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Cours N° 4 : GEOPOLITIQUE DES FRONTIERES DANS LE MONDE ARABE

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Ce document comprend :
I) Le cours
II) Exposé = Le Maroc et le Sahara occidental
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Cette région est l’une des plus instable de la planète : l’actualité renforce cette idée, mais sur un temps un peu plus long,
depuis 1945, voire un plus grand nombre d’années, tous les pays du Maghreb-Machrek sauf TUNISIE, QATAR et
BAHREIN ont connu des conflits ouverts aux causes multiples et complexes.

Il existe deux sortes de causalité :


• un rapport de force interne à la région, avec des découpages frontaliers contestables et la fragilité de
jeunes états nations ( problèmes de minorités, d’accroissement démographique, montée de
l’islamisme…)
• un rapport de force externe à la région, induit par la place stratégique du monde arabe, carrefour ,
position accrue par la présence d’hydrocarbures  donc intervention des grandes puissances dans
les conflits.
Un thème en particulier couvre un ensemble , c’est celui des frontières. Intéressant du fait de la création d’états récents
et fragiles. Nous ferons une approche globale des problèmes, puis des exemples et enfin nous étudierons le conflit
israélo-palestinien.

I) DES DECOUPAGES FRONTALIERS CONTESTES

A) ETAT-NATION,TERRITOIRES ET FRONTIERES

C’est le point central puisque , après la 2ème guerre mondiale, les pays arabes accèdent à l’indépendance et choisissent
l’état nation qui tranche avec l’ancien modèle de l’empire ottoman. C’est donc une trilogie,
1 ETAT  1 NATION ( un peuple)  1 TERRITOIRE ( hégémonique délimité par des frontières).
Cette identification est nécessaire quand il faut construire un état moderne mais pose le problème des minorités ( qui
était autrefois dilué dans un contexte beaucoup plus large), donc cela pose de nombreux problèmes.

1) Les frontières, héritage colonial

Dans la majorité des cas les frontières sont récentes, datent de l’empire ottoman ou de tracés imposés. Ce caractère est
plus visible au Proche-Orient qu’au Maghreb , exemple l’Arabie Saoudite a été réalisée de l’intérieur par Ibn Saoud.
La période de la colonisation est capitale  tournant après la 1ère guerre mondiale quand les grandes puissances se
partagent l’empire ottoman, on assiste au morcellement du monde arabe. Ces frontières demeurent un des rares
héritages entièrement assumé par les états indépendants : pour preuve l’organisation de l’unité africaine et la Ligue
arabe ont déclaré l’intangibilité des frontières. Elles sont pré-existantes aux états et forment un cadre dans lequel
s’inscrive les états.
In Boustani et Fargues, Atlas du monde arabe, Géopolitique et société…« dans une succession de traités et de
conférences des diplomates vont se pencher sur des cartes. De leurs traits de plume rapides vont jaillir des
frontières…de leurs atermoiements vont naître des antagonismes qui scelleront pour longtemps encore le sort de
populations qui n’auront pas été consultées…»…
In « Dans l’ombre de Lyautey » par de BOISBOISSEL…»…nota  à cette époque Lyautey commande en Oranie et
doit faire face à des pillards de la tribu des Beni Snassen qui se réfugient derrière la frontière marocaine, razzia faite…
….«…contraint d’occuper Ras el Aïn qui se trouve nettement au delà de la frontière le général y installe un poste,
doublé aussitôt bien entendu, d’un marché qui fait l’affaire de tout le monde, d’autant qu’il est mixte ,algéro-marocain.
Pour ménager les susceptibilités marocaines un détachement chérifien fut invité à se joindre à nos troupes d’Algérie.
Cette précaution ne suffit pas à éviter l’incident diplomatique redouté à Paris...couvert a postériori avec un courage
rare par…Lyautey risque sa carrière en refusant d’évacuer. Tout finit par s’arranger au moyen d’un changement d’état
civil géographique : Ras el Aïn sera baptisé Berguent , de même qu’un peu plus tard Béchar se muera en Colomb
…»…nota au moment du tracé de la frontière la ligne est passée à l’est de Berguent à 30Km ( c’est aujourd’hui la ville

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marocaine de Aït Benmatha) et Colomb est redevenu Béchar ex Colomb-Béchar en Algérie…cette partie sud de la
frontière algéro marocaine n’est toujours pas reconnue par le Maroc…et pour cause…
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2) Nations et nationalismes

Le résultat de ce processus de décolonisation est le réveil de sentiments nationalistes qui se sont amplifiés au cours des
luttes pour l’indépendance, avec les mêmes effets en Turquie et en Iran. Ces mouvements s’incarnent en des hommes
comme Nasser, Bourguiba…et , ce qui est mis en avant, est l’unité de la nation au détriment des minorités.. Parfois on
trouve des bases de nature interne,
• la religion  le wahhabisme, Islam rigoriste, s’est allié en Arabie saoudite à la dynastie
• l’idéologie , exemple du parti Baas ou du Nassérisme, le socialisme arabe, les mouvements
laïques…
• la dynastie  les hachémites se retrouvent en Jordanie : descendants des gardiens de La Mekke ils
sont expulsés par Ibn Séoud en 1925 et les Anglais, pour leur redonner du poids, les replacent en
Transjordanie, à l’est du Jourdain. C’est une création coloniale pour limiter l’expansion d’Ibn
Séoud et compenser l’existence d’un futur foyer juif , prévu par la convention Balfour de 1917…
A cette époque l’idée d’un nationalisme arabe est soutenu par les britanniques pour contre carrer l’empire ottoman : ce
mouvement nationaliste très répandu en 1945, et après, avait l’idée de reconstituer l’état arabe avec abolition des
frontières à l’exemple de la création de la R.A.U ( république arabe unifiée avec Egypte + Syrie,( cf cours N° 1), contre
la Jordanie et l’Irak. Mais ces tentatives ont échoué et finalement unification de chaque territoire séparément et
croissance économique chacun de son coté.

3) Ré-appropriation et réorganisation de l’espace

Ces jeunes états ont besoin d’une légitimité et de l’ancrer sur leur territoire. Cela se manifeste par le choix d’une
capitale,
• AMANN en Transjordanie  Fin 19ème ce qui correspond à la Jordanie était peuplé de 100.000
sédentaires et 50.000 nomades. La ville la plus peuplée était SALT (10.000 hab. et plus grand
centre urbain) et d’autres centres comme KARAK et MAAN (5.000 hab. chacun), la petite ville
voisine d’AMANN avait 2.000 hab. et elle est choisie car à SALT hostilité face aux Hachémites
alors qu’à AMANN il existe une importante minorité tcherkesse et donc les minoritaires risquaient
moins de mettre en danger la dynastie hachémite…solution la plus favorable
• RYAD en Arabie Saoudite  est choisie contre JEDDAH, la plus grande ville
Rappel du cadre géographique : l ’Arabie saoudite se compose, à l’intérieur, de vastes plateaux
désertiques occupés par les bédouins et à l’ouest d’une vaste barrière montagneuse , Hedjaz, avec la
plaine littorale TIHAMA et dans cette région montagneuse qui contrôlait le commerce ouestest (
la route de l’encens) il y avait La Mekke et Médine , riches villes avec retombées économiques du
pèlerinage, et 2 ports JEDDAH et YAMBU : opposition entre urbains et nomades, deux mondes
différents s’affrontent…
et rappel du cadre historique, le chef religieux Mohammed Ibn Abdel Wahhab trouve une alliance
avec Mohammed Ibn Séoud chef d’une confédération de tribus ; l’ensemble mouvement religieux +
politique s’étend sur plusieurs petits royaumes et Abdel Aziz Ibn Séoud redonne de l’ampleur à ce
1er mouvement et part à la conquête de RYAD prise en 1902…et peu à peu il unifie l’ensemble qui
devient l’Arabie saoudite. Dans la région de ASSAH il entre en « collision » avec les chî’îtes et les
expulse…en 1925 il s’empare de La Mekke et se trouve maître de l’ensemble de l’actuelle Arabie
saoudite ; il préfère RYAD
Ou bien cela se manifeste par des programmes de modernisation pour lier la construction nationale à l’accroissement de
l’économie et des lourds investissements nécessaires,
• construction de réseaux routiers importants , comme en Arabie Saoudite, réseau en étoile autour de
RYAD,
• construction de ports, exemple AQABBA en Jordanie , seul accès à la mer, ou en Syrie du port de
Lattaquié puisque BEYROUTH est au LIBAN,
Cette maîtrise du territoire passe par la mise en valeur de nouveaux espaces pour ne pas laisser de vastes étendues
vides, avec mise en place d’équipes pionnières soit pour que les voisins ne s’en emparent pas , soit pour une meilleure
répartition de la population sur le territoire,
• exemple la région de la Djézireh en Syrie, région en opposition politique importante à la limite de la
Turquie et de l’Irak ; or en Syrie la population est sur le littoral donc il existe une volonté de
rééquilibrer. Cette politique se traduit par la mise en valeur du barrage de TABQA sur l’Euphrate
( production d’électricité et irrigation de nouvelles surfaces) avec priorité au coton, céréales et

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projet d’appel de colons avec politique de sédentarisation des nomades. De plus cette région est
ancrée au reste du pays par la construction de routes et voie ferrée et les villes de la vallée de
l’Euphrate croissent aujourd’hui de +10%/an.

Mais, en dépit de ces efforts, les frontières restent source de fragilité.

B) LES ENJEUX DES FRONTIERES SAHARIENNES AU MAGHREB

Ici il existe deux types de frontières, celles du nord anciennes, très clairement délimitées depuis les Ottomans et celles
du sud, sahariennes, plus récentes tracées par les militaires français fin 19 ème, pures créations coloniales qui ont divisé
un espace qui était des terres de parcours et de pâturage et où la notion de frontière n’avait, avant, pas de sens.
In « Dans l’ombre de Lyautey » par de BOISBOISSEL…«…à Aïn Sefra Lyautey avait à mener une politique difficile
aux confins d’un Maroc encore vierge de toute pénétration européenne profonde, qu’une limite absolument fictive
séparait de l’Algérie, frontière d’autant plus vague que le traité de 1845 entre la France et le Maroc s’était gardé de la
préciser, par le motif que le sol, dans cette région, n’était pas cultivable et servait de terrain de parcours aux tribus
nomades des deux pays….Un accord franco-marocain du 20/07/1901 …avait bien tenté de régler la question, en fixant
au moins approximativement les limites de parcours des Oulad Djérir et des Doui Menia en autorisant chacune des
parties contractantes à établir des postes de douane et de garde, en laissant aux tribus et même aux sédentaires des
souks la faculté d’opter entre une obédience marocaine , avec transport de personnes et une obédience française. Mais
autant imposer à la mer, par une ligne de piquets, les limites du flux et du reflux …à une démarcation topographique
on préféra raisonnablement la fixation des juridictions de rattachement des tribus et des ksours…»…

Mais aujourd’hui enjeu des territoires avec la ressource pétrole ou phosphate

1) La formation du territoire saharien en Algérie


Voir carteon distingue pour l’Algérie un triangle fort orienté vers Tindouf et un triangle vers le sud,
• l’excroissance du sud a pour source la rivalité des français d’Alger et de Dakar, qui dépendaient en
métropole de ministères différends ( intérieur pour Algérie et affaires africaines pour AOF) et
chacun essaie d’avoir son bout de Sahara. Dans cette rivalité de conquête une armée part d’Algérie
pour intégrer le Sahara mais le gouverneur de l’AOF estime qu’on empiète sur son territoire, la
frontière est à l’endroit où l’avancée militaire a été stoppée.,
• l’excroissance de Tindouf se justifie parce qu’en 1911 des tribus berbères du Maroc menaçaient le
Mali, ex Soudan français, les français ne pouvant alors intervenir de l’intérieur du Maroc,
interviennent depuis l’Algérie et annexent ce territoire.
Bien sur l’Algérie assume ce large héritage et elle tente de le consolider en signant avec les riverains des accords :
subsiste des tensions avec la Libye, avec le Maroc ( guerre des sables ), mais, surtout, problème du Sahara occidental

2) Vers la fin du conflit au Sahara occidental ?( voir EXPOSE en fin de texte)


Ici, cas particulier car la puissance occupante était l’Espagne, et pendant les années 1960/70 on a découvert les
richesses du sous sol , notamment, les phosphates de BOUCRAA…alors que l’Espagne songeait à se défaire de la
région et que la Mauritanie et le Maroc songeaient à l’occuper. Vers 1950 est né un mouvement nationaliste
sahraoui, qui s‘était engagé pour l’indépendance du Maroc, mais peu à peu il se détache de ce mouvement et se crée
le front Polisario = front populaire de libération du Saguia El Hamra et Rio de Oro.
En 1975 l’Espagne se retire du territoire sous la pression des marocains et de la « marche verte », plusieurs centaines de
milliers de marocains envahissent le territoire,
Puis en 1979 la Mauritanie se retire aussi,
Donc le problème est depuis entre le Maroc et le front Polisario et en 1976 création d’une République arabe sahraouie
dont le siège est à Tindouf, car là se trouvent de nombreux sahraouis à travers ce conflit rivalité entre le Maroc et
l’Algérie,
• rivalité historique,
• l’accès à l’atlantique permettrait à l’Algérie de pouvoir exporter le fer de ses gisements du Sahara,
• les conceptions géopolitiques s’opposent : Maroc et Algérie ne se trouvent pas dans la même
position, le Maroc utilise un argument historique, avant la colonisation ces terres étaient sous
l’obédience des sultans et demande le retour à l’antérieur, et l’Algérie réclame un statut-quo et les
respect des frontières « héritées » de la France.
Le Maroc fait une politique d’occupation de l’espace économique et la protection du Sahara utile, par un mur( voir carte
page 2) pour se protéger des infiltrations rebelles., avec ralliement des populations sahraouies, investissements, travaux
d’alimentation en eau, électricité, hôpitaux,, mosquées, émigration de marocains sur place…..aujourd’hui seulement
30% de la population est d’origine sahraouie…

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Le plan de paix de l’ONU MINURSO est sans cesse reporté, on n’arrive pas à se mettre d’accord sur les listes
électorales pour un référendum…

Le nouvelle réalité pour le Sahara est la richesse en hydrocarbures, le Sahara n’est plus un espace de contact, n’est plus
un parcours de terres de nomades , c’est un territoire vital pour les économies.
Le problème se pose de manière différente au Moyen Orient

C) LES CONFLITS FRONTALIERS AU MOYEN ORIENT

1) Des frontières récentes

Contrairement au Maghreb on a ici des pays qui ont émergé de manière artificielle du fait de la colonisation car il y
avait partage d’aires d’influence entre français et anglais. Les anglais occupent militairement l’Egypte depuis 1882,
car ils souhaitent le contrôle du canal de Suez et donc de la route des Indes, puis la Péninsule arabique et Aden en
1889, les autres Emirats et le Koweït en 1899.
Après la 1ére guerre mondiale la Turquie perd son empire et le partage se fait entre français et anglais : les frontières
qui sortent de ces négociations sont le reflet du rapport de force qui existe entre les grandes puissances autour des
années 1920. En 1916 accord de Sykes-Picot ( du nom des 2 représentants, Georges PICOT était le consul général de
France à Beyrouth) , accord secret, en prévision de la fin de la guerre qui définit les zones de contrôle au Moyen
Orient ( voir carte) , partage entre la France ( Liban/Syrie, Turquie) et Anglais ( basse Mésopotamie) et prévoit la
création d’un royaume arabe en souvenir de l’aide de la révolte arabe contre les Turcs.. Cet accord n’a pas été ratifié
et cela va se faire de façon moins colonisatrice, les frontières se faisant en fonction des mandats attribués par la SDN ,
tutelle, pour aider les pays à accéder à l’indépendance ( carte page 3).
La SDN mandate les anglais pour Irak + Palestine + Transjordanie + monarchies fondées sur la famille hachémite,
Faysal d’Irak et Abdallah de Jordanie et mandate les français sur la Syrie :
la France crée le Liban ( satisfaisant ainsi une revendication du patriarcat maronite et affaiblissant les
mouvements pan syriens), privant ainsi la Syrie d’un débouché sur la mer , celui de Beyrouth,
puis en 1920 la France cède aux anglais la région de Mossoul en échange d’une participation de 25% dans le
capital de la Turkish Pétroleum Cie, concessionnaire des gisements de Kirkûz,
et enfin , elle cède à la Turquie en 1939 le sandjak d’Alexandrette pour acheter la neutralité turque au regard
du conflit qui se dessine

Ainsi cette période connaît des mouvements territoriaux profonds, et la délimitation de toutes ces frontières est la
source de nombreux conflits.

2) Le Chott el Arab : une frontière disputée entre l’Iran et l’Irak

La confluence du Tigre et de l’Euphrate est la frontière sur 100 Kms entre Iran et Irak : frontière ancienne puisque c’est
la séparation entre  les perses et les arabes,
 les sunnites et les chiites,
 et séparation économique car c’est une voie d’eau essentielle pour l’Irak.
De plus, sur cette zone se trouvent d’importants terminaux pétroliers,
* Abadan pour l’Iran ( moyen essentiel des ses débouchés)
* et Fao pour l’Irak, c’est donc une zone de conflit. De plus conflit aussi à l’est du Chott entre l’Arabistan
irakien et le Khousistan rattaché à l’Iran mais peuplé d’arabophones….et avec des gisements de pétrole !!!

Il y eut énormément d’accords, mais surtout , en 1975, le traité d’Alger : l’Irak est en position de faiblesse face aux
Kurdes et demande à l’Iran de cesser d’aider les Kurdes…le tracé de la frontière du Chott el ‘arab devient le lit du
fleuve, le talweg au creux de la vallée et le fleuve est donc partagé en 2 alors que sous les ottomans le fleuve entier était
arabe. Mais les relations se détériorent en 1979 avec l’arrivée des islamistes et l’Iran dénonce cet accord , c’est une des
sources du déclenchement du conflit Iran contre Irak….Sadam Hussein conquiert du terrain , puis perd, et intervention
des grandes puissances pour protéger les pétroliers koweïtiens…L’Irak a des motivations internes pour faire la guerre
 problèmes internes avec les communistes et avec les Kurdes, donc on se bat contre l’ennemi héréditaire
Cette guerre n’aboutit pas à grand chose : mais destruction très forte des infrastructures des deux pays.

D) PENINSULE ARABIQUE : DES FRONTIERES PETROLIERES

On rencontre ici un des rares exemples de frontière endogène Ibn Saoud avait fini la réunification en 1932 ( carte
page 3). En 1933 la 1ère concession pétrolière est faite aux américains contre les anglais qui défendaient les hachémites.

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Donc frontière Nord de l’Arabie Saoudite ne pose pas de problème .Mais au Sud elle sera fixée très tardivement : en
1990 la plus grande part de cette frontière sud est floue, pas délimitée, ce qui paraît paradoxal pour une région
stratégique. En effet , pendant longtemps , l’Arabie Saoudite n’a pas eu de frontière avec le Yémen au Roub El Khali
par la volonté d’Ibn Séoud de refuser un tracé dans le désert qui est un espace de nomades. Mais découverte de pétrole
en 1980,  tensions entre les deux pays et en 2000 les frontières sont enfin tracées.
On a d’innombrables exemples de tracés de frontières au fur et à mesure que l’on découvre le pétrole exemple entre
Qatar et Bahrein pour l’île de Hawar, décision en 03/2001 du tribunal international de justice…

En conclusion de cette partie caractère plus ancien des frontières au Maghreb sauf Sahara et celles plus récentes du
Machrek sont le reflet des intérêts économiques et stratégiques des puissances coloniales

II) CONFLIT ISRAELO-PALESTINIEN : DEUX PEUPLES POUR UNE TERRE

Conflit qui symbolise l’impossibilité des palestiniens condamnés à rester un peuple sans frontières.

A) ISRAELIENS A LA RECHERCHE DE LA SECURITE DES FRONTIERES


Rappel historique : histoire d’Israël , ancrage mondial, création liée aux guerres européennes et à la déclaration Balfour
de 1917 ( encourage la création d’un foyer national pour les juifs en Palestine…) et l’holocauste après la 2ème guerre
mondiale « légitimisent » le projet des juifs d’avoir un territoire….

1) La déclaration BALFOUR ( nov. 1917)


Fin 19è émergence du mouvement sioniste et jeu des intérêts des grandes puissances…Les anglais soutiennent la
création d’un foyer juif ET les Etats arabes. Pendant des siècles les juifs disent leur attachement à la terre promise,
demande à la fois religieuse et mystique. Au 19è apparaît l’idée d’un retour non messianique mais possibilité réelle de
solution au problème juif car leur situation est critique en Europe centrale et Orient : Théodore HERZL veut fonder un
foyer ouvert aux juifs du monde entier, à priori localisé en Palestine , mais d’autres projets ailleurs ( en Afrique….)
 d’où la création d’un mouvement de migration vers la Palestine car il y avait très peu de juifs en Palestine : 24.000
en 1882.
Première vague de migrants de 50.000 , mais des échecs et des retours si bien qu’en 1918 il n’y a que 60.000 juifs en
Palestine ( sur 500.000 palestiniens , soit moins de 8%) pour la plupart originaires de Russie et d’Europe centrale.
Les britanniques soutiennent , suite à la déclaration Balfour, la création du foyer national juif sous réserve que soit
respecté le droit des arabes et cette déclaration acquiert une légitimité car les Anglais détiennent les mandats sur la
Palestine. Or la politique britannique est ambiguë, oscillant entre la création d’un état séparé…ou non…,

2 ETATS Déclaration Commission Partage Déclaration


Balfour Peel (1) de l’ONU d’Alger de
(3) l’OLP (4)
ANNEE 1916 1917 1919 1937 1939 1947 1967 1988

1 ETAT Accord Revendication Livre Guerre


Sykes- de la blanc des six
Picot délégation britannique jours et
sioniste (2) charte de
l’OLP

(1)…Etat juif au nord de la Palestine dans le prolongement du Liban avec plus des 2/3 du territoire aux arabes…
(2)…à la veille de la 2ème guerre mondiale manœuvre pour détourner les nationalistes arabes d’un rapprochement avec
l’Allemagne…
(3)…contexte des crimes nazis et générosité de l’Europe envers les juifs à qui on donne 55% du territoire alors qu’ils
sont 2 fois moins nombreux que les arabes et ne détenaient avant que 6,6 à 8% du territoire…
(4)…reconnaissance implicite de l’Etat d’Israël

…vers 1930 mécontentement arabe, révoltes arabes et frein à l’installation de juifs en Palestine…mais 1ères grandes
vagues sous mandats britanniques, de 450.000 jusqu’en 1948 ( juifs d’Europe du fait du nazisme et montée de
l’antisémitisme en Europe et Pologne, juifs d’AFN peu nombreux…)
Peu à peu les juifs s’installent dans les villes, font une politique importante d’achat des terres et l’histoire devient un
combat de deux peuples pour une seule terre

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2) La création d’Israël ( mai 1948)

Donc, après hésitation, le partage en 2 états est voté en 1947 avec une zone internationales pour Jérusalem. A la fin du
mandat anglais Israël proclame l’état d’Israël , refus des arabes  1ère guerre et exode de nombreux palestiniens qui
quittent leurs villages, massacre de tout un village DEIR YASSIN. Si bien qu’à la fin de la guerre de 1949 Israël
possède un territoire plus grand que celui prévu ( 20.700 Km2 soit 4.000 de plus que prévu): ne sont pas sous son
contrôle la Transjordanie, qui devient Jordanie, et la bande de Gaza qui reste sous tutelle égyptienne.
Donc exil des 2/3 des palestiniens, 250.000 se réfugient à Gaza, Jordanie, ou pays voisins Syrie, Liban et Jordanie avec
le statut de réfugiés et débat ,
• théorie israélienne , le conseil des pays arabes est responsable de cette politique d’expulsion des
palestiniens,
• problème du droit au retour des réfugiés, Israël refuse Les guerres israélo-arabes : le territoire
israélien en expansion,
A partir de cette création, 2 modes de croissance opposés, pour Israël maintien de l’émigration et taux de natalité faible,
et pour les palestiniens naissances fortes mais continuité de l’exode.
Après 1949 afflux d’émigrés en Israël, 685.000 jusqu’en 1951 et on voit apparaître des contingents d’AFN, Irak,
Yémen et Turquie. Fin 1950 les arrivées se ralentissent et nouveau phénomène de départ pour les E-U et parfois un
solde arrivées/départ négatif, puis en 1980 arrivée en Israël des juifs d’Ethiopie, les Falachas (15.000 environ). Enfin
une grande vague après la chute de l’Union soviétique, 300.000 personnes entre 1990 et 1992. Aujourd’hui la grande
majorité de l’émigration , 95%, est postérieure à 1918.
A l’inverse, chez les palestiniens , taux records du monde de natalité , 8,13 enfants/femme……

La création d’Israël a causé de nombreux conflits….

3) Les guerres israélo-arabes : le territoire israélien en expansion

* En 1967, guerre des 6 jours : c’est le résultat des tensions fortes des années 1960, création de l’OLP en 1964, la
Syrie tente d’empêcher Israël d’utiliser les eaux du Jourdain, amorce d’alliance entre Syrie et Jordanie, Nasser interdit
la navigation israélienne dans le golfe d’Aqaba…
Israël fait une guerre éclair et récupère des territoires, Jérusalem-Est, Cisjordanie et GAZA, Golan annexé et Sinaï
occupé.
C’est une véritable humiliation pour les arabes et nouvelle vague d’exode des palestiniens, de 250.000 à 450.000,
souvent de gens déjà déplacés en 1948. L’ONU émet une résolution , résolution 242, pour le règlement d’une paix
durable avec les axes ,
• évacuation des territoires occupés,
• respect des frontières de frontières reconnues par les voisins,
• solution à la question des réfugiés,
• reconnaissance d’Israël.
Cette résolution n’est toujours pas appliquée…

* En 1973 guerre du Kippour mais que les arabes appellent la guerre d’Octobre, Egypte et Syrie attaquent par surprise
pour faire négocier et envahissent le Golan , Israël repousse mais cessez le feu de l’ONU : cette action est ressentie
comme une ½ victoire par les arabes et Egypte récupère le Sinaï

* Cas de la frontière Nord d’Israël, une zone dite de sécurité avait été crée au sud Liban par Israël et pendant 20 ans ,
de 1980 à 2000, occupation d’une zone de 20Kms de profondeur avait été occupée- opération paix en Galilée – pour
lutter contre l’OLP dont le siège était à Beyrouth et d’où partaient des attaques vers le nord d’Israël. Mais OLP
déménage à Tunis , échec de négociations entre Syrie et Israël et, finalement, Israël se retire de façon unilatérale de
cette zone en 06/2000.

On retiendra de ces faits le souci sécuritaire de l’état d’Israël.

4) La difficile reconnaissance des frontières israéliennes

L’état hébreu veut des frontières sures et reconnues et donc processus diplomatique de reconnaissance mutuelle des
frontières et, pour aboutir, Israël doit lâcher une partie de ses pions. Elle a signé avec 2 pays :
• Egypte,  accord de Camp David en 1978 et 1979, Egypte reconnaît les frontières avec Israël et
récupère le Sinaï,
• Jordanie, accords de 1994,

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Mais pas de reconnaissance avec Syrie et Liban : il y a des lignes d’armistice et les négociations sont au point mort
Pour Cisjordanie , voir cartes page 4, démarche progressive avec division en 3 zones,
• une zone d’autonomie complète, 7 grandes villes, 3% du territoire et 20% de la population,
• une zone sous contrôle militaire, donc pouvoir civil seul aux palestiniens, dans certains villages
palestiniens des retraits de l’armée israélienne sont prévus
• une zone non autonome du tout, 73% de la Cisjordanie, soit zone peu peuplée, soit stratégique pour
Israël , soit colonie israéliennes…

B) LA CISJORDANIE-GAZA : QUEL AVENIR ?


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in Boustani-Fargues…«….les colonies implantées par Israël …couvrent 31% du territoire de la bande de Gaza et
40% de la Cisjordanie , sans compter Jérusalem. La ville sainte des 3 religions est devenue capitale de l’état hébreu et
son schéma directeur ( 1982 ) couvre la région comprise entre Ramallah et Bethléem, encadrant définitivement ces
villes arabes dans un maillage d’implantations juives. Toujours convoitée mais jamais totalement prise, ni par le trône,
hachémite qu’elle a menacé de révolution sociale , ni par Israël pour qui l’assimiler représenterait une bombe
démographique à retardement, la Cisjordanie sera t’elle palestinienne ? L’intrication des colonies juives installées
suite à la guerre de 1967- particulièrement depuis l’avènement de la coalition dirigée par le Likoud (1977) – et des
localités arabes a créé un état de fait peu propice à la répartition. Les peuples de la région auront pourtant à démêler
ce nœud gordien pour ne pas entrer à reculons dans le 21 ème siècle…»…
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1) Vers la création d’un état palestinien

Grandes lignes des différents accords signés depuis 1995,


• 1998 : accords de White Plantation,
• 1999 : élection de Barak , mais pas de reprise de l’amélioration,
• 1999 : Sharm el Cheikh
• 2000 : Camp David

Autres dates importantes, 2001 Bush succède à Clinton, 2002, Ariel Sharon et le début de la seconde Itifada.. Il faut
retenir l’échec du processus et le renforcement du contrôle par Israël avec un bouclage de plus en plus serré, une
répression de plus en plus violente.

On n’arrive pas au but : le 1er problème est celui du territoire.

2) La dislocation du territoire

Il est morcelé car il faut distinguer 2 entités Gaza et la Cisjordanie séparés par Israël et, de plus, le contrôle du
territoire est inégal : c’est une véritable « peau de panthère » , sans continuité territoriale. Et, ce qui aggrave, c’est la
présence de colonies juives en territoires palestiniens ce qui rend plus complexe la position  200 colonies juives pour
370.000 colons juifs, 190.000 à Jérusalem Est, 165.000 en Cisjordanie et 5/6.000 à Gaza…
De plus, à Gaza il y a 5/6.000 colons juifs sur 1.000.000 d’habitants mais ils occupent 30 à 40% du territoire et utilisent
80% de la ressource en eau !!!

Menaces de la continuité territoriale, ces colonies sont reliées et ancrées au territoire d’Israël par des routes spéciales
dites de contournement contrôlées par Israël : la présence de ces colonies est au cœur du problème.
Ces colons disposent de droits spécifiques d’où une discrimination car les deux systèmes de loi sont différends pour les
deux populations.
Israël souhaite annexer ces territoires alors que l’OLP veut que les colons reconnaissent la souveraineté palestinienne
sur le sol. De fait Israël possède une grande partie des terres , de différente manière, et le problème de la possession de
la terre est un véritable problème juridique.

Puis , Question de Jérusalem: du point de vue israélien Jérusalem est la capitale éternelle et ne doit pas être divisée et
pour les palestiniens le territoire « Est » est à eux et doit leur être restitué.. Donc Israël s’ancre par création de colonies
autour de Jérusalem « Est » par les juifs pour encercler, de Ramallah au Nord à Bethléem au Sud, et rapport de force
avec une majorité de population juive  la ville est prise par le maillage des juifs.

Autre thème , les économies n’ont pas de croissance qui leur soit propre: Israël occupait 1/3 de la population active en
Palestine et 40% à Gaza avant la 1ère Itifada, les échanges économiques des palestiniens se font à 80 ou 90% avec l’état
d’Israël, les conditions de vie dans les territoires se détériorent, la pauvreté touche 40% des familles et le taux de

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chômage est de 30% . Comme les israéliens sont maîtres du territoire cela complique toute tentative de croissance
économique des efforts de relation avec l’extérieur ont été faits par construction d’un aéroport en 1998 et d’un port ,
mais ces infrastructures ont été détruites par des bombardements israéliens.
En conclusion, deux territoires différents,
• Israël qui contrôle son territoire
• Palestine aux frontières dissoutes , pas maîtrisées.

Et de graves problèmes à régler ,


• Jérusalem,
• le problème de la terre des peuplements,
• la question de l’eau .

3) Les réfugiés et la diaspora palestinienne

On compte 8 millions de palestiniens  4.000.000 à l’intérieur des frontières,( 2.000.000 en Cisjordanie,


1.000.000 à Gaza, 1.000.000 vivant sur le territoire d’ Israël)
et autant à l’extérieur des frontières dont 3.000.000 en Jordanie + Liban
+ Syrie + Golfe, et le reste principalement en Amérique du Nord, USA et Canada..

Parmi ces palestiniens, les réfugiés sont pris en charge par une organisation de l’ONU, UNRWA, ( office de secours et
travaux des réfugiés pour la Palestine), créée après 1948/1949 pour assister les réfugiés palestiniens en fournissant
nourriture + Sanitaire + éducation et basée à Cisjordanie + Gaza et Liban , Syrie et Jordanie.. Il existe un décalage entre
la définition des réfugiés , ceux qui ont subi l’exode de 1948, et les autres exilés ensuite, depuis 1967 qui sont déplacés
et pas considérés comme réfugiés.
UNRWA gère des camps : tous les réfugiés ne sont pas dans des camps, 1.000.000 seulement qui n’ont pas tous le
statut de réfugiés. Le statut de réfugié est variable selon les pays d’accueil,
• en Jordanie, plus de la moitié de la population est constituée de réfugiés palestiniens, statut
particulier , accueil en plus de 300.000 expulsés du Koweït, les réfugiés ont un passeport
international, peuvent voyager….et ils s’inquiètent d’un plan mettant en cause leur droit au retour
en Palestine.
• En Syrie, 400.000 réfugiés, pas de nationalité, pas de passeport, mais mêmes droits que les syriens ,
sauf le droit de vote.
• Au Liban , 350.000 réfugiés, pas de nationalité, conditions plus dures depuis 1990, pas de réseau de
santé, beaucoup de chômage…
Ces camps représentent une reproduction de la Palestine, avec reconstitution des villages à l’intérieur, il existe de
véritables quartiers, on peut construire maintenant sur plus d’un étage, et cela devient des quartiers en dur alors qu’on
voulait démontrer la précarité de ces camps. 59 camps sont gérés par UNRWA ( eau, électricité, ordures ménagères…)
et l’éducation/scolarisation des palestiniens est importante. Aujourd’hui l’UNRWA avec 20.000 employés est le 2 ème
employeur après l’autorité palestinienne et connaît des difficultés financières : son financement est pour 95% fait de
versements volontaires et l’allocation a baissé de 20% et on y voit une volonté délibérée des E.U. de fragiliser cette
institution.
Une résolution des Nations Unies offre une alternative , le retour ou une compensation matérielle dans un pays
d’accueil : aujourd’hui certains réfugiés acceptent de vivre avec Israël mais les positions des gouvernants sont
inconciliables, c’est le problème du droit au retour , la droite israélienne refusant même le retour dans les frontières.
En conclusion, la population palestinienne est divisée en plusieurs groupes,
• les arabes israéliens , 100.000 en 1948 et 1.000.000 aujourd’hui, de nationalité israélienne, droit de
vote, pas de service militaire, marginalisés du point de vue social et économique,
• les palestiniens de Jérusalem-Est, sont annexés, considérés comme citoyens israéliens , mais
refusent,
• les palestiniens des territoires occupés, Gaza et Cisjordanie , avec une très forte natalité à Gaza,
• les palestiniens de la diaspora, liens forts avec le territoire perdu et qui ont maintenu une unité entre
eux.
Donc un extrême morcellement du territoire, mais aussi de la population.

III) LES KURDES : UN PEUPLE SANS ETAT

A) UN TERRITOIRE PARTAGE ENTRE 4 PAYS

Le territoire Kurde , la région du Kurdistan ( voir carte page 5), est une région montagneuse étendue sur 4 pays,
Turquie, Iran, Irak et Syrie et quelques milliers d’habitants sur les territoires ex-colonies soviétiques. Pendant

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longtemps ce fut l’espace tampon entre les Ottomans, et à cette époque les Kurdes avaient une autonomie, ainsi que les
Perses. Les kurdes sont de religion sunnite, leur langue ressemble à l’iranien. Ils sont 20.000.000 environ, estimation
moyenne, avec la conscience de former un peuple, conscience ancienne mais formulée en demande d’indépendance
récemment, depuis la 1ère guerre mondiale. En 1920 le traité de Sèvres reconnaît l’identité kurde et le droit de créer un
état en majorité centré sur la Turquie : mais celle ci s’y oppose. En 1923 , conférence de Lausanne, on renonce à l’idée
de la création d’un état Kurde. Donc existence d’un état envisagée seulement de 1920 à 1923 et à noter la création de
l’entité de Mahabad soutenue par les soviets ( mais 1 an seulement).

Au cours du 20è siècle nombreuses révoltes des Kurdes, régions pauvres, niveau de vie faible, divisions politiques au
sein des kurdes qui sont instrumentalisés par les états….Les 4 états ont en commun de refuser la création d’un état
kurde., mais on entend à nouveau des échos sur cet état depuis 1990….En 1999 arrestation par les Turcs d’OCHALAN
le chef du PKK.

B) DES SITUATIONS CONTRASTEES SELON LES PAYS

Selon les états,


* Turquie  identité kurde est clairement niée, le terme de kurde est banni, mais il y a des « turcs des
montagnes », la nation doit être une et on a soigneusement gommé toutes les minorités. Il y a 6.000.000 de
kurdes, beaucoup de migration : 800.000 à Istanbul. La question kurde est menée par le PKK, parti des
travailleurs kurdes, rébellion contre le pouvoir, demande d’indépendance, ce qui oblige l’armée turque à
intervenir, jusqu’en Irak pour poursuivre le PKK,
* Iran  7.000.000, cela se passe mieux qu’en Turquie, le leader du PDK iranien veut l’autonomie plutôt que
l’indépendance mais l’Iran refuse car elle doit gérer aussi d’autres minorités. L’Iran reconnaît une spécificité
culturelle.
* Syrie  1.000.000 , pas de problèmes spécifiques,

C’est en Irak que la situation est plus complexe.

C) LES KURDES EN IRAK

La politique des dirigeants est ambiguë face aux kurdes :ils sont 5.000.000 et bénéficient d’une reconnaissance
contrôlée depuis 1970, la langue kurde est enseignée à l’université de SOULEYMAMA.
Il était prévu d’accorder un statut d’autonomie, les limites de la région kurde devaient être fixées après un recensement
Mais le gouvernement a déplacé de force les populations pour restreindre le territoire et chasser les Kurdes des
territoires où se trouvaient des gisements de pétrole.

Ce statut n’a pas été accepté par les kurdes en 1975 et reprise des combats : à cette époque Iran et Irak négocient la
frontière du Chott el Arab et l’Irak négocie pour que l’Iran cesse d’aider les kurdes. La rébellion kurde s’effondre, des
villages sont détruits et la population est déplacée pour mieux la contrôler. Pendant la guerre Iran/Irak , brutalités contre
les kurdes qui sont déportés vers le sud au motif qu’ils s’étaient alliés en majorité à l’Iran. En 1987 les Kurdes s’allient
à l’Iran , pensant que Sadam est perdu d’où des bombardements aux armes chimiques contre les villages kurdes, et en
représailles tous les villages kurdes entre Iran et Irak sont détruits sur 40Kms…
Puis guerre du Golfe, les kurdes sont du coté de l’opposition et 1,5 à 2 Millions sont déplacés , et pour éviter
ces déplacements création d’une zone d’exclusion aérienne au Nord de l’Irak pour leur permettre un retour sur
interventions USA + GB + France dans le cadre de l’ONU.
Après la guerre du Golfe, essai d’autonomie, parlements élus, mais l’administration kurde a du mal à se mettre
en place car il y a des conflits entre kurdes et en 1994 éclate une guerre civile, puis en 1998 accords signés entre PDK
et UPK avec partage entre deux zones d’influence,
• Parti démocratique kurde, de Massoud Barzani, installé plus vers le nord de l’Irak près de la
frontière turque,
• Union patriotique kurde de Jalla Talabani, installé vers le sud de l’Iran
Ils contrôlent les marchandises aux frontières et perçoivent les taxes

Cette division des Kurdes est un souci, chacun à son tour s’associe à Saddam, il existe des rivalités claniques et
tribales archaïques, c’est le vrai problème de l’unité d’autant que les dialectes sont différents….

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IV) LE MONDE ARABE DANS LA GEOPOLITIQUE MONDIALE

A) LE MONDE ARABE , UN DES ENJEUX DE LA GUERRE FROIDE

Par sa position stratégique, surtout le Moyen-Orient , la question des réserves pétrolières explique l’engagement des
E.U. , mais des soviétiques aussi, concernés par le détroit des Dardanelles et l’accès aux mers chaudes, navigables toute
l’année. On a assisté à des retournements d’alliance, Sadate en 1979 a provoqué le départ des soviétiques appelés par
Nasser pour la construction du barrage d’Assouan et on est sorti de l’affrontement des deux blocs ouest et est depuis
l’effondrement de l’Union Soviétique ; aujourd’hui c’est un affrontement pays riches / pays pauvres, donc pays du
Nord / pays du Sud avec un accroissement de l’influence américaine qui profite de l’effondrement du bloc soviétique.

B) LA GUERRE DU GOLFE : LES AMERICAINS SEULS LEADERS

Le 02/08/1990, invasion du Koweït par l’Irak et les américains mènent une coalition Irak défaite, rebellions internes
mais les kurdes au Nord et les chiites au Sud sont matés par Sadam . L’ONU décide un embargo( qui n’atteint pas le but
escompté) et la suppression des armes de destruction massive. Suprématie américaine, monde unipolaire, la guerre du
Golfe révèle aussi la division au sein des pays arabes,
• l’Arabie Saoudite dépend des américains,
• La Syrie en profite pour monnayer sa liberté d’action au Liban,
• L’Egypte négocie et obtient une réduction substantielle de sa dette publique…

C) UNE VERITABLE POUDRIERE

1) Le poids des armes


Première conséquence de ces situations politiques la région est la plus armée du monde : en tête des dépenses le
Moyen-Orient participe à 35% du commerce d’armes du monde. Sauf Israël , Egypte et Irak qui en fabriquent, ils
achètent en devises et certains récupèrent donc les « pétro dollards ». Ce poids est lourd à supporter, les dépenses
militaires sont supérieures aux projets de développement : l’Egypte avant 1970 consacrait 50% de son PNB au budget
militaire.

En général, effectifs impressionnants et espaces dévastés par la guerre ( ex. Beyrouth)

2) La place de l’armée en Egypte


Le pouvoir réel est plus large, plus que militaire : il est politique  depuis 1952 le pouvoir entier est aux mains des
généraux, les postes clés sont tenus par des militaires ( Nasser, Sadate et Moubarak sont d’abord des militaires), l’armée
est le premier propriétaire foncier du pays ( pour des raisons stratégiques elle est propriétaire des déserts et le pays est
couvert à 95% de déserts, et en plus elle a d’autres biens immobiliers…). D’où le rôle très important pour le
développement des villes : les terrains disponibles sont à l’armée et spéculation foncière quand il faut désengorger.
L’armée possède des industries d’armement et exporte des armes.
Les militaires maîtrisent leurs programmes de bâtiment, possèdent les usines d’armement mais aussi des activités
annexes, fabrication de camions, usines alimentaires…..ce qui permet d’allouer aux militaires des avantages en nature
et les fidéliser sans augmenter les salaires.
L’armée est un état dans l’état et gère un complexe militaro-industriel.

En conclusion il faut souligner le rôle du pétrole dans la délimitation des frontières, exemple du Yémen et alors que
nous vivons dans une période de création d’espaces transnationaux comme la CEE en Europe on voit apparaître un
conseil de coopération du Golfe ou la Ligue des Etats arabes, mais on est loin d’une construction arabe qui
ressemble à ce qui se fait en Europe.

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ANNEXE EXPOSE

GÉOPOLITIQUE DES FRONTIÈRES :

Le Maroc et le Sahara occidental

Introduction

I) Maroc et Sahara occidental


- Maroc
- Sahara occidental

II) Les sources du conflit


- les enjeux économiques
- l’installation de l’Espagne sur le territoire
- la création des frontières

III) Naissance et développement du conflit


- revendications des riverains
- jeux politiques et naissance du nationalisme
- développement du conflit
• position des organisations internationales
• départ de l’Espagne et marche verte
• installation du Maroc et extension du conflit, organisation du Polisario
- internationalisation du conflit
• retrait de la Mauritanie
• activité diplomatique
• réaction du Maroc

IV) apaisement du conflit


- activité diplomatique
- propositions de ONU
- création et rôle de MINURSO

Conclusion
situation en 2002

INTRODUCTION

Aujourd’hui nous allons parler du problème du Maroc et du Sahara occidental.


Cette région qui voit s’affronter des intérêts locaux, régionaux et même internationaux a fait l’objet d’un grave conflit
qui a impliqué le Maroc et ses voisins immédiats ; pour le comprendre, nous allons
- présenter le Maroc et le Sahara occidental , succinctement le premier, un peu plus en détail le second qui n’avait pas
d’existence propre sur la scène internationale avant les années 50 ;
- rechercher les sources du conflit avec ses enjeux,
- exposer les grandes lignes de la naissance et du développement du conflit ,
- l’apaisement du conflit et la recherche d’une solution
-en conclusion faire un point de la situation actuelle.

I- Maroc et Sahara occidental

11- un bref rappel de ce qu’est le Maroc :


Vieille nation chargée d’histoire, le Maroc est une création islamique dont on fait remonter la fondation en 788 de l’ ère
chrétienne à Idris Ier , fondé et organisé autour d’un pouvoir politique s’appuyant sur des tribus qui lui font acte
d’allégeance. Seul état constitué dans la région jusqu’au 20ème siècle, ses frontières orientale et méridionale ont varié au
cours de l’histoire, en fonction des liens qui se créaient entre les tribus et le pouvoir central, l’installation au pouvoir de
différentes dynasties, et les appétits territoriaux et politiques des riverains.

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• Il s’étend sur près de 711.000 km2, avec une population de près de 36.000.000 d’habitants. Bordé au Nord par la
Méditerranée, il s’étend le long de l’Atlantique, avec presque 2500 km de côtes, jusqu’au 28ème parallèle,
approximativement celui de l’oued Drââ.
• Carrefour de cultures et de civilisations, il a toujours eu des relations et contracté avec les puissances européennes.

Mais il ne semble pas que l’autorité du sultan ait dépassé durablement l’oued Draa.

12- Le Sahara occidental :


• territoire relativement vaste mais désertique, il s’étend sur près de 270 000 km2, la moitié de la superficie de l’Espagne
et un peu plus du tiers de celle du Maroc, et est situé aujourd’hui sensiblement entre les parallèles 27°40N et 21°20N, sa
frontière sinue entre les méridiens 11°W et 14°W ; il longe l’Atlantique sur près de 1500 km, face aux îles Canaries ; il a
une frontière au Nord avec le Maroc, au Sud avec la Mauritanie, à l’est avec la Mauritanie et sur quelques centaines de
kilomètres avec l’Algérie.
• Le territoire comprend deux régions distinctes :
- au Nord, la seguiet el hamra représente un tiers du territoire, zone de cultures et d’élevage, avec la présence d’eau de
surface et de nappes, et de véritables agglomérations telles que El Aïoun, Smara ;
- les zones centrale et méridionale constituent oued eddahab, zone désertique sauf en quelques places de la côte et dans
quelques oasis. Le rivage est inhospitalier et offre peu d’abris naturels aux pêcheurs et navigateurs, El Aïoun au nord,
Dakhla au centre, Laguerra au sud. C’est une aire traditionnelle de nomadisme et de transition avec l’Afrique noire.
• La population, dont le nombre est variable selon les sources auxquelles on se réfère, est de l’ordre de 100 000 habitants,
représentée si l’on excepte les étrangers, par des nomades et des pasteurs, se déplaçant, sans souci des frontières, à la
recherche de points d’eau et de pâturages ; cependant les périodes modernes de sécheresse ont obligé une grande partie
de la population à abandonner le nomadisme et à affluer vers les villes, entraînant un large mouvement de sédentarisation
; on compte en 1974 que la moitié de la population vit dans les villes , tandis que l’autre est en grande partie sédentarisée
dans les zones péri-urbaines.
• Peuplement de noirs et de berbères, sanhaja et zénètes, il accueillit les arabes au VIIème siècle et au XIIIème siècle,
puis des expéditions militaires marocaines du XIIIème siècle jusqu’à la fin du XIXème siècle. Au début 1970, la société
est de type patriarcal, organisée en tribus différentes, fractionnées et sous-fractionnées jusqu’au niveau de la famille,
dirigées par un chef de tribu (cheikh) et une assemblée tribale (jemaa) ; on comptait environ une vingtaine de tribus dont
huit plus importantes ; elles étaient hiérarchisées, les plus importantes étant les tribus guerrières, puis venaient les chorfa
ou maraboutiques, qui descendaient de Mohammed, les tribus tributaires qui étaient soumises et échangeaient le tribut
qu’elles donnaient contre la protection qu’elles recevaient ; enfin on note la présence d’ esclaves ou affranchis (haratin),
en général des noirs.
• Ces tribus, malgré leur manque d’unité, la souplesse des frontières de leurs territoires de nomadisation, avaient
suffisamment de points communs et se différenciaient suffisamment de leurs voisins pour constituer un ensemble sahraoui
; organisation et mode de vie semblables, même religion et même langue, le hassania, apportée par les arabes Maqil au
VIIème siècle, utilisée en Mauritanie mais non au Maroc ; et aussi solidarité naturelle entre ces tribus ;
• tous ces éléments permettant de constituer une nation lorsque serait crée un sentiment national.

II- les sources du conflit

21- Les enjeux économiques : les ressources économiques du Sahara sont importantes ; jusqu’à leur mise en valeur,
l’économie était du type traditionnel, élevage de chameaux et de chèvres et petite agriculture ; mais il faut compter avec
- les ressources halieutiques considérables sur le banc saharien, exploitées surtout par les pêcheurs espagnols et
canariens ; et aussi des pêcheurs du Maroc, Japon, Union soviétique, Sud Afrique, qui pratiquaient la pêche industrielle
avec leurs navires-usines.
- les ressources off-shore encore mal connues, en cours de reconnaissance,
- la présence de mines de fer importantes à Gara Jebilet, au sud de Tindouf, et à Zouérate en Mauritanie laissent
espérer des réserves importantes sur le territoire sahraoui en prolongement de ces gisements ;
- enfin l’ important gisement de phosphates de Bou Crââ, l’un des plus importants du monde.

22- l’installation de l’Espagne


Dès le XIVème siècle, navigateurs et commerçants Espagnols, Portugais, Français, Hollandais débarquent sur la côte
occidentale de l’Afrique pour y pêcher, ou y établir des comptoirs commerciaux ;
Aux traités de Meknès en 1767, de Marrakech en 1799, de Tanger en 1856, le Maroc s’engage à protéger les naufragés
espagnols, et accorde à l’ Espagne la liberté de s’installer au sud de l’ oued Noun ;
Le traité de Tétouan en 1860, le sultan Mohammed concéda à l’Espagne un territoire suffisant pour y établir une pêcherie,
mais sans plus de précision, chercha sans cesse à repousser vers le Sud la localisation de ce territoire ;
après bien des discussions qui durèrent plus de vingt ans, le sultan Moulay Hassan et l’Espagne parvinrent en 1883 à un
accord pour que l’Espagne s’installe à Ifni, mais elle ne s’y installa jamais en raison de l’hostilité des tribus locales ;

12
pendant ce temps un commerçant écossais installe un comptoir à Tarfaya que le sultan rachète à l’Angleterre en 1895
pour garder le contrôle du commerce côtier.
Il semble que l’autorité du sultan s’arrêtait à l’ oued Noun, sans pénétrer dans la Seguiet el hamra.
En 1881 une société de pêche espagnole des Canaries s’installe à Dakhla, et en 1884 l’Espagne place le Rio de Oro sous
sa protection ;

23- création des frontières du Sahara espagnol

• un précurseur dans la lutte contre l’occupant :


Ma el Aïnin, né en 1838 dans la tribu sahraoui des Sanhaja, chef de tribu et réformateur religieux, qui s’installe dans
Seguiet el hamra, et avec l’aide matérielle du sultan , fonde la ville de Smara, organise la résistance à la pénétration des
français en Mauritanie et des espagnols dans Seguiet el hamra, mais après l’accord entre le sultan et les autorités
françaises, marche sur Fès et se proclame mahdi, est défait militairement ; son fils continue la lutte, mais une colonne
militaire le bat , prend et détruit Smara

• la création des frontières du Sahara espagnol :


les frontières du Sahara espagnol n’existent pas encore, d’un côté l’Espagne cherche à défendre ses nouvelles
installations au Rio de Oro et à intéresser l’Allemagne et la Belgique à ses installations commerciales et minières au nord
,
de l’autre la France, qui a pris Tombouctou, détourne le commerce transsaharien vers le Sénégal, occupe le
Sahara algérien, la Mauritanie, l’Algérie et accroît son influence sur le Maroc.
Aussi l’Espagne et la France, présentes dans la région sont amenées à signer
- la convention de Paris en 1900, qui fixe là frontière du Rio de Oro avec la Mauritanie,
- en 1902, une convention non ratifiée entre France et Espagne accorde à l’Espagne, entre autres, une zone située
entre Rio de Oro et l’oued Souss, donc Seguiet el hamra, Tarfaya, les régions du Draa, du Noun et de l’Anti Atlas.
- en 1904, une convention secrète entre France et Espagne , hors la présence du Maroc, définit à nouveau les
zones d’influence des deux Etats ; l’Espagne reçoit la Seguiet el hamra, avec liberté d’action dans la région comprise
entre les parallèles 26°N et 27°40N, c’est à dire la région de Tarfaya, et la possibilité de s’installer à Ifni
- en 1912, la France impose son protectorat au Maroc , la convention de Madrid reprend les précédentes
conventions et confirme dans la zone d’influence espagnole les territoires situés entre oued Draa et le parallèle 27°40N,
c’est à dire région de Tarfaya, et Espagne conserve toute liberté d’action entre 27°40 N et 26°N c’est à dire Seguiet el
hamra, un établissement à Ifni ; la zone d’influence de Tarfaya restait sous l’autorité religieuse et civile du sultan, et
administrée par un khalifa sous le contrôle de Espagne.

En théorie les frontières du Sahara espagnol sont fixées et incluent Rio de Oro et Seguiet el hamra , et l’Espagne dispose
d’une zone d’influence dans la région de Tarfaya.

A partir de 1912 le Sahara espagnol est une colonie espagnole, et la région de Tarfaya un protectorat méridional, les
espagnols occupent quelques villes sur la côte, Dakhla, Tarfaya, La Guera dans le Sud, puis réussissent difficilement à
s’implanter à Ifni, sans chercher à occuper l’intérieur du territoire ;
• en 1934, la France entreprend d’occuper le sud du Maroc ;
• en 1952, France et Espagne s’accordent sur la frontière de la Mauritanie et du Rio de Oro,

III- Naissance et développement du conflit

C’est l’indépendance du Maroc en 1956 et le développement du nationalisme sahraoui qui créa les premières difficultés
dans la région.

•évolution interne du territoire sarahoui : les affrontements à la fin des années 1950 à Ifni et au Sahara, entre l’armée de
libération marocaine et les troupes espagnoles, poussent l’Espagne à céder au Maroc la région de Tarfaya et à transformer
en provinces la région d’Ifni et celle du Sahara espagnol, l’Espagne mettant en place une administration locale ;

• en 1958 l’Espagne restitue la zone de Tarfaya qu’elle contrôlait jusqu’au parallèle 27°40 N sans pour autant que le
Maroc reconnaisse cette frontière

• en 1962 la découverte des phosphates de Bou-Crââ, leur mise en exploitation et les importants investissements de
l’Espagne et d’autres pays européens invitent l’Espagne à se maintenir et garder le contrôle du territoire.

31- les revendications des riverains

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• revendications du Maroc :
- le Sahara est le berceau des différentes dynasties qui ont régné sur le Maroc, Almoravides, Mérinides, et Saadiens
; elles s’inscrivent dans le projet du grand Maroc, élaboré par Allal el Fassi et repris par les différents partis, avec un
Sahara prolongement naturel vers le sud qui comprenait entre autre la Mauritanie , le Sahara espagnol et le nord du mali,
- contrôle économique de la région, et obstacle aux revendications de l’Algérie avec lequel le Maroc entretient
des relations conflictuelles

• revendications de la Mauritanie : elle aussi revendique le territoire, soutenu par le projet de Grande Mauritanie, et la
parenté des tribus sahariennes avec les tribus mauritaniennes
.
• revendications de l’Algérie : elle n’a pas de revendication territoriale, elle veut s’opposer au Maroc
- conserver à son avantage l’équilibre de la région,
- garder le Sahara dans sa zone d’influence pour des raisons économiques et faire du Sahara sa voie d’accès à
l’atlantique, dont elle a besoin pour s’affirmer comme une grande puissance régionale et africaine
- elle est en conflit de frontières avec le Maroc, dans la région de Tindouf, elle a des intérêts dans les gisements
de fer de gara Jebilet, qui donnèrent lieu à des accrochages entre les troupes des deux pays, puis à des négociations
territoriales avant qu’un cessez le feu intervienne en 1964

32 Les jeux politiques :

• l’ Espagne avait occupé à la fin du XIX ème siècle et mis en valeur une terre sans maître ; l’Espagne proposait
un référendum, sans négociation avec Algérie, Maroc et Mauritanie avec lesquels elle continuait d’entretenir
d’excellentes relations commerciales, mais les pressions de OUA et ONU s’exercent pour obtenir une décolonisation
rapide du Sahara espagnol ; l’Espagne essaye alors de provincialiser le sahara.
• en décembre 1966 l’Assemblée générale de ONU invitait Madrid à mettre en place un référendum sous les
auspices de ONU, mais Madrid gagne du temps dans l’espoir de faire naître un nationalisme sahraoui qui lui serait
favorable ; elle met en place en 1967 une assemblée générale, la Jemaa, avec laquelle elle cherche à négocier le futur
statut du territoire.
• Maroc, Mauritanie et Algérie enterrent leurs querelles et s’unissent contre l’Espagne pour demander la libération
du Sahara espagnol,
• en 1969 le Maroc reconnaît officiellement la Mauritanie et signe des accords de pêche
le Maroc qui fait des concessions en espérant avoir les mains libres au Sahara espagnol.
• Espagne restitue Ifni au Maroc
• en 1970 Maroc et Algérie règlent leur problème frontalier, le Maroc abandonne ses revendications sur Tindouf
et les deux pays décident d’exploiter conjointement les mines de gara Jebilet.
• réunions de Espagne, Algérie et Maroc en 1970, puis en 1973 pour confirmer leur souhait de hâter la
décolonisation, mais sans aborder le statut du territoire décolonisé.

Aux milieu de ces divers jeux politiques, on assiste à la naissance d’un nationalisme du à
- la sédentarisation croissante de la population suite aux sécheresses répétées,
- le désir de changements au sein d’une société jeune,
- la prise de conscience des sahraouis de leurs richesses.
et émergence de mouvements nationalistes, encore faibles et divisés, soutenus par les parties en présence
• MOREHOB, Mouvement révolutionnaire des Hommes Bleus, crée en 1969, rallié à Rabat en 1975 et opte pour
le retour du Sahara sous la souveraineté marocaine.
• parti d’union nationale sarahouie PUNS crée en 1974, encouragé et soutenu par l’Espagne
• Front pour la libération et l’Unité , crée en 1975, implanté dans le sud-marocain, et soutenu par le gouvernement
marocain, opposé à l’indépendance et luttant pour le rattachement au Maroc.
• et celui qui est devenu le plus actif et le plus important sur la scène internationale est le Front de Libération de
Seguiet el hamra et Rio de Oro, Polisario, crée en Mauritanie en 1973, et réactivé par Algérie en 1975. Il optait pour la
violence révolutionnaire et la lutte armée, et la coopération avec la révolution populaire algérienne, afin de libérer le
Sahara de la colonisation espagnole..

33 développement du conflit

• position des organismes internationaux :


à partir de 1970, on assiste à une montée de la violence, des manifestations anti-espagnoles, et dès sa création le Polisario
commence la lutte armée contre l’Espagne. Les organisations internationales définissent leurs positions :

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- OUA prend nettement position sur le problème saharien
- 1972 conférence de Rabat, pour l’autodétermination et l’indépendance du Sahara espagnol
-1973 conférence d’Addis Abéba et 1974 conférence de Mogadiscio, pour l’organisation rapide du référendum
- ONU
- 1970 reprend ses recommandations précédentes pour un referendum et l’envoi d’une mission au Sahara
- 1972 insiste sur l’indépendance de la population du sahara.
- 1973 insiste moins sur l’indépendance que sur le droit à l’autodétermination
- Espagne veut continuer à développer ses relations et sa coopération économique avec Algérie, Maroc et Mauritanie. et
en 1973 et 1974 définit les statuts du Sahara le dirigeant vers une autonomie interne,
et en 1974 organise un recensement des populations sédentaire et nomade, mais excluant les populations réfugiées ou
exilées.
- le projet de l’Espagne est rejeté par Polisario et par le Maroc,
- sur la demande de ONU, la cour internationale de justice de la Haye étudie le dossier et rend en 1975 un avis consultatif
définissant les liens juridiques qui avaient pu exister entre Saraha, Maroc et Mauritanie, et qui devait aider ONU à définir
sa politique.

en 1975 Une mission de ONU visite les principaux centres du Sahara et les capitales Madrid, Rabat, Alger, Nouakchott,
pour faire une évaluation de la situation ; elle constate la difficulté du recensement, et les divergences de vue entre les
réfugiés, ceux de Mauritanie sont indécis, ceux du Maroc veulent leur rattachement au Maroc et ceux d’Algérie veulent
l’indépendance du Sahara ; alors ONU propose :
- un accord entre toutes les parties, avec la participation de la population saharienne
- respect de la volonté de la population saharienne, y compris les membres qui vivent à l’étranger
- rappel que toutes les parties réclament le retrait des forces armées et de l’administration espagnole
- rappel de l’utilité de la présence de ONU sur le territoire.

En octobre 1975, la cour internationale de La Haye rend son avis, que chacun interpréta en sa faveur, et qui disait le droit
applicable dans l’affaire reconnaissance de liens juridiques anciens avec le Maroc et avec la Mauritanie, mais ces liens
ne remettent pas en cause le principe d’autodétermination

• départ de Espagne et marche verte


Maroc et Mauritanie s’entendent avec l’Espagne pour se partager le Sahara et l’occuper.
pendant ce temps la situation se détériore, les incidents se multiplient à la frontière marocaine entre Polisario et le Maroc
d’une part, et l’Espagne d’autre part,
concertation entre Mauritanie, Maroc et Algérie pour faire pression sur l’Espagne ;
Dès l’avis connu de la Cour de justice, le Maroc annonce sa résolution d’occuper le Sahara et organise la marche verte
en novembre 1975, action symbolique destinée à faire pression sur Madrid ; cette initiative remporta l’adhésion de 10
pays arabes, mais pas celle de Espagne ni de l’Algérie ; il s’agissait de faire entrer pacifiquement 350 000 personnes
civiles au sahara.
Onu est impuissante , et l’Espagne renoue le dialogue avec Maroc, qui met fin à la marche verte, et l’Espagne, la
Mauritanie et le Maroc signent la convention de Madrid l’Espagne s’engage à quitter le Sahara, qui devient le Sahara
occidental ; l’accord est signifié à ONU, mais Alger et le Polisario s’y opposent.

•installation du Maroc et extension du conflit, organisation du Polisario


le Maroc met en place une administration provisoire, et entreprend la conquête militaire du Sahara occidental, au fur et à
mesure du départ de l’administration espagnole, et on assiste à un exode des populations civiles encouragé par le front
polisario

Début 1976, le Polisario annonce la naissance de la République Arabe Sarahouie Démocratique, et deux mois plus tard
40 pays avaient reconnu la RASD, mais parmi eux aucun pays arabe, à l’exception de l’Algérie, plus pour des raisons
politico-économiques que pour des raisons idéologiques.
-pendant ce temps, le Polisario s’organise sur le plan politique, entreprend l’organisation du peuple sarahoui, parvient à
former un peuple uni et solidaire, lui donne une conscience nationale et procède à l’ administration des camps de réfugiés
, 45 000 personnes en 1976, et surtout une action en faveur de l’enseignement et de la formation.

puis installation du pays dans la guerre,


développement de la guérilla de la part du Polisario,
occupation militaire et partage du Sahara par Maroc et Mauritanie avec coopération économique entre ces deux pays,
organisation administrative, et bientôt internationalisation du conflit

Internationalisation du conflit

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Maroc, Mauritanie, Polisario font le tour des capitales pour rechercher des appuis diplomatiques, période marquée par
l’attentisme de ONU, initiatives de OUA
le conflit du Sahara affecte les relations de l’Espagne avec les acteurs et crée des difficultés économiques à Algérie,
Maroc et Mauritanie

- riposte de l’Algérie qui cherche le soutien de la Libye


- ONU divisée sur la question, le conflit armé prend de l’ampleur en 1976, avec engagement de l’aviation, de missiles,
de troupes algériennes, jusqu’à l’apparition de blindés.
-OUA et ligue arabe proposent leur médiation, sans succès
- dès 1973 Polisario avait reçu l’aide de la Libye, mais la Libye est isolée progressivement sur le plan international ; puis
engagée au Tchad, la Libye échange en 1983 l’abandon de son aide militaire au Polisario contre la non intervention du
Maroc au Tchad contre la Libye ; à cette occasion la Libye signe un accord de coopération avec le Maroc, accord dénoncé
par le Maroc dès 1986 quand le Maroc rejoint le front anti-Libyen.
- la France vend des armes au Maroc et à la Mauritanie, et s’engage en des interventions aériennes contre les colonnes du
Polisario
- soutien des USA au Maroc pour des raisons politiques et économiques, aide militaire au Maroc qui ancre sa politique
africaine à celle des pays occidentaux
on assiste à des incidents armés entre les forces algériennes et les forces marocaines, le Polisario met la pression militaire
sur la Mauritanie

• retrait de la Mauritanie et réaction du Maroc


la guerre ruine la faible Mauritanie, cette guerre est impopulaire, les attaques du Polisario font des dégâts importants,
d’où coup d’état militaire en 1978 et désengagement de la Mauritanie, qui pour ménager Maroc et Polisario, entame une
année de négociations, avant d’annoncer en 1979 mettre fin à la guerre avec le Polisario et renoncer à toute demande
territoriale.
le Maroc occupe la zone mauritanienne qui devint une nouvelle province marocaine, occupation dénoncée par Algérie et
la Mauritanie, alors que l’Espagne souhaite proposer une solution pacifique

•activité diplomatique importante


... OUA conférence de Khartoum en 1978, rapport recommande
- cessez le feu immédiat
-exercice du droit à l’autodétermination
- coopération de toutes les parties pour la mise en œuvre des recommandations
- création d’un comité chargé de l’organisation d’un referendum.
...conférence au sommet de Monrovia en 1979 reprend les résolutions précédentes et demande au Maroc de évacuer le
Sahara
... ONU en 1979 reconnaît la lutte légitime du peuple sarahoui et demande au Maroc de mettre fin à l’occupation et
d’engager des pourparlers avec le Polisario
en même temps, à partir de 1979, intensification des combats de part et d’autre, sur terre et au large des côtes, attaque des
pêcheurs espagnols et marocains par le Polisario
... conférence de Freetown en 1980, son rapport s’inspire des précédents, et demande aux parties d’observer le cessez le
feu.

• réaction de Maroc :
• population marocaine est soudée autour du pouvoir central, repli des troupes marocaines dans le triangle utile,
• début de la construction en 1980 d’une ceinture de sécurité, sable, pierres et terre, associée à des dispositifs de
surveillance sophistiqués, qui enclave aujourd’hui, sous le contrôle marocain les 2/3 du territoire
• exploitation et évacuation des phosphates, construction d’un port à El Aïoun

IV apaisement du conflit

Le Polisario échoue dans ses tentatives d’empêcher la construction des murs, les soutiens qu’il trouvait à l’étranger se
font moins solides, le conflit prend la voie diplomatique, et s’ensuit une longue période de négociations,
recommandations, conférences, accords, rapports

• activité diplomatique
- les succès diplomatiques du Polisario, en octobre 1981 50 pays avaient reconnu la RASD, tandis que la position du
Maroc se détériore

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- l’Espagne revient à un plus grande neutralité vis à vis du Polisario, malgré les attaques de ces dernier contre les pêcheurs
, mais évite de se brouiller avec le Maroc en raison du problème des anciens présides ni avec l’Algérie, en raison de fort
liens économiques
- la France pratique une politique prudente, mais signe des accords d’aide militaire avec la Mauritanie,

...conférence de Nairobi en 1981, reprend les résolutions précédentes, et demande à ONU d’assurer le maintien de la paix,
définit les modalités du cessez le feu et du referendum d’autodétermination, le Maroc accepte le principe
d’autodétermination, mais ne reconnaît pas le Polisario.
en 1984 RASD admise comme membre de OUA
1986 pourparlers directs Maroc et le Polisario
1987 les représentants de Onu et OUA ont des entretiens avec Maroc Algérie et Mauritanie pour organiser le referendum

• proposition de règlement de ONU


1988 ONU, après une visite au Maroc d’une délégation conjointe ONU et OUA, présente au Maroc et au Polisario des
propositions de règlement du conflit qui prévoient
- les sarahouis ont le choix entre l’indépendance et l’intégration au Maroc
- le recensement démographique réalisé par Espagne en 1974 et réactualisé par une commission d’identification servira
de base à l’établissement des listes électorales
- réduction des forces marocaines et cantonnement de celles-ci et de celles du Polisario dans leurs positions défensives
- création d’une mission pour l’organisation du referendum, Minurso

le 6 septembre 1991 le cessez le feu devient effectif. c’est le début du déploiement de Minurso au Sahara,

•création et rôle de Minurso


- surveiller le respect du cessez le feu, et la consignation des troupes
-veiller à la libération des prisonniers et détenus politiques
- identifier et inscrire les électeurs habilités à voter
- organiser un referendum libre, par la voie duquel le peuple sarahoui choisirait entre indépendance et intégration au
Maroc
en 1996, suite à des différends entre les parties, le processus d’identification des électeurs a été suspendu, pour reprendre
en 1998,
en 2001 Minurso avait achevé sa mission, mais le Maroc a introduit d’innombrables recours d’électeurs non retenus par
Minurso, et le litige continue.

Conclusion

En avril 2002, les Etats Unis proposent un accord cadre en vertu duquel serait créée une région autonome élargie,
à condition que soit effectué dans les cinq ans un referendum ;
les deux voies admises étaient l’indépendance ou l’intégration au Maroc
cependant est née, après dix années de paix relative, l’idée d’une troisième voie consistant en l’intégration du Sahara au
Maroc avec une certaine autonomie de la province du sud, et les clauses suivantes
• participation au vote de toute personne ayant résidé l’année précédent le vote au Sahara, donc extension du droit de
vote aux populations marocaines ayant été incitées à s’y établir
• administration et larges compétences du Maroc dans le territoire
cette solution est acceptée par le Maroc et refusé par Polisario et Algérie

en juillet 2002, ONU


- constate qu’en l’absence de progrès dans le règlement du différend au sujet du Sahara occidental, la recherche d’une
solution politique est indispensable
- préoccupé par le fait que cette absence de progrès fait obstacle au développement économique du Maghreb
- félicite les parties de leur volonté de respecter le cessez le feu et salue la contribution apportée à cet égard par Minurso
et malgré le coût de la mission , Onu proroge le mandat de Minurso jusqu’au 31 janvier 2003 et les négociations
continuent.

Bibliographie

Maurice Barbier. Le conflit du Sahara occidental. L’Harmattan, Paris, 1982

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Abdelkhaleq Berramdane. le Sahara occidental enjeu maghrébin. L’Harmattan, Paris, 1992
Thomas de Saint-Maurice. Sahara occidental 2001: prélude d’un fiasco annoncé
in Actualité et Droit international, février 2002
( http : // www.ridi.org / adi )
Hanaa Sayed Mahmoud. Le problème du Sahara occidental, Etapes de l’évolution, 1990-2002, in Perspectives
Africaines, Troisième Partie, Dixième édition, Eté 2002, ( http : // www.sis.gov.eg / public / africanm / issue10)
Carte disponible sur le site ONU  (http : // www.un.org /Depts / Cartographic / map / dpko / minurso.pdf )

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