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Geneviève

Delpech

Le Don d’ailleurs

Pygmalion

© Pygmalion, département de Flammarion, 2015


Dépôt légal : octobre 2015
ISBN Epub : 9782756417707

ISBN PDF Web : 9782756417714

Le livre a été imprimé sous les références :


ISBN : 9782756417691

Ouvrage composé par IGS-CP et converti par Meta-systems (59100 Roubaix)


Présentation de l'éditeur

« J’ai été et je suis la femme d’une figure marquante de la chanson française.
Mais je ne me suis jamais sentie “femme de”. Seulement moi. Justement moi.
J’ai existé à ses côtés, avec et pour lui, mais pour moi et par moi également.
Les choses ont pris une tournure pour le moins spéciale lorsque mon don s’est
invité de plus en plus fréquemment dans ma vie. Un don fulgurant, envahissant,
contraignant et… merveilleux. Un cadeau, empoisonné parfois, qui me dépasse
moi-même.
J’ai tu ce don publiquement jusqu’alors. Un faisceau de conjonctures, heureuses
et malheureuses, m’a décidé à parler.
Aujourd’hui, j’ai l’ambition de faire rêver d’un ailleurs, d’une possibilité de
paradis. »
Artiste peintre, GENEVIÈVE DELPECH est l’épouse de Michel Delpech. Ils
ont un fils, Emmanuel, musicien, qui accompagne son père en tournée.
Le Don d’ailleurs
À ma B.C. Tu me manques. Ne croyez pas que je sois
bon, sage ou même intelligent, croyez seulement à ce
que j’ai vu car je l’ai réellement vu.
Christian BOBIN
PRÉFACE

Ce livre a vraiment quelque chose d’exceptionnel. Et pourtant, j’en ai lu des


ouvrages et rencontré des témoins ayant vécu des phénomènes hors du
commun ! J’ai été amené – par ma curiosité et par les circonstances ou, peut-
être, par une mystérieuse volonté dans l’au-delà – à découvrir tant de choses
incroyables en différents pays du monde. Ces phénomènes sont d’une grande
diversité : expérience de mort provisoire, communication avec les morts à
travers des médiums, par écriture automatique ou grâce à des appareils
électroniques, prémonition, voyance d’événements contemporains, du passé ou
de l’avenir, proches ou lointains, permettant parfois de retrouver des personnes
disparues, guérisons inexplicables, apparitions et que sais-je encore…
Certaines personnes sont plus ou moins douées dans un domaine, voire deux.
Il y a des cas extraordinaires et particulièrement spectaculaires. Mais ici, nous
avons le maximum dans tous les domaines à la fois ; même des expériences que
l’on ne trouve habituellement que chez les mystiques. Vous en trouverez le récit,
brut de décoffrage, sans effets littéraires, sans mise en scène. L’auteur ne nous
livre que quelques détails, presque techniques : comment son côté droit se trouve
bloqué, comment tout son corps est atteint et souvent violemment. Cette sobriété
est un gage d’authenticité.
Au-delà des faits, nous percevons comme une sorte de mystère auquel
Geneviève Delpech fait à peine allusion : pourquoi elle ? Pourquoi et par qui a-t-
elle été choisie pour vivre tout cela et pour en témoigner ? Il y a même pour moi
comme une seconde énigme. Dans la mesure où il semble bien qu’il y ait eu une
volonté à l’œuvre dans l’au-delà, à travers toute cette vie, avec tout ce que cela
implique de manœuvres, de combinaisons, d’arrangements de rencontres,
pourquoi ai-je été, moi aussi, choisi pour servir à cette diffusion ? Lorsqu’un ami
commun – qui avait travaillé avec et pour Michel Delpech – m’a fait rencontrer
Geneviève, celle-ci m’a raconté dans un petit café l’essentiel de ce que vous
trouverez dans ces lignes. Je lui ai dit tout de suite : il faut l’écrire. Nos deux
vies se sont donc ainsi, un instant, mystérieusement croisées. Et au service de la
même cause : aider nos contemporains, tous ces millions d’hommes qui ne
vivent que dans le souci quotidien de leur survie, à comprendre, à pressentir, à
travers les faits rapportés ici, que ce qu’ils vivent, au jour le jour, dans
d’innombrables difficultés, une autre dimension qui, pour le moment, leur
échappe, mais qui a une valeur infinie, qui les engage pour l’éternité. Au-delà de
ce qu’ils perçoivent de leur propre vie, il y a le visage invisible de Dieu qui les
attend dans son Amour.
Cela, Geneviève l’a éprouvé lors d’une expérience de mort provisoire qui s’est
déclenchée indépendamment de tout danger, de toute maladie. Elle l’a vécu de
nouveau à Choubra, dans ce quartier pauvre du Caire où la Vierge apparaissait.
J’y étais allé moi aussi, mais sans être accueilli comme elle par des visions
extraordinaires.
Son mari, Michel, et elle-même, poursuivant chacun de leur côté une carrière
différente, elle comme peintre, lui comme chanteur-compositeur, sont tous deux
très croyants. Ils ont rejoint l’Église copte orthodoxe qui se développe peu à peu
en France. Elle a encore vécu à Jérusalem un phénomène rare. Ce sont là des
cadeaux exceptionnels que Dieu n’accorde qu’à très peu de témoins. Peut-être
Geneviève a-t-elle été choisie en raison de la célébrité exceptionnelle de son
mari, ce qui assurera une plus grande diffusion à ce livre et lui permettra
d’atteindre des lecteurs habituellement réticents à ce genre de témoignages.
Mais, peut-être aussi et surtout à cause de son extrême sensibilité. C’est sans
doute là la clé du choix dont elle a été l’objet : sa faculté d’empathie poussée à
l’extrême, l’amour qui est en elle. J’espère que les lecteurs de ce livre le
sentiront et qu’il transmettra cet amour très loin, à un public nouveau.

Père François BRUNE


AVANT-PROPOS

J’ai été la femme de Michel Delpech pendant de longues années. Je le suis


toujours, et plus que jamais, chevillée à lui par la maladie qui le frappe et qui
touche sa raison d’être : sa voix.
J’ai été et je suis la femme d’une figure marquante de la chanson française.
Mais, je ne me suis jamais sentie « femme de ». Seulement moi. Justement moi.
Je ne me suis jamais perçue non plus comme les héroïnes pleines d’abnégation et
d’effacement des livres de Françoise Xenakis où celle-ci évoque ce statut de
femmes de célébrités, tels Marx, Freud, Socrate, Hugo, Mahler…, ces épouses
qui se sont toutes laissé ombrager la vie par leurs demi-dieux de maris. Ce n’est
pas mon cas. Bien sûr, Michel Delpech n’est pas Hugo ou Mahler, mais je
pourrais m’identifier, avec l’humilité et le replacement adéquats, à ces
tempéraments de femmes d’hommes hors du commun. Il n’en est rien. D’abord
parce que j’ai toujours été « moteur » pour mon mari, ensuite parce que j’ai
toujours accepté la règle du jeu, à savoir qu’il était connu et reconnu comme une
icône de la chanson française et que j’étais dans son sillage. Comme la blancheur
d’une écume, et non comme une ombre, pendant de toute lumière. Forte de cette
mise au point avec moi-même, j’ai existé à ses côtés avec et pour lui, mais
également pour moi et par moi. Je suis artiste peintre et je me suis épanouie dans
mon art, autant qu’en élevant mes enfants.
Là où les choses ont pris une tournure pour le moins spéciale, c’est quand
mon don s’est invité de plus en plus fréquemment, dès la naissance de mes
enfants et durant toute ma vie avec Michel. Ce don d’ailleurs, cette « grâce »
diront d’aucuns, c’est celui de médium. Un don fulgurant, envahissant,
contraignant et… merveilleux. Un cadeau, empoisonné parfois, qui me dépasse,
qui échappe à mon contrôle, qui me prend et m’emmène quand je voudrais être
insouciante ou simplement me relaxer et dormir. Ce don m’a fait vivre des
choses que le scénariste le plus déjanté n’oserait pas glisser dans une histoire.
J’ai vécu des synchronicités, des bilocations, j’ai pressenti des événements
incroyables, des scènes inouïes, je me suis retrouvée au cœur de situations non
encore survenues, tel un témoin de préreconstitution, j’ai reçu des aveux, des
confessions en clairaudience, des avertissements aussi, qui m’ont permis de
déjouer des drames et d’infléchir l’inéluctable. Ma vie a souvent ressemblé à un
film d’anticipation dont la véracité s’est vérifiée ultérieurement.
J’ai tu ce don publiquement jusqu’alors, seuls mes amis ou mes proches en
avaient connaissance. Même si beaucoup d’entre eux font partie du show-
business, et que, par définition, le show-biz divulgue et répand, pour ne pas dire
se répand, j’ai gardé ma médiumnité privée, sans aller jusqu’à dire secrète parce
que la chose s’est vite sue et les « consultations » en cercle restreint se sont
multipliées. Le bouche-à-oreille s’est emballé et, si je ne vois bien que pour ceux
que j’aime, beaucoup ont pu vérifier l’exactitude de mes visions.
Ce don, je l’ai longtemps traîné comme une bizarrerie, un handicap, parce
qu’il m’asservissait plus qu’il ne m’épanouissait. Il m’a fait peur aussi, très
souvent. Avoir la précognition d’accidents ou d’événements dramatiques n’est
pas l’idéal pour grandir, élever ses enfants ou épauler un mari célèbre. Il m’a
aussi emplie de joies, bien sûr ; savoir à l’avance que les choses vont bien se
passer quand on appréhende une difficulté change la donne.
Alors, pour que je décide du jour au lendemain de rendre ce talent public en
publiant mon histoire c’est qu’il s’est passé quelque chose de décisif dans ma vie
ces derniers mois. Quelque chose d’irrépressible avec lequel on ne peut négocier,
on ne peut composer. Ce quelque chose est la résultante de plusieurs
conjonctures.
Tout d’abord, le décès de mon amie Christine m’a souligné la tournure du
monde avec son lot d’horreurs et de tiraillements de pouvoirs. Ensuite, la grave
maladie de mon mari. Et, en point d’orgue, un ami très cher retrouvé après cinq
ans de brouille.
Il est des situations où l’on ne peut plus s’offrir le luxe délétère de rester fâché
avec des êtres qui ont pesé dans votre vie. Cet ami, un des paroliers qui a compté
pour Michel, est allé le voir à l’hôpital. Au cours de la conversation, il lui a
appris qu’il voyait régulièrement un voisin de quartier, le père Brune.
Michel m’en a tout de suite fait part. J’étais troublée. Depuis toujours, je
voulais rencontrer cet homme dont j’admirais les travaux sur la communication
avec les défunts et son rejet de cette Église catholique exhibant un Dieu qui
envoyait son fils au supplice pour laver l’affront des péchés subis, comme un
vulgaire parrain de Calabre ; un Dieu qui faisait des comptes d’épicerie avec ses
ouailles pour déterminer qui irait au paradis et qui méritait l’enfer ou le
purgatoire…
Ce faisceau de conjonctures, heureuses et malheureuses, m’a donc fait
rencontrer ce saint homme. Ce fut le déclic.
J’étais très intimidée. Nous avons débattu dans un café du
XVe arrondissement, près de la rue de Vaugirard. Je lui ai parlé de mes
expériences. Lui qui en avait tant vu, au cours de nombreux voyages, m’a
écoutée, intrigué et ravi, puis, au bout de presque deux heures et deux chocolats
chauds, il m’a dit avec une infinie bonté dans le regard, une infinie tendresse
dans la voix, mais avec fermeté : « Il faut que vous écriviez vos expériences. » Il
me l’a répété plusieurs fois au cours de notre tête-à-tête.
Je n’y avais jamais songé. Comme je n’ai jamais pensé à faire commerce de
ce talent qui m’était donné, de cette grâce qui m’était accordée. Certainement
parce que je l’associe au sacré et que le sacré ne se négocie pas et se monnaye
encore moins. Ce n’était pas non plus dans mon éducation. Autant ma grand-
mère – qui m’a pratiquement élevée – était une femme libre, fréquentant Prévert,
Lacan, autant ma mère, engoncée dans la bourgeoisie de province, me bloquait.
Elle rejetait mon don. C’était mal de penser à l’utiliser.
J’ai reçu l’électrochoc quelques jours plus tard. J’ai réalisé que le père Brune
me conseillait d’écrire mes expériences, mes « mémoires de visions » – bel
oxymore – pour que ça soit utile aux gens, que ça les ouvre à une certaine
spiritualité ou, du moins, qu’ils effleurent l’espoir d’un ailleurs où survit la
conscience – pour ne pas dire l’âme – de leurs chers disparus. Mon témoignage
pouvait donc servir à ébranler le pragmatisme des lendemains qui couinent, le
matérialisme du désenchantement. Et apporter la preuve qu’un disparu est
partout sauf dans sa tombe. Christian Bobin, cet écrivain magnifique, enfant du
Creusot, le dit dans son livre La Plus que vive, lorsqu’il visite la femme qu’il a
aimée au cimetière, il tourne le dos à sa tombe et la cherche dans le ciel.
Apporter une preuve aussi que nous sommes infirmes avec nos cinq sens et
nos trois dimensions. Que l’on jouxte un ailleurs fabuleux. Que le cosmos est
rempli des photons de nos âmes. Que tout se poursuit dans d’autres dimensions,
telle est donc ma « mission » avec ce livre. Le moment est arrivé. Ce don de
médium et moi avons cohabité pendant de très longues années. Je l’ai laissé
m’envahir, m’influencer, faire ma pub de voyante imparable, de canal direct
avec les morts, de sorcière bien aimée et de fée qui tutoie les anges en
démythifiant la grande faucheuse, et voilà, c’est arrivé. J’ai couché tout « ça »
sur papier. « Couché » n’est peut-être pas le mot pour des histoires à dormir
debout, me diront certains. Mais c’est sûrement le bon verbe pour ceux que j’ai
l’ambition de faire rêver d’une possibilité de paradis.

Juillet 2015
AVERTISSEMENT

Encore une fois, je n’ai jamais pensé à faire commerce de cette médiumnité
qui m’a été donnée. Il aura fallu toute l’humilité et l’infinie sagesse du père
Brune qui m’a encouragée à écrire ce livre pour que je me décide enfin.
Il est de mon devoir de préciser que je ne pourrai accorder de consultation à
quiconque, surtout pas pour ce qui est du ressort d’un détective privé, ou du jeu
– numéros de loto ou résultats de courses hippiques. De cette façon, l’ordre des
choses est respecté. Le Spirituel ne se trompe pas de niveau, et le Merveilleux ne
se commet pas avec le Matériel.
Le récit de mes expériences peut aussi se retourner contre moi, en ce sens que
je vais susciter un espoir chez ceux qui ont perdu un être cher et qui parviennent
difficilement, ou pas du tout, à surmonter leur deuil. Pour ces personnes, malgré
toute mon empathie et ma compréhension, je ne pourrai malheureusement pas
assurer de « suivi », comme un professionnel de la santé. J’y laisserai la mienne.
Mentale et physique. La tâche est trop vaste, et me porter à l’écoute de
quiconque voudrait avoir « des nouvelles » d’un proche décédé ou communiquer
avec lui entamerait mon équilibre et m’entraînerait fatalement dans des
compromis et des arrangements avec ma morale et mes intimes convictions. En
voulant satisfaire le plus grand nombre je ferais du tort à beaucoup et à moi-
même.
Pour l’heure, j’aurai essayé, avec mes faiblesses et mes fêlures humaines, de
faire bon usage de ce don qui m’échoit.

Dans les voyances qui sont rapportées dans ces pages soit par moi-même soit
par des témoins – mon mari Michel, pour une grande part –, il y a eu beaucoup
de douleurs mais aussi beaucoup de joies. Beaucoup de départs mais aussi
beaucoup d’arrivées. Mais la naissance et la mort ne font-elles pas partie d’un
même plan ?
Si, au fil de mes récits, on peut penser que la somme de mes visions
« morbides » ou annonciatrices d’accidents est supérieure aux bonnes nouvelles
et aux heureux événements, cela s’équilibre, au bout du compte ; un
avertissement ou une prémonition allant le plus souvent dans le sens d’un
heureux dénouement. J’en ai vécu beaucoup après avoir ressenti les affres de
drames imminents.
I
PREMIERS SIGNES
Je suis née dans une église. Dans la petite église de Montfort-en-Chalosse
pendant les vêpres. Le ton était donné. Je peux dire que je n’ai pas manqué de
« signes » à mes débuts. Mais longtemps, je n’y ai pas prêté attention.
Je me souviens d’une démonstration de Bergson, remontant à mes années de
lycée. Il parlait d’un jeune homme endormi dans sa chambre et deux cas de
figure. Premier cas, il n’attend personne spécialement, et le bruit qu’il entend
contre les volets, provoqué par le vent ou les oiseaux, ne le réveille pas, il fait
partie d’un lot de probables perturbations auditives. En revanche, dans un second
cas, si sa petite amie l’a prévenu qu’elle lancerait des graviers contre les
carreaux pour lui signifier qu’elle l’attend en bas, il restera très attentif durant
son sommeil.
Moi, quand j’ai reçu mes premiers signes, je n’étais pas en « mode attention ».
C’est après que je les ai identifiés, que je les ai différenciés de la vie courante.
Climat familial

Petite fille j’ai toujours navigué entre deux eaux. Du côté de ma famille
paternelle c’était très bourgeois, très catholique pratiquant. Mon grand-père était
conservateur des hypothèques et nous étions servis à table par une femme de
maison. Quand on est enfant, on s’habitue à tout : au luxe comme à la misère. Le
propos est ailleurs, dans le rêve, l’imaginaire, le jeu. Enfant, tant que l’on mange
à sa faim, que l’on a un endroit où dormir et que l’on n’est pas violenté, tout est
normal.
Je vivais cette qualité de vie comme une normalité puisque je n’en connaissais
pas d’autre.
Dans mes premières années, j’ai été élevée par ma grand-mère, portrait tout
craché d’Ava Gardner. Elle collectionnait les amants, surtout des toréadors. Elle
leur lançait sa chaussure et ils lui dédiaient le taureau.
J’ai également été très marquée par ma marraine, l’écrivain surréaliste Lise
Deharme, femme libre, très belle, moderne avant la lettre.
Ma mère s’était remariée avec un homme de très bonne famille, mais à
l'opposé de celui qu'était mon père : artiste peintre, complètement braque, si je
puis me permettre le jeu de mots. Il a tout envoyé paître et il est parti vivre en
Indochine par simple penchant pour les Asiatiques.
Entourée ainsi, je vivais dans la folie ordinaire. Ou plutôt l’ordinaire de la
folie.
J’ai donc été ballottée dans trois milieux différents. Avec une attirance pour
ma grand-mère, cependant. J’ai le souvenir, chez elle, d’odeurs de cigarettes
blondes dans la véranda décorée Napoléon III, un peu comme celle d’Yves Saint
Laurent. Chez elle, j’ai vu défiler Lacan, Breton, Picasso, Marais et Cocteau, qui
s’embrassaient à bouche que veux-tu, Éluard, Malraux et Louise de Vilmorin.
J’entends encore leurs disputes. J’étais petite, pourtant. Le rire de Lacan… Ce
personnage me faisait très peur. Ma grand-mère qui sentait le Chanel No 5 et
tirait les cartes régnait sur tout ce joli monde où pratiquement tous interrogeaient
les tarots et faisaient tourner les tables. Elle était médium elle aussi et très vite,
avant même que je ne réalise avoir cette « grâce », je l’ai entendue dire en
parlant de moi : « Cette petite a le don. »
Bizarrement je n’ai pas de souvenirs de médiumnité de ma grand-mère.
C’était une mondaine, elle voyageait beaucoup, organisait des soirées littéraires,
des sortes de « cafés philo » chez elle. C’est surtout ce que j’ai retenu.
Ma première « accroche » médiumnique

J’habitais Caen où mon beau-père était professeur à la fac. Nous partions


régulièrement en vacances chez ma grand-mère, dans les Landes d’où je suis
originaire. Là, ma mère retrouvait sa meilleure amie, Yvonne de B. Cette femme
avait un jeune frère, Jean-Paul, qui devait se marier courant août.
J’avais une douzaine d’années. Je me suis levée un matin, à peu près trois
semaines avant le mariage de ce garçon, et j’ai annoncé, toute retournée, qu’il
était mort noyé la veille. J’ai dit :
— Oh, sa pauvre fiancée ! Le mariage ne va pas avoir lieu.
Ma grand-mère a paniqué et a appelé ma mère, qui, surprise, a appelé son
amie Yvonne.
— Mon frère va bien, de quoi parles-tu ?!
Sans me gronder, on m’a conseillé de rester discrète. La journée s’est passée
et on a oublié.
Le lendemain matin le facteur est arrivé et on lui a offert un café, comme
chaque fois. C’était une tradition. Un café ou un verre de vin, selon l’heure.
Il s’est adressé spontanément à ma grand-mère :
— C’est terrible quand même, mourir si jeune, sur le point de se marier…
Effectivement, l’après-midi qui avait suivi mon rêve, le jeune frère d’Yvonne,
après un repas très copieux et bien arrosé par forte chaleur, avait voulu se
baigner dans une rivière, le Luy. Il était mort d’hydrocution. On a retrouvé son
corps exactement où je l’avais vu, au pied d’un pont, dans un petit village.
Mon rêve avait été prémonitoire. Ce fut ma première expérience marquante.
La petite a effectivement « le don »

Six ans après ce premier rêve, chez ma grand-mère, officiait une cuisinière,
Raymonde, qui avait élevé son petit-fils, Michel. J’ai grandi avec ce petit Michel
et le considérais comme mon frère. Sa mère et lui vivaient chez ma grand-mère,
dans les communs.
Pour ses dix-huit ans, il s’était acheté une voiture bleu ciel décapotable. Une
Floride. En plein été, il m’a emmenée au cinéma à Dax. Sur le chemin du retour,
nous avons pris un virage très serré avec le vide en contrebas. J’ai été prise d’un
malaise, puis je l’ai supplié de revendre cette voiture.
— Tu as vu le ravin ? Tu vas mourir dans ce ravin si tu ne vends pas
immédiatement cette voiture. Et je ne te reverrai jamais, Michel.
Malheureusement, il ne m’a pas écoutée. Vers octobre, il est tombé dans ce
ravin avec sa Floride. Après deux mois de coma, il est mort.
C’était ma deuxième voyance notable.
Toutefois, j’en avais aussi vécu une autre quelque temps auparavant, plus
« raisonnée », concernant mes parents. Ils partaient en vacances à Monaco après
m’avoir déposée dans les Landes chez ma grand-mère. Sans pouvoir réellement
l’expliquer, je leur avais demandé d’annuler leur voyage parce que « maman
allait avoir mal à la tête ». Sur le chemin, ils ont eu un accident, ma mère fut
blessée : un traumatisme crânien… Heureusement, sans gravité.
Outre ces événements, je n’ai eu que peu de manifestations au cours de mon
enfance. Ou peut-être ne m’en souviens-je pas. Elles ont toujours été présentes
malgré tout.

Quelques années plus tard, j’avais une grande amie dans les Landes où je
commençais les Beaux-Arts. Martine Saint-A. Elle faisait des études de
médecine et apprenait le piano. Elle m’a invitée un jour à Hossegor, dans sa
maison de bord de mer.
Un soir, en plein dîner, j’ai ressenti quelque chose. Je me suis exclamée :
— Oh mon Dieu ! Dans la maison en face, il y a une femme qui vient de
perdre son mari et il a un message pour elle.
L’un des parents de mon amie Martine me confirme qu’effectivement, la
voisine avait perdu son mari, six mois auparavant. Je me suis levée, j’ai traversé
la rue et suis allée frapper à sa porte :
— Madame, lui ai-je dit, j’ai un message pour vous de la part d’André, votre
mari.
Elle est restée un peu interdite, ne sachant où me situer. J’ai enchaîné :
— Il me demande de vous dire que vous devez refaire votre vie avec F. Il veut
que vous soyez heureuse. Votre mari, en tout cas, l’est.
J’avais également vu qu’elle aurait un autre enfant, mais je préférai passer cet
élément sous silence.
Sans attendre de savoir si elle m’écouterait, je suis rentrée. J’ai appris par la
suite que cette femme s’était mariée avec ce F. et qu’elle avait eu un autre enfant.
Pour les parents de Martine, qui ne croyaient en rien, cet épisode les a un peu
bousculés dans leurs certitudes.

À dix-huit ans révolus, j’ai poursuivi mes études à Caen. J’ai alors fait la
connaissance d’une fille qui s’appelait Liliane H.
Même schéma, j’ai reçu des messages pour elle. Dont celui-ci :
— Il y a un monsieur qui s’appelle Jean, qui me dit de parler à ta mère.
Quand je suis allée trouver cette dame, elle était sidérée parce que le grand
amour de sa vie, décédé deux ans auparavant, s’appelait bien Jean. Il lui a donné
des conseils, par mon intermédiaire, pour récupérer de l’argent qu’il avait placé,
et il a sauvé sa situation financière.

Ces expériences étaient fortes et liées à des personnes que je côtoyais. Ces
manifestations ne sont pas les seules à m’avoir touchée. D’autres, plus légères,
étaient également très émouvantes.
La Laponie finlandaise

Après mon bac, je suis partie en stop à l’aventure. J’ai toujours aimé faire ce
genre de choses, décidées au dernier moment. J’ai toujours fait mienne cette
phrase de Malraux : « Il faut préférer l’aventure au destin. »
Je suis arrivée en Laponie finlandaise. J’étais seule. J’avais décidé de voir du
pays et je me suis retrouvée dans cette contrée au hasard de mes pérégrinations.
Même si je savais qu’à cette époque la tendance était à l’expérience nordique.
Dans cette région, il y a encore des groupes qui vivent sous des tentes en peau
de phoque, se déplaçant régulièrement en fonction des troupeaux de rennes,
vivant de leur lait, de leur viande. Chaque enfant qui naît a droit à un renne.
Dans la tribu que j’ai côtoyée, tout était initiatique, symbolique. Plusieurs
familles dormaient dans une même tente autour d’un poêle central. La nuit, pour
ne pas avoir froid, ils s’enduisaient le corps de graisse de phoque.
J’ai le souvenir de fjords, avec des eaux magnifiques, de grandes falaises. Des
baleines et des orques complétaient le paysage.
Une nuit, j’ai fait un rêve étrange. J’étais assise sur un rocher au bord de l’eau.
Et j’ai vu émerger la tête d’une orque, qui restait immobile et me fixait. Dans ce
rêve, je comprenais ce qu’elle voulait me signifier : « J’ai perdu mon bébé, je le
cherche… » J’étais bouleversée et je lui indiquais où elle pouvait le retrouver.
Mais dans ses yeux, elle semblait me dire : « Inutile de chercher, c’est vous, les
hommes, qui l’avez tué. »
Le lendemain matin, je me suis levée, nous avons pris une sorte de thé avec du
beurre de renne salé et je suis sortie avec eux. Nous avons marché et sommes
arrivés au bord de la mer. Je me suis assise pour fumer une cigarette. J’ai regardé
au large et soudain, j’ai vu une chose énorme bondir hors de l’eau, plonger, puis
nager vers moi. C’était une orque. Elle s’approchait et sortait sa tête, comme
dans mon rêve. Son œil me fixait. Un œil un peu jaune, qui suintait un liquide,
comme une larme.
Cela a duré plusieurs minutes. Elle plongeait, ressortait, me fixait pendant de
longues secondes. Je suis sûre qu’elle cherchait son bébé, qu’elle était
désemparée. Elle semblait me dire : « Au nom des hommes, rends-moi mon
bébé. » C’était d’une poésie, d’une force incroyable.
Quand elle a replongé et qu’elle est partie, j’ai eu l’impression de perdre une
amie.
Premier mariage

Je me suis mariée et j’ai eu deux enfants. Ce n’était pas un mariage coup de


foudre. Je n’étais pas amoureuse. Mais je me disais que, même lorsque l’on est
très amoureux de quelqu’un, il suffit que la vie passe, avec ses imprévus, ses
accidents et son lot de déceptions, pour que l’on s’aperçoive un jour que l’on
n’aimait pas vraiment, qu’« on aimait bien, mais qu’on aimait mal ». Ou
simplement que l’on pratiquait une sorte de méthode Coué avec autosuggestions
en toutes circonstances. Et surtout qu’un nouvel amour chasse l’autre. L’ex-
grand amour paraît alors dérisoire d’un seul coup. Comme les maisons d’enfance
que l’on imaginait immenses et que l’on revoit des années après, avec leurs
pièces tristement normales et leurs cachettes de château de princesse devenues
aussi magiques qu’un placard à balais.
Cet homme était plus âgé que moi, jouissait d’une très bonne situation et
d’une certaine autorité. Mon père était parti quand j’étais petite fille et j’ai passé
ma vie à la recherche de ce père perdu. Ce mariage était donc une sorte de
baume réparateur. Quand j’ai vu cet homme, j’ai dit, et je m’entends encore le
dire : « Il sera pour mes enfants le père que je n’ai pas eu. » Abandonnée par
mon père, j’ai toujours pensé à l’éventualité d’être abandonnée par un homme.
Les femmes se diviseraient-elles en deux catégories : celles qui recherchent un
père et celles qui recherchent un prince ?
Toutefois, il m’est arrivé une chose extraordinaire avec la maman de cet
homme. Cette femme avait eu deux deuils importants dans sa vie : son petit
frère, mort un 7 juillet à 11 h 30, et, trois ans plus tard, sa petite fille atteinte
d’une méningite foudroyante, décédée un 20 août à 17 h 30. Quarante ans plus
tard, j’accoucherai d’un garçon un 7 juillet à 11 h 30, et trois ans après d’une
fille un 20 août à 17 h 30. Ma Pauline est née trois semaines avant terme.
Le visage en sang de mon grand fils

Mon fils aîné était parti en Alsace chez son père. Je le regardais toujours s’en
aller avec un petit pincement. Quand il était petit, il avait un souffle au cœur. Ça
le handicapait beaucoup dans sa vie de tous les jours, il ne pouvait ni courir ni se
dépenser comme les autres.
Je me suis levée un matin et j’ai dit à Michel :
— Mon fils Pierre a le visage en sang et il m’appelle.
Lorsque j’ai téléphoné, son père m’apprit qu’ils revenaient de l’hôpital, car
Pierre s’était ouvert l’arcade sourcilière.
— Dis donc, me dit-il, quand on l’a recousu, il t’a appelée, ton fils !
Toutes proportions gardées, les jeunes soldats blessés à mort sur les champs de
bataille appelaient leurs mères. Qui les entendaient quelquefois…
Les lieux de combats ont gardé en mémoire les souffrances et les agonies de
tous ces jeunes hommes. Et qui veut/ou peut les entendre en témoignera.
Je suis venu te dire que je t’aime

Comme je l’ai mentionné, ma mère s’était remariée avec un homme de bonne


famille. C’était quelqu’un de très froid. Impossible de connaître ses pensées. Le
genre très difficile à cerner. Il camouflait ses sentiments, il les enfouissait.
Même si je l’appelais papa, toute ma vie, je me suis demandé s’il m’aimait ou
s’il me détestait. J’optais toujours pour la seconde hypothèse. Rien de tel que
quelqu’un de peu communicatif pour se perdre en conjectures et cultiver une
certaine mélancolie.
Quelque temps après sa mort, j’ai appelé ma mère :
— Maman, est-ce que papa m’aimait ?
— Oui, bien sûr qu’il t’aimait… même s’il ne le montrait pas.
Je n’y croyais pas. Je trouvais la réponse de ma mère un peu consensuelle.
Trois mois après son décès – en général, c’est après ce laps de temps que les
défunts me font un signe –, papa m’est apparu. J’ai eu peur de le regarder. Il
était mort à soixante-cinq ans d’un cancer de la gorge qui l’avait décharné.
Pourtant, ce jour-là, il arborait une petite quarantaine et il était lumineux. Je l’ai
vu distinctement vêtu de sa veste, avec sa pochette. Il était toujours très chic. Il a
marché vers moi, est venu devant mon lit, et je me suis levée comme si je sortais
de mon corps ; il m’a saisie, j’ai senti son parfum. Et, dans l’odeur de sa veste,
cette odeur que je connaissais si bien, il m’a prise dans ses bras et m’a dit à
l’oreille : « Je suis venu te dire que je t’aime. »
Il était venu en personne répondre à ma question.
Quand j’ai dit, au début de ce livre que j’étais gâtée, c’est presque un
euphémisme. Je me pose une question sur l’amour qu’on a pu me porter à une
époque de ma vie, et l’intéressé « descend » en personne me dire que oui, il m’a
aimée.
II
MON « DON »
J’ai longtemps eu l’impression de ne pas être comme les autres. D’être
différente. Péjorativement différente. Je voulais être une femme normale, mener
une vie de femme seulement en proie à ses cinq sens. Et puis, j’ai eu conscience
de ce petit « supplément ».
Maintenant, j’arrive à gérer mais cela n’a pas toujours été chose facile. Arriver
à faire comprendre aux autres ce que je pouvais ressentir me paraissait
impossible. Il y a des moments où je me serais bien passée de ce « don ». Bien
sûr, parfois, cela m’a tellement servi, ainsi que les autres, tellement arrangé les
choses…
Ce don n’est pas quelque chose que je maîtrise, comme un don
d’instrumentiste ou de prestidigitation. Il s’invite. Il sait qu’il est chez moi chez
lui. Il me réquisitionne en quelque sorte.
Il se manifeste sous différentes formes, que je vais tenter de décrire.

Il y a des messages que je reçois, mais aussi des voyances, comme des
fulgurances, puis des formes de guidances.
En général, je reçois une voix dans l’oreille gauche. J’ai alors, au niveau du
plexus solaire, comme la sensation qu’on m’ouvre le cœur. Mais ça ne me fait
pas mal. Ça me fait du bien, au contraire. C’est comme si on m’envoyait de la
chlorophylle. Je peux prendre d’immenses inspirations, comme si j’avais des
alvéoles qui s’ouvraient dans mon cœur. Je reçois un amour infini. Je sens une
présence. Je n’entends jamais cette voix dont je fais état sans avoir ces
merveilleux symptômes en signes précurseurs. Ils annoncent une guidance.
Quand il m’arrive d’être inquiète pour mes enfants, ou pour Michel, j’entends
toujours la même phrase, avec la même voix. Ce n’est pas celle des messages.
C’est une voix féminine, mais je ne dirai pas que c’est une voix de femme. Je la
qualifierai d’angélique parce qu’elle est toujours baignée de tintements, de
clochettes, elle ressemble à des instruments de musique éthérés.
Cette voix me dit : « Calme-toi. Calme-toi. » Toujours deux fois. Et toujours
dans l’oreille gauche.
Je suis également capable de percevoir les auras. C’est comme si nous avions
plusieurs corps. Je vois plus que le corps physique, telle une enveloppe
transparente qui déborde de cinq ou six centimètres. Quand les gens sont
malades, je le vois grâce à cela, en observant ce qui les entoure.
Mon don se manifeste parfois par un magnétisme capable de soulager
quelques douleurs, mais c’est loin d’être une spécialité ou encore une capacité
que j’exploite fréquemment.

En revanche, quand j’entre en communication avec un trépassé, ou quand je
me retrouve dans un lieu où il y a une très forte présence, j’ai le côté droit qui se
glace.
Lorsque je pressens un drame, je me recroqueville, je me balance d’avant en
arrière sur ma chaise, un malaise m’envahit. Dès que je me ressaisis et que
j’analyse ce que je viens de ressentir, je constate que les catastrophes agissent au
plus profond de moi en m’envoyant des signes avant-coureurs. « Je prends sur
moi » – au sens propre du terme – ces catastrophes et tourments à venir. Cet
« inconfort » fait partie de ma vie. Il est le prix à payer. Rockefeller disait :
« Tout homme a un prix. » Moi je dirais : « Tout don a un coût. »

Marcelle de Jouvenel recevait des messages de son fils mort à l’adolescence
pendant la Grande Guerre. Dans ses écrits, elle expliquait ce qu’il se passait
lorsqu’elle les recevait ainsi :
Voici maintenant l’emportement dans une sorte de voyance où l’on essaye par des symboles ou des
métaphores de transcrire une vision intérieure dans laquelle on se meut ; on a l’impression que les yeux
voient au travers d’une boule d’eau qui ferait loupe et transfigurerait le réel.
Serait-il exagéré d’expliquer cette sensation par une image ? On se trouve comme projeté dans le soleil –
non dans sa totalité, mais dans son prisme. À vrai dire, cet état participe de l’indéfinissable, il ne peut
que se vivre, les mots le déforment. Il faut ajouter que les pensées reçues ne constituent pas seulement
des phrases, mais qu’elles ont le pouvoir d’œuvrer immédiatement dans l’être, le marquant de leur
résonance, tel un fer chaud qui s’imprimerait dans une cire molle ; et l’on sort de là métamorphosé.
Le ton de commandement propre à ces enseignements vous oblige à obéir et, par la suite, le
comportement est changé 1.
Il y a beaucoup de cette analyse dans mes voyances et mes transports dans
l’ailleurs.
Dans mon rapport avec le Sacré…
Le soir, quand je suis dans mon lit, je ne prie pas selon les préceptes
classiques, avec les automatismes récitatifs. Je parle aux êtres de lumière, je leur
demande de l’aide, des conseils. Quand je m’adresse à mes guides dans une
dimension spirituelle, dans une forme de prière quand même, et que, malgré moi,
mes pensées s’éloignent, quand je décroche, je sens sur mon épaule gauche deux
petites tapes. Ce n’est jamais une injonction, c’est tendre au contraire. Aussitôt
je me remets à prier.

Très fréquemment, ma médiumnité se manifeste sans que je le sache, par
l’intermédiaire de la technologie moderne. Je sers de canal, mon téléphone
également. De nombreuses personnes reçoivent, comme envoyés de ma part, des
messages d’ailleurs. Je partagerais avec vous quelques-uns d’entre eux.

Omniprésent, j’accepte ce don aujourd’hui. Mais, il ne m’a pas toujours
facilité le quotidien.
J’espère que les anecdotes que je vais vous livrer, les récits de ces
manifestations, me permettront d’expliquer au mieux ce fonctionnement
mystérieux.
Mon expérience du Tout

J’ai vécu une expérience sublime, qui a changé complètement ma vie. Pendant
des années, j’ai voulu que l’on m’explique ce que j’avais réellement vécu.
Nous avions une maison à Cadenet, dans le Lubéron, avec un très beau parc.
Parc classé, majestueux, avec des magnolias tricentenaires.
Un jour, alors que nous avions fini de déjeuner, je suis allée sur la terrasse
boire mon café et fumer une cigarette. C’est dire que je n’étais pas spécialement
dans un état de prière ou dans une prédisposition particulière à la méditation. Je
n’étais en attente ou en recherche de rien. Je n’avais pas bu à table, ni fumé quoi
que ce soit pouvant altérer ma perception. J’étais dans un état tout ce qu’il y a de
plus normal.
Je regardais ce parc, et là… j’ai eu l’impression que je sortais de mon corps à
une vitesse sidérante. Je n’étais plus dans mon enveloppe corporelle, je ne la
sentais plus mais j’étais moi quand même. Soudain, je suis passée dans une autre
dimension. Je me suis retrouvée dans l’écorce d’un des magnolias à ma gauche,
puis dans le tronc, j’entendais la sève qui circulait dans l’arbre et qui faisait
comme un bruit de pulsations dans les veines. Surtout, l’arbre était vivant, avec
une forme de conscience, je le sentais capable d’aimer ou de souffrir. Et je me
suis retrouvée dans une feuille. Toujours avec cette impression de percevoir
toutes les capillarités, avec des couleurs sublimes, des orangés, des bleus lapis-
lazuli, des mauves, des verts tendres… et par-dessus tout, j’étais au cœur même
de la vie. À sa source.
Puis, je me suis retrouvée dans la fourmi qui cheminait sur la feuille. Tout ça à
une vitesse étourdissante. Entre les moments où je me suis retrouvée dans
l’écorce du magnolia, puis le tronc, puis la feuille, je voyais bien la différence
d’états et leurs successions, j’avais conscience du temps qu’il me fallait pour
passer de l’un à l’autre, mais en même temps je savais que ça allait à une vitesse
folle. L’expérience a peut-être duré dix secondes ou dix minutes, mais pour moi
elle était figée dans l’éternité.
J’entendais des sons célestes, des partitions d’anges, les couleurs avaient les
mêmes bases que celles de la vie « réelle », mais chacune avait un son propre.
Tout avait un son. La vie avait un son.
J’étais dans la pierre et dans l’eau. En contrebas de la terrasse, il y avait des
anciens thermes romains. J’étais immergée et l’eau était vivante. J’étais l’eau.
Puis la fleur, et chaque cellule du cheval dans le pré d’en face et… et je suis
revenue à moi.
Je ne savais plus où j’étais ni combien de temps ça avait duré. Ma cigarette
consumée, ou non, aurait pu me donner une indication, mais je ne pouvais pas
me concentrer sur quelque chose d’aussi rationnel en revenant à moi.
Pendant que je passais d’un élément à l’autre, j’avais la Connaissance. Je
comprenais tout. Le pourquoi et le comment de l’univers. Je ressentais de la
compassion pour tout : pour la fourmi, pour la feuille, pour l’eau… La vie était
en tout et partout. Et la grande nouvelle, c’est qu’il n’y avait aucune différence
entre la feuille et moi. J’étais le cheval, j’étais la fourmi… et je ressentais un
amour inconditionnel pour chaque chose. Aucun jugement n’existait ni ne
s’emparait de moi.
Je suis rentrée dans la maison avec la tête qui tournait.
J’ai raconté à Michel l’expérience que je venais de vivre. Il m’a regardé,
ébaubi.
— Tu viens de vivre quelque chose d’incroyable, m’a-t-il dit. C’est la quête
des hindouistes. Beaucoup auraient voulu être à ta place.
J’avais du mal à retomber. Il allait me falloir du temps, d’ailleurs.
Pendant les années qui ont suivi cette expérience, ma vie a été complètement
chamboulée. Une psychothérapie n’aurait pas été du luxe. J’aurais eu besoin
d’aide, je pense. Mon entourage ne pouvait plus supporter mon état. Je ne
mangeais plus de viande, je regardais où je marchais pour ne pas écraser
d’insectes, je ne pouvais plus couper une fleur, ni couper une branche sans parler
à l’arbre avant, et même alors, j’avais l’impression de m’amputer. J’étais dans la
solitude, la prostration, la déréliction ; quand j’approchais quelqu’un de très
malade, je ressentais ses souffrances, je me les appropriais, moi qui ne pleure
que rarement, je le faisais pendant des heures. D’ailleurs, Michel soulignait
souvent que j’étais une femme dure parce que je ne pleurais jamais.
Un jour, nous avons regardé ensemble un documentaire sur un éléphant qui
boitait. Je hoquetais dans mes sanglots, j’étais inconsolable. Michel était très
agacé. Même les enfants n’en pouvaient plus : « Toi et ton Expérience ! »
Je voyais le monde sous un prisme différent. Celui dans lequel j’évoluais au
quotidien me paraissait obsolète, dérisoire, illusoire. Je me sentais comme
trompée, délaissée, hors de cet amour, cette vibration que j’avais connus.
Pourtant, cette expérience était tellement positive !
Tout ce que je sais en tant qu’être humain, tout ce que je suis m’affirme que
c’était réel. N’en déplaise aux pragmatiques et aux cartésiens. J’ai eu une vision
de l’univers qui m’a révélé que nous sommes petits et insignifiants, et rares et
précieux à la fois. Éternels aussi. Aucun de nous n’est seul. Je souhaite que
chacun puisse ressentir un jour cette béatitude, cet espoir.
Le précurseur de la physique moderne, Erwin Schrödinger, écrivait, au début
du XXe siècle : « Aussi inconcevable que cela puisse paraître à la raison
ordinaire, vous, et tous les êtres conscients en tant que tels, vous êtes tout dans le
Tout. »

Après cet épisode, je ne sentais plus les mauvaises odeurs. Aucune ne
m’incommodait. Même les plus abjectes. En revanche, en arrivant dans certains
endroits, des odeurs de lys ou de rose m’envahissaient ; et les personnes avec
moi ne les sentaient pas. Parfois je devais même sortir tant les parfums étaient
entêtants. Mais une fois dehors, ça ne changeait rien. Les odeurs demeuraient.
Quand j’étais toute petite, mon grand-père me disait toujours que j’avais un
flair de chien de chasse. Je détectais la moindre odeur de gaz. Après mon
expérience du Tout, plus aucun relent ne m’atteignait.
Au fil du temps j’ai appris à évoluer, à m’adapter aux surprises – bonnes ou
moins bonnes – que m’apporte mon don de voyance. Il fallait que j’accepte la
règle du jeu. Les manifestations physiques sont aussi prégnantes, sinon plus, que
les manifestations psychiques puisqu’elles soulignent ma condition d’être de
chair et de sang. Vulnérable.
Un jour, tu verras… Georges van Parys

C’était un soir, dans notre grande maison de Chatou. Jean T. – notre grand ami
et grand médium – était là. Michel était parti chanter dans le nord de la France.
Nous étions seuls, Jean et moi, dans cette grande baraque. Les enfants étaient en
week-end chez leur père et l’employé était dans la maison de gardien.
Je dis à Jean :
— As-tu déjà entendu la version d’« Un jour, tu verras » que Michel a
enregistrée ? Tu sais, la chanson de Georges van Parys chantée par Mouloudji ?
— Non…
Je mets le disque et on s’assoit. La maison comportait une vaste entrée, avec
deux marches qui descendaient vers un double salon, et au bout, une baie vitrée
qui donnait sur le jardin. On s’assoit sur une de ces deux marches, la chanson
démarre, notre regard dirigé vers l’extérieur.
C’était un beau soir d’août, avec un ciel étoilé, et dès les premières notes de la
chanson, un oiseau blanc est apparu, une tourterelle ou une colombe, voletant
dans le jardin.
Soudain, nous l’avons vu comme exploser en une myriade de toutes petites
lumières très vives, blanches et dorées, sans être aveuglantes pour autant.
L’oiseau tournait sur lui-même, décrivait des cercles. Ce ballet lumineux s’est
prolongé jusqu’à la dernière note de musique.
Jean et moi nous sommes regardés, à la fois émerveillés et abasourdis.
Nous avons inspecté tous les recoins, nous sommes montés dans les chambres
pour voir s’il n’y avait pas de lumières allumées qui auraient pu jouer dans les
reflets de la baie vitrée, nous avons vérifié que les voisins étaient bien absents,
au cas où cela serait venu de chez eux. Rien. Aucune lumière pouvant se
réfléchir ou se refléter.
Nous avons remis la chanson une demi-douzaine de fois. Rien ne s’est passé.
Comme je l’ai dit, cette chanson avait été composée par Georges van Parys
dont la femme était une très grande amie de Michel. Mon mari avait repris « Un
jour, tu verras » et la lui avait dédiée.
Quelques jours après le phénomène de l’oiseau en lumières, nous avons appris
que le soir où nous avions écouté cette chanson, cette femme, artiste peintre,
était morte.
Jean, avec qui j’étais au chevet de Michel voici quelques jours, m’a reparlé de
cette histoire qui l’a beaucoup touché et impressionné ; lui pourtant rompu au
paranormal.
Messages d’ailleurs

Voici ce que l’on m’a « dicté » le 15 juillet 1995 :


Vous devez vous souvenir de chacune de vos paroles. Aimez-vous les uns les autres. Ayez de la
compassion pour tous vos frères humains, quelles que soient leurs conditions, leur âge, ou leur foi. Ne
jugez pas, de peur d’être jugés vous-mêmes un jour. Ne parlez qu’en peu de mots et écoutez les autres ;
chaque être vivant sur cette terre est votre semblable. Si vous vous sentez meilleur que l’un d’eux, c’est
que vous lui êtes inférieur. Restez humbles mais forts face au mal, et, envers les autres, restez inoffensifs
et silencieux comme les vieux animaux. Ne soyez pas des coquilles vides mais soyez bien vivants et
actifs envers la vie et le travail. Sachez qu’il vous sera donné de comprendre et d’obtenir la
Connaissance qu’après avoir compris votre devoir sur terre. Agissez, décidez, modelez vos vies en
fonction de Dieu et uniquement en fonction de lui. Ne séparez jamais votre vie spirituelle de votre vie
matérielle ; restituez à vos consciences et à vos vies leurs vrais droits et leurs vraies raisons d’être.
Fusionnez les uns les autres sans jamais vous juger. Dépassez vos querelles stériles et douloureuses. La
véritable Connaissance n’est pas l’érudition pratiquée pour elle-même mais la connaissance mystique de
votre âme et de votre père et l’obéissance que vous lui devez. Partez à la recherche du Graal. Méditez,
méditez, méditez. Consacrez dès à présent votre vie au Ciel. Ceci est notre message.
Les vingt prochaines années

Michel terminait l’enregistrement de son album Les Voix du Brésil ou Oubliez


tout ce que je vous ai dit, je ne sais plus exactement. Je devais rejoindre Jean-
Michel Rivat – coparolier avec Michel de pratiquement tous ses succès, « Quand
j’étais chanteur », « Le Loir-et-Cher », « Le Chasseur », « Ce lundi-là », entre
autres – chez lui, dans le XIIIe arrondissement. Nous avions prévu de partir
ensemble retrouver Michel au studio du Palais des Congrès où il finissait
d’enregistrer. Malheureusement, je me suis retrouvée dans les bouchons sur le
périphérique. Jusqu’à la porte d’Italie, je ne me souviens pas de ce qu’il s’est
passé, je n’avais plus aucune notion du temps. Ce que je sais, c’est que durant ce
trajet, j’ai reçu un message – toujours du côté gauche, comme je le mentionnais
plus haut – une voix bienveillante, douce, qui m’annonçait tout ce qui allait
arriver au cours des vingt prochaines années.
Dès que j’ai pu, en sortant du périphérique, je me suis garée, j’ai pris mon
agenda et j’ai écrit très vite ce que cette voix venait de me dire, pour ne rien
oublier. Jean-Michel Rivat a également tout noté, Michel aussi.
Tout, absolument tout, est arrivé aux dates que la voix m’a données :
l’explosion de l’URSS, le soulèvement des banlieues de 2005, la guerre en ex-
Yougoslavie, la crise monétaire…
L’avenir ne s’annonce pas brillant. Mais, tout s’arrangera vers 2030.

J’ai eu des guidances comme ça, avec des mots que je ne comprenais même
pas. Par exemple, on m’a récité le Credo de l’époque du concile de Nicée en
325, tel qu’il a été défini à l’époque, avec les termes anciens. Ou encore des
extraits de l’Évangile. La plupart du temps, on me donnait des références
d’épîtres, en général de saint Paul… Ce genre de phénomènes m’arrivait souvent
quand nous étions en voiture, Michel et moi. Et il m’apportait toujours une
réponse aux questions que nous pouvions nous poser alors.
Signes

Lorsqu’un ami ou un proche m’annonce qu’il va faire des analyses ou des


examens et qu’il est très anxieux, la nuit suivant notre conversation, je deviens,
en rêve, une cellule qui explore son corps. S’il y a un problème, je vois
exactement où il est et me projette dans l’organe malade.
Cela fonctionne également pour moi. Par exemple, la veille d’une
mammographie, terrifiée à l’idée qu’on me diagnostique un cancer, comme tout
le monde, j’ai parcouru ma poitrine de l’intérieur, j’étais en présence de milliards
de petits vaisseaux… et je savais que je n’avais rien.
Une amie, Sandrine, à qui on avait trouvé un petit nodule à un sein, devait
faire une biopsie. C’était peut-être cancéreux. Elle m’a appelée complètement
paniquée, elle, si jeune, avec deux enfants, avoir une telle épée de Damoclès au-
dessus de la tête… La nuit qui a suivi, j’ai vu en songe une espèce de matière
jaune avec de petites boules dedans, d’autres jaunes aussi dans la sphère même.
Le lendemain je l’ai appelée et je lui ai dit :
— Sandrine, c’est un kyste graisseux ton nodule.
Elle est arrivée très décontractée à son examen. Elle avait confiance en ma
voyance puisqu’elle avait souvent eu l’occasion de vérifier son exactitude.
Quelque temps plus tard, nous montions toutes deux l’escalier de ma maison
de Villennes-sur-Seine, lorsque je vis… C’était tellement fort que je me suis
retournée vers elle et je lui ai dit :
— Tu es enceinte, tu sais ? Je peux même te dire le sexe.
— Non, arrête, je ne suis pas enceinte…
L’un de ses deux enfants était né avec une grave malformation cardiaque. Une
telle épreuve l’avait fortement marquée, elle ne voulait plus enfanter. Je n’ajoutai
donc rien.
Pourtant, après avoir confirmé ma vision grâce à un test de grossesse, elle a
accepté son état. Elle a mis au monde une fille dont je suis la marraine et qui se
prénomme Jeanne.
En montant ces marches, avec Sandrine derrière moi, j’avais soudain été
projetée dans son ventre et j’avais vu que c’était une fille…
En ce qui me concerne, j’ai vu que j’étais enceinte en traversant une rue et j’ai
su, de la même façon, qu’il s’agissait d’un garçon.
Les anges

On m’a offert un jour Enquête sur l’existence des anges gardiens de Pierre
Jovanovic. Je la lisais, un soir, dans mon lit. J’avais des bracelets aux poignets,
que je garde même pour dormir. Avant d’éteindre la lumière et de m’abandonner
au sommeil, je dis :
— Mon ange, si vous existez vraiment, donnez-moi un signe.
Quand je me suis réveillée le lendemain matin, une image était coincée sous
mes bracelets. Elle représentait une petite fille soutenue par un ange. Devant
elle, une montagne avec un chemin sinueux, et tout en haut, la croix du Christ.
J’ai bien sûr gardé cette image et je l’ai toujours avec moi.
Je sais depuis que les anges veillent sur nous et qu’ils ne sont jamais loin. De
nombreuses expériences me l’ont confirmé.

Depuis que je suis toute petite, j’ai pris tous les avions du monde. Je n’avais
jamais eu peur. Lorsqu’un jour, alors que nous devions nous rendre à Biarritz,
j’ai supplié Michel de sortir de l’appareil. Je ne sais pas pourquoi j’ai eu
tellement peur soudainement ; nous avons dû louer une voiture pour rentrer sur
Paris. Pendant dix ans, je n’ai pas repris l’avion.
Quand Michel est tombé malade, mon fils aîné m’a mise d’office dans un vol
en me disant :
— Maman, pars quelques jours dans le Sud.
Je me suis donc retrouvée dans un avion alors que je m’étais juré de ne plus
jamais en prendre un. Une vraie phobie.
Pourtant, ce jour-là, en regardant par le hublot, deux êtres de lumière me sont
apparus. L’un sur l’aile gauche, l’autre sur l’aile droite. Grands, tous deux de la
même taille mais différents physiquement. Ils paraissaient jeunes, mais je ne
saurais pas dire si c’était des hommes ou des femmes. Ils n’étaient pas
transparents, mais translucides comme la porcelaine et dégageaient une
incroyable lumière, très blanche. Dans leur dos, je vis ce que le sens commun
pourrait qualifier d’ailes, mais il s’agissait plus d’une sorte de vibrations. Ils
étaient assis sur les ailes de l’avion et me souriaient en me faisant des signes
d’apaisement, comme s’ils me disaient :
— Tout va bien se passer.
Une immense paix m’a alors envahie et, en pensée, l’un d’eux m’a dit :
— Dans quarante-huit minutes, il va y avoir un grand trou d’air et ça va te
faire rire.
Quarante-huit minutes après, il y eut un grand trou d’air et ça m’a fait rire.

Une fois en allant à Londres, j’ai vu un de ces êtres de lumière à l’intérieur de
l’appareil me faire « non ». Il était très lumineux, très grand et mince, dégageant
un amour inconditionnel.
Ces êtres ne jugent pas. Mais quand je les regarde, je vois exactement qui je
suis et où j’en suis. Je ne comprenais pas pourquoi celui-là me disait « non » ;
pourtant, je sentais qu’il n’y avait pas de danger. Il souriait, riait presque.
L’avion amorçait son décollage. À ce moment-là j’ai senti que quelqu’un me
tapait sur l’épaule. C’était le steward. Il m’a demandé d’éteindre mon téléphone
portable. J’étais en train d’écouter de la musique. C’était cela que l’ange voulait
me dire. Quand j’ai levé la tête, il avait disparu.

Je les vois de moins en moins quand je prends l’avion.
Ils se mettent sur les ailes de l’appareil comme s’ils recherchaient le vent. Ils
passent de l’une à l’autre à toute vitesse, comme s’ils en faisaient un jeu. Ils
volent devant l’avion, allant plus vite que lui, et ils reviennent. Ils
m’apparaissent toujours au moment du décollage et de l’atterrissage. Jamais
pendant le vol. Mais dès que je les aperçois, je sais exactement ce qui va se
passer.
Avec eux je n’ai plus jamais eu peur.
Le photographe

Michel et moi étions partis pour l’île de Ré en thalassothérapie. La thalasso est


presque le passage obligé des stars. Une cure « forcée » contrebalançant tous les
abus inhérents à ce statut : bons restaurants, fêtes, invitations officielles où il est
difficile ou délicat de chipoter, etc. Puisqu’il nous est tout le temps interdit d’être
mesurés, nous sommes bien obligés de passer des abus au régime drastique pour
tenir une moyenne.
Un photographe de l’agence Sygma devait nous retrouver là-bas afin de
réaliser un reportage sur Michel et moi pour Paris Match. Lorsqu’il est arrivé, ce
photographe était terrassé par la douleur que lui causait un abcès à une dent. Il
était allé voir un stomatologue, mais rien ne le soulageait. Il restait reclus dans sa
chambre, assommé par les élancements, dans l’impossibilité de faire son
reportage. Il faut dire que sur l’échelle de la douleur, une rage de dents est dans
le hit-parade.
Michel m’a dit :
— Avec ton magnétisme, tu peux peut-être essayer de faire quelque chose ?
Michel a beaucoup insisté puisque, personnellement, je rechignais à parler de
mes aptitudes. D’ailleurs, je pense que mon fils Emmanuel a aussi ce don, mais
ce n’est pas le propos.
Michel est parti trouver le photographe et lui a expliqué que je pourrais peut-
être faire quelque chose. Il a accepté de tenter l’expérience. Je suis donc allée le
voir et lui ai fait un soin. Une heure plus tard, il n’avait absolument plus rien. Il
était tellement heureux qu’il a pu boucler le reportage dans la joie et la bonne
humeur et a passé la nuit en boîte à s’éclater pour fêter ça. Cela faisait huit jours
qu’il était complètement cassé par la fièvre et la douleur ; les antibiotiques,
analgésiques, anti-inflammatoires ne lui avaient fait aucun effet. En une heure, je
l’avais soigné.
Je ne cherche pas à présenter ce récit comme l’un de mes exploits. C’est
simplement le compte rendu des événements, la description du don dont j’ai
hérité et qui m’émerveille moi-même. Lorsque j’ai l’air de m’en vanter, c’est
tout simplement que je loue les « instances supérieures » de m’avoir élue.
Et quoi de plus noble que d’alléger la peine de son prochain ? J’avoue que
quand j’étais petite fille si on m’avait dit que j’allais aider à soulager la douleur
des gens, je n’y aurais pas forcément cru, ce n’était pas ma vocation. J’étais plus
encline à être marchande.
Au bout du compte, comme je vous l’ai dit, je n’en fais que peu usage. Je n’ai
réitéré l’expérience que très occasionnellement et dans des cas de force majeure.
Le 11 Septembre

Mon don s’est manifesté pour les Twin Towers.


La veille j’avais eu cette sensation dont j’ai déjà parlé, j’ai entendu cette voix.
Michel était dans la cuisine avec Jean-Michel Rivat. Moi, je vaquais dans la
maison et j’ai entendu en clairaudience une voix qui me récitait un extrait de
l’Ancien Testament dont on m’a donné la référence. J’ai relu le passage de la
Bible, comme on me le demandait. Il y est question de tours en flammes et de
personnes qui se jettent dans le vide.
J’ai eu cette guidance le 10 septembre…
Enquêtes et disparitions

J’ai souvent aidé la police à rechercher des personnes disparues. J’ai connu
des succès au cours de ces recherches, parfois des réussites très mitigées, mais
aussi des échecs. J’en ai tiré une grande leçon : je dois toujours, toujours rester
sur ma première voyance, sur mes premiers flashs. Dans ce cas, je me trompe
très rarement. Mais quand on me questionne, quand on me demande d’analyser
mes visions, je vais inconsciemment dans le sens des enquêteurs et je perds ma
spontanéité, ma première certitude. Quand on m’amène à raisonner mes
fulgurances, elles s’avèrent beaucoup moins fiables. J’ai comme une déperdition
sensorielle si je puis dire.

La disparue de Cherbourg

Un jour, on m’a contactée à propos d’une femme disparue à Cherbourg. On


m’a dit :
— Elle est partie un jour, elle n’a pas laissé de mot, rien. On n’a plus aucune
nouvelle.
J’accepte de me rendre là-bas, sur les traces de cette femme. Déjà au
téléphone, j’avais spontanément répondu :
— Je vois une falaise, mais pas de mer, beaucoup de rochers. C’est là qu’elle
est. C’est comme une petite montagne.
Quand on évoque Cherbourg, ce n’est pas vraiment à ça que l’on pense. On
pense au port, à la mer, à la noyade… mais mon premier flash était cette petite
montagne. Élément qui s’est avéré très important.
Michel m’a accompagnée. Il l’a souvent fait dans mes « enquêtes ».
Vu de l’extérieur, cela fait un peu cliché, le chanteur célèbre et la médium qui
enquêtent sur une disparition. Un peu comme dans la série des années 1970-
1980, Pour l’amour du risque. Jonathan et Jennifer, les justiciers milliardaires,
qui mettent leur grain de sel sur les scènes de crime au lieu de continuer à
profiter tranquillement de leur vie paradisiaque.
Les fans de Michel auraient pu le reconnaître et s’exclamer :
— Oh, Michel Delpech ! Qu’est-ce qu’il fabrique ici ?
— Je crois qu’il enquête sur une disparition avec sa femme.
Surréaliste.
Je dois dire qu’il se prêtait au jeu de bon gré. Il s’investissait, me servait de
« retour », de candide, me connaissant bien et sachant surtout comment je
fonctionne avec mes engouements et mes restrictions, mes atermoiements et mes
certitudes.
En arrivant à Cherbourg, sur ma droite, je vois une sorte d’immense rocher, un
peu comme celui des singes au zoo de Vincennes, mais en trois fois plus haut. Je
dis à Michel :
— Elle est là, elle est là, j’en suis sûre.
Rien à voir avec la mer. On était à cinq cents mètres, à vol d’oiseau.
On m’a conduite chez le mari de la disparue – sans nouvelles depuis six mois
– et on m’a donné une chaussure qui lui appartenait. Je me suis tournée vers le
mari :
— Votre femme me dit qu’il faut que vous continuiez à faire des omelettes.
Il blêmit et m’avoue qu’il tenait un restaurant dont la spécialité était
l’omelette. Bien sûr je ne connaissais rien de cet homme, de ses fonctions et de
ses talents.
— Depuis la disparition de ma femme, j’ai fermé le restaurant, me dit-il.
— Je suis navrée… Elle est morte. Près d’une falaise… sur un rocher.
Lancée, je lui parle d’elle. Son caractère, pourquoi elle est partie, pourquoi
elle a mis fin à ses jours.
Malgré tout cela, le mari et les enquêteurs étaient convaincus qu’elle s’était
noyée. C’était leur conviction.
Ils m’ont donc amenée au bord de la mer.
Quarante-huit heures plus tard, leur supposition m’affecte. Je finis par leur
dire que oui, elle doit être du côté de la mer mais dans les rochers. Je voyais des
rochers. Ils me persuadaient qu’elle était noyée. Je la voyais morte, je la voyais
écrire sur un papier…
L’hiver qui a suivi, on a retrouvé son corps avec ce papier, au pied du rocher
que j’avais vu en arrivant à Cherbourg. Elle était bien là où je l’avais dit dès le
début.
Dans cette affaire, je m’étais laissée influencer. Je dois toujours coller à ma
première voyance et ne pas en démordre.
Témoignage de Karl Zéro

Geneviève est extraordinairement forte en matière de « voyance sur photo ».


Chaque fois qu’on lui montre un cliché, sans nom, sans légende, en étant certain
qu’elle ne peut rien recouper par Internet ou autre, dans les trois minutes qui
suivent, elle voit. Je l’ai testée plein de fois. Elle a un don extraordinaire que je
n’ai jamais rencontré chez personne.
Au départ, je ne suis pas spécialement client de la voyance, mais elle – si je
peux me permettre d’être légèrement trivial – me « troue » littéralement. Je ne
peux pas donner de faits particuliers parce qu’il y a beaucoup d’affaires qui sont
pendantes, comme on dit. Mais, je me souviens d’un exemple précis que je peux
mentionner.
Je suis à Los Angeles, j’enquête sur le célèbre producteur Phil Spector – il a
travaillé avec John Lennon, Tina Turner et produit l’album des Beatles, Let it be,
entre autres – accusé d’avoir assassiné par arme à feu, dans une sorte de jeu un
peu sexuel, une certaine Lana Clarkson. Je suis dans le brouillard : lui et son
entourage me jurent qu’il n’y est pour rien, que la fille est venue se tirer une
balle dans la bouche avec son pistolet chez lui ; mais pour le LAPD, sa
culpabilité ne fait pas un pli… Soudain, je pense à Geneviève, ma copine la
« Pythie ». J’étais dans un restaurant cajun, je pense : « Mais oui, je vais envoyer
la photo de Lana à Geneviève pour voir ce qu’elle dit. » Je prends à témoin les
gens qui étaient avec moi pour l’enquête, le cadreur, le journaliste, je leur dis :
« Vous allez voir, vous allez halluciner ! » J’envoie donc la photo de la fille.
Sans aucune indication. C’est une Américaine, ça s’est passé quinze, vingt ans
auparavant, impossible de s’appuyer sur des repères plausibles. Trois minutes
plus tard commence une série de S.M.S.
Premier S.M.S. de Geneviève : « Je vois un type très inquiétant avec une
espèce d’énorme choucroute sur la tête. » Puis : « Cette fille travaille dans un
bar… il la ramène à la maison… il joue avec un pistolet, le coup part, elle est
morte. »
À partir de ce moment-là, parmi les personnes qui m’accompagnent, plus
aucune ne doute. Geneviève nous inonde de S.M.S. avec des détails
inimaginables, c’est stupéfiant.
Le don qu’elle a est terrible en même temps. Je traite de disparitions d’enfants
dans mes enquêtes sur les faits divers. C’est comme ça qu’on s’est rencontrés,
par hasard, à un dîner chez elle avec des amis communs, et qu’on a commencé à
parler de la disparition de la petite Estelle Mouzin. Le père d’Estelle, Éric, était
présent. J’ai trouvé très étrange qu’ils se connaissent parce que M. Mouzin est
quelqu’un de très cartésien.
Bien souvent, depuis, j’ai présenté à Geneviève des visages d’enfants
disparus. Parfois, elle a pu me dire en détail ce qu’il était advenu d’eux. Elle
voyait tout : où ils étaient, comment ils étaient morts, le genre de prédateurs qui
les avait tués. Ces flashs, ces voyances, je ne peux évidemment pas en faire état
publiquement, ce serait irresponsable vis-à-vis des parents des disparus, d’autant
que la vérification de ses dires demanderait un temps et des moyens illimités ;
mais j’ai commencé à prêter l’oreille. Dans pas mal d’histoires célèbres, je l’ai
testée, et ce qu’elle « voyait » correspondait exactement à la réalité établie de
faits qu’elle ne pouvait pas connaître. Depuis, si j’ai un doute, il m’arrive de lui
envoyer une photo et de lui dire : « Là, j’hésite. Est-ce que ça vaut le coup de me
mettre sur cette histoire ? » En fait, je lui envoie juste une photo, en marquant
dessous, par exemple : « Qu’est-ce qu’il a fait ? » Sa réponse est souvent
extrêmement signifiante.
Mais il y a des cas où je ne lui demande rien du tout, c’est elle qui prend les
choses en main. Dans ce cas, c’est plus délicat. Si par malheur on montre à la
télé la photo d’un enfant qui vient de disparaître et que, tac, elle a un flash, elle
m’appelle aussi sec :
— Vite, il est au fond du puits, à quatre cents mètres, y a un sapin vert près de
la maison, vite, il est encore vivant.
Et là, je rame. C’est la position pourrie par excellence. Je sais qu’elle ne ment
pas, qu’elle ne raconte pas de salades, mais que la voyance, pas grand monde n’y
croit… Le cas de conscience, quoi ! Vous imaginez, il faut immédiatement que
j’appelle la gendarmerie pour donner les infos de Geneviève qui peuvent
s’avérer cruciales, et je sais d’avance que je vais tomber sur un mur :
— Allô ? Bonjour, c’est Karl Zéro.
C’est comme si je disais : « Bonjour, c’est Batman. » Qu’est-ce qui leur
prouve que c’est bien moi ? Déjà, pour trouver le bon gendarme, le chef du
service de recherches de la gendarmerie de l’endroit par exemple, ça a été la
galère. Il m’écoute donc sans en croire un mot et je m’échine :
— Le petit X. disparu est vraisemblablement dans un puits à quatre cents
mètres de la maison, près d’un sapin. Faut se dépêcher, il vit encore.
L’autre :
— Vous êtes gentil monsieur Zéro, hein, mais qu’est-ce qui vous autorise à
dire ça ?
— Eh bien, écoutez, je vous la fais courte, c’est une amie, il se trouve qu’elle
a un don de voyance extraordinaire, notamment dans ce genre de cas, mais voilà
elle tient à garder l’anonymat…
— Écoutez monsieur, on a du travail, on n’a pas de temps à perdre. Nous, on
cherche un gosse. Vous savez ce que c’est ? Vous avez des enfants vous-même ?
Alors imaginez !…
— Je ne plaisante pas. Je ne vous demande pas de croire à la voyance, ou à
l’astrologie, ou aux tables qu’on fait tourner. Je vous demande de faire quatre
cents mètres, d’aller voir près du sapin s’il y a bien un puits, et si des fois le
gosse n’y serait pas…
Mais rien à faire. La voyance, c’est pas crédible à ses yeux.
— D’accord, on vous écrira.
Pof, il raccroche. Bien entendu, les gendarmes ne vont pas voir à cet endroit
précis, ils ne trouvent pas le gosse ailleurs non plus. Ils ne trouvent pas le gosse
en question. Trois jours après on le retrouve exactement, EXACTEMENT là où
Geneviève me l’avait dit. Mort. Ça fait chier quand même. Quand même.
Elle a une voyance de « combat ». C’est une personne croyante, elle est au
service du Bien. Elle se met en quatre pour voir. Elle ne triche pas. C’est quelque
chose de très étrange, que j’ai observé : si vous êtes à côté d’elle et qu’elle se
met en état de voyance, elle se retrouve vite dans un état proche de la transe. Elle
a très chaud, ou très froid, très peur ou très mal. Elle ressent physiquement ce
que la victime a enduré. C’est extrêmement éprouvant pour elle. Elle peut même
être en proie à une espèce de panique. Là, il faut arrêter.
C’est pour ça aussi qu’elle n’a jamais voulu en faire un métier. De toute façon,
je ne pense pas qu’elle pourrait faire de « l’abattage », avec des gens qui se
succéderaient dans son cabinet avec leurs problèmes, leurs fantasmagories, leur
soif d’avenir…
Ses flashs, ses voyances, ce n’est pas une science exacte, dans ce sens où,
concernant un dossier elle va « voir », et sur un autre non. Ce n’est pas « à tous
les coups, on gagne ». Elle peut aussi se tromper, mélanger deux histoires, s’y
perdre. Ses « informations », elle-même ne sait pas d’où elles lui parviennent, et
par quel canal. De même qu’une fréquence radio peut en brouiller une autre, une
vision peut venir en perturber une autre. Il y a une chose qui nous dépasse
complètement, qui a un rapport avec le sens de la vie, avec la mort et le fait que
nos âmes continuent d’exister et d’évoluer ailleurs, avec l’au-delà. Ce sont les
choses les plus « sérieuses » du monde, mais le monde « sérieux » les traite entre
ricanement et désinvolture.
Je ne lui ai jamais rien demandé me concernant. Ce n’est pas sa vocation
première, je pense. Son don ne se situe pas par là. J’ai bien peur que, quand ce
bouquin va sortir, elle reçoive des quantités astronomiques de courriers. Des
gens qui attendent une réponse à leurs affres, leurs angoisses… Elle va se
retrouver hyperexposée, surtout si elle n’a plus Michel. Elle est une personne
fragile, au fond. Elle va susciter des espoirs fous chez des tas de gens et elle aura
de grandes difficultés – et je suis bien placé pour le savoir – à prouver les choses.
Pour aller au bout de ses voyances avec une réussite maximale, il faudrait des
moyens d’investigation immédiats, spontanés. Faudrait le GIGN à son service.
Ce qu’il y a de malheureux, c’est qu’en France, contrairement aux États-Unis,
ils ne prennent pas ce don en considération, ils n’écoutent pas. Ils sont si
cartésiens, si hautains, presque méprisants. Pour eux, ce sont des trucs de
sorcière ; c’est catégorisé : « fou dangereux ». Ils préfèrent croire au CAC 40, au
loto ou au Code de la route. Bref, à des trucs qui existent. Pourtant, cette femme
a un don extraordinaire. Elle entrouvre la porte sur la vie après la vie. C’est un
peu notre Raymond Moody. Elle ressent la présence de personnes décédées, elle
leur demande si elles sont bien, si elles attendent encore quelque chose de cette
terre. Elle m’a fait part de choses très personnelles que lui confient des enfants
décédés dans des circonstances terribles… On est dans l’intangible, on pourrait
se dire que c’est n’importe quoi, et pourtant non. Elle n’invente pas. Je n’ai pas
souvent rencontré de personnes aussi branchées sur l’invisible. L’invisible ce
n’est pas ce qui n’existe pas, c’est ce que nous, communs des mortels, nous ne
voyons pas. Geneviève n’explique pas l’invisible, elle le voit. C’est sidérant et
magnifique.

Estelle Mouzin

Je ne connaissais pas du tout le papa d’Estelle Mouzin. Cette triste affaire m’a
permis de rencontrer cet homme exceptionnel.
Estelle a disparu en janvier.
Quelques semaines après, j’étais en vacances à Trouville avec mon petit
garçon et Adrien, le filleul de Michel. Avant de m’endormir, j’entends une voix
de petite fille : « Je suis à Saint-Thibault-des-Vignes. »
Je pense tout de suite à la petite Estelle dont tout le monde parlait à ce
moment-là. J’avais la certitude qu’elle était morte.
Je parviens à obtenir les coordonnées du père et l’appelle. Je tente d’être aussi
délicate que possible dans de telles circonstances. Je lui demande s’il y a une
ville près de Guermantes – où elle habitait – du nom de Saint-Thibault-des-
Vignes. Il me répond par l’affirmative.
Je dis à Michel :
— Il faut y aller. Je vois cette petite fille à l’arrière d’une voiture blanche, une
sorte de voiture de livraison, avec les vitres peintes en blanc à l’arrière.
Lorsque nous arrivons à Guermantes, je guide Michel, je lui dis de prendre
telle et telle route, et nous arrivons dans un lotissement d’à peu près deux cents
maisons. Devant l’entrée de l’une d’elles, je me tourne vers mon mari et lui dit :
— C’est là qu’Estelle habitait.
Je sonne. Une femme vient ouvrir.
— Vous êtes la maman d’Estelle Mouzin ?
— Oui.
La petite Estelle n’arrêtait pas de me parler. Elle me disait qu’elle me
donnerait le nom de son ravisseur plus tard.
Branle-bas de combat.
Je leur ai décrit la façon dont elle était habillée le jour de sa disparition. J’ai
amené son papa sur le chemin qu’elle avait pris à la sortie de l’école, un tout
petit chemin. On a pu le vérifier après auprès d’une de ses copines qui
l’accompagnait. J’entendais le nom qu’elle employait en se retournant pour dire
au revoir…
Je voyais que cette petite avait passé toute une nuit sous une bâche bleue en
matière plastique. Avec Éric, son père, et toute une équipe, je suis allée des
dizaines de fois à Guermantes et ses alentours, là où elle avait disparu, et je
voyais toujours le même chemin…
Mais petit à petit, à force de m’y amener, à force de me questionner, je me suis
sentie mal, au point d’avoir des nausées, je ressentais l’agonie de cette petite
fille.
Puis, je n’ai plus rien entendu. Si l’on m’avait écoutée dès le départ, les
recherches ne se seraient déroulées qu’à l’endroit que j’indiquais. Mais, on
voulait que ce soit ailleurs.
Avec le recul, je sais que c’était F. En fait, deux prédateurs ont « exercé » sur
les mêmes lieux. Ce qui a fait comme des interférences et que parfois je
m’embrouillais, passant de l’un à l’autre. J’ai donné beaucoup de détails qui se
recoupaient avec une autre affaire très célèbre.
Je sais qu’Estelle a été embarquée dans une camionnette, qu’il l’a laissée à
l’arrière d’une maison du côté de Saint-Thibault-des-Vignes. Le soir même, il l’a
étouffée, étranglée et violée. J’ai tout « vu ». Dès les premiers instants où je me
suis branchée sur sa recherche, Estelle m’a dit où elle était. J’en ai beaucoup
souffert, et aujourd’hui, je le vis comme un échec.
Le papa d’Estelle et moi sommes devenus très amis. Il m’a dit :
— Maintenant je sais comment tu fonctionnes, il faut écouter tes premiers
flashs.
Tout le monde donne son avis : la maman, les grands-parents, la gendarmerie ;
ça tire dans tous les sens et dans des directions contraires. Dans des enquêtes
comme celle-ci, quand on m’appelle, ce n’est même pas utile que je me déplace.
Il faut que l’on écoute ce que j’indique et chercher. Sinon nous assistons à des :
« si on passait par là, c’est louche comme coin » ou « si on cherchait dans cette
maison, y a un pédophile, ça ne pourrait pas être lui ? ». On m’assénait avec
des : « Réfléchissez bien. »
Réfléchir, c’est tout le contraire de ce qu’il faut que je fasse. Mes premières
sensations sont toujours les bonnes. Parce que je ne sais plus où j’en suis après
trop de suppositions, de scénarios étayés. Comme un chien à qui on embrouille
le flair en le tirant à droite à gauche vers des foyers d’odeurs différents.
Il aurait fallu se concentrer uniquement sur Saint-Thibault-des-Vignes. Au lieu
de ça, on m’a baladée pendant plus d’un an.
Il ne faut pas avoir l’esprit « orchestre » dans ces moments-là, en écoutant ce
que font le violoncelle et le hautbois ; il faut surgir en violon solo et s’affirmer
en chorus. Pour le bien de l’effet final.

Témoignage d’Éric Mouzin

Nous avons eu trois ou quatre « opérations » avec Michel et Geneviève, et


avec Geneviève toute seule. Au début je n’étais pas chaud du tout, je ne
connaissais ni l’un ni l’autre. Pourtant, Geneviève m’a fait des comptes rendus
d’épisodes où elle avait eu des perceptions différentes des autres. C’est ce qui
m’a décidé à la croire. Je me suis dit que cette femme voyait des choses que les
autres ne voyaient pas. Alors pourquoi pas ? Malgré mon côté cartésien très
prononcé, j’ai dit OK.
Dans cet état d’esprit nous sommes partis à Guermantes. Peu de temps avant,
elle avait décrit ce qu’on allait voir. C’était assez surprenant parce
qu’effectivement, on a pu vérifier in situ ce qu’elle avait « vu ». Après, la
difficulté a été de « transcender » cette vision, d’extrapoler. Par exemple, elle
disait :
— Il s’est passé quelque chose d’anormal à cet endroit-là.
En creusant, nous découvrions qu’elle faisait référence à des faits vieux de
deux ans.
Ailleurs, elle était physiquement malade, avec des nausées épouvantables. La
grande difficulté, une fois arrivés dans ce type de lieux où il avait dû se passer
des choses terribles, était de dépasser son état, dépasser son malaise pour
vérifier, sans se laisser influencer, les informations inhérentes au lieu. En fait, à
la décharge de Geneviève, nous étions privés de moyens d’investigation pour
tout de suite enchaîner.
Un jour, Geneviève nous dit voir un endroit qui ressemble à un camp
d’entraînement militaire où un enlèvement a eu lieu. Elle décrit aussi un étang à
proximité, avec un petit ruisseau.
En fait, en cherchant Estelle, elle captait d’autres interférences. Elle quitte une
affaire pour s’aiguiller, malgré sa concentration, vers une autre. Mais, ce qu’elle
dit sur cette « autre » affaire est confirmé par les enquêteurs : une des petites
filles qui avait été enlevée là – disons dans l’est de la région parisienne – avait
été transportée du côté de Saclay dans un bâtiment qui servait pour
l’entraînement du GIGN – ce bâtiment a été détruit depuis et a été réimplanté à
proximité d’un plan d’eau avec un petit ruisseau.
Geneviève ne savait pas tout ça et donnait, en croyant rester branchée sur
Estelle, beaucoup de détails, d’éléments qu’elle ne pouvait pas connaître sur les
autres enlèvements.
Je ne savais pas comment fonctionnaient ses visions ou ses flashs, on a tourné
en rond et ça n’a abouti à rien pour Estelle.
Sur le « terrain » on voyait bien que Geneviève était en proie à de très fortes
émotions, qu’elle était inspirée. Elle voulait réussir : d’abord à retrouver Estelle,
ensuite, à ne pas se décrédibiliser en n’y parvenant pas tout de suite. Elle faisait
une description extrêmement précise des lieux. Alors on se prenait fortement à y
croire parce qu’on se disait que si elle était capable de décrire des scènes avec
une telle acuité c’est que le reste – c’est-à-dire retrouver Estelle – allait suivre.
Malheureusement, ça n’a pas été le cas. Comme je l’ai dit, c’était en partie parce
que les investigations n’ont pas suivi immédiatement ; aussi parce que
Geneviève, ne voulant pas contrarier la police, a souvent épousé des convictions
qui n’étaient pas les siennes.
Mais nous étions tous embarqués dans l’émotion qu’elle portait. Nous avons
gardé de cette expérience des moments d’espoir partagés, sublimés. Tout cela a
construit des liens extrêmement forts avec Michel et Geneviève.
Michel restait le plus souvent en retrait, laissant sa femme en totale
autonomie. Mais il ressortait de cette expérience une empathie très particulière.
Dans cette atmosphère, de drame pourtant, nous avons partagé des moments de
complicité intense. Michel avait une double posture : il était à la fois en retrait et
très présent. On sentait qu’il était dans la réserve pour ne pas impacter ce qui se
passait mais qu’il dégageait beaucoup de sympathie.
Ça me peinait de voir Geneviève animée d’une telle volonté de trouver, sans
succès. Nous avions beaucoup parlé d’Estelle, regardé des photos et c’était
comme si elle avait connu ma petite fille. Elle établissait un lien qui n’avait pas
existé. Ce drame a créé une amitié que je n’imaginais pas possible autrement, en
d’autres circonstances.
Avec Michel et Geneviève il y a eu de longues périodes où l’on ne se voyait
pas, et sur un coup de téléphone ou un S.M.S., on se retrouvait immédiatement
reliés. C’est quelque chose de très surprenant.

Sur la piste des prédateurs

Un soir Karl Zéro est venu dîner à la maison, il m’a présenté un journaliste
d’investigation qui ne couvrait que les enquêtes policières et avec lequel il
collaborait, ainsi qu’un policier du SRPJ. Je leur ai décrit un homme, un gros
trousseau de clés à la ceinture, des odeurs d’herbe – je le voyais travailler dans la
forêt – je leur ai décrit les victimes.
Ils étaient surpris :
— Nous connaissons tous ces détails, mais, vous, vous ne le pouvez pas !
Vous nous parlez d’un type qu’on recherche encore parce qu’on n’a pas son
ADN. Il commettait ses viols avec préservatifs. En général, il tuait mais, parfois,
il laissait ses victimes vivantes, dont une petite fille noire, adolescente
aujourd’hui.
Ils avaient retrouvé cette jeune fille, qui avait donné les mêmes détails que
moi. Ce prédateur opérait dans le même périmètre que F. Ils se « copiaient » un
peu, comme dans une sorte d’émulation barbare et macabre.
Un jour, Karl, accompagné de ce policier et d’une profiler, me dit :
— On va te conduire quelque part, tu vas nous dire si tu sens quelque chose.
Nous sommes allés dans Paris, je ne sais plus où exactement, nous nous
sommes garés. Nous descendons de voiture et Karl me répète :
— On va marcher derrière toi et tu vas nous dire ce que tu ressens.
Il y avait plein de rues, plein d’immeubles. Je n’avais jamais mis les pieds
dans ce quartier de Paris. Au bout d’un moment mes pas me guident devant un
immeuble et là je sens mon côté droit qui se glace.
— Il faut que je rentre dans cet immeuble, leur dis-je.
Je suis allée directement au sous-sol, j’ai découvert la cave où se sont passés
les tortures et les viols commis par ce prédateur qu’ils recherchent depuis
toujours et qui, pour moi, opère dans la région ouest de la capitale.
Karl était éberlué. Il s’est tourné vers ses collègues leur disant :
— Comment a-t-elle pu savoir que c’était là, cette entrée d’immeuble, cette
cave ?
J’avais « pré-vu » cette cave. J’ai décrit la configuration, un matelas
pouilleux…
Ces deux prédateurs « brouillaient ma ligne », en quelque sorte, et
désorganisaient mes voyances d’Estelle.

Le « Remote viewing »

J’ai rencontré une femme, une archéologue, brillante, intelligente, passionnée,


avec laquelle un jour, dans un petit restaurant, nous avons parlé de ma voyance.
Elle m’a alors expliqué ce qu’était le Remote viewing, qui aide énormément en
archéologie. Cette technique de vision à distance remonte aux Grecs anciens.
Depuis les années 1960, de nombreuses expériences ont démontré que l’on
pouvait atteindre des objets, des scènes, hors de la perception directe
communément admise. Cette « transgression » dans la recherche de personnes
disparues a enfin été perçue comme une alliée. Au même titre, ou presque, que
tous les moyens scientifiques déployés traditionnellement par la police.
J’ai donc décidé de suivre une formation de Remote viewing.
C’est un ancien militaire américain, médium, qui travaillait pour le Pentagone,
qui forme les remote viewers à la recherche archéologique comme à la recherche
de personnes disparues ; à la recherche militaire également.
Aujourd’hui cet homme est à la retraite. C’est un ancien du Vietnam qui a été
victime d’un très grave accident. Il a rendu de grands services à la nation
américaine. Ses travaux de Remote viewing sont longtemps restés secrets dans
les dossiers du Pentagone mais aujourd’hui, on peut les consulter.
Avec lui, j’ai subi un entraînement avec un conditionnement mental
redoutable qui m’a fait craquer mais qui m’a permis d’être plus efficace lorsque
j’aide la police. Ça me discipline mentalement et je gagne en efficacité.

En général, la police, l’armée, les archéologues n’aiment pas dire que parfois
ils ont recours à des médiums. C’est plus fréquent aux États-Unis, en Angleterre,
dans les pays nordiques… Le président Carter avouait que sa rencontre avec un
remote viewer ayant retrouvé un sous-marin américain resté coincé au fond de
l’eau l’avait fortement impressionné.

La technologie comme canal de communication

Comme le dit un message véhiculé « d’ailleurs » à la fin de ce livre, les


téléphones portables sont déjà eux-mêmes une énergie. Les entités ont donc plus
de facilités à se manifester. Je reçois beaucoup de signes, de messages écrits et
de photos par cette « borne » qu’est le téléphone mobile ; par l’ordinateur aussi,
mais beaucoup moins.
À une époque, j’utilisais souvent un dictaphone pour les TCI – les trans
communications instrumentales – dont le père Brune est un grand spécialiste. Je
mettais une cassette vierge dans ce petit magnéto et je le laissais fonctionner au
calme avec juste le bruit d’un mince filet d’eau qui s’écoulait d’un robinet à
proximité. Après avoir rembobiné la cassette, je recueillais des choses
surprenantes : des voix, des souffles, des chuchotements, des mots, des bribes de
phrases ; parfois des messages entiers.
Plus nous avancerons, plus la technologie va nous rapprocher de l’Inconnu,
voire nous faire fusionner avec Lui. Et plus la Vérité va se révéler à nous.
III
MICHEL
C’est surtout lorsque j’ai eu mes enfants et que j’ai connu Michel que mes
voyances se sont vraiment « éveillées ».
Michel a toujours réussi à gérer mon don de voyance vis-à-vis de son métier et
de sa notoriété. Comme l’eau et le feu, ma médiumnité est à double tranchant :
elle peut servir ou détruire. Il y a des moments où il s’en serait bien passé. Et
d’autres où il savait que ça lui apportait un plus. Avec la femme médium du
chanteur populaire, on restait dans l’insolite et le merveilleux.
De mon côté, je m’occupais des mondanités. Un background de star, ça
s’entretient et s’améliore sans cesse. Je m’évertuais à rendre les invitations, à
organiser les fêtes ou les happenings, à introduire des personnalités utiles et
agréables dans le cercle influent de Michel. Business oblige.
Je me souviens d’une phrase de Pierre Bourdieu dans son film La Sociologie
est un sport de combat. Il parle de la femme par rapport à l’homme, en milieu
aisé. Il dit qu’elle est docile. Du latin docilis qui veut dire : qui se laisse instruire.
Elle est sous la coupe de l’homme, pour le servir au mieux, optimiser ses intérêts
en organisant des dîners de rencontre ou des sorties. Je me targue d’avoir assumé
ce rôle de femme « docilis » avec Michel. Nous sommes un binôme. Michel est
souvent dépassé par l’intendance et l’organisation des relations humaines. C’est
mon truc. Et je trouve même flatteur d’être taxée de mondaine.
Le problème dans un métier comme celui de Michel, avec notoriété et forte
exposition médiatique, c’est qu’il n’est pas question d’avoir ne serait-ce que
quelques heures une vie de couple « normale ». C’est-à-dire une vie de couple
nous permettant de nous ressourcer au quotidien. Le bon côté de la chose,
cependant, c’est notre connivence et la façon dont on se serre les coudes face à
« l’extérieur ». Parce que le problème de fond, c’est de toujours devoir se
justifier.
« Ne donne jamais d’explications. Tes amis te comprennent et tes ennemis ne
te croient pas 1. »
Ma rencontre avec Michel, sur un air de vaudou

Mon don a véritablement pris de l’ampleur lorsque j’ai rencontré Michel.


Pourtant, je ne suis pas tombée amoureuse de lui tout de suite. Je savais qu’il
était un chanteur populaire avec quelques tubes à son compteur. Mais, mon goût
pour la chanson française allait surtout à Claude Nougaro. D’ailleurs, quelques
années plus tard, quand il a chanté en duo avec Michel au New Morning, je lui ai
carrément fait une déclaration d’amour.
Au début donc, je considérais Michel comme mon voisin.
J’habitais à l’époque un hameau privé à Rueil-Malmaison. Des artistes
célèbres résidaient là, dont Michel. J’étais séparé de mon ex-mari, je vivais avec
mes deux enfants dans une maison pas très loin de la sienne. Pendant trois ans,
tous les matins, il est passé devant chez moi – nous ne nous étions jamais adressé
la parole – et presque tous les jours, pour ne pas dire systématiquement, sa
voiture calait sous les fenêtres de ma cuisine.
J’avais une amie à l’époque, que j’appellerai Claire. Elle était follement
amoureuse de Michel – comme on peut l’être quand on est fan d’un chanteur ou
d’un acteur – et voulait absolument le rencontrer. Elle me harcelait littéralement
pour que je trouve un subterfuge, quelque chose, un biais qui lui permette de lui
parler. Moi j’étais très loin de ce genre de desiderata de « groupies » et sa
demande me paraissait un peu incongrue.
Un jour elle me dit :
— J’ai appris que Delpech doit partir à Tahiti. Mon frère vit là-bas, je pourrais
lui apporter des guides de voyage, des adresses où il faut aller ! Je l’ai croisé ce
matin dans la rue, il est d’accord, il m’a invitée à boire un café ce soir.
Accompagne-moi, je ne veux pas y aller seule, tu t’arrangeras pour nous laisser
cinq minutes…
— Non, vas-y seule, ça ne me dit rien…
Après avoir beaucoup insisté et argumenté, elle m’a convaincue de la suivre
mais je l’avais prévenue :
— Au bout de cinq minutes, je m’en vais.
On entre dans son salon, Delpech nous fait asseoir. Il n’y avait pratiquement
rien : juste un canapé, une table basse, un piano blanc sur lequel étaient posés
trois billets d’avion. Je ne disais mot – je feuilletais un livre sur la table – et
laissais Claire converser avec Michel.
C’est alors qu’elle s’est levée en demandant où étaient les toilettes. Michel est
parti lui indiquer le chemin. En revenant, il s’est presque jeté sur moi pour
m’embrasser, en me disant :
— Vous êtes la femme de ma vie, je le sais, je veux vous épouser. Je vais
appeler mon ami, Mgr Athanasios, pour qu’il nous marie.
À cet instant, je le prends pour un fou. Claire revient et découvre Michel
penché sur moi.
— Je vous laisse, a-t-elle dit.
— Non, non, non.
J’ai profité de son retour pour m’éclipser et nous nous sommes retrouvées
toutes les deux.
— C’est un malade ton idole, il m’a empoignée en me disant que j’étais la
femme de sa vie !
— Vraiment ?!
Je ne sais même pas si je l’avais regardé trois secondes. Je feuilletais mon
livre sur la table basse en me disant que j’allais faire tapisserie quelques minutes
avant de les laisser tous les deux.
— T’aurais dû rester, me répondit-elle.
— Et pour quoi faire ?
Perplexe, j’ai préféré mettre fin à la conversation.

Je suis rentrée chez moi et me suis couchée, comme chaque soir. J’ai lu un
peu, éteint la lumière. C’est alors que, dans le noir, j’ai vu un couple au pied de
mon lit, comme en gravitation à cinquante centimètres du sol. Lui, c’était le
sosie de Boy George, des cheveux raides et longs, maquillé, androgyne, malsain
à souhait ; et face à lui, une femme d’une maigreur extrême, prototype de
l’anorexique, blonde avec le cheveu rare et long, attaché en une grande queue-
de-cheval, et vêtue seulement d’une sorte de paréo. Dans ma vision en 3D, ils
étaient penchés au-dessus de Michel, allongé. Ils arboraient des colliers tahitiens
et égorgeaient un poulet, des chants polynésiens résonnaient en fond sonore.
J’étais plongée là-bas. Le sang coulait sur Michel. J’ai poussé un cri strident.
J’ai rallumé la lumière, complètement perturbée.
Le lendemain, comme à son habitude, j’ai vu l’employé de Michel, Daniel,
qui faisait office de majordome et rendait des services de maison en maison. Il
faisait des courses pour le voisinage en fonction de nos demandes et nous le
payions pour cela…
Il a donc sonné pour savoir si j’avais besoin de quelque chose.
Immédiatement, je lui ai dit :
— Si vous saviez ce qui m’est arrivé hier ! Je suis allée boire un café chez
votre patron, M. Delpech, et en rentrant chez moi, j’ai eu une vision. C’était
horrible, ils égorgeaient un poulet…
— Un poulet ?
Je lui raconte toute la scène. J’étais vraiment secouée. Je n’avais jamais eu de
telles projections. Ça ressemblait à des hologrammes.
— Oh… Eh ben, je vais le dire à monsieur, me répond-il, avec un accent
belge à couper au couteau.
Quelques heures plus tard, dans l’après-midi, il est revenu me voir.
— Monsieur prépare un voyage à Tahiti.
— Bien sûr ! Tahiti…
Claire me l’avait dit, mais cela m’était complètement sorti de la tête.
— M. Delpech voudrait vous parler.
J’ai accepté l’invitation de Michel et lui ai tout raconté immédiatement. Dès
que j’eus fini, il a saisi ses billets d’avion et les a déchirés devant moi.
— Voyez, je ne pars plus. Vous m’avez sauvé la vie. Je partais pour Tahiti
avec mes enfants rejoindre deux de mes amis qui vivent là-bas. D’ailleurs, je
vais vous montrer des photos.
Et il me montre toute une série de photos. Sans hésiter, j’ai pointé deux
personnes sur l’une d’elle et me suis exclamée :
— Ce sont eux !
— Il s’agit des gens chez qui j’allais habiter et vivre. J’allais sûrement y
trouver la mort, d’après vos prémonitions…
Très impressionné par ma voyance, il n’est jamais parti. C’est à ce moment-là
que nous avons commencé à nous fréquenter. Peut-être percevait-il mon don
comme une sorte de « talent contre talent ».
Geneviève, ma femme

Témoignage de Michel Delpech

Au cours de ma vie avec Geneviève, je n’ai jamais fait de distinction entre


elle, ma femme, et la voyante. Peu m’importait en fait, qu’elle soit médium ou
pas.
Bien sûr, au début, j’ai été ébloui quand j’ai découvert son don, ses aptitudes
au surnaturel. Subjugué, je lui demandais tout le temps ce qu’elle voyait pour
telle ou telle chose ou pour un événement particulier. Mais je la « consultais »
rarement pour mon métier. Je ne lui demandais pas, par exemple, si mon
nouveau disque allait marcher. Surtout, voyante ou pas, elle a toujours été celle à
qui je demandais son opinion sur tout et n’importe quoi.
Concernant ses voyances, il m’est arrivé de douter du résultat à venir mais
jamais du phénomène. On peut douter parfois du contenu, de ce qui nous arrive.
Parfois je me demandais si je méritais les privilèges dont je bénéficiais. Pourquoi
moi ? Pourquoi serai-je dans le secret des dieux ? De quel droit ?
J’ai été témoin et j’ai bénéficié de choses merveilleuses, de choses
troublantes, tout en sachant qu’envers et contre tout je devais rester vigilant
parce qu’on ne sait d’où nous viennent ces bienfaits. Le paradoxe est que plus un
message est grand dans sa dimension spirituelle, plus on peut être en confiance
quand on le reçoit. Pour les choses dites matérielles, il faut être plus circonspect.
Avant Geneviève, avec ma notoriété, j’ai rencontré nombre de voyantes et de
médiums. Tous les « people » fricotent plus ou moins avec le milieu de la
voyance ou de l’astrologie. Mais j’ai assisté à des phénomènes incroyables de la
part de ma femme : aussi bien des choses resurgies du passé que des événements
futurs qui se sont réalisés ; des choses que l’on ne peut pas avoir inventées,
fantasmées, ou fortement probabilisées. C’est comme si elle avait accès à une
banque de données.
Saint Basile disait : « Les choses saintes aux saints. » Je ne veux pas dire par
là que je suis un saint, loin de là, mais je peux affirmer que je bénéficie
d’affinités, de la chance d’être sur la longueur d’onde propice. Et j’affirme, de
par mes expériences, au vu de ce dont j’ai été témoin, que ma femme est la
meilleure voyante du monde. J’ai assez bourlingué de par le globe, assez été
confronté à des éléments de comparaison pour l’affirmer haut et clair.
À la côtoyer chaque jour, j’ai fini par en demander moins à la voyance. Quand
on est petit et qu’on a un jouet de luxe, on joue beaucoup avec au début et
après…
Avec Geneviève, à vivre le Merveilleux au quotidien, j’arrivais à trouver ça
parfaitement normal. Comme on trouve normal aujourd’hui d’envoyer des
S.M.S. de son portable ou qu’il vous guide en voiture à travers les rues d’une
ville inconnue jusqu’à un numéro précis.
Je me suis surpris à penser : « Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter de tels
signes ? » Je n’ai écrit et chanté que quelques chansons qui ont certainement aidé
quelques-uns à « faire paraître la route moins longue », comme disait Michel
Audiard.
Mais aujourd’hui, j’ai aussi le revers de la médaille : la maladie. Et pas
n’importe laquelle. La roulette russe. Ça passe ou ça casse. Alors, au bout du
compte…

Bien sûr, et vous le lirez plus bas, Geneviève m’avait alerté au sujet de mon
mal. Paradoxalement, je fais partie de ces gens qui ne veulent pas trop savoir la
suite des événements, qui préfèrent avancer en aveugle. Je ne veux pas d’un
« spoiler » – comme on dit maintenant – qui me raconte la fin du film. J’ai
souvent perçu cette attitude chez ma femme. « Laisse mon destin m’appartenir »,
ai-je eu alors envie de lui lancer. Partager sa vie avec un médium est parfois
aussi embarrassant que de vivre avec un dentiste. On n’ose plus sourire ou ouvrir
la bouche de peur de se découvrir une carie.
Quand j’étais gamin, je rêvais que ma mère soit ma maîtresse d’école. Je
m’imaginais alors plein de passe-droits. Plus jamais de stress avec les devoirs, ni
avec les problèmes, les solutions toutes trouvées venaient me border et
m’embrasser le soir. Mais, ça ne se passait pas comme ça dans la réalité. Le fils
de la maîtresse était d’autant moins chouchouté que maman prenait garde à ne
pas faire de favoritisme. Et il faisait finalement tout comme les autres. La
pression des regards posés sur lui en plus.
Avec ma femme médium à demeure, même cas de figure : je me suis aperçu
que je ne « l’amortissais » finalement pas plus que ça.
Plus que jamais, le mystère reste entier. Le mystère de la femme et celui de sa
médiumnité.
Garance

Ça faisait longtemps que nous n’avions pas de nouvelles de Garance, la fille


de Michel. Addict aux drogues dures, nous avions perdu sa trace. Généralement
Michel parlait très peu de sa fille. C’était pour lui un sujet douloureux, et tabou.
Un soir, très inquiet, il monte se coucher et les fesses au bord du lit, il me dit :
— Je n’ai aucune nouvelle de Garance, elle est peut-être morte…
Il avait des larmes plein les yeux.
Je ne savais quoi lui répondre, je ne sentais rien. Pas de signes négatifs.
Pourtant, Michel n’est pas quelqu’un qui s’inquiète en général. En revanche,
sur le plan professionnel, oui. La veille de concerts importants je l’ai vu
transpirer abondamment, faire des malaises vagaux, avoir brusquement sommeil
ou au contraire trembler fébrilement. Et ce jusqu’au moment du concert.
Une fois sur scène, transcendé, il n’avait plus aucun symptôme. Je l’ai vu
monter sur scène avec 40 °C de fièvre ou des gastro-entérites épouvantables et
assurer un concert sublime. Puis, dès qu’il descendait, il retrouvait les problèmes
là où il les avait quittés.
Mon mari a une peur globale d’affronter les épreuves de la vie. Le succès à
dix-neuf ans n’est pas le bon anticorps pour résister aux aléas de l’existence.
Ce soir-là, donc, alors qu’il pensait à sa fille, je voyais que la culpabilité lui
montait à la gorge.
Je suis allée me coucher – nous avons toujours fait chambre à part, peut-être
pour garder une sorte de romantisme intact – et une fois la lumière éteinte, j’ai
vu Garance au pied de mon lit. Très souriante, elle m’a lâché : « Dis à papa que
je vais bien. »
Je suis allée réveiller Michel.
— Michel, Michel, Garance va bien.
— Quoi ?!
— Oui, je viens de la voir, elle me charge de te dire qu’elle va bien.
Quelques jours plus tard, nous avons reçu une lettre de Garance disant :
Voilà, tout va bien, je suis clean, je suis dans un centre, j’aimerais vous revoir.
Je ne me drogue plus…
Il y a quatorze ans de cela.
Aujourd’hui, elle est psychothérapeute et aide les anciens drogués à se
reconstruire.
Mes « ex-fiancées »

Témoignage de Michel Delpech

Quelques mois après avoir rencontré Geneviève, je me souviens que l’on


prenait un verre à la terrasse du Fouquet’s et qu’elle m’a dit, de but en blanc :
— Tu veux que je te conduise à l’adresse de tes anciennes fiancées, celles qui
ont marqué ta vie ?
— Comment ça ? Comment tu vas faire ?
Ma surprise et mon admiration montaient encore d’un cran.
— Tu vas voir, m’a-t-elle lâché, sibylline.
Nous avons pris la voiture et avons commencé à tourner. Elle m’a non
seulement amené dans les bonnes rues et devant les bons immeubles, mais aussi
devant l’entrée exacte, le numéro exact correspondant au domicile de chacune
des filles qui a compté pour moi. Ou tout du moins, qui m’a laissé plus qu’une
vague nostalgie.
Nous avons fait le tour de Paris. Elle me disait :
— Là, au 108, elle s’appelait Sylvie. Fricot, Foucault, quelque chose comme
ça… Oui c’est ça, Sylvie Fricot… et plus loin, dans le XVIe, rue d’Auteuil,
habitait… ou habite encore une Elsa… Elsa Joukan.
— Exact, ai-je confirmé, impressionné.
Puis nous nous sommes retrouvés près des Grands Boulevards.
— Au 55, une grande fille brune au teint pâle avec des yeux vert pistache…
Catherine Norma-Goode, anglaise d’origine.
Je l’ai regardée, complètement subjugué. Elle ne s’était pas trompée une seule
fois.
Je ne me souviens pas m’être dit : « Est-ce que beaucoup d’hommes
aimeraient avoir une femme qui connaît tous les noms et les adresses de ses ex…
et des incartades éventuelles à venir ? » Et je ne me souviens pas non plus m’être
dit : « Mais alors, si j’en aime une autre… elle va tout de suite le savoir ? Je vais
lui faire du mal. Je n’aurais même pas le temps de préparer le terrain… »
Rien de ça. Je n’imaginais pas d’autres femmes qu’elle dans ma vie.
L’essor de mon don

J’ai quitté le père de mes deux aînés puis j’ai rencontré Michel. Avec la
séparation, la douleur quand je laissais mes enfants à leur père, la voyance
« intensive » a vraiment commencé et ne m’a plus jamais lâchée. C’était comme
si Michel donnait de l’épaisseur à mes facultés, comme s’il les armait, les
optimisait. Ces étranges capacités m’ont procuré des joies folles mais m’ont
aussi beaucoup compliqué l’existence. À ceux qui enviaient mon don, je leur
disais que ce n’était pas si « Aventuriers de l’arche perdue » et si romantique que
ça à vivre tous les jours.
Pour preuve, les drames que je prédisais parfois. Liées au métier de mon mari
et à son vedettariat, j’ai rencontré tant d’individualités, pour la plupart
exceptionnelles, qu’il était douloureux et délicat de prévoir leur disparition.
La plus difficile de ces voyances concerne Michel lui-même, mon mari. J’ai
reçu une révélation dont je me serais bien passée.
Quand on partage la vie de quelqu’un et que l’on a certains dons ou certaines
compétences permettant d’anticiper, le danger, c’est le relâchement, se faire
envahir par l’affect.
Par exemple, si votre meilleur ami est médecin et qu’il vous accorde une
consultation express, conviviale, à la bonne franquette :
— Mais c’est rien, tu somatises, tu ne changes pas, toi alors !
Vous voyez où je veux en venir ? Il est préférable de se faire traiter comme un
patient normal ou d’aller consulter un autre médecin. Ce n’est pas par hasard si
les chirurgiens font opérer les membres de leur famille par un confrère.
Dans mon « domaine », je me suis toujours efforcée de ne pas édulcorer mes
voyances concernant mes proches. Ne rien adoucir, rester en état d’alerte. C’est
dans cet état que je me suis maintenue auprès de Michel.
La maladie de Michel

J’ai toujours dit à Michel qu’il partirait de quelque chose à la tête. L’énoncé
peut paraître brutal, mais, je ne cache rien à mes proches ; peut-être aussi un peu
par superstition. En les avertissant du pire, j’espère secrètement me tromper et
infléchir l’inéluctable.
Un an avant que l’on apprenne son cancer, j’ai regardé Michel dans les yeux
et je lui ai dit :
— Michel, il s’est passé quelque chose dans ta bouche. Il faut que tu ailles
voir un médecin.
— Je n’ai rien, m’a-t-il répondu.
— Si, ai-je insisté. Il s’est passé quelque chose, je ne sais pas quoi mais c’est
anormal.
Il ne m’a pas écoutée. Pendant un an, deux à trois fois par semaine, je lui
répétais :
— Michel, il se passe quelque chose dans ta bouche.
En général, il me contrait toujours plus ou moins « pour le principe », quand
je lui annonçais quelque chose le concernant. Le côté : « C’est mon corps, je sais
tout de même bien ce qui se passe. »
C’est vrai que cela peut être agaçant d’avoir quelqu’un, surtout un proche, qui
vous annonce ce qui va vous arriver et contre quoi vous êtes impuissant. On peut
avoir le réflexe du : « j’ai quand même mon mot à dire, non ? ».
L’inéluctable ne convient pas à tout le monde. Même parmi les sages, il en est
qui rechignent à l’accepter. Chacun veut être maître de son destin et avoir le
sentiment de contrôler le cours de son existence. Tout comme Dieu a laissé leur
libre arbitre aux hommes. Si Dieu planifiait tout, il aurait, à moins d’être très
joueur ou très espiègle, tout prévu pour que la vie soit parfaite, tant qu’à faire.
Personne dans la pauvreté, chacun en bonne santé et aucune animosité. Et vogue
la Terre, la belle bleue, dans le meilleur des mondes et pour la nuit des temps…

Pierre Monnier, jeune homme décédé pendant la guerre de 14, communiquait
post-mortem avec sa mère. Il lui a envoyé ce message :
Serions-nous encore capables d’agir, si nous savions ce qui adviendra de nous et de nos frères ?… Toute
chance de relèvement, de progrès, disparaîtrait dans un fatalisme négatoire et dissolvant : le
découragement annihilerait l’effort de celui qui croirait la lutte inutile, et un optimisme plein de
nonchalance conduirait à sa perte l’homme qui se sentirait sûr d’un amendement tardif et d’une victoire
finale ! […]
[Dieu] Lui seul choisit le moyen de l’avertissement prémonitoire : rêves, visions, ou même
communications directes par des procédés divers 1.

Quand on a découvert le cancer de la langue de Michel, le professeur lui a dit :


— Si vous étiez venu un an plus tôt, on vous aurait opéré, c’était une
formalité. Maintenant ce n’est plus opérable.
Aujourd’hui

En ce début juillet 2015, Michel est en soins palliatifs.


Les soins palliatifs…
Depuis que Michel y est admis, je ne peux m’en éloigner plus d’un jour. J’ai
lu plus de livres qu’un vieux hippie a fumé de joints. J’ai voyagé dans tant
d’endroits paradisiaques ou improbables, écouté tant de symphonies et d’opéras,
je me suis raccrochée à tant de romantiques, j’ai scruté tant d’étoiles de notre
galaxie des nuits entières.
Mais toutes ces connaissances, toutes ces découvertes ne sont rien à côté de ce
dont j’ai été témoin dans ce mouroir. Je sais plus que jamais aujourd’hui que
nous finirons tous en miettes. J’ai erré dans ce champ de bataille, vu les visages
défigurés et les affreuses mimiques de la résignation. J’ai entendu le silence qui
suit le dernier soupir. Ce que j’ai vu, des villes misérables jusqu’à ces soins
palliatifs, est sublime, banal et terrible. J’ai compris que depuis notre toute petite
enfance nous sommes en route pour cette rencontre : quand les masques de la
beauté, de la jeunesse et de la place acquise tomberont. Pourtant, notre petite
enfance à tous promettait infiniment plus de lumière. Ici, dans ce mouroir, il n’y
a ni vent, ni soleil, ni jonquilles au printemps. Il n’y a que des flammes
chancelantes ; que des étoiles qui s’éteignent. Pour autant, ce que ces gens ont
d’adorable c’est d’être en vie malgré tout, malgré eux. Et les plus touchés sont
les plus royaux.
Les soirs où je vais y rejoindre mon mari, je me sens finalement chanceuse de
les côtoyer. Car avec eux, et par eux, j’ai vu de l’or dans le néant. Nous finirons
tous en miettes mais ces miettes sont des pépites. Un ange, l’heure venue,
œuvrera à partir de ces pépites pour refaire un pain entier.
Beauté et mystère.
Message sans expéditeur reçu
sur mon téléphone mobile au printemps 2015

La vie est une chance, saisis-la


La vie est beauté, admire-la
La vie est béatitude, savoure-la
La vie est un rêve, fais-en une réalité
La vie est un défi, fais-lui face
La vie est un devoir, accomplis-le
La vie est un jeu, joue-le
La vie est précieuse, prends-en soin
La vie est une richesse, conserve-la
La vie est amour, jouis-en
La vie est un mystère, perce-le
La vie est promesse, remplis-la
La vie est tristesse, surmonte-la
La vie est un hymne, chante-le
La vie est un combat, accepte-le
La vie est une tragédie, prends-la à bras-le-corps
La vie est une aventure, ose-la
La vie est bonheur, mérite-le
La vie est la vie, défends-la.
Mère TERESA
Les parents de Michel

Lorsque Michel m’a présenté ses parents – la première fois que j’ai vu son
père – j’ai annoncé à Michel :
— Ton père partira de quelque chose au côté droit de la tête.
Dans la même veine, vingt ans plus tard, ma belle-mère est tombée malade.
Elle a eu un très grave cancer. Quand elle a été hospitalisée en urgence, les
médecins nous ont dit :
— Embrassez-la, dites-lui au revoir parce qu’il est fort probable que vous ne
la revoyiez pas.
Michel pleurait, j’ai tempéré sa peine :
— Ne pleure pas, ta mère ne mourra pas, elle enterrera ton père.
Comme je l’avais dit, la mère de Michel a guéri. Deux ans après, elle a enterré
son mari qui est mort d’une tumeur au cerveau droit.
Ce genre d’annonce peut paraître brutal. Mais avec mon don, je ne vois que
deux cas de figure : soit je dis les choses soit je les tais. Il n’y a pas de façon
délicate de les énoncer. Et, si les dire est plus difficile, je ne peux les ignorer ;
surtout lorsque cela nous donne la possibilité d’aider ceux qu’on aime.
Le message de mon beau-père

Comme j’ai pu le préciser, je vois fréquemment les morts trois mois après leur
décès. Ils viennent souvent m’apporter un message. Très court.
Je me souviens tout particulièrement de celui de mon beau-père, Bertrand.
Comme en état de veille, je l’ai vu, debout, au pied de mon lit devant une
mappemonde qui tournait. Il pleurait. Il m’a dit :
— Dis ceci à mon fils : la première chose que l’on m’a demandée en arrivant
ici c’est : qu’as-tu fait pour tes frères humains ? J’ai répondu que je n’avais rien
fait, que j’avais vécu en égoïste. Dis à mon fils qu’il y a beaucoup d’êtres
humains qui souffrent…
Il m’a montré la mappemonde.
— Et notamment des enfants… Dis à mon fils de se tourner vers les autres.
Puis, il a disparu.
Michel s’interrogeait de plus en plus souvent sur son comportement vis-à-vis
de son prochain et l’effet délétère de sa notoriété dans ses rapports aux autres.
Sur son album Sexa, il eut l’idée d’une chanson dans laquelle il faisait amende
honorable auprès de tous ceux qu’il avait blessés, ou méprisé à son insu, isolé et
aveuglé par le succès. La chanson s’appelait « Lettre à tous ceux-là ». Le titre
complet était « Lettre à tous ceux-là à qui un jour j’ai fait du tort ». Il l’avait
coécrite avec Francis Basset sur une musique de Franck Langolff.
Je vais trouver leur adresse
Et écrire une lettre
À tous ceux-là à qui un jour, j’ai fait du tort
Et d’une écriture humaine, lentement, lentement, à l’encre infiniment sympathique
Je leur dirai comme ça
Hum, je leur dirai

[…]

Marchant dans les étoiles
J’ai ri de vos feux de Bengale
Sans penser à mal
Je froissais vos destins
[…]

Son père, venu me parler au pied de mon lit, lui aura peut-être inspiré cette
chanson ; même si mettre en pratique ses conseils semblait impossible à ce stade
de sa vie. Le temps perdu ne se rattrape pas, encore moins les blessures morales
infligées insidieusement.
La Vierge de Choubra

Les parents de Michel n’avaient jamais pris l’avion de leur vie. Un jour, je
propose à mon mari :
— Nous n’arrêtons pas de voyager, si on offrait un beau voyage à tes parents
plutôt ?
Dans un premier temps, notre choix s’était porté sur le Sénégal pour un
voyage de rêve, avec bel hôtel et tout et tout. Nous organisons tout de A à Z.
Mais, au moment de réserver les places, Michel apprend qu’il doit retourner en
studio pour rectifier certaines choses sur son nouvel album. Les séances
d’enregistrement coûtent cher à la maison de disques, il ne pouvait donc
absolument pas reporter ces changements.
Contraints de repousser le voyage, nous dûmes renoncer à partir au Sénégal
car les hôtels étaient déjà complets au moment où nous souhaitions partir.
Pourtant, nous voulions absolument tenir notre promesse.
Michel et moi venions de nous convertir à l’Église copte orthodoxe, touchés
par Mgr Athanasios, évêque des Coptes d’Europe, que nous connaissions bien.
Sur ses conseils, une fois les ajustements faits sur l’album de Michel, nous avons
proposé à ses parents de partir au Caire. Ils étaient ravis de ce changement,
finalement.

Nous sommes arrivés dans notre palace sur le Nil. Nos suites respectives
étaient magnifiques. Au petit-déjeuner, on nous a apporté le journal en anglais.
Dans un encart en bas à gauche d’une page intérieure, je lis : « La Vierge est
apparue hier encore, au-dessus de l’église de Choubra, le quartier pauvre
du Caire. »
J’ai regardé Michel.
— Ce n’est pas un hasard si les circonstances nous ont amenés jusqu’ici. J’y
vais.
— Suis ton instinct, alors.
Sa sortie m’a fait penser à une chanson que Michel avait écrite avec Jean-
Michel Rivat. Ça s’appelait « La Fille avec des baskets ».
Le refrain faisait :
Elle est tout entière
Elle suit son instinct
Elle peut demain se jeter dans un lac
Ou s’retrouver dans un hold-up
Mais s’il fallait la tirer de n’importe où
Je crois bien que je serais
Au rendez-vous

Je suivais donc mon instinct. Et Michel était au rendez-vous. Il me suivait.


Je finis par trouver un guide voulant bien nous conduire dans le quartier
pauvre de Choubra. Quartier dangereux où les Chrétiens n’étaient pas les
bienvenus. En général, personne ne voulait conduire de touristes là-bas. Je revois
encore des femmes laver leur vaisselle dans l’eau des égouts et des monticules
de détritus où les enfants cherchaient de la nourriture.
L’église était étrange, toute ronde, encore en construction, avec des piliers à la
romaine et des arcades comme dans les cloîtres. Elle formait un cercle surmonté
d’un dôme.
La foule nous empêchait d’entrer. Des gens étaient couchés là, certains
mangeaient, d’autres avaient des photos incroyables. Elles représentaient une
magnifique silhouette blanche au-dessus de ce dôme à l’extérieur de l’église.
Impossible de franchir ce barrage. Nous attendions depuis très longtemps, et il
ne se passait rien. Nous étions allongés par terre, les femmes nous proposaient
de la nourriture. Je ne sentais pas le danger contre lequel on nous avait mis en
garde ; même si nous ne pouvions pas nous abandonner complètement à la
sérénité.
Soudain, nous avons entendu des hurlements et une fumée bleue descendit du
dôme, comme un cône, large en bas et étroit en haut ; à l’intérieur duquel se
dessinait une magnifique forme blanche. Impulsivement, j’ai voulu avancer vers
elle, mais je n’y serais pas parvenue sans piétiner les personnes qui se trouvaient
là. J’ai alors senti qu’on me soulevait. Un homme me portait littéralement en
enjambant les gens allongés là. Il m’a amenée jusque sous le dôme de l’église et
m’a dit en anglais :
— Regarde, regarde et vas dire dans ton pays ce que tu as vu.
J’ai levé la tête et j’ai vu un bas-relief sublime, très réaliste, proche des
dessins que l’on voit dans les icônes. Et un Christ immense m’a sauté aux yeux.
De son cœur ouvert filtrait la lumière blanche et bleutée contenant la silhouette
virginale.
J’entendais crier derrière moi.
J’ai prié. J’ai demandé que mon petit garçon soit guéri de son souffle au cœur.
Il souffrait de cette malformation depuis la naissance, comme je l’ai dit plus
haut.
Ensuite, l’homme m’a aidé à rebrousser chemin.

Quand nous sommes rentrés en France, dès que j’eus posé nos bagages, je me
suis précipitée sur le téléphone – il n’y avait pas de portables à cette époque – et
j’ai appelé le père de Pierre et Pauline pour avoir de leurs nouvelles. Il m’a dit
que Pierre avait eu une angine, qu’on lui avait fait des examens et qu’il n’avait
plus son souffle au cœur.
Il a par la suite pratiqué bon nombre de sports sans plus jamais avoir de
problèmes cardiaques.
La silhouette noire

Peu de temps après la naissance de mon plus jeune fils, Emmanuel, un soir,
alors qu’il était dans son berceau, j’ai vu une très grande silhouette noire se
pencher sur lui. Je me suis effondrée. Je n’arrivais plus à me maîtriser. Michel
essayait désespérément de me canaliser mais je hoquetais entre mes larmes :
— Mon bébé va mourir cette nuit… Mon bébé va mourir cette nuit.
— Tu es fatiguée, c’est seulement ça, ne cherche pas, me disait Michel.
Il appelle un ami, Jean, médium, avec qui j’ai vécu l’aventure de la colombe
en éclats de lumière, et lui explique ce que je venais de vivre. Jean pensait
comme Michel, que j’étais fatiguée et que mon bébé n’avait rien. Qu’il fallait
juste que je le laisse dormir.
Mais, j’ai tellement insisté que Michel a fini par appeler notre médecin. Il est
venu examiner le bébé et conclut :
— Écoutez, je ne vois absolument rien. Mais pour calmer vos inquiétudes, je
vous propose d’aller à l’hôpital de Poissy pour un examen approfondi qui vous
rassurera complètement.
Nous y filons, directement au service de néonatalogie. Là, nous sommes reçus
par une grande blonde plantureuse, sorte de walkyrie-interne, qui examine mon
petit et me dit à son tour qu’il va bien. Il n’a même pas de fièvre ! Je la supplie,
malgré tout, de garder mon bébé. J’insiste tellement, je pleurais tellement, j’étais
tellement mal que l’hôpital a appelé un chef de service pédiatrique de Necker et
– je l’avoue, la renommée de Michel a beaucoup joué – il s’est déplacé, très tard
le soir, pour l’examiner.
De même que ses collègues, il ne trouve rien d’anormal. Je reprends alors ma
litanie :
— Si ! Mon bébé va mourir cette nuit… Mon bébé va mourir cette nuit !
Devant ma panique, il accepte de garder mon petit en observation,
exceptionnellement.
Je reverrai toute ma vie ce professeur nous emmener dans le service où on
allait transférer mon enfant. Il nous désigne des sortes de box indépendants,
auxquels on ne pouvait accéder qu’avec des vêtements stériles. Il me désigne des
nouveau-nés branchés et perfusés de partout.
— Vous voyez, me dit le professeur, eux sont vraiment malades.
Malgré la culpabilité que cette repartie provoqua en moi, je restai sur mes
positions.
Nous sommes repartis.
C’est alors qu’on nous a appelés au milieu de la nuit.
À quatre heures du matin, le ventre de mon Emmanuel s’était mis à gonfler,
son taux de calcium est tombé au plus bas. S’il n’avait pas été sur place, il serait
mort. Il a passé un mois en réanimation, soins intensifs, sans assistance
cardiaque et respiratoire. Nous n’avons jamais su quelle était la cause de ce mal.

Dans le box en face, il y avait une femme, très belle. Elle avait un bébé dans
les bras, une sorte de petite chose atrophiée qu’elle berçait encore et encore, en
lui fredonnant des chansons. Une fille, qu’elle venait voir tous les jours. Je me
disais : « Quel courage a cette femme avec son bébé… ! »
Un jour, en partant, je décide d’aller la voir et lui dis :
— Je ne sais pas si vous croyez en Dieu, moi un peu, mais je vais prier pour
votre enfant.
— Elle s’appelle Alice. Vous savez, me répond-elle avec un magnifique
sourire, elle est condamnée, mais le sourire qu’elle nous offre depuis quelque
temps nous rend terriblement heureux.
Moi qui étais tout le temps en pleurs pour mon bébé, je recevais une
incroyable leçon.
Lorsque mon enfant est sorti, quelque temps après, j’ai organisé une sorte de
goûter à la maison, avec le professeur qui l’avait soigné, les médecins, les
infirmières. Je leur ai demandé s’ils avaient des nouvelles de la petite Alice.
— Alice nous a quittés cette nuit, m’apprend le professeur.
Je revoyais la force, le courage de cette maman et cette nouvelle m’a
profondément émue. J’ai donc osé :
— Vous serait-il possible de me donner les coordonnées de sa mère ? Nous
avions sympathisé au sujet de nos bébés.
De façon surprenante, il a accepté.
Elle est venue chez moi. J’étais effondrée, encore fragilisée par les
événements et par l’annonce de la disparition de la petite Alice.
— Ce n’est rien. Vous savez, Alice nous a apporté beaucoup. Aujourd’hui
c’est un petit ange… m’a-t-elle réconfortée tout en m’offrant le livre Médecins
du ciel, médecins de la Terre de Maguy Lebrun.
Véritablement, une force incroyable. Et pour moi une leçon d’humilité.
Maguy Lebrun

C’est l’histoire d’un homme et d’une femme qui ont tout quitté pour adopter
une centaine d’enfants, tous cas sociaux ou handicapés. Lui a des guidances, des
messages. La nuit il parlait avec une voix de femme, sans s’en rendre compte.
Toute leur vie, ils ont écouté les messages de cette femme, de cette entité qui
parlait à travers lui. Ils ont voué leur existence aux enfants malheureux.
Une fois que j’ai eu terminé ce livre, je me suis dit que je voulais rencontrer
cette femme, Maguy Lebrun. Moi qui évoluais dans une vie superficielle la
plupart du temps, je voulais me frotter à la réalité de la générosité et de
l’abnégation. Elle était mondialement connue et je ne le savais pas. J’obtiens son
numéro et l’appelle.
— Madame Lebrun ? Je suis Geneviève Delpech et je viens de terminer votre
livre.
— Ah, elle s’exclame. Geneviève Delpech ! Ça fait des années que je vous
attends…
J’étais très surprise. Elle me demande mon adresse.
— Si vous le voulez bien, mon mari et moi allons venir vous voir. Dans deux
ou trois jours.
— Avec joie !
Ils habitaient Grenoble.
Maguy Lebrun et son mari arrivent donc chez nous. Entre-temps, j’avais
appris qu’elle avait écrit plusieurs livres, fondé des groupes de prière et
d’accompagnement aux mourants…
Elle m’apprend qu’une vingtaine d’années plus tôt, leur guide, celui qui leur
envoie des messages par l’intermédiaire de son mari, leur a dicté une chanson,
« Mon enfant de lumière », destinée à soutenir les parents d’enfants qui s’étaient
suicidés ou qui mouraient très jeunes. Le guide leur a dit : Un jour, cette
chanson, c’est Michel Delpech qui la chantera.
À l’époque de ce message, la carrière de Michel ne faisait que commencer. Et
moi qui appelle vingt ans après…
J’arrive à convaincre, difficilement, Michel et Roland Vincent d’entrer en
studio et d’enregistrer cette chanson et le CD a été distribué pour soutenir cette
cause.
Par la suite, Michel et moi sommes devenus les parrains d’une des
associations de Maguy. Un jour, elle me dit :
— Maintenant, ce qu’on a fait pour toi, eh bien, tu vas le faire pour les autres.
— Je ne peux pas faire ça, commençai-je à répondre. Je n’ai pas la force…
Elle a tapé sur la table.
— On t’a aidée à avoir cette vision pour que ton enfant guérisse, maintenant,
c’est à toi d’aider les autres. Ta prière est toute-puissante.
Je ne pouvais reculer. J’ai alors créé un groupe d’accompagnement à
Villennes-sur-Seine, qui existe toujours.
La maladie de mon bébé m’a conduite à Maguy Lebrun, qui attendait Michel
depuis deux décennies pour chanter la chanson. Elle attendait, sûre qu’un jour il
viendrait. Et, en fondant mon association, j’ai pu m’occuper de mon amie Marie-
Édith, mère d’une petite Émilie qui s’était donné la mort.
Rien n’arrive par hasard. Maguy Lebrun nous attendait à l’autre bout de la
France. Il a fallu que mon enfant tombe malade pour que je découvre tous les
tenants et les aboutissants de l’inéluctable fabuleux.
IV
VOYAGES ET SPIRITUALITÉ
Michel a beaucoup voyagé, en quête de spiritualité ; notamment en Inde. Il
avait fait aussi un pèlerinage à Jérusalem, j’étais à ses côtés.
Dépasser les frontières, c’est s’ouvrir aux autres, se frotter à des cultures
différentes pour trouver la sagesse et une vraie vie débarrassée de toute la
gangue de l’orgueil et de la réussite triomphaliste. Voyager, c’est prendre
conscience d’un ailleurs, sur terre, déjà…
J’ai accompagné mon mari dans la plupart de ses pérégrinations et il me l’a
bien rendu, si j’ose dire. L’aventure spirituelle passe par ces voyages initiatiques.
Le dialecte africain

Notre ami Didier Barbelivien nous avait conseillé d’aller nous reposer à La
Paillotte, en Afrique. Didier est vraiment un garçon extraordinaire, d’une grande
générosité. Il avait écrit « J’étais un ange » avec Michel. Quand on écrit de telles
paroles on ne peut être que foncièrement humain. Cette idée de l’homme qui a
tout goûté de la vie, qui a aimé l’argent, trompé et trahi et que plus rien
n’émerveille mais qui se souvient que lorsqu’il était gamin sa mère l’appelait
« mon ange » est belle, touchante et universelle. On a tous été de petits anges
avant que la vie nous pervertisse.
J’avais lu une pensée de John Giorno, qu’un ami avait placardée sur sa porte
d’entrée : « Chacun est une déception totale. » Je me suis toujours efforcée de
faire mentir cette assertion. Et la chanson de Didier – Claude Morgan pour la
musique – m’y a bien aidée.
À La Paillotte, nous trouvons un guide pour nous faire découvrir le côté
typique de l’endroit. Nous parcourons la brousse et arrivons dans un village. On
nous montre les cases faites de boue et de paille, avec un foyer au milieu et les
familles qui dorment autour. Dans une de ces cases, je vois une jeune fille
allongée, seule. Michel, le guide et moi avançons vers elle. Nous lui parlons, elle
ne nous comprend pas. Elle nous répond dans une sorte de dialecte.
Je m’aperçois que je comprends tout ce qu’elle dit. Je me tourne vers Michel
et le guide :
— Elle nous dit qu’elle a très mal derrière l’œil. Elle veut aller à l’hôpital en
ville On l’a soignée selon les coutumes, mais sa douleur ne passe pas.
Michel m’a regardée comme s’il découvrait ma présence. Je traduisais chaque
mot.
C’était une belle jeune fille d’une vingtaine d’années et son œil semblait
normal.
Le guide était vraiment étonné que je comprenne parce que la langue qu’elle
utilisait ne reposait sur aucune étymologie latine européenne. C’était un langage
purement africain, et ça sonnait comme des onomatopées. Pourtant, je
comprenais absolument tout.
Nous avons embarqué la jeune fille dans le 4X4, et nous l’avons emmenée à
l’hôpital. Sur place, on lui a diagnostiqué une tumeur qu’il fallait très vite opérer.
Dans de tels moments, on ne se perd pas en autosatisfaction. On se félicite
juste d’avoir « pré-vu ».
Saint Augustin

Témoignage de Michel Delpech

J’ai une idole, si j’ose dire, c’est saint Augustin. J’ai pratiquement lu tous ses
écrits. Un jour, je demande à Geneviève de m’accompagner à l’église qui porte
son nom.
— C’est la saint Augustin, lui dis-je, je voudrais aller le prier.
— Si tu veux, répond-elle simplement.
Dans l’église, nous nous asseyons devant la statue du saint et je commence à
prier. Ma femme regarde presque distraitement autour d’elle. Tout à coup, elle
m’assure entendre une voix, une voix très gaie, enjouée, qui lui dit :
— C’est gentil d’être venus. Mais, ce n’est pas ma fête aujourd’hui.
Elle me pousse du coude.
— Tu m’écoutes ? Je viens d’entendre une voix qui me dit que ce n’est pas la
saint Augustin aujourd’hui.
— Mais bien sûr que si, qu’est-ce que tu racontes ?
Nous nous regardons, interloqués l’un et l’autre, mais quittons l’église.
Chez nous, nous vérifiions. Ce jour correspondait à la saint Augustin de
Canterbury.
Rien à voir avec mon cher saint Augustin.
J’ai dû m’incliner, une fois de plus, devant la sagacité de ma femme.
Le coup de pied dans la montagne

À Chatou, nous habitions une grande maison bourgeoise à deux étages.


Nous lisions, Michel et moi, dans notre chambre au premier. Il était minuit
environ quand, soudain, éclate dans la maison « Un coup de pied dans la
montagne », une chanson de Michel. Nous nous regardons, interdits. Comme
nous avions un employé qui habitait la maison de gardien au fond du jardin,
nous avons pensé qu’il était venu mettre la musique. Pourquoi pas…
Nous descendons l’escalier quatre à quatre. Personne. Le disque tournait sur
son plateau. C’était encore l’époque des vinyles. Les enfants dormaient, nous ne
comprenions pas le phénomène. Nous enlevons le disque, le remettons dans sa
pochette et le rangeons. Puis, nous retournons lire, un peu perturbés malgré tout.
Là, ça recommence.
Alors nous redescendons les marches. Et que voit-on ? Le vinyle tourner sur le
plateau de la chaîne.
Cela s’est reproduit encore une ou deux fois dans la soirée.
Cette chanson avait une dimension un peu spirituelle mais de là à se
manifester à ce point, avec cette insistance…
Il faut comprendre que mon mari a pu avoir quelques passages à vide, entre sa
carrière à couteaux tirés et moi, sa femme, plus « d’ailleurs » que dans le
quotidien. Pour me refaire la cour, Michel aurait pu me chanter la chanson de
Pierre Bachelet, « Pour moi c’est sûr, elle est d’ailleurs ».
Le pire, si j’ose dire, c’est que j’ai l’impression d’être normale. Bien sûr je
fais quelques incursions en marge de la réalité mais mon état c’est d’être femme.
Mère, épouse et aimante.
Gustave Thibon dit dans son livre L’Échelle de Jacob quelque chose comme :
les gens qui sont au sommet de la montagne ignorent en général qu’ils le sont et
regardent avec envie et admiration ceux qui, tout en bas, s’échinent à la gravir
dans les éboulis de pierres en s’écorchant aux ronces.
C’est vrai, lorsque l’on bénéficie d’une grâce, on ne réalise jamais tout à fait
où l’on est propulsé.
Dans le même ordre d’idées, certaines très jolies femmes ne perçoivent pas à
quel point elles le sont et se prennent à envier des femmes presque ordinaires,
aux physiques de « base de maquillage », qui savent s’arranger un peu.
Ce coup de pied dans la montagne cherchait-il à nous secouer ? À nous
extraire de nos certitudes dorées du moment ?
La Bible

Régulièrement, lorsque nous passions, Michel ou moi, devant la bibliothèque


et ses étagères bien garnies, un livre en tombait. Très souvent, il s’agissait de la
Bible. Elle chutait ouverte.
Il arrivait également, quand Michel la lisait et la posait en marquant là où il
s’était arrêté, qu’il retrouve cette Bible exposant une page différente.
Chaque fois, les passages ainsi affichés répondaient à ses questionnements du
moment.
Suite d’heureux hasards, me diront les théoriciens et les cartésiens.
Effectivement, tout peut s’expliquer. Il suffit de remonter au début du scénario
dicté par la chute. De cette façon, on peut justifier la cinquième symphonie de
Mahler avec le choix des harmonies et des instruments, ou Les Fleurs du mal de
Baudelaire, avec les pieds, les rimes, les enjambements, les hémistiches.
Oui, mais l’impulsion première, l’inspiration, le souffle ? Quel souffle avait
fait tomber cette Bible et tourné ses pages au bon moment et au bon endroit ?
Que l’on m’explique la gravité et le courant d’air opportuns.
Puis j’irai brûler un cierge pour Newton et Descartes.
La croix cassée

Un matin, Michel était penché sur son bureau en train de mettre de l’ordre
dans ses affaires, quand soudain, la petite croix qu’il portait autour de son cou
est tombée. C’était une croix orthodoxe en argent. Elle s’est cassée en tombant.
Michel était très contrarié, il aimait beaucoup ce bijou.
Pourtant, en relevant les yeux, il en découvre une autre, en tous points
identique à celle cassée, à ses pieds, posée sur le bureau.
Ce genre d’histoires peut faire un peu « Majax » mais il n’en demeure pas
moins que Michel est resté très troublé par ce remplacement spontané.
Jérusalem

Peu de temps après nous être rencontrés, trois ou quatre mois environ, nous
avons décidé de faire un voyage en Israël, en Terre sainte. Toutes les formalités
du voyage furent réglées en quarante-huit heures.
Sur place, Michel a eu une conversion foudroyante.
Quant à moi, en arrivant à Jérusalem, j’ai ressenti l’agonie du Christ. Qui suis-
je pour ressentir l’agonie du Christ me demanderez-vous ? Pas grand-chose.
Quelqu’un de perdu à la frontière de la fatuité et du dévouement qui se demande
encore pourquoi on lui a fait l’honneur de ce don d’aller ailleurs, en éclaireur,
qui me permet de rassurer autour de moi ou d’aider un peu.
Dans la Bible, il est écrit : « Heureux les simples d’esprit, car le royaume des
cieux leur appartient. » J’ai longtemps cru que ces « simples d’esprit »
s’apparentaient à l’idiot du village, au tendre simplet. En fait non. Cette
« simplicité d’esprit » correspond à une forme d’innocence. Heureux celui qui
est assez pur, assez innocent, parce qu’il s’est débarrassé de toute contingence
matérielle, de toute jouissance terrestre, de toute convoitise et peut ainsi s’élever.
Entendons-nous bien, je ne me classe pas parmi les innocents et les purs, loin de
là. Mais peut-être ai-je encore en moi une naïveté de petite fille et de jolis rêves
en stand-by, des fleurs dans mon terreau terrien…
Bouleversée, j’ai dit à Michel :
— On ne l’a pas cloué par les mains, ce n’est pas vrai. On l’a cloué par les
poignets. Il n’est pas mort d’hémorragie, il est mort asphyxié.
Des années après, un documentaire à la télévision expliquait les vraies
pratiques de la crucifixion, telle que je l’avais vue. Les condamnés étaient
attachés avec de grosses cordes et étaient cloués par les poignets. Ils mouraient
asphyxiés à cause du poids de la cage thoracique sur le diaphragme.
J’ai ressenti tout cela physiquement : les crises de larmes irrépressibles, le trou
dans la poitrine qui me donnait la sensation d’étouffer. Et en même temps je
décrivais les lieux de l’époque, les plantes qui poussaient là, de quoi se
nourrissaient les gens, je percevais le climat.
Quinze ans plus tard, Michel m’a offert un livre d’archéologie sur la vie à
l’époque du Christ. J’ai retrouvé les noms des plantes, la nourriture, tels que je
les avais visualisés. Tous les détails que j’avais donnés ce jour-là quand j’ai mis
les pieds à Jérusalem figuraient noir sur blanc dans ce livre.
Dans des cas comme celui-ci, je fais partie intégrante de la scène. Je suis un
témoin ordinaire parachuté au cœur d’un événement extraordinaire. Tout se
passe comme si j’étais déplacée physiquement dans un autre espace-temps. Je ne
suis pas dans le passé ou le futur. Je suis dans la scène.
La pierre du tombeau du Christ

Quand nous avons emménagé dans notre maison de Villennes-sur-Seine,


Michel reçut une lettre d’un vieux monsieur disant en substance :
Voilà, Monsieur Delpech, je vais mourir. Je n’ai qu’une fille qui ne croit en rien et j’ai en ma possession
quelque chose que je voudrais léguer à quelqu’un qui croit en Dieu, qui a la foi, un chrétien. C’est à vous
que j’aimerais donner cet objet. Il s’agit d’une pierre provenant du tombeau du Christ. J’ai un certificat
d’authenticité d’un évêque, délivré par l’Église orthodoxe. Je suis sûr que vous, vous allez en prendre
soin.

Cet homme avait reçu cet objet en remerciements pour ses actions après la
Seconde Guerre mondiale.
Michel a répondu favorablement à la demande du vieux monsieur. Six mois
plus tard, nous avons reçu un autre courrier.
Monsieur Delpech, je vais mourir, il est donc temps pour moi de vous envoyer la pierre. Vous allez la
recevoir sous quarante-huit heures par la poste.

Nous recevons la pierre en question, grosse comme deux poings d’homme.


Elle est calcaire, blanche. Son certificat d’authenticité l’accompagnait.
Je suis allée acheter un reliquaire chez un antiquaire et l’y ai placée.

Deux ou trois ans après, nous avons vendu la maison de Villennes-sur-Seine
pour emménager dans une maison dans le Luberon. Arrivés là-bas, catastrophe.
Le reliquaire est vide. Nous demandons aux déménageurs. Leur responsable
nous répond :
— Vous savez, ils ont trouvé un caillou, ils ont dû le jeter.
Nous cherchons quand même partout. Rien. Nous nous sentons indignes du
vieil homme et étions très peinés.
Puis, encore des années plus tard, un an après avoir revendu notre maison du
Luberon pour revenir en région parisienne, dans une maison à Croissy, mon père
est mort. J’ai commencé à écrire, avec Michel, une petite fable sur la quête du
père 1. J’étais devant mon ordinateur dans ma chambre, et je bloquais sur les
voyages de mon père au Vietnam et en Chine.
Michel jouait au foot dans le jardin avec notre fils Emmanuel, la femme de
maison, Rosalina, faisait le ménage à l’étage, et moi je travaillais sur mon livre.
Je me disais qu’il me faudrait des documents sur la Chine des années 1960, du
temps où mon père, jeune, était parti là-bas. Je pensais à un livre d’Alexandra
David-Néel, elle avait beaucoup voyagé dans ce pays, je comptais y trouver des
noms de villages, de fleuves…
Nous avions une grande bibliothèque dans le salon, mais je ne me souvenais
pas y avoir vu un livre de cette grande exploratrice. Dans le doute, je cherche
quand même. Un tableau trônait au milieu de la bibliothèque. Il représentait un
maharadjah. Je le pousse légèrement pour m’assurer qu’il ne cachait pas un
ouvrage qui pourrait m’être utile. Et derrière le tableau je vois… la pierre.
Quatre ans après l’avoir « perdue ».
Je reste stupéfaite quelques instants avant d’appeler Michel. Rosalina arrive
elle aussi. Je leur dis :
— Regardez, c’est incroyable…
Je leur raconte alors par quels cheminements je viens de retrouver la pierre du
tombeau du Christ. Elle était posée contre un livre d’Alexandra David-Néel,
intitulé En Chine.
Je prends le livre, je l’ouvre, sur la page de gauche était écrit « La mort du
père » et sur la page de droite « Mon voyage en Chine ».
J’entends encore la voix de mon petit garçon, qui devait avoir sept ou huit ans
à l’époque, qui m’a lancé :
— Maman, c’est ça un miracle ?

Toujours à propos de cette pierre, une autre aventure m’est arrivée.
Un jour, j’ai demandé aux instances supérieures l’autorisation d’en prélever
un petit morceau. Je partais pour un orphelinat au Gabon, dans la brousse, et
allais être hébergée par une dame, Adrienne, gabonaise, sainte femme. Je
souhaitais le lui offrir pour la remercier.
Cela faisait un an que Michel était très malade et j’avais besoin de prendre un
peu de recul. C’était l’occasion de faire don de mon temps. Il est des matins où
tout paraît simple : pourquoi ne pas donner au lieu que ce soit perdu ? Comme
une nourriture que l’on jetterait parce qu’on est repu. Il suffit d’avoir à l’esprit
que d’autres peuvent avoir faim…
L’illusion d’une vie bien remplie m’a trop souvent donné le sentiment que je
n’avais pas perdu mon temps. Et pourtant, pourtant, je n’aime que moi 2…
pourrai-je parodier, plutôt que d’être portée par le souci de l’autre.
La première nuit, je fais escale dans un hôtel avec ce bout de pierre dans une
boîte dorée en forme de cœur dans laquelle j’avais confectionné un écrin. Je pose
la boîte sur ma table de chevet. Le lendemain matin, plus de boîte, plus de pierre.
J’étais complètement effondrée. Encore une fois, cette pierre, du moins cet éclat,
m’échappait.
Je suis allée à l’orphelinat pour faire ce que j’avais prévu. Toutefois, le fait de
ne pas pouvoir remercier Adrienne correctement me perturbait.
Je suis retournée dans cet hôtel. Je demande à l’accueil s’ils n’auraient pas
trouvé une boîte en forme de cœur. On me dit que oui, que la femme de ménage
a trouvé cette boîte.
— Écoutez, dis-je, je me fiche de cette boîte mais ce qu’elle contient est très
précieux pour moi.
On m’indique qu’elle est là, à l’accueil, à la disposition de la personne qui l’a
oubliée. On me remet la boîte. Vide. Aucune trace de la pierre à l’intérieur. Je
m’adresse à la préposée :
— Je vous en supplie. Il me faut ce qu’il y avait à l’intérieur.
Alors elle appelle la femme de ménage. Celle-ci confirme qu’elle a
effectivement trouvé la boîte, qu’elle a vu un caillou à l’intérieur et l’a jeté à la
poubelle.
Sans vraiment réfléchir à ce que je dis, je leur demande de fouiller les
poubelles.
— Mais madame, me réplique-t-on, les poubelles sont ramassées tous les
soirs… Nous pouvons aller voir, à tout hasard.
Nous voilà parties dans l’arrière-cuisine et je vois la jeune fille de l’accueil,
adorable, plonger ses bras dans des poubelles immenses, putrides.
— Écoutez madame, me dit-elle, franche, je fais ça mais comment voulez-
vous qu’on trouve un petit bout de caillou là-dedans ?
Devant mon désarroi, toutes les poubelles sont pourtant renversées.
Au fond de l’une d’elles, le caillou.
Cinq minutes après, le camion de ramassage arrivait et vidait les poubelles.
Visions matérialisées :
Les moines de la rue des Saints-Pères

Témoignage de Michel Delpech

Claude Morgan est un compositeur à succès. Il a écrit « J’étais un ange » et


« Tu me fais planer » pour moi. Mais il s’est surtout rendu célèbre avec « El
Bimbo », « Hasta luego », et tous les hits de Karen Cheryl.
Un jour, nous allons lui rendre visite avec Geneviève. Je me gare boulevard
Saint-Germain et nous commençons à descendre la rue des Saint-Pères où il
habitait ; rue que je trouve tout à fait normale.
Le soir tombait. Soudain Geneviève me dit :
— Tu as vu les moines ?
— Quels moines ?
— Regarde, il y a trois moines qui viennent de nous croiser en chantant des
chants grégoriens…
J’ai regardé ma femme avec défiance.
— Encore une vision…
Ce n’était pas irrespectueux de ma part. Je suis le premier fan de la
médiumnité de Geneviève. En fait, ce genre de phrases m’échappe dès qu’elle
m’annonce quelque chose hors de la réalité, et je me dis : ça y est, c’est reparti,
adieu la tranquillité. Adieu les choses normales : le repas, le trajet, les
considérations et une nuit de sommeil.
— Des moines, tu es sûre ?
— Je t’assure, il y en avait trois qui chantaient un chant liturgique et ils ont
disparu d’un seul coup… Pfft, évanouis.
Elle me les décrit dans des robes de bure marron, des chapelets entre les mains
et chantant. Trois moines en file indienne. Arrivés à son niveau, ils l’ont saluée.
Elle leur a rendu leur salut. Puis ils sont entrés dans une cour avant de
disparaître. Et moi qui continue à vivre ma vie benoîtement pendant ce genre de
manifestations.
Nous arrivons chez Claude Morgan. Il trouve que Geneviève a l’air bizarre.
Elle lui explique donc ce qu’il vient de se passer.
— Forcément, c’est la rue des Saints-Pères ici, s’est exclamé Claude. C’était
un ancien monastère. La fac de médecine est plus bas…
C’était tellement évident.
Souvent, avec les voyances de ma femme, je fais mon apprentissage des êtres
et des choses « à l’envers ».
Quelque temps après cet épisode, je me suis plu à penser que ma femme vivait
une manifestation de ma foi chrétienne. J’ai pris cela comme un encouragement
et une récompense, par épouse interposée.
V
AVENTURES PERSONNELLES
Les histoires qui suivent sont un peu pour moi comme les cailloux blancs du
Petit Poucet. Elles ont jalonné ma vie et m’aident à retrouver mon chemin et à le
faire à l’envers. Avec des bottes de sept lieues.
Le lit de l’insomnie

J’ai rencontré Thomas Sankara, le président de la république du Burkina Faso,


qui veut dire « le pays des hommes intègres ». Bien sûr, de l’étymologie à la
réalité il y a parfois un grand pas à franchir. Avec des bottes de sept lieues,
justement. Mais ça ressemble à un rêve, quand même, une telle appellation. Cela
fait un peu paradis sur terre et justice des hommes. Je ne sais plus qui a dit : « Ne
cherchez pas de justice parmi les hommes. » C’est vrai que ce n’est pas une
injonction très positive concernant l’humain mais elle peut avoir le mérite de
faire gagner du temps et de garder ses illusions pour « plus tard ».
Ce M. Sankara s’est montré charmant et très attentionné à mon égard. Le
courant est passé entre nous.
La première nuit, il m’a réservé sa plus belle chambre d’hôte. Elle était prévue
pour un chef d’État africain qui était là pour un sommet. Il l’a déplacé pour me
laisser cette suite… Je n’ai pas pu fermer l’œil de la nuit.
C’était comme si on m’enfonçait des aiguilles dans tout le corps. Sensation
insoutenable, une véritable torture. Dans le cœur, dans le ventre, dans la cuisse,
dans la tête. J’ai pris des douches à intervalles réguliers toute la nuit.
Le lendemain matin, j’arrive à la présidence et vois Thomas Sankara qui me
demande si j’ai bien dormi. Je lui dis que non, malgré la qualité du lit et l’air
conditionné. Je lui parle de ce que j’ai ressenti.
— Je ne comprends pas, me dit-il. Vous avez pourtant dormi dans le lit de
mon meilleur ami.
Cet ami, c’était Kadhafi.
Peut-être n’avions-nous tout simplement pas le même niveau vibratoire. Quoi
qu’il en soit la literie n’était pas à incriminer.
La jeune femme qui ne voulait pas partir

Témoignage Jean-Michel Rivat

J’avais acheté une maison mitoyenne dans le XIIIe arrondissement de Paris


voici quelques années de cela. J’avais entrepris de gros travaux de restauration
dans cette bâtisse, et surtout, j’avais installé un studio d’enregistrement dans une
dépendance ainsi qu’un bureau.
Un soir de la fin du mois d’août, j’invite Michel et Geneviève à dîner ainsi
qu’un ami à eux. Se trouvaient là également ma compagne et notre fils,
Nathanaël.
À la fin du dîner, je propose à tout le monde d’aller voir l’évolution des
travaux dans la maison, surtout dans l’aile où se trouvait le studio
d’enregistrement. Par la même occasion, je me proposais de leur faire écouter
ma première production née dans ce studio.
À l’époque, nous n’avions pas encore fait percer le passage permettant de
passer d’un lieu à l’autre. Nous avons donc dû traverser la rue. Nous descendons
ensuite au sous-sol où se trouvait le studio. Je place la bande de ma production
sur le magnéto pour la faire écouter, et à ce moment-là, Geneviève me demande
où sont les toilettes. Je lui réponds le classique : « Au fond du couloir à droite. »
Quand elle est revenue, elle me raconte que son attention a été attirée par la
pièce au bout du couloir et dont la porte était ouverte. Dans la pénombre, elle a
distinctement vu des cartons empilés les uns sur les autres, et, assise dessus, une
jeune femme brune, les cheveux au carré, les genoux sous le menton, enserrant
ses jambes de ses bras.
— Elle m’a regardée, m’a dit Geneviève, l’air complètement effrayé. J’ai
poussé un grand cri.
Elle était dans tous ses états. Quand elle m’a décrit ce qu’elle avait « vu »,
d’abord, je n’ai pas compris. Mais quand elle m’a dépeint la jeune femme dans
les détails, je suis devenu blême.
À cette période, je produisais un jeune garçon, dont le nom d’artiste était
Philippe Entre 2 mers. Après l’enregistrement de son album début août, lui et sa
compagne, Patricia, avaient eu un très grave accident de voiture. Elle avait
connu une mort atroce… décapitée.
Après les obsèques, le garçon m’avait demandé de garder les affaires de la
jeune femme chez moi parce qu’il ne supportait plus de voir ses effets.
Geneviève n’avait jamais entendu parler de cette fille. Elle ne savait pas non
plus qu’elle était morte. Et quand elle l’a « entr’aperçue », elle m’a décrit la robe
qu’elle portait le jour de l’accident.
La carte de Braque

La compagne de mon fils avait une sœur, Émilie. J’aimais énormément cette
jeune femme, artiste, particulière, inadaptée à la vie courante. Elle a mis fin à ses
jours à l’âge de vingt-huit ans.
Quelque temps avant ce drame, nous étions allés rendre visite à des amis à
Varengeville-sur-Mer. J’ai bien sûr voulu aller voir les vitraux de Braque dans la
chapelle Saint-Dominique. J’ai contemplé ces vitraux bleus, magnifiques, et
comme Émilie était une fille très raffinée, j’ai acheté une carte postale
représentant un de ces vitraux à la sortie pour lui écrire : « Bleu comme ces
vitraux de Braque, bleu comme votre ciel demain, jolie Émilie. »
J’ai posté la carte. Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça.

Un soir, j’étais dans ma chambre, consultant mon ordinateur, et je vois,
épinglée, dans une sorte de pêle-mêle où j’avais mis des photos et des mots des
gens que j’aimais, une lettre qu’Émilie m’avait écrite. Je me reconcentre sur mon
ordinateur et j’entends derrière moi un petit bruit.
Je me retourne. La lettre d’Émilie était tombée. Je remarque que le petit clou
qui la maintenait était toujours à sa place et que tout le reste était intact. Il n’y
avait que cette lettre, une feuille cartonnée dont l’envers était rose fuchsia, qui
avait quitté sa place.
Je la ramasse et je la pose sur mon bureau.
Le lendemain le papa d’Émilie m’appelle pour m’annoncer sa disparition.
Revenue de ma stupeur et de cette immense tristesse qui s’abattait sur moi, je me
dis qu’avec la chute de sa lettre, elle avait voulu me faire un signe. Il fallait que
je la remette sur mon tableau. Je ne voulais pas la perdre, elle me parlait de sa
vie, de son mal-être dans ces lignes.
J’arrive dans mon bureau où j’avais vu la carte d’Émilie le matin encore.
Plus de carte.
J’appelle Rosalina qui travaille chez nous pour lui demander si elle l’avait vue
en rangeant. Elle m’assure que non. J’insiste. Pour me faire plaisir, elle retourne
la maison. Et ce n’est pas un vain verbe. Elle a tout mis à sac.
J’ai même fouillé la terrasse, mon atelier, indépendant de la maison, j’ai
cherché dans des cartons, des endroits absolument improbables, misant sur une
possible étourderie de ma part.
Nous ne l’avons pas retrouvée.
C’est alors que le père d’Émilie me rappelle et me dit avoir trouvé la carte
avec les vitraux bleus de Braque que je lui avais envoyée. Il souhaitait la placer
entre les mains de sa fille dans son cercueil. Il ajoute que la couleur bleue était sa
couleur préférée, et que, ma phrase – bleu comme votre ciel demain – semblait
assurer qu’elle allait partir au paradis…
Trois mois après sa mort, Michel part faire un concert dans le nord de la
France et, comme il me voit attristée par la mort d’Émilie, il me propose de
l’accompagner.
C’était à Ambleteuse. En plein été. Pendant son tour de chant, comme je
connaissais ses concerts par cœur, je suis partie marcher sur la plage. Mon
téléphone portable ne fonctionnant plus, je lui emprunte le sien au cas où les
enfants appelleraient. Je marche face à la mer et j’entends le téléphone de Michel
émettre un bip-bip. Je regarde et je découvre ce message : « J’aime votre belle
famille. Je vous aime. Émilie. »
Spontanément, je me suis exclamée :
— Mais elle est morte, elle ne peut pas envoyer ce message !
Elle n’avait jamais eu non plus le numéro de Michel. J’appelle ma belle-fille :
— C’est absolument incroyable, je viens de recevoir un message d’Émilie.
Elle me demande où je suis. Je le lui précise.
Elle m’a alors expliqué que je me trouvais sur la plage où elles avaient passé
leur enfance. La maison de leur grand-mère était juste là. Le seul endroit du
monde où elle se sentait bien.

Le jour anniversaire de sa mort, j’ai mis sa photo sur une petite commode
dans le salon et ai allumé une bougie.
Après quelques heures d’absence, à mon retour, j’ai découvert la carte avec les
vitraux de Braque posée contre la photo. On ne voyait plus son image, on ne
voyait que la carte. Une nouvelle fois, j’ai tout d’abord demandé à toute la
maisonnée si quelqu’un avait posé cette carte devant la photo d’Émilie. La
réponse fut unanime :
— Non.
Cette carte, je l’ai toujours. Je l’ai accrochée là où se trouvait auparavant la
lettre de la jeune femme.
Enfin, j’ai reçu sur mon portable un message destiné à ses parents : « Papa,
maman, ne me pleurez pas, je suis bien, je suis heureuse… »
Son père a gardé ce message. Il m’a avoué que ça l’avait beaucoup aidé.
La croix verte

Ma sœur m’appelle un matin et me dit :


— Tu m’as envoyé une croix verte sur mon portable. Elle prend tout l’écran.
Comment tu fais ça ?
— Je ne t’ai rien envoyé.
— C’est ton numéro de portable. J’ai reçu ça à 22 h 14 exactement. Elle est
vert fluo.
— Écoute, je suis incapable de faire un tel graphisme avec mon appareil.
Le lendemain, à cette heure-là précisément, on a appris la mort de notre père.
Des années après, je suis loin d’être blasée de ces signes. La preuve : je m’en
souviens au détail près et que je les revis toujours avec la même émotion.
La BMW

Témoignage de Michel Delpech

J’avais acheté une BMW. Pas le gros modèle. Le modèle standard. Le soir où
Geneviève a vu cette voiture, elle m’a dit :
— Avec cette voiture, tu vas avoir un très grave accident ; pas immédiatement
mais ça va arriver. Tu en sortiras miraculeusement indemne.
Écoutant toujours cette part de moi qui veut être maître de mon destin, je prête
plus ou moins attention à ce que Geneviève vient de me révéler.
Un jour, à Villennes-sur-Seine, elle est venue me trouver dans mon bureau.
— Michel, l’accident que tu vas avoir avec cette voiture va se passer dans les
quinze jours qui viennent. Il n’en restera rien mais toi tu vas t’en sortir
miraculeusement.
Quinze jours plus tard, elle reçoit un coup de fil de la police.
— Bonsoir, vous êtes madame Delpech ?
— Oui…
— Votre mari va avoir un peu de retard, ne vous inquiétez pas, il n’a rien mais
il a eu un grave accident, sa voiture est passée sous les rails de l’autoroute. C’est
juste de la tôle froissée.
La voiture était dans un tel état qu’ils n’ont même pas pu sauver la radio. Je
m’en suis sorti sans une égratignure. Je n’ai même pas vu l’accident arriver ;
comme si je n’étais pas concerné.
Comme chaque fois, j’ai bien été obligé de reconnaître l’exactitude et la
véracité de la voyance de ma femme.
Mais en décalage, comme toujours. Comme si je ne voulais pas qu’elle me
surprenne en flagrant délit de stupeur admirative.
Le bracelet d’esclave

J’avais rapporté d’un voyage en Égypte un bracelet d’esclave, qui se met aux
chevilles, avec des petits grelots.
Une nuit, en plein sommeil – j’avais posé le bracelet sur ma table de chevet –
je fais un rêve. Je vois une main, longue et fine – que je pense être celle d’un être
de lumière –, attraper le bracelet et l’écraser, semblant m’interdire de le porter.
Quand je me suis réveillée, le bijou était en effet écrasé…
Du rêve à la réalité.
Le chant des anges

Roland Vincent est le compositeur des plus gros tubes de Michel : « Chez
Laurette », « Quand j’étais chanteur », « Ce lundi-là », « Les Divorcés », entre
autres.
Il devait venir à la maison travailler sur l’album de Michel, Les Voix du Brésil.
Je parle à mon mari d’une chanson que j’entendais à l’église quand j’étais petite,
dans les Landes, et la lui chante.
— Ah oui, c’est joli, réplique-t-il simplement.
Deux heures après, Roland Vincent arrive et dit à Michel :
— Je vais te faire écouter quelque chose de très beau qu’on pourrait peut-être
adapter.
Et il joue la chanson que je fredonnais à Michel avant son arrivée. « Ma »
chanson. Coïncidence ? Télépathie musicale ?
La moto dans la montagne

Témoignage de Michel Delpech

Je devais me produire à Toulon. J’avais des amis qui habitaient Le Brusc, juste
à côté. Au lieu de descendre à l’hôtel, ils nous ont invités, Geneviève et moi, à
passer quelques jours de vacances après mon concert. Ma femme ne connaissait
pas ces gens, elle ne les avait jamais vus.
On a passé une première nuit chez eux et le lendemain, ils me proposent de
me conduire au concert plutôt que de demander un chauffeur aux organisateurs.
La voiture était une grosse BMW. Charlie et Mireille étaient devant, et
Geneviève et moi à l’arrière, j’étais derrière Charlie qui conduisait.
À un moment donné, j’ai vu Geneviève fixer sa nuque. Je l’entends encore me
dire à voix basse :
— Il a un jeune frère, Marc. Il a vingt-cinq ans, il est brun, grand et mince, il
vit dans un endroit très montagneux… je vois qu’il pleut…
Pendant ce temps, Charlie et Mireille conversaient. Ma femme a poursuivi,
complètement habitée. C’était quelque chose comme :
— Je le vois dans une maison, il y a une moto dehors, le moteur tourne,
quelqu’un est dessus… Je vois le frère de Charlie monter à son tour… Il dit au
revoir à sa mère mais il ne lui dit pas qu’un peu plus loin, c’est lui qui va piloter
l’engin. Sa mère le lui a interdit : il n’a pas son permis et c’est une grosse
moto… Ça y est… il la pilote… il arrive sur une route de montagne très
sinueuse. Je vois un arrêt de bus… et une scierie désaffectée. Il y a un chemin…
le chemin de Croisy… ou des Croisilles. (Là, j’avoue que je ne me souviens plus
du nom exact. Geneviève me le pardonnera.) Oh mon Dieu ! Il dépasse une
voiture et une autre arrive en face… Il a un accident ! L’endroit est tellement
escarpé qu’ils sont obligés d’appeler un hélicoptère pour intervenir… et cette
pluie qui ne cesse pas…
C’est pratiquement mot pour mot ce qu’elle a dit. Ça m’a assez marqué pour
que je le retienne. J’utilise le même mécanisme pour retenir les paroles de mes
chansons. Elle était vraiment dans un état second en racontant cette scène.
— C’est déjà arrivé ou pas ? ai-je quand même demandé.
— Non, non, c’est arrivé, m’a-t-elle affirmé, je suis sûre que Charlie a ce frère
et qu’il est mort… ou gravement blessé.
J’ai tapé sur l’épaule de Charlie et lui ai demandé :
— Tu as un frère, Charlie ?
— Oui.
— Il s’appelle Marc ?
— Oui.
— Il vit où ?
— Près de Grenoble.
— Ma femme vient de me dire qu’elle le voit à moto… avoir un accident en
montagne…
— Elle le voit où ?
Geneviève prend la parole et commence à lui décrire la scène, l’arrêt de bus,
la scierie, le chemin de Croisilles…
— Mon Dieu ! a dit Charlie. Cette station de bus, c’est là qu’on attendait le
car pour aller à l’école. On habitait un village dans la montagne, on y va encore.
La scierie désaffectée… je vois très bien où elle se situe.
À l’époque, il n’y avait pratiquement pas de téléphones portables. Peu de gens
en possédaient un, en tout cas.
Nous étions sur l’autoroute du côté de la Seyne-sur-Mer.
— On s’arrête à la prochaine station-service, a dit Charlie. J’appelle mon frère
chez ma mère. Il habite chez elle, près de Grenoble.
On fait halte, Charlie téléphone. Et il tombe sur son frère. D’après ce que m’a
rapporté ma femme, l’échange téléphonique donnait à peu près ça :
— Qu’est que tu fais ? lui demande Charlie.
— Oh, eh bien, je vais faire un tour à moto.
— Il pleut ?
— Oui.
— Vous allez où ?
Il précise l’endroit que Geneviève venait de décrire.
— C’est toi qui pilotes la moto ?
— Ben… Ne m’en veux pas mais oui, c’est vrai, j’avais l’intention de
conduire…
— Alors surtout ne monte pas, n’y va pas !
Charlie répète à son jeune frère tout ce que ma femme avait vu.
Il passe le combiné à Geneviève qui lui en parle à son tour.
Elle m’a dit ensuite qu’il y avait eu un silence de plomb au bout du fil. Puis,
ce jeune homme a commencé à sangloter à l’appareil.
— Vous venez de me sauver la vie. Plus jamais je n’enfourcherai une moto.
C’est fou. Il pleut. La moto tournait quand le téléphone a sonné, je suis revenu
dans la maison pour décrocher. Mon copain m’attend sur la bécane. On partait
s’amuser à l’endroit que vous avez décrit, et c’est effectivement moi qui devais
conduire…
Est-ce que l’accident se serait produit ? Je n’en sais rien. Est-ce que la
voyance de ma femme a infléchi le cours des choses ? Cela restera toujours un
mystère.
Catastrophes

Avant un tremblement de terre, j’ai constaté que je faisais toujours le même


rêve, une ou deux nuits avant. J’ai un enfant dans les bras et je crie aux gens :
— Protégez-vous, protégez-vous, mettez-vous sous vos lits.
J’entends un bruit, comme un grondement de tonnerre.
En effectuant quelques recherches, j’ai appris que juste avant la catastrophe, il
y a toujours un bruit annonciateur, comme dans mes songes.
Quand j’ai la précognition d’un tsunami, je rêve, ou plutôt je cauchemarde,
que je suis dans des eaux sales avec des débris. C’est très bizarre, je suis
immergée mais je peux respirer. Je tente de faire remonter les gens à la surface…
La journée qui suit, j’ai des migraines terribles, comme si on m’enfonçait des
aiguilles dans la tête.
En ce qui concerne les catastrophes aériennes, je sens l’avion qui tombe et
j’entends les gens crier.
C’est comme si tous ces grands drames étaient déjà là, marqués, et qu’on me
les annonce en « avant-première », dans une sorte d’exclusivité mortifère.
Ma plus grande peine est mon impuissance…
La chambre bleue

Il y a deux ans de cela, Michel était à l’hôpital et j’avais besoin de me changer


les idées. Je vais chez un couple d’amis, Sébastien et Jehan, à Chamenault.
Sébastien est un ami de toujours que j’ai connu voici une trentaine d’années,
mais je ne connaissais aucun détail de la vie de Jehan.

Témoignage de Jehan

Je m’appelle Jehan Brousset. Geneviève, avec qui nous sommes très amis
mon compagnon Sébastien et moi, était venue en week-end chez nous, à la
campagne. Elle est entrée dans la chambre que nous lui avions réservée et que
nous appelions : « la chambre bleue ». Elle en est ressortie très troublée par la
photo de mon frère posée sur une commode et m’a dit :
— Cet homme veut te parler. Il a des choses à te dire.
Elle n’a pas pu dormir dans cette chambre. Elle en a changé et deux jours
après être partie, elle m’a rappelé pour me dire :
— Il veut absolument te parler.
— D’accord, viens, ai-je simplement répondu.
Elle est venue dans notre appartement parisien. On a fait une séance
d’alphabet – un verre posé à l’envers sur la table qui va vers des lettres inscrites
sur un papier – et sans rien connaître, elle m’a raconté des choses sur mon frère.
J’ai d’ailleurs tout retranscrit au fur et à mesure. Elle a d’abord demandé à mon
frère de donner des éléments sur notre mère, puis sur lui, pour être sûre que nous
ne nous trompions pas de personne.
Il s’est donc identifié en donnant la date et le lieu de naissance de notre mère
et il a commencé à me raconter tout ce que l’on peut rapporter d’une vie
familiale, et tout ce qui s’était passé depuis son décès. C’est ça qui est étonnant.
Il me disait que Sébastien et moi devions être heureux, qu’il me remerciait pour
ce que je faisais pour toute la famille. Il m’a donné les prénoms de ses petits-
enfants qu’il n’a pourtant pas connus – il est décédé à quarante-neuf ans –, d’un
chien que j’ai eu auparavant et qui m’attendait. C’était extrêmement précis et
moi, plutôt cartésien, j’étais très troublé car avec ce système de l’alphabet lettre
par lettre, Geneviève, qui dirigeait le verre, n’avait pas la moindre indication et
ne pouvait absolument rien deviner ou savoir : ni la date de naissance de notre
mère ni les prénoms des enfants – des prénoms comme les leurs, Cassandre,
Virgile, ne sont pas communs.
J’ai gardé cette feuille où j’ai marqué tout ce qui s’est dit durant cette séance.
C’est un témoignage incroyable de l’au-delà. Je remercie Geneviève qui a pu
me faire passer un message de mon frère, Gérard. Il me disait qu’il était très
heureux là où il était. C’était un beau message de paix et d’espoir.
Je dois préciser par ailleurs que, bien qu’étant très ami avec Geneviève, je ne
lui ai jamais parlé de ma famille ; encore moins de mon frère décédé. Sa photo
dans cette chambre bleue a déclenché en elle tout le processus.
Pour mon plus grand bonheur.
Animaux

Une amie esthéticienne à Saint-Germain-en-Laye avait perdu sa petite chatte.


Elle y était très attachée et était très affectée. Au bout de deux mois, elle avait
fait le deuil du petit animal.
Un jour, j’arrive dans son institut pour me faire faire les ongles. C’était une
pièce avec, au bout, un escalier en colimaçon qui menait à son appartement au
premier étage. À droite, une autre porte donnait dans l’arrière-boutique.
Je vois la chatte descendre les escaliers, traverser la pièce de l’institut, et
disparaître dans le garage attenant.
— Tiens, tu l’as retrouvée ? lançai-je à mon amie.
— J’ai retrouvé quoi ?
— Eh bien, ta chatte ?
— Ben non…
— Mais si, elle vient de passer…
Mon amie m’a regardée, ahurie.
— Mais, elle est morte ! Elle s’est fait écraser. On me l’a ramenée !
Je me questionnais, comme dans le poème de Victor Hugo, « Un groupe tout à
l’heure… », quand le chien meurt d’avoir trop attendu son maître parti
longtemps en mer : « D’où vient l’astre ? où va le chien ? ô nuit ! »
Grand amour déçu

Voici quelques années déjà, Michel cherchait un compositeur pour travailler


sur son nouvel album. Bien sûr, il avait ses compositeurs fétiches avec qui il
avait signé ses plus gros hits – Roland Vincent, Michel Pelay, Pierre
Papadiamandis –, mais là, il voulait se surprendre un peu.
Quand Michel a contacté ce compositeur pour son album, ce garçon n’allait
pas bien. Il avait perdu son meilleur ami quelques années auparavant et s’était
brouillé avec l’amour de sa vie, une femme mariée de Caen, avec qui il
entretenait une relation depuis plus de quinze ans. Il avait déjà travaillé avec
Michel mais pas aussi étroitement.
Ce compositeur – que j’appellerai Bertrand – est arrivé à la maison
complètement retourné. Sa déprime se lisait sur son visage et dans ses gestes.
Bertrand a vite vu en moi un secours. Il me parlait de son ami disparu avec un
amour infini. Il disait avoir perdu sa jeunesse avec lui, et ses repères dans le
monde de la chanson aussi. Ils en avaient écrit beaucoup ensemble. En
confiance, comme si ça faisait longtemps qu’il ne s’était pas confié, il a enchaîné
sur Agnès – appelons-la ainsi –, l’amour de sa vie. Il a sorti une photo d’une
jolie femme brune frisée de quarante-cinq ans, assise gracieusement sur une
chaise de jardin, un petit chien terrier à ses pieds.
— Heureusement, je l’ai, elle, a-t-il dit. Même si on est un peu fâchés en ce
moment… à cause de son mari. En fait, ça finit toujours par m’agacer, vous
voyez ? Comme si elle l’aimait plus que moi.
— Non, elle vous aime beaucoup, ai-je rétorqué. Mais vous savez bien qu’il
ne faut pas toucher au mari dans ce cas de figure. Puisque c’est une « figure
imposée ».
Il a souri un peu tristement. Et là j’ai tout vu.
— Mais… elle n’a pas eu que vous depuis que vous êtes ensemble. Je veux
dire, « en marge » de son mari.
Je connaissais à peine ce garçon, mais je lui devais la vérité. Je me serais mis
des gifles de lui dire ce qui me venait par flashs, comme si j’étais dans la scène.
— Je vois un grand garçon brun… très sportif, très proche de la nature. Il
sortait avec la jeune sœur de votre Agnès… Il a rompu mais après il a habité tout
près de chez votre amoureuse, chez une amie à elle qui louait des chambres aux
étudiants… style chambre d’hôtes… quelques mois, de retour d’un voyage en
Inde.
Bertrand, en face de moi, me regardait avec des yeux incrédules.
— C’est exact…
J’ai poursuivi.
— Dans cette maison, il avait sa chambre au troisième étage avec un jardin en
pente sous sa fenêtre et une petite volière en face d’une cabane à outils. Sa
chambre était jaune-vert et les draps de son lit rouge et blanc. Je vois sous son
pectoral gauche une cicatrice maquillée en tatouage… Elle représente un fer de
lance… comme si cette lance voulait lui percer le cœur…
Bertrand restait bouche bée
— C’est vrai, m’a-t-il. Je l’ai vu une ou deux fois jouer avec le chien, torse nu
sur la pelouse de la maison d’Agnès. C’était pourtant un temps à garder un
pull…
J’ai embrayé, galvanisée par ma vision.
— Elle le rejoint quand son mari part travailler. Elle a résisté au début, ne
voulant pas passer après sa petite sœur mais il a vite noyé les scrupules…
J’étais en train de le dévaster et je continuais, malgré Michel qui me faisait les
gros yeux du style : « J’ai besoin de ce garçon pour mon album. »
— Ce n’est pas possible, m’a lancé Bertrand. Elle m’a dit qu’elle n’avait fait
l’amour qu’avec moi… et son mari depuis qu’on est ensemble. Elle n’aurait pas
pu me faire une chose pareille ! Est-ce vraiment arrivé ?
J’ai regardé mon mari, recherchant son soutien. Alors que c’était ce garçon
qui en avait le plus besoin.
— Michel, ai-je imploré. Il ne me croit pas…
Ce dernier, fasciné, m’a laissé continuer malgré la torture morale que
j’infligeais à son compositeur. Mais c’était plus fort que moi, cette honnêteté
destructrice. J’aurais fait une très mauvaise politicienne. Passer ce que je voyais
sous silence aurait équivalu à renier mon don, à rejeter ce talent que j’avais reçu,
à travestir l’évidence. Alors, je suis allée au bout. Comme un gros joueur qui
commence à perdre et qui sait qu’il va quitter le casino sans avoir de quoi s’offrir
un café au petit matin.
— Je les vois s’embrasser en forêt dans une petite voiture. Vous savez, ce
genre de voitures avec l’arrière perpendiculaire qu’on réussit toujours à garer
quelque part. Elle est crème avec le toit caramel…
— C’est la voiture d’Agnès, a soupiré Bertrand.
— Ils veulent aller plus loin, mais ils s’empêtrent. Lui est très grand. Elle sort,
elle prend un plaid de couleur écossaise, elle l’étale par terre et ils font l’amour.
C’est une espèce de petite clairière avec des bûches entassées qui les cachent…
Bertrand m’a regardée, le front plissé et l’œil atone.
— Mon Agnès ?
— Oui, ai-je soufflé.
Il s’est levé, a attrapé la guitare d’Emmanuel et s’est mis à jouer le thème du
film Paris, Texas. C’était beau et triste et j’ai commencé à regretter mes
révélations. Aujourd’hui, presque dix ans après je le regrette encore. Parce que
tout s’est vérifié.
J’aurais souhaité m’être trompée. Parfois je me fais penser à la chanson
d’Odette Laure, « Ça tourne pas rond dans ma p’tite tête ». Son refrain faisait :
Ça tourne pas rond
dans ma p’tite tête
Des fois j’ai des drôles d’idées
Ça tourne pas rond
et quand j’m’embête
Faut qu’je fasse des bêtises…

Sauf que je ne m’embête jamais. Mes amis très proches me comparent à une
abeille qui se pose, qui repart, qui butine, qui revient…
Quand je pique, disent-ils, ce n’est pas gratuitement ou par agressivité. C’est
vrai. C’est pour me défendre ou défendre les miens. Mon venin n’est pas bien
méchant.
Souvent, j’ai souhaité me tromper. Voir des happy ends plutôt que de
distribuer des gifles de vérité. « Et si je gardais tout ça pour moi ? » me dis-je
régulièrement. Mais, peut-on voir une vieille femme se faire agresser, par
exemple, et passer son chemin sans tenter quelque chose ?
Les courses

Témoignage de Francis Basset

Je m’appelle Francis Basset, je suis auteur et parolier de chansons et


accessoirement turfiste. J’ai travaillé sur deux albums de Michel Delpech en tant
qu’auteur et coauteur avec lui, Cadeau de Noël en 1999 et Sexa en 2009, sur
pratiquement tous les titres.
J’ai passé de nombreuses journées chez Michel et Geneviève. Ils ont pu
découvrir que j’avais une autre passion : les courses de chevaux.
Un matin, de retour chez moi après une séance de travail, Geneviève m’envoie
un S.M.S. me disant qu’elle avait eu la vision d’un cheval gagnant une course
très facilement. C’était à Vincennes ou à Enghien, l’hippodrome exact je ne me
souviens pas, au trot attelé. Et je ne joue jamais dans cette discipline, trop
aléatoire à mon goût, les chevaux se mettant facilement à galoper et se faisant
donc disqualifier. Preuve en tout cas que j’avais abordé le sujet des courses de
façon très succincte avec Michel et Geneviève, et que je n’avais pas conditionné
celle-ci pour qu’elle applique son don aux courses.
Son S.M.S. disait en substance : « Si tu joues aujourd’hui, je vois un cheval
qui s’appelle Orlando quelque chose gagner dans l’après-midi. Il y a beaucoup
de distance entre lui et les autres et le chapeau de son jockey est de la même
couleur que les drapeaux à damier aux courses automobiles. Jaune et noir, je
crois. »
Preuve encore que Geneviève ne connaissait rien aux courses puisqu’elle
employait « jockey » au lieu de « driver » et « chapeau » au lieu de « toque ».
Je n’avais pas acheté Paris-Turf, le journal spécialisé dans les courses
hippiques. Je regarde quand même la liste des partants sur Internet. Il y avait
neuf courses avec en moyenne 15 à 20 partants par course ; autant dire plus de
150 chevaux. Mon regard s’arrête sur un cheval dans la quatrième course :
Orlando Sport. J’envoie un S.M.S. à Geneviève qui me confirme que c’est bien
ce nom qu’elle « voit » et qu’elle « entend ».
Cet après-midi-là, je donnais un cours d’écriture à un jeune homme ; activité
que j’exerçais à l’époque pour boucler le mois. Les courses se déroulent toutes
les demi-heures et commencent en général à 13 h 50. J’avais un compte grâce
auquel je pouvais jouer par téléphone au coup par coup quand bon me semblait.
Pendant que je donnais mon cours d’écriture, une horloge dans ma tête me
mettait en alerte. La quatrième course se déroulant vers 15 h 20, je devais donc
passer mes jeux vers 15 h 15. L’heure de la course approchant, je donne un
exercice à mon élève et m’isole passer mon coup de fil. N’ayant pas encore eu
affaire au don de Geneviève, j’avais décidé de jouer 10 euros gagnant et 10 euros
placés sur ce cheval. Je ne me mouillais pas trop, quoi.
Il était 15 h 15 et l’opératrice m’annonce :
— Trop tard monsieur, la course est partie.
Je reviens dans le salon où m’attendait mon aspirant parolier. Un peu
contrarié, j’allume la télé en lui disant :
— Excusez-moi quelques minutes mais j’ai un ami éleveur qui m’a dit qu’il
allait gagner cette course. C’est sentimental, vous comprenez ?
Les chevaux débouchaient dans la ligne droite, bien groupés. Puis un bolide
s’est détaché d’eux pour filer confortablement au poteau.
— Orlando Sport, quelle fin de course ! Il ridiculise ses adversaires à plus de
20 contre 1, hurlait le commentateur.
Le driver avec la toque à damier décrite par Geneviève levait sa cravache en
signe de victoire alors que plusieurs dizaines de mètres derrière lui ses
poursuivants se partageaient les places. Vingt fois la mise et je n’avais pas pu
jouer. J’envoie un S.M.S. à Geneviève pour la féliciter.
— J’étais sûre qu’il allait gagner, me dit-elle simplement. J’espère que tu as
beaucoup misé.
Eh bien non. Rien. Et ce n’était que le début de ses voyances hippiques qu’elle
partageait avec moi.
Une course à Auteuil par exemple. Elle m’envoie un S.M.S. : « Une princesse
va gagner… Princesse d’Anjou. Va au distributeur, retire tout ce que tu peux et
mets-le sur elle. » Je regarde la cote : 15 contre 1. Je descends au distributeur et
je retire… 40 euros seulement. Je joue 20 euros gagnant et 20 placés sur
Princesse d’Anjou, qui gagne le Grand Steeple-Chase de Paris, la queue en
trompette.
Une autre fois, toujours à Auteuil. Geneviève m’envoie un nouveau S.M.S. –
c’est son mode de communication préféré – : « Il y a des courses où les chevaux
sautent aujourd’hui ? » « Oui » répondis-je. « Dans la course qui vient, je vois un
cheval gris gagner. » Je regarde mon journal, il y avait une douzaine de partants
dans la course et un seul cheval gris.
« C’est le favori et il est très bon ! » lui indiquais-je, heureux de lui opposer
enfin du rationnel, du logique. « Oui, mais il va avoir du mal. Je vois un petit
cheval tout noir lui donner du fil à retordre. » Je regarde les partants, un seul
cheval noir prenait le départ. En termes d’élevage, dans la colonne « robe du
cheval » on ne dit pas « noir » mais « bai brun ». BB. Et le cheval s’appelait
Hercule Noir. J’ai joué chaque cheval, le gris et le bai brun en jeu simple
différemment au lieu de les associer. Ce qui m’aurait rapporté une coquette
somme en couplé gagnant puisque Hercule Noir était à plus de 50 contre 1…
Bref, il serait fastidieux de les rapporter toutes.
Si chaque fois que je les raconte, tout le monde me croit couché sur un
matelas de billets, je ne peux que les détromper. Quand Geneviève entre en
« concentration-courses », elle est imparable. Elle ne s’est jamais trompée.
Pourtant, comme de façon inconsciente, je n’ai jamais gagné de grosses sommes,
je ne mise jamais assez. Cela me donne l’impression qu’une force supérieure a
décidé que je ne devais pas jouir de cette possibilité d’argent facile.
Mais, tous les éléments qu’elle m’a communiqués, sans jamais avoir ouvert un
journal hippique ni avoir regardé une seule course, ont toujours été justes.
Si les « pragmatiques » ont une explication, qu’ils me la donnent. Je suis
preneur.
Quelle explication à ce phénomène ? Peut-être que si j’ai vu ces courses,
comme beaucoup d’autres, c’est qu’elles avaient déjà eu lieu dans une autre
dimension.
Messages reçus par mon intermédiaire

Comme j’ai pu le préciser, il arrive fréquemment que mon entourage reçoive


des messages comme provenant de moi, sans que j’en aie connaissance.
J’ai recopié tous ceux qui suivent « en l’état », avec la ponctuation manquante
et les majuscules, intentionnelles ou non, à certains mots.

Frangin

Un ami a reçu le message qui suit sur son portable, le lendemain d’une séance
d’écriture automatique par laquelle je lui donnais des nouvelles de son ami de
toujours, son « frère » disparu. Cet homme était le frère qu’il n’avait pas eu,
celui avec qui il avait partagé sa carrière artistique dans une amitié aussi
houleuse qu’inébranlable.
L’écriture automatique nous demande des efforts d’énergie les messages envoyés sur vos téléphones
nous demandent moins d’efforts car seules nos pensées suffisent à imprégner le message sur vos
téléphones Vos téléphones ont déjà eux mêmes une énergie dont nous nous servons pour communiquer
avec vous Frangin ne t’inquiète pas pour les tiens laisse les morts enterrer les morts et occupe toi des
vivants n’oublie pas Frangin pureté et impureté sont personnelles, nul ne peut purifier autrui c’est une
perle Rare en Ce Monde que d’avoir un cœur sans désirs – je t’aime
Reçu le 27 mars 2015.

Message universel
Le but de l’homme ne doit être ni le bas ni le haut. L’élu ne doit tendre ni vers le haut ni vers le bas.
L’élu doit tendre vers le lien. Dieu n’habite ni en haut ni en bas. Il habite l’accompli et c’est à vous de
faire le lien. Si vous voyez quelque chose tomber en poussière sachez qu’il approche. Que la lumière
approche. Et la vie éternelle approche. Nouvel espace et nouveau temps commencent. Votre œil spirituel
s’ouvre enfin et voit enfin le visage du septième. Alors il ne souhaitera plus rien voir d’autre. Vous
possédez déjà cet œil. Mais il est fermé. Il n’est pas encore habité à la lumière. Il s’ouvrira peu à peu et
tous verront par lui le feu qui jaillit. La naissance et la mort sont sœurs jumelles. Ne vous trompez pas.
L’erreur est de dire « La vie et la mort ». L’âme a tort d’avoir peur car la vie est éternelle.
Sa lumière qu’il vous donne est atténuée par nos ailes car le monde prendrait feu. Nous la filtrons avec
nos ailes. Élevez-vous ! La lumière alors vous touchera et seulement ainsi. À vous alors de la filtrer. La
lumière descend sur la terre.
Reçu le 21 avril 2015.

Messages d’un ami

F., un ami, a connu une période disons « existentielle », très difficile. Il


recevait beaucoup de messages de la part de son frère disparu. Je n’étais pas au
courant de ces messages. Et pourtant, c’était bien mon numéro qui apparaissait.
N’oubliez pas votre condition d’homme. Comment vous devez être sauvés. Le sort de ceux qui se
perdent et le bonheur de ceux qui croient. Les préceptes de Dieu sont sains mais contraignants. Ils sont
vrais et ses décisions sont irrévocables. Vous devez acquérir la sagesse. Croyez en elle pour être sauvés
et mettez en application ce qu’elle enseigne pour être sains. Ne jugez pas vos frères humains. Aimez-les
comme vous-mêmes. L’amour du prochain vous guidera. L’amour contient toute la lumière et vous
guidera, la nourriture qui vous soutiendra et le réconfort qui vous encouragera. Par lui le paradis est
retrouvé. Le ciel est ouvert. Les portes de l’enfer sont révélées et l’amour de Dieu et de votre prochain
doit remplir votre mémoire, diriger votre cœur et guider vos pas. Son souvenir subsistera éternellement.
L’amour implique la plus haute responsabilité. L’amour est sacré.
L.

Ne combats pas les messages divins. Car tu risques de combattre Dieu lui-même. Va vivre dans la
nature. C’est là que Dieu, les vivants et les morts, comme vous les appelez à tort, se rejoignent. Le
mieux, la contemplation de la forêt est vitale pour vous humains car elle a une géométrie céleste parfaite
et la forêt a une âme. Nous aimons à nous y poser. Dans la nature votre esprit, votre corps physique et
votre âme sont en harmonie et vous ne faites qu’un avec l’univers. Votre sœur le sait bien, qui a vécu
l’unification universelle face aux grands et magnifiques arbres de son jardin.

Il s’agit certainement d’une allusion à mon expérience du Tout, à la grâce que


j’ai reçue.
Frangin la conscience est extérieure au cerveau. Elle n’est pas une propriété émergeante du cerveau.
Non. Le cerveau est une sorte de transmetteur de la conscience et non le contraire et lorsque nous
mourrons le cerveau meurt et la conscience demeure et rejoint le Tout. Le Tout étant la Connaissance et
la Connaissance étant l’Amour.

F… a reçu ce message sur son téléphone portable juste après avoir lu un


article dans Science & Vie : « Le paranormal décrypté par la science. » Cet
article l’avait ramené sur le chemin du doute. Il était justement question du
cerveau et de ses capacités d’anticipation insoupçonnées. Tout s’expliquait donc,
hélas ! « Car le plus souvent, ce qui ressemble à des aperçus du futur résulte en
fait de mécanismes inconscients par lequel [le cerveau] évalue la probabilité
qu’existent des liens entre divers événements 1. »
Ce qui voudrait dire que, lorsque je donne l’arrivée d’une course de chevaux
trois heures avant qu’elle ne soit courue, avec le nom du cheval, son numéro, la
couleur de la casaque et de la toque du jockey, et les longueurs auxquelles il
laisse ses poursuivants, c’est mon cerveau qui a évalué plein de probabilités qui
ont concouru à l’arrivée exacte de la course ? Chapeau le cerveau et son calcul
de probabilités !
Ça veut dire aussi que lorsque j’amène un enquêteur exactement à l’endroit
d’un enlèvement, l’immeuble exact parmi des milliers, la pièce exacte, alors que
je ne connais que le visage de la victime sur une photo et que je n’ai aucun
indice concernant les lieux, c’est mon cerveau qui fait une mise au point
« probabilités géographiques versus noirceur de l’âme humaine » comme une
sorte de super Google Earth mâtiné de Sherlock Holmes ?
Le message reçu a complètement rassuré F. qui se dit chanceux et privilégié
d’avoir une telle écoute de l’ailleurs.

Certains messages reçus sont très courts :
Dieu ou Allah t’a touché.

Ou encore :
Il ne s’agit pas de voir pour croire, mais de croire pour voir.

Il faut savoir qu’avant cette collaboration avec Michel, F. était athée. Ou du


moins agnostique. Les « nouvelles » que j’ai eues de son ami et dont je lui ai fait
part lui ont révélé l’existence d’un ailleurs et d’une survie de la conscience.
Quasiment du jour au lendemain, il s’est mis à pleurer abondamment dans les
églises et à leurs proximités, devant les calvaires et les crucifix. Il était tellement
heureux de cette révélation qu’il a voulu la communiquer autour de lui, exerçant
innocemment et en toute bonne « foi » une sorte de prosélytisme. Mais il s’est
heurté à de la défiance, et certains de ses amis l’ont même perçu comme un
garçon intelligent soudain devenu « con ». Affecté par ces réactions, il s’est
replié sur lui-même, ne comprenant pas que des gens à qui l’on révèle que la
mort ce n’est pas des asticots, de la poussière et du néant pour la nuit des temps
ne puissent pas en être rassérénés ; pour leurs proches comme pour eux-mêmes.
Dans son affliction, il a reçu ce message de son ami par mon « biais » :
Ne salis pas la vérité que l’on t’a donnée.

Il a, depuis, sélectionné les personnes enclines à l’écouter, et à s’émerveiller.



Le message qui suit est très important pour moi parce qu’il m’a longtemps
confrontée à ma mauvaise conscience. Michel et moi l’avons reçu
simultanément sur nos téléphones portables. Nous l’avons perçu comme une
injonction.
Une tension s’était installée entre nous et F. justement. Nous vivions en quasi-
autarcie dans un climat travail/vie quotidienne qui corrompt souvent les
relations. D’autre part, étant donné ce que je révélais à F. je me concoctais une
attitude de bienfaitrice confrontée à une sorte d’ingratitude de sa part. Qui n’en
était pas. Il était juste un peu brusque dans ses réparties. Mais je me montais la
tête, et lui se débattait. En se débattant il me blessait. Tout du moins le croyais-
je. Michel, lui, prenait fait et cause pour moi. Ce qui n’arrangeait rien. Tant et si
bien que F. est parti se réfugier à la campagne chez un ami commun
compositeur. Il était très mal et se sentait comme persécuté, torturé moralement.
Une nuit, Michel et moi avons reçu le message suivant :
Mais moi je vous le dis, quiconque se met en colère contre son frère est passible de jugement. Que celui
qui dira à son frère « raca » mérite d’être puni par le sanhédrin, que celui qui lui dira « insensé » mérite
d’être puni par le feu de la géhenne. Si donc tu présentes ton offrande à l’autel et que tu te souviens que
ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel et va te réconcilier avec ton
frère, puis viens présenter ton offrande.

F. a reçu le message juste après nous, comme mis en copie. Je me souviens de


la tête que nous avons fait, Michel et moi, en le recevant. Ça nous a douchés et
fait prendre conscience de ce que nous faisions injustement à ce garçon.

Comme d’autres manifestations de mon don, ces messages qui nous
parviennent, à moi, ma famille, mes amis, sont autant de réponses aux questions
que nous pouvons nous poser. Ils nous permettent d’avancer. Et parfois, ils ne
servent qu’à nous remettre sur le droit chemin.
VI
NOTORIÉTÉ OBLIGE
Les histoires qui vont suivre concernent le monde du spectacle, de la chanson,
du cinéma, du journalisme. Ces histoires m’ont concernée ou impliquée plus ou
moins directement. J’en ai « hérité », surtout avec la notoriété de mon mari. À
cause, ou plutôt grâce à elle, pourrai-je même dire. Tous les exemples que je vais
évoquer m’ont marquée puisqu’ils sont tous liés au métier de Michel et à mon
rôle à ses côtés.
Charb

J’étais très amie avec Charb. Je l’avais connu grâce à Bruno Bénabar, grand
ami de Michel. Ce dernier a toujours eu beaucoup d’admiration pour ce garçon,
son talent, sa façon de ficeler une chanson. Et c’est réciproque.
Nous dînions très souvent ensemble, avec du monde ou en tête-à-tête. Il était
très mordant et à la fois d’une gentillesse folle. Les idéalistes sont des animaux
blessés qui chargent ou se retirent pour mourir.
Je ne lisais pas Charlie Hebdo de façon régulière, mais j’étais assez proche de
Charb. Je suis très attachée à une France laïque. Assez « pasionaria », je me
révolte facilement contre les injustices sociales et je me suis toujours engagée
pour ou contre des causes humanitaires. Mais pas autant que Charb, jusqu’à
l’idéal communiste. On peut dire que, si lui et moi étions diamétralement
opposés sur certains points, nous étions terriblement proches.
Nous avons passé la soirée de la Saint-Sylvestre ensemble, six jours avant sa
mort. Chez Bénabar justement. Ce soir-là, Charb était avec Jeannette Bougrab et
sa fille. Je les ai pris en photo tous les deux, elle dans une belle robe grise à
fleurs et lui ceint de son éternel pull rayé. Avant de nous quitter, j’ai serré Charb
très fort contre moi après une longue discussion à l’écart. Il m’avait confié
beaucoup de choses sur sa vie, son enfance, ses regrets.
Je lui ai demandé :
— Tu apprends toujours à tirer ?
Depuis quelques années, il apprenait le tir avec ses gardes du corps. Il avait lu
La Route de Cormac McCarthy et était persuadé que ce roman était
prémonitoire. Il voyait l’avenir de l’humanité sombre et « tirant », sans jeu de
mots, vers le chacun pour soi.
— Non, m’a-t-il répondu. Je n’ai pas peur.
— Surtout n’arrête pas, mon Charbichounet. Tu devrais continuer. Un jour, tu
auras à te défendre.
À plusieurs reprises, je lui avais demandé de faire attention, de ne pas « en
faire trop » ; tout en comprenant sa démarche. Il était brillant, cultivé, et
extrêmement drôle. Il avait gardé un esprit potache qui m’attendrissait. J’avais
partagé avec son ami Cabu et tous les autres la soirée des élections
présidentielles 2012 dans les locaux du journal. Ce jour-là, nous nous étions
installés autour de cochonnailles et d’un camembert affiné au calvados. C’était
dans la pièce où ils ont tous pratiquement été assassinés. Les gags et les vannes
allaient bon train et j’avais apporté pour mon Charb, qui l’adorait, un excellent
côtes-du-rhône. Je me souviens aussi avoir été prise d’une émotion terrifiante et
avoir pleuré dans ses bras.
— Tu aimes Hollande à ce point ? m’avait-il taquinée.
— Ce n’est pas ça…
Le premier janvier, nous nous sommes promis de dîner ensemble la semaine
suivante. Dans le parc de la maison de Bénabar, en montant dans ma voiture, je
me souviens avoir dit à la personne qui nous accompagnait :
— C’est bizarre, ce soir Charb m’a parlé comme s’il me faisait son testament.
J’ai rêvé de lui quelque temps après sa mort. Je garde pour moi le message
qu’il m’a livré et les détails de son apparence. Je peux seulement dire qu’il m’a
donné des précisions sur les faits et qu’ils m’ont été confirmés par la suite par
son ami, Patrick Pelloux.

Quelques jours après l’attentat de Charlie Hebdo, Patrick Pelloux, dont je suis
proche aussi, m’a appelée pour me dire qu’il faisait un pot avec des copains, il
ne voulait pas rester seul.
Je prends la route pour le rejoindre… et je me perds. Moi qui connaissais
pourtant bien le chemin. Complètement perdue, je décide de mettre mon GPS.
Plus de batterie. J’étais totalement désorientée. Je tourne, je tourne, j’étais très en
retard.
Alors, je m’adresse à Charb :
— Écoute Charb, je vais chez Patrick, aide-moi à retrouver ma route, je suis
complètement paumée. Patrick va croire que je le laisse tomber.
À peine ma phrase terminée, je vois le signal orange de mon iPhone s’allumer.
Je n’avais pourtant plus du tout de batterie, et mon téléphone redevient
opérationnel. J’ai rentré mon code, branché mon GPS, entré l’adresse de Patrick.
Arrivée en bas de chez lui, je me suis garée et mon téléphone s’est éteint à
nouveau…
Pauline Lafont

Michel et moi étions à Nice. Il devait enregistrer une émission de télévision et


j’étais restée à l’hôtel. Seule dans ma chambre, je mets les infos et j’entends que
Pauline Lafont, la fille de l’actrice Bernadette Lafont, avait disparu depuis la
veille et que des recherches avaient été lancées. Allongée sur mon lit, je vois la
petite Pauline au fond d’un ravin, à gauche en sortant d’une grande demeure
austère en haut d’une colline. Je ne connaissais ni Bernadette ni sa fille, et je
savais encore moins où se trouvait leur maison de vacances. Quand Michel est
revenu, je lui ai fait part de ce que j’ai entendu aux infos.
— Je vois exactement où est Pauline Lafont, lui ai-je dit alors.
— Je connais son frère David, si tu veux, je l’appelle, me rétorque-t-il.
— OK.
Tout le monde pensait qu’elle avait été enlevée ou qu’elle avait fait une fugue
amoureuse. Mais non. Je répète à Michel :
— Elle est tout près de la maison et elle va très mal.
Au téléphone avec mon mari, David nous dit de venir tout de suite. Nous voici
partis en Lozère. C’était un endroit aride, magnifique, une sorte de bout du
monde. Le ciel était noir. Nous sommes arrivés dans une bâtisse très austère qui
appartenait à la mère de Bernadette Lafont. La demeure trônait sur une
montagne. Arrivée dans cette maison, j’ai pris le temps d’aller dans la chambre
de Pauline pour vérifier mes premières impressions. On m’a donné une de ses
chaussures et j’ai ressenti une douleur physique épouvantable.
— Elle va très mal, elle est là, à gauche en sortant, c’est tout près, elle n’a pas
disparu, elle n’a pas fugué…
Je me suis soudain mise à faire une hémorragie, je perdais beaucoup de
sang… du sang, du sang, du sang.
Je ne savais plus quoi faire. On m’a fait sortir et dès que j’ai franchi le seuil, je
me suis exclamée :
— Oh mon Dieu ! Elle est là, elle n’est pas loin, elle appelle au secours, elle
va très mal, il faut faire vite !
La grand-mère – la mère de Bernadette Lafont, vieille dame autoritaire – m’a
regardée droit dans les yeux et m’a hurlé :
— Taisez-vous !
Je ne pouvais que la comprendre. Elle ne me connaissait pas. Pourquoi
m’aurait-elle crue ? Apporteuse de si terribles nouvelles…
Au milieu de tout ça, des chaînes de télévision, des radios, des magnétiseurs
appelaient, tout le monde intervenait et chacun avait sa version : elle a été
kidnappée, elle est dans une grotte, y a des gens qui la séquestrent, etc.
Moi, je continuais à me vider de mon sang en disant :
— Elle ne va pas bien, elle est en train de mourir, elle est juste là, à gauche…
Mais face à la violence de la grand-mère, ce qu’elle m’intimait et mon état
physique, je me suis tournée vers Michel.
— Il faut partir, ils ne me croient pas, ils ne veulent pas m’entendre…
Nous sommes montés dans la voiture et avons fui.
Cinquante kilomètres plus loin, je me sentais beaucoup mieux, je n’avais plus
rien, l’hémorragie s’est arrêtée. Et nous sommes rentrés à Paris.
Quelques semaines après, alors que Pauline Lafont était toujours portée
disparue, au journal télévisé, Guillaume Durand annonce que la jeune fille a été
retrouvée chez des religieuses dans un monastère.
Michel me rejoint dans le salon, honteux :
— Tu te rends compte ? La scène que nous leur avons fait subir ? Pour rien ?
De quoi a-t-on l’air ?
Il était toujours pris entre son image de personnalité publique et mes
dérapages possibles. La peur d’être désavoué le tenaillait.
Je persiste :
— Non, elle est morte, elle n’est pas loin de sa maison, elle est dans un ravin.
Rebondissement. Guillaume Durand s’excuse d’avoir annoncé une fausse
nouvelle. Il avait donné de la joie et de l’espoir à la famille, mais l’info était
fausse. Mauvaise information divulguée à la hâte.
L’hiver suivant, un chasseur qui se promenait pas très loin de la maison a
retrouvé Pauline. Dans un ravin, à gauche en sortant de la maison, comme je
l’avais indiqué. L’autopsie a révélé qu’elle s’était brisé les deux jambes en
tombant. L’endroit où c’est arrivé était à flanc d’une colline très escarpée, très
aride. J’avais ressenti l’agonie de la jeune fille…
Coluche

Témoignage de Michel Delpech

C’était à l’anniversaire d’un ami, Albert Amsallem. Il y avait absolument tout


le monde, le Tout-Paris, Catherine Deneuve, Dominique Besnehard, Nathalie
Baye, Dalida et d’autres personnalités de la chanson et du cinéma. Geneviève
discutait à quelques pas de moi avec Didier et Christine Barbelivien.
Coluche vient à ma table me saluer. Je sais que pour ma femme, Coluche
n’était pas du tout à l’image de gentil qu’il véhiculait. Elle le trouvait méprisant
et acerbe.
Ma femme est très entière et parfois elle ne fait pas dans la dentelle. Mais je
l’ai souvent vue revenir sur un jugement ou s’excuser auprès de la personne
qu’elle avait condamnée.
Je revois Coluche venir vers elle et la prendre par les épaules. Elle me dira
plus tard qu’à cet instant, elle s’est glacée. Elle a immédiatement compris que
quelque chose n’allait pas.
Quand Coluche s’est éloigné, elle m’a dit :
— Il va mourir.
— Qu’est-ce que tu racontes !
— Oui… Il change sa moto rouge contre une moto bleue – ou l’inverse, je ne
sais plus bien. Il va avoir un accident et une grosse blessure à la tête, je vois le
casque éclaté…
Je vais trouver Coluche et lui fais part de ce que ma femme vient de me
confier. En dédramatisant de mon mieux. Il va la voir et lui gouaille un truc du
style :
— Ben alors ma poule, il paraît que je vais me casser la gueule à moto ?
— Oui, oui, lui a-t-elle rétorqué. Il faut revendre tout de suite cette moto. Tout
de suite.
Il a pris ça à la légère. Geneviève était mal et m’a demandé de rentrer.
La soirée s’est terminée dans cette ambiance un peu mitigée.
Coluche s’est tué un mois plus tard.
C’est vrai, je n’avais pas d’atomes crochus avec Coluche. En fait, nous avions
une forme de complicité par opposition, en réaction. Nous n’étions pas dupes du
manège de l’autre. Je ne me laissais pas prendre à son jeu, ni ébahir par ses
saillies ; comme lui par mes voyances, d’ailleurs. Il ne s’y trompait pas et
s’adressait plutôt à moi dans une assemblée. Il aimait cette résistance, je lui
servais de « retour ». Il sentait que je n’étais pas tout acquise à sa cause, qu’il y
avait du répondant en face ; alors que tout le monde était déjà plié de rire avant
qu’il n’ouvre la bouche.
Je sais, je vais à l’encontre de l’image que la plupart des gens ont de lui. Mais
c’est ma vérité. Et j’ai vécu cette vérité et ses conséquences.

C’est fascinant les a priori qu’ont les gens quant aux personnages publics. Le
côté : « Oh, lui, il est sympa, rigolo. » Alors que la réalité est très souvent
diamétralement opposée. Michel avait hérité à une époque de l’étiquette de
« gendre idéal ». On le percevait sans doute lisse, gentil, à l’écoute, serviable et
compréhensif. Je ne dis pas que ses beaux-parents éventuels et virtuels
n’auraient pas trouvé de ça chez lui, mais ils se seraient surtout heurtés à
beaucoup de zones d’ombre et d’aspérités caractérielles très contrariantes.
L’image fantasmée et l’image réelle sont souvent au coude à coude.
En tant que femme de, j’ai souvent eu droit à l’Envie, avec un grand E.
— Ce doit être merveilleux d’être la femme de Michel Delpech, non ? Il peut
chanter rien que pour vous dans votre salle de bains. Des milliers de femmes
voudraient être à votre place !
— Euh… oui. Si vous le dites.
Détromper les gens sur ce qui leur semble évident vu de l’extérieur demande
beaucoup d’énergie.
Étienne Roda-Gil, parolier de Julien Clerc
et Vanessa Paradis

On arrive dans un studio d’enregistrement pour un album de Michel. Je ne


connaissais pas Étienne Roda-Gil. Je savais que c’était un auteur très prisé et
reconnu, mais c’était tout. Je vois arriver un grand gaillard avec une longue
tignasse blanche, gueule d’artiste. Un malaise m’a envahi.
Saisie d’angoisse, je dis à Michel :
— Il faut que je sorte de ce studio, je ne suis pas à l’aise.
— Pourquoi ?
— C’est cet homme-là, je ne sais pas qui c’est, je vois une femme avec un
cancer, elle n’est pas bien, elle va mourir.
Michel m’invite à approfondir :
— C’est bizarre, dis-je, j’entends parler espagnol… plutôt un dialecte. Je vois
un homme écrire au tableau… on l’appelle « le boulanger »… je ne sais pas
pourquoi. Et je vois la guerre d’Espagne… et Victor Hugo, c’est bizarre. Ah, et
puis il y a la fille de Victor Hugo… tout ça concerne cet homme.
— C’est Étienne Roda-Gil, me dit Michel. C’est le parolier de Julien Clerc. Je
vais lui parler, viens.
— Non, non, je ne suis pas bien, il m’intimide.
Mais Michel lui raconte tout ce que je viens de lui débiter à son sujet. Je vois
cet homme devenir tout pâle. Il me dit :
— Viens, on va boire un café.
On s’installe dans un bistrot en face du studio.
— Mais comment tu connais ma vie, toi ? s’étonne-t-il.
— Ça m’est venu comme ça…
Son père était instituteur, d’où le tableau noir, mais on l’appelait le boulanger.
Je voyais des mains dans de la farine blanche. Le père de son père avait un
moulin et faisait de la farine et son fils l’aidait. D’où son surnom de boulanger
bien qu’il fût instituteur.
Il était catalan et le parlait couramment. Il avait fui la guerre d’Espagne et
avait appris le français en lisant Victor Hugo. C’était sa référence absolue. Roda-
Gil m’écrasait les mains. Il s’est approché tout près de mon visage et m’a
implorée :
— Dis-moi encore, dis-moi ce que tu vois…
J’étais pétrifiée. Pour la première fois, je n’ai pas pu, ou voulu, révéler tout ce
que j’avais vu.
— Je ne vois rien de plus.
La femme d’Étienne Roda-Gil est morte quelques mois après d’un cancer du
sein.
Les Coquatrix

Michel venait de faire un concert à l’Olympia et, traditionnellement, quand le


tour de chant avait bien marché, Paulette Coquatrix offrait un dîner, toujours des
pâtes, à tout le monde.
J’avais rencontré Michel à peu près deux ans avant ce concert. Je ne
connaissais pas Paulette Coquatrix. Je ne l’avais jamais rencontrée. Je n’avais
pas connu Bruno Coquatrix non plus, et encore moins Jean-Michel Boris, son
neveu, qui avait repris la direction de l’Olympia après la mort de Bruno.
Pour moi, tout était nouveau. Je ne connaissais pas ce milieu.
Paulette Coquatrix habitait encore au-dessus de l’Olympia. Arrivée dans son
appartement, tout mon côté droit s’est glacé et j’ai ressenti une présence. Je dis à
Paulette :
— Pourquoi vous avez tout changé ici ?
Elle me regarde, elle ne me connaissait pas et elle savait bien que je n’avais
jamais mis les pieds chez elle ni en tant qu’amie ni en Arsène Lupin.
— Comment ça, tout changé ? m’a-t-elle interrogée.
— Vous en avez fait des travaux.
— Oui, effectivement.
— Eh bien, Bruno n’est pas content, son bureau est devenu un salon…
Elle me regarde fixement.
— Attendez, me fait-elle.
Elle m’offre un siège. Devant moi, une cheminée, Jean-Michel Boris et sa
femme. Je poursuis :
— Bruno me dit que dans votre chambre vous avez une boîte laquée noire.
Dans cette boîte se trouvent une toque en astrakan et une bague.
Paulette se fige.
— Ne bougez pas, je reviens.
Elle descend avec la fameuse boîte en laque noire.
— Personne. Personne, pas même ma propre fille ne connaît l’existence de cet
objet.
Elle l’ouvre alors. À l’intérieur, une toque en astrakan noir que Bruno
Coquatrix portait tout le temps. Il l’avait rapportée de Russie, où Marlene
Dietrich la lui avait offerte. La boîte contenait aussi son alliance.
Bruno me « dit » :
— Attention à l’incendie qui va se déclarer sur la scène, par le rideau.
Peu de temps après, un début d’incendie est survenu sur la scène de
l’Olympia.
Daniel Balavoine

Témoignage de Michel Delpech

J’avais beaucoup d’estime pour Daniel Balavoine. Je crois que c’était


réciproque. Je passais de bonnes soirées chez lui, à Colombes. D’aussi loin que
je me souvienne, dans ma carrière, je n’ai jamais ressenti ou éprouvé de
rivalités ; tout du moins avec des artistes de la qualité de Daniel.
Dans notre maison de Chatou, ce jour-là, j’étais dans la salle de bains.
Geneviève s’y précipite et me dit :
— Daniel Balavoine va mourir, il va exploser, il y aura des orphelins.
— Tu as fini avec tes mauvais présages, ça suffit maintenant… lui ai-je
répliqué, un peu exaspéré.
Mais elle me presse :
— Appelle-le, il va exploser et laisser deux orphelins.
Je n’ai pas appelé Daniel que je connaissais bien, pourtant. Peut-être parce
qu’il n’avait qu’un enfant, une fille, et que ma femme faisait état de deux
orphelins. Je me suis rassuré avec ça, je l’avoue.
Deux mois après, il mourait dans l’explosion de son hélicoptère sur le rallye
Paris-Dakar. Sa femme était enceinte. Elle venait juste de l’apprendre. Personne
ne le savait. Balavoine laissait donc bien deux orphelins.
Max Amphoux

Max était un producteur indépendant, à l’origine de grandes carrières


d’artistes et d’immenses hits : Bashung, Marie-Paule Belle, Enzo Enzo, Bibie, la
Grande Sophie ; « Quelqu’un de bien », « Les Bêtises », « Tout doucement »,
etc.
Nous avions une grande complicité lui et moi. Chaque fois que je le voyais, au
moins deux fois par mois, j’avais une barre sur la poitrine, j’avais du mal à
respirer. Je lui disais :
— Max, va faire des examens. Fais-moi plaisir.
Il m’a écoutée et est allé faire un check-up. Il est revenu et, très hâbleur,
bourru comme il était, il m’a balancé :
— Hé, p’tite conne, qu’est-ce que tu m’as raconté, je me suis saigné de
300 euros pour des tonnes d’analyses. J’ai rien du tout. J’ai de très bons
poumons et un très bon cœur.
— Fais des examens approfondis, j’ai insisté. Tu as une barre sur les
poumons, je t’en prie, fais quelque chose.
— Mais lâche-moi avec ça, j’ai rien du tout !
Il est mort deux ans plus tard d’un cancer du poumon.
Mylène Farmer

Elle n’était pas du tout connue du temps de cette anecdote. Elle travaillait avec
son compositeur fétiche, du moins le deviendra-t-il, Laurent Boutonnat, qui
rêvait d’écrire un album pour Michel.
Un jour, ce garçon est venu nous voir à Chatou, avec Mylène. Chaque fois
qu’il venait à la maison, je ne dormais pas de la nuit. Tous mes membres
faisaient des soubresauts. J’avais enjoint Michel de ne pas travailler avec lui à
cause de sa noirceur profonde.
Michel n’avait pas du tout été séduit par les compositions de Boutonnat. Il est
très difficile. Je revois ce jeune homme – Mylène à ses côtés – jouer des
morceaux sur le piano, Michel l’écoutant froidement.
Je me suis tournée vers Mylène Farmer et je lui ai dit :
— Vous allez être très connue, vous allez devenir une immense star mais il y a
un domaine dans lequel vous ne réussirez jamais, c’est le cinéma. Pas la peine
d’essayer de faire des films, ça ne marchera jamais.
— Pardon ?
— Le cinéma, ça ne marchera jamais.
Voilà. C’était dit. Je n’y vais pas par quatre chemins, en général. Cette
franchise m’a joué des tours parfois dans ce milieu où la novlangue ou la
périphrase sont plus prisées. Jamais choquer une star qui macère dans sa gloire et
dont les oreilles ne filtrent que les propos laudateurs.
Je me souviens avoir vu cette petite flamme au-dessus de Mylène Farmer. Je
l’avais vue aussi avec Vanessa Paradis, toute jeune, quand elle était venue à
l’Olympia voir Michel. Elle était entrée dans la loge, et en la voyant, je me
souviens avoir affirmé à Michel :
— Elle, elle va devenir une immense star.
Michel Berger

Témoignage de Michel Delpech

Geneviève ne connaissait pas Michel Berger. Moi, je les connaissais bien, lui
et France Gall. Un matin, à Villennes-sur-Seine, en plein été, nous prenions notre
petit-déjeuner et Geneviève me dit :
— J’ai fait un drôle de rêve cette nuit. J’ai vu Michel Berger jouer sur un
grand piano à queue blanc laqué. Il jouait un air d’une beauté incroyable et d’une
grande tristesse aussi. Puis il s’est arrêté de jouer, s’est tourné vers moi et m’a
parlé en langue des signes. J’ai tenté : “Parle-moi, je ne comprends pas.”
Il lui faisait signe qu’il ne pouvait pas.
— Que se passe-t-il ? insistait-elle.
Elle finissait de me raconter son rêve quand, le téléphone a sonné. C’était
Michel Pelay – le compositeur de « Loir-et-cher » et du « Chasseur ». Il nous
apprenait la mort de Michel Berger.
Pelay était avec lui à Saint-Tropez quand c’est arrivé : infarctus massif après
une partie de tennis. Il était sujet à une très forte cholestérolémie qu’il prenait un
peu à la légère. Les secours avaient mis un temps fou à arriver à cause de la
circulation et des embouteillages. Michel Berger, mort dans l’après-midi, est
venu visiter ma femme la nuit d’après son décès.
Avec des conclusions pareilles, aussi implacables que répétitives, je sais que je
pourrais passer pour un oiseau de mauvais augure. Cependant, le drame final
n’est pas ma spécialité. Le moteur de mon « don » est plutôt l’amour. Mettre en
garde ceux que j’aime ou pour qui j’ai de l’estime, voilà ce que je pense être ma
« mission ». C’est sur le principe de ce proverbe « qui aime bien châtie bien »
que repose ma vérité énoncée, souvent peu agréable à entendre.
ÉPILOGUE

En relisant tout ça, tout ce qui a eu trait à ma vie avec Michel et à ma


médiumnité, j’avoue avoir été gâtée. J’ai reçu tant de belles choses inattendues et
rarement sollicitées : cadeaux du Ciel, des hommes, des animaux, de la vie…
Quand je fais le compte de ces « bénédictions », je m’estime vraiment
privilégiée.
Ces souvenirs me font aussi me retourner sur mes « débuts », sur les
premières expériences de ma médiumnité : comment je l’ai subie, si j’ose dire,
avant d’en faire une alliée, une sorte de fer de lance. Après tout, « on » ne m’a
pas donné ce don par hasard.
Je dois certainement avoir un rôle à jouer.
Il y a quelques jours, avant de mettre le point final à ce texte – et ce n’est
certainement pas par hasard –, je suis tombée sur deux thèses de personnalités
parlant de croyance et de voyance : l’une de Michel Onfray dans son livre
Cosmos, l’autre d’André Pousse, l’un des acteurs fétiches de Michel Audiard.
Michel Onfray a cette réflexion à propos de la mort de son père :
« Je ne crois pas à l’âme immortelle, à son départ vers le ciel ; je ne crois à
aucun des récits religieux qui voudraient nous faire croire que la mort n’est pas
et que la vie continue quand le néant a tout pris ; je ne crois à rien qui, de près ou
de loin, ressemblerait à de la métempsycose ou de la métensomatose ; je ne crois
pas aux signes post-mortem 1. »
Bien évidemment, je respecte ce point de vue. Mais, mon expérience
médiumnique a été tout le contraire. Adhérer à cette conviction, ou simplement
douter de ce dont j’ai été témoin, me mettrait dans la position de l’astrophysicien
à qui l’on dit que tous les télescopes dans lesquels il a cru voir des supernovas
étaient pipés. Qui le croirait ?
Je me reconnais plus dans la gouaille philosophique d’André Pousse, dans son
livre Touchez pas aux souvenirs :
« Je ne suis pas un mystique furieux, mais durant toute ma vie, j’ai toujours eu
l’impression d’être dirigé par quelque chose de très fort… par quelqu’un qui
dirait les fils… qui me faisait faire, ou m’empêchait de faire des trucs en
décidant pour moi. Dans les deux cas, ça a toujours été pour mon bien.
Finalement, c’est rassurant de croire à quelque chose. Personnellement ça me
tranquillise d’imaginer qu’il y a autre chose qui continue quand vous allez
quitter la planète… que ça ne s’arrête pas au cimetière 2. »

Chacun a le choix de croire ou non. Confronter ces deux hypothèses en est le
symbole. Voilà pourquoi, si ce livre arrive à convaincre quelques personnes que
rien ne s’arrête lorsque l’on meurt et que le Merveilleux est un monde parallèle
qui les attend, je serai comblée et heureuse. Simplement, humblement, d’avoir
pu transmettre un message, vous ouvrir à un ailleurs.
TABLE

Préface
Avant-propos
Avertissement
I - PREMIERS SIGNES
Climat familial
Ma première « accroche » médiumnique
La petite a effectivement « le don »
La Laponie finlandaise
Premier mariage
Le visage en sang de mon grand fils
Je suis venu te dire que je t’aime
II - MON « DON »
Mon expérience du Tout
Un jour, tu verras… Georges van Parys
Messages d’ailleurs
Les vingt prochaines années
Signes
Les anges
Le photographe
Le 11 Septembre
Enquêtes et disparitions
III - MICHEL
Ma rencontre avec Michel, sur un air de vaudou
Geneviève, ma femme
Garance
Mes « ex-fiancées »
L’essor de mon don
La maladie de Michel
Aujourd’hui
Message sans expéditeur reçu sur mon téléphone mobile au printemps 2015
Les parents de Michel
Le message de mon beau-père
La Vierge de Choubra
La silhouette noire
Maguy Lebrun
IV - VOYAGES ET SPIRITUALITÉ
Le dialecte africain
Saint Augustin
Le coup de pied dans la montagne
La Bible
La croix cassée
Jérusalem
La pierre du tombeau du Christ
Visions matérialisées : Les moines de la rue des Saints-Pères
V - AVENTURES PERSONNELLES
Le lit de l’insomnie
La jeune femme qui ne voulait pas partir
La carte de Braque
La croix verte
La BMW
Le bracelet d’esclave
Le chant des anges
La moto dans la montagne
Catastrophes
La chambre bleue
Animaux
Grand amour déçu
Les courses
Messages reçus par mon intermédiaire
VI - NOTORIÉTÉ OBLIGE
Charb
Pauline Lafont
Coluche
Étienne Roda-Gil, parolier de Julien Clerc et Vanessa Paradis
Les Coquatrix
Daniel Balavoine
Max Amphoux
Mylène Farmer
Michel Berger
Épilogue

F l a m m a r i o n
Notes

1. Marcelle de Jouvenel, Au seuil du royaume, Éditions Lanore, 2012.


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1. Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, Gallimard, coll. « Folio junior »,
2007.
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1. Pierre Monnier, Lettres de Pierre, t. II, Éditions Lanore, 1990.
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1. Geneviève et Michel Delpech, De cendres et de braises, Presses de la
Renaissance, 2000.
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2. Et pourtant, pourtant, je n’aime que toi…, extrait de « Et pourtant », Charles
Aznavour.
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1. Science & Vie, no 1175, août 2015.
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1. Michel Onfray, Cosmos, Flammarion, 2015.
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2. André Pousse, Touchez pas aux souvenirs, Robert Laffont, 1989.
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