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THÈSE DE DOCTORAT

Modélisation numérique de
suspensions non-browniennes
concentrées en écoulement
rhéométrique ou général
Ayoub BADIA
Laboratoire J.A. Dieudonné (LJAD)

Présentée en vue de l’obtention Devant le jury, composé de :


du grade de docteur en Sciences Micheline Abbas,
pour l’ingénieur Maîtresse de conférences, ENSIACET
d’Université Côte d’Azur Stany Gallier,
Ingénieur de recherche , ArianeGroup
Dirigée par : Yves D’Angelo, Pierre Saramito,
Laurent Lobry Directeur de recherche, LJK
Co-encadrée par : François Peters Rudy Valette,
Soutenue le : 06 Décembre 2021 Professeur, CEMEF
Modélisation numérique de suspensions non-browniennes
concentrées en écoulement rhéométrique ou général

Jury :

Président du jury

Rudy Valette, Professeur, Centre de Mise en Forme des Matériaux, MINES ParisTech

Rapporteurs

Pierre Saramito, Directeur de recherche, Laboratoire Jean Kuntzman, Université Grenoble-Alpes

Stany Gallier, Ingénieur de recherche (HDR), ArianeGroup

Examinateurs

Micheline Abbas, Maîtresse de conférences (HDR), Laboratoire de Génie Chimique, Institut National
Polytechnique de Toulouse

Rudy Valette, Professeur, Centre de Mise en Forme des Matériaux, MINES ParisTech

Directeur de thèse

Yves D'Angelo, Professeur des Universités, Laboratoire J.A. Dieudonné, Université Côte d'Azur

co-Directeur de thèse

Laurent Lobry, Maître de conférences, Institut de Physique de Nice, Université Côte d'Azur

Invité

François Peters, Maître de conférences, Institut de Physique de Nice, Université Côte d'Azur
Modélisation numérique de suspensions non-browniennes
concentrées en écoulement rhéométrique ou général

Résumé

Dans ce travail, nous nous intéressons aux suspensions de sphères non colloïdales
immergées dans un liquide newtonien. Malgré la simplicité du système, les écoulements
de ces suspensions présentent des phénomènes complexes : blocage, rhéofluidification,
contraintes normales anisotropes et migration des particules induite par le cisaillement.
Ces effets non-newtoniens proviennent des forces de contact solide entre les particules
lorsque la suspension devient suffisamment concentrée.
La modélisation continue des écoulements tridimensionnels de suspension est pré-
sentée. Elle consiste en un modèle macroscopique à une phase proche du "Suspension
Balance Model". La migration des particules est gouvernée par la divergence des contraintes
normales de contact. En effet, au cours de l’écoulement, en raison de la présence de
contraintes inhomogènes dans la phase particulaire, les particules migrent pour équili-
brer cette inhomogénéité.
Afin de décrire l’écoulement dans des géométries générales, le modèle utilise une loi
constitutive indépendante du référentiel de travail proposée par Lhuillier [2009] pour la
rhéologie des suspensions. Elle est inspirée des travaux de Rivlin et Ericksen [1955] et
permet de prendre en compte la présence de contraintes normales anisotropes. La loi
constitutive est discutée en détail. Les fonctions matérielles nécessaires sont construites
à partir de données de simulations discrètes en cisaillement simple issues de la littérature.
Son comportement pour des écoulements rhéométriques en cisaillement ou en extension
est discuté, de même que les limites de son utilisation pour un écoulement général.
L’implémentation numérique est réalisée par la méthode des volumes finis en uti-
lisant le logiciel libre OpenFOAM. Le modèle et son implémentation sont validés par
l’étude de problèmes classiques, tels que la migration de particules dans divers écoule-
ments rhéométriques, la sédimentation de particules, la resuspension de particules en
géométrie de Couette. L’écoulement complexe d’une suspension dans un tube rencon-
trant une expansion abrupte est également étudié. Finalement, l’écoulement d’une sus-
pension en géométrie de Couette excentrée est étudié, et comparé à des mesures expéri-
mentales de la littérature.

Mots clés : rhéologie, suspensions concentrées, migration de particules, contraintes normales ani-
sotropes, modèle continu, invariance par changement de référentiel, simulation numérique, Open-
FOAM, méthode des volumes finis, mécanique des fluides numérique.
Numerical modeling of concentrated non-Brownian
suspensions in rheometric or general flow

Abstract

In this work, we are interested in suspensions of non-colloidal spheres immersed in


Newtonian liquid. Despite the simplicity of the system, flows of this suspensions display
complex phenomena : jamming, shear-thinning, anisotropic normal stresses and shear-
induced particle migration. This non-Newtonian effects originate from the solid contact
forces between particles when the suspension becomes sufficiently concentrated.
Continuum modelling of three-dimensional suspension flows is presented. It consists
of a one-phase macroscopic model close to the « Suspension Balance Model ». Particle
migration is governed by the divergence of normal contact stresses. Indeed, during the
flow, due to the presence of inhomogeneous stresses in the particle phase, the particles
migrate to balance this inhomogeneity.
In order to describe the flow in general geometries, the model uses a frame-invariant
constitutive law for the suspension rheology proposed by Lhuillier [2009]. It is inspired by
the work of Rivlin and Ericksen [1955] and is able to account for the presence of aniso-
tropic normal stresses. The constitutive law is discussed in detail. The necessary material
functions are derived from discrete simple shear simulation data from the literature. Its
behavior for shear and extensional rheometric flows is discussed, as well as the limits of
its use for a general flow.
The numerical implementation is performed by the finite volume method using the
open-source toolbox OpenFOAM. The model and its implementation are validated by stu-
dying classical problems, such as particle migration in various rheometric flows, particle
sedimentation, particle resuspension in Couette geometry. The complex flow of a sus-
pension in a tube encountering an abrupt expansion is also studied. Finally, the flow of a
suspension in an eccentric Couette geometry is studied, and compared to experimental
measurements from the literature.

Keywords : rheology, concentrated suspensions, particles migration, anisotropic normal stresses,


continuous model, frame invariant, numerical simulation, OpenFOAM, finite volume method, com-
putational fluid dynamics.
Remerciements

Je tiens à remercier chaleureusement mon directeur de thèse Yves D’Angelo, mon co-
directeur Laurent Lobry et mon co-encadrant François Peters. Je les remercie pour la confiance
qu’ils m’ont accordée en acceptant d’encadrer ce travail, pour toute leur aide, ainsi que pour
leurs précieux conseils et encouragements. Je les remercie également pour leur disponibi-
lité permanente, pour leur patience et leurs nombreuses relectures et corrections de cette
thèse. Durant ces années, j’ai pu apprécier leurs qualités humaines et professionnelles, et
j’ai beaucoup appris à leurs côtés. Je suis ravi d’avoir travaillé en leur compagnie !

Je tiens à remercier Micheline Abbas, Stany Gallier, Pierre Saramito et Rudy Valette qui
m’ont fait l’honneur de participer à mon jury de thèse.

Ce travail a été réalisé au laboratoire J.A. Dieudonné et à l’Institut de Physique de Nice.


Je tiens à remercier leurs directeurs respectifs Yves D’Angelo et Guillaume Huyet pour m’avoir
accueilli au sein de leurs locaux. Je remercie aussi l’ensemble du personnel des deux labo-
ratoires.

Mes sincères remerciements vont également à Élisabeth Lemaire et Frédéric Blanc pour
m’avoir si bien accueilli dans l’équipe, pour leur sympathie et leur bonne humeur, et pour
les nombreuses discussions sur les expériences de resuspension.

Je désire en outre remercier mes collègues de bureau du LJAD et de l’INPHYNI, pour la


bonne ambiance et les bons moments passés ensemble.

Enfin, je tiens à remercier ma famille, en particulier mes parents, qui m’ont toujours
soutenu et encouragé tout au long de ces années.
vi
Table des matières

Table des matières vii

1 Introduction 1
1.1 Contexte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2 La rhéologie des suspensions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.3 La modélisation des suspensions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.4 Objectifs et plan . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.5 Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

2 Modélisation 17
2.1 Équations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2.2 Relation de fermeture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2.3 Modèle frame-invariant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
2.4 Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45

3 Implémentation numérique 49
3.1 Rappel des équations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
3.2 Discrétisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
3.3 Conditions aux limites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
3.4 Système linéaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
3.5 Résolution des équations du modèle de suspension . . . . . . . . . . . . . . 59
3.6 Régularisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
3.7 Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65

4 Validation 67
4.1 Écoulement de Couette . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
4.2 Écoulement de Poiseuille . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
4.3 Écoulement torsionnel entre deux disques parallèles . . . . . . . . . . . . . . 78
4.4 Sédimentation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
4.5 Resuspension visqueuse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
4.6 Écoulement de suspensions à travers une expansion abrupte . . . . . . . . . 103
4.7 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
4.8 Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108

vii
TABLE DES MATIÈRES

5 Application : Étude d’un écoulement de suspensions dans une géométrie de Couette


cylindrique excentrée 111
5.1 Fluide newtonien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
5.2 Écoulement de suspensions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
5.3 Resuspension visqueuse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
5.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
5.5 Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137

6 Conclusion et perspectives 139


6.1 Synthèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
6.2 Perspectives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 144
6.3 Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151

A Comparaison avec le modèle 2D de Miller & Morris I


A.1 Rappel du modèle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . I
A.2 Comparaison avec le modèle tri-dimensionnel . . . . . . . . . . . . . . . . . IV
A.3 Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . VII

B Calcul du tenseur de vitesse angulaire ΩE IX


B.1 Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . X

C Adimensionnement des équations XI

Liste des figures XIII

Liste des tableaux XXI

viii
Chapitre 1

Introduction

Sommaire
1.1 Contexte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2 La rhéologie des suspensions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2.1 Microstructure . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2.2 Comportements macroscopiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.3 La modélisation des suspensions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
1.4 Objectifs et plan . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
1.5 Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

1
CHAPITRE 1. INTRODUCTION

1.1 Contexte
Les suspensions sont des fluides complexes composés de particules immergées dans
un liquide visqueux newtonien. La compréhension des écoulements de suspensions de
particules est d’un intérêt essentiel dans une large gamme d’applications, allant des écou-
lements naturels (écoulements sanguins, écoulements de laves ou de débris, avalanches
sous-marines) aux procédés industriels (manipulation de béton frais, transformation des
aliments, revêtement de peinture). La compréhension et la modélisation de tels écoule-
ments sont donc nécessaires pour améliorer la conception ou prédire le comportement
des systèmes dans lesquels des suspensions peuvent être présentes. De nombreux para-
mètres peuvent influencer la rhéologie de la suspension, tels que la fraction volumique,
la taille et la forme des particules ou bien la différence de densité entre les particules et
le fluide. Les suspensions présentent de nombreux comportements rhéologiques com-
plexes. En effet, les forces de contact et les interactions hydrodynamiques entre les par-
ticules génèrent des effets non-newtoniens lorsque la suspension devient suffisamment
concentrée. La viscosité devient alors dépendante de la concentration en particules et les
contraintes normales sont anisotropes, donnant lieu à des différences de contraintes nor-
males. De plus, les particules en suspension peuvent subir une migration induite par le
cisaillement, une sédimentation ou une resuspension. Une grande partie de la littérature
a été consacrée aux écoulements de suspensions, mettant en évidence la grande com-
plexité de ces matériaux, mais fournissant également des clés pour comprendre leurs pro-
priétés (voir [G UAZZELLI et P OULIQUEN, 2018] pour une revue récente). Malgré de nom-
breuses avancées, leur modélisation numérique, notamment en milieu continu, reste en-
core un sujet largement ouvert.

1.2 La rhéologie des suspensions


Les écoulements de suspensions ne suivent pas les lois rhéologiques classiques des
fluides newtoniens mais présentent des comportements plus complexes. Ces compor-
tements, dits non-newtoniens, trouvent leur origine dans les phénomènes qui se pro-
duisent à l’échelle de la particule. Nous allons donc présenter ici les phénomènes de na-
ture microscopique et leurs conséquences sur la rhéologie.

1.2.1 Microstructure

Lorsque les particules sont suffisamment petites, elles peuvent être soumises à des
forces colloïdales (i.e. à des forces d’attraction ou de répulsion) ou au mouvement brow-
nien (i.e. des fluctuations thermiques). Dans ce travail, les particules des suspensions étu-
diées sont supposées suffisamment grandes pour que ces phénomènes soient négligés. À
l’échelle de la particule, les mécanismes pertinents ici sont plutôt les interactions hydro-

2
CHAPITRE 1. INTRODUCTION

dynamiques et les interactions de contact direct. Lorsqu’une particule est en suspension


dans un fluide, elle modifie par sa présence la pression et la vitesse du fluide et donc cette
perturbation est répercutée sur les autres particules. On parle alors d’interactions hydro-
dynamiques de longue portée. D’autre part, lorsqu’une particule se rapproche de plus
en plus d’une autre, le liquide interstitiel est plus difficile à évacuer et empêche les deux
particules de se rapprocher. Cette force est appelée force de lubrification et définit les in-
teractions hydrodynamiques de courte portée [G ALLIER, 2014]. Nous pourrions croire, à
tort, qu’en raison de cette force de lubrification, les particules n’entrent jamais en contact.
Cela aurait été vrai si les particules étaient parfaitement lisses et ne présentaient aucune
rugosité. Cette rugosité permet en effet un contact direct entre les particules et caractérise
le deuxième type d’interactions, les interactions non hydrodynamiques, dites de contact
([G ALLIER, 2014]). Ces contacts peuvent induire seulement une force normale ou prendre
en compte également le frottement entre particules (force tangentielle). Comme nous le
verrons plus loin, ces forces de contact ont une grande influence sur la rhéologie des sus-
pensions concentrées, en particulier sur l’anisotropie des contraintes et sur la migration
des particules.

Ainsi, différentes interactions complexes ont lieu à l’échelle de la particule, que ce soit
entre liquide/particule ou encore entre particule/particule. Le réseau de forces et l’arran-
gement spatial relatif des particules définissent ce qu’on appelle la microstructure. Pour
une microstructure donnée, les contraintes sont instantanément imposées par le réseau
de forces interparticulaires et le taux de déformation ambiant [G ALLIER et collab., 2014].
Par conséquent, la connaissance de cette microstructure donnera des indications sur la
rhéologie de la suspension. Une façon d’y accéder est la fonction de corrélation de paire,
g (r ), qui indique comment la densité des particules varie en fonction de la distance par
rapport à une particule de référence donnée [G UAZZELLI et P OULIQUEN, 2018]. Plusieurs
études expérimentales (par exemple : [B LANC et collab., 2013; PARSI et G ADALA -M ARIA,
1987]) et numériques (par exemple : [B OSSIS et B RADY, 1984; G ALLIER et collab., 2014;
S IEROU et B RADY, 2002]) ont mesuré cette fonction. Par ailleurs, ces études, réalisées en
cisaillement simple, ont montré qu’il y avait plus de particules dans l’axe de compression
de l’écoulement que dans l’axe de dilatation, c’est-à-dire que la microstructure est aniso-
trope. Cette anisotropie est le résultat du contact entre les particules, qui a lieu, comme
nous l’avons évoqué plus haut, grâce à la rugosité. La présence de cette rugosité va créer
une irréversibilité des trajectoires. Par conséquent, après une collision dans la région de
compression de l’écoulement, les particules s’éloignent de leurs trajectoires initiales, ce
qui réduit leur nombre dans la région de dilatation et donne lieu à une microstructure asy-
métrique [G UAZZELLI et P OULIQUEN, 2018]. Cette anisotropie de la microstructure aura
une forte influence sur les grandeurs rhéologiques de la suspension.

3
CHAPITRE 1. INTRODUCTION

(a) (b)

φ
F IGURE 1.1 – Évolution de la viscosité relative ηs en fonction de : (a) φ, (b) φm . Cette figure est tirée
de [G UAZZELLI et P OULIQUEN, 2018]. La fraction volumique de blocage φm est notée φc sur cette
figure et µp représente le coefficient de frottement entre les particules. Les symboles colorés re-
présentent les mesures expérimentales tandis que les symboles noirs représentent les simulations
numériques. Les lignes représentent les différents modèles.

1.2.2 Comportements macroscopiques

À l’échelle macroscopique, la suspension composée de fluide et de particules peut être


considérée comme un ensemble continu. La proportion de particules dans le mélange est
décrite par la fraction volumique φ qui définit le rapport entre le volume total des parti-
cules et le volume total du mélange. Il est connu depuis les travaux de E INSTEIN [1906] que
la viscosité du mélange dépend fortement de la fraction volumique. Plus la fraction volu-
mique est grande, plus la viscosité est élevée. E INSTEIN [1906] a en effet proposé la toute
première expression de la viscosité pour une suspension diluée. Dans le cas d’un cisaille-
ment simple, la contrainte est en première approximation linéaire par rapport au taux de
cisaillement, ce qui implique que la viscosité ne dépend que du seul paramètre φ. La vis-
cosité ne dépend pas du taux de cisaillement et s’exprime sous la forme : η = η f ηs (φ), avec
η f la viscosité du liquide et ηs (φ) la viscosité relative. Plusieurs études expérimentales et
numériques ont tenté de décrire cette viscosité et de donner une expression empirique
ou semi-empirique à la viscosité relative. La Fig.1.1, tirée de [G UAZZELLI et P OULIQUEN,
φ φ
2018], représente la viscosité relative en fonction de φ et φm
(notée φc
sur la figure). Cette
figure regroupe plusieurs mesures numériques et expérimentales ainsi que différentes
lois issues de la littérature. Toutes ces études ont montré que la viscosité augmente avec
la fraction volumique et diverge lorsque φ atteint la fraction volumique de blocage φm ,
c’est-à-dire la fraction volumique maximale pour laquelle le mélange ne s’écoule plus.
Cette fraction volumique de blocage varie selon les études (0.54 ≤ φm ≤ 0.62, voir Fig.1.1a)
et certains travaux ont montré qu’elle pouvait dépendre du frottement entre les particules
[G ALLIER et collab., 2014; S ETO et collab., 2013]. Plus les particules sont frictionnelles, plus

4
CHAPITRE 1. INTRODUCTION

φm diminue.
Bien qu’il ait été précisé que la viscosité ne dépend pas en première approximation du
taux de cisaillement, on observe fréquemment dans les expériences une rhéofluidifica-
tion modérée [C HATTÉ et collab., 2018; G ADALA -M ARIA et A CRIVOS, 1980; L OBRY et collab.,
2019] et du rhéoépaississement continu et discontinu (voir D ENN et collab. [2018] pour
une revue). Dans ce travail, nous ne nous intéresserons pas à de tels comportements.
Un autre sujet que nous n’aborderons pas ici est le comportement instationnaire, que
l’on peut notamment retrouver dans les expériences d’inversion de cisaillement [B LANC
et collab., 2011; G ADALA -M ARIA et A CRIVOS, 1980; P ETERS et collab., 2016]. Celles-ci consi-
stent à inverser brutalement la direction du cisaillement après avoir cisaillé dans la direc-
tion opposée et en gardant la même intensité. La viscosité subit alors un régime tran-
sitoire où elle chute très brusquement avant de regagner sa valeur stationnaire d’avant
l’inversion. Ce comportement est lié à une variation de la microstructure puisque comme
nous l’avons évoqué plus haut, dans un cisaillement simple, il y a plus de particules dans
l’axe de compression de l’écoulement que dans l’axe de dilatation. Ainsi, lorsque le ci-
saillement est inversé, ces axes sont intervertis et donc la microstructure change. Ce pro-
blème de microstructure instationnaire est très complexe et demeure encore un sujet ou-
vert. Dans ce travail, nous ne le traiterons pas, nous nous concentrerons plutôt sur des
écoulements produisant des microstructures stationnaires.
L’anisotropie de la microstructure engendre des contraintes normales anisotropes.
Les différences de contraintes normales N1 = Σ11 − Σ22 et N2 = Σ22 − Σ33 sont alors non
nulles (Σ11 , Σ22 et Σ33 sont respectivement les contraintes normales dans les directions
de l’écoulement, du gradient de vitesse et de la vorticité). G ALLIER et collab. [2014] ont
constaté au travers de simulations numériques une origine différente pour ces deux dif-
férences de contraintes normales. La première provient principalement des interactions
hydrodynamiques, tandis que la seconde est liée aux interactions de contact. Plusieurs
études expérimentales ([C OUTURIER et collab., 2011; D AI et collab., 2013; D BOUK et col-
lab., 2013; Z ARRAGA et collab., 2000]) et numériques ([G ALLIER et collab., 2016, 2014; S IE -
ROU et B RADY, 2002]) ont en effet essayé de les mesurer. Les principales observations ti-
rées de ces mesures sont que N2 est négative et augmente avec φ. En revanche, les études
divergent concernant la quantité N1 , notamment sur son signe. Mais ce qui est certain,
c’est que son amplitude est assez faible par rapport à celle de N2 . Comme nous le préci-
serons plus loin, les différences de contraintes normales utilisées dans ce travail et plus
généralement toutes nos fonctions matérielles sont déduites de données de simulation
discrètes en cisaillement simple issues de [G ALLIER et collab., 2014; L OBRY et collab., 2019;
P ETERS et collab., 2016].
Un autre comportement non-newtonien observé dans les écoulements de suspen-
sions est la migration des particules. En effet, lorsqu’une suspension homogène isodense,
c’est-à-dire avec une masse volumique de particules proche de celle du liquide, subit un
cisaillement, les particules migrent en général vers les zones de faible taux de cisaille-

5
CHAPITRE 1. INTRODUCTION

F IGURE 1.2 – Exemple d’une migration de particules dans un écoulement de Poiseuille. Les parti-
cules migrent vers le centre du tuyau où le taux de cisaillement est le plus faible.

ment. Ce phénomène a été beaucoup étudié, notamment dans le cas d’une géométrie
de Couette où les particules migrent vers le cylindre extérieur [C HOW et collab., 1994;
L EIGHTON et A CRIVOS, 1987] et dans le cas d’un écoulement de Poiseuille (Fig.1.2) où les
particules migrent vers le centre du tuyau [H AMPTON et collab., 1997; S NOOK et collab.,
2016]. Cette migration dépend de nombreux paramètres tels que la concentration initiale
des particules, la viscosité du fluide, le rayon des particules ou la taille de la géométrie.
L’origine principale de cette migration se trouve dans les interactions de contact entre
les particules [L HUILLIER, 2009; N OTT et collab., 2011]. Celles-ci migrent pour équilibrer
l’inhomogénéité des contraintes introduites par cette phase particulaire.
Dans le cas d’une suspension au repos où la masse volumique des particules est su-
périeure à celle du liquide, sous l’effet de la gravité, les particules se déplacent vers le bas
pour se déposer au fond de la géométrie. La fraction volumique à cet endroit atteint alors
la fraction volumique maximale de blocage φm . Ce phénomène est appelé sédimenta-
tion. Le mélange stationnaire final est alors constitué de deux zones distinctes, une zone
supérieure contenant un liquide clair (φ = 0) et une zone inférieure contenant un lit de
particules (φ = φm ), le sédiment. Si après cela, un cisaillement est appliqué, les particules
initialement sédimentées se mettent en suspension jusqu’à atteindre une distribution de
concentration stationnaire non uniforme, c’est ce qu’on appelle la resuspension [A CRIVOS
et collab., 1993; D ’A MBROSIO et collab., 2021; S AINT-M ICHEL et collab., 2019]. Ce phéno-
mène est le résultat de l’équilibre entre un flux descendant de particules dû à la gravité et
un flux ascendant de particules induit par le cisaillement.
Tous ces phénomènes montrent la complexité des suspensions ainsi que la difficulté
et l’importance de la modélisation de leurs écoulements. Plusieurs méthodes ont toute-
fois pu être développées pour modéliser la rhéologie des suspensions.

1.3 La modélisation des suspensions


Au cours des dernières décennies, les simulations à l’échelle des particules ont permis
de mieux comprendre les mécanismes microscopiques responsables des comportements
d’écoulement des suspensions (voir [M AXEY, 2017] pour une revue), mettant en évidence
d’abord l’influence des interactions de lubrification et de la microstructure induite par le

6
CHAPITRE 1. INTRODUCTION

cisaillement [B OSSIS et B RADY, 1984; S IEROU et B RADY, 2002] et ensuite le rôle du contact
entre les particules [G ALLIER et collab., 2014; M ARI et collab., 2014] dans la rhéologie des
suspensions. Cependant, même si des ordinateurs de plus en plus puissants sont dispo-
nibles, les simulations discrètes sont principalement limitées à des systèmes de taille mo-
dérée impliquant quelques milliers ou dizaines de milliers de particules. Si ces simula-
tions sont bien adaptées pour déterminer les fonctions matérielles dans des suspensions
homogènes, elles ne permettent pas d’aborder les écoulements réels à géométrie com-
plexe, ce qui nécessite une modélisation en milieu continu.
Les modèles qui traitent les écoulements de suspensions et le transport de particules
peuvent être classés en deux catégories principales. La première catégorie, le modèle dit
"à deux phases" ou "à deux fluides", modélise la phase particulaire et la phase liquide
comme deux milieux continus qui s’interpénètrent et interagissent, avec leur propre frac-
tion volumique et champ de vitesse. Chaque phase obéit aux équations de conservation
de la masse et de la quantité de mouvement (auxquelles on peut ajouter l’équation de
conservation de l’énergie si nécessaire), et les phases interagissent entre elles en raison du
transfert de masse et de quantité de mouvement (et éventuellement d’énergie). Une par-
tie de ces équations peut être déduite des équations d’équilibre fondamentales à l’échelle
des particules, mais certaines relations de fermeture doivent être établies sur une base
expérimentale ou à partir de conjectures théoriques. Dans le cas de suspensions incom-
pressibles, non-réactives et athermiques, de tels modèles traitent au moins 8 champs sca-
laires, notamment la fraction volumique solide, un champ de pression et deux champs de
vitesse vectorielle. De tels modèles sont naturellement bien adaptés aux écoulements où
les deux phases se déplacent avec des vitesses significativement différentes comme dans
le cas des lits fluidisés [J ACKSON, 2001] ou du transport des sédiments charriés sur le fond
[O URIEMI et collab., 2009]. Ceci se fait cependant au prix de difficultés de calcul, puis-
qu’un nombre assez important de champs couplés doit être déterminé.
Une autre classe de modèles considère principalement l’écoulement du mélange comme
un ensemble, associé à une équation d’équilibre pour la fraction volumique solide. Cette
dernière implique un flux spécifique qui rend compte du mouvement de la phase particu-
laire par rapport au mélange. Ce flux peut s’écrire comme un flux diffusif athermique dé-
pendant du gradient de fraction volumique et du gradient du taux de cisaillement [P HIL -
LIPS et collab., 1992]. D’autres modèles partent de l’équation de la quantité de mouve-
ment de la phase particulaire mentionnée dans le paragraphe précédent et, après quelques
manipulations algébriques, dérivent l’expression de la vitesse de dérive, c’est-à-dire la vi-
tesse de la phase particulaire par rapport au mélange. Le flux résultant est donné prin-
cipalement comme une fonction de la divergence d’une certaine contrainte particulaire,
dont l’expression doit être énoncée comme une relation de fermeture. De tels modèles
sont généralement appelés "Suspension Balance Model" [M ILLS et S NABRE, 1995; M ORRIS
et B OULAY, 1999; N OTT et B RADY, 1994; N OTT et collab., 2011]. Nous suivons cette ap-
proche dans ce travail, comme expliqué dans le chapitre 2. Ces modèles sont moins coû-

7
CHAPITRE 1. INTRODUCTION

teux en calcul que les modèles à deux phases, puisque seuls 5 champs scalaires doivent
être déterminés. Ils sont bien adaptés aux problèmes où la vitesse de la phase particulaire
est proche de la vitesse du liquide.
Des relations constitutives doivent être établies, permettant de calculer les contraintes
pertinentes (contraintes de suspension, contraintes de particules). Différents types de re-
lations ont été proposés dans la littérature. La plupart des données expérimentales ou de
simulation concernent des écoulements de cisaillement simple, de sorte que les contraintes
ont d’abord été écrites dans une base vectorielle correspondant aux directions (écoule-
ment, gradient de vitesse, vorticité), ce qui convient bien aux écoulements de cisaillement
rhéométriques [M ORRIS et B OULAY, 1999]. Le modèle mentionné tient compte de la visco-
sité de la suspension et des contraintes normales anisotropes. Ces contraintes dépendent
de la fraction volumique des particules φ et sont proportionnelles au taux de cisaillement
γ̇. Nous notons ici qu’au cours de la dernière décennie, les expériences d’écoulement
de cisaillement imposé par pression ont conduit à une forme alternative mais équiva-
lente des fonctions matérielles, où les contraintes sont écrites en fonction de la pression
η f γ̇
des particules Pp et du nombre visqueux J = Pp [B OYER et collab., 2011; C HÈVREMONT
et collab., 2019; G UAZZELLI et P OULIQUEN, 2018]. Le principal inconvénient du modèle
de M ORRIS et B OULAY [1999] est qu’il est limité à un écoulement de cisaillement simple
et ne peut donc pas aborder les géométries d’écoulements généraux. Il convient toutefois
de noter qu’une généralisation de ce modèle, invariante par changement de référentiel, a
été proposée pour les écoulements bidimensionnels : [M ILLER et collab., 2009]. De plus,
le modèle mentionné est restreint aux écoulements stationnaires et ne peut pas rendre
compte des comportements spécifiques des suspensions dans des écoulements variant
dans le temps, tels que les écoulements oscillants ou les inversions de cisaillement.
Des modèles plus généraux ont été proposés, qui tiennent compte explicitement de
l’influence de la microstructure induite par le cisaillement, c’est-à-dire de l’arrangement
relatif local des particules, sur les contraintes (voir les revues dans [D ENN et M ORRIS, 2014;
M ORRIS, 2009] et les travaux récents dans ce domaine [C HACKO et collab., 2018; G ILLIS -
SEN et W ILSON, 2018; J ENKINS et collab., 2021; O ZENDA et collab., 2020]). Cette micro-
structure est généralement modélisée à l’aide d’un ou plusieurs champs tensoriels, qui
obéissent à une équation différentielle temporelle, et une relation constitutive qui relie la
contrainte et la microstructure doit être indiquée. De tels modèles sont très attractifs car
ils s’en tiennent au concept de microstructure à l’échelle de la particule. Ils permettent en
principe d’aborder n’importe quelle géométrie d’écoulement stationnaire ou transitoire,
des écoulements extensionnels aux mouvements proches du corps solide, et peuvent se
comparer assez bien aux données expérimentales : [G ILLISSEN et collab., 2019; O ZENDA
et collab., 2020]. Ils ne sont cependant pas si simples à manipuler. Trouver un objet ma-
thématique qui décrirait correctement la microstructure telle que mesurée dans les simu-
lations discrètes n’est pas une tâche facile [C HACKO et collab., 2018]. En outre, ces modèles
impliquent généralement un nombre assez important de paramètres libres, qui doivent

8
CHAPITRE 1. INTRODUCTION

être déterminés à partir d’expériences ou de simulations discrètes portant sur des écou-
lements pertinents, notamment les écoulements transitoires différents d’un cisaillement
simple. Bien que des efforts considérables soient déployés pour générer de telles données
[C HACKO et collab., 2018; C HEAL et N ESS, 2018; S ETO et collab., 2017], elles sont actuel-
lement peu nombreuses, et la calibration des modèles mentionnés reste une tâche assez
difficile.

1.4 Objectifs et plan


Dans ce travail, nous suivons une approche simplifiée, sans recours explicite à la mo-
délisation de la microstructure. Nous proposons une relation constitutive invariante par
changement de référentiel qui permet de calculer les contraintes pertinentes dans des
écoulements quasi-stationnaires. Une telle modélisation peut ne pas être adaptée aux
géométries d’écoulement où les conditions d’écoulement vues par le fluide en mouve-
ment subissent des changements rapides. En particulier, les écoulements transitoires tels
que les écoulements oscillatoires ou l’inversion de cisaillement ne sont pas censés être
correctement pris en compte. Cependant, ces modèles sont très faciles à calibrer puis-
qu’ils impliquent un petit nombre de paramètres libres. Comme mentionné ci-dessus,
M ILLER et collab. [2009] ont proposé un tel modèle, qui pourrait généraliser le modèle
de M ORRIS et B OULAY [1999] dans le cas d’écoulements généraux à 2 dimensions. Les
auteurs notent que le même type de modèle pourrait être appliqué aux écoulements tri-
dimensionnels, au prix cependant d’une plus grande complexité mathématique. Nous
proposons ici un autre type de modèle, similaire au modèle de fluide de second ordre, qui
est bien connu en rhéologie des polymères [B IRD et collab., 1987; TANNER, 2000]. Dans
le cadre d’un écoulement de suspensions, un tel modèle a déjà été proposé et implé-
menté dans des études numériques [G UPTA et M ASSOUDI, 1993; M ASSOUDI et P HUOC,
2015], bien que dans les articles mentionnés, la contrainte ait été choisie comme étant
proportionnelle à γ̇2 . Dans cette étude, nous nous intéressons aux écoulements à faible
nombre de Reynolds, où la contrainte est proportionnelle à γ̇, ce qui nécessite de modifier
le modèle. L HUILLIER [2009] a proposé un tel modèle avec une dépendance correcte en
fonction du taux de cisaillement dans un article théorique concernant la migration des
particules, qui est le point de départ de l’approche que nous suivons. En fait, M AHMUD
et collab. [2018] ont exploré la même idée dans un article récent, où ils proposent une
relation constitutive invariante par changement de référentiel pour la contrainte totale
de suspension. Ils déterminent les paramètres libres à partir de mesures expérimentales,
issues de la littérature, de la viscosité et des différences de contraintes normales dans un
écoulement de cisaillement. Nous considérons ici de telles relations constitutives pour
la contrainte totale et la contrainte des particules, puisque cette dernière est également
nécessaire pour le calcul du flux de migration des particules. Les paramètres libres sont
déterminés à partir de données de simulation discrètes en écoulement de cisaillement

9
CHAPITRE 1. INTRODUCTION

simple [G ALLIER et collab., 2014; L OBRY et collab., 2019; P ETERS et collab., 2016].

Dans le chapitre 2, nous présentons notre modélisation. Tout d’abord, dans la pre-
mière section, nous dérivons les équations régissant le Suspension Balance Model à partir
des équations d’équilibre des deux phases pour la quantité de mouvement et la masse.
Le calcul de la vitesse relative est également présenté, ce qui nous amènera à déduire
l’équation de conservation de la phase particulaire. Ensuite, dans les sections suivantes,
les fonctions matérielles obtenues à partir de simulations discrètes en cisaillement simple
sont présentées. La loi constitutive invariante par changement de référentiel permettant
de calculer les contraintes totales et particulaires dans un écoulement quelconque est
discutée en détail. Son comportement pour des écoulements rhéométriques en cisaille-
ment ou en extension est examiné. Enfin, le chapitre se conclut par une discussion sur les
limites de l’utilisation du modèle pour un écoulement général.

L’implémentation numérique dans le logiciel libre OpenFOAM est expliquée dans le


chapitre 3. Nous présentons d’abord la résolution par OpenFOAM d’une équation d’advection-
diffusion-réaction typique en détaillant la discrétisation par la méthode des volumes fi-
nis, le traitement des conditions aux limites et la résolution du système linéaire. Ensuite,
nous discutons plus en détail la résolution de nos équations en présentant leur discréti-
sation, les schémas d’interpolation et les conditions aux limites choisies, l’algorithme de
résolution, plus particulièrement le traitement du couplage pression-vitesse et enfin les
régularisations utilisées.

Dans le chapitre 4, le modèle et son implémentation sont validés par l’étude de pro-
blèmes classiques. Nous étudions tout d’abord la migration dans des écoulements de sus-
pension isodense, tels que les écoulements de Couette, Poiseuille et torsionnel plan. En-
suite, le modèle est testé sur des écoulements de suspension dense en étudiant la sédi-
mentation des particules et la resuspension visqueuse en géométrie de Couette. Les ré-
sultats sont comparés dès que possible aux prédictions théoriques ou aux mesures expé-
rimentales. Finalement, le modèle est validé sur un écoulement complexe en considérant
un écoulement de suspension dans un tube rencontrant une expansion abrupte.

Enfin, le chapitre 5 est une étude détaillée de l’écoulement d’une suspension en géo-
métrie de Couette cylindrique excentrée. Le but est de valider à nouveau le modèle sur un
écoulement complexe mais aussi de l’utiliser pour expliquer les artefacts observées dans
certaines expériences de resuspension. L’étude se fera d’abord sur un fluide newtonien
afin de décrire l’écoulement, puis nous nous intéresserons à l’influence de l’excentricité
sur la migration des particules dans une suspension isodense. Le chapitre se termine par
l’étude de la resuspension en géométrie excentrée en nous basant sur des expériences
issues de la littérature.

10
CHAPITRE 1. INTRODUCTION

1.5 Références
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15
CHAPITRE 1. INTRODUCTION

16
Chapitre 2

Modélisation

Sommaire
2.1 Équations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2.1.1 Équation de conservation de la masse . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
2.1.2 Équation de conservation de la quantité de mouvement . . . . . . . 19
2.1.3 Équation de continuité de la phase particulaire . . . . . . . . . . . . 20
2.1.4 Vitesse relative vpf . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
2.1.5 Approximation du modèle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 21
2.2 Relation de fermeture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2.2.1 Fonctions matérielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
2.2.2 Coefficient de traînée α(φ) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
2.3 Modèle frame-invariant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
2.3.1 Formulation générale de la contrainte . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
2.3.2 Détermination des coefficients pour les contraintes totales et de
contact . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
2.3.3 Application aux écoulements rhéométriques . . . . . . . . . . . . . 32
2.3.4 Application aux écoulements extensionnels . . . . . . . . . . . . . . 35
2.3.5 Les limites du modèle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
2.4 Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 45

17
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

Dans ce travail, on s’intéresse aux suspensions de sphères non-browniennes immer-


gées dans un liquide newtonien. Malgré la simplicité du système, les écoulements de ces
suspensions sont le siège de phénomènes complexes (sédimentation, contraintes nor-
males anisotropes, blocage, migration induite par cisaillement) encore partiellement in-
compris. Ces effets non-newtoniens résultent des forces de contact et des interactions
hydrodynamiques entre les particules. Dans le but de modéliser ces phénomènes, nous
développons dans ce chapitre un modèle macroscopique à une phase. On considère donc
des particules sphériques rigides de rayon a et de masse volumique ρp en suspension
dans un fluide newtonien de viscosité η f et de masse volumique ρ f . La suspension est
considérée comme un milieu continu.

En partant des équations d’équilibre locales, à l’échelle des particules, pour la masse
et la quantité de mouvement, J ACKSON [1997] a obtenu les équations d’équilibre à deux
phases à l’échelle macroscopique en faisant la moyenne de ces équations à micro-échelle
sur un élément de volume représentatif à méso-échelle (contenant "de nombreuses" par-
ticules, et qui est toujours nettement plus petite que l’échelle macroscopique). On pourra
également consulter [O ZENDA, 2019] pour une dérivation détaillée du modèle à deux
phases à partir des équations microscopiques. À partir de cette modélisation en deux
phases, nous allons ici procéder au processus d’homogénéisation afin de dériver une mo-
délisation en une phase à l’échelle macroscopique. Pour ce faire, nous combinerons les
équations à deux phases en une seule, puis nous déterminerons les lois constitutives né-
cessaires pour fermer le système d’équations.

2.1 Équations

2.1.1 Équation de conservation de la masse

On note φ la fraction volumique de la phase particulaire dans la suspension. Les équa-


tions de conservation de la masse des phases particulaire (indice p) et fluide (indice f )
s’écrivent :

∂φρp
+ ∇ .(φρp vp ) = 0 (2.1a)
∂t
∂(1 − φ)ρ f
+ ∇ . (1 − φ)ρ f vf = 0 (2.1b)
¡ ¢
∂t

où vp et vf désignent respectivement la vitesse des phases particulaire et fluide. En som-


mant les équations (2.1), on obtient l’équation de conservation de la masse du mélange :

∂ρm
+ ∇ .(ρm vm ) = 0 (2.2)
∂t

18
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

avec ρm la masse volumique moyenne du mélange et vm la vitesse moyenne pondérée par


la masse :
ρm = φρp + (1 − φ)ρ f (2.3)

φρp vp + (1 − φ)ρ f vf
vm = (2.4)
ρm
Puisque les masse volumiques ρp et ρ f sont constantes, on peut aussi déduire l’équation
suivante :
∇ .u = 0 (2.5)

avec u la vitesse moyenne du mélange :

u = φvp + (1 − φ)vf (2.6)

On peut noter que contrairement à la vitesse moyenne pondérée par la masse vm , la vi-
tesse moyenne u est incompressible. En effet, les équations (2.5) et (2.6) stipulent que
lorsque les phases fluide et particulaire sont toutes deux incompressibles, la suspension
l’est également. La vitesse vm est reliée à la vitesse u par :

ρp − ρ f
vm = u + φ(1 − φ) vpf (2.7)
ρm

avec vpf = vp − vf la vitesse relative entre les deux phases.

2.1.2 Équation de conservation de la quantité de mouvement


Les équations de conservation de la quantité de mouvement des deux phases sont
données par les expressions ci-dessous [J ACKSON, 2001], valables lorsque l’inertie à l’échelle
des particules peut être négligée, et lorsque la taille des particules est petite devant les
échelles macroscopiques considérées :

∂φρp vp
+ ∇ .(φρp vp ⊗ vp ) = ∇ .Σc + ρp φg + f (2.8a)
∂t
∂(1 − φ)ρ f vf
+ ∇ . (1 − φ)ρ f vf ⊗ vf = ∇ .Σ f + ρ f (1 − φ)g − f (2.8b)
¡ ¢
∂t

Avec Σc le tenseur des contraintes de contact entre particules et Σ f le tenseur des contraintes
du fluide. g est le vecteur d’accélération gravitationnelle et f représente les forces d’inter-
actions entre les deux phases. La dérivation d’une expression modélisée pour cette force
reste un problème ouvert [L HUILLIER, 2009], [N OTT et collab., 2011]. L’expression la plus
couramment utilisée pour les suspensions à faible nombre de Reynolds particulaire s’écrit
[A NDREOTTI et collab., 2012], [J ACKSON, 2001] :

∇.(Σ f ) + α(φ)(vf − vp )
f = φ∇ (2.9)

19
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

∇.(Σ f ) comprend les forces d’Archimède, α(φ) est le coefficient de traînée


Le terme φ∇
dont l’expression sera donnée plus loin. Il faut toutefois rappeler que L HUILLIER [2009]
et N OTT et collab. [2011] ont précisément développé le processus d’homogénéisation,
c’est-à-dire le passage des équations à l’échelle microscopique aux équations à l’échelle
macroscopique, dans le cas d’écoulements à faible nombre de Reynolds à l’échelle parti-
culaire. La question principale, d’après eux, concerne l’adjonction de termes supplémen-
taires à l’équation (2.9) dépendant de gradients (fraction volumique, taux de cisaillement,
contrainte). Ce problème reste encore largement ouvert.

La somme des équations (2.8) donne l’équation de conservation de la quantité de


mouvement pour le mélange :

∂ρm vm
+ ∇ . φρp vp ⊗ vp + (1 − φ)ρ f vf ⊗ vf = ∇ .Σc + ∇ .Σ f + ρm g (2.10)
¡ ¢
∂t

Or, comme le terme convectif du mélange peut s’écrire sous la forme suivante :

ρp ρ f
µ ¶
∇ . φρp vp ⊗ vp + (1 − φ)ρ f vf ⊗ vf = ∇ .(ρm vm ⊗ vm ) + ∇ . φ(1 − φ)vpf ⊗ vpf (2.11)
¡ ¢
ρm

avec vpf = vp − vf , l’équation (2.10) devient alors :

∂ρm vm ρp ρ f
µ ¶
c f
+ ∇ .(ρm vm ⊗ vm ) = ∇ .Σ + ∇ .Σ + ρm g − ∇ . φ(1 − φ)vpf ⊗ vpf (2.12)
∂t ρm
³ρ
p ρf
´
Le terme φ(1 − φ)vpf ⊗ vpf représente le flux de quantité de mouvement non pris en
ρm
compte par le flux ρm vm ⊗ vm . Il est noté τD et est appelé tenseur de dérive (en anglais
¡ ¢

"drift tensor") [M ÁRQUEZ, 2013] :

ρp ρ f
τD = φ(1 − φ)vpf ⊗ vpf (2.13)
ρm

2.1.3 Équation de continuité de la phase particulaire

ρf
Puisque la masse volumique des particules ρp est constante et que vp = vm + ρm (1 −
φ)vpf , l’équation de conservation de la masse de la phase particulaire (2.1a) devient :

∂φ ρf
µ ¶
+ .(φvm ) = −∇ .
∇ ∇ φ(1 − φ)vpf (2.14)
∂t ρm

Cette équation peut aussi être exprimée en fonction de la vitesse moyenne u sous la forme
suivante :
∂φ
∇. φ(1 − φ)vpf
+ ∇ .(φu) = −∇ (2.15)
¡ ¢
∂t

20
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

2.1.4 Vitesse relative vpf

On cherche maintenant à exprimer la vitesse relative vpf . En combinant les équations


(2.1a) et (2.1b) avec l’équation (2.9), les équations (2.8) s’écrivent :

Dvp
φρp = ∇ .Σc + φ∇
∇.Σ f + ρp φg − α(φ)vpf (2.16a)
Dt

Dvf
(1 − φ)ρ f ∇.Σ f + ρ f (1 − φ)g + α(φ)vpf
= (1 − φ)∇ (2.16b)
Dt
Dvh ∂vh
avec Dt
= ∂t
+(vh .∇)vh , h = f ou p, la dérivée particulaire de la vitesse vh . L’élimination
f
du terme ∇ · Σ , nous donne l’expression de la vitesse relative :

Dvp
Dvf
· ¸
α(φ)vpf = −φ(1 − φ) ρp − ρf
Dt Dt (2.17)
c
+(1 − φ)∇
∇.Σ + φ(1 − φ)(ρp − ρ f )g

2.1.5 Approximation du modèle

En regroupant les équations (2.2), (2.12) et (2.14), on obtient le système d’équations


de bilan suivant :

∂ρm
+ ∇ .(ρm vm ) = 0 (2.18a)
∂t
∂ρm vm
+ ∇ .(ρm vm ⊗ vm ) = ∇ .Σc + ∇ .Σ f + ρm g − ∇ .(τD ) (2.18b)
∂t
∂φ ρf
+ ∇ .(φvm ) = −∇ ∇.( φ(1 − φ)vpf ) (2.18c)
∂t ρm

avec vpf donnée par l’ Éq.(2.17). Ce système, qui a été utilisé dans [M ANNINEN et collab.,
1996] et [M ÁRQUEZ, 2013], est appelé "mixture model". Toutefois, ce modèle est toujours
un modèle à deux phases puisqu’il nécessite deux champs de vitesse (vm et une autre vi-
tesse, vp ou vf , pour le calcul de vpf ). Afin de supprimer une phase dans la modélisation et
de construire un système d’équation à une phase, nous proposons une approximation qui
consiste à supposer que la vitesse relative est négligeable par rapport à la vitesse moyenne,
dans tous les termes inertiels. Cette hypothèse implique que le terme τD disparaît et que :

Dvp Dvf Dvm Du


≈ ≈ ≈ (2.19)
Dt Dt Dt Dt

Cette approximation sera vérifiée à chaque test numérique que nous effectuerons. Ainsi,
l’expression de la vitesse relative (2.17) peut être simplifiée sous la forme suivante :

α(φ) Du
· ¸
c
vpf = .Σ + φ(ρp − ρ f ) g −
∇ (2.20)
1−φ Dt

21
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

Et de même pour l’équation de quantité de mouvement (2.18b), qui devient :

∂ρm u ³ ´
+ ∇ .(ρm u ⊗ u) = ∇ . Σc + Σ f + ρm g (2.21)
∂t

En regroupant maintenant les équations (2.5), (2.21), (2.15) et (2.20), on obtient donc le
nouveau système d’équation suivant :

∇ .u = 0 (2.22a)
∂ρm u ³ ´
+ ∇ .(ρm u ⊗ u) = ∇ . Σc + Σ f + ρm g (2.22b)
∂t
∂φ
+ ∇ .(φu) = −∇ ∇.(φ(1 − φ)vpf ) (2.22c)
∂t
α(φ) Du
· ¸
vpf = ∇ .Σc + φ(ρp − ρ f ) g − (2.22d)
1−φ Dt

Les équations (2.22c) et (2.22d) régissent le transport des particules par convection, selon
le champ de vitesse u. La migration est gouvernée par la divergence des contraintes nor-
males. Le terme de gravité, corrigé par l’accélération de la suspension, décrit la sédimen-
tation des particules. Le champ de vitesse u est donné par les équations (2.22a) et (2.22b)
et le couplage avec l’équation de conservation du volume des particules (Éqs.(2.22c)-
(2.22d)) se fera par ρm , Σc et Σ f . Nous allons maintenant fermer le système en donnant
les équations constitutives des contraintes.

2.2 Relation de fermeture

2.2.1 Fonctions matérielles

D’après l’équation (2.22b), la contrainte totale de la suspension Σ est la somme d’une


contribution due au contact entre particules Σc , et d’une contribution due au fluide et à
son interaction avec les particules Σ f :

Σ = Σ f + Σp (2.23)

L’expression de la contrainte totale s’écrit [B ATCHELOR, 1970; L HUILLIER, 2009; N OTT et col-
lab., 2011] :

Σ = −(1 − φ)p f I + 2η f E + Σp f + Σc (2.24)

avec p f la pression moyenne du fluide, E le taux de déformation moyen de l’ensemble de


la suspension et I le tenseur identité. Σp f représente la contribution hydrodynamique
provenant d’interactions fluide-particules tandis que Σc correspond à la contribution

22
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

non-hydrodynamique provenant d’interactions inter-particulaires, i.e. le contact. Ainsi,


la contrainte fluide s’écrit :

Σ f = −(1 − φ)p f I + 2η f E + Σp f (2.25)

La majorité des expériences et des simulations numériques actuellement disponibles


dans la littérature portent sur des écoulements en cisaillement simple, où les contraintes
Σ et Σc sont exprimées en fonction de paramètres appelés fonctions matérielles. Dans le
présent travail, ces fonctions ont été déterminées à l’aide de simulations discrètes [G AL -
LIER et collab., 2014], [L OBRY et collab., 2019], [P ETERS et collab., 2016] et seront présen-
tées ci-dessous.
Un écoulement de cisaillement simple est défini comme suit (Fig. 2.1) :

 
0 e 0
e 0 0 et γ̇ = 2|e|
 
u = 2e yex , E =  
0 0 0

Dans cet écoulement, la contrainte tangentielle dépend de la fraction volumique φ et est,


en première approximation, une fonction linéaire de γ̇. De même, les contraintes nor-
males anisotropes sont aussi fonction de φ et proportionnelles à γ̇. Nous rappelons que
dans ce travail la rhéofluidification et le rhéoépaississement ne sont pas pris en compte.
Concernant la contrainte totale, nous ne nous intéressons pas à la partie sphérique du
tenseur, c’est-à-dire qu’en ce qui concerne les composantes diagonales, nous ne considé-
rerons que les différences de contraintes normales qui sont définies comme N1 = Σ11 −Σ22
et N2 = Σ22 −Σ33 . En effet, comme nous traitons des écoulements incompressibles, la par-
tie sphérique du tenseur des contraintes est intégrée à la pression globale qui maintient
l’incompressibilité de l’écoulement. La contrainte totale peut alors être exprimée comme
suit :
Σ = −pI + d ev(Σ) (2.26)

avec d ev(Σ) le déviateur du tenseur Σ, d ev(Σ) = Σ − t r 3(Σ) I.

Les fonctions matérielles pour le déviateur des contraintes totales, obtenues à partir
d’ajustements des résultats de simulations de G ALLIER et collab. [2014], L OBRY et collab.
[2019] et P ETERS et collab. [2016], sont :

1

(2N̂1 + N̂2 ) 0 0
3 1
d ev(Σ) = 2η f ηs (φ)E + η f ηs (φ)γ̇ × 

 0 3
(−N̂1 + N̂2 ) 0 
 (2.27)
1
0 0 3
(−N̂1 − 2N̂2 )

23
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

F IGURE 2.1 – Directions de l’écoulement dans un cisaillement simple

• Viscosité effective (Fig. 2.2a) :


 2
5

ηs = 1 + φ
 (2.28)
1 − φm

• Concentration de blocage :
φm = 0.583 (2.29)

• Différences de contraintes normales (Fig. 2.2c, Fig. 2.2d) :

N1 φ 2 φ 4 φ 6
µ ¶ µ ¶ µ ¶
N̂1 = = a1 + a2 + a3 (2.30a)
η f ηs γ̇ φm φm φm

N1 + 2N2 φ 2 φ 4 φ 6
µ ¶ µ ¶ µ ¶
N̂1 + 2N̂2 = = b1 + b2 + b3 (2.30b)
η f ηs γ̇ φm φm φm

avec :

a 1 = −0.1352, a 2 = −0.3174, a 3 = 0.4656


b 1 = −0.3551, b 2 = −3.4660, b 3 = 3.2913

La contrainte de contact Σc peut, quant à elle, être entièrement déterminée à partir


des simulations, y compris la partie isotrope :

φ
Σ̂c11 ( φm )
 
0 0
φ
Σc = 2ηc η f E + η f ηs (φ)γ̇  Σ̂c22 ( φm )
 
 0 0 
 (2.31)
c φ
0 0 Σ̂33 ( φm )

• Viscosité de contact (Fig. 2.2b) :

ηc φ 4 φ 5
µ ¶ µ ¶
= c1 + c2 (2.32)
ηs φm φm

24
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

avec c 1 = 4.4659 et c 2 = 1 − c 1

• Contrainte de contact (Fig. 2.2e) :

Σc11
¶d2
φ
µ
Σ̂c11 = = d1 (2.33a)
η f ηs γ̇ φm

Σc22 φ φ 2
µ µ ¶ ¶
Σ̂c22 = = Σ̂c11 e1 + e2 + e3 (2.33b)
η f ηs γ̇ φm φm

Σc33 φ φ 4
µ µ ¶ ¶
Σ̂c33 = = Σ̂c11 f1 + f2 + f3 (2.33c)
η f ηs γ̇ φm φm

avec

d 1 = −2.4247 , d 2 = 4.128
e 1 = 2.1446, e 2 = −2.7234, e 3 = 1.5759
f 1 = 0.3750, f 2 = 0.0366, f 3 = 0.4846

2.2.2 Coefficient de traînée α(φ)


Pour déduire l’expression du coefficient de traînée α(φ), on se place dans le cas d’une
sédimentation de particules rigides où la vitesse moyenne u est nulle et où la vitesse des
particules obéit à la loi expérimentale :

2a 2 (ρp − ρ f )g
vp = f (φ) (2.34)
9η f

f (φ) est la fonction empirique de freinage qui permet de modéliser l’influence des par-
ticules sur la vitesse de sédimentation d’une seule particule. Nous considérerons ici l’ex-
pression proposée par R ICHARDSON et Z AKI [1954], qui est de la forme suivante :

f (φ) = (1 − φ)5.1 (2.35)

Ainsi, dans ce cas de figure où u = 0, l’équation (2.22d) s’écrit :

α(φ)
vp = φ(ρp − ρ f )g (2.36)
(1 − φ)2

Ce qui, avec l’équation (2.34), nous permet de déduire l’expression du coefficient de traî-
née :
9η f φ(1 − φ)2
α(φ) = (2.37)
2a 2 f (φ)

25
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

(a) (b)

(c) (d)

(e)

F IGURE 2.2 – Fonctions matérielles en cisaillement simple : (a) viscosité effective ηs , (b) rapport
viscosité de contact ηc /viscosité effective ηs , (c) et (d) différences de contraintes normales nor-
malisées par η f ηs γ̇, (e) contrainte de contact normalisée par η f ηs γ̇. Les différentes lignes repré-
sentent les ajustements des résultats numériques (illustrés par des cercles) de G ALLIER et collab.
[2014], L OBRY et collab. [2019] et P ETERS et collab. [2016].

2.3 Modèle frame-invariant


Les expressions des deux tenseurs Σ et Σc (Éq.(2.27)-(2.31)) ont été obtenues à par-
tir d’un écoulement de cisaillement simple. A priori, elles ne devraient être valables que
pour ce type particulier d’écoulement et ne sont donc pas adaptées aux situations d’écou-

26
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

lements quelconques. Nous allons donc essayer de généraliser cette modélisation à des
écoulements et des géométries plus généraux. À cet effet, une modélisation indépendante
du référentiel considéré (en anglais "frame-invariant") rendant compte des contraintes
normales anisotropes est proposée dans ce qui suit.

2.3.1 Formulation générale de la contrainte

R IVLIN et E RICKSEN [1955] ont développé une expression générale invariante par chan-
gement de référentiel pour le tenseur des contraintes. Ils sont partis de l’hypothèse que
les composantes du tenseur de contraintes dépendait du gradient de vitesse, d’accéléra-
∂u i(1) ∂u i(2) ∂u i(n)
tion, ..., et de la (n − 1)ème accélération, c’est-à-dire que Σi j dépend de ,
∂x j ∂x j
,..., ∂x j
,
Dk x i
avec u i(k) = Dt k
. Ils ont alors montré que la contrainte Σ est exprimable en fonction des n
tenseurs A1 , A2 , ..., An , définis par :

∂u i(1) ∂u (1)
j
(A1 )i j = + (2.38a)
∂x j ∂x i
D(Ar −1 )i j ∂u k(1) ∂u k(1)
(Ar )i j = + (Ar −1 )i k + (Ar −1 ) j k r = 2, ....n (2.38b)
Dt ∂x j ∂x i

Ces tenseurs sont appelés dans la littérature tenseurs de Rivlin-Ericksen. Puis, à l’aide
d’arguments d’algèbre linéaire, ils ont démontré que le tenseur des contraintes peut être
exprimé comme une combinaison linéaire de tenseur polynomiaux construit en combi-
nant seulement les trois tenseurs A1 , A2 et A3 , et avec des coefficients qui sont des in-
variants scalaires des tenseurs A1 , A2 , ..., An . C’est-à-dire que Σ est donné sous la forme
"frame-invariant" suivante :

Σ = α0 I + α1 A1 + α2 A2 + α3 A21 + α4 A22 + α5 (A1 A2 + A2 A1 )+


(2.39)
α6 (A21 A2 + A2 A21 ) + α7 (A1 A22 + A22 A1 ) + α8 A3 + α9 (A2 A3 + A3 A2 )

avec αi fonctions des invariants de A1 , A2 , ..., An . Vu le grand nombre de paramètres,


l’expression développée par R IVLIN et E RICKSEN [1955] n’est pas utilisable en pratique.
Cependant, leurs travaux ont eu une grande influence dans le domaine de la mécanique
des fluides non-newtoniens, notamment dans le développement d’équations constitu-
tives pour la contrainte. Une de ces équations est l’équation du fluide de second ordre
(second-order fluid model) ou qu’on appelle aussi, pour des coefficients dépendant du
taux de cisaillement, l’équation de Criminale-Ericksen-Filbey (CEF equation) [C RIMINALE
et collab., 1957], [B IRD et collab., 1987] :

Σ = α0 I + α1 A1 + α2 A2 + α3 A21 (2.40)

Les paramètres αi sont fonctions seulement de γ̇.

27
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

En s’inspirant de l’équation CEF (2.40), L HUILLIER [2009] propose une expression in-
variante par changement de référentiel pour la contrainte, qui prend en compte les quan-
tités mesurées expérimentalement et, en particulier, les différences de contraintes nor-
males. L’expression proposée est de la forme suivante :

DE
Σ = β0 I + 2β1 E + 4β2 E.E + β3 (2.41)
Dt

DE
avec βi fonctions de γ̇ et φ ; Dt
représente la dérivée de Jaumann du tenseur E, et est
définie comme suit [S ARAMITO, 2016] :

DE ∂E
= ∇)E + E.Ω − Ω.E
+ (u.∇ (2.42)
Dt ∂t

Les tenseurs E et Ω sont respectivement les tenseurs


³ des taux
´ de déformation et´ de rota-
1 ∂u i ∂u j 1 ∂u i ∂u j
³
tion, définis en notation indicielle comme Ei j = 2 ∂x j + ∂x i , Ωi j =
. Le taux
2 ∂x j − ∂x i
p
de cisaillement est également défini comme γ̇ = 2E : E. L’équation (2.41) est couram-
ment utilisée dans le contexte de la rhéologie des polymères. Ce modèle est considéré
dans ce domaine comme un modèle simplifié pour les fluides viscoélastiques soumis à
des variations lentes et en mouvement lent [A KSEL, 2002; B IRD et collab., 1987]. Il a éga-
lement été utilisé dans la modélisation des écoulements granulaires [N OREM et collab.,
1987] ainsi que dans le domaine de la rhéologie des suspensions [G UPTA et M ASSOUDI,
1993; M ASSOUDI et P HUOC, 2015; W U et collab., 2018], avec cependant des fonctions ma-
térielles assez différentes.

Dans les écoulements de suspensions traités ici, le mélange n’est pas viscoélastique,
les contraintes dépendent de la fraction volumique φ et peuvent être, en première ap-
proximation dans un écoulement de cisaillement simple, considérées comme une fonc-
tion linéaire de η f γ̇ [G UAZZELLI et P OULIQUEN, 2018]. En effet, le but ici n’est pas de
décrire des comportements dépendant du taux de cisaillement tels que le rhéoépais-
sissement discontinu (shear-thickening) [M ARI et collab., 2014], ou la rhéofluidification
(shear-thinning) [L OBRY et collab., 2019]. Au même ordre d’approximation, en considé-
ρ f a 2 γ̇
rant également l’absence d’inertie à l’échelle de la particule (Re p = ηf
¿ 1) et la grande
rigidité de la force de contact entre les particules [P ETERS et collab., 2016], le seul temps
caractéristique pertinent dans le problème est donné par le taux de cisaillement. En consé-
quence, le paramètre dynamique pertinent est la déformation, et non le temps [G ADALA -
M ARIA et A CRIVOS, 1980] [B LANC et collab., 2011b] [P ETERS et collab., 2016]. Ainsi l’équa-
tion (2.41) est modifiée comme suit :

1 D Ê
· ¸
Σ = η f γ̇ ψ0 (φ)I + 2ψ1 (φ)Ê + 4ψ2 (φ)Ê.Ê + ψ3 (φ) (2.43)
γ̇ Dt

où le tenseur réduit des taux de déformation est défini comme Ê = E/γ̇.

L’équation (2.43) fournit donc une expression générale du tenseur des contraintes, qui

28
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

reste invariante sous toute combinaison de rotation et translation dépendant du temps


[C RIMINALE et collab., 1957; R IVLIN et E RICKSEN, 1955]. Le taux de déformation réduit
Ê définit le type de mouvement de déformation extensionnelle subi par le fluide (plane,
uniaxiale, biaxiale etc.) indépendamment de son intensité qui est mesurée par le taux de
cisaillement γ̇. Dans cette modélisation, les contraintes sont proportionnelles au taux de
cisaillement. Les termes entre les crochets sont censés définir l’influence de la géométrie
de l’écoulement local et de son histoire sur la microstructure sous-jacente induite par le
cisaillement. On note que L HUILLIER [2009] a proposé une expression légèrement diffé-
1 DE
rente pour le dernier terme entre les crochets, à savoir γ̇2 Dt
. Comme expliqué dans la
section 2.3.5, l’ Éq. (2.43) s’adapte mieux aux mesures expérimentales effectuées dans un
écoulement de cisaillement simple variant dans le temps.

D
Comme rappelé précédemment, la dérivée de Jaumann Dt a été largement utilisée
dans la modélisation de la rhéologie des polymères. La dérivée de Jaumann d’un champ
tensoriel est la dérivée matérielle de cette quantité telle que vue par un observateur atta-
ché au fluide et qui tourne à la vitesse angulaire Ω du fluide [B IRD et collab., 1987]. L’idée
est que, comme le fluide en mouvement et en rotation "voit" un tenseur réduit des taux de
déformation Ê qui varie, la microstructure est affectée, et donc la contrainte. En raison du
facteur 1/γ̇, cette dérivée doit être comprise comme une variation par unité de déforma-
tion. Le terme correspondant (le dernier terme de l’ Éq. (2.43)) qui, comme indiqué plus
bas, permet de rendre compte de la première différence de contrainte normale dans un
écoulement de cisaillement simple, peut être exprimé de manière légèrement différente.
En effet, la dérivée matérielle du tenseur réduit des taux de déformation peut être divisée
en deux contributions. La dérivation peut être facilement effectuée dans la base propre,
c’est-à-dire la base des vecteurs propres {ei } du tenseur de taux de déformation E attaché
à la suspension. Le tenseur réduit des taux de déformation s’écrit donc en utilisant les
déformations principales réduites ξ̂i = ξi /γ̇ :

3
ξ̂i ei ⊗ ei
X
Ê = (2.44)
i =1

De sorte que la dérivée matérielle devient [B IRD et collab., 1987] :

DÊ X3 Dξ̂
i
= ei ⊗ ei + ΩE .Ê − Ê.ΩE (2.45)
Dt i =1 Dt

où ΩE est le tenseur de taux de rotation de la base {ei }. D’après les équations (2.42) et
(2.45), la dérivée de Jaumann du tenseur réduit de taux de déformation s’écrit :

D Ê X3 Dξ̂
i
= ei ⊗ ei + ∆Ω.Ê − Ê.∆Ω (2.46)
Dt i =1 Dt

où le tenseur de taux de rotation de la base propre {ei } par rapport au fluide en rotation

29
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

est donné par :


∆Ω = ΩE − Ω. (2.47)

Le premier terme du membre de droite de l’équation (2.46), qui est lié à la variation
des déformations principales réduites, est la dérivée matérielle de Ê dans le repère {ei },
tandis que les deux autres termes proviennent de la rotation de ce repère par rapport au
fluide en rotation [B IRD et collab., 1987; S ARAMITO, 2016]. Le tenseur de vitesse de rotation
relative ∆Ω a été introduit notamment dans le contexte de la modélisation rhéologique
des polymères [S CHUNK et S CRIVEN, 1990] et des suspensions [M ILLER et collab., 2009].
Les Éqs. (2.46) et (2.47) permettront de catégoriser les écoulements qui seront considérés
dans les sections suivantes (voir aussi [S CHUNK et S CRIVEN, 1990]).

Les paramètres libres ψi (φ) pour la contrainte totale et la contrainte de contact vont
maintenant être déterminés. Il convient de noter ici que M AHMUD et collab. [2018] (voir
également [TANNER, 2018]) ont récemment proposé une relation constitutive "frame-inva-
riant" très proche de l’expression de (2.43) pour calculer la contrainte totale. Dans cet ar-
ticle, M AHMUD et collab. [2018] ont déduit les paramètres libres dont ils avaient besoin
à partir de mesures expérimentales. Comme nous avons également besoin des relations
constitutives pour la contrainte de contact, nous avons décidé de déterminer l’ensemble
complet des paramètres à partir des données de simulation numérique discrète présen-
tées dans la section 2.2.1.

2.3.2 Détermination des coefficients pour les contraintes totales et de


contact

• Coefficients ψi des contraintes totales :

Exprimons maintenant les coefficients ψi de l’équation (2.43) en fonction de nos fonc-


tions matérielles, définies par les équations (2.27) à (2.33). Comme nous l’avons vu précé-
demment, l’incompressibilité de l’écoulement nous permet de nous concentrer unique-
ment sur la partie déviatorique, au lieu de l’ensemble du tenseur des contraintes totales :

Σ = −pI + d ev(Σ) (2.48)

Le déviateur du tenseur des contraintes d ev(Σ) est donné par :

t r (Ê.Ê) 1 D Ê
· µ ¶ ¸
d ev(Σ) = η f γ̇ 2ψ1 (φ)Ê + 4ψ2 (φ) Ê.Ê − I + ψ3 (φ) (2.49)
3 γ̇ Dt

Si l’on considère le cas d’un cisaillement simple u = 2 e y ex , les tenseurs E et Ω, ainsi que

30
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

leurs produits, s’écrivent :


       
0 e 0 0 e 0 e2 0 0 e2 0 0
Ω= Ω.E = −E.Ω =  −e 2 0 2
       
E=
 e 0 0

−e 0 0

0  E.E = 
 0 e 0

0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
(2.50)
avec, ici, γ̇ = 2|e|. De plus, le tenseur de taux de déformation est stationnaire dans le ré-
Dξ̂i
férentiel au repos, tel que ΩE = 0 et Dt
= 0. Dans ce cas, la dérivée de Jaumann ne fait
intervenir que le tenseur de rotation relative ∆Ω = −Ω du tenseur réduit de taux de dé-
formation par rapport au fluide. C’est-à-dire :
 
−1 0 0
D Ê γ̇  
= −Ω.Ê + Ê.Ω =  0 1 0 (2.51)
Dt 2  
0 0 0

L’expression du déviateur, Éq.(2.49), devient donc :


   
1
 
− 12

0 1 0 0 0 0 0
3
d ev(Σ) = η f γ̇  1 0 0 + ψ2 (φ)  0 1 0  + ψ3 (φ)  0 1
     
 sign(e)ψ 1 (φ)    3   2 0


0 0 0 0 0 − 32 0 0 0
(2.52)

où sign(e) désigne le signe de e. En identifiant les termes de l’équation ci-dessus (2.52)


avec ceux de l’Éq. (2.27), on peut déduire les expressions des coefficients ψi :

ψ1 = η s
N1 + 2N2 (N̂1 + 2N̂2 )
ψ2 = = ηs (2.53)
2η f γ̇ 2
N1
ψ3 = − = −ηs N̂1
η f γ̇

On notera que si l’écoulement change de direction, le terme en ψ1 (contrainte de cisaille-


ment) change de signe alors que les autres termes (contraintes normales) ne le font pas,
en accord avec la symétrie du système.

• Coefficients ψci des contraintes de contact :

La même approche a été employée pour le tenseur des contraintes de contact afin de
dériver sa forme "frame-invariant" :

1 D Ê
µ ¶
c c c c c
Σ = η f γ̇ ψ0 (φ)I + 2ψ1 (φ)Ê + 4ψ2 (φ)Ê.Ê + ψ3 (φ) (2.54)
γ̇ Dt

31
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

Nous considérons le cas d’un écoulement de cisaillement simple :


       
− 21

1 0 0 0 1 0 1 0 0 0 0
Σc =η f γ̇  c c c c
ψ0 (φ) 0 1 0 + sign(e)ψ1 (φ) 1 0 0 + ψ2 (φ) 0 1 0 + ψ3 (φ)  0
1
        
      
2
0

0 0 1 0 0 0 0 0 0 0 0 0
(2.55)

De nouveau, en identifiant cette expression avec l’équation (2.31), on peut en déduire les
coefficients ψci :

ψc0 = ηs Σ̂c33
ψc1 = ηc
Σ̂c11 + Σ̂c22 (2.56)
à !
ψc2 = ηs − Σ̂c33
2
ψc3 = −ηs (Σ̂c11 − Σ̂c22 )

On notera que contrairement au cas précédent, on doit déterminer l’ensemble des termes
du tenseur Σc , y compris la partie isotrope.

2.3.3 Application aux écoulements rhéométriques

Dans cette section, nous appliquons la présente modélisation "frame-invariant" à


deux écoulements rhéologiques classiques largement étudiés expérimentalement, à sa-
voir les écoulements en régime permanent de Couette et torsionnel (entre deux disques
parallèles). Dans leur article sur la migration induite par cisaillement dans un écoulement
curviligne, M ORRIS et B OULAY [1999] ont approximé ces écoulements par des écoule-
ments de cisaillement simple. Nous rappelons ci-dessous qu’il ne s’agit pas à proprement
parler d’écoulements de cisaillement simple. Cependant, le modèle étudié ici donne la
même expression formelle pour les contraintes que dans les équations (2.52) et (2.55),
qui sont valables pour les écoulements de cisaillement simple.

F IGURE 2.3 – Géométrie d’un écoulement de Couette.

32
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

• Pour l’écoulement de Couette cylindrique (Fig. 2.3), le champ de vitesse est de la forme
u = u θ (r )eθ , et son gradient est :


 
0 − r
0
 du 
∇⊗u = 
 dr
θ
0 0
 (2.57)
0 0 0

Les tenseurs correspondants des taux de déformation et de rotation s’écrivent :


 
¶ 0 1 0
1 d uθ uθ 
µ

E= − 1 0 0
2 dr r  
0 0 0
  (2.58)
¶ 0 1 0
1 d uθ uθ 
µ
Ω =−

+ −1 0 0
2 dr r  
0 0 0
¯ d uθ uθ ¯
¯ ¯
avec le taux de cisaillement défini comme suit γ̇ = ¯ ¯ − ¯¯. La vitesse de rotation du
dr r
référentiel se déplaçant et tournant avec le fluide est donnée par :


 
0 − r
0
u
ΩE = 

r
θ
0 0
 (2.59)
0 0 0

La dérivée de Jaumann est complètement spécifiée par la vitesse de rotation relative :

∆Ω = ΩE − Ω
 
¶ 0 −1 0 (2.60)
1 d uθ uθ 
µ

=− − 1 0 0
2 dr r  
0 0 0

donnant :  
1 0 0
D Ê γ̇ 
= ∆Ω.Ê − Ê.∆Ω = 

0 −1 0  (2.61)
Dt 2 
0 0 0

Le tenseur des contraintes de contact s’écrit alors :


    
! 1 0 0 −1 0 0
Σ̂c11 + Σ̂c22  Σ̂c22 − Σ̂c11 
Ã
Σc = 2η f ηc E+η f ηs γ̇ 
 c c 
Σ̂ Σ̂
 
 33 I + − 33 0 1 0−  0 1 0 (2.62)
2  2  
0 0 0 0 0 0

33
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

ce qui donne :  
Σ̂c22 0 0
Σc = 2η f ηc E + η f ηs γ̇  c
 
 0 Σ̂11 0 
 (2.63)
0 0 Σ̂c33

Bien que cet écoulement ne soit pas un écoulement de cisaillement simple puisque
||E|| 6= ||Ω||, on observe que la contrainte de contact est équivalente à celle que l’on trou-
verait dans un écoulement de cisaillement simple en utilisant l’Éq.(2.31) avec le taux de
cisaillement γ̇ et, selon la figure 2.1, e r = e 2 , e θ = e 1 et e z = −e 3 . Ceci se comprend ai-
sément en considérant la seule contribution qui pourrait différer, c’est-à-dire la dérivée
de Jaumann. Dans les deux cas, la dérivée provient de la rotation relative, qui s’élève à
−Ω dans l’écoulement de cisaillement simple (Éq.(2.51)) et à ∆Ω dans l’écoulement de
Couette cylindrique (Éq.(2.61)). Puisque E et ∆Ω définissent ensemble un écoulement de
cisaillement simple, comme le montrent les Éqs. (2.58) et (2.60), il s’ensuit que l’expres-
sion de la dérivée de Jaumann est la même que dans le cas d’un écoulement de cisaille-
ment simple. La même conclusion s’applique à la contrainte totale. Par conséquent, ce
modèle "frame-invariant" n’introduit aucune différence entre l’expression formelle de la
contrainte dans un écoulement de Couette cylindrique et celle dans un écoulement de
cisaillement simple.

F IGURE 2.4 – Géométrie d’un écoulement torsionnel

• Pour l’écoulement torsionnel (Fig. 2.4), la vitesse est de la forme u = u θ (r, z)eθ , avec
ωr z
uθ = . Le gradient de la vitesse s’écrit :
h

0 − ωz
 
h
0
 ωz ωr 

∇⊗u =  h 0 h 
(2.64)
0 0 0

avec les tenseurs des taux de déformations et de rotation :


 
0 0 0
1 ωr  
E= 0 0 1
2 h  
0 1 0
(2.65)
−2 ωz
 
0 h
0
1  ωz ωr 
Ω= 

2 h
0 h
2  
ωr
0 −h 0

34
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

¯ ωr ¯
et le taux de cisaillement : γ̇ = ¯
¯ ¯
h
¯
La vitesse de rotation du référentiel se déplaçant et tournant avec le fluide est donnée
par :
− ωz
 
0 h 0
 ωz
ΩE = 

h 0 0
 (2.66)
0 0 0

Encore une fois, la dérivée de Jaumann est complètement spécifiée par la vitesse de rota-
tion relative :  
0 0 0
1 ωr
∆Ω = ΩE − Ω =
 
0 0 −1 (2.67)
2 h  
0 1 0

donnant :  
0 0 0
D Ê γ̇ 
= ∆Ω.Ê − Ê.∆Ω = 

0 −1 0  (2.68)
Dt 2 
0 0 1

Le tenseur des contraintes de contact pour un écoulement torsionnel est finalement donné
par :  
Σ̂c33 0 0
Σc = 2η f ηc E + η f ηs γ̇  Σ̂c11
 
 0 0   (2.69)
c
0 0 Σ̂22

De nouveau, l’expression de la contrainte dans un écoulement de cisaillement simple est


retrouvée, en supposant e r = e 3 , e θ = e 1 et e z = e 2 , pour la même raison que dans l’écou-
lement de Couette cylindrique. Ce résultat est également valide pour la contrainte totale.

2.3.4 Application aux écoulements extensionnels

Dans cette section, nous montrons comment le modèle que nous proposons traite
les écoulements extensionnels (EE) homogènes et stationnaires. Les principaux résultats
sont ensuite comparés aux simulations et études expérimentales disponibles dans la lit-
térature. Nous aborderons successivement l’EE plan, uniaxial et biaxial. Pour ces trois cas,
le taux de déformation est constant et uniforme, et aucune rotation ne se produit, de sorte
D Ê
que Dt
= 0.

• Écoulement extensionnel plan :


Le schéma de l’écoulement extensionnel plan est donné par la Fig.2.5. Le tenseur
de taux de déformation est ici défini comme :
 
−²̇ 0 0
 
E=
 0 ²̇ 0
 (2.70)
0 0 0

35
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

F IGURE 2.5 – Écoulement extensionnel plan

p
avec ²̇ le taux d’extension. Alors, γ̇ = ||E|| = 2E : E = 2²̇ et Ê s’écrit :

− 12

0 0
E  1

Ê = =  0 2
0 (2.71)
γ̇  
0 0 0

La contrainte totale est donnée à partir des équations (2.48) et (2.49) :

t r (Ê.Ê)
µ ¶
Σ = −pI + 2η f ηs γ̇Ê + 2η f ηs γ̇(N̂1 + 2N̂2 ) Ê.Ê − I (2.72)
3

ou, sous une forme plus explicite :

−1 + N̂1 +2 N̂2
 
6 0 0
Σ = −pI + η f ηs γ̇  1 + N̂1 +2 N̂2
 
 0 6 0 
 (2.73)
0 0 − N̂1 +2
3
N̂2

La viscosité extensionnelle ηE peut alors être calculée comme :

Σ22 − Σ11 Σ22 − Σ11


ηE = =2 = 4η f ηs (2.74)
²̇ γ̇

• Écoulement extensionnel uniaxial :

F IGURE 2.6 – Écoulement extensionnel uniaxial

36
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

Le schéma de cet écoulement est donné par la Fig.2.6. Le tenseur de taux de défor-
mation s’écrit :
− ²̇
 
0 0
 2
− 2²̇

E=
 0 0
 (2.75)
0 0 ²̇
p p
et γ̇ = ||E|| = 2E : E = 3²̇, de sorte que :

 
1
− p 0 0
2 3
E 
1

Ê = =  0 − p 0 (2.76)

γ̇  2 3 
0 0 p1
3

La contrainte totale (2.48) peut alors s’exprimer comme suit :


1

¶ −2 0 0
2 N̂1 + 2N̂2 
µ
Σ = −pI + η f ηs γ̇ p + − 12

 0 0 (2.77)
3 3  
0 0 1

Cela nous permet de calculer la viscosité extensionnelle :

Σ33 − Σ11 N̂1 + 2N̂2


µ ¶
ηE = = 3η f ηs 1 + p (2.78)
²̇ 2 3

• Écoulement extensionnel biaxial :

F IGURE 2.7 – Écoulement extensionnel biaxial

Le schéma de l’écoulement extensionnel biaxial est donné par la Fig.2.7. Dans ce


dernier cas canonique, le tenseur de taux de déformation s’écrit :
 
²̇ 0 0
 
E=
0 ²̇ 0  (2.79)
0 0 −2²̇

37
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

p
avec γ̇ = 2 3²̇, tel que :  
1
p 0 0
E  2 3 
1
Ê = = 0 p 0  (2.80)

γ̇  2 3 
0 0 − p1
3

La contrainte totale est, quant à elle, sous la forme suivante :


 
¶ 1 0 0
1 N̂1 + 2N̂2 
µ
Σ = −pI + η f ηs γ̇ p −

0 1 0  (2.81)
3 6  
0 0 −2

La viscosité extensionnelle est ici définie comme :

Σ11 − Σ33 N̂1 + 2N̂2


µ ¶
ηE = = 6η f ηs 1 − p (2.82)
²̇ 2 3

Discussion :
Le rapport de Trouton (RT), défini par ηE /(η f ηs ), des équations (2.74), (2.78) et (2.82) est
représenté sur la Fig. 2.8 en fonction de la fraction volumique des particules. Nous rap-
pelons ici que le RT pour un liquide newtonien est respectivement 3, 4, 6 pour les EE uni-
axial, plan et biaxial. Dans l’ensemble, le comportement des suspensions est assez proche
de celui d’un liquide newtonien. Dans l’EE plan, le RT prédit est exactement égal à la va-
leur newtonienne de 4, tandis que dans les deux autres cas, la différence est due au facteur
N̂1 +2N̂2
p , qui s’élève au maximum à 0.25 (Fig. 2.2).
2 3
Il n’existe que peu de simulations numériques discrètes dans la littérature sur les sus-
pensions en EE auxquelles nous pouvons comparer ces résultats. Récemment, C HEAL et
N ESS [2018] ont calculé la viscosité extensionnelle de suspensions non-browniennes pour
les trois EE. Ils ont considéré deux valeurs différentes du coefficient de friction entre les
particules, à savoir 0 et 1. Dans les deux cas, ils trouvent des valeurs du RT proches de la
valeur newtonienne, sauf dans le domaine des fractions volumiques très élevées, près du
point de jamming. Le RT qu’ils ont calculé est reproduit dans la Fig. 2.8 pour les parti-
cules en friction. La fraction volumique de blocage (ou jamming) pour leur suspension
dans un écoulement à cisaillement simple est de 0.575, proche de la valeur de notre mo-
dèle φm = 0.583 . Dans le domaine relativement concentré (φ . 0.56), les calculs et les
prédictions de notre modèle sont en bon accord. On note que S ETO et collab. [2017], dans
leur article concernant les simulations de rhéoépaississement discontinu de suspensions
non browniennes, ont également constaté que le RT pour un EE plan est proche de la va-
leur newtonienne de 4, à la fois pour les particules avec et sans frottement, dans la plage
de fraction volumique qu’ils étudient (0.5 ≤ φ ≤ 0.55), à condition que la dispersion des
tailles soit suffisamment forte pour empêcher l’ordonnancement spatial qui se produit
dans le cas contraire dans l’écoulement de cisaillement simple de suspensions sans frot-
tement. En revenant à la Fig. 2.8, dans la gamme de fraction volumique élevée (φ ≥ 0.56),

38
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

F IGURE 2.8 – Rapport de Trouton en fonction de la fraction volumique pour les écoulements
extensionnels biaxial, plan et uniaxial. Lignes : RT du modèle (fraction volumique de blocage
φm = 0.583). Symbole : RT issu des simulations discrètes de C HEAL et N ESS [2018] (coefficient de
friction des particules µ = 1, fraction volumique de blocage pour un écoulement en cisaillement
simple φm = 0.575). Ligne en pointillée : RT pour un liquide newtonien.

le RT des simulations discrètes augmente de manière significative lorsque la suspension


s’approche du point de blocage. Il est montré que cela provient de la variation de la frac-
tion volumique de blocage en fonction du type d’écoulement pour les suspensions de
particules frictionnelles [C HEAL et N ESS, 2018]. Notre modèle n’est clairement pas conçu
pour rendre compte d’un tel pic de RT, qui est toutefois limité aux suspensions presque
bloquées. En conclusion, la concordance entre le modèle et les simulations extension-
nelles est très satisfaisante, sauf à proximité immédiate du point de blocage.
Seules quelques études expérimentales sont disponibles dans la littérature pour être
comparées aux prédictions de notre modèle. Très récemment, la rhéologie des suspen-
sions non-browniennes dans un écoulement extensionnel uniaxial a été explorée [D AI et
TANNER, 2017; M AHMUD et collab., 2018], dans le but de construire un modèle d’écou-
lement général pour la contrainte totale [M AHMUD et collab., 2018] très proche des Éqs.
(2.48) et (2.49). Les mesures d’écoulement extensionnel sont particulièrement subtiles,
car la force exercée sur le fluide ne peut être mesurée directement. De plus, les suspen-
sions non-browniennes présentent des caractéristiques spécifiques qui rendent ces expé-
riences encore plus difficiles : la microstructure induite par la déformation se développe
sur une déformation finie qui n’est pas facile à atteindre dans les expériences. En outre,
la viscosité de cisaillement des suspensions non browniennes relativement concentrées
présente généralement un comportement de rhéofluidification [L OBRY et collab., 2019;

39
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

TANNER et D AI, 2016]. Dans notre démarche de développement d’un modèle simple, nous
avons négligé une partie de ces caractéristiques : la rhéofluidification n’est pas prise en
compte, ni la réponse transitoire des suspensions. La comparaison directe avec les ex-
périences citées n’est donc pas évidente. Cependant, nous essayons maintenant de dé-
terminer dans quelle mesure le modèle actuel est capable de décrire les suspensions du
"monde réel". D’après les mesures expérimentales de M AHMUD et collab. [2018], les vis-
cosités de cisaillement et d’extension uniaxiale présentent un comportement de rhéoflui-
dification. Le RT est calculé à partir de la viscosité extensionnelle au taux d’extension ²̇ et
p
de la viscosité en cisaillement au taux de cisaillement γ̇, avec γ̇ = 3²̇, c’est-à-dire pour le
même ||E||. Le RT qu’ils ont mesuré dépend quelque peu de la fraction volumique dans la
gamme 0.3 − 0.5, mais la tendance principale concerne la variation du RT en fonction du
taux d’élongation ²̇, qui diminue d’environ 5 à 2 sur une gamme de taux de déformation
de 0.6−40s −1 . Le résultat du modèle étudié ici est donc en accord qualitatif avec la gamme
expérimentale pour le RT, même si ce modèle est, encore une fois, essentiellement inca-
pable de rendre compte du comportement de rhéofluidification qui est observé dans les
expériences.

2.3.5 Les limites du modèle

Ce modèle a été examiné dans le cas d’écoulements stationnaires classiques (Sect.


2.3.2 à 2.3.4) qui correspondent à la plupart des données expérimentales et de simula-
tions discrètes disponibles dans la littérature. Cependant, les expressions des contraintes
dans les équations (2.49) et (2.54) ont des implications assez importantes qui peuvent ne
pas être mises en évidence dans les écoulements qui ont été traités précédemment. La
question se pose de savoir dans quelle mesure ce modèle serait capable de décrire les
écoulements généraux de suspension. Il faut d’abord noter que dans le domaine de la
rhéologie des polymères, le modèle de fluide du second ordre est considéré comme une
version simplifiée de modèles plus généraux de fluides viscoélastiques. En particulier, il
est connu pour rendre compte de manière commode des principales propriétés rhéolo-
giques d’un tel fluide en mouvement lent et dans des conditions d’écoulement à variation
lente [A KSEL, 2002; B IRD et collab., 1987], c’est-à-dire lorsque les temps caractéristiques
de l’écoulement sont beaucoup plus longs que le temps de relaxation du fluide. Dans
d’autres conditions, les modèles viscoélastiques complets doivent être mis en œuvre.
Le cas des suspensions de particules rigides non-browniennes immergées dans un
fluide newtonien est en effet très différent : aucune élasticité ou temps de relaxation ne
peut être mis en évidence, et les expériences transitoires sont plutôt décrites en termes de
déformation typique que de temps. Plus précisément, la rhéologie des suspensions non
browniennes est étroitement liée à ce que l’on appelle la microstructure induite par le ci-
saillement, qui désigne l’arrangement spatial relatif des particules et le réseau de forces
[B LANC et collab., 2011a; B OSSIS et B RADY, 1984; M ARI et S ETO, 2019; R AMPALL et collab.,

40
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

1997; S IEROU et B RADY, 2002]. Pour une microstructure donnée, les contraintes sont ins-
tantanément imposées par le réseau de forces interparticulaires et le taux de déformation
ambiant [G ALLIER et collab., 2014]. La modélisation explicite de cette microstructure et
de son évolution en fonction du temps (ou plutôt en fonction de la déformation) semble
cruciale pour rendre compte de certains écoulements spécifiques, tels que l’inversion du
cisaillement, où une discontinuité des contraintes est observée lorsque le taux de cisaille-
ment est inversé [N ESS et S UN, 2016; P ETERS et collab., 2016]. Dans ce cas, un tenseur
de structure S, semblable au tenseur de fabrique, permet de rendre compte de la micro-
structure induite par le cisaillement [C HACKO et collab., 2018; G ILLISSEN et W ILSON, 2018;
H AND, 1962; S TICKEL et collab., 2007]. Il est également nécessaire de disposer d’une équa-
tion d’évolution pour S ainsi que d’une procédure pour calculer les contraintes à partir de
S et E.
Dans ce travail, nous poursuivons un objectif moins ambitieux. L’idée est de nous in-
téresser aux écoulements quasi-statiques, c’est-à-dire aux écoulements variant lentement
dans le temps et l’espace, sans tenter de décrire les variations discontinues de la micro-
structure et des gradients de vitesse, mais en rendant compte des propriétés rhéologiques
pertinentes, telles que les contraintes normales anisotropes. Nous n’avons pas trouvé
facile de déterminer formellement comment le modèle que nous proposons peut être
considéré comme une version simplifiée de modèles plus élaborés basés sur un tenseur
de structure. Il y a principalement deux raisons à cela : la microstructure de la suspension
est fortement modifiée par les gradients de vitesse et affecte fortement les contraintes, si
bien qu’elle ne peut être considérée comme une petite perturbation du liquide au repos.
De plus, compte tenu de l’absence de temps de relaxation du matériau, la microstructure
s’ajuste aux modifications de l’écoulement sur une déformation typique de 1 à 6, en fonc-
tion de la fraction volumique solide [P ETERS et collab., 2016]. Par conséquent, tout écoule-
ment stationnaire de cisaillement simple, pour lequel la vitesse angulaire relative est égale
à la vitesse de déformation, ne peut pas être directement considéré comme lent. Il n’est
donc pas facile de définir théoriquement la limite du modèle étudié ici. Nous essayerons
plutôt de mettre en évidence les classes d’écoulement pour lesquelles le modèle semble
correspondre à la réalité physique, et les écoulements pour lesquels des problèmes sont
attendus.
Une analyse des équations (2.49) et (2.54) montre que les contraintes dépendent prin-
cipalement de la valeur instantanée du taux de cisaillement γ̇ et du tenseur réduit de taux
de déformation Ê, ce dernier définissant le type d’écoulement de déformation considéré
1 D Ê
(extensionnel plan, extensionnel uniaxial, etc.). De plus, le terme en γ̇ Dt dépend de la
variation temporelle de Ê et du tenseur de vorticité Ω. Ce terme, qui est essentiel pour
rendre compte de la première différence de contrainte normale dans un écoulement à ci-
saillement simple, mérite d’être discuté. Nous proposons d’utiliser l’équation (2.46) pour
classifier les différents types d’écoulement. Nous notons qu’une telle classification a été
jugée pertinente dans la littérature sur la rhéologie des polymères [S CHUNK et S CRIVEN,

41
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

1 D Ê
1990]. À cet effet, le terme en γ̇ Dt est explicitement présenté dans l’équation (2.83) :

1 D Ê 1 X 3 Dξ̂ ∆Ω ∆Ω
i
= ei ⊗ ei + .Ê − Ê. (2.83)
γ̇ Dt γ̇ i =1 Dt γ̇ γ̇

Selon cette classification, les écoulements qui ont été considérés dans les sections 2.3.2 à
2.3.4 tombent dans deux catégories spécifiques.

Tout d’abord, le cas le plus simple correspond aux écoulements extensionnels sta-
tionnaires et homogènes. Ces écoulements définissent une classe d’écoulements où le
tenseur de taux de déformation, tel qu’il est vu dans le référentiel du fluide en mouve-
ment et en rotation (plutôt sans rotation dans les sect.2.3.2 à 2.3.4), est constant : les dé-
formations principales réduites ξ̂i sont constantes dans l’espace et dans le temps, et les
1 D Ê
vitesses de rotation du fluide et du référentiel propre sont nulles, de sorte que γ̇ Dt = 0.
Cette caractéristique correspond à l’intuition physique : la microstructure est construite
par l’écoulement de déformation stationnaire, sans aucune rotation, et la contrainte ne
dépend que de la fraction volumique φ, du taux de cisaillement γ̇ et du tenseur réduit de
taux de déformation Ê. De plus, dans le cas d’un écoulement extensionnel variant dans le
temps, si la géométrie, c’est-à-dire Ê, ne change pas, la contrainte est instantanément la
même que dans l’écoulement stationnaire correspondant, comme attendu d’une suspen-
sion dont les fonctions matérielles sont indépendantes du taux de cisaillement [C HEAL et
N ESS, 2018].

Ensuite, selon le modèle "frame-invariant" étudié ici, comme le montre la sect.2.3.3,


les écoulements stationnaires de Couette cylindrique et en géométrie torsionnelle plane
sont complètement équivalents aux écoulements stationnaires de cisaillement simple.
Le tenseur de taux de déformation E avec le tenseur de vitesse de rotation relative −∆Ω
forment un écoulement de cisaillement simple, où le taux de déformation et le taux de ro-
tation relative sont égaux. Le membre de droite de l’équation (2.83) est donné par les deux
derniers termes, conduisant à l’expression de l’équation (2.51). En particulier, k γ̇1 D Ê
Dt k ∼ 1.
Nous soulignons à nouveau que, même dans le cas d’une version instationnaire de ces
écoulements où seul le taux de cisaillement varie, le premier terme du membre de droite
de l’équation (2.83) disparaît, et les deux derniers termes ne sont pas modifiés par rapport
au cas stationnaire. Ce comportement est donc cohérent avec les suspensions dont les
fonctions matérielles sont indépendantes du taux de cisaillement que nous traitons dans
cette étude. Nous notons que M ILLER et collab. [2009] ont basé leur modèle de rhéologie
de suspension dans un écoulement 2D sur cette compétition entre le taux de déformation
et la vitesse de rotation relative (voir Annexe A où nous présentons une comparaison de
notre modèle avec celui de M ILLER et collab. [2009]).

Plus généralement, dans le cadre de ce modèle, tout gradient de vitesse homogène


peut être complètement défini par le taux de cisaillement γ̇, le tenseur réduit de taux de
déformation Ê = E/γ̇ et le tenseur réduit de vitesse de rotation relative ∆Ω/γ̇. Pour un

42
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

tel écoulement, il apparaît clairement à partir des équations (2.83) et (2.43) que le rapport
entre la contrainte et le taux de cisaillement n’est pas affecté par la variation temporelle du
taux de cisaillement comme on s’y attend pour un matériau dont les fonctions matérielles
sont indépendantes du taux de cisaillement. L’idée est que la microstructure provient de
la compétition entre Ê et ∆Ω/γ̇, et que l’intensité globale de l’écoulement n’affecte que le
niveau de contrainte.

Il existe cependant des écoulements pour lesquels les équations (2.83) et (2.43) semblent
moins plausibles. L’exemple le plus clair est peut-être un gradient de vitesse homogène
pour lequel la vitesse de rotation relative k∆Ωk est beaucoup plus grande que le taux
de cisaillement γ̇. Dans ce cas, un volume de fluide en mouvement perçoit un tenseur
de déformation en rotation à la vitesse angulaire k∆Ωk : il est déformé de façon pério-
dique à la fréquence 2π/k∆Ωk. La déformation pendant une demi-période est donnée
par γ ∼ πγ̇/k∆Ωk ¿ 1. D’après les expériences de cisaillement oscillant [B LANC et collab.,
2014; PARK et collab., 2011; P INE et collab., 2005], on s’attend à ce qu’aucune microstruc-
ture ne se développe, ce qui entraîne une faible viscosité et une contrainte normale iso-
trope [B RICKER et B UTLER, 2007] . Le modèle actuel prédit un comportement totalement
différent, puisque k1/γ̇ D Ê/Dt k À 1 . Par exemple, dans le cas de la superposition, dans
un même plan, d’un écoulement de déformation plane et d’une vitesse angulaire élevée,
on obtient :
 
0 1/2 0
 
Ê = 
1/2 0 0

0 0 0
  (2.84)
0 ω/γ̇ 0
Ω  
= −ω/γ̇ 0 0
γ̇  
0 0 0

avec ω À γ̇, ce qui donne :  


−1 0 0
1 D Ê ω  
=  0 1 0 (2.85)
γ̇ Dt γ̇  
0 0 0

La contrainte de cisaillement mesurée ici est la même que dans un écoulement de ci-
saillement simple, tandis que la première différence de contrainte normale et une partie
de la deuxième contrainte normale sont proportionnelles à k∆Ωk ∼ |ω| À γ̇, en désaccord
évident avec les arguments physiques.

Bien que quelques exemples ne soient pas suffisants pour tirer des conclusions défini-
tives, et en laissant de côté les expériences d’inversion de cisaillement ou de cisaillement
croisé, il semble que ce modèle ne puisse pas décrire de manière appropriée des écoule-
ments tels que 1/γ̇ kD Ê/Dt k À 1, c’est-à-dire lorsque le tenseur réduit de taux de défor-
mation perçu par un volume de fluide en rotation subit des variations importantes dans le

43
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

temps nécessaire à ce volume pour subir une déformation unitaire. C’est le cas lorsque la
vitesse de rotation relative est beaucoup plus forte que le taux de déformation ou lorsque
le type de déformation, défini par les valeurs principales ξ̂i de Ê, change rapidement à
l’échelle d’une déformation unitaire. Des arguments physiques peuvent suggérer que les
contraintes seraient en retard sur le taux de déformation, en raison de la déformation né-
cessaire à la réorganisation de la microstructure. Cependant, il est difficile de tirer des
conclusions définitives concernant ces écoulements, en raison du manque de données
expérimentales ou numériques.
Finalement, même si ce modèle présente vraisemblablement des imperfections dans
le régime 1/γ̇ kD Ê/Dt k À 1 ou dans le cas d’une inversion de cisaillement, il reproduit
bien le comportement rhéologique de la suspension mesuré dans les écoulements rhéo-
métriques, en particulier les contraintes normales anisotropes, ou la viscosité extension-
nelle. De plus, il est facilement implémentable dans les logiciels 3D de mécanique des
fluides numérique, puisqu’il ne nécessite pas le calcul explicite de la vitesse angulaire re-
lative ∆Ω.

44
CHAPITRE 2. MODÉLISATION

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48
Chapitre 3

Implémentation numérique

Sommaire
3.1 Rappel des équations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50
3.2 Discrétisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
3.2.1 Discrétisation du domaine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51
3.2.2 Discrétisation des équations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52
3.3 Conditions aux limites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
3.3.1 La condition Fixed Value . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
3.3.2 La condition Fixed Gradient . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
3.3.3 Autres types de condition aux limites . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
3.4 Système linéaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
3.5 Résolution des équations du modèle de suspension . . . . . . . . . . . . . 59
3.5.1 Équation de la pression . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
3.5.2 Schémas d’interpolation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
3.5.3 Conditions aux limites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
3.5.4 Algorithme PIMPLE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
3.6 Régularisation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
3.7 Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65

49
CHAPITRE 3. IMPLÉMENTATION NUMÉRIQUE

La résolution de systèmes d’équations aux dérivées partielles ne peut en général pas


être effectuée analytiquement mais nécessite un processus de discrétisation afin d’ap-
procher numériquement les solutions à l’aide d’une machine de calcul. Pour ce faire,
nous avons choisi la méthode des volumes finis qui permet de transformer les équations
aux dérivées partielles représentant les lois de conservation sur des volumes différentiels
en équations algébriques discrètes sur des volumes de contrôle [M OUKALLED et collab.,
2015]. Un des principaux avantages de cette méthode réside dans son caractère conser-
vatif, c’est-à-dire qu’elle respecte de façon exacte la conservation des quantités qu’elle
modélise.
Les équations issues du modèle présenté dans le chapitre précédent sont ici résolues
numériquement à l’aide du logiciel libre OpenFOAM (Open Field Operation and Mani-
pulation). OpenFOAM est une boîte à outils C++ pour la mécanique des fluides numé-
rique (CFD) utilisant la méthode des volumes finis sur une grille colocalisée (collocated
grid) pour la discrétisation de systèmes d’équations aux dérivées partielles. Le choix de
cette implémentation est motivé par la facilité d’utilisation d’OpenFOAM, le libre accès
à ses nombreux outils et la simplicité de création de solveur du fait d’un langage proche
du langage mathématique. Nous présentons ici une description de la discrétisation et de
l’algorithme de résolution utilisés pour résoudre nos équations. Ce chapitre est principa-
lement basé sur les travaux de [J ASAK, 1996], [F ERZIGER et P ERIC, 2002] et [H OLZMANN,
2019]. On pourra s’y référer pour plus de détails.

3.1 Rappel des équations


Avant d’introduire la méthode de résolution numérique utilisée, il est nécessaire de
rappeler les équations que nous voulons résoudre. Nous les présentons telles qu’elles sont
implémentées dans OpenFOAM (voir Annexe C pour la forme adimensionnée des équa-
tions) :

∇ .u = 0 (3.1a)
∂ρm u
+ ∇ .(ρm u ⊗ u) − ∇ . η f ηs ∇ u − ∇ . η f ηs ∇ uT = −∇
∇ p + ρm g + ∇ .(η f ηs γ̇Σ̂∗ ) (3.1b)
¡ ¢ ¡ ¢
∂t
∂φ
+ ∇ .(φu) + ∇ .(φused ) = −∇ ∇.Jmig (3.1c)
∂t

où Σ̂∗ est la différence normalisée entre le déviateur de la contrainte totale et la contrainte


de cisaillement :
t r (Ê.Ê) 1 D Ê
µ ¶

Σ̂ = 2 N̂1 + 2N̂2 Ê.Ê − I − N̂1 (3.2)
¡ ¢
3 γ̇ Dt
used est la vitesse de sédimentation corrigée par l’accélération de la suspension :

2a 2 f (φ) Du
µ · ¸¶
used = × (ρp − ρ f ) g − (3.3)
9η f Dt

50
CHAPITRE 3. IMPLÉMENTATION NUMÉRIQUE

Jmig est le flux de particules lié à la migration :

2a 2 f (φ)
Jmig = × ∇ . η f ηs γ̇Σ̂c (3.4)
¡ ¢
9η f

avec Σ̂c la contrainte de contact normalisée :

Σ̂c11 + Σ̂c22
à !
c ηc ¢ 1 D Ê
Σ̂ = Σ̂c33 I + 2 Ê + 4 − Σ̂c33 Ê.Ê − Σ̂c11 − Σ̂c22 (3.5)
¡
ηs 2 γ̇ Dt
D Ê
et Dt la dérivée de Jaumann :

D Ê ∂Ê
= ∇)Ê + Ê.Ω − Ω.Ê
+ (u.∇ (3.6)
Dt ∂t

Il est important de noter que, puisque nous nous intéressons à des écoulements quasi-
stationnaires, ce qui implique notamment que nous étudions les variations à l’échelle
de temps de la migration plutôt qu’à celle de l’établissement des écoulements à partir
∂Ê
du repos, nous avons supprimé le terme ∂t dans la dérivée de Jaumann ci-dessus. Par
ailleurs, nous avons constaté que ce terme, lorsqu’il est maintenu dans l’équation (3.6),
génère souvent des instabilités. Nous avons cependant vérifié que lorsqu’il est retiré de
l’équation (3.6), ce terme calculé à partir de la solution garde une valeur très faible devant
les autres termes de l’équation.
Dans l’implémentation sous OpenFOAM, on utilise souvent une pression modifiée
p r g h au lieu de la pression p. En effet, p r g h définie par la soustraction de la pression hy-
drostatique ρm g.x de la pression p, est plus avantageuse pour la spécification des condi-
tions aux limites [RUSCHE, 2002]. Les termes de gradient de pression et les forces de gra-
vité de l’Éq.(3.1b) sont alors réorganisés de la manière suivante :

− ∇ p + ρm g = −∇
∇(p − ρm g.x + ρm g.x) + ρm g = −∇ ∇ ρm
∇ p r g h − (g.x)∇ (3.7)

avec p r g h = p − ρm g.x, la pression modifiée et x le vecteur position (noté h dans Open-


Foam d’où le nom de p r g h ).

3.2 Discrétisation

3.2.1 Discrétisation du domaine

Le domaine spatial et temporel de solution, où sont résolues les équations, est subdi-
visé en un maillage de calcul sur lequel les équations sont ensuite discrétisées. La discréti-
sation du domaine détermine également les positions des points dans l’espace et le temps
où la solution est recherchée. Le domaine temporel est décomposé en un ensemble d’ins-
tants séparés par des pas de temps constants ou variables au cours d’une simulation. Le

51
CHAPITRE 3. IMPLÉMENTATION NUMÉRIQUE

domaine spatial est quant à lui discrétisé en un nombre fini de cellules, appelées volumes
de contrôle. Ces volumes ne se superposent pas et remplissent complètement le domaine
de calcul. Chaque cellule est construite autour d’un point P en son centre de gravité telle
que : Z
(x − xP ) dV = 0 (3.8)
VP

VP est le volume de la cellule, x la position d’un point quelconque de la cellule et xP la


position de son centre.

F IGURE 3.1 – Volume de contrôle de centre P. Le centre du volume voisin est noté N. Les faces de
centre f sont également notées f et sont définies par le vecteur normal Sf .

Chaque cellule partage une face, notée f , avec une cellule voisine (voir Fig.3.1). Le vecteur
Sf définit chaque face de sorte qu’il lui soit normal, qu’il pointe vers l’extérieur de la cellule
et que sa norme soit égale à l’aire de la face. L’ensemble des faces du domaine est ainsi
divisé en deux groupes : les faces internes (entre deux volumes de contrôle) et les faces
frontières (aux limites du domaine).
Les variables recherchées peuvent être stockées de deux façons : soit sur une grille
colocalisée (les variables sont toutes définies au centre de la cellule), soit sur une grille
décalée (la vitesse est définie au centre des faces, séparée des autres variables définies au
centre de la cellule). Dans le logiciel OpenFOAM, c’est la grille colocalisée qui est utilisée.

3.2.2 Discrétisation des équations


Soit l’équation de convection-diffusion-réaction de la variable scalaire Φ :

∂ρΦ
∇ .(ρUΦ) − ∇ . ρΓΦ ∇ Φ = S (Φ) (3.9)
¡ ¢
+
| Φ{z }
| ∂t
| {z } | {z }
{z } terme de convection terme de diffusion terme source
dérivée temporelle

où ρ est la densité, U la vitesse, ΓΦ le coefficient de diffusion et S Φ (Φ) le terme source.


L’équation (3.9) est prise comme exemple pour illustrer la discrétisation des équations. La
méthode des volumes finis discrétise la forme intégrale des équations sur un volume de

52
CHAPITRE 3. IMPLÉMENTATION NUMÉRIQUE

contrôle. L’Éq.(3.9) est donc reformulée en intégrant en espace et en temps sur le volume
de contrôle Vp :
Z t +∆t ·Z
∂ρΦ
Z Z ¸ Z t +∆t ·Z ¸
dV + ∇ .(ρUΦ) dV − ∇ . ρΓΦ ∇ Φ dV dt = S Φ (Φ) dV dt
¡ ¢
t VP ∂t VP VP t VP
(3.10)
La discrétisation de chaque terme de l’équation (3.10) est maintenant présentée en com-
mençant par la discrétisation spatiale.

3.2.2.1 Terme de convection

L’intégrale de volume du terme de convection est transformée en intégrale de surface


grâce au théorème de flux-divergence (ou théorème de Green-Ostrogradski) :
Z Z
∇ .(ρUΦ) dV = (ρUΦ). dS (3.11)
VP S

Cette intégrale de surface est ensuite discrétisée comme suit :


Z
Φ f (ρU) f .Sf = Ff Φf
X X X
(ρUΦ). dS = (ρUΦ) f .Sf = (3.12)
S f f f

F f , défini par (ρU) f .Sf , est le flux de masse à travers la face ; Φ f est la valeur de Φ sur la
face f . Les valeurs aux faces sont ensuite calculées à partir des valeurs aux centres des
cellules grâce à des schémas d’interpolation numérique. On peut citer, par exemple, la
différentiation centrée (Central Differencing) où Φ f est donnée par (selon les notations
de la Fig.3.1) :
Φ f = f x ΦP + (1 − f x )ΦN (3.13)

avec f x le rapport entre les distances f N et PN ( f x = 0.5 pour un maillage régulier). Un


autre exemple est le schéma décentré amont (Upwind Differencing) où Φ f est donnée
par : 
 ΦP si F f > 0
Φf = (3.14)
Φ si F f < 0
N

En plus de ces deux schémas, OpenFOAM propose de nombreux autres schémas d’in-
terpolation, notamment des schémas de haute résolution de type TVD (total variation
diminishing) ou avec limiteur de flux.

3.2.2.2 Terme de diffusion

Avec le théorème de la divergence, l’intégrale de volume du terme de diffusion est


transformée en intégrale de surface puis discrétisée comme suit :
Z Z
∇. ρΓΦ ∇Φ dV = ρΓΦ ∇Φ . dS = ρΓΦ ∇Φ f .Sf = ρΓΦ f (∇
∇Φ) f .Sf
X¡ X¡
(3.15)
¡ ¢ ¡ ¢ ¢ ¢
VP S f f

53
CHAPITRE 3. IMPLÉMENTATION NUMÉRIQUE

De nouveau, les termes définis sur la face sont calculés à partir des valeurs aux centres
des cellules à l’aide de schémas d’interpolation. En particulier, dans le cas où le maillage
est orthogonal, c’est-à-dire lorsque les vecteurs PN et Sf sont parallèles, le gradient peut
être calculé de la manière suivante :

ΦN − ΦP
∇Φ) f .Sf =
(∇ kSf k (3.16)
kPNk

Dans le cas d’un maillage non orthogonal, une correction est alors nécessaire (voir [J ASAK,
1996] pour plus de détails).

3.2.2.3 Terme source

Avant d’être discrétisé, le terme source, qui peut être une fonction générale de Φ, est
linéarisé comme suit :
S Φ (Φ) = S u + S p Φ (3.17)

où S u et S p peuvent dépendre aussi de Φ. La forme intégrale de ce terme est alors discré-


tisée : Z
S Φ (Φ) dV = S u Vp + S p ΦP Vp (3.18)
VP

La linéarisation est très utile pour traiter le terme source de manière partiellement
implicite, puisque les quantité S u et S p sont traitées de manière explicite, c’est-à-dire cal-
culée au pas de temps (ou à l’itération) précédent. En effet, pour ne pas être restreint en
temps de calcul par une condition de stabilité trop draconienne sur le pas de temps, il est
souvent utile de traiter les termes sources de manière la plus "implicite" possible.

3.2.2.4 Discrétisation temporelle

Ainsi, la discrétisation spatiale vue aux paragraphes précédents permet de réécrire


l’Éq.(3.10) sous la forme semi-discrétisée suivante :
"µ #
Z t +∆t ∂ρΦ
¶ Z t +∆t
Ff Φf − ρΓΦ f (∇ Φ) f .Sf dt =
X X¡
VP + SuVp + SpΦP Vp dt
¢ £ ¤

t ∂t P f f t
(3.19)
OpenFOAM offre plusieurs méthodes (Euler, Crank-Nicolson et Backward 2ème ordre)
pour traiter la dérivée et les intégrales en temps. En particulier, pour les méthodes d’Euler
et de Crank-Nicolson, la dérivée temporelle est discrétisée comme suit :

∂ρΦ ρn+1
P ΦP
n+1
− ρnP ΦnP
µ ¶
= (3.20)
∂t P ∆t

Φn+1
P représente la valeur de ΦP au pas de temps actuel et ΦnP au pas de temps précédent.
L’intégrale en temps est discrétisée différemment selon le schéma :

54
CHAPITRE 3. IMPLÉMENTATION NUMÉRIQUE

• Le schéma d’Euler explicite utilise la valeur au pas de temps précédent :


Z t +∆t
Φ(t ) dt = Φn ∆t (3.21)
t

Ce schéma est d’ordre 1 et stable sous la condition CFL (Courant–Friedrichs–Lewy


∆t
condition), c’est à dire lorsque le nombre de courant Co = ∆x kuk est inférieur à 1.

• Le schéma d’Euler implicite utilise la valeur au pas de temps actuel :


Z t +∆t
Φ(t ) dt = Φn+1 ∆t (3.22)
t

Ce schéma est d’ordre 1 et inconditionnellement stable.

• Le schéma de Crank-Nicolson utilise la moyenne des valeurs au pas de temps actuel


et précédent :
t +∆t Φn+1 + Φn
Z
Φ(t ) dt = ∆t (3.23)
t 2
Ce schéma est d’ordre 2 et inconditionnellement stable.

Dans le travail présenté ici, c’est la méthode d’Euler implicite qui est choisie. Comme
énoncé précédemment, pour ne pas être restreint par la condition CFL, nous devons trai-
ter les termes de manière aussi implicite que possible. Ainsi, les termes qui peuvent être
linéarisés seront traités implicitement. Les termes qui ne le peuvent pas, seront traités ex-
plicitement.

Ainsi, la forme finale discrétisée de l’équation (3.9) sur un volume de contrôle de


centre P est donnée comme suit :

ρP Φn+1
P − ρP ΦnP
F f Φn+1 ∇Φ)n+1
ρΓΦ f (∇ .Sf = S u Vp + S p Vp Φn+1
X X¡
VP + (3.24)
¢
f − f P
∆t f f

Il faut noter que les facteurs qui multiplient les opérateurs appliqués aux variables à l’ins-
tant n + 1 (ρP ,F f , ρΓΦ f , S p Vp ) ainsi que le terme S u Vp dépendent éventuellement de la
¡ ¢

variable Φ. En fonction de l’algorithme choisi, ces termes sont évalués au pas de temps
précédent, ou à l’itération précédente si le calcul de chaque pas de temps résulte d’une
méthode itérative (nous discuterons de la non-linéarité plus en détail lorsque nous trai-
terons nos équations, voir sect.3.5).

3.3 Conditions aux limites

La classe de problèmes auxquels nous nous intéressons nécessite des conditions aux
limites pour pouvoir être résolue. La spécification de ces conditions aux limites implique

55
CHAPITRE 3. IMPLÉMENTATION NUMÉRIQUE

l’unicité de la solution. Comme noté plus haut, le maillage de calcul contient un en-
semble de faces qui coïncident avec les limites du domaine. La discrétisation introduit
des sommes sur les faces f qui peuvent inclure des faces frontières. Par conséquent,
P

des conditions aux limites numériques doivent y être spécifiées. Les conditions aux li-
mites usuelles sont principalement de deux types. Les conditions aux limites de Dirichlet
("Fixed Value Boundary Condition" dans OpenFOAM) qui imposent la valeur d’une va-
riable à la frontière et les conditions aux limites de Neumann ("Fixed Gradient Boundary
Condition" dans OpenFOAM) qui imposent le gradient normal à la frontière d’une va-
riable.

F IGURE 3.2 – Volume de contrôle avec une face frontière b. Le centre de la face frontière est aussi
noté b. Sf est le vecteur normal à la face pointant vers l’extérieur et dont la norme vaut l’aire de la
face. d est le vecteur reliant le centre de la cellule au centre de la face.

3.3.1 La condition Fixed Value

La condition aux limites "Fixed Value" (condition de Dirichlet) impose à une variable
Φ la valeur fixe Φb à la face frontière b. Ainsi, lors de la procédure de discrétisation :

— Si c’est la valeur à la face frontière qui est exigée, on lui attribue tout simplement la
valeur Φb : Φ f = Φb . Comme par exemple dans le cas d’un terme de convection :
Z
Ff Φf
X
∇ .(ρUΦ) dV = (3.25)
VP f

où à la frontière b le terme s’écrit Fb Φb .

— Si c’est le gradient à la face frontière qui est exigé, alors il est calculé en utilisant la
valeur au centre de la cellule ΦP et la valeur à la face frontière Φb :

Φb − ΦP
∇Φ) f .Sf =
(∇ kSf k (3.26)
kdk

Les vecteurs Sf et d sont définis sur la Fig. 3.2. Un exemple illustratif serait le terme
de diffusion : Z
∇. ρΓΦ ∇Φ dV = ρΓΦ f (∇
∇Φ) f .Sf

(3.27)
¡ ¢ ¢
VP f

56
CHAPITRE 3. IMPLÉMENTATION NUMÉRIQUE

Φb −ΦP
à la frontière b, le terme s’écrit ρΓΦ b kdk kSf k. Dans le cas où le maillage n’est pas
¡ ¢

orthogonal (Sf et d non parallèles), on rappelle qu’une correction peut être ajoutée.

3.3.2 La condition Fixed Gradient

La condition aux limites "Fixed Gradient" (condition de Neumann) impose une valeur
fixe g b au gradient normal à la face frontière b comme suit :

Sf
µ ¶
∇Φ
.∇ = gb (3.28)
kSf k b

Ainsi, lors de la procédure de discrétisation :

— Si c’est la valeur à la face frontière qui est exigée, comme Φb n’est pas donnée, elle
est calculée à partir de la valeur au centre de la cellule et le gradient donné g b :

Φb = ΦP + d. (∇
∇Φ)b = ΦP + kdkg b (3.29)

Dans le cas de l’exemple du terme convectif Éq.(3.25), on a donc : Fb ΦP + kdkg b .


¡ ¢

— Si c’est le gradient à la face frontière qui est exigé, alors il est substitué directement
par g b :
∇Φ) f = kSf kg b
Sf . (∇ (3.30)

Ainsi, dans l’exemple du terme de diffusion Éq.(3.27), on obtient : ρΓΦ b kSf kg b .


¡ ¢

3.3.3 Autres types de condition aux limites

OpenFOAM propose de nombreuses autres types de conditions aux limites dérivées


des deux conditions vues dans les paragraphes précédents. Nous en présentons quelques-
unes qui nous seront utiles dans nos simulations numériques :

— zeroGradient : gradient normal nul (Neumann homogène).

— slip : pour un vecteur, composante normale nulle et composantes tangentielles à


zeroGradient ; pour un scalaire, condition équivalente à zeroGradient.

— noSlip : composantes du vecteur imposées nulles.

— fixedFluxPressure : ajuste le gradient de pression de sorte que le flux sur la frontière


soit celui spécifié par la condition aux limites de la vitesse.

— cyclic : condition aux limites périodique, permet de traiter 2 régions limites comme
si elles étaient physiquement connectées.

— wedge : condition utilisée pour définir un problème axisymétrique.

— symmetryPlane : condition qui impose un plan de symétrie.

57
CHAPITRE 3. IMPLÉMENTATION NUMÉRIQUE

3.4 Système linéaire

La discrétisation des équations, vue dans les paragraphes précédents, produit pour
chaque volume de contrôle une équation algébrique de la forme :

a P Φn+1 a N Φn+1
X
P + N = bP (3.31)
N

La valeur de Φn+1
P dépend donc de la valeur des cellules voisines (notées N), créant ainsi
un système d’équations linéaire :
AΦ = b (3.32)

A est une matrice creuse contenant les coefficient a P sur la diagonale et a N hors de la
diagonale. Φ est le vecteur colonne contenant les Φ de tout les volumes de contrôle au
nouveau pas de temps. b est le terme source regroupant notamment les termes évalués
au pas de temps précédent.

Il existe deux grandes catégories de méthodes pour la résolution de ce type de sys-


tème : les méthodes directes et les méthodes itératives. Les méthodes directes donnent
la solution du système d’équations après un nombre fini d’opérations arithmétiques élé-
mentaires. Les méthodes itératives consistent à construire une suite Φk qui converge vers
la solution du système Φ. Ces méthodes sont en général plus économiques que les mé-
thodes directes pour les systèmes de grandes tailles. OpenFOAM propose de nombreux
solveurs itératifs préconditionnés pour les matrices symétriques et non symétriques. Dans
la présente étude, notre choix a porté sur les solveurs suivants :

— Pour les matrices symétriques (telle que l’équation de la pression de la sect. 3.5.1) :
méthode multigrille algébrique GAMG (Geometric-Algebraic Multi-Grid) avec un
préconditionneur DIC (Diagonal-based Incomplete Cholesky).

— Pour les matrices non symétriques (telle que l’équation de la vitesse) : méthode gra-
dient bi-conjugué PBiCG (Preconditioned Bi-Conjugate Gradient) avec un précon-
ditionneur DILU (Diagonal-based Incomplete LU).

Ces solveurs choisis semblent être les plus performants pour nos problèmes. Les mé-
thodes itératives sont basées sur la réduction d’un résidu au cours des itérations. Ainsi,
une précision relative de 10−10 est choisie pour le résidu.

58
CHAPITRE 3. IMPLÉMENTATION NUMÉRIQUE

3.5 Résolution des équations du modèle de suspension

Soit la forme discrétisée des équations (3.1) sur un volume de contrôle de centre P :

un+1
X
f .Sf = 0 (3.33a)
f

ρm uPn+1 − ρm unP
(ρm u) f un+1 η f ηs f (∇u)n+1
X X¡
VP + .Sf − .Sf
¢
f f
∆t f f
h¡ ¢ i
T
η f ηs η f ηs f γ̇ f Σ̂∗ f .Sf − ∇p r g h f + g.h f ∇ρm f kS f k
X¡ X¡
.Sf +
¢ ¡ ¢ ¢ ¡ ¢ ¡ ¢ ¢ ¡ ¢ ¡
= f
∇u f
f f

(3.33b)
φn+1
P − φnP
φn+1 φn+1
X X X
VP + f u f .Sf + f used f .Sf = − Jmig f .Sf (3.33c)
∆t f f f

À chaque nouveau pas de temps n +1, les variables inconnues un+1 , p rn+1
gh
et φn+1 doivent
être déterminées. Quelques commentaires sont utiles ici. Les équations (3.33) présentent
plusieurs difficultés. D’abord, il faut bien noter que ces équations sont en théorie non-
linéaires. C’est évident pour le deuxième terme du premier membre de l’Éq.(3.33b), puisque
u f apparaît comme facteur de un+1
f
. En fait, aucun des facteurs des termes mettant en jeu
les inconnues explicitement notées X n+1 n’est constant, tous dépendent des inconnues.
Ces termes sont donc linéarisés, c’est-à-dire que les facteurs des inconnues X n+1 sont
calculés à partir de la solution explicitement connue au moment de la discrétisation des
équations. C’est également le cas des autres termes sans exposant comme les termes du
membre de droite de l’équation (3.33b).
L’autre difficulté des équations est le couplage pression-vitesse (Éqs.(3.33a)-(3.33b)).
En effet, ce couplage est assez particulier puisque seul le gradient de pression intervient
et on ne dispose d’aucune équation pour la pression. Ainsi, tant que la pression n’est pas
connue, on ne peut calculer une vitesse qui satisfasse à la fois l’équation de continuité
(3.33a) et l’équation de quantité de mouvement (3.33b). La condition d’incompressibi-
lité Éq.(3.33a) ne peut donc être utilisée en l’état, c’est la détermination de la pression qui
permet de réaliser cette condition. Un algorithme itératif de couplage pression-vitesse est
alors nécessaire : le principe consiste à reformuler l’équation (3.33a) à l’aide de l’équa-
tion (3.33b) en une équation dont la seule inconnue est la pression. Les deux équations
donnant un+1 et p rn+1
gh
sont alors résolues de façon itérative en utilisant une méthode de
type "prédiction correction". OpenFOAM propose plusieurs de ces algorithmes dont les
bien connus SIMPLE [PATANKAR, 1980] (pour les écoulements stationnaires) et PISO [I SSA,
1986] (pour les écoulements transitoires). Notre choix s’est porté plutôt sur l’algorithme
PIMPLE qui est une combinaison des algorithmes SIMPLE et PISO [H OLZMANN, 2019].
Le principe consiste à déterminer de manière itérative une solution stationnaire avec
sous-relaxation à chaque pas de temps. Pour cela, des boucles de correction (appelées
nOuter-Correctors) sont appliquées à chaque pas de temps pour assurer la convergence

59
CHAPITRE 3. IMPLÉMENTATION NUMÉRIQUE

des termes explicites. L’avantage de cet algorithme est la possibilité d’utiliser un nombre
de Courant effectif supérieur à 1 et donc d’augmenter significativement le pas de temps.
Ce qui permet ainsi de réduire considérablement le temps de calcul.

3.5.1 Équation de la pression

Comme mentionné ci-dessus, on ne peut calculer une vitesse vérifiant les Éqs.(3.33a)-
(3.33b) tant que la pression n’est pas connue. Il est donc nécessaire d’avoir une équa-
tion qui nous permette de calculer la pression. Pour cela, on part de l’équation semi-
discrétisée de l’équation de quantité de mouvement :

a P up = H(u) − ∇ p r g h (3.34)

H(u) représente les coefficients de matrice des cellules voisines multipliés par leur vi-
tesse, les termes instationnaires et tous les termes sources excepté le gradient de pression.
L’équation de continuité est, pour rappel, discrétisée comme suit :
Z X
∇ .u dV = u f .Sf = 0 (3.35)
VP f

Les vitesses aux centres des volumes de contrôle sont déduites à partir de l’Éq.(3.34) :

H(u) 1
up = − ∇pr g h (3.36)
ap ap

Les vitesses aux faces sont alors obtenues en interpolant l’équation ci-dessus :

H(u) 1
µ ¶ µ ¶
uf = ∇pr g h (3.37)
¡ ¢
− f
ap f
ap f

En substituant l’équation (3.37) dans l’équation de continuité discrétisée Éq.(3.35), on


obtient l’équation de pression suivante :

X ∇pr g h X H(u)
µ ¶ µ ¶
.Sf = .Sf (3.38)
f ap f f ap f

En outre, le flux aux faces peut être déduit à partir de l’Éq.(3.37) :


"µ #
H(u) 1
¶ µ ¶
F f = Sf .uf = Sf . ∇pr g h f (3.39)
¡ ¢

ap f
ap f

Ainsi, en résumé, les équations (3.33a)-(3.33b) se réduisent à (3.36) (3.38) et (3.39). En


pratique, les équations sont résolues de façon séquentielles : la vitesse est déterminée par
résolution de l’équation (3.36) (en utilisant la pression au pas précédent), puis le nouveau
champ de pression est déterminé par résolution de (3.38), et enfin le flux et le champ de

60
CHAPITRE 3. IMPLÉMENTATION NUMÉRIQUE

vitesse sont corrigés grâce aux équations (3.36) et (3.39).

3.5.2 Schémas d’interpolation


Concernant les schémas numériques d’interpolation, nous avons fait les choix sui-
vants :
• Gradient : interpolation linéaire d’ordre 2.
• Divergence :
— Termes convectifs (de la forme ∇ . (UΦ)) : interpolation linéaire d’ordre 2 avec
limiteur de flux. Un traitement particulier est cependant exigé pour le terme
de sédimentation ∇. φused . Nous en discutons en détail dans la section 4.4.
¡ ¢

— Termes non-convectifs (de la forme ∇ .F(Φ)) : interpolation linéaire d’ordre 2.


• Laplacien (de la forme ∇ . ρΓΦ ∇ Φ ) : interpolation linéaire d’ordre 2 avec correction
¡ ¢

pour les maillages non-orthogonaux.


Ces schémas choisis nous ont permis d’allier précision, stabilité et temps de calcul raison-
nable. On peut noter qu’OpenFOAM permet l’utilisation de schémas d’ordre plus élevé
(jusqu’à l’ordre 4) mais l’ordre 2 est ici amplement suffisant pour les problèmes que nous
allons aborder.

3.5.3 Conditions aux limites


Nous discutons ici des conditions que nous imposons aux parois pour u, p r g h et φ.
• Pour la vitesse, une condition de non-glissement est imposée.
• Pour la pression, on impose une condition fixedFluxPressure. En d’autres termes, le
gradient de pression est ajusté de manière à ce que le flux à la frontière soit celui
spécifié par la condition aux limites de la vitesse (voir Éq.(3.37)).
• Pour la fraction volumique, nous voudrions imposer une condition qui ressemble-
rait à fixedFluxPressure, c’est-à-dire que nous voudrions imposer la valeur ou le gra-
dient de φ aux parois de telle sorte que le flux des particules normal à ces parois
soit nul : J.n = 0, avec J = φu + φused + Jmig (voir Éq.(3.33c)). Et ceci afin d’assurer
la conservation du volume total des particules. Cependant, il est difficile d’implé-
menter cette condition sous OpenFOAM car pour imposer une valeur à φ ou à son
gradient, nous devons d’abord l’isoler de J, ce qui est difficile compte tenu de l’ex-
pression compliquée de Jmig (Éq.(3.4)). Ainsi, l’alternative que nous avons choisie ici
est d’annuler à la "main" chaque terme du flux séparément, c’est-à-dire que nous
imposons aux parois : φused .n = 0 et Jmig .n = 0 (le flux de convection φu.n est quant
à lui nul en raison de la condition aux limites sur u). Par ailleurs, comme il est né-
cessaire d’avoir une condition aux limites pour φ pour résoudre l’Éq.(3.33c), nous
lui imposons une condition zeroGradient. Ce choix que nous avons fait fonctionne
bien, et nous donne des résultats numériques satisfaisants et conservatifs.

61
CHAPITRE 3. IMPLÉMENTATION NUMÉRIQUE

3.5.4 Algorithme PIMPLE


L’algorithme PIMPLE est une combinaison des algorithmes PISO et SIMPLE, adapté
aux problèmes transitoires [H OLZMANN, 2019; M OUKALLED et collab., 2015]. Le principe
est qu’à chaque pas de temps, la solution est calculée en résolvant plusieurs fois le sys-
tème d’équations, c’est-à-dire en effectuant plusieurs itérations pour s’assurer que les
termes explicites des équations convergent. Une fois que nos critères concernant la conver-
gence ou le nombre maximum d’itérations (définis au début du calcul) sont atteints, on
passe au pas de temps suivant. Grâce à cela, nous pouvons ignorer les conditions de sta-
bilités (CFL) introduites par les termes explicites et donc être libre dans nos choix du pas
de temps. L’algorithme est précisé ci-dessous :

1. Étape de prédiction : à l’aide de la pression, du flux et de la vitesse de l’itération


précédente, résoudre l’équation de quantité de mouvement Éq.(3.36) pour calculer
une vitesse intermédiaire.

2. Étape de correction :

(a) Résoudre l’équation de la pression Éq.(3.38) avec la nouvelle vitesse intermé-


diaire.

(b) Corriger le flux Éq.(3.39) et la vitesse Éq.(3.36) avec la nouvelle pression.

3. Répéter l’étape de correction nCorrectors fois (nCorrectors= 2 est généralement


suffisant)

4. Répéter les étapes 1 − 3 tant que le critère de convergence n’est pas atteint, ou que
le nombre d’itérations est inférieur au nombre maximal d’itérations (appelé nOu-
terCorrectors).

5. Passer au pas de temps suivant.

La stabilité de l’algorithme est améliorée en appliquant une sous-relaxation. La sous-


relaxation consiste à limiter la variation d’une variable entre deux itérations. Elle peut
s’appliquer soit en modifiant la matrice du système linéaire à résoudre (c’est le cas ici
pour la vitesse) ou soit en modifiant directement la variable (c’est le cas pour la pression).
L’Éq.(3.40) montre une sous-relaxation d’un coefficient α appliqué à la pression. Généra-
lement, un coefficient de 0.3 est choisi pour la pression et 0.7 pour la vitesse.

p rutg ihl i sé = (1 − α)p ranci


gh
en
+ αp rnouveau
gh (3.40)

Sur la figure 3.3, nous présentons notre algorithme de résolution finale. Nous avons
introduit l’équation de conservation du volume des particules (3.33c) dans les boucles
d’itérations de l’algorithme PIMPLE. En effet, l’ajout de cette équation dans l’algorithme
PIMPLE nous permet de contourner la condition CFL introduite par le terme explicite
∇ .Jmig .

62
CHAPITRE 3. IMPLÉMENTATION NUMÉRIQUE

Variables initiales
U*, p*

Résoudre φ à l’aide de U*
Équation (3.33c)

Mettre à jour ρm , ρmU , ηs , N1 et N2

Prédiction: Résoudre l’équation de quantité


de mouvement (3.36) à l’aide de p* et U*

On obtient U**
Résoudre l’équation de
pression à l’aide de U**
Équation (3.38)
On obtient pn

Correction de la vitesse et du flux


Équations (3.36) et (3.39)

On obtient Un
Répéter l’étape de correction
U**=Un
Non
Converge ?
U*=Un , p*=pn
Oui

tn+1=tn+dt
U*=Un , p*=pn

F IGURE 3.3 – Algorithme de résolution

63
CHAPITRE 3. IMPLÉMENTATION NUMÉRIQUE

3.6 Régularisation
La viscosité effective ηs donnée par l’Éq.(2.28) diverge lorsque φ → φm . Une régulari-
sation est alors nécessaire pour éviter une division par zéro. Nous proposons ici l’expres-
sion suivante :  2
5
4 φ
ηs = 1 + φ
 (3.41)
max(1 − φm , 0.01)

Nous savons que la migration ou la sédimentation des particules s’arrête lorsque la


fraction volumique φ approche φm . Dans le but de modéliser cela, plusieurs méthodes
peuvent être envisagées. La première consiste à régulariser la fonction de freinage (2.35)
en l’annulant pour φ = φm . On peut, par exemple, rappeler la régularisation proposée par
M ILLER et M ORRIS [2006] :
φ
f (φ) = (1 − )(1 − φ)α−1 (3.42)
φm
avec α = 2 − 4.
Avec la fonction (3.42), les flux s’arrêtent lorsque φ atteint φm . Cependant, cette régula-
risation nous éloigne de la fonction empirique (2.35) introduite par R ICHARDSON et Z AKI
[1954]. Une autre méthode consiste à ne pas modifier la fonction de freinage mais à ajou-
ter dans l’équation de la fraction volumique une pression élastique qui s’oppose aux flux
de migration ou de sédimentation et qui devient très grande lorsque φ approche φm . Ce-
pendant, bien que cette méthode soit plus proche de l’intuition physique, elle reste coû-
teuse en termes de temps de calcul. Nous proposons donc, pour ce travail, de conserver
la fonction (2.35) de R ICHARDSON et Z AKI [1954] et de simplement annuler les flux Jmig ou
φused lorsque φ = φm .
Enfin, une autre régularisation est nécessaire lorsqu’il y a une division par γ̇, comme
par exemple pour Ê = Eγ̇ . Le terme 1/γ̇ est alors remplacé par 1/ γ̇ + γ̇² , avec γ̇² = 10−8 γ̇c .
¡ ¢

γ̇c désigne taux de cisaillement caractéristique.

64
CHAPITRE 3. IMPLÉMENTATION NUMÉRIQUE

3.7 Références
F ERZIGER , J. et M. P ERIC. 2002, Computational Methods for Fluid Dynamics / J.H. Ferziger,
M. Peric., vol. 3, Springer-Verlag. 50

H OLZMANN , T. 2019, Mathematics, Numerics, Derivations and OpenFOAM®, To-


bias Holzmann. URL
https://holzmann-cfd.com/community/publications/
mathematics-numerics-derivations-and-openfoam-free. 50, 59, 62

I SSA , R. 1986, «Solution of the implicitly discretised fluid flow equations by operator-
splitting», Journal of Computational Physics, vol. 62, no 1, doi :https://doi.org/10.1016/
0021-9991(86)90099-9, p. 40–65, ISSN 0021-9991. 59

J ASAK , H. 1996, Error Analysis and Estimation for the Finite Volume Method with Applica-
tions to Fluid Flows, thèse de doctorat, Imperial College London. 50, 54

M ILLER , R. et J. M ORRIS. 2006, «Normal stress-driven migration and axial development


in pressure-driven flow of concentrated suspensions», Journal of Non-Newtonian Fluid
Mechanics, vol. 135, doi :10.1016/j.jnnfm.2005.11.009, p. 149–165. 64

M OUKALLED, F., L. M ANGANI et M. D ARWISH. 2015, The Finite Volume Method in Compu-
tational Fluid Dynamics : An Advanced Introduction with OpenFOAM® and Matlab®,
vol. 113, Springer, ISBN 978-3-319-16873-9, doi :10.1007/978-3-319-16874-6. 50, 62

PATANKAR , S. V. 1980, Numerical heat transfer and fluid flow, Series on Computatio-
nal Methods in Mechanics and Thermal Science, Hemisphere Publishing Corporation
(CRC Press, Taylor & Francis Group), ISBN 978-0891165224. 59

R ICHARDSON , J. et W. Z AKI. 1954, «Sedimentation and fluidisation : Part i», Trans. Inst.
Chem. Eng, vol. 32, p. 35–53. 64

RUSCHE , H. 2002, Computational Fluid Dynamics of Dispersed Two-Phase Flows at High


Phase Fractions, thèse de doctorat. 51

65
CHAPITRE 3. IMPLÉMENTATION NUMÉRIQUE

66
Chapitre 4

Validation

Sommaire
4.1 Écoulement de Couette . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68
4.2 Écoulement de Poiseuille . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73
4.3 Écoulement torsionnel entre deux disques parallèles . . . . . . . . . . . . 78
4.4 Sédimentation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
4.4.1 Sédimentation et problème de Riemann . . . . . . . . . . . . . . . . 82
4.4.2 Le schéma upwind-downwind . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
4.4.3 Test et comparaison . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
4.5 Resuspension visqueuse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
4.5.1 Resuspension à taux de cisaillement constant . . . . . . . . . . . . . 95
4.5.2 Resuspension à large entrefer . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
4.6 Écoulement de suspensions à travers une expansion abrupte . . . . . . . 103
4.7 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
4.8 Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108

67
CHAPITRE 4. VALIDATION

Dans cette section, nous validons notre modélisation et notre résolution numérique
sur plusieurs écoulements. Cette validation se fera d’abord sur trois écoulements rhéomé-
triques d’une suspension isodense où nous étudierons la migration. Comme nous l’avons
souligné dans la Sect.2.3.3, les contraintes dans les écoulements rhéométriques sont équi-
valentes à celles d’un cisaillement simple. Ainsi, l’objectif des simulations pour ces trois
écoulements est de valider la résolution numérique en comparant les solutions issues de
notre code à des solutions analytiques mais aussi de valider la pertinence de nos fonctions
matérielles pour les problèmes de migration.
Les validations suivantes concernent les suspensions denses où nous étudions la sédi-
mentation et la resuspension. Le but ici est de discuter du traitement numérique du terme
de gravité dans l’équation de conservation du volume des particules (Éq.(3.1c)), puis dans
le cas de la resuspension, de tester notre modèle sur un écoulement où sont impliquées
simultanément la migration et la sédimentation.
Il existe peu d’études documentées dans la littérature sur des écoulements complexes
de suspensions où l’on puisse valider le caractère "frame-invariant" de notre modèle.
Nous nous sommes toutefois intéressés aux expériences de M ORACZEWSKI et collab. [2005]
sur un écoulement de suspension à travers une expansion abrupte. Nous validons donc
notre modèle en étudiant cet écoulement complexe où sont présents des régions de ci-
saillement, d’extension pure et de rotation de corps rigide.

4.1 Écoulement de Couette


L’écoulement de suspensions en géométrie de Couette est un écoulement entre deux
cylindres concentriques où le cylindre intérieur de rayon Ri n tourne à une vitesse angu-
laire ω, tandis que le cylindre extérieur de rayon Rout reste immobile (voir Fig.2.3). À l’état
initial, la fraction volumique de la suspension est uniforme dans tout le volume et vaut
φbul k . Pendant l’écoulement, les particules migrent vers le cylindre extérieur, là où le taux
de cisaillement est le plus faible, jusqu’à atteindre un profil de concentration stationnaire
non uniforme. Afin d’évaluer notre résolution numérique, nous calculons un profil de
concentration semi-analytique à l’état stationnaire et nous le comparons à notre résul-
tat numérique. Cette solution semi-analytique est calculée en suivant la même démarche
que celle de M ORRIS et B OULAY [1999].
On se place dans la base cylindrique (er , eθ , ez ) où ez se confond avec l’axe des cy-
lindres. On suppose ici que la vitesse s’écrit u = u θ (r )eθ et la fraction volumique φ =
φ(r ). Ceci est légitime puisque l’inertie est suffisamment faible pour que l’instabilité de
Couette-Taylor ne puisse pas se développer. D’autre part, puisque les particules et le fluide
ont même masse volumique, la seule influence de la gravité est l’apparition d’un gradient
de pression vertical de type hydrostatique, qui n’est à l’origine d’aucun écoulement. On
peut noter ici que si la surface était libre, on observerait un écoulement transitoire verti-
cal nécessaire pour la mise en place de la forme caractéristique de la surface libre (rod-

68
CHAPITRE 4. VALIDATION

³ ´

dipping [B OYER et collab., 2011]). En régime permanent ∂t = 0 et pour une suspension
ρp
³ ´
isodense ρ = 1 , les équations de conservation du volume des particules (Éq.(3.1c)) et
f
de la quantité de mouvement (Éq.(3.1b)) suivant eθ se réduisent à :

∇ .Σc .er = 0 (4.1a)


¡
¢
¡ 2
1 d r η f ηs γ̇
¢
=0 (4.1b)
r2 dr

avec γ̇ = r ( dθr ) (voir Sect.2.3.3). L’Éq.(3.1b) suivant er fixe, quant à elle, le gradient de
d u /r

pression radial. L’équation (4.1a) s’écrit :

d Σcr r Σcθθ − Σcr r


= (4.2)
dr r

Dans cet écoulement, les vecteurs de la base cylindrique eθ et er correspondent respecti-


vement aux directions de vitesse et de gradient de vitesse (directions 1 et 2 dans la Fig.2.1).
Avec les notations introduites dans la section 2.2.1, l’équation (4.2) devient :

d η f ηs γ̇Σ̂c22 (Σ̂c11 − Σ̂c22 )η f ηs γ̇


¡ ¢
= (4.3)
dr r

L’équation (4.1b) nous permet de déterminer l’expression du taux de cisaillement :

C
γ̇ = (4.4)
r 2η f ηs

avec C une constante d’intégration qui est proportionnelle au couple appliqué au cylindre
interne. Le taux de cisaillement dans l’équation (4.3) est remplacé par l’expression de
l’équation (4.4), ce qui nous donne sous forme adimensionnée :

d Σ̂c22 Σ̂c11 + Σ̂c22


= (4.5)
d rˆ rˆ

r d Σ̂c22 d Σ̂c22 d φ
avec rˆ = Rout
. En remarquant que d rˆ
= d φ d rˆ
, nous pouvons déduire l’équation diffé-
rentielle ordinaire (EDO) (4.6a). L’Éq.(4.6b) impose quant à elle la conservation du volume
total des particules.

d φ Σ̂c11 + Σ̂c22
= (4.6a)
d rˆ ∂Σ̂c
rˆ ∂φ22
Ri n 2
Z 1 µ µ ¶ ¶
2π R φ(rˆ)rˆd rˆ = φbul k π 1 − (4.6b)
R
in Rout
out

Bien que la dynamique de la migration puisse être influencée par la viscosité, la taille des
particules ou bien le taux de cisaillement (voir Éq.(3.4)), les équations (4.6) montrent que

69
CHAPITRE 4. VALIDATION

la solution stationnaire ne dépend que de la concentration initiale φbul k et du rapport


Ri n
des rayons Rout . Après avoir résolu les Éqs.(4.6) avec une méthode Runge-kutta d’ordre
4, nous comparons le résultat obtenu à notre solution numérique pour un écoulement
Ri n 2
de Couette de paramètres Rout
= 3
et φbul k = 0.40. En effet, c’est la géométrie que S A -
RABIAN et collab. [2019] ont choisie pour leur étude expérimentale que nous évoque-
rons plus bas. La simulation est réalisée pour un nombre de particule dans l’entrefer de
Rout −Ri n (Rout −Ri n )Ri n ωρ f
a ≈ 25, un nombre de Reynolds de Re = ηs η f < 0.0119 et un nombre de
q
Rout −Ri n
Taylor de Ta = Re R
< 0.00841. La géométrie est bidimensionnelle dans le plan
in
de cisaillement avec 90 mailles dans la direction radiale et 140 mailles dans la direction
orthoradiale (Fig.4.1a). Pour les conditions aux limites, une vitesse de rotation ω est im-
posée à la surface du cylindre interne tandis qu’une vitesse nulle est imposée à la surface
du cylindre externe. On pourra se référer à la sect.3.5.3 pour les conditions aux limites des
autres variables.

(a) (b)

F IGURE 4.1 – Simulation d’un écoulement de Couette : (a) Maillage Couette 2D (b) Distribution
numérique de la fraction volumique à l’état stationnaire.

On peut tout d’abord remarquer (Fig.4.1b) que le modèle étudié ici permet bien de
simuler cette géométrie 2D. Ensuite, comme on peut le voir sur la Fig.4.2, les résultats nu-
mériques et semi-analytiques sont en bon accord, ce qui valide la résolution numérique.
Nous allons maintenant comparer le résultat du modèle aux mesures expérimentales de
S ARABIAN et collab. [2019] dont les paramètres adimensionnés ont été mentionnés plus
haut. Plus précisément, la dimension du Couette est de Ri n = 40 mm, Rout = 60 mm. Les
particules sont des sphères rigides de PMMA avec un rayon de a = 0.79 mm et une den-
sité de ρp = ρ f = 1190 kg .m −3 . Le fluide suspendant est un mélange visqueux composé
de Triton X-100, de chlorure de zinc, d’eau et d’acide chlorhydrique avec une viscosité de
η f = 4.64 Pa.s. L’expérience a été réalisée pour différentes concentrations initiales φbul k
(0.2, 0.3, 0.35, 0.4, 0.45, 0.5) et pour une vitesse de rotation de ω = 0.058 r ad .s −1 . Comme
on peut le constater sur la Fig.4.3, les résultats du modèle sont cohérents avec les mesures
expérimentales de S ARABIAN et collab. [2019]. Les oscillations que l’on peut observer sur

70
CHAPITRE 4. VALIDATION

F IGURE 4.2 – Profil radial de concentration à l’état stationnaire pour un écoulement de Couette :
comparaison entre la solution semi-analytique et la solution numérique pour φbul k = 0.40 et
Ri n 2
Rout = 3 .

F IGURE 4.3 – Profil radial de concentration à l’état stationnaire pour différentes concentrations
initiales φbul k = (0.2, 0.3, 0.35, 0.4, 0.45, 0.5) : comparaison avec les résultats expérimentaux de
S ARABIAN et collab. [2019].

71
CHAPITRE 4. VALIDATION

(a) (b)

F IGURE 4.4 – Profil radial de concentration à l’état stationnaire pour différentes concentrations
initiales φbul k = (0.394, 0.414, 0.435, 0.458, 0.483, 0.52) : comparaison avec les résultats expéri-
mentaux de D’A MBROSIO [2020]. La figure (b) est un zoom de la figure (a).

les mesures expérimentales sont causées par la structuration de la suspension. Comme le


modèle numérique adopté est un modèle de milieu continu, cette structuration ne peut
ici être observée. De plus, comme le montre la Fig.4.3, cette structuration envahit une
grande partie de l’entrefer pour les grandes concentrations. Ainsi, la comparaison avec
les résultats de S ARABIAN et collab. [2019] ne peut se faire de manière plus précise. Toute-
fois, nous pouvons dire qualitativement que le taux de migration pour les expériences et
les calculs numériques est globalement le même. Ceci constitue donc une validation des
fonctions matérielles introduites dans la section 2.2.1.
Une autre comparaison est réalisée avec les expériences de la thèse de D’A MBROSIO
[2020] (Fig.4.4). La prédiction du modèle de ce travail est comparée avec ses mesures ex-
ρp Ri n Rout −Ri n
périmentales dont les paramètres sont : ρf
= 1, Rout
≈ 0.79, a
≈ 38, Re < 0.0053 et
φbul k = (0.394, 0.414, 0.435, 0.458, 0.483, 0.52). Comme nous pouvons l’observer, il y a éga-
lement des oscillations dans les résultats de cette expérience qui sont caractéristiques
de la structuration. Afin de faire une comparaison plus précise, nous choisissons d’in-
Ri n
tégrer l’Éq.(4.6a) non pas entre Rout et 1 mais entre des bornes plus petites pour évi-
ter la zone de structuration, c’est-à-dire ici entre les bornes 0.82 et 0.96. De plus pour
l’Éq.(4.6b), nous définissons un nouveau φbul k qui correspond à la quantité de parti-
cules entre les nouvelles bornes que nous avons choisies. Ce φbul k est considéré comme
égal au φcor e (=concentration au centre de l’entrefer) des mesures expérimentales. Cette
manœuvre n’a pas été effectuée sur l’expérience de S ARABIAN et collab. [2019] car diffi-
cile puisque, comme mentionné plus haut, les oscillations envahissent l’entrefer, surtout
pour les grandes concentrations. Nous observons alors sur la Fig.4.4b, que nos profils
sont quelque peu différents de ceux de D’A MBROSIO [2020]. La migration prévue par le
modèle est plus importante surtout pour les plus faibles concentrations. Ces différences
pourraient s’expliquer par le fait que le modèle numérique ne tient pas compte de la rhéo-
fluidification des suspensions, qui est cependant observée dans les expériences.
Ainsi, en conclusion de cette section, nous pouvons considérer que le modèle intro-
duit ici rend bien compte de l’écoulement d’une suspension en géométrie de Couette.

72
CHAPITRE 4. VALIDATION

4.2 Écoulement de Poiseuille

Nous considérons maintenant l’écoulement d’une suspension dans un tuyau cylin-


drique de section circulaire de rayon R sous l’action d’une différence de pression appli-
quée à ses extrémités. Dans son état initial, la suspension est uniforme dans toute la géo-
métrie. Au cours de l’écoulement, il y a une migration des particules vers le centre du
tuyau, là où le taux de cisaillement est nul. Comme dans le paragraphe précédent, nous
voulons valider la résolution numérique en comparant la solution numérique en géomé-
trie bidimensionnelle du modèle considéré à la solution semi-analytique du même pro-
blème. Nous nous plaçons de nouveau dans la base cylindrique (er , eθ , ez ) où ez est la
direction de l’axe du tuyau. Comme l’écoulement est supposé parallèle à ez , les vitesses
radiale u r et orthoradiale u θ sont nulles. De plus, en raison de l’invariance par toute rota-
tion autour de l’axe ez et par toute translation le long de ez , la concentration et la vitesse
sont indépendantes de z et de θ, nous avons donc : u = u z (r )ez et φ = φ(r ). En régime per-
ρp
manent et pour ρf
= 1, l’équation de conservation du volume des particules (Éq.(3.1c)) se
réduit à l’Éq.(4.7a) tandis que l’équation de conservation de la quantité de mouvement
(Éq.(3.1b)) suivant ez nous donne l’Éq.(4.7b), avec le gradient de pression le long du tuyau
∂p
qui est constant, ∂z
= c st . L’Éq.(3.1b) suivant er fixe le gradient de pression radial.

d Σcr r Σcθθ − Σcr r


= (4.7a)
dr r
∂p 1 d ¡
r η f ηs γ̇ (4.7b)
¢
=
∂z r d r

d uz
avec γ̇ = dr
. Dans cet écoulement, les vecteurs de la base cylindrique eθ et er corres-
pondent respectivement aux directions de vorticité et de gradient de vitesse (directions 3
et 2 sur la Fig.2.1), l’équation (4.7a) devient alors :

d η f ηs γ̇Σ̂c22 (Σ̂c33 − Σ̂c22 )η f ηs γ̇


¡ ¢
= (4.8)
dr r

L’Éq.(4.7b) nous permet d’exprimer le taux de cisaillement comme suit :

∂p
∂z
γ̇ = r (4.9)
2η f ηs

En remplaçant cette expression du taux de cisaillement dans l’Éq.(4.8), nous obtenons


sous forme adimentionné :
d Σ̂c22 Σ̂c33 − 2Σ̂c22
= (4.10)
d rˆ rˆ
avec rˆ = Rr . Nous pouvons donc en déduire facilement l’EDO (4.11a). Par ailleurs, nous
pouvons observer que cette équation présente une singularité due au facteur 1/rˆ dans le
membre de droite. La dérivée de φ va donc diverger et comme rien ne limite la fraction vo-

73
CHAPITRE 4. VALIDATION

lumique, celle-ci continuera à augmenter et dépasser sa valeur maximale φm . C’est pour-


quoi, dans notre solution numérique bidimensionnelle, le flux à une face est rendu nul
lorsqu’il tend à augmenter la fraction volumique de la cellule adjacente si elle est égale
à φm (Sect.3.6). L’équivalent ici pour la méthode de résolution semi-analytique corres-
pond à la définition d’un rayon Rb séparant la zone d’écoulement du blocage. Ainsi, dans
la région de rayon Rb , la concentration vaut φm tandis que pour la région entre Rb et R,
la concentration vérifie l’EDO (4.11a). La valeur de Rb est déterminée en satisfaisant la
condition de conservation du volume total des particules Éq.(4.11b). On peut noter que
dans d’autres études, cette singularité est traitée en introduisant un taux de cisaillement
non local [S NOOK et collab., 2016]. Cependant, cette méthode donne à la région de blo-
cage une forme non physique, caractérisée en particulier par un point de rebroussement
en r = 0.

d φ Σ̂c33 − 2Σ̂c22
= (4.11a)
d rˆ d Σ̂c
rˆ d φ22
Z 1 µ ¶2
Rb
2π R φ(rˆ)rˆd rˆ + φm π = φbul k π (4.11b)
b
R
R

De nouveau, contrairement au régime transitoire, la solution stationnaire ne dépend ici


que de la concentration initiale φbul k . Nous résolvons donc les Éqs.(4.11) avec une mé-
thode Runge-kutta du quatrième ordre. Nous comparons le profil de fraction volumique
à notre solution numérique pour un tuyau cylindrique de rayon unité (la position étant
normalisée par R), une concentration initiale φbul k = 0.4, un nombre de Reynolds de
RUρ f R
Re = ηs η f < 0.0029 et une taille de particule de a = 12.5. Puisque l’état stationnaire ne
dépend pas de la taille des particules, celles-ci ont été choisies assez grosses pour que le
régime transitoire soit court. De plus, afin d’obtenir très vite un profil établi pour la vi-
tesse, un gradient de pression a été ajouté à l’équation de conservation de quantité de
mouvement et des conditions aux limites cycliques ont été imposées sur les parois d’en-
trée et de sortie de la géométrie 2D. La vitesse est imposée nulle sur la paroi extérieure
(voir sect.3.5.3 pour les conditions aux limites des autres variables). Le maillage radial ici
n’est pas uniforme (voir Fig.4.5a) : dans la région rˆ < 0.3, où la solution peut être raide,
nous définissons un pas d’espace de ∆rˆ = 6.5 10−3 puis à partir de rˆ = 0.3, ce pas radial
augmente avec un taux de progression de 1.02 jusqu’à la valeur maximale de ∆rˆ = 2.0 10−2
atteinte en rˆ = 1.

74
CHAPITRE 4. VALIDATION

(a) (b)

F IGURE 4.5 – Simulation de l’écoulement de Poiseuille : (a) Maillage 2D du cylindre, (b) Distribu-
tion numérique de la fraction volumique à l’état stationnaire pour φbul k = 0.4.

F IGURE 4.6 – Profil radial de concentration à l’état stationnaire pour un écoulement de Poiseuille :
comparaison entre la solution semi-analytique et la solution numérique pour φbul k = 0.40.

Les figures 4.5b et 4.6 montrent que le modèle nous permet de réaliser une simula-
tion numérique 2D d’un écoulement de Poiseuille dont le résultat est en bon accord avec
la solution semi-analytique. Ainsi, la résolution numérique est validée pour cet écoule-
ment. Nous comparons à présent notre modèle aux mesures expérimentales de S NOOK
et collab. [2016]. Le dispositif expérimental est un tube de verre de longueur 46.8 cm
et de diamètre 2R = 1.65 cm. Les particules utilisées sont des sphères de PMMA d’un
diamètre de 2a = 2.01 mm ( Ra = 8.21) et d’une masse volumique de ρp = 1190 kg .m −3 .
Le fluide suspendant, composé de ZnCl2 , d’eau et de Triton X-100, est choisi de ma-
ρp
nière à ce que sa masse volumique soit égale à celle des particules ( ρ = 1). Sa viscosité
f
est de η f = 2.43 Pa.s. La comparaison est effectuée pour deux concentrations initiales

75
CHAPITRE 4. VALIDATION

(a) φbul k = 0.3

(b) φbul k = 0.4

F IGURE 4.7 – Profils radiaux de concentration à l’état stationnaire pour deux concentrations ini-
tiales (a) φbul k = 0.3 et (b) φbul k = 0.4 : comparaison avec les résultats expérimentaux de S NOOK
et collab. [2016].

φbul k = 0.3 et φbul k = 0.4. Les résultats (Fig.4.7) sont globalement en bon accord. Selon
S NOOK et collab. [2016], les oscillations que l’on peut observer sur les mesures expérimen-
tales, en particulier pour φbul k = 0.4, sont des couches de particules causées par le fort
degré de confinement. Ils expliquent notamment que la fraction volumique atteigne lo-
calement une valeur d’environ 0.7, bien supérieure aux fractions volumiques maximales
observées pour des suspensions non structurées. Ces oscillations ne peuvent pas être ob-
servées avec le modèle étudié ici puisqu’il s’agit d’un modèle de milieu continu.

76
CHAPITRE 4. VALIDATION

(a) φbul k = 0.3

(b) φbul k = 0.4

F IGURE 4.8 – Profils de concentration à l’état stationnaire pour : (a) φbul k = 0.3, ha = 9 et (b) φbul k =
0.4, ha = 12. Comparaison avec les simulations discrètes de Y EO et M AXEY [2011].

Nous nous intéressons maintenant aux simulations numériques discrètes de Y EO et


M AXEY [2011]. Leur dispositif est un canal infini de demi-hauteur h. Les simulations ont
h h
été réalisées pour des rapports a = 9, a = 12, des concentrations initiales de φbul k = 0.3,
φbul k = 0.4 et un nombre de Reynolds Re = 0. Sur la figure 4.8, les résultats de Y EO et
M AXEY [2011] sont comparés à ceux de notre modèle pour l’état stationnaire. Comme on
peut l’observer, les résultats montrent une bonne concordance. Encore une fois, contrai-
rement au modèle continu considéré, les simulations discrètes montrent de la structura-
tion des particules près des parois. Une différence peut également être constatée pour le

77
CHAPITRE 4. VALIDATION

cas φbul k = 0.3, où contrairement à notre modèle, les mesures expérimentales de S NOOK
et collab. [2016] et les simulations discrètes de Y EO et M AXEY [2011] n’atteignent pas le
blocage (φm = 0.583). En effet, le SBM dont notre modèle s’inspire a l’inconvénient de
toujours prédire un blocage au centre de la géométrie (à cause de la singularité évoquée
plus haut), même pour de faibles concentrations. Cependant, ce défaut pourrait être rec-
tifié en introduisant un taux de cisaillement non-local qui réduira la concentration de la
suspension au centre de la géométrie ([M ILLER et M ORRIS, 2006], [S NOOK et collab., 2016],
[G UAZZELLI et P OULIQUEN, 2018]).
Ainsi, les résultats présentés dans cette section montrent que le modèle rend bien
compte de l’écoulement d’une suspension en géométrie de Poiseuille.

4.3 Écoulement torsionnel entre deux disques parallèles


Dans cette partie, nous étudions un écoulement de suspension isodense entre deux
disques parallèles, le disque supérieur tourne à une vitesse angulaire ω, tandis que le
disque inférieur reste immobile (voir Fig.2.4). À l’état initial, la suspension est uniforme
dans toute la géométrie. La migration radiale des particules dans cet écoulement reste un
problème ouvert. En effet, les études (modélisation ou expériences) divergent sur ce su-
jet. Certaines décrivent une absence de migration, d’autres une migration vers l’extérieur
ou même une migration vers l’intérieur. Cette question persiste à ce jour mais les avis
semblent commencer à converger. Le lecteur pourra se référer à [D ESHPANDE et S HA -
PLEY , 2010] [R AMACHANDRAN et L EIGHTON, 2010] pour plus de détails sur ce sujet. Nous
verrons plus loin que le modèle proposé ici prédit une migration vers l’extérieur ou vers
l’intérieur en fonction de la concentration initiale. Mais d’abord, comme dans les sec-
tions précédentes, nous calculons le profil de concentration semi-analytique à l’état sta-
tionnaire. Nous nous plaçons encore une fois dans la base cylindrique (er , eθ , ez ). Dans
un fluide newtonien, il est montré que l’inertie provoque, dans le plan r − z, des écoule-
ments secondaires dès que le nombre de Reynolds est non nul [D BOUK et collab., 2011;
M C C OY et D ENN, 1971]. L’influence de l’inertie est donnée par les deux nombres sans di-
R ρ f ωh 2
mension Λ = h et Re = ηf . Dans la suite, pour le calcul de la solution semi-analytique,
nous supposons Λ très grand et Re ≈ 0, de sorte que les écoulements de recirculation
soient très faibles. Nous vérifierons plus loin que ces écoulements de recirculation sont
négligeables et qu’ils n’ont pas d’influence sur la fraction volumique. Ainsi, dans ce cas
ωr z
de figure, on fait l’hypothèse que le champ de vitesse est le suivant : u = h eθ . Cette
expression est bien compatible avec la composante θ de l’équation de conservation de
la quantité de mouvement (Éq.(3.1b)). La résolution des autres composantes de l’équa-
tion donne la pression. L’expression du taux de cisaillement peut alors être déterminée,
Éq.(4.12b) (voir Sect.2.3.3). Comme on peut le constater, le taux de cisaillement ne dépend
ici que de r , la migration ne peut donc être que radiale : φ = φ(r ). L’équation de conser-
vation du volume des particules (Éq.(3.1c)) se réduit en régime permanent à l’Éq.(4.12a).

78
CHAPITRE 4. VALIDATION

d Σcr r Σcθθ − Σcr r


= (4.12a)
dr r
ωr
γ̇ = (4.12b)
h

Les vecteurs de la base cylindrique eθ et er correspondent ici respectivement aux direc-


tions de vitesse et de vorticité (directions 1 et 3 dans la Fig.2.1), l’Éq.(4.12a) devient alors :

d η f ηs γ̇Σ̂c33 (Σ̂c11 − Σ̂c33 )η f ηs γ̇


¡ ¢
= (4.13)
dr r

En utilisant l’expression du taux de cisaillement (Éq.(4.12b)) dans l’équation ci-dessus,


nous dérivons sous forme adimensionnée (rˆ = r /R) l’EDO (4.14a). Nous pouvons noter
que contrairement au cas de l’écoulement de Poiseuille où un traitement de la singularité
était nécessaire, ici, malgré la présence du facteur 1/rˆ, le membre de droite de l’Éq.(4.14a)
converge toujours vers 0 lorsque φ s’approche de 0 ou φm (voir les expressions des fonc-
tions matérielles Sect.2.2.1). Ainsi, la fraction volumique restera comprise entre ses va-
leurs limites 0 et φm .
¡ c
Σ̂11 − 2Σ̂c33 ηs
¢

= (4.14a)
d rˆ d ηs Σ̂c
rˆ d φ33
Z 1
2π φ(rˆ)rˆd rˆ = φbul k π (4.14b)
0

L’EDO (4.14a) est résolue en prenant en compte la conservation du volume des particules
Éq.(4.14b). La solution stationnaire ne dépend donc ici que de la concentration initiale
φbul k . Cette solution semi-analytique est alors comparée à la solution numérique pour les
R
paramètres : φbul k = 0.3, Re ≤ 0.026 et Λ = 12.5. La taille des particules est de a = 125. Le
maillage est ici 3D et non-uniforme (Fig.4.9a), le pas d’espace radiale est de ∆rˆ = 4.68 10−3
pour rˆ < 0.28 puis à partir de rˆ = 0.28 le pas radial augmente avec un taux de progression
de 1.02 jusqu’à la valeur maximale de ∆rˆ = 1.88 10−2 atteinte en rˆ = 1. Le pas d’espace
vertical dans le gap entre les deux cylindres est de ∆z = 5.33 10−3 R = 6.67 10−2 h. En ce qui
concerne les conditions aux limites appliquées au champ de vitesse, le disque supérieur
est en rotation autour de son axe tandis que le disque inférieur est immobile. Pour la
paroi extérieure, une condition "slip" est appliquée (voir sect.3.5.3 pour les conditions
aux limites des autres variables).

79
CHAPITRE 4. VALIDATION

(a) (b)

F IGURE 4.9 – Simulation d’un écoulement torsionnel : (a) Maillage des disques, (b) Distribution
numérique de la fraction volumique à l’état stationnaire pour φbul k = 0.3.

F IGURE 4.10 – Profil radial de concentration à l’état stationnaire pour un écoulement torsionnel :
comparaison entre la solution semi-analytique et la solution numérique pour φbul k = 0.3. Le profil
numérique est déterminé au niveau du disque inférieur.

Comme le montre la figure 4.10, les solutions obtenues sont en bon accord. De plus,
nous pouvons observer que le résultat de cette simulation 3D avec un φbul k = 0.3 (Fig.4.9b,
Fig.4.10) montre une migration vers l’extérieur avec une région vide de particules au centre.
Comme indiqué précédemment, ce modèle prédit une migration vers l’extérieur ou vers
l’intérieur en fonction de la concentration initiale. En effet, comme on peut le voir dans
l’équation (4.14a), la migration dépend du signe de (Σ̂c11 −2Σ̂c33 ) puisque toutes les contraintes
de contact normalisées Σ̂cii sont négatives et croissantes en valeur absolue avec φ (voir
Σ̂c33 Σ̂c33
Fig.2.2). Ainsi, si < 12 , la migration se fait vers l’extérieur alors que pour > 12 , la mi-
Σ̂c11 Σ̂c11
Σ̂c33
gration se fait vers l’intérieur. Pour = 12 , il n’y a pas de migration, ce qui survient dans
Σ̂c11

80
CHAPITRE 4. VALIDATION

(a)

(b)

F IGURE 4.11 – Coupe du plan r − z : (a) Vitesse orthoradiale u θ normalisée, (b) Vitesse radiale u r
normalisée avec lignes de courant.

notre modèle pour une concentration proche de 0.39. D’autre part, sur la Fig.4.11, nous
représentons les vitesses orthoradiales et radiales normalisées par Rω sur une coupe du
plan r − z. Nous pouvons observer qu’il y a une recirculation mais qu’elle est très faible
par rapport à l’écoulement principal (u θ >> u r ). Cet écoulement secondaire n’influence
pas la fraction volumique puisque celle-ci reste constante suivant z excepté près du bord
où elle varie très légèrement. En effet, de légers effets de bord sont observés dans notre si-
mulation numérique (Fig.4.10). Ces effets sont caractérisés par une variation verticale de
la fraction volumique de l’ordre de 0.6% à r /R = 1, et sont probablement dus à la condi-
tion aux limites "slip" imposée à la vitesse. Sur la Fig.4.12, nous traçons les profils radiaux
de concentration du modèle étudié ici pour différentes concentrations initiales. Ainsi, on
peut observer que pour de faibles concentrations, il y a une migration vers l’extérieur avec
une région sans particules au centre. Alors que pour des concentrations élevées, il y a une
faible migration vers l’intérieur, voire pas de migration.

Il est difficile de comparer nos calculs à des mesures expérimentales puisque peu de
mesures quantitatives ont été réalisées pour cet écoulement. Nous pouvons toutefois ci-
ter les expériences de K IM et collab. [2008] qui étudient la migration entre deux disques
de rayon 25 mm pour des concentrations initiales φbul k = (0.1, 0.15, 0.2, 0.25), un nombre
R
de Reynolds maximal Re = 0.02 et une taille de particules a
≈ 303. Ils observent alors une
migration vers l’extérieur avec une région vide de particules au centre. En ce qui concerne
les grandes concentrations, nous pouvons également citer les expériences de C HAPMAN
[1990] et C HOW et collab. [1994] qui montrent que la migration est faible ou nulle. Toutes
ces expériences sont en accord qualitatif avec nos résultats de la figure 4.12. M ERHI et col-
lab. [2005] ont également réalisé une expérience de cet écoulement pour une concentra-
tion initiale φbul k = 0.4. Ils observent une migration (environ 5%) vers l’extérieur contrai-
rement à nous qui observons pour cette même concentration une très faible migration

81
CHAPITRE 4. VALIDATION

vers l’intérieur. On peut remarquer que la fraction volumique 0.4 est très proche de la va-
leur qui marque la limite entre une migration vers l’intérieur ou vers l’extérieur. On peut
alors se poser la question de l’influence d’une hétérogénéité spatiale initiale, même faible,
de la fraction volumique. Nous n’avons pas eu le temps de poursuivre cette idée.
Ainsi, en conclusion de cette section, nous pouvons considérer que notre modèle est
tout à fait capable de traiter les écoulements torsionnels 3D.

F IGURE 4.12 – Profils radiaux de concentration à l’état stationnaire du modèle présenté pour dif-
férentes concentrations initiales.

4.4 Sédimentation

4.4.1 Sédimentation et problème de Riemann

Soit un réservoir de hauteur h rempli d’une suspension de concentration initiale φbul k .


Lorsque les particules sont plus denses que le fluide (ρp > ρ f ), elles se déplacent sous
l’effet de la gravité pour se déposer au fond du réservoir. Ce phénomène est appelé sé-
dimentation. La vitesse moyenne d’une particule, notée vp , est donnée par l’expression
suivante :
2a 2 (ρp − ρ f )g
vp = f (φ) (4.15)
9η f

où on rappelle que f (φ) représente la fonction empirique de freinage Éq.(2.35). Cette loi
a été déterminée expérimentalement en mesurant la vitesse du front de sédimentation
dans une expérience telle que celle qui sera décrite plus loin.
Lors de la sédimentation, les particules en mouvement font déplacer, dans le sens
opposé, la même quantité de fluide telle que φvp = −(1 − φ)vf et ce du fait de l’incom-
pressibilité du liquide et du solide. Ainsi la vitesse moyenne u dans une sédimentation

82
CHAPITRE 4. VALIDATION

est nulle, c’est-à-dire que la suspension vue comme un milieu continu est au repos. Le
seul mouvement est celui des particules par rapport à la suspension, décrit par l’équation
de conservation du volume de particules (Éq.(3.1c)). Les contraintes de contact, liées au
cisaillement, sont donc nulles et l’Éq.(3.1c) se réduit à une équation de convection 1D :

∂φ ∂F(φ)
+ =0 (4.16)
∂t ∂z

avec le flux F(φ) :


2a 2 (ρp − ρ f )g
F(φ) = u sed (φ)φ = (1 − φ)5.1 φ (4.17)
9η f
L’axe (Oz) est ici dirigé dans la direction de la gravité (Fig.4.13).
Si l’on considère une suspension uniforme au départ, on observe qu’en première ap-
proximation deux nouvelles zones commencent à se former, l’une avec du liquide clair et
l’autre avec du sédiment (voir Fig.4.13). Deux interfaces apparaissent alors : une interface
liquide clair/suspension (z = H1 sur la Fig.4.13) et une interface suspension/sédiment
(z = H2 sur la Fig.4.13). À l’état stationnaire, lorsque toutes les particules ont sédimenté, il
ne reste plus que les zones de fluide clair et de sédiment. En fait, en fonction de la forme
de la fonction F, on obtient durant la sédimentation un profil de fraction volumique où al-
ternent des zones continues, pour lesquelles l’Éq.(4.16) est vérifiée, et des discontinuités.

F IGURE 4.13 – Les différentes zones d’une sédimentation

Résoudre le problème de sédimentation équivaut donc à prédire le profil spatial de


fraction volumique au cours du temps. On peut commencer par étudier l’évolution d’une
discontinuité initiale de fraction volumique, c’est-à-dire résoudre le problème de Rie-
mann associé à l’Éq.(4.16) avec les conditions initiales (4.18).
(
φg si z < 0
φ(t = 0, z) = (4.18)
φd si z > 0

83
CHAPITRE 4. VALIDATION

(a) (b)

F IGURE 4.14 – Courbes caractéristiques : (a) F0 (φd ) < F0 (φg ), (b) F0 (φg ) < F0 (φd ).

Ce problème de Riemann est résolu par la méthode des caractéristiques. Cette méthode
consiste à chercher des courbes t → (z(t ), t ) (appelées caractéristiques) telles que sur ces
courbes la fraction volumique φ(z(t ), t ) est constante égale à φ(z(t = 0), t = 0). Cela re-
vient à écrire la relation :

d φ(z(t ), t ) ∂φ(z(t ), t ) ∂φ(z(t ), t ) d z


¡ ¢
= + =0 (4.19)
dt ∂t ∂z dt

En réécrivant l’Éq.(4.16), valable dans les zones où la fraction volumique est continue et
dérivable, sous la forme :
∂φ ∂φ
+ F0 (φ) =0 (4.20)
∂t ∂z
On obtient l’équation :

dz
= F0 (φ(z(t ), t )) = F0 (φ(z(t = 0), t = 0)) (4.21)
dt

Puisque la fraction volumique est constante sur ces courbes, l’Éq.(4.21) montre que les
points de fraction volumique constante φ0 se déplacent à vitesse constante F0 (φ0 ), ce qui
s’apparente donc à une vitesse de propagation. Dans le plan (z, t ), les trajectoires de ces
points définissent donc des droites. Autrement dit, la résolution de l’EDP est remplacée
par la résolution d’une infinité d’EDO très simples. La présentation ci-dessous des solu-
tions du problème de Riemann est basée sur le livre [B USTOS et collab., 1999], on pourra
s’y référer pour plus de précision.

Dans le cas d’une fonction F toujours concave ou convexe, la stabilité d’une disconti-
nuité revient à comparer les vitesses de propagation pour les valeurs de la fraction volu-
mique φg et φd . Si F0 (φg ) < F0 (φd ) (Fig.4.14b) les caractéristiques pour les deux fractions
volumiques s’écartent et une zone intermédiaire continue apparaît entre les deux valeurs
de fraction volumique. On parle d’onde de raréfaction. Dans le cas contraire (Fig.4.14a),
le recouvrement des caractéristiques montre que l’on doit en effet tenir compte d’une
discontinuité. On parle alors d’onde de choc.

84
CHAPITRE 4. VALIDATION

(a) (b)

F IGURE 4.15 – Représentation de la fonction F(φ) (a) et de la solution φ(z, t ) (b) pour φg < φd .

On peut par exemple supposer que la fonction F est concave (F00 (φ) < 0) comme sur les
figures 4.15 et 4.16, c’est-à-dire que la vitesse est une fonction décroissante de la fraction
volumique.

• Si φd > φg (Fig.4.15a) :
Pour z > 0, les caractéristiques ont une pente F0 (φd ). La fraction volumique vaut
alors φ(z, t ) = φd . Pour z < 0, les caractéristiques ont une pente F0 (φg ). La fraction
volumique vaut alors φ(z, t ) = φg . Comme F0 (φd ) < F0 (φg ), il y a une région entre
les lignes z = F0 (φd )t et z = F0 (φg )t où les caractéristiques se croisent et donc la so-
lution a deux valeurs φ(z, t ) = φd et φ(z, t ) = φg (Fig.4.14a). Cette contradiction est
résolue en introduisant une ligne de discontinuité où la solution passe de φd à φg .
Cette ligne vérifie la condition de Rankine-Hugoniot ou condition de saut, c’est-à-
dire que la vitesse de propagation de la discontinuité est donnée par la pente de
F(φd )−F(φg )
la corde reliant les points (φd ,F(φd )) et (φg ,F(φg )), à savoir : β = φd −φg . Cette
condition découle de l’équivalent intégral de l’équation de conservation (4.16). Il
est important de noter que les solutions peuvent ne pas être uniques. Pour que
la solution soit unique, il faut donner une condition, appelée condition d’entro-
pie, qui doit être vérifiée par la solution. On parle alors de solution entropique. On
montre que la condition d’entropie est équivalente à la condition d’Oleinik [B US -
F(φ)−F(φg )
TOS et collab., 1999] : pour toute valeur de φ comprise entre φg et φd , φ−φg ≥
F(φ)−F(φd )
β≥ φ−φd . Cette condition implique la condition de Lax qui s’écrit : F0 (φg ) ≥ β ≥
F0 (φd ), c’est-à-dire que la vitesse du choc doit être intermédiaire entre les vitesses
des caractéristiques gauche et droite. Ainsi, la solution entropique ici du problème
de Riemann est ce que nous appelons une onde de choc (Fig.4.15b) :
(
φg si z < βt
φ(t , z) = (4.22)
φd si z > βt

où β est la vitesse de propagation du choc donnée par les relations de Rankine-


Hugoniot.

85
CHAPITRE 4. VALIDATION

(a) (b)

F IGURE 4.16 – Représentation de la fonction F(φ) (a) et de la solution φ(z, t ) (b) pour φg > φd .

• Si φd < φg (Fig.4.16a) :
Les caractéristiques ont une pente de F0 (φd ) pour z > 0 et une pente de F0 (φg ) pour
z < 0. Comme ici F0 (φd ) est supérieure à F0 (φg ), un espace se développe entre les
deux caractéristiques z = F0 (φd )t et z = F0 (φg )t (Fig.4.14b). Cet espace est alors rem-
pli par un ensemble de rayons centrés à l’origine du plan avec des pentes égales à
F0 (φ) pour φg < φ < φd . La solution entropique du problème de Riemann est alors
ce que nous appelons une onde de raréfaction ou de détente (Fig.4.16b) :

 φg si z < F0 (φg )t


φ(t , z) = R( zt ) si F0 (φg )t < z < F0 (φd )t (4.23)

 φ
 0
si z > F (φd )t
d

où R = (F0 )−1 est la réciproque de la dérivée de F. Il n’y a pas de choc pour t > 0
et la fraction volumique est décrite ici par une fonction régulière. La position pour
laquelle la fraction volumique vaut φo se déplace à la vitesse F0 (φo ).

Dans le cas où le flux F est convexe (F00 (φ) > 0), on procède de la même manière et
la solution entropique est une onde de choc lorsque φd < φg et une onde de raréfaction
lorsque φd > φg .
Enfin, dans le cas général, F admet un ou plusieurs points d’inflexion (c’est-à-dire que
F (φ) change de signe). On peut trouver le profil de fraction volumique φ, qui découle
00

du critère d’Oleinik, de la façon suivante : si φd > φg , on trace sur l’intervalle [φg , φd ]


l’enveloppe convexe inférieure de F et si φd < φg , on trace sur l’intervalle [φd , φg ] l’en-
veloppe concave supérieure de F. La solution est une onde de raréfaction si l’enveloppe
est égale à la fonction F, et un choc si l’enveloppe est supérieure (dans le cas φg > φd ) ou
inférieure (dans le cas φd > φg ) à F. Un exemple est donné Fig.4.17 où la fonction F pos-
sède un point d’inflexion et φd > φg . On trace alors l’enveloppe convexe inférieure : sur
l’intervalle [φg , φ∗ ], l’enveloppe est égale à F, la solution est une onde de raréfaction ; sur
[φ∗ , φd ], l’enveloppe est un segment situé sous la courbe représentative de F, la solution
est donc un choc. Avec φ∗ la variable qui vérifie :

86
CHAPITRE 4. VALIDATION

(a) (b)

F IGURE 4.17 – Représentation de la fonction non convexe F(φ) (a) et de la solution φ(z, t ) (b) pour
φg < φd .

0 ∗ F(φ∗ ) − F(φd )
F (φ ) = (4.24)
φ∗ − φd

4.4.2 Le schéma upwind-downwind

L’objectif de ce paragraphe est de discuter de la résolution numérique des interfaces


brusques présentes dans une sédimentation. La discrétisation de l’Éq.(4.16) est pour rap-
pel donnée par :
φn+1
P − φnP
S f u sed nf φn+1
X
VP + f =0 (4.25)
∆t f

Dans le but d’être traité implicitement, le flux F = u sed (φ)φ est linéarisé en calculant la
vitesse u sed (φ) à l’itération précédente et la variable φ à l’itération actuelle. La vitesse
u sed (φ) au face est interpolée linéairement. Intéressons nous maintenant aux schémas
d’interpolation pour le terme φ f . Si nous choisissons un schéma décentré avant (up-
wind), nous obtenons le résultat de la Fig 4.18. Des oscillations apparaissent et la concen-
tration dépasse sa valeur maximum φm . De même, si nous choisissons, à la place du
schéma upwind, des schémas d’ordres plus élevés, de type TVD ou limiteur de flux, nous
obtenons les mêmes oscillations. Ainsi, un traitement numérique spécial est nécessaire
pour supprimer ces oscillations et garantir que la fraction volumique ne dépasse pas ses
limites inférieure et supérieure de 0 et φm .

B ÜRGER et collab. [2008] se sont intéressées aux schémas numériques des équations
de transport de phase dispersée avec des flux de la forme :

∂φ ∂φv(φ)
+ =0 (4.26)
∂t ∂z

87
CHAPITRE 4. VALIDATION

Ils ont proposé plusieurs schémas qui garantissent le caractère borné de la solution. Un de
ces schémas, introduit comme "scheme 1" dans [B ÜRGER et collab., 2008] puis étudié et
testé dans [L ARRETEGUY et collab., 2017], consiste à interpoler selon la direction de dérive
(celle de la vitesse) la vitesse v(φ) avec un schéma décentré arrière (downwind) et la va-
riable transporté φ avec un schéma décentré avant (upwind). Tout en conservant sa sim-
plicité, ce schéma d’ordre 1 est, dans de nombreux cas, moins dissipatif que le schéma de
Lax-Friedrichs [B ÜRGER et collab., 2008]. Il est prouvé mathématiquement que le schéma
garantit le caractère borné de la solution et qu’il est plus simple que certaines approches
existantes, mais généralement moins précis [L ARRETEGUY et collab., 2017].

F IGURE 4.18 – Profils de concentration vertical pour une concentration initiale de φbul k = 0.2,
2a 2 (ρp −ρ f )g
une hauteur du réservoir de h = 0.0412 m et une vitesse u sed (0) = 9η f =1.17 10−3 m.s −1 . La
vitesse u sed (φ) est interpolée linéairement tandis qu’un schéma décentré avant est appliqué pour
la variable φ.

D’autres schémas d’ordre plus élevé sont proposés dans [B ÜRGER et collab., 2008], cepen-
dant le "scheme 1", appelé "upwind-downwind" dans [L ARRETEGUY et collab., 2017], est
le plus simple d’implémentation sur OpenFOAM.

4.4.3 Test et comparaison

Nous allons maintenant tester ce schéma en comparant la solution numérique ob-


tenue à la solution analytique du problème Riemann. Les paramètres de l’expérience
sont une concentration initiale φbul k = 0.2, une hauteur du réservoir h et une vitesse
2a 2 (ρp −ρ f )g
u sed (0) = 9η f
. L’Éq.(4.16) est réécrite sous la forme adimensionnée suivante :

∂φ ∂F̂(φ)
+ =0 (4.27)
∂t̂ ∂ẑ

88
CHAPITRE 4. VALIDATION

φ
F IGURE 4.19 – Représentation du flux concave F̂(φ) = (1 − φm )φ.

u sed (0) z
avec t̂ = h t, ẑ = h et F̂ = f (φ)φ. f (φ) est pour rappel la fonction empirique de frei-
nage.

Comme il est plus facile de calculer une solution analytique dans le cas où la conca-
vité ne change pas, nous changeons temporairement la fonction de freinage et nous pre-
φ
nons f (φ) = (1 − φm ) telle que le flux F̂(φ) soit concave (Fig.4.19). Pour le premier front
(fluide clair/suspension), la fraction volumique à gauche du front est inférieure à celle à
droite, c’est à dire φg = 0 < φd = φbul k , nous sommes donc dans le cas où les caracté-
ristiques se croisent, la solution est alors une onde de choc qui se propage à la vitesse
F̂(φbul k )−F̂(0)
φbul k = f (φbul k ), c’est-à-dire la fonction de freinage. De même pour le second front
(suspension/sédiment) où φg = φbul k < φd = φm nous avons une onde de choc qui se
F̂(φbul k )−F̂(φm )
propage à la vitesse φbul k −φm
.
La simulation numérique est 1D, le flux est imposé nul aux bords et différentes tailles
de mailles sont utilisées. Sur la Fig.4.20 est représentée la solution analytique comparée à
nos solutions numériques. Nous observons donc que le schéma upwind-downwind sup-
prime les oscillations, les solutions numériques sont bien bornées entre 0 et φm . Comme
attendu, le schéma introduit de la diffusion numérique, mais une diminution du pas d’es-
pace permet de diminuer cette diffusion. Sur la Fig.4.21 est représenté le logarithme de
l’erreur en norme L2 (Éq.4.28) en fonction du logarithme de la taille de la maille.

s
¢2
°φanal y t i que − φnumér i que ° = φanal y t i que (i ) − φnumér i que (i )
° ° X¡
2
(4.28)
i

L’erreur converge et l’ordre de convergence numérique obtenu (≈ 0.98) est bien en accord

89
CHAPITRE 4. VALIDATION

F IGURE 4.20 – Profils de concentration à t̂ ≈ 0.85 pour une concentration initiale de φbul k = 0.2
et un flux F̂(φ) concave. Comparaison entre la solution analytique et les solutions numériques de
différents maillages.

avec l’ordre de convergence théorique. Ainsi, malgré une précision modeste, ce schéma
simple d’utilisation donne des résultats satisfaisants. On pourra se référer à [L ARRETEGUY
et collab., 2017] pour plus de détails sur le schéma upwind-downwind.

F IGURE 4.21 – Logarithme de l’erreur en norme L2 en fonction du logarithme du pas d’espace.

Nous revenons maintenant à la fonction F̂(φ) = φ(1 − φ)5.1 (Éq.(4.17)) et nous com-
parons notre solution numérique aux mesures expérimentales de R AO et collab. [2002].
L’expérience consiste en un crémage dans un dispositif cylindrique de hauteur 4.12 cm
et de rayon 1.885 cm. Les particules sont des sphères de PMMA de rayon a = 0.0397 cm
et de masse volumique ρp = 1180 kg .m −3 . Le fluide suspendant est un mélange glycé-

90
CHAPITRE 4. VALIDATION

rol/eau de viscosité η f = 0.5889 Pa.s et de masse volumique ρ f = 1253 kg .m −3 donnant


2a 2 (ρp −ρ f )g
ainsi une vitesse de u sed (0) = 9η f = −4.26 10−5 m.s −1 . Ici l’axe (Oz) est orienté vers
le haut. Comme précédemment, une géométrie 1D est utilisée et le flux est imposé nul
aux bords. Avant de présenter le résultat numérique, étudions d’abord la solution ana-
lytique. Sur la Fig.4.22, nous traçons le flux F̂(φ), nous rappelons que pour modéliser le
blocage, le flux est imposé nul pour φ = φm , F̂(φm ) = 0. Le flux change de convexité, et
comme pour chaque front la fraction volumique à droite du front est supérieure à celle
de gauche (on rappelle que ici ρ f > ρp ), on trace l’enveloppe convexe inférieure (en rouge
sur la figure) en tenant compte que F̂(φm ) = 0. Ainsi, pour le front sédiment (φ = φm )/
suspension (φ = φbul k ), la solution fait apparaître deux ondes de choc et une onde de ra-
réfaction : sur l’intervalle [φbul k , φ∗1 ], l’enveloppe est inférieure à F̂ (voir Fig.4.22), on a une
F̂(φ∗1 )−F̂(φbul k )
onde de choc se déplaçant à la vitesse φ∗1 −φbul k
; sur l’intervalle [φ∗1 , φ∗2 ], l’enveloppe
est superposée à la courbe représentative de F̂, on a une onde de raréfaction ; sur l’inter-
valle [φ∗2 , φm ], l’enveloppe est située au-dessous de F̂, on a une onde de choc se déplaçant
F̂(φm )−F̂(φ∗2 )
à la vitesse φm −φ∗2
. Les fractions volumiques φ∗1 et φ∗2 vérifient :

0
F̂(φ∗2 ) − F̂(φm )
F̂ (φ∗2 ) = (4.29a)
φ∗2 − φm

0
F̂(φ∗1 ) − F̂(φbul k )
F̂ (φ∗1 ) = (4.29b)
φ∗1 − φbul k

Ainsi la solution du problème de Riemann pour ce front est :

F̂(φm )−F̂(φ∗2 )

 φm si ẑ > 1 + φm −φ∗2



φ(t , z) = F̂0−1 ( ẑ−1 ) si 1 + F̂0 (φ∗2 )t̂ > ẑ > 1 + F̂0 (φ∗1 )t̂ (4.30)

 t̂
φbul k si ẑ < 1 + F̂0 (φ∗1 )t̂

Pour le front suspension (φ = φbul k ) / fluide clair (φ = 0), l’enveloppe est inférieure à F̂,
F̂(φbul k )−F̂(0)
on a une onde de choc se déplaçant à la vitesse φbul k
:


 φ F̂(φbul k )−F̂(0)
bul k si ẑ > φbul k

φ(t , z) = F̂(φbul k )−F̂(0)
(4.31)
 0 si ẑ < t̂
φbul k

On retrouve bien une vitesse du front égale à la fonction de freinage.


Nous représentons sur la Fig.4.23, les résultats de nos simulations numériques com-
parés aux mesures expérimentales de R AO et collab. [2002] pour différents temps. Nous
observons que qualitativement les résultats numériques et expérimentaux sont assez proches
pour le front suspension/fluide clair. En revanche, pour le front sédiment/suspension, la
comparaison est moins bonne : l’interface est beaucoup plus diffuse dans le cas des me-
sures expérimentales. Selon R AO et collab. [2002], cette diffusion serait possiblement due
aux effets de paroi.

91
CHAPITRE 4. VALIDATION

F IGURE 4.22 – Représentation du flux F̂(φ) = φ f (φ) = φ(1 − φ)5.1

Sur la Fig.4.24, nous comparons les profils de fraction volumique analytiques à ceux
obtenus numériquement pour différentes tailles de maille. Tout d’abord, les valeurs des
fractions volumiques φ∗1 et φ∗2 , limites de la zone où se situe l’onde de raréfaction, ob-
tenues numériquement correspondent à celles obtenues analytiquement. Cet intervalle
de l’onde de raréfaction est par ailleurs assez petit ([φ∗1 , φ∗2 ] = [0.409, 0.434]). Ensuite, nous
observerons que les chocs obtenus numériquement correspondent à ceux obtenus analy-
tiquement mais avec une diffusion numérique. Comme d’habitude, diminuer le pas d’es-
pace permet de réduire cette diffusion. Nous constatons également que la diffusion est
beaucoup plus forte pour les deux chocs du front sédiment/suspension (Fig.4.24a) que
pour le choc du front suspension/fluide clair (Fig.4.24b). Par ailleurs, il semble aussi que
le choc entre φ∗2 et φm soit moins marqué par la diffusion que le choc entre φbul k et φ∗1 .
C’est probablement dû au fait que dans l’intervalle [φbul k , φ∗2 ], les caractéristiques ont des
vitesses très faiblement variables, donnant un choc peu intense que la diffusion numé-
rique déstabilise facilement. Le choc entre le fluide clair et la suspension est de ce point
de vue beaucoup plus intense, de même que les chocs étudiés plus haut (figures 4.19 et
4.20). Ces derniers chocs sont donc moins sensibles à la diffusion numérique.

92
CHAPITRE 4. VALIDATION

(a) t̂ ≈ 0.31

(b) t̂ ≈ 0.62

(c) t̂ ≈ 0.93

(d) t̂ ≈ 1.24

F IGURE 4.23 – Profils de concentration pour les temps : (a) t̂ ≈ 0.31, (b) t̂ ≈ 0.62, (c) t̂ ≈ 0.93 et
(d) t̂ ≈ 1.24. Comparaison entre la solution numérique du modèle de cette thèse et les mesures
expérimentales de R AO et collab. [2002].

93
CHAPITRE 4. VALIDATION

(a)

(b)

F IGURE 4.24 – Comparaison entre les ondes de chocs analytiques et numériques pour t̂ ≈ 0.827 (a)
front sédiment/suspension, (b) front suspension/fluide clair.

94
CHAPITRE 4. VALIDATION

4.5 Resuspension visqueuse


La resuspension visqueuse désigne le processus durant lequel, sous l’effet d’un ci-
saillement, un lit de particules denses et non-browniennes initialement sédimentées se
met en suspension jusqu’à atteindre un profil de concentration stationnaire non uni-
forme. Ce phénomène a été observé pour la première fois par G ADALA -M ARIA [1979] dans
un écoulement de particules de charbon en suspension entre deux plaques parallèles.
Plus tard, L EIGHTON et A CRIVOS [1986] et A CRIVOS et collab. [1993] ont expliqué que la
resuspension était le résultat de l’équilibre entre un flux descendant de particules dû à la
gravité et un flux ascendant de particules induit par le cisaillement. Contrairement aux
validations précédentes, la resuspension visqueuse fait intervenir les deux termes de mi-
gration Jmig et de sédimentation used (voir Éq.(3.1c)), ce qui pourrait constituer un bon
test pour notre modèle. Pour plus de détails sur cet écoulement et une étude expérimen-
tale récente, on peut se référer aux travaux de [D’A MBROSIO, 2020; D’A MBROSIO et collab.,
2021].

4.5.1 Resuspension à taux de cisaillement constant


A CRIVOS et collab. [1993] ont étudié la resuspension de quatre types de mélanges diffé-
rents dans une géométrie de Couette cylindrique à faible entrefer. Avec un taux de cisaille-
ment supposé constant à travers le gap, ils ont démontré que la hauteur de resuspension
était uniquement fonction d’un nombre sans dimension A, le nombre de Shields, défini
par :

9 η f γ̇
A= (4.32)
2 g ρp − ρ f h 0
¡ ¢

avec h 0 la hauteur initiale du sédiment et g la constante gravitationnelle. Ce paramètre


représente le rapport entre les forces visqueuses et le poids apparent. Avant de compa-
rer les données simulées aux résultats expérimentaux de A CRIVOS et collab. [1993], il est
possible de calculer pour ce problème une solution semi-analytique stationnaire. En ef-
fet, comme l’entrefer est petit devant le rayon interne, le taux de cisaillement est supposé
constant. L’équation de conservation du volume des particules, qu’on rappelle ci-dessous
(Éq.(4.33)), devient alors à l’état stationnaire équivalente à une EDO.

2a 2 f (φ)
µ 2
∂φ Du 2a f (φ)
µ · ¸¶ ¶
c
+ ∇ .(φu) + ∇ . φ (ρp − ρ f ) g − ∇. × ∇. η f ηs γ̇Σ̂ (4.33)
¡ ¢
= −∇
∂t 9η f Dt 9η f

Déterminons donc cette EDO : nous avons vu précédemment dans la sect.4.1 que, lorsque
la suspension est isodense, l’écoulement est parallèle et la vitesse est donnée sous la
C
forme u = u θ (r )eθ . De plus, le taux de cisaillement s’écrit comme γ̇ = r 2 η f ηs
, avec C une
constante. Lorsque l’entrefer est étroit, le taux de cisaillement est pratiquement constant,
et la migration est très faible. Dans le cas de particules denses, on suppose que l’entre-

95
CHAPITRE 4. VALIDATION

fer est suffisamment étroit pour que la migration radiale puisse être négligée. Par ailleurs,
l’accélération de la suspension k Du 2
Dt k est du même ordre de grandeur que r ω , et ici dans
r ω2
ce problème nous nous limitons à des vitesses de rotation telles que g
¿ 1. Ces hy-
pothèses reviennent à considérer un écoulement entre deux plaques verticales parallèles
ωRi n
pour lequel le taux de cisaillement est uniforme égal à Rout −Ri n
. La fraction volumique est
supposée dépendre seulement de la hauteur z. Dans ce cas, l’Éq.(4.33) devient en régime

permanent ( ∂t = 0) :

2a 2 f (φ) 2a 2 f (φ)
³ ¢´
c
∂ φ 9η (ρp − ρ f )g + × ∇. η f ηs γ̇Σ̂
¡
f 9η f
.=0 (4.34)
∂z

Ainsi, la somme des flux est égale à une constante. Celle-ci est déterminée en se plaçant
aux parois supérieure et inférieure du Couette, là où les flux sont nuls. Ce qui donne alors
une constante égale à zéro :

∂η f ηs γ̇Σ̂czz
− (ρp − ρ f )g φ = 0 (4.35)
∂z

Sachant que γ̇ ne dépend pas de z, on peut donc en déduire facilement l’EDO adimen-
sionnée de l’Éq. (4.36a), où A est le nombre de Shields et ẑ = z/h 0 . La condition de conser-
vation du volume totale des particules est donnée par l’Éq.(4.36b), où h est la hauteur du
sédiment après resuspension et h 0 la hauteur initiale du sédiment de concentration φm .

∂φ 9 1
− φ=0 (4.36a)
∂ẑ 2 A s Σ̂czz
∂η
∂φ
Z h
h0
φ(ẑ)d ẑ = φm (4.36b)
0

Il est possible à partir des équations ci-dessus de montrer que la hauteur de resuspen-
sion ne dépend que du nombre de Shields (voir [A CRIVOS et collab., 1993], nous suivons ici
la même démarche). En effet, après un changement de variable, l’Éq.(4.36a) nous donne
les équations suivantes :

1 ∂ηs Σ̂c33
Z φ(0)
h 2
=− A dφ (4.37a)
h0 9 0 φ ∂φ
Z h
∂ηs Σ̂c33
Z φ(0)
h0 2
φd ẑ = − A dφ (4.37b)
0 9 0 ∂φ

φ(0) est la fraction volumique inconnue à z = 0. En combinant les équations (4.36b) et


(4.37b), nous obtenons :
2 A φ(0) ∂ηs Σ̂c33
Z
1=− dφ (4.38)
9 φm 0 ∂φ

96
CHAPITRE 4. VALIDATION

Ainsi, l’Éq.(4.38) montre que φ(0) ne dépend que du nombre de Shields A. Finalement, en
regroupant les équations (4.37a) et (4.38), nous obtenons :

h − h0 2 φ(0) µ 1 1 ∂ηs Σ̂c33


Z ¶
= A − dφ (4.39)
h0 9 0 φm φ ∂φ

Ce qui montre bien que pour un φm donné, la variation relative de la hauteur de resus-
h−h 0
pension h0
ne dépend que du nombre de Shields A.

Nous voulons maintenant comparer la solution des équations (4.36) aux résultats de
nos simulations numériques. Le dispositif de A CRIVOS et collab. [1993] consiste en une
Ri n
géométrie de Couette cylindrique dont les rayons intérieur et extérieur vérifient Rout

0.92. Le mélange
³ choisi´ pour notre simulation est constitué de particules de verre de rayon
h0
a = 69.5 µm ≈ 132 et de masse volumique ρp = 2450 kg /m 3 dans un fluide de visco-
a
ρp
³ ´
sité η f = 0.471 Pa.s et de masse volumique ρ f = 980 kg /m 3 ρ = 2.5 . La hauteur initiale
f
du sédiment est choisie égale à h 0 = 0.00918 m. Le cylindre externe est fixe tandis que
le cylindre interne tourne à une vitesse de rotation ω donnant ainsi les paramètres sans
(Rout −Ri n )Ri n ωρ f ω2 R i n
dimension : A = 0.733, Re = ηf = 0.367 et g = 0.034. Le maillage de notre
simulation numérique est 3D avec 80 mailles dans la direction orthoradiale et 15 mailles
dans la direction radiale. Afin d’examiner l’influence du maillage vertical sur l’interface
fluide clair/suspension, nous effectuerons deux simulations différentes avec des pas d’es-
∆z 1
pace en vertical de ∆z 1 = 0.038h 0 et ∆z 2 = 4 . On pourra se reporter à la sect.3.5.3 pour
les conditions aux limites.

Sur la Fig.4.25, nous représentons le résultat des simulations numériques comparé à


la solution de l’EDO (4.36). La fraction volumique est tracée en fonction de z au centre
Rout +Ri n
de la l’entrefer (c’est-à-dire pour r = Rc = 2 ). Nous observons alors que les solu-
tions sont en bon accord sauf près de l’interface fluide clair/suspension. En effet, la so-
lution présente théoriquement une dérivée infinie à cet endroit. Ceci s’explique par les
très faibles valeurs prises par Σc33 dès que la fraction volumique est inférieure à une tren-
taine de pourcent. La fraction volumique change très rapidement dans une zone sous-
échantillonnée, la solution numérique est donc marquée par la taille de la maille. Cepen-
dant, diviser cette taille par 4 réduit la différence maximale entre les deux courbes nu-
mériques approximativement dans les mêmes proportions. Par ailleurs, les résultats nu-
γ̇(Ri n )−γ̇(Rout )
mériques montrent une variation radiale du taux de cisaillement de γ̇(Rc ) ≈ 0.16 et
φ(Rout )−φ(Ri n )
une variation radiale de la fraction volumique de φ(Rc ) ≈ 0.042, ce qui est comme
prévu relativement faible. De plus, l’accélération de la suspension k Du
Dt k obtenue numéri-
quement est négligeable par rapport à la gravité ( g1 max(k Du
Dt
k) ≈ 0.0397 ¿ 1), tout comme
le terme ∇ .(φu) qui est très petit par rapport aux autres termes de l’Éq.(4.33) (jusqu’à un
rapport de 20 entre ∇ .(φu) et les autres termes). Ceci confirme donc les hypothèses faites
pour le calcul de la solution semi-analytique et valide la résolution numérique pour ce
problème.

97
CHAPITRE 4. VALIDATION

F IGURE 4.25 – Profil vertical de la fraction volumique calculé au centre de l’entrefer pour A = 0.733
et h 0 = 0.00918 m. Comparaison entre la solution semi-analytique et les solutions numériques
avec un pas d’espace verticale de ∆z 1 = 0.038h 0 et ∆z 2 = ∆z4 1 .

h−h 0
Sur la Fig.4.26 est représentée la hauteur relative de resuspension h0
en fonction du
paramètre A. Nous comparons le résultat analytique de ce modèle avec le résultat théo-
rique du modèle diffusif utilisé par A CRIVOS et collab. [1993], ainsi qu’avec ses mesures ex-
périmentales. Celles-ci sont, pour rappel, réalisées sur 4 mélanges différents (PMMA/huile
silicone ; Particules de verre/huile silicone ; PMMA/huile minérale ; Particules de verre/huile
minérale). Nous pouvons alors observer que le résultat de ce modèle est assez proche des
résultats théoriques et expérimentaux de A CRIVOS et collab. [1993]. Ce qui valide encore
une fois les fonctions matérielles du modèle

4.5.2 Resuspension à large entrefer

Nous décidons maintenant de comparer nos résultats aux expériences de D’A MBRO -
SIO et collab. [2021]. La resuspension est réalisée dans un Couette de rayon interne Ri n =
in R
19 mm et de rayon externe Rout = 24 mm ( Rout ≈ 0.79). Le mélange est composé de par-
ticules de tailles a = 134 µm ( ha0 ≈ 159) et de masse volumique ρp = 1190 kg /m 3 dans
ρp
un fluide de viscosité η f = 0.34 Pa.s et de masse volumique ρ f = 1060 kg /m 3 ( ρ ≈
f
1.12). La hauteur initiale du sédiment est de h 0 = 0.0213 m. On présente ici des cal-
culs pour deux vitesses de rotation ω = 20 r pm et ω = 0.5 r pm donnant respective-
ω2 R i n
ment les paramètres adimensionnés suivant : A ≈ 0.45, 0.011 ; Re ≈ 0.62, 0.015 ; g

0.0085, 0.0000053. Le nombre de Shields A a été calculé avec un taux de cisaillement ca-
ωRi n
ractéristique γ̇c = Rout −Ri n . Par rapport à l’expérience de A CRIVOS et collab. [1993], l’en-
trefer est ici moins petit devant le rayon interne et donc une migration radiale non négli-
geable peut avoir lieu. Nous voulons ici valider nos fonctions matérielles, nous simulons

98
CHAPITRE 4. VALIDATION

F IGURE 4.26 – Hauteur relative de resuspension en fonction du paramètre A. Ligne rouge : pré-
diction théorique du modèle de A CRIVOS et collab. [1993] ; Ligne noire : prédiction théorique du
modèle de cette thèse ; Points bleus : mesures expérimentales de A CRIVOS et collab. [1993] pour 4
suspensions différentes.

F IGURE 4.27 – Profil vertical de concentration obtenu en faisant la moyenne de φ(r ) sur le tiers
central du gap. Comparaison entre les simulations numériques de ce modèle et les expériences de
D’A MBROSIO et collab. [2021] pour ω = 20 r pm et ω = 0.5 r pm

99
CHAPITRE 4. VALIDATION

(a) ω = 0.5 r pm (b) ω = 20 r pm

F IGURE 4.28 – Cartographie, à l’état stationnaire, du taux de cisaillement (normalisé par γ̇c =
ωRi n
Rout −Ri n ) et de la fraction volumique pour : (a) ω = 0.5 r pm et (b) ω = 20 r pm.

l’expérience avec une géométrie 2D axi-symétrique. Les conditions aux limites sont les
mêmes que pour la simulation de la Fig.4.25. Les pas d’espace radial et vertical sont de
∆r ≈ 0.012h 0 et ∆z ≈ 0.0023h 0 . Sur la Fig.4.27, on représente nos résultats numériques
comparés aux expériences de D’A MBROSIO et collab. [2021]. Les résultats sont globa-
lement en bon accord. Cependant, une nouvelle problématique est soulevée. En effet,
notre simulation numérique prédit une migration radiale (Fig.4.28) équivalente à celle
z
qu’on aurait eu dans le cas isodense (Sect.4.1), à savoir pour h0 = 0.94, une variation de
φ(Rout )−φ(Ri n ) φ(Rout )−φ(Ri n )
φ(Rc ) ≈ 0.108 pour ω = 0.5 r pm et φ(Rc ) ≈ 0.111 pour ω = 20 r pm, Rc est
pour rappel le rayon du centre de l’entrefer. D’A MBROSIO et collab. [2021] observent au
contraire pour la resuspension une migration radiale très faible. Dans leur article, ils se
sont posés la question de la raison de cette faible migration. Des hypothèses ont été avan-
cées mais aucune réponse n’a été pour l’instant apportée, ce qui fait que cette probléma-
tique reste encore une question ouverte.

Il est courant dans les études de resuspension de calculer, à partir du profil de la frac-
tion volumique, la contrainte normale dans la direction de la vorticité, c’est-à-dire Σc33 . En
effet, après avoir mesuré le profil vertical stationnaire de la concentration φ(z), les expé-
rimentateurs utilisent l’Éq.(4.35) pour déterminer cette contrainte. Il est donc intéressant
ici d’utiliser numériquement la même approche pour calculer Σc33 et d’observer si nous
obtenons celle que nous avons introduite. Cela viendra confirmer que l’Éq.(4.35) est bien
suffisante pour déterminer cette contrainte. Ainsi, sur la Fig.4.30 est représentée l’expres-

100
CHAPITRE 4. VALIDATION

sion de ηs Σ̂c33 (Éq.(2.33)) comparée aux valeurs de Σczz calculées à partir des résultats de la
Fig.4.27 et de l’Éq.(4.35). Cette comparaison est réalisée pour les deux vitesses de rotation
ω = 20 r pm, ω = 0.5 r pm et pour deux tailles de maille différentes ∆z = 2.35 × 10−3 h 0 ,
∆z = 9.39 × 10−3 h 0 . On observe alors que les résultats sont en accord jusqu’à une cer-
taine concentration, en dessous de laquelle la contrainte calculée s’éloigne de celle intro-
duite. Toutefois, cet écart est lié au maillage de la géométrie. En effet, l’interface suspen-
sion/fluide clair est abrupte (Fig.4.27). On peut rappeler ici qu’en l’absence de migration
∂φ
radiale, la dérivée ∂z
(z = h) est théoriquement infinie (Éq.(4.36a)). Ainsi, comme on peut
l’observer, la concentration en dessous de laquelle Σczz calculée se disperse (Fig.4.30) se
trouve dans la zone de concentration où le profil φ(z) est raide (Fig.4.27). Par ailleurs, la
diminution de la taille des mailles au niveau de l’interface améliore la contrainte calculée
pour les faibles concentrations. Cela peut être constaté sur la Fig.4.30 où en divisant la
taille de la maille par 4, la concentration, en dessous de laquelle une erreur de 10% entre
la valeur calculée par l’intégration de l’Éq.(4.35) et la valeur attendue est dépassée, passe
de 0.3182 à 0.2186 pour ω = 20 r pm et de 0.4987 à 0.4423 pour ω = 0.5 r pm. Par ailleurs,
la Fig.4.29 montre clairement qu’un suréchantillonnage est nécessaire au niveau de l’in-
terface. En effet, sur cette figure est représenté un exemple de profil vertical théorique de
la fraction volumique ainsi que l’expression de φ f (φ) = φ(1 − φ)5.1 que l’on retrouve dans
nos flux. On observe alors une évolution très rapide de cette expression au niveau de l’in-
terface, les flux vont donc varier fortement à cet endroit et par conséquent un meilleur
échantillonnage est nécessaire.

F IGURE 4.29 – (a) Profil vertical théorique de la fraction volumique (axe des ordonnées à gauche).
(b) Profil vertical de φ f (φ) = φ(1 − φ)5.1 (axe des ordonnées à droite).

101
CHAPITRE 4. VALIDATION

(a) ω = 0.5 r pm

(b) ω = 20 r pm

F IGURE 4.30 – Contrainte de contact normalisée dans la direction de la vorticité pour deux vitesses
de rotation : (a) ω = 0.5 r pm, (b) ω = 20 r pm. La courbe noire représente l’expression de −ηs Σ̂c33 ,
les points bleus représentent la contrainte calculée avec ∆z = 9.39 × 10−3 h 0 et les points rouges la
contrainte calculée avec ∆z = 2.35 × 10−3 h 0 .

102
CHAPITRE 4. VALIDATION

4.6 Écoulement de suspensions à travers une expansion abrupte


Le dernier cas de validation est un écoulement complexe qui consiste en un écou-
lement de Poiseuille à travers une expansion abrupte. Comme le montre la Fig.4.31, la
géométrie se caractérise par un agrandissement soudain du diamètre du cylindre. Cet
écoulement est plus complexe que ceux qui ont été traités précédemment : une zone de
Ω−ΩE
recirculation apparaît, et l’intensité de la vitesse angulaire relative γ̇
varie d’une posi-
tion à l’autre, si bien qu’on trouve à la fois des zones de cisaillement simple, d’écoulement
élongationnel, et de mouvement de corps rigide.

F IGURE 4.31 – Représentation de la géométrie de l’écoulement avec les conditions aux limites.

Le but ici est de comparer le résultat de nos simulations numériques aux mesures expéri-
mentales de M ORACZEWSKI et collab. [2005]. Leur expérience consiste en une suspension
concentrée subissant un écoulement stationnaire dans une expansion brusque axisymé-
R2
trique 1 : 4, c’est-à-dire R1 = 4. Le tube en amont a un rayon R1 = 0.238 cm et une lon-
gueur L1 = 61 cm tandis que le tube en aval a un rayon R2 = 0.955 cm et une longueur
L2 = 1.52 m. Afin de réduire le temps de calcul, nous travaillons sur une géométrie 2D
axisymétrique et réduisons la longueur du tube en aval. La géométrie contient au total
25680 mailles et la Fig.4.32 présente le maillage près de l’expansion. Pour les conditions
aux limites (voir Fig.4.31), nous imposons à l’entrée un profil parabolique pour la vitesse,
la fraction volumique est fixée à φbul k tandis que la condition limite pour la pression est
de type "zeroGradient". À la sortie, nous imposons une pression nulle et une condition
"zeroGradient" pour la vitesse et la fraction volumique. On pourra se référer à la section
3.5.3 pour les conditions aux limites au niveau de la paroi extérieure.
Le traitement de cet écoulement nécessite plusieurs régularisations déjà présentées
dans la section 3.6 : régularisation du flux lorsque φ = φm , régularisation de la viscosité à
1 1
cette même fraction volumique et régularisation de γ̇
par γ̇+γ̇²
. Toutefois, cette dernière
régularisation est modifiée lorsqu’on considère un écoulement de Poiseuille dans un tube
de longueur non nulle. En effet, γ̇² qui a été choisi égal à 10−8 γ̇c , avec γ̇c le taux de cisaille-
ment caractéristique, doit être augmenté dans la dérivée de Jaumann. Un γ̇² trop faible
∇)Ê (Éq.(3.6)), ce qui introduit des oscillations numériques.
fait augmenter le terme (u.∇
Nous avons donc choisi de prendre γ̇² = 0.03γ̇c . Le taux de cisaillement caractéristique
U1 U2
est différent selon qu’il s’agit du tube en amont γ̇c = R1 ou en aval γ̇c = R2 . U1 et U2 dési-
gnent respectivement les vitesses moyennes dans les tubes amont et aval.

103
CHAPITRE 4. VALIDATION

F IGURE 4.32 – Maillage de calcul pour la géométrie d’expansion : Le pas d’espace vertical est de
∆y = 8.38 10−3 R2 . Entre x = 63.77 R2 et x = 63.98 R2 , le pas d’espace horizontal est de ∆x = 3.45
10−3 R2 . Ensuite, ce pas augmente avec un rapport de 1.04 (pour x > 63.98 R2 ) et de 1.1 (pour
x < 63.77 R2 ).

Tout d’abord, avant de comparer nos résultats à ceux de M ORACZEWSKI et collab. [2005]
nous allons essayer de décrire la cinématique de cet écoulement. En effet, dans cet écou-
lement, la suspension peut être soumise à une extension pure, un cisaillement simple ou
encore une rotation de corps rigide. La classification du type d’écoulement sera faite en
utilisant le critère introduit par RYSSEL et B RUNN [1999] :

2k∆Ωk
χ= γ̇
(4.40)
2
+ k∆Ωk

avec ∆Ω = ΩE − Ω, la vitesse de rotation relative. Il convient de rappeler que le mo-


dèle étudié ici ne requiert pas le calcul de la vitesse de rotation ΩE . Toutefois, il nous est
nécessaire pour la description de la cinématique (Éq.(4.40)). Nous le calculerons donc en
utilisant la méthode proposée par Z HONG -H ENG et collab. [1992] (voir Annexe B). Ainsi,
χ → 0 correspond à une extension pure, χ → 1 à un cisaillement simple et χ → 2 (c’est-
à-dire γ̇ ¿ k∆Ωk) à une rotation de corps rigide. Nous représentons sur la Fig.4.33 ce
critère pour un nombre de Reynolds de Re = 1.1 et des fractions volumiques à l’entrée de
ρ f R 2 U2
φbul k = 0, φbul k = 0.4. Le nombre de Reynolds est défini ici comme suit : Re = η f ηs (φ) , où
U2 est la vitesse moyenne dans le tube en aval.
On peut donc observer (Fig.4.33) que l’écoulement est essentiellement un écoulement
de cisaillement simple (χ → 1), sauf près de l’expansion. En effet, juste après l’expansion,
près de l’axe de symétrie, nous observons une zone d’extension pure (χ → 0) qui corres-
pond à la décélération de la suspension entrante dans le grand tube. En amont et en aval
de cette zone apparaissent des zones de rotation de corps rigide (χ → 2) où le taux de rota-
tion est plus important que le taux de déformation. En effet, près de l’axe dans les zones de
cisaillement, l’axe d’extension de l’écoulement est orienté par rapport à l’axe du tube avec
un angle de π4 , alors qu’il est orienté perpendiculairement à l’axe dans la zone d’extension.
Les zones où χ → 2 près de l’axe correspondent donc à la rotation de la base propre de Ê
lors du passage d’une zone à l’autre. Enfin, dans le coin, où se trouve la recirculation, on

104
CHAPITRE 4. VALIDATION

(a) φbul k = 0

(b) φbul k = 0.4

F IGURE 4.33 – Classification de l’écoulement avec le critère χ pour un nombre de Reynolds Re =


1.1. La concentration à l’entrée est de 0 pour (a) et 0.4 pour (b).

(a)

(b)

U2
F IGURE 4.34 – Cartographie du taux de cisaillement, normalisé par γ̇c = R2 , en échelle logarith-
mique (a) et de la fraction volumique (b) pour Re = 1.1 et φbul k = 0.4.

trouve un mélange de zones d’extension pure et de rotation de corps rigide. De plus, on


peut noter également que l’extension spatiale des zones où l’écoulement n’est pas un ci-
saillement simple est plus importante dans le cas d’une suspension (Fig.4.33b) que dans
celui d’un fluide newtonien (Fig.4.33a). Sur la Fig.4.34, nous présentons la cartographie
de la concentration et du taux de cisaillement au voisinage de l’expansion. Nous obser-
vons alors que la fraction volumique est sensiblement l’image de la distribution du taux
de cisaillement. Les zones fortement concentrées correspondent aux zones où le taux de
cisaillement est le plus faible. Par ailleurs, la migration est plus importante dans le petit
tube où le gradient du taux de cisaillement est plus élevé.

105
CHAPITRE 4. VALIDATION

x
F IGURE 4.35 – Longueur de recirculation normalisée hr en fonction du nombre de Reynolds Re,
avec h = R2 − R1 . Comparaison avec les résultats de O LIVEIRA et collab. [1998] (pour φbul k = 0) et
les résultats de M ORACZEWSKI et collab. [2005] (pour φbul k = 0.4).

Pour différents nombres de Reynolds, M ORACZEWSKI et collab. [2005] ont mesuré la


longueur de recirculation x r située après l’expansion (voir Fig.4.36) pour une taille de par-
ticule de a = 42.5 µm et une fraction volumique à l’entrée de φbul k = 0.4. Leurs résultats
sont comparés à ceux de notre modèle sur la Fig.4.35. Sur cette figure, la longueur de recir-
culation pour un fluide newtonien (φbul k = 0.0) est également représentée et comparée
aux simulations numériques de O LIVEIRA et collab. [1998]. Comme on peut le constater,
les résultats sont en bon accord. On peut aussi remarquer que la taille des recirculations
est plus grande pour le cas de la suspension. Ainsi, ces résultats constituent une validation
de notre modèle dans le cas d’un écoulement général.

F IGURE 4.36 – Représentation des lignes de courant et de la norme du vecteur vitesse normalisée
par la vitesse moyenne dans le tube en aval U2 . La longueur de recirculation est notée x r .

4.7 Conclusion
Nous avons donc testé notre modèle sur plusieurs situations différentes. Tout d’abord,
sur des écoulements rhéométriques isodenses, qui font principalement intervenir le terme

106
CHAPITRE 4. VALIDATION

de migration. Que ce soit par comparaison avec des solutions analytiques ou avec des ré-
sultats expérimentaux, le modèle montre des résultats satisfaisants. Ceci valide notre ré-
solution numérique et la pertinence de nos fonctions matérielles. Ensuite, l’ajout d’une
différence de densité entre le fluide et les particules, fait intervenir en plus le terme de
gravité. Là encore, le modèle traite bien ces écoulements, si l’on prend toutefois soin de
bien mailler les interfaces. Enfin, l’étude du Poiseuille à expansion abrupt, nous a offert
l’opportunité de tester la capacité de ce modèle à décrire les écoulements complexes. Les
résultats sont une fois de plus satisfaisants. Cependant, dans ce cas, la comparaison avec
les expériences n’a été faite que pour la taille de la recirculation. Nous avons trouvé peu
d’études dans la littérature sur des écoulements de suspensions complexes où de solides
résultats concernant la fraction volumique sont présentés. L’une de ces rares études est
celle sur l’écoulement dans une géométrie de Couette excentrée que nous aborderons en
détail dans le chapitre suivant.

107
CHAPITRE 4. VALIDATION

4.8 Références
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CHAPITRE 4. VALIDATION

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245. 104

110
Chapitre 5

Application : Étude d’un écoulement de


suspensions dans une géométrie de
Couette cylindrique excentrée

Sommaire
5.1 Fluide newtonien . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
5.2 Écoulement de suspensions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
5.3 Resuspension visqueuse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 124
5.4 Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
5.5 Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 137

111
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

Nous avons étudié dans le chapitre précédent l’écoulement de suspensions dans une
géométrie de Couette centrée dans deux situations différentes. À savoir, dans le cas d’une
suspension isodense (Sec.4.1), où les particules migrent vers le cylindre extérieur et puis
dans le cas d’une suspension de particules de densité différente de celle du liquide (Sec.4.5)
où migration et sédimentation sont mises en jeu simultanément, donnant un équilibre
entre les deux flux. Comme il a été expliqué dans la section 2.3.3, bien que l’écoulement
en géométrie de Couette centrée ne soit pas un cisaillement simple, les contraintes dans
ces deux écoulements restent équivalentes.
Dans ce chapitre, nous allons étudier un écoulement de suspensions dans une géo-
métrie de Couette excentrée, c’est à dire lorsque les axes des cylindres intérieur et ex-
térieur sont parallèles mais non confondus. Cet écoulement, présent dans des applica-
tions industrielles, est plus complexe que les écoulements rhéométriques classiques. De
plus, selon l’importance de l’excentricité, des zones d’extension pure ou de rotation de
corps rigide peuvent apparaître. L’étude se fera d’abord sur un fluide newtonien de ma-
nière à décrire l’écoulement puis nous nous intéresserons à l’influence de l’excentricité
sur la migration des particules d’une suspension isodense au travers de la simulation des
expériences de S UBIA et collab. [1998]. Enfin, l’étude 3D du Couette excentré pour une
suspension dense nous permettra d’expliquer les artefacts observés dans certaines expé-
riences de resuspension. Ainsi, avec l’étude de cet écoulement complexe, nous pourrons
ajouter une validation supplémentaire à notre modèle en le comparant aux expériences
mais aussi utiliser celui-ci pour la compréhension physique de l’écoulement.

5.1 Fluide newtonien


L’écoulement d’un fluide newtonien entre deux cylindres excentriques a été largement
étudié, tant sur le plan théorique que numérique. Une des caractéristiques de cet écoule-
ment est l’apparition d’une zone de recirculation à partir d’une certaine valeur d’excentri-
cité. Une première approche pour la résolution analytique de ce problème est l’approxi-
mation de lubrification [G UYON et collab., 2021]. Cette méthode est cependant limitée
aux cylindres de rayons voisins. Une autre approche, plus élaborée, est celle de WANNIER
[1950] qui propose une solution analytique en résolvant des équations biharmoniques sa-
tisfaites par une fonction courant. S UBIA et collab. [1998] proposent une brève bibliogra-
phie où sont recensés plusieurs travaux théoriques et numériques sur ce sujet. On pourra
s’y référer pour plus de détails.
Tout au long de ce chapitre, le cylindre extérieur, centré en Oo et de rayon Rout , sera
immobile, tandis que le cylindre intérieur, centré en Oi et de rayon Ri n , tournera à une
vitesse de rotation ω (voir Fig.5.1). La distance entre les deux axes parallèles sera notée
e et nous définissons comme dans [S UBIA et collab., 1998], le rapport d’excentricité ² =
e
Rout −Ri n . L’origine du repère (ex ,ey ) correspond au centre du cylindre interne Oi . Soit M
un point quelconque situé entre les deux cylindres. Comme illustré sur la figure 5.1, θ

112
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

F IGURE 5.1 – Géométrie de Couette excentrée

(a) (b)

F IGURE 5.2 – Maillage de calcul 2D : 100 mailles dans la direction radiale et 200 mailles dans la
direction orthoradiale. (a) ² = 31 (b) ² = 12 .

113
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

(a) (b)

F IGURE 5.3 – Vitesse de l’écoulement normalisée par la vitesse du cylindre interne ωRi n pour ² = 13 :
(a) Représentation des lignes de courant et de la norme du vecteur vitesse, (b) profil de vitesse
orthoradiale dans le grand gap le long de l’axe ey .

(a) (b)

F IGURE 5.4 – Vitesse de l’écoulement normalisée par la vitesse du cylindre interne ωRi n pour ² = 12 :
(a) Représentation des lignes de courant et de la norme du vecteur vitesse, (b) profil de vitesse
orthoradiale dans le grand gap le long de l’axe ey .

définit l’angle formé par le segment Oi M et l’axe −ey . Nous considérons pour l’instant
que les cylindres sont infinis si bien que l’écoulement est invariant dans la direction ez , et
a lieu dans le plan orthogonal aux axes des cylindres.
On cherche dans un premier temps à calculer la vitesse et la pression associées à cet
écoulement. La géométrie étudiée est celle de S UBIA et collab. [1998], à savoir des cy-
lindres de rayon Ri n = 6.4 mm, Rout = 25.4 mm et des rapports d’excentricité ² = 13 , ² = 12 .
(Rout −Ri n )Ri n ωρ f
Cette première étude est réalisée pour un petit nombre de Reynolds Re = ηf ≈
0.039. Le maillage de la géométrie est 2D avec 100 mailles dans la direction radiale et 200
mailles dans la direction orthoradiale, voir Fig.5.2. Quant aux conditions aux limites, une
vitesse de rotation est imposée sur le cylindre interne tandis qu’une condition "noSlip"
est imposée sur le cylindre externe. Pour la pression, une condition "fixedFluxPressure"
est imposée sur les deux cylindres (voir les sections 3.3.3 et 3.5.3).
Sur la figure 5.5, la pression sur le cylindre externe obtenue par le calcul numérique
est tracée en fonction de l’angle θ pour les deux excentricités et comparée aux solutions

114
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

1
(a) ² = 3

1
(b) ² = 2

F IGURE 5.5 – Profils de pression sur le cylindre extérieur pour des rapports d’excentricité de : (a)
η f ωRi n
² = 13 , (b) ² = 12 . La pression est normalisée par la contrainte de cisaillement typique τ = Rout −Ri n . La
courbe rouge est la solution analytique de WANNIER [1950] tandis que les points bleus désignent
la solution numérique du modèle étudié ici.

115
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

η f ωRi n
F IGURE 5.6 – Distribution numérique de la pression, normalisé par τ = Rout −Ri n , pour ² = 13 . Illus-
tration de l’écoulement qui est une superposition d’un écoulement de Couette et d’un écoulement
de Poiseuille.

analytiques de WANNIER [1950]. De même, sur les figures 5.3 et 5.4, nous représentons les
lignes de courant, la norme du vecteur vitesse ainsi que le profil de vitesse orthoradiale
dans le grand gap le long de l’axe ey . Ce profil est comparé aux solutions théoriques de
WANNIER [1950] pour les deux excentricités. Nous pouvons d’abord observer que les so-
lutions numériques et analytiques sont en très bon accord. Nous notons également que
contrairement à un écoulement de Couette centré, nous avons ici un gradient de pres-
∂p
sion orthoradial non nul ( ∂θ 6= 0, Fig.5.5). De façon approchée, ce gradient de pression est
associé à la formation d’un écoulement de type parabolique (Poiseuille) supplémentaire
dans la direction orthoradiale. L’écoulement est alors une superposition d’un écoulement
de Poiseuille, lié au gradient de pression, et d’un écoulement de Couette, lié à la rotation
du cylindre intérieur [G UYON et collab., 2021]. En effet, l’écoulement étant incompres-
sible, le débit doit nécessairement être conservé. Or, le débit de l’écoulement de Couette
sous-jacent varie avec la position angulaire, puisque l’épaisseur du gap varie, mais pas
la vitesse du liquide au niveau du cylindre interne. Par conséquent, pour assurer cette
conservation, un écoulement de Poiseuille est généré pour contrebalancer cette variation
du débit. Il a lieu dans le sens du cisaillement, pour augmenter le débit, au niveau du
petit gap et dans le sens inverse du cisaillement, pour le diminuer, au niveau du grand
gap (voir Fig.5.6). Dans cette zone, plus l’excentricité est grande, plus l’écoulement de
poiseuille est important. Ainsi, à partir d’une certaine excentricité, un poiseuille de forte
intensité sera capable d’inverser la vitesse et de faire apparaître une zone de recircula-
1
tion. Comme on peut le voir sur les figures 5.3-5.4-5.5, un rapport d’excentricité de ² = 2

116
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

(a) (b)

F IGURE 5.7 – Représentation de la cinématique de l’écoulement pour ² = 13 : (a) Classification de


l’écoulement par le critère χ, (b) taux de cisaillement γ̇ normalisé par le taux de cisaillement près
du cylindre interne γ̇(Ri n ). La figure b est en échelle logarithmique.

1
crée un gradient de pression plus important que pour ² = 3 et donc l’écoulement de Poi-
seuille généré est assez fort pour inverser la vitesse. Tout ceci se retrouve facilement par
une analyse des équations dans les conditions de lubrification (faible entrefer et faible ex-
centricité). L’expression analytique obtenue pour la vitesse est dans ce cas la somme d’un
terme parabolique proportionnel au gradient de pression (caractéristique d’un écoule-
ment de Poiseuille) et d’un terme linéaire (caractéristique d’un écoulement de Couette)
[G UYON et collab., 2021].
Sur les figures 5.7a et 5.8a, nous traçons le critère de classification χ (Éq.(4.40)) in-
troduit dans la sect.4.6. Pour rappel, χ → 0 correspond à une extension pure, χ → 1 à un
1
cisaillement simple et χ → 2 à une rotation de corps rigide. On observe que, pour ² = 3
1
(Fig.5.7a), l’écoulement est de type cisaillement simple, tandis que pour ² = 2 (Fig.5.8a),
l’écoulement est principalement un cisaillement simple excepté sur une zone fine à l’inté-
rieur de la recirculation où apparaissent des zones de rotation de corps rigide et d’exten-
sion pure. La position de cette dernière zone est un peu contre-intuitive puisqu’on aurait
pu penser que les zones d’extension se trouvent plutôt près du petit gap, où celui-ci se
rétrécit puis s’élargit. En réalité, les zones de rotation de corps rigide et d’extension pure
se trouvent au voisinage des régions où le taux de cisaillement s’annule (Fig.5.8b). Ces ré-
gions n’existent que lorsqu’un écoulement de recirculation est généré. On peut noter que
dans le cas ² = 13 , le taux de cisaillement s’annule sur le cylindre externe dans la zone de
1
grand gap (Fig.5.7b), comme il s’annule dans la zone de rotation solide pour le cas ² = 2
1
(Fig.5.8). La raison en est la suivante : la valeur ² = 3 correspond (au moins approxima-
tivement) à l’excentricité limite au-delà de laquelle la recirculation apparaît. On observe

117
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

(a) (b)

F IGURE 5.8 – Représentation de la cinématique de l’écoulement pour ² = 12 : (a) Classification de


l’écoulement par le critère χ, (b) taux de cisaillement γ̇ normalisé par le taux de cisaillement près
du cylindre interne γ̇(Ri n ). La figure b est en échelle logarithmique.

donc les prémices de cette recirculation sur la figure 5.7b.


Nous allons maintenant nous intéresser à l’influence de l’excentricité sur un écoule-
ment de suspensions.

5.2 Écoulement de suspensions

Nous nous intéressons ici à un écoulement de suspension isodense (ρp = ρ f ) dans un


Couette excentré. Nous reprenons l’expérience de S UBIA et collab. [1998] qui, pour rap-
1
pel, consiste en un Couette excentré (² = 3
et ² = 12 ) de rayons Ri n = 6.4 mm et Rout =
25.4 mm. Le mélange est composé de particules de PMMA de rayon a = 337.5 µm et de
masse volumique ρp = 1180 kg .m −3 , en suspension dans un fluide newtonien de visco-
sité η f = 4.95 Pa.s et de masse volumique identique à celle du solide. Le cylindre inté-
rieur tourne à une vitesse angulaire de ω = 90 r pm donnant un nombre de Reynolds de
(Rout −Ri n )Ri n ωρ f
Re = ηf
≈ 0.27. À l’état initial, le Couette contient une suspension uniforme
de concentration φbul k = 0.5. Afin de mieux visualiser l’influence de l’excentricité, nous
commençons par une simulation sur un Couette centrée (² = 0). Les calculs numériques
sont effectués sur le même maillage 2D que dans la section précédente.
Comme nous l’avons vu dans la section 4.1, les particules dans un écoulement de
Couette migrent vers le cylindre extérieur, c’est à dire dans la zone de faible taux de ci-
saillement. Dans le cas présent (Fig.5.9), puisque le gap (Rout − Ri n ) est assez important
et que la concentration initiale est élevée, la migration est considérable et la suspension

118
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

(a) (b)

F IGURE 5.9 – Fraction volumique moyenne numérique pour ² = 0 à l’état stationnaire : (a) distri-
bution (b) profil radial le long de l’axe ey .

F IGURE 5.10 – Fraction volumique moyenne le long de l’axe ey pour ² = 31 et à l’état stationnaire.
Les points bleus correspondent aux expériences de S UBIA et collab. [1998] tandis que la courbe
rouge représente la solution numérique du modèle de cette thèse.

atteint le blocage (φm = 0.583) près du cylindre extérieur.


Nous simulons maintenant les expériences de S UBIA et collab. [1998] pour les rap-
1
ports d’excentricité de ² = 3
et ² = 21 . On peut observer que globalement, les résultats
numériques et les mesures expérimentales (Fig.5.10 et Fig.5.11) sont en bon accord. Ceci
constitue une bonne validation du modèle étudié ici. Les résultats montrent que la dis-
tribution de la concentration est différente pour les deux excentricités (Fig.5.13). En effet,
comme pour le Couette centré, avec une excentricité de ² = 13 , le blocage est atteint, dans
le grand gap, près du cylindre extérieur. En revanche, pour une excentricité de ² = 12 , le
blocage ne se produit pas près du cylindre extérieur mais plutôt au sein de la recircu-
lation. Par ailleurs, comme S UBIA et collab. [1998] l’ont observé expérimentalement et
numériquement, une rupture de symétrie se produit pour les deux excentricités. En ef-

119
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

(a) 40 tours

(b) 1000 tours

(c) 5000 tours

(d) 10000 tours

F IGURE 5.11 – Fraction volumique moyenne à différents instants le long de l’axe ey pour ² = 21 : (a)
40 tours, (b) 1000 tours , (c) 5000 tours, (d) 10000 tours. La solution numérique correspond à la
courbe rouge tandis que les mesures expérimentales de S UBIA et collab. [1998] sont représentées
par des points bleus.

120
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

1 1
(a) ² = 3 (b) ² = 2

F IGURE 5.12 – Classification par le critère χ de l’écoulement de suspensions d’une concentration


initiale φbul k = 0.5 : (a) ² = 13 , (b) ² = 12 .

fet, la fraction volumique est, pour les deux cas, plus importante dans le grand gap avec
un axe de symétrie incliné vers la direction antihoraire (Fig.5.13). En plus de cela, pour le
cas ² = 21 , une forte modulation est observée au voisinage de la zone d’expansion (zone
où l’entrefer s’élargit) à cause de la présence de la recirculation qui, elle, est plutôt incli-
née vers le sens horaire (Fig.5.13c-5.13d). L’asymétrie est alors plus prononcée pour cette
excentricité. La Fig.5.13 montre aussi que la distribution de la fraction volumique pré-
sente les mêmes caractéristiques générales que la distribution du taux de cisaillement,
et ce pour les deux excentricités. La concentration y est forte aux endroits où le taux de
cisaillement est faible, en accord avec la direction habituelle de migration des particules.
Dans le cas ² = 21 , la zone de plus faible taux de cisaillement est déplacée au cœur de la
recirculation, tandis que dans le cas ² = 13 , elle se trouve au voisinage du cylindre externe.
Finalement, dans les deux cas, la migration interagit avec le transport convectif des par-
ticules et contribue à générer un écoulement complexe, asymétrique. Si nous examinons
de nouveau la cinématique de l’écoulement, nous pouvons observer (Fig.5.12) que le cri-
tère de classification χ pour cet écoulement de suspension donne le même résultat que
pour un fluide newtonien dans le cas de l’excentricité ² = 13 , c’est à dire que l’écoulement
est partout un cisaillement simple. Dans le cas de l’excentricité ² = 12 , la zone de rotation
solide est plus étendue, et non symétrique, probablement du fait de l’augmentation de la
concentration au cœur de la zone de recirculation.

Ainsi, en conclusion, dans cet écoulement, la concentration est sensiblement l’image


de la distribution du taux de cisaillement. Les zones fortement concentrées correspondent
aux zones où le taux de cisaillement est le plus faible. De plus, la migration induit une

121
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

(a) (b)

(c) (d)

F IGURE 5.13 – Distribution du taux de cisaillement (normalisé par le taux de cisaillement près du
cylindre interne) en échelle logarithmique et de la fraction volumique accompagnés de lignes de
courant : (a et b) ² = 13 à l’état stationnaire (≈ 6800 tours) ; (c et d) ² = 21 à 10000 tours.

122
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

F IGURE 5.14 – Fraction volumique moyenne, obtenue numériquement, à différents instants pour
² = 12 .

123
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

rupture de symétrie de l’écoulement. Finalement, la recirculation modifie grandement la


cartographie du taux de cisaillement altérant en conséquence les flux de particules, ce qui
rétroagit sur la recirculation pour donner un écoulement complexe. Le développement de
cet écoulement est bien illustré par la Fig.5.14.

5.3 Resuspension visqueuse


Dans cette partie, nous nous intéressons à l’étude de l’excentricité dans une expé-
rience de resuspension. Pour rappel, les particules sont ici plus lourdes que le fluide sus-
pendant (ρp > ρ f ). Ainsi, lorsque le rotor est au repos, la gravité provoque la sédimen-
tation des particules. Lorsque le cylindre intérieur se met à tourner, les contraintes de
contact créent un flux ascendant de particules, s’opposant ainsi à l’effet de la gravité jus-
qu’à atteindre un état stationnaire. Les particules sont alors distribuées de manière non
uniforme dans tout le Couette. Nous allons étudier ici un effet observé par les expéri-
mentateurs et jusqu’ici encore mal compris. En effet, lors de certaines expériences de
resuspension, on peut observer que la surface du sédiment n’est pas horizontale, c’est-à-
dire que la hauteur du sédiment près du cylindre intérieur est différente de celle près du
cylindre extérieur. Cette hauteur varie dans la direction radiale mais aussi dans la direc-
tion orthoradiale. Ce phénomène est en fait causé par une légère excentricité du Couette.
Comme nous le verrons dans la suite, une très faible excentricité provoque une variation
significative de la hauteur du sédiment.
Cette étude a débuté suite aux expériences de D’A MBROSIO et collab. [2021]. En ef-
fet, les auteurs, qui sont membres de notre équipe, ont réalisé, dans le cadre de la thèse
de D’A MBROSIO [2020], des expériences de resuspension dont les premiers résultats ont
montré une surface de sédiment penchée par rapport à l’horizontale (voir Fig.5.15b). Les
résultats du modèle étudié ici ont montré une hauteur de resuspension proche de ces
expériences mais une surface de sédiment horizontale. De façon indépendante, S AINT-
M ICHEL et collab. [2019] ont publié les résultats de leurs expériences de resuspension, où
une légère variation de la hauteur du sédiment dans l’entrefer a également été consta-
tée. Par ailleurs, S AINT-M ICHEL et collab. [2019] avaient accès à deux sections verticales
diamétralement opposées (Fig.5.16). Ils ont observé que les hauteurs du sédiment étaient
différentes dans ces deux sections. Compte tenu de ces observations, nous avons simulé
les expériences réalisées dans ces deux articles en insérant un léger décalage entre les axes
du rotor et du stator, et nous avons pu montrer que ce décalage était à l’origine des varia-
tions de hauteurs du sédiment avec la position dans l’entrefer. Par exemple, ce décalage
a été estimé dans le cas des expériences de la Fig. 5.15b à 250 µm, ce qui est inférieur au
diamètre d’une particule. Sachant que l’épaisseur de l’entrefer est de 5 mm, il en résulte
une excentricité de 5%. Ainsi, comme nous pouvons le constater, une faible excentricité
entraîne une variation non négligeable de la hauteur de resuspension. Nous allons donc
présenter ici une étude numérique de ce phénomène.

124
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

(a) (b)

F IGURE 5.15 – Fraction volumique φ(r, z) sur une section verticale du Couette excentré (² = 0.05)
pour des vitesses de rotation de ω = 10 r pm et ω = 60 r pm : a) simulations de ce modèle, b)
expériences de D’A MBROSIO et collab. [2021].

F IGURE 5.16 – Fraction volumique φ(r, z) sur deux sections verticales diamétralement opposées et
pour différents taux de cisaillement. Image tirée de S AINT-M ICHEL et collab. [2019].

125
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

ω2 R i n ρp a Ri n Ri n
A Re g ρf Rout −Ri n Rout h0 ²
²=0 1.345 1.86 0.076 1.12 0.0268 0.79 0.89 0
² = 0.01 1.345 1.86 0.076 1.12 0.0268 0.79 0.89 0.01
² = 0.05 1.345 1.86 0.076 1.12 0.0268 0.79 0.89 0.05
² = 0.1 1.345 1.86 0.076 1.12 0.0268 0.79 0.89 0.1

TABLEAU 5.1 – Valeurs des 8 nombres sans dimension pour l’expérience de D’A MBROSIO et col-
lab. [2021]. La simulation de cette expérience est réalisée pour différentes excentricités (² =
ρ f ωRi n (Rout −Ri n )
0, 0.01, 0.05, 0.1) et une vitesse de rotation (ω = 60 r pm). Pour rappel : Re = ηf ,
9 η f γ̇c ωRi n
A= 2 g (ρp −ρ f )h 0 , avec γ̇c = Rout −Ri n .

ω2 R i n ρp a Ri n Ri n
A Re g ρf Rout −Ri n Rout h0
²
γ̇ = 25 s −1 0.204 0.45 0.011 2.43 0.0625 0.92 2.61 0.05
γ̇ = 50 s −1 0.408 0.896 0.044 2.43 0.0625 0.92 2.61 0.05
γ̇ = 100 s −1 0.816 1.79 0.178 2.43 0.0625 0.92 2.61 0.05
γ̇ = 250 s −1 2.04 4.48 1.11 2.43 0.0625 0.92 2.61 0.05

TABLEAU 5.2 – Valeurs des 8 nombres sans dimension pour l’expérience de S AINT-M ICHEL et col-
lab. [2019]. La simulation de cette expérience est réalisée pour différents taux de cisaillement
ρ f ωRi n (Rout −Ri n )
(γ̇ = 25 s −1 , 50 s −1 , 100 s −1 , 250 s −1 ) et une excentricité (² = 0.05). Pour rappel : Re = ηf ,
9 η f γ̇c ωRi n
A= 2 g (ρp −ρ f )h 0 , avec γ̇c = Rout −Ri n .

Nous avons mentionné dans l’annexe C, que les équations sous forme adimensionnée
de ce modèle présentent 5 nombres sans dimension dont 4 indépendants. Par ailleurs,
dans le cas présent d’une resuspension en géométrie excentrée, nous avons 3 longueurs
supplémentaires par rapport au cas d’une géométrie centrée, ce qui nécessite la défini-
Ri n Ri n
tion des nombres adimensionnels suivants : Rout , h 0 et ². Dans les tableaux 5.1 et 5.2,
nous présentons les valeurs de ces 8 grandeurs sans dimension pour les expériences de
D’A MBROSIO [2020] et S AINT-M ICHEL et collab. [2019].
Nous nous intéressons d’abord à l’expérience de D’A MBROSIO et collab. [2021] dont
les paramètres sont décrits dans la section 4.5 (voir aussi Tab.5.1). La géométrie 3D contient
80 mailles dans la direction longitudinale, 15 mailles dans la direction radiale et 150 dans
la direction verticale. Les conditions aux limites sont également décrites dans la section
4.5. Sur la Fig.5.15 est représentée une coupe verticale du système (² = 0.05) pour deux
vitesses de rotation. Le résultat numérique du modèle est comparé qualitativement aux
expériences de D’A MBROSIO et collab. [2021]. Il convient de noter que ces expériences
excentrées (Fig.5.15b) n’ont pas été publiées, toutefois le lecteur peut se référer aux au-
teurs de [D’A MBROSIO et collab., 2021] pour plus de précisions. Nous observons donc,
sur la Fig.5.15, une variation radiale de la hauteur du sédiment qui paraît être qualitati-
vement la même pour l’expérience et la simulation numérique. Pour étudier précisément
l’influence de l’excentricité, nous fixons la vitesse de rotation du cylindre interne à ω = 60
r pm et nous étendons la simulation à des rapports d’excentricité de ² = 0, ² = 0.01 et
² = 0.1 (Tab.5.1).

126
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

Comme le Couette est excentré, l’épaisseur de l’entrefer n’est plus constante et va-
rie selon l’angle θ. Sachant que les deux cylindres sont de rayons voisins, l’expression de
l’épaisseur, notée g (θ), est donnée de façon approchée par :

g (θ) ≈ (Rout − Ri n )(1 − ² cos(θ)) (5.1)

La fonction g (θ) est représentée sur la Fig.5.19. Nous représentons sur la Fig.5.17 une

(a) ² = 0 (b) ² = 0.01 (c) ² = 0.05 (d) ² = 0.10

F IGURE 5.17 – Coupe verticale de la concentration à θ = 0 (gap plus étroit) et θ = π (gap plus large)
et pour différentes excentricités : (a) ² = 0, (b) ² = 0.01, (c) ² = 0.05, (d) ² = 0.1. La vitesse de rotation
ici est celle de D’A MBROSIO et collab. [2021].

coupe verticale de la concentration à θ = 0 (gap plus étroit) et θ = π (gap plus large) pour
les différentes excentricités. Nous observons alors une variation de la hauteur du sédi-
ment avec la position dans l’entrefer, qui s’accentue lorsque l’excentricité augmente. De
plus, pour les plus grandes excentricités (Fig.5.17c et Fig.5.17d), la hauteur moyenne de
resuspension dans l’entrefer est plus importante à θ = 0, où le gap est plus petit. L’asymé-
trie est alors plus prononcée dans ces deux cas. Nous représentons également la pression
et le gradient de pression orthoradial, à une hauteur de 20 mm, au niveau des cylindres
interne et externe (Fig.5.18). Comme nous l’avons expliqué dans les sections précédentes,
l’excentricité crée un gradient de pression principalement orthoradial. Celui-ci est d’au-
tant plus fort que l’excentricité est élevée. De plus, si l’on observe les figures 5.18b et 5.19,
les angles qui définissent les extremums du gradient de pression orthoradial (Fig.5.18b)
correspondent à ceux qui définissent les extremums de la variation de l’épaisseur de l’en-
trefer (Fig.5.19). C’est-à-dire que le gradient de pression orthoradial est plus fort là où la
variation du gap est plus élevée (i.e pour θ = π et θ = 0 ). Tout cela est qualitativement sem-
blable au cas du fluide newtonien. Cependant, en plus d’être accéléré ou ralenti comme

127
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

(a)

(b)

η f ωRi n
F IGURE 5.18 – (a) Pression, normalisée par la contrainte de cisaillement typique τ = Rout −Ri n , en
fonction de θ au niveau des cylindres interne et externe et pour différentes excentricités. Cette
pression est recueillie à une hauteur de 20 mm. (b) Gradient de pression longitudinale en fonction
de θ et pour différentes excentricités. La vitesse de rotation ici est celle de D’A MBROSIO et collab.
[2021].

128
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

F IGURE 5.19 – Variation du gap g (θ), normalisé par Rout − Ri n , en fonction de θ

dans le cas de l’écoulement 2D, le fluide est ici entraîné vers le haut ou vers le bas. La va-
riation de la hauteur de resuspension en fonction de θ, au niveau des cylindres extérieur
et intérieur, est illustrée sur la Fig.5.20. Cette hauteur, normalisée par la hauteur de re-
suspension du cas centré pour la même vitesse de rotation, est notée ĥ. On observe alors
que l’excentricité fait augmenter la hauteur moyenne de resuspension. De plus, tandis
que la hauteur normalisée ĥ(θ) varie peu près du cylindre intérieur, elle varie considéra-
blement près du cylindre extérieur, et ce d’autant plus que l’excentricité augmente. Ainsi,
près du cylindre interne, nous avons une différence, par rapport au cas centré, d’environ
12% pour ² = 0.1, 4% pour ² = 0.05 et 0.4% pour ² = 0.01 . En revanche, près du cylindre
externe, cette variation atteint 25% pour ² = 0.1, 10% pour ² = 0.05 et 2% pour ² = 0.01.

Nous nous intéressons maintenant aux expériences de S AINT-M ICHEL et collab. [2019]
qui consistent en une resuspension visqueuse dans un Couette de rayon Ri n = 23 mm,
Rout = 25 mm et de hauteur H = 53.5 mm. Le mélange est composé de particules de den-
sité ρp = 2500 kg .m −3 et de rayon a = 125 µm, en suspension dans un fluide de densité
ρ f = 1030 kg .m −3 et de viscosité η f = 0.23 Pa.s. La hauteur initiale du sédiment est de
h 0 = 70.4a. Comme mentionné plus haut, S AINT-M ICHEL et collab. [2019] observent dans
leurs résultats une légère pente et une différence de hauteur de resuspension (allant de
1% à 9% selon le taux de cisaillement appliqué) entre deux sections opposées. Ils sup-
posent que cela est dû à un léger désalignement de la géométrie puisqu’ils mesurent une
différence de taille de 3% entre les deux sections étudiées. Ainsi, nous allons ici simuler
cette expérience de resuspension en appliquant une excentricité pour différents taux de
cisaillement. Comme nous ne connaissons pas la valeur de l’excentricité du Couette de
S AINT-M ICHEL et collab. [2019], nous prendrons ² = 0.05. Les simulations seront effec-
ωRi n
tuées pour des taux de cisaillement γ̇ = Rout −Ri n
= 25 s −1 , 50 s −1 , 100 s −1 et 250 s −1 don-

129
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

F IGURE 5.20 – Hauteur de resuspension normalisée par la hauteur du cas centré, en fonction de θ
près des cylindres externe et interne et pour différentes excentricités. La vitesse de rotation ici est
celle de D’A MBROSIO et collab. [2021].

(a) γ̇ = 25 s −1 (b) γ̇ = 50 s −1

(c) γ̇ = 100 s −1 (d) γ̇ = 250 s −1

F IGURE 5.21 – Hauteur de resuspension normalisée par la hauteur du cas centré en fonction de
θ près des cylindres externe et interne et pour différents taux de cisaillement : (a) γ̇ = 25 s −1 , (b)
γ̇ = 50 s −1 , (c) γ̇ = 100 s −1 et (d) γ̇ = 250 s −1 . Le rapport d’excentricité est de ² = 0.05. La géométrie
ici est celle de S AINT-M ICHEL et collab. [2019].

130
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

nant les paramètres sans dimension du tableau 5.2. Le maillage est semblable à celui de la
simulation précédente, excepté que le pas spatial vertical a été diminué à ∆z = 1.68 10−3
H. Ainsi, sur la Fig.5.21, la hauteur de resuspension aux cylindres interne et externe, nor-
malisée par la hauteur de resuspension dans un Couette centré est représentée en fonc-
tion de θ pour les différents taux de cisaillement. Nous observons alors que plus le taux
de cisaillement est élevé, plus l’influence de l’excentricité semble être prononcée, notam-
ment au niveau du cylindre extérieur. Si l’amplitude de la courbe ĥ(θ) près du cylindre ex-
térieur est d’environ 12% pour γ̇ = 25 s −1 , celle pour γ̇ = 250 s −1 est de 19%. La différence
de hauteur de resuspension, près du cylindre externe, entre Couette excentré et centré
mais aussi, pour le cas excentré, entre cylindre interne et externe (i.e la pente de la surface
du sédiment) s’accentue quand le taux de cisaillement augmente (voir Fig.5.21). Encore
une fois, les variations de hauteur semblent être liées à la présence d’un fort gradient de
pression. Même si l’excentricité reste la même, le gradient de pression augmente avec la
vitesse de rotation. Nous pouvons par ailleurs observer que les résultats des deux expé-
riences sont différents (Fig.5.20 et 5.21). En effet, le maximum des courbes de la Fig.5.20
n’est pas atteint au même angle que celui des courbes de la Fig.5.21. Ceci pourrait s’ex-
pliquer par le fait que la géométrie de S AINT-M ICHEL et collab. [2019] présente un faible
entrefer, le taux de cisaillement radial varie peu et donc la migration radiale est négli-
geable. Au contraire de l’expérience de D’A MBROSIO et collab. [2021] où l’entrefer n’est
pas petit et donc la migration peut être importante. Pour aller plus loin, on peut exami-
ner les tableaux 5.1 et 5.2 où les grandeurs sans dimension qui définissent l’écoulement
de chaque système sont indiquées. Il y a 7 grandeurs indépendantes, ce qui montre la
complexité de ce système pourtant apparemment simple. En effet, un grand nombre de
mécanismes interviennent ensemble pour piloter l’écoulement : migration radiale, re-
ω2 R i n R i n
suspension, convection, inertie... Les nombres importants A, Re, g
, Rout prennent des
valeurs assez variables, au sein d’une même expérience, et d’une expérience à l’autre.
Comme nous l’avons déjà remarqué, le système de D’A MBROSIO et collab. [2021] présente
un entrefer significativement plus large que celui de S AINT-M ICHEL et collab. [2019]. Par
ω2 R i n
ailleurs, dans l’expérience de S AINT-M ICHEL et collab. [2019], les nombres A, Re et g
varient de façon très importante, et on s’attend donc à des variations de comportement si-
gnificative (Fig.5.21). En ce qui concerne la comparaison des deux systèmes, il est impos-
sible de trouver une configuration pour laquelle l’ensemble des paramètres prendraient
des valeurs proches.
Sur la Fig.5.22, nous représentons la hauteur de resuspension h calculée au centre de
l’entrefer et normalisée par la hauteur initiale du sédiment h 0 en fonction du nombre de
η0 γ̇
Shields Sh = (ρp −ρ f )g a
. Ce nombre, utilisé par S AINT-M ICHEL et collab. [2019] et basé sur
la taille des particules, est différent de A. Nous reportons sur la Fig.5.22 les résultats de
S AINT-M ICHEL et collab. [2019] ainsi que ceux du modèle de cette thèse. Les résultats de
S AINT-M ICHEL et collab. [2019] représentés correspondent à deux positions diamétrale-
ment opposées. Comme nous ignorons la position (l’angle θ) où S AINT-M ICHEL et collab.

131
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

F IGURE 5.22 – Hauteur de resuspension h calculée au centre de l’entrefer et normalisée par la hau-
η γ̇
teur initiale du sédiment h 0 en fonction du nombre de Shields Sh = (ρp −ρ0 f )g a . Les courbes rouges
correspondent aux résultats expérimentaux de S AINT-M ICHEL et collab. [2019] (section droite :
cercles, section gauche : carrés). Les courbes vertes représentent les résultats du modèle de cette
thèse pour ² = 0.05 (hauteur maximale : cercles, hauteur minimale : carrés).

[2019] ont mesuré la hauteur de resuspension, nous avons tracé pour ce modèle la plus
grande et la plus petite hauteur mesurées sur un tour. Nous pouvons alors observer que
les courbes de S AINT-M ICHEL et collab. [2019] sont proches (0.5% de différence pour le
plus petit nombre de Shields et 10% de différence pour le plus grand) tandis que celles de
notre modèle sont plus éloignées (16% de différence pour le plus petit nombre de Shields
et 15% de différence pour le plus grand). Cependant, il convient de savoir que S AINT-
M ICHEL et collab. [2019] utilisent un h 0 différent pour chaque section, c’est à dire qu’il
existe une différence relative de 6% entre le h 0 de la section gauche et celui de la section
droite. Ainsi, si l’on tient compte de cette différence, la variation entre leurs deux courbes
sera plus importante. Mais encore une fois, il est difficile de comparer quantitativement
expérience et simulations puisque nous ne connaissons pas l’excentricité exacte dans le
cas expérimental. D’autre part, étant donné que nos hauteurs de resuspension sont plus
petites (Fig.5.22), il est possible que l’excentricité du Couette de S AINT-M ICHEL et collab.
[2019] soit supérieure à 5%.

Nous nous intéressons maintenant à l’influence de l’excentricité sur le calcul de la


contrainte normale dans la direction de la vorticité à partir du profil vertical de la fraction
volumique. Nous avons vu dans la sect.4.5 que les expérimentateurs déterminaient cette
contrainte à partir de la concentration mesurée et en utilisant l’Éq.(5.2), obtenue à partir
de l’équation de conservation du volume des particules (voir sect.4.5 pour le détail du
calcul).
∂Σczz
− (ρp − ρ f )g φ = 0 (5.2)
∂z

132
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

Nous calculons de nouveau la contrainte Σczz en intégrant le profil de fraction volumique


vertical issu de la simulation pour le Couette centré et nous la comparons à l’expression
de la contrainte Σc33 pour un cisaillement simple (Éq. (2.33)), qui est utilisée dans la si-
mulation. Cette contrainte est ici normalisée par le taux de cisaillement local. Encore une
fois, nous observons (Fig.5.23) que les solutions sont en accord sauf pour les concentra-
tions les plus faibles. Toutefois, nous avions montré dans la sect.4.5 que cela était dû au
caractère raide de la solution φ(z) et que la diminution du pas d’espace à l’interface sus-
pension/liquide clair améliorait le résultat. Nous calculons maintenant cette contrainte
pour le Couette excentré au milieu de l’entrefer, c’est à dire sur le cylindre de centre Oi
Rout +Ri n
et de rayon 2 . Nous observons alors (Fig.5.24) que la contrainte Σczz /η f γ̇ calculée à
partir de l’Éq.(5.2) ne correspond plus à l’expression de ηs Σ̂c33 . Il semble clair que la taille
de la maille ne joue plus de rôle déterminant ici, au moins en première approximation,
puisque la courbe issue de l’intégration de l’Éq.(5.2) se sépare de la courbe attendue à
une fraction volumique qui ne dépend pas de la vitesse de rotation, c’est à dire de l’in-
tensité de la resuspension, comme c’était le cas pour la géométrie centrée. Ainsi l’Éq.(5.2)
semble ne plus être valable lorsque le rotor est excentré. L’excentricité fait émerger des
flux dans les directions verticale et orthoradiale (voir Éq.(4.33)) que l’Éq.(5.2) ne prend
pas en compte. Pour³ illustrer cela, nous représentons sur la Fig.5.26, la divergence ´des
2a 2 f (φ) 2a 2
f (φ)
´ ³
flux de migration ∇ . 9η × ∇. η f ηs γ̇Σ̂c , de sédimentation ∇ . φ 9η (ρp − ρ f )g et
¡ ¢
f f
de convection ∇ .(φu) pour les Couettes centré et excentré. Nous observons alors que la
convection est faible par rapport aux autres flux dans le cas centré alors que pour le cas ex-
centré, elle est du même ordre de grandeur. Ainsi, nous notons que l’Éq.(5.2) ne convient
plus dans le cas excentré et que l’utilisation de Éq.(4.33) est plus appropriée. On peut par
ailleurs noter que la contrainte Σczz /η f γ̇ directement issue du solver est bien superpo-
sée à la valeur attendue ηs Σ̂c33 (Fig.5.25), ce qui semble signifier que le cisaillement se fait
majoritairement dans le plan horizontal. Nous constatons donc, dans le cadre de l’utilisa-
tion de notre modèle, l’influence qu’une petite excentricité peut avoir sur la mesure de la
contrainte Σczz . Toutefois, il faut rappeler que nous ne prenons pas en compte ici la rhéo-
fluidification alors qu’elle semble jouer un rôle important dans les expériences (S AINT-
M ICHEL et collab. [2019]). Par ailleurs, rappelons ici que nous avons choisi la contrainte
de contact comme moteur de la migration. Comme nous l’avons discuté au paragraphe
2.2.1, d’autres choix sont possibles. Il est possible que dans ce cas, le décentrement n’ait
pas les mêmes conséquences sur la mesure de Σczz , quantitativement ou même qualitati-
vement. Il serait bien sûr intéressant d’étudier ce problème.

5.4 Conclusion
Dans ce chapitre, nous avons présenté une étude de l’influence de l’excentricité dans
un écoulement de suspensions en géométrie de Couette. La première partie, consacrée à
un fluide newtonien, nous a permis de mieux comprendre cet écoulement. En effet, celui-

133
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

(a) γ̇ = 25 s −1 (b) γ̇ = 50 s −1

(c) γ̇ = 100 s −1 (d) γ̇ = 250 s −1

F IGURE 5.23 – Contrainte de contact normalisée dans la direction de la vorticité pour le Couette
centré : (a) γ̇ = 25 s −1 , (b) γ̇ = 50 s −1 , (c) γ̇ = 100 s −1 et (d) γ̇ = 250 s −1 . La courbe bleue repré-
sente l’expression de −ηs Σ̂c33 , tandis que les points oranges correspondent à la contrainte calculée
en intégrant le profil de fraction volumique vertical (Éq.(5.2)). Le calcul est réalisé au centre de
R +R
l’entrefer, c’est à dire sur le cylindre de centre Oi et de rayon out2 i n .

ci est la superposition d’un écoulement de Couette et d’un écoulement de Poiseuille. Pour


sa cinématique, nous avons constaté que l’écoulement était principalement de type ci-
saillement simple, sauf lorsque l’excentricité est suffisamment élevée pour générer une
recirculation, auquel cas, nous pouvons observer des zones d’extension pure et de rota-
tion solide à proximité de cette recirculation. Dans la deuxième partie, nous nous sommes
intéressés à une suspension isodense, en nous basant sur les expériences de S UBIA et col-
lab. [1998]. Nous avons observé que la migration est influencée par l’excentricité, surtout
dans le cas où une recirculation est présente. De plus, la comparaison avec les mesures
expérimentales de S UBIA et collab. [1998] a été satisfaisante, ce qui ajoute une validation
supplémentaire à ce modèle. Enfin, la dernière partie a été consacrée à la resuspension
visqueuse, où le modèle de cette thèse nous a permis de comprendre un peu mieux les ar-
tefacts observées expérimentalement et cela grâce notamment à la capacité de ce modèle
à décrire les écoulements quelconques à 3 dimensions.

134
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

(a) γ̇ = 25 s −1 (b) γ̇ = 50 s −1

(c) γ̇ = 100 s −1 (d) γ̇ = 250 s −1

F IGURE 5.24 – Contrainte de contact normalisée dans la direction de la vorticité pour le Couette
excentré (² = 0.05) : (a) γ̇ = 25 s −1 , (b) γ̇ = 50 s −1 , (c) γ̇ = 100 s −1 et (d) γ̇ = 250 s −1 . La courbe bleue
représente l’expression de −ηs Σ̂c33 , tandis que les points correspondent à la contrainte calculée
en intégrant le profil de fraction volumique vertical (Éq.(5.2)). Le calcul est réalisé au centre de
R +R
l’entrefer, c’est à dire sur le cylindre de centre Oi et de rayon out2 i n . Les différentes couleurs des
points correspondent à différents angles θ.

(a) γ̇ = 25 s −1 (b) γ̇ = 250 s −1

F IGURE 5.25 – Contrainte de contact normalisée dans la direction de la vorticité pour le Couette
excentré (² = 0.05) : (a) γ̇ = 25 s −1 , (b) γ̇ = 250 s −1 . La courbe bleue représente l’expression de
−ηs Σ̂c33 , tandis que les points correspondent à la contrainte directement issue de la simulation
avec OpenFOAM. Le calcul est réalisé au centre de l’entrefer, c’est à dire sur le cylindre de centre
R +R
Oi et de rayon out2 i n . Les différentes couleurs des points correspondent à différents angles θ.

135
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

(a)

(b)

F IGURE 5.26 – Profil vertical de la Divergence des flux de migration, sédimentation et convection
pour un Couette centré (a) et excentré (b). Ce profil est déterminé pour un taux de cisaillement de
γ̇ = 25 s −1 .

136
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

5.5 Références
D’A MBROSIO, E. 2020, Imagerie de suspensions pour la mesure des contraintes particu-
laires dans les suspensions non-browniennes, thèse de doctorat, Université Côte d’Azur.
124, 126

D’A MBROSIO, E., F. B LANC et E. L EMAIRE. 2021, «Viscous resuspension of non-brownian


particles : determination of the concentration profiles and particle normal stresses»,
Journal of Fluid Mechanics, vol. 911, doi :10.1017/jfm.2020.1074, p. A22. 124, 125, 126,
127, 128, 130, 131, XVII, XVIII, XXI

G UYON , E., J.-P. H ULIN et L. P ETIT. 2021, Hydrodynamique physique, EDP Sciences, doi :
doi:10.1051/978-2-7598-0893-9. 112, 116, 117

S AINT-M ICHEL , B., S. M ANNEVILLE, S. M EEKER, G. O VARLEZ et H. B ODIGUEL. 2019, «X-


ray radiography of viscous resuspension», Physics of Fluids, vol. 31, no 10, doi :10.1063/
1.5103271, p. 103 301. 124, 125, 126, 129, 130, 131, 132, 133, XVII, XVIII, XXI

S UBIA , S., M. I NGBER, L. M ONDY, S. A LTOBELLI et A. G RAHAM. 1998, «Modeling of concen-


trated solutions using a continuum constitutive equation», Journal of Fluid Mechanics,
vol. 373, doi :10.1017/S0022112098002651, p. 193 – 219. 112, 114, 118, 119, 120, 134,
XVII

WANNIER , G. H. 1950, «A contribution to the hydrodynamics of lubrication», Quarterly of


Applied Mathematics, vol. 8, no 1, p. 1–32, ISSN 0033569X, 15524485. 112, 115, 116, XVII

137
CHAPITRE 5. APPLICATION : ÉTUDE D’UN ÉCOULEMENT DE SUSPENSIONS DANS
UNE GÉOMÉTRIE DE COUETTE CYLINDRIQUE EXCENTRÉE

138
Chapitre 6

Conclusion et perspectives

Sommaire
6.1 Synthèse . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 140
6.2 Perspectives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 144
6.2.1 Amélioration du modèle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 144
6.2.2 Instabilité de Taylor-Couette . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 144
6.2.3 Transfert thermique dans les écoulements de suspensions . . . . . 146
6.3 Références . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151

139
CHAPITRE 6. CONCLUSION ET PERSPECTIVES

6.1 Synthèse

L’objectif de ce travail était de développer un modèle permettant de simuler des sus-


pensions non-browniennes concentrées en écoulement rhéométrique ou général. Notre
choix s’est porté sur une modélisation continue à une phase. Celle-ci est en effet moins
coûteuse en calcul que les modèles diphasiques ou les simulations discrètes. Dans ce but,
nous sommes partis des équations d’équilibre des phases particulaire et fluide pour la
quantité de mouvement et la masse. La combinaison de ces équations diphasiques nous
a permis de déterminer les équations d’équilibre pour la quantité de mouvement et la
masse du mélange ainsi qu’une équation d’équilibre pour la fraction volumique solide.
Le passage du modèle diphasique au modèle à une phase a néanmoins nécessité une ap-
proximation. Celle-ci consistait à supposer que, dans tous les termes inertiels, la vitesse
relative était négligeable par rapport à la vitesse moyenne. Cette hypothèse était néces-
saire pour supprimer l’une des deux vitesses des équations. Certains termes inertiels ont
donc été négligés afin d’obtenir des équations ne dépendant que d’une seule vitesse, la
vitesse moyenne u. L’approximation a été bien vérifiée lors de nos simulations et semble
être correcte exceptée pour la sédimentation. En effet, dans cet écoulement, la vitesse
moyenne est nulle contrairement à la vitesse relative. L’approximation est dans ce cas in-
appropriée. Cependant, les termes qui ont été négligés par cette approximation restent
très faibles par rapport aux termes de gradient de pression ou de gravité. Cela n’a donc eu
aucune influence sur les solutions.
Le modèle continu à une phase ainsi obtenu, proche du Suspension Balance Model,
nécessitait des relations constitutives pour les contraintes afin de fermer le système d’équa-
tions. Ces relations devaient être invariantes par changement de référentiel pour pouvoir
simuler tout écoulement général. Nous nous sommes alors intéressés à la loi constitu-
tive introduite par L HUILLIER [2009] et inspirée de l’équation Criminale-Ericksen-Filbey
[B IRD et collab., 1987; C RIMINALE et collab., 1957]. Cette loi a l’avantage de n’avoir que 4
paramètres ce qui rend sa calibration très facile. Elle a néanmoins été légèrement modi-
fiée pour ce travail. En effet, nous avons choisi de travailler avec une dérivée de Jaumann
D Ê
du tenseur réduit des taux de déformation Dt
au lieu de celle du tenseur des taux de dé-
DE D Ê
formation Dt . Avec Dt , la loi s’adapte mieux aux mesures expérimentales effectuées dans
un écoulement de cisaillement simple variant dans le temps. Une variation rapide du ci-
DE
saillement peut augmenter de manière significative le terme Dt
et donc la contrainte. En
D Ê
revanche, avec Dt
, c’est le type d’écoulement de déformation extensionnelle subi par le
fluide qui est pris en compte et non son intensité qui, elle, est mesurée par le taux de
cisaillement γ̇. Les 4 paramètres libres de cette loi ont ensuite été déterminés à l’aide de
nos fonctions matérielles issues d’un ajustement des résultats de simulations discrètes de
[G ALLIER et collab., 2014; L OBRY et collab., 2019; P ETERS et collab., 2016].

Le modèle développé a ensuite été appliqué à deux écoulements rhéologiques clas-

140
CHAPITRE 6. CONCLUSION ET PERSPECTIVES

siques largement analysés dans le contexte expérimental, à savoir les écoulements en ré-
gime permanent de Couette et torsionnel. Bien que l’écoulement de Couette ne soit pas
un écoulement de cisaillement simple, l’expression de la contrainte donnée par ce mo-
dèle est équivalente à celle du cisaillement simple. Ceci car la dérivée de Jaumann, seule
contribution qui pourrait différer entre les deux écoulements, s’écrit de la même façon
dans la base propre du tenseur de taux de déformation E. En effet, le tenseur E avec le ten-
seur de vitesse de rotation relative −∆Ω forment un écoulement de cisaillement simple,
où le taux de déformation et le taux de rotation relatif sont égaux. La même conclusion est
obtenue pour l’écoulement de torsionnel. L’approximation par M ORRIS et B OULAY [1999]
de ces écoulements par des écoulements de cisaillement simple semble être justifiée.
Le modèle a également été appliqué à des écoulements extensionnels homogènes et
stationnaires. Les résultats obtenus, en particulier les rapports de Trouton (RT), ont été
comparés aux simulations discrètes de C HEAL et N ESS [2018]. Le comportement prédit
pour les suspensions est assez proche de celui d’un liquide newtonien. La concordance
entre le modèle et les simulations discrètes est très satisfaisante, sauf au voisinage im-
médiat du point de blocage. Par ailleurs, la comparaison avec les quelques études expéri-
mentales sur ces écoulements est difficile puisque la rhéofluidification est observée dans
ces expériences et que celle-ci n’est pas prise en compte dans ce modèle. Cependant, le
RT donné par le modèle étudié ici est en accord qualitatif avec la gamme de RT expéri-
mentale.

L’implémentation numérique du modèle a été réalisée à l’aide du logiciel libre Open-


FOAM qui utilise la méthode des volumes finis pour la discrétisation des équations. Nos
choix en matière de schémas d’interpolation numérique, de maillage ou de solveurs des
systèmes linéaires nous ont apporté une précision et un temps de calcul convenables.
La conservation des quantités résolues est également bien respectée. Par ailleurs, l’algo-
rithme PIMPLE nous a permis de contourner les conditions de stabilité introduites par
les termes explicites et donc de choisir assez librement le pas de temps.
Le modèle et son implémentation ont été validés sur plusieurs écoulements rhéomé-
triques. Tout d’abord, cela a été réalisé par l’étude de la migration d’une suspension iso-
dense dans des écoulements de Couette, Poiseuille et torsionnel. La solution théorique
de ces écoulements a été calculée et comparée aux solutions numériques obtenues. Les
résultats sont très satisfaisants, ce qui valide la résolution numérique. De plus, la com-
paraison avec les mesures expérimentales a également été concluante, ce qui valide la
pertinence de nos fonctions matérielles. La validation sur une suspension dense a été réa-
lisée par l’étude de la sédimentation des particules et de la resuspension visqueuse. Cette
dernière nous a permis de tester notre modèle dans un écoulement où les termes de sé-
dimentation et de migration sont simultanément impliqués. Par ailleurs, l’importance du
choix du schéma numérique pour le terme de sédimentation ainsi que l’influence de la
taille de maille aux interfaces ont été étudiées. Là encore, la comparaison des résultats

141
CHAPITRE 6. CONCLUSION ET PERSPECTIVES

numériques avec les prédictions théoriques et les mesures expérimentales a été satisfai-
sante.
Toutes ces validations ont démontré la capacité de ce modèle à décrire correctement
une suspension en écoulement rhéométrique.

L’étude d’un écoulement de suspension dans un tube rencontrant une expansion abrupte
nous a permis de tester notre modèle dans le cas d’un écoulement complexe. En effet,
si cet écoulement se comporte principalement comme un écoulement de cisaillement
simple, à proximité de l’expansion, où une recirculation se développe, se trouvent des
zones d’extension pure et de rotation solide. La validation du modèle a été réalisée en
comparant la taille de la recirculation obtenue numériquement à celle des expériences
de M ORACZEWSKI et collab. [2005]. Là encore, les résultats ont été très convaincants.
Nous avons ensuite étudié un écoulement de suspension dans une géométrie de Couette
excentrée. Tout d’abord, l’étude d’un fluide newtonien nous a permis de décrire et de
comprendre cet écoulement. En effet, l’excentricité crée un gradient de pression ortho-
radial qui va générer un écoulement de Poiseuille dans l’écoulement de Couette. À partir
d’une certaine valeur d’excentricité, l’écoulement de Poiseuille généré sera suffisamment
fort pour inverser la vitesse et faire apparaître une zone de recirculation. Par ailleurs, cet
écoulement est principalement de type cisaillement simple excepté lorsqu’une recircula-
tion apparaît où l’on peut observer au sein de cette dernière des zones d’extension pure
et de rotation solide, toutes deux d’extension spatiale modérée. Dans le cas d’une suspen-
sion isodense, nous avons observé l’influence que peut avoir l’excentricité du Couette sur
la distribution de la fraction volumique. La cartographie du taux de cisaillement est en
effet différente par rapport au cas d’une géométrie centrée, ce qui modifie la migration.
La symétrie est rompue et dans le cas où il y a recirculation, la fraction volumique at-
teint, dans le grand entrefer, sa valeur maximale au sein de cette zone de recirculation. La
comparaison des profils de fraction volumique obtenus numériquement avec ceux des
expériences de S UBIA et collab. [1998] a été satisfaisante.
Enfin, le modèle a été utilisé dans le cas d’une resuspension dans une géométrie de
Couette excentrée pour comprendre les surfaces de sédiments non horizontales obser-
vées dans certaines expériences de resuspension. L’excentricité va en effet provoquer des
variations de la hauteur de resuspension dans les directions radiale et orthoradiale. Elle va
également augmenter la hauteur moyenne de resuspension par rapport à une géométrie
centrée. Là encore, la cause est due au gradient de pression généré par l’excentricité qui
va faire monter ou descendre le fluide pour assurer la conservation du débit. Les résultats
obtenus sont en accord qualitatif avec les expériences. Par ailleurs, nous avons montré
que l’équation utilisée par les expérimentateurs pour calculer la contrainte normale dans
la direction de la vorticité à partir de la mesure du profil vertical de fraction volumique,
n’était plus complètement valable dans le cas excentré car le flux de convection était de-
venu non négligeable. L’équation complète de conservation du volume des particules est

142
CHAPITRE 6. CONCLUSION ET PERSPECTIVES

alors nécessaire.
Ainsi, toutes ces études ont permis de confirmer la capacité du modèle à traiter des
écoulements complexes.

Ce modèle n’est toutefois pas adapté à tous les écoulements. En effet, il est connu que
la modélisation d’écoulements de suspensions variant rapidement dans le temps, comme
l’inversion du cisaillement, nécessite la prise en compte de la microstructure de la sus-
pension et de son évolution temporelle. De tels écoulements requièrent des modèles plus
complexes utilisant un tenseur de structure S permettant de rendre compte de la micro-
structure induite par le cisaillement. Dans ce travail, nous ne nous sommes pas intéressés
à des écoulements présentant des variations brusques de gradient de vitesse et de mi-
crostructure. Nous nous sommes intéressés aux écoulements variant lentement dans le
temps et l’espace, c’est-à-dire aux écoulements quasi-statiques. Par ailleurs, l’analyse des
lois constitutives utilisées ici a mis en évidence des classes d’écoulements pour lesquelles
des problèmes sont attendus. En effet, il semble que le modèle ne puisse pas décrire cor-
rectement des écoulements tels que 1/γ̇ kD Ê/Dt k À 1. Cela signifie que le modèle ne peut
a priori pas gérer les écoulements où le tenseur réduit de taux de déformation varie rapi-
dement à l’échelle d’une déformation unitaire. C’est le cas notamment quand la vitesse
de rotation relative k∆Ωk est beaucoup plus forte que le taux de déformation. On pourra
nuancer cette affirmation en notant que nous avons rencontré au cours de ce travail deux
écoulements présentant des zones de forte variation de Ê : l’écoulement de Poiseuille au
passage d’une expansion abrupte d’une part, et l’écoulement de Couette excentré d’autre
part. Dans ce dernier cas, la répartition de fraction volumique calculée montrait un ac-
cord satisfaisant avec les expériences. Dans le premier cas, nous nous sommes limités à
une comparaison des tailles de la zone de recirculation, avec de nouveau un bon accord
avec l’expérience.
On peut se demander s’il n’est pas plus avantageux de supprimer le terme 1/γ̇ D Ê/Dt
de la loi constitutive. En effet, ce terme est celui qui rend compte de la première diffé-
rences de contraintes normales N1 . Comme celle-ci, que ce soit dans les fonctions maté-
rielles de la littérature ou dans celles de ce travail, est relativement faible, il est légitime de
s’interroger sur l’importance qu’elle peut avoir dans les écoulements de suspensions. Si
son influence est minime, nous pourrions supprimer le terme 1/γ̇ D Ê/Dt et ainsi élimi-
ner les imperfections du modèle.
Quoi qu’il en soit, malgré ces quelques imperfections, le modèle étudié ici reproduit
bien les écoulements de suspensions quasi-stationnaires sans variations discontinues de
la microstructure.

143
CHAPITRE 6. CONCLUSION ET PERSPECTIVES

6.2 Perspectives

Ce travail ouvre la voie à plusieurs perspectives, notamment l’amélioration du mo-


dèle ou l’utilisation de celui-ci pour la résolution de certains problèmes physiques. Des
essais ont d’ailleurs été entrepris et des résultats encourageants ont été observés. En effet,
le modèle étudié ici a été utilisé pour des études préliminaires sur le couplage suspen-
sion/thermique et l’instabilité de Taylor-Couette.

6.2.1 Amélioration du modèle

Nous avons mentionné à plusieurs reprises dans ce travail la rhéofluidification ob-


servée par les expérimentateurs notamment dans les suspensions concentrées. Il serait
donc pertinent d’introduire cette rhéofluidification dans ce modèle. Ceci peut être fait
par la détermination de nouvelles fonctions matérielles qui seraient fonction du taux de
cisaillement, en particulier la fraction volumique de blocage φm .
Nous avons également évoqué que ce modèle présentait quelques imperfections, no-
tamment qu’il ne pouvait pas décrire correctement les écoulements où le tenseur ré-
duit de taux de déformation Ê varie rapidement à l’échelle d’une déformation unitaire.
Cette imperfection du modèle peut entraîner certaines instabilités numériques. En effet,
lorsque l’on simule un écoulement où les variations du tenseur Ê sont rapides, le terme
∂Ê
temporel de la dérivée de Jaumann ∂t
peut faire diverger la solution. Pour pallier à ces
difficultés, il serait possible d’envisager une évolution du modèle qui, de façon analogue
aux modèles développés pour les polymères, s’écrirait :

∂Σ 1 D Ê
µ · ¸¶
γc (φ) + γ̇Σ = γ̇ η f γ̇ ψ0 (φ)I + 2ψ1 (φ)Ê + 4ψ2 (φ)Ê.Ê + ψ3 (φ) (6.1)
∂t γ̇ Dt

où la déformation caractéristique γc (φ) s’ajouterait à la liste des fonctions matérielles


qu’il faudrait déterminer à partir de simulations discrètes ou d’expériences.

6.2.2 Instabilité de Taylor-Couette

L’instabilité de Taylor-Couette a été récemment étudiée expérimentalement dans des


écoulements de suspension isodense [M AJJI et collab., 2018; R AMESH et collab., 2019]. Soit
le nombre de Taylor Ta qui définit le rapport entre les forces centrifuges et visqueuses :
s s
ωρ f Ri n (Rout − Ri n ) Rout − Ri n Rout − Ri n
Ta = = Re (6.2)
η Ri n Ri n

avec η = η f ηs (φ) la viscosité de la suspension et ρ f la masse volumique du liquide. Ri n et


ω représentent le rayon et la vitesse du cylindre interne du Couette. Le cylindre externe
est immobile et a pour rayon Rout . Re désigne le nombre de Reynolds.

144
CHAPITRE 6. CONCLUSION ET PERSPECTIVES

Pour un fluide newtonien, lorsque les forces visqueuses dominent les forces centri-
fuges, l’écoulement en géométrie de Couette est stable, les lignes de courant forment des
cercles concentriques. Au-delà d’un nombre de Taylor critique, les forces centrifuges de-
viennent dominantes et des rouleaux toriques stationnaires contrarotatifs apparaissent.
Les rouleaux de cette première instabilité sont appelés rouleaux de Taylor. En augmen-
tant le nombre de Taylor, on arrive à la deuxième instabilité, les rouleaux ne sont plus
stationnaires mais deviennent ondulés, on les appelle rouleaux de Taylor oscillants. En
augmentant encore le nombre de Taylor, on passe par d’autres types d’instabilités avant
d’atteindre un écoulement turbulent.
[M AJJI et collab., 2018] ainsi que [R AMESH et collab., 2019] ont réalisé des expériences
d’instabilité de Couette-Taylor sur une suspension isodense (0 ≤ φbul k ≤ 0.3 pour [M AJJI
et collab., 2018], 0 ≤ φbul k ≤ 0.25 pour [R AMESH et collab., 2019]). Leur géométrie étant
toujours la même, leurs études ont été paramétrées par le nombre de Reynolds au lieu du
nombre de Taylor. Les auteurs ont alors observé que la suspension est moins stable que le
fluide newtonien. En effet, le nombre de Reynolds critique de la suspension, c’est-à-dire
le nombre de Reynolds au-delà duquel la première instabilité est observée, est inférieur à
celui du fluide newtonien. Plus la suspension est concentrée, plus le nombre de Reynolds
critique diminue. Par exemple, pour l’expérience de M AJJI et collab. [2018], le nombre de
Reynolds critique est d’environ 120 pour un fluide newtonien et de 75 pour une suspen-
sion de φbul k = 0.3. Cette diminution du nombre de Reynolds critique (ou du nombre de
Taylor critique) en fonction de l’augmentation de la fraction volumique a d’ailleurs été ob-
servée théoriquement par A LI et collab. [2002]; G ILLISSEN et W ILSON [2019]. Mais le phé-
nomène nouveau observé expérimentalement par M AJJI et collab. [2018]; R AMESH et col-
lab. [2019], est l’apparition d’une nouvelle instabilité instationnaire et non-axisymétrique
entre l’état stable et la première instabilité des rouleaux de Taylor. En effet, nous avons
mentionné plus haut que dans le cas d’un fluide newtonien, la première instabilité était
l’instabilité des rouleaux de Taylor. Dans le cas d’une suspension, cette instabilité des rou-
leaux de Taylor vient après une nouvelle instabilité instationnaire et non-axisymétrique.
Nous avons tenté de réaliser des simulations de telles expériences en 2D pour un
φbul k = 0.10. Les paramètres de nos simulations sont identiques à ceux de l’expérience de
M AJJI et collab. [2018], à l’exception de la hauteur du Couette que nous avons supposée
infinie. D’abord pour un fluide newtonien (Fig.6.1), nous obtenons un nombre de Rey-
nolds critique de 120, ce qui est en accord avec les expériences de [M AJJI et collab., 2018;
R AMESH et collab., 2019]. Ensuite, pour une suspension isodense de φbul k = 0.1, nous
observons également que les particules déstabilisent l’écoulement. Nous pouvons le re-
marquer sur la Fig.6.2, où pour des nombres de Reynolds de 115, 112 et 109 pour lesquels
un fluide newtonien est stable, des rouleaux sont observés et viennent perturber la dis-
tribution de la fraction volumique. De plus, ces rouleaux sont instationnaires et semblent
même être périodiques (Fig.6.3a). En effet, on trouve que lorsque le nombre de Reynolds
est supérieur à 120, les rouleaux sont parfaitement immobiles et lorsque celui-ci est in-

145
CHAPITRE 6. CONCLUSION ET PERSPECTIVES

férieur à 120, les rouleaux se déplacent périodiquement. Ce mouvement périodique des


rouleaux a d’ailleurs été observé par R AMESH et collab. [2019] (Fig.6.3b). En revanche, la
non-axisymétrie de cette instabilité n’a pas pu être observée puisque nous n’avons simulé
cette expérience qu’en 2D.
Par ailleurs, si les expériences n’ont pas élucidé la cause de l’influence des particules
sur l’instabilité de l’écoulement, en examinant chaque terme de nos équations, nous avons
pu introduire un début de réponse. En effet, cette influence des particules semble être liée
à la migration. La migration va modifier la distribution de la fraction volumique et donc la
viscosité. Cette variation de viscosité, même très faible, semble déstabiliser l’écoulement.
Cette hypothèse est renforcée par les expériences de M AJJI et collab. [2018] qui en chan-
geant la taille des particules, observent une influence sur l’instabilité. Sachant que la taille
des particules intervient principalement dans la migration, on en vient à supposer le rôle
de la migration dans cette instabilité.
Néanmoins, tout ceci n’est qu’un travail préliminaire et doit être approfondi. Des si-
mulations 3D doivent être réalisées, et les nombres de Reynolds critiques doivent être dé-
terminés pour différentes fractions volumiques, notamment pour les suspensions concen-
trées. Ce sujet mérite que l’on s’y intéresse de plus près dans des travaux futurs.

6.2.3 Transfert thermique dans les écoulements de suspensions

Au cours de cette thèse, nous avons essayé d’étudier le couplage thermique/suspension.


Ce couplage est présent dans plusieurs applications, comme les coulées de lave, les évents
hydrothermaux, l’industrie du verre ou la géothermie. Ces dernières années, plusieurs
travaux ont tenté de modéliser ce couplage, que ce soit avec le SBM [D BOUK, 2018], le
modèle de flux diffusif [W U et collab., 2017] ou le modèle diphasique [N AGRANI et collab.,
2021]. Cependant, les études expérimentales dans ce domaine sont très peu nombreuses.
Il est donc difficile de valider de tels modèles. Nous avons cherché à étudier la thermique
en simulant numériquement l’instabilité de Rayleigh-Bénard dans un écoulement de sus-
pension. L’équation de température du mélange que nous avons utilisé s’écrit :

∂ ρCp m T
¡ ¢
+ ∇ . ρCp m uT = ∇ . (κm ∇ T) (6.3)
¡¡ ¢ ¢
∂t

avec :
ρCp m = φρp Cp p + (1 − φ)ρ f Cp f (6.4)
¡ ¢

2φ 2φ
µ µ ¶ ¶
κm = κp + 1 − κ f + 0.046 ∗ 4 ∗ a 2 φγ̇ ρCp m (6.5)
¡ ¢
1+φ 1+φ
Cp m , Cp p et Cp f sont respectivement les chaleurs massiques du mélange, des particules
et du fluide. κm , κp et κ f sont respectivement les conductivités thermiques du mélange,
des particules et du fluide. L’expression de κm a été adaptée par D BOUK [2018] à partir
des travaux de S UGAWARA et Y OSHIZAWA [1962] et M ETZGER et collab. [2013]. Ces der-

146
CHAPITRE 6. CONCLUSION ET PERSPECTIVES

(a)

(b)

F IGURE 6.1 – a) Lignes de courant entre les deux cylindres du Couette. b) Vitesse verticale maxi-
male en fonction du nombre de Reynolds pour un fluide newtonien.

147
CHAPITRE 6. CONCLUSION ET PERSPECTIVES

F IGURE 6.2 – Rouleaux observés dans un écoulement de suspension, ainsi que leur influence sur
la distribution de la fraction volumique, pour des nombres de Reynolds de 115, 112 et 109.

niers ont en effet montré au moyen d’expériences dans un écoulement de suspension


isodense en géométrie de Couette que la diffusivité thermique α était fonction de φ et du
nombre de Péclet thermique Pe = 4a 2 γ̇/α0 . Avec α0 la diffusivité thermique de la suspen-
sion au repos. La fraction volumique est déterminée par l’Éq.(3.1c), tandis que la vitesse
est déterminée par les équations de conservation de la masse Éq.(3.1a) et de la quantité
de mouvement Éq.(3.1b). Cette dernière est résolue dans l’approximation de Boussinesq
et avec une viscosité du liquide qui dépend de la température.
ρf g β
Soit le nombre de Rayleigh Ra = η f α (Tchaud − T f r oi d )L3 , L est la longueur caractéris-
tique, β est le coefficient de dilatation thermique et α la diffusivité thermique. Il est connu
dans les études sur l’instabilité de Rayleigh-Bénard que le nombre de Rayleigh critique
Ra c , c’est-à-dire le nombre au-delà duquel l’instabilité se déclenche, est d’environ 1708
pour un fluide newtonien entre deux plaques horizontales [G UYON et collab., 2021]. Nous
avons donc simulé une instabilité de Rayleigh-Bénard dans le cas d’une suspension iso-
dense avec des propriétés thermiques identiques pour le fluide et les particules. La géo-
métrie est présentée sur la Fig.6.4a. Les simulations 2D donnent un nombre de Rayleigh
critique proche de celui du cas newtonien : Ra c = 1709 pour φbul k = 0, Ra c = 1706.5 pour
φbul k = 0.14, Ra c = 1684 pour φbul k = 0.45. Les simulations 3D montrent (Fig.6.4), pour
un même nombre de Rayleigh, une cartographie différente des rouleaux de convection
selon la concentration en particules. La suspension semble influencer l’instabilité.

148
CHAPITRE 6. CONCLUSION ET PERSPECTIVES

(a)

(b)

F IGURE 6.3 – (a) Lignes de courant de notre simulation 2D à différents temps pour Re = 109 et
φbul k = 0.1. (b) Image tirée de [R AMESH et collab., 2019] représentant les lignes de courant à diffé-
rents temps pour Re = 100 et φbul k = 0.15.

149
CHAPITRE 6. CONCLUSION ET PERSPECTIVES

(a) (b) φbul k = 0

(c) φbul k = 0.15 (d) φbul k = 0.45

F IGURE 6.4 – (a) Géométrie de la simulation. Distribution de la vitesse verticale u y sur une section
horizontale au centre de la géométrie pour : (b) φbul k = 0, (c) φbul k = 0.15 et (d) φbul k = 0.45.

Par ailleurs, les simulations 2D d’instabilité de Rayleigh-Bénard dans le cas d’une sus-
pension dense (ρp − ρ f = 72 kg .m −3 , φbul k = 0.15) ont également montré des résultats
intéressants. En effet, nous avons pu observer l’apparition de différents modes d’instabi-
lité. Le premier mode (Fig.6.5a), pour un nombre de Rayleigh élevé, la convection ther-
mique est dominante et les particules ne sédimentent pas. Des rouleaux de convection
apparaissent sur l’ensemble de la géométrie. En diminuant le nombre de Rayleigh, on
arrive au deuxième mode (Fig.6.5b) où la sédimentation et la convection thermique ont
lieu simultanément, c’est-à-dire que l’on voit apparaître des zones de sédiments et des
rouleaux de convection. Plus le nombre de Rayleigh est diminué, plus la taille des zones
de sédiments augmente (Fig.6.5c). En diminuant encore le nombre de Rayleigh, on ar-
rive à un mode (Fig.6.5d) où les particules ont toutes sédimenté et où de faibles rouleaux
de convection apparaissent dans le liquide clair et perturbent la surface des sédiments.
Enfin, en diminuant encore le nombre de Rayleigh, nous arrivons à un état stable où les
particules ont toutes sédimenté et la vitesse du liquide clair est nulle.
Tous ces résultats préliminaires semblent être prometteurs et méritent d’être étudiés
et approfondis dans des travaux futurs.

150
CHAPITRE 6. CONCLUSION ET PERSPECTIVES

(a)

(b)

(c)

(d)

F IGURE 6.5 – Distribution de la fraction volumique et de la norme de vitesse des différents modes
d’instabilité observés dans une simulation 2D d’une instabilité Rayleigh-Bénard d’une suspension
dense. Le nombre de Rayleigh décroît selon l’ordre des figures.

6.3 Références
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151
CHAPITRE 6. CONCLUSION ET PERSPECTIVES

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152
CHAPITRE 6. CONCLUSION ET PERSPECTIVES

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153
CHAPITRE 6. CONCLUSION ET PERSPECTIVES

154
Annexe A

Comparaison avec le modèle 2D de Miller


& Morris

Dans cette partie, on s’intéresse au modèle bi-dimensionnel "frame-invariant" de M IL -


LER et collab. [2009]. La formulation développée dans [M ILLER et collab., 2009] sera d’abord

exposée puis ensuite comparée au modèle tri-dimensionnel étudié ici. M ILLER et col-
lab. [2009] considèrent que le tenseur de contrainte qui intervient dans l’équation de
conservation de la masse de particules Σp est très proche du tenseur de contrainte to-
tal Σ : Σp = Σ − 2η f E. Nous avons donc choisi de comparer les expressions du tenseur de
contrainte total dans les deux modèles.

A.1 Rappel du modèle


M ILLER et collab. [2009] ont proposé un modèle 2D invariant par changement de ré-
férentiel pour les écoulements de suspension, qui est basé sur la représentation de la
contrainte en terme de grandeurs cinématiques locales, plus précisément fonction du
rapport entre le taux de rotation relative ωr el et le taux de déformation :

k∆Ωk ωr el
ρk = = (A.1)
kEk γ̇/2

où ∆Ω = ΩE − Ω est tenseur de vitesse de rotation de la base propre de E par rapport au


fluide défini dans l’équation (2.47). On rappelle ici que les deux tenseurs ∆Ω et E sont
des grandeurs invariantes par changement de référentiel. La variable suivante est alors
introduite :
2ωr el 2ρk
ρ̂k = γ̇
= (A.2)
+ ωr el 1 + ρk
2

Dans le cadre de ce modèle, les tenseurs sont exprimés dans la base des vecteurs défi-
nissant les directions respectives d’extension et de contraction de l’écoulement (Fig.A.1),
qui correspondent aux vecteurs propres du tenseur de taux de déformation locale, E. La

I
ANNEXE A. COMPARAISON AVEC LE MODÈLE 2D DE MILLER & MORRIS

F IGURE A.1 – Axes de coordonnées extension (t) - contraction (c) pour un écoulement en extension
pure (à gauche) et un écoulement en cisaillement simple (à droite) [M ILLER et collab., 2009]

direction d’extension (respectivement contraction) est définie par l’axe propre correspon-
dant à la valeur propre positive (respectivement négative) de E. Le tenseur de taux de dé-
formation s’écrit donc en fonction du taux de cisaillement γ̇ :

γ̇
 
0 0
2
γ̇ 
E=
0 − 2 0
 (A.3)
0 0 0

On peut dans un premier temps considérer le cas classique du cisaillement simple.


Le tenseur des contraintes dans la base habituelle (vitesse, gradient de vitesse, vorticité)
est exprimé dans l’Éq.(A.4) sous une forme valable uniquement pour les écoulements de
cisaillement simple (Fig.2.1) :
 p 
Σ11 0 0
p
Σ = −pI + 2η f ηs E + 
 
 0 Σ22 0  (A.4)

p
0 0 Σ33

p
où les Σi i sont proportionnels aux taux de cisaillement, via des fonctions matérielles ca-
ractéristiques de la suspension en écoulement de cisaillement simple. Ce même tenseur
peut être exprimé dans la base extension-contraction :
 p p 
Σ11 +Σ22
 2 − N21 0 
p p
Σ11 +Σ22
Σ = −pI + 2η f ηs E +  − N1 (A.5)

0 

 2 2 
p
0 0 Σ33

p p
où N1 = Σ11 −Σ22 . M ILLER et collab. [2009] ont alors généralisé l’expression (A.5) sous une
forme adaptée à tout type d’écoulement bidimensionnel :
 p p 
Σ11 +Σ22
 2 Bt (ρ̂k ) − N21 C(ρ̂k ) 0 
p p
Σ11 +Σ22
Σ = −pI + 2η f ηs E +  − N1 C(ρ̂k ) (A.6)

Bc (ρ̂k ) 0 

 2 2 
p
0 0 Σ33

II
ANNEXE A. COMPARAISON AVEC LE MODÈLE 2D DE MILLER & MORRIS

Bt (ρ̂k ) et Bc (ρ̂k ) sont les fonctions de pondération des contraintes normales dans les di-
rections d’extension et de contraction, tandis que C(ρ̂k ) correspond à la fonction de pon-
p
dération de la contrainte tangentielle dans cette base. Σ33 est la composante de la contrainte
dans la direction hors du plan, et elle n’intervient donc pas dans les écoulements à 2
dimensions que le modèle peut décrire. Les fonctions Bt (ρ̂k ), Bc (ρ̂k ) sont définies, pour
0 ≤ ρ̂k ≤ 1, à partir d’une fonction g (ρ̂k ) (Fig.A.2a) de la façon suivante :

Bc (ρ̂k ) = 1 + g (ρ̂k )
(A.7)
Bt (ρ̂k ) = 1 − g (ρ̂k )

Pour ρ̂k > 1, elles sont prises égales à 1. La fonction C varie linéairement en fonction de
ρ̂k pour 0 ≤ ρ̂k ≤ 1 et vaut également 1 pour ρ̂k > 1. Ces fonctions sont représentées sur
la figure A.2b. Par ailleurs, M ILLER et collab. [2009] ont supposé aux fonctions matérielles
des expressions tirées de la littérature consacrée à la rhéologie en cisaillement simple :

1
ηs (φ) =
(1 − φ/φm )2
φ 2
µ ¶
ηn (φ) = 0.75 ηs (φ)
φm
p p (A.8)
Σ11 + Σ22
= −η f ηn (φ)γ̇
2
p
Σ33 = −λ3 η f ηn (φ)γ̇
N1 = −0.4 η f ηn (φ)γ̇

si bien que le tenseur de contrainte s’écrit :

η η ηn
h i 
1 + ηns g (ρ̂k ) − ηns +0.2 ηs C(ρ̂ik ) 0
 
η ηn ηn
h
Σ = −pI + η f ηs (φ)γ̇  +0.2 ηns C(ρ̂k ) − 1+ ηs g (ρ̂k ) − 0 (A.9)
 
ηs

η
 
0 0 − ηns λ3

et son déviateur :

η η ηn
h i h i 
1 + ηns g (ρ̂k ) − ηns 1−λ
3
3
+0.2 ηs i
C(ρ̂k ) 0
ηn ηn ηn 1−λ3
 h h i 
d ev(Σ) = η f ηs (φ)γ̇  +0.2 C(ρ̂k ) − 1+ g (ρ̂ ) − 0
 
ηs ηs k ηs 3 
η
 h i
2λ3 −2
0 0 − ηns 3
(A.10)

La formulation des équations (A.9) et (A.10) est bien invariante par changement de
référentiel, puisque construite à partir de scalaires et de vecteurs (les vecteurs propres de
E) indépendants du référentiel choisi. Elle dépend fortement de l’état cinématique local
de l’écoulement de la suspension [D BOUK et collab., 2013]. En particulier, l’intensité rela-
tive de la vitesse angulaire ωr el et du taux de déformation γ̇/2, mesurée par le paramètre
ρ̂k , influence à la fois les contraintes normales et tangentielles dans la base extension-

III
ANNEXE A. COMPARAISON AVEC LE MODÈLE 2D DE MILLER & MORRIS

(a) (b)

F IGURE A.2 – (a) Représentation de la fonction g (ρ̂k ). (b) Représentation des fonctions de pondé-
ration Bt (ρ̂k ), Bc (ρ̂k ) et C(ρ̂k ) utilisées par M ILLER et collab. [2009]

η
h i
contraction. Plus précisément, les termes diagonaux ± 1 + ηns g (ρ̂k ) mettent en évidence
ηn
une modification de la viscosité de la suspension, tandis que le terme 0.2 ηs
C(ρ̂k ), lié à la
première différence de contraintes normales dans le cas du cisaillement simple (Éq.(A.6))
résulte d’un décalage angulaire entre la base propre du tenseur de contrainte et celle du
tenseur de taux de déformation E, que l’on peut comprendre comme une brisure de sy-
métrie de la microstructure par rapport à la symétrie de l’écoulement caractérisé par E.
η
h i
1−λ3
Le terme − ηns 3 du déviateur (Éq. (A.10)) représente une contrainte isotrope dans le
plan du mouvement, et n’est donc pas pertinente pour l’équation de conservation de la
η
quantité de mouvement. Le terme diagonal − ηns de la contrainte totale (Éq. (A.9)) repré-
sente une pression isotrope dans le plan du mouvement.

A.2 Comparaison avec le modèle tri-dimensionnel

On se place comme dans le paragraphe précédent dans le cas d’une déformation


plane où le tenseur de taux de déformation s’écrit dans le repère extension-contraction
conformément à l’équation (A.3). On pose une rotation du fluide par rapport à la base
propre de E de la forme :
 
O ωr el 0
Ωr el = Ω − ΩE = −∆Ω = 
 
−ωr el 0 0
 (A.11)
0 0 0

γ̇
où ωr el (qui vaut 2 dans le cas d’un cisaillement simple) correspond à la vitesse de rota-
tion du fluide par rapport aux axes propres de E. La contrainte totale (Éqs.(2.48)-(2.49))
s’écrit alors :

IV
ANNEXE A. COMPARAISON AVEC LE MODÈLE 2D DE MILLER & MORRIS


1
  
0 0 0 1 0
N1 + 2N2   12 1 ωr el
Σ = −pI + 2η f ηs E + 4
  
0 0   − N1 γ̇ (A.12)
1 0 0 
2 12  
0 0 − 61 0 0 0

Ce qui donne :

1 N̂1 +2N̂2 ωr el
 
−N̂1 γ̇ 0
 3 2ω
Σ = −pI + 2η f ηs E + η f ηs γ̇  1 N̂1 +2N̂2

−N̂1 γ̇
r el
3 2 0 
 (A.13)
0 0 − 32 N̂1 +2
2
N̂2

La contrainte est réécrite alors en fonction de ρ̂k :

ρ̂
1 + 1 N̂1 +2N̂2 − N̂21 2−ρ̂k
 
0
 N̂3 ρ̂2 k
Σ = −pI + η f ηs γ̇  −1 + 13 N̂1 +2 N̂2

1
 − 2 2−ρ̂k
k
2
0 
 (A.14)
0 0 − 23 N̂1 +2
2
N̂2

La comparaison des expressions (A.10) et (A.14) fait apparaître plusieurs points im-
portants. Tout d’abord, les termes diagonaux Σt t et Σcc dépendent du rapport ρ̂k dans
le modèle de M ILLER et collab. [2009], alors qu’ils restent constants dans notre modèle
tri-dimensionnel. Plus précisément, dans le modèle de M ILLER et collab. [2009], les varia-
tions de ρ̂k induisent une variation de la partie du tenseur de contrainte proportionnelle
à E, que l’on peut interpréter comme une variation de la viscosité au sens d’un liquide
ηn
h i
Newtonien, η f ηs (φ) 1 + ηs g (ρ̂k ) . Dans le cadre du modèle tri-dimensionnel proposé ici,
ce terme est constant, avec une viscosité qui reste égale à η f ηs (φ). Ceci se traduit notam-
ment, dans le cas d’un écoulement extensionnel plan, par des expressions pour le rapport
de Trouton différentes dans les deux cas. On rappelle que la viscosité extensionnelle et le
rapport de Trouton sont définis par :

Σt t − Σcc
ηE =
γ̇/2
ηE (A.15)
RT =
η f ηs

Les expressions du rapport de Trouton prédites par les deux modèles sont donc diffé-
rentes :

ηn
· ¸
RTMi l l er = 4 1 + g (ρ̂k = 0)
ηs
φ 2
µ µ ¶ ¶
= 4 1 + 0.75 (A.16)
φm
RT3D = 4

V
ANNEXE A. COMPARAISON AVEC LE MODÈLE 2D DE MILLER & MORRIS

F IGURE A.3 – Rapport de Trouton en fonction de la fraction volumique pour un écoulement exten-
sionnel plan. Comparaison entre les simulations discrètes de C HEAL et N ESS [2018], le modèle de
M ILLER et collab. [2009] et le modèle de cette thèse.

Comme le montre la figure A.3, le rapport de Trouton prédit par le modèle de M IL -


LER et collab. [2009] reste assez proche de 4. Il semble également que notre modèle prédit

un rapport de Trouton un peu plus proche des résultats des simulations numériques dis-
crètes de C HEAL et N ESS [2018].

En ce qui concerne les composantes de la contrainte non alignées sur E, les deux mo-
dèles introduisent un terme lié à la première différence de contraintes normales. Dans
l’esprit du modèle de M ILLER et collab. [2009], on peut en particulier définir pour le mo-
dèle présenté ici une fonction C(ρ̂k ) qui s’écrit :

ρ̂k
C(ρ̂k ) = (A.17)
2 − ρ̂k

Sur la Fig. A.4, nous comparons la fonction de pondération C(ρ̂k ) de l’équation (A.17)
avec celle de M ILLER et collab. [2009]. Comme on peut l’observer, pour 0 6 ρ̂k 6 1, les
fonctions C(ρ̂k ) des deux modèles sont assez proches. Cependant, quand on se rapproche
de la rotation solide, ρ̂k → 2, la fonction C(ρ̂k ) du modèle tri-dimensionnel diverge tandis
que celui de M ILLER et collab. [2009] reste fixé à 1. Rappelons ici que le comportement du
modèle tri-dimensionnel dans la limite des grandes vitesses de rotation constitue une
limitation de ce modèle, puisqu’on n’attend pas, sur des arguments physiques, que la
contrainte diverge lorsque la rotation est prépondérante, mais plutôt qu’elle diminue en
même temps que la microstructure s’affaiblit (sect.2.3.5). De ce point de vue, le modèle
de M ILLER et collab. [2009] semble plus réaliste, même si la contrainte persiste avec une
égale intensité, à taux de cisaillement constant, pour les valeurs de ρ̂k proches de 2. On
retrouve par ailleurs ce problème pour les deux modèles lorsqu’on observe la partie du

VI
ANNEXE A. COMPARAISON AVEC LE MODÈLE 2D DE MILLER & MORRIS

F IGURE A.4 – C(ρ̂k ) en fonction de ρ̂k : Comparaison entre le présent modèle et celui de M ILLER
et collab. [2009]

tenseur alignée sur le taux de déformation. Les composantes concernées tendent vers
η f ηs γ̇ pour les deux modèles, alors qu’on pourrait s’attendre à ce qu’elles diminuent à
cause de l’affaiblissement de la microstructure.

A.3 Références
C HEAL , O. et C. N ESS. 2018, «Rheology of dense granular suspensions under extensional
flow», Journal of Rheology, vol. 62, no 2, doi :10.1122/1.5004007, p. 501–512. VI, XIX

D BOUK , T., E. L EMAIRE, L. L OBRY et F. M OUKALLED. 2013, «Shear-induced particle migra-


tion : Predictions from experimental evaluation of the particle stress tensor», Journal of
Non-Newtonian Fluid Mechanics, vol. 198, doi :https://doi.org/10.1016/j.jnnfm.2013.
03.006, p. 78–95, ISSN 0377-0257. III

M ILLER , R. M., J. P. S INGH et J. F. M ORRIS. 2009, «Suspension flow modeling for general
geometries», Chemical Engineering Science, vol. 64, no 22, doi :https://doi.org/10.1016/
j.ces.2009.04.033, p. 4597 – 4610, ISSN 0009-2509. Morton Denn Festschrift. I, II, III, IV,
V, VI, VII, XIX

VII
ANNEXE A. COMPARAISON AVEC LE MODÈLE 2D DE MILLER & MORRIS

VIII
Annexe B

Calcul du tenseur de vitesse angulaire ΩE

Nous présentons ici la méthode de Z HONG -H ENG et collab. [1992] pour le calcul du
tenseur de vitesse angulaire de la base propre de E, noté ΩE . Cette méthode permet un
calcul intrinsèque du tenseur ΩE , c’est-à-dire qu’elle ne nécessite pas le calcul préalable
des valeurs propres et vecteurs propres de E, mais seulement la connaissance de E et de
∂E
sa dérivée temporelle Ė = ∂t + (u.∇
∇)E. L’expression proposée est fonction des invariants
du tenseur E. Nous rappelons d’abord la définition des trois invariants de ce tenseur :

I = t r (E) = 0 (B.1a)
2
1¡ 1 −γ̇
II = t r (E)2 − t r (E2 ) = − t r (E2 ) = (B.1b)
¢
2 2 4
III = d et (E) (B.1c)

Soit ∆2 = (e 1 − e 2 )2 (e 2 − e 3 )2 (e 3 − e 1 )2 = −4II3 − 27III2 , où les e i sont les valeurs propres


de E. Trois cas de figure sont alors envisagés :

• Si ∆ 6= 0 :
Le tenseur E possède 3 valeurs propres distinctes et ΩE s’exprime sous la forme
suivante :

1 £
ΩE = 4II(Ė.E − E.Ė) − 9III(Ė.E2 − E2 .Ė) − 3II(E.Ė.E2 − E2 .Ė.E) (B.2)
¤
∆2

• Si ∆ = 0 :
Le tenseur E possède au moins deux valeurs propres identiques.

— Si II 6= 0
2 valeurs propres sont identiques et non-nulles, ΩE s’exprime sous la forme :

−1
ΩE = (Ė.E − E.Ė) (B.3)
3II

— Si II = 0

IX
ANNEXE B. CALCUL DU TENSEUR DE VITESSE ANGULAIRE ΩE

Les 3 valeurs propres sont identiques et valent 0 (car ici I = t r (E) = 0), donc
E = 0 et on fixe par convention :

ΩE = 0 (B.4)

B.1 Références
Z HONG -H ENG , G., T. L EHMANN, L. H AOYUN et C.-S. M AN. 1992, «Twirl tensors and the
tensor equation ax-xa=c», Journal of Elasticity, vol. 27, doi :10.1007/BF00041688, p.
227–245. IX

X
Annexe C

Adimensionnement des équations

Soit U et L la vitesse et la taille caractéristique de l’écoulement. Le taux de cisaille-


U
ment caractéristique est défini comme γ̇c = L. On pose les grandeurs adimentionnées
suivantes :
u
ũ = U ; t̃ = tU
= t γ̇c ; ∇˜ = L∇∇; ã = a
L L
ρm pL p γ̇L γ̇ gL
ρ̃m = ρf ; p̃ = η f U = η f γ̇c ; γ̇˜ = =
U γ̇c ; g̃ = U2

Les équations de conservations de quantité de mouvement et de la masse deviennent :

˜ .ũ = 0
∇ (C.1a)
∂ρ̃m ũ ˜ .(ρ̃m ũ ⊗ ũ) − ∇
˜ . ηs ∇
˜ ũ + ∇
˜ ũT = −∇
˜ p̃ + Re ρ̃m g̃ + ∇
˜ .(ηs γ̇˜ Σ̂)
Re + Re ∇ (C.1b)
¡ ¡ ¢¢
∂t̃
ρ f UL ρp
avec Re = ηf le nombre de Reynolds, ρ̃m = (1 − φ) + ρ φ .
f

L’équation de conservation du volume des particules devient :

Dũ µ 2
à " #!
∂φ ˜ 1˜ g 2ã f (φ) ˜ ¡

2
+ ∇ .(φũ) + ∇ . ã φ f (φ) × Dt̃ ˜
= −∇ . ˜
× ∇ . ηs γ̇Σ̂ c
(C.2)
¢

∂t̃ A g̃ 9
° °
°g°

η γ̇
avec A = 92 ¡ f c ¢ le nombre de Shields.
k k ρp −ρ f L
g

Il y a donc 5 paramètres sans dimension qui apparaissent dans nos équations :


ρ f UL
• Re = ηf représente le rapport entre les forces d’inertie et les forces visqueuses.
η γ̇
• A = 92 ¡ f c représente le rapport entre les forces visqueuses et les forces de
kgk ρp −ρ f L
¢

pesanteur.
ρp
• ρf
est le rapport des masses volumiques des deux phases.
a
• ã = L
représente le rapport entre la taille des particules et la taille caractéristique de
la géométrie.
gL
• g̃ = U2 représente le rapport entre les forces de pesanteur et les forces d’inertie.

XI
ANNEXE C. ADIMENSIONNEMENT DES ÉQUATIONS

ρp
Par ailleurs, comme ces paramètres sont liés par la relation 29 Re( ρ − 1)Ag̃ = 1, il n’y a
f
donc que 4 paramètres indépendants. Cette relation découle en effet de la similarité de
certains termes des équations (3.1b) et (3.1c). Plus précisément, les deux derniers termes
de (3.1b) (gravité et contraintes normales) sont très proches des deux termes de flux cor-
respondant respectivement à la gravité (3.3) et à la migration (3.4). Dans l’équation (C.1b),
9/2
le rapport de ces deux termes est donné par Re ρ̃m g̃ et dans l’équation (C.2) par A .

XII
Liste des figures

φ
1.1 Évolution de la viscosité relative ηs en fonction de : (a) φ, (b) φm
. Cette figure
est tirée de [G UAZZELLI et P OULIQUEN, 2018]. La fraction volumique de blo-
cage φm est notée φc sur cette figure et µp représente le coefficient de frot-
tement entre les particules. Les symboles colorés représentent les mesures
expérimentales tandis que les symboles noirs représentent les simulations
numériques. Les lignes représentent les différents modèles. . . . . . . . . . 4
1.2 Exemple d’une migration de particules dans un écoulement de Poiseuille.
Les particules migrent vers le centre du tuyau où le taux de cisaillement est
le plus faible. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6

2.1 Directions de l’écoulement dans un cisaillement simple . . . . . . . . . . . . 24


2.2 Fonctions matérielles en cisaillement simple : (a) viscosité effective ηs , (b)
rapport viscosité de contact ηc /viscosité effective ηs , (c) et (d) différences de
contraintes normales normalisées par η f ηs γ̇, (e) contrainte de contact nor-
malisée par η f ηs γ̇. Les différentes lignes représentent les ajustements des
résultats numériques (illustrés par des cercles) de G ALLIER et collab. [2014],
L OBRY et collab. [2019] et P ETERS et collab. [2016]. . . . . . . . . . . . . . . . 26
2.3 Géométrie d’un écoulement de Couette. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
2.4 Géométrie d’un écoulement torsionnel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
2.5 Écoulement extensionnel plan . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
2.6 Écoulement extensionnel uniaxial . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
2.7 Écoulement extensionnel biaxial . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
2.8 Rapport de Trouton en fonction de la fraction volumique pour les écoule-
ments extensionnels biaxial, plan et uniaxial. Lignes : RT du modèle (frac-
tion volumique de blocage φm = 0.583). Symbole : RT issu des simulations
discrètes de C HEAL et N ESS [2018] (coefficient de friction des particules µ =
1, fraction volumique de blocage pour un écoulement en cisaillement simple
φm = 0.575). Ligne en pointillée : RT pour un liquide newtonien. . . . . . . . 39

3.1 Volume de contrôle de centre P. Le centre du volume voisin est noté N. Les
faces de centre f sont également notées f et sont définies par le vecteur
normal Sf . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52

XIII
LISTE DES FIGURES

3.2 Volume de contrôle avec une face frontière b. Le centre de la face frontière
est aussi noté b. Sf est le vecteur normal à la face pointant vers l’extérieur
et dont la norme vaut l’aire de la face. d est le vecteur reliant le centre de la
cellule au centre de la face. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 56
3.3 Algorithme de résolution . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63

4.1 Simulation d’un écoulement de Couette : (a) Maillage Couette 2D (b) Distri-
bution numérique de la fraction volumique à l’état stationnaire. . . . . . . . 70
4.2 Profil radial de concentration à l’état stationnaire pour un écoulement de
Couette : comparaison entre la solution semi-analytique et la solution nu-
Ri n
mérique pour φbul k = 0.40 et Rout = 32 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
4.3 Profil radial de concentration à l’état stationnaire pour différentes concen-
trations initiales φbul k = (0.2, 0.3, 0.35, 0.4, 0.45, 0.5) : comparaison avec les
résultats expérimentaux de S ARABIAN et collab. [2019]. . . . . . . . . . . . . . 71
4.4 Profil radial de concentration à l’état stationnaire pour différentes concen-
trations initiales φbul k = (0.394, 0.414, 0.435, 0.458, 0.483, 0.52) : comparai-
son avec les résultats expérimentaux de D’A MBROSIO [2020]. La figure (b)
est un zoom de la figure (a). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
4.5 Simulation de l’écoulement de Poiseuille : (a) Maillage 2D du cylindre, (b)
Distribution numérique de la fraction volumique à l’état stationnaire pour
φbul k = 0.4. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
4.6 Profil radial de concentration à l’état stationnaire pour un écoulement de
Poiseuille : comparaison entre la solution semi-analytique et la solution nu-
mérique pour φbul k = 0.40. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
4.7 Profils radiaux de concentration à l’état stationnaire pour deux concentra-
tions initiales (a) φbul k = 0.3 et (b) φbul k = 0.4 : comparaison avec les résul-
tats expérimentaux de S NOOK et collab. [2016]. . . . . . . . . . . . . . . . . . 76
h
4.8 Profils de concentration à l’état stationnaire pour : (a) φbul k = 0.3, a
= 9 et
h
(b) φbul k = 0.4, a
= 12. Comparaison avec les simulations discrètes de Y EO
et M AXEY [2011]. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 77
4.9 Simulation d’un écoulement torsionnel : (a) Maillage des disques, (b) Distri-
bution numérique de la fraction volumique à l’état stationnaire pour φbul k =
0.3. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
4.10 Profil radial de concentration à l’état stationnaire pour un écoulement tor-
sionnel : comparaison entre la solution semi-analytique et la solution nu-
mérique pour φbul k = 0.3. Le profil numérique est déterminé au niveau du
disque inférieur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 80
4.11 Coupe du plan r − z : (a) Vitesse orthoradiale u θ normalisée, (b) Vitesse ra-
diale u r normalisée avec lignes de courant. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81

XIV
LISTE DES FIGURES

4.12 Profils radiaux de concentration à l’état stationnaire du modèle présenté


pour différentes concentrations initiales. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 82
4.13 Les différentes zones d’une sédimentation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
4.14 Courbes caractéristiques : (a) F0 (φd ) < F0 (φg ), (b) F0 (φg ) < F0 (φd ). . . . . . . 84
4.15 Représentation de la fonction F(φ) (a) et de la solution φ(z, t ) (b) pour φg < φd . 85
4.16 Représentation de la fonction F(φ) (a) et de la solution φ(z, t ) (b) pour φg > φd . 86
4.17 Représentation de la fonction non convexe F(φ) (a) et de la solution φ(z, t )
(b) pour φg < φd . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87
4.18 Profils de concentration vertical pour une concentration initiale de φbul k =
2a 2 (ρp −ρ f )g
0.2, une hauteur du réservoir de h = 0.0412 m et une vitesse u sed (0) = 9η f =1.17
10−3 m.s −1 . La vitesse u sed (φ) est interpolée linéairement tandis qu’un schéma
décentré avant est appliqué pour la variable φ. . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
φ
4.19 Représentation du flux concave F̂(φ) = (1 − φm
)φ. . . . . . . . . . . . . . . . . 89
4.20 Profils de concentration à t̂ ≈ 0.85 pour une concentration initiale de φbul k =
0.2 et un flux F̂(φ) concave. Comparaison entre la solution analytique et les
solutions numériques de différents maillages. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
4.21 Logarithme de l’erreur en norme L2 en fonction du logarithme du pas d’es-
pace. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
5.1
4.22 Représentation du flux F̂(φ) = φ f (φ) = φ(1 − φ) . . . . . . . . . . . . . . . . 92
4.23 Profils de concentration pour les temps : (a) t̂ ≈ 0.31, (b) t̂ ≈ 0.62, (c) t̂ ≈ 0.93
et (d) t̂ ≈ 1.24. Comparaison entre la solution numérique du modèle de cette
thèse et les mesures expérimentales de R AO et collab. [2002]. . . . . . . . . . 93
4.24 Comparaison entre les ondes de chocs analytiques et numériques pour t̂ ≈
0.827 (a) front sédiment/suspension, (b) front suspension/fluide clair. . . . 94
4.25 Profil vertical de la fraction volumique calculé au centre de l’entrefer pour
A = 0.733 et h 0 = 0.00918 m. Comparaison entre la solution semi-analytique
et les solutions numériques avec un pas d’espace verticale de ∆z 1 = 0.038h 0
et ∆z 2 = ∆z4 1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 98
4.26 Hauteur relative de resuspension en fonction du paramètre A. Ligne rouge :
prédiction théorique du modèle de A CRIVOS et collab. [1993] ; Ligne noire :
prédiction théorique du modèle de cette thèse ; Points bleus : mesures ex-
périmentales de A CRIVOS et collab. [1993] pour 4 suspensions différentes.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
4.27 Profil vertical de concentration obtenu en faisant la moyenne de φ(r ) sur
le tiers central du gap. Comparaison entre les simulations numériques de ce
modèle et les expériences de D’A MBROSIO et collab. [2021] pour ω = 20 r pm
et ω = 0.5 r pm . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 99
4.28 Cartographie, à l’état stationnaire, du taux de cisaillement (normalisé par
ωR
γ̇c = Rout −R
in
) et de la fraction volumique pour : (a) ω = 0.5 r pm et (b) ω = 20
in
r pm. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 100

XV
LISTE DES FIGURES

4.29 (a) Profil vertical théorique de la fraction volumique (axe des ordonnées à
gauche). (b) Profil vertical de φ f (φ) = φ(1 − φ)5.1 (axe des ordonnées à droite).101

4.30 Contrainte de contact normalisée dans la direction de la vorticité pour deux


vitesses de rotation : (a) ω = 0.5 r pm, (b) ω = 20 r pm. La courbe noire re-
présente l’expression de −ηs Σ̂c33 , les points bleus représentent la contrainte
calculée avec ∆z = 9.39 × 10−3 h 0 et les points rouges la contrainte calculée
avec ∆z = 2.35 × 10−3 h 0 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 102

4.31 Représentation de la géométrie de l’écoulement avec les conditions aux li-


mites. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103

4.32 Maillage de calcul pour la géométrie d’expansion : Le pas d’espace vertical


est de ∆y = 8.38 10−3 R2 . Entre x = 63.77 R2 et x = 63.98 R2 , le pas d’espace
horizontal est de ∆x = 3.45 10−3 R2 . Ensuite, ce pas augmente avec un rap-
port de 1.04 (pour x > 63.98 R2 ) et de 1.1 (pour x < 63.77 R2 ). . . . . . . . . . 104

4.33 Classification de l’écoulement avec le critère χ pour un nombre de Reynolds


Re = 1.1. La concentration à l’entrée est de 0 pour (a) et 0.4 pour (b). . . . . . 105
U2
4.34 Cartographie du taux de cisaillement, normalisé par γ̇c = R2 , en échelle lo-
garithmique (a) et de la fraction volumique (b) pour Re = 1.1 et φbul k = 0.4. 105
xr
4.35 Longueur de recirculation normalisée h en fonction du nombre de Rey-
nolds Re, avec h = R2 −R1 . Comparaison avec les résultats de O LIVEIRA et col-
lab. [1998] (pour φbul k = 0) et les résultats de M ORACZEWSKI et collab. [2005]
(pour φbul k = 0.4). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106

4.36 Représentation des lignes de courant et de la norme du vecteur vitesse nor-


malisée par la vitesse moyenne dans le tube en aval U2 . La longueur de re-
circulation est notée x r . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106

5.1 Géométrie de Couette excentrée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113

5.2 Maillage de calcul 2D : 100 mailles dans la direction radiale et 200 mailles
dans la direction orthoradiale. (a) ² = 13 (b) ² = 12 . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113

5.3 Vitesse de l’écoulement normalisée par la vitesse du cylindre interne ωRi n


1
pour ² = 3 : (a) Représentation des lignes de courant et de la norme du vec-
teur vitesse, (b) profil de vitesse orthoradiale dans le grand gap le long de
l’axe ey . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114

5.4 Vitesse de l’écoulement normalisée par la vitesse du cylindre interne ωRi n


1
pour ² = 2 : (a) Représentation des lignes de courant et de la norme du vec-
teur vitesse, (b) profil de vitesse orthoradiale dans le grand gap le long de
l’axe ey . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114

XVI
LISTE DES FIGURES

5.5 Profils de pression sur le cylindre extérieur pour des rapports d’excentricité
de : (a) ² = 13 , (b) ² = 12 . La pression est normalisée par la contrainte de ci-
η f ωRi n
saillement typique τ = Rout −Ri n
. La courbe rouge est la solution analytique
de WANNIER [1950] tandis que les points bleus désignent la solution numé-
rique du modèle étudié ici. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115
η f ωRi n
5.6 Distribution numérique de la pression, normalisé par τ = Rout −Ri n , pour ² =
1
3
. Illustration de l’écoulement qui est une superposition d’un écoulement
de Couette et d’un écoulement de Poiseuille. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 116
1
5.7 Représentation de la cinématique de l’écoulement pour ² = 3 : (a) Classifi-
cation de l’écoulement par le critère χ, (b) taux de cisaillement γ̇ normalisé
par le taux de cisaillement près du cylindre interne γ̇(Ri n ). La figure b est en
échelle logarithmique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 117
1
5.8 Représentation de la cinématique de l’écoulement pour ² = 2 : (a) Classifi-
cation de l’écoulement par le critère χ, (b) taux de cisaillement γ̇ normalisé
par le taux de cisaillement près du cylindre interne γ̇(Ri n ). La figure b est en
échelle logarithmique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 118
5.9 Fraction volumique moyenne numérique pour ² = 0 à l’état stationnaire : (a)
distribution (b) profil radial le long de l’axe ey . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
1
5.10 Fraction volumique moyenne le long de l’axe ey pour ² = 3
et à l’état sta-
tionnaire. Les points bleus correspondent aux expériences de S UBIA et col-
lab. [1998] tandis que la courbe rouge représente la solution numérique du
modèle de cette thèse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 119
5.11 Fraction volumique moyenne à différents instants le long de l’axe ey pour
² = 12 : (a) 40 tours, (b) 1000 tours , (c) 5000 tours, (d) 10000 tours. La solution
numérique correspond à la courbe rouge tandis que les mesures expérimen-
tales de S UBIA et collab. [1998] sont représentées par des points bleus. . . . 120
5.12 Classification par le critère χ de l’écoulement de suspensions d’une concen-
tration initiale φbul k = 0.5 : (a) ² = 13 , (b) ² = 12 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 121
5.13 Distribution du taux de cisaillement (normalisé par le taux de cisaillement
près du cylindre interne) en échelle logarithmique et de la fraction volu-
mique accompagnés de lignes de courant : (a et b) ² = 13 à l’état stationnaire
(≈ 6800 tours) ; (c et d) ² = 21 à 10000 tours. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 122
5.14 Fraction volumique moyenne, obtenue numériquement, à différents ins-
tants pour ² = 12 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 123
5.15 Fraction volumique φ(r, z) sur une section verticale du Couette excentré
(² = 0.05) pour des vitesses de rotation de ω = 10 r pm et ω = 60 r pm : a)
simulations de ce modèle, b) expériences de D’A MBROSIO et collab. [2021]. 125
5.16 Fraction volumique φ(r, z) sur deux sections verticales diamétralement op-
posées et pour différents taux de cisaillement. Image tirée de S AINT-M ICHEL
et collab. [2019]. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125

XVII
LISTE DES FIGURES

5.17 Coupe verticale de la concentration à θ = 0 (gap plus étroit) et θ = π (gap plus


large) et pour différentes excentricités : (a) ² = 0, (b) ² = 0.01, (c) ² = 0.05, (d)
² = 0.1. La vitesse de rotation ici est celle de D’A MBROSIO et collab. [2021]. . 127
η f ωRi n
5.18 (a) Pression, normalisée par la contrainte de cisaillement typique τ = Rout −R ,
in
en fonction de θ au niveau des cylindres interne et externe et pour diffé-
rentes excentricités. Cette pression est recueillie à une hauteur de 20 mm.
(b) Gradient de pression longitudinale en fonction de θ et pour différentes
excentricités. La vitesse de rotation ici est celle de D’A MBROSIO et collab.
[2021]. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 128

5.19 Variation du gap g (θ), normalisé par Rout − Ri n , en fonction de θ . . . . . . . 129

5.20 Hauteur de resuspension normalisée par la hauteur du cas centré, en fonc-


tion de θ près des cylindres externe et interne et pour différentes excentrici-
tés. La vitesse de rotation ici est celle de D’A MBROSIO et collab. [2021]. . . . 130

5.21 Hauteur de resuspension normalisée par la hauteur du cas centré en fonc-


tion de θ près des cylindres externe et interne et pour différents taux de ci-
saillement : (a) γ̇ = 25 s −1 , (b) γ̇ = 50 s −1 , (c) γ̇ = 100 s −1 et (d) γ̇ = 250 s −1 .
Le rapport d’excentricité est de ² = 0.05. La géométrie ici est celle de S AINT-
M ICHEL et collab. [2019]. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 130

5.22 Hauteur de resuspension h calculée au centre de l’entrefer et normalisée par


la hauteur initiale du sédiment h 0 en fonction du nombre de Shields Sh =
η0 γ̇
(ρp −ρ f )g a
. Les courbes rouges correspondent aux résultats expérimentaux de
S AINT-M ICHEL et collab. [2019] (section droite : cercles, section gauche : car-
rés). Les courbes vertes représentent les résultats du modèle de cette thèse
pour ² = 0.05 (hauteur maximale : cercles, hauteur minimale : carrés). . . . . 132

5.23 Contrainte de contact normalisée dans la direction de la vorticité pour le


Couette centré : (a) γ̇ = 25 s −1 , (b) γ̇ = 50 s −1 , (c) γ̇ = 100 s −1 et (d) γ̇ = 250
s −1 . La courbe bleue représente l’expression de −ηs Σ̂c33 , tandis que les points
oranges correspondent à la contrainte calculée en intégrant le profil de frac-
tion volumique vertical (Éq.(5.2)). Le calcul est réalisé au centre de l’entrefer,
Rout +Ri n
c’est à dire sur le cylindre de centre Oi et de rayon 2
. . . . . . . . . . . 134

5.24 Contrainte de contact normalisée dans la direction de la vorticité pour le


Couette excentré (² = 0.05) : (a) γ̇ = 25 s −1 , (b) γ̇ = 50 s −1 , (c) γ̇ = 100 s −1 et
(d) γ̇ = 250 s −1 . La courbe bleue représente l’expression de −ηs Σ̂c33 , tandis
que les points correspondent à la contrainte calculée en intégrant le profil
de fraction volumique vertical (Éq.(5.2)). Le calcul est réalisé au centre de
Rout +Ri n
l’entrefer, c’est à dire sur le cylindre de centre Oi et de rayon 2 . Les
différentes couleurs des points correspondent à différents angles θ. . . . . . 135

XVIII
LISTE DES FIGURES

5.25 Contrainte de contact normalisée dans la direction de la vorticité pour le


Couette excentré (² = 0.05) : (a) γ̇ = 25 s −1 , (b) γ̇ = 250 s −1 . La courbe bleue
représente l’expression de −ηs Σ̂c33 , tandis que les points correspondent à la
contrainte directement issue de la simulation avec OpenFOAM. Le calcul
est réalisé au centre de l’entrefer, c’est à dire sur le cylindre de centre Oi et
Rout +Ri n
de rayon 2 . Les différentes couleurs des points correspondent à diffé-
rents angles θ. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135
5.26 Profil vertical de la Divergence des flux de migration, sédimentation et convec-
tion pour un Couette centré (a) et excentré (b). Ce profil est déterminé pour
un taux de cisaillement de γ̇ = 25 s −1 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 136

6.1 a) Lignes de courant entre les deux cylindres du Couette. b) Vitesse verticale
maximale en fonction du nombre de Reynolds pour un fluide newtonien. . 147
6.2 Rouleaux observés dans un écoulement de suspension, ainsi que leur in-
fluence sur la distribution de la fraction volumique, pour des nombres de
Reynolds de 115, 112 et 109. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148
6.3 (a) Lignes de courant de notre simulation 2D à différents temps pour Re =
109 et φbul k = 0.1. (b) Image tirée de [R AMESH et collab., 2019] représentant
les lignes de courant à différents temps pour Re = 100 et φbul k = 0.15. . . . . 149
6.4 (a) Géométrie de la simulation. Distribution de la vitesse verticale u y sur
une section horizontale au centre de la géométrie pour : (b) φbul k = 0, (c)
φbul k = 0.15 et (d) φbul k = 0.45. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 150
6.5 Distribution de la fraction volumique et de la norme de vitesse des diffé-
rents modes d’instabilité observés dans une simulation 2D d’une instabilité
Rayleigh-Bénard d’une suspension dense. Le nombre de Rayleigh décroît
selon l’ordre des figures. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151

A.1 Axes de coordonnées extension (t) - contraction (c) pour un écoulement


en extension pure (à gauche) et un écoulement en cisaillement simple (à
droite) [M ILLER et collab., 2009] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . II
A.2 (a) Représentation de la fonction g (ρ̂k ). (b) Représentation des fonctions de
pondération Bt (ρ̂k ), Bc (ρ̂k ) et C(ρ̂k ) utilisées par M ILLER et collab. [2009] . . IV
A.3 Rapport de Trouton en fonction de la fraction volumique pour un écou-
lement extensionnel plan. Comparaison entre les simulations discrètes de
C HEAL et N ESS [2018], le modèle de M ILLER et collab. [2009] et le modèle de
cette thèse. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . VI
A.4 C(ρ̂k ) en fonction de ρ̂k : Comparaison entre le présent modèle et celui de
M ILLER et collab. [2009] . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . VII

XIX
LISTE DES FIGURES

XX
Liste des tableaux

5.1 Valeurs des 8 nombres sans dimension pour l’expérience de D’A MBROSIO
et collab. [2021]. La simulation de cette expérience est réalisée pour diffé-
rentes excentricités (² = 0, 0.01, 0.05, 0.1) et une vitesse de rotation (ω = 60
ρ f ωRi n (Rout −Ri n ) η f γ̇c ωR
r pm). Pour rappel : Re = ηf , A = 92 g ¡ρ ¢
h0
, avec γ̇c = Rout −R
in
. 126
p −ρ f in
5.2 Valeurs des 8 nombres sans dimension pour l’expérience de S AINT-M ICHEL
et collab. [2019]. La simulation de cette expérience est réalisée pour diffé-
rents taux de cisaillement (γ̇ = 25 s −1 , 50 s −1 , 100 s −1 , 250 s −1 ) et une ex-
ρ f ωRi n (Rout −Ri n ) 9 ¡ η f γ̇c ¢
centricité (² = 0.05). Pour rappel : Re = ηf , A= 2 g ρp −ρ f h 0 , avec
ωR
γ̇c = Rout −R
in
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 126
in

XXI

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