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J

N° 135

Généalo- Automne 2018


Revue française de généalogie juive

Dossier Juifs d’Afrique du Nord


Trimestriel 13,50 €

Albert Achache : une légende familiale. De Tlemcen à Auschwitz


Nouvelles sources pour la généalogie des Juifs de Tunisie
Des passeurs de pensée juive d’origine hispano-maghrébine
Les origines (pseudo-)berbères des Juifs du Maghreb
Abraham Amar, le soldat de la photo du séjour
Les deux Roger : in Memoriam 1914-1918
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Revue française de généalogie juive
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Rédactrice en chef : Joëlle Allouche-Benayoun.
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Antennes régionales et internationales généalogique pour publication dans la Revue. L’étude des familles, l’utilisation
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Caracas (Vénézuela) : Jacob Benzazon (jbenzazon@hotmail.com).
Zichrono Ievaha : « Que son souvenir soit béni »

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Éditorial et sommaire

Éditorial
Chères lectrices, chers lecteurs descendantes de Berbères judaïsés  ? Peut-on, autrement
dit, les désigner comme des « Judéo-Berbères » ? Dans un
Nous avons choisi de rassembler ici, pour ce numéro brillant et passionnant article, Alexandre Beider ébranle
de rentrée, quelques articles qui vous feront voyager en fortement nos éventuelles certitudes en la matière…
Afrique du nord  : en Algérie avec Albert le Magnifique, En cette année 2018, Pierre-André Meyer ravive le souvenir
l’oncle mystérieux de Brigitte Benkemoun, au Maroc sur les de deux des derniers Poilus, Roger Weil et Roger Cahen, qui à
traces de célèbres érudits de sa lignée avec David Encaoua, l’âge de 100 ans « ne pouvaient évoquer cette période sans se
en Tunisie, où nous découvrirons, grâce à Gilles Boulu et souvenir avec effroi de tous leurs camarades tombés à côté
à travers les aventures de la famille Mendes-Ossuna, de d’eux ». Nous tenions à leur rendre un dernier hommage et
nouvelles sources pour les généalogistes. Nous suivrons à travers eux à tous les soldats de la Grande guerre.
Joëlle Allouche, qui nous invite avec Mustapha Jmahri à Enfin Françoise Lyon-Caen nous fait connaître les lettres
rencontrer quelques-unes des familles juives qui habitaient bouleversantes adressées sous l’Occupation par une élève
Mazagan (El Jadida) avant l’indépendance du Maroc, et Jean- juive, Louise Pikovski, à une de ses professeurs du lycée Jean
Paul Durand qui nous explique ce qu’étaient les haberim à de La Fontaine à Paris, avant d’être arrêtée et assassinée à
Alger en 1913. Auschwitz.
Une question se pose sur l’origine d’une partie des Nous vous souhaitons de bonnes et intéressantes
populations juives du nord de l’Afrique  : sont-elles des lectures pour commencer cette nouvelle année !

Le comité de rédaction

Sommaire du n° 135

Dossier Juifs d’Afrique du Nord Mélanges


Les deux Roger : in Memoriam 1914-1918
Familles Pierre-André Meyer .................................................... 45
Albert Achache : une légende familiale. En vrac
De Tlemcen à Auschwitz Juifs de Mazagan (Maroc)
Brigitte Benkemoun ......................................................... 4 Joëlle Allouche-Benayoun .......................................... 48
Nouvelles sources pour la généalogie des Juifs de Tunisie : Correspondance retrouvée
exemple de la famille « Mendes Ossuna » ou « Ossona » d’une élève déportée à Auschwitz
Gilles Boulu ................................................................... 13 Françoise Lyon-Caen ............................................ ...... 48
Des passeurs de pensée juive d’origine hispano-maghrébine :
Carnet
la lignée Encaoua
Nécrologie, Andrée Margolin ......................................49
David Encaoua ............................................................ 20
Abraham Amar, le soldat de la photo du séjour Lire
Jean-Paul Durand ......................................................... 36
Nouvelle publication du CGJ ..................................... 50
Revue de presse .......................................................... 51
Onomastique Nous avons lu ............................................................. 56
Les origines (pseudo-)berbères des Juifs du Maghreb
Alexander Beider ......................................................... 39 Informations généalogiques ........................... 59
Résumés et abstracts ................................................. 60

Couverture : Menora en l’honneur du rab Ephraïm Encaoua (Tlemcen), tableau vers 1900
(Centre mondial du Judaïsme d’Afrique du Nord, Jérusalem)

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 3
Familles

Albert Achache : une légende familiale.


De Tlemcen à Auschwitz
Brigitte Benkemoun

C ’est l’histoire d’une légende familiale, un héros d’enfance,


un homme que je croyais connaître depuis toujours, sans
jamais l’avoir connu.
Mon premier souvenir d’Albert remonte au récit qu’en faisait
que ma grand-mère exhumait quand elle parlait de son oncle.
Je l’ai retrouvé dans ses cartons  : on le voit attablé dans un
jardin au milieu de plusieurs personnes sans doute à la fin des
années 1930. La plus jeune sœur de ma grand-mère est la seule
ma grand-mère. Elle racontait le jeune Juif sans un sou qui personne que j’ai reconnue dans le groupe. Je me suis souvenue
décide un jour de tout quitter, l’Algérie, la famille, pour tenter qu’Albert l’avait invitée plusieurs fois à Paris. Heureuse de savoir
sa chance dans la Riviera des années folles. Elle racontait l’oncle que je voulais faire revivre le souvenir de son oncle, elle m’a
magnifique devenu très riche en rachetant les bijoux des joueurs envoyé cinq petites photos dentelées qu’elle avait conservées.
ruinés aux Casinos, et menant une vie somptueuse, entre Nice
et Paris. Puis, elle racontait son arrestation. Elle prétendait que
son associé, un certain « monsieur Roux », l’avait dénoncé à la
Gestapo pour l’envoyer mourir à Auschwitz.
Bien des années plus tard, il a fallu que je cherche son nom
sur les stèles du Mémorial de la Shoah, pour pressentir une
toute autre histoire : parmi les victimes, Albert ne s’appelle pas
Achache, mais Achache-Roux ! Pourquoi « Roux » ? Pourquoi le
nom de l’horrible « Roux » gravé sur cette stèle et offensant leur
mémoire à tous ? Je pensais être émue, je suis restée sans voix.
Et puis j’ai commencé à comprendre : « Monsieur Roux » l’avait
donc adopté ! « Monsieur Roux » était bien plus qu’un associé !
Sans doute un ami, un amant, un amour… Et pas forcément le
traître qu’Yvonne décrivait.
C’est au pied de ce mur que j’ai décidé de partir à la recherche
d’Albert et les siens, tenté de savoir quelle avait été sa vie, puis
qui l’avait dénoncé. Trop tard pour poser des questions à ceux A droite, Albert Achache au balcon de sa maison de
et celles qui l’avaient connu, mais à une époque où Internet est Saint Maur en 1937. Au centre, son frère Léon, à gauche,
comme une porte ouverte sur le royaume des morts. Giorgina, leur nièce ( Archives Giorgina Labboz)
Je n’imaginais pas l’enquête et la quête obsessionnelle dans On y voit un joli pavillon de banlieue en meulière à Saint-
laquelle je me lançais. Je l’ai pisté de la fin du 19e aux années les Maur-des-Fossés, en région parisienne. D’autres où Albert pose
plus sombres du 20e siècle, de Tlemcen à Auschwitz, en passant avec un fox-terrier dans les bras. Et un portrait de groupe où
par Sidi Bel Abbès, Oran, Chartres, Vitré, Nice, Paris, Anvers… grâce à ses quelques lignes de légende, on identifie monsieur
J’ai plongé dans les archives, familiales, notariales, judiciaires, Roux, Léon, le frère aîné d’Albert et son épouse, Daniel, un autre
militaires et policières, pour recomposer la vie de cet enfant du frère…
siècle, ébloui par la France, la République et le Progrès. Pourquoi ai-je tant attendu avant d’aller la voir à Nice  ?
Obsédée par l’idée de savoir, je n’ai rien voulu inventer. Juste Quelques mois après ma grand-mère, Giorgina est décédée
parfois supposer. Mais jamais je n’aurais pu imaginer tout ce sans avoir pu me parler davantage d’Albert.
que j’ai découvert ni ce qu’il est encore possible de retrouver. Je ne suis pas historienne, seulement journaliste : j’ai d’abord
pensé que sans témoignage direct je ne parviendrai jamais à en
Abraham, fils de Youna savoir davantage. Et j’ai rangé ces vestiges d’Albert au fond d’un
tiroir. Jusqu’à ce qu’un éditeur, Manuel Carcassonne, auquel
Mon enquête a classiquement commencé dans les albums je racontais cette histoire, me propose de l’écrire. Ayant eu
de famille. J’envie ceux qui dénichent, dans les greniers, des l’inconscience d’accepter, j’ai eu le devoir d’y parvenir.
correspondances, des journaux intimes… D’Algérie, ils n’ont Mais par où commencer  ? Ceux qui savaient ne sont plus
ramené que des photos. J’avais gardé le souvenir d’un cliché là. Ceux qui croient se souvenir s’embrouillent dans les dates,

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Familles

se perdent à la frontière entre l’Algérie et le Maroc, le 19e et le Ils sont six enfants, quatre garçons et deux filles. Je les ai
20e siècle... Les seules informations précises dont je dispose au réunis un à un, croisant la mémoire familiale et les travaux de
départ tiennent en trois lignes : Albert est né Abraham Achache. quelques fondus de généalogie sur Internet1. L’aîné s’appelle
L’un de ses frères, mon arrière-grand-père, s’appelle Ghali, Judas mais préfère son second prénom, Léon. Il est né en 1878.
d’autres, Léon et Daniel. Il a vécu en Algérie, à Nice et Saint- Le deuxième fils se nomme Ghali, la première fille Sarah, puis
Maur-des-Fossés. Puis il est mort à Auschwitz. On est loin de vient Daniel, Albert est le cinquième, et enfin Berthe, la petite
faire un livre ! dernière naît en 1890.
Comme la plupart des familles juives d’Algérie, les Achache
vont passer en trente ans du Moyen Âge au 20e siècle, du statut
de dhimmi, sous la domination turque, à celui de citoyen
français à partir de 1870, par la grâce du décret Crémieux. Leurs
prénoms illustrent cette incroyable accélération du temps. Les
parents et grands-parents se nomment Youna, Saada, Semba,
Meriem, Chemoul, les enfants Léon, Albert, Daniel, Berthe,
Fortunée... Et sur les photos de mariage de cette fin de siècle, les
mères toujours vêtues à l’orientale passeraient quasiment pour
les femmes de ménage de leurs fils habillés comme des colons.
A la naissance d’Albert, Youna, le père, a quarante ans,
Saada, son épouse seulement vingt-huit, et ils ont déjà quatre
enfants. Il est commerçant, elle, sans surprise, sans profession.
Mais leur union est étonnante. Les Achache sont des Juifs
1937, Devant la maison de Saint Maur, de gauche à droite : Léon Achache autochtones. Saada, en revanche, est une Vidal, descendante de
et son épouse, Albert, Giorgina sa nièce, un ami, Daniel Achache et
Monsieur Roux (Archives Gorgina Labboz) Juifs espagnols chassés par l’Inquisition, et son père, le grand El
Ghali, tient une bijouterie à Tlemcen.
Les Archives Nationales d’Outremer sont heureusement Cette double origine m’a beaucoup intriguée car selon
une mémoire plus fiable et accessible directement sur Internet. l’historien Georges Bensoussan, « pour qu’un Vidal accepte
Sans sortir de chez soi, on peut s’y perdre entre le passé et l’au- un Achache, il fallait vraiment qu’il soit riche  »2. Les vrais
delà, suivre sa souris sur des chemins improbables, cliquer sur Séfarades sont en effet à cette époque très fiers de leurs origines
de vieux registres du 19e siècle, dérouler des listes de noms, de européennes. Même si leur expulsion d’Espagne remonte à
dates et de bleds qui recomposent des vies oubliées, mais vous quatre siècles, ils se vivent toujours comme l’aristocratie de
projettent aussi dans des sortes de trous noirs, qui débouchent la communauté juive d’Algérie. Le décret Crémieux va peu à
sur d’autres destins encore... Au cours de ces voyages spatio- peu estomper ces différences. Mais elles perduraient encore
temporels, j’ai cru vingt fois croiser Albert sur microfiche ou acte jusqu’en 1962, dans des villes comme Oran, Alger ou Sidi Bel
numérisé. Tantôt né à Oran, Tiaret, ou Aïn Temouchent... Abbès. Souvent, les deux communautés ne fréquentent pas les
C’est la page 578 du registre des mariages de Sidi Bel Abbès mêmes synagogues. A la maison, elles ne parlent pas la même
pour l’année 1909 qui m’a remise sur sa piste. Le premier adjoint langue  : les uns utilisent une forme de ladino, la haketia, et
au maire célèbre le 5 juillet l’union civile de mes arrière-grands- les autres le judéo-arabe. Et les mariages « mixtes » sont assez
parents, « Mademoiselle Kimoun Perle, sans profession  » avec rares. J’ai donc commencé à tricoter, pour les parents d’Albert,
« Ghali Achache, célibataire, menuisier, demeurant à Sidi Bel une version orientale et sociale de Roméo et Juliette : l’histoire
Abbès, né à Tlemcen le 14 novembre 1880, fils de feu Youna d’un Montaigu-Achache, fils d’un pauvre cordonnier, amoureux
Achache, décédé à Sidi Bel Abbès le 6 juin 1898 et de Vidal Saada, d’une Capulet-Vidal, fille de bijoutier... Avant de découvrir, grâce
sans profession demeurant à Oran, ici présente et consentante... » aux archives des ANOM, que l’Espagnol en question a marié
ses sept filles à des « Juifs arabes ». Serait-il plus large d’esprit,
Du Moyen Âge au 20e siècle plus tolérant, moins snob ? L’explication n’est ni romanesque, ni
psychologique. A Tlemcen, la communauté juive est ancienne,
Les voilà  ! Dans la famille d’Albert, j’ai déjà retrouvé le importante et structurée, contrairement à la plupart des autres
père, Youna Achache, la mère, Saada Vidal, et l’un des frères, villes coloniales d’implantation récente : l’influence andalouse
Ghali. Tous trois ont vu le jour à Tlemcen. L’hypothèse la plus remonte déjà au 15e siècle, les mariages ont depuis des lustres
probable serait qu’Albert y soit né aussi. Nouvelles plongées croisé les Moutout, Touati, Bitton ou Obadia3... Et il est difficile
dans les archives et les sites de généalogie, et deuxième victoire de savoir qui vit là depuis la nuit des temps, la chute du premier
contre l’oubli  : Albert-Abraham Achache est né le 28 février Temple, un pogrom au Maroc ou l’Inquisition. Ils parlent tous le
1888 à Tlemcen, dans l’ouest algérien. Abraham est son prénom même mélange d’arabe, d’hébreu et d’espagnol. Et si certaines
hébraïque, Albert celui qui raconte la fierté d’être français familles portent des noms aux consonances orientales, leurs
depuis le décret Crémieux. ancêtres peuvent aussi arriver de Tolède ou Cordoue, Juifs

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Familles

« berbères » ayant suivi les Arabes dans leur conquête, chassés encore. Le fils de cordonnier serait donc une sorte de notable.
un peu plus tôt ou un peu plus tard dans l’interminable voyage Il a les moyens d’être généreux et de se lancer dans des
de cette diaspora éclatée autour de la Méditerranée. investissements immobiliers importants, relativement loin de
Cet Achache n’avait donc pas besoin d’être très riche pour chez lui. Il est assez audacieux pour entreprendre une action
épouser une Vidal  ! Et l’ensemble de la famille d’Albert vit en justice, suffisamment éduqué, informé pour se faire assister
dans le même quartier juif de Tlemcen. Mais dans quelle rue, d’un avoué et d’un huissier. Et après avoir quitté sa ville natale
quelle maison ? Les actes d’état civil et les matricules militaires pour Hennaya, il est prêt à entraîner sa famille bien plus loin
fournissent parfois des adresses. Malheureusement pas ici... encore. Sans doute à Sidi Bel Abbès puisque l’état civil indique
Même sur place, je n’ai rien trouvé. qu’il y meurt en 1898.
L’ouvrage que Richard Ayoun et Bernard Cohen ont consacré
aux Juifs d’Algérie4 permet en revanche d’approcher leur La ruée vers l’Est
quotidien  : la famille est probablement pieuse, au moins par
évidence ou nécessité sociale. Albert sera circoncis au matin de Mais comment savoir pour quelles raisons Youna Achache
son huitième jour et, comme le rappellent les auteurs précités, vend-il son magasin et décide-t-il d’embarquer les siens dans
son petit corps placé dans une boîte en bois, qu’on appelle à cette nouvelle aventure ? « La précision topographique contraste
Tlemcen «  le Moïse  ». A la naissance d’Albert, les jeunes Juifs avec ce que l’on ignorera pour toujours de leur vie, ce blanc,
vont à l’école de Jules Ferry. Sous leurs blouses grises, rien ne les ce bloc d’inconnu et de silence », écrit si justement Patrick
différencie vraiment des autres élèves. A la différence de leurs Modiano. Alors il faut remplir les blancs, supposer l’inconnu,
parents, ils vont apprendre à écrire parfaitement le français, combler le silence.
mais ils ne le parlent pas encore à la maison. J’ai d’abord pensé que les deux frères avaient pu se fâcher ?
Pour tenter d’en savoir davantage, j’ai consulté le site Inter- Il devait bien leur arriver de se disputer. Quand les recettes,
net de la Bibliothèque Nationale de France (Gallica.fr). Il est pénalisées par la crise viticole, étaient moins bonnes, ou quand
étonnamment facile d’accéder aux archives numérisées de la l’aîné jouait trop les patrons. Mais pas au point de rompre aussi
presse locale. En quelques clics miraculeux, sont apparus trois violemment, dans un monde où la famille est sacrée.
articles citant Youna Achache, le père d’Albert. En 1881, dans « Je crois plutôt que Youna s’ennuie à Hennaya. A presque
La Tafna », un hebdomadaire local de Tlemcen, il figure sur une cinquante ans, son ambition étouffe dans ce bled où les colons
liste de donateurs qui financent une épée d’honneur offerte à doivent toujours le considérer comme une sorte d’indigène.
un colonel. Il en est même, avec cinq francs, l’un des plus gros Porté par le décret Crémieux et sa citoyenneté française, il rêve
contributeurs ! d’un autre destin pour lui et ses enfants. Et la rumeur enfle
En 1885, un autre jour- parmi les commerçants de la région. On prétend qu’il faut partir
nal raconte qu’un «  You- à Sidi Bel Abbès, cette ville de garnison qui pousse comme un
na Achache, commerçant champignon. Là-bas, tout est à construire. L’État et la Légion
domicilié à Hennaya  » financent de grands chantiers, les pionniers affluent dans la
conteste une vente par plaine fertile de la Mekara. C’est la ruée vers l’Est.
adjudication, et suren- J’imagine que Saada, la mère d’Albert, est moins enthousiaste
chérit pour acquérir un à l’idée de ce nouveau départ. Toute leur vie est ici, la famille
lot de terrains à bâtir, de surtout. Et Sidi Bel Abbès semble si loin : aujourd’hui, seulement
vignes et de cultures, à 25 quatre-vingt-dix kilomètres par l’autoroute, à l’époque, un long
kilomètres de Tlemcen. voyage en diligence, avec au moins deux changements de
Enfin en août 1893, chevaux. Et les diligences sont parfois attaquées, comme au Far
dans le Courrier de West. Il y a bien un train, depuis 1880. Mais on ne déménage pas
Tlemcen, il annonce en train !
qu’il vient de vendre la Elle n’a sûrement pas eu son mot à dire au moment de
moitié de l’épicerie qu’il quitter Tlemcen pour Hennaya, et elle n’en aura pas davantage
possédait avec son frère. sur ce nouveau déménagement. Mais étrangement, sur la liste
Donc en 1881, le père des élèves reçus au certificat d’études que publie L’Impartial
d’Albert est commerçant Tlemcénien en juin 1894, on trouve son deuxième fils, Ghali,
à Tlemcen où vit toute la dans la classe de Mademoiselle Laure Bertrand, de l’école
famille depuis plusieurs publique Mac Mahon à Hennaya. Presqu’un an après la vente du
Annonce dans Le courrier de Tlemcen générations. En 1885, il magasin. J’y vois la preuve que Saada a obtenu que ses enfants
quitte sa ville natale, pour finissent l’année scolaire avant de déménager. Saada fait partie
ouvrir une sorte de bazar avec son jeune frère, à Hennaya, des rares femmes qui, à cette époque, savent écrire leur nom en
village situé à 10 km. Puis aux alentours de 1893, cinq ans lettres romaines, comme en témoigne le registre des mariages.
après la naissance d’Albert, la famille se prépare à déménager Elle a dû insister pour que sa fille aînée aussi soit scolarisée.

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Familles

Cette intuition, je l’ai trouvée confirmée par les travaux de Arabes. Chacun sa langue, ses tenues, sa cuisine et même
Joëlle Allouche sur le rôle des mères juives dans l’intégration ses synagogues. Les autochtones avaient «  la  » Beddock, les
des enfants par l’école et la langue après le décret Crémieux5. Tétouanais construiront les temples Lasry et Sananès. Et ils se
Cette intuition, Danielle, une petite nièce d’Albert qui m’a traitent mutuellement de cabessa de palme (tête de palmier) ou
contactée après la sortie du livre me l’a confirmée aussi  : elle jitanos mtah lihoud (gitans des Juifs).
avait entendu dire que Saada interdisait aux enfants de jurer en Ces « chicayas » n’intéressent pas vraiment le père d’Albert.
arabe à la maison. Elle leur interdisait aussi de mélanger l’arabe En bon Tlemcénien, il doit se considérer largement au-dessus
et le français dans les conversations. Et elle était intraitable sur de tout ça !
les résultats scolaires ! De leur vie, pendant quatre ans, on ne sait rien de précis,
Le certificat d’étude de Ghali doit pourtant sonner le signal du jusqu’au lundi 6 juin 1898, à neuf heures du matin. Youna vient
départ. Il faut alors imaginer le déménagement. Une expédition ! de mourir, chez lui rue « Lorbiron », entouré de son épouse et de
J’ai fait ce trajet en voiture. Il nous a fallu moins d’une heure. Ce ses enfants. Les archives de l’état civil permettent de savoir que
sera beaucoup plus long sur les pistes caillouteuses à travers le son décès est déclaré à la mairie par deux voisins, un coiffeur
djebel, les chemins qui serpentent entre la rocaille, les touffes espagnol et un sellier juif, pendant qu’à la maison, les miroirs
d’alfa, les agaves, les oliviers, les pins et le maquis... J’imagine les sont rapidement recouverts de draps.
ballots, les malles, les matelas, les meubles et les enfants… Toute Mais de quoi peut-on mourir à cinquante ans,  en 1898, à
une vie qui s’entasse et s’embarque à bord d’une carriole tirée Sidi Bel Abbès ? Une mauvaise fièvre, la malaria, le typhus, le
par des chevaux, dans une ambiance de western oriental. La choléra  ? J’ai consulté la presse locale, espérant y trouver un
belle-sœur, en larmes, a dû lancer un verre d’eausous le chariot, avis de décès un peu circonstancié, ou des informations plus
comme le faisait ma grand-mère… Pour qu’ils reviennent6. générales sur une épidémie. J’ai découvert une toute autre
calamité, à laquelle le père d’Albert a probablement succombé.
Rue « Lorbiron »
Les violences anti-juives
La famille emménage, rue Lord-Byron, en plein centre de Bel-
Abbès. Mon père m’a toujours dit qu’on prononçait LORBIRON, La conjonction des passions que déclenche l’affaire Dreyfus
sans imaginer un seul instant qu’il puisse s’agir d’un Anglais, et la fureur de ceux qui réclament depuis près de trente ans
encore moins d’un poète. l’abolition du décret Crémieux, produit une flambée de violence
La rue, déjà très commerçante, figure sur de nombreuses inouïe, dont les années 1897 et 1898 constituent le paroxysme.
cartes postales anciennes. Ce pourrait être un décor de cinéma, Les colons sont à la manœuvre. Mais aux « Français de
construit en Algérie, pour donner l’illusion de la France. D’un souche », se sont joints les nouveaux bataillons d’Espagnols,
côté, des maisons d’un seul étage avec un balcon, des boutiques Maltais ou Italiens, récemment naturalisés (1889). Plus pauvres,
en rez-de-chaussée, et de grandes bâches rayées qui les pro- affaiblis ou ruinés par la crise agricole, leur catholicisme
tègent du soleil. En face, ombragé par quelques platanes, le tout méditerranéen nourrit un antisémitisme plus viscéral. Haines
nouveau marché couvert, avec sa charpente métallique, bâti- de droite et de gauche, exceptionnellement, se conjuguent : les
ment typique d’un 19e siècle industriel, indispensable au stan- conservateurs n’ont jamais accepté ces nouveaux Français ; les
ding d’une sous-préfecture. radicaux accusent les notables juifs de manipuler les votes de
Pour la famille Achache, qui n’a jamais connu que Tlemcen leur communauté8 ; et les socialistes contestent l’injustice faite
ou Hennaya, Bel Abbès, c’est la France. Et la rue « Lorbiron », aux Arabes par le décret Crémieux pour en tirer prétexte à une
l’épicentre d’un quartier qu’on appelle déjà le « Petit Paris ». diatribe ouvertement raciste. Même Jean Jaurès, à son retour
Albert est probablement inscrit à l’école Voltaire. J’ai retrouvé d’Algérie en 1895, mêle sa voix aux propos les plus violemment
sur Internet une photo de classe de ces années-là : une trentaine antisémites dans deux articles publiés par La Dépêche.
de petits garçons, alignés sur quatre rangs, les bras croisés, les Comment a-t-il pu écrire cela ? 
cheveux coupés affreusement court, bien dégagés derrière les « Ce qui exaspère le gros de la population française contre les
oreilles. Juifs, c’est que, par l’usure, par l’infatigable activité commerciale
Albert doit suivre aussi des cours de « l’Alliance » au centre et par l’abus des influences politiques, ils accaparent peu à peu la
communautaire de la rue Gambetta. Exactement le même que fortune, le commerce, les lucratifs, les fonctions administratives,
mon père fréquentera, un demi-siècle plus tard. la puissance publique ». Il dénonce « l’usure juive, le vrai
Quant à la cérémonie religieuse, qu’ils nomment peut-être conquérant de l’Algérie » et « vingt-cinq années de suprématie
déjà « communion »7, elle aura lieu ensuite, dans la même rue juive qui ont permis à ces nouveaux citoyens d’accaparer la
que le magasin, à la grande synagogue Beddock. Parce qu’il plupart des terres arabes ». Il se réjouit d’une « réconciliation
s’appelle Achache. Contrairement à Tlemcen, il y a bien deux entre l’Européen et l’Arabe ». Avant de conclure : « Et c’est ainsi
sortes de Juifs à Sidi Bel Abbès. Les Tétouanais, Juifs espagnols que sous la forme un peu étroite de l’antisémitisme se propage en
récemment expulsés du Maroc, refusent obstinément de Algérie un véritable esprit révolutionnaire. »
se mêler aux autochtones, qu’ils considèrent comme des

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 7
Familles

À Sidi Bel Abbès, les bagarres se multiplient autour du listes de magasins, et les noms des clients qui osent braver
magasin. En octobre 1896, la presse fait état d’affrontements ces interdictions. Le feu d’artifice du 14 juillet 1898 se termine
entre jeunes Juifs et légionnaires devant le café Montserrat, puis même par un bouquet final où explosent dans le ciel d’Oran les
rue de Jérusalem, une rue perpendiculaire à celle du magasin. mots « A bas les juifs », en toutes lettres.9
Quelques jours plus tard, Le Messager de l’Ouest signale encore Dans ce climat immonde, les législatives de mai 1898
des incidents avec des colons rue de Mascara, et devant le Café offrent un raz-de-marée aux antisémites qui remportent quatre
de France, à deux pas de l’école d’Albert. La semaine suivante, sièges sur six en Algérie : à Alger, François Marchal et Edouard
place Carnot, des militants de la ligue anti-juive s’attaquent à Drumont, récemment parachuté de Paris, Firmin Faure à Oran,
des commerçants... Jaurès n’est visionnaire que lorsqu’il prédit Emile Morinaud à Constantine. Une foule en délire les portera
dès 1895 « des lendemains d’une grande violence ». Le 16 mai même en triomphe vers le bateau qui d’Alger doit les conduire à
1897 à Mostaganem, à l’est d’Oran, une bagarre dégénère. Paris, entonnant cette sale version de la Marseillaise :
Pendant deux jours, les commerces sont saccagés, la synagogue « Citadins et colons, arabes et roumis
profanée, les tabernacles dégradés, les tables de la loi brisées, Unis, unis, chassons les juifs de notre pays »
souillées d’immondices. Et les membres des Ligues anti- Les rêves de Youna se sont fracassés en quelques mois. Il a
juives sont si fiers de cet exploit qu’ils distribuent dans toute cru échapper à ce destin de dhimmi. Il se pensait Français, nour-
la région des Bibles débitées en morceaux sur lesquelles, tels rissait de grandes ambitions, pour son commerce et ses enfants.
des trophées, ils ont fait tamponner « Prise de la synagogue de Il meurt exactement
Mostaganem-17 mai 1897 ». Cette violence se propage à Oran, quinze jours après
où le radical anti-juif Gobert a déjà remporté la mairie. Puis Sidi ces élections, le lun-
Bel Abbès connaît sa première grande émeute. Des centaines de di 6 juin 1898, chez
manifestants se rassemblent au centre-ville, hurlant « A bas les lui, rue « Lorbiron »,
juifs ! » ou « A mort les juifs ! ». Le reporter du Messager de l’Ouest à Sidi Bel Abbès.
raconte ce dont il a été témoin : Il ne sera plus là,
« Les coups de pierre et de bâton ont bientôt succédé aux cris. pour entendre Max
Presque toutes les maisons et magasins juifs ont été assaillis et Régis, élu maire
saccagés... Des coups de feu ont même été tirés.... La police et la d’Alger, hurler de-
Légion sont enfin parvenues à disperser les manifestants à 1h du vant ses suppor-
matin. Des postes de légionnaires ont été mis en permanence place ters  : « Maintenant,
Carnot, devant la synagogue... Et plusieurs maisons particulières faut qu’ils crèvent
sont gardées militairement.» tous  ! » C’est déjà
Les frères aînés d’Albert, qui ont 18 et 17 ans, font fait, il est mort… De
certainement partie de la troupe de jeunes gens qui vont chagrin, de déses-
défendre la synagogue. Lui n’a que neuf ans et doit rester prostré poir, de honte ou de
à la maison avec sa mère et ses sœurs. toute autre chose…
Quelques Arabes se sont joints aux colons, payés pour aider L’avis de décès pu-
L’annonce du décès de Youna,
à la casse. Mais c’est surtout une colère de « petits blancs », blié dans Le Courrier dans le journal de Sidi Bel Abbès
aveuglés par une haine viscérale et irrationnelle. Combien de de l’Ouest, est laco-
temps leur faudra-t-il pour éventrer les sacs de graines, explo- nique : un défunt parmi dix autres10. Il meurt à cinquante-cinq
ser les fûts de vin et le contenu des étagères ? Youna a-t-il pu se ans. Exactement l’âge d’Albert, quand le convoi 62 arrivera à
cacher, se protéger ? Si l’on en croit les journaux qui, quelques Auschwitz, en novembre 1943...
jours plus tard, font « le bilan des pots cassés », ils ne sont pas
montés à l’étage, comme chez Sananès et Farrouz, où ils ont tout
détruit. Par chance, ils n’ont pas eu l’idée non plus d’incendier 2e classe Albert Achache
la maison : chez Emsallem, il ne reste que quatre murs calcinés.
Mais le magasin est dévasté. Quelques mois plus tard, nouvelle Pour tenter d’imaginer la vie d’Albert et de ses frères après
semaine d’émeutes à Alger, puis tout le département s’em- la mort du père, j’ai bénéficié de la numérisation des livrets
brase. La campagne des législatives échauffe plus encore les militaires à l’occasion du centenaire de la Grande Guerre.
esprits. Comme le décrit précisément l’historienne Geneviève Désormais accessibles sur le site des Archives Nationales de
Dermenjian, à Oran l’antijudaïsme se propage comme la Peste. l’Outremer, ils permettent de suivre les hommes à la trace.
On vend des cigarettes ou du cassoulet labellisés « anti-juif ». On découvre ainsi qu’en 1904, Saada et ses enfants partent
L’anisette Berger a été rebaptisée « absinthe anti-juive ». Des s’installer à Oran, 15 rue de la Révolution. On y apprend aussi
policiers israélites sont révoqués, des employés licenciés, des qu’Albert est plus petit de taille que ces frères, 1m 63, sans doute
malades refusés dans les hôpitaux. Partout en Algérie, les Ligues plus malingre aussi, car au bout de dix mois de service militaire
appellent au boycott des commerces juifs. La presse publie des dans un bataillon de zouaves au Maroc, il est «  réformé N°2,

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pour faiblesse de constitution et affaiblissement progressif. » évacuer, m’a expliqué l’historien militaire Michael Bourlet...
Cette réforme s’applique aux soldats victimes de maladies ou de Il échappe donc à Verdun ! Direction Vitré, en Bretagne, où la
blessures « non imputables au service ». Officiellement, l’armée vie est une sinécure comparée à l’enfer que vivent les poilus
n’y est pour rien. Entre les lignes, on devine les railleries, les sur le front. Et en septembre, il est réformé pour « entérocolite
bagarres – ou pire encore – qui « progressivement » l’épuisent muco-membraneuse et mauvais état général ». Cette maladie,
et auxquelles la hiérarchie finit par mettre un terme «  dans assez fréquente chez les Poilus, s’accompagne de fièvres et de
l’intérêt du régiment ». douleurs souvent aiguës. Rien de plus  ! Qui peut croire qu’en
Cette réforme lui permet d’échapper à la mobilisation d’août pleine guerre, l’armée renvoie chez lui un soldat qui n’a que mal
1914. Il n’échappera pourtant pas à la Grande Guerre. La bataille au ventre ? Des convalescents, des blessés plus graves, et même
de la Marne a permis de repousser l’offensive allemande, des amputés continuent à se rendre utiles dans les casernes à
mais elle a fait 195 000 morts dans les deux camps. L’armée l’arrière. Je n’en trouverai jamais la preuve, car il ne peut exister
française est obligée de rappeler d’urgence les réservistes et aucune trace écrite, mais cette réforme a des airs de prétexte.
de reconsidérer le cas des réformés. Fin novembre 1914, le L’historienne Florence Tamagne11 qui a travaillé sur cette
conseil de révision de Paris examine donc le dossier d’Albert question parle de bizutage, de viols, d’humiliations… Quelle
et le déclare «  bon pour le service  ». Pour la première fois de qu’en soit la raison, le 21 septembre 1916, Albert est renvoyé
sa vie, à vingt-sept ans, il traverse la Méditerranée et découvre chez lui, en Algérie.
la France, à travers les vitres crasseuses des convois militaires.
Il fait d’abord six mois de classes à Chartres, puis il est envoyé Le secret d’Albert
sur le front, affecté au 3e bataillon du 106e Régiment d’infanterie
en Champagne. Bussy-le-Château, Nuisement-sur-Coole, Comment ai-je appris qu’Albert était homosexuel  ? J’en ai
St-Etienne-au-Temple, Dampierre-au-Temple, Le Trépail, formulé l’hypothèse pour la première fois au Mémorial de la
Villers-Marmery, Mourmelon  : l’officier qui tient le « journal Shoah en voyant qu’il avait été adopté par ce « monsieur Roux »,
des marches et opérations » égraine les étapes, jour par jour. mais la preuve est arrivée plus tard…
Il raconte les cantonnements dans les villages fantômes, les Parmi tous les courriers, dont j’ai inondé la France entière, j’ai
bivouacs dans les bois, les départs au petit matin, les kilomètres adressé une demande aux Archives départementales des Alpes-
à pied, les travaux de réfection des tranchées, de jour comme de Maritimes, pour savoir si la trace d’une éventuelle dénonciation,
ou des détails sur les conditions de son arrestation en 1943,
auraient pu être conservés. La réponse est arrivée en moins de
dix jours. Simplement par email, avec un procès-verbal en pièce
jointe.
Ce document en date du vendredi 5 juillet 1940 émane de
la police d’État de Nice. Dans un premier temps, je m’interroge
sur le lien avec son arrestation par les nazis en 1943… Et puis en
lisant je comprends que cela n’a rien à voir.
Les deux premières pages s’intitulent « Examen de situation ».
Les rubriques et les questions sont tapées à la machine et les
réponses d’Albert inscrites à la main, souvent ponctuées d’un
« dit-il » :

Nom et prénom : ACHACHE-ROUX, Abraham, Albert


Né le : 26 février 1888 à Tlemcen (Oran)
Fils de : feu Jonas et feu Vidal Saada, célibataire
Vit avec le nommé : seul, dit-il
Profession : rentier
Domicile actuel : « Villa mon Caprice », avenue Cap de Croix.
En est propriétaire
Résidence successive : Paris
Albert soldat, à droite sur la photo, Condamnations antécédent judiciaires : néant, dit-il.
prise probablement en 1915 (collection Anny Ayache) Celui qui tient la plume précise alors que « cet individu s’est
présenté à côté de l’inspecteur Paire en lui montrant sa verge »…
nuit… Et ce document numérisé permet de suivre le bataillon, Il aurait fallu le filmer, le regard ahuri, la main devant la bouche,
cent ans plus tard, sur Internet. sidéré…
La force d’Albert, c’est sa fragilité  : le 22 décembre 1915, il Motifs de l’examen : pédéraste, voir ci-dessous déclaration
est hospitalisé pour « embarras gastrique ». Rien de très grave. Lieu de l’interpellation : Vespasienne Thiers
Mais dans les tranchées, un malade est un problème qu’il faut Suite donnée : relaxé. Après un sévère avertissement.

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Voici donc le secret de famille, que certains chuchotaient et « En l’an mil neuf cent trente-trois, le six juin, par devant nous
d’autres refoulaient… Albert était homosexuel  ! Voilà ce qu’ils François Maintien, licencié en droit, juge de Paix du canton Ouest
n’osaient dire et que je pressentais. Cette vérité, longtemps de Nice, assisté de Me Ernest d’Herclonville, greffier de cette justice
étouffée, éclate de façon étrange, crue et brutale, sur l’ordina- de Paix.
teur de mon lieu de travail. A la fois bouleversante, gênante et S’est présenté le sieur Justin Auguste Roux, sans profession, de-
stupéfiante. meurant à Nice, 2 place Franklin, né à Châteauroux (Indre) le
Dans la déclaration qui suit, Albert reconnaît les faits, quinze juillet mil huit cent soixante, époux divorcé non remarié
et de sa main rédige quelques mots tout en bas du procès- de Anna Lacombe.
verbal. Deux fois la même Lequel nous a exposé : qu’étant sans enfants lé-
phrase  : « Je m’excuse, gitimes ou naturels reconnus, il est dans l’intention
je ne recommencerai d’adopter monsieur Abraham Achache, célibataire
plus. Je m’excuse je ne majeur comme étant né à Tlemcen (département
recommencerai plus ». Puis d’Oran) Algérie le vingt-six février mil huit cent
il signe A. Achache. Ce sont quatre-vingt-huit, demeurant à Nice avenue Ba-
peut-être les seuls mots de sa quis... »
main dont je ne disposerais « Monsieur Roux » venait donc de Châteauroux.
jamais. Ça ne s’invente pas... Et il avait été marié, et même
Albert en garde à vue (juillet 1940).
Un troisième feuillet se divorcé, avant d’adopter Albert.
présente comme une « notice individuelle ». Elle révèle qu’Al- C’est à partir de ce fil que j’ai pu dérouler l’ensemble de la vie
bert a fourni un document assez particulier pour attester son de « Monsieur Roux ». Un roman à lui tout seul : l’histoire d’un
identité : ambitieux sans scrupule, fils d’un meunier de Châteauroux,
« Extrait des minutes du greffe du Tribunal civil de 1ère instance devenu bijoutier à Paris, puis rentier par la grâce des femmes
de l’arrondissement de Nice. Jugement d’adoption du nommé qu’il a sans doute manipulées. Il en épouse une première,
Achache Abraham, par le nommé Roux Justin Auguste. Jugement qui demande le divorce au bout de quelques mois, plus tard
en date du 6 juin 1933, enregistré à Nice le 8 juin 1933. » une deuxième, très riche et de douze ans son aînée, puis une
Monsieur Roux est donc bien son père adoptif ! Et Monsieur troisième encore à la mort de celle-ci. Étrangement la troisième
Roux avait un prénom, il s’appelait Justin. femme, tout comme la première, demandera très vite le divorce,
à une époque où l’on se marie pour la vie.
L’insaisissable Monsieur Roux J’ai fini par dénicher l’adresse de la maison de Saint-Maur.
J’ai déposé à tout hasard un petit mot dans la boîte aux lettres…
Il m’a fallu du temps pour le retrouver celui-là ! Je l’ai cherché Par chance le propriétaire m’a rappelée, et en fouillant dans les
dans les archives municipales, départementales, nationales, cartons de ses parents, il a retrouvé l’acte d’achat de la propriété
l’état civil, auprès de la mairie de Nice, des tribunaux, d’un et l’historique des précédents propriétaires. C’est ainsi que j’ai
grand cabinet de généalogie parisien… J’ai consulté un avocat, appris qu’Albert et monsieur Roux l’avaient achetée ensemble
des historiens, les en 1937. Puis qu’après la mort d’Albert en déportation, elle
bottins, Google, Gé- avait été vendue par leurs héritiers à chacun. C’est ainsi que
néanet et même le l’existence de Gaston est apparue  : un premier homme que
site des Mormons... monsieur Roux avait adopté, bien avant Albert… Gaston, un
On me répondait premier fils adoptif qui avait tout intérêt à rester fils unique…
que le jugement Une autre histoire totalement romanesque !
d’adoption n’avait
pas été archivé.
28 rue Verdi
Quand à ce mysté-
rieux Justin, il pa- Indépendamment de la personne qui a pu le dénoncer, j’ai
raissait avoir brouil- longtemps essayé de comprendre pour quelles raison Albert est
lé toutes les pistes. arrêté, en 1943, 28 rue Verdi, à Nice, et pas dans sa « Villa mon
Comme Modiano Caprice  » dont il est propriétaire en 1940, au moment de l’af-
sur les traces de faire de la vespasienne. Les « Archives des victimes des conflits
Les aveux d’Albert Dora Bruder, « un contemporains » m’ont fourni l’explication. Un an après la Libé-
Archives départementales des Alpes-Maritimes moment j’ai pensé ration, la concierge de l’immeuble rédige quelques lignes laco-
qu’il était l’une de niques sans doute pour la constitution d’un dossier :
ces sentinelles de l’oubli chargées de garder un secret honteux, «  Je certifie que Monsieur Abraham Achache-Roux a
et d’interdire à ceux qui le voulaient de retrouver la moindre habité 28 rue Verdi, depuis 1941, avec son père adoptif, jusqu’au
trace de l‘existence de quelqu’un ». C’est une notaire niçoise qui 8 novembre 1943, date à laquelle la Gestapo est venue l’arrêter. »
a finalement trouvé la clé :

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Familles

Grâce aux archives des J’ai retrouvé un survivant du même convoi, qui lui aussi
inscriptions hypothécaires on a transité, en novembre 1943, par l’hôtel Excelsior à Nice,
découvre aussi, entre autres réquisitionné par les Allemands pour réunir tous les prisonniers
choses, qu’Albert a vendu sa en partance : Henri Bily, arrêté à dix-huit ans, à Clans, un petit
jolie villa sur les hauteurs de village du Mercantour, a publié ses mémoires il y a quelques
Nice un peu avant le début de années12. Et un peu avant de mourir, il m’a reçu chez lui, à
la guerre. Comme pour être Nice. Dans ses souvenirs, ils sont comme « du bétail, entassés
plus libre de se sauver à tout à je ne sais combien par chambre, par palier, par couloir,
moment… par antichambre. Les gens se lamentent, d’autres font des
Quand ils s’installent discours… » 
rue Verdi, Nice est encore Albert est transféré à Drancy le vendredi 12 novembre. A cinq
en zone libre. A partir de heures du matin, quatre sentinelles encadrent les prisonniers
novembre 1942, la vie jusqu’à la gare, les conduisent tout au bout du quai, à l’écart des
redevient plus paisible  : vrais voyageurs… Déjà des rebuts.
la ville, sous occupation Ils sont soixante-dix-sept, ce jour-là, et remplissent deux
italienne, est même devenue wagons  : des Juifs de Francfort, Budapest, Istanbul, Paris,
Dossier de Gaston Rébillou-Roux un refuge où affluent de Berlin, Prague, Amsterdam, Smyrne, St-Etienne, Alger, Varsovie,
Archives de l’Assemblée nationale
(Paris) l’Europe entière tous ceux qui Anvers, Amiens, Kiev, Alexandrie, Marseille... Deux jours plus
fuient les persécutions et les tard, à Paris, des autobus les attendent. Albert ignore qu’il ne lui
arrestations. reste que dix jours à vivre.
Mais, le 8 septembre 1943, le général Eisenhower annonce
la signature d’un armistice avec les Italiens. Dans la soirée, Dix jours de la vie d’Albert
les troupes allemandes franchissent le Var et bloquent tous
les accès à Nice, les routes, les voies ferrées, les gares. La ville A l’entrée du camp de Drancy,  quatre soldats seulement
devient une sorte de nasse où sont piégés tous ceux qui avaient accueillent les nouveaux arrivants et les conduisent dans la
cru y trouver refuge. Tous les témoignages décrivent la panique, cour centrale, pour être fichés. Abraham-Albert Achache-
dans les rues, les hôtels, les meublés. Albert s’est peut-être rué, Roux, matricule 8179, sera ensuite fouillé, dépouillé et sa
comme tant d’autres, devant le consulat d’Italie, espérant y valise vidée. En échange des «  mille quatre-vingt-dix francs  »
arracher un visa… Trop tard. Aloïs Brunner et ses sbires ont déjà qui lui sont confisqués, on lui remet un reçu officiel, signé par
quitté Drancy. Ils sont en route pour l’une des rafles les plus le chef de la police du camp. A-t-il été assez naïf pour croire
importantes de ces années sombres. que cet argent lui serait rendu à destination  ? Il est encore
«  Vous ne retrouverez rien…  » m’avait prévenue Serge interrogé, douché, désinfecté. Puis on lui assigne un châlit, où
Klarsfeld. Je n’ai en effet rien trouvé dans les archives de la grouillent des punaises, dans une chambrée qu’il partage avec
police concernant Albert en 1943. Juste son nom, le premier une quarantaine d’autres prisonniers. On lui remet une étoile
sur la fiche des transferts de Nice à Drancy du 12 novembre. jaune qu’il va devoir porter pour la première fois de sa vie et
Rien sur les conditions de son arrestation, ni sur une éventuelle on lui donne aussi un carton dont la couleur correspond à sa
dénonciation. Pas même un courrier de Gaston… catégorie  : d’abord mauve, comme tous ceux qui attendent,
En marge de son nom figure seulement une adresse, 28 rue et puis rouge, au bout de quelques jours, comme ceux qui
Verdi, une date d’arrestation, le 8 novembre 1943 (soit un an s’en vont… Il y a les couleurs, il y a aussi les lettres. Albert est
jour pour jour après le débarquement allié en Algérie), et un classé C2 : une catégorie qui regroupe les israélites naturalisés
numéro de convoi, 62. avant 1936, et ceux d’Algérie, déchus de leur nationalité depuis
l’abrogation du décret Crémieux, mais toujours
« sujets français ». Les C2 sont souvent logés dans
l’aile gauche, ils ont parfois le dérisoire privilège de
n’être pas totalement rasés.13
Le samedi 20 novembre 1943, Heinz Röthke,
chef du département des affaires juives en France,
adresse un télex à Eichmann  : «  à 11h50, le train
D901 a quitté la gare de Bobigny en direction
d’Auschwitz, avec à son bord 1200 juifs ». Le train
comporte une vingtaine de wagons à bestiaux, que
les soldats ont rempli de paille, de quelques seaux
et d’une tinette… Soixante personnes, au moins,
Archives des inscriptions hypothécaires doivent aussi trouver le moyen de s’y asseoir,
Archives départementales des Alpes Maritimes.

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Familles

entasser leurs valises… Pour éviter les suicides et le désordre, mourir ici, au bout de ce quai, perdu au milieu de rien et qui ne
depuis septembre, ils sont regroupés « par famille ou affinité ». va nulle part … Je suis allée à Auschwitz pour essayer d’imaginer,
Dans un dernier wagon, les Allemands transportent des tonnes comprendre, ressentir… Dans des halos de lumière blanche, il
de farine, pommes de terre, pâtes, chocolat, à destination aussi a dû apercevoir ces miradors, ces barbelés, ces cheminées, et
d’Auschwitz : mais il est bien précisé dans le télex, qu’en aucun au loin, cette forêt de bouleaux squelettiques qui émerge du
cas, « ces victuailles de qualité ne sont destinées aux prisonniers brouillard. C’est sa dernière vision du monde, ici, entre chien
du camp ». Henry Bily se souvient d’une miche de pain qu’on et loup, entre chiens et soldats… J’ai marché en silence jusqu’au
leur distribue à chacun, seule pitance pour trois jours. bout du quai, là où les rails finissent par mourir sur une butée en
L’itinéraire et les horaires fournis par les chemins de fer bois, en pensant à ses pieds qui s’enfoncent dans la neige. Des
allemands sont d’une précision glaçante  : 12h23 Noisy-le- camions les attendent. Les Allemands séparent brutalement les
Grand, 14h27 Epernay, 16h13 Chalon-sur-Saône, 18h05 Bar-le- familles, les mères et les enfants, les maris, les épouses. Deux-
Duc… Bientôt Lérouville. cent-quarante-et-un hommes et quarante-cinq femmes sont
Des jeunes gens déportés pour avoir essayé de s’évader de jugés capables de marcher, et dignes de survivre encore un peu.
Drancy sont dans le sixième wagon. Et ils ont réussi à se procurer Neuf-cent-treize et Albert montent à bord de ces véhicules qui
un tournevis et une scie. L’un d’entre eux connaît bien la région, les conduisent directement vers ces baraquements, dont ils
il sait que le train sera forcément ralenti dans une montée aperçoivent les fumées, et respirent l’odeur.
avant Lérouville dans la Meuse. Les voyant essayer de percer «  Aïe Ma  !  »  je devine sa plainte qui remonte du fond des
le plancher puis s’attaquer au vasistas, les autres prisonniers temps. « Aïe Ma » comme disait ma grand-mère quand elle sou-
s’affolent : les Allemands ont prévenu que si quelqu’un cherche pirait tristement… Ils sont nus, déjà réduits à des corps, comme
à s’évader, ils fusilleraient tout le monde. Les cris et l’agitation on dit des cadavres, presque plus des vivants. Les portes se re-
alertent les sentinelles. Le train s’immobilise, et les SS ouvrent ferment. On dit qu’au seuil de la mort, on songe à ses parents…
la porte coulissante. Trop tard ! Dix-neuf prisonniers ont réussi A-t-il appelé son père ou pensé à Justin ? Combien de secondes,
à sauter. Les Allemands confisquent les chaussures et les avant les premiers cris  ? Avant de comprendre que l’eau ne
pantalons des hommes. Puis ils referment le wagon. Et le convoi viendra jamais. Qu’un gaz épouvantable vous arrache les pou-
repart. mons… Combien de minutes avant de s’écrouler sur ce sol en
Vers 1h du matin, la France est derrière eux, et commence la ciment, suffoquer, se tordre de douleur, puis mourir asphyxié ?
traversée de l’Allemagne : Frankfurt, Fulda, Burghaun, Apolda… Je suis allée voir Le Fils de Saul14. J’ai entendu les hurlements,
Il fait de plus en plus froid, les enfants pleurent, les tinettes les coups désespérés portés contre les murs. J’ai vu les corps que
débordent et empestent. La deuxième nuit tombe un peu avant les Sonderkommandos15 trimballent ensuite comme ils peuvent,
Engelsdorf. Vers 2h du matin, ils arrivent en Pologne. Entre entassent les uns sur les autres, puis balancent dans les fours.
les planches, ils arrivent à lire les noms des villes  : Köhlfurt, J’ai vu les cendres qu’ils dégagent très vite, à grands coups de
Arnsdorf, Königszelt, Neisse, Cosel, Heydebreck, Kattovitz. Et pelletées, parce que tant d’autres cadavres attendent de brûler.
enfin Auschwitz-Birkenau à 16h49. Le soleil n’est pas encore Je suis sortie terrassée du cinéma le Louxor… Et j’ai réalisé
couché, quand le convoi 62 s’immobilise enfin. Les portes que j’étais en face de chez Albert, en face exactement d’un
s’ouvrent brusquement, et la lueur grisâtre de cette fin d’après- premier immeuble où il a vécu à Paris, 193 rue du Faubourg-
midi glaciale, éclaire un plat pays lugubre et enneigé. Naître Poissonnière.
dans la lumière éblouissante et limpide de Tlemcen, et venir

L’histoire d’Albert Achache-Roux est à retrouver dans le livre de Brigitte Benkemoun,


« Albert le Magnifique » paru aux Editions Stock en 2016.

Notes

1. David Gordon est le plus incroyable d’entre 6. La tradition n’a pas véritablement d’explication, 11. Florence Tamagne, Histoire de l’homosexua-
eux. Issu d’une famille ashkénaze, il vit dans le mais elle se formule ainsi  : « Toujours, quand lité en Europe. Berlin, Londres, Paris. 1919-1939,
New Jersey aux États-Unis. Mais il s’est passionné tu t’en vas pour quelque temps, quelque part, Paris, 2000, Seuil, 692 p.
pour la communauté juive d’Algérie dont est issue quelqu’un sur tes traces doit lancer un verre 12. Henry Bily, Destin à part, seul rescapé de la
sa femme. Et il a entrepris de recenser toutes les d’eau ». rafle de Clans du 25 octobre 1943, préface de Serge
familles. On peut le suivre sur geneanet.fr. 7. Une cérémonie que les Juifs d’Algérie appelleront Klarsfeld, édition de l’Harmattan, 1995, page 61.
2. Entretien, le 7 janvier 2015. Bar Mitsvah une fois arrivés en France. 13. Michel Laffite et Annette Wieviorka, A l’intérieur
3. Lire à cet effet la remarquable étude sur les 8. Notamment Simon Kanoui, le très puissant pré- du camp de Drancy, Perrin, 2012.
mariages à Tlemcen réalisée par Roger Mettout sur sident du consistoire d’Oran. Cf. G.Dermenjian 14. « Le Fils de Saul », un film écrit et réalisé par
la base des ANOM. «  Simon Kanoui (1842-1915), passeur de civilisa- László Nemes, grand prix du festival de Cannes en
4. Richard Ayoun et Bernard Cohen, Les Juifs tion », Généalo-J, n° 113, 2013, p.7-15. 2015.
d’Algérie 2000 ans d’histoire, J.-C. Lattès., 1982. 9. Geneviève Dermenjian, La crise anti-juive 15. Unité de prisonniers choisis par les SS, pour ac-
5. Joëlle Allouche-Benayoun et Doris Bensimon.Les oranaise (1895-1905), Paris, l’Harmattan, 1986. compagner les victimes vers les chambres à gaz, puis
Juifs d’Algérie. Mémoires et Identités plurielles, édi- 10. Le journal s’est trompé quant à l’âge de décès de sortir les corps et les brûler. Au bout de quelques
tions Cerf/Stavit, Paris, 1998 (435 p. + illustrations). Youna. temps, ils étaient eux même gazés et « renouvelés »
pour que personne ne puisse jamais témoigner.

12 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
Familles

Nouvelles sources pour la généalogie


des Juifs de Tunisie : exemple de la famille
« Mendes Ossuna » ou « Ossona »
Gilles Boulu

D ans nos publications précédentes concernant la


généalogie des Juifs de Tunisie et notamment la
communauté juive livournaise ou portugaise dite grana1, nous
avons utilisé les nombreuses sources mises à notre disposition
C’est là que les registres et minutes de la chancellerie du
consulat de France à Tunis (1582-1833) prennent tout leur
intérêt. Faisant office de notaire, le chancelier du consulat
enregistrait à leur demande nombre de transactions des mar-
depuis quelques années. Ces sources qui ont permis un progrès chands juifs ainsi que des actes de procurations et des lettres
considérable dans l’établissement de généalogies familiales commerciales5. Signalons cependant qu’une découverte dans
sont entre autres l’état civil municipal des Juifs de Tunisie ce fond est aléatoire. En effet, ce sont surtout les marchands
(1886-1913) et de Livourne (1808-1865) en ligne sur la base d’une certaine importance, pratiquant un commerce interna-
BECANE du CGJ, les registres matrimoniaux (Ketoubot) de tional notamment avec Livourne, qu’on trouvera dans ces do-
la communauté juive portugaise de Tunis (1788-1881) et les cuments. Dans un certain nombre de cas, il nous a été possible
relevés des cimetières de Tunisie2. A cela, ajoutons les dizaines de remonter dans le temps et d’atteindre la période du passage
de milliers de relevés effectués depuis plusieurs années par des marchands de Livourne à Tunis. Si l’on parvient à franchir
le groupe «  Tunisie  » du CGJ dans les archives diplomatiques cette seconde étape, la phase suivante sera d’identifier les pre-
(Consulat de France à Tunis), dont les registres des Protégés miers marchands juifs livournais de Tunis dans les archives de
(1830-1913)3. la communauté juive de Livourne. Elles peuvent permettre le
Récemment, un pas supplémentaire a été franchi dans cas échéant de remonter à la première moitié du 17e siècle, c’est-
notre quête généalogique grâce à l’accès rendu possible aux à-dire à l’arrivée des Marranes portugais dans le port toscan en
archives de la communauté juive de Livourne, dont une provenance de la péninsule ibérique.
partie est disponible en ligne4. Les plus intéressantes pour les
généalogistes sont les registres et répertoires des naissances L’exemple de la famille Mendes Ossuna 
(1668-1860) et les registres de sépultures. Une autre source tout
ou Ossona
aussi précieuse et encore inédite sont les nombreux contrats de
mariages. Dans le but d’illustrer notre propos, nous donnons un
exemple de généalogie tunisienne rendue possible avec ces
Méthodologie et difficultés différentes sources, s’étalant sur trois siècles jusqu’aux Marranes
établis à Livourne à partir du début du 17e siècle.
Une première étape consiste à combiner la base BECANE
de l’état civil des Juifs de Tunisie avec les registres de ketoubot,
Origine du patronyme
lesquels permettent de remonter jusqu’au milieu du 18e siècle,
du moins pour les Livournais. Ceci dit, pour pouvoir exploiter « Osuna » est une ville espagnole de la province de Séville. Au
ces deux sources, il est nécessaire de connaître les noms des départ, le patronyme composé avec « Mendes » s’écrit « Mendes
ascendants présents en Tunisie au début du 20e siècle, ce qui Ossuna » ou « Mendes Osuna » en caractères latins. Il deviendra
peut constituer une difficulté. Par la suite, on va rencontrer simplement « Ossona » au milieu du 19e siècle en Tunisie. Les
en général un obstacle pour progresser au-delà du 18e siècle. auteurs des traités d’onomastique des patronymes d’Afrique du
En effet, la majorité de ces familles, qu’elles soient originaires Nord indiquent aussi la graphie « Mendes Ossona » que nous
de Livourne ou d’autres villes d’Italie, sont arrivées à Tunis avons rarement rencontrée dans les différentes sources6.
entre la fin du 17e et le début du 18e siècle. Or, on a vu que les Nous choisissons deux actes de décès de porteurs du
sources communautaires disponibles pour la Tunisie font patronyme «  Ossona  » de la même génération, sans liens
défaut à cette période. Il y a donc plusieurs générations de évidents entre eux, figurant dans la base BECANE, puis nous
«  chaînons manquants  » (deux voire trois) pour atteindre la tentons de remonter dans le temps avec les divers documents à
période d’installation des premiers marchands livournais dans notre disposition. L’interrogation de la base donne une liste de
la Régence. 29 décès entre 1887 et 1911, ce qui est relativement peu.

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 13
Familles

Cas n ° 1
L’acte de décès de Gabriel Ossona7 indique qu’il est
négociant, mort à Tunis le 5 octobre 1907 à l’âge d’environ 72
ans, donc né vers 1835, fils de feu Daniel Ossona et de feue
Rina Medina. Le nom de son épouse n’y figure pas, ce qui est
inhabituel. Un des deux témoins est son fils, Abraham Ossona,
négociant de 42 ans. Nous trouvons dans le registre matrimonial
Reg. n° 3. Ketouba du 11 novembre 1812,
n° 5 de la communauté juive portugaise de Tunis la ketouba de signature de Daniel Mendes Ossuna (Archives Grand rabbinat de Tunisie)
Gabriel à la date du 24 février 1858, fils de Daniel, et de son
épouse Clara, fille d’Eliahou Valensi. La découverte de l’acte de
décès de Clara Valensi en 1900 confirme le lien conjugal.

Reg. n° 2. Ketouba du 15 juin 1791,


signature de Joseph Hay Mendes Ossuna (Institut Ben-Zvi)

A ce stade, avec Mordohai Mendes Ossuna, personnage né


avant le milieu du 18e siècle, nous comptons cinq générations à
partir d’Abraham lequel déclarait le décès de son père Gabriel en
1909 (huit à neuf générations jusqu’à la descendance potentielle
actuelle). C’est le cas habituel pour les Juifs livournais. Pour
tenter de franchir «  le fossé » de deux à trois générations entre le
milieu du 18e siècle et l’arrivée des marchands à Tunis au siècle
précédent, nous allons donc utiliser les registres et minutes de
chancellerie du consulat de France à Tunis.
La chance nous sourit concernant les Mendes Ossuna : dans
un manifeste de navire de 1815 (liste des marchands et des
CADC, Base BECANE du CGJ cargaisons), figure « Joseph Hay de Mordokai Mendes Ossuna »
Acte de décès de Gabriel Ossona le 6 octobre 1907 réceptionnant à Tunis une cargaison adressée de Livourne par
David Roha. Plusieurs décennies auparavant nous retrouvons le
même marchand à ses débuts lequel nolise en 1769 un navire
avec un chargement pour Gênes9. Il était certainement tout
jeune homme, probablement né vers 1750.
L’année précédente en 1768, c’est son père «  Mordokai
de Joseph Mendes Ossuna  » qui apparaît dans un contrat
de nolisement de navire pour Livourne, nous permettant de
connaître une génération supplémentaire.

Reg. n° 5. Ketouba du 24 février 1858,


signature en hébreu de Gabriel Ossona (Institut Ben-Zvi)

En remontant, nous découvrons à la date du 12 juillet 1826


la ketouba de Daniel fils de Joseph Hay Mendes Ossuna, et
CADN, 712PO/1/442, Registre de chancellerie, 5 octobre 1768.
de Rina fille de Gabriel Medina (registre n° 3). Daniel avait été Signature de « Mordoxay de Josef Mendes Ossuna »
marié en première noces en 1812 à une sœur aînée de Rina,
Rivka Medina, décédée en 1819 sans enfant8. Le prénom du père En remontant au fil du temps, on découvre sur plusieurs
de Gabriel, Joseph Hay, nous facilite la tâche car peu fréquent, actes l’activité commerciale de Mordohai et de son père Joseph,
nous permettant de le repérer dans les différents documents. le premier actif entre 1751 et 1771, le second entre 1717 et 1730.
C’est ainsi que le registre n° 2 contient la ketouba du 15 juin 1791 Ainsi, Mordohai de Joseph reçoit des marchandises en 1751 et
de Joseph Hay fils de Mordohai Mendes Ossuna et de Luna fille 1765 en provenance de Jacob Bassano de Livourne, et nolise des
de Nathan Tubiana. navires pour Gênes et Livourne10.

14 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
Familles

Son père, Joseph Mendes Ossuna, personnage né vers Abram, beaucoup plus prolifique, fait de nombreuses
1690, réalise plusieurs opérations commerciales  ; on le voit opérations commerciales telles des nolisements de navire,
notamment sur quelques actes représenter un autre marchand rachats de captifs chrétiens et achats de marchandises entre
dénommé Jeosuah de Aron Mendes Ossuna, sans indication 1685 et 1708. La plus grande partie est réalisée en association
de lien de parenté. Joseph signe souvent à la place de Jeosuah avec Moïse Mendes Ossuna lequel se révèle être son père et
en inscrivant le nom de ce dernier de sa propre main, comme le premier de cette famille installé à Tunis. En effet, un acte
en témoigne l’analyse de la graphie11. Nous retrouverons ce du 7 septembre 1685 concerne une obligation de 3000 piastres
Jeosuah plus loin. Ce sont deux enregistrements de documents du « Sr Moïse Mende d’Ossuna », marchand juif livournais de
faits par Joseph Mendes Ossuna en 1717 qui vont nous permettre Tunis, envers le gouverneur de Tabarca pour livraison de corail à
de progresser dans notre généalogie. Le 6 janvier 1717,   nous son fils Abraham Mendes d’Ossona par l’intermédiaire de Moïse
avons un « Enregistrement à la réquisition du Sr Joseph Mendes Garcin, sensal (courtier) juif. Il signe en associant son fils Abram,
Ossuna marchand juif livournais de Tunis, d’une note des gages ce qu’il fera souvent.
remis par le Sr Mordohay Mendes Ossuna marchand juif en son
vivant résidant à Tunis au Père Jean, capucin missionnaire le 10
mai 1705 ». Le même jour, Joseph enregistre trois lettres écrites
en italien par le même Père Jean en 1705 à Abram Mendes
Ossuna, autre membre de la famille12. Nous avons affaire ici
à des membres de sa famille décédés dont il solde les affaires.
Mordohay premier du nom semble être le père de Joseph, lui-
même père d’un Mordohay.
CADN, 712PO/1/422, Registre de chancellerie, 7 septembre 1685.
Signature de «Moiseh (et) Abram Mendes Ossuna »

Moïse Mendes Ossuna était déjà à Tunis en 1676. Le premier


acte de chancellerie concernant ce marchand en date du 9
octobre 1676 indique que « Mozé Mendes Osounes marchand
juif de Tunis » fait une déclaration avec Gabriel Valensin en
faveur d’Abram Franco Dalmeda et Isaque Coen De Lara pour
CADN, 712PO/1/431, Registre de chancellerie, 6 janvier 1717. des marchandises achetées au souk turc. Plus tard, le premier
Signature de Joseph Mendes Ossuna 
mai 1686, dans une reconnaissance de dette au consul de
Mordohay Mendes Ossuna est retrouvé en association France qui engage toute la Nation juive livournaise de Tunis, il
avec Abram Mendes Ossuna en 1696 et 1708 pour différentes signe avec les marchands Jacob de Daniel Lumbroso et Jacob
transactions. A cette époque Mordohay est l’un des massari ou Baruh Louzada14. Enfin, nous apprenons par un acte du 26
parnas (gouvernant) de la communauté juive portugaise de septembre 1701 que Moïse et Abram avaient fondé une maison
Tunis13. Il pourrait être un frère d’Abram sans que l’on puisse de commerce sous le nom «  Salvator et Gabriel de Vittorio  »,
l’affirmer à ce stade. alias qui permettait une pratique du commerce plus facile avec
les pays chrétiens15.

CADN, 712PO/422, Registre de chancellerie, Déclaration du premier mai 1686.


Signature « Moise Mendes Ossuna »

A l’issue de cette première recherche, nous sommes donc


remontés à Mordohay Mendes Ossuna potentiel fils de Moïse. Il
représente la septième génération depuis l’Abraham initial.
CADN, 712PO/1/424, Registre de chancellerie, 23 novembre 1696. Déclaration des
Srs Abram et Mordohay Mendes Ossuna
(début du texte et signatures)

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 15
Familles

La ketouba de Yeshoua fils de Moïse Mendes Ossuna et


de Semha fille de feu Chalom Darmon est retrouvée dans le
registre n° 5 à la date du 22 septembre 1858. Le registre n° 3
contient celle du père, Moïse fils de Yeshoua Mendes Ossuna
marié le 3 avril 1833 à Mahana fille de Moïse Soria. L’acte de
décès le 26 octobre 1888 de Mahana, fille de Moise et de Mariem
Soria, confirme qu’elle est veuve de Moise Ossona16. Par la suite,
nous trouvons dans le registre n°2 trois ketoubot concernant
un Yeshoua fils de feu Aron Mendes Ossuna. Le marié est la
même personne comme en témoigne son paraphe identique
et de type rabbinique : le premier mariage est celui le 18 juin
1794 de Yeshoua et de Hanna de feu Menahem Finzi, le second
le 29 mai 1807 mentionne comme épouse Simha, divorcée, fille
de feu Haïm Fitoussi, réalisant donc un mariage « mixte » avec
un membre de la communauté autochtone, dite tunisienne ou
twansa. Enfin Yeshoua se remarie le 5 mars 1821 avec la veuve
Esther de Gabriel Mendoza.

Reg. n° 5. Extrait Ketouba du 22 septembre 1858


de Yeshoua de Moïse Mendes Ossuna (Institut Ben-Zvi)

Cas n ° 2
Retournons maintenant au 20e siècle, pour étudier le second
acte de décès choisi dans la base BECANE.  Il s’agit de celui
d’Ichoua (Yeshoua) Ossona, marchand de gâteaux, mort à
Tunis le premier août 1909, âgé d’environ 80 ans, donc né vers Reg. n° 3. Extrait Ketouba du 3 avril 1833
de Moïse de Yeshoua Mendes Ossuna (Archives Grand rabbinat de Tunisie)
1830, fils de feu Moïse Ossona et de feue Luna  Soria, époux
de Semha Darmon. Le décès est déclaré par son fils Joseph
Ossona, tailleur âgé de 40 ans.

Reg. n° 2. Extrait Ketouba du 18 juin 1794 de Yeshoua d’Aron Mendes


Ossuna. Signature (en bas) avec paraphe rabbinique (Institut Ben-Zvi)

Comme dans le cas précédent, nous connaissons à ce stade


CADC, Base BECANE du CGJ cinq générations avec Aron Mendes Ossuna, personnage né
Acte de décès d’Ichoua Ossona du 2 août 1909 probablement autour de 1730. Les registres de la chancellerie

16 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
Familles

du Consulat de France ne le mentionnent pas. En revanche, l’enregistrement de la naissance le 16 adar 5432 ou 14 février
on a vu qu’il existait un Jeosuah d’Aron Mendes Ossuna plus 1672 de «  Mordochay fils de Mose et Lea Mendes Osuna  »,
ancien, marchand associé à Joseph Mendes Ossuna lequel signe correspondant vraisemblablement à notre marchand de Tunis,
quasiment toujours à sa place17. Jeosuah est actif entre 1720 et confirmant qu’il est bien frère de son associé Abram. Une
1732. Sur un seul acte en 1726, on découvre sa vraie signature sœur, Esther, est née le 7 juin 1670. Abram Mendes Ossuna, actif
à l’occasion d’une procuration. Il figure parmi les gouvernants à Tunis dès 1685 est à priori né avant 1668, année du début du
(massaro ou parnas) de la communauté juive portugaise de registre. Il en est de même d’Aron que nous supposons être un
Tunis18. autre frère.
Il est très probable que Jeosuah d’Aron soit le père d’Aron et
donc le grand-père de son homonyme plus tardif. Par ailleurs,
l‘association commerciale entre Jeosuah d’Aron et Joseph fils de
Mordohay suggère un cousinage proche entre les deux.
ACEL, Registro delle Nascite, 14 février 1672,
naissance de Mordohay, fils de Mose et de Lea Mendes Ossuna
Il n’y a aucun Mendes Ossuna figurant dans le répertoire des
naissances après 1672. Dans l’unique registre des sépultures
(1715-1746) de Livourne à notre disposition, on ne trouve qu’un
seul décès, celui en 1718 d’un Abram Ossona, ce qui suggère la
présence d’une ou deux familles Ossona seulement à Livourne
CADN, 712PO/1/432, Registre de chancellerie, 10 mars 1721. à cette époque.
Signature de Jeosuah Mendes Ossuna
de la main de Joseph Mendes Ossuna

CADN, 712PO/1/434, Registre de chancellerie, 2 janvier 1726. Signature de


Jeosuah d’Aron Mendes Ossuna, parnas
Le premier Aron Mendes Ossuna, personnage contemporain
d’Abram et de Mordohay, né à priori dans les années 1660-1670,
ne figure pas sur les registres de chancellerie. En première
hypothèse, il pourrait être un frère de ces derniers (voir ci-
contre).

En définitive, nous avons donc distingué deux branches


de cette famille remontant à Mordohay et Aron, dont le père
pourrait être Moïse Mendes Ossuna19.

Au-delà du 18e siècle, vers Livourne


La dernière phase de nos recherches va être maintenant
l’utilisation des archives de la communauté juive de Livourne
et notamment le répertoire (1668-1810) et le registre des
naissances (1668-1740), ce dernier en portugais. Les dates
sont données dans les deux calendriers, hébraïque et chrétien.
Les mères ne sont mentionnées que par leur prénom. Nous
savons que le premier Mendes Ossuna arrivé à Tunis à priori en
provenance de Livourne vers 1676 est Moïse, dont le probable
fils aîné est Abram. Le répertoire et le registre de Livourne ne
contiennent que deux Mendes Ossuna : nous y découvrons

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 17
Familles

D’un Abraham à l’autre… Arrivé au terme de notre recherche, nous avons pu identifier
à Livourne notre premier marchand de Tunis, Moïse Mendes
L’histoire ne s’arrête pas là. Parmi les registres de ketoubot Ossuna, personnage né vers 1640 et même remonter d’une
conservés aux archives de la communauté juive de Livourne, génération avec son père Abram pour atteindre la première
nous avons la chance de découvrir la ketouba du couple moitié du 17e siècle . Il est possible qu’Abram Mendes Ossuna
Mose Mendes Ossuna et Lea, enregistrée à la date du 10 adar né vers 1610-1620, soit le premier de la famille installé à
5425 soit le 25 février 1665. Il y est inscrit : «Mose fils d’Abram Livourne en provenance de la péninsule ibérique21.
Mendes Osuna et Lea fille du médecin réputé Abram Franco
Montezinos»20. Ceci dit, nous avons trouvé une autre ketouba de cette famille
à Livourne, celle le 15 janvier 1660 d’Abram de feu Isaac
Mendes Ossuna et de Judica de feu Isaac Rodriguez. En l’état
actuel ne nos connaissances, nous ne pouvons que formuler
des hypothèses. Le père, Isaac, peut correspondre à un
collatéral (frère ou cousin ?) de notre Abram ce qui induirait
une implantation plus ancienne de cette famille en Italie
(arbre 3). Par ailleurs, on ne peut pas exclure l’éventualité
d’un second mariage de notre Abram Mendes Ossuna ce qui
ferait remonter encore d’une génération la lignée de cette
famille.
Quoi qu’il en soit, nous comptons en tout neuf
générations de ce dernier à l’Abraham initial, entre 1665 et
1907, et probablement plus de douze jusqu’aux descendants
actuels.
ACEL, Registre de Ketoubot C, Ketouba du 25 février 1665 Grace aux nombreux documents dont nous disposons
de Mose d’Abram Mendes Ossuna et Lea d’Abram Franco Montezinos maintenant, nous serons en mesure de dresser des
généalogies sur près de quatre siècles, atteignant la période
marranique dans la péninsule ibérique. Remonter au-delà
sera un autre challenge…

18 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
Familles

Notes

1. On appelle familièrement ces Juifs dit 1833. Nous avons pour notre part relevé et indexé 14. CADN, 712PO/1/420 et 422. Voir aussi Pierre
livournais en provenance d’Italie, les Grâna, tous les actes concernant les marchands juifs dans Grandchamp, Vol VII, p.271 et vol VIII, p.52-53 et 59.
pluriel de Gorni qui signifie livournais en arabe ces registres de 1700 à 1833 (non encore publiés). Il 15. 
CADN, 712PO/1/425, Chancellerie, 26
(Leghorno=Livourne). La majorité d’entre eux existe par ailleurs une multitude de documents non septembre 1701  : «  Déclaration à propos d’un
descendaient au départ de Marranes portugais, juifs encore exploités dans le fond «  Chancellerie  »  du chargement de 46 balles de laine en 1698 sur la
ibériques convertis de force au Portugal en 1497. consulat, tels les minutes et papiers divers. barque “ L’Aventurière “ patron Sébastien Antoine
Voir G. Boulu, «  Recherches sur les Lumbroso de 6. Paul Sebag, Les noms des Juifs de Tunise, Paris, de Martigues, pour Livourne par Moizé et Abraham
Tunis », Généalo-J, 115, 2013, p.7-20 ; Gilles Boulu et L’Harmattan, 2002  ; Jacques Taïeb, Les Juifs du Mendes Ossuna sous le nom de leur maison”
Alain Nedjar, « Deux registres matrimoniaux inédits Maghreb, Noms de famille et société, Paris, Cercle de Salvator et Gabriel de Vittorio”. La barque avait
de la communauté juive portugaise de Tunis, dite Généalogie juive, 2004. été adressée de Livourne par le Sr Moizé Franco
livournaise ou grana, au 19e siècle  », ibidem, 123, sous le nom d’Alberto et Salvator Audimonte  ».
2015, p. 31-43  ;  Gilles Boulu, «  Une famille juive 7. CADC, Base BECANE du CGJ. Gabriel, négociant
en verrerie et son frère Angelo Ossona, négociant Par ailleurs, une source basée sur les archives
livournaise de Tunis. Les De Paz », ibidem, 130, 2017, notariales de Gênes indique qu’en 1712 Moïse
p.4-19. en porcelaine, étaient par ailleurs protégés du
consulat d’Espagne. Ils figurent dans la liste publiée Mendes Ossuna était déjà décédé et que son fils
2. Base BECANE 2.0 et base BIKETTE pour les au Journal des Tribunaux de la Tunisie, n° 11, 15 avait fondé une nouvelle compagnie avec Manuel
cimetières, en ligne sur le site du CGJ. Les registres juin 1899, en tant que « Osuna Gabriel Mendez » et Mendoza dont le bureau à Tunis était dirigé par
municipaux sur microfilms sont communicables « Osuna Angel Mendez » (en ligne sur Gallica). Joseph Mendes Ossuna. (Cf. Urbani et G.N. Zazzu,
librement au centre des Archives diplomatiques de The Jews in Genoa, tome 2, 1682-1799, Leiden, Brill,
La Courneuve du ministère des Affaires étrangères 8. L’acte de décès le 18 mai 1897 de la seconde épouse 1999, p.657-658).
(CADC). Voir aussi Thierry Samama, «  L’état Rina Médina veuve Daniel Ossona, indique qu’elle
était « protégée espagnole », son époux Daniel l’était 16. CADC, Base BECANE du CGJ. Le décès est
civil des Juifs de Tunisie pendant le Protectorat déclaré par son fils Choua Ossona, 52 ans, confiseur,
enfin accessible : la  base BECANE  », Généalo-J, donc probablement aussi.
et par son petit-fils, Chalom Ossona, 25 ans, tailleur.
119, 2014, p.20-26 ; Thierry Samama, « Sources et 9. 
CADN, Chancellerie, 712PO/1/657, manifeste
bibliographie sur les Juifs de Tunisie  », ibidem, du 15 mars 1815, envoi de David Roha  ; CADN, 17. CADN, Chancellerie, 712PO/1/432, 10 mars
130, 2017, p.41-45  ; Robert Attal et Joseph Avivi, Chancellerie, 712PO/1/442, Tunis 1769  : 1721 : « Nolisement du pinque «St Joseph» commandé
Registres Matrimoniaux de la Communauté Juive « Nolisement de la Tartane « L’Union « commandée par le Capitaine François Paulet d’Antibes, aux Srs
Portugaise de Tunis aux XVIIIe et XIXe siècles, Oriens par le capitaine Joseph Riquier d’Hyeres, en faveur Jacob Coen Delara, David Elhayque, Abram de Jacob
Judaïcus, Series IV, Vol II, Jérusalem , Institut Ben- de Josef hai de Mordohay Mendes Ossuna marchand Medina, Joseph Mendes Ossuna (signe «Jeosuaha
Zvi,1989  ; R. et J. Avivi, Registre Matrimonial de juif de Tunis, pour un voyage de La Goulette au golfe Mendes Ossuna»), marchands juifs livournais de
la Communauté Juive Portugaise de Tunis (1843- de Gênes ». Tunis, pour un voyage de La Goulette à Livourne,
1854), Oriens Judaïcus, Series IV, Vol IV, Jérusalem, chargement de 4400 cuirs, moyennant la somme de
10. CADN, Chancellerie, 712PO/1/442, 5 octobre 300 sequins vénitiens ».
Institut Ben-Zvi, 2000 ; Gilles Boulu et Alain Nedjar, 1768  : «  Nolisement de la Tartane «Saint Jean»
La communauté juive portugaise de Tunis dite commandée par le capitaine Pierre Pascal de La 18. CADN, Chancellerie, 712PO/1/434, 2 janvier
livournaise ou Grana, Registres matrimoniaux Seyne, en faveur du Sr Mordokai de Josef Mendes 1726 : « Procuration des Srs Dayanim et parnassim
1812-1844 et 1872-1881 (avec notices généalogiques), Ossuna, marchand juif livournais de Tunis, pour et héritiers, Jacob David Boccara et Jeosuah de Aron
Paris, Cercle de Généalogie juive, 2015. un voyage de La Goulette à Livourne, moyennant la Mendes Ossuna en faveur du Sr Moise de Raffel
3. Liliane Nedjar et Thierry Samama, Les protégés somme de 75 sequins ». Coen marchand juif à Ancône  » (en italien). Une
israélites du consulat de France à Tunis 1830- autre source mentionne en 1728 les gouvernants
11. CADN, Chancellerie, 712PO/1/432. Ainsi dans dont Jeosuah. Ils se désignaient eux-mêmes en
1913, Paris, Cercle de Généalogie juive, 2015. Les un nolisement de navire le 20 août 1720  en faveur
nombreux autres relevés effectués au Centre des portugais les Daianim e Masares de la Naçao
du Sr Jeosuah Mendes Ossuna, la graphie de la Portugueza de Tunes. Voir L. Lévy, La Nation Juive
Archives diplomatiques de Nantes du ministère des signature est identique à celles de Joseph Mendes
Affaires étrangères (CADN) par le groupe « Tunisie » Portugaise, Livourne, Amsterdam, Tunis, 1591-1951,
Ossuna dans des actes antérieurs. Paris, L’Harmattan, 1999, p.141. Outre Yeosuah
(Thierry Samama, Gilles Boulu, Liliane et Alain
12. CADN, Chancellerie, 712PO/1/431. La note d’Aron Mendes Ossuna, les gouvernants étaient
Nedjar, Dominique Bessis-Lévy) ne sont pas encore
originale en italien est certifiée par les Srs Abram Moseh De Paz, David de Jacob Lumbroso, Isaque
publiés.
de Moseh De Paz, Abram de Benjamin Franco et Franco, Samson Bocarra, Ysaque de Jacob Coen de
4. Archivio Storico della Communita Ebraica di Samson Boccara dont les signatures sont elles- Lara.
Livorno (ACEL) en ligne sur le site http://keidos.net/ mêmes authentifiées par les Srs Jacob Coen De Lara
digitalib/archliv/index.php. Nos amis et collègues 19. Abram fils de Moïse ne semble pas avoir de
et David Elhaique. Enregistrement de trois lettres successeur, si ce n’est son potentiel neveu Joseph
de travail Liliane et Alain Nedjar ont par ailleurs (en italien) écrites les 19, 21, 22 mai 1705 par le Sr
effectué de nombreux relevés sur place à Livourne. dont on a vu que ce dernier soldait les comptes de sa
Père Jean, capucin, au Sr Abram Mendes Ossona de compagnie et dirigeait le bureau à Tunis. Dans notre
Liliane Nedjar a indexé récemment les registres et son vivant marchand juif à Tunis et d’un reçu de 250
répertoires des naissances ainsi qu’un registre des étude, nous avons trouvé par ailleurs un certain
piastres du 14 novembre 1705. nombre de collatéraux de nos Mendes Ossuna que
sépultures ou tumulazioni (1715-1746) qui ont été
13. CADN, Chancellerie, 712PO/1/424, 23 novembre nous n’avons pas mentionnés.
récemment mis en ligne dans la base BECANE 2.5.
1696  : «  Déclaration réciproque entre les Srs 20. Série de Ketoubot remontant à 1626. Remercie­
5. CADN, Consulat général de France à Tunis, Abram et Mordohai Mendes Ossuna marchands
Chancellerie, Registres des actes et contrats, ments à nos amis Liliane et Alain Nedjar pour la
juifs résidants à Tunis d’une part, et le Sr Louis communication de ce précieux document ainsi qu’à
712PO/1/425-453. Barbetti livournais d’autre part comme les dits Raphaël Attias qui en a complété la traduction.
Voir Pierre Grandchamp, La France en Tunisie au Ossuna, pour le compte des Srs Alberto et Salvador
XVIIe siècle. Inventaire des Archives du Consulat de Audimonte de Livourne marchands juifs résidants 21. En général, dans une famille de Nouveaux
France à Tunis de 1583 à 1705, Tunis, Aloccio, 1920- à Livourne, sujets du Grand-Duc de Toscane, et le Chrétiens, le premier qui revient à la loi juive est
1933, 10 vol. Pierre Grandchamp, qui était l’archi- dit Barbetti ont acheté un pinque moitié chacun appelé Abraham, ses fils prenant les prénoms
viste de la Résidence générale de France à Tunis, a du Sr Thomaso Goodwin consul anglais...  ». des autres patriarches (Isaac, Jacob et Israël).
indexé et résumé dix-sept mille actes des registres Enregistrement d’un écrit du 27 février 1708 de la Voir Francesca Trivellato, Corail contre diamants,
de chancellerie de 1583 à 1705, dont deux mille en- Signora Giudica épouse du Sr Eliau Valensin aux Réseaux marchands, diaspora sépharade et
viron concernent des transactions réalisées par des Massari de la Nation (juive) espagnole et portugaise commerce lointain, de la Méditerranée à l’océan
Juifs. Les originaux sont conservés au CADN y com- de Tunis, Isach Lopes Nunes, Jacob Coen Delara et indien au XVIIIe siècle, Paris, Seuil, 2016, p. 381,3 n.
pris la suite chronologique de ces registres jusqu’en Mordkai Mendes Ossuna (en italien).

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 19
Familles

Des passeurs de pensée juive d’origine


hispano-maghrébine : la lignée Encaoua

David Encaoua1

E n travaillant sur la généalogie de ma lignée Encaoua,


d’origine hispano-algéro-marocaine, j’ai pris conscience
d’une de ses particularités au cours du temps  : celle
d’avoir abrité ce que j’appellerai des « passeurs de pensée juive »,
de la sorte un fort brassage entre cultures communautaires du
Maroc et de l’Algérie. Les difficultés rencontrées à la fin de sa vie
illustrent les problèmes liés au statut des traditions juives, dans
des pays vivant sous des régimes politiques différents.
entre diverses générations, entre différentes communautés La deuxième figure est celle de Raphaël Encaoua (Salé
géographiques, et au cours de diverses périodes. La notion 1838 – Salé 1935), né et mort au Maroc. Premier président du
mérite d’être précisée. Le qualificatif de passeur de pensée juive Haut Tribunal Rabbinique (HTR) du Maroc, instance d’appel
s’applique à des personnes qui satisfont une des trois propriétés mise en place en 1918 par le Résident Général Lyautey à
suivantes : elles ont joué à un moment donné un rôle important l’époque du protectorat français, auteur de plusieurs ouvrages
de structuration de leurs communautés, de manière à assurer de jurisprudence et d’exégèse, il est connu sous l’acronyme de
leur statut et leur pérennité ; elles sont les auteurs d’ouvrages de REM (Raphaël Encaoua fils de Mardochée) ou encore celui de
philosophie juive ou de droit rabbinique qui ont eu un impact « l’Ange Raphaël ».
important aussi bien à leur époque que postérieurement; elles Au-delà des contextes historiques distincts et des différentes
ont créé des passerelles culturelles entre des communautés graphies de leurs noms, le trait commun que ces deux passeurs
différentes, aussi bien en terre chrétienne qu’en terre d’Islam. de pensée juive partagent est celui d’avoir été à la fois des
Il s’agit donc de personnes dont la destinée a marqué les philosophes et des juristes du droit rabbinique, cherchant
générations suivantes. d’une part à exhumer les textes castillans de leurs ancêtres et
Pour distinguer les figures de la lignée Encaoua susceptibles d’autre part, à faire cohabiter, dans leurs communautés, des
de satisfaire à cette qualification de passeur de pensée juive, je traditions juives anciennes avec des manifestations notoires de
suis d’abord remonté aux 13e et 14e siècles, en m’appuyant sur modernité, au travers de leurs œuvres et de leurs propres vies.
divers textes et ouvrages, écrits aussi bien par les premières L’objectif de l’article est d’illustrer ces différents points.
figures de la lignée, que par d’autres auteurs, également cités et Les liens de filiation sont présentés pour les deux premiers
portant sur la vie ou l’œuvre de ces premières figures. A partir dans l’arbre généalogique qui suit, et pour les deux derniers
de divers témoignages retraçant les origines, les parcours, dans la liste descendante à la fin de l’article2. Les variations
le contexte historique dans lequel ils ont vécu, j’ai pu ainsi calligraphiques du nom de famille, depuis Al-Naqua au Moyen-
retracer la vie et les contributions des deux premiers passeurs Age jusqu’aux différentes calligraphies contemporaines, sont
de pensée juive de cette lignée, à l’époque médiévale : Israël présentes. Elles illustrent la variété des pays où ont vécu ces
Al-Naqua, rabbin de Castille, vivant à Tolède en Espagne au 14e personnes, depuis l’Espagne à l’Afrique du Nord, en passant par
siècle, et décédé en 1391, et son fils Ephraïm Al-Naqua (Tolède d’autres pays du pourtour méditerranéen : l’Italie, l’Egypte, la
1359 – Tlemcen 1442), rassembleur de la communauté juive de Turquie, la Palestine, Israël.
Tlemcen (Algérie), connu sous le nom de « Rab de Tlemcen ». Réunir dans un même article ces quatre passeurs de pensée
Je me suis ensuite penché sur des périodes plus récentes, juive d’une même lignée, vivant à plus de six siècles d’intervalle,
les 19e et 20e siècles, pendant lesquelles deux autres figures s’est avéré être une entreprise délicate. Néanmoins, la tentative
appartenant à cette lignée, ayant vécu en Algérie et au Maroc, se justifie pleinement parce qu’au-delà des contingences
méritent également, à divers titres, le statut de passeurs de pensée historiques qui ont émaillé leur vie, une préoccupation
juive. Abraham Ankawa (Salé 1810 – Oran 1890), né au Maroc commune et constamment proclamée les relie : celle de porter
et mort en Algérie, est la première de ces figures. Son statut de un héritage castillan permettant de concilier une pensée juive
passeur de pensée juive trouve son origine dans le fait qu’il a rigoureuse avec la modernité.
cherché à alimenter des liens transgénérationnels, impliquant

20 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
Familles

1. Graphies et significations du nom 2. La recension de deux membres


Différentes graphies du nom patronymique existent et illustrent de la lignée au 13e siècle
la diversité de l’orthographe onomastique. Selon la Jewish Les deux figures les plus anciennes, recensées dans plusieurs
Encyclopedia, on trouve au moins quatre graphies en caractères publications, dont Jewish Encyclopedia9 et Encyclopedia Judaica
hébraïques : ‫נקוה‬, ‫אלנאקוה‬, ‫אנקווה‬, ‫אנקווא‬, et au moins dix sont Yéhouda et Shmuel Al-Naqua10. Nous ignorons s’il s’agit
calligraphies en caractères latins  : Al-Naqua, Alnakaoua, Al- du père et du fils, de deux frères ou simplement de proches
Naqwa, Alnucawi, Ankoa, Kaoua, N’Kaoua, Ankaoua, Enkaoua et parents. Ce qui semble néanmoins prouvé, c’est qu’ils étaient
Encaoua. De plus, de nombreuses autres graphies existent dans des notables, occupant des postes importants, probablement à
des documents espagnols. Citons entre autres Encaue, Encava, El la cour du roi de Castille, Alphonse IX (1171-1230), fils du roi
Nacava, Anacava, Annacava et Anacaba3. Ferdinand II et d’Urraque de Portugal. Ils ont vécu à Tolède, qui
Selon Alexander Beider4, ce nom d’origine espagnole, de fut l’un des foyers rayonnants de la culture juive en Espagne.
nature monogénétique, c’est-à-dire apparu seulement en un Nous savons peu de choses d’eux, sinon qu’ils avaient leurs
seul lieu, à une période donnée et porté par une famille bien entrées au palais, vraisemblablement en tant que notables au
déterminée, est celui de migrants qui ont fui l’Espagne pour service du roi. Un jour, ils furent accusés d’un vol d’objets en or
aller dans différents pays et notamment en Afrique du Nord, massif dans le palais. Les gens de la cour qui les avaient accusés,
juste après 1391, l’année des premières séries de massacres voyaient dans ce vol une «  habitude de Juifs  », expression qui
perpétrés par des foules chrétiennes5. Les orthographes du nom signale déjà le degré de suspicion à l’égard des porteurs de cette
sont multiples, dues notamment aux différentes prononciations identité. Ils furent emprisonnés et torturés, ce qui les a amenés
et transcriptions à travers le temps et les pays. Par exemple, pour à avouer un vol qu’ils n’avaient pas commis. Ils furent pendus
ne retenir que les graphies contemporaines, la version Ankaoua, vers l’an 120011. Trois jours après leur exécution, les objets volés
avec la lettre initiale A et un k au milieu, est plus répandue en furent retrouvés aux mains de l’un des serviteurs du roi. Celui-
Algérie, tandis que la version Encaoua avec un E initial et un ci jura, mais un peu tard, qu’il ne serait plus tenu compte des
c au milieu, est plus répandue au Maroc. Une combinaison aveux de Juifs, lorsqu’ils étaient recueillis sous la torture.
de ces deux graphies est également présente, comme l’illustre Plus d’un siècle après l’exécution de Yehouda et Shmuel
l’orthographe Enkaoua. Le lieu d’origine de tous ces noms, Al-Naqua, on trouve, selon la rubrique ALNAQUA dans Jewish
depuis le 13e siècle au moins, est très vraisemblablement la ville Encyclopedia, rubrique s’appuyant elle-même sur différents
de Tolède en Espagne (Tolitola en hébreu). En s’appuyant sur des écrits dont ceux de Solomon ibn Verga, Zunz, et Schwab12 la
travaux de Moïse Schwab6 et sur des inscriptions épigraphiques trace de trois descendants de la même lignée, respectivement
sur des tombes juives en Espagne, Abraham Laredo parvient à Abraham, Yossef et Shlomo Al-Naqua. Le premier de ces
répertorier 35 occurrences où l’une de ces graphies correspond descendants, Abraham, fut notaire du Roi de Castille, Alphonse
au nom d’un membre de la lignée. XI, dit Le Juste (1312-1350). Il fut exécuté à Tolède le 30
La signification du nom n’est pas unaniment partagée. Ceux septembre 1341, jour de Yom Kippour. En 1348, de sanglantes
qui ont transformé leur nom d’origine en l’hébreu ‫אלנאקוה‬, émeutes à Barcelone endeuillent la communauté. En 1391, un
pensent que leur nom est d’origine hébraïque et justifient massacre a lieu à Séville et de multiples actes de persécution
cette présomption en expliquant que le mot ‫ נקוה‬dérive de anti-juive sont commis un peu partout en Espagne. A partir des
l’hébreu ‫( תקוה‬tikva) qui signifie espoir, mot auquel est accolée enfants et petits-enfants de Yossef Al-Naqua nous parvenons
la préposition ‫ אל‬par laquelle on désigne Dieu. La graphie à deux figures emblématiques de la lignée Encaoua à l’époque
médiévale  : Israël Al-Naqua, fils de Yossef et Ephraim Al-
‫ אלנאקוה‬signifierait alors Espoir en Dieu, désignation qui
Naqua, son petit-fils.
paraissait justifiée dans les périodes de forte détresse. Certains
auteurs, notamment Cantera et Millas et Abraham Laredo7,
pensent que le nom dérive plutôt de l’arabe ‫( النقاوۃ‬kaoua), 3. Une première figure emblématique au
terme signifiant pureté, au sens moral du terme. Une troisième 14e siècle : Israël ben Yossef Al Naqua
signification selon Maurice Eisenbeth (1936)8, grand rabbin ( ?-Tolède 1391)
d’Alger, est qu’on aurait ajouté la préposition arabe An signifiant
Israël ben Yossef Al-Naqua, désigné parfois comme « Israël
de, au mot kaoua, désignant une tribu berbère. Mais l’existence
le Saint », grand rabbin de Castille, vivait à Tolède au 14e siècle.
de cette tribu n’a pu être prouvée à ce jour. Par ailleurs, dans
Sa date de naissance est inconnue, mais on connait celle de sa
l’édition de 1936 de son ouvrage d’onomastique, Eisenbeth a
mort, 1391. Après la Reconquista, des flambées de violences
relevé diverses variantes de ce nom porté par des familles juives
provoquées notamment par le clergé local, contraignirent
du Maghreb et d’Espagne, parmi lesquelles N’kaoua (Batna,
bien des Juifs à l’exil et parfois à la conversion. Déjà en 1390
Alger et Constantine), Ankaoua (Algérie et Espagne), Ankawa
l’archidiacre d’Ecija (province de Séville), Don Ferrant Martinez,
(Oran) et Encaoua (Maroc). Ces graphies se retrouvent dans la
l’un des persécuteurs les plus ardents, lança l’ordre aux clercs
généalogie qui figure à la fin de l’article.

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 21
Familles

Les premiers membres de la lignée au 14e siècle

du diocèse de Séville de démolir les synagogues. En 1391, une


émeute populaire dirigée initialement contre les collecteurs
d’impôts juifs à Tolède, entraîna la mort de plusieurs milliers de
personnes13. C’est ainsi qu’Israël ben Yossef Al Naqua fut brûlé vif
en 1391, en même temps qu’un autre rabbin, Yehuda ben Haroche.
On raconte qu’ils périrent sur le bucher tenant un Sefer Torah à la
main14. Les massacres dans l’ensemble de la péninsule durèrent
trois mois, et durant cette période, plus de 4000 victimes périrent,
plusieurs milliers de Juifs se convertirent au christianisme, et des
synagogues furent pillées. Diverses communautés furent ainsi
anéanties. C’est dans ce contexte que les descendants d’Israël ben
Yossef Al Naqua fuirent l’Espagne catholique, devenue fortement
intolérante, vers d’autres terres plus hospitalières envers les Juifs.
L’œuvre d’Israël ben Yossef Al Naqua est connue des
historiens juifs. Outre divers commentaires de lois, de poèmes
et chants liturgiques (piyoutim) et de sentences juridiques, il est
l’auteur d’un ouvrage important de philosophie morale, intitulé
‫( מנורת חמאור‬Menorat ha-Maor)15. Des copies de cet ouvrage
circulaient en Espagne du 14e au 16e siècle, dont un abrégé publié à
Cracovie en 1593 sous le titre Menorat Zahab Kullah (Un chandelier
tout en or). Le manuscrit complet n’a été publié que tardivement16.
L’illustration suivante représente le frontispice de ce livre, édité par
Enelow. C’est un ouvrage d’éthique qui débute par un long poème
suivi de 19 chapitres, chacun d’eux commençant par un long
poème acrostiche du nom de l’auteur.

Frontispice du livre Menorat Ha-Maor d’Israël Al-Naqua,


édité par Hyman Enelow (1929-1932)

22 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
Familles

4. Un philosophe, médecin et poète juif Tlemcen même, où il a pu bénéficier, dans des circonstances
des 14e et 15e siècles : Ephraïm ben Israël que nous détaillons dans la suite, d’un certain appui auprès
du sultan de la ville. Cet appui lui a permis de contribuer à une
Al Naqua (Tolède 1359- Tlemcen 1442), véritable renaissance de la communauté juive de Tlemcen à
le Rab de Tlemcen. partir du 15e siècle20. Par ailleurs, il est resté constamment en
A partir de 1391, les survivants de la famille, dont Ephraïm contact avec les communautés juives de Fès au Maroc et de
Al Naqua, le fils d’Israël Al-Naqua, quittent l’Espagne, en Kairouan en Tunisie, et avec celle de Palestine21.
compagnie d’autres exilés17, et se dirigent pour certains vers les Un épisode légendaire survenu en 1391 sur la route
Balkans (Sofia, Constantinople) et pour d’autres vers l’Afrique d’Ephraim Al-Naqua lui a valu une réputation de célèbre
du Nord, d’abord au Maroc, puis en Algérie. thaumaturge22. Voyageant à partir de Tolède, en compagnie
Nous disposons de nombreuses sources traitant de la grande d’une caravane, il s’arrêta seul, à l’arrivée du chabbat, dans
figure du judaïsme d’Afrique du Nord que fut Ephraïm Al Naqua, un endroit apparemment sauvage. Un lion apparut alors et la
surnommé le Rab de Tlemcen. Né à Tolède, en Espagne, il est légende raconte qu’il se coucha aux pieds du Rab, après que
mort à Tlemcen, après être passé par Marrakech (Maroc). Nous celui-ci, vêtu de son talith, ait récité le verset 13 du Psaume 91 :
tenterons dans la biographie du Rab de Tlemcen de restituer le «Tu marcheras sur le chacal et la vipère, tu fouleras le lionceau
contexte historique dans lequel il vivait. Et d’expliciter quelques- et le serpent». Le lion veilla le Rab toute la nuit. Le lendemain, à
unes de ses contributions majeures, notamment ses positions la fin du chabbat, un serpent apparut et s’enroula sur la gueule
philosophiques concernant la controverse entre Maimonide du lion. Comprenant le signe, le rabbin enfourcha le lion, prit
(1138-1204) et Nahmanide (1194-1270). Son ouvrage princeps le serpent par les deux bouts et arriva harnaché de la sorte à
Tlemcen. Le médaillon illustrant cette scène, médaillon offert
de philosophie juive, ‫ שער כבוד הי‬Chahar Kévod Hachem
durant les pèlerinages sur sa tombe et présent dans plusieurs
(Le portique à la gloire du Nom)18 est une défense des thèses
foyers juifs en Afrique du Nord, est reproduit ci-dessous. Il
rationalistes de Moshé ben Maimon, (plus connu sous le nom
signale l’importance qu’a prise cette légende dans les esprits, au
de Maïmonide et de son acronyme Rambam). En ce sens, ce
fil des générations.
lointain ancêtre est le passeur de l’idée que la pensée biblique
et la pensée rationnelle sont non seulement compatibles entre
elles, mais surtout que leur combinaison contribue grandement
Toujours est-il que, fort de cette réputation de faiseur de
à enrichir le sens profond de la Tora.
miracles, Ephraïm Al-Naqua fut mandé, quelque temps après,
Un point essentiel doit être signalé ici. L’hébreu médiéval
par le sultan de la ville, pour guérir sa fille d’un mal que les
dans lequel est écrit l’ouvrage d’Ephraïm Al-Naqua est souvent
médecins de la Cour ne parvenaient pas à enrayer. Après que
difficile à traduire, mais il n’en demeure pas moins qu’une forte
le Rab réussit à la guérir, il obtint du sultan deux promesses : 1/
inspiration poétique y est présente19. De manière générale,
que les Juifs puissent quitter le quartier où ils étaient confinés
l’ouvrage témoigne du courage d’un être, contraint à l’exil et
hors de Tlemcen (lieu-dit Agadir), et résider dans le centre de
découvrant tout à la fois un environnement différent et la dure
la ville, dans un quartier proche du «Méchouar», dénommé
vie de ses nouveaux coreligionnaires, auxquels il a constamment
«El merja» (le lac)  ; 2/ que des familles juives, originaires
essayé d’apporter quelque réconfort, tant sur le plan spirituel
d’Espagne et des Iles Baléares, puissent s’installer à Tlemcen. La
que sur le plan matériel.
communauté juive a pu ainsi se regrouper au centre même de la
ville de Tlemcen, ville luxuriante, que les Romains nommaient
4.1 Eléments biographiques de la vie
Pomaria («vergers») et les Berbères, qui en firent une capitale
du rab Ephraïm Al-Naqua de leur royaume, Tilmisan («sources» en langue tamazight).
Né donc à Tolède en 1359, ‫אפרים בן ישראל אל נקווא‬ C’est à Tlemcen que le Rab fonda une série d’institutions
Ephraïm fils d’Israël Al-Naqua est le fils du grand rabbin de juives qui marquèrent le destin postérieur de la communauté.
Castille. Son père était partisan d’une éducation combinant le Notamment une synagogue autour de laquelle la foule s’est
sacré et le profane. Furent ainsi enseignés à Ephraïm, outre les longtemps rassemblée lors des rituels de la vie juive, comme
textes fondamentaux du judaïsme, la philosophie et les sciences l’illustre la carte postale reproduite ci-après. Le Rab devint
expérimentales. Il étudia la médecine à l’Université de Palencia également le médecin officiel du palais royal. Il fut très honoré
(Nouvelle Castille). On peut distinguer deux périodes dans et respecté tant par le Roi que par sa cour, la population arabe
sa vie. Une période initiale, marquée à la fois par une solide et bien sûr, la communauté juive. Depuis cette date, et jusqu’à
formation talmudique, philosophique et médicale. Au cours de l’indépendance de l’Algérie en 1962, la communauté juive de
cette période, des persécutions massives de Juifs eurent lieu, Tlemcen compta différents lieux de prières et d’études.
dont celle ayant vu son père brûlé vif sur le bucher, un siècle
avant l’édit d’expulsion. La période suivante, initiée par l’exil Médaillon illustrant l’arrivée du Rab à Tlemcen, sur le dos d’un lion,
d’Espagne vers l’Afrique du Nord, à l’âge de 32 ans, à Marrakech et comportant un chant (piyout) proposé aux participants
d’abord, ensuite à Honein, avant-port de Tlemcen, et enfin à en tant qu’hommage au Rab

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 23
Familles

conséquence somatique du rêve, comme


si le combat rêvé avec l’ange avait bien eu
lieu24. Cette anecdote illustre comment le
rab Ephraïm Al-Naqua parvenait à utiliser
à bon escient une expérience vécue pour
éclairer un texte biblique en dérivant un
enseignement nouveau par rapport au sens
commun.
De multiples relations existaient entre
l’école du Rab à Tlemcen et les communautés
juives d’Alger qui avaient pu bénéficier
depuis 1392 de guides exceptionnels en
les personnes de Ribach (Rabi Yitzhak ben
Chechet, 1326 - Alger 1408) et de Rashbats
(Rabi Shimon ben Tsémah Duran, 1361 -
Alger 1444), exilés tous deux d’Espagne. On
trouve également des traces de liens assez
étroits que les Juifs de la ville de Tlemcen
entretenaient sur le plan religieux avec
ceux de Safed, en Palestine, et sur le plan
Photographie d’une foule à l’entrée de la synagogue du Rab Ephraïm Al-Naqua à Tlemcen le
jour de Kippour (carte postale du début 20e siècle)
commercial avec ceux de Salonique, dans
l’Empire ottoman.
Le Rab Ephraïm Al Naqua, eut deux fils : Yehouda et Israël.
Parce qu’il fut le seul médecin semble-t-il, à avoir guéri la
Le premier Yehouda vécut d’abord à Oran et à Mostaganem,
fille du roi, le Rab devint le médecin officiel du palais royal,
puis à Tlemcen. Yéhouda correspondait avec le Rachbach
et obtint l’autorisation pour les Juifs de s’installer dans la ville.
(Salomon, le fils du Rashbats). Sa fille épousa Tsémah Duran
Il fut très honoré et respecté tant par le Roi que par sa cour, la
(le fils du Rachbach). Le second, Israël, à qui son père dédia
population arabe et bien sûr la communauté juive.
son ouvrage principal, Chahar Kevod Hachem, eut lui-même
Un autre épisode est raconté par Colette Sirat et Paul
un fils qui reçut le même prénom que celui de son grand-père,
Fenton23. En 1393, soit deux ans après avoir quitté Tolède,
Ephraïm. Il vécut à Tlemcen jusqu’en 1468.
Ephraïm Al-Naqua se trouvait à Marrakech. A la sortie de la
synagogue le soir du chabbat, accompagné d’une poignée
d’amis, il passa près d’une mosquée, sans se déchausser, comme
l’exigeait la coutume musulmane. Un portier noir, excédé à
la fois par les égards que ses compagnons manifestaient à un
Juif et par le manque d’égard de celui-ci envers la coutume
locale, voulut bastonner le Rab. Ce dernier ne dut son salut
qu’à l’intervention de ses compagnons. Arrivé chez lui, le Rab
demanda à ses amis la permission de se reposer un instant. A
son réveil, il se retrouva le bras tordu et le dos complètement
fourbu, persuadé qu’il avait reçu une pluie de coups de bâton
durant son sommeil. Il se plaignit auprès de ses compagnons
d’avoir laissé entrer le garde. Ceux-ci, fort étonnés, l’assurèrent
qu’aucune personne n’était entrée durant son sommeil. Le
Rab comprit à cet instant qu’un symptôme somatique pouvait
avoir une origine purement psychique. Son bras tordu et son
dos fourbu n’étaient ainsi que des manifestations somatiques
résultant d’un rêve où il voyait le portier le battre. Il annonça
triomphalement à ses convives qu’il venait de comprendre
pourquoi Maimonide avait raison d’interpréter le combat de
Jacob avec l’ange (Genèse XXIII) comme le produit d’un rêve.
D’une part, le rêve de Jacob se trouvait parfaitement justifié
du fait de la crainte d’un combat ultérieur avec son frère Esaü.
D’autre part, l’effet sur la luxation de la hanche n’était que la La tombe du Rab Ephraïm Al-Naqua à Tlemcen

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Familles

Le Rab Ephraïm Al-Naqua s’éteignit le 13 novembre 1442 (1er


kislev 5202) à l’âge de 82 ans. Il fut inhumé dans un caveau situé
à la limite de Tlemcen, en face du vieux cimetière juif. Depuis
sa mort et jusqu’en 2005, son caveau a longtemps été un lieu
de pèlerinage aussi bien pour les Juifs que pour les Musulmans
qui prêtent des vertus miraculeuses à la source d’eau située à
proximité de sa tombe25. Sur une longue pierre tombale blanchie
à la chaux, est gravée une épitaphe en hébreu : « Ici repose celui
qui fut notre orgueil, notre couronne, la lumière d’Israël, notre
chef et maître, versé dans les choses divines, homme miraculeux,
le Grand Rabbin Ephraïm Aln’Kaoua. Que son mérite nous
protège».
Son testament fait état de deux legs, l’un matériel, l’autre
spirituel : « Je vous laisse deux sources : la source d’eau pour
fortifier votre corps et la source de la Tora qui symbolise la vie
éternelle. La source d’eau offerte par la volonté de Dieu et la source
de la Tora qui demande la bonne volonté de chacun de nous». La
synagogue qu’il fit construire existe encore de nos jours, mais
elle est devenue une maison de la culture algérienne, après
l’indépendance du pays en 1962. Une rue porte encore son nom
à Tlemcen26. La communauté juive d’origine tlemcénienne lui
voue une grande fidélité mémorielle, traduite notamment par
la création à Paris d’une association  : «La Fraternelle, Union
Nationale des Amis de Tlemcen». Signalons enfin qu’une
synagogue au nom du Rab existe à Jérusalem.
Le Rab de Tlemcen est devenu le lien transgénérationnel
auquel se sont rattachées des communautés juives successives, Menora en l’honneur du rab Ephraïm Encaoua, tableau vers 1900
(Centre mondial du Judaïsme d’Afrique du Nord, Jérusalem)
originaires aussi bien de Tlemcen27 que d’autres lieux d’Afrique
du Nord. Le tableau reproduit ci-après, que plusieurs familles
juives d’Afrique du Nord exhibaient sur leurs murs, illustre les 4.2. L’apport philosophique
différents symboles associés à la mémoire du Rab de Tlemcen. du Rab Ephraïm Al-Naqua
Enfin la figure qui suit représente une menora en l’honneur du
Le Rab Ephraïm Al-Naqua eut une vie intellectuelle intense. Il
Rab de Tlemcen.
est l’auteur de divers textes comprenant des poèmes liturgiques,
des chants28, d’un code de loi juive (Mishné Torah, Répé­tition de la
Torah, consistant en 14 livres, divisés en sections, chapitres et pa-
ragraphes, et d’un ouvrage philosophique intitulé : ‫רעש דובכ יה‬
(Le portique à la gloire de Dieu). Cet ouvrage occupe une place
importante dans le patrimoine intellectuel juif. Une édition avait
été réalisée à Tunis, en 1902, par un rabbin de Tlemcen, Haïm
Bliah29, augmentée d’une introduction et d’un commentaire in-
titulé Petah ha Chahar (Ouverture du Portique).
La redécouverte du livre Chaar Kévod Hachem d’Ephraïm
Al Naqua, dont le manuscrit original se trouve comme on l’a
dit à la Bodleian Library à Oxford30, résulta d’un voyage, depuis
Tlemcen à Oxford, que fit Samuel Sultan, mandaté par Haïm
Bliah (1832-1919)31.
Nous ne détaillons pas ici le contenu philosophique de cet
ouvrage important dont on espère toutefois qu’il fera l’objet
d’un prochain travail. Ce que l’on peut simplement avancer
ici, c’est qu’à travers son ouvrage, le Rab Ephraïm Al-Naqua
apparait comme un philosophe, conciliant d’autant mieux
rationalité et foi que cette dernière est débarrassée de ses
Tableau représentant les différents symboles du Rab Ephraïm Al-Naqua
oripeaux surnaturels. Au-delà de son immense contribution

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 25
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pour améliorer la situation matérielle de la communauté documents sur les décisions (taqqanot) des rabbins castillans
juive de Tlemcen, il a compris l’importance d’œuvrer sur l’état exilés en Afrique du Nord. En ce sens, on peut le ranger dans la
moral et intellectuel de ses coreligionnaires, pour permettre à catégorie des passeurs de traditions du droit rabbinique, au-delà
l’esprit du judaïsme de se perpétuer. C’est en ce sens qu’il nous des diversités locales auxquelles il s’est trouvé confronté à diffé-
apparaît, aujourd’hui encore, comme un passeur exceptionnel rentes périodes. Durant le séjour de trois ans qu’il fit à Tlemcen
de pensée juive. au début des années 1850, il constata la décrépitude de la com-
munauté juive de l’époque et il fonda une académie talmudique,
5. Un passeur de pensée juive itinérant avant d’entreprendre un nouveau voyage à Livourne en 1858.
Selon Jessica Marglin (2014)33 qui lui a consacré une
des rives méditerranéennes au 19e siècle :
intéressante étude, la variété des questions qu’il a traitées
Abraham Ankawa (Salé 1812 - Mascara 1890) dans ses ouvrages reflète les conséquences des changements
Le troisième personnage de notre lignée, Abraham Ankawa culturels sur la jurisprudence juive, changements survenus au
se situe au croisement géographique entre le Maroc et l’Algérie, 19e siècle dans les pays du Maghreb. Un mot sur la situation des
plus précisément entre Salé et Oran, via une origine castillane Juifs en Algérie, avant l’occupation française, peut être éclairant.
commune. Il est l’oncle de mon arrière-grand-père Messod Même si elles étaient victimes de nombreuses mesures
Encaoua (1826 - 1886), surnommé “Ange de Dieu”, puisque discriminatoires qui les maintenaient dans un état d’infériorité,
le père de Messod Encaoua, à savoir Amram Encaoua (1804 - les communautés juives jouissaient d’une certaine autonomie
1874), est le frère d’Abraham Ankawa, surnommé “Ha-Gaone”. juridique en matière de droit civil. Mais, après l’occupation
A la suite de la prise d’Oran par les Espagnols en 1509, de française de 1830, les prérogatives du rabbinat ont été peu
nombreux Juifs de cette ville vinrent trouver refuge à Tlemcen. à peu érodées et en 1842, l’édifice millénaire de la juridiction
La communauté juive de la ville fut ensuite agrandie par l’arrivée rabbinique se trouva démantelé. En même temps, un renouveau
au 19e siècle de quelques Juifs du Maroc, notamment de Salé32. des institutions juives devait émerger34.
Moshé Ankawa (Alger 1758 – Salé 1820) émigrera lui de l’Algérie Selon Valérie Assan (2004)35, les lieux de culte se sont eux-
vers le Maroc, plus précisément à Salé où il occupa les fonctions mêmes transformés  : «Par la mainmise sur la nomination des
de juge rabbinique (dayan). Mordekhaï Ankawa, son fils, né en rabbins et des ministres officiants, le Consistoire algérien et, à
1779 à Salé et mort dans la même ville en 1840, époux de Simha travers lui, le ministère de la Guerre sont censés pouvoir contrôler
Amiel, a eu lui-même quatre enfants: Rachel (1803 - ?), Amram tous les détails du culte». Ces transformations vont susciter
(Gibraltar 1804 -Gibraltar 1874), Abraham (Salé 1810 - Oran beaucoup d’interrogations, ce qui a conduit à une spécificité du
1890) et Messod (Salé 1814 -Alger 1900). Ils émigreront tous les
quatre en Algérie, à la différence de leur grand-père. Abraham
Ankawa passera ainsi plus de la moitié de sa vie en Algérie.
La liste généalogique à la fin de l’article présente les
descendants de Moshé Ankawa, répartis en quatre branches
correspondant à chacun de ses quatre petits-enfants, Rachel
(épouse Benchelouch), Amram, Abraham et Messod.
Après avoir habité Salé au Maroc, Abraham Ankawa
a quitté le Maroc une première fois à la suite d’une affaire
embarrassante. Une femme juive ayant décidé de se convertir à
l’Islam, il réussit à la faire revenir à sa religion d’origine au grand
dam des autorités musulmanes. Son intervention fut dévoilée
et il fut mis en prison. Après le paiement d’une forte amende
et l’intervention de la communauté juive auprès des autorités
musulmanes, il fut libéré. Se sentant en danger, il quitta le
Maroc pour l’Algérie où il fut grand rabbin à Mascara.
Son portrait photographique vers 1880, à l’âge de soixante-
dix ans, apparaît ci-contre. Durant toute la partie de sa vie où il
séjourna en Algérie, notamment à Oran, Mascara et Tlemcen, Photographie d’Abraham Ankawa
ville de ses ancêtres, il resta fidèle aux traditions de ses origines à l’âge de 70 ans (date approximative
castillanes et marocaines. Il a été à la fois un érudit, un shohet de la photo selon Jessica Marglin : 1880).
(abatteur d’animaux) et un juge (dayan). Il a beaucoup voyagé,
notamment à Livourne (Italie) où il s’installa temporairement en travail jurisprudentiel d’Abraham Ankawa, celle de répondre
1838, puis en 1858. Livourne se trouvait être un grand centre des à des questions concernant aussi bien l’interprétation de la loi
éditions hébraïques d’auteurs d’origine espagnole et d’Afrique juive que des situations concrètes et inédites vécues par ses
du Nord. Un long séjour dans cette ville lui permit de réunir des contemporains.

26 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
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Ses pérégrinations entre le Maroc et l’Algérie, possession d’être longtemps considéré comme un juriste d’exception à la fois
française depuis 1830, émaillent à la fois la vie et l’œuvre d’un au Maroc et en Algérie. Mais cet état de grâce connut également
homme qui a souvent bousculé les traditions locales. Auteur quelques éclipses par la suite.
de plusieurs ouvrages36 , on lui doit entre-autres publications,
celle parue en deux volumes en 1869 et 1871, sous le titre
«Keren Hemer» (Un admirable vignoble), recueil de décisions
juridiques (taqqanot) prises par des juges castillans venus
au Maroc après l’expulsion d’Espagne de 1492, qui traite sous
forme de questions et réponses (chéoulot vétéchouvot, genre
qu’on désigne également sous le terme de Responsa) tout
un ensemble de cas de jurisprudence. La couverture de cet
ouvrage figure ci-contre. Jessica Marglin y décèle une manière
très spécifique de se positionner entre les pratiques juives en
Algérie, au Maroc et en Espagne, chacun de ces pays ayant été
régi par des lois et des politiques spécifiques, entrainant des
pratiques juives différentes.
Jessica Marglin dit ainsi de l’auteur des Taqqanot (Livre des
ordonnances communales) que «son type d’engagement dans la
loi juive démontre à l’envi la nécessité de recourir à une approche
transnationale et transhistorique pour comprendre ses positions
et celles de juifs méditerranéens comme lui». Grâce à une identité
multiple, nourrie par des voyages et des réseaux diversifiés,
que ce soit dans sa patrie d’origine, le Maroc, ou dans sa patrie
d’adoption, l’Algérie, et même encore en Palestine37 et hors du
monde islamique, dans des pays tels que la France, l’Espagne,
l’Italie, Gibraltar, Abraham Ankawa chercha à être le passeur
de traditions de l’ancien monde vers le nouveau monde, tout en
ayant le souci constant d’adapter les traditions lorsque cela était La couverture de l’ouvrage Kerem Hemer
d’Abraham Ankawa,
nécessaire. Il était persuadé que l’adaptation aux lois du pays
édité à Livourne (1869-1871)
d’accueil était nécessaire pour assurer la pérennité de la loi juive.
En s’appuyant sur un principe halakhique bien connu («dina
de-malkhuta dina»), selon lequel le droit du pays dans lequel un Il eut à subir la vindicte du rabbin Moshé Sebaoun38 en
Juif réside s’impose à lui par rapport au droit rabbinique, il fut désaccord avec certaines de ses positions. Ce dernier réussit
souvent amené à donner la prééminence au droit civil français à entraîner une partie de la population avec lui, au point qu’en
sur le droit halakhique. Par exemple, il chercha à adapter la février 1859, ses principaux détracteurs en vinrent à envoyer une
législation rabbinique en matière de divorce à la législation lettre au prince Jérôme Napoléon, Ministre de l’Algérie et des
selon la loi française en vigueur en Algérie. Il agit de la sorte à colonies, quémandant son soutien pour interdire la diffusion
propos de différentes questions relatives au statut personnel, du livre «Zébahim Chelemim»39, affirmant en particulier que les
telles que le mariage, le divorce, la garde d’enfant, l’héritage, etc. lettres de soutien à Ankawa venant de l’étranger constituaient
Mais, comme on l’a dit, le domaine d’application du droit une intrusion intolérable dans un territoire français. D’autres
rabbinique s’est trouvé largement amputé après la colonisation controverses l’accablèrent par la suite au point qu’il finit par
française, ne serait-ce que du fait de la soumission des règles démissionner de son poste de rabbin de Mascara en 1878. Il reçut
traditionnelles du statut personnel au droit français, ce qui n’était néanmoins une pension de 1500 francs par an jusqu’à la fin de sa
pas sans poser quelques problèmes. Par exemple, les institutions vie (Chaumont et Lévy, Dictionnaire biographique, 282).
juives encourageaient l’antériorité du mariage civil sur le mariage Malgré son souci récurrent de faire prévaloir le droit du pays
religieux, et ce, bien avant le décret Crémieux de 1870 qui accorda d’accueil, le rôle de passeur de tradition juive qu’a cherché à
la citoyenneté française aux Juifs vivant en Algérie. Dans ce nouvel promouvoir Abraham Ankawa s’est souvent heurté à la percep-
état de fait, diverses questions restaient ouvertes. Par exemple, en tion du progrès général que représentait la France aux yeux des
cas de décès de l’un des conjoints, à quel droit devait être soumis Juifs autochtones d’Algérie. Comment faire passer des traditions
l’héritage des biens du défunt, droit rabbinique ou droit civil  ? anciennes dans des structures sociales et politiques nouvelles ?
Abraham Ankawa eut une attitude souple en donnant souvent Ce fut la grande question à laquelle il s’est trouvé confronté,
la priorité au droit civil français, en s’appuyant sur le principe alors même que toute sa vie et toute son œuvre témoignent de
halakhique rappelé plus haut. Sa réputation de juriste juif avisé la croyance qu’en matière de judaïsme, les frontières des Etats
devait ainsi être largement confirmée et son érudition lui a valu nations ne doivent pas être un obstacle infranchissable.

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 27
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6. Un juriste réputé, premier président des affaires séculaires, combinée à son expertise rabbinique,
du Haut Tribunal Rabbinique du Maroc obtenue et diffusée auprès d’un réseau de relations avec des
représentants d’autres communautés juives et musulmanes,
sous le protectorat français : lui assuraient un prestige exceptionnel. En 1870 (soit à l’âge
Raphaël Encaoua (Salé 1848 - Salé 1935) de 22 ans), il est nommé rabbin à Salé, aux côtés de son beau-
père Issachar Assaraf. En 1880, ce dernier, en partance vers la
Un autre juriste de la Palestine où il sera nommé grand rabbin de Jérusalem, confie
même lignée, résidant le tribunal rabbinique de Salé à trois membres : Isaac Amzallag,
cette fois au Maroc, parvint Messod Encaoua, et le neveu de ce dernier, Raphaël Encaoua.
à unifier les communautés Quelque temps après, Raphaël succède à Messod41 et devient
juives locales, après le chef spirituel de la communauté juive de Salé. A 33 ans, il
le protectorat français abandonne totalement les affaires commerciales auxquelles
établi en 1912 dans ce il s’était en partie consacré jusque-là, pour se consacrer à ses
pays. Raphaël Encaoua activités de juriste et d’écrivain. L’école rabbinique (Yéchiva) de
(1848 – 1935) est le fils Raphaël Encaoua a formé plusieurs élèves dont certains sont
de Mordekhaï Encaoua devenus juges de tribunaux rabbiniques dans différentes villes
(1827-1880), qui fut du Maroc. On peut ainsi citer Abraham Revah (rabbin et dayan
dayan à Salé, et le petit- à Settat), Mikhaël Issakhar Encaoua (son fils), qui lui succéda au
fils d’Amram Encaoua Tribunal de Rabat et qui devint, comme son père, grand rabbin
(Gibraltar 1804 - Salé du Maroc (jusqu’à son décès le 16 février 1972), et Ephraïm
1874), lui-même dayan Encaoua, son petit-fils, qui fut président du tribunal rabbinique
à Gibraltar. Ce dernier de Tanger.
n’est autre que le frère Nous reproduisons ci-après un extrait du journal Le Petit
d’Abraham Ankawa, Marocain du 3 Aout 1935 qui relate sa mort ce même jour.
dont nous venons
Une photographie de Raphaël de retracer l’itinéraire.
Encaoua à l’âge de 78 ans
Raphaël Encaoua a
lui-même eu un fils, Mikhaël Encaoua (1895-1972), qui
fut à son tour grand rabbin du Maroc40. C’est donc là une
nouvelle lignée de juges (dayanim) et rabbins, à partir de
Raphaël Encaoua.
Ma propre filiation avec ce dernier est double. D’une
part, mon arrière-grand-père paternel, Messod Encaoua
(1826-1886), c’est-à-dire le père de mon grand-père
Amram Encaoua, est le frère de Mordekhaï Encaoua
(1827 -1886), qui est lui-même le père de Raphaël
Encaoua. Raphaël Encaoua est donc le neveu de mon
arrière-grand-père paternel. D’autre part, ma mère,
Messody Sabbah (1911-1998), est la fille d’Abraham
Sabbah (1881-1979), mon grand-père maternel, dont la
sœur, Hannah Sabbah ma grand-mère paternelle, était
l’épouse de mon grand-père paternel Amram Encaoua
(1869 -1953).
Quelques éléments de la biographie de Raphaël
Encaoua nous permettent d’abord de le situer. Il est né à
Salé le 9 décembre 1848. Sa mère, Vida Bibas, est la fille
du rabbin Raphaël Bibas, dont les ancêtres remontent
également à la Castille. Raphaël Encaoua a reçu jusqu’à
l’âge de 20 ans une éducation rabbinique auprès d’Issachar
Assaraf, rabbin de Salé, dont il a épousé la fille Saadia.
Il a été ensuite responsable d’une activité commerciale
(boutique de tissus située à la rue des Consuls à Rabat).
Il a beaucoup voyagé en Algérie et en Espagne, à la fois
comme lettré et comme marchand. Sa connaissance

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notamment par les filles qui en étaient précédemment exclues.


Le contexte dans lequel s’est déroulée son activité juridique Raphaël Encaoua trouva là l’occasion de soutenir l’Alliance.
s’est beaucoup transformé. Avant le protectorat français de En 1929, il fut décoré de la Légion d’honneur par les soins du
1912, le rabbin d’une communauté locale rendait la justice et Résident Général de l’époque, Lucien Saint. C’est dire à quel
tranchait les questions relatives au statut personnel des Juifs. point son action fut remarquée de tous, Juifs et non Juifs. De
En mai 1918, soit 6 ans après la proclamation du protectorat, plus, son empathie se manifestait tout autant vis-à-vis de ses
les autorités françaises, sous couvert d’un dahir approuvé par coreligionnaires que de l’ensemble des habitants de Salé, ce qui
le sultan du Maroc, ont profondément changé les institutions le rendait très populaire46.
et les règles42. En premier lieu, l’assemblée générale des Ses ouvrages ont permis une codification juridique unifiée
notables perdit ses prérogatives dans l’organisation de la vie entre différentes communautés éparpillées au Maroc. En
locale. Avant le protectorat, les communautés juives étaient même temps il a beaucoup œuvré en faveur du dialogue entre
placées sous la protection du sultan, qui accordait à ses sujets les habitants de son pays, quelle que soit leur confession
juifs le statut de dhimmis (protégés), moyennant le paiement religieuse, ce qui lui a valu une forte réputation de juste. A ces
d’une taxe spéciale (djizya)43. L’application de ce principe deux titres, son rôle de passeur de pensée juive est bien justifié.
fut freinée, mais pas totalement abolie. En troisième lieu, le Les publications de Raphaël Encaoua sont nombreuses. Elles
principe d’un Haut Tribunal Rabbinique, instance d’appel des sont souvent signées sous l’acronyme ‘’REM’’ qui, outre son
décisions des tribunaux rabbiniques locaux, indépendante sens propre (en hébreu, Rem désigne une créature animale
des tribunaux de droit musulman, fut adopté. Son président dotée d’un élan puissant, comme un buffle), n’est autre, comme
n’était pas élu par la communauté juive, mais nommé par le nous l’avons vu plus haut, que l’acronyme de sa propre identité
Résident Général, en tant qu’autorité de la France durant le (Raphaël Encaoua, fils de Mordekhaï). Sa stature juridique, son
protectorat44. Raphaël Encaoua, précédemment nommé grand sens moral, son érudition talmudique et sa capacité à établir
rabbin du Maroc (1912), fut sollicité par le général Lyautey à la des liens étroits aussi bien avec les dirigeants du protectorat,
tête du premier Haut Tribunal Rabbinique du Maroc. Toutes qu’avec ceux de la maison royale et des érudits musulmans de
ces transformations, introduites par le protectorat français, son époque, ont contribué à faire de lui une figure respectée du
constituaient une rupture avec le mode de vie antérieur. judaïsme au Maroc. Ses publications consistent essentiellement
Le plan du mellah de Salé fut lui-même amélioré, à en des ouvrages de jurisprudence et d’exégèse, qui ont eu
l’instar de celui de la ville, ce qui n’a pas empêché quelques
commerçants juifs et musulmans de Salé de quitter le mellah
et de s’installer ailleurs45. Kenneth Brown (1980) en donne la
description suivante : «Le long d’une longue rue, bordée par une
grande porte, qu’on fermait tous les jours au coucher du soleil,
se trouvaient les boutiques, les habitations et les synagogues.
Dix synagogues portaient le nom de rabbins érudits, dont celle
de Raphaël Encaoua. Les habitations étaient réparties sur 9
impasses qui portaient elles-mêmes le nom de familles illustres,
dont celle d’Encaoua : «Impasse du Grand Rabbin».
C’est dans l’une de ces impasses qu’ont habité mes grands-pa-
rents paternels : Amram Encaoua (Salé 1869 - Salé 1953) et son
épouse, Hanna Sabbah (Salé - Dimona 1965). Cette maison
appartenait précédemment à mon arrière-grand-père paternel
Messod Encaoua (Salé 1826 - Salé 1886), père d’Amram. Mon
arrière-grand-père était ainsi l’oncle de Raphaël Encaoua.
Dans le voisinage immédiat de cette maison, figurait égale-
ment celle de mon grand-père maternel, Abraham Sabbah
(Salé 1881 – Jaffa 1979). C’est la sœur de ce dernier, Hanna Sab-
bah, qui a épousé mon grand-père paternel Amram Encaoua.
Par ailleurs, ma mère Messody Sabbah, fille d’Abraham Sabbah
et de sa première épouse Rachel Dahan, a épousé Jacob En-
caoua mon père, lui-même fils d’Amram Encaoua et de Hanna
Sabbah.
L’école de l’Alliance Israélite Universelle s’enracina
progressivement à Salé, ce qui permit à la langue et la culture
françaises de gagner sensiblement du terrain, et conduisit Couverture du livre Paamoni Zahab
à l’apprentissage simultané du français et de l’hébreu, de Raphaël Encaoua, édité à Jérusalem, 1977

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 29
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beaucoup de retentissement dans les communautés juives en dans le vieux cimetière de Salé, se trouve dans un mausolée
Afrique du Nord. Parmi ses ouvrages, on peut citer les titres impeccablement entretenu depuis son décès. Une vidéo sur
suivants : Karné Rem (Les cornes du buffle), commentaires sur YouTube est consacrée à la ré-inauguration de ce mausolée en
le Choulhan Aroukh de Joseph Caro, contenant des échanges sur 2013, témoignant la reconnaissance que lui accorde encore la
des décisions juridiques (responsa), édité à Jérusalem en 1910 ; population musulmane de la ville (https://www.youtube.
Paamoni Zahab (La clochette d’or), livre dont la couverture est com/watch?v=GsU0rM6a3tk). Les photographies de la
reproduite plus bas, et qui contient des commentaires sur le tombe de Raphaël Encaoua et du mausolée dans lequel elle se
Hoshen Mishpat, quatrième section de l’Arbaa Tourim, code de trouve, inauguré en 1935, sont reproduites ci-dessous.
Loi juive de Jacob ben Asher sur lequel se modèle le Choulhan
Aroukh de Joseph Caro (Jérusalem 1912); Toafot Rem, traité sur En guise de conclusion, je voudrais préciser en quoi le statut
les quatre volumes du Choulhan ‘Aroukh, Casablanca, 1930 ; de passeurs de pensée juive, autour duquel s’articule ce texte,
Hadad Vé-Téma, commentaire sur les 12 traités du Talmud, m’est apparu pertinent. Il l’est à un double titre. A la fois comme
Jérusalem 1977; Paamon Vérimon (Clochette et Grenade), tome marque de mémoire individuelle du vécu personnel et comme
2 de Paamoni Zahab, Jérusalem 1977 ; Sefer Hadad ve-Tema, marque globale d’histoire juive sur le plan collectif. Sur le plan du
commentaires talmudiques, Jérusalem 2000. vécu personnel, l’identité au sein de ma propre famille a toujours
été marquée par un attachement à certaines figures du passé,
même si la signification véritable de cet attachement n’était pas
complètement élucidée sur le fond. Même embuée de légendes,
cette fidélité n’en a pas moins exercé une influence certaine sur
ma mémoire, ne serait-ce qu’en alimentant le désir d’en savoir
plus. Cette fidélité aux figures du passé ne peut toutefois se
transmettre aux générations successives, sans bénéficier d’un
véritable travail d’élucidation justifiant cette fidélité. C’est ce
que j’ai tenté de faire dans cet article en montrant que la notion
de passeurs de pensée juive est d’autant plus essentielle qu’elle
cherche à expliciter les qualités, les vertus et les apports de ceux
qui ont joué ce rôle. C’est à ce prix que la mémoire individuelle
et la mémoire collective se raccordent. Non seulement, cette
élucidation revivifie le désir d’analyser plus en profondeur les
véritables apports de ces passeurs, tâche qui, je l’espère, sera
réalisée dans un prochain travail, mais surtout, elle alimente
la diversité culturelle de l’histoire juive, notamment lorsque la
composante séfarade de cette culture est en partie occultée, en
passant sous silence ses contributions intellectuelles pour n’en
retenir que les aspects les plus folkloriques.

Tombe du Rab Raphaël Encaoua, à l’intérieur du mausolée, Salé.


Source : “Harab Raphaël Encaoua”, Hanania Dahan (en hébreu),
revue Orot, Brit Yotsé Marocco Béisrael, avril 1979

Raphaël Encaoua est décédé le 2 août 1935, à l’âge de 88


ans. Ses obsèques furent célébrées en présence d’une foule
importante selon le quotidien Le Journal du Maroc paru le
lendemain de son décès. Son enterrement marqua la plus
grande manifestation spontanée du judaïsme marocain. On le
désignait de son vivant comme l’Ange Raphaël et il fut pleuré
L’inauguration du mausolée en mémoire du Rab Raphaël Encaoua en 1935.
comme le Ner Hamaarav (Lumière du Maroc)47. Sa tombe Sur le frontispice est écrit en hébreu :
« Le génie de sa grandeur à la gloire du grand rabbin Raphaël Encaoua »

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Notes

1.  Je remercie André Benzenou pour son aide 7.   En s’appuyant sur des travaux de Moïse 15.  Manuscrit original conservé à la Bodleian
généreuse dans la traduction d’un poème Schwab et sur des inscriptions épigraphiques Library, Oxford (Opuscule 146), Il nous faut
médiéval du Rab de Tlemcen, Frédéric Ankaoua trouvées sur des tombes juives en Espagne, mentionner que ce même titre Menorat ha-
pour sa remarquable recension de l’histoire Abraham Isaac Laredo parvient à répertorier Maor a été également adopté pour un ouvrage
des Ankaoua en Espagne, Simon Azoulay pour 35 occurrences où l’une de ces graphies postérieur d’Isaac Aboab (1514). Le livre de
m’avoir fourni de précieux renseignements correspond au nom de la lignée. Voir Moïse ce dernier a pu jeter une certaine ombre sur
sur la généalogie de la famille de sa mère née Schwab, «  Séfarad IV  » Revue des Etudes Juives, l’ouvrage initial, mais il est à présent admis que
Encaoua, Ralph Encaoua pour les multiples n° 65, 1944 (p. 45-72) et Moïse Schwab, Rapport l’ouvrage d’Isaac Aboab est une adaptation de
informations sur la vie de son illustre grand- sur les inscriptions hébraïques d’Espagne. Voir celui d’Israël Al-Naqua. Parmi les différences,
père, Meyer Abensur pour son aide précieuse à aussi F. Cantera et J.-M. Millas  : «Inscripciones l’Encyclopedia Judaica note que les citations
reconstituer des événements familiaux, Jacques hebraicas de España», Madrid, C.S.I.S 1956. talmudiques auxquelles se réfère l’ouvrage
Dahan pour son extrême attention à l’histoire 8.  Maurice Eisenbeth, Les Juifs de l’Afrique d’Isaac Aboab sont en araméen, alors que celles
des faits, Meyer Dahan pour sa disponibilité du Nord, Démographie et Onomastique, 1936, auxquelles se réfère Israël Al-Naqua sont en
à satisfaire mes demandes et Charles réédition en 2000, Cercle de Généalogie Juive et hébreu.
Leselbaum pour de judicieuses suggestions Lettre Sépharade, Paris. 16.  Édité en quatre volumes pour la première
sur la communauté juive d’Oran. Je remercie fois aux États-Unis en 1929 par l’éditeur Hillel
également Judith Revah-Edgington, Madeleine 9.  Voir Jewish Encyclopedia, article “ALNAQUA”,
par Moses Beer, Richard Gottheil, Isidore Hyman Gerson Enelow, et réimprimé en Israël
Cohen, Germaine Rochas, Raphaël Hadas-Lebel en 1969.
et Edwige Encaoua pour leur lecture attentive Singer, J. S. Raisin. Différentes rubriques sur
des différentes versions antérieures. Je remercie les membres de cette lignée apparaissent dans 17.  Cette vague de réfugiés inclut diverses
enfin Madame Joëlle Allouche-Benayoun l’Encyclopedia Judaica. personnalités de grande réputation, dont le
pour m’avoir fourni une aide précieuse à 10.  Ils sont également tous les deux cités dans Rab Yitzhak ben Chechet Perfet (connu sous
l’amélioration de ce texte. l’ouvrage Šhevet Yéhouda de Shlomo Ibn Verga, l’acronyme de Ribach), et le Rab Chimon
publié à Andrinople vers 1550. D’après Ramon ben Tsemah Duran (1361-Alger 1444, connu
2.  Ce ne sont pas des arbres généalogiques sous l’acronyme Rachbats), tous deux exilés
complets pour deux raisons  : d’une part, seuls Bermejo, Inscriptiones hebraicas de Toledo,
(Madrid, 1935), il existerait des témoignages d’Espagne.  Alexander Beider (op. cité, p.28)
les descendants mâles y figurent pour des mentionne également divers autres noms
raisons d’espace disponible et, d’autre part, les autres que les inscriptions funéraires, comme
par exemple les sceaux utilisés. de migrants ayant fui l’Espagne après l’édit
informations aconcernant les noms des épouses d’expulsion pour s’installer en Afrique du Nord.
restent parfois inconnues. La taille de la liste, 11.  La date exacte de leur mort est contestée. Certains se sont installés en Algérie, comme
retraçant les descendances des différentes Selon Léopold Zunz, Zür Geschichte und Literatur, Abraham Mendil (à Honein, avant-port de
branches de la lignée Encaoua à partir de la 1845, volume conservé à la Niedersächsische Tlemcen), Amram ben Marues (à Oran), Joseph
seconde moitié du 18e siècle, explique qu’elle Staats-und-Universitätsbibliothek de Göttingen, ben Menir (à Constantine). D’autres se sont
soit reléguée à la fin de l’article. cette date serait plutôt 1300 (p. 434). Selon installés au Maroc, comme le rabbin de Grenade
3.  Voir Abraham I. Laredo, Les noms des juifs du Shlomo Ibn Verga (fin 15e - début 16e siècle), Maimon Aben Danan (à Fez), la famille Cohen
Maroc, Essai d’onomastique judéo-marocaine, auteur de l’ouvrage Šhevet Yéhouda cité dans la Scali de Séville, Moses Abensur, Haïm Bibas
Consejo Superior de Investigaciones Cientificas, note précédente, cette date serait plutôt 1200. (installés à Fez), etc. Les nouveaux arrivants au
Instituto Benito Arias Montano, Madrid, 1978, p. 12.  Moïse Schwab, Rapport sur les inscriptions Maroc formèrent leurs propres communautés
342-346. hébraïques d’Espagne http://gallica.bnf.fr/ (megorashim en hébreu) distincts des Juifs
4.  Alexander Beider, A Dictionary of Jewish ark:/12148/bpt6k6436636j/f26.image marocains autochtones (toshavim en hébreu).
Surnames from Maghreb, Gibraltar and Malta, 13.  L’historien Cecil Roth, l’un des éditeurs de Les premiers actes législatifs des megorashim de
Editions Avotaynou, New Haven, 2017, pp. 27 et l’Encyclopedia Judaica, a pu reconstituer la liste Fez datent de 1494 (en hébreu taqqana, pluriel
318. des synagogues détruites lors de l’émeute de taqqanot).

5.  Alexander Beider (op. cité) intègre parmi les l’été 1391 à Tolède, en s’aidant d’un poème de 18.  Dont le manuscrit original est conservé à
migrants venus d’Espagne trois rabbins bien deuil (élégie), retrouvé dans un livre de prières. Oxford, à la Bodleian Library.
connus qui ont dirigé des communautés juives Voir Cecil Roth: “A Hebrew Elegy of the Martyrs 19.  Un très beau poème en hébreu d’Ephraïm
importantes en Algérie, les deux premiers of Toledo 1391”, The Jewish Quarterly Review, Al Naqua, en hommage à l’ouvrage de
à Alger et le troisième à Tlemcen  : Isaac bar vol. 39, n° 2, 1948, pp. 123-150. Cet article est Maïmonide, Le Guide des Egarés, se trouve
Sheshet (1326-1408), venu depuis Valence et à rapprocher avec celui d’un autre historien dans l’article d’Alexander Marx, “Texts by
établi à Alger, Simon ben Tsemah Duran (1361- du judaïsme médiéval en Espagne, Norman and about Maimonides”, The Jewish Quarterly
1444), venu depuis Majorque et établi à Alger, Roth, sans lien de parenté avec le premier, pour Review, New Series, Vol. 25, No. 4, april 1935,
et Ephraïm ben Israël Al-Naqua (1359-1442), qui les relations entre les chrétiens et les Juifs pp. 371- 428 (poème 19). La traduction de ce
venu de Tolède et fondateur de la communauté nouvellement convertis au christianisme étaient poème en français, initiée par André Benzenou
de Tlemcen. Le nom de ce dernier nom est plutôt bonnes. De plus, contrairement à la et complétée par l’auteur de cet article, est
orthographié de différentes façons  : Ancaua doctrine historiographique juive, Norman Roth disponible auprès de ce dernier (encaouadavid@
selon les sources médiévales espagnoles, défend l’idée que le nombre de victimes juives gmail.com).
Al-Naqua ou Al-Nakawa dans des études des persécutions a été souvent surestimé. Voir
Norman Roth, 1391, “In the Kingdom of Castille, 20.  André Chouraqui (1972) écrit à propos de
historiques contemporaines. Tlemcen  : « Tlemcen, la perle du Maghreb, la
Attacks on the Jews”, Iberia Judaica, III, 2011, p.
6.  
Voir Moïse Schwab, «  Séfarad IV  », 19-48. Jérusalem occidentale, …, possédait des écoles
Revue des Etudes Juives, n° 65, 1944 (p. 45- rabbiniques dès le 10e siècle…A partir de 1391,
72). Voir aussi Moïse Schwab, Rapport 14.  L’Encyclopedia Judaica donne une autre elle servit de refuge à des docteurs célèbres,
sur les inscriptions hébraïques d’Espagne, version de la mort d’Israël Al-Naqua. Durant contemporains du fameux Saint de Tlemcen, Rab
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6436636j/ l’agression à l’encontre de la communauté juive Enkaoua.»
f26.image de Tolède en 1391, il fut sauvagement attaqué
et trainé dans la rue, ce qui l’amena à se donner
lui-même la mort.

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 31
Familles

21.  Selon le site internet de Wikipedia, dédié 29.  Haïm Bliah (1832-1919), rabbin à Tlemcen, 37.  Il voyagea à Jérusalem en 1843.
à Ephraim Al-Naqawa (https://fr.wikipedia. fut à l’origine de la redécouverte de l’ouvrage du 38.  NDLR  : le CGJ abrite actuellement une
org/wiki/Ephraim_Al-Naqawa) « on trouve Rab de Tlemcen. partie de la bibliothèque de ce rabbin d’Oran.
la mention historique de la présence de 30.  Selon la note d’Abraham Meyer citée en note
communautés juives et chrétiennes à Tlemcen 39.  Ce livre porte sur les lois de l’abattage rituel,
20, le manuscrit du Rab de Tlemcen aurait été et contient un commentaire de Maïmonide
au XIIIe siècle à l’époque des Almohades. Si vendu à Oxford par un certain R.D. Oppenhem
la communauté chrétienne ne survit pas aux ainsi qu’un texte de 1540 rappelant la position
(p. 11). de la loi juive (Halakha) en la matière.
persécutions par ces derniers, la communauté
juive reparaît notamment à la suite de l’arrivée 31.  Une édition plus récente de l’ouvrage a été 40.  Ces liens de filiation sont représentés à la fin
de Juifs d’Espagne, dont le Rabbin Ephraim Al- publiée à Jérusalem en 1986. de l’article.
Naqua qui a fait construire une synagogue ». 32.  
Les migrations entre ces deux villes, 41.  Époux de Camra Encaoua (1857 Salé - 1907
22.  Cet épisode est raconté dans plusieurs Tlemcen et Salé, ont toujours été importantes, Salé).
ouvrages, parmi lesquels on peut citer une note et l’explication de ces migrations constitue
vraisemblablement un sujet d’étude intéressant. 42.  Ces transformations sont fort bien décrites
d’Abraham Meyer, Rabbin de Tlemcen au début dans l’article de Daniel Schroeter et Joseph
du 20e siècle, intitulée Etude des mœurs actuelles 33.  Jessica Marglin, “Mediterranean Modernity Chetrit,  “Emancipation and Its Discontents  :
des Israélites de Tlemcen, précédée d’une notice through Jewish Eyes: the Transimperial Life of Jews at the Formative Period of Colonial Rule in
complète sur Rabbénou Ephraïm Aln’Caoua, dit Abraham Ankawa”, Jewish Social Studies, Volume Morocco”, Jewish Social Studies, New Series, Vol.
le Rab, Imprimerie Commerciale Franck et Solal, 20, Number 2, Winter 2014, pp. 34-68. 13, No. 1 (Autumn, 2006), pp. 170-206.
Alger, 1902. Selon cet ouvrage, cette légende 34.  Voir Simon Schwarzfuchs, Les Juifs d’Algérie
figurerait déjà dans un livre de Zulman Fitoussi, 43.  La dhimma désigne le pacte qui assure la
et la France (1830-1855), Jérusalem, Institut Ben protection du statut social des non-musulmans
Edition Livourne, 1790, p. 174. Zvi, Centre de recherches sur les Juifs d’Afrique en terre d’islam. En tant que gens du Livre, les
23.  Colette Sirat, « La pensée philosophique du Nord, 1981, et Joëlle Allouche-Benayoun et Juifs et les chrétiens bénéficiaient d’un statut
d’Ephraïm al-Naqawa », Daat, n° 5, Summer Geneviève Dermenjian, Les Juifs d’Algérie, une de protégés, et payaient pour cela des taxes, en
1980, Paul Fenton, conférence intitulée « La histoire de ruptures, Presses Universitaires de particulier la djizya (taxe per capita, payée par
controverse entre Maïmonide et Nahmanide Provence, 2015. chaque Juif ).
», prononcée au Mouvement Juif Libéral de 35.  Valérie Assan, « Les synagogues dans
France, Paris, janvier 2010, reproduite sur le 44.  A côté du président du Tribunal rabbinique,
l’Algérie coloniale du XIXe siècle », Archives existait un président de la communauté juive du
site Akadem, le campus numérique juif (www. Juives, 2004, vol. 37, n°1, p. 74.
akadem.org). Maroc. Yahia Zagury (1878-1944) le fut pendant
36.  Parmi ses ouvrages, on peut citer  : 35 ans. Nommé inspecteur des Institutions
24.  
Colette Sirat (1980) résume ainsi cet – Zévahim Chélamim, livre édité à Livourne Israélites du Maroc, il servit en tant que tel
épisode  : « Cette anecdote avait prouvé au Rab en 1858 sur l’abattage rituel, contenant un d’intermédiaire officiel entre la communauté
Ephraïm Al-Naqua trois choses  : 1. L’intensité commentaire des règles de Maimonide sur juive et les autorités administratives du
de l’action de la faculté imaginative laquelle l’abattage rituel, auquel l’auteur a rajouté le protectorat.
durant tout le jour avait gardé les traces de la Maguid Michné contenant des commentaires
rencontre avec le portier noir et, ce jusqu’à l’heure 45.  Le mellah désigne un quartier juif spécifique,
de Yehuda Alkalaz, écrit vers 1540, ainsi que des distinct de la ville, où étaient confinés les Juifs.
du coucher ; 2. Que son esprit lui aussi avait écrits de différents rabbins marocains (Yéhouda
été profondément troublé tout le jour, car il ne Voir Kenneth Brown, « Une ville et son mellah :
ibn Attar et Yaacov Ibn Tsur) sur les règles du Salé (1880-1930) », in Juifs du Maroc, Identité et
comprenait pas par quel miracle il n’avait pas été divorce. Ce livre a suscité une polémique avec des
frappé ; 3. Que l’intensité de ces impressions avait Dialogue, La Pensée sauvage, 1980, p. 187-201.
rabbins algériens, dont le rabbin Moché Sebaoun.
créé une douleur dans son corps, douleur qu’il – Kerem Hemer, livre de questions et réponses 46.  Pour ne donner qu’un exemple, le dernier
n’avait ressentie que lorsque le sommeil s’était classées selon les 14 divisions du Michné Torah soir de Pessah, la nuit de la mimouna, il recevait
emparé de lui ». de Maïmonide, et du Choulhane Aroukh de des visiteurs de différentes confessions chez
25.  
Voir Léo Palacio, « Semaine d’identité Joseph Caro. Le livre en 2 volumes a été édité à lui jusqu’au petit matin et distribuait des
judéo-algérienne à Tlemcen », in Le Monde, Livourne en 1869 et 1871. Le 2e volume contient le bénédictions à chacun d’eux.
8 juin 1978 et Alfred Parienti, « Tlemcen, ville – Sefer ha-Takkanot (ordonnances communales) 47.   On raconte qu’à son enterrement, au
sainte, le pèlerinage du Rab », 18 juin 1910, in rassemblant les textes des ordonnances par moment de la levée du corps, les membres de la
Bibliothèque Nationale de France, Gallica.bnf.fr les rabbins de Castille, publiées à Fès en 1494. Hibra Kadicha (association du dernier devoir)
26.  Lors de sa visite à Tlemcen le 16 décembre – Otzar Hochma (Trésors de sagesse) qui se sont aperçus, qu’à moins de transporter le
2012, l’ancien président de la République est un condensé de l’ouvrage Otzar Haïm corps debout, ils ne pouvaient transporter le
française, François Hollande, rendit hommage (Trésors de vie) sur la mystique juive. cercueil, car l’angle droit que formait le couloir
au Rab Ephraïm Al-Naqua en ces termes  : « – Homer ha-Dat hé- Attik, 1844, condensé de Shefa ne permettait pas le passage. Ils sont alors
Tlemcen illustre cette vocation universelle car Tal par Shabbetai Sheftel Horowitz, appendice passés par la voie qui menait directement de
cette ville s’est tournée dès le Moyen-Age vers à Haïm Vital, Otzar Haïm, édité à Livourne. la maison du rab à la synagogue du Rab. Son
l’Espagne chrétienne. Elle a aussi compté sur la – Afra de Rabannan, livre de sermons. fils, Michael, se souvint à ce propos du psaume
communauté juive qui a ici tant apporté aux – Zekhor Le-Abraham, commentaires talmu­ « heureux l’homme qui meurt sous la tente »,
sciences, à la musique et aux traditions religieuses diques basés sur les écrits de nombreux expression que son père avait coutume de
comme le pèlerinage au tombeau du Rabbin érudits de Fès et contenant cinq poèmes. Le traduire par « heureux l’homme qui a la chance
Enkaoua l’illustre si bien ». livre se termine par cinq poèmes liturgiques de mourir dans la synagogue ».
de poètes espagnols sur Roch Hachana, 1838.
27.  Voir l’ouvrage A l’ombre du Rab, le souvenir – Chivat Abraham, commentaires sur le Talmud,
de Tlemcen (sous la direction de Simon 1878
Schwarzfuchs) édité par La Fraternelle, Union
Nationale des Amis de Tlemcen (2005). Voir – Hessed Le Abraham ou Sha’ar Hachamayim,
aussi le site internet https://fr.wikipedia.org/ 1845, livre de prières selon l’enseignement
wiki/Ephraim_Al-Naqawa. d’Isaac Luria. Cet ouvrage connut de
nombreuses rééditions sous des titres
28.  Un chant araméen qu’il a composé sur le divers (Kol Bo, Limmudei Ha-Shem, etc.).
Kaddish de Kippour se trouve dans le livre de – Kol Tehina, 1843, rituel de prières pour les
prières de Tlemcen (éditions de Livourne), à la fêtes, et d’élégies pour le 9 ab (lamentations sur
page 199. Un autre chant se trouve à la page 224 la destruction du Temple).
de ce même livre.

32 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
Familles

Reconstitution 2.2.1.2 Joseph Encaoua (Rabat 1875 - Rabat 1948) x Zohra


Encaoua (Rabat 1887 – Paris 1967), fille de Raphaël Encaoua
de la lignée des Encaoua1 (1848 – 1935, référence 2.2.2.1) et Saada Asseraf .
à partir de la deuxième moitié 2.2.1.2.1 Mordekhaï (Tanger 1905 - Caracas 1978), Grand
rabbin et Président du Haut Tribunal Rabbinique de Tanger
du 18e siècle, répartie en quatre branches en 1950 x Reina Benattar (Caracas - ?).
selon les quatre enfants de Mordekhaï 2.2.1.2.1.1 Joseph (Caracas 1925 - ?).
2.2.1.2.1.2 Prosper Messod (Caracas 1926 - ?).
Encaoua (2) : Rachel (2.1), Amram (2.2),
2.2.1.2.1.3 Lucie ( ?- Caracas 2003).
Abraham (2.3) et Messod (2.4)2 2.2.1.2.2 Yohanan (Rabat 1902 - Ashkelon 1997).
2.2.1.2.3 Camra (Rabat ? - Paris 1978) x Joseph Abensur ( ?
-Paris 1976), dont deux fils Meyer Abensur (Rabat, 1926) et
1 Moshé Encaoua (Alger 1758 - Salé 1820). En cours de route
Armand Abensur (Rabat, 1930 –Paris ?).
pour Israel, il s’arrête à Salé, ville dont il devient rabbin à la
demande de la communauté. 2.2.1.3 Myriam Encaoua (Salé 1874 – Casablanca 1941) x
2 Mordekhaï Encaoua (Salé 1779 - Salé 1840) x Simha Amiel Mimon Dahan (Salé 1865 – Casablanca 1936), fils de Joseph
( ? - ?). Président du tribunal rabbinique  (Beth Din) de la Dahan et Fréha Cohen. En tant que fille de mon arrière-
communauté de Salé. grand-père paternel Messod Encaoua (référence 2.2.1) et
en tant que mère de ma grand-mère maternelle Rachel
2.1 Rachel Encaoua (Salé 1803 - ?) x Moshé Benchelouch
Dahan, Myriam Encaoua est à la fois une cousine, la nièce
(1822-1929), fils de Samuel Benchelouch et Donna Tolédano.
du grand rabbin Raphael Encaoua (référence 2.2.2.1) et mon
2.1.1 Samuel Benchelouch ( ? 1842 – Larache ? ) x Esther
arrière-grand-mère maternelle. L’époux de Myriam Encaoua,
Benhamou, fille de Eliahou Benhamou et Mira Pimienta,
Mimon Dahan, est donc mon arrière-grand-père maternel.
neuf enfants non répertoriés ici : Rachel (x David Edery),
Il a émigré aux Etats-Unis le 10.07.1882 depuis Gibraltar et
Reina, Abraham Yossef, Soltana, Moshé, Myriam (x Simon
a obtenu la citoyenneté américaine. Revenu à Rabat d’abord
Benhamou), Salomon, Raphaël, Gimol.
puis à Casablanca, il a ouvert un magasin de tissus, puis s’est
2.2 Amram Encaoua (Gibraltar 1804 – Gibraltar 1874), grand fait construire une maison familiale à Casablanca.
rabbin de Gibraltar x Abika Levy (? - ?). Vécut une partie de 2.2.1.3.1 Elie Dahan (Rabat 1892 – Montréal 1976) x1 Esther
sa vie à Salé. Cohen (Salé 1907 – Casablanca 1928), x2 Fréha Sabbah (Rabat
2.2.1 Messod Encaoua (Salé 1826 - Salé 1886), mon arrière- 1910 – Casablanca 1958). La première épouse d’Elie Dahan,
grand-père paternel, dayan à Salé, x Camra Encaoua (1857 - Esther Cohen, est la fille de Solika Cohen qui est la sœur de
1907). Camra Encaoua est la sœur de Raphael Encaoua (1848 ma grand-mère maternelle Rachel Dahan. La 2ème épouse
– 1935, référence 2.2.2.1) et la fille de Mordekhaï Encaoua d’Elie Dahan, Fréha Sabbah, est elle-même la fille d’Abraham
(1827 -1890, référence 2.2.2). Sabbah, mon grand-père maternel, et de sa première épouse
2.2.1.1 Amram Encaoua (Salé 1873 - Salé 1954) x Hanna Rachel Dahan.
Sabbah (Rabat ? - Dimona 1965). Ce sont mes grands-parents 2.2.1.3.1.1 Jacques Isaac (Casablanca 1925) x Sylvia Ohayon
paternels. Hanna Sabbah est la fille de Yaacov Sabbah et (Casablanca 1937).
d’Aissa Vida Benisvy ; elle est également la sœur de mon 2.2.1.3.1.2 Renée (Casablanca 1931 x Félix Elfassy (Marrakech
grand-père maternel Abraham Sabbah (Salé 1881 – Jaffa 1929 – Montréal 2010).
1979) . 2.2.1.3.1.3 Messod (Casablanca 1932 – Montréal 2003) x
2.2.1.1.1 Jacob Encaoua (Salé 1906 - Casablanca 1967) x Evelyne Ettedguy (Casablanca 1942 - Montréal 2016).
Messody Sabbah (Rabat 1911 - Paris 1998), mes parents. Ma 2.2.1.3.1.4 Meyer (Casablanca 1934) x Nicole Cohen
mère, Messody Sabbah, est la fille d’Abraham Sabbah (1881 (Casablanca 1941).
– 1979) et de Rachel Dahan ( ? -1916), mes grands-parents 2.2.1.3.1.5 Olga (Casablanca 1936) x Joe King Mansfield (1934
maternels. Abraham Sabbah, également le frère de ma – Springfield Missouri 2008).
grand-mère paternelle Hanna Sabbah, a eu 4 enfants de son 2.2.1.3.1.6 Yolande (Casablanca 1938) x Bernard Nissenholc
premier mariage avec Rachel Dahan (Messody, Fréha, Elie et (Paris 1932 – New York 2010).
Jacob) et 7 enfants d’un second mariage avec Lédicia Cohen 2.2.1.3.2 Orovida Dahan (Casablanca 1920 – Safed 2002) x
(Sholamit, Simy, Zohra, Isaac, Srira, Meyer et Yvette). Elie Sabbah (Salé ? –Israël ?). Elie Sabbah est le frère de ma
2.2.1.1.1.1 Rachel (Rabat 1927) x Prosper Benchimol mère Messody Encaoua, née Sabbah.
(Alcazarquivir 1922 – Casablanca 1992). 2.2.1.3.3 Camille (Casablanca ? – Israël ?) x Judah Cohen.
2.2.1.1.1.2 Michelle (Casablanca 1933 - Paris 2015) x Lucien 2.2.1.3.4 Perla (Casablanca ? – Israël ?) x Moïse Benarroch.
Bensaid (Casablanca 1930). 2.2.1.3.5 David (Casablanca ? – Israël ?) x Rebecca Chriqui.
2.2.1.1.1.3 Jeannette (Casablanca 1939 - Paris 2006), sans 2.2.1.3.6 Issachar (Salé ? – Israël ?), sans postérité.
postérité. 2.2.1.3.7 Sarah (Casablanca ? – Israël ?) x Aaron Benmamane.
2.2.1.1.1.4 David (Casablanca 1941), professeur x Edwige
2.2.1.4 Lédicia Encaoua ( ? – 1966), sans postérité.
Gacon (Paris), psychiatre-psychanalyste (Paris).
2.2.2 Mordekhaï Encaoua (Salé 1827 - Salé 1890) x1 Rena
2.2.1.1.1.4.1 Myriam (Paris), journaliste x Antoine Vitkine
Benattar (Salé ? – Salé ?) x 2 Vida Bibas (Salé ? – Salé ?), dayan
(Paris), documentariste.
à Salé.
2.2.1.1.1.4.1.1 Manuel Vitkine Encaoua (Paris).
2.2.2.1 Raphaël Encaoua (Salé 1848 - Salé 1935), surnommé
2.2.1.1.2 Camille Encaoua (Salé 1917 – Tel Aviv 2008) x Moïse
Ha Malhach (Ange Raphaël), premier président du Haut
Revah (Salé 1915 – Haïfa 1991).
Tribunal Rabbinique du Maroc x Saada Asseraf (Salé ?-
2.2.1.1.3 Haïm Encaoua El Nékavé (Salé 1925 - Dimona 2001)
Salé  ?). Il est le neveu de mon arrière-grand-père Messod
x Suzanne Ohayon (Rabat 1927 – Dimona 2016).
Encaoua (1826-1886, référence 2.2.1).

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 33
Familles

2.2.2.1.1 Mikhaël (Rabat 1885 - Rabat 1972) x Fréha Lasry 2.2.3.3.5 Elie Adrien Encaoua N’Kaoua (Batna 1894 - ?).
(Rabat ?- Rabat ?), vice-président du Haut Tribunal 2.2.3.3.6 David Albert Encaoua N’Kaoua (Batna 25.03.1897
Rabbinique du Maroc et président du Tribunal Rabbinique - ?) x 17.10.1931 Gabrielle Mathilde Aline Sausse à Roanne
de Tanger en 1950. (Loire).
2.2.2.1.1.1 Marc Mordekhaï (Rabat1917 – Rabat 2007) x ?, 2.2.3.3.7 Eugénie Adjila Encaoua N’Kaoua (Batna 14.03.1899
dayan à Tanger, puis à Caracas et enfin à Casablanca. – Paris 21.07.1945).
2.2.2.1.1.2 Albert Abraham (Rabat? - Rabat ?) x Evelyne 2.2.3.3.8 Esther Germaine (Batna 2.04.1902) x 21.01.1932
Bensimon. Judas Léon Bahi Attali, à Batna.
2.2.2.1.1.4 Saada-Sara ( ? - ? ) x Salomon Amzallag. 2.2.3.3.9 Melka Reine Marguerite N’Kaoua (Batna 24.01.1904-
2.2.2.1.1.5 Esther ( ? - ?) x Sam Amzallag ( ? - ?). Batna 27.01.1904).
2.2.2.1.2 Zohra (Rabat 1887 - Paris 1967) x Joseph Encaoua 2.2.3.3.10 Jacob Georges Encaoua N’Kaoua (Batna 7.12.1904 - ?)
(Rabat 1875 - Rabat 1948). [Voir référence 2.2.1.2]. x 29.12.1928 Rose Gouzland à Constantine.
2.2.2.1.2.1 Camra (Rabat ? – Paris 1978), répertoriée 2.2.1.2.3, 2.2.3.3.11 Lucien Encaoua N’Kaoua (Batna 1907 - ?), sans
x Joseph Abensur (? – Paris 1976). postérité.
2.2.2.1.2.1.1 Meyer Abensur (Rabat 1926). 2.2.3.3.12 Jacob (Batna 1908 - ?) x Elisa Lucette Melloul ( ? - ?).
2.2.2.1.2.1.2 Armand Abensur (Rabat 1930). 2.2.3.3.13 Moïse Marcel (Batna 1911 - ?) x Renée Akoun.
2.2.2.2 Camra Encaoua (Rabat 1857 – Rabat 1907) x Messod
Encaoua (Rabat 1826 – Rabat 1886). [Voir référence 2.2.1.] 2.2.3.4 Joseph N’Kaoua (Batna 1866 – Batna 1888), ambulance
Camra et Messod Encaoua sont mes arrière-grands-parents d’El Aricha, soldat de 2e classe au 2e régiment de zouaves, 1er
paternels. bataillon, 2e compagnie, n° matricule 12579.
2.2.2.3 Sarah Encaoua ( ? - ?) x ?. 2.2.3.5 Sarah N’Kaoua (Batna 1867 - Batna 1871).
2.2.3.6 Meriem Mirin N’Kaoua (Batna 1868 - ?).
2.2.3 Jacob Encaoua N’Kaoua (Salé 1833 - Batna 1906), dayan 2.2.3.7 Esther N’Kaoua (Batna 1872 - ?).
à Batna x 1 ?, x 2 Hadjila Chemla (Batna 1838 ou 1840 - Batna 2.2.3.8 Messod N’Kaoua (Batna 1873 - Constantine 1949) x
28.05.1897) . Yasmina Allouche (Batna 1879 - ?) en 1896 à Batna. Yasmina
2.2.3.1 Abraham (Salé 1854 - Salé 1888), enseignant à Meknès Allouche est la fille d’Eliahou Allouche et Mouma Adda.
x?. 2.2.3.8.1 Léon (Batna 1898 - Constantine 1960) x Germaine
2.2.3.1.1 Simon (Salé 1876 - Rabat 1951) x1 Hanna Cohen, Elbaz en 1928 à Khenchela.
x2 en1927 Yamna Attias (1886 -1944), veuve Bendecon (Salé 2.2.3.8.2 Claire Adjila N’Kaoua (Batna 1900).
1886 - Rabat 1944), fille de Eliahou Attias et Saada Assayag. 2.2.3.8.3 Meriem N’Kaoua (Batna 1901) x Michael Darmon en
2.2.3.1.1.1 Simha (1900 - ?) x Chalom Menahem. 1940.
2.2.3.1.1.2 Esther (1901 - ?) x Moshé Bensoussan. 2.2.3.9 Amram N’Kaoua (Batna, 1875 - ?), cordonnier, x1
2.2.3.1.1.3 Léa (1902 – 1976) x Versini. Meriem Levy (Batna 1878 - ?) en 1901 à Batna. Meriem Levy
2.2.3.1.1.4 Hissa (1903 - ?) x David Cohen. est la fille de Moshé Levy, bijoutier, et x2 Baka Bouchoucha,
2.2.3.1.1.5 Elie (1904 - ?). en 1906 à Batna.
2.2.3.1.1.6 Messody (Rabat 1929 - Paris 2011) x Raphaël 2.2.3.9.1 Joseph N’Kaoua (Batna, 1903), fils naturel de
Azoulay (Rabat 1923- Paris 2009). Rebecca Levy, reconnu par son père, x Rosalie Charlotte
2.2.3.1.1.6.1 Suzy Sultana Azoulay (Rabat 1949 - Londres Siboni (1931 Constantine - ?).
2014). 2.2.3.9.2 Jacob Encaoua N’Kaoua (Batna, 1908 - ?) x Elisa
2.2.3.1.1.7. Ephraïm Alfred (Rabat 20.09.1931 – 15.07.2014), Lucette Melloul ( ? - ?)
postérité non connue. 2.2.3.9.3 Moïse Marcel Encaoua N’Kaoua (Batna 1911 - ?) x
Renée Akoun.
2.2.3.2 Eliahou (Salé 1856– Meknès 1904) x Simha Solica.
2.2.3.2.1 Isaac (Batna 1890 - Israël 1938) x . 2.3 Abraham Ankaoua, «Ha Gaone» (Salé 1812 – Mascara
2.2.3.2.1.1 Samuel (1924- mort enfant). 1890), dayan à Mascara, x1 Esther ( ? – 1859) disparue de son
2.2.3.2.1.2 Jacob (1930 - Salé 2001) x Simy ?. dernier domicile connu à Tétouan (Maroc), depuis la prise
2.2.3.2.1.2.1 Isaac ( ? - ? Rabat). de la ville par les Espagnols en 1859, sans avoir donné de
2.2.3.2.2 Ephraïm Encaoua El Nékavé (Salé 1888 - Jérusalem ses nouvelles et sans qu’on sache ce qu’elle est devenue, x2
1965), Président tribunal rabbinique Marrakech, x Estrella ? Sultana Benichou (Salé 1819 ou 1822 – Oran 1887), fille de
( ? – 1971). Aaron et Semha ben Fredj. Abraham Ankaoua «Ha Gaone»
2.2.3.2.3. Abraham Encaoua (Rabat 1890 - Meknès ?), est l’oncle de mon arrière-grand-père paternel Messod
postérité inconnue. Encaoua (référence 2.2.1).
2.3.1 Mordekhaï Ankaoua (Oran 1835 - Bône 1914), dayan à
2.2.3.3. Isaac N’Kaoua (Batna 5.09.1860 - Batna), employé de Alger (impasse Napoléon 4), puis à Bône (Algérie) x Esther
commerce, facteur des postes et du télégraphe, x 21.11.1883 Zeraffa (Alger 1834 - Alger 1890) en 1859 à Alger, fille de
à Batna, Tiffaha Brahmi (Batna 22.10.1866 - ?), fille de Haïm Salomon Zeraffa, rabbin, et de Bellara Chabbat, veuve de
et de Melka Kharoubi. Joseph Smadja.
2.2.3.3.1 Mordekhaï Encaoua N’Kaoua (Batna 7.10.1884 – 2.3.1.1 Joseph (Mascara 1858 - ?), sans postérité connue
Alger 14.09.1954) x 13.11.1912, Louise Attali à Batna. 2.3.1.2 Salomon (Alger 1861 - Constantine 1946), commerçant,
2.2.3.3.2 Abraham Encaoua N’Kaoua (Batna 16.01.1886 - ?). rue Sidi Ferruch à Bône x Fortunée Saffar (Constantine 1864
2.2.3.3.3 Joseph Encaoua N’Kaoua (Batna 1888 – 1915). – Constantine 1949) en 1884 à Bône, fille de Samuel Saffar et
2.2.3.3.4 Simon Encaoua N’Kaoua (Batna 6.12.1889 – Batna Esther Stora.
29.04.1959) x 5.09.1928 Meriem Marguerite N’Kaoua, à Batna.

34 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
Familles

2.3.1.2.1 Raoul Messod (Bône 1885- Paris 1963) x Renée 2.3.3.1 Ephraim (Mascara 1863 – Oran 1930), peintre, x Zarah
Marie Jeanne Margot (Compiègne 1887- ?) en 1920 à Paris, Aboucaya (1869 – 1947) à Alger en 1888, fille de Samuel
fille de Léon Alfred et d’Estelle Agnès Leleu, divorcé en 1925, Aboucaya et Esther Sebaoun.
sans postérité connue. 2.3.3.1.1 Messaouda Fortunée (Alger 1889) x Juda Touati en
2.3.1.22 Yilda Esther (Bône 1889 - ? 1975) x Joseph Attali (1881- 1907 à Marseille.
1977) en 1911 à Constantine, postérité inconnue. 2.3.3.1.2 Esther (Alger 1891) x Hirsch Mayer Grundman en
1910 à Marseille.
2.3.1.2.3 Samuel (Bône 6.02.1890 - Constantine 1974). 2.3.3.1.3 Abraham (Alger 1893) x Alexandrine Madeleine
2.3.1.2.3.1 Alfred Ephraïm ( ? - ?). Arnoux en 1914 à Marseille.
2.3.1.2.4 Moïse Maurice (Constantine 23.01.1892 - Marseille 2.3.3.1.3.1 Raymond Jean (Marseille 1914 – Argenteuil 1991) x
1974) x Pauline Estria Cohen-Adad (Jérusalem 1893 Odette Schalbetter (1924 – 2002).
-Constantine 1959) en 1921 à Constantine. 2.3.3.1.4 Edmond Samuel (Alger 1898) x Jeanne Lehman en
2.3.1.2.4.1 Claudine Fortunée (1922 - ?) x Léon Chicheportiche 1924 à Paris.
en 1955. 2.3.3.2 Rachel Ankaoua (Mascara 1866 - Saïda 1955) x Aaron
2.3.1.2.4.2 Marc-Salomon Ankaoua (Constantine 1925) x Benoliel, bijoutier à Mascara, fils de Jacob et Aouali Benoliel.
Huguette Allouche (Constantine 1937) en 1962. 2.3.3.3 Haïm Ankaoua (Mascara 1869 - Marseille 1956) x
2.3.1.2.4.3 Suzette Flore (1930 - ?) x Fernand Azoulay. Fréha Amoyal en 1898 à Saïda.
2.3.1.2.5 Isaac Alexis Lucien (Bône 1894 - Constantine 1895). 2.3.3.4 Zohra Ankaoua (Mascara 1872 - ?) x Jacob Amsellem
(Mascara 1870 - ?) en 1897 à Mascara, fils d’Isaac Amsellem.
2.3.1.3. David (Bône 1863 - Bône 1942) x Chappa Busidan
2.3.3.5 Amram Ankaoua (Mascara 1876 - Mascara 1876).
(1868 - ?), fille de Moïse Busidan et Sultana Salfati.
2.3.3.6 Lédicia (1880 – Marseille 1953) x Braham Boumendil
2.3.1.3.1 Abraham (Bône 1890 - Montereau-Fault-Yonne
(Tlemcen 1871 - ?) en 1900 à Mascara, fils d’Aaron Boumendil
1964), comptable, x Reine Sultana Guez (1905 - 1958) en 1922
et Méléah Ichou.
à Bône. Reine Sultana Guez est la fille d’Amari Guez (1874 –
1955) et Rahmouna Benabou (1885 – 1975). 2.3.4 Semha Julia Ankaoua (Mascara, 1856 – Oran, 1911),
2.3.1.3.1.1 Georges (Bône 1924 - ?). x Jacob Pariente (Tétouan 1840) en 1871 à Mascara, fils de
2.3.1.3.2 Reine Sultana (Bône 1891- Bône 1950), x Jacob Moïse et de Tamou Pariente.
Seyman ( ? - 1918) à Bône en 1918. 2.3.5 Joseph Ankaoua (Mascara 1858 - Mascara 1858).
2.3.1.3. 3 Moïse Maurice (Bône 1893 – Bône 1947) x Mélanie 2.3.6 Esther Ankaoua (Mascara 1859 - Mascara 1870).
Bloch (1933 - ?) en 1933 à Reichshoffen (Bas-Rhin).
2.3.1.4.3.1 Yves (Bône 1934). 2.4 Messod Encaoua Elnekave (Salé 1814 – Israël, 1870) x
Messody Benichou.
2.3.2 Elie Ankaoua (Alger 1837 – Alger ?) x Simha Julie 2.4.1 David (? – Constantinople, 1842).
Pimienta (Oran 1872 - Alger 1953) en 1891 à Alger, fille de
Messod Pimienta (1824 – 1885) et Ana Azeratt (1841-1884). 2.4.2 Bechor Aaron (Constantinople, 1847 – Israël, 1906).
2.3.2.1 Anne Berthe (1893 - ?) x Jacques Djian en 1920. 2.4.2.1 Joseph (? - ?).
2.3.2.2 Esther Jeanne (Oran 1895 – 1972) x André Raymond
Karsenty en 1921à Oran. 2.4.3. Yitzhak Ankaoua (? - ?) x Myriam Hamou.
2.3.2.3 Lune (Oran 1899 - ?) x Jacques Sadock. 2.4.3.1 Messod (1915 – 1963) x Messaouda Bitton.
2.3.2.4 Sultana Renée (Oran 1892 - 1972) x Félix Saier en 1918, 2.4.3.2 Moshe (1919 – 1995) x Perla Ohayon (1924-2005).
deux enfants Gilbert et Paul.
2.4.4 Israël Ankaoua (Tefilalet ? – Israël 1901) x Sultana
2.3.2.5 Gabrielle (Oran 1902 - ?) x Salomon El Saïr en 1926 à
Roubach.
Oran.
2.4.4.1 Salomon (1892 – 1951).
2.3.2.6 Georges (Oran 1904- ?) x Germaine Benichou.
2.4.5. Abraham Ankaoua (1856 -1934).
2.3.3 Israël Ankaoua (Alger 1839 – Alger 1900), vitrier, x
2.4.5.1 Solika (1912 - ?) x Haïm Emile Azoulay (1912 - ?), frère
17.10.1860 à Mascara Meriem Benhamou (Mascara 1843 - ?),
de Raphael Azoulay (répertorié 2.2.3.1.1.6)
fille de Yaya Benhamou et de Zohra.

Notes

1. Nous n’avons pas fait figurer sur cette liste, sauf et sa sagesse) d’Oury El Nékavé, Edition Or les arbres généalogiques; 2. Les mêmes prénoms
exception, les personnes vivantes. Hatsadikim, Jérusalem. 4. L’ouvrage en hébreu se retrouvent à diverses générations, ce qui est
2. Cette reconstitution a été effectuée à partir «Hamal’ach Réfael» (L’ange Raphael) de Yossi une source de confusion. On peut illustrer ces
des sources suivantes : 1. Plusieurs arbres El Nékavé, Jérusalem. 4. Le fascicule en hébreu difficultés par l’exemple suivant : Camra Encaoua
généalogiques construits par différents «Harab Réfael Encaoua» (Le Rab Raphael (référence 2.2.2.2), fille de Mordekhaï Encaoua
webmasters : Généatique (David Encaoua), Encaoua) écrit par Hanania Dahan pour la revue (2.2.2) et sœur de Raphael Encaoua (2.2.2.1), a
Geneanet (David Gordon), MyHeritage (Frédéric ‫ תורוא‬en 1979. La reconstitution de la lignée a épousé son oncle Messod Encaoua (2.2.1), c’est-
Ankaoua, Simon Azoulay, Bernard Bensaid, également bénéficié des informations fournies à-dire le frère de son père. Par ailleurs, Messod
Judith Edgington, Lior Elnékavé, David Encaoua). par Frédéric Ankaoua, Simon Azoulay, Jacques Encaoua (2.2.1) a eu un fils Joseph Encaoua
2. La préface en hébreu du livre «  Paamon Dahan, Meyer Abensur et Madeleine Cohen. Elle (2.2.1.2) qui a épousé sa cousine Zohra Encaoua
Vérimon» (Les cloches et les grenades) du rab s’est néanmoins avérée difficile à établir pour au (2.2.2.1.2), fille de Raphael Encaoua (2.2.2.1),
Raphael Encaoua, édité à Jérusalem en 1977. 3. moins deux raisons : 1. la fréquence des mariages c’est à dire la fille du neveu de son père Messod
L’ouvrage en hébreu «Sali VéHokhmia» (Salé consanguins entre cousins, neveux et nièces, ce Encaoua.
qui explique la présence de plusieurs boucles dans

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 35
Familles

Abraham Amar, le soldat de la photo du séjour


Jean-Paul Durand

Les Habirim sortants, année 1912-1913

S ur une photographie découverte en 2017 dans un lot de


papiers qui avait appartenu à sa grand-mère paternelle
décédée 47 ans plus tôt, Michel Amar1 a eu la surprise de
reconnaître ses grands-parents Abraham et Esther Mathilde
immigrants catalans, elles ont été étendues à la communauté
autochtone pour devenir le minhag d’Alger, scrupuleusement
respecté par tous leurs successeurs.
Si les guizbarim, l’élite de bienfaiteurs de la communauté,
parmi plusieurs autres personnes qu’il ne sait pas identifier. chargés de surveiller la distribution des aumônes publiques,
Abraham est sur la droite au dernier rang, debout derrière jouissaient d’un prestige séculaire, les deux autres corporations
Mathilde, et le petit garçon adossé aux genoux de Mathilde apportaient aux familles confiance et apaisement par leurs
est très probablement leur fils aîné Charles, le père de Michel. visites, leurs attentions et leurs offrandes, dans les moments
Trois musiciens coiffés de la traditionnelle chéchia sont assis heureux comme aux jours de deuil.
au premier rang. L’un d’eux tient une pancarte où l’on peut Le règlement consistorial de février 1898 indique que
lire que toutes ces personnes sont réunies en l’honneur des quatre haberim et quatre gueboyim était nommés par le
« Habirim sortants, année 1912-1913 ». consistoire pour un an, la veille du chabbat Chekalim, le
Les haberim, que l’on prononçait et écrivait aussi habirim à chabbat qui précède le premier jour du mois d’adar5. La
Alger, étaient, d’après la tradition, l’une des trois corporations, mission des gueboyim était principalement d’as­­ sister aux
avec les gueboyim et les guizbarim, qu’Isaac bar Chechet2 derniers moments des mourants, de faire veiller les décédés
avait créées à Alger à la fin du 14e siècle lorsqu’il a organisé puis assister aux obsèques jusqu’à l’inhumation, et d’aider
la communauté des réfugiés catalans après les massacres qui financièrement les familles des décédés indigents pendant
ont ensanglanté la péninsule ibérique en 1391. L’ensemble les sept jours de deuil. Celle des haberim consistait à rendre
des règles et structures qu’il a mises en place à l’époque des visites officielles au domicile des futurs époux et aux
avec Simon ben Tsémah Duran3, sont restées sous le nom naissances de garçons, à assister à l’inauguration des sefarim,
de «  minhag harebach4  ». Initialement destinées aux seuls à assister aux obsèques des coreligionnaires et aux offices des

36 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
Familles

samedis dans les synagogues où avait lieu l’hommage aux Abraham avait 33 ans sur cette photo du printemps 1913.
décédés guizbarim ou haberim et aux oraisons funèbres qui Il est né le 31 janvier 1880, « fils de Salomon (Chaloum) Amar,
sont faites au domicile mortuaire des ces derniers. marchand de poissons, 41 ans, et Sarah Galipapa, ménagère,
Dans toutes ces cérémonies officielles la corporation 27 ans », au numéro 1 de la rue Akermimouth, au nord-est de
était représentée par un haber, un officiant et un auxiliaire la vielle ville, non loin de l’ancienne Porte Bab-el-Oued et de
qui s’adjoignaient pour les visites un chantre, le paytan, qui l’antique synagogue Hara de la rue Bisson. La famille Amar a
interprétait des poèmes liturgiques. déménagé par la suite au 26 de la rue Marengo où Abraham a
Sur toute la durée de leur mandat les haberim recevaient le connu Esther Mathilde, sa voisine du 30, qu’il a épousée le 11
titre de ayakar (le cher), qualificatif donné traditionnellement octobre 1910 à la mairie d’Alger. Mathilde était née le 25 avril
à une personne qui travaille ou a travaillé bénévolement pour 1887 de Chaloum Timsit, distillateur, et d’Aziza Levy-Valensi.
la communauté. Les haberim, en effet, non seulement ne rece- Abraham et Mathilde furent bénis par le rabbin Valensi,
vaient aucune rétribution pour leurs services, mais ils devaient accompagné du paytan Narboni, le vendredi 14 octobre 1910
payer le personnel qui était mis à leur disposition (un rabbin à 10h du matin, au domicile d’Abraham8. Malgré les demandes
indépendant du consistoire, deux paytanim et six auxiliaires) réitérées du consistoire pour que les mariages religieux soient
sur leurs deniers personnels, et si la corporation recevait 10% célébrés à la synagogue, ils avaient lieu majoritairement,
sur le produit des taxes de mariages de l’année, elle devait les encore à cette époque, au domicile de l’époux mais la
reverser aux auxiliaires selon leur mérite. tendance allait s’inverser rapidement9. La veille au soir eut
En revanche, ils pouvaient accepter des offrandes et lieu l’adoua au domicile de Mathilde. Cette cérémonie, qui
avaient droit aux honneurs religieux dans les synagogues lors précédait toujours la bénédiction nuptiale, était célébrée par le
de l’inauguration d’un sefer ou de l’hommage aux décédés haber accompagné de trois musiciens : avant qu’elle ne quitte
guizbarim ou haberim. la maison paternelle, la future mariée était installée entre deux
Les haberim devaient donner aux gueboyim les cierges personnes de l’assistance invitées par le haber à tour de rôle,
traditionnels pour les personnes de haut rang décédées. puis chaque invité allumait un cierge et versait dans un plateau
Ils devaient en outre offrir aux endeuillés le premier repas son offrande au profit de la corporation des haberim pendant
composé de vin, pain et œufs, et fournissaient à toute la que le paytan chantait en hébreu au son d’une musique arabe.
communauté d’Alger le harosset nécessaire pour le soir de Henri Chemouilli, qui donne une description très imagée de
Pessah, cette pâte de fruits qui rappelle le mortier qu’utilisaient la cérémonie ajoute que le haber offrait traditionnellement
les esclaves hébreux en Égypte. une cuillerée de douida, le bouillon de poulet aux vermicelles,
Au printemps 1913, date probable de la photographie à la mariée10, ce que confirme Eliane B., qui précise que la
en l’honneur des haberim sortants de l’année 1912-19136, dernière personne à venir s’asseoir à côté de la future était
Charles, né le 25 octobre 1911 au 26 de la rue Marengo, est âgé son futur mari11. La future mariée sortait ensuite de la maison
d’un an et demi : c’est bien l’âge que paraît avoir le petit garçon paternelle, pour entrer dans celle de son futur époux où avait
sur la photo. La famille Amar avait déjà déménagé tout à côté lieu la bénédiction nuptiale, accompagnée du haber et de
de la grande synagogue d’Alger, sise place Randon. Les habe- son père ou de son plus proche parent. Les chants, cris et
rim 1912-1913, nommés depuis le 16 février 1912 (28 shevat autres manifestations qui s’ensuivaient parfois dans les rues
5672), avaient rendu visite, comme ils le devaient, à Abraham ont conduit le consistoire à exiger que l’adoua ait lieu avant
et Mathilde pour la naissance de Paul Elie, le frère cadet de 11 h du soir dans le plus grand calme « pour ne pas exposer les
Charles, né le 8 février 1913 dans l’appartement du numéro 1 invités et la mariée aux quolibets des passants» et les haberim
de la rue Marengo. Est-ce l’explication de la présence de ces furent avertis qu’ils seraient tenus responsables de tout
derniers sur la photo  ? Dans ce cas pourquoi les autres fa- débordement. Ces modifications que le consistoire tentait
milles n’y sont-elles pas ? Par ailleurs, on remarque bien que d’introduire dans le rituel ancestral12 n’ont pas été du goût des
les quatre hommes à droite de la photo portent exactement le Juifs d’Alger et les haberim qui venaient d’être nommés pour
même canotier. Seraient-ils les haberim ? Mais alors pourquoi 1901-1902, Aaron Saffar, Mardochée Abendanan, Jacob Soussy
Abraham est-il parmi eux ? et Elie Sultan, ont aussitôt menacé de démissionner, obligeant
C’est une note sommaire découverte dans les archives de la le consistoire à surseoir à sa décision13. Mais quelques années
communauté d’Alger7 qui donne la clé : les « habirim nommés plus tard, les mariages n’étant plus célébrés au domicile, la
le 22 avril 1912 sont Henri de Ruben Ayoun, Abraham de mariée entrait à la synagogue accompagnée de son père et du
Chaloum Amar, Benjamin de Moïse Cohen Bacri, et Aaron de haber et très souvent sans ce dernier, les parents faisant cesser
Jacob Chiche ». Abraham est donc l’un des haberim sortants en sa mission à la sortie de leur domicile.
1913, et il est probable que les trois autres personnes portant Sur la photo, si les quatre hommes à droite sont les
le même canotier - peut-être un signe de reconnaissance, les haberim, et les trois musiciens leurs assistants pour l’adoua,
haberim ne portaient pas de costume particulier  - sont les il est possible que les autres hommes sur la photo soient leurs
autres haberim sortants. auxiliaires.

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 37
Familles

Moins d’un an et demi après que cette photo a été prise la Abraham avait tout juste eu le temps d’apprendre la naissance
guerre était déclarée, et, le 3 août 1914, Abraham rejoignait le 1er de sa fille et de répondre à son épouse, qui la lui avait annoncée,
régiment de tirailleurs algériens. avant de disparaître.
Mathilde a pris le deuil pour le restant de ses jours. Elle
a quitté la basse casbah pour habiter un logement social du
quartier populaire de Bab-el-Oued où Michel se rappelle l’avoir
toujours connue vêtue de gris ou de noir. Jamais personne ne
l’a entendue parler d’Abraham mais la présence de son jeune
époux, héros muet et mystérieux, était permanente : sa photo en
uniforme de tirailleur algérien n’a pas quitté le meuble de la salle
à manger de son petit appartement du 4 de la rue Mazagran.
Le 18 février 1923
le corps du 2e classe
Abraham Amar, mé-
daillé militaire et croix
de guerre, fut transféré
d’Oostvleteren à Alger.
Il a été inhumé le jour
même à l’intérieur
du cimetière israélite
de Saint-Eugène, tout
près de l’entrée prin-
cipale, dans le carré
sur lequel fut inauguré
le 13 novembre 1927
le grand monument
en hommage aux 378
Abraham Amar en uniforme de tirailleur algérien morts glorieux du re-
crutement d’Alger. Une Localisation de la sépulture d’Abraham
Il laissait son épouse Mathilde avec ses deux garçons, plaque de marbre à l’in- sous le monument aux morts
Charles, 3 ans, et Paul qui n’avait pas encore 2 ans. Mathilde térieur du monument du cimetière de Saint-Eugène, Alger
était enceinte. Après une première campagne en Allemagne aux morts indique l’endroit exact de sa sépulture.
jusqu’au 14 septembre, Abraham est envoyé à Oostvleteren, Les descendants d’Abraham n’ont jamais rien su de sa vie,
en Belgique, où il meurt peu de temps après son arrivée, le rien appris de son engagement comme représentant de la
24 novembre 1914, d’un « accident en service commandé ». Sa communauté. Mais, avec la découverte de la photo des haberim
fille Suzette était née moins d’un mois plus tôt, le 30 octobre que Mathilde avait soigneusement conservée, un petit coin du
dans leur appartement du numéro 1 de la rue Marengo, « fille voile se lève sur celui qui n’avait jamais été que le soldat de la
de Amar Abraham, absent, âgé de trente-quatre ans, gérant, et photo du séjour.
de Timsit Esther Mathilde, âgée de vingt-sept ans, son épouse ».

Notes

1. Nous remercions notre adhérent Michel Amar si celui-ci tombe un chabbat, et si l’année est 11. Joëlle Allouche-Benayoun et Doris Bensimon :
de nous avoir confié ce document. embolismique il s’agit du mois d’adar II. Les Juifs d’Algérie, Mémoires et identités plurielles,
2. Ribach ou Isaac bar Chechet (Barcelone 1325- éditions Cerf-Stavit, Paris, 1998, p.169.
6. La date de la nomination officielle des nouveaux
Alger 1408), fut successivement grand rabbin de Haberim pour 1913-1914 est le 7 mars 1913 (28 12. L’adoua, partie intégrante du minhag
Barcelone, Saragosse et Valence, avant d’accepter adar I 5673) harebach selon la tradition, n’est pourtant pas
le poste de grand rabbin d’Alger en 1391. mentionnée dans le Bet Yehouda, recueil de tous
7. Archives de la communauté juive d’Alger, en cours
les minhaguim de la ville d’Alger du dayan d’Alger
3. Rachbats ou Simon ben Tsémah Duran (Palma de classement au Consistoire Israélite de France
Judas Ayache (Médéa 1700-Jérusalem 1760). Elle
de Majorque 1361- Alger 1444) avait intégré 8. Registre des mariages religieux janvier 1909- s’est transmise oralement, ce qui a fait dire au
le tribunal rabbinique de Ribach avant de lui mai 1913, Archives de la communauté juive consistoire que l’adoua, qui avait une «  grande
succéder comme grand rabbin d’Alger de 1408 d’Alger, op.cit. analogie avec le cérémonial des arabes », avait pu
à sa mort. Ribach et Rachbats sont considérés 9. En 1911 à Alger, seuls 18 mariages sur 144 furent être établie «  suivant les usages locaux avant la
comme les refondateurs du judaïsme algérois. célébrés à la synagogue, alors qu’en 1913, il y en conquête ».
4. Altération de minhag haRibach, la coutume de eut 130 sur 133. 13. Archives de la communauté juive d’Alger,
Ribach. 10. Henri Chemouilli, Une diaspora méconnue  : op.cit.
Les Juifs d’Algérie, Paris, 1976, pp. 93-95.
5. Ou le premier jour du mois d’adar lui-même

38 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
Onomastique

Les origines (pseudo-)berbères


des Juifs du Maghreb
Alexander Beider

Introduction Sorbonne, il a dirigé plusieurs expéditions ethnographiques en


Afrique du Nord axées sur l’étude des Juifs locaux (1906-1912)
L’origine des Juifs qui habitaient en Afrique de Nord avant les avant de partir s’installer en Palestine où il a travaillé principale-
vagues de migrations en provenance de la Péninsule ibérique ment comme archéologue, journaliste et traducteur en hébreu
(entre la fin du 14e et la fin du 15e siècle) est assez obscure. Plu- des œuvres des auteurs français du 19e siècle. Il affirme dans Un
sieurs idées circulent dans la littérature non-scientifique sans voyage d’études juives en Afrique1 que les « Judéo-Berbères, race
être pour autant corroborées par la moindre source. Quelques autochtone, inclut presque tous les juifs de Tripolitaine..., de Djer-
auteurs imaginent que les Juifs se sont installés dans ces terres ba, du sud de Tunisie, les nomades juifs de la région de Constan-
après l’invasion arabe du Maghreb, c’est-à-dire, au cours des 7e- tine et les Juifs marocains qui parlent chleuh ». Emile-Félix Gau-
8e siècles, en venant du Proche Orient. D’autres avancent la ve- tier2 met en exergue le « lien indéniable, au moins à l’origine,
nue des Juifs de quelques siècles en postulant l’arrivée, toujours entre les Zenata3 et le judaïsme ». André Chouraqui4 parle des
en provenance du Proche Orient, avant les Arabes. On trouve « Berbères venus en très grand nombre au judaïsme » et souligne
également des théories sur les migrations des Juifs de l’Europe les « racines profondes qui plongent la population juive dans le
du sud-ouest qui auraient eu lieu à différentes époques, par terroir berbère au Maghreb ».
exemple, avec les Romains ou à la suite des persécutions des Le but de cet article consiste à évaluer la plausibilité de ces
Juifs par les Wisigoths sur la péninsule ibérique (7e siècle). Ce hypothèses en analysant un aspect particulier : les noms et les
n’est qu’au début du 20e siècle qu’une idée supplémentaire a vu prénoms portés par les Juifs au Maghreb. Cet aspect est particu-
le jour. Les auteurs écrivant sur l’histoire et la culture des Juifs lièrement intéressant parce que, dans le contexte de l’extrême
d’Afrique du Nord ont commencé à accorder une attention par- pauvreté des documents historiques, un certain nombre d’au-
ticulière à la population berbère de la même région. Au cours teurs utilisent des éléments onomastiques pour soutenir leurs
du siècle, une littérature abondante est apparue décrivant des théories.
liens de différentes natures (culturels, linguistiques et même Pour des détails supplémentaires, des lecteurs sont invités à
génétiques) entre les deux groupes de population du Maghreb. consulter mon texte “Jews of Berber origin : myth or reality?” 5.
Souvent, la description de ces liens, factuels ou conjecturaux, Les étymologies et la répartition ou l’origine ? géographique des
était étroitement liée à l’idéologie de l’auteur ou, du moins, noms de familles des Juifs maghrébins discutées ici sont toutes
était due au cadre général d’analyse qui, à son tour, était pro- issues de mon ouvrage A Dictionary of Jewish Surnames from
fondément influencé par divers aspects idéologiques. L’un des Maghreb, Gibraltar, and Malta6.
nouveaux concepts développés était celui de Judéo-Berbères. Il
consiste principalement en deux hypothèses indépendantes.
Aspects historiques
La première correspond à l’idée qu’avant l’invasion arabe en
Afrique du Nord au 7e siècle, le judaïsme jouait un rôle crucial Aucun texte juif connu rédigé avant le 20e siècle ne fait réfé-
dans la vie des Berbères de la région, avec un nombre impor- rence à la possibilité de la conversion des berbères au judaïsme.
tant de tribus berbères converties à cette religion. La deuxième Par contre, quelques auteurs arabes médiévaux fournissent
hypothèse implique que de nombreux Juifs qui vivaient au Ma- des informations qui peuvent être pertinentes à cet égard. La
ghreb dans les temps modernes étaient des descendants de ces première référence vient de la plume d’al-Idrîsî (12e siècle) qui
berbères judaïsés. mentionne l’existence dans les temps anciens des tribus juives
Aujourd’hui la théorie des Judéo-Berbères est très populaire en Afrique du Nord. Un autre auteur, Ibn Abî Zar (début du 14e
dans la littérature traitant de l’histoire des Juifs du Maghreb. Les siècle) affirme qu’à l’époque de la fondation de la ville de Fès
auteurs, même sans parti pris idéologique ou politique particu- (fin du 8e siècle) deux tribus berbères, les Banû Zanata, vivaient
lier, en parlent comme s’il s’agissait de faits. De nombreux Juifs dans la région : une était composée de musulmans et une autre
avec des racines en Afrique du Nord adhèrent également eux- de chrétiens, de Juifs et de païens7. Notons qu’aucun des deux
mêmes à cette théorie. Citons quelques auteurs venant d’ho- auteurs ne parle des conversions au judaïsme. Le troisième au-
rizons très différents. Le premier en est Nahum Slouschz qui teur, Ibn Khaldoun (1332-1406)8 écrit que « Une partie des Ber-
a inventé cette théorie. Né en Russie, devenu orientaliste à la bères professait le judaïsme, religion qu’ils avaient reçue de leurs

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 39
Onomastique

puissants voisins, les Israélites de la Syrie. Parmi les Berbères juifs contre l’invasion arabe14 . Ce n’est qu’après sa mort dans la
on distinguait les Djeraoua, tribu qui habitait l’Auras9 et à la- bataille que l’islam est devenu vraiment répandu parmi les
quelle appartenait la Kahena, femme qui fut tuée par les Arabes Berbères. Comme nous l’avons évoqué ci-dessus, son nom
à l’époque des premières invasions. Les autres tribus juives étaient apparaît également dans le passage concernant les sept tribus
les Nefouça, Berbères de l’Ifrikïa10, Fendelaoua, les Medîouna, les qui pouvaient, selon Ibn Khaldoun, professer le judaïsme à
Behloula, les Ghîatha et les Fazaz 11. Ces deux phrases issues du une certaine époque  : la Kahena était issue d’une des tribus
texte d’Ibn Khaldoun sont devenues l’unique base de toutes les en question. Mais était-elle juive elle-même  ? Aucun auteur
affirmations concernant la prétendue corroboration historique arabe, y compris Ibn Khaldoun, n’indique qu’elle était juive de
de la théorie des Judéo-Berbères. religion et aucun élément de sa biographie ne présuppose sa
Or, une analyse critique de ce passage ne permet aucunement judéité. Ibn Khaldoun écrit qu’avant les événements en ques-
d’y voir une moindre preuve historique. Tout d’abord, notons tion, diverses tribus berbères étaient chrétiennes ou païennes,
que la traduction classique française est inexacte : d’après le texte et, par exemple, Koceila, le chef berbère qui a précédé la
arabe, il serait correct d’ajouter au début de la première phrase Kahena était chrétien15. Or, Slousch et d’autres adeptes de la
l’expression « il est possible » 12. Il ne faut pas oublier également théorie des Judéo-Berbères prennent la judéité de cette guer-
qu’Ibn Khaldoun vivait des siècles après les événements qu’il rière comme si c’était un fait historique. Slouschz va plus loin.
décrit. Slouschz et d’autres auteurs qui le suivent pensent qu’Ibn Il prend l’histoire de cette femme comme base pour son idée
Khaldoun décrit la situation immédiatement avant l’invasion totalement fantaisiste qui prétend qu’avant l’invasion arabe, des
arabe du Maghreb. Plusieurs autres passages du même ouvrage dynasties des descendants des prêtres juifs du Temple de Jéru-
de cet historien arabe montrent qu’il s’agit d’une idée erronée. En salem (Cohanim) régnaient sur tout le Maghreb. Pour aboutir
effet, Ibn Khaldoun indique explicitement qu’« avant l’introduc- à cela, il affirme que le nom ‘la Kahena’ veut dire ‘prêtresse’ en
tion de l’islam, les Berbères de l’Ifrikïa et du Maghreb vivaient sous phénicien et ‘fille de prêtre’ en hébreu. Aucun dictionnaire ne
la domination des Francs et professaient le christianisme » (p. 209). confirme son assertion qui en réalité est basée sur la présence
Prêtons également attention à la deuxième partie de la première dans le nom Kahena des mêmes consonnes que celles du mot
phrase qui a servi de base pour Slouschz, à savoir, « judaïsme, re- hébraïque Kohen, ‘prêtre’. Or, le texte d’Ibn Khaldoun ne laisse
ligion qu’ils avaient reçue de leurs puissants voisins, les Israélites aucun doute sur la signification du nom rendu dans la traduc-
de la Syrie ». Pourquoi Ibn Khaldoun parle-t-il de la Syrie ? Où tion française comme « la Kahena ». Il s’agit d’une transcription
exactement vivaient, d’après lui, les Berbères à l’époque de leur du nom commun arabe kâhina ‫ﻛَﺎھِﻨَﺔ‬, ‘celle qui prédit l’avenir’
conversion présumée au judaïsme  et à quelle époque fait-il en précédé par l’article défini arabe al- (traduit comme ‘la’ en
réalité allusion ? Pour trouver des réponses à ces questions il suf- français). Ibn Khaldoun indique que son vrai nom était Dihya
fit de regarder d’autres pages du même volume du même livre (ou Dahya), alors que al-Kâhina n’était que son sobriquet. Sû-
d’Ibn Khaldoun. On y lit que « les Berbères... descendent de Cham, rement, ce surnom ne corrobore pas sa judéité et encore moins
fils de Noé, et ont pour aïeul Berber, fils de Temla, fils de Mazîgh, son lien imaginé avec les Cohanim...
fils de Canaan, fils de Cam... On n’est pas d’accord, dit Ibn-el-Kel-
bi, sur le nom de celui qui éloigna les Berbères de la Syrie. Les uns Noms de famille
disent que ce fut David qui les en chassa.... D’autres veulent que ce
soit Josué, fils de Noun... El-Bekri les fait chasser de la Syrie par les L’argument principal de la théorie des Judéo-Berbères
Israélites, après la mort de Goliath, et il s’accorde avec El-Masoudi lancée par Slouschz concerne les noms de famille des Juifs du
à les représenter comme s’étant enfuis dans le Maghreb à la suite Maghreb. Dans l’annexe à son ouvrage Hébræo-Phéniciens et
de cet événement 13. Nous pouvons constater que tous les auteurs Judéo-Berbères. Introduction à l’histoire des Juifs et du judaïsme
arabes cités par Ibn Khaldoun parlent ici des temps bibliques et en Afrique (1908), cet auteur donne la liste des 74 noms usités
que, de plus, l’histoire en question s’incruste dans un texte pu- par les Juifs de Libye et/ou de Tunisie qui, d’après son opinion,
rement mythologique, concernant les origines des Berbères au «  indiquent une origine berbère certaine  ». Dans ce groupe,
Proche Orient, comme les liant aux événements décrits dans la il met en exergue 19 noms en stipulant que l’ «  on y retrouve
Bible et aux personnages y figurant. Si on se rappelle que le règne presque toute la carte géographique des anciens établissements
de David correspond au 10e siècle avant J.-C., on voit qu’en men- juifs du Djebel Nefoussa 16». Il s’agit des noms suivants : Fitoussi,
tionnant la conversion présumée de plusieurs tribus berbères Ghaloula, Jami, Jarmon, Jouari, Jouili, Meghdis, Messari,
au judaïsme, Ibn Khaldoun parle d’une époque de plus de deux Nefoussi, Sagroun, Seroussi, Sfez, Setbon, Sitrouq, Temsit,
millénaires avant sa propre naissance. Compte-tenu de tous ces Toubiani, Zagron, Zemagi et Zerousi. A cela il ajoute quatre
éléments, il est évident que son récit ne peut aucunement être «  noms des tribus nomades de religion juive  : Abrahami,
considéré comme un témoignage historique fiable. Alouch, Lellouch, et Mimoun  ». Dans son assertion, le focus
Dans son livre, Ibn Khaldoun raconte également en détail sur le Djebel Nefoussa est certainement lié au fait que cette aire
l’histoire d’une femme nommée Dihya, appelée “la Kahena”, géographique figure (en tant qu’habitat de la tribu Nefouça)
qui fut pendant une période la chef de la lutte des Berbères dans le passage d’Ibn Khaldoun cité ci-dessus concernant les
sept tribus judaïsées.

40 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
Onomastique

L’idée de Slouschz concernant les noms de famille d’origine proposées par Cazès, Slouschz n’a retenu qu’une seule,
berbère et/ou identiques aux tribus berbères a eu une influence « berbère » : elle « corroborait » sa vision générale de l’histoire
majeure sur toute une série d’ouvrages de l’onomastique juive des Juifs du Maghreb. Sa volonté de promouvoir sa nouvelle
au Maghreb. L’étude pionnière dans ce domaine17 mentionne théorie était si forte qu’il n’a pas hésité à faire référence aux
une nouvelle série de noms de tribus berbères qui, d’après toponymes qui, de toute vraisemblance, n’ont jamais existé : ce
l’auteur, représentent les sources pour des noms de famille juifs n’est certainement pas par hasard qu’il n’indique aucune source
maghrébins suivants  : Branes, Dray, Soussi, Touati, et Zenaty. géographique où lui-même a trouvé des références aux lieux en
Dans les livres de référence de Maurice Eisenbeth18, Abraham question  ; mis à part Cherous, ces toponymes ne figurent pas
Laredo19, et Joseph Tolédano20, cette idée générale a reçu des non plus dans ses propres descriptions de la région de Djebel
développements supplémentaires : des centaines de noms Juifs Nefoussa visitée pendant ses expéditions.
sont déclarés d’origine berbère. De nombreuses personnes Certes, les autres auteurs qui ont parlé des nombreux
qui n’ont jamais étudié elles-mêmes l’onomastique juive du noms «  berbères  » chez des Juifs maghrébins n’étaient pas
Maghreb ont pris ces étymologies proposées pour sérieuses des charlatans comme Slouschz. Toutefois, il s’avère que leur
et ont été fortement impressionnées par elles. Parmi ces approche de cette question était erronée. Par exemple, Branes,
personnes on compte quelques scientifiques d’envergure. Par Dray, Soussi, Touati et Zenaty, indiquent-ils vraiment une
exemple, après avoir consulté le livre d’Eisenbeth, le linguiste origine berbère comme le pensait Hamet ? Le premier nom de
David Cohen écrit à la première page de son excellente étude Le cette liste, B(a)ranes est sans aucun lien avec la tribu berbère
parler arabe des Juifs de Tunis21 : « On ne peut ne pas être frappé Branes. En effet, ce nom appartient aux Juifs venus d’Espagne :
par l’importance de l’élément berbère dans leur onomastique ». un des dignitaires de la communauté formée par des émigrés
C’est Paul Sebag, un historien et sociologue franco-tunisien, qui espagnols à Fès en 1494 s’appelle Alb(a)ranes (‫)אלבראהניץ‬.
a émis un premier doute à ce sujet. Dans son ouvrage Les noms Pendant les siècles derniers le nom a perdu son Al- du début
des Juifs de Tunisie (2002), il indique qu’il a été incapable de et dans des sources hébraïques ses porteurs sont appelés
retrouver dans des listes géographiques détaillées un seul des ‫ ברהאנץ‬ou ‫בארהנץ‬. Le nom de la tribu berbère Branes ne permet
toponymes du Djebel Nefoussa proposés par Slousch (et ensuite d’expliquer ni le he (‫ )ה‬interne, ni le tsade (‫ )ץ‬final présent dans
repris par Eisenbeth) comme source de noms de familles juifs. les formes hébraïques en question. Drai (Dray), Soussi, Touati
L’auteur de ces lignes, inspiré par le scepticisme de Paul et Zenati (Zenaty) sont des mots désignant, respectivement, des
Sebag, a consulté d’autres sources géographiques de la région habitants de la vallée du Draa, les régions de Souss et de Touat et
concernée, plus détaillées que celle vérifiées par Sebag, pour la ville (ou zone géographique) de Zenata, tous dans le Maghreb
aboutir à la conclusion suivante  : dans la liste des 19 noms occidental (Maroc, Oranie). Bien sûr, dans toutes ces régions on
désignés par Slouschz comme issus des noms des «  anciens trouve des Berbères. Mais les Arabes y habitaient aussi depuis
établissements juifs du Djebel Nefoussa », un nom, Seroussi, est des siècles et, par ailleurs, les noms de famille en question se
basé sur un toponyme réel de la région concernée,  la ville de terminent par le suffixe arabe -î. En conséquence, l’existence de
Cherous/Serous, et un autre nom, Nefoussi, est basé sur le nom ces noms indique juste un fait bien connu  : la présence juive
de la région entière. Aucune référence n’a été trouvée pour les dans les régions principalement berbérophones du Maroc. Ces
17 noms restants. Globalement parlant, l’origine « berbère » des noms ne corroborent aucunement l’idée d’un lien qui existerait
74 noms de la liste de Slouschz ne s’avère être qu’une fiction. entre les porteurs juifs de ces noms et les tribus berbères.

C’est le travail avec le livre Essai sur l’histoire des israélites de Prenons un autre exemple, le nom Medioni, et comparons
Tunisie écrit par le rabbin tunisien David Cazès22 qui m’a permis deux théories alternatives concernant son origine. La première
d’identifier la source de l’ « inspiration » de Slouschz. Cazès y explication serait : un nom pris par une famille juive qui à une
discute les noms des Juifs tunisiens (pp. 174-175). Il divise ces certaine époque a vécu dans l’une des villes appelées Mediouna,
noms en plusieurs catégories, par langue de leurs mots sources : soit celle de la région d’Oran, soit celle près de Casablanca.
hébreux, araméens, arabes, espagnols, portugais, italiens, grecs Par ailleurs, il n’est pas exclu qu’il existe plusieurs branches
etc. Il y ajoute également une liste de noms dont l’étymologie indépendantes venant des deux villes en question. La deuxième
lui échappe en précisant que ces noms sont plus anciens que théorie est celle proposée par Abraham Laredo24 : l’ancêtre des
les autres et que leur « origine pourrait être cherchée dans les Juifs portant ce nom serait un membre de la tribu berbère de
langues berbères ou copte, ou bien ces noms ont été tellement Medîouna convertie au judaïsme à l’époque ancienne.
corrompus et défigurés par le temps qu’il devient impossible d’y
trouver une signification ». Une comparaison entre les listes des La première étape de la comparaison consiste à rassembler
noms “obscurs” de Cazès et des noms « berbères » de Slouschz des faits connus. Parmi ceux concernant le nom en question
ne laisse pas de doute  : la première a servi de base pour la directement, il s’agit de :
deuxième23. On voit que parmi les différentes pistes pour 1. Zones géographiques où le nom ou une de ses variantes
l’explication des noms difficiles du point de vue étymologique étaient présents aux 19e-20e siècles  : Medioni (Tunisie,

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 41
Onomastique

Maroc et régions de Constantine, d’Alger et d’Oran), Midioni 4. Certains d’entre eux ont pris le nom de famille (avec une
(Maroc et région d’Oran), Mediouni et Elmedioni (région morphologie arabe) en honneur de leur tribu berbère
d’Alger), Madioni et Lemedioni (régions d’Alger et d’Oran) ancestrale.
et El Medioni (région d’Oran). 5. Les Juifs contemporains avec le nom Medioni représentent
2. Références les plus anciennes  : El Medioni 1613 (ville leurs descendants directs.
d’Oran), ‫ למדיוני‬1698 (ville de Fès) Parmi ces cinq hypothèses indépendantes, plusieurs sont
3. Migrations connues : au19e siècle, d’Alger vers Constantine particulièrement audacieuses  : la première, compte-tenu du
et vers Oran. fait qu’Ibn Khaldoun écrit plus de 2  000 ans après les faits et
qu’il place sa phrase dans un contexte plutôt mythologique ; la
Parmi les faits connus concernant les autres noms, on peut citer troisième, à cause de l’ampleur des persécutions contre les non-
1. L’âge des noms des Juifs maghrébins. D’après les sources musulmans pendant les époques en question ; la quatrième, car
disponibles, les noms les plus anciens apparaissent au nous ne connaissons pas dans l’histoire du judaïsme d’autres
Maroc au 12e siècle et avant le début du 16e siècle les noms cas où des prosélytes honoreraient leur passé non-juif ; de plus,
héréditaires sont plutôt exceptionnels. nous n’avons aucune preuve que le nom Medio(u)ni existait
2. Le modèle (El) X-i (comme dans (El) Medioni) représente avant le 17e siècle et globalement parlant, nous savons qu’aucun
un des cinq modèles de nomination arabe classiques. Ce nom de famille n’a été transmis jusqu’à nos jours à partir
modèle s’appelle nisba et le X du modèle correspond à un de l’époque antique  : les noms n’apparaissent qu’à l’époque
lieu d’origine ou de provenance. De nombreux autres noms médiévale et des siècles après l’invasion arabe du Maghreb.
portés par des Juifs maghrébins sont du même type. Parmi Un scientifique désintéressé admettrait certainement que la
les exemples on peut citer  : Bijaoui, Djerbi, Elfassi, Ettazi, probabilité logique de la vérification simultanée de toutes les
Mesrati, Roudani, Tangi et Trabelsi. cinq hypothèses indépendantes en question est pratiquement
nulle. D’après le principe de simplicité (également appelé le
La deuxième étape de comparaison consiste à confronter les Rasoir d’Ockham), général pour la recherche scientifique, nous
théories aux faits connus rassemblés au cours de la première pouvons affirmer que cette théorie est de loin moins plausible
étape et à déterminer le nombre d’hypothèses indépendantes que celle qui propose l’origine toponymique du nom.
présentes dans chacune des théories, ainsi que leurs probabilités Une consultation minutieuse des dictionnaires des différents
logiques relatives. dialectes berbères en Libye (région de Djebel Nefoussa), Algérie
D’un côté, pour la théorie proposant la ville Mediouna et Maroc, et de dialectes arabes du Maghreb, combinée avec
comme la source du nom, le nombre des hypothèses indé­ l’étude détaillée des prénoms juifs de la région et des modèles
pendantes se limite à une seule : l’ancêtre de la famille juive morphologiques utilisés pour construire les prénoms et les
Medio(u)ni était originaire de la ville de Mediouna (près d’Oran noms, permet d’aborder la question des étymologies des
ou près de Casablanca). Si cette unique hypothèse, banale, est noms des Juifs maghrébins d’une manière scientifique. Cette
vérifiée, alors elle expliquerait directement la forme du nom : il approche aboutit à la synthèse suivante :
représente le gentilé arabe (nisba) pour ces lieux : al-madyûnî • Aucun nom de famille d’origine berbère  n’est connu qui
‫اﻟﻤﺪﯾﻮﻧﻲ‬, un modèle souvent présent dans d’autres noms juifs serait originaire de Libye ou de Tunisie.
du Maghreb. Cette théorie est bien corrélée avec la géographie • En Algérie, on retrouve Zemmour basé sur la langue chaoui,
du nom et surtout le fait que les références les plus anciennes Amray et Atelan basés sur la langue kabyle. De plus, Aïnouz
viennent justement du Maroc et d’Oranie. et Amahoua pourraient être d’origine berbère.
De l’autre côté, pour que la théorie de Laredo liant le nom à • Au Maroc, on trouve Afenjar et Izerzer, issus du rifain,
la tribu berbère de Mediouna convertie au judaïsme soit juste, presque 30 noms chleuh ou tamazight  dont Abettan,
il faut que : Aferiat, Aflalou, Amgar, Amlal, Amouzig, Aoudai, Assouline,
1. La phrase d’Ibn Khaldoun concernant le supposé passé juif Azencot, Azoulay, Bouganim, Bouzaglou, Ellouz, Ifergan,
de la tribu de Medîouna soit véridique. Siksou, Tamsout, Timeztit / Timsit, ainsi qu’une série des
2. Le silence total des auteurs juifs concernant cette conversion noms commençant par Ou- ‘fils de’ en langues berbères  :
de masse soit fortuit : par pur hasard, aucun écrit antique ou Ouanounou, Ohamou, Ohayon, Ouahnun, Ousday,
médiéval sur le sujet n’a survécu. Oussadon, Ouyoussef, Ouhnouna, Ohana, Ouhnich,
3. Certains Berbères convertis au judaïsme ont gardé leur Ouakrich, Ouaknine, Outguergoust, Outmezguine,
religion juive même après le règne d’Idris I (fondateur de Fès Outmezguit, Ouizgane et Wizman.
au 8e siècle, décrit par différents auteurs, dont Ibn Khaldoun,
comme celui qui a converti les Berbères chrétiens et païens L’existence des noms de la liste ci-dessus ne corrobore
à l’islam) et après l’époque des Almohades (12e-13e siècles), en aucun cas la théorie des Judéo-berbères. En effet, même
pendant laquelle il y a eu des persécutions de masse de tous aujourd’hui dans plusieurs régions d’Algérie, les idiomes
les non-musulmans en Afrique du Nord et en Espagne. berbères (principalement le kabyle et le chaoui) sont utilisés au

42 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
Onomastique

Prénoms
Pour divers groupes ethnocul-
turels traditionnels, une partie des
prénoms est généralement plus an-
cienne que leurs noms de famille.
Ainsi, l’analyse des prénoms four-
nit-elle souvent beaucoup plus d’in-
dices sur le passé que celle des noms.
Les prénoms traditionnels hérités
des générations précédentes font
partie du substrat linguistique qui a
Maroc : 1 Chleuh, 2 Tamazight, 3 Rifain laissé des traces dans la langue ver-
Algérie : 4 Kabile, 5 Chaoui naculaire. Par exemple, c’est en par-
tie grâce à l’analyse de l’histoire des
Lybie : 6 Nafoussi
prénoms yiddish traditionnels que
Les régions berbérophones du Maghreb nous pouvons affirmer que certains
ancêtres des Juifs ashkénazes d’Eu-
quotidien par la majorité des musulmans locaux (environ dix rope de l’Est vivaient au Moyen Âge
millions de locuteurs), tandis qu’au Maroc, environ la moitié dans des territoires où la majorité non-juive et les Juifs locaux
de la population (presque 20 millions de personnes) ont une étaient des locuteurs du vieux français, alors que d’autres an-
des langues berbères (chleuh, tamazight ou rifain) comme cêtres parlaient le vieux tchèque. Si la composante berbère était
langue maternelle. La carte ci-dessus illustre ce phénomène importante dans la genèse de la population juive du Maghreb,
linguistique contemporain  : nous retrouvons chez les Juifs les on pourrait s’attendre à découvrir dans le corpus des prénoms
noms de famille basés sur les langues berbères justement dans traditionnels des Juifs maghrébins des exemples de prénoms
les territoires berbérophones. Certains de ces noms sont assez basés sur les langues berbères. Or, ce corpus est composé uni-
anciens. Par exemple, Azoulay et Bouzaglou sont connus depuis quement des strates suivantes :
le 15e siècle, alors que des références datant du 16e siècle existent • Prénoms hébraïques tirés de la Bible, souvent dans les
pour Zemmour, Assouline et Ohana. Pourtant rien n’indique formes arabisées  : Eliaou (Elie), Mouchi (Moïse), Natan ;
qu’il s’agit des noms de descendants de Berbères convertis au Sara, Ribka (Rébecca), Istir (Esther).
judaïsme. En effet, la langue source d’un nom de famille juif • Prénoms araméens ou hébraïques issus du Talmud : Abba,
n’est jamais une indication de l’origine ethnique de ses porteurs Akiba, Nissim.
ou de leurs ancêtres. Personne n’affirme que les ancêtres de • Prénoms hébraïques  apparus au Moyen Age  : Rahamim,
Mark Zuckerberg ou de Barbra Streisand étaient des chrétiens Sasson ; Mezaltob.
ou des païens allemands. Nous ne nous demandons pas non • Prénoms grecs : Kalonimos, Todros.
plus si Simon Dubnov et Haim Nahman Bialik étaient des • Prénoms romans (principalement espagnols et catalans)  :
descendants de Slaves d’Europe de l’Est convertis au judaïsme. S(e)truk (Astruc), Vidal ; Blanca, Luna, Plata, Rica.
Il serait absurde également d’affirmer que les noms de famille • Prénoms arabes : Makhlouf, Maimoun, Messaoud, Moussa ;
de Moïse Montefiore ou d’Amedeo Modigliani témoignent de Aziza, Johar, Laloum, Mabruka, Maknin, Messaouda,
leur ascendance italienne non-juive. La langue sur laquelle un Nedjma, Saïda, Soultana.
nom juif est basé indique juste que cet idiome était utilisé ou au Parmi ces couches, la première et la dernière sont de loin les
moins connu par les Juifs ou la majorité non-juive au moment plus larges. Un seul prénom, Yeddîr (également prononcé Iddîr)
de la création du nom. Il peut s’agir d’une langue vernaculaire, est d’origine berbère, et il n’a été usité qu’au Maroc. Il vient de la
officielle ou celle de culture comme l’hébreu pour les Juifs ou le racine « vivre » et pour cette raison, il a été vraisemblablement
latin pour les catholiques. emprunté par les Juifs habitant dans les régions berbérophones
En résumé, on peut affirmer que l’analyse des noms de à leurs voisins musulmans en tant que remplaçant vernaculaire
famille des Juifs maghrébins ne fournit strictement aucune (kinnui) du prénom sacré (shem ha-qodesh) Hayyim signifiant
corroboration pour la théorie des Judéo-Berbères, alors que les ‘vie’ en hébreu. Rien n’indique que Yeddîr est utilisé par les Juifs
arguments onomastiques proposés par les partisans de cette depuis des siècles.
théorie sont soit erronés, soit, pire, relèvent d’une imposture. De nombreux auteurs suggèrent l’origine berbère de
multiples formes diminutives de prénoms juifs au Maghreb
tels que Ḥaqu, Ḥaqi et Iṣu (Isaac), ‘Aqqu et Qîqi (Jacob),
Mûmu (Moïse), Dûdu et Dâdi (David), Ḥammu (Ḥayyim),
Ishu (Yehoshua), Bhihi et Bâha (Abraham), Lûlu (Elie), Nûnu

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 43
Onomastique

(Aron), Sîsu et Zûzu (Joseph), Yûyu (Jonas). Les modèles d’après Conclusion
lesquels ces formes étaient construites semblent être en effet
d’origine berbère. Cependant, dans les pays où la population D’après nos connaissances actuelles, la théorie selon
berbère est importante - le Maroc et l’Algérie - ces modèles laquelle une grande partie des Juifs du Maghreb descend des
sont aussi couramment présents dans les formes familières des Berbères convertis au judaïsme est purement spéculative.
prénoms usités par les Arabes locaux qui, très probablement, Cette théorie ne représente qu’un mythe qui, pour des raisons
les ont empruntés aux Berbères. Les Juifs ont pu emprunter psychologiques et idéologiques, est accepté par un certain
ces modèles aux Arabes plutôt qu’aux Berbères. Mais même nombre de personnes, juives ou non juives. Les uniques
s’il y a eu une origine berbère directe, rien ne suggère qu’ils ont arguments avancés par les partisans de cette théorie consistent
été hérités - plutôt qu’empruntés - des Berbères.  Quelle que en deux phrases du texte d’Ibn Khaldoun et des noms de famille
soit la raison qui a rendu ces formes d’origine ultime berbère portés par les Juifs maghrébins. Comme expliqué dans cet
fréquentes parmi les Juifs, nous pouvons être certains qu’elles article, ces « preuves » sont en réalité fictives. La considération
n’impliquent aucun lien génétique entre les Juifs maghrébins et des sources historiographiques et des noms de famille n’apporte
les Berbères. pas de réfutation directe mais elle permet de démontrer que
les arguments en question sont basés sur des interprétations
simplistes, voire erronées. C’est la considération du corpus des
Parlers judéo-arabes
prénoms et des idiomes judéo-arabes qui apporte à cette théorie
Enfin, si les communautés juives du Maghreb étaient le le coup de grâce : aucun substrat berbère n’y est identifiable.
résultat d’une conversion massive des Berbères, la langue La discussion présente dans cet article n’aborde la question
vernaculaire de ces Juifs devrait normalement contenir des origines des Juifs maghrébins (en dehors de migrations,
quelques traces de ce passé linguistique. Par exemple, les bien connues, depuis la fin du 14e siècle) que du point de vue
substrats linguistiques vieux français et vieux tchèque, hérités négatif, en réfutant une autre théorie, infondée.
des générations précédentes plutôt qu’empruntés auprès des Pour les Juifs qui vivaient en Afrique du Nord avant cette
non-Juifs, sont parfaitement visibles dans le yiddish d’Europe période, l’article ne fournit pas d’arguments positifs : la question
de l’Est, alors que le substrat gaulois est perceptible dans le de leur origine reste ouverte. Cependant, rien n’indique que
français (alouette, boue, bouleau, chêne, jarret, mouton etc.). la genèse des communautés en question a été totalement
Cependant, aucune trace de ce genre ne se trouve dans les différente de celle des communautés dans d’autres régions
études linguistiques les plus détaillées des dialectes judéo- du large espace arabo-musulman qui s’est formé après les
arabes parlés dans divers pays du Maghreb25. La grammaire invasions arabes et incluait l’Afrique du Nord, la Sicile et la
de ces dialectes est purement arabe. Le lexique est également Péninsule ibérique.
principalement arabe, avec plusieurs dizaines de mots d’origine
hébraïque ou romane. Aucun mot qui serait d’origine berbère
n’est connu.

Notes

1.  Paris, C. Klincksieck, 1909, p. 13. 12.  Cette traduction corrigée apparaît dans 23.  58 noms apparaissent dans les deux listes, 10
2.  Le passé de l’Afrique du Nord : les siècles obscurs Mohamed Talbi, «  Un nouveau fragment de noms de chez Cazès ne sont pas présents chez
Paris, Payot, 1938, p. 211. l’histoire de l’Occident musulman, 62-196 / 682- Slouschz, 13 noms de chez Slouschz apparaissent
812, L’épopée d’Al Kahina», Cahiers de Tunisie dans d’autres listes du livre de Cazès (pp. 175-
3.  Un groupe majeur de tribus berbères. 19 (1971), 73-74, p. 42  ; la traduction anglaise 178) et juste trois noms cités par Slouschz (Arbib,
4.  Marche vers l’occident  : Les Juifs d’Afrique du commence également par «  It is possible that  », Lalo et Nefoussi) ne sont pas cités par Cazès.
Nord, Paris, PUF, 1952, p. 132 voir Hirschberg, opus cité, p. 315). La “rigueur” scientifique de Slouschz peut être
5.  Hamsa, Journal of Judaic and Islamic Studies, 3 13.  Histoire des Berbères,op.cit., (pp. 176-177). également mesurée par le fait qu’en copiant les
(2017), pp. 38-61. noms à partir du livre de Cazès soit il a commis
14.  Op.cit., pp. 198, 208, 213-214, 340-342. lui-même des nombreuses erreurs d’orthographe,
6.  New Haven : Avotaynu, 2017 (cf. ici pp. 57 et 58). 15.  Hébræo-phéniciens …,pp. 207-215. soit il n’a pas vérifié les épreuves typographiques :
7.  Haim Zeev Hirschberg, «  The problem of the 16.  Région dans l’ouest de Lybie. Dania (à la place de Dana), Fregoui (Fregoua),
Judaized Berbers », Journal of African History 4 Messari (Messas), Metoch (Mettodi), Ouzani
(1963), pp. 313-339. 17.  Ismaël Hamet Les Juifs du nord de l’Afrique.
(Ouzan), Saied (Souid), Serous (Serour), Schoui
Paris, Société d’Éditions Géographiques,
8.  Histoire des Berbères et des dynasties (Stioui), Sinourf (Sinouf ), Sir (Sis), Sitrouq
Maritimes et Coloniales 1928.
musulmanes de l’Afrique Septentrionale, vol. 1 (Sitrouk), Toubiani (Toubiana), et Zerousi
(traduction par de Slane, 1852), Alger, Imprimerie 18.  Les Juifs de l’Afrique du Nord, Alger, (Zerouk).
du Gouvernement, pp. 208-209. Imprimerie du Lycée 1936.
24.  Les noms des Juifs du Maroc, 1978, p. 117,
9.  Monts des Aurès, dans l’est de l’Algérie. 19.  Les noms des Juifs du Maroc, Madrid, Instituto op.cit.
Benito Arias Montano, 1978. 
10.  En Libye occidentale. 25.  Voir  Marcel Cohen, Le parler arabe des Juifs
20.  Une histoire des familles, Jerusalem, d’Alger (1912), David Cohen, Le parler arabe
11.  Tous du Maghreb occidental correspondant Ramtol,1998.
aujourd’hui à l’Algérie du nord-ouest et au Maroc. des Juifs de Tunis, 2 vols (1964, 1975), Simon
21. La Haye-Paris, Mouton, 1964. Lévy, Parlers arabes des Juifs du Maroc (2009) et
22.  Paris, A. Durlacher, 1888. Sumikazu Yoda, The Arabic Dialect of the Jews of
Tripoli (Libya) (2005).

44 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
Mélanges

Les deux Roger : in Memoriam 1914-1918

Pierre-André Meyer

I ls se prénommaient tous les deux Roger et étaient nés à


quelques mois d’intervalle, la même année 1896. L’un,
Léon Roger Weil, avait vu le jour le 16 juillet, au 132
rue du Faubourg-Saint-Martin, à Paris, cinquième fils de
Lucien Charles Weil et de Rosalie Weil, bouchers rue du
Château-d’Eau. L’autre, Roger Cahen, était né à Aurillac,
dans le Cantal, le 2 décembre, de David Cahen, probable-
ment marchand de bestiaux, et de Justine Lévy ; mais sa
famille ne fit pas souche en Auvergne : l’agitation antisé-
mite déclenchée par l’affaire Dreyfus poussa les Cahen à
quitter Aurillac en 1898 pour venir s’installer à Paris, dans
le quartier de Grenelle, encore très rural à cette époque.
Comme leurs noms le laissent deviner, les familles de
Roger Weil et de Roger Cahen étaient toutes deux origi-
naires d’Alsace-Lorraine. Lucien Charles Weil, père de
Roger Weil, était né à Paris en 1856, enfant naturel de Ra- Famille de Roger Cahen
chel (Rosette Rela) Weil, jeune Alsacienne venue de son village Quoique de milieux sociaux sensiblement différents, Roger
de Scherwiller pour gagner sa vie dans la capitale. Rosalie Weil, Weil et Roger Cahen eurent des vies «  parallèles  », ponctuées
mère de Roger Weil, était quant à elle originaire d’Obernai. par les mêmes évènements. Après avoir fréquenté l’école pri-
maire de son quartier, Roger Weil entra
dans la vie active comme vendeur dans
un grand magasin (rayon confection fé-
minine). Petit « parigot » typique, il pra-
tiquait assidûment la boxe (catégorie
« poids coq ») et allait assister aux com-
bats d’Eugène Cri-Cri et de Georges
Carpentier à l’Élysée Montmartre.
Quant à Roger Cahen, après avoir suivi
les cours de l’école Zadoc-Kahn, au 27
avenue de Ségur, il devint élève au ly-
Famille de Roger Weill cée Lavoisier, dans le Quartier latin. En
1913, il assista à l’inauguration de la synagogue de la rue Chas-
seloup-Laubat, et au premier mariage qui y fut célébré, en no-
vembre, celui de sa sœur Jeanne avec Sylvain Hayem, boucher
David Cahen, père de Roger Cahen, était né à Metz en 1863, de son état.
d’une famille originaire du village voisin d’Augny. À l’instar de Quand la guerre de 1914 éclata, Roger Weil venait d’avoir dix-
son frère aîné Mayer (dit Myrtil), il avait gagné la France pour huit ans, Roger Cahen ne les avait pas encore. Trop jeunes pour
échapper à l’enrôlement dans l’armée allemande et s’était en- être mobilisés dès le début du conflit, ils échappèrent aux héca-
gagé en 1883 dans la Légion étrangère (2e régiment étranger) où tombes qui en marquèrent les deux premières années. Voisin de
il avait servi cinq ans ; grâce à quoi il avait obtenu la nationalité la caserne Dupleix, Roger Cahen assista au départ des cuiras-
française en 1887, en tant qu’« étranger » justifiant de trois ans siers, sous les fleurs et les vivats.
de résidence en Algérie (cas prévu par le sénatus-consulte du 14 Roger Cahen était encore lycéen lorsque, tout juste âgé de
juillet 1865, article 3). Peu après, il avait épousé Justine Lévy, na- dix-huit ans, il s’engagea dans l’artillerie. Incorporé le 12 avril
tive de Pau, mais d’une famille originaire de Hatten, en Alsace. 1915 comme canonnier de 2e classe au 11e régiment d’artillerie

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 45
Mélanges

de campagne, il fut nommé brigadier le 22 janvier 1916 et en- Cahen aurait obtenu en 1942 la très rare faveur d’une déroga-
voyé au front le 25 juillet. Passé au 243e régiment d’artillerie for- tion au statut des Juifs. Ce qui ne l’empêcha pas d’entrer dans les
mé le 1er avril 1917, il prit part à la sanglante offensive du Che- Forces françaises de l’Intérieur et d’obtenir une seconde croix
min des Dames. Maréchal des logis le 1er décembre, aspirant au de guerre. Quant à Roger Weil, il s’engagea dans la Résistance
226e régiment d’artillerie de campagne (juin 1918), chef de pièce en septembre 1943. Agent de renseignement du réseau Gal-
d’un canon de 75, il fut intoxiqué par les gaz au cours de l’offen- lia (pseudonyme : Victor), il assura la liaison avec les policiers
sive de l’Ailette, le 8 septembre 1918. Envoyé à l’arrière, il repartit résistants tout en s’occupant de la délivrance de faux papiers.
pour le front le 10 novembre, un jour avant l’armistice ! Promu Traqué par la Gestapo, il survécut encore, quand nombre de ses
sous-lieutenant, il fut cité à l’ordre du régiment le 5 décembre et camarades de réseau tombèrent. En 1945, le général Juin lui dé-
reçut la croix de guerre avec étoile de bronze. cerna une citation élogieuse, que suivirent la Médaille militaire
Roger Weil ne fut incorporé quant à lui que le 11 août 1916, en 1951, une seconde croix de guerre en 1953, la croix du com-
ayant été ajourné en 1915 pour «  faiblesse  ». Versé comme 2e battant volontaire de la Résistance en 1957, et enfin la Légion
classe au 5e bataillon de Chasseurs alpins, troupe d’élite que les d’honneur, reçue bien plus tard, en 1976.
Allemands surnommaient les « Diables bleus », il fut envoyé au Comme après la précédente guerre, les deux Roger reprirent
front, le 11 mai 1917 et participa lui aussi à l’offensive du Che- domicile et activité à Paris après la Libération. Roger Weil de-
min des Dames, qui fut son baptême du feu. Lors des mutineries vint représentant de commerce en vêtements féminins, métier
qui suivirent, il refusa de faire partie d’un peloton d’exécution, qu’il exerça jusqu’à sa retraite, dans les années 1960. Veuf, il se
ce qui lui valut d’être mis en prison. Mais le besoin d’hommes remaria en 1970, affichant jusqu’à un âge avancé une forme
étant trop grand, on l’en sortit bientôt. Pour sa « part active aux physique étonnante, entretenue par la pratique de la natation (à
affaires » des 23 au 26 octobre 1917 (offensive de la Malmaison, cent deux ans, il faisait encore ses longueurs) et par un entraîne-
au Chemin des Dames), il fut cité à l’ordre du jour de la 66e di- ment journalier à la boxe, devant sa glace. Quant à Roger Cahen,
vision d’infanterie du 26 novembre et reçut la croix de guerre. nommé juge expert au Comité supérieur du Tarif des douanes, il
Son bataillon fut ensuite envoyé dans la vallée de la Thur, sur continua à travailler jusqu’à quatre-vingt-deux ans.
les pentes des Vosges. Puis en juin 1918, ayant demandé à servir « Citoyens ordinaires », Roger Weill et Roger Cahen seraient
dans les tanks, Roger Weil fut incorporé au 500e régiment d’ar- restés dans l’anonymat si, comme la plupart de leurs camarades
tillerie d’assaut et envoyé en formation à Orléans, où l’armistice de combat ayant survécu à la Grande Guerre, ils avaient quitté
le surprit. ce monde à un âge « normal ». Mais lorsque, dans les années
Les deux Roger furent démobilisés en même temps, en sep- 1990, les rangs des anciens poilus s’éclaircirent au point de ne
tembre 1919, et renvoyés dans leurs foyers. plus compter que quelques centenaires, ces survivants firent
Roger Weil reprit son métier de vendeur de grand magasin. l’objet d’une curiosité intense. Enquêtes, articles de presse, do-
Le 8 mai 1923, il épousa à Paris (10e) Yvonne Fortunée Nahoun, cumentaires, livres, se multiplièrent à leur sujet, comme pour
dont il eut deux enfants. Comme pour rattraper ses années de capter les derniers restes d’une mémoire orale appelée bientôt
jeunesse perdues, il se jeta dans les Années folles, allant tous les à s’éteindre tout à fait.
dimanches avec sa femme au théâtre, loisir qu’il avait découvert Roger Weill et Roger Cahen furent de ceux-là. En 1996, tous
pendant la guerre, lors de ses permissions et qui lui avait fait ad- deux fêtèrent leurs cent ans. Bon pied bon œil, ils avaient aus-
mirer la grande Sarah Bernhardt. Toujours adepte de la boxe, il si gardé « toute leur tête », avec une lucidité, un humour et un
se mit aussi à la natation, notamment au crawl, que des soldats franc-parler certain. Quand, en novembre 1998, le Premier mi-
américains lui avaient appris au front. nistre Lionel Jospin demanda la réhabilitation des mutins de
Roger Cahen occupa divers postes dans l’import-export 1917, au grand scandale de quelques-uns, Roger Cahen, l’an-
des céréales avant de devenir courtier assermenté au tribunal cien artilleur du Chemin des Dames, lui apporta son soutien,
de commerce de Paris. Le 7 avril 1930, il épousa Emma Bloch, expliquant aux journalistes venus l’interviewer : « Ces types-là
union qui resta sans postérité. Promu lieutenant de réserve n’en pouvaient plus. Certains avaient déjà passé deux ans au
dans l’artillerie en 1923, il figura « au tableau » pour la Légion front dans des conditions épouvantables. Sentimentalement, j’es-
d’honneur en 1936, mais quand le décret passa le 7 septembre time que l’on peut bien réhabiliter ces types qui ont été, comme les
1939, il ne trouva pas son nom au Journal officiel, son colonel autres, des victimes de la guerre » (Libération, 9 novembre 1998).
ayant oublié de faire le nécessaire. Il ne sera nommé chevalier Sollicités par les médias, régulièrement associés aux com-
qu’en 1949 et la rosette d’officier viendra encore plus tardive- mémorations officielles de la Grande Guerre, les deux Roger
ment, en 2000. connurent sur le tard, en tant que « derniers poilus », une sorte
« Privilège » de leur classe d’âge, Roger Weil et Roger Cahen de célébrité à laquelle rien ne les avait vraiment destinés. Roger
étaient encore assez jeunes en septembre 1939 pour « remettre Cahen figura dans « Les Derniers de la der des der », documen-
ça ». Pour la seconde fois, Roger Cahen s’engagea comme vo- taire diffusé par France 3 en novembre 2000. La photographie
lontaire. Après la défaite et face aux persécutions antisémites de Roger Weil en chasseur alpin fit la couverture de l’ouvrage
qui suivirent, les deux Roger passèrent en zone libre avec leurs Les Derniers Poilus, de Jean-Pierre Biot, grand reporter de Pa-
familles. D’après son neveu, le préfet Robert Hayem, Roger ris-Match, paru en 2004. Mais loin de parader et de tirer gloire

46 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
Mélanges

de «  leur  » guerre devant les israélite de Paris) et à l’État d’Is-


journalistes et les caméras, raël dont un représentant assista
Roger Cahen et Roger Weil à ses obsèques. Il repose au cime-
ne pouvaient évoquer cette tière du Montparnasse, aux côtés
période sans se souvenir avec de son épouse Emma.
effroi de tous leurs camarades Roger Weill lui survécut près
tombés à côté d’eux. Pénétré de trois ans. Domicilié à Créteil,
du sentiment de l’absurdité puis dans le 19e arrondissement
de cette guerre, Roger Weil de Paris, chez sa fille, il mourut le
avouait que sa seconde croix 6 juin 2006, un mois et quelques
de guerre, récompense d’un jours avant son cent dixième
combat mené au nom de la anniversaire, à l’hôpital du Val-
lutte contre le nazisme, lui te- de-Grâce. Il fut inhumé au cime-
nait plus à cœur que celle ga- tière de Créteil aux côtés de sa
gnée en 14-18. première épouse Yvonne, morte
Des deux, Roger Cahen fut quarante-quatre ans plus tôt.
le premier à partir. Il s’éteignit « Septième dernier poilu » sui-
le 6 juillet 2003, à cent six ans, Détail du registre matricule de Roger Weil. vant les statistiques, Roger Weil
dans le 15e arrondissement de Paris où il avait constamment vécu se demandait toujours, à cent neuf, ans pourquoi il avait sur-
et dont il était devenu une figure – il en avait été fait «  citoyen vécu : « j’étais dans un trou, raconta-t-il un jour, j’ai eu l’idée de
d’honneur » et avait reçu la médaille de Vermeil de la Ville de Pa- changer et de me mettre en face. Un gars a pris ma place. Au bout
ris. Dans sa séance du 15 septembre, le conseil d’arrondissement d’un moment je lui ai dit : “viens avec moi, ne reste pas là”. Il m’a
pria le maire de Paris d’engager les démarches afin qu’une place répondu : “cause à l’autre” ; un obus est tombé. Il a été tué. Cu-
de cet arrondissement reçoive le nom de « Roger Cahen », « hé- rieux, quand même » (Le Monde, 19 avril 2006). Jusqu’à la fin de
ros de la Patrie », « très grand Français » et « très grand Parisien ». sa très longue vie, l’ancien chasseur alpin aura été taraudé par
Ce fut finalement une « avenue Roger-Cahen » qui fut créée en un sentiment de révolte et d’injustice devant « tous ces pauvres
2008, sur la partie de l’avenue de Lowendal séparant les squares gars morts à vingt ans ». Parmi eux, Théodore Maximilien Weil,
Garibaldi et Cambronne, tout près de la rue de la Cavalerie où la né en 1893, soldat au 72e RI, tombé dans la forêt de Retz le 15
famille Cahen habitait avant 1914 . 1
juin 1918, et Désiré Adolphe Weil, né en 1895, soldat au 22e RI,
Roger Cahen était resté très attaché au judaïsme. Il apparte- tué près de Sommaisne (Meuse) en septembre 1914 – ses frères.
nait à la Fédération des anciens combattants juifs, qui annonça
son décès dans le carnet du Figaro. Étant mort sans héritiers di- 1. Toutefois, nous n’avons trouvé aucune plaque au nom de « Roger Cahen » à
cet endroit, toujours nommé avenue de Lowendal (bien que le nom « avenue
rects, il légua tous ses biens au CASIP (Comité d’action sociale Roger-Cahen » figure sur les récents guides des rues de Paris).

Documentation

Les souvenirs de guerre des deux centenaires Jean-Pierre Biot, Les Derniers Poilus, Éditions Site de « Vie associative et culturelle du Nord-
peuvent présenter de légères variantes, dans les de La Martinière, 2004 (photos extraites de cet Est parisien » http://www.des-gens.net
divers journaux, ouvrages, sites Internet, etc., ouvrage). Site de l’Amicale Mémoire du réseau Gallia
où ils ont été transcrits. Les registres matricules « Les Derniers de la der des der », documentaire http://www.reseaugallia.org
de Roger Cahen et Roger Weil, conservés aux par Jean-Marc Surcin, 1999. Site de Cimetières de France et d’ailleurs,
Archives de Paris, donnent des faits précis mais
Libération, 9 novembre 1998 (http://www. cimetière de Créteil http://www.
ne disent pas la guerre telle que ces anciens
liberation.fr) landrucimetieres.fr
poilus l’ont vécue. Dans les lignes qui précèdent,
nous nous sommes efforcés de tenir compte Le Parisien, 9 juillet 2003 (http://www. http://dersdesders.free.fr (« Léon Weil »)
de ces différentes sources, sans prétendre pour leparisien.fr) Notice Wikipedia, « Léon Weil »
autant à l’exactitude. Information juive, septembre 2003 (carnet) Lettre de Robert Hayem, préfet honoraire,
Registres matricules de Roger Cahen et de Léon Le Figaro, 8 juillet 2003 (carnet) neveu de Roger Cahen, contenant des
Roger Weil, Archives de Paris (D4R1 1895 et Le Monde, 20 avril 2006 («  Léon Weil, une informations biographiques et généalogiques
1909). vie volée à la mort  » par Benoît Hopquin, (de Montigny-lès-Metz, 5 novembre 2003).
Fiches matricules de Théodore Maximilien en ligne sur http://diables-bleus-du-30e. Nos remerciements à M. le docteur Jacques
Weil et de Désiré Adolphe Weil, base des actifforum.com) Bloch, de Metz, et à M. Bruno Bloch, président
« morts pour la France » de la Première Guerre Conseil d’arrondissement (Paris 15e), séance du honoraire du CGJ, qui nous ont signalé le lien
mondiale, site «  Mémoire des hommes  » 15 septembre 2003 (http://a06.apps.paris.fr) de parenté entre M. le préfet Hayem et Roger
du ministère de le Défense, http://www. Cahen.
memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 47
En vrac

Juifs de Mazagan (Maroc) centre-ville. Il a vécu à El Jadida jusqu’à la fin des années 1950,
puis a rejoint en France son fils, Georges, né d’un premier

M
mariage. Mathilde El Baz avait une sœur et deux frères. La
ustapha Jmahri, dont nous avons présenté l’ouvrage famille El Baz était une famille de coiffeurs : deux des oncles de
Mazagan. Mémoires partagées, dans le numéro 134 Mathilde, Baruck Pillot et Emile Abécassis, tenaient un salon,
de Généalo-J, a publié depuis plusieurs compléments de même que son frère Victor. Ces deux oncles sont enterrés à
dans la presse marocaine, ou sur des sites Internet, qui peuvent Casablanca. Victor partit pour la France et mourut à Paris. En
intéresser nos lectrices et nos lecteurs dont la famille est originaire 1958 Mathilde El Baz se maria  à un Français juif alsacien du
de cette ville. nom de Geismann à Casablanca, où il dirige depuis une société
Est ainsi paru dans le journal Libération (Maroc) du 3 février spécialisée dans la vente et le suivi de machines de tissage et
2018, un article sur la famille Bensimon, une des familles de de confection, et où une partie de la famille El Baz s’est établie
notables de Mazagan au 20e siècle : une rue de la ville ainsi que depuis de nombreuses années.
la synagogue (place Khettabi) portent toujours ce nom. Marlène Sur http://www.mazagan24.com/2018/06/01/, c’est
Bensimon, petite-fille de Saadia Bensimon, en son nom et au de Jacques Abergel, né à Mazagan, que nous parle Mustapha
nom des descendants de la famille, aujourd’hui dispersés aux Jmahri. Robert Abergel, le père de Jacques, né également
États-Unis, au Canada, en France et en Israël, a comme projet dans cette ville, était un homme d’affaires ayant débuté dans
la restauration de cette synagogue, délabrée du fait du manque l’exportation des œufs, avant de se lancer dans le commerce des
d’entretien et de l’usure du temps, dans le but d’en créer un céréales, entreposées dans ses fondouks, route de Marrakech. Il
espace de cohabitation, d’échange et d’animation culturelle était secondé par son frère, Aaron Abergel. La famille habitait
et touristique. C’est au début du 20e siècle que son arrière- au numéro 5 de l’avenue Louis Barthou (aujourd’hui avenue
grand-père paternel, Nessim Bensimon, avec ses trois frères des FAR) dans le quartier européen, non loin de la plage. Outre
Messod, Abraham et Mordechai l’ont bâtie, la dédiant en 1926 les parents, la famille se composait de quatre enfants, Jacques,
à la mémoire de la première femme de Nessim, Sulika, morte Mimi, Claire, et Pinhas, devenu médecin en France. En 1952, la
en couches, et de Sarah, sa deuxième femme. Ce lieu de culte, famille s’installa à Casablanca, où Jacques passa le baccalauréat
connu sous le nom de « Synagogue Bensimon » s’appelait aussi au lycée Lyautey. Il poursuivit un cursus de droit à la faculté de
Sha’ar Hashamayim (les portes du Paradis). Paris et intégra, en tant que Marocain, l’ENA d’où il sortit en
Sur le site http://www.mazagan24.com, suite à une lettre de 1958. Il se maria la même année et retourna au Maroc avec son
l’actrice Zoé Besmond, Mustapha Jmahri donne des informations épouse. Dans ce Maroc indépendant, il exerça pendant cinq
sur la famille de celle-ci dans «  La comédienne française Zoé ans au ministère de l’Économie et des Finances à Rabat, puis
Besmond à la recherche de ses aïeux à El-Jadida  ». Elle est fut secrétaire de la commission des investissements et adjoint
descendante d’une famille juive marocaine, les Bensimon, sans au directeur général du Bureau d’études et de participations
lien de parenté direct avec l’autre famille Bensimon, évoquée industrielles. À son arrivée à Paris en 1962, il entra à Europe 1
précédemment. Son grand-père, Moïse Bensimon, né à où il fit toute sa carrière jusqu’en 1990, et dont il devint en 1987
Mazagan-El Jadida le 29 octobre 1914, avait six frères et sœurs, directeur général. En 1992, il créa la radio privée BFM.
dont Elie, Esther, Simy et Jeannine. Un Prosper Bensimon
habitait avenue du commandant Lachèze (aujourd’hui avenue Joëlle Allouche-Benayoun
Moulay Abdelhafid) et tenait un magasin de vente de tissus et
de babouches à la kissaria Nahon. La famille quitta la ville dans [\
les années 1920, probablement pour des raisons économiques.
Le grand-père s’est marié à Marrakech, où est né son fils, Michel Correspondance retrouvée
Bensimon, père de l’actrice. Plusieurs membres de la famille
sont enterrés au cimetière juif de Safi. Après la Deuxième Guerre d’une élève déportée à Auschwitz
mondiale, Moïse s’installa en France et changea son nom, ainsi
que celui de sa femme et de ses enfants : de Moïse Bensimon, Le prix Philippe Chaffanjon 2018 du reportage multimédia a
il devint Maurice Besmond. Il décéda dans la commune de été remis le 7 juin 2018 à Stéphanie Trouillard pour « Si je reviens
Montdidier dans les années 1970. un jour » - les lettres retrouvées de Louise Pikovsky -, publié sur
Le 3 mars 2018, sur le site http://www.mazagan24. le site de France 24.
com/2018/03/03/, Mustapha Jmahri raconte la vie de Mathilde Il s’agit de la découverte récente, au lycée Jean de La Fontaine
Geismann, née El Baz à El Jadida. Fille d’Aaron El Baz et de à Paris, de lettres adressées, de l’été 1942 à janvier 1944, par une
Simy Bensimon, Mathilde, marocaine de confession juive, élève juive à sa professeure de lettres classiques, Mademoiselle
s’enorgueillit d’une lointaine origine ibérique. Son grand-père Malengrey. La jeune fille parle de sa soif de lectures, s’interroge
maternel, Aaron Bensimon, était rabbin chohet à El Jadida. sur des questions existentielles, la religion, la liberté, et confie
Son père, Aaron El Baz, né vers 1908, tenait le premier salon les difficultés que rencontre sa famille, la première arrestation
de coiffure moderne de la ville, situé à un bel emplacement en de son père en juillet 1942, jusqu’à l’arrestation de tous les siens

48 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
En vrac

en janvier 1944. C’est alors qu’elle laisse ses quelques mots : Cette dernière, la mère de Louise, était née le 28 avril 1896 à
« Nous sommes tous arrêtés. Je vous laisse les livres qui ne sont Paris 9e, fille de Salomon Kohn, né le 9 juin 1853 à Verbocz en
pas à moi et aussi quelques lettres que je voudrais retrouver si je Hongrie, et de Flore Klein, née le 15 mars 1863 à Colmar, dont
reviens. » il est facile de remonter la généalogie. Louise Pikovsky avait donc
Elle ne reviendra pas, ni aucun des siens. pour arrière-grand-père maternel Salomon Wolf Klein (Bischheim
On songe évidemment à Anne Franck, même s’il ne s’agit que 14.10.1814 - Colmar 10.11.1867) qui fut grand-rabbin du Haut-
de lettres éparses, mais combien émouvantes, d’une jeune fille Rhin.
qui a trouvé un appui moral et amical dans sa correspondance Le reportage place le destin de la famille dans un cadre
avec ce professeur. historique plus large, en y joignant des illustrations bien
La documentaliste du lycée La Fontaine s’est associée à la choisies. Les auteurs ont aussi pensé à chercher si d’autres
réalisatrice du reportage pour enquêter sur le destin de Louise élèves juives du lycée La Fontaine avaient été déportées et ont
Pikovsky, qui a été déportée le 20 janvier 1944 par le convoi n° 66 trouvé le nom de quatre autres jeunes filles, dont l’une des
et est morte à Auschwitz, sans doute peu de jours après. Elles sœurs de Louise.
ont retrouvé des éléments d’histoire familiale et ont rencontré D’après une interview de Stéphanie Trouillard entendue
en Israël des parentes de la jeune fille, des cousines germaines le 7 juin sur France–Info, un livre sur Louise Pikovsky
du côté maternel, nées Kohn. serait en préparation. Cela complèterait ce reportage très
Elles ont pu établir que le père de Louise, Abraham émouvant que nous recommandons vivement de consulter
Pikovsky, était horloger. Il était né à Nikolaev, en Russie, le 17 à l’adresse suivante  :http://www.france24.com/fr/201
décembre 1896, fils de Samuel, qui en 1925 demeurait à Paris, Malengrey80607-webdocumentaire-je-reviens-jour-
et de Hanna Abramovsky, décédée à cette date. Abraham avait lettres-louise-pikovsky-prix-chaffanjon
été naturalisé en 1937. Il s’était marié une première fois, en Françoise Lyon-Caen
France, avec Hélène Moch, décédée le 2 juin 1923, puis avec
Barbe Brunette Kohn, le 17 mars 1925 à Paris 18e.

Carnet

la curiosité intellectuelle et la reçu (promotion 1941) et non admis. De


profonde sagacité de notre amie. ce mariage sont nés deux fils, Jean-Louis,
Elle était également assidue aux historien et universitaire, spécialiste
conférences mensuelles du C.G.J., reconnu de l’Asie au 20e siècle et des
où nous avions eu encore le plaisir crimes de masse, et François, producteur
de la rencontrer cette année. de cinéma, réalisateur et scénariste.
Née à Paris le 3 février 1924, Andrée était une personne à la fois
Andrée Lantz était la fille de Robert discrète, modeste et très amicale. Sa
Lantz, ingénieur chimiste, et de rigueur, qu’elle tenait de sa formation
Fanny Moses, enseignante. Ainsi scientifique, s’appliquait à ses recherches
héritière d’une double tradition généalogiques, qu’elle mena avec
scientifique et pédagogique, persévérance. Elles lui permirent de faire
elle effectua de brillantes études des découvertes surprenantes, comme le
qui la menèrent jusqu’à l’École montra notamment son article « Les filles
C’est avec peine que nous avons appris normale supérieure de Sèvres  : de Lucie Lang, ou mon “cousin” Maurice
le décès d’une de nos «  Anciennes  », « reçue en 1942 et non admise parce que Leblanc  », paru dans la Revue du CGJ
Andrée Margolin, survenu le 3 juillet juive », comme l’indique opportunément en 2006, révélant l’union en secondes
2018 à l’âge de quatre-vingt-quatorze l’annonce de son décès parue dans Le noces d’une de ses cousines, Marguerite
ans. Membre du Cercle de Généalogie Monde, elle ne put reprendre ses études Wormser (1865-1950), avec … le « père »
Juive depuis le début des années 1990, qu’après la Libération. Elle passa alors d’Arsène Lupin !
elle collabora à notre revue jusqu’à ces l’agrégation de sciences physiques et Que les fils d’André Margolin, ses
tous derniers mois  : notre précédent devint par la suite professeur en classes petits-enfants, son frère, M. Pierre
numéro contient en effet sa dernière préparatoires. En 1949, elle épousa Lantz, et le reste de sa famille veuillent
recension de L’Écho des Carrières, le Georges Margolin (1920-1978), agrégé bien trouver ici l’expression de nos très
Bulletin de l’Association des Juifs du Pape. de lettres classiques, lui aussi ancien sincères condoléances.
C’est dire si l’âge n’avait en rien entamé élève de l’E.N.S. (Ulm), et comme elle,

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 49
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Nouvelle publication
du CGJ
L’ancien cimetière israélite de Nantes 1846-1992 ,
Liliane Nedjar, 110 pages, ISBN 978-2-912785-68-8.
Prix : 29 €.

En annexe, le lecteur trouvera :


– Un index des défunts (par patronyme).
– La reproduction des déclarations de noms des Juifs de
Nantes (1808-1809).
– Les recensements nominatifs de 1861 et 1876.
– La transcription des 40 ketoubot enregistrées au
Consistoire de Nantes entre 1890 et 1947.
Des recherches de Liliane Nedjar, il ressort que 21%
des défunts inhumés dans ce cimetière étaient natifs de
Nantes même, 32% de Lorraine, 15% d’Alsace, le reste de
Paris ou Bordeaux, de Russie, de Pologne, d’Allemagne et
d’autres pays.
Voici la liste des patronymes des défunts inhumés
dans ce cimetière  : Abraham, Albert, Alexandre, Anger,
Bachracah dit Hart, Bar-Samuel, Beer, Bernheim, Bloch,
Block, Cahen, Cahun, Cardoze, Cerf, Deutch, Doctor,
Ebstein, Emschwiller, Francfort, Grombach, Grumbach,
Haller, Hauser, Hemardinquer, Heymans de Ricqlès, Kahn,
Klain, Lambert, Landau, Lefi, Levis, Levy, Levy Wolf, Marx,
Mey, Michel, Momenheim, Naxara, Netter, Rosenwald,
Samuel, Samuel dit Albert, Schlosser, Schwartz, Schwob,
Poursuivant des recherches aux Archives diplomatiques Sexer, Simon, Szczupak, Veil, Wisner, Wolkowitsch.
de Nantes avec une équipe du C.G.J., Liliane Nedjar a
découvert, dans un angle du cimetière “Miséricorde”,
une petite enclave entourée de murs : l’ancien cimetière
israélite de la ville.
Formant un carré d’une superficie d’environ 300 m2,
ce cimetière fut utilisé de 1846 à 1992. Il compte un peu
moins de soixante tombes, sous lesquelles reposent une
centaine de personnes.
Après une brève histoire de la communauté juive
de Nantes et du cimetière, l’ouvrage présente les
photographies de chacune de ces tombes, accompagnées
de notices et d’arbres généalogiques concernant les
défunts et leurs familles. Y sont jointes des reproductions
de documents divers (extraits de presse, publicités…)
illustrant le rôle de certains personnages dans la vie
nantaise, comme Lajeunesse Marx (grands magasins) ou
Gaston Veil (maire de la ville).
L’ouvrage évoque également trois familles séfarades
(les Mendès France, Cardozo de Béthencourt, Katorza)
dont les membres ont résidé à Nantes et y ont laissé des
traces (cinéma “Katorza”).

50 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
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Revue de presse des noms n’avait lieu qu’à la naturalisa-


tion. Les candidats refoulés (en anglais
ashkénazes actuels descendent de
plusieurs de ces familles-là et souvent de
deported, un terme désagréable à lire) plusieurs façons. Il donne l’exemple de
l’étaient soit pour une raison médicale la famille Oppenheimer de Weinheim à
Archives Juives, Revue d’histoire soit parce qu’ils étaient clairement sans laquelle il arrive à rattacher ses ancêtres
des Juifs de France, ressources. Pour ceux qui étaient retenus, Levi d’Eppingen. De même il rattache
n° 51/1, 1er semestre 2018 on attendait d’avoir la confirmation qu’un sa famille maternelle Weingartner de
mari, un parent ou une société philan- Bretten à une famille de Binswangen.
Ce premier numéro de l’année 2018 thropique leur garantirait des moyens Rien bien sûr n’empêche d’utiliser cette
offre un intéressant dossier sur « Regards de vivre. Cette détention pouvait durer même approche pour des familles séfa-
extérieurs sur la France et le modèle du quelques jours ou quelques semaines. rades.
judaïsme français (XIXe-XXe siècles)  ». À Dans le numéro 126 de notre revue Parmi les nombreuses destinations des
la rubrique «  Dictionnaire biographique (recension d’Avotaynu XXXI n°4), nous Séfarades au 16e siècle, on trouve le Brésil,
du judaïsme français », deux biographies mentionnions la « Freedom of Information plusieurs îles des Antilles et, depuis 1870,
fournies  : celle d’Isidore Cahen (1826- Law » (FOIL), loi promulguée par les Panama. Il y eut même des « pirates juifs »
1902), directeur des Archives israélites, États-Unis en 1966, imposant à toutes les aux Antilles ! Lyanne Lindo Wassermann
membre fondateur de l’Alliance israélite agences fédérales de communiquer à tout et Robert Jacobvitz étudient la commu-
universelle, par Heidi Knörzer ; et celle de citoyen en faisant la demande tout docu- nauté panaméenne qui regroupe actuel-
Louis Mitelberg, dit Tim, dessinateur de ment en leur possession. Brooke Schreier lement 10 à 12 000 membres.
presse, illustrateur et sculpteur (Kaluszin, Ganz continue à se battre pour obtenir Vaclav Fred Chvatal étudie le peuple-
Pologne, 1919-Paris 2002), par Catherine communication d’un certain nombre de ment juif en Allemagne de l’ouest et
Nicault. j.a-b. documents d’intérêt généalogique et a en Bohême depuis le Moyen Âge. Au
obtenu de beaux succès. début, les Juifs vivaient dans de grandes
Deux articles, l’un de Robinn Magid, villes telles que Mayence, Nuremberg,
[\ l’autre de Witold Wrzosinski, encou- Munich ou Prague. La législation anti-
ragent les lecteurs à participer au congrès juive du Concile de Latran de 1215 et les
AVOTAYNU, Revue IAJGS de Varsovie (été 2018), affirmant pogromes de la fin du 13e siècle les ont
Internationale de Généalogie que l’antisémitisme a aujourd’hui peu conduits à se réfugier dans des villes plus
Juive, Volume XXXIII, n°3, d’importance en Pologne (sic). La même petites comme Pilsen ou Cheb. Mais les
Automne 2017 Robinn Magid nous raconte son voyage épidémies de peste du 14e siècle, attri-
La revue s’ouvre sur un article en Biélorussie en 2017, les fantaisies buées aux Juifs, puis les guerres hussites
d’Alexander Beider consacré aux noms de l’hôtellerie et l’efficacité du travail et les nombreuses inondations et séche-
des Juifs d’Italie, traduction (avec notre avec son guide Yuri Dorn, qui peut être resses du 15e siècle ont provoqué de
autorisation) de son article paru dans le contacté à l’adresse belshtetl@yahoo. nouvelles expulsions. Chassés de Pilsen
numéro 130 de Généalo-J. com. Ses recherches concernaient les ou de Rothenburg, ils allèrent fonder au
Nous connaissons l’importance des familles Nachimosky de Novogrudok et début du 16e siècle, des communautés
registres d’entrée des immigrants aux Senderovsky de Zhetl (alias Dyatlova). dans de petits villages comme Königswart
États-Unis pour retrouver leurs origines. Werner L. Frank préconise une (Kynzvart) ou Lichtenstadt (Hroznetin)
Entre 1892 et 1924, les arrivants étaient nouvelle méthode généalogique. Lorsque où ils réussirent à vivre paisiblement. G.G.
interrogés à Ellis Island et, selon le cas, votre recherche ascendante vous amène
acceptés, renvoyés ou retenus pour un à un cul de sac (par exemple vers 1630,
examen approfondi. De 1924 à 1952, les destructions de la Guerre de Trente Ans [\
immigrants devaient avoir obtenu un ou encore la Peste Noire), il suggère de
partir de familles connues au Moyen Âge Volume XXXIII, n°4, Hiver 2017
visa avant d’embarquer, ce qui fait que
les registres sont moins informatifs. Les et d’effectuer une recherche descendante. Cette revue s’ouvre sur un article
inspecteurs utilisaient un grand nombre On connaît assez bien des familles telles d’Alexander Beider consacré à quelques
d’abréviations qui sont expliquées sur que les Margolis, Rapaport, Te’omim, noms ashkénazes exceptionnellement
le site http://tiny.cc/bnuhmy/ et analy- Treves, Gompertz, Oppenheimer, d’origine séfarade. Le nom Kastel est
sées par Edward David Luft. Nous appre- Wertheimer et bien d’autres dont celle trouvé dans la région de Zamo en Pologne
nons, entre autres, que contrairement à la de Rashi. Vu la petite taille des commu- où il est bien connu que s’est établie une
légende, les inspecteurs ne changeaient nautés ashkénazes de l’époque et leur petite communauté séfarade vers 1600. De
jamais les patronymes. L’américanisation forte endogamie, il est certain que les ce fait, il est logique de rapprocher Kastel

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 51
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du nom espagnol Castiel. Pour le patro- de Lara Diamond. Il vient d’acquérir 280 troisième mari d’Ida Goldstein fut John
nyme Efros, qu’il croyait naguère être registres d’état civil qui sont progressi- Rack, qui travaillait comme garçon d’hô-
un nom biblique, Beider pense à présent vement numérisés. Le site www.jewi- tel au même hôtel que Joseph Goldstein.
qu’il s’agit d’une variante des noms Efrat, shgen.org/subccarpathia donne l’état Entretemps, Ida avait postulé pour un
Efrati, Efrus, Efrussi, bien connus dans actuel de ce travail. Les donateurs auront terrain de 320 acres (130 ha) à 130 km au
le domaine séfarade. De même, le nom accès aux fichiers au fur et à mesure de NO de Denver, qu’elle obtint en janvier
Fante et ses variantes Fanto, Fanta, trou- leur numérisation. 1915. En octobre, elle épousa John
vé à Prague, est dérivé du nom séfarade De la même façon, le SIG lituanien a Rack. Dès décembre 1918 le mariage
Belinfante. Au contraire, le nom Caro ou traduit plus de trois millions d’entrées allait à vau-l’eau mais ils ne divorcèrent
Kara, de Prague, ne vient pas de l’espa- provenant de recensements remontant à qu’une dizaine d’années plus tard. Jack
gnol caro, comme le montre l’orthographe 1765. Ce SIG a constitué une quinzaine fit six mois de prison comme bootlegger
hébraïque. Quant au nom de Bondi, de sous-groupes spécialisés, chacun (contrebandier en alcool), trafic dans
également trouvé à Prague, il pourrait dans un district. Ici encore, les donateurs lequel Ida semble avoir été aussi impli-
aussi bien venir du catalan Bondia que de auront un accès privilégié aux fichiers. quée. Elle mourut en 1944.
l’italien Bondi. L’un et l’autre veulent dire Une amusante et intrigante histoire Bert Shanas nous donne une bonne
bonjour (en hébreu Yom Tov). nous est racontée par Ellen Shindelman leçon de persévérance. Pendant trente
Entre 570  000 à 600  000 Juifs de Kowitt et Karen Franklin. C’est celle ans, il a cherché dans toutes les sources
Hongrie ont été victimes de la Shoah. d’Ida Goldstein et de ses trois maris. possibles à quelle date sa tante Chaykeh
Dans les années 1980, Serge Klarsfeld Le premier, Isaac Kurland (1870-1906), Shanas avait débarqué en Amérique.
en avait listé moins de 40 % dans le projet arrivé de Russie en 1893, lui donna cinq Quand était-elle née  ? Selon les docu-
« Nevek » (les noms, en hongrois). En 2005, enfants. Mais atteint de tuberculose, il ments, elle était née en 1889, 1894 ou
un nouveau projet ambitieux a été lancé dut quitter New York et s’installer au 1896. Où et quand était-elle arrivée au
pour compléter son travail, avec le soutien Colorado. Cet État était réputé pour son Canada  ? En 1915, elle déclarait être
de la Fondation pour la Mémoire de la air pur et ses soixante-dix-huit sana- arrivée au port de Québec en mars 1911,
Shoah. D’après Alexander Avram, environ toriums, dont seulement deux étaient chose impossible car le Saint-Laurent
485 000 noms ont été retrouvés à ce jour. «  juifs  », le NJH et le JCRS de Denver. est encore gelé à ce mois de l’année.
Rappelons que ceci concerne la Hongrie Tous deux accueillaient des indigents Récemment une archiviste canadienne
de 1944, agrandie, par la grâce de Hitler, mais le second était d’une orientation a retrouvé le registre de débarque-
par rapport à celle de 1937 (Hongrie dite plus orthodoxe que le premier. Accepté ment  : il s’avère qu’elle est arrivée le 30
«  de Trianon  ») et à la Hongrie actuelle. au JCRS le 21 septembre 1904, Isaac mai 1911. Mais le registre est tellement
244 000 noms correspondent à la Hongrie Kurland dut en sortir le 1er août 1905 défraîchi, l’écriture peu lisible et le
« de Trianon », le reste aux régions alors et mourut le 13 mars 1906. Sa veuve se microfilm correspondant de si mauvaise
annexées. Nous attendons avec impa- «  maria  » alors avec Joseph Goldstein. qualité que la numérisation a été très
tience la mise en ligne de ces résultats. «  Mariée  » est un grand mot, on parlait problématique. Son nom a été transcrit
Toujours en Hongrie, le père de de mariage «  under the common law  », « Chajka Schynys » par l’employé cana-
Deborah Long, Tibor Munk, a réussi à sans doute une forme de concubinage. dien, converti en « Shajka Schyny » sur
survivre aux bataillons de travail et aux Le vrai mariage n’eut lieu que le 11 Ancestry.com, alors que Familysearch.
déportations qui y ont succédé. Il a refusé janvier 1911 mais Ida et Joseph avaient org a choisi «  Chakya Seryryo  ». Une
de se faire enregistrer comme survivant. déjà eu une fille prénommée Alice. Qui confirmation : elle se déclare couturière,
Mais quelle ne fut pas sa surprise, en était ce Joseph Goldstein  ? Était-ce un ce qui sera bien sa profession ultérieure.
1984, de trouver son nom sur la liste des cousin d’Ida  ? Nul ne le sait (on trouve Marjorie J. Short nous raconte l’his-
victimes de la Shoah dans la synagogue trois Joseph Goldstein dans les registres toire, pour nous banale, de Margot
d’Ujpest. Il a pu rencontrer des cousins du JCRS). En tout cas, le mari d’Ida Gorodiscas, née à Paris en 1933. Son
survivants et ultérieurement sa fille en a mourut le 23 septembre 1911 à l’âge de père, Bencil Gorodiscas, était né en
découvert d’autres. trente-trois ans. Bizarrerie supplémen- 1899 à Ukmerge, en Lituanie, fils d’Abra-
La Ruthénie subcarpathique a fait taire, Alice Goldstein se révéla ultérieu- ham et de Tzirla Ratzen Lubich  ; sa
partie successivement de l’Autriche-Hon- rement être… un garçon prénommé mère, Malka Mendrzcka, était née en
grie, de la Tchécoslovaquie, de la Hongrie Ellis, comme son grand-père paternel. 1910 à Varsovie. Fin 1939, Margot fut
et appartient aujourd’hui à l’Ukraine. Le Vers l’âge de dix-huit ans, Ellis commen- envoyée à Saint-Saturnin, à 350 km
SIG (Special Interest Group) correspon- ça à utiliser le nom de Kurland, mais de Paris (sans autre précision) où ses
dant a repris vigueur sous la présidence Isaac Kurland, mort seize mois avant sa parents la rejoignirent en 1940. Bencil
naissance, ne pouvait être son père. Le

52 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
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fut arrêté, envoyé à Gurs et libéré pour Donna Marvin-Platt avait trente ans (et non civilement) par Max et Annie
raison médicale. Le reste de la guerre quand sa mère lui apprit, ainsi qu’à Deckston  ? Hélas  ! ses parents adop-
se passa sans problèmes pour Margot son frère, que leur père n’était pas leur tifs moururent en 1938 et 1939. Après
et ses parents, alors que tous les autres géniteur et qu’ils avaient tous les deux une longue bataille juridique, réglée
membres de leurs familles disparurent été conçus par insémination artificielle. par le parlement néo-zélandais, elle put
pendant la Shoah. Margot est actuel- Donna s’expliqua alors pourquoi elle toucher une partie de leur héritage. Les
lement dans une maison de retraite à ressemblait si peu à son père et pourquoi aléas de sa vie firent que ce n’est que vers
Peabody (Massachusetts). elle n’avait pas « d’atomes crochus » avec 1980 qu’elle se remit à rechercher – en
Connaissez-vous Hashava  ? C’est lui. Elle se mit alors à rechercher son vain – qui étaient ses parents. L’auteur
l’institution israélienne chargée de père biologique, sachant qu’il était juif reprit ces recherches vers l’an 2000 : il se
retrouver les ayants droit de personnes et probablement étudiant ou interne en lança dans de nombreuses fausses pistes,
ayant placé de l’argent dans des banques médecine. Le médecin de la région de imaginant par exemple qu’elle était
en Palestine dans les années 1920 et Boston qui avait fait l’insémination était un enfant adultérin de Max Deckston
1930 et de leur restituer ce à quoi ils mort et ses successeurs avaient détruit ou d’une de ses proches parentes. Les
ont droit. Judith Shulamith Langer- ses archives. Donna fit faire un test ADN recherches par ADN n’ont rien donné.
Surnamer Caplan a été contactée en autosomal et en déposa le résultat sur Finalement en 2014, l’auteur rencontra
2009 par Hashava car elle avait une GEDmatch. Peu de temps après, elle fut Mark Daly, un juriste énergique sachant
parenté avec Feiga Gittelson pour qui contactée par Mark Strauss (co-auteur comment parler aux archivistes londo-
elle avait rempli une feuille de témoi- de l’article), généalogiste amateur, qui niens. Mark découvrit que le 14 janvier
gnage à Yad Vashem. On lui a demandé avait remarqué que cet ADN comportait 1922 un divorce avait été prononcé entre
d’établir l’arbre généalogique complet des segments communs avec celui de Isaac Sinaysky et Millie Dvorken. Ils
des descendants des parents de Feiga son beau-frère Jim Medalia et d’autres avaient quatre enfants. Ultérieurement
Gittelson, originaires de Liepaja en cousins. Est-ce que Jim connaissait un Millie devint enceinte. Mark finit par
Lettonie, avec toutes les preuves d’état cousin proche, de sa branche mater- trouver un certificat attestant que Millie
civil. Passons sur les innombrables nelle, qui pouvait avoir été étudiant en Devorkin avait donné naissance le 27
formalités. Oublions l’ouragan Sandy qui médecine dans la région de Boston dans mars 1923 à un bébé nommé Martha
en 2012 a inondé la maison de l’auteur et ces années  ? Un nom sortit très vite, Devorkin. Ainsi, après soixante-dix ans
a retardé ses travaux. Finalement, en mai celui de Michael Ruttenberg, malheu- de recherches, la vieille dame apprit
2017, elle a reçu 800 dollars, soit 1/30e de reusement décédé assez jeune, dix-sept qu’elle avait quatre-vingt-onze ans et
l’héritage, hors frais bancaires. Ce travail ans auparavant. Les photos et les souve- non quatre-vingt-dix et que son vrai nom
lui a appris beaucoup de choses sur sa nirs des amis de Michael ont achevé de était Martha Devorkin.
famille et elle recommande de consul- convaincre Donna que c’était bien lui Nous connaissons bien l’habitu-
ter la liste des 60 000 noms figurant dans qu’elle cherchait, tant il lui ressemblait à de ashkénaze de donner au premier
www.hashava.info/assetlist/default. tous points de vue. Et elle a appris finale- garçon né après le décès d’un grand-
asp#.WfoGNCf853A. À défaut de récu- ment qu’il avait bien participé à des dons père le prénom de celui-ci. Il s’agit ici
pérer des fortunes, on pourra progresser de sperme. A titre d’information, signa- de deux Emanuel Emil Badrian, nés
dans sa recherche généalogique. lons que le frère de Donna avait un tout l’un et l’autre à Beuthen (en Silésie,
Richard Leonard Baum a retrou- autre père biologique. aujourd’hui Bytom en Pologne) en 1859
vé le journal tenu par sa mère, Sima Reiner L. Sauer a intitulé son article et morts pendant la Shoah en 1943, après
Sevransky, adolescente vivant alors « La tâche ». Il faudrait deux pages pour être passés par Theresienstadt. Ce qui a
à Tarashcha, en Ukraine, à 100 km au le résumer. L’arrière-grand-mère de sa compliqué le travail de Paul Gardner est
sud de Kiev. Elle y détaille la série de femme, prénommée Miriam, a quitté un que tous deux sont appelés soit Emil soit
pogroms et d’assassinats de Juifs commis orphelinat anglais en 1930. Le registre de Emanuel. Le grand-père Mendel était né
en 1919. L’auteur a pu vérifier la liste des l’orphelinat indique alors qu’elle est née en 1803 mais on ignore la date précise
victimes qui se trouve au CAHJP (Central le 27 mars 192*, avec une tache d’encre de sa mort. Petit détail supplémentaire :
Archives for the History of the Jewish sur le dernier chiffre. Elle a toujours parmi les soixante-trois Badrian morts
People) à Jérusalem. Cette liste confirme cru que c’était 1924. L’acte de naissance pendant la Shoah, il y avait un autre
un récit de sa mère suivant lequel deux était introuvable. S’appelait-elle Miriam Emil, mais celui-là était né en 1842. G.G.
beaux-frères, Zayvel le boucher et Isaacs ou Miriam Siniesky, nom sous
Zayvel le menuisier, se trouvaient parmi lequel elle fut envoyée en Nouvelle
les victimes. Zélande pour être adoptée religieusement [\

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 53
Lire

Bulletin du Cercle Généalogique (Haut-Rhin), habitant rue des Deux GAMT, Généalogie Algérie-
d’Alsace (BCGA), n° 202, juin 2018 Ports à Fouras (hernie crurale étran- Maroc-Tunisie, n° 139, septembre
glée, du 27.07 au 7.08 [?] 1918). 2017
Christian Wolff, poursuivant la publi- – Brunette Lévy, 74 ans, s.p., fille Dans une liste de 1938 de membres d’auto-
cation de ses « Notes généalogiques tirées de Hierslo et de Pauline Enette, mobile-clubs à Casablanca (Maroc), nous
du notariat de Strasbourg au XVIe siècle », née à Mernissem (Haut-Rhin) (= relevons les noms de : Pierre Ancelle, archi-
nous fait découvrir cette fois (2e série, Herlisheim  ?), habitant 2 rue Raspail tecte, Louis Allouche, Moses Assayag,
XII) des documents qui nous paraissent (sénilité, du 13.09 au 17.09.1921). négociant, Maurice Bibas, Docteur Beros,
particulièrement intéressants concernant Une nouvelle liste d’«  Alsaciens Raphaël Bénazeraf. Et dans celle d’ « Une
des Juifs alsaciens à cette époque. Nous y condamnés au bagne de Toulon  » (2e soirée musicale  », en 1935, ceux d’Odette
trouvons en effet :  série, XXIII), établie par Bruno Nicolas Bensaïd (piano), Roger Bensaïd (violon),
- Isaac, Juif de Dangolsheim, dit et Véronique Muller, comporte, entre Victor Hanoun (violon), Albert Lévy
Hützig, qui, le 19 janvier 1551, vend à Soussan (violon). j.a-b.
autres, Philippe Miton, né à Strasbourg
Lang Hans, marié à Merga, 4 quarts en 1800, condamné le 14.08.1837 à 40 ans
d’arpent de vignes à Bergbieten, en tout de bagne pour plusieurs vols de bouteilles
pour 40 florins, et à Lorentz Knapp de de vin au sieur Lipman, maître de poste à
[\
Dangolsheim, marié à Anna, deux fois Strasbourg, propriétaire de l’ancien Hôtel
un arpent et demi de vignes séparés à de l’Esprit.
Bergbieten, pour 70 florins. Signalons, bien qu’il ne contienne
n° 140, décembre 2017
-  Une dizaine d’autres actes de Ce numéro consacre un intéressant article
aucune référence à des familles juives, à Charles de Foucauld, à partir d’une
diverses natures concernent  : Michael, l’étude d’Alain Lieb sur « Les tribulations biographie écrite sur le missionnaire par
Juif, fils d’Isaac de Dangolsheim, en1552 ; du nom de Welsh  », ici huguenot, mais René Bazin, en 1921 (Plon). On y apprend
Jacklin, Juif d’Oberbergheim, beau-frère qui est quelquefois évoqué comme hypo- entre autres que le futur père de Foucault,
d’Abraham, Juif d’Ach-am-Bodensee, thèse dans des textes concernant l’ono- désireux de visiter le Maroc et l’Algérie pour
héritier d’Aaron Juif de Rosheim, à propos mastique juive alsacienne. mieux comprendre leurs habitants, décida
de biens à Jetterswiller dont une vigne De la même manière, la première de se « déguiser » en Juif afin de ne pas atti-
(1555)  ; Michael, Juif d’Entzheim, fils de partie d’un travail de Pierre Marck sur rer l’attention, justifiant ainsi sa décision :
feu Jaecklin, Juif de Bergheim (1555)  ; «  Les Trois Brisach  », avec un rappel de «  il me sembla que ce dernier [déguise-
Mennel, Juif de Dangolsheim demeurant l’histoire de cette ville et des listes d’ha- ment], en m’abaissant (c’est nous qui souli-
à Worms (1555) ; Malachias dit Schmerl gnons), me ferait passer plus inaperçu. Je
bitants (première moitié du 18e siècle) ne
et Schmalach, Juif d’Eschbach près de ne me trompais pas ». Le récit qu’il fit à son
signale pas, nous semble-t-il, de familles
Haguenau (1555)  ; Itzich ou Hitzig, Juif neveu de ce voyage déguisé en Juif (1883),
juives. fourmille d’annotations éclairant la condi-
de Brumath, marié à Hanna fille de feu En revanche, ce riche numéro du tion juive en pays musulmans : « …Etrange
Mossé de Dangolsheim (1555), qui ont BCGA nous fait découvrir « L’ascendance maison que l’hôtel où nous sommes  ! J’ai
un fils Mosse, Juif de Lussern (Lüsser) alsacienne d’Alan Stivell  », ambassadeur eu un moment de surprise en m’entendant
près Berncastel (Bergastel)  ; Helias, Juif de la musique celtique et de la culture tutoyer par le valet ; en Algérie, on tutoie les
de Rosenwiller (1556), Simon, Juif de bretonne, compositeur et joueur de Juifs ».
Rosenwiller (1556), Aaron et Abraham et harpe celtique, du nom de Cochevelou Dans «  Oran, octobre 1849 », l’auteur
sa mère Sara, Juifs de Rosheim (1559). à l’état civil, né à Riom en 1944, et dont rappelle l’épidémie de choléra qui frap-
Ce numéro contient également une les grands-parents maternels sont Haïm pa alors la ville, et entraîna le décès d’un
seconde série d’« avis de recherche d’Al- Woulf Dobroushkess, né en Russie en septième de la population.
saciens soignés à l’Hôpital civil Saint- Dans une liste de l’Automobile-club de
1862, tailleur à Paris rue Saint-Maur,
Charles de Rochefort de 1895 à 1922  », Casablanca (Maroc) en 1938, qui complète
marié à Paris 10e en 1891 à Julie Lévy
dans laquelle nous relevons : celle publiée dans le numéro précédent,
(Besançon 1865-1933) plumassière nous relevons les noms (les adresses sont
– Meyer Blum, 70 ans, commerçant, domiciliée à Colombes. L’auteur nous données) de  : Adolphe Charbit, Haïm
époux de Sriber, fils de Lagrid et de fait remonter ensuite à des familles Cohen, Jacob Cohen-Skalli, Félix Guedj,
feue Flore …, né à Niederroerdern, Lévy, Haas, Caïn, Franck, Crombach, René Gugenheim, Joseph Haddad, André
résident à l’hôtel du commerce Bloch, Schwob, etc., avec quelques Katan. j.a-b.
(emphysème pulmonaire du 16.11 au négociants, préposés, marchands de
3.12.1911). chevaux, à Dijon, Besançon, Strasbourg, [\
– Hortense Bloch, 69 ans, s.p., épouse Habsheim, Pfastatt, Nancy, Wittenheim,
Gaston Salvado, fille de Raphaël et de Wintzenheim, Hégenheim, Cernay, au
feue Caroline Dreyfus, née à Colmar duché de Bade, etc. B.L-C.

54 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
Lire

n° 141, mars 2018 de leurs fils, André (Paris 5 février 1878- de l’immigration qui s’effectuait généra-
La revue s’ouvre sur un article consacré à Paris 3 juillet 1935), ingénieur polytech- lement par étapes, à savoir les chefs de
« Tunis, survol rapide…avant 1900 », dans nicien, qui rendra célèbre ce nom de famille et éventuellement le fils aîné, puis
lequel l’on trouve mention de l’histoire de famille associé désormais à une société le reste de la famille par la suite. Compte
l’ancien théâtre Cringa : « …sur son empla- d’automobiles, nom qui s’écrira à partir tenu du conflit, les familles sont restées
cement, un Israélite, Tapia, avait construit de lui avec un tréma sur le e pour le séparées entre 5 et 10 ans, ce qui a posé
une vieille baraque en bois qui servait de rendre plus « français ». De son mariage de graves problèmes lorsqu’elles ont pu
salles de spectacles et de fêtes, et qu’un avec Georgina Bingen, sont nés quatre se regrouper. En outre, avant la Première
incendie détruisit le 29 septembre 1879.
enfants : Jacqueline Citroën (1915-1994), guerre mondiale, l’immigration aux États-
Sur ses cendres Cringa édifia son théâtre »,
directrice de maison de haute couture, Unis était facile. A partir de 1914, les lois
lui-même remplacé plus tard par La Banca
italiana di Sconto… Plus loin, nous lisons épouse de Paul de Saint-Sauveur, dont sont devenues beaucoup plus restric-
«  sous la direction Madonia, le théâtre postérité  ; Bernard Maxime Citroën tives et en 1924 le National Origins Act
Cohen rivalisait avec le théâtre Cringa et (1917-2002), ingénieur polytechnicien, a limité le nombre d’immigrants ayant
« Au Café de Paris [centre-ville], on faisait résistant, époux de Piroska Szabó (1919- une nationalité à 2% de la population de
cercle autour de Victor Cherbuliez, Benoit 1996), père de trois enfants  ; Maxime cette nationalité présente sur le territoire
Lévy, Guy de Maupassant  », et quelques Citroën (1919-1990), époux d’Antoinette des États-Unis en 1890. Cette loi a touché
autres. David-Weill (1920-1980), père de quatre particulièrement les personnes venant
Suite et fin de la liste de l’Automobile-club enfants . j.a-b. de l’est et du sud de l’Europe, qui étaient
de Casablanca  (1938) : Albert Lévy, encore relativement peu nombreuses en
Samuel Lévy, Raoul Maarec, Zagury, [\ 1890 (Voir le site https://tinyurl.com/
Samuel Zighera. j.a-b.
yb5794u5). Dorénavant, les États-Unis
Osmose, le bulletin de l’associa- n’étaient plus un pays refuge.
[\ La conférencière évoque ensuite les
tion OSE, n°43, mai 2018
n° 142, juin 2018 raisons de la création du Joint (American
L’article “Ces dames de l’OSE” (pages 26-27) Joint Distribution Committee) destiné à
Ce numéro publie une liste non datée rappelle le rôle de Sonia Koutchinsky et venir en aide, en premier lieu, aux Juifs
précisément d’instituteurs à la fin du 19e des dames de la grande bourgeoisie juive vivant en Palestine sous la domination de
siècle, dans laquelle nous relevons le nom dans le développement après-guerre de
l’empire ottoman. Cette aide s’est ensuite
de Zenati à Ikhelidjen. j.a-b. l’association. Il cite en particulier les ventes
adressée aux Juifs d’Europe de l’est expul-
de charité organisées par la baronne de
Gunzburg, Francine Weisweiller, ou sés de chez eux par la guerre. A partir de
Nouvelles racines, Revue 1917, se font jour également les diverses
Madame Deutsch de la Meurthe. j.a-b.
de la Société d’Histoire, tendances qui traversent la communau-
d’Art, de Généalogie et té juive américaine  : les Juifs originaires
[\
d’Échange « SHAGE », n° 130, des pays socialistes avaient des opinions
2e trimestre 2018 Venturing in our Past, différentes de ceux non originaires de ces
Ce numéro nous offre un article sur la The Newsletter of the Jewish pays.
Genealogical Society of the 200  000 à 250  000 Américains juifs
famille Citroën (pages 11-12) suite à une
Conejo Valley and Ventura ont été enrôlés dans l’armée américaine,
visite de l’association au Conservatoire
soit 4 à 5% de tous les militaires, ce qui
Citroën d’Aulnay-sous-Bois. L’arrière- County, Volume 13, n° 4, janvier
représente un pourcentage supérieur
grand-père d’André Citroën, Juif d’Ams- 2018
au nombre de Juifs dans l’ensemble
terdam connu sous le nom de Roelof
La conférence prononcée par Hasia de la population. C’était également la
Raphaël Jacob, vendeur d’agrumes,
Diner, professeur d’histoire juive à New première fois que des Américains juifs
prit, au début du 19e siècle, le nom de
York University, porte essentiellement sur étaient intégrés avec des non Juifs et les
Limoenman (homme citron). Son fils,
l’année 1917  qui a marqué un tournant uns et les autres se sont découverts. Si l’on
Barend Roelof, vendeur de pierres
pour l’histoire des Juifs aux États-Unis. recherche le lieu où les soldats ont été en
précieuses, toujours à Amsterdam, chan-
Cet exposé est plus historique que généa- poste, il est possible d’aller sur http://
gea son nom en Limoenman-citron,
logique. www.ajhs.org/search/node
puis en Citroen. Époux de Jeannette
Lors de l’entrée en guerre des États- En conclusion, la Première guerre
Rooseboom, il eut plusieurs enfants,
Unis, de nouveaux liens se sont créés entre mondiale a été le premier événement
dont Levis Bernard Citroen, qui se fixa
Américains non-juifs et les Juifs ainsi qui a constitué un creuset pour les immi-
à Paris en 1873 avec son épouse, Amalia
qu’entre les Juifs eux-mêmes. La confé- grants juifs les plus récents. M.F.
Kleinman (née en Pologne). C’est un
rencière a mis l’accent sur la spécificité

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 55
Lire

Nous avons lu que l’on ne parle pas assez souvent),


enfin à Polte-Magdebourg, un camp de
1918), et Moizesz (né en 1920). Dans un
recensement de la population du ghetto
concentration pour femmes établi dès le réalisé en 1942, on retrouve au Rüdninku
Tsafon, Revue d’études juives du 14 juin 1944 sur le site de l’usine Polte,
située à Magdebourg en Allemagne
n°7, appartement 15, la famille Turgel  à
l’exception de Yankel : Turgielis Izraelis
Nord, n°9 hors série – mars 2018, orientale sur les rives de l’Elbe. Après né en 1886, électricien, Turgielienè
« Asia Turgel, une vie, une voix. le bombardement de l’usine et une Pesia, cuisinière, Turgielaitè Riva, née
Vivre et survivre, de Wilno à évacuation du camp par les nazis, les en 1936 (sa petite nièce), Turgiel Aron,
Paris, de 1922 à aujourd’hui ». quelques survivantes sont arrivées dans électricien, Turgielis Mozes, électricien,
Témoignage recueilli par Muriel la zone russe des pays libérés. Ne voulant Asia, née en 1921, couturière.
Chochois. Préface d’Yitshok Niborski, pas rester dans cette zone, Asia réussit à A l’exception d’une petite cousine,
postface de Pauline Bebe. échapper aux contrôles et est transportée Rokhl Turgel, elle est la seule des 24
Ce numéro s’ouvre sur deux index : l’un à Lille, puis part à Paris, avec l’idée de membres de sa famille proche à avoir
concernant les mots de la vie juive utilisés rejoindre ensuite l’Amérique. Mais peu survécu. Elle évoque avec une grande
par Asia, la plupart en yiddish, l’autre après, compte tenu de ce qu’elle avait émotion le 23 septembre 1943, date de
sur les mots du ghetto et des camps, en subi, elle est envoyée à la montagne et la liquidation du ghetto et dit allumer
allemand sauf exception.  c’est dans une maison près de Grenoble, une bougie tous les ans depuis 1945 en
Ce récit autobiographique d’Asia à Bouqueron, colonie du Bund, qu’elle commémoration de cet événement.
Turgel recueilli et mis en forme par rencontre son mari, Maurice Moshe- Deux arbres généalogiques présentent
Muriel Chochois à l’occasion de Khaym Miedrzyrzcki, neveu du peintre les ascendances paternelle et maternelle
rencontres régulières et de nombreux Mendjisky. Ils se marient le 25 août d’Asia.
enregistrements, comporte deux parties, 1945. Né à Lodz en 1919, Maurice arrive Elle a pu, grâce à un recensement
la plus importante : de la naissance d’Asia à Paris avec ses parents six mois après sa trouvé dans les Archives nationales
à Wilno en 1922 jusqu’en 1945, date de naissance. Pendant la guerre, il est fait de Lituanie (fonds de la municipalité
son arrivée à Paris, puis de 1945 jusqu’en prisonnier et enregistré comme Polonais. de Vilnius de 1919 à 1939), établir une
2017. En dépit des doutes perpétuels Ses parents ont été assassinés tous les liste de la majorité des locataires du
exprimés par A.Turgel (« Vous ne pouvez deux à Auschwitz, mais ses trois sœurs, «  6 rue Sawics  » où habitait sa famille  :
pas comprendre…  » ai-je entendu à Marie, Rachel et Suzie ont pu échapper à elle évoque à travers cette adresse de
chacune de nos rencontres, « je sais » ai- l’arrestation et ont par la suite représenté nombreux souvenirs marquants pour
je invariablement répondu », note Muriel pour Asia sa seule famille. Maurice est elle. La liste comporte 199 noms de
Chochois), le travail s’est poursuivi. décédé le 23 juin 2013. Asia et Maurice familles juives  et 19 noms d’habitants
C’est avec force détails qu’A.Turgel ont eu un fils Yves, puis une petite-fille polonais non juifs. En la parcourant
décrit sa vie à Wilno avant la guerre, puis Deborah, et maintenant Asia a une avec Muriel Chochois, elle se souvient
sa survie dans le ghetto liquidé le 23 arrière-petite-fille, Léna, née le 23 août notamment de certaines familles, comme
septembre 1943 où tous les Juifs de Wilno 2013. celle de Goldowski Meyer « c’étaient les
et d’autres villes alentour avaient été Elle a à cœur de resituer tous les grands-parents de mon amie Bella  », ou
parqués depuis septembre 1941. C’est là membres de sa famille dans leur de « Rokhke Turgel  et ses frères, Hirsch,
et à cette date qu’elle a été définitivement cadre, leur milieu social, les études Iser », ou encore des Bulkin « ils avaient
séparée de son père et de ses frères, puis poursuivies, en résumé ce qu’était la un petit magasin… c’était un magasin où
de sa mère et de sa petite nièce. Elle pense vie juive à Wilno avant la guerre et plus l’on trouvait de tout ». Cette liste fait partie
qu’ils ont tous été exécutés à Ponar «  là particulièrement sa vie à elle dans une des annexes de l’ouvrage.
où on tuait les Juifs » dit Asia, à quelques famille juive traditionnelle. Son souci Ce récit est particulièrement émouvant
kilomètres de Wilno, ou transférés en essentiel est de n’oublier personne et car le lecteur sent qu’Asia Turgel veut
ce qui concerne son père et ses frères encore plus, de pouvoir nommer tout transmettre quelque chose d’indicible et
au camp de Klooga en Estonie. Mais en le monde. Elle nomme son père, Izrael- elle le formule parfaitement lorsqu’elle
dépit des recherches faites par Muriel Wulf, né en 1895 (selon le souvenir s’adresse à Muriel Chochois : « Pour vous,
Chochois dans la liste des prisonniers de d’Asia) ou 1886 (selon les recensements tout cela, c’est de l’histoire, pour moi, je le
ce camp, aucune mention n’est faite de annuels de 1926 à 1930). Il avait fait des vis encore et je souffre » et « Même si vous
leur nom. Du ghetto, elle sera transférée études d’elektrotechniker à St Petersburg vivez deux cents ans, vous ne pourrez pas
au camp de Riga-Kaiserwald construit par (autrement dit ingénieur et sa fille dit comprendre ».
des Juifs prisonniers du ghetto de Riga, être très fière de ce titre), marié en 1911 Il est complété par une très riche
puis au Stutthof, situé à une trentaine de avec Pesia Bulkin, sa mère , née en 1890. bibliographie  établie par Muriel
kilomètres de Gdansk (dont elle estime Asia avait trois frères Yankel, Aron (né en Chochois, qui s’est appuyée à la fois sur le

56 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
Lire

témoignage d’Asia et sur de nombreuses portraits à l’huile sur toile datant du 19e fait voyager dans le temps et dans l’espace
sources historiques, comme celles des siècle. La communauté eut son cimetière, afin de découvrir à travers la variété des
Archives nationales de Lituanie, de l’ITTS également utilisé par les Juifs de Saint- noms et de leurs variantes comment ces
de Bad Arolsen et du camp de Stutthof. Avold et de Freyming. On trouvera dans populations se sont constituées tant par
Elle s’est aussi beaucoup intéressée aux cet ouvrage les photographies de 9 tombes la migration que par les apports locaux
témoignages publiés de survivants du datant des années 1756-1850 (dont 8 et comment les noms se sont modifiés
ghetto. Toutes informations très utiles aux pour la période 1756-1781), avec les au contact de diverses langues ou ont pu
généalogistes. Michèle Feldman traductions des inscriptions hébraïques, être empruntés aux populations locales.
faites par Avraham Malthête (p. 74-75). Une étude statistique de ces noms achève
[\ En annexe (p. 282-287) figurent les relevés le tableau sociologique, historique et
de 45 tombes anciennes (dates extrêmes : géographique des Juifs méditerranéeens.
Vincent Vion 1750 et 1869) dont les inscriptions sont À titre d’exemple seulement – car le
Hombourg-Haut. Hellering, en hébreu, avec les dates du décès et les livre d’Alexander Beider fourmille de
noms des défunts, tels qu’ils figurent sur particularités – certains des noms cités
un village et son château
les tombes, en général sans patronymes, comme originaires d’Afrique du Nord,
Collection « Monographies
sauf pour les Cohen. Pierre-André Meyer comme Cansino, Ben Sirat, Darmon,
hombour­geoises », 292 pages. ISBN
Busnach, Coen Bacri, Coen Solal,
978-2-918200-40-6, 2018. Prix : 25 € +
6,40 € frais de port.
[\ Daninos…, se retrouvent en Italie (à
Livourne en particulier) dans la période
Disponible chez l’auteur : 20 lot.
Mélusine 57470 Hombourg-Haut Alexander Beider, 1753-1807. C’est aussi le cas des Goslan
A history of the Jewish Surnames d’Alger en 1640, et d’autres lors des
vionv@enes.fr
from the Mediterranean Region, expulsions d’Oran en 1669. Les échanges
étaient fréquents entre les deux rives de la
Vol.1, Maghreb, Gibraltar and
Méditerranée, et les Juifs d’Afrique du Nord
Malta,
voyageaient souvent à Livourne, une sorte
Avotaynu, New Haven CT, 2017
de « hub » comme l’écrit Alexander Beider,
(720p.)
d’où certains émigraient par la suite vers
tous les pays méditerranéens, comme la
Grèce et les pays de l’empire ottoman.
Dans le cas de l’Algérie, colonisée par
la France au 19e siècle, un certain nombre
de Juifs d’Alsace et de Lorraine (des Veil,
Cahen, Gutman…) ayant quitté leur
région d’origine se dirigent dès 1838 vers
Alger.
Pour toutes ces raisons, les patronymes
Cette excellente monographie «  locaux  » se retrouvent confrontés puis
consacrée à l’histoire du village mêlés à ceux des communautés d’autres
Nos adhérents connaissent bien et
d’Hellering, en Moselle, devenu en 1811 pays, ajoutant ainsi à la complexité
depuis longtemps Alexander Beider pour
une annexe de Hombourg-Haut, près de onomastique de la communauté juive
les nombreux ouvrages d’onomastique
Saint-Avold et de la frontière allemande, dans son ensemble.
qu’il a déjà publiés – principalement sur
comprend un chapitre de 20 pages sur Dans son parcours analytique,
les noms et prénoms d’Europe de l’Est
la communauté juive. Apparue en 1733, Alexander Beider n’ignore pas les
– et pour les conférences qu’il nous a
celle-ci atteignit son apogée vers 1841 travaux de ses prédécesseurs. Il cite
proposées, que ce soit dans le cadre de
(86 personnes), puis déclina lentement systématiquement les sources d’où
nos réunions mensuelles ou des Congrès.
jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. il puise ses informations, comme la
Un nouvel ouvrage de sa part est donc
Dans les archives judiciaires du village, fondamentale base BECANE du CGJ,
toujours un événement attendu tant on
l’auteur a relevé les noms de Juifs d’autres créée par Thierry Samama, ou l’ouvrage
sait par avance la somme de recherches
localités, comme Moyse et Abraham Les protégés israélites du Consulat de
et d’érudition qu’il représente.
Fribourg, de Niedervisse (1768) ou France à Tunis, de Liliane Nedjar et
L’un des principaux intérêts de cet
Bernard «  Lipmanne  », de Pontpierre Thierry Samama (éd. du CGJ). Ainsi au
ouvrage réside dans la très longue
(1776). Un passage est consacré à la chapitre 5 («  Fréquence des noms pour
introduction (près de 300 pages) qui nous
famille Nathan, avec d’intéressants la Tunisie », p. 195), la source dite « TCR »

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 57
Lire

(état civil de Tunis) est le résultat des Les noms des Juifs du Maghreb se Ce ne sont là que quelques exemples
travaux du CGJ Tunisie, qui ont permis à contractent, se dilatent, se métamor- parmi d’autres, si nombreux que nous ne
l’auteur d’extraire les données indexées phosent, en gardant néanmoins leur pouvons pas tous les énumérer ici ; il faut
dans la base BECANE. « marque de fabrique », leur structure ini- prendre le temps de lire en détail le livre
Les recherches d’autres auteurs, tant tiale. Par exemple, le patronyme Azoulay d’Alexander Beider si l’on veut étudier un
sur les noms que les prénoms, sont re- possède vingt variantes orthographiques : patronyme en particulier.
prises exhaustivement, réétudiées, par- un casse-tête pour le généalogiste débu- Un regret tout de même (car il en
fois revues, voire contestées, comme pour tant  ! Dans une même famille, l’ortho- faut bien)  : le lecteur moyen aurait
le nom Toledano. En effet, selon l’au- graphe varie au gré du (des) rédacteur(s) : apprécié que cet ouvrage – dont le public
teur, une étude plus poussée, géo-chro- Calfon, Khalfon, Kalphone, Kalfon… Il cible est probablement aujourd’hui
nologique, de certains noms apporte un faudra attendre les règles orthographiques majoritairement francophone (ou
éclairage nouveau sur l’origine réelle de françaises, pour que se fixent (plus ou hispanophone) – soit publié dans une
tel ou tel autre patronyme et sur des par- moins) les noms définitifs. Mais l’ortho- version française. Et un conseil aux
cours singuliers, « rotatifs », comme pour graphe changera encore selon les pays ou lecteurs  : avant de vous précipiter sur le
le nom Aboudaraham qui « circule » de les auteurs (exemple  : Samama, Scema- cœur du dictionnaire, prenez le temps de
l’Afrique du Nord à la péninsule ibérique, ma, Schemamma…). Chaque locuteur lire au moins la partie de l‘introduction
puis de celle-ci vers l’Italie, pour retour- ayant une manière spécifique de pronon- intitulée «  How to use the dictionary  »
ner enfin au Maroc… cer les lettres entraîne de fait une variation (p.261), et consultez en fin de volume
Un autre intérêt de cet ouvrage réside de l’orthographe d’un même nom. l’index alphabétique afin de découvrir
dans la transcription systématique des L’article «El  », «Al  » ou «Le  » qui pré- sous quelle entrée trouver la variante
noms en caractères hébraïques. Chaque cède un nom sera parfois présent, parfois qui vous concerne  : le novice peut être
entrée du dictionnaire est constituée escamoté (Elhaïque, Elhaïk, Haïk…). dérouté par le choix délibéré de ne retenir
selon le même schéma en trois parties  : De même pour « De » qui indique géné- comme entrées, dans le dictionnaire lui-
nom principal sous ses différentes formes, ralement une provenance (Ancona, De même, que les noms «  racines  ». Anne
origines et étymologies vraisemblables Ancona, Meancona – « me » indiquant la Lifshitz-Krams et Alain Nedjar
ou non, variantes (familière, avec provenance en hébreu). Le préfixe « Ben »
préfixe ou suffixe). Chaque forme est (fils), disparaît ou réapparaît (Benil- Recensions et revue de presse ont été assu-
datée et localisée, avec indication du louche, Benalouch, Allouch, Ben Azra, rées par Joëlle Allouche-Benayoun, Michèle
partage éventuel du nom avec d’autres Azra…). L’auteur a particulièrement uti- Feldman, Georges Graner, Anne Lifshitz-
populations. lisé l’arabe dans ses recherches onomas- Krams, Bernard Lyon-Caen, Alain Nedjar,
tiques. Pierre-André Meyer.

Numéros spéciaux de Généalo-J : Juifs d’Algérie, Juifs de Tunis, Juifs d’Alsace, Guerre de 1914-1918.
Disponibles ainsi que tous les numéros de la revue sur le site www.genealoj.org
ou au siège du CGJ, 16 rue de l’Échiquier, 75010 Paris

58 n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 GÉNÉALO-J
Informations généalogiques

Informations plus ancienne de France depuis l’expulsion Etat des inventaires des archives départe-
généalogiques générales des Juifs au Moyen-Âge par le roi Philippe mentales communales et hospitalières au 1er
le Bel. Devant une assistance venue de janvier 1983, éd. Archives nationales 1984,
• Le site https://www.aicjt-leborgel.org/ plusieurs endroits du Grand Est et du deux volumes, 1275 p. (cote L538 A et B).
annonce la ré-édition de l’Annuaire Israé- Luxembourg, Bernard Michel a fait un Catherine Holzmann, Les Holzmann au
lite de Tunisie, 1955 (177 pages). exposé sur « Les Juifs et la Grande Guerre », XXe Siècle, Editions Porte-Plume, novembre
• Les actes d’état civil d’Algérie, datés de dans le cadre du centenaire de l’armistice 2017, 170 p (cote L539).
1916, sont désormais en ligne aux ANOM. de 1918. Françoise Job a enchaîné dans Adrien Berbrugger, Relations de l’expédi-
sa présentation sur les morts militaires et tion de Mascara, BNF reprint 1836-2015, 96
Informations du Cercle civils mentionnés sur une plaque apposée p. (cote L 540).
de Généalogie juive à l’intérieur de la synagogue, puis a donné Adrien Cipel, Samuel Ghiles Meilhac, Des
des explications détaillées sur l’historique Français israélites, une saga familiale, du
Conférences du bâtiment et sur la famille Brisac dont XVIIIe au XXIe siècle, éd. Michel de Maule,
l’un des membres fut l’initiateur de la 2013, 270 p. (cote L 541).
À Paris construction de cette superbe bâtisse. Isabelle Medeinger, Inventaire des cime-
Les conférences ont lieu les jeudis de 18h30 Grâce à l’initiative de Sylvain Job, ancien tières israélites du Bas-Rhin, mémoire,
à 20h30. président de la communauté, la synagogue 2000, 306 p (cote L542).
6 septembre 2018 Réunion de ren- de Lunéville est classée monument Michel Stermann, Maman Grète, une édu-
trée, les adhérents ont présenté leurs historique depuis une vingtaine d’années. catrice venue d’Allemagne pour les orphe-
travaux. L.M. lins de la déportation en France et autres
4 octobre 2018 Isabelle Némirovski, portraits de famille, Edilivre, 2016, 190 p.
“Un vieux rêve intime”. Histoire, (cote L543).
Permanences mensuelles
mémoire et représentations des Juifs Philippe Sands, Retour à Lemberg, éd. Al-
d’aide généalogique
d’Odessa. bin Michel, 2017, 540 p. voir recension
8 novembre  2018  Pierre Cohen, Tenues au Musée d’Art et d’Histoire du Ju- n°133 (cote L544).
Pirates et espions juifs, la revanche des daïsme, par Eliane Roos Schuhl, Françoise Brigitte Benkemoun, La petite fille sur la
Séfarades. Darmon, Colette Clément-Zimmermann, photo, la guerre d’Algérie à hauteur d’en-
6 décembre  2018 Christian de Catherine Yelnick et Anne-Marie Fribourg, fants, éd. Fayard, 2012, 222, p. (cote L545).
Monbrison, Spoliation de Madame les permanences se déroulereront de 15h Brigitte Benkemoun, Albert le Magnifique,
Elisabeth Cahen d’Anvers pendant à 17h, le jeudi (dates à consulter sur le site éd. Stock, 2016, 302 p. (cote L546).
l’Occupation. www.genealoj.org). Léon Kahn, Les juifs de Paris au 18e, éd.
10 janvier  2019  Muriel Chochois, Durlacher 1894, 144 p. (cote L.547).
Asia Turgel, survivante .... (titre provi- Richard Ayoun, Juifs d’Algérie 1830-1907,
Agenda des groupes spécialisés
soire) inventaire des archives consistoriales et bi-
  Prochaines réunions : bliographie, 3 tomes, éd. Peeters Paris-Lou-
Pour la suite, interviendront  : Alexander vain 2017, 1554 p (cote L.548 A.B.C).
Beider  [Les Juifs marranes : particularités Groupe Afrique du nord
Maurice Soustiel, 146 boulevard Hauss-
de leur histoire, leur judaïsme et leurs noms Les dimanches 16 septembre et 16 dé-
mann, Med Editions, 2018, 193 p. (cote
(16e-18e siècles)], Jean-Claude Kuperminc, cembre 2018, les dimanches 17 mars, 16
L.549).
Edith  Chomentowski, Michel Gaspard, juin, 15 septembre et 15 décembre 2019 .
Vincent Vion, Hombourg-Haut, Hellering
Michaël Gasperoni. Groupe Alsace et Lorraine un village et son château, Collection Mo-
La prochaine réunion aura lieu le mercredi nographies hombourgeoises 2018, 292 p.,
Antennes 16 octobre 2018 à 15 heures. comprend un chapitre sur la communauté
Groupe Balkans juive et des relevés de tombes (cote L.550)
Marseille (recension dans ce numéro de Généalo-J).
Les réunions ont lieu au Centre Fleg, 13006 La prochaine réunion aura lieu le di-
Marseille. manche 7 octobre 2018
Documents
Radio, en direct, «Généalogiquement vôtre» Groupe Europe de l’est
tous les 15 jours : www.radiojm.fr à 10h30. Maurice G. Bensoussan Les Juifs de Tlem-
Outre des réunions générales deux à trois
Les émissions précédentes sont ré écou- cen et les Maghrébins dans la guerre de
fois par an, des ateliers de méthodologie
tables sur notre site. 1914-1918 (cote C1593).
sont organisés dans notre local, rue de
14 octobre 2018  : l’antenne de Marseille Centre Culturel Juif de Dijon, Synthèse d’ar-
l’Échiquier.
organise une réunion autour des Judéo-Es- ticles de la revue du CGJ, 18 p. (cote C1594).
pagnols en présence de Frédérique Boaziz, Fonds de documentation Contempory Jewry, Special Issue July 2017
à l’occasion de la parution du livre d’Alain Session on «Judaïms, Judaïcités  » in Lou-
Anne-Marie Fribourg vain-La Neuve, Belgium 2015, Joëlle Al-
de Toledo sur les Judéo-espagnols en Pro-
vence, années 1940-44. louche-Benayoun, New-York, 360p. (cote
Nouvelles entrées. C 1595).
Lorraine-Luxembourg Livres Henry Schumann, Claire Decomps, Cime-
Le dimanche 3 juin 2018, l’antenne La synagogue de la Victoire, 150 ans du tière de Frauenberg, in Liaisons sept 2017, 9
Lorraine-Luxembourg du CGJ a tenu une judaïsme français, éditions Porte-Plume p. (cote C1596).
réunion à la synagogue de Lunéville, la (Consistoire) 2017, 490 p. (cote L520). Vilnius, Sites de la mémoire Juive, Musée
juif Gaon de Vilna, 2012, 88 p. (cote C1597).

GÉNÉALO-J n° 1 3 5 - a u t o m n e 2 0 1 8 59
Généalo-J

RÉSUMÉS ABSTRACTS
Brigitte Benkemoun Brigitte Benkemoun
Albert Achache : Une légende familiale. De Tlemcen à Albert Achache; a family legend. From Tlemcen to
Auschwitz Auschwitz
La grand-mère de l’auteure lui racontait, enfant, que l’oncle Albert The author’s grandmother used to tell her when she was a child
avait quitté l’Algérie avant-guerre. Elle disait qu’il avait fait fortune à that her uncle “Albert” left Algeria before WWII. She told he made
Nice, puis dénoncé par son associé, un certain monsieur Roux, qu’il a fortune in Nice but, denounced by his partner a “M. Roux” he was
était mort à Auschwitz. C’est devant le mur des noms du Mémorial deported and killed in Auschwitz. When she came in front of the wall
de la Shoah que Brigitte Benkemoun a compris que l’histoire d’Albert of names at the Shoah Memorial in Paris the author understood that
Achache était plus complexe que la légende familiale. the story was more intricate than the legend.

Gilles Boulu Gilles Boulu


Nouvelles sources pour la généalogie des Juifs de Tunisie : New sources for the genealogy of the Jews of Tunisia: the
exemple de la famille « Mendes Ossuna » ou « Ossona » ‘Mendes Ossuna’ or ‘Ossona’ family
L’auteur décrit les nouvelles sources disponibles, qui permettent, The author describes the new available sources which allow
en particulier dans le cas des Juifs livournais de Tunis, de especially in the case of Livornese Jews of Tunis to cross the obstacle
franchir l’obstacle du 18e siècle et de remonter à la période de of the 18th century and go back up to the period of their installation in
leur installation à Livourne puis Tunis aux 17e et 18e siècles. Ce Leghorn and then Tunis in the 17th and 18th centuries. These include
sont notamment les archives du consulat de France à Tunis et les the archives of the French Consulate in Tunis and those of the Jewish
archives de la communauté juive de Livourne. Gilles Boulu illustre community of Leghorn. Gilles Boulu illustrates his point by taking
son propos en prenant l’exemple de la famille Mendes Ossuna ou the example of the Mendes Ossuna or Ossona family to go back from
Ossona pour remonter du 20e siècle à la période marranique. the 20th century up to the Marranic period.

David Encaoua David Encaoua


Des passeurs de pensée juive, d’origine hispano- Hispano-Maghreb transmitters of Jewish culture; the
maghrébine : la lignée Encaoua Encaouas
L’article retrace l’itinéraire historique et intellectuel du 14e au 20e The article traces the historical and intellectual itinerary of four
siècle de quatre membres illustres de la lignée Encaoua. La ville illustrious members of the Encaoua lineage, extending from the
d’origine de la lignée est Tolède en Espagne, où le premier, Israël Al 14th to the 20th century. The city of origin of the lineage is Toledo in
Naqua, périt brûlé vif sur le bûcher. Son fils Ephraïm Al-Naqua, le Spain where the first, Israel Al-Naqua, perished burned alive. His
Rab de Tlemcen, s’exila en Algérie. La vie et les écrits du troisième son Ephraim Al-Naqua exiled in Algeria. The life and writings of the
de ces descendants au 19e siècle, Abraham Ankawa, témoignent third of these descendants in the 19th century, Abraham Ankawa,
de l’exigence de transmission des traditions juives castillanes. testify to the requirement of transmitting Castilian Jewish traditions.
Le quatrième, Raphael Encaoua, fut président du Haut Tribunal The fourth, Raphael Encaoua, became the first President of the
rabbinique du Maroc. Rabbinical High Court of Morocco during the French protectorate.

Jean-Paul Durand Jean-Paul Durand


Abraham Amar, le soldat de la photo du séjour Abraham Amar, the soldier on the photo
La famille de Mathilde s’est toujours heurtée à son silence. Mathilde’s family was always met with her silent. Devastated by the
Bouleversée par la mort brutale de son époux, survenue loin de brutal death of her husband, who had arrived far from her native
son Alger natal aux premiers mois de la Grande guerre, elle était Algiers in the first months of the Great War, she had become unable
devenue incapable de parler de lui. Mais elle avait précieusement to talk about him. But she had preciously kept a photo whose recent
conservé une photo dont la récente découverte permet à l’auteur discovery allows the author to evoke a part of the life of Abraham
d’évoquer une partie de la vie d’Abraham Amar, jusque là inconnue Amar until then unknown to his descendants.
de ses descendants. 

Alexander Beider Alexander Beider


Les origines (pseudo-)berbères des Juifs du Maghreb The (pseudo-)Berber origins of the Maghreb Jews
L’article aborde la thèse de l’existence de «  Judéo-berbères  », The paper deals with the theory of the existence of Judeo-Berbers
fondée principalement sur des arguments onomastiques selon mainly using onomastic arguments to state that Jews who lived
lesquels les Juifs qui vivaient au Maghreb au cours des derniers in Maghreb during the last centuries partly descend from Berber
siècles descendaient en partie de prosélytes berbères. En réalité, proselytes. Actually, a Berber origin is only valid for one given name
l’origine berbère n’est valable que pour un prénom et plusieurs and several dozens of Jewish surnames from Morocco, as well as
dizaines de noms de famille juifs du Maroc, ainsi que quelques a few surnames in eastern Algeria. These names appeared in the
noms de famille dans l’est de l’Algérie. Ces noms sont apparus Jewish communities that used a Berber idiom as their vernacular
dans les communautés juives qui utilisaient un idiome berbère language. Nothing indicates that they already existed in the Middle
comme langue vernaculaire. Rien n’indique qu’ils existaient déjà Ages. All onomastic arguments suggested by proponents of the
au Moyen Âge. Tous les arguments onomastiques suggérés par theory of Judeo-Berbers attempting to link these names to Berber
les partisans de cette thèse sont indéfendables. Du point de vue proselytes to Judaism are untenable. From a historic viewpoint, the
historique, la théorie est purement spéculative. theory is purely speculative.

Pierre-André Meyer Pierre-André Meyer


Les deux Roger : in Memoriam 1914-1918 The two Rogers : in memoriam WWI
Évocation des vies parallèles de deux des derniers «  Poilus  » de The author evokes the parallel lives and genealogies of two of the last
la guerre de 1914-1918, Roger Cahen et Roger Weill, avec leurs ’Poilus’ of WWI; Roger Cahen et Roger Weill. Both were born in 1896.
généalogies. Nés tous deux en 1896, ils ont vécu chacun sur trois They lived throughout three centuries till 2003 for one of them and
siècles, étant morts respectivement en 2003 et 2006. Un hommage 2006 for the other. A tribute on the occasion of the centenary of the
rendu à l’occasion du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918. Armistice of November 11 1918.

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