sous-représentée encore plus. Elles doivent être correctement représentées à tous
dans beaucoup de processus internationaux formels et informels, les niveaux de la vie politique, notamment dans les enceintes
notamment dans les nouvelles enceintes qui apparaissent au Sud. internationales. Une meilleure représentation des femmes permet de
Quand elle est adéquatement représentée, l’Afrique manque valoriser des synergies, de réduire l’apathie et de veiller à ce que les
souvent de capacités et de négociations et n’a pas de position besoins des groupes vulnérables soient prioritaires. Nous engageons
coordonnée. Nous engageons les dirigeants africains à donner les dirigeants africains à assurer en priorité une représentation égale
de la voix dans l’étude des réformes des structures mondiales de des femmes dans toutes les administrations et dans la fonction
gouvernance et à s’attacher à les rendre mieux représentatives, plus publique, à l’échelle intérieure et internationale, dans les équipes
utiles et plus efficaces. Les capacités de négociation doivent être de négociation et dans les missions et délégations régionales et
renforcées autour de positions concertées, notamment au sujet du mondiales.
changement climatique, du commerce et de la réalisation des OMD.

Il faut accélérer l’intégration régionale Une solidarité régionale des femmes serait précieuse
Les dix dernières années ont vu un approfondissement exceptionnel La féminisation des institutions introduit un changement radical dans
de la coopération régionale, notamment sur le commerce, la la façon dont les questions de la condition féminine et d’autres
paix et la sécurité, l’énergie et l’équipement. Nous engageons les questions voisines sont traitées. Des réseaux transfrontières de femmes
dirigeants africains à accélérer cette tendance positive, notamment apportent des idées nouvelles et une volonté de résultats pratiques à
en appliquant le Plan d’action africain du NEPAD, pour éliminer les tous les aspects de la coopération économique, politique et sociale.
obstacles au développement que crée la fragmentation politique Nous demandons que l’on accroisse la participation des femmes
du continent et à tirer parti des économies d’échelle et à améliorer et leur présence dans les réseaux et institutions de coopération
la compétitivité de l’Afrique dans l’économie mondiale. régionale. La coopération régionale peut en effet contribuer aux
efforts nationaux d’émancipation et de protection des femmes et
de défense de leurs droits fondamentaux.

Les efforts communs pour améliorer la sécurité doivent être renforcés La protection des femmes doit figurer en bonne place dans les
et adaptés dispositifs de sécurité
Comme le montre l’application progressive de l’architecture africaine Les conflits entraînent des souffrances pour toutes les personnes
pour la paix et la sécurité, les États africains et les organisations concernées. Mais les femmes sont particulièrement vulnérables aux
régionales ont beaucoup progressé dans l’institutionnalisation des conséquences et à court et à long terme des conflits et sont le plus
efforts de lutte contre le fléau de la guerre, et notamment l’injustice touchées. Les violences sexuelles et les incidences sexistes tendent
et l’impunité. Cependant, l’une et l’autre demeurent répandues et à augmenter durant les conflits en raison des perturbations sociales
de nouvelles formes d’insécurité, notamment des formes atomisées et de la mobilité accrue, du bouleversement des mécanismes
et fluides de violence transfrontière, l’extension progressive de zones traditionnels de protection sociale, d’une modification des rôles des
que l’État ne gouverne plus, et la montée de la criminalité organisée deux sexes et de l’extension de la vulnérabilité. Les gouvernements
et de toutes sortes de trafic aggravent les souffrances de millions et les organisations internationales doivent adopter le principe d’une
d’Africains. Nous engageons les dirigeants africains à renforcer tolérance zéro à l’égard de la violence sexuelle et des autres formes
leur coopération les uns avec les autres et avec la communauté de violence sexiste t prêter plus largement attention, en augmentant
internationale pour éliminer les nouvelles formes d’insécurité et les ressources, au problème de la lutte contre la violence sexuelle. Ils
fortifier les mécanismes de sécurité existants pour tenir compte de doivent chercher à éliminer les violations des droits des femmes et
l’évolution de la situation. des filles et des crimes à caractère sexuel, qui doivent être considérés
comme relevant de la justice pénale.

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Partenariats
Les dirigeants africains doivent exiger que les engagements souscrits Les engagements pris en faveur de l’Afrique le sont aussi en faveur
soient honorés des femmes africaines
La crise économique mondiale risque de mettre à mal le consensus Les femmes auraient le plus à perdre à une situation où les
international, durement acquis, sur le développement, beaucoup engagements en matière de gouvernance et de développement
de pays se repliant sur soi et les engagements souscrits étant différés pris par les 52 chefs d’État africains (presque tous des hommes)
ou même abandonnés. Les dirigeants africains doivent de leur et par leurs homologues internationaux ne seraient pas honorés.
côté honorer les engagements qu’ils ont pris en matière de bonne L’information sur les femmes en général et les statistiques ventilées
gouvernance et d’investissement dans les biens et services collectifs par sexe en particulier sont très déficientes. Sans de telles données,
et, sur cette base, renforcer la justification internationale d’un la connaissance de la condition et du sort quotidien des femmes
partage des responsabilités et d’une responsabilisation mutuelle est très insuffisante et les politiques suivies inadéquates. Le suivi de
pour les progrès économiques et sociaux en Afrique. Le succès l’émancipation et du bien-être des femmes est une responsabilité
profitera non seulement à l’Afrique mais aussi au reste du monde. commune, mais une plus grande participation des femmes au
Nous recommandons d’accélérer et de coordonner les efforts en gouvernement augmentera l’attention portée à ce problème.
cours, en Afrique et ailleurs, pour suivre les progrès, encourager la En dehors de l’amélioration de la capacité de collecter des
transparence et améliorer la circulation de l’information, notamment statistiques et des données, des mesures pratiques sont nécessaires,
par la création d’un Indice de responsabilisation mutuelle, en tant que les gouvernements et leurs partenaires devront prendre
que ressource et d’instrument d’intérêt général. pour encourager et accroître la présence des femmes dans les
parlements, au moyen par exemple de fonds destinés à encourager
les partis politiques à présenter des candidates aux élections.

Les dirigeants africains ont besoin d’un partenariat plus inclusif et Les partenariats doivent prévoir expressément l’émancipation des
pratique femmes
Les dirigeants africains devraient plus se mettre en avant dans la La réalisation de l’égalité entre les sexes doit figurer comme
création de partenariats efficaces et mutuellement bénéfiques objectif précis dans les partenariats constitués soit avec les
portant sur les objectifs de développement social et économique investisseurs publics ou privés, soit avec des donateurs ou des
de leur pays. Cela s’applique à tous les partenariats, avec des institutions financières internationales. Les résultats souhaités doivent
investisseurs et donateurs traditionnels ou “nouveaux”, avec les être définis et quantifiés, suivis régulièrement et publiés par les
gouvernements ou les secteurs privés. Dans l’immédiat, parmi les dirigeants et les médias. Nous engageons les dirigeants politiques
possibilités figurent des partenariats Sud-Sud et un engagement avec et les chefs d’entreprise à veiller à ce que les objectifs et les cibles
le secteur privé pour qu’il participe à la production des avantages relatifs à la participation et l’émancipation des femmes figurent
sociaux et environnementaux. Nous engageons les dirigeants à systématiquement dans les accords de partenariat, dans tous les
s’appuyer sur leurs plans nationaux et régionaux de croissance et secteurs.
de développement pour nouer des partenariats pratiques sur des
objectifs précis concernant la sécurité alimentaire, la formation,
la création d’emplois, l’équipement et une production d’énergie
sobre en carbone.

Il faut accélérer la réalisation de plans de financement et Il est indispensable de disposer d’informations ventilées par sexe
d’application pour un développement à l’épreuve du climat pour un développement à l’épreuve du climat
Les plans conçus par les pays industrialisés pour mobiliser des Les besoins urgents créés par le changement climatique sont de
ressources supplémentaires pour la lutte contre le changement mieux en mieux compris, et cela peut être utilisé pour appeler
climatique doivent être accélérés, qu’il s’agisse d’un Fonds vert l’attention sur le rôle des femmes dans le développement, renforcer
ou d’initiatives connexes. L’élan engendré par l’élaboration d’une ce rôle, et créer de nouvelles possibilités de réaliser l’égalité entre
position africaine commune à Copenhague doit être entretenu, en les sexes. Mais le manque d’informations fiables et de ressources
particulier pour la gestion et le versement des fonds, qui doivent être empêche de bien comprendre l’impact du changement
additionnels et prévisibles, en évitant une distinction artificielle entre climatique sur les filles et les femmes et sur la dynamique des
adaptation et développement. Les pays africains et les diverses sexes; la conception et l’application de politiques et de stratégies
régions du continent, avec l’aide des Nations Unies et des institutions appropriées s’en trouvent retardées d’autant. Les gouvernements
financières internationales, doivent veiller à ce que les plans et les et leurs partenaires doivent affecter des fonds à la collecte, la
capacités soient bien en place pour utiliser au mieux les ressources recherche et l’analyse de données ventilées par sexe et veiller à
additionnelles obtenues, autour d’interventions éprouvées et de ce que ces données soient utilisées pour formuler des stratégies de
projets directement finançables. lutte contre les effets du changement climatique et les décisions de
financement.

Les partenaires de l’Afrique doivent améliorer la cohérence de leurs La cohérence des politiques doit être assurée sans oublier les
politiques femmes africaines
Les partenaires de l’Afrique pour les investissements et les donateurs Les efforts actuels et envisagés pour veiller à ce que les besoins
de l’Afrique ont défini des politiques officielles à l’égard du continent, économiques et la gouvernance de l’Afrique soient bien au cœur
qui sont habituellement exprimées dans des déclarations de mission des politiques suivies doivent être évalués au regard des objectifs
et les objectifs des organismes de développement et des institutions d’égalité entre les sexes, par les partenaires, les gouvernements ou
financières. Cependant, ces politiques ne sont pas nécessairement les principaux organes intergouvernementaux africains, notamment
coordonnées avec celles suivies dans d’autres domaines, et cela l’Union africaine, les commissions économiques régionales et
affecte la capacité des pays africains d’améliorer la gouvernance, les organismes des Nations Unies. Nous recommandons de faire
de conserver la valeur économique et d’être compétitifs. Un systématiquement cet examen, afin de dégager les moyens
certain nombre de pays de l’OCDE ont examiné la cohérence de de mettre les besoins et les priorités des Africaines au cœur des
leurs politiques; nous demandons que ce processus soit étendu et efforts faits pour assurer une responsabilisation mutuelle des divers
approfondi, avec une plus grande participation des Africains, pour partenaires de l’entreprise d’émancipation des femmes.
assurer une démarche commune mieux coordonnée de tous les
partenaires.

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RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

AVANT-PROPOS
On parle maintenant, à propos de l’économie africaine, d’une On ne saurait trop rappeler que l’Afrique n’est pas un continent
nouvelle zone pionnière. Chaque semaine, pratiquement, on homogène. La diversité y est extraordinaire, et est l’heureuse
annonce la découverte de nouveaux gisements pétroliers ou conséquence d’un grand nombre de cultures, de traditions
gaziers, de nouvelles ressources minérales ou autres ressources et de paysages différents. Certains pays africains ont la
précieuses. Les pays africains signent de nouveaux accords chance d’avoir d’abondantes ressources ; certains autres sont
avec les partenaires les plus divers, et notamment la Chine, les beaucoup moins riches ou n’ont aucune ressource. Les pays
pays de l’Extrême-Orient ou du Moyen-Orient, d’Asie du Sud sans littoral et les pays à forte densité de population sont dans
ou d’Amérique latine. une situation très différente des autres pays africains. Mais ils sont
tous aux prises avec une difficulté commune : la nécessité de
Les échanges de l’Afrique augmentent à l’intérieur du l’investissement dans la capacité productive de leurs habitants
continent ou avec d’autres continents, notamment avec et de créer des biens et services collectifs susceptibles d’élargir
les pays du Sud. Les chiffres d’affaires des sociétés et des les perspectives de chacun et de mettre à la portée de tous les
banques africaines ne cessent d’augmenter. Les recettes avantages de la croissance.
intérieures, l’investissement direct étranger, les envois de fonds
des travailleurs migrants et l’aide publique au développement Les éléments du succès sont bien connus. Et le changement
(APD) ont progressé régulièrement au cours des 10 dernières climatique ajoute une dimension et une urgence nouvelles au
années, malgré un infléchissement à la suite de la crise problème ; le développement durable et la création d’emplois
financière et économique mondiale récente. Après une année doivent être solidement compatibles avec une croissance peu
médiocre, les taux de croissance économique devraient gourmande en carbone, avec la prévention des risques de
remonter et faire de l’Afrique à nouveau l’une des régions du catastrophe et la réduction de la vulnérabilité. Cela ne change
monde où la croissance est la plus rapide. rien aux éléments fondamentaux : il est indispensable que
les dirigeants africains définissent et appliquent des mesures
Et ces tendances soulèvent à l’évidence plusieurs questions. En de croissance équitable et de réduction de la pauvreté ;
dépit de certains succès extraordinaires, pourquoi la réalisation il est essentiel de constituer progressivement une capacité
des objectifs du Millénaire pour le développement est-elle technique, administrative et institutionnelle de mobiliser
si lente et si inégale? Pourquoi le nombre et la proportion des ressources publiques et d’appliquer des plans ; et il est
d’Africains vivant dans la pauvreté restent-ils aussi élevés? indispensable d’assurer une bonne gouvernance, le respect
Pourquoi les Africains sont-ils toujours aussi nombreux à souffrir de la légalité et la responsabilisation, afin que les ressources et
de l’insécurité alimentaire et d’une mauvaise alimentation, leur utilisation fassent l’objet d’un contrôle public rigoureux des
d’un taux élevé de chômage, d’un accès réduit au dirigeants politiques et des chefs d’entreprise.
minimum aux services essentiels tels que l’énergie, l’eau
potable, les soins de santé et l’éducation? Pourquoi les Au cours des 10 dernières années, on a acquis une
femmes sont-elles marginalisées, loin d’être émancipées? meilleure connaissance des conditions de l’efficacité du
Et pourquoi les inégalités augmentent-elles? développement. Des programmes d’action excellents et
même parfois visionnaires ont été formulés dans chaque
Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement l’aptitude des pays domaine, notamment dans l’infrastructure, l’alimentation
africains à attirer et mobiliser des revenus ; c’est aussi leur et la sécurité nutritionnelle, l’émancipation des femmes,
détermination et leur capacité à utiliser les recettes publiques les systèmes de soins, l’éducation et la gouvernance. Nous
pour obtenir des résultats qui profiteront aux populations. comprenons mieux désormais le rôle essentiel des ressources
Le taux de croissance économique et l’augmentation des intérieures, l’importance de l’esprit d’entreprise et un
échanges sont des éléments nécessaires mais non suffisants environnement propice à l’investissement responsable, la
pour assurer des progrès authentiques, c’est-à-dire une nécessité d’une action internationale concertée pour lutter
amélioration durable de la qualité de vie de tous les Africains contre les flux financiers illégaux et la corruption, la valeur des
– hommes, femmes et enfants. Une croissance peut ne partenariats public-privé, et l’utilisation la plus rationnelle à
concerner que quelques-uns, peut renforcer ou créer des terme de l’APD pour réaliser les plans nationaux et régionaux
inégalités et des tensions sociales ; elle peut ne pas parvenir à de développement.
ouvrir de nouvelles perspectives ou à atténuer l’insécurité dont
souffrent les familles rurales et ceux qui sont à la recherche Le problème n’est pas le manque de connaissances et
d’un travail dans les villes africaines, en pleine expansion. Ce l’absence de plans. Le manque de ressources, en soi, n’est
type de croissance ne représente pas nécessairement un peut-être pas non plus le véritable problème, étant donné
progrès. les vastes ressources naturelles de l’Afrique et le fait que

Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement l’aptitude des pays africains à attirer
et mobiliser des revenus ; c’est aussi leur détermination et leur capacité à utiliser
les recettes publiques pour obtenir des résultats qui profiteront aux populations

8
Passer ˆ lÕ action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

l’hémorragie de ressources, souvent illicite, se poursuit. Le pays riches, les nouveaux pays industriels et les donateurs
véritable problème, aussi bien en Afrique qu’à l’échelle traditionnels. Il est essentiel que leur voix soit entendue pour que
internationale, c’est le manque de volonté politique. soient honorées les promesses relatives à l’APD qui, en dépit
de ce que disent ses détracteurs, reste absolument centrale
Il y a 10 ans, l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) a comme source d’investissement dans les biens et services
approuvé l’ambition visionnaire d’un groupe de dirigeants collectifs, en particulier au profit des habitants des États fragiles
africains influents désireux de promouvoir un programme et pauvres en ressources.
de développement susceptible de réduire la pauvreté ; le
Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) était La croissance africaine doit être mesurée non seulement
également novateur. Aujourd’hui, plusieurs dirigeants africains par le PIB, mais aussi par la mesure dans laquelle elle se
se font d’ardents partisans du développement, mais ils traduit en avantages sociaux pour sa population. En fin de
demeurent une minorité, et leurs réalisations sont oubliées du fait compte, c’est aux dirigeants de l’Afrique qu’il incombe
de ce qu’on apprend au même moment de l’enrichissement de susciter une croissance équitable et d’investir dans la
personnel et du comportement autoritaire d’autres dirigeants. réalisation des OMD. La société civile peut être leur alliée,
si elle a la marge de manœuvre nécessaire pour s’assurer
Au niveau international, on constate, avec une préoccupation que les recettes publiques et la croissance ne sont pas
bien compréhensible, que le consensus relatif au détournées de leur objet ou limitées au profit des élites,
développement a été mis à mal par la crise économique mais qu’au contraire elles sont largement partagées et
mondiale. Tout doit être fait pour que des engagements orientées vers la création d’emplois et de biens collectifs.
obtenus de haute lutte, dans la Déclaration du Millénaire, La méthode et les actes du secteur privé et les partenaires
dans le Consensus de Monterrey et dans la Déclaration de internationaux de l’Afrique, traditionnels ou nouveaux,
Gleneagles ne soient pas perdus de vue dans la définition des peuvent également apporter une impulsion décisive au
politiques internationales. On peut mesurer cet engagement succès des dirigeants africains.
au niveau de l’APD effectivement accordée. Beaucoup de
membres de l’OCDE et du G8 honorent leurs engagements Si tout cela échoue, l’Afrique risque de se trouver face à une
mais plusieurs autres sont en retard à cet égard, ce qui amène exacerbation de l’inégalité, des conflits et de la pauvreté
à douter de leur crédibilité autour de la table de négociation. chroniques et de la marginalisation d’une majorité de la
population. Si cette entreprise réussit, au contraire, l’avenir
Or, ces reculs ne sont pas le fait d’une diminution de la solidarité est assez brillant. L’élément essentiel est le partage des
et de la sympathie mutuelle des gens ordinaires, dans le monde, responsabilités – une responsabilité mutuelle entre les
car celles-là sont, selon moi, aussi solides que jamais. Elles ne dirigeants africains et leurs partenaires. Non seulement
sont pas non plus causées uniquement par des contraintes pour le profit des Africains, mais du monde entier.
budgétaires, étant donné les sommes modestes qui sont en
question. Il s’agit plutôt du fait que les hommes politiques ne Le Président,
parviennent pas à faire comprendre combien il est impératif
de mettre les besoins des pays africains et des pays les moins
avancés au centre de l’action des institutions et des politiques
mondiales. Les arguments militant dans ce sens, qu’ils aient
trait aux changements climatiques, à la sécurité alimentaire
et nutritionnelle, au commerce international, à la défense Kofi Annan
de la propriété intellectuelle, à la lutte contre la criminalité, à
l’interruption des flux financiers illicites, à la nécessité d’accroître
l’investissement de la santé publique et l’éducation, ne sont
pas simplement de caractère éthique ou altruiste, mais sont
bien des arguments pratiques, allant dans le sens de l’intérêt
bien compris des pays riches.

Les dirigeants politiques, les chefs d’entreprise, ou la société


civile peuvent faire beaucoup plus pour préconiser certaines
politiques de développement et valoriser les ressources,
notamment auprès des dirigeants et des contribuables des

“Lack
La of knowledge
croissance and
africaine doitshortage of plans
être évaluée nonare not the problem.
seulement par son PIB, Lack of
mais
resources
aussi par laper se may
mesure notlaquelle
dans be the elle
problem either...
se traduit Political willsociaux
en avantages is the issue,
pour
both
sa in Africa and internationally.”
population

9
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

INTRODUCTION
Dans le rapport de l’an dernier, nous esquissions un que de l’APD fournie par les membres de l’Organisation de
programme d’action pour des progrès en Afrique sur la base coopération et de développement économiques (OCDE).
de l’expérience acquise et des attentes du continent. Nous À s’en tenir à cet indicateur, l’élan engendré par la première
appelions les dirigeants africains à prendre l’initiative de réaliser décennie du vingt et unième siècle, en particulier en faveur
ce programme d’action et leurs partenaires internationaux d’y du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique
apporter leur soutien. Nous faisions valoir que les succès que les (NEPAD) et des décisions de Gleneagles, se maintient, mais
pays africains ont obtenus démontrent de façon concluante semble désormais un peu compromis.
qu’en Afrique les objectifs de développement peuvent être
atteints. Nous soulignions la responsabilité que l’Afrique et ses Le problème est de formuler de façon convaincante la
partenaires se partagent s’agissant des progrès à accomplir et justification d’une solidarité mondiale et d’une croissance
de la nécessité d’une responsabilité mutuelle plus nettement équitable – qui englobent, sans s’en limiter, les chiffres de l’APD.
affirmée – pour une bonne gouvernance, une utilisation Du fait du changement climatique, cette justification pourrait
responsable des ressources de façon à promouvoir une s’imposer plus vite qu’on ne le prévoit.
croissance durable et équitable, et pour réaliser chacun des
objectifs du Millénaire pour le développement. Nous répétons Un sentiment de déception, sinon d’échec, est apparu à la
cette exhortation. suite de la XVe Conférence des Parties à la réunion au sommet
de Copenhague et au vu de l’accord qui en est issu. Mais
Nous espérions que la crise économique de l’année dernière les faits scientifiques et physiques qui affectent l’existence
servirait d’appel à l’action pour les dirigeants africains et leurs quotidienne et les moyens d’existence de millions d’habitants
partenaires internationaux. La crise, en mettant en évidence les ne disparaîtront pas pour autant. L’impact de la hausse de la
liens étroits entre pauvreté, crise alimentaire, crise de l’énergie température est chaque jour plus évident. On peut s’attendre
et changements climatiques, devait assurément mettre en à une transformation du paysage politique et spécialement
évidence l’importance d’une action plus synthétique que s’agissant du développement, une transformation qui fera que
fragmentaire pour promouvoir une croissance économique c’est la nécessité plutôt qu’un souci altruiste qui obligera les
durable et réduire la vulnérabilité. hommes politiques à persuader l’opinion qu’en fin de compte,
il est impératif d’investir dans un développement mondial
La crise a-t-elle eu cet effet? Les faits sont peu concluants. viable à terme.
Elle a mis en évidence un certain nombre de tendances
inquiétantes, non seulement sur le terrain – une inégalité Notre rapport montre ces changements et d’autres qui sont
grandissante, des revers dans la réalisation des OMD, une pratiquement tectoniques, en particulier l’avènement du G20,
vulnérabilité et une insécurité alimentaire croissantes – mais la place prédominante que prennent de plus en plus, sur le plan
également, plus généralement, la crainte que la contraction politique et économique, le Brésil, la Chine et l’Inde, et le potentiel
économique et les coupes budgétaires ne relèguent à qu’offre la technologie de la communication de refondre à la
l’arrière-plan l’engagement de concourir au développement base les conditions politiques du développement de l’Afrique.
humain.
Le rapport commence par une évaluation des progrès
La crise a mis en évidence un certain déficit de la gouvernance accomplis par l’Afrique au cours des cinq dernières années
africaine et mondiale. La récession et le chômage ne sont jusqu’à présent, en mettant l’accent en particulier sur les
peut-être pas la cause des coups d’État et des conflits, mais ils promesses formulées et tenues, ainsi que sur les différentes
accroissent certainement les tensions, en particulier quand les feuilles de route convenues. Nous poursuivons en dégageant six
griefs politiques sont compliqués par un sentiment d’exclusion domaines prioritaires d’action, trois à l’intention des dirigeants
économique et d’injustice. À l’échelle mondiale, la crise africains, et trois à celle de leurs partenaires internationaux.
a accéléré la reconfiguration des grandes structures – pas
toujours d’une façon qui profite aux pays les moins avancés ou Étant donné la diversité des 53 pays qui forment le continent
aux pays africains. Le G20 sera-t-il aussi attentif que le G8 à la africain et la grande variété de leurs économies, ces choix ont
situation de l’Afrique? un caractère essentiellement général. Nos recommandations
devront être adaptées et ajustées à la situation propre à
Il est difficile de mesurer la volonté d’action des hommes chaque pays. Nous sommes néanmoins convaincus que si
politiques. Le volume et la part des ressources financières elles sont appliquées, elles contribueront à la réalisation de
réservées au développement sont un indicateur objectif, résultats mesurables qui ne pourront qu’améliorer le bien-être
qu’il s’agisse tant des recettes publiques des pays africains des Africains et des possibilités qui s’offrent à eux.

La crise a mis en évidence un certain nombre de tendances inquiétantes : une


inégalité grandissante, des revers dans la réalisation des OMD, une vulnérabilité
et une insécurité alimentaire croissante

10
Passer à l’action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

PARTIE I
CINQ ANNÉES PROMETTEUSES

Au cours des cinq dernières années, de


remarquables progrès ont été accomplis dans de
nombreux domaines; et pourtant plusieurs reculs,
divers problèmes chroniques et les effets et de la
crise économique mondiale et du changement
climatique se sont conjugués pour compromettre
les gains obtenus depuis 2005. On examine ici
brièvement les principales évolutions observées
concernant 1) la croissance économique, 2) la
gouvernance, 3) le développement social, 4) la
paix et la sécurité, 5) la sécurité alimentaire et
nutritionnelle, 6) le changement climatique et
7) le financement et la coopération pour le
développement.

11
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

CROISSANCE éCONOmIQUE
Trois questions se présentent. La première est celle des spectaculaire des échanges internationaux du continent.
tendances macroéconomiques encourageantes qui En termes réels, la valeur des exportations de l’Afrique
précédaient la crise économique mondiale. La deuxième a quadruplé entre 1998 et 2008, sous l’effet d’une
est l’effet que cette crise a eu sur les populations et les augmentation tant des volumes que des prix2. L’essor du
économies africaines. La troisième est celle des politiques commerce avec des pays en développement est à cet
suivies par les pays africains et leurs partenaires internationaux égard non dénué d’intérêt. Neuf pays africains exportent
pour répondre à cette crise. désormais davantage vers les pays en développement
(en dehors de l’Afrique) que vers les pays développés,

LES TENDANCES et 26 pays africains exportent plus d’un quart de leurs


exportations totales vers des pays en développement3.

éCONOmIQUES C’est vers la Chine que le commerce entre l’Afrique et

AVANT LA CRISE les pays en développement a le plus progressé. La valeur


des échanges entre l’Afrique et la Chine est passé de
Avant la crise, l’Afrique connaissait sa période la plus 6,5 milliards de dollars en 1999 à 107 milliards en 2008,
longue et la plus diversifiée sur le plan géographique de faisant de la Chine le deuxième partenaire commercial
croissance économique, les facteurs expliquant cette de l’Afrique après les États-Unis et, parmi les pays en
poussée de croissance étant la relative qualité des politiques développement, très nettement son partenaire le plus
macroéconomiques, la diminution de la dette publique, important. À elle seule la Chine représente plus de 11 % du
l’amélioration des libertés politiques, l’ouverture grandissante commerce extérieur de l’Afrique et est son plus important
au commerce international et une conjoncture internationale fournisseur4.
favorable sous forme d’une forte demande extérieure,
Commerce entre l'Afrique et ses partenaires 1980 - 2008
d’abondantes liquidités, d’un financement concessionnel
Commerce entre l’Afrique et ses partenaires 1980 - 2008
élargi et d’un renchérissement des cours des produits de base1.

La forte croissance économique de 6 % en moyenne qu’a 60


connue l’Afrique était entraînée par une augmentation
La croissance économique africaine 55
et la hausse des prix des marchandises
La croissance économique africaine 50
Part de l'Afrique dans le commerce total (%)

et la hausse des prix des marchandies


45

40
470

35
420

370 30
INDICE, 2003 = 100

320 25

270 20

220
15
170
10
120
5
70

2003 2004 2 005 2 006 2007 2008 2009 0


2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
1980
1981
1982
1983
1984
1985
1986
1987
1988
1989
1990
1991

Pétrole

Métaux de l'Afrique subsaharienne


États-Unis UE Pays en développement excepté l'Afrique Afrique
Autres marchandises, notamment le cacao, le café, le sucre, le thé et le bois

Source : perspectives économiques régionales Source : rapport sur le développement économique


en Afrique subsaharienne (2009) du FMI Source : rapport sur le développement économique en Afrique (2010) de la CNUCED
en Afrique (2010) de la CNUCED
Source : perspectives économiques régionales en Afrique subsaharienne (2009) du FMI

La valeur des exportations de l’Afrique a quadruplé entre 1998 et 2008

12
Passer ˆ lÕ action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

L’augmentation des échanges internationaux de l’Afrique On relève également un certain nombre d’évolutions
s’est accompagnée d’une augmentation de l’investissement encourageantes au niveau régional. Plusieurs des
direct étranger (IDE) en Afrique, qui entre 2003 et 2008 a plus communautés économiques régionales africaines ont
que doublé5. Là encore, la croissance de l’IDE de la Chine commencé à réaliser d’ambitieux projets pour améliorer
en Afrique a été particulièrement impressionnante, même si l’intégration régionale ; ainsi, la Communauté de l’Afrique de
en termes réels, les États-Unis et même Singapour continuent l’Est envisage la création d’une union monétaire et l’adoption
à investir davantage dans le continent africain. avant 2015 d’une monnaie commune7. Des organismes
panafricains tels que l’Union africaine, le Nouveau partenariat
Mais cette poussée de croissance de l’Afrique ne repose économique pour le développement de l’Afrique (NEPAD)
pas uniquement sur des facteurs extérieurs. Il y a eu au et la Banque africaine de développement (BAfD) ont
cours de ces cinq années également une consolidation également amélioré leur capacité d’aider les États africains,
d’améliorations structurelles dans les économies africaines par des programmes tels que l’Initiative africaine pour le
et dans la conjoncture économique. Beaucoup de pays se marché financier, l’Initiative pour l’investissement en Afrique
sont efforcés d’améliorer la stabilité économique, de suivre et le Partenariat africain de financement.
des politiques économiques rationnelles, de diversifier leur
économie et de renforcer leurs institutions. Ils ont amélioré Malgré ces tendances encourageantes, les économies
la compétitivité, exposéInvestissements
des stratégies de directs
développement
à l’étrangerafricaines
(IDE) desont loin de en
la Chine s’être tirées d’affaire. Elles continuent
Afrique
de l’infrastructure matérielle et immatérielle et amélioré les à ployer sous d’énormes obstacles structurels, tant intérieurs
conditions d’activité des entreprises. Pour la première fois qu’internationaux, qui limitent leur potentiel productif
en 2010, c’est un pays d’Afrique subsaharienne, le Rwanda, et les perspectives de création d’emplois et d’élévation
qui vient en tête dans le classement des pays adoptant des des niveaux de vie. Le secteur privé continue à subir une
réformes, selon le rapport de la Banque mondiale sur les charge bureaucratique plus lourde qu’ailleurs tandis que les
entreprises (Doing Business Report)6. droits de propriété et les droits des investisseurs sont moins

Investissements directs à l’étranger (IDE) de la Chine en Afrique

6 4,5
4,0
5

Part de l'Afrique dans le stock


3,5

total d'IDE de la Chine


4 3,0
Milliards de $

2,5
3
%

2,0

2 1,5

1,0
1
0,5

- 0,0

3 4 5 6 7 8
200 200 200 200 200 200

Sorties de l'IDE de la Chine en Afrique

Part de l'Afrique dans le stock total d'IDE de la Chine

Source : CNUCED (2010)


Source : CNUCED (2010)

Les économies africaines continuent de ployer sous d’énormes obstacles


structurels, tant intérieurs qu’internationaux, qui limitent leur potentiel productif et
les perspectives de création d’emplois et d’élévation des niveaux de vie

13
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

Le coût du transport en Afrique et dans d’autres régions

Les prix du transport en Afrique ont tendance a être plus élevés que dans d'autres
Les prix du transport en Afrique ont tendance a être plus élevés que dans d'autres
régions mais les différences au sein de la région sont plus frappantes :
régions mais les différences au sein de la région sont plus frappantes :

FRANCE
FRANCE
53 $ pour transporter 1 tonne CHINE
53 $ pour transporter 1 tonne CHINE
États-Unis de Lille à Perpignan (1 066 km) 55 $ pour transporter 1 tonne
États-Unis
45 $ pour transporter 1 tonne de Lille à Perpignan (1 066 km) 55 $ pouràtransporter
de Pékin 1 tonne
Xi’an (1 100 km)
5 centimes de dollars PAKISTAN de Pékin à Xi’an (1 100 km)
45 $ pour transporter 1 tonne 5 centimes PAKISTAN
de Chicago à Washington (1 123 km)
de Chicago à Washington (1 123 km) par de dollars
tonne-km 22 $ pour transporter 1 tonne 5 centimes de dollars
5par
centimes de dollars
4 centimes de dollars par tonne-km par tonne-km 22 $ pour transporter
de Karachi 1 tonne
à Okara (1 117 km) tonne-km
4 centimes de dollars par tonne-km de Karachi à Okara (1 117 km) par tonne-km
2 centimes de dollars
2 centimes
par de dollars
tonne-km
TCHAD-CAMEROUN par tonne-km
TCHAD-CAMEROUN
248 $ pour transporter 1 tonne
248 $ pour
de Douala transporter
à N'Djamena 1 tonne
(2 257 km)
de 11
Douala à N'Djamena (2 257 km)
centimes de dollars par
11 centimes de dollars par
tonne-km OUGANDA-KENYA
tonne-km OUGANDA-KENYA
92 $ pour transporter 1 tonne
92 $ pour transporter
de Kampala à Mombasa1 tonne
(1 144 km)
BRÉSIL de Kampala à Mombasa (1 144 km)
BRÉSIL
43 $ pour transporter 1 tonne 8 centimes de dollars par tonne-km
43 $
du pour transporter
Salvador 1 tonne
à Ceara (1 219 km) 8 centimes de dollars par tonne-km
du Salvador à Ceara (1 219 km)
3,5 centimes de dollars par
3,5 centimes de dollars par
tonne-km
tonne-km AFRIQUE DU SUD-ZAMBIE
AFRIQUE DU SUD-ZAMBIE
184 $ pour transporter 1 tonne de
184 $
Durbanpour transporter
à Lusaka 1 tonne de
(3 051 km)
Remarque : les exemples africains sont trans-frontaliers, tous les autres sont intérieurs Durban à Lusaka (3 051 km)
Remarque : les exemples africains sont trans-frontaliers, tous les autres sont intérieurs 6 centimes de dollars par tonne-km
6 centimes de dollars par tonne-km
Source: Raballand and Teravaninthorn, Transport Prices and Costs in Africa: A Review of the International Corridors (2009)

Comparaison de variables du transport entre l’Afrique centrale, l’Afrique orientale et la France


80 Vitesse
2,0 Coûts variables, fixes et totaux 80 Vitesse
2,0 Coûts variables, fixes et totaux
70
70
60
1,5 60
1,5 50
50
1,0 40
1,0 40
Afrique Afrique 30
Afrique
centrale Afrique
orientale France 30
centrale orientale France 20
0,5 20
0,5
10
10
0,0 0
0,0 Coûts variables ($/km) Coûts totaux de transport ($/km) 0
Coûts fixes ($/km) Vitesse quotidienne moyenne (km/h)
Coûts variables ($/km) Coûts fixes ($/km) Coûts totaux de transport ($/km) Vitesse quotidienne moyenne (km/h)

100 Charge utile 12 Âge de la flotte 80 Carburant 150 Distance


100 Charge utile 12 Âge de la flotte 80 Carburant 150 Distance
70
80 10 70 120
80 10 60 120
8 60
60 8 50 90
60 50 90
6 40
6 40
40 30 60
40 4 30 60
4 20
20 2 20 30
20 2 10 30
10
0 0 0 0
0 0 0 0
Utilisation de la charge utile (%) Âge moyen de la flotte (années) Consommation de carburant (litres/km) Kilométrage annuel (km)
Utilisation de la charge utile (%) Âge moyen de la flotte (années) Consommation de carburant (litres/km) Kilométrage annuel (km)
Source: Raballand and Teravaninthorn, Transport Prices and Costs in Africa: A Review of the International Corridors (2009)

14
Passer à l’action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

protégés que dans d’autres régions. L’absence de normes


communes et d’une infrastructure suffisante et fiable de Effets de la crise
transport, de communication et de production d’énergie,
continue à limiter l’essor potentiel des entreprises et le économique mondiale
mouvement des marchandises et des services. Contrairement aux attentes de certains, et des espoirs de
nombreux autres, l’impact de la crise économique n’a pas
Beaucoup de pays africains sont encore été moins grave en Afrique subsaharienne qu’ailleurs, car
presqu’exclusivement dépendants de l’exportation ses effets se sont largement propagés dans le continent
de produits primaires (généralement non transformés) en 2009. Certes, les institutions financières africaines ont
et plusieurs d’entre eux sont encore très lourdement été moins exposées aux bulles spéculatives et aux excès
dépendants de l’aide et des envois de fonds des travailleurs du crédit qu’ailleurs, mais beaucoup de pays ont subi les
émigrés. Le secteur informel est encore trop important, en effets de l’effondrement du commerce international et de
proportion, la compétitivité et les capacités productives la contraction des investissements, de l’aide extérieure, des
trop faibles, tandis que la corruption imprègne presque envois de fonds et des recettes publiques.
tous les pays africains8. En dépit d’une nette amélioration
de la collecte des recettes publiques, 11 gouvernements Ainsi, la croissance économique globale de l’Afrique
subsahariens ne recueillent toujours pas plus de 15 % du subsaharienne s’est fortement ralentie, passant de 5,4 % en
PIB sous forme de recettes publiques, ce chiffre étant 2008 à 1,2 % en 2009. Trois des dix pays les plus gravement
considéré comme un minimum nécessaire pour assurer touchés par la crise économique se trouvent en Afrique
les principales fonctions d’un État. La crise économique subsaharienne
Entrées de capitaux en Afrique (l’Angola, le Botswana et la Guinée
mondiale a compliqué la solution de ces problèmes équatoriale) ; dans chacun de ces pays la croissance du
Entrées de capitaux en Afrique
structurels. PIB s’est effondrée d’au moins 12 points de pourcentage

Entrée de capitaux en Afrique


PAYS EXPORTATEURS DE PÉTROLE PAYS À REVENU INTERMÉDIAIRE
20
15 PAYS EXPORTATEURS DE PÉTROLE PAYS À REVENU INTERMÉDIAIRE
15
20
15
10 10
15
510
DU PIB

10
DU PIB

5 0
5
PIB
PIB

-5
% DU %
% DU %

5 0
0 -10
-5
-15
0 -10
-5 -20
-15
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9
200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200
-5 -20
000
Aide
2
1
Envois2de 3 4Investissement
200 200 200 direct
200fonds
5 006 007 00Portefeuille
200 à2l'étranger
2 2
8 009
2 000
Aide
2
1 00de
200fonds
Envois
2
2 003 00Investissement
2
4 005 006 007 0Portefeuille
2 direct 2
2 à l'étranger
2
8
2 0 200
9

Aide Envois de Investissement Portefeuille Aide Envois de Investissement Portefeuille


fonds direct à l'étranger fonds direct à l'étranger

PAYS À FAIBLE REVENU ÉTATS FRAGILES


15 20
PAYS À FAIBLE REVENU ÉTATS FRAGILES
15 20
15
10
15
% DU PIB

10
% DU PIB

10
% DU PIB

5 10
% DU PIB

5
5
5
0 0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9
200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200 200
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Aide
2
1 00de
200envois
2
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2
4 005 006 007 0Portefeuille
2 direct 2
2 à l'étranger
2
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01 200de 2 04 2005 2006 2007 20
2 direct 08 2009
Portefeuille
fonds à l'étranger

Aide envois de Investissement Portefeuille Aide Envois de Investissement Portefeuille


Source : FMI, Perspectives économiquesfonds direct à l'étranger
régionales en Afrique subsaharienne (2009) fonds direct à l'étranger

Source : FMI, Perspectives économiques régionales en Afrique subsaharienne (2009)

Beaucoup deSource :pays africains


FMI, Perspectives sont
économiques encore
régionales presqu’exclusivement
en Afrique subsaharienne (2009) dépendants
de l’exportation de produits primaires et plusieurs d’entre eux sont encore
très lourdement dépendants de l’aide et des envois de fonds des travailleurs
émigrés

15
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

par suite de la brusque contraction de leurs exportations. Les réformes n’ont pas été arrêtées ou inversées et
La croissance du PIB dans la première économie africaine, l’instabilité macroéconomique qui a suivi les ralentissements
l’Afrique du Sud, a diminué de 5,3 points de pourcentage; économiques mondiaux antérieurs a généralement pu être
elle était en 2009 de moins 2,2 %9. Globalement, ce sont les évitée.
exportateurs de pétrole et les pays à revenu intermédiaire
qui ont été particulièrement touchés, les pays à faible En valorisant la marge de manœuvre et l’espace financier
revenu l’étant un peu moins. ménagés par les politiques prudentes qu’ils suivaient
avant la crise, la majorité des pays subsahariens ont choisi
Le commerce international a été particulièrement touché. de répondre à la crise en desserrant les contraintes de
Alors qu’on estime à 0,8 % en 2009 la contraction du PIB leurs politiques budgétaire et monétaire. S’agissant des
mondial, le commerce mondial, en volume, a diminué de politiques monétaires, beaucoup de pays ont pu laisser
12,3 %, première baisse des échanges en plus de 60 ans10. fonctionner les stabilisateurs automatiques et même dans
Pour beaucoup de pays africains, l’effet du ralentissement certains cas poursuivre des politiques anticycliques actives
de la conjoncture mondiale a été une réduction du volume qui ont entretenu la demande antérieure et aidé à limiter
de leurs exportations et des prix à l’exportation. En outre, la progression du chômage. L’Afrique a également tiré
la crise financière mondiale a entraîné une réduction avantage des fortes interventions politiques des États-Unis et
brutale du crédit qui a limité l’accès des pays africains aux de l’Europe, qui ont atténué les retombées éventuelles de
crédits commerciaux et alourdi les déficits des balances la crise.
des paiements, suscitant des dépréciations rapides et une
grande instabilité des taux de change11. On estime qu’en Il faut également louer les partenaires internationaux
conséquence la part des exportations dans le PIB de de l’Afrique d’avoir apporté directement leur appui aux
l’Afrique subsaharienne s’est contractée, de 41 % en 2008 à politiques suivies dans le continent face à la crise. Le FMI, en
31,2 % en 200912. particulier, a répondu aux besoins de l’Afrique. Ses propres
ressources ayant été accrues d’un montant de droits de
Les investissements directs étrangers et les envois de tirage spéciaux (DTS) équivalent à 250 milliards de dollars au
fonds des travailleurs migrants africains ont également Sommet tenu par le G20 à Londres, le FMI a pu augmenter
beaucoup diminué, les premiers se contractant de 36,2 %, ses opérations de prêt à l’Afrique subsaharienne en les
à 55,9 milliards de dollars13. Les transferts de fonds, qui pour quintuplant, ou presque, par rapport à l’année précédente,
beaucoup de ménages africains sont une source fiable à hauteur de 5 milliards de dollars, les taux d’intérêt étant
de revenu depuis de nombreuses années, augmentant fixés à zéro jusqu’en 201118. Cependant comme dans
régulièrement quel que soit l’état du cycle conjoncturel, les crises antérieures, d’autres régions ont reçu une aide
ont cette fois-ci diminué de 6,1 %14. Les pays d’Afrique du proportionnellement plus importante.
Nord ont été le plus gravement touchés par cette baisse
des transferts de fonds qui, pour le Maroc, pourrait atteindre
13,8 %, soit une déperdition de 1,1 à 2 % de la croissance
Premiers signes
du PIB15.
de reprise
Du fait de l’effondrement des courants d’échange et Au début de 2010, l’économie mondiale paraissait
des flux financiers, le taux de croissance réel du PIB en reprendre son expansion, animée par les bons résultats
Afrique subsaharienne n’a pas suivi l’accroissement obtenus par les pays d’Asie et par une stabilisation ou une
démographique (2,5 %) pour la première fois depuis 1994, modeste reprise dans les autres régions. Au début de 2010,
ce qui a entraîné une diminution du revenu par habitant. le FMI projetait que la croissance, en Afrique, atteindrait
Comme une forte proportion de la population est près 4,3 % en 2010 et 5,3 % en 201119. Le principal souci des
du seuil de pauvreté, cette diminution pourrait ajouter 10 dirigeants africains était donc à nouveau de résoudre les
millions de personnes au rang des Africains qui, en 2009 et problèmes du long terme, et notamment les problèmes
2010, vivaient avec moins de 1,25 dollar par jour, le seuil structurels tels que le manque de ressources énergétiques
de pauvreté16. La BAfD estime que la crise a exacerbé le fiables, l’infrastructure insuffisante, l’accès aux marchés
chômage en Afrique, le gonflant de 10 % et que 35 millions et l’insuffisante mobilisation des ressources intérieures. La
d’Africains pourraient rejoindre les rangs des travailleurs question demeure de savoir dans quelle mesure la crise
pauvres17. s’est traduite par des dégâts sociaux permanents et si les
politiques envisagées pour y répondre sont suffisamment

Réponses à la crise ambitieuses et généralisées pour réduire la vulnérabilité


des pays africains aux crises et aux chocs futurs. Peu
Pour la plupart, les gouvernements africains ont poursuivi semble avoir été fait pour remédier aux lacunes de la
des politiques économiques prudentes pendant la crise réglementation, qui a permis aux marchés financiers
– alors même que les avantages visibles de ces politiques de compromettre en premier lieu les choix du secteur
(croissance et réduction de la pauvreté) s’étaient estompés. physique20.

Dans quelle mesure les politiques envisagées pour répondre à la crise sont-elles
suffisamment ambitieuses et généralisées pour réduire la vulnérabilité des pays
africains aux crises et aux chocs futurs?

16
Passer à l’action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

Réponses de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international et de la Banque


Réponsesafricaine de développement
de la Banque mondiale, duàFonds
la crise financière
monétaire mondiale
international
et de la Banque africaine de développement à la crise financière mondiale
Engagements d'investissement de la Société financière Engagements de prêt de l'Association internatio-
internationale (SFI) nale de développement (AID) par région
3,0 8,0
2007 2008 2009 2007 2008 2009
2,5 7,0
Banque mondiale (BIRD, AID & SFI)1

6,0
2,0
Milliards de $

5,0

Milliards de $
1,5 4,0
3,0
1,0
2,0
0,5
1,0
0 0
Afrique Asie de Asie du Europe et Moyen- Amérique Afrique Asie de Asie du Europe et Moyen- Amérique
(ASS) l'Est et Sud Asie Orient et latine et (ASS) l'Est et Sud Asie Orient et latine et
Pacifique centrale Afrique du Caraïbes Pacifique centrale Afrique du Caraïbes
Nord Nord
Dépenses totales de la Banque internationale pour la
reconstruction et le développement (BIRD) Les nouveaux engagements de la SFI pour l'exercice 2009 s'élevaient
8,0 Afrique à 10,5 milliards de $, soit 1,5 milliards (8 %) de moins que ce que
subsaharienne visait la SFI (12 milliards de $). Les nouveaux engagements ont
7,0 diminué dans toutes les régions, excepté en Afrique subsaharienne
Asie de l'Est
6,0 et Pacifique où ils ont atteint un pic historique.
Europe et
Les engagements de l'AID d'une valeur de 14 milliards de $ pour
Milliards de $

5,0 Asie centrale


l'exercice 2009 ont été marqués par de forts versements en faveur de
4,0 Amérique l'Afrique subsaharienne (53 %) et de l'Asie (33 %), le reste étant
latine et
Caraïbes destiné aux autres régions.
3,0
Moyen-Orient
et Afrique du Les dépenses totales de la BIRD sont passées de 10,5 milliards de $
2,0 Nord en 2008 à 18,5 milliards de $ en 2009. Les dépenses en faveur de
1,0 Asie du Sud l'Afrique, bien inférieures aux dépenses destinées aux autres
régions, ont triplé entre 2008 et 2009 et sont passées de 42 millions
0 de $ à 120 million de $, soit 0,65 % des dépenses totales.
2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009

Prêts nets accordés par la BAfD


Banque africaine de développement (BAfD)2

Suite à la crise économique mondiale, lors du sommet de Londres


(avril 2009), le G20 a accepté de tripler la capacité de prêt du FMI et
Fond monétaire international (FMI)3

9,0 de l'élever à 750 milliards de $, lui permettant d'injecter des liquidités


supplémentaires dans l'économie mondiale via une allocation de 250
milliards de $ de droits de tirage spéciaux ou DTS. Le FMI a répondu par
Milliards de $

8,5 des engagements de prêt d'une valeur supérieure à 160 milliards de $.


Dès juillet 2009, le FMI avait approuvé 18 nouveaux arrangements de
8,0 prêt dont 82 % étaient destinés à des pays de la zone européenne et
Afrique seulement 1,6 % à l'Afrique.

7,5 À la fin de l'année 2009, les nouveaux engagements du FMI en faveur de


l'Afrique subsaharienne ont dépassé les 3,6 milliards de $ et l'aide
assortie de conditions libérales en faveur des pays à faible revenu est
7,0 passée de 1,5 milliards de $ en 2008 à 3,8 milliards de $ en 2009. Les
ressources supplémentaires (y compris celles issues de la vente
6,5
envisagée de l'or du FMI) devraient stimuler le prêt assorti de conditions
libérales du Fonds qui devrait atteindre 17 milliards de $ en 2014. Le FMI
2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 a également promis environ 6 milliards de $ destinés à fournir un
La BAfD a mis en place une facilité de financement des exportations s'élevant financement supplémentaire et flexible assorti de conditions libérales en
faveur des pays à faible revenu. L'une des réponses du FMI a consisté à
à 1 milliard de $ pour aider les entreprises d'Afrique touchées par la crise assouplir les programmes d'aide financière.
financière à faire front. Elle a également créé une facilité de liquidité d'urgence
de 1,5 milliards de $. Un financement supplémentaire a été assuré par le FMI en utilisant sa
Les engagements de la BAfD ont presque doublé entre 2008 et 2009, à la suite de la facilité de protection contre les chocs exogènes qui a été modifiée en
crise financière. Le montant de l'engagement a doublé et est passé de 5,8 milliards 2008 et de nouveau en 2009 pour fournir davantage de financements.
de $ à 11 milliards de $, et l'engagement prendra effet en 2011. Les pays suivants ont reçu des prêts dans le cadre de cette facilité :
Mozambique (176 millions de $), Tanzanie (336 millions de $),
Les actionnaires de la BAfD ont enregistré un triplement des ressources en capital Cameroun (144 millions de $), Kenya (209 millions de $), Éthiopie
de la banque (200 %) qui ont atteint près de 100 milliards de $, en avril 2010. (240 millions de $) et Sénégal (112 millions de $ supplémentaires).
1
Source : Banque mondiale et Groupe d'évaluation indépendante (2009), La réponse du groupe de la Banque mondiale à la crise mondiale. Mise à jour sur une
évaluation continue de l'IEG
2
Source : la BAfD et le Bank Information Centre
3
Sources : Woods, N. La réponse internationale à la crise mondiale et la réforme de l'architecture financière et de l'aide internationale (2009) ; et FMI, Un FMI en
évolution - Fiche technique des réponses à la crise (2010)

17
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

Gouvernance
Les cinq dernières années ont été marquées par des Mais ces progrès ont été en grande partie contrebalancés
modifications importantes de la gouvernance politique et par des revers récents et par des tendances déconcertantes.
économique mondiale. Ces changements ont été le plus Les problèmes chroniques persistent : fragilité de l’État,
évidents au niveau national, mais un certain nombre de faits corruption, déni largement répandu des libertés
nouveaux non dénués d’intérêt ont également eu lieu au fondamentales. Le revers le plus spectaculaire à cet égard
niveau régional et mondial. est le retour des coups d’État – au cours des cinq dernières
années on a vu plusieurs changements inconstitutionnels de
La gouvernance régime opérés par la violence, en Guinée, en Guinée-Bissau,
à Madagascar, en Mauritanie et au Niger – alors même
au niveau national que l’Union africaine affirme, à cet égard, une politique
de tolérance zéro. Durant la même période, on a relevé
Les données publiées par la Commission économique également la mise en œuvre d’accords, essentiellement
des Nations Unies pour l’Afrique (CEA) dans son Rapport instables, de partage du pouvoir dans des pays comme
sur la gouvernance en Afrique, 2009, et par le projet des le Kenya, le Niger, le Soudan et le Zimbabwe, ainsi que le
indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale refus de la plupart des États africains d’approuver la mise en
attestent des améliorations modérées de la gouvernance accusation du Président Omar al-Bashir, du Soudan, par la
au niveau national depuis 2005. Étant donné les Cour pénale internationale.
circonstances difficiles auxquelles ils font face, plusieurs
pays comme le Bénin, le Ghana et le Mali, ont pris des Ces régressions sont compliquées par l’absence générale de
mesures ambitieuses pour améliorer la participation progrès sur le front de la libéralisation politique et l’obligation
populaire à la vie politique, la représentation politique de rendre des comptes, et par la fréquente fracture entre les
et la compétition électorale, le respect des droits de dirigeants et la population. Il existe de nombreux cas où les
l’homme et de la légalité21. D’autres pays, comme le élites captent les ressources, où les inégalités augmentent
Burkina Faso et Djibouti, ont amorcé prudemment une dans le partage des richesses et des chances, et où les
transition vers une plus grande ouverture. Des élections consultations électorales sont truquées, de façon à légitimer
pluralistes ont désormais lieu plus régulièrement, avec des accords exclusifs entre les plus puissants, ou assurer la
des consultations électorales complètes en Afrique du réélection de l’équipe au pouvoir. De nombreux dirigeants
Sud, au Ghana et en Zambie. Dans beaucoup de pays la continuent à ne reculer devant rien pour se maintenir au
société civile s’affirme plus nettement et il y a là un signe pouvoir, allant parfois jusqu’à modifier la Constitution pour
de progrès ; les organisations non gouvernementales et se faire réélire indéfiniment. Freedom House considère
les autres groupements citoyens sont de plus en plus en que 46 % seulement des pays subsahariens sont “libres”, et
mesure de tenir les gouvernements comptables de leurs observe que 15 pays, dont certains des plus vastes et des
décisions. plus puissants du continent africain, ont dû être rétrogradés
depuis le classement opéré l’an dernier23.
Les gouvernements africains ont également montré une
plus grande volonté d’adhérer à des initiatives de bonne La fragilité de l’État demeure un problème majeur. L’indice
gouvernance, et dans certains cas de les appliquer. Au 2009 de fragilité de l’État a abouti à conclure que l’Afrique
début de 2010, 30 pays avaient adopté le Mécanisme subsaharienne est la région du monde où l’État est le plus
africain d’évaluation par les pairs du NEPAD, 12 ayant fait fragile24. Alors que plusieurs pays ont réduit leur fragilité au cours
cet examen et 16 ayant lancé le processus en recevant des cinq dernières années, comme c’est le cas de l’Angola, du
des missions d’appui; 44 pays avaient signé la Convention Libéria et du Togo, la région, dans son ensemble, est celle où la
africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption fragilité de l’État a le moins diminué. La Côte d’Ivoire, le Lesotho,
et 31 l’avaient ratifiée ; 20 pays avaient été acceptés la Namibie, la République centrafricaine et la République du
comme candidats aux fins de l’Initiative de transparence Congo ont vu leur fragilité augmenter notablement. Neuf des
des industries extractives et attendaient d’être certifiés 15 pays où, en 2010, l’Indice Bertelsmann de transformation
comme pays respectant les règles, le Libéria étant déjà atteste un recul en raison d’une détérioration du système
certifié. Parallèlement, les partenaires internationaux de politique, se trouvent en Afrique subsaharienne25.
l’Afrique, en particulier les États-Unis, l’Allemagne et la
Suisse, ont beaucoup progressé dans la lutte contre les La lutte contre la corruption repose désormais sur une base
pratiques corruptives de leurs entreprises qui opèrent sur plus solide. Dix pour cent du budget de l’Union africaine
le continent22. pour 2010 (soit 20 millions de dollars) ont été consacrés à des

Les problèmes chroniques persistent : fragilité de l’État, corruption, déni largement


répandu des libertés fondamentales

18
Passer ˆ lÕ action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

Tableau de bord de la gouvernance 2005-2009*


Indice Gouvernance Indice de Banque mondiale Indice de liberté Freedom House Liberté de la Indice de
Pays de Mo Ibrahim de la Banque Transparency Rapport « Doing économique presse transformation
mondiale International Business » de Bertelsmann
Algérie
Angola
Bénin
Botswana
Burkina Faso
Burundi
Cameroun
Cap-Vert
République centrafricaine
Tchad
Comores
Congo
R. D. du Congo
Côte d'Ivoire
Djibouti
Égypte
Guinée équatoriale
Érythrée
Éthiopie
Gabon
Gambie
Ghana
Guinée
Guinée-Bissau
Kenya
Lesotho
Liberia
Libye
Madagascar
Malawi
Mali
Mauritanie
Île Maurice
Maroc
Mozambique
Namibie
Niger
Nigeria
Rwanda
São Tomé e Príncipe
Sénégal
Seychelles
Sierra Leone
Somalie
Afrique du Sud
Soudan
Suisse
Tanzanie
Togo
Tunisie
Ouganda
Zambie
Zimbabwe
Pourcentage de l'évolution de chaque
indicateur : augmente, neutre et baisse % 47 26 26 47 25 28 28 53 19 49 16 35 53 13 33 25 45 30 63 2 35 36 25 39 %
*Remarque : Gouvernance de la Banque mondiale (2005-2008). Les données concernent la période 2005-2008 et les estimations ; Indice de Transparency International. Les données concernant la Guinée, la Mauritanie et le Togo concernent la
Amélioration 2007-2009 ; Rapport « Doing Business » de la Banque mondiale. Les données concernent la période 2009-2010
période 2006-2009. Les données concernant le Cap-Vert, les Comores, Djibouti, la Guinée-Bissau et São Tomé concernent la période 2007-2009 2009-2010 ;
Indice de liberté économique (2005-2009). La collecte des données commence en 2009 pour les Comores, la RDC, l'Érythrée, le Liberia, São Tomé, les Seychelles, la Somalie et le Soudan ; Freedom House. Les données concernent la période 2005-
Stagnation 2009 ; Liberté de la presse. Les données concernent la période 2005-2009 ; Indice de transformation de Bertelsmann. Congo et Mauritanie : les données de 2005 n'existent pas - les données concernent la période 2008-2009.
Baisse Sources des données : Indice de Mo Ibrahim pour 2006 et 2009, Indice de Freedom House pour 2005 et 2009, Indice de liberté de la presse
dans le monde pour 2005 et 2009, IPC de Transparency International pour 2006/07 et 2009, Indice sur la facilité de faire des affaires dans
Aucune donnée le Rapport « Doing Business » de la Banque mondiale pour 2009 et 2010, Indice de gouvernance de la Banque mondiale (participation et
responsabilisation, stabilité politique et absence de violence/terrorisme, efficacité du gouvernement) pour 2005 et 2008, Indice de liberté
économique de Heritage pour 2005 et 2009, indice de transformation de Bertelsmann 2005-2009.

19
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

activités de lutte contre la corruption et à la création d’une et l’Inde, a entraîné un certain nombre de faits nouveaux,
nouvelle Commission de lutte contre la corruption. Mais du apparemment positifs pour l’Afrique.
fait d’une résistance tenace, les progrès demeurent trop lents.
La corruption, et notamment l’évasion fiscale des entreprises D’abord, la montée du G20 est symptomatique de l’apparition
commerciales, la sous-tarification dans les échanges d’un consensus assez large sur la nécessité d’adapter
internationaux et le commerce illicite, continuent à retarder la gouvernance mondiale à une situation politique et
l’avènement d’un climat favorable à l’activité économique, économique nouvelle. Lors de leurs trois sommets, tenus à
amenuise les recettes publiques et réduit l’aptitude des Washington en novembre 2008, à Londres en avril 2009 et à
autorités à fournir des services publics et des services sociaux Pittsburgh en septembre 2009, les États membres du G20 ont
pourtant essentiels. L’Indice 2009 établi par Transparency appelé de leurs vœux d’ambitieuses réformes et fixé des
International de la perception de la corruption donne à calendriers rigoureux pour leur mise en œuvre. En particulier, les
penser que la corruption est systématique dans 31 des 47 dirigeants du G20 ont approuvé une proposition de modifier
pays subsahariens étudiés26. Selon la Banque mondiale, la la répartition des quotas du FMI d’au moins 5 %, des pays
“corruption tacite” – le fait que les fonctionnaires ne fournissent surreprésentés aux pays sous-représentés, et de réformer le
pas les marchandises ou les services dont la production est mandat, la portée et la gouvernance de toutes les institutions
pourtant payée par l’État – continue également à rester très financières internationales à moyen terme (d’ici à 2011).
largement répandue dans toute l’Afrique27.

Gouvernance Du G8 au G20
régionale Créé d’abord comme une réunion des ministres
Au cours des cinq dernières années, les gouvernements des finances en 1999, le Groupe de 20 (G20) a
africains ont continué à approfondir et officialiser leur été utilisé, au plus fort de la crise économique
coopération dans des organes régionaux tels que l’Union mondiale, par les dirigeants de ces pays comme
africaine, le Nouveau Partenariat pour le développement de moyen de coordonner leur politique et de définir
l’Afrique et les communautés économiques régionales telles une stratégie globale de réponse à la crise. Il est
que la Communauté de l’Afrique de l’Est, la Communauté composé de pays qui représentent ensemble environ
économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ou la 90 % du produit national brut mondial, 80 % des
Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). échanges mondiaux et les deux tiers de la population
La CEDEAO en particulier a bravé des circonstances difficiles et mondiale. Malgré l’intérêt indéniable d’une plus
a continué à améliorer ses politiques et ses structures28. grande inclusion et d’une meilleure répartition
géographique, la montée en puissance du G20
Ces institutions offrent des mécanismes politiques directeurs de n’a pas nécessairement amélioré la position de
la coordination et de l’accomplissement des intérêts collectifs l’Afrique dans l’architecture de la gouvernance
dans le continent, mais aussi, de plus en plus, elles sont aussi en internationale. Il est à craindre au contraire
mesure de représenter sur la scène mondiale les État membres que l’inclusion dans ce groupe des grosses
et à agir en fonction de leurs vues29. De graves problèmes de économies émergentes qui ont leurs propres
capacité, d’harmonisation et de légitimité subsistent, mais cette besoins et priorités, ait pour effet une nouvelle
coordination institutionnalisée des intérêts nationaux a permis à marginalisation des pays les moins avancés et les
l’Afrique de parler plus fort dans les instances internationales plus vulnérables.
et a facilité l’adoption de positions africaines communes sur
un large ensemble de questions, par exemple tout récemment
encore, en décembre 2009, la XVe Conférence des Parties au
Sommet de Copenhague. Des pays émergents comme la Chine reconnaissent de plus
en plus qu’il est politiquement intéressant, pour eux, de donner

Gouvernance leur appui aux pays les moins avancés et aux préoccupations
africaines sur la scène mondiale. Le Forum de coopération

mondiale entre la Chine et l’Afrique, dans son plan d’action pour la


période 2010-2012, réaffirme expressément le soutien de la
La crise financière et le déficit de gouvernance mondiale Chine à l’idée d’une meilleure représentation de l’Afrique
qu’elle a mis en évidence ont déclenché un réexamen de dans les mécanismes de gouvernance mondiale tels que le
questions systémiques plus vastes, telles que celle de l’efficacité FMI et le Conseil de sécurité des Nations Unies. L’apparition
des arrangements institutionnels internationaux de dialogue de nouveaux groupements politiques comme BASIC (Brésil,
et de définition des politiques, de coordination et d’action. Afrique du Sud, Inde et Chine) ou BRIC (Brésil, Russie, Inde et
Ce réexamen, allant de pair avec la montée en puissance Chine) autour d’objectifs spécifiques tels que le changement
économique et politique de pays comme le Brésil, la Chine climatique et le commerce international pourrait également

Il est à craindre que l’inclusion dans le G20 des grosses économies émergentes
qui ont leurs propres besoins et priorités, ait pour effet une nouvelle
marginalisation des pays les moins avancés et les plus vulnérables

20
Passer ˆ lÕ action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

aider à accélérer une refonte des modes solidement établis et qu’ils doivent eux-mêmes faire partie des solutions à
de gouvernance mondiale. proposer, n’a pas nécessairement été accompagné par des
mesures visant à leur assurer la place voulue à la table des
Cependant, au-delà des déclarations, les changements négociations. Même quand on peut citer certains progrès,
effectifs sont bien minces. Le fait qu’il est de plus en plus comme l’affectation par la Banque mondiale d’un troisième
largement reconnu que les pays africains sont profondément siège à son Conseil des gouverneurs en faveur de l’Afrique
affectés par le changement climatique et par les subsaharienne, les gouvernements africains ne se sont pas
défaillances de la gouvernance économique mondiale, dépêchés d’en tirer partie.

Dirigeants africains et dirigeants du G20 - Nombre d’années au pouvoir


Dirigeants africains et dirigeants du G20 - Nombre d’années au pouvoir

Moyenne du nombre d’années Plus longue durée au pouvoir


au pouvoir pour chaque région pour chaque région

Luiz Inácio Lula da Silva depuis le 1/01/2003


G20 Brésil 7 ans, 4 mois

Muammar al-Gaddafi depuis le 1/09/1969


Afrique du Nord Libye 40 ans, 8 mois

Blaise Compaoré depuis le 15/10/1987


Afrique de l’Ouest Burkina Faso 22 ans, 6 mois, 16 jours

King Mswati III depuis le 25/04/1986


Afrique Australe Swaziland 24 ans, 6 jours

Teodoro Obiang Nguema Mbasogo depuis le 3/08/1979


Afrique Centrale Guinée Equatoriale 30 ans, 8 mois, 28 jours

Robert Gabriel Mugabe depuis le 4/03/1980


Afrique de l’Est Zimbabwe 30 ans, 1 mois, 27 jours

20 15 10 5 0 2010 2005 2000 1995 1990 1985 1980 1975 1970 1965

Durée au pouvoir des dirigeants africains et du G20 en date du 1 mai 2010


(Le graphique respecte le découpage régional des Nations Unies) Source: Compilation de l’APP à partir de sources variées

Le fait que les pays africains sont profondément affectés par le changement climatique
et par les défaillances de la gouvernance économique mondiale, et qu’ils doivent
faire partie des solutions à proposer, n’a pas nécessairement été accompagné par
des mesures visant à leur assurer la place voulue à la table des négociations

21
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

Part
Part desdes votes
votes africains
africains à la à la Banque
Banque mondiale
mondiale et au FMI
et au FmI

Les conseils de direction du FMI et de la Banque mondiale comprennent 24 directeurs exécutifs. Chaque
directeur exécutif représente un groupe de pays disposant de différents droits de vote. L'Afrique subsaharienne
n'est principalement représentée que par deux groupements qui, en moyenne, possèdent moins de 5 % du
nombre de votes total.
FMI BM FMI BM

1) Azerbaïdjan, République kirghize,
Pologne, Serbie, Suisse,Tadjikistan, 
2,8 % 3,2 % 2,4 % 2,5 % 13) Afghanistan, Algérie, Ghana, Iran,
Maroc, Pakistan, Tunisie
Turkménistan, Ouzbékistan

2) Angola, Botswana, Burundi, Érythrée,


3,0 % 3,5 % 3,4 % 3,5 % 14) Australie, Kiribati, Corée, Îles
Marshall, États fédérés de Micronésie,
Éthiopie, Gambie, Kenya, Lesotho, Mongolie, Nouvelle-Zélande, Palau,
Liberia, Malawi, Mozambique, Namibie, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Samoa,
Nigeria, Sierra Leone, Afrique du Sud, Seychelles, Îles Salomon, Vanuatu
Soudan, Swaziland, Tanzanie, Ouganda,
Zambie FMI
Total des votes 2,0 % 2,2 % 15) Argentine, Bolivie, Chili, Paraguay,
Pérou, Uruguay
3) Arabie Saoudite
3,2 % 2,4 %
1,3 % 2,8 % 16) Bénin, Burkina Faso, Cameroun,
Cap-Vert, République centrafricaine,
4) Bahreïn, Égypte, Irak, Jordanie,
Koweït, Liban, Libye, Maldives, Oman, 3,2 % 2,2 % Tchad, Comores, République
Qatar, République arabe syrienne, démocratique du Congo, République
Émirats arabes unis, Yémen du Congo, Côte d'Ivoire, Djibouti,
Guinée équatoriale, Gabon, Guinée,
Guinée-Bissau, Madagascar, Mali, Île
5) Danemark, Estonie, Finlande, Islande,
Lettonie, Lituanie, Norvège, Suède
3,4 % 3,2 % Maurice, Niger, Rwanda, São Tomé et
Príncipe, Sénégal, Togo

6) Fédération de Russie
2,7 % 2,2 % 5,9 % 5,2 % 17) Allemagne

7) Brunei Darussalam, Cambodge, Fiji,


Indonésie, République démocratique
3,5 % 2,8 % 4,8 % 4,6 % 18) Arménie, Bosnie-Herzégovine,
Bulgarie, Croatie, Chypre, Géorgie, Israël,
populaire lao, Malaisie, Myanmar, ARY de Macédoine, Moldavie,
Népal, Philippines, Singapour, Monténégro, Pays-Bas, Roumanie,
Thaïlande, Tonga, Vietnam Ukraine

8) France 4,9 % 4,4 % 16,7 % 17,2 % 19) États-Unis d'Amérique

5,1 % 4,2 % 20) Autriche, Biélorussie, Belgique, Rép.


9) Antigua et Barbuda, Bahamas,
Barbade, Belize, Canada, Dominique,
3,6 % 4,0 % tchèque, Hongrie, Kazakhstan,
Luxembourg, Rép. slovaque, Slovénie &
Grenade, Irlande, Jamaïque, St. Kitts et Turquie
Nevis, Ste Lucie, St.Vincent et les
Grenadines 4,9 % 4,9 % 21) Royaume-Uni

Banque
10) Chine
3,7 % 2,0 % mondiale 2,4 % 3,4 % 22) Brésil, Colombie, République
dominicaine
Total des votes* Équateur, Guyana, Haïti, Panama,
Suriname, Trinidad et Tobago
11) Albanie, Grèce, Italie, Malte,
Portugal, Saint-Marin, Timor-Leste
4,1 % 3,7 %
* Part moyenne pour chaque 2,4 % 3,9 % 23) Bangladesh, Bhoutan, Inde, Sri Lanka

groupement si l'on tient


12) Japon
6,0 % 7,6 % compte de la BIRD, de l'AID et
de la SFI. 4,4% 3,7 % 24) Costa Rica, Salvador, Guatemala,
Honduras, Mexique, Nicaragua,
Espagne, Rép. bolivarienne du
Venezuela
* Cette illustration présente les groupements de pays du FMI. Les variations entre les groupements du FMI et de la Banque mondiale sont les suivantes : l'Érythrée,
Guyana et la Norvège ne font pas partie des groupes de la BIRD de la Banque mondiale. En ce qui concerne la BIRD, le Cambodge se trouve dans le groupe
(14), les Philippines dans le groupe (22) et les Seychelles dans le groupe (22). St. Vincent et les Grenadines, le Surinam, Saint-Marin et Brunei ne font pas partie des
groupements de pays de la SFI de la Banque mondiale. En ce qui concerne la SFI, Guyana se trouve dans le groupe (9). La Namibie, les Seychelles, Antigua et
Barbuda, la Jamaïque, la Biélorussie, la Bulgarie, la Roumanie, la Lituanie, le Suriname, Brunei, Malte, Saint-Marin, la Rép. bolivarienne du Venezuela, le Bahreïn et
le Qatar ne font pas partie des groupements de pays de l'AID de la Banque mondiale. En ce qui concerne l'AID, la Guyane se trouve dans le groupe (9).

4% 0%
L'ensemble de l'Afrique subsaharienne 4% des directeurs exécutifs du FMI
possède moins de voix pour voter au FMI sont des femmes et il n’y a aucun des
(4,35 %) que la France (4,85 %),
(4,35 %) (4,85 %), le directeurs généraux qui soit une
Royaume-Uni (4,85 %),
( (5,87 %
), l'Allemagne (5,87 %)
(5,87 % femme.
6,01 %
(6,01 %
ou le Japon (6,01 %).

45 pays de l'Afrique subsaharienne ne sont L'OCDE ou les pays développés, qui comptent
représentés que par 2 directeurs exécutifs moins de 14 % de la population mondiale,
au FMI et à la BM. Ces pays comptent possèdent une large majorité des votes au FMI
plus de 800 millions d'habitants, soit environ 60,4 %)) et à la Banque mondiale (57 %).
(60,4 %) 57 %
((57 %
11 % de la population mondiale.
mondiale

Source : compilation de l'APP à partir de diverses sources

22
Passer à l’action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

Développement social
Dans l’état actuel des choses, de nombreux pays africains ont défini, comme convenu lors de la Conférence d’Abuja
n’atteindront pas les cibles des OMD relatifs au développement sur le financement du développement, en 2006, le volume
social. Malgré une forte croissance économique, une des ressources disponibles et les besoins de financement
amélioration générale des politiques suivies et de nombreux extérieur36.
succès dans le domaine de l’enseignement primaire en
particulier, le continent africain, dans son ensemble, reste en Cependant, il subsiste d’énormes difficultés. Près de 50
retard dans la réalisation de chacun des objectifs concernés30. millions d’enfants africains – surtout des filles – provenant
La crise économique mondiale et le changement climatique de milieux très modestes ou de villages, n’ont toujours pas
compromettront encore des progrès qui sont déjà trop lents. accès à l’enseignement primaire, car leur pays n’est pas en
mesure d’organiser des services adéquats. Dans beaucoup

Atténuation de pays les frais de scolarité et autres frais continuent à


dissuader les parents d’envoyer leurs enfants à l’école ; des

de la pauvreté pratiques propres à encourager les inscriptions, notamment


la fourniture scolaire de repas ou de serviettes hygiéniques,
Au détriment de centaines de millions d’Africains, la vigoureuse ne sont toujours pas généralisées. La situation s’aggrave
croissance économique du continent au cours des cinq à mesure que l’enfant grandit. Les taux de scolarisation
dernières années ne s’est pas traduite par une protection sociale secondaire et tertiaire en Afrique subsaharienne demeurent
meilleure ou par une large réduction de la pauvreté. Bien que faibles, 32 % et 5 % respectivement. En outre, l’enseignement
la méthode de calcul du taux de pauvreté et le niveau effectif supérieur est de plus en plus inaccessible aux segments les
de celui-ci en Afrique fassent l’objet de controverse31, il n’en plus pauvres de la société.
reste pas moins que la plupart des pays africains n’atteindront
pas en 2015 leurs objectifs de réduction de la pauvreté32. La Dans beaucoup de pays, le principal problème demeure
crise économique mondiale devrait en outre plonger dans la l’obtention d’un financement adéquat. Les recettes
pauvreté des millions de travailleurs africains, et l’Organisation publiques affectées à l’éducation sont insuffisantes et, à
internationale du Travail (OIT) estime que le taux de pauvreté de rares exceptions près, les donateurs bilatéraux n’ont
parmi les travailleurs de l’Afrique subsaharienne est déjà passé pas honoré les engagements qu’ils ont pris d’assurer
de 58,9 % en 2007 à 67,9 % à la fin de 200933. un financement prévisible à long terme en faveur du
secteur de l’éducation. La situation concernant les

Éducation
donateurs multilatéraux n’est pas meilleure, et l’Initiative
pour l’accélération de l’éducation n’a apporté qu’une
La situation concernant l’éducation est assurément moins contribution faible à l’élimination du déficit de financement .
sombre. Plus de 30 pays africains devraient d’ici à 2015 La crise économique devrait compliquer encore la situation,
atteindre l’objectif de l’éducation primaire pour tous grâce rognant les budgets que les pays africains consacrent à
aux efforts faits par les autorités nationales et à l’appui effectif l’éducation ; l’UNESCO prévoit ainsi une perte potentielle
de leurs partenaires de développement dans le cadre de de crédits budgétaires de 4,6 milliards de dollars en 2010,
programmes bilatéraux et multilatéraux considérablement ce qui équivaut à une réduction de 10 % des dépenses par
améliorés. Certains pays, comme le Bénin, qui en 1999 écolier38.
encore comptait un taux de scolarisation net parmi les plus
faibles au monde, ont fait des progrès remarquables à cet
égard34.

À mi-parcours de la deuxième Décennie africaine pour


l’éducation (2006-2015), beaucoup de pays africains ont
considérablement accru les ressources qu’ils affectent à
l’éducation, l’augmentation étant particulièrement forte
en Éthiopie, au Kenya, au Mozambique et au Sénégal35.
Vingt-trois pays ont formulé des plans nationaux pour le
développement de l’éducation, qui ont été entérinés par
l’Initiative de la Banque mondiale pour l’accélération de
l’éducation pour tous, et 17 pays ont déjà formulé des
plans à long terme pour réaliser l’Éducation pour tous et

Dans l’état actuel des choses, de nombreux pays africains n’atteindront pas
les cibles des OMD relatifs au développement social

23
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

Progrès des OMD en Afrique


Progrès des OmD en Afrique

Afrique du Nord Afrique subsaharienne

Réduire l'extrême pauvreté


de moitié faible pauvreté très forte pauvreté

Éliminer l'extrême
Objectif 1 :

et la faim
pauvreté Emploi productif et déficit très important en déficit très important en
des femmes matière de travail décent matière de travail décent

Réduire la faim de moitié famine peu importante famine très importante


enseignement
Objectif 2 :
Obtenir un

universel
primaire

Enseignement primaire universel inscriptions importantes inscriptions peu importantes

Inscription égale des fillettes


à l'école primaire proche de la parité proche de la parité
Promouvoir l'égalité
des sexes et

des femmes
l'habilitation
Objectif 3 :

Part du travail rémunéré


des femmes part peu importante part peu importante

Représentation égale
des femmes dans les parlements
très faible représentation faible représentation
nationaux

Réduire la mortalité des


enfants âgés de moins de 5 ans
la mortalité
Objectif 4 :

faible mortalité mortalité très importante


infantile
Réduire

de deux tiers

Vaccination contre la rougeole couverture importante couverture modérée

Réduire la mortalité maternelle


de 75 % mortalité modérée mortalité très importante
Objectif 5 :

génétique
Améliorer
la santé

Accès à la santé
génétique accès modéré faible accès

Arrêter et inverser la propagation


d'autres maladies

du VIH/SIDA faible prévalence prévalence importante


la malaria et
le VIH/SIDA,
Combattre
Objectif 6 :

Arrêter et inverser la propagation


de la tuberculose faible mortalité mortalité importante

Inverser la perte des forêts faible couverture des forêts couverture moyenne des forêts

Réduite de moitié sans


environnementale

amélioration de l'eau potable couverture importante faible couverture


la durabilité
Objectif 7 :
Assurer

Réduite de moitié sans


assainissement couverture modérée très faible couverture

proportion très importante


Améliorer la vie des proportion modérée
de personnes vivant dans
habitants des bidonvilles d'habitants de bidonvilles
les bidonvilles
pour le développement
un partenariat
Développer
Objectif 8 :

mondial

Utilisateurs d'Internet utilisation modérée très faible utilisation

Objectif déjà atteint ou sur le point d'être atteint Progrès insuffisants pour atteindre l'objectif si les tendances prédominantes persistent
Progrès suffisants pour atteindre l'objectif si les tendances prédominantes persistent Aucun progrès ou détérioration

Source : Division des statistiques, Nations Unies (2009)

Source : Division des statistiques, Nations Unies (2009)

24
Passer à l’action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

Égalité des sexes


et émancipation
des femmes
Au cours des dix dernières années, les pays africains ont pris
conscience de l’importance de l’émancipation des femmes.
L’adoption par l’Union africaine de la Déclaration solennelle
sur l’égalité des sexes en 2004 a mis en avant la question
des droits des femmes. Cela s’est reflété dans l’adoption
au niveau national d’une législation nouvelle, visant par
exemple à éliminer la violence à l’égard des femmes, ou
à assurer l’égalité de rémunération avec les hommes.
L’élection de Mme Ellen Johnson Sirleaf comme Présidente
du Libéria, un an plus tard, est un symbole de l’évolution que
l’on constate en Afrique ainsi que des progrès de la condition
féminine dans le continent. Ainsi, le Parlement du Rwanda
est le premier au monde où les femmes occupent plus de
la moitié des sièges (56 %, y compris la Présidente) ; deux
pays africains, l’Afrique du Sud et le Lesotho, figurent parmi
les 10 premiers au titre de l’Indice mondial de réduction des
disparités entre les sexes établi par le Forum économique
mondial en 2009 ; il y a là une légitime source de fierté39.

Mais comme le savent bien les Africaines, la situation est plus


complexe en réalité. Il subsiste d’importantes disparités entre
les hommes et les femmes s’agissant de l’éducation, de la
santé, de l’emploi, de la rémunération et de la participation
à la vie politique. Pour chaque succès signalé dans la presse,
on compte un bien plus grand nombre de femmes qui voient
leurs talents et leurs aspirations bloqués par des obstacles,
officiels ou non. Cinq ans après la date prévue, la parité
entre les sexes dans l’éducation est loin d’être réalisée. Si,
en plus grand nombre, les femmes africaines obtiennent des
emplois rémunérés stables, elles n’ont généralement pas
un emploi décent – plus de 80 % des femmes de l’Afrique
subsaharienne se trouvent aux prises avec l’insécurité de leur
revenu et de leur emploi40. L’Afrique a encore beaucoup à
faire pour libérer et valoriser les compétences et l’énergie
des femmes; ce retard aggrave inutilement les problèmes
de développement et retarde la réalisation des OMD.

L’Afrique a encore beaucoup à faire pour libérer et valoriser les compétences


et l’énergie des femmes; ce retard aggrave inutilement les problèmes de
développement et retarde la réalisation des OMD

25
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

Perspectives socio-professionnelles des femmes dans une sélection de pays

ABC

Enfance École primaire Université Économiquement actives


Probabilité de décès Pourcentage de fillettes inscrites Pourcentage de femmes Pourcentage de femmes actives,
avant l’âge de 5 ans à l’école primaire (%) parmi les étudiants de toutes les âgées de plus de 15 ans (%)
(pour 1 000 naissances vivantes) universités (%)
Pays 0-49 50-74 75-94 95+ 0-19 20-39 0-59 60+ 0-19 20-39 40-59 60+
Nigeria
195
Afrique du Sud
62
Éthiopie
158
Égypte
36 aucune donnée
Sénégal
132 aucune donnée
Ghana
111
Ouganda
132
Kenya
110
Mali
208
République centrafricaine aucune donnée
185
0-49 50-74 75-94 95+ 0-19 20-39 0-59 60+ 0-19 20-39 40-59 60+
Pays-Bas
5
Suède
3
Royaume-Uni
5
Turquie
25
Russie
11
Chine
27 aucune donnée
Inde
81 aucune donnée
Pakistan
96
Brésil
18
Bolivie
60 aucune donnée
Chili
8
États-Unis
7
* Données désagrégées. Celles sur les violences domestiques le sont particulièrement car ces données ne sont pas collectées régulièrement par recensement. La plupart de ces
informations est collectée à partir d’enquêtes faisant appel à différentes méthodes et dans des zones dont la couverture est inégale voire incomplète.

Sources des données : Earthscan, The Atlas of Women in the World, quatrième édition (2009) ; BIT, données du LABORSTA 2008 et de la Base de données de la Banque mondiale (données de 2008)

26
Passer ˆ lÕ action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

Perspectives de carrière Maternité 1 Maternité 2 Violence domestique* Espérances


Les trois professions principales des femmes (%) Décès des mères Indice synthétique de fécondité Pourcentage de femmes adultes ay- de vie
agriculture / pêche industrie
(par 100 000 naissances (Enfant par femme) ant signalé avoir subi des violences (années)
auxiliaire professionnelle services
profession élémentaire employée de bureau vivantes) physiques par leur compagnon ou
sans emploi professionnelle >10 10-99 100-399 400-699 700-999 1000+ partenaire sexuel masculin (%) 0 50 100
87 % 3% 2% 5,3 66 49
37 % 36 % 16 % 2,6 25 53
91 % 6% 3% 5,4 58 58
32 % 24 % 17 % 2,7 47 70
aucune donnée 5 aucune donnée 61
50 % 36 % 15 % 4,3 33 58
77 % 17 % 5% 6,4 30 51
75 % 16 % 10 % 5,0 aucune donnée 55
aucune donnée 5,6 aucune donnée 48
aucune donnée 4,8 aucune donnée 48
>10 10-99 100-399 400-699 700-999 1000+ 0 50 100
22 % 20 % 19 % 1,8 16 82
30 % 21 % 21 % 1,9 aucune donnée 83
25 % 20 % 15 % 1,9 aucune donnée 81
32 % 18 % 10 % 2,2 58 75
22 % 20 % 20 % 1,2 70 73
aucune donnée 1,9 30 75
aucune donnée 2,8 42 64
58 % 18 % 12 % 4,0 80 63
23 % 20 % 14 % 1,9 30 75
37 % 22 % 15 % 3,6 70 67
44 % 21 % 15 % 1,9 50 81
33 % 25 % 21 % 2,0 31 80

27
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

Santé publique Seychelles et Zambie) devraient atteindre les cibles relatives


à la lutte contre la tuberculose. Onze pays ont réussi à
Les cinq dernières années ont vu se produire des évolutions réduire ou à stabiliser les taux de prévalence du VIH42.
positives. Beaucoup de pays africains ont augmenté les
fonds qu’ils consacrent au secteur de la santé publique et Malgré ces succès, les éléments d’information disponibles,
la plupart se sont engagés à réaliser une série de réformes pour limités qu’ils soient, indiquent que l’Afrique, dans son
importantes dans ce secteur. La plupart des gouvernements ensemble, demeure très en retard dans la réalisation des
africains ont signé le Plan d’action de Maputo sur la cibles des OMD, relatives à la réduction de la mortalité
promotion de la santé et des droits en matière de sexualité et infantile, l’amélioration de la santé maternelle et la lutte
de procréation, en 2006 ; ils ont adopté en 2007 une stratégie contre les maladies infectieuses. Bien souvent les systèmes
pour la santé en Afrique, s’étalant sur huit ans et centrée sur de santé publique en Afrique, sont gravement sous-financés,
la réforme du secteur de la santé publique. Les déclarations manquent d’effectifs et sont mal équipés. Quelques
de Ouagadougou, Alger et Libreville de 2008 ont engagé pays seulement, comme le Botswana, le Malawi, le Niger,
la plupart des gouvernements africains à élargir l’accès l’Ouganda, le Rwanda et la Zambie ont atteint l’objectif
aux soins et améliorer leur qualité, améliorer les effectifs de défini à Abuja consistant à affecter 15 % de leurs dépenses
soignants, à rendre plus efficace le système d’information publiques au secteur de la santé publique et plus de la
médicale et plus équitable l’accès aux fournitures médicales moitié des pays africains n’y consacrent que moins de 10 %,
essentielles, aux vaccins et aux techniques médicales, et beaucoup de pays dépensent moins que les 54 dollars
ainsi qu’à assurer le bon fonctionnement d’un système de par personne, minimum absolu pour fournir des soins de
financement de la santé publique41. Les efforts que font santé essentiels43. Ainsi, le paludisme et autres maladies à
les pays africains sont en outre de plus en plus secondés vecteur qui pourraient être maîtrisées et traitées, continuent
par des initiatives régionales telles que la Campagne de à prélever un tribut de millions de vies humaines. La hausse
l’Union africaine pour la réduction accélérée de la mortalité de la température entraînée par le changement climatique
maternelle (CARMMA), ou la Diaspora africaine pour la santé complique encore le problème.
qui offre des moyens concrets à des médecins de la Diaspora
africaine de transférer l’information, les compétences et les Malgré une baisse du nombre de nouvelles infections par
connaissances spécialisées à leurs homologues restés sur le le VIH, qui est passé de 2,3 millions en 2001 à 1,9 million en
continent. 2008, l’Afrique subsaharienne demeure également la région
la plus gravement touchée par le VIH et le sida, puisque
Le niveau et la qualité de l’aide internationale ont continué c’est là qu’on trouve 71 % des nouvelles infections en 200844.
à s’améliorer au cours des cinq dernières années. Le L’accouchement sans risque demeure pour l’essentiel un
financement consacré à la santé publique a augmenté ; à privilège des riches. Une Africaine enceinte reste exposée
cet égard les États-Unis ont accompli un effort considérable à un risque 180 fois plus grand de mourir des complications
dans le cadre du Plan présidentiel d’urgence pour la lutte d’une grossesse qu’une Européenne. Au rythme actuel,
contre le sida. Des mécanismes de financement novateurs l’objectif de réduction de la mortalité infantile ne sera pas
comme les engagements préalables de mise sur le marché, atteint avant 2045, et l’engagement pris concernant la
l’impôt de solidarité sur les billets d’avion (UNITAID), la Facilité santé maternelle ne sera pas non plus honoré, étant donné
internationale de financement pour la vaccination, et le que dans certaines parties de l’Afrique les taux de mortalité
Fonds pour des médicaments à prix abordables, ont été maternelle en fait augmentent45.
lancés pour combler le déficit entre les moyens existants et
les besoins. Grâce à des initiatives telles que l’Harmonisation
pour la santé en Afrique, le Partenariat international pour
la santé, ainsi que l’officialisation de la coordination entre
les huit principaux organismes mondiaux de santé publique
(“H8”), des synergies sont exploitées entre les nombreux
acteurs qui s’occupent des questions de santé publique
en Afrique, ce qui réduit les doubles emplois. Cependant,
il demeure que le financement reste trop ciblé sur certaines
maladies seulement.

Grâce à une amélioration des politiques nationales suivies et


à un effort international d’aide plus important, plusieurs pays
africains ont fait des progrès tangibles vers la réalisation des
objectifs de santé publique. Actuellement, six pays (Algérie,
Cap-Vert, Érythrée, Malawi, Maurice et Seychelles) sont sur
la bonne voie pour atteindre leurs cibles OMD relatives à la
mortalité infantile. Cinq pays (Angola, Comores, Érythrée,

Le niveau et la qualité de l’aide internationale ont continué à s’améliorer


au cours des cinq dernières années et le financement consacré à la santé
publique a augmenté

28
Passer ˆ lÕ action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

Financement de la santé en Afrique par secteur par les pays du G7


Financement de la santé en Afrique par secteur par les pays du G7

APD accordée par les pays donateurs du G7 aux principaux domaines cibles de la santé en 2009
(Tous les chiffres sont indiqués en milliards de dollars)

États-Unis

Royaume-Uni Allemagne
Italie France Japon
Canada

0,21 $ 0,25 $ 0,62 $ 4,63 $ 0,49 $ 0,48 $ 0,33 $

4% 5%
14 % 77 % Soins de Santé
Systèmes Maladies santé de reproduc-
de santé infectieuses base tive
0,96 Md $
5,29 Md $ 0,29 Md $ 0,35 Md $

Décomposition des
40 $
besoins liés aux OMD

Planning familial
39 milliards de $
Financement annuel nécessaire pour 30 $
Milliards de $

1,4 milliards de $ atteindre les OMD liés à la santé


(y compris les coûts dûs au changement climatique)
Systèmes sanitaires 20 $
(y compris santé maternelle)
14,3 milliards de $
10 $
Maladies infectieuses APD totale
23,3 milliards de $ 7 milliards de $ destinée au secteur
de la santé en 2009 0$

Source
Source : ONE,
: ONE, TheThe DATA
DATA Report
Report (2010)
(2010) ; Samuel
; Samuel Frankhauser
Frankhauser et Guido
et Guido Schmidt-Traub,
Schmidt-Traub, Le financement
Le financement d’und’un développement
développement à l’épreuve
à l’épreuve du climat
du climat en Afrique
en Afrique (2010)(2010)

29
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

Eau et assainissement Impact de la crise


De remarquables progrès ont été réalisés dans plusieurs
pays africains comme l’Angola et le Botswana, mais dans économique
l’ensemble du continent l’amélioration de la situation de l’eau
et de l’assainissement est insuffisante46. À l’échelle mondiale, mondiale
l’objectif consistant à réduire de moitié la population n’ayant
pas durablement accès à l’eau potable et à l’assainissement sur le développement
de base sera peut-être atteint en 2015 ; ce progrès s’explique
surtout par les rapides améliorations constatées en Asie de social
l’Est. Aux rythmes actuels, l’Afrique n’atteindra cet objectif On ne dispose pas encore de données précises susceptibles
qu’en 204047, et pas avant 2050 dans certains des pays de révéler l’impact de la crise économique, mais de
africains les plus pauvres. premières indications désignent des domaines où les
progrès vers la réalisation des OMD se sont ralentis ou se
Les problèmes sont énormes. Malgré une augmentation sont même inversés. Les effets de la crise se propagent aux
de 11 % depuis 1990, 60 % seulement des Africains ont un sociétés africaines par plusieurs filières. La crise ne se limite
accès à des points d’eau améliorés pour leur consommation pas seulement à la capacité des gouvernements africains
d’eau de boisson, et plus de la moitié ne disposent pas de maintenir leurs dépenses au niveau qu’elles avaient
d’installations sanitaires améliorées48. Dans 14 pays, plus d’un atteint ces dernières années, mais entraîne également une
quart de la population consacre chaque jour plus de 30 diminution des dépenses publiques consacrées aux secteurs
minutes à la collecte de l’eau. Les disparités entre les zones sociaux à proportion du PIB. L’absence de filets de sécurité
rurales et les zones urbaines sont à cet égard de plus en plus sociale publics susceptibles d’amortir les répercussions sur
affirmées49. les individus et les familles complique encore la situation, et
les travailleurs pauvres et autres groupes vulnérables subissent
La plupart des pays africains ont créé des groupes de travail ainsi de plein fouet les effets de la crise économique. La Banque
nationaux et élaboré des plans pour réaliser les OMD en ce qui mondiale, par exemple, prédit qu’entre 30 000 et 50 000 enfants
concerne l’approvisionnement en eau et l’assainissement. africains en bas âge mourront du fait de la crise, la plupart de ces
Mais bien souvent ces plans ne sont pas vraiment contrôlés décès frappant les Africains qui vivent déjà dans la pauvreté50.
par le pays concerné et ne sont pas activement appliqués.
Malgré une activité accrue au niveau intergouvernemental,
notamment par les réunions du Conseil des ministres
africains sur l’eau, l’établissement du Fonds africain pour
l’eau, le fait que la onzième réunion au sommet de l’Union
africaine a été consacrée à l’eau et à l’assainissement, et
la proclamation d’une Semaine africaine de l’eau, chaque
année, les dirigeants africains ont été peu empressés d’agir
au niveau national. Plusieurs des recommandations et des
engagements consignés dans des documents tels que la
Vision africaine de l’eau (2000), la Déclaration ministérielle
de Tunis sur l’accélération de la réalisation de la sécurité
hydrique pour le développement socioéconomique de
l’Afrique (2008) et les engagements de Sharm El-Sheikh pour
une accélération de la réalisation des objectifs relatifs à
l’eau et à l’assainissement en Afrique ne sont toujours pas
appliqués. Les objectifs chiffrés pour 2010 consignés dans
la Déclaration de Thekwini, notamment l’idée d’affecter
0,5 % du PIB à l’assainissement et à l’hygiène, ne seront pas
non plus atteints dans la plupart des pays. Le partenariat
G8-Afrique pour l’eau et l’assainissement, lancé lors de la
réunion au sommet du G8 à L’Aquila aidera peut-être à
appliquer les engagements pris à cet égard en Afrique.

La crise ne se limite pas seulement à la capacité des gouvernements africains


de maintenir leurs dépenses au niveau qu’elles avaient atteint ces dernières
années, mais entraîne également une diminution des dépenses publiques
consacrées aux secteurs sociaux

30
Passer ˆ lÕ action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

PAIx ET SéCURITé
L’Afrique demeure la région du monde frappée par le plus
grand nombre de conflits armés. Au début de 2010, sept L’impact des
L'impact des conflits sur
conflits sur la la société
société

pays (l’Éthiopie, le Nigéria, la République centrafricaine,


la République démocratique du Congo, la Somalie, le
Soudan (Darfour) et le Tchad) connaissaient de graves
conflits armés dans leur territoire – un cinquième environ des
Africains vivant dans des zones de conflit. Pourtant, on peut
signaler un certain nombre d’évolutions encourageantes
au cours des cinq dernières années, souvent méconnues.

Les États membres de l’Union africaine ont progressé


de façon tangible dans l’application concrète de
l’Architecture africaine de paix et de sécurité, cadre
unique en son genre d’action collective51. Au moins trois
Indice de l'impact des
des cinq brigades régionales qui composent la Force conflits sur la société
africaine en attente sont pratiquement opérationnelles, le
L'indice de l'impact des conflits
Système continental d’alerte rapide l’est aussi, le Conseil de sur la société de Maplecroft
évalue la manière dont une
paix et de sécurité et le Groupe des Sages se réunissent société est touchée
régulièrement et l’aide d’acteurs internationaux comme négativement par les conflits
et les défis auxquels elle peut
l’Union européenne, les Nations Unies et les États-Unis à être confrontée après ces
conflits. Il analyse le recours à
la création de capacités a augmenté tant en quantité la violence sexuelle et aux
enfants soldats, l'impact sur les
qu’en qualité. Les communautés économiques régionales réfugiés et les personnes
ont également continué à harmoniser leurs mécanismes déplacées à l'intérieur de leur
propre territoire, ainsi que la
de sécurité pour compléter les initiatives prises par l’Union dépendance aux aides.

africaine à l’échelle du continent, et on constate une


augmentation de la coopération intergouvernementale Indice de l'impact des conflits sur la société
pour tenter de résoudre des problèmes communs tels
Faible Moyen Élevé Extrême
que la criminalité transfrontière, le trafic de drogues et le Risque croissant www.maplecroft.com © Maplecroft 2010

terrorisme transnational. Architecture de paix et de sécurité africaine

L’ARCHITECTURE DE LA PAIx
ET DE LA SéCURITé EN AFRIQUE Politique
africaine
commune de
défense et de sécurité

L’architecture africaine de paix et de sécurité


Fonds
constitue une amélioration appréciable sur spécial
Comité
d'état-major
pour la paix
diverses tentatives antérieures de coopération (CEM)

en matière de sécurité à l’échelle du continent.


Conseil de
Bien qu’elle soit actuellement incapable de paix et de
sécurité (CPS)
répondre aux attentes élevées placées en elles,
la complexité de ces structures, l’existence d’un
Force
large consensus sur sa conception et son objet, Groupe des
Sages (GS)
africaine d'alerte
(FAA)
et le degré élevé d’application – notamment
par la conduite d’opérations de paix au sens Système
continental d’alerte
plein au Darfour, en Somalie et aux Comores rapide (SCAR)

– témoignent de la qualité grandissante de la


coopération entre États pour la sécurité en
Afrique.
Source : Benedikt
Source : Franke
Benedikt Franke - Security
- Security Cooperation
Coopertion in Africa (2009)
in Africa : A Reappraisal : A Reappraisal (2009)

Le changement climatique augmente la probabilité de mouvements de


population à grande échelle et de conflits autour de ressources naturelles
rares

31
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

Opérations de maintien de la paix de l’ONU en Afrique


Le budget des missions de RESTE DU
maintien de la paix s'élève MONDE
env. à 7,9 milliards de $. 28 %
du 1er juillet 2009 au 30 juin 2010

72 %
5,7 milliards de $ (72 %) sont
destinés aux opérations en Afrique. AFRIQUE

Les dépenses totales en


matière de maintien de la paix
représentent environ 0,5 %
506
des dépenses militaires
internationales (estimées à
14 179
1,464 trillions de $)
24 645
MINURSO 9 930 4 800
Mission des Nations Unies pour
l'organisation d'un référendum au 12 329
Sahara occidental
Budget approuvé en 07/09-06/10 - 24 974
53 527 600 $
Date de début : 1991
MINUL
Mission des Nations Unies au Liberia
Budget approuvé en 07/09-06/10 -
560 978 700 $
Date de début : 2003
ONUCI
Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire
Budget approuvé en 07/09-06/10
491 774 100 $
Date de début : 2004

MINURCAT DÉPLOIEMENT ACTUEL


Mission des Nations Unies en République DU PERSONNEL
centrafricaine et au Tchad
Budget approuvé en 07/09-06/10 MISSIONS ACTUELLES
690 753 100 $
Date de début : 2007
ANCIENNES MISSIONS
MONUC MINUS (depuis 1949)
Mission de l'Organisation des Nations Unies en
Mission des Nations Unies au Soudan
République démocratique du Congo
Budget approuvé en 07/09-06/10 -
Budget approuvé en 07/09-06/10 -
958 350 200 $
1 346 584 600 $
Date de début : 2005
Date de début : 1999

MINUAD
Mission des Nations Unies et de
l'Union africaine au Darfour
Budget approuvé en 07/09-06/10 -
1 598 942 200 $
Date de début : 2007

Les déploiements vers l'Afrique En 2010, le Nigeria, le Rwanda, L'Asie (37 %) et l'Afrique
ont augmenté de 400 % et les l'Égypte et le Ghana font partie (32 %) fournissent la police
déploiements vers l'Europe ont des dix premiers pays participants civile la plus importante.
diminué de 68 % entre 1999 et aux troupes de maintien de la paix
2008. de l'ONU. L'Éthiopie se classe en
2ème position.
Source des données : données tirées d'une note documentaire du DOMP (Janvier 2010)

32
Passer ˆ lÕ action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

Malheureusement, une telle coopération demeure et au Kenya sont autant d’éléments symptomatiques de
grandement nécessaire, tout comme les activités tendances déconcertantes. Parmi ces tendances figure
internationales de soutien de la paix et notamment les la réapparition de formes atomisées et fluides de violences
opérations des Nations Unies de maintien et de consolidation transfrontalières, souvent liées à des intérêts commerciaux,
de la paix. Les guerres, les rébellions et contre-rébellions l’expansion géographique de zones ingouvernables, un
dans la région des Grands Lacs, les conflits apparemment nouveau militantisme transnational, la criminalité organisée
interminables comme dans le Darfour, la Somalie et la et la traite des personnes à travers les frontières ; et la
République démocratique du Congo, les coups d’État en perpétuation de la violence après l’obtention de règlements
Guinée, en Guinée-Bissau, en Mauritanie, à Madagascar et de paix. Ces tendances risquent cependant d’être
au Niger, la poussée brutale de la piraterie autour de la Corne exacerbées par le changement climatique, qui augmente la
de l’Afrique, l’insurrection dans le delta du Niger, les massacres probabilité de mouvements de population à grande échelle
répétés à Jos (Nigéria) et les trêves précaires au Zimbabwe et de conflits autour de ressources naturelles rares.

SéCURITé ALImENTAIRE ET NUTRITIONNELLE


L’Afrique subsaharienne demeure la région du monde où Pour le moment du moins, les crises consécutives ont placé
l’insécurité alimentaire est la plus grande52. Une situation déjà la question de la difficile sécurité alimentaire de l’Afrique en
assez grave a été encore compliquée par les crises alimentaire, première page des journaux et en bonne place dans l’Agenda
financière et économique récentes. L’Organisation des Nations des responsables politiques, comme le montrent le lancement
Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) estime qu’en au sommet tenu par le G8 à L’Aquila (Italie) de l’Initiative de
Afrique subsaharienne 265 millions de personnes souffriront de sécurité alimentaire, représentant 20 milliards de dollars, qui a
sous-alimentation du fait de l’effet conjugué de ces crises53. été accompagnée par l’engagement, contracté par les États
membres du G20 à Pittsburg, d’augmenter l’aide agricole aux
Derrière chaque statistique, il faut voir des tragédies pays à faible revenu, puis la formation d’un Partenariat mondial
individuelles. Devant la raréfaction des produits pour l’agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition lors du
alimentaires, des millions de ménages sont forcés à des Sommet mondial de l’alimentation de 200954.
compromis inéluctables : remplacer un aliment nourrissant
par un aliment moins nourrissant, vendre des actifs Les crises ont mis en évidence les conséquences sociales
productifs, retirer les enfants de l’école, renoncer à des d’une attitude consistant à oublier l’agriculture, mais le
soins ou simplement manger encore moins. Les pauvres fait que la sous-alimentation augmentait même avant que
sont contraints de puiser dans leurs maigres avoirs, de n’éclatent les crises donne à penser que des problèmes
réduire leurs dépenses, ce qui les plonge dans la pauvreté, chroniques et structurels plutôt que des fluctuations
et ce qui, à son tour, compromet leur sécurité alimentaire à temporaires demeurent à la base de la situation d’insécurité
plus long terme et le progrès socioéconomique en général. alimentaire de Lal’Afrique 55
. Ces problèmes sont notamment le
révolution verte n’a pas encore gagné l'Afrique

La révolution verte n’a pas encore gagné l’Afrique


L’éTAT DE LA RéVOLUTION
VERTE EN AFRIQUE 1961 2007
La Révolution verte avait considérablement accru les
rendements des cultures de céréales et accéléré la
6
croissance agricole et plus généralement économique
de l’Asie, mais elle n’a pas encore touché la plupart
des pays africains. Alors qu’au cours des cinq dernières
années la transformation de l’agriculture africaine
TONNES PAR HECTARES

s’est un peu accélérée sous l’impulsion de l’action des


gouvernements et des institutions multilatérales et avec 4
AUCUNE

l’appui d’organisations de la société civile spécialisées CROISSANCE


SIGNIFICATIVE
EN AFRIQUE
telles que l’Alliance pour une révolution verte en
Tonnes par hectares

PAR RAPPORT
AUX AUTRES
REGIONS
Afrique, d’énormes problèmes demeurent. Néanmoins,
certains succès encourageants peuvent être 2

mentionnés. Le Malawi, par exemple, s’est transformé


d’un pays à déficit vivrier en pays exportateur de
denrées alimentaires, avec une production en excès 1

par rapport à la consommation nationale pendant


quatre années consécutives; l’agriculture du Rwanda a 0
ÉTATS-UNIS CHINE INDE AFRIQUE ÉTATS-UNIS CHINE INDE AFRIQUE
connu des croissances de 13 et 17 % respectivement en
2008 et 2009. Malheureusement, ces succès demeurent
SourceBill:and
Fondation Bill(2009)
and Melinda Gates (2009)
trop rares. Source : Fondation Melinda Gates

33
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

fait que la hausse des revenus et l’évolution des habitudes pose : l’intérêt toujours plus marqué que portent les investisseurs
alimentaires dans les marchés émergents entraînent étrangers à l’achat de terres agricoles dans le continent
une demande croissante de denrées alimentaires, la africain, ce qui pose des problèmes aux dirigeants africains
concurrence toujours plus affirmée entre les biocombustibles (voir encadré).
et les cultures vivrières pour une même superficie de terre,
la faiblesse des rendements du fait de l’épuisement des Malgré un intérêt plus marqué de la part des donateurs, la
sols, une irrigation insuffisante et une application insuffisante propagation rapide de nouvelles technologies susceptibles
d’intrants productifs – tels que les engrais et les variétés à haut d’élargir l’accès des agriculteurs à l’information et aux services,
rendement, le caractère inéquitable des règles commerciales, et le potentiel bien connu de sa base de ressources, l’Afrique
un sous-investissement systématique dans l’agriculture, des est encore loin de pouvoir se nourrir elle-même. Des millions
inégalités persistantes entre hommes et femmes dans l’accès d’agriculteurs et leurs familles demeurent bloqués dans leur
à la terre et aux autres ressources productives essentielles56, pauvreté et il est improbable que les objectifs de réduction de
une dépendance grandissante à l’égard des importations, un la sous-alimentation puissent être atteints bientôt.
manque de marchés intérieurs fiables et un accès insuffisant
aux marchés internationaux, et l’aggravation de problèmes Indice Indice
de risque de
de risque dela sécurité
la sécurité alimentaire
alimentaire
environnementaux tels que l’érosion des sols, la désertification,
ainsi que le manque d’eau du fait du changement climatique.

Les gouvernements africains ont été lents à aborder ces


problèmes structurels au cours des cinq dernières années,
mais la communauté internationale ne s’est pas pressée de les
aider. Beaucoup de ces pays n’ont pas atteint les objectifs de
croissance et de dépenses consignés dans le Programme intégré
pour le développement de l’agriculture en Afrique, tel qu’il est
présenté dans la Déclaration de Maputo de 2003 et qui a été
adopté par 18 pays seulement. À ce jour, huit pays seulement
ont atteint l’objectif consistant à affecter au moins 10 % de leur
budget à l’agriculture57, tandis que dans la grande majorité les
gouvernements n’y consacrent pas plus de 4 %. Ces dernières
années, seuls l’Éthiopie, la Gambie, le Mali, le Mozambique, L'Indice de risque de la sécurité
alimentaire de Maplecroft
le Nigéria, le Rwanda et le Sénégal ont dépassé le seuil d’une évalue le risque de la sécurité
alimentaire, en fournissant des
croissance agricole de 6 % définie par ce programme58. estimations quantitatives sur
l'accès et la disponibilité de la
nourriture et sur la stabilité des
De ce fait, les progrès sont demeurés insuffisants sur de systèmes de production
alimentaire. L'IRSA comprend
nombreuses questions importantes, notamment l’utilisation également des indicateurs
efficace des sols, l’investissement dans les infrastructures rurales destinés à mesurer les résultats
nutritionnels de la sécurité
et en particulier les routes de desserte, les systèmes d’irrigation alimentaire relative pour
chaque pays.
et les entrepôts et installations de transformation des aliments,
la préservation des ressources naturelles, l’amélioration des
marchés alimentaires intérieurs et l’ouverture de marchés Indice de risque de la sécurité alimentaire

internationaux des denrées alimentaires, et la réduction de la


Faible Moyen Élevé Extrême
vulnérabilité des petits tenanciers. Un problème nouveau se Risque croissant www.maplecroft.com © Maplecroft 2010

DES INVESTISSEURS éTRANGERS VONT-ILS SE SAISIR DES TERRES DE L’AFRIQUE?


L’augmentation brutale récente du nombre d’acquisitions de vastes terres agricoles situées en Afrique par des investisseurs
internationaux, où les medias voient “une saisie de terres”, cause un débat intense. Les transactions peuvent porter sur des centaines de
milliers d’hectares et promettent la création d’emplois, des investissements dans l’infrastructure et la technologie, mais sont assorties de
risques appréciables. Non seulement ces acquisitions de terre se traduisent par le déplacement des habitants du lieu et conduisent à
des troubles civils, comme cela a été le cas à Madagascar en 2009, mais aussi la forte proportion de produits destinés à l’exportation et
la longue durée de la plupart des baux concernés risquent d’aggraver encore l’insécurité alimentaire en Afrique. Étant donné que les
décisions qui sont prises maintenant auront des répercussions majeures sur les moyens d’existence et la sécurité alimentaire d’un grand
nombre d’Africains pendant des décennies, il est de la plus haute importance de veiller à ce que ces transactions soient équitables
et transparentes et de concevoir des garanties efficaces dans la législation nationale. Pour cette raison, AGRA, la FAO et le FIDA, la
CNUCED et la Banque mondiale élaborent actuellement un code de bonne conduite et des pratiques normalisées.

Huit pays africains seulement ont atteint l’objectif consistant à affecter au


moins 10 % de leur budget à l’agriculture

34
Passer à l’action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

Changement climatique
L’importance croissante donnée au problème du climat
est l’un des faits nouveaux les plus significatifs des cinq Aspects politiques
dernières années. Il est de plus en plus manifeste que
les structures actuelles de la croissance économique du changement
gourmande en carbone ne sont pas viables à terme.
Les effets du changement climatique imposeront des climatique
charges supplémentaires à l’économie aux plans national De plus en plus conscients de la nécessité d’atténuer les
et local, aux moyens d’existence et aux services sociaux vastes changements environnementaux qui affectent
des populations déjà en difficulté. Cette situation a directement les moyens d’existence de leurs populations,
profondément modifié le débat sur les politiques qui ou au moins de s’y adapter, les gouvernements africains
se présente aux dirigeants africains. Un financement ont pris un certain nombre de décisions remarquables.
nouveau et important est nécessaire pour aider l’Afrique Au niveau national, nombreux sont ceux qui se sont dotés
à faire face à ce problème. Cependant, le changement d’un programme national d’adaptation et poursuivent des
climatique a certes créé des obstacles supplémentaires réformes visant à encourager une gestion écologiquement
au développement, mais il offre aussi au continent de plus rationnelle des sols et à lutter contre le déboisement. Ils
nouvelles chances de mettre à profit ses vastes puits de ont également créé des organismes nationaux de gestion
carbone, de brûler l’étape des technologies polluantes, et des catastrophes naturelles et noué des partenariats avec
de se positionner sur une trajectoire de croissance sobre en l’Union européenne (UE), le Programme des Nations Unis
carbone et de développement propre. pour l’environnement (PNUE), la BAfD, les communautés
économiques régionales et les autorités locales pour réaliser

L’impact des projets tels que le Plan de convergence du bassin


du Congo sur les forêts et la Ceinture verte, de l’Union

du changement africaine/NEPAD pour l’Initiative Sahara.

climatique Au niveau international, les gouvernements africains ont pris


une série de mesures sans précédent pour parvenir à une
Malgré quelques erreurs récemment découvertes dans le position commune de négociation à la XVe Conférence des
Rapport de 2007 du Groupe intergouvernemental d’experts Parties à Copenhague. Même si cette conférence n’a pas
sur l’évolution du climat (GIEC), les faits scientifiques abouti à un cadre international contraignant, l’intensification
montrant que la Terre connaît un réchauffement général de la coopération régionale et la constatation des
rapide demeurent incontestables. En Afrique, les effets du avantages énormes d’une position commune ont offert aux
changement climatique sont déjà une réalité qui affecte dirigeants africains une base pour avancer ensemble. Sur le
l’existence quotidienne de millions d’Africains. Les régimes plan institutionnel, les dirigeants africains peuvent s’appuyer
pluviométriques changent et certaines cultures atteignent sur des mécanismes tels que la Conférence des ministres
les limites maximales de tolérance à la chaleur, de sorte africains sur l’environnement, la Conférence des chefs d’État
que les pays africains ont de plus en plus de mal à nourrir et de gouvernement des pays membres de l’Union africaine
leurs habitants, à les protéger des effets des catastrophes sur le changement climatique et l’Initiative “Climat pour le
naturelles, à poursuivre la croissance de leur économie et à développement en Afrique” dont la visée est d’améliorer la
préserver l’environnement59. capacité d’analyse des pays africains, de mieux gérer les
connaissances et l’accès à l’information sur le changement
Le changement climatique accroît également le risque de climatique. Le choix du Premier Ministre éthiopien Meles
sécheresse, de stress hydrique et de nouvelles menaces pour Zenawi comme coprésident du Groupe de haut niveau sur
la santé résultant de l’élargissement des zones de transmission le financement de la lutte contre le changement climatique,
des maladies à vecteur et de l’évolution de la fréquence et récemment créé par l’ONU, est une autre reconnaissance
de l’intensité des événements météorologiques extrêmes60. des besoins particuliers de l’Afrique et de la contribution
Cette vulnérabilité accrue, et la compétition grandissante substantielle qu’elle peut apporter à des solutions mondiales
pour l’accès aux terres arables et à l’eau augmentent au problème du climat.
également la probabilité de migrations de masse et d’une
instabilité politique. Cette situation menace de mettre à
mal des populations vivant dans la précarité et accroît les
nombreux facteurs d’insécurité pour des millions d’Africains.

Le changement climatique a créé des obstacles supplémentaires au


développement, mais il offre aussi au continent de nouvelles chances de brûler
les étapes et de se positionner directement sur la voie du développement
propre

35
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

Groupes de négociation sur le changement climatique et émissions


Groupes de négociation sur le changement climatique et émissions

* Emissions par année (2005) :


** Emissions cumulées
CO2, CH4, N2O, PFCs, HFCs, SF6 (inclut la
45 18 1990-2005: CO2 (énergie)
propriété foncière et les droits
Mesure : Tonnes CO2e par
d’exploitation)
personne
Mesure : MtCO2e 40 16

35 14

30 12

25 10

20 8

15 6
USA USA Emissions
cumulées des
deux principaux
pays émetteurs
10 4
IND IND RUS
CHN CHN CHN USA CHN CHN* - Chine
IND* - Inde 5 2
RUS* - Russie
USA* - USA
0 0
Emissions totales (2005) en gigatonnes d’équivalent CO2 * Emissions per capita(2005) en tonnes d’équivalent CO2**
Hors
Annexe

Annexe I/II
Alliance des petits États
insulaires

Alliance des petits États


insulaires
G-77

AOSIS

Annexe I/II

UE

UE

Hors
Annexe
Groupe
Afrique

MEF

OPEP

UG

BASIC
EIG

OPEP
Organisation des pays exportateurs
de pétrole

Organisation des pays exportateurs


de pétrole
Accord
Copen.

PMD

PMD
Forum des économies
majeures
Union européenne

Umbrella Group

Union européenne
Forum des économies
majeures
Pays les moins développés

Groupe d'intégrité environnementale

Pays les moins développés


EIG
Groupe d’intégrité environmentale

BASIC
UG
Umbrella Group

MEF

AOSIS

Groupe
Afrique
Accord
Copen.
G-77
Afghanistan
Zimbabwe
Albanie Zambie
Algérie Yémen
Angola Vietnam
Antigua et Barbuda Venezuela
Argentine Vanuatu
Arménie Ouzbékistan
Australie Uruguay
Autriche États-Unis
Azerbaïdjan Royaume-Uni
Bahamas Émirats arabes unis
Bahreïn Ukraine
Bangladeshe Ougand
Barbadsie Tuvalu a
Turkm
Biélorus Turquieénistan
Belgiquee Tuni
Beliz Trinidsie
Béninn Ton ad-et-Tobag
Bhoutavie Togoga o
Boli Tim
BIH* ARY or-Leste
wana Thaïl de Macé
Bots Brésil Tan ande doine
lam Tad zanie
ru sa rie
s
ei Da BulgaFaso Sy jikistan
Brun ina di Suisrie
Burk Burundge Su se
bo n Sw ède
Cammerouda Su azil
Ca Cana ert Sourinamand
-V e Sr da e
Capricainad E i La n
traf Tch hili Afrspagnnka
e cen C ne Som iqu e
qu i
Ch bies Île a e d
ubli S s S lie u Sud
Rép lom re S lové alom
Co omo ngo Sinlovaqnie on
C Co ook a S g u
s C ic S ier apo ie
Île sta R oireie S eyc ra L ur
Co d’Ivroat ba Sé erbi hell eone
te C Cu re A n e es
C ô yp ue S ra ég
Chhèq K* S ão bie al
S ain To S
c R * Sa am t-M mé aoud
e t PCODark i S i o a e
q u m ut e S ai nt a rin Prí ite
bli ne bo qu e Rwt Ki nte -Vin nc
pu Da Dji ini cain an tts -Luc cen ipe

Ér ato adopte r

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Hon Haïtna

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Naumibiear
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Islangrie

Groupes de négotiation
Mo oc
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Maornténége

-G
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Indo Inde

M ngoli
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d

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Israële
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Mex aurice
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Jordanoien

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Ir

stan

Îles
u

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Malte
Kiribata

Mali
Kowe i

Maldives
Gu

Malaisie
Kirghizistanït
Jamaïq

Malawi
Madagascar
Keny

Luxembourg
Liban
Lesotho
Liberia LBY*
Lituanie

* Code pays ISO 3166-1-alpha-3


Liechtenstein
Lettonie*

Groupes de négotiation
LAO

de
Kazakh

tanie

ro

hors CCNUCC

Les pays dévelopés travaillent pr le biais du G-77 à établir des 50 pays définis comme PMD sont devenus de plus en plus L’Umbrella Group est une coalition souple de pays
positions communes pour les négociations. Le pays qui préside actifs dans le processus du changement climatique, travaillant développés hors UE qui s’est composé à la suite de
le G-77 parle souvent au nom du G-77 et de la Chine. souvent ensemble pour défendre leurs intérêts particuliers, par l’adaptation du Protocole de Kyoto.
Le Groupe Afrique est composé 53 pays et a développé une exemple concernant la vulnérabilité et l’adaptation au L’EIG comprend le Mexique, la Corée du Sud et la Suisse.
position commune pour les négotiations. changement climatique.
D’autres groupes travaillent ensemble sur le processus du
L’AOSIS est une coalition de 43 pays insulaires, dont la plupart Les 27 membres de l’UE se rencontrent en privé pour définir changement climatique, incluant des pays de l’OPEP, de
sont membres du G-77, et qui sont partriculièrement des positions communes de négociation. Le Président de l’UE la Ligue des Etats Arabes et de l’Agence intergouverne-
vulnérables à la montée du niveau de la mer. parle au nom de ses membres. mentale de la francophonie.
Source des données : World Research Institute, Climate Analysis Indicators Tool (2010)

Source des données : World Research Institute, Climate Analysis Indicators Tool (2010)

36
Passer à l’action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

Afrique @ Copenhague
Le Sommet de Copenhague a révélé la fragilité du
consensus international sur les moyens de remédier
au changement climatique. Beaucoup espéraient
que la conférence serait une étape décisive de
l’histoire du monde. Avec le recul on s’aperçoit que
les espérances qu’elle suscitait – l’obtention d’un
accord juridiquement contraignant sur la limitation
des émissions – étaient irréalistes, tant la déception
a été grande; les représentants n’ont pas “adopté”
mais “pris note” de l’Accord conclu, qui a d’ailleurs
été le résultat d’une procédure très imparfaite et
d’un compromis de dernière minute. L’Accord,
cependant, reconnaît l’énormité du problème du
climat et la nécessité de limiter l’augmentation de la
température à 2 degrés Celsius. L’Afrique a joué un
rôle important avant et pendant le Sommet, ayant
déployé une équipe commune de négociateurs,
défendant une position commune et ayant nommé
un porte-parole, Meles Zenawi. Cette concertation
a permis à l’Afrique d’influer sur la teneur de
l’Accord, notamment au sujet du financement
additionnel accordé par les pays développés aux
pays en développement pour faciliter l’adaptation,
l’atténuation, le dispositif REDD-plus, le transfert
de technologies et la création de capacités – 30
milliards de dollars en 2010 – 2012, et 100 milliards de
dollars par an d’ici 2020. Néanmoins, des incertitudes
majeures subsistent, notamment quant à l’origine, la
gestion, l’accès et le versement des fonds proposés.

Il reste beaucoup à faire pour que l’Afrique reçoive l’aide


financière et technologique nécessaire pour résoudre
les problèmes nouveaux que le changement climatique
présente pour le développement, et qu’elle ne soit pas
réduite de façon permanente à la portion congrue de
l’indivis mondial. Les décisions envisagées dans l’Accord
de Copenhague doivent recevoir une traduction pratique,
et le niveau et le versement des fonds promis doivent être
précisés. On est encore très loin d’un accord contraignant
et de nombreuses mesures d’aide déjà convenues,
notamment le Mécanisme pour un développement propre
et le dispositif de réduction des émissions causées par le
déboisement et la dégradation des forêts (REDD)”, ne sont
toujours pas implantées ou opérationnelles sur le continent
africain.

De nombreuses mesures d’aide déjà convenues ne sont toujours pas


implantées ou opérationnelles sur le continent africain

37
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

Financement et coopération
pour le développement
C’est surtout des recettes intérieures que proviennent les depuis Gleneagles, mais le G8, dans son ensemble, demeure
moyens de financement du développement qu’utilisent les notablement en retard dans l’accomplissement de ses
gouvernements africains61, mais l’aide au développement engagements d’aide à l’Afrique depuis que cette annonce
fournie par les partenaires internationaux continue à jouer d’aide a été faite.
un rôle important, celui de mettre de l’huile dans les rouages,
en particulier après le ralentissement économique mondial La crise de l’économie mondiale a désormais réduit à néant
récent. Cette aide suscite à son tour d’autres mouvements l’espoir de voir atteints les objectifs fixés pour 2010. Alors qu’un
de capitaux et aide à garantir qu’ils donnent des résultats. Au certain nombre de pays, comme les États-Unis, ont honoré
cours des cinq dernières années, on a relevé des évolutions leurs engagements, d’autres, notamment certains grands
appréciables du niveau et du type de l’aide fournie par donateurs européens comme l’Italie, ont différé ou abandonné
les donateurs traditionnels, l’engagement de plus en plus leurs annonces d’aide. Malheureusement, le Sommet tenu
marqué de pays émergents tels que la Chine, l’Inde et le par le G8 à L’Aquila n’a pas renouvelé le consensus sur le
Brésil en faveur de l’aide, la poursuite de l’augmentation des développement, le concept même d’APD et le niveau de
dons privés, l’élargissement des opérations d’allégement de celle-ci étant contestés.
la dette et un nouveau débat sur l’efficacité de l’aide.
De ce fait, les derniers chiffres fournis par le Comité d’aide au

Les partenaires développement (CAD) de l’OCDE en avril 2010 font apparaître


un net ralentissement de l’augmentation de l’APD mondiale

traditionnels en 2009 et 201062. On estime que cela entraînera un déficit de


l’aide totale de l’ordre de 21 milliards de dollars et que l’Afrique
Certains donateurs ont pris des engagements en 2005 en particulier ne recevra qu’environ 11 milliards de dollars sur les
concernant tant le volume de l’aide que l’aide à l’Afrique 25 milliards de dollars qui constituaient l’augmentation (aux prix
subsaharienne. L’engagement le plus important a été pris par de 2004) envisagée à Gleneagles – une effarante diminution
les membres du G8 au Sommet de Gleneagles, lorsqu’ils ont de l’ordre de 56 %63. Une partie des réductions du niveau total
annoncé leur intention de doubler leur aide au développement de l’aide sont le fait de la baisse des chiffres du revenu national
avant la fin de 2010. L’APD mondiale a certes augmenté en brut, sur la base desquels l’APD est calculé (cela pourrait
termes nominaux, et 2009 a vu la plus importante augmentation représenter 8,6 milliards de dollars) et des mouvements des
de l’APD par le G8 jamais annoncée en une seule année taux de change (de 3 à 5 milliards de dollars).

Le Sommet tenu en 2009 à L’Aquila L’APD en péril


Bien qu’on prétende souvent le contraire, l’Afrique Depuis les deux dernières années, la notion même
n’a pas figuré en bonne place à l’ordre du jour de d’aide publique au développement (APD) est
la présidence italienne du G8. Alors que la crise contestée à partir de plusieurs fronts. On a suggéré
économique mondiale retenait l’attention, les que les pays peuvent faire appel aux marchés des
dirigeants algérien, angolais, égyptien, nigérian, capitaux plutôt que l’APD pour leurs besoins de
sénégalais et sud-africain, ainsi que le Président libyen financement, mais beaucoup de pays n’ont pas
de l’Union africaine, le Président de la Commission cette latitude. D’abord, on observe à nouveau
de l’Union africaine et le Président éthiopien du des tentatives pour faire figurer les opérations de
Comité de mise en œuvre du NEPAD ont bien été maintien de la paix et l’aide militaire et même
invités à examiner avec le G8 un certain nombre les demandes d’asile politique dans le calcul de
limité de questions, notamment la préservation du l’aide au développement. On craint aussi que les
bassin du Congo et le mode de fonctionnement demandes nouvelles de financement engendrées
de l’Architecture africaine de paix et de sécurité. par le changement climatique ne soient satisfaites
Les seuls résultats notables ont été une déclaration par un recours à l’APD, et ne soient donc pas
commune sur l’eau et l’assainissement et l’Initiative réellement additionnelles. Dans les deux cas, l’aide
de l’Aquila pour la sécurité alimentaire qui ne seront, traditionnelle au développement s’en trouverait
ni l’une ni l’autre, mises en œuvre. réduite d’autant.

Les derniers chiffres fournis par le Comité d’aide au développement (CAD) de


l’OCDE en avril 2010 font apparaître un net ralentissement de l’augmentation
de l’APD mondiale en 2009 et 2010

38
Passer ˆ lÕ action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

Suivipromesses
Suivi des des promesses du sommet
du sommet du G8
du G8 de de Gleneagles
Gleneagles

A Gleaneageles, trois des pays du G7 ont défini les objectifs à atteindre en termes absolus (Canada, Japon et Etats-Unis) 40,2**
plutôt qu’en terme de pourcentage du RNB. L’OCDE a mesuré l’APD en termes de pourcentage du RNB divisé par les Etats
membres du CAD. 32,2

27,5
0.7
10

Suivi des promesses du sommet du G8 de Gleneagles


0.6
A Gleaneageles, trois des pays du G7 ont défini les objectifs à atteindre en termes absolus (Canada, Japon et Etats-Unis) 40,2**
plutôt qu’en8terme de pourcentage du RNB. L’OCDE a mesuré l’APD en termes de pourcentage du RNB divisé par les Etats
membres du CAD. 32,2
0.5
27,5
0.7

% du RNB
6 0.4
milliards de $

0.6

0.3
0.5
4

% du RNB
0.4 0.2

2 0.3
0.1

0.2

0
Canada France Allemagne Italie Japon Royaume-Uni États-Unis 0.1 G8*
L'objectif de 2009 est sur la bonne 1,50 6,06 5,25 3,42 1,23 4,99 8,43 32,16
voie pour atteindre l'objectif de 2010
Dépenses réelles de 2009 1,53 Canada 5,04
France 3,62
Allemagne Italie1,16 Japon 1,29
Royaume-Uni 3,98
États-Unis 9,17
G8* 27,53
Objectif de 2010
L'objectif de 2009 est sur la bonne1,50 1,50 8,276,06 6,96
5,25 3,42 5,35 1,23 1,42 4,99 6,188,43 8,80
32,16 40,23**
voie pour atteindre l'objectif de 2010 (Milliards de $ - Prix de 2009)
Dépenses réelles de 2009 1,53 5,04 3,62 1,16 1,29 3,98 9,17 27,53
APD nette (2009) ende%2010
Objectif du RNB 0,30 1,50 0,46
8,27
0,35
6,96
0,16
5,35 1,42
0,18 6,18
0,528,80 0,20
40,23**
(Milliards de $ - Prix de 2009)
2010 2009
* La Russie n'aAPD
prisnette (2009)engagement
aucun 0,30 d'APD 0,46
en % du RNB en matière 0,35 0,16 0,18 0,52 0,20
** Revu à la baisse en raison de la diminution du RNB et de la Objectif
2010 de l'APD 20Objectif
09 de 2009 Dépenses réelles de APD nette Objectif de 2009 atteint Objectif de 2009
modification*des objectifs deaucun
certains donateurs (France et Canada) de 2010 sur la bonne voie 2009 (2009) en % ou dépassé non atteint
La Russie n'a pris engagement en matière d'APD du RNB
pour 2010
** Revu à la baisse en raison de la diminution du RNB et de la Objectif de l'APD Objectif de 2009 Dépenses réelles de APD nette (Echellede
Objectif à droite)
2009 atteint Objectif de 2009
modification des objectifs de certains donateurs (France et Canada) de 2010 sur la bonne voie 2009 (2009) en % ou dépassé non atteint
pour 2010 du RNB
APD totale de l'OCDE-CAD par secteur(Echelle à droite)
APD totale de l’OCDE-CAD par secteur
APD totale de l'OCDE-CAD par secteur

Mesure liée à la dette


5% Mesure liée à la dette
55%% 8% Agriculture
5% 8% Agriculture
6 %6 % 4% 4%
28 % 28 % 2626%% Education Education
8% 8%
7 %7 % Santé Santé
8% Aide humanitaire
Aide humanitaire
8%
11 % 4% Soutien général au budget
5% 11 % 4% Soutien général au budget
5% Gouvernement et société civile
11 % 14 %
12 % 14 % Population et Gouvernement
santé reproductiveet société civile
11 % 11 % 10 % 7 %
12 % 10 % Population et santé reproductive
Eau et assainissement
11 % 10 % 7 %
10 % Autre Eau et assainissement
Engagements de 2008 Dépenses de 2008 Autre
47,07 milliards de $ (en prix de 2008) 39,45 milliards de $
Engagements de 2008 Dépenses de 2008
47,07 milliards de $ (en prix de 2008) 39,45 milliards dePour$plus d’informations surSource : ONE, The DATA Report (2010)
les chiffres de l’APD : www.one.org

Source : ONE, The DATA Report (2010)


Pour plus d’informations sur les chiffres de l’APD : www.one.org
39
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

LES NOUVEAUx concessionnel. Ce fait a non seulement augmenté le volume


des ressources disponibles pour le développement, mais a

PARTENAIRES également diversifié les options de financement qui s’offrent


aux pays de la région. En particulier, son orientation sectorielle
Les pays nouvellement industrialisés comme le Brésil, la (axée sur les secteurs des infrastructures et de la production),
Chine et l’Inde deviennent de plus en plus importants pour l’absence de toute conditionnalité dans le choix des
le développement de l’Afrique. Ces pays figurent parmi les politiques et le fait que cette aide repose sur des modèles de
principaux partenaires commerciaux et parmi les principales développement non occidentaux ont fait de l’aide venant
sources d’investissement dans ce continent, et ils ont joué un des pays non membres du CAD un choix assez attrayant pour
rôle important dans la relance des taux de croissance et dans beaucoup de pays africains64.
l’amorce d’une amélioration bien nécessaire des infrastructures
en Afrique, et cela depuis plusieurs années. Au cours des cinq La Chine en particulier a tiré tous les avantages politiques de
dernières années en particulier, leur participation a changé. la présentation de son engagement commercial en Afrique
D’abord limitée aux secteurs de l’exploitation des ressources sous forme d’un partenariat Sud-Sud, engagement qui est
naturelles et de la sécurité énergétique, elle s’est étendue à complété par un programme détaillé de coopération pour le
un champ d’action beaucoup plus vaste de leur coopération, développement. Son Forum sur la coopération Chine-Afrique
notamment le partage des données d’expérience relatives au a évolué et est devenu une importante plate-forme où sont
développement et la fourniture d’une assistance financière et annoncées d’ambitieuses promesses de contribution à la
technique considérable. région et, depuis sa création en 2000, est devenu un modèle
pour d’autres partenaires du Sud. À la dernière réunion
Alors que les donateurs qui sont membres du CAD représentent tenue en novembre 2009, la Chine a annoncé huit nouvelles
encore une grande partie des apports d’aide comptabilisés mesures pour intensifier sa coopération au développement
à l’Afrique, plusieurs pays qui ne sont pas membres du CAD avec l’Afrique au cours de la période 2010-2012, pour un
sont disposés à accorder des subventions et un financement montant qui dépasse nettement 12 milliards de dollars.

Options d’aide sélectionnées par les partenaires de développement de l’Afrique

Pays de Brésil Turquie Pays Inde Chine Corée


l'OCDE-CAD arabes

6 %
Part du budget 11 % 15 %
35 % 30-50 %
d’aide dédiée 27-30 %
à l'Afrique
1,5-3,6 %

cofinancement
Type d'aide subventions pour souvent via une subventions et subventions et subventions et subventions et
la plupart subventions
coopération prêts prêts prêts prêts
triangulaire
Conditions politiques et non non politiques
politiques non politiques non politiques
imposées
de plus en plus loin des
Mode de projets en faveur projet projet projet projet projet projet
prestation d’échanges financiers et
de soutien budgétaire
Allégement de la
dette utilisé comme
instrument de soutien

Source : CNUCED, Rapport sur le développement en Afrique (2010)

Le financement concessionnel accordé par plusieurs pays hors CAD a permis


de diversifier les options de financement qui s’offrent aux pays d’Afrique

40
Passer à l’action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

Les engagements souscrits par la Chine à la Conférence de 2009


du Forum de la coopération Chine-Afrique
1. Fournir, au cours des trois prochaines années, 10 milliards de dollars de prêts préférentiels aux pays africains, qui seront utilisés
principalement pour des projets de création d’infrastructures et de développement social ;
2. Augmenter le volume du Fonds de développement Chine-Afrique pour le porter à 3 milliards de dollars afin de faciliter
l’expansion des investissements des entreprises chinoises en Afrique ;
3. Établir, par le canal d’institutions financières chinoises, un prêt spécial de 1 milliard de dollars pour le développement des
petites et moyennes entreprises africaines ;
4. Accorder, de façon échelonnée, une exemption de droits de douane à 95 % des exportations des pays les moins avancés
africains ayant des relations diplomatiques avec la Chine ;
5. Apporter 30 millions de dollars à un fonds d’affectation spéciale de la FAO pour soutenir la coopération Sud-Sud entre la
Chine et les pays africains ;
6. Au cours des trois prochaines années, dépêcher 50 équipes de spécialistes des techniques agricoles en Afrique pour aider
à former 2 000 techniciens agricoles dans les pays africains et porter à 20 le nombre total de centres de développement
des techniques agricoles dans les pays africains. Au cours des trois prochaines années également, former 20 000 spécialistes
africains, construire 50 écoles de l’amitié sino-africaine, former 1 500 directeurs d’école, augmenter le nombre de bourses
accordées par le Gouvernement chinois à des étudiants africains pour le porter à 5 500 et admettre en Chine 200
administrateurs africains de haut niveau pour des programmes d’enseignement supérieur en administration publique.
7. Créer en Chine un centre pour le commerce des produits de base africains, afin de promouvoir les exportations de produits
de base africains vers la Chine ;
8.Créer de trois à cinq centres logistiques en Afrique pour améliorer dans les pays africains les services fournis par les entreprises.

Philanthropie
et dons privés
Au cours des cinq dernières années, les dons caritatifs faits mondial qui a notamment occasionné des réductions des avoirs
par des individus ou des fondations telles que la Fondation Bill des fondations et de la richesse individuelle, ces dons privés
et Melinda Gates ou la Fondation Ford, par des entreprises ne devraient pas notablement baisser en 2010. Au contraire,
et d’autres organisations à des pays en développement ont la propagation de modèles novateurs de philanthropie et de
rapidement augmenté – dans des pays tels que les États-Unis, prêts caritatifs, par exemple par l’utilisation de plates-formes
dépassant même parfois l’aide publique au développement. dans Internet telles que MyC4 ou Kiva, et la diminution prévue
Selon l’indicateur 2009 de la philanthropie et des transferts de de l’aide publique au développement et des envois de
fonds mondiaux, l’Afrique continue à être le premier bénéficiaire fonds signifient peut-être que cet élément augmentera, en
de cet effort massif65. Malgré le ralentissement économique proportion, dans les apports totaux des capitaux à l’Afrique.

Aide publique au
Aide développement
publique (APD)
au développement (APD) vs philanthropie
vs philanthropie

FLUX PRIVÉS TOTAUX OFFICIELS ET FLUX PRIVÉS TOTAUX - PHILANTHROPIE, VERSEMENTS,


INVESTISSEMENT - DES PAYS DONATEURS DE L'OCDE EN FAVEUR
DES PAYS EN DÉVELOPPEMENT, 1991-2007

500 $ 519

450 $

400 $

350 $
MILLIARDS DE $

300 $

250 $

200 $

150 $

100 $ 107

50 $

0 $ * L’indice du Hudson Institute

1 2 3 4 5 6 7 8 9 0 1 2 3 4 5 6 7 Center for Global Prosperity


199 199 199 199 199 199 199 199 199 200 200 200 200 200 200 200 200 (CGP) comprend les calculs
de nombreux autres flux
Flux officiels Flux privés totaux CGP* plus complet
privés provenant de sociétés,
Flux privés totaux
fondations, œuvres de charité,
particuliers; universités et
* L'indice du Hudson Institute Center for Global Prosperity (CGP) comprend les calculs de nombreux autres flux
privés provenant de sociétés, fondations, œuvres de charité, particuliers, universités et organisations religieuses. organisations religieuses.
Source : Hudson Institute, Index of Global Philantropy and Remittances (2009)

Source : Hudson Institute, Index of Global Philanthropy and Remittances (2009)

41
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

Allégement de la dette sur la question montre qu’en moyenne, 45 % seulement de


l’aide est versée dans les temps – ce qui constitue un poids
Le fardeau de la dette extérieure s’est considérablement allégé mort estimé à 16 milliards de dollars par an ou encore 15 à
au cours des cinq dernières années66. L’encours de la dette 20 % de l’aide totale – et que des problèmes importants se
extérieure des pays africains demeure au-dessus de 200 millions posent encore, notamment le niveau trop élevé des coûts de
de dollars67, mais la part de la dette dans le PIB a été ramenée transaction et des coûts d’administration, qui s’expliquent par
de plus de 100 % en 2000 à moins de 50 % en 2008. En mai une prolifération d’initiatives et un manque de coordination,
2010, 21 pays africains avaient atteint le point d’achèvement par le caractère imprévisible à moyen et à long terme de
de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE), l’aide accordée, par un manque d’adéquation aux systèmes
ce qui les admet à bénéficier d’un allégement irrévocable de nationaux et par la compartimentation de l’aide70. C’est
leur dette ; 11 autres pays se trouvent à différentes étapes du pourquoi les donateurs membres de l’OCDE n’atteindront
processus PPTE68. Des programmes associés tels que l’Initiative sans doute pas les objectifs chiffrés qu’ils s’étaient fixés pour
d’allégement de la dette multilatérale, diverses initiatives 2010 dans l’application de la Déclaration de Paris71.
bilatérales et des programmes de conversion de dette tels
que l’Initiative Debt2Health du Fonds mondial apportent une L’affectation de l’aide continue à refléter des considérations
rémission supplémentaire. Il est encourageant de noter qu’une politiques plutôt que les priorités de développement. L’aide
étude récente de la BAfD montre que, plus que d’autres accordée aux pays qui en ont le plus besoin demeure trop
formes d’aide, les ressources dégagées par l’allégement de la faible ou est utilisée pour améliorer la capacité des pays
dette peuvent plus facilement être transformées en dépenses bénéficiaires de mobiliser des ressources72. En outre, l’aide
liées à la réalisation des OMD69. reste trop souvent accordée selon des modalités qui ne sont
pas conçues pour renforcer et qui compromettent même, le
Malgré les progrès accomplis, le fardeau de la dette extérieure contrat social entre le pouvoir et les citoyens.
demeure massif et continue à entraver les perspectives de
développement de beaucoup de pays africains. La crise Cependant, certains indices sont encourageants. En
économique mondiale et le fait que de plus en plus de pays particulier, l’Union européenne a beaucoup progressé dans
du Sud accordent des prêts concessionnels ont ravivé les l’amélioration de la cohérence et de l’efficacité de ces
préoccupations au sujet de la viabilité de la dette à terme politiques d’aide face à l’adoption d’un Code de conduite
et du risque de voir éclater une nouvelle crise de la dette en sur la complémentarité et la division du travail (mai 2007) et
Afrique. Part de la dette externe dans le produit intérieur brut (en pourcentage) grâce aux conséquences du Traité de Lisbonne (décembre
2009). Ceux-ci pourraient aider à éviter les doubles emplois
et les coûts de transaction et rendra l’aide plus efficace.
Part de la dette extreme dans le produit intérieur brut
Mais, étant donné la tendance toujours plus affirmée des
(en pourcentage)
pays donateurs à restructurer et recycler les fonds d’aide,
et à rendre les engagements de plus en plus opaques,
l’apparition d’initiatives telles que l’Initiative internationale
Part de la dette externe dans le PIB (%)

111 pour la transparence de l’aide (voir encadré) et la Charte


109 107 107
de bonne conduite dans les engagements préconisée par
101
notre partenaire ONE, est également bienvenue.

85

64
L’Initiative internationale
51 49 pour la transparence de l’aide
Cette initiative a été prise à Accra en 2008. Dix-huit
0 1 2 3 4 5 6 7 8
donateurs, qui versent ensemble environ la moitié de
200 200 200 200 200 200 200 200 200
l’APD mondiale, se sont engagés à appliquer une
Source : BAfD - Initiatives d’allègement de la dette, aide au développement et norme commune de publication de l’information
prestation de services en Afrique (2009) relative à l’aide, notamment la portée, le niveau
Source : BAfD - Initiatives d'allègement de la dette, aide au développement et prestation de services en Afrique (2009) de détail et un ensemble de définitions communes

L’efficacité de l’aide essentielles pour que cette information soit utilisable


non seulement par les gouvernements concernés mais
Les progrès dans l’application des principes d’efficacité de aussi par les parlements, la société civile et les citoyens.
l’aide définis dans la Déclaration de Paris sur l’efficacité de Au moment de la rédaction de la présente étude, des
l’aide (mars 2005) et dans le Plan d’action d’Accra (septembre donateurs de cette initiative s’apprêtaient à convenir
2008) demeurent trop lents pour influer de façon sensible sur le d’un projet de normes communes avant août 2010.
rythme de réalisation des OMD. La dernière étude de l’OCDE

Malgré les progrès accomplis, le fardeau de la dette extérieure demeure massif


et continue à entraver les perspectives de développement de beaucoup de
pays africains

42
Passer à l’action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

PARTIE II
RÉALISER LE POTENTIEL DE L’AFRIQUE

Les cinq dernières années mènent à dresser un


tableau très contrasté de la situation en Afrique.
D’énormes difficultés subsistent dans presque
tous les secteurs et presque tous les pays, mais
on relève de nombreux indices d’espoir et de
progrès. Bien souvent, des politiques et des plans
judicieux ont été mis en place. Les conditions de
base de la transformation du continent ont été
améliorées et on est parvenu à un point important
de la trajectoire de progrès du continent africain,
qui se trouve ainsi redéfini pour de nombreuses
années. En conséquence, dans cette deuxième
moitié de notre rapport, nous examinons six
recommandations. Les trois premières sont
destinées aux dirigeants africains, à qui il incombe
au premier chef d’animer les efforts visant une
croissance économique durable, la réduction de
la pauvreté et la sécurité, et les trois dernières visent
les partenaires internationaux qui doivent créer des
conditions équitables et propices à la réalisation
de ces efforts. Si elles sont appliquées, nous
sommes convaincus que ces six recommandations
permettront à l’Afrique de réaliser son vaste
potentiel pour le bien des Africains mais aussi du
monde entier.

43
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

LES DIRIGEANTS AFRICAINS DOIVENT S’ENGAGER...

POUR UNE mEILLEURE GESTION


DES RELATIONS ET DES AVOIRS
L’importance géostratégique de l’Afrique est de plus en plus de réduction de la pauvreté dans le continent. À l’exception
évidente : ses ressources en terres, en produits minéraux, en des principaux producteurs de pétrole et de produits minéraux,
hommes et ses ressources naturelles voient leur valeur augmenter les pays africains ont avec d’autres pays du Sud des déficits
tant pour le secteur privé que comme moyen de lutter contre commerciaux considérables. Leurs exportations vers ces pays
le changement climatique. Cela dégage des possibilités de sont surtout des matières premières à faible valeur ajoutée,
transformation économique et de développement social, mais par exemple des combustibles non raffinés (qui représentent
comporte également la menace d’une exploitation illicite des 67,2 % des exportations de l’Afrique vers d’autres pays en
hommes et des ressources. Il n’est que trop vrai malheureusement développement)74, des produits minéraux et du bois d’oeuvre,
qu’en dehors des élites, les Africains ne profitent toujours pas tandis que les marchandises transformées, en particulier les
assez des recettes dégagées et des partenariats dans ce qu’on produits agricoles, se heurtent à la fois à des obstacles tarifaires
appelle de plus en plus une nouvelle “ruée vers l’Afrique”. et non tarifaires.
Ainsi, il semble y avoir de nombreuses occasions manquées
d’augmenter l’échelle des succès obtenus dans les domaines La valeur croissante des investissements et des prêts accordés
de l’amélioration de la sécurité alimentaire et de la sécurité par des pays émergents à l’Afrique soulève également des
humaine, de l’entreprise locale et d’un développement préoccupations qui concernent la viabilité à terme de la dette,
économique “à l’épreuve du changement climatique”. le partage des risques et la récupération des coûts. De plus, très
souvent ces transactions sont non transparentes et elles font

POUR DES PARTENARIATS craindre que les mécanismes de responsabilisation politique, en


Afrique, ne soient compromis, délibérément ou par inadvertance,

mUTUELLEmENT par l’engagement grandissant de pays comme la Chine75.

BéNéFIQUES Il y a donc lieu d’améliorer considérablement les relations entre


l’Afrique et le Sud. Le problème principal pour les dirigeants
Nous sommes convaincus que les dirigeants africains pourraient africains est de gérer ces relations, parmi d’autres, d’une
s’affirmer beaucoup plus dans l’organisation de partenariats façon qui dégage des avantages tangibles pour les Africains
efficaces et mutuellement bénéfiques visant à accélérer par une croissance économique durable et par une réduction
le développement social et économique. Cela s’applique durable de la pauvreté. Pour cela, ces dirigeants doivent bien
à tous les partenariats, anciens ou nouveaux, politiques ou comprendre que les avantages qu’il y a à nouer des liens
économiques, avec le secteur public ou le secteur privé, mais économiques avec d’autres pays ne sont pas automatiques. Ils
il est tout à fait urgent d’améliorer les relations de plus en plus ne se concrétisent que pour les pays qui prennent des mesures
importantes avec les autres pays du Sud. adéquates, prennent les devants pour exploiter au mieux ces
liens par des politiques bien conçues. Cela est particulièrement
L’engagement commercial des acteurs du Sud commence important au lendemain
Exportations de
africaines vers les laencrise
pays économique mondiale,
développement
situés en dehors de l'Afrique, 1995-2008
déjà à avoir un impact considérable sur le développement car les pays en développement ont sans doute joué un rôle
Exportations africaines vers les pays 76
de l’Afrique. Il stimule les exportations et la croissance important dans la reprise en Afriqueen.développement
situés en dehors de l'Afrique, 1995-2008
économique et ouvre des possibilités à des pays par ailleurs
oubliés ou même complètement ignorés des investisseurs et Exportations africaines vers les pays en développement
des financiers. Leurs investissements aident également les pays situés en dehors de l’Afrique, 1995-2008
140
Valeur en milliard de $

africains à diversifier leur économie, à remédier au manque


120
140
Valeur en milliard de $

d’infrastructures, à réduire le coût des activités économiques


100
120
et à faciliter les échanges. L’abaissement du coût des biens
80 100
et des services produits par ces pays a également permis de 60 80
dégager des gains appréciables, voire de bien-être au profit 40 60
des consommateurs africains, même si on peut craindre de 20 40
voir ces nouveaux pays évincer les producteurs africains73. 0 20
5 6 7 8 9 0 1 2 3 4 5 6 7 8
199 0199 199 199 199 200 200 200 200 200 200 200 200 200
Mais il est possible et nécessaire de faire beaucoup plus. 5 6 7 8 9 0 1 2 3 4 5 6 7
199 199 199 199 199 200 200 200 200 200 200 200 200 200
8

L’intervention grandissante d’acteurs du Sud, comme la Produits primaires


Chine, suscite des préoccupations légitimes. Par exemple, leur Produits primaires
Produits manufacturés à base de ressources naturelles et à faible valeur technologique
commerce avec l’Afrique, leurs investissements en Afrique ne Produits manufacturés
Produits manufacturés à base de
à moyenne ressources
et à naturelles
forte valeur et à faible valeur technologique
technologique
Produits manufacturés à moyenne et à forte valeur technologique
sont pas nécessairement une source de croissance et un facteur Source: CNUCED - (2010)
Source : CNUCED - (2010)
Source : CNUCED - (2010)

Les Africains ne profitent toujours pas assez des recettes dégagées et des
partenariats dans ce qu’on appelle de plus en plus une nouvelle “ruée vers
l’Afrique”

44
Passer ˆ lÕ action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

Exportationsde
Exportations del’Afrique
l'Afrique par
par type
typeetetpar
pardestination
destination

yen-Orie

Mo

nt
14 Md $
fricains
ys a 53 Md $ 3%
Entre pa

Asie
10 %
114 Md $

20 %
Env. Agriculture

557
38 Md $
Europe
218 Md $
milliards de $ Combustibles et
produits miniers
d'exportations 394 Md $ 39 %
au niveau
mondial 100 Md $
Produits manufacturés é rique du Nor
(données de 2008) Am d
122 Md $

22 %

latine et
18 Md $
mérique

Caraïbes

3%
A *

1,5 Md $
CEI
**

0,3 %

*L'Amérique latine et les Caraïbes comprennent l'Amérique centrale, l'Amérique du Sud et les Caraïbes telles que définies par l'OMC **Communauté des États indépendants

Composition des exportations de produits manufacturés de l'Afrique en 2008


LES CHIFFRES
Exportations de l’Afrique au niveau mondial Fer et acier
Augmentation du pourcentage annuel des 21 % 21 %
Produits chimiques
combustibles et des produits miniers, des produits
agricoles et des produits manufacturés (2000 - 2008) 4% Équipement de bureau et de télécommunication

10% 22% 14%


Produits automobiles
13 %
36 % Textiles
5%
Vêtements
Agriculture Combustibles et Produits
Produits miniers manufacturés

Source : statistiques du commerce international, Organisation internationale du commerce (2009)


Source : statistiques du commerce international, Organisation internationale du commerce (2009)

45
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

POUR LA VALORISATION LES RESSOURCES RENOUVELABLES


DES RESSOURCES DE L’AFRIQUE

NATURELLES AU PROFIT DES AFRICAINS L’Afrique possède un énorme potentiel de production


énergétique à partir des sources d’énergie renouvelables –
Les richesses naturelles, en Afrique, sont immenses et la plupart d’énergie solaire, hydraulique, éolienne et géothermique.
des pays africains dépendent beaucoup de leurs exportations Presque tous les pays subsahariens disposent de
de ressources naturelles pour gérer leur économie. Cependant, ressources renouvelables suffisantes, exploitables avec
les coûts sociaux, environnementaux et politiques de l’extraction les techniques actuelles, pour satisfaire, et bien au-delà,
des ressources naturelles sont élevés et excèdent souvent les leurs besoins énergétiques actuels. Les dirigeants africains
avantages financiers et économiques ainsi dégagés au profit doivent donc chercher à tirer parti de ces possibilités en
du public. C’est le cas en particulier des populations locales ciblant les subventions et autres incitations économiques
dont la santé, les moyens d’existence et les droits sont souvent afin de réduire la pénurie d’énergie, d’améliorer la fiabilité
compromis et qui sont rarement consultées dans la conception, des réseaux de distribution et de réaliser une croissance
la gestion et l’exécution des opérations77. “propre”. En même temps, ils doivent s’assurer que les
grands projets envisagés, tels que l’Initiative Desertec, qui
La division du travail évidente dans les structures actuelles du vise à couvrir 20 % des besoins énergétiques de l’Europe
commerce international – les ressources naturelles n’étant par l’exploitation de l’énergie solaire dans le désert du
pas généralement transformées en Afrique même – n’est Sahara d’ici à 2050, sont bien conçus pour dégager une
manifestement pas propice à l’accomplissement de l’objectif valeur sociale et environnementale et ne pas répéter les
d’une diversification des économies africaines et à l’application erreurs du passé dans d’autres industries extractives.
du commerce à la poursuite du développement industriel du
continent. Au contraire, cette division du travail empêche la Il est essentiel que les dirigeants africains, qui sont dans les
formation d’un secteur manufacturier compétitif et réduit à pays qui ont la chance d’avoir des ressources naturelles,
presque rien les effets d’entraînement potentiellement positifs de s’efforcent de combler cet écart entre la richesse de leur pays
l’extraction des ressources. Tout comme l’énorme hémorragie de et les maigres avantages qui découlent de l’extraction de ces
ressources financières78, elle a pour effet de réduire la quantité de ressources pour les habitants, et qu’ils suivent des politiques
ressources disponibles dont les gouvernements africains pourraient bien conçues pour valoriser ces ressources afin d’obtenir des
se servir pour promouvoir une réduction de la pauvreté et la résultats de développement tangibles. La première étape
croissance économique. consisterait à améliorer la transparence des transactions,

Les richesses naturelles de l’Afrique


Quelques faits
Quelques faits
PETROLE - L’Afrique possède 9 % des ressources avérées C
PETROLE - L’Afriquemondiales
possède 9de %pétrole, et l’on soupçonne
des ressources avérées qu’il existe des C
mondiales de pétrole,réserves
et l’onconséquentes
soupçonne qu’il nonexiste
encoredesdécouvertes. Ainsi, la
tendance est à l’augmentation
réserves conséquentes non encore découvertes. Ainsi, des importations
la venant
d’Afrique pour
tendance est à l’augmentation desdes pays comme
importations la Chine, qui importe
venant
d’Afrique pour des déjà
pays près
comme d’unlatiers de qui
Chine, ses importe
besoins en pétrole de
déjà près d’un tiersl’Afrique, ou les en
de ses besoins Etats-Unis
pétrole qui
de comptent porter leurs
importations
l’Afrique, ou les Etats-Unis de pétrole
qui comptent à 25leurs
porter % en provenance du C C
continent.
importations de pétrole à 25 % en provenance Source:du
Council on Foreign Relations, 2008 C B
B C
continent. B B
Source: Council on Foreign Relations, 2008 B
OR - L’Afrique du Sud possède 40 % des ressources B
OR - L’Afrique du Sud
mondiales
possèdeen 40or
%et estressources
des le troisième producteur mondial
mondiales en or et(2009) avec 9 % de
est le troisième la production
producteur mondiale. Elle
mondial
C
(2009) avec 9 % de demeure l’un des
la production premiers
mondiale. producteurs de métaux
Elle Principales réserves
C
précieuxproducteurs
demeure l’un des premiers au monde. de métaux Principales réserves
précieux au monde. Source: Goldnews.bullionvault.com, 2010
Pétrole
Source: Goldnews.bullionvault.com, 2010
DIAMANTS - Six des dix premiers producteurs de Pétrole
Bois
DIAMANTS - Six des
diamants au monde
dix premiers sont africains
producteurs de et on estime à 65 %
Bois Or C
diamants au mondela sont
production
africainsmondiale venant
et on estime à 65du%continent.
la production mondiale venant du continent. Source: Diamondfacts.org, 2010 Or
Diamants
C C
Source: Diamondfacts.org, 2010
Diamants C C
GAZ - L’Algérie est la huitième plus grande réserve de B Bauxite C
GAZ - L’Algérie est la
gaz naturel plus
huitième au monde
grandeetréserve
le deuxième
de producteur parmi B Bauxite
gaz naturel au monde les pays
et le de l’OPEP. Les
deuxième exportations
producteur parmi d’énergie tiennent Gaz
uneexportations
les pays de l’OPEP. Les grande partied’énergie
de l’économie
tiennent algérienne et Gaz C Cuivre
une grande partie de l’utilisation
l’économie domestique
algériennedu etgaz naturel représente 60C% Cuivre Uranium
de la totalité
l’utilisation domestique de la consommation
du gaz naturel représente 60énergétique
% du pays.
Uranium
de la totalité de la consommation énergétique
Sources: BBC du pays.
Country Profiles and Oil and Gas Journal , 2009 Source: Compilation de l’APP à partir de sources variées
Sources: BBC Country Profiles and Oil and Gas Journal , 2009 Source: Compilation de l’APP à partir de sources variées

Les dirigeants africains des pays qui ont la chance d’avoir des ressources
naturelles doivent s’efforcer de combler l’écart entre la richesse de leur pays
et les maigres avantages qui découlent de l’extraction de ces ressources
pour les habitants

46
Passer ˆ lÕ action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

en participant à des initiatives telles que l’Initiative de financière dans un contexte d’augmentation progressive des
transparence des industries extractives, qui visent à améliorer recettes publiques provenant de l’extraction des ressources
la gouvernance par la vérification et la publication intégrale minérales79.
des comptes des sociétés extractives et des recettes publiques
provenant de l’exploitation du pétrole, du gaz et des ressources Les dirigeants africains doivent non seulement obtenir des
minérales. Mais pour que les Africains recueillent les avantages conditions équitables et transparentes au bénéfice des
de recettes publiques provenant de l’exploitation des habitants, mais également examiner les inconvénients de
ressources naturelles, il faut que cette transparence s’étende la division du travail qui caractérisent encore trop souvent
à toute la filière d’exploitation de ces ressources, depuis l’extraction des ressources naturelles africaines et se traduisent
l’adjudication des contrats, leur vérification, à la façon dont par une fuite de l’essentiel de la valeur ajoutée en dehors
les impôts et les redevances sont collectés, et à la façon dont du continent africain. Comme nous l’a rappelé la crise, les
les choix d’investissement sont faits et mis en œuvre. On relève pays riches en ressources naturelles doivent également être
déjà certains signes positifs à cet égard. Le Niger et le Libéria préparés, par une diversification de leurs sources de croissance
se sont adressés à leurs partenaires afin d’obtenir une aide économique, aux conséquences d’un épuisement possible
juridique et technique portant sur l’adjudication des contrats des ressources pétrolières et minières. Cela suppose une
d’exploitation. Au Mozambique et en Tanzanie, les travaux réorientation profonde des politiques suivies et d’importants
de recherche aident à encourager un dialogue portant sur investissements dans les institutions, le potentiel humain, la
la gestion des dépenses publiques et la responsabilisation santé publique, l’éducation et l’infrastructure.

LES SORTIES ILLICITES DE CAPITAUx DE L’AFRIQUE :


UNE RESSOURCE INUTILISéE POUR LE DéVELOPPEmENT
Selon un rapport récent de “Global Financial Integrity”, les sorties totales illicites de capitaux du continent africain, au cours
des 39 dernières années, pourraient atteindre pas moins de 1 800 milliards de dollars, soit près du double de l’aide totale
reçue pendant la même période. Pour 2008 seulement, les sorties illicites seraient de 37 à 53 milliards de dollars. Cette
hémorragie massive de capitaux, illicite, est facilitée par un système financier occulte, composé de paradis fiscaux, de
juridictions pratiquant le secret bancaire, de sociétés écrans, de comptes fiduciaires anonymes, de fondations fictives,
de sous-tarification des exportations et d’un blanchiment d’argent. Les effets négatifs de cette hémorragie de ressources
sont stupéfiants. Selon le rapport, ce phénomène entraîne une fuite des réserves de devises, exacerbe l’inflation, réduit les
recettes fiscales, aboutit à l’annulation d’investissements et compromet le libre échange.

Illicit Financial Flows 1970 - 2008

Entre 1970 et 2008, le total des sorties financières illégales d'Afrique

(estimées raisonnablement) représentait environ 854 milliards de $


et augmentait en moyenne de 11,9 % par an.

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Afr

Les cinq plus grands pays


comptant le plus grand
nombre de sorties

Le total des sorties illégales, une fois la falsification du prix des services et la contrebande ajoutées, est estimé à

1,8 trillions de $.
Source des données : Intégrité
Source des données :financière mondiale,
Intégrité financière fuite
mondiale, fuiteillicite des
illicite des capitaux
capitaux hors d’Afrique
hors d’Afrique (2010) (2010)

47
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

LES DIRIGEANTS AFRICAINS DOIVENT S’ENGAGER À...

Exploiter les tendances


et les événements opportuns
Les dirigeants africains peuvent tirer parti d’un certain publier les priorités de la région et les besoins nationaux, et de
nombre d’événements spécifiques mondiaux pour soutenir reconstituer le consensus sur le développement durable et la
les efforts qu’ils consacrent au développement national et à responsabilité mutuelle, d’importance essentielle pour l’avenir
la création de partenariats. La Coupe du monde de football, de l’Afrique. En dehors de ces événements précis, il existe un
en juin, le Sommet d’examen des OMD en septembre, et la certain nombre de tendances plus vastes qui, si elles étaient
seizième Conférence des Parties au Sommet de Cancun, en habilement valorisées par les dirigeants africains et par leurs
décembre, offrent autant d’occasions intéressantes de faire partenaires internationaux, pourraient beaucoup stimuler la
connaître les progrès en cours dans le continent africain, de croissance et le développement en Afrique.

Principaux événements intéressants en 2010

Événement 1 : La Coupe du monde de football

En juin, la Coupe du monde de football aura lieu sur le sol africain pour la première fois depuis qu’elle a été créée il y
a 80 ans. Les yeux du monde seront alors tournés vers le pays qui l’accueille et vers le continent africain pendant plus
d’un mois. Cela offre aux Africains et à leurs dirigeants une occasion de faire connaître les succès, souvent méconnus,
obtenus en Afrique et de faire justice des stéréotypes négatifs qui ont cours au sujet de l’Afrique. Le problème, pour
les dirigeants africains, est de veiller à ce que les médias fassent mieux comprendre les problèmes du développement
économique et social de l’Afrique, suscitent un appui pratique et fassent mieux connaître sa capacité de prévenir et
de gérer les conflits. L’idéal serait qu’une équipe africaine remporte la Coupe, mais cette meilleure connaissance de
l’Afrique serait sans doute la conséquence la plus intéressante de la Coupe du monde.

Événement 2 : La Conférence de 2010 d’examen des OMD

En juillet 2009, l’Assemblée générale des Nations Unies a pris la décision d’organiser en septembre 2010 une réunion
plénière de haut niveau, pour évaluer les progrès accomplis dans la réalisation des OMD et tracer les grandes lignes
d’une stratégie jusqu’en 2015. Parmi les problèmes qui seront sans doute discutés figurent le contenu d’un ensemble
d’indicateurs, la précision et la rapide de production des données (actuellement les données relatives aux OMD, si
elles existent, ont entre deux et quatre ans d’âge), la pertinence et l’utilité durable des indicateurs dans un monde
en mutation, les déficits de financement et la nécessité de mieux inscrire dans la réalité locale la réalisation des
OMD. La réunion offre aux dirigeants africains une occasion unique de faire connaître leurs préoccupations et leurs
priorités et de demander à nouveau avec insistance que les nombreuses promesses et les nombreux engagements
déjà souscrits soient pleinement honorés. Il est tout à fait encourageant que les gouvernements africains s’emploient
actuellement à donner une forme définitive à une position commune sur l’examen des OMD (semblable à la position
commune de l’Afrique sur l’examen de l’application de la Déclaration du Millénaire et des objectifs du Millénaire
pour le développement, qu’ils ont adoptée en mai 2006).

Événement 3 : Seizième Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques

Comme il est de plus en plus probable que la seizième Conférence des parties à la Convention cadre des Nations
Unies sur les changements climatiques n’aboutira pas à un instrument international juridiquement contraignant sur
le changement climatique, les dirigeants africains devraient au moins s’assurer que les principaux éléments figurant
dans l’Accord de Copenhague et les textes de négociation sur le financement, REDD-plus, le transfert de technologie
soient rendus opérationnels. En partant de la réunion initiale du Groupe des Nations Unies sur le financement de la
lutte contre le changement climatique, tenue à Londres en mars 2010, ainsi que des réunions du Groupe de travail
préparatoire tenues à Bonn en avril, les dirigeants africains auront la bonne possibilité, au Sommet qui se tiendra à
Cancun (Mexique) d’exiger des éclaircissements et de réaliser des progrès vers l’adoption d’un accord contraignant.

48
Passer à l’action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

Protéger le Pour éviter une expansion possible des maladies infectieuses,


les systèmes de soins de santé doivent être renforcés

développement et il faut consacrer des investissements à la maîtrise des


maladies infectieuses par les vaccinations, la pulvérisation
et la croissance économique d’insecticide dans les locaux d’habitation, l’adoption des
moustiquaires imprégnées d’insecticide et d’autres moyens
des effets du changement climatique
de maîtrise des vecteurs ; il faut également élargir l’accès
Intentionnellement ou non, le débat sur les OMD a le plus aux traitements efficaces.
souvent supposé que l’Afrique et les autres régions en
développement connaîtraient des conditions climatiques Les écosystèmes importants tels que les terres humides, les
stables. Mais les répercussions du changement climatique terres sèches, les mangroves, les forêts et les lacs subiront
deviennent de plus en plus évidentes, et il en va de même de la du fait du changement climatique un regain de stress
nécessité de considérer le développement socioéconomique appréciable. Seule une gestion prudente peut éviter les
et l’adaptation au changement climatique comme conséquences les plus graves de cette évolution et assurer
inextricablement liés. Manifestement, il sera plus difficile la préservation à long terme des services écosystémiques
de réaliser les OMD dans un climat plus hostile. En même d’importance critique pour le développement économique
temps, les efforts faits pour s’adapter aux effets inévitables du et le bien-être des hommes.
changement climatique doivent être conçus et mis en œuvre
en conjonction avec les programmes de développement. Tout ceci montre bien qu’une adaptation efficace
C’est pourquoi les dirigeants africains doivent intégrer le appelle surtout une réplication, à plus grande échelle,
changement climatique dans leurs stratégies de croissance d’interventions de développement éprouvées plutôt
et de développement et déterminer quelles sont les qu’une approche fondamentalement différente. Il faudrait
capacités nécessaires, en prêtant spécialement attention peut-être de nouveaux mécanismes pour mobiliser des
à l’agriculture et à l’élevage, à l’eau et aux autres services ressources supplémentaires, mais les mécanismes existants
publics d’infrastructure, à la gestion des maladies et aux peuvent servir à programmer les fonds nécessaires.
systèmes de soins de santé, et enfin à la fourniture de services
publics et à la gestion des ressources naturelles. Indice de Indice
vulnérabilité
de vulnérabilitéau changement
au changement climatique
climatique

Du fait du changement climatique, il deviendra de plus en plus


difficile de produire assez de denrées alimentaires pour nourrir la
population croissante de l’Afrique, et on modifiera la distribution
dans le temps, le volume et la qualité des ressources en eau.
Sans investissement de contrepartie dans la propagation de
cultures résistant à la sécheresse, sans de nouvelles méthodes
de culture, sans une amélioration de la gestion de l’eau, des
forêts et des pêcheries et sans un système d’information tel que
l’information météorologique pour tous (Weather Information
for All), l’insécurité alimentaire ne manquera pas d’augmenter
dans l’ensemble du continent. L’Institut de recherche sur les
politiques alimentaires internationales (IPPRI) estime que 7
milliards de dollars seront nécessaires chaque année dans
L’indice de vulnérabilité au
les pays en développement pour protéger l’agriculture de changement climatique de
l’impact du changement climatique80. Maplecroft évalue le risque lié
au manque de capacités des
individus, des communautés,
des économies, et des sociétés
Il faut également accroître nettement les investissements à atténuer l’impact du
changement climatique sur
consacrés à l’amélioration de la gestion des ressources en eau, l’écosystème et sur les
notamment les systèmes d’irrigation, et pour écarter les menaces tendances climatiques
générant des catastrophes
qui pèsent sur la distribution de l’eau aux ménages, son utilisation naturelles.

dans l’agriculture et ses usages industriels. De même, les


investissements consacrés à l’infrastructure énergétique doivent
tenir compte des conséquences possibles des changements
Indice de vulnérabilité au changement climatique
de la pluviométrie sur le potentiel hydroélectrique d’un pays.
La priorité absolue concerne l’adduction d’eau dans les villes, Faible Moyen Elevé Extrême
Increasing Risk www.maplecroft.com © Maplecroft 2010
l’énergie, ainsi que les infrastructures de transport qui doivent
être mis à l’abri des effets du changement climatique, étant
donné que la hausse des températures et la modification du
régime pluviométrique risquent d’accroître l’usure du matériel.

Une adaptation efficace appelle surtout une réplication, à plus grande


échelle, d’interventions de développement éprouvées plutôt qu’une
approche fondamentalement différente

49
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

Accélérer si la volonté politique s’accompagne de solides stratégies


régionales et de l’obtention de ressources intérieures et

l’intégration externes adéquates.

régionale Valoriser le potentiel


La décennie écoulée a vu un approfondissement de la
coopération régionale dans plusieurs domaines fonctionnels, des technologies de
notamment le commerce international et les douanes, la
paix et la sécurité, l’énergie et l’infrastructure. Nous sommes l’information et
convaincus qu’une accélération de ces tendances positives
est essentielle pour que l’Afrique résolve les problèmes de de la Communication
développement posés par sa fragmentation politique et En reliant les individus les uns aux autres, les zones rurales
géographique, développe le commerce intra-africain, au reste du monde, ou en propageant les connaissances,
recueille des avantages des économies d’échelle et en améliorant les soins de santé ou en facilitant la tâche
améliore sa compétitivité dans l’économie mondiale. des petites entreprises par la mobilité des opérations
bancaires, la diffusion des technologies de l’information et
Le but essentiel de l’intégration régionale consiste à de la communication (TIC), la télématique, a montré les
développer une infrastructure régionale simple. Avec le interactions entre les Africains ainsi que le fonctionnement
Plan d’action africain UA-NEPAD, la facilité de prêt aux de leur économie. Les agriculteurs utilisent de plus en plus
infrastructures de la Banque africaine de développement et souvent leur téléphone portable pour vendre leurs produits
le consortium pour les infrastructures en Afrique, plusieurs plans agricoles et, dans les marchés où le transfert de fonds
et instruments judicieux sont déjà en place pour améliorer est coûteux et les taux de change instables, les minutes
les pools électriques régionaux, les réseaux de moyens de prépayées des communications téléphoniques sont
transport, l’ossature d’une infrastructure de communications devenues une forme de monnaie. Avec la propagation
et la gestion des eaux transfrontières. de nouvelles technologies, qui ne manqueront pas de
s’accélérer, les dirigeants africains doivent appliquer des
leçons apprises de l’Inde, de la Chine et de la Corée du Sud
Le Plan d’action UA-NEPAD qui étaient naguère encore, et dans une certaine mesure
sont encore, dans une position semblable s’agissant de la
pour l’Afrique 2010-2015 diffusion, de la réglementation et de l’application ciblée de
ces nouvelles technologies.
Des progrès notables ont été enregistrés dans
l’élimination des contraintes qui retardent la pleine Le 14e Sommet de l’Union africaine, en janvier 2010, tenu
mise en oeuvre du NEPAD. En 2009, le NEPAD sur le thème “Les technologies de l’information et de la
a finalement été intégré dans les structures de communication en Afrique”, a souligné qu’on était bien
l’Union africaine, ce qui a permis une relation plus conscient, en Afrique, des avantages des TIC et des politiques
harmonieuse et la valorisation de synergies entre nécessaires pour les concrétiser. La prise de conscience
les deux organisations. Le choix de programmes doit désormais se traduire en un élargissement de l’accès
et de projets prioritaires relatifs à la promotion de et un abaissement du coût des services au profit d’autants
l’intégration sous-régionale et régionale, dans le d’Africains que possible. Les dirigeant africains pourront
Plan d’action UA-NEPAD, offre une base solide pour partir des réformes qui ont déjà rendu possible le succès
un renforcement de l’intégration dans le continent spectaculaire de la téléphonie mobile dans le continent
africain. et exploiter la télématique pour améliorer l’efficacité et la
portée des services publics. À titre d’exemple, le système
de douane électronique, au Ghana, a permis d’augmenter
Les dirigeants africains doivent dès maintenant donner de 49 % les recettes douanières au cours des 18 premiers
suite à ces plans et utiliser les moyens à leur disposition – mois de son fonctionnement et a ramené de trois semaines
notamment en tirant parti de l’intérêt porté au financement à deux jours le temps nécessaire pour le dédouanement81.
de l’infrastructure par leurs nouveaux partenaires de
développement tels que la Chine, l’Inde et la Corée du Sud
– pour rendre possibles une plus forte coopération régionale,
l’adoption d’une croissance sobre en carbone et en fin de
compte l’intégration politique. L’expérience récente de la
Communauté d’Afrique de l’Est témoigne de la possibilité
de progrès rapides, même dans des circonstances difficiles,

Une accélération de l’intégration régionale est essentielle pour que l’Afrique


résolve les problèmes de développement posés par sa fragmentation politique
et géographique, et améliore sa compétitivité dans l’économie mondiale

50
Passer ˆ lÕ action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

Statut et développements des technologies de l’information et de la communication

Utilisateurs d'Internet et de téléphone portable


en Afrique subsaharienne (en millions)
300
Applications pour téléphone portable et
250
potentiel de développement pour l'Afrique

200
mHealth - Rwanda, Ouganda
Utilisateurs
ResultsSMS est une plateforme libre conçue pour distribuer des
150 d'Internet
résultats d'analyse, donner un enseignement et des connaissances,
Utilisateurs de
et fournir des informations de suivi aux patients via SMS.
100 (Partenariat entre GPAS, FrontlineSMS, Support for International
téléphone portable
Change et la Harvard Initiative for Global Health).
50

0
2000 2003 2008 Sénégal
Source : UIT

Ouganda Kenya
Manobi - Senegal
Plateforme fournissant des données sur le marché et des services
de commerce électronique en ligne ou via SMS
aux professionnels du secteur rural et de l'agroalimentaire Tanzanie
(entreprise commune de Manobi France et Sonatel).

Village phones - Ouganda, Rwanda, Nigeria, Cameroun


Initiative lancée par la Grameen Foundation et MTN Uganda en 2003 pour étendre l'accès au
téléphone dans les zones rurales et promouvoir l'esprit d'entreprise. Pendant les trois premières
années de fonctionnement en Ouganda, plus de 6 700 nouvelles entreprises ont été créées,
soit un taux de croissance de 150 entreprises par mois.

Mobile Banking- KENYA


Système de transfert monétaire sur le téléphone portable M-PESA par Safaricom et Vodafone.
Cout : 1 $ pour le service - Jusqu'à 2008 : 1,6 million d'abonnés 148 millions Afrique du Sud
de $ transférés via SMS pendant la première année de fonctionnement.

Programme de développement des systèmes de commercialisation


agricole (AMSDP) - TANZANIE (Tanzanie)
serveur en ligne fournissant les tous derniers prix des récoltes marchandes
via SMS pour les agriculteurs (en partenariat avec Vodacom). Ushahidi (crowdsourcing
d'informations de crise) - Kenya,
Weather Info for All (WIFA) - Kenya, Tanzanie, Ouganda
Initiative commune de GHF, Ericsson, l'Organisation météorologique mondiale, Zain et l'Earth Institute de
RDC, Afrique du Sud, Soudan
Plateforme en ligne et SMS pour
l'Université Columbia visant à déployer des stations météorologiques automatiques sur des sites de réseau
signaler les éclats de violence ou
mobiles en Afrique pour fournir des informations météorologiques aux
les épidémies et suivre les élections.
utilisateurs et aux communautés, notamment aux agriculteurs et aux pêcheurs isolés.

Les dix pays africains comptant les ajouts nets d'utilisateurs de Répartition des abonnements de
téléphone portable les plus élevés entre 2003 et 2008 (en millions) téléphonie mobile en Afrique, 2008
Nigeria
Nigeria 18 %
+ 59,8

Égypte + 35,4

Algérie + 30,4 Reste de l'Afrique


27 % Afrique du Sud
Afrique du Sud + 28,1 12 %

Maroc + 15,4

Kenya + 14,7

Soudan + 11,4
RDC Égypte
Ghana + 10,7 3% 11 %
Côte d’Ivoire
Côte d’Ivoire + 9,1 3%
Ghana
3%
Congo, Rép. démocratique + 8,0 Soudan Algérie
3 % Kenya Maroc 9%
5% 6%
0 10 20 30 40 50 60 70
Source : ITU, World Telecommunication/ICT Indicators Database.
Source : UIT

51
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

La contrainte
démographique
La population de l’Afrique compte déjà un milliard de
personnes, dont 43 % ont moins de 15 ans, et 62 % moins
de 25 ans82. Ces tendances démographiques compliquent
la tâche des dirigeants africains, en particulier quand ils
cherchent à formuler des politiques relatives à l’urbanisation,
au chômage des jeunes, à la sécurité alimentaire et à la
fourniture de services publics tels que l’éducation et la
santé83. En Afrique subsaharienne, 3 chômeurs sur 5 sont des
jeunes et en moyenne 72 % des jeunes vivent avec moins de
2 dollars par jour84.

Et pourtant l’énergie, les compétences et les aspirations


des jeunes Africains sont un atout précieux qu’il ne faut
pas gaspiller. Les aider à réaliser pleinement leur potentiel
en leur trouvant du travail est une condition préalable de
la réduction de la pauvreté, du développement durable
et de la paix durable. Les dirigeants africains doivent
élargir les choix relatifs à l’emploi et à l’éducation dans les
zones rurales, encourager et soutenir l’entreprise, améliorer
l’accès à la formation professionnelle et en améliorer la
qualité, et adapter les systèmes administratifs d’une façon
qui porte à un niveau maximal la représentativité et la
responsabilisation tout en réduisant au minimum le risque de
dégradation de l’environnement et des troubles civils. Tout
comme ils doivent mettre leurs plans de développement et
de croissance à l’abri des conséquences du changement
climatique, ils doivent également prendre en compte
l’accroissement de la population dans leurs stratégies et
leurs politiques à long terme.

En Afrique subsaharienne, 3 chômeurs sur 5 sont des jeunes et en moyenne


72 % des jeunes vivent avec moins de 2 dollars par jour

52
Passer à l’action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

LES DIRIGEANTS AFRICAINS DOIVENT S’ENGAGER À...

Émanciper les femmes africaines


Les gouvernements africains n’ont pas pris de retard dans la
ratification et l’élaboration de politiques judicieuses visant
l’émancipation des femmes, mais ils ne font pas assez pour
appliquer ces instruments. En dépit du Programme d’action
de Beijing et des engagements intergouvernementaux
qui ont suivi, pris dans les conférences internationales des
Nations Unies et dans les conventions de l’Union africaine et
déclarations des États membres, ou de leur ratification, les
progrès sont généralement insuffisants, et ils subsistent, dans
l’accès aux soins, à l’emploi et à la vie politique, des disparités
béantes entre les deux sexes. Ainsi, ce sont les femmes et les
enfants qui, en cas de contraction économique, de conflit
ou d’appauvrissement, sont les premiers à payer, dans leur
santé et leur existence quotidienne.

Il y a là non seulement une tragédie humaine mais également


un frein rigoureux au développement économique de
l’Afrique et à la réalisation des cibles découlant des OMD,
car il est prouvé qu’il existe une corrélation positive entre
l’émancipation des femmes et les revenus des ménages,
les niveaux d’alimentation et d’éducation et la productivité
agricole85.

Heureusement, l’importance décisive d’un investissement


dans l’émancipation des femmes est de plus en plus
largement comprise. Les dirigeants africains doivent
appliquer les conventions, la législation et les politiques
existantes et lier entre eux les efforts qu’ils font à cet égard
aux stratégies efficaces, et notamment aux mécanismes
d’établissement de rapports dignes de foi.

Il est prouvé qu’il existe une corrélation positive entre l’émancipation des
femmes et les revenus des ménages, les niveaux d’alimentation et d’éducation
et la productivité agricole

53
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

Les femmes dans la société, l’économie et la politique

E
IQU
Les femmes dans la société, l'économie et la politique
OM
N

O
30-49 %
Les femmes jouent un rôle clé dans le secteur agricole. C’est pourquoi

ÉC
améliorer leur situation serait synonyme de progrès pour ce secteur et
pour l'économie dans son ensemble. Des mesures essentielles 57 %

ÈRE
doivent donc être prises : améliorer l'accès des femmes aux terres 30-49 %
agricoles et aux engrais, au crédit et à l'éducation ; augmenter la ≠ 22 %
participation des femmes dans le processus de prise de décisions  30-49 %

S PH
; et renforcer le rôle des femmes dans la famille. Toutes ces ≠
mesures sont cruciales pour garantir la sécurité alimentaire
ainsi que l'égalité des sexes.

OLITIQUE

E P ≠ 95 %

ÈR ≠ ≠ ≠ ≠
H 87 % 2%

SP
≠ ≠
≠ 50 %
68 % <30 %
20 %
1959
≠ ≠
97 % ≠

6%
1959 Femmes dans la population active

6%
35 % 1962 8% (Secteur formel)
1964 4% <30 %
5% 1956
18 % 11 %
1975 30 % - 39 %
20 %
1961 10 % 12 % 22 %
40 % 49 % ≠
1956 1948
5% 17 % 1955*
29 % 1964 14 % 50 % - 59 %
9% 1962 1958
1960 15 % 1946
10 % 1958 60 % - < 29 %
7% n.d.
1977 8% 21 %
n.d. 1958 1955 1956
9 % 1954 10 %
1958 1952 Économiquement actives
1986 16 % % dans l'agriculture (%)
13 % 14 %
1961 14 % 11 % 1946 24 %
11 % 1961 31 % % Actives dans le
1946 1945 1962 10 % 1948 secteur informel (%)
6% 17 % 9 % 8% 33 % 1919
1963 1956 1947 1963 51 % ≠ Grande
1961 1967 1961 discrimination
des biens
30 % 32 %
Femmes au gouvernement 1959 1961
16 % 3%
7% 1956
<5 % 1975 37 %
1975 15 % 35 %
5 % - 14 % 1962 1975
19 % 9%
18 % 1959
14 % - 24 % 1962
11 % 13 % 22 %
27 % 1957 1961
>25 % 1989 1965 Les femmes
36 % 33 % exerçant un métier
dans le domaine
% Sièges au Parlement (% du total) 34 % agricole ont beau-
1930 22 % 17 %
1994 1968 1956 coup moins de
Année d'obtention du droit de vote
Sources des données:
34 % 26 %
20 % chances que les
Sphère politique: Earthscan, Nombre de femmes législateurs, 1965 autres femmes d'être
The Altlas of the Women of the % de hauts fonctionnaires et de dirigeantes 52 % payées pour le travail
World, quatrième édition (2009); (% du total)
PNUD, Raport sur le développement accompli (56 % contre
humain (2009) : mesures liées au genre et
à ses composantes. Sphère économique : OIT,
Les femmes manquent d'influence au niveau politique. 98 %). Cela peut
Global Employment Trends for Women (2009); Elles ne sont pas représentées lors de l'instauration s'expliquer par le fait que la
Earthscan, The Atlas of Women in the World, des politiques, l'élaboration des programmes, plupart des femmes qui
quatrième édition (2009); CEA, Rapport sur les l'établissement des budgets ou lors des
femmes en Afrique: Mesurer l’inégalité entre les sexes en prises de décisions concernant
occupent un emploi agricole
Afrique (2009). Sphère sociale: Earthscan, The Atlas of Women
in the World, quatrième édition (2009); CEA, Rapport sur les femmes leur travail et leur vie. aident leur mari ou leur famille.
en Afrique: Mesurer l’inégalité entre les sexes en Afrique (2009); OIT,
Global Employment Trends for Women (2009).

54
Passer ˆ lÕ action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

≠ La grande discrimination des biens se réfère


à la discrimination que rencontrent les
L'Afrique subsaharienne est (sans
compter l'Asie du Sud) la région
Les activités
économiques non
femmes eu égard à l'héritage, la comptant le plus grand nombre de marchandes englobent
possession ou le contrôle de biens, femmes travaillant dans le secteur le travail non rémunéré
de terres et de richesses. Dans la agricole (à la fois formel et informel). (non SNA), tel que les
plupart des cas, cette Deux des raisons essentielles se cachant soins à domicile et les
discrimination est soutenue derrière l'échec du secteur agricole et activités bénévoles,
par des lois civiles, la crise alimentaire se trouvent être notamment la
coutumières ou l'inégalité des sexes et le manque préparation des repas,
religieuses. Les femmes d'émancipation des femmes, qui, dans les soins prodigués aux
possèdent une large mesure maintiennent ce enfants, aux adultes, aux
généralement secteur. Si les femmes recevaient les personnes âgées, aux
39 % moins de terres et mêmes niveaux d'enseignement et handicapés ou aux
>50 % les terres qu'elles d'expérience, ainsi que le même niveau malades du foyer, et le
≠ possèdent sont d'accès aux terres et aux intrants de travail bénévole en
souvent de production agricole que les hommes, faveur de la
moins bonne on estime qu'elles pourraient augmenter communauté ou d'autres
qualité que le rendement de certaines récoltes de foyers.
celles des 20 à 25 %.


hommes.
S PH
91 %

ÈR
30-49 %

E
SO
8
77 % 16 % 5,9

C
>50 %
4,9
≠ ≠

IAL
≠ 4,7
84 %
30-49 %

E

78 % 5,6 5,8
≠≠
≠ 8,9
6,2
≠ 79 % 5 4,8
22 % 6,8
5,4 5,1
≠ 4,8 5,2
9% 5,2
7% 4,2
>30 % ≠ 7,5 4,9
Bénin 10,5 5,4 4,6
5,2
45 % 4,7
≠ 144 % 4,7 Kenya
41 % 19 % 4,9 103 %
59 % 81 % 59 % 21 %
Appartenir à la 41 % 79 %
population active donne
déjà aux femmes un Femmes au foyer 4,4
pouvoir économique 5,3 4,4
supplémentaire. 25 % ou plus de foyers
dirigés par une femme
4,8 4,9
Nombre moyen de 5,3
0,0 personnes par foyer 4,2

Le secteur informel Temps de travail des femmes par


rapport au % de delui des hommes 5,4 3,9
comprend les petits Temps de travail des femmes ; activités non
commerces, marchandes (%) 5
Temps de travail des femmes ; activités marchandes (%) 4
l'agro-alimentaire et le
Temps de travail des hommes ; activités non Île Maurice
travail ménager. Le travail marchandes (%)
est rémunéré mais n'est ni 107 %
Temps de travail des hommes ; Madagascar
structuré ni réglementé. activités marchandes (%) 70 % 20 %
113 % 30 % 80 %
L'emploi informel comprend Le travail non rémunéré comprend 49 % 33 %
48 % de l'emploi non agricole en toutes les activités non rémunérées Afrique du 51 % 67 %
Afrique du Nord et 72 % en Afrique et manque de reconnaissance 122 %
subsaharienne. Bien qu'il soit difficile sociale. La plupart des heures 65 % 30 %
de généraliser la qualité de l'emploi de travail des hommes sont 35 % 70 %
informel, il est très souvent synonyme de rémunérées, tandis que
celles de la majorité
mauvaises conditions de travail et lié à la de femmes ne le
pauvreté et à l'insécurité croissantes. sont pas.

55
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

LES PARTENAIRES DE L’AFRIQUE DOIVENT S’ENGAGER À...

Rendre le système international


plus équitable
Le développement de l’Afrique et le bien-être des Africains négociations en cours sur le changement climatique, les pays
dépendent avant tout de l’engagement politique et développés veillent jalousement sur leurs intérêts et s’intéressent
des capacités des dirigeants. Ceux-ci ont besoin d’un bien moins aux priorités et aux besoins particuliers des pays
environnement international qui soit équitable et qui soutienne moins développés. Des subventions excessives et des règles
leur action, et ils le méritent. Ce n’est pas le cas actuellement. commerciales inéquitables continuent à fausser les conditions
de la concurrence, ce qui laisse les pays africains dans une
Le système international n’est pas équitable à l’égard situation profondément désavantagée. Il est vrai également
de l’Afrique car celle-ci n’a pas suffisamment de moyens que les dirigeants africains n’ont pas jusqu’à présent pris
de s’exprimer à son sujet. L’Afrique compte près d’un suffisamment avantage des mécanismes existants pour rétablir
milliard d’hommes et est profondément affectée par la l’équité, et notamment la loi AGOA adoptée aux États-Unis, sur
dynamique mondiale de la récession économique, des la croissance et les possibilités économiques de l’Afrique86.
échanges internationaux et du changement climatique ; or
le continent africain demeure gravement sous-représenté Il est certain que les dirigeants africains pourraient
dans pratiquement toutes les enceintes internationales et plus souvent réaffirmer la nécessité d’un nouveau
presque tous les processus internationaux qui cherchent multilatéralisme, qui rattache plus solidement le continent
à résoudre de tels problèmes, et notamment la Banque africain aux processus et institutions internationaux
mondiale, le Conseil de sécurité de l’ONU et le Conseil de la de décision, la responsabilité première d’adapter et
stabilité financière (FSB). Le passage du G8 au G20 signale d’améliorer le système international incombe à ceux qui
bien une meilleure compréhension de la nécessité de en exercent le contrôle effectif, et qui inclut des pays de
rendre les mécanismes internationaux de gouvernance plus plus en plus puissants comme le Brésil, la Chine et l’Inde.
inclusifs, les avantages qu’en a tirés l’Afrique jusqu’à présent
demeurent minimes. Même si la montée rapide en puissance des pays offre
à l’Afrique de puissants alliés sur la scène mondiale, elle
Le système international n’est guère utile à cet égard car amplifie également certaines des difficultés actuelles de
même si les besoins et préoccupations propres à l’Afrique l’Afrique dans le système mondial. Il est donc important
sont fréquemment invoqués dans les réunions internationales que les pays émergents reconnaissent eux-mêmes que
et les déclarations publiées après les réunions au sommet, les leur compétitivité nouvelle pose un problème au continent
décisions voulues ne sont pas prises. Qu’il s’agisse du Cycle africain, ne serait-ce que par leurs politiques qui entravent
de négociations commerciales multilatérales de Doha ou des l’exportation, sur leurs marchés, des produits africains.

LES PARTENAIRES DE L’AFRIQUE DOIVENT S’ENGAGER À...

Améliorer la cohérence
des politiques de développement
On ne cesse de répéter depuis plus de dix ans qu’il faut Mais, dans une perspective de développement, c’est la
améliorer la cohérence des politiques de développement. La cohérence de l’impact qui est beaucoup plus intéressante,
plupart des États et des organisations intergouvernementales c’est-à-dire la mesure dans laquelle l’effet d’ensemble des
ont lancé des initiatives visant à améliorer cette cohérence politiques suivies par les pays développés a nui ou profité
et celle des activités menées. Malgré la profusion aux pays en développement. Les politiques commerciales
d’activités allant dans ce sens, une distinction simple, mais occidentales, par exemple, sont souvent en contradiction
importante, entre deux types de cohérence des politiques directe avec l’objectif énoncé de l’aide au développement
semble avoir été oubliée. La plupart des pays, et en fait des pays occidentaux, et il en va de même des politiques
aussi les organisations intergouvernementales, s’efforcent relatives aux migrations, à la protection du consommateur
d’optimiser la cohérence des actions menées, c’est-à- et autres politiques. Aussi les pays en développement
dire qu’ils s’efforcent de réduire les contradictions internes critiquent-ils à bon droit cette incohérence qui à leurs yeux
de leurs diverses politiques pour avoir le plus de chances consiste à “donner d’une main et reprendre de l’autre ”. Pour
d’atteindre des objectifs statistiques déclarés, au moindre aggraver les choses, plusieurs pays développés reçoivent en
coût. fait plus qu’ils ne donnent, ce qui annule l’effet positif que

Le continent africain demeure gravement sous-représenté dans pratiquement


toutes les enceintes internationales et presque tous les processus internationaux

56
Passer à l’action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

leur aide et les autres formes de soutien au développement


peuvent avoir.

Nous engageons les partenaires de l’Afrique, en particulier ceux


qui sont mal classés sur l’Indice de l’engagement en faveur
du développement, à examiner l’impact d’ensemble de leurs
politiques intérieures et internationales sur le continent africain
afin de chercher à en réduire au minimum les effets négatifs.
Plusieurs acteurs, notamment l’Union européenne, ont déjà
formulé des stratégies dont l’effet devrait être d’améliorer leur
position dans ce classement, mais ils doivent trouver en eux la
volonté politique d’appliquer effectivement ces stratégies.

L’indice de l’engagement
en faveur du développement
Cet indice classe les 22 pays membres du Comité d’aide
au développement de l’OCDE en fonction de l’impact
de leurs politiques sur les pays en développement,
dans sept domaines fonctionnels : l’aide, le commerce,
l’investissement, les migrations, l’environnement, la
sécurité et la technologie. Il est significatif de relever
qu’aucun des membres du G8 ne se trouve parmi les 10
premiers pays de ce classement en 2009.
L’index des engagements envers le dévelopment
(“Commitment to Development Index”)

4
Note globale

0
Danemark
Pays-Bas
Norvège
Nouvelle-Zélande
Irlande
Espagne
Australie
Autriche
Finlande
Canada
Royaume-Uni
Allemagne
France
Belgique
Portugal
États-Unis
Italie
Grèce
Suisse
Japon
Corée du Sud
Suède

Aide Investissement Environnement Technologie

Commerce Migration Sécurité

SourceSource : Center for Global Development, Commitment to Development Index (2009)


: Center for Global Development, Commitment to Development
Index (2009)

57
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

LES PARTENAIRES DE L’AFRIQUE DOIVENT S’ENGAGER À...

Honorer les engagements pris


s’agissant des ressources et de l’aide
Au cours des 50 dernières années, le total de l’aide accordée verser ces fonds sont déjà en place : la Banque africaine
à l’Afrique subsaharienne est de l’ordre 900 milliards de de développement, ou, aux premières phases de leur mise
dollars aux prix actuels87. Les partenaires de développement en place, le Fonds vert du FMI ou le Fonds climatique de
de l’Afrique méritent donc notre gratitude. Cependant, Copenhague.
ce montant est inférieur à 70 % des dépenses militaires
mondiales d’une seule année88. Gardant cela à l’esprit,
nous exhortons les partenaires de l’Afrique à réaffirmer le
L’avenir de l’aide
consensus de plus en plus fragile sur le développement du
continent africain et à honorer les nombreux engagements
au développement
de soutien financier et d’assistance qu’ils ont pris au cours Depuis 2002, le financement du développement, en Afrique,
des 10 dernières années. Nous reconnaissons que cela a plus que triplé; les ressources propres des pays africains
nécessite des décisions et des compromis difficiles, en dépassent de beaucoup les apports de capitaux privés,
particulier en période de grave incertitude économique et les envois de fonds, l’APD et la philanthropie. Cependant,
alors que les pressions intérieures augmentent, mais nous même si l’APD diminue en importance relative et en volume,
sommes convaincus qu’en aidant à satisfaire les besoins elle est de plus en plus importante car elle exerce un effet
de financement du continent africain on dégagerait aussi d’entraînement sur d’autres apports. Utilisée à bon escient,
d’importants avantages pour les pays développés eux- elle joue un rôle décisif en améliorant la capacité de
mêmes et aussi pour le reste du monde. À ce sujet il est collecter des recettes publiques, de réduire les mouvements
essentiel que les partenaires de l’Afrique fassent connaître illicites de capitaux, d’attirer les envois de fonds et les
plus clairement ces avantages aux habitants de leur pays investissements privés, d’obtenir des résultats bien précis
– qui bien souvent n’ont jamais même entendu parler des sur le plan du développement et de créer des possibilités
OMD89. nouvelles pour les pauvres, notamment en renforçant les
systèmes de responsabilisation.

Les besoins de L’aide n’est certainement pas la réponse à tous les

financement de problèmes de l’Afrique, mais elle peut sauver des vies


et renforcer les systèmes en place. À mesure que les

l’Afrique économies africaines connaissent une certaine croissance


et s’intègrent dans l’économie mondiale, la dépendance
En 2008, le Groupe directeur pour l’Afrique des OMD à l’égard de l’aide diminuera progressivement. Mais dans
estimait que l’Afrique avait besoin d’environ 112,7 milliards l’intervalle il est important d’utiliser les ressources disponibles
de dollars de dépenses publiques annuelles pour réaliser de la façon la plus efficace possible. Ces deux dernières
les OMD, ce chiffre passant à 122,5 milliards de dollars si années ont vu des efforts accrus pour améliorer l’efficacité
l’on inclut des interventions en cas de catastrophes et de l’aide en éliminant la compartimentation des donateurs,
de protection des zones côtières90. Comme l’Afrique a en encourageant la coopération et la complémentarité
beaucoup de mal à mobiliser ses propres ressources, et en adaptant le financement aux systèmes, stratégies
il faudrait que les partenaires internationaux trouvent et politiques nationaux. De nouvelles conceptions de
environ 82,1 milliards de dollars. Si l’on ajoute à cela le l’acheminement de l’aide et des concepts novateurs visant
montant nécessaire pour réaliser les OMD dans l’hypothèse à maximiser l’impact de l’aide ont également vu le jour.
actuelle relative au changement climatique, le besoin Certains estiment que ces mesures ne vont pas assez loin,
de financement annuel total, pour un développement qu’il faut une révision de fond en comble de “l’industrie
protégé des effets du changement climatique, est de de l’APD”, mais ne savent pas au juste comment s’y
l’ordre de 100 milliards de dollars91. prendre. Entre-temps, les partenaires de l’Afrique doivent
tirer parti de ces innovations et continuer à améliorer leurs
Une grande partie de ces besoins pourraient être couverts si pratiques d’acheminement et de coordination de l’aide
les partenaires honoraient les engagements qu’ils ont pris ces conformément à la Déclaration de Paris sur l’efficacité de
deux dernières années et réalisaient les buts de financement l’aide et au Programme d’action d’Accra.
définis dans l’Accord de Copenhague – soit 30 milliards de
dollars pour une aide aux pays en développement pour la En même temps, les gouvernements africains doivent
période 2010-2012 et 100 milliards de dollars par an en 2020. améliorer leurs statistiques, de façon que l’aide
Les mécanismes chargés de collecter, d’administrer et de internationale puisse être mieux ciblée. Avec l’aide des

Nous exhortons les partenaires de l’Afrique à honorer les nombreux


engagements de soutien financier et d’assistance qu’ils ont pris au cours des
10 dernières années

58
Passer ˆ lÕ action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

Financer
Financerleledéveloppement
développementààl’épreuve
l’épreuve du
du changement climatique
changement climatique

Les besoins totaux pour un développement à l’épreuve du changement climatique en


Afrique, c’est-à-dire pour atteindre les OMD tout en anticipant les changements liés au
climat, avoisinnent les 120 milliards de dollars par an.

Moyenne des besoins


en financement extérieur Type de financement Source du Statut du financement
(2010-2020, par an) financement
Développement (OMD) 82,1 milliards Subventions et prêts Financement APD 2009 :
et intervention suite à un préférentiels destinés
désastre de dollars à l’infrastructure
extérieur public 38,2 milliards de dollars

10,8-20,5 milliards External ~100 millions de dollars


Adaptation Subventions
de dollars public finance pour l’adaptation

Atténuation 1-2 % du PIB (13-26 Financement Surtout marchés ~50-80 milliards


milliards de dollars) carbone, prêts du carbone de dollars through MDP

Financement par secteur en


milliards de dollars par année :
APD Financement public
1,2 - 2,4 milliards de dollars
Intrants agricoles et par an de financement public
Agriculture et nutrition infrastructure rurale
extérieursont nécessaires
12,2 milliards
(Dollars p.a. pour 2010-2020)

Irrigation pour l’adaptation au change-


ment climatique
Nutrition et alimentation scolaire Recherche 0,3 milliards
5,7 milliards
Gamme de financement
Nutrition et d'adaptation supplémen-
Education alimentation scolaire taire nécessaire
11,9 milliards
Enseignement primaire Couvert par l’APD

Enseignement secondaire

Sida

Santé Tuberculose
39 milliards
120 milliards

Maladies tropicales
négligées 0,5 milliards
Paludisme et systèmes
de santé (y comp. santé 1,2- 2,3 milliards
maternelle et infantile)

Planning familial

Energie
1,2- milliards
Transport

Infrastructure Eau et assainissement 2,9-7,2 milliards


40,6 milliards
Statistiques

Faciliter le commerce

Renforcement/plannification 0,2 - 0,4 milliards


des capacités
Statistiques
0,4 milliards Protection du littoral 0,6 - 3,2 milliards
Interventions supplémentaires
9,8 milliards Intervention suite 3,0 - 3,5 milliards
à un désastre

0 2 4 6 8 10 11 14 16 18 20
Milliards de dollars par année
Les “ resources supplémentaires” pour l’atténuation du changement climatique sont à ajouter aux 82.1 milliards
de dollars d’APD annuelle qui ont été promis pour atteindre les OMD, mais dont la moitié seulement est versée.
Au total, le manque à gagner pour un développement à l’épreuve du changement climatique en Afrique est de
l’ordre de 50-70 milliards de dollars des finances publiques externes qui doivent être fournie sous forme d’APD ou
de financement supplémentaire pour le climat.

Source des données : Fankhauser et Schmidt-Traub (2010). Financement pour un développement de l’Afrique à l’épreuve du changement
climatique
Source des données : Fankhauser et Schmidt-Traub (2010). Financement pour un développement de l’Afrique à l’épreuve du changement climatique

59
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

partenaires de développement, les pays africains doivent


accroître les dépenses publiques consacrées à la mise en
place des systèmes de statistiques nationaux afin de mieux
suivre les progrès vers la réalisation des OMD, mieux faire
connaître les stratégies nationales de développement et de
réduction de la pauvreté et mettre en œuvre les nombreux
programmes de création de capacités statistiques déjà en
place, notamment ceux visés par la Charte africaine des
statistiques adoptée par l’Assemblée de l’Union africaine en
février92.

L’aide sous forme


d’un versement à la livraison
Cette notion lie directement l’aide aux résultats
obtenus, de façon à encourager la responsabilisation
et renforcer les institutions locales. Le principe de cette
modalité d’aide est un contrat dans lequel les bailleurs
et les bénéficiaires se mettent d’accord sur une
situation résultante mutuellement souhaitée et sur un
paiement fixé à l’avance pour chaque unité de progrès
confirmé. Cette modalité a été conçue comme
une refonte fondamentale des programmes d’aide
étrangère, mais elle n’est pas destinée à supplanter
d’autres formes d’aide extérieure ; toutefois, par ses
mécanismes de mesures réalisées, et du fait qu’elle
suscite des incitations et clarifie les responsabilités, elle
aide les bailleurs et les bénéficiaires à faire l’usage le
plus efficace possible des ressources existantes dans
l‘ensemble des programmes d’aide.

60
Passer à l’action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

CONCLUSION
Tenter d’analyser et d’évaluer les progrès accomplis et contribue à l’instabilité et aux conflits dans les régions
par l’Afrique dans un mince rapport comme celui- qui sont déjà en difficulté. En même temps, il est satisfaisant
ci est une entreprise ambitieuse. On ne peut avancer d’observer que les pires prédictions au sujet de l’économie
de généralisations qu’avec prudence. La diversité des et des systèmes financiers africains ne se sont pas réalisées,
situations économiques et politiques défie tout jugement en grande partie grâce à l’action décisive des ministres des
ou toute prescription valable. Pourtant, plusieurs types de finances, des gouverneurs des banques centrales et des
progrès ont été accomplis par l’Afrique au cours des cinq institutions financières internationales.
dernières années, ce qui permet de se faire une idée de ce
que l’avenir réserve au continent. La crise a entraîné une introspection politique et économique.
Des mesures de relance ont été conçues et appliquées avant
L’importance stratégique du continent africain ne cesse de tout pour les riches et non pour les pauvres. Dans l’ensemble
s’affirmer, car le monde reconnaît l’intérêt économique de du rapport, nous montrons que les besoins non satisfaits de
ses ressources humaines et naturelles. Les menaces qui pèsent développement et de gouvernance de l’Afrique, s’ils ne sont
sur l’Afrique sont également plus apparentes, et notamment pas placés au centre des programmes d’action mondiaux,
la vulnérabilité au changement climatique, aux épidémies, à auront des conséquences catastrophiques pour la sécurité et
la criminalité organisée, à l’instabilité des cours des denrées la prospérité mondiales.
alimentaires et aux chocs financiers et économiques.
L’avenir de l’Afrique est entre les mains des Africains, mais
La difficulté est de savoir si les dirigeants politiques, les ses capacités et ses progrès dépendent de la mise en
systèmes de responsabilisation et les capacités de gestion œuvre de politiques et d’accords mondiaux – notamment
sont bien en place pour être à même de transformer les sur des questions d’accords mondiaux allant dans le même
nouvelles possibilités en résultats socialement bénéfiques sens telles que le changement climatique, le transfert de
pour le bien-être et l’existence quotidienne des Africains. technologies, et les flux commerciaux et financiers. Nous
Les recettes dégagées par l’exploitation des ressources engageons instamment les dirigeants africains à s’attacher
naturelles seront-elles affectées à l’obtention de résultats plus activement à définir des positions communes et à
socialement bénéfiques ou seront-elles gaspillées et utilisées exiger qu’elles soient prises en compte dans les enceintes
à des fins non productives accumulées à l’étranger sur des internationales, notamment dans le G20. Nous sommes
comptes bancaires privés? convaincus que l’APD demeure indispensable, en particulier
dans les pays qui ont peu de ressources naturelles, que
Les pays fragiles ou qui sont pauvres en ressources sont son utilisation pourrait s’inscrire dans une perspective à
aux prises avec de toutes autres difficultés. Dans leur cas, plus long terme. Les dirigeants africains de tous les milieux,
la satisfaction des besoins, même les plus élémentaires, peuvent et doivent se prononcer plus nettement afin de
sans parler de la constitution d’une capacité technique et soutenir durablement les défenseurs de l’aide, tant des pays
administrative, ou d’un filet de sécurité, est beaucoup plus industrialisés que des pays émergents.
difficile. Les tribulations que subissent des millions d’Africains,
en particulier les femmes et les enfants, qui vivent dans On parviendra à amener les partenaires internationaux de
des zones de conflit ou dans des zones non gouvernées l’Afrique à honorer leurs obligations, en respectant des codes
sont inacceptables et catastrophiques. Une action plus de pratique ou en suivant d’autres politiques, si l’Afrique
nettement concertée des dirigeants africains, avec l’appui remplit de son côté ses propres engagements en matière de
de leurs partenaires internationaux est donc nécessaire développement. L’une des mesures les plus prometteuses est
pour rompre les cycles de l’instabilité et de la pauvreté qui d’émanciper les femmes, juridiquement, économiquement et
frappent ces États fragiles et compromettent les progrès de politiquement ; les avantages potentiels de ces émancipations
tout le continent. pour elles et pour la croissance économique, sont énormes.
Une autre mesure essentielle serait de promouvoir une
Nous déplorons le manque de données et de recherches coopération politique et économique plus grande, à défaut
proprement africaines, d’une capacité de définition d’intégration, notamment dans les domaines de l’énergie,
des politiques – pourtant essentielle pour une bonne de l’équipement et des communications et la réduction des
compréhension des tendances et pour la confection de obstacles matériels et immatériels au commerce. Encourager
politiques appropriées. Cependant, nous sommes convaincus les entrepreneurs et développer les partenariats public-privé
que l’impact social de la crise économique mondiale sur les serait un moyen d’aider l’Afrique à recueillir les avantages
emplois, la pauvreté et la réalisation des OMD a été profond décisifs de la télématique.

L’importance stratégique du continent africain ne cesse de s’affirmer, car


le monde reconnaît l’intérêt économique de ses ressources humaines et
naturelles

61
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

Exiger que les pays riches fournissent des ressources


financières adéquates additionnelles pour lutter contre le
changement climatique sera plus facile sur plan moral et
politique si les pays africains prennent eux-mêmes l’initiative
de protéger des effets du changement climatique leur
croissance et leurs plans de développement, et de mettre
au point des projets susceptibles d’être financés dans le
secteur de l’infrastructure, de l’énergie et de l’emploi.

Pour conclure, les cinq dernières années ont amplement


démontré à la fois le potentiel et la vulnérabilité de l’Afrique.
Le principal problème pour les dirigeants africains est
d’inspirer les processus et de créer des capacités pratiques,
aux plans national et régional, afin de s’assurer que ces
atouts se traduisent bien en avantages sociaux et que les
Africains soient mieux à même de résister aux chocs et
aux tensions et aient accès aux possibilités qui peuvent
transformer leur vie, leur pays et le continent.

Le principal problème pour les dirigeants africains est de s’assurer que les
atouts de l’Afrique se traduisent bien en avantages sociaux

62
Passer à l’action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

LISTE DES ABRÉVIATIONS


AGOA loi sur la croissance et les possibilités économiques de l’Afrique
AMFm Fonds pour des médicaments antipaludéens à des prix abordables
APD Aide publique au développement
BAfD Banque africaine de développement
CAD Comité d’aide au développement
CAE Communauté d’Afrique de l’Est
CEDAO Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
CEEAC Communauté économique des États d’Afrique centrale
CNUCED Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement
COMESA Marché commun de l’Afrique orientale et australe
CPI Cour pénale internationale
DTS Droits de tirage spéciaux
FAO Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture
FARA Forum africain pour la recherche agricole
FED Fonds européen de développement
FIDA Fonds international pour le développement agricole
FMI Fonds monétaire international
FNUAP Fonds des Nations Unies pour la population
GCRAI Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale
GIEC Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat
IDE Investissement direct étranger
IDH Indicateur du développement humain
IFI Institutions financières internationales
IFPRI Institut international de recherche sur les politiques alimentaires
MAEP Mécanisme africain d’évaluation par les pairs
NEPAD Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique
OCDE Organisation de coopération et de développement économiques
OIT Organisation internationale du Travail
OMC Organisation mondiale du commerce
OMD Objectifs du Millénaire pour le développement
OUA Organisation de l’unité africaine
PIB Produit intérieur brut
PMA Pays les moins avancés
PPP Partenariat public-privé
PPTE Pays pauvres très endettés (Initiative en faveur de)
REDD Réduction des émissions causées par le déboisement et la dégradation des forêts
RNB Revenu national brut
SADC Communauté de développement de l’Afrique australe
TIC Technologies de l’information et des communications
UA Union africaine
UE Union européenne
UNESCO Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture
UNICEF Fonds des Nations Unies pour l’enfance
UNIFEM Fonds de développement des Nations Unies pour la femme

63
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

NOTES

Avis au lecteur
Les données figurant dans le présent rapport sont tirées de sources officielles et facilement disponibles. Nous n’avons épargné
aucun effort pour citer les chiffres les plus récents, même si à l’occasion la préférence est allée à des données plus anciennes
mais plus fiables. Le lecteur doit tenir compte des limites des données et des projections disponibles, ainsi que des nombreuses
controverses que provoquent les méthodes actuelles de mesure des progrès.

Nous encourageons les lecteurs à citer et reproduire en tout ou en partie, la teneur de ce rapport. L’Africa Progress Panel
souhaite qu’en pareil cas, il soit fait mention de la source.

1
FMI (2009). Perspectives économiques régionales – Afrique subsaharienne : surmonter la tourmente
2
CNUCED (2010). Le développement économique en Afrique, Rapport
3
CNUCED (2010). Le développement économique en Afrique, Rapport
4
CNUCED (2010). Le développement économique en Afrique, Rapport
5
FMI (2010). Mise à jour du Rapport sur les perspectives économiques mondiales d’octobre 2009
6
Banque mondiale (2010). Doing Business : mener à bien des réformes en ces temps difficiles
7
Communauté d’Afrique de l’Est (2010). Roadmap for the Establishment of a Monetary Union
8
Forum économique mondial (2009). La compétitivité dans le monde, Rapport 2009-2010
9
CNUCED (2010), Ke développement économique en Afrique, Rapport 2010
10
FMI (2010). Update to the October 2009 World Economic Outlook Report
11
BAfD (2010). Africa in the Wake of the Global Financial Crisis: Challenges Ahead and the Role of the Bank, Policy Briefs on
the Financial Crisis No. 1; Nabil Ben Ltaifa et al. (2009), Impact of the Global Financial Crisis on Exchange Rates and Policies
in Sub-Saharan Africa, IMF Working Paper 09/3
12
CNUCED (2010). Le développement économique en Afrique, Rapport
13
CNUCED (2010). Note de conjoncture sur l’investissement mondial No. 2
14
Adolfo Barajas et al. (2010). The Global Financial Crisis and Workers’ Remittances to Africa: What’s the Damage?, IMF
Working Paper 10/24.
15
Adolfo Barajas et al. (2010). The Global Financial Crisis and Workers’ Remittances to Africa: What’s the Damage?, IMF
Working Paper 10/24.
16
FMI (2009). Perspectives économiques régionales – Afrique subsaharienne : surmonter la tourmente
17
BAfD (2010). Africa in the Wake of the Global Financial Crisis: Challenges Ahead and the Role of the Bank, Policy Briefs on
the Financial Crisis No. 1
18
FMI (2010). Stronger Policies Helped Africa through Global Crisis
19
FMI (2010). Update to the October 2009 World Economic Outlook Report
20
Nations Unies (2010). Tenir les engagements pris : bilan prospectif visant à promouvoir un programme d’action concerté afin
de réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement d’ici à 2015, A/64/665
21
Mo Ibrahim Foundation (2009). The Ibrahim Index of African Governance 2009
22
Transparency Internatinal (2009). Progress Report on OECD Convention Enforcement
23
Freedom House (2010). Freedom in the World 2010: Erosion of Freedom Intensifies
24
Center for Global Policy (2009). Global Report 2009: Conflict, Governance and State Fragility
25
Fondation Bertelsmann (2010). Bertelsmann Transformation Index 2010
26
Transparency International (2009). Corruption Perceptions Index 2009
27
Banque mondiale (2010). Indicateurs du développement en Afrique
28
The Economist (2010). West Africa’s Regional Club – Quietly Impressive, March 27th – April 2nd
29
Benedikt Franke (2009). Security Cooperation in Africa: A Reappraisal, Lynne Rienner, Boulder.
30
Nations Unies (2010). Tenir les engagements pris : bilan prospectif visant à promouvoir un programme d’action concerté afin
de réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement d’ici à 2015
31
Voir par exemple, Xavier Sala-i-Martin et Maxim Pinkovskiy (2010), African Poverty is Falling … Much Faster than You Think,
NBER Working Paper No. 15779
32
Nations Unies (2009). Rapport sur les objectifs du Millénaire pour le développement, 2009
33
OIT (2010). Tendances de l’emploi au niveau mondial. Mise à jour, janvier 2010

64
Passer à l’action Valoriser les ressources de l’Afrique pour le bénéfice des Africains

34
UNESCO (2010). L’éducation pour tous. Atteindre les marginalisés : rapport mondial de suivi
35
UNESCO (2010). L’éducation pour tous. Atteindre les marginalisés : rapport mondial de suivi
36
Fast Track Initiative (2010). Education for All Fast Track Initiative Annual Report 2009
37
Desmond Bermingham (2010). Reviving the Global Education Compact: Four Options for Global Education Funding, Center
for Global Development Essay
38
UNESCO (2010). L’éducation pour tous. Atteindre les marginalisés : rapport mondial de suivi
39
Forum économique mondial (2009). The Global Gender Gap Report 2009
40
Nations Unies (2009). Rapport sur les objectifs du Millénaire pour le développement, 2009
41
OMS (2010). The African Health Monitor: Achieving the Health MDGs in the African Region
42
OMS (2010). The African Health Monitor: Achieving the Health MDGs in the African Region
43
OMS (2010). National Health Accounts Database; WHO (2009), World Health Statistics Report 2009
44
Nations Unies (2009). Commission du développement social, Conseil économique et social. Les aspects sociaux du Nouveau
Partenariat pour le développement de l’Afrique – Rapport du Secrétaire général, E/CN.5/2010/3
45
OMS (2009). World Health Statistics Report 2009
46
OMS et UNICEF (2010). Progress Report on Sanitation and Drinking-Water – 2010 Update
47
AMCOW (2009). Report of 2nd African Water Week
48
OMS et UNICEF (2010). Progress Report on Sanitation and Drinking-Water – 2010 Update
49
OMS et UNICEF (2010). Progress Report on Sanitation and Drinking-Water – 2010 Update
50
Jed Friedman et Norbert Schady (2009). How many more infants are likely to die in Africa as a result of the global financial
crisis, World Bank Policy Research Working Paper No. 5023
51
Benedikt Franke (2009). Security Cooperation in Africa: A Reappraisal, Boulder, Lynne Rienner
52
International Food Policy Research Institute (2009), Global Hunger Index 2009
53
FAO (2009). L’état de l’insécurité alimentaire mondiale : crises économiques et enseignements
54
Voir G8 (2009). G8 Efforts towards Global Food Security; G20 (2009), Pittsburgh Summit Declaration; FAO (2009), Declaration
of the World Summit on Food Security
55
FAO (2009). L’état de l’insécurité alimentaire mondiale : crises économiques et enseignements
56
FAO (2010). Gender and Land Rights Database
57
Nations Unies (2010). Message du Secrétaire général à la 33e session du Conseil d’administration du Fonds international pour
le développement de l’agriculture
58
Nations Unies (2009). Commission du développement social, Conseil économique et social. Les aspects sociaux du Nouveau
Partenariat pour le développement de l’Afrique – Rapport du Secrétaire général
59
Commission économique d’Afrique de l’Est (2009). Africa Partnership Forum Special Session on Climate Change
60
GIEC (2007). Fourth Assessment Report on Climate Change: Contribution of Working Group II
61
Africa Partnership Forum (2010). Development Finance in Africa: Update of the 2008 Report
62
Voir les chiffres de l’APD publiés par le CAD-OCDE le 14 avril 2010
63
Ibid. et Africa Partnership Forum (2010). Development Finance in Africa: Update of the 2008 Report
64
CNUCED (2010). Le développement économique en Afrique – Rapport
65
Hudson Institute (2009). The Index of Global Philanthropy and Remittances 2009
66
Banque mondiale (2010). Global Development Finance: External Debt of Developing Countries
67
Economist Intelligence Unit (2010). Sub-Saharan Africa: Regional Overview March 2010
68
FMI (2010). HIPC Fact Sheet
69
BAfD (2009). Debt Relief Initiatives, Development Assistance and Service Delivery in Africa
70
Banque mondiale (2009). Annual Review of Development Effectiveness: Achieving Sustainable Development
71
OCDE (2010). Indicators for Progress on the Implementation of the Paris Declaration on Aid Effectiveness
72
OCDE (2010). Monitoring the Principles for Good International Engagement in Fragile States and Situations
73
African Center for Economic Transformation (2009). Looking East: China’s Engagement with Africa – Benefits and Key
Challenges
74
CNUCED (2010). Le développement économique en Afrique, Rapport
75
Chris Alden et Ana Cristina Alves (2009). China and Africa’s Natural Resources: The Challenges and Implications for
Development and Governance, SAIIA Occasional Paper no. 41
76
FMI (2010). Mise à jour du Rapport d’octobre 2009 sur les perspectives économiques mondiales

65
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

77
African Center for Economic Transformation (2009). The Global Economic Crisis, Funding Public Services in Africa, and
Concessions in the Mining Sector: The Case of Zambia
78
Global Financial Integrity (2010). Illicit Financial Flows from Africa: Hidden Resource for Development
79
Banque mondiale (2009). The Urgency of Harnessing Africa’s Natural Resources to Fight Poverty, Commentary by Obiageli
Ezekwesili, 14 April 2009
80
Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (2009). Climate Change: Impact on Agriculture and Cost of
Adaptation, Policy Brief November 2009
81
Banque mondiale (2009). Information for Development: Extending the Reach
82
FNUAP (2009). L’état de la population mondiale
83
Banque mondiale (2009). Africa Development Indicators 2008/9: Youth and Employment in Africa: The Potential, the Problem,
the Promise
84
Banque mondiale (2009). Africa Development Indicators 2008/9: Youth and Employment in Africa: The Potential, the Problem,
the Promise
85
UNIFEM (2010). Making the MDGs Work Better for Women: Implementing Gender-Responsive National Development Plans
and Programmes
86
Economist Intelligence Unit (2010). Sub-Saharan Africa: Regional Overview March 2010
87
Development Initiatives (2010). Making Aid Work Better
88
International Institute for Strategic Studies (2010). Global Military Balance
89
Commission européenne (2009). Development Aid in Times of Economic Turmoil, Special Eurobarometer
90
Groupe directeur pour les OMD en Afrique (2008). Achieving the Millennium Development Goals in Africa
91
Samuel Fankhauser et Guido Schmidt-Traub (2010). From Adaptation to Climate-Resilient Development: The Costs of
Climate-Proofing the Millennium Development Goals in Africa, Working Paper for Centre for Climate Change Economics and
Policy and the Grantham Research Institute on Climate Change and the Environment.
92
Groupe directeur pour les OMD en Afrique (2008). Achieving the Millennium Development Goals in Africa

66
RAPPORT 2010 SUR LES PROGRÈS EN AFRIQUE

L’Africa Progress Panel cherche à promouvoir le développement de l’Afrique


en évaluant ses progrès, en soulignant les opportunités présentes sur le continent
et en participant à la définition d’une position africaine dans les débats internationaux.

MEMBRES DU PANEL

Kofi Annan Graça Machel


Président de l’Africa Progress Panel, ancien Présidente de la Fondation pour le
Secrétaire Général des Nations Unies et développement communautaire, Fondatrice
lauréat du prix Nobel de la Paix de New Faces New Voices

Tony Blair Linah Kelebogile Mohohlo


Fondateur de Africa Governance Initiative, Gouverneur de la Banque du Botswana
ancien Premier ministre du Royaume Uni de
Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord Olusegun Obasanjo
Envoyé spécial du Secrétaire Général des
Michel Camdessus Nations Unies pour la Région des Grands
Ancien Directeur général du Fonds Lacs et ancien Président du Nigéria
monétaire international
Robert Rubin
Peter Eigen Ancien Secrétaire au Trésor des États-Unis
Fondateur et Président du Conseil consultatif,
Transparency International, Président de Tidjane Thiam
l’Initiative pour la transparence dans les Directeur exécutif du groupe Prudential Plc.
industries extractives (ITIE)
Muhammad Yunus
Bob Geldof Économiste, fondateur de la banque
Musicien, homme d’affaires, fondateur et Grameen et lauréat du prix Nobel de la paix
coordinateur du groupe Band Aid et des
concerts Live Aid et Live 8, co-fondateur de
DATA et ONE

Africa Progress Panel


BP 157
1211 Genève 20
Suisse

info@africaprogresspanel.org
+41 (0) 22 919 75 20
www.africaprogresspanel.org

L’Africa Progress Panel utilise du papier recyclé.


68

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