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Quel rôle jouent les institutions

économiques internationales ?
LE 01 AVRIL 19975 min

Face à la puissance grandissante des marchés, les institutions


internationales sont les acteurs désignés pour tenter de réguler
l'économie. Mais leur efficacité, souvent mise en doute, dépend
étroitement des intérêts des nations riches, Etats-Unis en tête.

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L’économie mondiale a changé. L’abaissement des frontières naturelles,


grâce aux progrès des technologies de communication, et des frontières
réglementaires avec la libéralisation des échanges commerciaux et
financiers donne l’impression que les marchés ont acquis une forte
puissance, allant jusqu’à remettre en cause, voire à s’opposer, à la
souveraineté des Etats. Face à cette emprise, les institutions
multilatérales semblent des acteurs tout indiqués pour tenter d’influencer,
voire de réguler, l’économie internationale. Pourtant leur rôle dépend du
contexte international tel qu’il est perçu et façonné par les principaux
pays, les Etats-Unis en tête.

Organiser la stabilité
L’entre-deux-guerres avait été marqué par la montée des tensions et la
crise de l’économie internationale : dévaluations compétitives et montée
du protectionnisme au Nord, crise du financement privé du
développement au Sud. Aussi, Europe et Etats-Unis s’accordent-ils, au
sortir de la guerre, pour confier aux institutions internationales
nouvellement créées la mission de fournir un cadre économique stable.
L’objectif : faciliter la reconstruction des pays touchés par le conflit
mondial et assurer la participation du plus grand nombre de pays à un
système de règles partagé par tous. Le Fonds monétaire international
(FMI), créé en 1944 à Bretton Woods aux Etats-Unis, devient le garant
du système de change.

Zoom Une régulation réussie : le ratio Cooke


La Banque internationale pour la reconstruction et le développement
(Bird), future Banque mondiale, créée également en 1944, est chargée
d’aider les pays européens. Elle évolue vite, cependant, vers l’aide aux
pays en développement. Car c’est à l’Organisation européenne de
coopération économique (OECE), créée en 1948, ancêtre de l’OCDE,
que revient la tâche d’organiser la distribution de l’aide américaine
dispensée dans le cadre du Plan Marshall. Dans un contexte de guerre
froide, les Etats-Unis souhaitent à la fois renforcer leurs alliés européens
et éviter que les pays du Sud ne tombent du mauvais côté. Les accords
du Gatt assureront progressivement un forum de négociations avec le
Japon et les pays européens qui reprennent progressivement leur place
dans l’économie mondiale. La Cnuced, créee en 1964, et le PNUD, en
1967, permettent l’expression des revendications du Sud.

Le blues des années 70


Les années 70 apparaissent, a posteriori, comme une période difficile
pour les institutions économiques internationales. Le système monétaire
international a montré une certaine fragilité dès le début des années 60.
Il explose en 1971 avec le retour aux changes flottants. C’est la fin du
système Bretton Woods. La mission confiée au FMI aura donc été de
courte durée et assez peu efficace. De son côté, la Banque mondiale
constate que les pays asiatiques, qui commencent à émerger, n’ont pas
eu besoin de son aide et que les grandes banques internationales l’ont
supplantée dans le financement du développement. Le Gatt est devenu
un lieu d’échange de concessions entre adversaires commerciaux. Les
institutions du Sud, quant à elles, restent marginales et servent
essentiellement de tribune aux pays en développement pour exprimer
leurs revendications.

La libéralisation monétaire et la montée de la finance internationale liée


au recyclage des pétrodollars voient le retour sur le devant de la scène
de la Banque des règlements internationaux (BRI), créée en 1930 pour
gérer les réparations allemandes après la Première Guerre mondiale.

Au cours des années 80 et 90, le système économique international


subit des transformations touchant tous les grands pays, nécessitant une
gestion collective des enjeux. Au début des années 80, la crise de la
dette est perçue, au Nord, comme un élément de fragilisation du
système bancaire international et l’occasion d’inciter les pays en
développement à s’ouvrir aux règles d’un libéralisme dominant. Le FMI
et la Banque mondiale sont alors chargés d’organiser la stabilisation et
l’ouverture économique des pays du Sud grâce à l’ajustement structurel.
Celui-ci trouve un second souffle dans l’organisation de la transition
économique vers le libéralisme des pays de l’Est de l’Europe, qui est
l’occasion de créer une nouvelle institution, la Berd.

D’où un nouveau rôle pour les institutions économiques internationales :


assurer la viabilité d’un capitalisme international qui se libéralise et
accroît les interdépendances. La BRI voit ainsi croître son rôle face aux
risques liés à la libéralisation financière. L’OCDE est amenée à organiser
des négociations pour réglementer les flux d’investissements directs à
l’étranger. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) est créée pour
assurer la pérennité de flux commerciaux a priori libéralisés, mais qui
réclament un lieu d’arbitrage.

"Les organisations internationales permettent de créer un embryon de


régulation"

Une capacité d’intervention limitée


Mais ces institutions restent limitées dans leur capacité d’intervention et
dépendent beaucoup du bon vouloir de leurs membres les plus
puissants. La BRI ne va pas jusqu’à proposer une régulation globale des
activités financières (voir p. 55). La crédibilité de l’OMC reste fragile du
fait de la poursuite des actions bilatérales des Etats-Unis qui semblent se
servir de l’institution comme d’un moyen parmi d’autres pour ouvrir les
marchés de leurs concurrents.
Ainsi, les institutions économiques internationales voient-elles leur rôle et
leur influence fluctuer en fonction des objectifs et des marges d’action
que veulent bien leur laisser les pays les plus riches, les Etats-Unis
notamment. Le G7, club des sept pays les plus riches, en fournit un bon
exemple. Ce qui devait être un lieu de coordination des politiques
économiques entre grands pays n’est plus qu’une cérémonie médiatique,
sans résultats probants. Pourtant, le G7, avec les accords du Plaza en
1985, puis du Louvre en 1987, avait montré la possibilité d’une gestion
coopérative des taux de change et des politiques monétaires. Mais cela
a duré tant que le gouvernement des Etats-Unis y a vu son intérêt.

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