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Platon, Le Timée, L’origine des animaux

La tribu des oiseaux vient par un changement de forme, la croissance de plumes au lieu de
cheveux, de ces hommes sans malice, mais légers, qui discourent des choses d’en haut, mais
s’imaginent dans leur simplicité que les preuves les plus solides en cette matière s’obtiennent
par le sens de la vue.

L’espèce des animaux pédestres et des bêtes sauvages est issue des hommes qui ne prêtent
aucune attention à la philosophie et n’ont pas d’yeux pour observer la nature du ciel, parce
qu’ils ne font plus aucun usage des révolutions qui se font dans la tête et se laissent guider par
les parties de l’âme qui résident dans la poitrine. Par suite de ces habitudes, leurs membres
antérieurs et leur tête, attirés vers la terre par leur affinité avec elle, s’appuient sur elle, et leur
crâne s’est allongé et a pris toutes sortes de formes, selon la manière dont la paresse a
comprimé en chacun d’eux les cercles de l’âme. Cette race est née avec quatre pieds ou
davantage pour la raison que voici. C’est que le dieu a donné aux plus inintelligents plus de
supports, pour qu’ils fussent davantage attirés vers la terre. Parmi ces derniers mêmes, les plus
stupides, qui étendent entièrement tout leur corps sur la terre, n’ayant plus besoin de pieds, les
dieux les ont engendrés sans pieds et les ont fait ramper sur le sol.

La quatrième espèce, qui vit dans l’eau, est née des plus stupides et des plus ignorants de tous.
Ceux-là, les artisans de leur transformation ne les ont même plus jugés dignes de respirer un
air pur, parce que leur âme était souillée de toutes sortes de fautes. Au lieu de les laisser
respirer un air léger et pur, ils les ont enfoncés dans l’eau pour en respirer les troubles
profondeurs. Voilà d’où est venue la nation des poissons, des coquillages et de tous les
animaux aquatiques, qui, en raison de leur basse ignorance, ont en partage les demeures les
plus basses. Tels sont les principes suivant lesquels, aujourd’hui comme alors, tous les
animaux passent l’un dans l’autre, suivant qu’ils perdent ou gagnent en intelligence ou en
stupidité.

Nous pouvons dire ici que notre discours sur l’univers est enfin arrivé à son terme ; car il a
reçu en lui des êtres vivants mortels et immortels et il en a été rempli, et c’est ainsi qu’étant
lui-même un animal visible qui embrasse tous les animaux visibles, dieu sensible fait à
l’image de l’intelligible, il est devenu très grand, très bon, très beau et très parfait, ce ciel
engendré seul de son espèce.

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