Vous êtes sur la page 1sur 6

IHEC Carthage 3ème Finance 2019-2020

Chapitre IV : Gestion de trésorerie à court terme

La gestion de trésorerie s’inscrit dans le cadre de la gestion de bas de bilan. Elle doit assurer la
liquidité de l’entreprise à tout moment afin que cette dernière puisse honorer ses échéances.
Pour cela le trésorier peut utiliser les liquidités disponibles, ou faire appel à des financements
externes. Le trésorier essaie généralement de prévoir au mieux ses besoins de financement et
ses opportunités de placement. Mieux le trésorier prévoit, plus il peut rechercher des solutions
adaptées à chaque situation dans le souci d’optimiser son coût de financement ou d’éviter
des soldes oisifs à la banque. Par ailleurs, le coût d’un financement ou la qualité d’un
placement ne se mesure pas aux taux affichés, mais aux taux réels, calculés en tenant compte
d’autres frais. Précisément, les objectifs du trésorier sont les suivants :
• Assurer la liquidité et la solvabilité de l’entreprise
• Contrôler l’application des conditions bancaires et réduire les coûts bancaires
• Négocier et maintenir de bonnes relations avec les banques
• Gérer la couverture contre toute forme de volatilité (taux, change…)
• Etablir des prévisions à court terme
• Optimiser le financement des soldes débiteurs et le placement des excédents.

Section I. Les financements des déficits de trésorerie à court terme


Le trésorier dispose de plusieurs instruments de financement à court terme offerts soit par les
banques, soit par des sociétés non bancaires soit par le marché monétaire.

I. Les principaux modes de financement

1.1. Les financements bancaires


La banque est le partenaire traditionnel de l’entreprise dans la recherche de financement à court
terme, elle peut notamment offrir :
— des crédits fondés sur la mobilisation de créances commerciales,
— des crédits de trésorerie finançant l’exploitation en général,
— des crédits de financement des stocks ou de l’exploitation, réservés à des opérations
spécifiques.

1.1.1. La mobilisation de créances commerciales : Elle permet à une entreprise d'obtenir de


la trésorerie en échange de ses créances. L’escompte est l’instrument le plus utilisé dans la
mobilisation de créances commerciales. Il correspond à la mobilisation de créances représentées
par des traites ou des lettres de change ou des billets à ordre. Il s’agit d’une avance par la banque
du montant de la créance moins des agios (intérêts, commissions fixes et variables et taxes
(TVA)). Les possibilités d’escompte sont limitées par la détermination d’un plafond
d’escompte (maximum) par la banque. Aussi, le banquier qui dispose de renseignements sur les
tirés peut refuser d’escompter les effets paraissant trop risqués.
Il existe d’autres instruments de mobilisation de créances commerciales notamment les CMCC
(crédits de mobilisation de créances commerciales) qui regroupent plusieurs effets à escompter
et les avances en devise qui permettent de mobiliser des créances en devise au bénéfice des
entreprises exportatrices.

1.1.2. Les crédits de trésorerie : Ce sont des crédits en blanc, qui ne sont pas garantis par des
créances commerciales.
a) Les facilités de caisse : C’est une avance en compte qui permet de combler les écarts
temporaires et périodiques de trésorerie de quelques jours. La facilité de caisse doit être
1
IHEC Carthage 3ème Finance 2019-2020

autorisée par la banque avant toute utilisation, par conséquent, elle ne peut s'utiliser en
permanence, c'est ce qui la différencie du découvert. Le besoin en facilité de caisse peut aller à
15 jours de CA pour les sociétés commerciales et de services et à 1 mois pour les entreprises
industrielles.
b) Le découvert : On appelle découvert le solde débiteur d’un compte bancaire. En général,
le banquier fixe un plafond en fonction d’un certain nombre de critères (taille, chiffres
d’affaires…). Parfois le nombre de jours de découvert est limité.
Le découvert est un moyen de financement intéressant ; souple, il permet de couvrir exactement
les besoins de l’entreprise car il s’ajuste précisément (en montant et en durée) aux besoins à
financer.

1.1.3. Les crédits de financement des stocks ou de l’exploitation : Ces crédits à court terme
appelés couramment crédits de campagne sont prévus pour des besoins temporaires mais
récurrents. Les crédits spécialisés sont concentrés sur une période précise de l’année. Ils visent
donc à financer des activités saisonnières ou périodiques. Ce sont par exemple les crédits de
stockage de l’agriculture et de la pêche.

1.2. Le financement par des sociétés non bancaires

1.2.1. L’Affacturage: L’affacturage ou Factoring est défini comme le transfert des créances
commerciales de leur titulaire (l’adhérent) à un Factor qui se charge de la gestion et du
recouvrement. Née en 1996, l’affacturage est introduit en Tunisie avec Tunisie Factoring qui
est toujours le leader. Le factor rend trois types de services :
• La gestion du poste clients : Le factor assure toute la gestion jusqu’à l’encaissement de la
facture: suivi administratif, relance des clients, enregistrement des règlements... Il engage les
procédures précontentieuses et contentieuses si nécessaire.
• Le financement des créances cédées (en partie, voire en totalité) : L’entreprise peut ainsi
récupérer ses créances avant leur échéance, en fonction de ses besoins de trésorerie.
• La garantie contre le risque d’impayés : le factor garantit les créances acceptées en cas
d’insolvabilité du client. Toutefois, la société d’affacturage fixe un plafond de financement en
fonction de la qualité des clients de l’entreprise.

1.2.2. Le crédit interentreprises


C’est un crédit que les entreprises fournisseurs accordent aux entreprises clientes et qui est lié
à la livraison d’un bien ou d’un service. C’est le délai de paiement que les entreprises
s’accordent mutuellement.

1.2.3. Les financements directs sur le marché monétaire


Dans le marché monétaire, l’entreprise a recours généralement aux titres de créances
négociables (TCN). Les TCN sont des « titres émis au gré de l’émetteur, négociables sur un
marché réglementé différent de la bourse et qui représentent chacun un droit de créance pour
une durée déterminée ». Ils comprennent principalement les billets de trésorerie, les certificats
de dépôts et les bons du Trésor négociables (émis par l’état).

a- Les billets de trésorerie : Ils ont été autorisés en Tunisie à partir de 1988. Ils peuvent être
émis par les sociétés anonymes disposant d’un capital minimum de 1 million de dinars et ayant
publié 2 bilans certifiés. Les billets de trésorerie sont rémunérés à un taux fixe librement
déterminé et les intérêts sont payables d’avance (précomptés). Le montant minimum nominal
de la souscription doit être un multiple de 50 000 dinars. Les billets de trésorerie doivent être
2
IHEC Carthage 3ème Finance 2019-2020

domiciliés auprès d’une banque. L’émission des billets de trésorerie a permis aux grandes
entreprises de se financer à court terme à des conditions financières intéressantes car les taux
proposés sont proches de ceux du marché monétaire.

b- Les certificats de dépôt1 : C’est un dépôt à terme sous la forme d'un billet au porteur ou à
ordre émis par un établissement financier autorisé. Sa durée minimum est de 10 jours et son
montant minimum nominal représentant un multiple de cinq cents (500) mille dinars. Les
certificats de dépôt ne peuvent être ni remboursés par anticipation ni comporter une prime de
remboursement (émission au pair) et ne peuvent être émis que par les établissements de crédit.

II- Le coût de financement à court terme


De nombreuses informations sont nécessaires pour déterminer le coût d’un crédit à court terme.
En effet, le taux d’intérêt nominal n’en constitue que l’un des éléments et le taux de revient réel
lui est parfois très supérieur. Les éléments constitutifs du coût sont :

2.1. Le taux nominal/réel


Le taux nominal est le taux d’intérêt annoncé par la banque (taux de l’escompte, taux du
découvert...). Les taux fixés par la banque varient d’une entreprise à l’autre ; ils sont déterminés
à partir d’un taux de référence (TMM, par exemple) auquel on rajoute des majorations pour
tenir compte de la nature du crédit et de la catégorie de l’entreprise.
Taux du découvert = Taux de base bancaire (ou TMM) + majoration spécifique au découvert +
majoration catégorielle spécifique à l’entreprise
Pour calculer le montant des intérêts, il faut tenir compte des dates de valeur appliquées par
l’établissement financier concerné. L’existence de dates de valeur a pour conséquence d’élever
le coût du crédit.
Le taux nominal représente le taux qui sert à calculer les intérêts sur une base de 360 jours et
non de 365 jours.
Le taux réel est un taux nominal, exprimé en taux annuel et tenant compte des éléments
suivants :
- des jours de banque qui sont à ajouter au nombre de jours permettant le calcul des intérêts ;
- la base de 360 jours est remplacée par 365 jours ;
- le montant net M reçu par l’entreprise est calculé après déduction des intérêts (intérêts
précomptés) et de frais éventuels ;

Remarque : les intérêts sur les crédits de trésorerie à court terme dont la durée est inférieure à
un an sont généralement payés d’avance, à l’exception des intérêts du découvert bancaire qui
sont postcomptés, c.à.d. payés à terme échu. Lorsque les intérêts sont précomptés, ils sont
prélevés sur le montant total de l’emprunt, lors de la mise à disposition de la somme à
l’entreprise. Le compte bancaire de l’entreprise n’est crédité que du montant net (montant
nominal- intérêts précomptés). Le montant du remboursement à l’échéance correspond au
nominal.

2.2. Les dates de valeur


Les jours de valeur correspondent au nombre de jours qu’il faut ajouter à la date d’opération
sur les mouvements créditeurs (recettes) ou retrancher à la date d’opération sur les mouvements

1
C’est un moyen de placement pour les entreprises (et non pas de financement). En effet, il est émis
uniquement par l’établissement de crédit.
3
IHEC Carthage 3ème Finance 2019-2020

débiteurs (dépenses) pour connaître la date, appelée date de valeur, à partir de laquelle une
opération porte intérêt. Ainsi, les recettes de l’entreprise sont créditées en valeur après la date
de l’opération et les dépenses sont débitées en valeur avant la date de l’opération. Les positions
en date de valeur servent ainsi à décompter chaque trimestre les intérêts débiteurs et la
commission du plus fort découvert. Par ailleurs, pour le calcul des intérêts, la banque ajoute des
jours de banque à la durée effective du crédit.
Exemple : on effectue un escompte d’effet de commerce à échéance du 10/ 06 pour un montant
de 35 458,84 dinars aux conditions suivantes : date de valeur du crédit : 11/05 ; jours de
banque : 2 ; taux nominal = 9% ; intérêts précomptés ; commission de manipulation = 35
Dinars. Calculer le coût réel de l’escompte ?
Réponse :
Nombre de jours des intérêts : du 11/05 au 10/06 : 31 jours + 2 jours de banque = 33 jours
Intérêts = (35 458,84*9%*33) /360 = 292,54 dinars (perçus d’avance)
Agios = intérêts +Commission = 292,54+35 = 327,54 dinars
Montant net reçu = Montant nominal-Agios = 35 458,84 - 327,54 = 35 131,3 dinars
Coût réel de l’escompte : « t » est tel que : (35 131,3 * t * 33) /365 = Agios
 t = 10,31%

2.3. Les commissions


Les commissions ont pour but soit de rémunérer le travail de la banque, soit de prendre en
compte le risque qu’elle supporte. Il existe une grande variété de commissions :
- Commissions fixes (indépendantes de la durée et du montant de l’opération).
- Commissions proportionnelles au montant de l’opération.
- Commissions proportionnelles au montant et à la durée de l’opération.

2.3.1. Commissions appliquées à l’escompte


a- Commission d’endos : Elle est calculée au prorata du montant de l’effet et du temps tout
comme l’intérêt. Elle s’ajoute au taux nominal de l’escompte.
b- Commission de service ou de manipulation : Celle-ci est variable selon les banques. Elle
est appliquée pour chaque effet remis à l’escompte indépendamment de son montant et de sa
durée.
D’autres commissions sont également appliquées lors d’incidents d’impayés ou encore si la
banque se charge, à la place du tireur, de faire accepter les effets par les tirés.

2.3.2. Commissions appliquées au découvert


a- La commission du plus fort découvert (CPFD): Elle s’applique sur le montant le plus
élevé du découvert du mois (ou du trimestre parfois). Elle est plafonnée à la moitié des intérêts
débiteurs du mois. Elle est payée chaque trimestre, sur les plus forts découverts de chaque mois
ou de chaque trimestre.
b- La commission de dépassement : Elle s’applique lorsque l’entreprise dépasse le plafond de
découvert obtenu de sa banque. Elle s’applique sur le plus fort dépassement mensuel.

Section II. Les Placements à court terme


Le choix des placements dépend des facteurs suivants :
— Durée prévue du placement.
— Anticipations sur l’évolution des taux d’intérêt (et des taux de change dans le cas des
placements en devises).
— Attitude de l’entreprise par rapport au risque en capital.
4
IHEC Carthage 3ème Finance 2019-2020

— Régime fiscal des différents types de placements.

2.1. Le blocage de fonds pour une durée donnée :


a. Le dépôt à terme : Le dépôt à terme consiste en un dépôt de fonds sur un compte spécial,
pour une durée d’au moins 3 mois, à l’aide d’une lettre de blocage. Le montant, l'échéance et
la rémunération sont fixés dès la souscription. A la demande du client, le Compte à Terme peut
faire l'objet d'une avance ou d'un remboursement anticipé.

Article 20 Circulaire aux banques : Les intérêts payables à terme échu des comptes à terme,
des bons de caisse ou de tout autre produit financier sont calculés sur la base d’une année de
365 jours.
b. Les bons de caisse : Le Bon de Caisse est un placement à rentabilité fixe matérialisé par un
bon souscrit en Dinars. Le bon de caisse est un titre endossable qui peut se négocier sur le
marché monétaire. Il est généralement émis par une banque. Le montant, l'échéance et le taux
d'intérêt sont fixés à la souscription.

2.2. Les placements auprès des OPCVM


Les Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières (OPCVM) sont généralement
des SICAV ou des FCP
a- Les SICAV : Une SICAV (société d’investissement à capital variable) est une société dont
l’actif est constitué d’un portefeuille de valeurs mobilières. Son objectif est de collecter
l'épargne des particuliers et la trésorerie des entreprises et d’investir dans des instruments
financiers (actions, obligations, TCN…). Les SICAV sont généralement des filiales de banques
ou de sociétés de bourse,
b- Les FCP : Le FCP (fonds communs de placement) se distingue de la SICAV par son statut
juridique. Un FCP est une copropriété de valeurs mobilières qui émet des parts. Chaque porteur
de part dispose d'un droit de copropriété sur les actifs du fonds, droit proportionnel au nombre
de parts possédées.
Les FCP sont soumis à des réglementations différentes de celles des SICAV (capital minimum
plus faible, pas d'obligation de publier ses résultats...).

2.3. Les placements sur les marchés


Les placements sur le marché monétaire se matérialisent principalement par le biais des TCN
(BT, certificats de dépôts, bons de trésor). Les placements sur les marchés financiers
s’effectuent principalement par le biais des actions et des obligations. Les actions sont
généralement plus risquées mais en moyenne sont plus rentables.

2.4. L’Escompte fournisseur


L’escompte fournisseur est la possibilité pour une entreprise de régler les fournisseurs au
comptant, moyennant un escompte (dit escompte de règlement), au lieu de les régler à plus
longue échéance.

2.5. Le placement en devises


Les placements en devises sont souvent utilisés pour se prémunir contre les risques de change.
Ils se font généralement sous la forme de blocage de devises.

Conclusion générale
L’évolution de la trésorerie est la résultante de tous les flux financiers, eux-mêmes résultant des
décisions stratégiques et opérationnelles prises par les différents acteurs. Les entreprises sont
5
IHEC Carthage 3ème Finance 2019-2020

amenées à gérer les problèmes de trésorerie provenant : d’une structure financière inadaptée,
d’une rentabilité insuffisante, d’une croissance forte, d’une saisonnalité forte de l’activité ou
d’une baisse conjoncturelle ou d’une gestion insuffisante du besoin en fonds de roulement.
Enfin, l’entreprise doit définir les enjeux de la négociation avec la (les) banques. Pour ce faire,
le trésorier devra appréhender les points suivants : la marge dégagée par la banque dans sa
relation avec l’entreprise, les mouvements les plus rémunérateurs pour la banque, les priorités
de négociation afin de procurer le maximum d’économies à l’entreprise et enfin, la
connaissance des conditions bancaires accordées à d’autres entreprises dont le niveau de risque
est équivalent. Il est important de connaître les paramètres avec lesquels la banque évalue le
risque-entreprise. Ainsi, le trésorier pourra évaluer le pouvoir de négociation de l’entreprise en
identifiant ses points forts.

Vous aimerez peut-être aussi