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LES FONDS PROPRES DES SCOP : ENJEUX ET CONDITIONS DE LEUR

DÉVELOPPEMENT

Emmanuel Bayo

Direction et Gestion | « La Revue des Sciences de Gestion »

2011/3 n°249-250 | pages 97 à 104


ISSN 1160-7742
ISBN 9782916490298
DOI 10.3917/rsg.249.0097
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-des-sciences-de-gestion-2011-3-page-97.htm
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La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 249-250 – Finance 97

Les fonds propres des Scop :

Ce que fait et propose l’autre finance – II


enjeux et conditions de leur développement
par Emmanuel Bayo

L
es « Sociétés Coopératives de Production » ou « Scop » ne
devraient plus être à présenter. Sociétés Anonymes ou à
Responsabilité Limitée, elles mettent en pratique sous la
forme coopératives, depuis trente-deux ans, de nombreuses
valeurs défendues dans des discours plus récents et en vogue
relatifs notamment à la « Responsabilité Sociale de l’Entreprise ».
Si toutes les entreprises peuvent prétendre dans un discours
parfois cosmétique défendre bien des valeurs, l’examen empirique
confrontant leurs pratiques managériales et économiques révèle
parfois des écarts scandaleux.
De par leur régime juridique propre1, les Scop ont, elles, depuis
longtemps l’obligation de faire coïncider leurs discours et leurs
actes2 au risque sinon de perdre leur statut3. Ainsi elles appliquent
en particulier des règles spécifiques en termes de détention
capitalistique (majoritaire par les salariés), d’exercice du droit de
Emmanuel BAYO vote (les salariés disposent de 65 % des droits de vote exercés
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Professeur Associé à l’ESSCA en appliquant la règle « une personne = une voix »), de partage
des résultats (25 % au minimum sont reversés sous forme de
École Supérieure des Sciences Commerciales Participation aux salariés) et de constitution de réserves (au
d’Angers moins 15 % des résultats). Sous condition du respect de ces
France règles, les Scop bénéficient (ou ont pu bénéficier) de quelques
« avantages » qu’il conviendrait plus justement de qualifier de
contreparties, puisque accordées sous réserve du respect des
règles sus-décrites4.
Le régime juridique des Scop n’est cependant pas le seul élément
différenciant de ces entités. Du point de vue économique, les
Scop semblent mieux résister à la crise que les entreprises

1. Sur l’existence du droit coopératif comme une branche autonome, cf. en


particulier les articles récents de François Espagne, « Le droit coopératif
français : une autonomie à conquérir ou à confirmer ? » et de David Hiez « Vers
une autonomie du droit coopératif ? », RECMA, n° 317, août 2010.
2. Cf. notamment : loi n° 47-1775 du 10 septembre 1947 portant statut de la
coopération ; loi n° 78-763 du 19 juillet 1978 (plusieurs fois modifiée) portant
statut des sociétés coopératives ouvrières de production.
3. Elles sont soumises à plusieurs modes de contrôle : obligations d’être
inscrites sur une liste annuellement mise à jour par le Ministère du travail ;
de se soumettre à la révision coopérative. Elles risquent des redressements
fiscaux et/ou sociaux en cas de non respect des règles inhérentes à leur
statut.
4. En ce sens, l’accusation faite aux Scop d’avoir pu bénéficier d’un avantage
anticoncurrentiel pour avoir été exonérées du paiement de la taxe profession-
nelle (cf. ancien article 1456 du Code Général des Impôts) puisque la mesure
était conditionnée au respect du statut coopératif.

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« classiques »5 et depuis longtemps leur capacité à éviter les manière particulière rapportée aux Scop. En effet, elles sont
délocalisations ou favoriser des reprises réussies d’entreprises intrinsèquement liées par des règles pouvant constituer tantôt
(20 % des Scop) est également une réalité qu’il serait d’ailleurs des atouts, tantôt des freins à la constitution de fonds propres9.
bon à l’avenir de mesurer plus « scientifiquement »6. D’autre part, les Scop sont susceptibles d’obtenir un soutien
Toutefois, la réalité d’une gouvernance socialement responsable financier particulier d’acteurs liés à l’Économie Sociale et Solidaire.
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comme des succès économiques enregistrés ne peuvent suffire


par eux-mêmes à développer la formule coopérative. Les Scop
sont soumises, comme toute entreprise, à la problématique 1.1. Des conditions intrinsèques favorisant
financière de constituer et renforcer leurs fonds propres pour ou limitant la constitution et le
naître, se développer ou survivre7.
S’il existe plusieurs définitions des « fonds propres », il est commu- développement de fonds propres ?
nément admis de considérer ceux-ci comme la réalité comptable
d’« actifs nets » résultant de la soustraction des dettes du total Le statut juridique des Scop, sociétés à capital variable10, induit,
des actifs. Les fonds propres participent doublement au finance- de leur création à leur éventuelle disparition, des incidences quali-
ment des structures auxquelles ils se rapportent puisqu’ils sont fiables d’« aides » ou de « limites » vis-à-vis de leurs fonds propres.
constitués par les apports (initiaux et ultérieurs) des détenteurs
de parts et servent aussi de garantie aux créanciers susceptibles
de concourir au financement de ces structures.
1.1.1. Les sommes versées au moment
Pour identifier les points forts et les faiblesses des Scop rapportés de la constitution de la coopérative
à la nécessité de constituer ou augmenter leurs fonds propres8,
il est nécessaire de dresser le panorama des conditions intrin- Considérée comme cardinale, la spécificité d’un capital détenu
sèques (propre au statut juridique et à la gouvernance des Scop) à 51 % minimum par les salariés peut, dans la pratique, poser
et extrinsèques (partenariats existants) de financement des Scop. plusieurs questions rapportées à la problématique des fonds
Pourront ensuite être envisagées quelques pistes de réflexion propres.
relatives à une amélioration de la situation présente en gardant Concrètement, l’obligation de détenir majoritairement le capital
pour fil conducteur la nécessité de préserver l’« âme des SCOP ». oblige les coopérateurs à un degré de richesse personnel très
variable en fonction du capital dont ils souhaitent doter la Scop11.
De plus, le fait que l’obligation de détention capitalistique
1. Panorama des conditions majoritaire des salariés ne s’accompagne que d’un possible
actuelles de financement faible nombre d’individus (minimum deux) le détenant (aucun
ne devant en principe posséder plus de 50 % du capital), offre
des fonds propres dans les Scop :
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une réalité de détentions capitalistiques très différentes d’une
limites et enjeux Scop à une autre. Le droit fait la part belle à la liberté de gouver-
nance puisque les statuts qui décident des conditions exactes
La problématique commune à toutes les sociétés de constituer d’accès au capital peuvent favoriser, aux extrêmes, un capital
et développer des « fonds propres » se traduit forcément d’une majoritairement détenu par :
– l’ensemble des « salariés-associés » (les statuts et les contrats
5. Concernant les derniers résultats économiques des Scop enregistrés pour de travail obligeant alors ceux-ci à la souscription d’un nombre
2008, cf. les publications récentes sur le site www.scop.coop de la Confédération donné de parts)12,
Générale des Scop (1 893 Scop/39 929 salariés (hors filiales)/ 3,8 milliards
d’€ de chiffre d’affaires/1,8 milliard d’€ de valeur ajoutée/193 millions d’€
de résultat net/Taux de sociétariat à plus de 2 ans : 83 %./ total des fonds
propres : 1,125 milliard d’€). Cf. également, Annie Kahn, « La crise met en 9. Cf. un témoignage de Denis Clerc, « Les Scop à l’abri », Alternatives écono-
lumière les vertus des coopératives. Même si leur nombre reste marginal, les miques, n° 227, juillet 2004, page 114.
Scop obtiennent des résultats économiques supérieurs à la moyenne », Le 10. Les Scop ont bien un « capital social » même si anciennement ont pu
Monde, 2 février 2010, page 13. exister en France des coopératives constituées sous formes d’associations.
6. Sur la réussite économique des Scop, cf. en particulier : G.N.C, Top 100 des Le modèle dit « de Raiffeisen » s’est traduit par la création de peu de structures
entreprises coopératives et panorama sectoriel, les entreprises coopératives, donnant pour assurance aux tiers la garantie solidaire des sociétaires plutôt
acteurs économiques incontournables, 2010, page 42. Déjà, en 1994, France qu’un capital (cf. à ce sujet décret du 9 février 1921 et le statut du Crédit
Huntziger identifiait déjà la propension des Scop à démontrer leurs vertus en agricole mutuel). Le caractère « variable » de ce capital (et remboursable des
temps de crise, cf. « Forces et faiblesses du mouvement Scop dans la crise », parts dans certaines circonstances) met en cause qu’il puisse à proprement
RECMA, n° 253, 1994, pages 19 et suivantes. parler s’intégrer aux fonds propres.
7. Sur la problématique ancienne des fonds propres rapportée à l’économie 11. Le capital minimum de la SA Scop qui est de 18 500 € est inférieur de
sociale en général, cf. Marcel Hipszman, « Le financement du développement 50 % à celui de « droit commun » et celui de la SARL Scop est de deux parts,
de l’économie sociale en France, la problématique fonds propres », Séminaire chacune valant au minimum 15,24 € et 76,22 € au maximum.
sur la finance pour l’économie sociale en Europe (22 et 23 avril 2004), Ides, 12. Au moment de la création les versements peuvent représenter jusqu’à six
11 pages. mois de salaire. Postérieurement au sociétariat (il suffit d’une part pour devenir
8. La synthèse du « Rapport Vercamer » sur l’Économie Sociale et Solidaire sociétaire), les statuts peuvent prévoir en cas d’augmentation de capital, une
publiée en mai 2010 à l’issue des rencontres sociales suggère le « Renforcement obligation de souscription par prélèvements sur le salaire limitée à 10 % du
des fonds propres des coopératives. Les dispositifs d’aide aux PME devraient salaire brut (cf. article 6 de la loi n° 78-763 du 19 juillet 1978 et article L
être accessibles ou adaptés aux coopératives », page 3, point 17. 3251-3 du Code du travail).

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– seulement deux « salariés associés » pour les SARL et 7 pour 2. Lorsque sa répartition entre les mains de quelques-uns se
les SA. conjugue avec des phénomènes de pyramides des âges élevés
L’éventualité qu’un nombre plus ou moins important de personnes chez les détenteurs et/ou de « turn over » important. En effet
se trouve dans la nécessité d’emprunter et auprès de différents la possession d’un pourcentage important du capital entre les
établissement financiers pour devenir coopérateur pourrait mains d’individus susceptibles de quitter la Scop pour différentes

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sembler être une première limite à la constitution d’importants raisons (retraite, démission, licenciement) peut constituer une
fonds propres initiaux. Elle n’est peut-être pas à « surdimen- véritable « bombe à retardement ». Ceux qui quittent la Scop
sionner » dans le cas de la constitution des « petites Scop » (la vont demander le remboursement de leurs parts19 obligeant
très grande majorité d’entre elles), d’autant que les salariés les personnes restantes à souscrire pour des montants parfois
doivent avoir conscience d’effectuer une opération en faveur élevés, d’autant que le principe de la variabilité du capital dans
de l’outil de travail plutôt qu’une opération ayant pour objet un les Scop connaît pour limite l’impossibilité que celui-ci puisse
profit financier13. redescendre en deçà de la moitié du plus haut capital historique
L’obligation d’une détention majoritaire du capital par les salariés de l’entité20.
peut, par contre, forcément poser problème dans deux cas de
figure particuliers :
1. Lorsqu’une Scop veut (ou parce que cela s’impose par la
1.1.2. En cours d’exercice : incidences des règles
nature des activités qu’elle envisage) dès sa création se doter relatives au mode de distribution des résultats
d’une taille importante et de fonds propres conséquents. Certes
il serait possible de penser à l’apport d’associés extérieurs.
et au recours possible à des produits
En effet et sans limite de durée, le capital d’une Scop peut financiers coopératifs
être détenu à 49 % par des « extérieurs » (Scop ou pas) et le Le cadre légal de la répartition des résultats dans les SCOP
droit14 permet même à une Scop de participer provisoirement comme la possibilité qui leur est donnée de recourir à des
pour plus de 50 % au capital d’une autre. Toutefois, dans la produits financiers particuliers du type « titres participatifs » ou
pratique, ces participations d’extérieurs ne sont pas évidentes « Certificats Coopératifs d’Investissement » devraient sans aucun
et nombreuses15du fait sans doute d’une méfiance des Scop doute constituer des atouts en termes de renforcement de leurs
elles-mêmes et d’une attractivité faible pour des investisseurs fonds propres. L’examen des pratiques diverses constatées
à la recherche de pouvoir et de rentabilité. Les « extérieurs » oblige à nuancer les bilans21.
savent en effet qu’ils ne contrôleront jamais la Scop16 et qu’une L’obligation légale pour les Scop de placer au moins 15 % de
participation possible pour une Scop au-delà de 50 % du capital, leurs résultats annuels en réserves, liée au principe de « l’impar-
ne peut excéder dix ans17. Ils ont également conscience que la tageabilité des réserves », constitue un atout majeur en termes
rémunération du capital, si elle existe, n’est pas la priorité de de renforcement des fonds propres. Cela se vérifie en pratique :
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la Scop18et que les conditions de sortie ne permettent pas la le placement en réserves de 15 à 75 % des résultats (avec une
valorisation des parts au-delà de leurs valeurs d’acquisition. moyenne de 45 %) des Scop leur permet de renforcer progressive-
Difficile dans ces conditions d’attirer des partenaires autres que ment leurs fonds propres mais aussi de constituer une « sécurité »
les acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire. à même d’emporter la confiance d’autres partenaires potentiels
susceptibles de financer les activités de la Scop.
13. Lorsque le coût d’un emploi (en y intégrant le matériel et le besoin en fonds
A contrario, la distribution d’au minimum 25 % des résultats
de roulement) varie d’un secteur d’activité à l’autre de 15 à 45 K€, l’apport aux salariés sous forme de « part travail » (la moyenne est de
moyen des coopérateurs est de 1 à 3 K €. Source : site des Scop de PACA 45 % mais avec des « pics » de 84 %)22 pourrait sembler à tort
(http://www.scop-paca.com).
14. Article 25 de la loi n° 78-763 du 19 juillet 1978 (modifié par la loi n° 85-703 constituer un frein à la consolidation de fonds propres. Mais
du 12 juillet 1985). dans les faits, la quasi-totalité de cette « part travail » prend la
15. En 2005 (dernier chiffre disponible) les extérieurs ne représentaient que
7,5 % du total des associés et détenaient 18,8 % du capital des Scop. Sur les forme de participations (98 % des Scop disposent d’un accord
risques pressentis de la participation des extérieurs et qui pourraient expliquer de participation) bloquées 5 ans en compte courant dans l’entre-
pour partie que les Scop, elles-mêmes, ne choisissent pas d’y avoir recours,
cf. B. Claudi -Lassen, « Les apports de capitaux extérieurs : quels risques pour
prise. Elle devient ainsi une ressource à long terme de la Scop,
les principes et objectifs coopératifs », RECMA, n° 271, 1999, pages 37 à 42. contribuant de façon significative à sa structuration financière
16. Les non salariés même détenteurs de 49 % du capital et bénéficiaires de et pouvant être assimilée à des quasi-fonds propres. De plus,
mesures dérogatoires au principe « une personne = une voix » n’auront jamais
plus de 35 % (les non Scop) ou 49 % (en cas de présence d’une société coopé-
rative) des droits de vote.
17. Cette dernière mesure a plutôt été utilisée pour secourir provisoirement
une Scop en difficulté que pour constituer immédiatement des Scop de tailles 19. Les statuts peuvent prévoir un délai avant remboursement jusqu’à cinq ans
importantes ou des « groupes » provisoires. après la perte de la qualité d’associé.
18. La loi permet de créer pour les extérieurs des « parts à intérêt prioritaire 20. Cf. article 31 de la loi n° 78-763 du 19 juillet 1978.
sans droit de vote ». Il ne pourra s’agir que de parts nouvelles rémunérées 21. Sur ce point, cf. David Hiez, « Les instruments de fonds propres des coopé-
selon des règles établies dans les statuts (dans la limite appliquée à toutes ratives : vingt ans d’innovation législative », RECMA, n° 295, 2005, en particu-
les parts d’une distribution des excédents nets de gestion de 33,33 %). Le lier pages 28 à 31 ; François Soulage, « Les fonds propres des coopératives »,
dépassement de 50 % du capital détenu via ces parts fait perdre son statut 3 mai 2000, Esfin-Ides, 14 pages.
fiscal à la Scop. 22. Cf. site de la CG Scop.

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cette participation peut être remontée au capital de la Scop, Parmi ces partenaires, atouts des Scop, figuraient Socoden,
renforçant alors directement ses fonds propres. l’IDES26, Spot27 (ainsi que des partenaires régionaux 28). Ils
Doivent encore être signalés deux produits financiers23 prévus par sont en ce moment même en pleine réorganisation. Socoden,
le droit coopératif et susceptibles de favoriser le renforcement holding financière du mouvement Scop, intervient au capital
des fonds propres dans les Scop : d’outils financiers des Scop tels que Spot, Sofiscop, Transméa et
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– les titres participatifs utilisables y compris dans les SARL Finorpa. Reste à savoir s’ils seront plus richement dotés car à la
depuis 2001 et dont le régime juridique est assez proche de lecture du récapitulatif des aides actuelles29, une limite apparaît
celui des obligations. Ils permettent, pour partie, de compenser immédiatement : leurs montants plafonnés en volume permet-
les limites signalées imposées aux « extérieurs » puisqu’ils tent de soutenir des structures petites ou moyennes mais ne
pourront bénéficier d’une rémunération relativement attractive peuvent répondre aux besoins de structures de taille importante
(comportant un fixe correspondant à 60 % minimum de la valeur (éventuellement même constituées sous forme de « groupes »).
d’origine et une variable) et que les titres sont négociables et Elles devront alors favoriser le recours à l’emprunt au détriment
parfois remboursables24 ; souvent de fonds propres suffisants et songeront à se tourner
– les Certificats Coopératifs d’Investissements permettent aux vers des banquiers plus classiques30 (voire au pire à perdre la
Scop SA uniquement de renforcer leurs fonds propres. Il s’agit forme coopérative). Au colloque du 25e anniversaire de l’IDIES,
de valeurs mobilières sans droit de vote mais permettant une entre autres témoignages, Jean-Luc Candelon, de « Scopelec »,
rémunération au moins égale à celle des parts sociales. Elles coopérative à la croissance remarquable, indiquait : « Notre cœur
sont librement négociables et peuvent être remboursées25. de métier est l’installation d’infrastructures auprès des opérateurs
Pour des raisons diverses (méfiance, difficultés de mise en place de télécommunications et des collectivités territoriales. […] Nous
et de suivi dans des « petites structures », rentabilité insuffisante comptons 800 collaborateurs et réalisons un chiffre d’affaires de
et coûts élevés notamment), ces deux produits sont en réalité 90 à 92 millions d’euros en 2008. Nous nous développons en
peu utilisés dans les Scop et surtout ne peuvent répondre aux interne en formant nos collaborateurs et par croissance externe
besoins exprimés par des coopératives de taille importante. Bien afin d’atteindre la taille critique nécessaire. Les entreprises que
entendu cela induit le nécessaire recours à différents financiers nous rachetons ne sont pas nécessairement des coopératives.
et banquiers. Mais Scopelec en est la maison-mère et les contrôle. Les
partenaires de l’économie sociale, tel l’IDES financent notre

1.2. Le recours nécessaire à des partenaires 26. Elle est intervenue en fonds propres depuis sa création en faveur de 296
financiers appartenant ou non au milieu structures pour 39 millions d’€. Intervention sous forme de titres participatifs
pour des montants entre 80 000 et 600 000 € (voir 1 million d’€ en fonction du
de l’Économie Sociale et Solidaire risque). Dans les deux tiers des interventions il s’agit de favoriser le développe-
ment, dans les autres cas d’accompagner la croissance externe via la reprise
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d’entreprise. L’intervention dépend de la capacité d’épargne des salariés et de
l’autofinancement constaté de la Scop. Les titres peuvent être rachetés par
Les Scop peuvent recourir à différents partenaires financiers tiers pendant les années n+ 4 et n+6 par les salariés, via l’épargne salariale
appartenant ou non à l’Économie Sociale et Solidaire. recueillie dans un PEE ou via un accroissement des fonds propres de la Scop.
Rémunération : commissions mensuelles d’engagement ; intérêts fixes pour
60 % des intérêts et variable pour les 40 % restant (taux indexé sur la capacité
d’autofinancement de la Scop).
1.2.1. Des partenariats avec les acteurs de l’éco- 27. SPOT intervient dans les Scop sous forme d’apport en capital, titres parti-
cipatifs et obligations (sur 5 à 10 ans ainsi qu’en prêts participatifs (sur 3
nomie sociale et solidaire - forces et faiblesses à 5 ans). Les conditions « anciennes » étaient : intervention en capital sur 5
ans ou en titres participatifs sur 7 ans (30 à 150 K€ plafonnés à 35 % du
capital constitué) et une rémunération sous forme de dividendes et de frais
Pour le béotien, la diversité et le « maillage » de structures « de » de dossier. Jusqu’en 2004 : seules 45 participations pour 2,7 millions d’€
ou « tournées » vers l’Économie Sociale et Solidaire susceptibles étaient enregistrées.
28. Existent également des structures régionales du type Pargest, Sofiscop,
d’apporter leurs concours financiers à la constitution ou au Equisol.
renforcement de fonds propres peuvent inquiéter. De même, 29. Sur les différentes formes de financement de l’Économie Sociale et
Solidaire, il est notamment possible de consulter Alternatives économiques,
l’obsolescence des informations mises en ligne sur le sujet par Guide web entreprendre autrement, septembre 2008. Concernant les instru-
les partenaires nationaux des Scop (les chiffres de leurs condi- ments disponibles pour les différentes familles coopératives, cf. David Hiez,
tions d’intervention pour la plupart datent de 2004) interroge… « Les instruments de fonds propres des coopératives, vingt ans d’initiative
législative », RECMA, n° 295, 2005, pages 20 à 37. Pour une vision compa-
ratiste dans le temps cf., Benoît Granger, Banquiers du futur, les nouveaux
instruments financiers de l’économie sociale en Europe, Ch. L. Mayer, 1998,
23. Pour une vision plus exhaustive des outils financiers à disposition 141 pages.
des Scop, cf. en particulier : Collectif, Guide juridique des Scop, ScopEdit, 30. Sur le rôle plus large des banques coopératives, cf. notamment Nadine
novembre 2003, pages 281 à 290. Richez-Battesti/Patrick Gianfaldoni, Georges Gloukoviezoff/Jean-Robert
24. La Scop peut décider de procéder à un remboursement au terme d’une Alcaras, Banques coopératives et innovations sociales, Recma, n° 301, 2006,
détention d’au minimum sept ans ou n’accepter le remboursement qu’en cas pages 26 à 41. Sur le « sentiment de proximité » entre banquiers et structures
de dissolution. de l’Économie Sociale et Solidaire, cf.. Jean-Robert Alcaras, Patrick Gianfaldoni
25. Sur ces certificats, cf. en particulier : Nadine Richez Battesti et Patrick et Nadine Richez-Battesti « Les relations entre les banques coopératives et les
Gianfaldoni, Les banques coopératives en France : le défi de la performance organisations de l’économie sociale et solidaire : proximités et partenariats »,
et de la solidarité, L’Harmattan, 2006, pages 86 et 240. RECMA n° 311, 2009.

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développement. Mais nous en avons atteint les limites. Notre banques non tournées spécifiquement vers l’Économie Sociale
fort développement nécessite de trouver de nouveaux et plus et Solidaire, elles peuvent bien entendu devenir partenaires
importants moyens de financement. Cette question est posée des Scop mais à un autre moment que la constitution de fonds
par les entreprises de l’économie sociale à fort développement propres (moment trop risqué et pas assez rémunérateur34) et
qui pour cela ont besoin de capitaux. Les plus « grandes Scop » en particulier en tant que prêteuses. Reste à savoir si elles ont

Ce que fait et propose l’autre finance – II


seront donc contraintes de recourir à l’emprunt bancaire, plus le désir ou ont une connaissance suffisante des spécificités
facilement mobilisable pour des montants importants mais positives des Scop (entreprises non opéables, constitution et
au détriment de leurs fonds propres et de la solidité de leurs impartageabilité des réserves, motivation des salariés, solidité
structures financières ». en cas de maillage par filialisation) pour traiter rapidement leurs
Même lorsque la banque partenaire fait partie de l’Économie demandes et leur appliquer des conditions intéressantes.
Sociale et Solidaire31, il est malheureusement peu probable Une meilleure connaissance de la formule Scop par les banquiers
qu’à l’occasion des prêts éventuellement obtenus, les Scop « classiques » est certainement un enjeu. Un trop grand nombre de
bénéficient de mesures favorables en termes de durée d’examen refus de partenariats financiers par les banques, ne connaissant
des demandes et de délivrance des fonds, de degrés de risque pas ou ne croyant pas en la viabilité de la formule Scop, pourrait
acceptés, de garanties demandées et de taux pratiqués. Dans favoriser des « sorties du statut » des plus importantes. En effet,
quelle propension les financiers de l’économie sociale se démar- le droit coopératif offre depuis 1992 une possibilité de sortie
quent-ils des banquiers dits « classiques » au moment d’octroyer du statut coopératif aux contours bien vagues : une Scop peut
des crédits ?32 Une étude chiffrée demain sur ce sujet serait la demander à sortir de son statut pour se transformer en une SA
bienvenue. De plus, les prêts obtenus auprès des banques ne ou une SARL « classique » lorsque sa « survie » ou les « nécessités
règlent pas le problème de l’insuffisance des fonds propres. de son développement en dépendent ». Une Scop confrontée à
Des progrès sont certainement toujours à accomplir même si un besoin financier important et urgent qui ne trouverait pas de
ces dernières années ont vu différentes bonnes pratiques se financier validant la structuration « Scop » pourrait être tentée
mettre en place : d’exciper de cette situation pour sortir du statut. Il pourrait même
– engagements décidés de façon décentralisée au niveau de résider là un risque d’instrumentalisation ou d’abus de droit si la
Comités d’engagements régionaux et en articulation avec des demande de sortie du statut avait en réalité pour objet de faire
prêts bancaires pour générer un effet de levier ; fi des obligations coopératives et de permettre une valorisation
– mise en place depuis décembre 2008 d’une cellule d’instruction interdite des parts.
entre la CG Scop33 et le Crédit coopératif pour l’accompagne- Le constat que les spécificités du fonctionnement des Scop,
ment des Scop en situation difficile. additionnées à la « frilosité » de certains partenaires financiers,
freinent le développement des plus importantes, invite à chercher
des solutions nouvelles.
1.2.2. Forces et faiblesses des partenariats
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avec les « financiers communs »
2. Des conditions nouvelles
Les Sociétés de capital risque (et autres « business angels ») de développement des fonds
ne sont pas intéressées à intervenir dans les Scop du fait de
l’absence de plus-values financières à en attendre. Quant aux propres des Scop ?
Les Scop bénéficient aujourd’hui de fonds propres quatre à cinq
31. Il s’agit principalement des banques coopératives : Groupe BPCE (réseaux
Caisses d’Epargne, Banques Populaires, Crédit Coopératif), Crédit mutuel, fois supérieurs à ceux de PME de taille comparable (chaque Scop
Crédit agricole. emploie en moyenne 22 personnes). Toutefois ce fait positif
32. Alain Camille Jan, de la Direction des Entreprises au Crédit Coopératif,
indiquait fin 2008 : « La forme Scop est très séduisante pour un banquier : doit être relativisé à l’aune des problématiques financières des
elle est solide financièrement et se construit sur une vision à long terme », cf. entreprises ne se situant pas dans la moyenne mais de taille
Conférence-débat sur la transmission d’entreprises en Scop organisée par
l’APERE, la CG Scop et le Crédit Coopératif, Paris (Palais du Luxembourg),
plus importante. Plusieurs axes peuvent être envisagés pour
15 décembre 2008. Il pourrait être intéressant de réfléchir à l’élaboration développer les fonds propres des Scop.
d’un « scoring » adapté aux Scop et pouvant faciliter leur accès à des finance-
ments. Pour apprécier l’opportunité de soutenir financièrement une Scop les
banquiers vont classiquement analyser sa santé financière et ses chances
de développement et lui attribuer une note en termes de risque qui influera 34. Jean-Louis Bancel, président du Crédit coopératif expliquait fin 2009 :
également en cas de partenariat les taux appliqués et garanties demandées. « on a beaucoup de mal, nous banquiers, à faire comprendre que les fonds
Il serait intéressant d’envisager la possibilité de procéder aux retraitements propres, en l’occurrence les titres participatifs dans l’économie sociale, valent
comptables et à l’attribution d’un degré de risques qui prendraient en compte plus cher que le prêt bancaire. Pour l’investisseur, la question de la sortie du
certaines réalités propres aux Scop : entreprises non opéables, effectuant capital se pose toujours […] il n’est pas envisageable de rester à trop long
des mises en réserve impartageables ; statistiques relatives à la stabilité des terme dans la Scop. Il y a donc nécessité pour l’entreprise de prévoir cette
Scop ; succès des entreprises reprises sous cette forme. sortie grâce aux résultats dégagés par son activité ». Cf. Pierre Liret, « Entretien
33. La Confédération Générale des Scop est devenue en 2010 Confédération avec Jean-Louis Bancel, Président du Crédit Coopératif », Participer, n° 633,
des Sociétés Coopératives et Participatives mettant l’accent sur la dimension novembre-décembre 2009, pages 22 et 23.
de « coentrepreneurs » des acteurs dans les coopératives.

mai-août 2011
Dossier
102 La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 249-250 – Finance

2.1. Du point de vue du droit consistant à même de favoriser une meilleure confiance des
et de la gouvernance partenaires extérieurs ? Dans le même esprit et en poursuivant
un objectif semblable, les SA Scop qui bénéficient déjà d’un
Ce n’est pas l’ajout en avril 2008, dans le CGI, d’un article capital minimum inférieur de 50 % à celui des autres SA, ne
prévoyant une diminution d’ISF en cas de souscription de parts devraient-elles pas s’aligner sur le droit classique, exigeant une
Ce que fait et propose l’autre finance – II

dans les Scop35 qui pourra apporter seul une réponse satisfaisante libération des parts en numéraire lors de leur souscription de
à leurs besoins de financement en termes de fonds propres. la moitié de leur montant, plutôt que de continuer à être tenues
S’il est nécessaire voire urgent d’imaginer d’autres mesures, de n’en libérer qu’un quart ?37
les éventuelles pistes de modifications juridiques du droit des Ces deux premières propositions pourraient constituer des
Scop ou de leur environnement doivent être réfléchies dans la avancées mais risquent d’être symboliques à l’aune des besoins
double limite de ne pas risquer d’une part, un nivellement ou constatés. D’autres pistes plus « violentes » au regard de l’identité
une dissolution des spécificités coopératives (en alignant peu ou coopérative sont sans doute à envisager.
prou progressivement le statut Scop sur celui des autres SA et vers une rémunération plus forte des parts sociales pour doper
SARL)36, d’autre part, de demander des mesures qui pourraient leur attractivité ? Sur ce point et sur d’autres, le droit communau-
considérées anti concurrentielles. C’est donc avec retenue et taire et en particulier le Règlement du 22 juillet 2003 (entré en
prudence que quelques pistes à débattre peuvent être évoquées vigueur en 2008) relatif à la Société Coopérative Européenne38
sachant qu’un statu quo n’est plus viable. permet déjà de déroger parfois dangereusement aux règles
vers un pourcentage minimum d’associés salariés dans le classiques39. Il serait sans doute nécessaire pour éviter à la fois un
scop ? La concentration du capital entre les mains d’une minorité dévoiement des valeurs coopératives, appliquées excessivement
de salariés coopérateurs et qui est parfaitement légale, donne à « géométrie variable », mais aussi pour empêcher tout « dumping
déjà sujet à débats entre ceux pour qui l’ouverture à tous du juridique40 », accessible aux entreprises pouvant se constituer
capital respecterait mieux « l’esprit coopératif » et ceux plus en « groupe », que des mesures « dopant » la rémunération des
favorables à un accès « au mérite ». Empiriquement et sans parts soient réfléchies.
considération idéologique, la concentration du capital entre les
mains de personnes proches de la retraite peut mettre en péril
la stabilité des Scop surtout si elle a atteint un capital élevé 37. Et à libérer le surplus dans un délai fixé par les statuts mais ne pouvant
dans des années fastes. Il semblerait nécessaire d’obliger à excéder trois ans. Cf. article 27 de la loi n° 78-763 du 19 juillet 1978 (modifiée
sur ce point par la loi n° 92-643 du 13 juillet 1992.
une détention capitalistique plus large. Certaines Scop obligent 38. Cf. Philippe Marchand, « La société coopérative européenne à l’épreuve
déjà tous les salariés à devenir coopérateurs (dans un délai fixé des principes coopératifs », in (sous la direction de) Jean-Louis Laville et
Pascal Glémain, L’économie sociale et solidaire aux prises avec la gestion,
par les statuts et repris par le contrat de travail). Sans rendre DDB (collection : solidarité et société), 2010, pages 193 à 244. Emmanuel
cette faculté statutaire légalement obligatoire et parce que des Bayo, « La Société Coopérative Européenne ou les enjeux multiples d’une
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« campagnes de sensibilisation » à l’ouverture du capital au plus nouvelle forme de groupement », Journal des Sociétés, n° 49, décembre 2007,
pages 50 à 58. Numéro spécial (n° 291) de la RECMA, février 2004.
grand nombre ne suffirait pas, il conviendrait de réfléchir à une 39. Pour ne citer que quelques exemples d’aménagements possibles au
détention du capital majoritaire par un pourcentage minimum de statut coopératif via la SCE et cela sans autorisation de la loi nationale mais
grâce au droit communautaire et/ou aux statuts : La rémunération des parts
salariés par rapport à l’effectif total (et non plus deux ou sept). sociales : bien que soit indiqué le principe de limiter la rémunération des
vers un capital initial plus important ? Concernant les conditions parts sociales, les associés sont en réalité libres de rémunérer ces parts
sans plafond. La loi du 10 septembre 1947 instaure notamment le plafond
de libération des parts souscrites pour constituer le capital social du Taux Moyen Obligataire (même s’il existe d’autres dispositions spécifiques
des SARL, le droit coopératif est d’apparence plus exigeant que en la matière). Intégration des réserves au capital : elle est possible dans
celui « classique » puisqu’il exige une libération intégrale plutôt que la Société Coopérative Européenne, sans plafond (article 4-8 du Règlement)
et par la seule volonté des statuts (proposée par l’organe de direction ou
d’un cinquième. Il est inutile de disserter sur l’éventuel avantage d’administration et décidée par l’AG avec le quorum nécessaire pour une
comparatif d’avoir à libérer 20 % de 1 € ou 100 % de 30 € et modification statutaire. La loi française du 10 septembre 1947 instaure elle
un plafond (50 % des réserves disponibles à la première incorporation/50 % de
sur la vanité d’espérer faire fonctionner une SARL, Scop ou non, l’accroissement desdites réserves enregistré depuis la précédente incorpora-
avec les capitaux minima prévus par la loi… À contre-courant tion pour les incorporations suivantes). Filialisation : une Société Coopérative
Européenne pourra détenir une part du capital d’une autre société. Certains
des dernières réformes législatives, les Scop SARL ne devraient- voient là un risque de vider la coopérative de son objet social en en faisant
elles pas exiger, non de fait mais aussi de droit, un capital plus une « holding classique » (les associés des entités non coopératives voteront en
fonction de leur participation au capital/les associés coopérateurs pourraient
bénéficier de dividendes distribués par les filiales/la société mère risque avec
35. Cf. loi n° 2007-1223 du 21 août 2007 (modifiée par la loi du 30 décembre le temps de poursuivre le même but que ses satellites (en théorie ce sont
2009 n° 2009-1673) en faveur du travail, de l’emploi et du pouvoir et les filiales qui doivent participer à la réalisation de l’objet de l’entité mère).
l’article 885-0 V bis du Code Général des Impôts autorisant un contribuable Cette peur pourrait d’autant plus justifier que soit accordé à l’avenir un « droit
à imputer sur son ISF 75 % du montant des versements effectués au titre de national des groupes » pour les coopératives. Retrait et remboursement des
souscription de titres participatifs notamment et sous conditions dans une parts : les statuts prévoiront les modalités et les conditions de l’exercice du
Scop (l’avantage fiscal ne pouvant dépasser 50 000 €). droit de retrait et impartiront le délai, d’un maximum de trois ans, dans lequel
36. Sur les craintes que l’essor quantitatif de l’Économie Sociale et Solidaire le remboursement devra s’effectuer. Pour les Scop, il est de cinq ans.
puisse s’accompagner d’une perte d’identité, cf. en particulier : (sous la direc- 40. Sur les différences entre droits nationaux et bien que l’ouvrage ne super-
tion de) Jean-Louis Laville et Pascal Glémain, L’économie sociale et solidaire pose des analyses nationales plus qu’il ne les compare de façon transverse,
aux prises avec la gestion, DDB (collection : solidarité et société), 2010, 480 cf. en particulier sous la direction de David Hiez, Droit comparé des coopéra-
pages. tives européennes, Larcier, juillet 2009, 168 pages.

mai-août 2011
Dossier
La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 249-250 – Finance 103

vers une plus grande homogénéité des droits coopératifs la Caisse des dépôts de partenaires financiers (choisis entre 1
européens ? Sans aucun doute les questions liées à la constitu- ou 2 mois après appel à candidatures) qui seront eux-mêmes
tion, la détention et la valorisation du capital doivent être débattues en charge de la détection des projets d’entreprises sociales et
entre familles coopératives européennes pour aboutir à défaut solidaires nécessitant « un investissement principalement en
d’une harmonisation à de moins grandes disparités. L’entente quasi-fonds propres et, de façon subsidiaire, en fonds propres ».42

Ce que fait et propose l’autre finance – II


entre familles nationales n’est certes déjà pas une évidence et En plus d’aides ponctuelles de l’État, ce dernier pourrait égale-
le droit coopératif comparé n’en est qu’à ses balbutiements, ment accepter de se porter garant en faveur des salariés qui
mais chacun en restant sur ces positions propres ne peut que décident de reprendre une activité en Scop ou favoriser davantage
fragiliser l’ensemble. Pour caricaturer, s’il devait exister autant de la création d’emplois par des chômeurs.
formules coopératives que d’envies, les coopératives auraient du L’État pourrait également favoriser la création des Scop en
mal à présenter une identité et des résultats communs justifiant élargissant les limites des procédures « OSEO » aux investisseurs
des mesures particulières ne pouvant être considérées comme professionnels dans les Scop. 43
constituant des mesures anti concurrentielles. vers un partenariat accru des régions ? Le caractère indéloca-
vers un accroissement des filialisations et la constitution du lisable des activités des Scop, l’ancrage régional des emplois
droit des groupes ? Le sujet dépasse le cadre strict de cette créés et maintenus, les résultats économiques enregistrés
étude et mériterait d’être traité en tant que tel, mais il est parfois supérieurs à la moyenne nationale, l’impartageabilité des
évident que la problématique économique de la taille touche les réserves situant les Scop dans une logique de développement
Scop insuffisamment outillées pour le moment pour constituer constituent, entre autres, les facteurs objectifs d’une « plus-
des groupes. Le développement de la filialisation entraîne la value sociale et économique » d’abord régionale. La disparition
constitution de groupes sous différents modèles permettant la récente de l’une des contreparties phares accordées aux Scop
sauvegarde d’une gouvernance coopérative (celui classique de en raison de cette plus-value (l’exonération sous condition du
la « mère » détenant les « filles » mais, pourquoi pas aussi, de paiement de la taxe professionnelle) nécessite de réfléchir à
« filles » coopératives détenant la « mère » ?). des mesures compensatrices. Il ne s’agirait bien entendu pas
d’accorder des « faveurs anticoncurrentielles » aux Scop mais
de développer les rapports avec des partenaires publics dans
2.2. Du point de vue des partenariats une logique « gagnant-gagnant ». Il serait utile à tous de voir des
financiers fonds d’investissements publics investis en titres participatifs
(en plus de la contrepartie économique et sociale signalée, la
La recherche de conditions futures, plus favorables à la création région pourrait être désignée comme bénéficiaire de tout ou
et au développement des fonds propres dans les Scop, nécessite partie du « boni de liquidation » de la Scop).44
un certain réalisme d’une part, en évitant les slogans phantas- vers un financement des sCop via l’épargne solidaire ? Un
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matiques (« Les banques n’ont qu’à plus aider des structures grand nombre de Scop correspondent à la définition de l’« entre-
méritantes ! »), d’autre part, en conservant à l’esprit que les prise solidaire » telle que définie et encadrée en 2008 et 2009
sociétés coopératives de production n’auraient aucun intérêt à et seraient en mesure de bénéficier de financements dits
perdre leur âme en obtenant des leviers financiers au prix d’une « solidaires »45.
dilution de leurs spécificités.
42. Cf. article 2 de la convention.
vers une intervention plus forte de l’État ? L’État a récemment 43. Le récent « Rapport Vercamer » relatif à l’Économie Sociale et Solidaire
marqué sa volonté de favoriser le financement des structures reprend d’ailleurs dans son tableau de synthèse la proposition notamment
appartenant à l’Économie Sociale et Solidaire. L’article 8 de la loi formulée par le Groupement National de la Coopération d’« élargir les limites des
procédures OSEO aux investisseurs professionnels dans les SCOP ou coopé-
des finances rectificative pour 201041, prévoyant le soutien en ratives ; rendre accessibles aux co-entrepreneurs de SCOP ou coopératives
« quasi-fonds propres » et « de façon subsidiaire en quasi-fonds des dispositifs de garantie OSEO adaptés ». Cf. Francis Vercamer, Rapport sur
l’Économie Sociale et Solidaire, avril 2010, page 14. Sur la difficulté ancienne
propres » de plus de 2 000 entreprises ainsi que la création ou d’obtenir des aides dans le cadre de la reprise d’entreprises, cf. l’encadré
la consolidation de plus de 60 000 emplois, s’est traduit par « Le casse-tête du financement » dans Alternatives économiques, mars 2007.
44. Le droit coopératif prévoit déjà en effet qu’en cas de dissolution ou liqui-
un « Grand emprunt » qui pourrait partiellement bénéficier aux dation in boni, une Scop ne procède pas à un partage de son actif mais doit
Scop. En effet, 100 millions d’euros sont destinés à soutenir transmettre ses actifs à une autre Scop ; une union, une fédération de Scop ;
spécifiquement le domaine de l’Économie Sociale et Solidaire. une personne morale de droit public ; une œuvre d’intérêt général, coopératif
ou professionnel ne poursuivant pas un but lucratif.
La Caisse des Dépôts et Consignations, en application d’une 45. L’article 81 de la Loi n° 2008-776 du 4 août 2008 a modifié le Code du
convention publiée au Journal Officiel du 20 juillet 2010, est travail en fixant les conditions qui permettent aux Scop d’être considérées
comme « Entreprises solidaires » : article L 3332-17-1 du Code du travail : « les
chargée d’identifier des relais qui financeront différents projets de entreprises dont les titres de capital, lorsqu’ils existent, ne sont pas admis aux
l’économie sociale et solidaire. Il est pour le moment impossible négociations sur un marché réglementé et qui : - soit emploient des salariés
dans le cadre de contrats aidés ou en situation d’insertion professionnelle ; -
de connaître le montant qui pourrait être alloué aux Scop puisque soit, si elles sont constituées sous forme d’associations, de coopératives, de
le processus d’attributions passe d’abord par la sélection par mutuelles, d’institutions de prévoyance ou de sociétés dont les dirigeants sont
élus par les salariés, les adhérents ou les sociétaires, remplissent certaines
règles en matière de rémunération de leurs dirigeants et salariés. Ces règles
41. Loi n° 2010-237 du 9 mars 2010. sont définies par décret. Les entreprises solidaires sont agréées par l’autorité

mai-août 2011
Dossier
104 La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 249-250 – Finance

Ces financements consistent principalement en des Fonds Bibliographie


Communs de Placement (FCP), dont 5 à 10 % des encours
ouvrages/rapports
sont investis dans des entreprises agréées solidaires, le reste Collectif, Guide juridique des Scop, Paris, ScopEdit, novembre 2003, 619
étant placé sur des supports classiques (actions, obligations, pages.
monétaires). Souscrits tant par des particuliers que par des G.N.C, Top 100 des entreprises coopératives et panorama sectoriel, les
Ce que fait et propose l’autre finance – II

entreprises coopératives, acteurs économiques incontournables, Paris


entreprises ou des institutionnels, ces fonds ont connu un fort 2010, 52 pages (consultable sur : www.entreprises.coop).
développement en 200946. Les FCPE solidaires, dédiés aux Granger Benoît, Banquiers du futur, les nouveaux instruments financiers
salariés pour le placement de leur épargne salariale et fonction- de l’économie sociale en Europe, Ch. L. Mayer, Paris, 1998, 141 pages.
nant sur le même modèle, ont particulièrement contribué à l’essor Hiez David (Sous la direction de), Droit comparé des coopératives européennes,
Bruxelles, Larcier, juillet 2009, 168 pages.
de cette épargne solidaire, depuis la loi de Modernisation de Laville Jean-Louis et Pascal Glémain (Sous la direction de), L’économie
l’Économie d’août 2008 qui a rendu obligatoire la présence d’un sociale et solidaire aux prises avec la gestion, DDB (collection : solidarité
fonds solidaire dans tous les plans d’épargne entreprise (PEE) et société), 2010, 480 pages.
Richez Battesti Nadine et Gianfaldoni Patrick, Les banques coopératives
à partir du 1er janvier 2010.
en France : le défi de la performance et de la solidarité, Paris, L’Harmattan,
Les SCOP pourraient bénéficier pour leur financement soit directe- 2006, 294 pages.
ment, soit via une des structures de financement du Mouvement Vercamer Francis, Rapport sur l’Économie Sociale et Solidaire, avril 2010,
SCOP, d’une partie de cette épargne solidaire. Selon les condi- 176 pages.
revues
tions pouvant être convenues avec les gestionnaires d’actifs qui
Alcaras Jean-Robert, Gianfaldoni Patrick et Richez-Battesti Nadine, « Les
gèrent ces fonds solidaires, ces financements pourraient prendre relations entre les banques coopératives et les organisations de l’éco-
la forme soit d’apports en capital, soit de titres participatifs nomie sociale et solidaire : proximités et partenariats », RECMA n° 311,
(permettant le développement des fonds propres), soit de billets pages 46 à 58.
Bayo Emmanuel, « La Société Coopérative Européenne ou les enjeux
à ordre dont la durée pourrait les assimiler à des quasi-fonds
multiples d’une nouvelle forme de groupement », Journal des Sociétés,
propres. Certaines SCOP bénéficient d’ores et déjà, mais de n° 49, décembre 2007, pages 50 à 58.
manière encore marginale, de cette épargne solidaire. Claudi -Lassen B., « Les apports de capitaux extérieurs : quels risques pour
Alors que les coopératives font l’objet d’une reconnaissance les principes et objectifs coopératifs », RECMA, n° 271, 1999, pages 37 à 42.
Espagne François, « Le droit coopératif français : une autonomie à conquérir
unanime à l’échelle internationale, – l’année 2012 ayant même ou à confirmer ? », RECMA, n° 317, août 2010.
été déclarée « année des coopératives » par l’Assemblée générale Hiez David, « Vers une autonomie du droit coopératif ? », RECMA, n° 317,
des Nations Unies –, les Scop sont du point de vue de leurs août 2010.
modes de financements à un tournant de leur histoire. Si elles Hiez David, « Les instruments de fonds propres des coopératives : vingt ans
d’innovation législative », RECMA, n° 295, 2005, pages 20 à 37.
souhaitent ne pas être en quasi-intégralité des structures limitées Hipszman Marcel, « Le financement du développement de l’économie sociale
en taille, elles doivent sans aucun doute réfléchir à des moyens en France, la problématique fonds propres », Séminaire sur la finance pour
nouveaux favorisant le développement de leurs fonds propres l’économie sociale en Europe (22 et 23 avril 2004), Ides, 11 pages.
Huntziger France, « Forces et faiblesses du mouvement Scop dans la crise »,
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sans pour autant perdre leur identité. Comme cycliquement dans
RECMA, n° 253, 1994, pages 19 et suivantes.
l’histoire des coopératives, elles doivent réaliser leur aggiorna- Harbour Michelle, « L’altruisme et le modèle coopératif », La Revue des
mento naviguant entre et cherchant à concilier utopie, réalisme et Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 239-240, 2009, pp. 87-96.
intégrité. Pas plus le débat que les solutions ne doivent émaner DOI : 10.1051/larsg/2009046.
Naszályi Philippe, « Crédit coopératif, histoire et actualité ; l’héritage de
des seuls financiers, juristes, idéologues ou chercheurs. Les
Raiffeisen (1818-1888) et Schultze-Delitzsch (1808-1885) » in Économie
coopérateurs qui vivent au quotidien les valeurs de la coopération sociale et solidaire, Nouvelles trajectoires d’innovations, collection Marché
sont les plus à même d’identifier besoins et solutions idoines. et Organisation, L’Harmattan, 2010, 236 p.
Richez-Battesti Nadine, Gianfaldoni Patrick, Gloukoviezoff Georges et Alcaras
Jean-Robert, « Banques coopératives et innovations sociales », Recma,
n° 301, 2006, pages 26 à 41.
Rivet Alain et, Mathé Jean-Charles, « La SCOP, une entreprise alternative ? »,
La Revue des Sciences de Gestion, Direction et Gestion n° 200, 2003 pp.
67-75. DOI : 10.1051/larsg :2003007
Rivet Alain et Mathé Jean-Charles, « La stratégie de croissance des SCOP :
administrative. Sont assimilés à ces entreprises les organismes dont l’actif est contingence des valeurs et convergence des choix », La Revue des Sciences
composé pour au moins 35 % de titres émis par des entreprises solidaires ou de Gestion, Direction et Gestion n° 243-244, 2010, pp. 17-24.
les établissements de crédit dont 80 % de l’ensemble des prêts et des investis- Soulage François, « Les fonds propres des coopératives », 3 mai 2000,
sements sont effectués en faveur des entreprises solidaires ». Art. D. 3332-21-2 Esfin-Ides, 14 pages.
(décret n° 2009-304 du 18 mars 2009) : « Au sein des entreprises solidaires
Articles
définies au troisième alinéa de l’article L. 3332-17-1, la moyenne des sommes
versées, à l’exception des remboursements de frais dûment justifiés, aux cinq Kahn Annie, « La crise met en lumière les vertus des coopératives. Même si
salariés ou dirigeants les mieux rémunérés n’excède pas, au titre de l’année leur nombre reste marginal, les Scop obtiennent des résultats économiques
pour un emploi à temps complet, cinq fois la rémunération annuelle perçue supérieurs à la moyenne », Le Monde, 2 février 2010, page 13.
par un salarié à temps complet sur la base de la durée légale du travail et du Liret Pierre, « Entretien avec Jean-Louis Bancel, Président du Crédit
salaire minimum de croissance. Pour les sociétés, les dirigeants s’entendent Coopératif », Participer, n° 633, novembre-décembre 2009, pages 22 et 23.
au sens des personnes mentionnées au premier alinéa du 1° de l’article 885 « Baromètre de la finance solidaire », La Croix, mai 2010, 8 pages.
O bis du code général des impôts ».
Sites internet
46. Cf. sur le sujet le Baromètre de la finance solidaire, La Croix, mai 2010,
8 pages.
Informations de la Confédération Générale des Scop : www.scop.coop

mai-août 2011
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